Titres de propriété de la Couronne : vente de terres indiennes

Par Catherine Butler

Les archivistes de référence à Bibliothèque et Archives Canada (BAC) doivent souvent aider les chercheurs à trouver des titres de propriété pour la vente de terres indiennes. Au fil des ans, nous avons constaté qu’une certaine confusion entoure ces documents. Quelle est leur nature exacte? Lesquels sont conservés à BAC? Et comment les trouver? J’espère pouvoir dissiper un peu cette confusion.

De quoi s’agit-il?

Les titres de propriété des terres de la Couronne sont des instruments légaux émis lorsqu’un territoire appartenant à la Couronne (par exemple, une réserve des Premières Nations) est divisé et vendu à un particulier ou à une société. Au Canada, les réserves des Premières Nations sont considérées comme des terres de la Couronne, parce qu’elles appartiennent à la Couronne et sont détenues en fiducie par celle-ci. BAC possède un certain nombre de titres de propriété émis depuis 1763 pour la vente de terres indiennes; toutefois, la plupart sont conservés par les archives provinciales.

Qui a émis les titres de propriété pour les terres indiennes?

Jusqu’en 1845, ce sont les secrétariats provinciaux du Haut et du Bas-Canada qui émettaient les titres de propriété pour les terres indiennes, sous le grand sceau de leur province. Après l’Acte d’Union de 1840 (entre le Haut et le Bas-Canada), cette responsabilité a été transférée au nouveau Bureau du registraire général mis en place pour la Province du Canada.

Avec la Confédération, en 1867, la vente des terres de la Couronne a été transférée aux provinces, à l’exception des terres détenues en fiducie pour les réserves des Premières Nations, sous la responsabilité fédérale du Bureau du registraire général (ce dernier étant chargé d’émettre les titres de propriété pour les terres indiennes au Canada).

En 1886, cette responsabilité a été transférée au ministère des Affaires indiennes, qui l’a conservée jusqu’en 1951. Depuis, les titres de propriété des terres indiennes sont sous la responsabilité du Registraire général du Canada. Notons cependant que le dernier titre de propriété d’une terre indienne a été émis en 1990.

Quels documents sont conservés à BAC?

Les titres de propriété des terres indiennes conservés à BAC se retrouvent dans plusieurs fonds, notamment le fonds du ministère des Affaires autochtones et du Nord Canada (RG10) et celui du Registraire général (RG68); par conséquent, il n’est pas toujours facile de les repérer. Voici la liste des titres de propriété de terres indiennes détenus par BAC.

DATES RÉGION RÉFÉRENCE
De 1700 au 30 juin 1867 Québec / Bas-Canada / Canada-Est et Haut-Canada / Canada-Ouest RG 68, Index des concessions et des baux spéciaux, des concessions de la Compagnie du Canada (MIKAN 192543)
De 1763 au 2 septembre 1845 Québec / Bas-Canada / Canada-Est MG 8 – A26, Livres du Registre provincial pour le Québec, le Bas-Canada et le Canada-Est (MIKAN 107245)
De 1773 au 2 septembre 1845 Québec / Bas-Canada / Canada-Est RG 68, vol. 893, bobine C-2883, Index-clé pour l’index général (MIKAN 1336273)
De novembre 1842 au 23 septembre 1865 Nouvelle-Écosse RG 10, vol. 459-461 et 1718, bobines C-13329 et C-13330, Documents de la Nouvelle-Écosse (MIKAN 159097)
Du 3 septembre 1845 au 30 juin 1867 Canada-Est et Canada-Ouest RG 68, Index des terres indiennes et des terres de l’artillerie (MIKAN 192544)
Du 1er juillet 1867 au 31 octobre 1886 Canada RG 68, Index des terres indiennes et des terres de l’artillerie (MIKAN 192544)
Du 1er novembre 1886 au 1er juillet 1951 Canada RG 10, vol. 10923-10999, 13267 et 14108, Titres de propriété foncière (MIKAN 133563)
Du 1er août 1951 au 2 février 1990 Canada RG 68, BAN 2000-01430-5, boîte 1–51, Index/Registres (MIKAN 181720)

Note : Les titres de propriété émis par le Secrétariat provincial du Haut-Canada entre 1793 et 1845 sont conservés dans les archives provinciales, tout comme les documents concernant les ventes de terres indiennes en Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick avant la Confédération.

De quelles informations ai-je besoin pour trouver un titre de propriété sur une terre indienne?

