Conservatrice invitée : Sarah Hurford

Bannière pour la série Conservateurs invités. À gauche, on lit CANADA 150 en rouge et le texte « Canada: Qui sommes-nous? » et en dessous de ce texte « Série Conservateurs invités ».

Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

Joignez-vous à nous chaque mois de 2017! Des experts de BAC, de tout le Canada et d’ailleurs donnent des renseignements additionnels sur l’exposition. Chaque « conservateur invité » traite d’un article particulier et en ajoute un nouveau — virtuellement.

Ne manquez pas l’exposition Canada : Qui sommes-nous? présentée au 395, rue Wellington à Ottawa, du 5 juin 2017 au 1er mars 2018. L’entrée est gratuite.


Aperçu du kiosque de Bibliothèque et Archives Canada lors de l’événement national de la Commission de vérité et réconciliation, à Edmonton, en Alberta, par Sarah Hurford, 2014

Photo d’un kiosque présentant de nombreuses photos et un ordinateur sur le bord d’une table. Une dame aux cheveux bruns qui travaille au kiosque trouve une photo pour un couple. Un autre kiosque est visible à l’arrière-plan.

Le kiosque de Bibliothèque et Archives Canada lors de l’événement national de la Commission de vérité et réconciliation, à Edmonton, en Alberta par Sarah Hurford, 2014. © Sarah Hurford, 2014

En 1870, la politique des pensionnats indiens était largement appuyée. De nos jours, elle est jugée répugnante. La Commission de vérité et réconciliation a grandement contribué à sensibiliser le public à cette question.


Parlez-nous de vous.

Je m’intéresse aux documents sur le patrimoine autochtone depuis mon stage d’été à BAC, en 1998. J’ai alors vu de mes yeux la différence que les documents historiques pouvaient faire dans la vie des gens.

Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

Cette photo a été prise dans un énorme centre de conférence où s’entassaient des milliers de personnes et les kiosques de nombreux ministères, cercles de partage d’églises et vendeurs. Il y avait aussi une quantité impressionnante de visiteurs. C’était vraiment un espace commun, idéal pour un lieu de réconciliation. Il s’agissait d’une expérience très particulière; l’odeur de la sauge qui brûle embaumait l’air chargé d’émotion. Les gens s’arrêtaient au kiosque de BAC pour raconter leur histoire, poser des questions et regarder nos photos. Le tout avait une signification particulière pour moi parce que c’était le dernier événement prévu. Je pensais que je n’aurais plus jamais la chance de me trouver dans un tel contexte.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

Je voudrais ajouter cette photo d’un groupe de garçons qui vivaient trop loin du pensionnat d’Aklavik pour retourner chez eux pendant l’été. Durant l’événement à Edmonton, j’ai vu le petit-fils d’un de ces garçons, qui a immédiatement reconnu son grand-père. Chaque fois que je vois cette photo, je me souviens de cette rencontre. Je prends alors conscience de l’importance de notre présence aux événements nationaux. Nous devions être là pour entendre ces histoires et comprendre que les documents historiques de notre collection ont encore une incidence à notre époque.

Groupe d’enfants inuits vêtus de combinaisons ou de salopettes, debout sur un sol sablonneux et herbeux, avec l’école en arrière-plan.

Enfants inuits qui devaient demeurer à l’école de la mission anglicane pendant l’été parce qu’ils vivaient trop loin de celle-ci. Photo de M. Meikle (MIKAN 3193915)

Biographie

Photo en couleur d'une femme arborant un grand sourire.Sarah Hurford est archiviste à BAC depuis 2009. Elle se spécialise dans les documents et instruments de recherche se rapportant au patrimoine autochtone. Elle a occupé des postes aux Services de référence et aux Archives privées. Mme Hurford a offert des services de référence dans le cadre de deux projets de divulgation de documents réalisés par la Commission. Elle travaille actuellement à la Direction générale des documents gouvernementaux (portefeuille Affaires autochtones et du Nord Canada).

Conservateur invité : J. Andrew Ross

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Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

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Une page sur Joliette, au Québec – premier recensement du Canada, 1871

Vous avez remarqué l’entrée d’Adolphe Perrault? En 1871, être voyageur est un gagne-pain! Au fil du temps, les recensements sont devenus la base de la politique sociale et de nombreux programmes qui définissent l’identité canadienne.


Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

Depuis l’intendant Jean Talon, qui ordonne le premier recensement de la population européenne en Nouvelle-France en 1665-1666, les fondateurs du Canada moderne veulent connaître les aspects démographiques, sociaux et économiques des populations. BAC possède de nombreux documents sur les recensements, notamment une collection de microfilms presque complète des formulaires remplis à la main par chacun des énumérateurs (comme on appelait les recenseurs à l’époque) ayant fait du porte-à-porte, en 1871, pour recueillir de l’information dans le cadre du premier recensement après la Confédération.

Les énumérateurs devaient remplir jusqu’à neuf tableaux portant sur les caractéristiques de la population, les décès, les activités économiques, etc. Le recensement canadien se distingue par une question du tableau 1 (Dénombrement des vivants) demandant de l’information sur les origines, une question importante dans un pays composé de quatre provinces et d’une grande diversité de cultures, où il y a des tensions politiques entre deux groupes linguistiques majeurs.

Qu’entendait-on par « origines »? Le manuel donnant les directives pour les énumérateurs ne fournit pas beaucoup de détails, seulement quelques exemples : « L’origine des familles et des individus doit‑être inscrite telle que donnée par le chef de famille ou la personne interrogée comme suit : Anglaise, Irlandaise, Écossaise, Africaine, Sauvage, Allemande, Française etc. ». Sauf quelques exceptions (Sauvages, Métis, Indous et Juifs), les réponses acceptées correspondent aux pays d’origine plutôt qu’aux cultures.

Ironiquement, lors du premier recensement national, la réponse « Canadien » ne constitue pas une option parce que les auteurs des questions veulent distinguer clairement les Français, les Anglais et les autres groupes. Permettre de répondre « Canadien » aurait pu réduire la taille d’un groupe et avoir des conséquences néfastes pour la représentation politique et la fierté culturelle.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

Cette caricature astucieuse tirée du Canadian Illustrated News du 6 mai 1871, que BAC possède dans sa collection, montre comment la question sur les origines pourrait donner lieu à des conversations plutôt comiques :

Énumérateur : « De quelles origines êtes-vous, Madame? »

Dame : « Nous sommes Canadiens, bien sûr! »

Énumérateur : « L’origine canadienne ne fait pas partie des options. »

Dame : « Alors suivez la théorie de Darwin et inscrivez que nous descendons des singes! »

Caricature en noir et blanc montrant un énumérateur qui parle à une femme assise à un bureau.

Caricature du Canadian Illustrated News (AMICUS 133120) représentant une conversation possible sur le premier recensement (numéro du 6 mai 1871, page 288, e011180501)

Il ne s’agit pas seulement d’une bonne blague, mais aussi d’une observation perspicace. Après tout, que sont les origines d’une personne? Jusqu’où faut-il remonter? Puisque le lieu de naissance n’est pas pris en compte (il est consigné séparément), s’agit-il de l’héritage culturel du père ou de la mère? Pourquoi les personnes dont la famille réside au pays depuis des siècles ne peuvent-elles pas être considérées comme Canadiennes dans le cadre du recensement?

Selon les directives, l’énumérateur de la caricature aurait été en droit d’inscrire « primate ». Dans la pratique toutefois, les entrées sont vérifiées avant le comptage, et changées lorsqu’elles sont jugées inappropriées. C’est ainsi que des milliers de personnes se décrivant comme Canadiennes (ou Américaines) se sont vu attribuer une autre origine, habituellement fondée sur leur nom de famille. Lorsque les résultats sur l’origine ont été publiés, à l’automne 1871, « Canadien » n’était pas une catégorie.

Au 20e siècle, l’origine commence à porter moins sur la nationalité d’une personne que sur sa culture, un concept qui a pris le nom d’« ethnicité ». Dans ce contexte, les questions sur l’origine incluses dans les recensements visaient à connaître l’ethnie du premier ancêtre paternel venu s’établir au Canada.

Cette idée ne convient pas à tout le monde. Par exemple, le 13e premier ministre du Canada, John George Diefenbaker, était fier de son héritage ethnique mixte et encore plus fier de ne pas l’avoir dévoilé aux recenseurs. Dans ses mémoires, il écrit (ne vous gênez pas pour ricaner) :

« Je ne me suis jamais inscrit comme le demandaient les recensements. Je suis Canadien, et c’est comme tel que je m’inscris. Quand j’étais premier ministre, je me suis assuré que le recensement de 1961 contenait la question “Êtes-vous Canadien?”. Même si les libéraux et les bureaucrates en place désapprouvaient le changement et l’ont annulé quand j’ai quitté le pouvoir, des centaines de milliers de Canadiens ont répondu affirmativement à cette question, avec une grande fierté. » [traduction]

La question de Diefenbaker n’a pas remplacé celle sur les origines, qui a continué d’être posée, mais elle pourrait avoir mené au changement officiel de politique survenu en 1971 – 100 ans après le premier recensement. Ce changement a permis de répondre « Canadien » à la question sur les origines (laissant le recenseur consigner cette réponse sans qu’elle soit changée). Seulement 71 000 personnes se sont dites Canadiennes cette année-là, mais ce nombre a crû rapidement au cours des quarante années suivantes. En 2011, plus de 10 millions de personnes ont répondu « Canadien », et 6 millions d’entre elles n’ont mentionné aucune autre origine. Le recensement de 2016 demandait : « Quelles étaient les origines ethniques ou culturelles des ancêtres de cette personne? » Nous saurons bientôt combien de personnes souhaitent maintenant être comptées parmi les Canadiens dans le cadre du recensement.

Biographie

Une photo en couleur d'un homme debout devant un tableau.J. Andrew Ross est archiviste à la Direction générale des documents gouvernementaux de BAC.

Conservatrice invitée : Caroline Forcier-Holloway

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Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

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Photo tirée de Storm O’Brien, un épisode de la télésérie R.C.M.P réalisée par Crawley Films Ltd., en 1959

Vue fixe en noir et blanc d’un acteur vêtu d’un uniforme de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), appuyé contre un camion de marque Bombardier.

Photo tirée de Storm O’Brien, un épisode de la télésérie R.C.M.P., réalisée en 1959 par Crawley Films Ltd. (MIKAN 3563899) ©Michal Anne Crawley

La série visait à présenter une image plus réaliste des gendarmes canadiens. Des relations complexes et difficiles, par exemple avec les Autochtones, y sont évoquées. Mais dans l’ensemble, on y nage curieusement en pleine romance.


Parlez-nous de vous

Mes recherches sont axées sur les peuples nordiques du Canada et l’exploration de l’Arctique canadien documentés dans les films parrainés par le gouvernement, les films de cinéastes indépendants moins connus et les films amateurs non publiés, ainsi que les films de collections privées. Dès que j’en ai l’occasion, je me penche sur des films souvent oubliés et laissés à l’abandon qui requièrent toute notre attention, dans l’espoir de les rendre accessibles.

Mon intérêt envers la collection de récits oraux de Bibliothèque et Archives Canada remonte à l’époque où j’étais archiviste de référence, intérêt qui s’est transformé en l’un de mes principaux portefeuilles d’acquisition. Vint ensuite le désir de mener des entrevues avec les donateurs dans le cadre du programme bien établi des récits oraux des Archives nationales du Canada. Depuis 2015, je suis coresponsable de la toute nouvelle initiative de BAC portant sur les histoires orales, un programme d’entrevues axé sur les récits oraux qui donne la parole aux donateurs et aux employés de BAC afin de souligner leurs contributions.

Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

Les paragraphes ci-dessous présentent des exemples du contenu datant des débuts de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) prélevé à même la vaste collection de documents audiovisuels de BAC. L’information y est disposée en trois catégories : les premières dramatiques télévisuelles de fiction; les premiers longs métrages de fiction; et les premiers documentaires et films amateurs.

La GRC dépeinte dans les premières dramatiques télévisuelles de fiction

Crawley Films Ltd., en partenariat avec la British Broadcasting Corporation (BBC), a réalisé la série R.C.M.P. en 1959-1960. Appuyés sur des faits réels tirés de dossiers de la GRC, les 39 épisodes d’une demi-heure ont été tournés en noir et blanc au format 35 mm et diffusés au Canada, en Angleterre et en Australie.

BAC a acquis le fonds Crawley Films en 1983. La collection renferme 38 837 bobines de film, 12 800 photographies, 42 mètres de documents textuels, ainsi que d’autres médias. Frank Radford « Budge » Crawley et Judith Crawley fondent officiellement Crawley Films en 1939, à Ottawa. Parmi les différentes catégories de films réalisés par Crawley Films — commandes de l’industrie, longs métrages, documentaires, films d’animation et messages publicitaires —, la télésérie dramatique R.C.M.P. positionne vraiment l’entreprise dans une classe à part des autres maisons de production.

La télévision entre dans les foyers canadiens en 1952, et en 1955, 23 stations de télévision sont en activité au Canada, alors que la demande de contenus à diffuser sur les ondes est croissante. En 1958, « Budge » conclut un partenariat avec la Société Radio-Canada (SRC) et la BBC afin de réaliser une série qui allait relater les « récits quotidiens des forces policières fédérales canadiennes » [traduction].