Les informations suivantes sont requises :

  • le nom du détenteur du titre de propriété
  • la date de l’émission du titre
  • la localisation du lot
  • le numéro du titre (pas obligatoire, mais très utile)

Catherine Butler est archiviste de référence à Bibliothèque et Archives Canada

Les femmes inuites et les phoques : une relation unique

Par Julie Dobbin

Les phoques occupent une place centrale dans la vie des Inuits et constituent une source d’alimentation locale essentielle. De nombreuses traditions, coutumes, croyances et histoires transmises oralement concernent les phoques. Les Inuits ont toujours eu une relation importante et directe avec cet animal. Les chasseurs respectent énormément l’esprit du phoque, un animal dont ils dépendent grandement. Chaque partie du phoque est utilisée, car l’exploitation doit être durable, respectueuse et réalisée sans cruauté. Plus important encore, le climat froid et rigoureux de l’Arctique oblige les habitants de la région à avoir un bon abri et de bons vêtements pour rester au chaud et au sec. La peau, la fourrure et l’huile des phoques répondent à ce besoin.

Photo noir et blanc d’une femme inuite dans un igloo qui porte une parka à motif floral et manipule une lampe à l’huile de phoque. Un jeune inuit portant une parka en fourrure se trouve près d’elle.

Femme manipulant une lampe à l’huile de phoque dans un igloo, dans l’ouest de l’Arctique, probablement au Nunavut, en 1949 (MIKAN 3202745)

Les femmes inuites ont développé des techniques très perfectionnées pour traiter et utiliser les parties du phoque de diverses manières au fil des saisons. Après avoir enlevé la graisse avec un ulu (le couteau traditionnel des femmes à lame en forme de croissant), elles étirent et sèchent les peaux, comme le fait Taktu sur cette photo.

Photo en couleurs d’une femme inuite portant un manteau rouge. Elle est accroupie sur un littoral rocheux et retire la graisse de la peau d’un phoque avec un ulu (le couteau des femmes).

Taktu retirant la graisse de la peau d’un phoque, Kinngait (Cape Dorset), Nunavut, été 1960 (MIKAN 4324655)

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Voix du passé

Par Harriett Mathews

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) possède environ 30 millions de photos dans ses collections, et bon nombre d’entre elles portent sur les Autochtones. Le Programme fédéral d’expérience de travail étudiant (PFETE) m’a donné la chance de contribuer au projet Un visage, un nom et de fouiller dans la base de données pour trouver des photos extraordinaires prises dans des communautés autochtones de partout au Canada.

Corriger le dossier historique

Si les photos sont tout simplement magnifiques, leurs descriptions laissent souvent à désirer. Les légendes de nombreuses images d’Autochtones comprennent des termes désuets ou offensants, ou au mieux restent vagues. Il est donc crucial de les mettre à jour à l’aide de la technologie moderne et de l’information recueillie dans les communautés où les photos ont été prises. La participation des Autochtones est essentielle, car ces documents racontent leurs histoires et décrivent leurs cultures, leurs familles. Ce sont leurs voix qui ont été tues et perdues. Étant moi-même Autochtone, j’étais ravie d’actualiser les documents pour faire connaître ma culture et donner une voix aux personnes photographiées.

L’image ci-dessous, montrant une femme inuite et son enfant souffrant de malnutrition, est un excellent exemple. La légende fournie est « Dirty Daisy et son bébé ». Cette femme ne s’appelle pas Daisy; il s’agit probablement d’un surnom attribué par un fonctionnaire. En l’affublant d’un sobriquet, l’auteur de la légende porte atteinte à la dignité de cette femme et la condamne à l’anonymat. Espérons que le projet Un visage, un nom permettra de découvrir un jour le nom de cette femme et du nourrisson. En attendant, la nouvelle légende dit désormais : « Femme inuite (Daisy) nourrissant son bébé, assise dans une tente à Chesterfield Inlet (Igluligaarjuk), au Nunavut ».

Photo noir et blanc d’une femme inuite amaigrie assise dans une petite tente avec son bébé, devant des provisions. La femme nourrit son bébé à l’aide d’un biberon rectangulaire.

Femme inuite (Daisy) nourrissant son bébé, assise dans une tente à Chesterfield Inlet (Igluligaarjuk), au Nunavut (MIKAN 3855414)

Améliorer l’accès, une photo à la fois

Depuis le début du projet, en 2002, plus de 2 000 photos ont été identifiées, et des milliers d’autres ont vu des termes inexacts ou offensants être retirés du titre et placés dans une note décrivant le contexte historique. L’identification de noms, de lieux, d’événements et d’objets culturels aide à faire connaître la culture et l’histoire autochtones à ceux qui font des recherches dans les archives.