Munroe Scott, l’un des scénaristes de la série, explique le choix du thème par Crawley Films : « La GRC nous fascinait parce qu’elle faisait partie de presque tous les aspects de la vie au Canada. Les scénarios de chaque épisode étaient généralement conçus de manière à refléter la réalité, même si on y ajoutait des effets dramatiques pour la télévision » [traduction].

Afin de tourner les épisodes, Crawley Films a acheté une propriété de 40 acres près de Chelsea (Québec), où l’on a érigé un studio de 8 500 pieds carrés. Les villes d’Aylmer, de Québec et d’Outlook (Saskatchewan) ont servi à matérialiser la ville western fictive de Shamattawa. L’acteur francophone Gilles Pelletier jouait le rôle principal du caporal Jacques Gagnier, responsable du détachement. John Perkins incarnait le constable Frank Scott, tandis que Don Francks prêtait vie au constable Bill Mitchell, un collègue tout frais émoulu de l’académie. Des rôles de soutien revenaient régulièrement dans les épisodes, dont le constable spécial Ben Aputagen, joué par Angus Baptiste, et le maire Bill Cartwright, incarné par Bernard McManus.

BAC possède les 39 épisodes de la série, ainsi qu’une version de l’épisode 18, The Hunt, en allemand. Pour suivre la série, les téléspectateurs syntonisaient la SRC le mercredi à 20 h. Une liste de tous les épisodes a été compilée par The Classic TV Archive [en anglais].

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition

Avant R.C.M.P., une série américaine d’aventure dramatique de genre fiction connaissait déjà du succès chez les téléspectateurs et auditeurs, soit Sergeant Preston of the Yukon, dont les 78 épisodes ont été télédiffusés par la CBS de 1955 à 1958. La série relatait les péripéties du sergent William Preston, un gendarme canadien de la Police à cheval du Nord-Ouest [créée en 1873, cette entité a été renommée Gendarmerie à cheval du Nord-Ouest vers 1896, puis remplacée par la Royale Gendarmerie à cheval du Nord-Ouest en 1904] alors qu’il patrouillait dans les contrées sauvages du Yukon avec son cheval, Rex, et son fidèle chien, Yukon King. Ensemble, ils combattaient les malfaiteurs (evildoers) dans les régions nordiques pendant la ruée vers l’or des années 1890.

La télésérie était basée sur la populaire dramatique radio, Challenge of the Yukon, un feuilleton radiophonique de 15 minutes mettant en vedette le sergent Preston, d’abord radiodiffusé à Détroit de 1938 à 1947, puis repris par différentes stations radio jusqu’en 1955. Pour écrire la série, Tom Dougall s’était inspiré des poèmes de Robert W. Service. Les âmes nostalgiques qui aimeraient faire un retour en arrière peuvent écouter les 609 radioromans sur le site Web d’Old Time Radio Researchers Group [en anglais]. BAC conserve certains épisodes de Challenge of the Yukon et de Sergeant Preston of the Yukon.

La GRC mise en vedette dans les premiers longs métrages de fiction

Symbole emblématique du Canada, la GRC a été dépeinte dans plusieurs centaines d’ouvrages de fiction à Hollywood, inondant l’industrie cinématographique. Parmi les classiques, citons Rose-Marie [en anglais] (1936), un film musical réalisé par MGM, et Renfrew of the Royal Mounted [en anglais] (1937), une série de huit longs métrages réalisés par Criterion Pictures Corporation. Ces œuvres ont été distribuées partout en Amérique du Nord et ailleurs dans le monde.

Le tout premier long métrage de fiction traitant des gendarmes canadiens s’intitule The Cattle Thieves [en anglais] (1909), une réalisation de la Kalem Company, établie aux États-Unis. Ce studio a d’ailleurs innové en étant le premier à se rendre au Canada pour tourner une dramatique sur place. C’est ainsi que le public américain a découvert la Royale Gendarmerie à cheval du Nord-Ouest [entité ayant remplacé la Police à cheval du Nord-Ouest en 1904]. D’autres maisons de production américaines ont aussi réalisé des films dont l’intrigue se déroulait au Canada, mais qui étaient tournés aux États-Unis, un style qui se maintiendra jusque tard dans les années 1950. À l’époque, on mettait l’accent sur la romance des vastes étendues sauvages du Canada. Habituellement, la distribution des personnages comprenait un trappeur ou un bûcheron canadien-français dans le rôle du méchant, quelques Autochtones, des mineurs, des prospecteurs, des contrebandiers de whisky et, bien entendu, un « noble gendarme canadien ».

Sous la direction d’A.J. Edwards, On the King’s Highway [en anglais] (1915) est l’une des premières dramatiques à être tournées sur les gendarmes canadiens par la Conness Till Film Company de Toronto. Quant à la nouvelle de James Oliver Curwood, Wapi the Walrus, devenue Back to God’s Country [L’instinct qui veille] (1919), elle donnera naissance au tout premier long métrage canadien portant sur la survie. Historien du cinéma, Peter Morris décrit le récit comme un « triangle mélodramatique mettant en vedette, dans un décor sauvage du Nord canadien, une héroïne, un héros et un méchant, de même qu’un chien — tout aussi héroïque — et des ours qui vivent dans un environnement nordique naturel marqué par la froidure et la neige, sans oublier l’omniprésente [Royale] Gendarmerie à cheval du Nord-Ouest » [traduction].

Image en couleurs d’un homme et d’une femme à cheval dans une clairière, devant des arbres verts majestueux et des montagnes aux cimes enneigées. L’homme porte une chemise jaune déboutonnée pour exposer sa poitrine. Il est penché vers la femme qui porte un bonnet blanc et une mante rouge. Découpée et apposée en bas à gauche, une autre image, en noir et blanc, illustre un gendarme en uniforme qui dirige son cheval vers un feu de camp; un grand arbre se dresse en arrière-plan. Le titre du film est écrit en bas à droite, sur l’affiche.

Affiche publicitaire du film Cameron of the Royal Mounted, 1921, par Winnipeg Productions Ltd. (MIKAN 199330)

Cameron of the Royal Mounted (1921) est un long métrage d’aventure de fiction muet avec des intertitres en anglais, produit par Winnipeg Productions Ltd. et inspiré du livre de Ralph Connor, Corporal Cameron of the North West Mounted Police [en anglais]. On y raconte l’histoire d’un jeune homme qui se sauve au Canada pour éviter l’emprisonnement pour un chèque contrefait. Il tombe en amour, mais il sera la cible d’un rival jaloux. L’occasion s’offre à lui de se joindre à la Royale Gendarmerie à cheval du Nord-Ouest. Il se portera au secours de sa petite amie kidnappée, et sera blanchi de l’accusation initiale qui planait sur lui. Ce film se distingue des autres, car on a fait appel à de vrais gendarmes du poste de Fort McLeod de la Royale Gendarmerie, en Alberta, pour jouer comme figurants dans leurs propres rôles, une décision pleine d’aplomb. BAC dispose d’une version incomplète du film, soit deux bobines sur les six composant le film.