Les histoires concernant des politiciens autochtones, comme le sénateur inuit Charlie Watt, du Québec, en sont un exemple. J’ai eu le plaisir de travailler avec l’album 38 du ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien, qui comprend plusieurs photos du jeune Charlie Watt avec ses parents, Daisy et Johnny. Les photos ont été prises pendant une fête à Kuujjuaq (anciennement Fort Chimo), au Québec. Même en noir et blanc, elles montrent le dynamisme de la communauté inuite.

Photo d’une page verte sur laquelle sont collées trois photos noir et blanc (no 154, 156, et 157) ainsi que des légendes dactylographiées sur du papier blanc. La photo en haut à gauche montre une femme inuite vêtue d’une robe unie et d’un châle à carreaux, debout sur une galerie avec une petite fille dans une parka qui boit un verre de lait. La photo dans le coin supérieur droit montre deux femmes inuites vêtues de châles à carreaux et de bandeaux, assises devant des caisses de bois. Une d’entre elles tient un accordéon. Un bébé est assis à l’avant-plan, à gauche, et un petit garçon en tenue est debout à côté de la joueuse d’accordéon. La photo du bas représente une femme vêtue d’une veste et d’un bandeau, dansant avec un homme en habit; la femme à gauche tient la main d’un homme dont on ne voit que l’avant-bras. Trois femmes situées de part et d’autre d’une lampe à l’huile sont visibles à l’arrière-plan.

Page 53 de l’album sur laquelle on trouve trois photos : une femme et une fille inuites (Daisy Watt, possiblement avec Harriat Ruston); un groupe de femmes et d’enfants inuits – Daisy Watt joue de l’accordéon, Christina Gordon est à droite et Charlie Watt, fils de Daisy, est debout à gauche; S. J. Bailey et H. Lamberton dansant avec deux femmes inuites – Daisy Watt est à droite avec S. J. Bailey, la femme derrière elle s’appelle Susie, et Hannah (la sœur de Susie) est à gauche, tenant la main de H. Lamberton. La fête se déroule à Kuujjuaq (anciennement Fort Chimo), au Québec. (MIKAN 4326945)

Photo noir et blanc de cinq femmes. Quatre sont assises, et une autre, à l’extrême droite, est debout avec un bébé enroulé dans un châle à carreaux. La femme au centre joue de l’accordéon, et la femme à sa gauche a un jeune garçon sur ses genoux. Des caisses de bois portant l’inscription « Marven’s Biscuits » sont empilées derrière elles, et une autre caisse dit « H.B.C. Wholesale Vancouver ».

Groupe de femmes et d’enfants faisant la fête à Kuujjuaq (anciennement Fort Chimo), au Québec. Lizzie Suppa joue de l’accordéon. Daisy Watt et son fils Charlie sont à sa gauche. (MIKAN 3855585)

Photo d’une page verte sur laquelle sont collées trois photos noir et blanc (no 158 à 160) et des légendes sur du papier blanc. La photo en haut à gauche montre des femmes et des enfants assis devant des caisses de bois portant la mention « Marven’s Biscuits », et une autre, l’inscription « H.B.C. Wholesale Vancouver ». La photo en haut à droite montre deux couples dansant pendant qu’une femme joue de l’accordéon. Sur la photo du bas, un spermophile arctique (un écureuil vivant sur le sol) est debout dans un champ d’herbes avec un rocher à l’avant plan.

Page 54 de l’album portant trois photos : un groupe de femmes et d’enfants [Lizzie Suppa joue de l’accordéon, avec Daisy et Charlie Watt assis à sa gauche]; deux couples inuits dansant [Johnny et Daisy Watt sont à gauche tandis que Lizzie est au bout à droite, toujours avec son accordéon]; et un spermophile arctique (un écureuil vivant sur le sol). (MIKAN 4326946)

Redonner une voix aux Autochtones

Ces photos constituent des sources essentielles sur l’histoire du Canada puisqu’elles témoignent de la relation entre les Autochtones et le gouvernement canadien. Plus important encore, elles racontent la vie des personnes photographiées et diffusent leur culture. Pendant plusieurs décennies, les voix des Premières Nations, des Métis et des Inuits sont restées silencieuses dans ces documents. Un visage, un nom joue un rôle crucial en offrant une tribune aux Autochtones, leur permettant de se réapproprier leur histoire et leur identité. En tant que femme autochtone, je suis très heureuse d’avoir pu faire entendre ma voix dans ces documents. D’innombrables histoires restent à raconter, mais je suis convaincue que le partenariat entre BAC et les Autochtones nous permettra de les connaître un jour.


Harriett Mathews était une participante au PFETE qui a travaillé à la Division des expositions et du contenu en ligne à Bibliothèque et Archives Canada pendant l’été 2016.

Consultez notre nouvelle page Web dédiée au régiment de Carignan Salières

Oyez! Oyez! L’histoire de la Nouvelle-France vous intéresse? Consultez notre toute nouvelle page Web dédiée au régiment de Carignan-Salières, à partir de laquelle vous pourrez accéder à toutes nos ressources relatives à cet important régiment dans l’histoire de la Nouvelle-France.

Comme nous avons eu le privilège de parler du régiment avec Jean-François Lozier, conservateur responsable de l’histoire de l’Amérique du Nord française au Musée canadien de l’histoire, vous trouverez également dans cette nouvelle page Web les questions que nous lui avons posées et les enregistrements sonores de ses réponses.

Nommer les Autochtones Canadiens

Lorsqu’ils effectuent une recherche historique quelconque, les chercheurs doivent choisir une variété de termes de recherche. Ils espèrent qu’en utilisant le bon terme, ils pourront trouver et utiliser des sources primaires et secondaires. Choisir les bons termes de recherche est un défi dans le meilleur des cas, mais les problèmes inhérents à la recherche dans le contenu autochtone sont particulièrement importants. Plusieurs termes de recherche reflètent des préjugés historiques et des malentendus. Au fil du temps, les noms ou les termes changent complètement tandis que l’orthographe est modifiée en fonction de la période, du lieu et des circonstances.

Et les termes continuent de changer.

Rien ne semble indiquer que les Premières Nations, les Métis ou les Inuits, en tant que gardiens du savoir, aient participé à la création et au développement historique des documents que l’on retrouve à Bibliothèque et Archives Canada (BAC). Toutefois, les personnes ou les institutions qui ont créé les documents ont laissé sur eux une empreinte déterminante colorée par la raison, la période et l’endroit de leur création.

Le langage et l’imagerie utilisés dans le passé, même s’ils peuvent être problématiques, demeurent dans les descriptions de la base de données. Les termes comme « squaw », « sang-mêlé », « massacre », « sauvage » et « victoire » doivent être utilisés avec une attention toute particulière et dans un contexte approprié.

Aquarelle montrant une femme vêtue d’une robe rouge avec une couverture enroulée autour de la tête et des épaules. Elle porte des raquettes et regarde vers la gauche. Derrière elle, au loin, on aperçoit la silhouette d’une église et une montagne derrière elle.

Femme indienne dans ses beaux habits; vue de Montréal au loin. Peinture par Francis George Coleridge, 1866 (MIKAN 2836790)

Lithographie montrant un groupe de neuf personnes, probablement une famille, y compris un bébé et trois enfants assis devant un tipi. Une personne est debout et tient une carabine, et deux hommes métis fument la pipe.

Tipi indien et sang-mêlé [Métis] rebelle, 1885 (MIKAN 2933963)

Aquarelle montrant trois figures debout près d'une étendue d’eau. De gauche à droite : une femme fumant la pipe portant un bébé sur le dos, un homme portant des jambières, une longue veste bleue et une ceinture fléchée métisse et tenant une carabine dans sa main droite et une autre femme vêtue d'une robe bleue avec un châle enroulé autour de la tête et du corps.

Un sang-mêlé [Métis] et ses deux épouses (MIKAN 2897207)

Le matériel dont la description n’est pas idéale est tout aussi problématique. Les descriptions ne sont pas toujours utiles. On obtient peu de détails lorsque des termes comme « type indigène » et « Peau-Rouge » sont utilisés. Parallèlement, la majorité des personnes représentées sur les images des collections de Bibliothèque et Archives Canada n’ont jamais été identifiées. De nombreuses descriptions archivistiques relatives à certains événements ou activités sont absentes ou contiennent des informations périmées (par exemple, les noms de lieu et de bande ou la terminologie). Par ailleurs, l’information est fondée sur des inscriptions et des légendes originales trouvées dans les documents et elle reflète donc les préjugés et les attitudes de la société non autochtone de l’époque.

Le très grand nombre de descriptions de ce type fait de la recherche d’une photographie ou d’un document particulier une tâche colossale.