Entre autres films, mentionnons Policing the Plains [en anglais] (1927), une production d’A.D. Kean de la maison Canadian Historic Features Ltd. de Vancouver, et His Destiny [en anglais] (1928), aussi connu sous le titre North of 49, produit par British Canadian Pictures Ltd., de Calgary. Le dernier film a été tourné sur place, en Alberta, et comprend des images du stampede de Calgary de 1928. BAC en possède deux versions incomplètes.

La GRC dépeinte dans les premiers documentaires et films amateurs

De nombreux films ont été tournés sur les gendarmes canadiens, mais cette institution en a réalisés très peu sur elle-même. BAC a plus de 1 230 images en mouvement et enregistrements sonores liés à des collections tant gouvernementales que privées et documentant des activités de la GRC. Les documentaires font état d’activités et d’événements, dont le film Through the Northwest Passage [en anglais] qui nous entraîne dans l’histoire de la navigation. Le documentaire tourné par le caporal F.S. Farrar raconte les péripéties du capitaine Henry Larsen et des huit membres de son équipage qui, à bord de la goélette de bois St. Roch, ont navigué de Vancouver (Colombie-Britannique) jusqu’à Halifax (Nouvelle-Écosse), en empruntant le passage du Nord-Ouest, et ce, de 1940 à 1942.

Photographie en noir et blanc d’un homme portant des vêtements d’hiver à bord d’un bateau; on voit l’eau glacée en arrière-plan.

Le capitaine Henry Larsen à bord du St. Roch, une goélette de patrouille de la GRC, dans les Territoires du Nord-Ouest, vers 1944. (MIKAN 3191981)

Les films amateurs jouent un rôle important pour documenter l’histoire, la culture, la vie et les activités personnelles. Bon nombre d’archives visent à promouvoir cette valeur ou importance plus globale, car on estime que ce sont des documents de source primaire dans le contexte des documents historiques, notamment compte tenu de la demande croissante des chercheurs qui y voient une utilité inestimable aux fins de productions, d’études sociologiques, de préparation de sites Web et d’expositions, et bien plus encore.

Les films amateurs racontent aussi des histoires sur les gendarmes canadiens, basées sur des faits. Pendant ses expéditions dans le Nord dans les années 1930 à 1950, Henry Larsen a documenté, sur sept bobines de films amateurs, des activités variées, des personnes et des lieux.

En 1932, Doug Betts devient constable au sein de la GRC et suit une formation à la caserne Fairmont, à Vancouver. Peu de temps après, il est affecté à Dawson et à Whitehorse, au Yukon, et sera promu au grade de caporal à la fin des années 1940.

Le fonds Norman Betts comprend 23 bobines de films familiaux muets tournés en noir et blanc au format 8 mm. Le caporal Doug Betts était un caméraman passionné qui apportait sa caméra lors de ses diverses affectations, de même que pendant ses permissions de loisirs et de détente. Il a ainsi documenté, entre autres, l’exploitation de placers, les patrouilles en traîneau à chiens, une enquête menée sur le site d’un écrasement d’avion, ainsi que sa participation à des parties de chasse. En outre, BAC a mené une entrevue avec le donateur Norman Betts, fils de Doug Betts, afin de mieux comprendre le contexte des films muets.

Photographie en noir et blanc d’un homme portant des vêtements d’hiver assis sur un traîneau avec six chiens attelés.

Doug Betts assis avec Kluane, son chien de traîneau de tête, extrait de Doug Betts No. 8: home movie, vers 1935-1939. (MIKAN 188444)

Photographie en couleurs d’un emballage de film jaune arborant des notes servant à identifier le film.

Boîte de film Kodak qui contenait une bobine 16 mm de 100 pieds utilisée par le constable Doug Betts. (Les renseignements, comme les annotations, l’oblitération du timbre-poste et la date de péremption du film, fournissent des données importantes afin de déterminer le contenu et les dates d’un film.)

Biographie

Photo couleur d'une femme arborant un grand sourire.Caroline Forcier-Holloway est archiviste audiovisuelle à Bibliothèque et Archives Canada. Depuis qu’elle a amorcé sa carrière à BAC en 1989, elle a rempli diverses fonctions à titre d’archiviste de référence spécialisée en audiovisuel, d’archiviste de référence générale, de chercheuse à la cinématographie et, en dernier lieu, d’archiviste audiovisuelle. Depuis 2000, elle a procédé à l’acquisition de collections et de fonds audiovisuels renfermant du contenu lié à l’histoire orale, aux Autochtones et au Nord, ainsi que des documents en français et en anglais, provenant du secteur privé et du gouvernement, de diffuseurs et de cinéastes, tant professionnels qu’amateurs.

Ressources connexes

Brian Thompson : conservateur invité

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Ouverture d’« Une Couronne de Lauriers » par Calixa Lavallée, vers 1864

Page en papier sépia des notations musicales écrites à la main signées C. Lavallée.

Partition de « Une Couronne de Lauriers » par Calixa Lavallée, v. 1864 (MIKAN 4903777)

Calixa Lavallée ne croyait pas à la nation canadienne; il aurait même composé des œuvres contre la Confédération. Certains journaux de l’époque parlent d’un « radical » célèbre pour sa couronne et ses lauriers.


Parlez-nous de vous.

Lorsque j’étais enfant, j’étais fasciné par le hockey, la musique, l’histoire et la politique. Je partageais la même passion pour le hockey et la musique que les autres enfants de mon âge. L’histoire et la politique étaient moins populaires. Toutefois, en tant que musicologue, la musique, l’histoire et la politique font partie de mon travail. Alors que je rédigeais un article sur Calixa Lavallée, le compositeur de « Ô Canada », je me suis rendu compte que j’avais trouvé une manière d’intégrer le hockey dans mon canevas — l’hymne national, chanté par le grand Roger Doucet, faisait partie de mes soirées du samedi, de l’automne au printemps. Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

Calixa Lavallée est né en 1842 dans les proches environs de Montréal. Au milieu de son adolescence, il était déjà un musicien professionnel; il était directeur musical de troupes de ménestrels ambulants et il se produisait comme pianiste. Il allait devenir un pédagogue réputé, tant au Canada qu’aux États-Unis, et un compositeur d’œuvres dans pratiquement tous les styles en vogue à cette époque. Parmi les œuvres qu’il a publiées, on compte des chansons, de la musique sacrée, des ouvertures de concert, des opéras, de nombreuses pièces pour piano et l’hymne « Ô Canada » qu’il composa en 1880.