BAC modifie les descriptions dans sa collection. Tout en assurant l’intégrité de la description originale, BAC s’efforce de clarifier les données incomplètes et de modifier le langage inapproprié lorsque des exemples sont portés à notre attention. Nous ne modifions jamais l’original d’un document ou d’une image, seulement la description qui a été créée pour le document ou l’image.

Photographie en noir et blanc d’un homme inuit vêtu d’une chemise et de bretelles et regardant directement le photographe.

[Gros plan d’un homme portant des bretelles, Chesterfield Inlet (Igluligaarjuk), Nunavut]. Titre original : Type indigène, Chesterfield Inlet (T.N.-O.), juillet 1926 (MIKAN 3379826)

Capitaine James Peters : Correspondant de guerre et photographe

De nos jours, la photographie fait partie intégrante de nos vies; nos moindres gestes quotidiens sont captés, qu’il s’agisse d’exploits ou d’actes anodins. Dès les débuts, dans les années 1830, la photographie a servi à relater les faits de guerre. Les premiers photographes devaient déployer tout leur talent pour saisir les rapides mouvements de combat, car l’équipement photographique ne permettait pas d’enregistrer des mouvements. En conséquence, les images de guerre, à l’époque, étaient souvent des reconstitutions des véritables opérations militaires. En général, elles illustraient plutôt les éléments statiques de la guerre, comme des portraits de soldats, la vie dans des camps, les fortifications, l’emplacement de l’artillerie et les champs de bataille, avant et après le déroulement de l’action.

Le capitaine James Peters a capté les événements dramatiques de la Rébellion du Nord-Ouest en tant que photographe et correspondant pour le Quebec Morning Chronicle. La Rébellion du Nord-Ouest est une insurrection contre le gouvernement canadien qui aura duré cinq mois, mettant surtout en cause des citoyens de la nation métisse et leurs alliés des Premières Nations. Avant-gardiste, M. Peters a capté les événements qui se déroulaient dans le champ de bataille.

Le capitaine Peters et la batterie « A » de l’Artillerie canadienne ont quitté la ville de Québec le 28 mars 1885 en direction du nord-ouest. La batterie « A » allait fournir l’appui d’artillerie au major-général Frederick D. Middleton et à la Milice du Canada. M. Peters servira sous Middleton à Fish Creek et à Batoche, ainsi que durant les recherches menées par la milice afin de trouver le leader cri Mistahimaskwa (Big Bear). Lire la suite

Le régiment de Carignan-Salières

La colonie de la Nouvelle-France était dans une situation précaire lorsque Louis XIV, roi de France, accéda au trône en 1661. Le peuplement et la sécurité de la colonie devinrent pour ce dernier une priorité. Ainsi, afin d’accroître la population, le premier contingent des Filles du roi y fut envoyé en 1663. Deux années plus tard, en 1665, le régiment de Carignan-Salières débarqua en Nouvelle-France afin d’assurer la sécurité de la colonie, plus particulièrement pour contrer la menace iroquoise.

Une esquisse réalisée à la plume et aquarelle montrant un officier du régiment de Carignan-Salières de profil. Il tient une lance dans sa main droite et porte une épée dans son fourreau à la hanche gauche.

Officier du régiment de Carignan-Salières, 1666 (MIKAN 2896020)

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Les colliers de wampum

« Colliers de porcelaine », « branches de porcelaine », « wampum belts », ou encore « strings of wampum »… à quoi renvoient ces expressions rencontrées dans les archives coloniales de la collection de Bibliothèque et Archives Canada?

On nomme wampum – un mot d’origine algonquin du sud de la Nouvelle-Angleterre – les perles blanches et pourpres de forme tubulaire fabriquées à partir de certains coquillages marins provenant exclusivement des côtes de l’océan Atlantique. C’est une abréviation du mot wampumpeague (ou wampumpeake), signifiant « enfilade de coquillages blancs ». Dès le début du XVIIe siècle, le wampum devint un bien d’échange important dans la traite des fourrures en pleine expansion dans le Nord-Est du continent, en plus de servir de monnaie dans les colonies hollandaises et anglaises jusque dans les années 1660.

Dessin montrant deux exemples de wampum : un collier et des branches de porcelaines.

Dessin publié en 1722 montrant la distinction entre les cordons (aussi appelés « branches ») et les colliers de wampum (MIKAN 2953327)

Les peuples iroquoiens de l’intérieur des terres en firent un usage particulier en les utilisant dans leurs rencontres diplomatiques officielles avec les groupes voisins ou étrangers. Ces perles étaient alors tissées en des cordons et colliers de diverses tailles pouvant contenir de quelques centaines à plus de dix milles perles.