Lavallée revint des États-Unis en 1863 et resta à Montréal jusqu’à la fin de 1865. Des événements marquants se déroulaient alors des deux côtés de la frontière. En 1864, les États-Unis entraient dans la troisième année de la guerre de Sécession, alors que les Canadiens commençaient à débattre des avantages de la Confédération. À Montréal, les opinions étaient partagées quant à la création d’un nouveau pays. Par ses contributions aux journaux nationalistes La Presse et l’Union nationale, Lavallée, alors âgé de 22 ans, prenait le parti des opposants à la Confédération qui en revenait pour eux à l’assimilation des Canadiens français. Sur scène, il jouait un rôle de premier plan; il donnait de nombreux concerts à la tête d’un groupe de jeunes chanteurs et d’instrumentistes. Il consacrait la majorité de son temps à recueillir des fonds pour des œuvres de bienfaisance.

Le 19 février 1864, il donna un concert dans l’Édifice Nordheimer, à Montréal, où il interpréta « Une Couronne de Lauriers » pour la première fois en public. La société locale Laurent, Laforce et cie publia l’œuvre à l’été de cette même année; en août La Presse en publia une recension signée par le pianiste Gustave Smith qui déclara que c’était « le premier morceau d’importance qui ait paru chez un éditeur de musique de Montréal ». Selon toute vraisemblance, c’est à ce moment que Lavallée a rédigé les premières mesures du morceau « Une Couronne de Lauriers ».

Deux pages comprenant les signatures des chanteurs d'opéra les plus réputés.

Feuilles d’autographes comprenant les signatures des chanteurs d’opéra les plus célèbres de l’époque (MIKAN 4936765)

Ce document fascinant soulève de nombreuses questions. BAC en a fait l’acquisition en même temps qu’un document de deux pages intitulé « Autographes des dames et messieurs de l’Opéra Italien ». Les annotations indiquent clairement que la première feuille, comprenant un fragment musical, provenait du même livre que la seconde, qui est une page d’autographes. BAC a fait l’acquisition des deux documents chez un marchand de livres rares. Nous ne pouvons qu’émettre des spéculations quant à leur origine et leur utilité.

La feuille d’autographes comprend les signatures de nombreux grands noms de l’opéra de l’époque, dont l’imprésario Max Strakosch et la mezzo-soprano Amalia Patti Strakosch. La plupart de ces artistes, si ce n’est tous, se produisaient à New York au milieu des années 1860. La page contient un message nébuleux : « Que sera l’avenir pour nous deux? Montréal, 5 nov. 1866 »

La question qui se pose : à qui appartenaient ces deux feuilles? Je ne peux que spéculer. Une des possibilités est qu’elles étaient la propriété de Lavallée lui-même; elles ont peut-être été transmises à sa veuve, après son décès survenu à Boston en 1891, et ensuite à une autre personne. Lavallée travaillait souvent avec des chanteurs d’opéra et peut avoir recueilli leurs autographes. Un album de photographies qui lui appartenait a survécu et contient de nombreuses photos d’autres artistes signées de leur main. Cependant, cela aurait été inhabituel de sa part d’avoir inséré un court morceau de musique dans son livre d’autographes.

Il est plus plausible de penser que ces pages appartenaient au pianiste Gustave Smith. C’était un collègue de Lavallée à Montréal dans les années 1860, et, lui aussi, travaillait souvent avec des chanteurs d’opéra. Il se rendit également aux États-Unis vers la fin 1865 ou au début de 1866, où il séjourna brièvement à New York avant de s’établir à La Nouvelle-Orléans. Il rentra au Canada plus tard au cours de la décennie et occupa un poste d’organiste à la cathédrale Notre-Dame d’Ottawa.

Une troisième possibilité est que ces documents appartenaient à un autre collaborateur de Lavallée, le violoniste Frantz Jehin-Prume. Ce musicien belge faisait un séjour prolongé à Montréal en 1865, période au cours de laquelle il s’est produit au moins une fois en compagnie de Lavallée. Les deux musiciens sont devenus des amis proches et se produisaient fréquemment ensemble. Il participa à plusieurs tournées avec une compagnie qui comptait dans ses rangs Amalia Patti Strakosch. Il a séjourné à New York à l’automne 1865 et est revenu à Montréal en 1866.

Le manuscrit a encore des secrets à révéler. Il lève un petit pan du passé, nous donnant un aperçu de la vie culturelle à une époque qui vit la naissance du Canada ainsi que de la vie du musicien dont la musique contribuait à définir un pays à la création duquel il s’opposait initialement.

Compte tenu de leur formation et de leur expérience, les historiens et les archivistes, tout comme les musicologues, connaissent l’importance potentielle d’un document manuscrit. Ils savent qu’une lettre, un mémo ou quelques notes de musique rapidement jetées sur un morceau de papier peuvent nous aider à mieux comprendre les époques passées et peuvent avoir bien plus de valeur qu’il n’y paraît à première vue. L’étude de l’histoire peut porter sur l’analyse des événements historiques et politiques importants, mais cela peut être aussi un travail de détective. Ceux qui explorent notre époque peuvent s’appuyer dans une large mesure sur des renseignements en format électronique : des images numériques, des courriels, des publications ou des blogues. L’exposition est l’occasion pour le public d’admirer et de découvrir des documents originaux, comme ceux-ci, des documents créés de main d’homme et par des personnes qui ont laissé quelque chose d’eux-mêmes et de leur époque à la postérité.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

Couverture de la partition. Au centre, il y a une photo d'un homme en pardessus et en pantalons tenant à la main un haut-de-forme et une canne. Les noms du compositeur et du parolier se trouvent en bas entre un croquis représentant la ville de Québec et un arbre qui va jusqu'au haut de la page recouvrant le titre de feuilles d'érable.

Couverture de la première édition de « Ô Canada » (AMICUS 5281119)
L.N. Dufresne, couverture « Ô Canada » (Québec : Arthur Lavigne, 1880). Musée de la civilisation, bibliothèque du Séminaire de Québec. Fonds ancien, 204, SQ047145.

La couverture de la première édition de « Ô Canada » (« Chant national ») est un document rare d’une grande importance historique. L’hymne a été composé à l’occasion du Congrès catholique canadien-français de 1880, un rassemblement d’intellectuels, de politiciens et de milliers de membres du grand public qui avait pour but de célébrer la culture canadienne-française et de réfléchir à l’avenir. L’événement comprenait de nombreuses prestations musicales. C’était aussi l’occasion de créer un chant national qui avait la dignité du « God Save the Queen », l’hymne qui était alors entonné lors de tous les événements publics au Canada à l’époque.