Peinture à l’huile sur toile montrant un homme debout dans une forêt avec un loup à ses pieds. Il est vêtu de noir et porte une écharpe rouge et tient dans sa main un collier de wampum.

Portrait de Tee Yee Neen Ho Ga Row (baptisé Hendrick), l’un des « Quatre rois Indiens » ayant rencontré la reine d’Angleterre en 1710, tenant un collier de wampum.

Jouant un rôle central dans les rencontres internationales et dans l’entretien de bonnes relations, les colliers de wampum étaient offerts lors des rencontres formelles pour supporter le discours prononcé, pour le rendre légitime et officiel. Du début du XVIIe siècle jusqu’au début du XIXe siècle environ, ce système diplomatique se répandit dans une grande partie du Nord-Est américain, de la vaste région des Grands-Lacs jusque dans les Maritimes, avec toutefois d’importantes variantes.

Photo noir et blanc montrant divers colliers et cordons de wampum.

Colliers et cordons de wampum conservés parmi les Six Nations dans les années 1870 (MIKAN 3367331)

Comme ils étaient utilisés pour soutenir les paroles prononcées, certains de ces colliers étaient préservés pendant plusieurs années afin que les messages qu’ils portent soient maintenus et conservés dans le temps. C’est pourquoi les observateurs des XVIIe et XVIIIe siècles ont souvent comparé les wampums avec les archives ou avec d’autres documents officiels écrits (actes, registres, annales, contrats, etc.).

Photo noir et blanc montrant six hommes regardant des wampums. Cinq individus sont assis et le sixième semble expliquer un collier de wampum.

Chefs iroquois des Six Nations expliquant les colliers de wampum qu’ils conservent en 1871 (MIKAN 363053)

Ces wampums étaient conservés parfois sur une longue période de sorte que les termes des ententes passées demeurent connus. En tant que supports de la tradition orale, les wampums portant les paroles prononcées lors d’un événement particulier devaient donc être accompagnés d’un discours pour être signifiants. Ainsi, le gardien des wampums s’assurait que leur signification soit répétée de temps à autre devant les membres de la communauté. De façon périodique, il répétait publiquement le « contenu » des wampums qui étaient conservés afin que l’histoire de la nation se transmette à la génération plus jeune.

Pour continuer votre recherche : France fonds des colonies et le fonds Haldimand font souvent référence aux wampums. Il faut noter que ces deux fonds ont beaucoup de bobines de microfilms et que le site Héritage est en train d’en faire la numérisation.

Le renne au Canada

Au début des années 1900, l’introduction du renne en terre canadienne était perçue comme une source possible d’approvisionnement en nourriture et de stimulation économique pour les régions nordiques éloignées. Cet animal avait été domestiqué dans nombre de pays nordiques et avait joué un rôle important dans la pérennité de la population. D’une part, la viande, le lait et d’autres sous-produits du renne, comme les peaux et les ramures, peuvent fournir des ressources vitales, et d’autre part, ces animaux sont forts et peuvent transporter ou tirer de lourdes charges sur de longues distances. De plus, leur physique est adapté au climat et à l’environnement nordique.

Photographie en noir et blanc d’un collage d’album à photos. Il y a cinq photographies montrant des rennes qui tirent des traîneaux de toutes sortes, des personnes apparaissant en toile de fond. Les photos sont étiquetées et certaines personnes sont identifiées.

Les rennes sont utilisés comme animaux de trait depuis des centaines d’années. Ici, nous voyons des éleveurs et des rennes attelés à des traîneaux, possiblement sur l’île Richards (T.N. O.), vers 1942. (MIKAN 4326743)

Plusieurs tentatives d’introduire le renne à Terre-Neuve et sur l’île de Baffin ont été, au début, couronnées de succès, mais le plus bel example a été l’expérience menée en Alaska. Le gouvernement américain, pressé par des groupes de missionnaires, a acquis 1 200 rennes sibériens de la Russie entre 1892 et 1902. Un autre petit troupeau a été acheté en Norvège et envoyé en Alaska. Un groupe d’éleveurs lapons et des membres de leurs familles ont été embauchés pour s’occuper des animaux et enseigner aux populations indigènes l’élevage de ces bêtes.

Le gouvernement du Canada s’est alors penché sur les résultats de l’expérience américaine. En 1919, on lançait une commission d’enquête parlementaire sur le renne et le bœuf musqué. La croissance fulgurante du troupeau d’Alaska fut impressionnante, on retrouve alors plusieurs centaines de milliers de chevreuils répartis dans une centaine de troupeaux et plusieurs centaines de propriétaires et d’éleveurs indigènes locaux sont engagés dans cette entreprise. On avait dorénavant accès à de la viande fraîche pour consommation sur place et l’on en vendait aussi à profit aux États du Sud.