Le comité organisateur du Congrès avait choisi Calixa Lavallée comme compositeur, et le juge Adolphe-Basile Routhier comme poète, pour produire le nouvel hymne. Les deux hommes vivaient alors au Québec et se connaissaient, car ils évoluaient au minimum dans les mêmes sphères. Ils achevèrent la production de l’œuvre en avril 1880 et les journaux annoncèrent qu’elle serait publiée par le détaillant en musique local Arthur Lavigne. Le concepteur de la couverture était L.N. Dufresne, un peintre et illustrateur. Il souhaitait que son œuvre saisisse visuellement l’essence même de la musique. Le titre est indiqué en haut, entouré de guirlandes de feuilles d’érable. Sur la droite, on peut voir la Citadelle de Québec, sur la gauche un castor et en bas, le fleuve Saint-Laurent. Au centre de la page se trouve une photographie du lieutenant-gouverneur Théodore Robitaille. Le fait qu’il occupe la place de choix sur la couverture vise à témoigner du rôle qu’il joue en tant que mécène et fervent défenseur de la création d’un nouveau chant national, un chant qui pourrait représenter le peuple du Québec et les Canadiens français où qu’ils se trouvent.

Biographie

Photo en couleur d'un homme avec une barbe.Brian Christopher Thompson est l’auteur du livre Anthems and Minstrel Shows: The Life and Times of Calixa Lavallée, 1842–1891 (Montréal et Kingston : McGill–Queen’s University Press, 2015); il a également rassemblé et publié Calixa Lavallée: L’œuvre pour piano seul / The Complete Works for Solo Piano (Vancouver: The Avondale Press, 2016). Après avoir obtenu des diplômes de l’Université Concordia, de l’Université de Victoria et de l’Université McGill, il a obtenu son doctorat en musicologie à l’Université de Hong Kong en 2001, sous la direction de Michael Noone et Katherine Preston. Il est actuellement chargé de cours sénior au Département de musique de l’Université chinoise de Hong Kong.

Ressources connexes

Conservateurs invités : Michael Smith et J. Andrew Ross

Bannière pour la série Conservateurs invités. À gauche, on lit CANADA 150 en rouge et le texte « Canada: Qui sommes-nous? » et en dessous de ce texte « Série Conservateurs invités ».

Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

Joignez-vous à nous chaque mois de 2017! Des experts de BAC, de tout le Canada et d’ailleurs donnent des renseignements additionnels sur l’exposition. Chaque « conservateur invité » traite d’un article particulier et en ajoute un nouveau — virtuellement.

Ne manquez pas l’exposition Canada : Qui sommes-nous? présentée au 395, rue Wellington à Ottawa, du 5 juin 2017 au 1er mars 2018. L’entrée est gratuite.


Signature de la proclamation de la Loi constitutionnelle de 1982 mettant en vigueur la Charte des droits et libertés, par Robert Cooper, 1982

Photographie de la signature de la proclamation de la Loi constitutionnelle de 1982, par Robert Cooper. (MIKAN 3206003) © Gouvernement du Canada

Photographie de la signature de la proclamation de la Loi constitutionnelle de 1982, par Robert Cooper. (MIKAN 3206003) © Gouvernement du Canada

Signature de la proclamation de la Loi constitutionnelle de 1982, photographiée par Robert Cooper en 1982.


Parlez-nous de vous.

Michael Smith a piloté un projet visant à concevoir et fabriquer des caissons d’entreposage sur mesure pour préserver deux des plus prestigieux documents de BAC, à savoir les deux exemplaires de la proclamation de la Loi constitutionnelle de 1982. J. Andrew Ross est chargé des documents du registraire général (RG68), l’entrepôt de toutes les proclamations du gouvernement du Canada.

Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

Document blanc-jaune pâle, rédigé à l’encre noire et rouge, orné des armoiries du Canada dans le haut.

Proclamation de la Loi constitutionnelle de 1982. (MIKAN 3782519) © Gouvernement du Canada

La proclamation de la Loi constitutionnelle de 1982 a été signée sur les marches du Parlement, à Ottawa, le 17 avril 1982 par la reine Elizabeth II, le premier ministre Pierre Trudeau, le procureur général (ministre de la Justice) Jean Chrétien et le registraire général (ministre de la Consommation et des Corporations) André Ouellet. La proclamation, seul document fondateur canadien signé par la reine, a permis l’entrée en vigueur de la Loi constitutionnelle de 1982 en modifiant la constitution canadienne et en adoptant la Charte canadienne des droits et libertés. La signature faisait suite à plusieurs années de négociations constitutionnelles au Canada qui ont abouti au rapatriement de la Constitution, c’est-à-dire la transmission des pleins pouvoirs de modification constitutionnelle du Royaume-Uni au Canada.

Il existe en fait deux exemplaires de la proclamation : celui signé à l’extérieur, qui a été endommagé par la pluie (voir plus haut) et est devenu ce qu’on appelle l’exemplaire « mouillé », et celui qui a été signé plus tard à l’intérieur du Parlement. Au départ intact, ce dernier a été abîmé par de la peinture rouge par un manifestant, en 1983, et on l’appelle dorénavant l’exemplaire « taché ». Les deux exemplaires de la proclamation sont conservés par BAC et ont très souvent été exposés depuis 1982. L’exemplaire mouillé a récemment été exposé au Musée canadien pour les droits de la personne à Winnipeg, et BAC l’a récupéré au début du mois de septembre. En 2017, il sera exposé à la Bibliothèque du Parlement à Ottawa.

Exemplaire de la proclamation de la Loi constitutionnelle de 1982 avec une grande tache rouge au milieu.

Exemplaire taché de la proclamation de la Loi constitutionnelle de 1982. © Gouvernement du Canada. (MIKAN 3782551)

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

BAC possède également les deux stylos utilisés pour signer la proclamation mouillée. Le premier ministre Jean Chrétien, qui entretenait un lien particulier avec ces stylos, en a fait don en 2000 aux Archives nationales du Canada. Plus tard, il a raconté ses échanges pleins d’humour avec la reine au moment de la signature :

« J’ai pris le stylo pour signer. Il ne fonctionnait pas, j’ai dit “merde” tout bas, et elle a éclaté de rire, relate-t-il. Tout le monde m’a demandé ce que j’avais bien pu lui raconter pour qu’elle se mette si spontanément à rire, mais j’ai gardé la raison pour moi pendant de nombreuses années. » (Source)

Vous pouvez voir le moment de la signature et la réaction de la reine ici, sur CBC (après 7 min 45 s), ou ici, sur Radio‑Canada (environ 0 min 47 s).

Deux stylos noir et or debout sur un socle noir et or posé sur un bloc en velours et présenté dans un coffret en bois.

Stylos utilisés par la reine Elizabeth II et les signataires de la proclamation de la Loi constitutionnelle de 1982. © Gouvernement du Canada. (MIKAN 4105375)

Bien que les stylos aient été achetés chez Birks, bijouterie haut de gamme d’Ottawa, on n’a apparemment pas pensé à la durabilité de l’encre, et les expositions fréquentes des proclamations à la lumière font craindre que les signatures pâlissent au fil du temps. On a estimé de façon prudente qu’il était possible d’exposer chaque document à des sources de lumière d’intensité et de sources variées pendant environ 4 000 heures. En 2011, le test de microvieillissement à la lumière effectué sur l’encre des signatures par l’Institut canadien de conservation a indiqué que les colorants synthétiques utilisés dans l’encre pouvaient pâlir et qu’ils avaient probablement pâli depuis 1982.

L’encre d’importantes signatures a pâli sur plusieurs documents historiques détenus par BAC, mais alors que certains restent très peu exposés, les deux exemplaires de la proclamation sont très importants. Il a donc fallu fabriquer un caisson d’entreposage sur mesure pour leur conservation ainsi qu’une vitrine sécurisée pour les expositions afin de prévenir toute dégradation ultérieure des documents.

On a décidé de concevoir et de construire deux caissons d’entreposage permanents, un pour chaque exemplaire de la proclamation. De plus, une vitrine sécurisée serait fabriquée pour les expositions (on a prévu qu’un seul exemplaire de la proclamation serait exposé à la fois). Les caissons d’entreposage peuvent être scellés de façon hermétique lorsque l’environnement est faible en oxygène (dispositif qui pourrait être ajouté à l’avenir pour ralentir le pâlissement de l’encre), et sont vitrés à l’aide de verre antireflet comportant des filtres UV. En plus des dispositifs de sécurité, la vitrine comprend également des éléments qui limitent et surveillent les niveaux d’exposition à la lumière. Avec ces nouvelles vitrines, les Canadiens pourront voir les proclamations en montre pendant de nombreuses années.

Proclamation dans son caisson monté sur quatre pieds et doté d’une vitrine en verre.

Caisson d’entreposage d’un exemplaire de la proclamation fabriqué en vue de sa préservation. © Gouvernement du Canada.

Gros plan du caisson de préservation exposant un exemplaire de la proclamation, sous verre dans un cadre noir.

Gros plan sur le caisson de préservation. © Gouvernement du Canada.

Le cas de la proclamation a également incité BAC à revoir son approche en ce qui concerne la préservation des signatures. Bien que bon nombre de documents du gouvernement du Canada soient dorénavant signés de façon numérique, la plupart des documents de prestige sont encore signés à l’encre. Les préoccupations relatives à la pérennité de ces signatures ont amené Guy Berthiaume, bibliothécaire et archiviste du Canada, à rédiger un courriel daté du 14 avril 2016 dans lequel il conseille aux ministères d’utiliser des stylos à encre pigmentée, indélébile et résistant à la lumière, pour signer les documents officiels et de prestige. Il a mentionné le cas de la proclamation de la Loi constitutionnelle de 1982 comme un parfait exemple du risque de pâlissement de l’encre, et conseillé d’être particulièrement méticuleux quant au choix des stylos utilisés pour signer les documents officiels, « surtout les documents d’importance nationale destinés à nos archives […] afin de s’assurer que les documents placés sous notre responsabilité restent lisibles pour les prochaines générations. »

Biographies


Michael Smith est le gestionnaire des collections textuelles et cartographiques (non reliées) de Bibliothèque et Archives Canada. J. Andrew Ross est un archiviste des Documents gouvernementaux à Bibliothèque et Archives Canada.

Ressources connexes

Conservatrice invitée : Arlene Gehmacher

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Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

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Bouquet de fleurs sauvages par Susanna Moodie, v. 1870

Un pissenlit jaune devant des fleurs sauvages bleues et roses mélangées à des feuilles, peint sur une carte sépia.

Bouquet de fleurs sauvages par Susanna Moodie, v. 1870 (MIKAN 2897949)

Susanna Moodie qualifiait les forêts canadiennes de prison. Peindre des fleurs était peut-être pour elle une façon de s’évader et d’instaurer un peu d’ordre et de raffinement dans la nature.


Parlez-nous de vous.

L’étude de la culture visuelle du Canada est un de mes intérêts depuis mon embauche pour faire des recherches sur les sources imprimées et archivistiques primaires en vue d’une exposition sur l’art historique produit au Canada. J’ai eu la piqûre — le matériel a comblé à la fois mon amour des beaux-arts et celui du contexte culturel. Je me sens privilégiée d’avoir pu en faire ma carrière.

Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

Les aquarelles, comme Bouquet de fleurs sauvages, n’étaient pas pour Moodie un simple passe­temps pour créer des cadeaux pour les membres de sa famille et ses amis, mais il s’agissait également d’une marchandise qui pouvait générer un revenu ou faire du commerce. En demandant entre 3 $ et 5 $, elle pouvait payer sa servante. William Notman, le célèbre photographe canadien, est reconnu pour avoir accepté — à sa suggestion — une aquarelle autographiée comme mode de paiement de ses photographies. (Moodie a ainsi peint un ensemble de roses pourpres, blanches, jaunes et roses.)

Les fleurs sauvages du bouquet — dont la pervenche, le pissenlit et la clématite — peuvent très bien avoir été cueillies par Moodie elle-même, mais leur illustration en aquarelle faisait partie de son économie familiale.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

Deux planches représentant des fleurs multicolores et des feuilles vertes. À gauche : lis de Philadelphie, campanule à feuilles rondes et cypripède royal. À droite : hépatique à lobes aigus, uvulaire grandiflore, anémone à cinq folioles et claytonie lancéolée.

Image de gauche : lis de Philadelphie, campanule à feuilles rondes et cypripède royal (MIKAN 2905466) Image de droite : hépatique à lobes aigus, uvulaire grandiflore, anémone à cinq folioles et claytonie lancéolée (MIKAN 2905471) Planches tirées de Canadian Wild Flowers par Agnes FitzGibbon, publié par John Lovell, Montréal, 1868 (AMICUS 49189)

Agnes FitzGibbon, fille de Susanna Moodie, a collaboré avec sa tante, Catharine Parr Traill (sœur de Susanna) à Canadian Wild Flowers, publié en 1868 et salué pour son exactitude scientifique. Le Bouquet de fleurs sauvages de Susanna Moodie exprime sa joie et sa passion pour la cueillette et l’arrangement esthétique des fleurs. Son talent artistique est immortalisé dans ses aquarelles. À l’opposé, les excellentes illustrations de FitzGibbon sont informatives; son tracé précis permet d’assurer la perceptibilité du spécimen.

Le projet de FitzGibbon était dès le départ une activité commerciale, chacun des 500 exemplaires contenait 10 plaques lithographiées, toutes peintes à la main (avec de l’aide!), auxquelles étaient jointes les descriptions à la fois poétiques et naturalistes de Parr Trail. Réalisé en 1867 et 1868, Canadian Wild Flowers, en raison de son sujet et de la date de publication, a sans aucun doute présenté un intérêt national.