Photographie en noir et blanc d’un collage d’album à photos. Il y a quatre photographies montrant des carcasses de rennes et des peaux mises à sécher.

La viande de renne mise à sécher sur des tréteaux et soulevée au moyen d’un palan, possiblement à Elephant Point, en Alaska, et sur l’île Richards (T.N. O.), 1938. (MIKAN 4326727)

De nombreux groupes ont insisté pour que le gouvernement du Canada prenne des mesures, il en a résulté des plans visant à acheter un troupeau de l’Alaska et à l’implanter dans un lieu approprié dans les Territoires du Nord-Ouest. Deux botanistes du ministère de l’Intérieur ont cherché un emplacement avec de bons pâturages et ont recommandé qu’on établisse un bureau central (qui deviendra la « Reindeer station » [poste de renne]) à l’est du delta du fleuve Mackenzie. On signera alors un contrat avec l’entreprise Loman Bros. Company en vue d’acheter et de faire livrer 3 515 animaux au coût de 150 $ la bête. On s’attendait à parcourir 1 500 milles en 18 mois pour apporter le troupeau, mais, fait incroyable, il aura fallu cinq ans et parcourir le double de la distance pour arriver à bon port. En mars 1935, Andy Bahr et son groupe ont livré 2 370 rennes. Peu après naissaient 811 faons, ce qui a fait grimper le nombre total final tout près de la quantité commandée.

Photographie en noir et blanc d’un collage d’album à photos. Il y a quatre photographies montrant des troupeaux de rennes. Certaines photographies ont été prises de loin, d’autres ont un plan rapproché du troupeau.

Des troupeaux de rennes dans une aire d’estivage et dans un corral, probablement à la baie de Kidluit, sur l’île Richards (T.N. O.), 1941. (MIKAN 4326736)

Les succès du début ont fait place à une série de revers, dont le point culminant a été le décès de quatre propriétaires inuits et d’un éleveur lapon lors d’un accident de navigation en 1944. Il devint plus difficile de convaincre les chasseurs inuits traditionnels d’abandonner leur mode de vie habituel pour adopter la vie souvent solitaire et monotone d’un éleveur. Il arrivait que des mois d’efforts soient anéantis au simple passage d’une tempête ou par des prédateurs qui faisaient une razzia, causant la perte d’un grand nombre d’animaux.

Photographie en noir et blanc d’un groupe d’hommes debout autour d’une petite loge à passerelles pour les rennes.

Les Inuits ont été, dès les débuts, les propriétaires et employés des premières entreprises consacrées à l’élevage du renne à la baie de Kidluit (T.N. O.). (MIKAN 3406119)

Comme ce fut le cas pour d’autres expériences canadiennes, le projet des rennes n’a pas connu le succès de l’initiative menée en Alaska. Les troupeaux sous la garde des Inuits ont été remis au gouvernement, et le Service canadien de la faune a géré les activités jusqu’en 1974, date à laquelle ils furent vendus à des intérêts privés, Canadian Reindeer Ltd. (en anglais seulement). Encore à ce jour, les activités relèvent du secteur privé. Bien que les ambitions des premiers promoteurs n’aient pas été couronnées de succès, les efforts déployés constituent un volet intéressant qui s’inscrit dans l’histoire du Nord du Canada.

Ressources connexes

Les collections de Bibliothèque et Archives Canada comprennent des centaines de documents et de photographies qui révèlent encore plus de détails en lien avec l’expérience sur le renne au Canada. Pour accéder à ces ressources, vous pouvez consulter les sources suivantes :

Sources gouvernementales

Documents de premiers ministres

Documents de source privée

La Rébellion du Nord-Ouest (Rébellion de la Saskatchewan)

Peu d’événements célèbres dans notre histoire nationale suscitent autant de débats et d’opinions aussi tranchées que les conflits de 1870 et de 1885 entre les Métis de l’Ouest canadien et le gouvernement du Canada. Divers noms sont associés à ces deux épisodes, et leur mention reflète souvent les allégeances, les opinions, voire la partialité de l’auteur. Aujourd’hui, nous nous penchons sur l’application de termes tels que rébellion, résistance, insurrection et conflits.

Une caricature illustrant Louis Riel avec les ailes d’un ange, une queue de diable et une auréole, quelque peu en retrait. Il a une tige de feuille d’érable dans la bouche, comme s’il s’agissait d’un brin d’herbe.

Louis Riel dépeint comme un diable avec les ailes d’un ange, par Dale Cummings (MIKAN 3018796)

Sans doute que le débat sur les événements de 1870 et de 1885, sur Louis Riel et sur la place qu’occupent les Métis dans notre histoire et la société canadienne contemporaine a eu un effet durable sur notre conscience nationale. En mars 1885, on peut lire dans un article paru dans le Globe de Toronto : « Rares sont les hommes à avoir été la cause de deux rébellions. Dans l’histoire du Dominion, Sir John Macdonald et son ami Riel sont les deux seuls à avoir mérité cette distinction. » [traduction]

Reproduction en noir et blanc d’une coupure de journal du Globe de Toronto en 1885. Il s’agit d’un article sur la Rébellion du Nord-Ouest.

Coupure de journal du Globe de Toronto, 1885 (MIKAN 521291)

Afin de nous situer en contexte, on assiste, durant les années 1870, à la disparition des troupeaux de bisons, beaucoup de Premières Nations sont au bord de la famine. Quant aux Métis, l’extinction des bisons desquels ils dépendaient eux aussi leur apporte un lot d’épreuves, alourdies, par la suite, par la fin du commerce de la fourrure.

Les Métis des Territoires du Nord-Ouest étaient d’avis que le Conseil du Nord-Ouest en place ne représentait pas leurs intérêts. Ils désiraient obtenir d’Ottawa la garantie que les titres de leurs lots de colonisation riverains et de leurs fermes seraient protégés advenant l’arrivée de vagues de colons.

Les Métis ont envoyé plus de 70 pétitions à Ottawa afin de leur faire part de leurs doléances, sans jamais recevoir de réponse. Aux yeux des Métis, le gouvernement fédéral était indifférent à leur tentative de régler les différends territoriaux et de protéger les droits des occupants.

Arrivés depuis peu dans les Territoires du Nord-Ouest, des colons blancs frustrés attendaient aussi leurs titres de propriété, car ils en avaient besoin pour obtenir des prêts et apporter des améliorations à leurs fermes. Entre-temps, un sentiment généralisé d’insatisfaction au regard des traités des Premières Nations et la pauvreté croissante ont poussé le chef Big Bear, de la tribu des Cris des plaines, à vouloir renégocier les modalités des traités. De fait, les problèmes et les doléances des Premières Nations étaient nettement différents de ceux des Métis et des colons blancs, hormis leur impression commune que le gouvernement d’Ottawa était indifférent, distant et impérialiste.

En conséquence, les Métis ont décidé de résister aux mesures prises ultérieurement par le gouvernement fédéral. Lorsque Louis Riel a organisé un gouvernement provisoire « illégal », cela a incité Ottawa à affirmer sa souveraineté dans les Territoires du Nord-Ouest.

Gravure en noir et blanc tirée du Illustrated London News, 1885. L’esquisse montre une colonne de soldats qui marchent dans un paysage hivernal.

Rébellion dans les Territoires du Nord-Ouest du Canada : Des troupes coloniales marchant sur les glaces de la baie Nipigon, dans le lac Supérieur, tiré du Illustrated London News, 1885 (MIKAN 2933970)

La Rébellion du Nord-Ouest (ou Rébellion de la Saskatchewan), un violent soulèvement contre le gouvernement canadien qui dura cinq mois, menée surtout par des militants métis et des Premières Nations alliées.

Dessin à la plume (recouvrant les traits de crayon) illustrant un combat en forêt, les Métis se trouvant derrière une barricade et tirant sur l’armée britannique en approche. Les Métis sont bien moins nombreux.

Bataille de Batoche, 1885, par Charles William Jefferys (MIKAN 2835223)

Les Métis essuieront une défaite à la bataille de Batoche (aujourd’hui la Saskatchewan), mettant pratiquement fin à la Rébellion du Nord-Ouest. Pour bien des personnes, dont Louis Riel et le chef Big Bear, les conséquences ont été immédiates et directes.

Photographie en noir et blanc d’un homme assis, enveloppé d’une couverture. Il regarde directement le viseur.

Chef Big Bear, 1886, par William Topley (MIKAN 3358338)

Les communautés métisses et celles des Premières Nations allaient souffrir des conséquences graves et durables des événements de 1885. De plus, les relations entre les francophones et les anglophones et les peuples autochtones et non autochtones allaient rester tendues pendant quelques années.