Biographie

Photographie en couleur d'une femme debout devant un mur turquoiseArlene Gehmacher, Ph. D., est conservatrice (peintures, estampes et dessins canadiens) au Musée royal de l’Ontario (MRO) à Toronto, en Ontario, où elle organise des expositions et effectue des recherches fondées sur les collections. Elle enseigne également. Son cours « Collecting Canada » porte sur l’acquisition, l’interprétation et la présentation de la collection des œuvres du MRO. Il est offert par le biais du Département d’histoire de l’art de l’Université de Toronto. Ses publications traitent d’artistes du XIXe au XXIe siècle : Ozias Leduc (1996), Cornelius Krieghoff (2003), Naoko Matsubara (2003, 2016), Paul Kane (2010, 2014), Arthur Heming (2013) et William Blair Bruce (1999, 2014).

Ressources connexes

Conservatrice invitée : Tania Passafiume

Bannière pour la série Conservateurs invités. À gauche, on lit CANADA 150 en rouge et le texte « Canada: Qui sommes-nous? » et en dessous de ce texte « Série Conservateurs invités ».

Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

Joignez-vous à nous chaque mois de 2017! Des experts de BAC, de tout le Canada et d’ailleurs donnent des renseignements additionnels sur l’exposition. Chaque « conservateur invité » traite d’un article particulier et en ajoute un nouveau — virtuellement.

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Temples of Today, John Vanderpant, 1934

 Photographie noir et blanc d’un silo à grains; de hautes tours circulaires se dressent devant un immeuble rectangulaire encore plus haut.

Temples of Today, John Vanderpant, 1934. (MIKAN 3784205)

Le photographe John Vanderpant voyait les silos à grains du Canada comme de véritables temples. Ceux-ci reflétaient sa vision utopique du pays, fondée sur sa confiance envers le commerce et l’industrie. À ses yeux, l’industrie était l’avenir de la nation.


Parlez-nous de vous.

Dès l’âge de 13 ans, j’ai su que je voulais devenir restauratrice. Mon oncle avait épousé une femme formidable du nom de Janice, qui était restauratrice en beaux-arts; elle restaurait des peintures, des œuvres d’art sur papier et des photographies. Elle m’a beaucoup influencée. J’ai travaillé dans son laboratoire privé pendant mes études à l’université. J’ai ainsi pu acquérir de l’expérience avant même de commencer mes études supérieures en conservation. Quand j’ai obtenu mon diplôme, les emplois se faisaient rares au Canada; cette année-là, ma tante avait fermé son laboratoire pour voyager. Sur un coup de tête, je me suis retrouvée à la George Eastman House. Je devais y rester seulement trois mois, mais finalement, ça s’est transformé en trois ans et trois mois! C’est là que j’ai développé ma passion pour la photographie, et en particulier pour les procédés historiques. J’avais souvent les mains noircies à cause de tout le nitrate d’argent que je manipulais. Et maintenant que je suis à Bibliothèque et Archives Canada, je vois parfois le nom de ma tante sur quelques rapports, puisqu’elle a déjà été stagiaire ici, bien avant mon arrivée.

Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

La collection de photographies de BAC est très diversifiée : on y trouve tout un éventail de procédés et d’images. Dans cette exposition, mon œuvre préférée s’intitule Temples of Today, de John Vanderpant. Comme je suis restauratrice de photographies, je regarde souvent au-delà de l’image pour examiner de près les matériaux, voir comment la photo a été prise, tenter de déterminer si elle a été altérée… Alors souvent, pour ne pas me laisser distraire par l’image, je place la photo tête en bas; elle devient moins distrayante, et je peux mieux me concentrer sur les matériaux.

Pour cette photo, je n’ai eu qu’à me pencher et à examiner la surface avec un éclairage de côté, presque à hauteur des yeux. Comme ça, on peut vraiment « voir » un objet; ça fait ressortir toutes les marques et les déformations qui découlent de sa manipulation.

Si vous observez la photo de Vanderpant de cette façon, vous verrez les empreintes d’un chat! Nous croyons qu’un chat a marché dans les deux sens sur la photo, alors qu’elle était déjà montée sur le support papier. Ses empreintes se retrouvent à la fois sur la photo et le support. Vanderpant avait peut-être un chat qui lui rendait visite dans le studio? J’aime bien trouver ce genre de secret bien caché sur une œuvre! J’ai essayé d’enlever ou d’atténuer les empreintes, mais elles sont bien incrustées dans l’émulsion. Je n’ai donc pas pu faire grand-chose comme traitement, et on les voit encore.

Une photographie placée sur une table, sous un puissant éclairage de côté, révèle la présence d’empreintes de chat.

Vue de la photographie Temples of Today sous un éclairage de côté, révélant la présence d’empreintes de chat. Photo prise par Tom Thompson.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition

J’aime beaucoup montrer aux gens un daguerréotype datant de juillet 1858 qui montre la Brasserie Molson, à Montréal, après un incendie. C’est une demi-plaque encore en bon état. L’image est sombre, car l’incendie n’a rien épargné. On voit un homme debout au milieu des ruines; une femme est assise à sa gauche, avec un jeune enfant qui a bougé quand la photo a été prise, parce que l’image est floue. C’est émouvant quand on pense que le daguerréotypiste était sur les lieux à ce moment.

Il y a quelques années, ce daguerréotype a été choisi pour faire partie d’une exposition. J’ai donc eu la chance de pouvoir ouvrir son étui pour l’examiner. Le ruban d’étanchéité d’origine avait déjà été enlevé. Quand j’ai retiré le passe-partout de cuivre, j’ai tout de suite vu la marque d’un doigt dans le coin supérieur gauche. C’est peut-être l’empreinte du daguerréotypiste, dont on ne connaît pas l’identité. Il l’a sans doute laissée involontairement quand il a développé la plaque ou qu’il l’a placée dans son étui. Ce mystère du passé crée un pont, un lien entre nous, ces gens sur la photo et la personne invisible derrière l’appareil photo.

Coin d’un daguerréotype montrant une empreinte digitale sur le bord de la plaque. La photo montre un gros plan de la Brasserie Molson après un incendie. Une femme avec un bébé est assise au bas de l’image.

Détail d’un daguerréotype montrant une empreinte digitale sur le bord de la plaque. Photo prise par Jennie Woodley. (MIKAN 3623957)

Image noir et blanc des décombres de la brasserie à l’avant-plan, avec un immeuble endommagé en en arrière-plan. Une femme et un bébé sont assis au centre, à la gauche d’un homme debout.

Image pleine grandeur de la Brasserie Molson après l’incendie de 1858. (MIKAN 3623957)

Pour rester dans le thème des animaux et des photos, j’aimerais vous parler d’un chien bien spécial que nous appelons, au Centre de préservation, le « Décadog ». C’est l’exemple parfait d’un animal qui agit comme tel, peu importent les circonstances!

On peut voir ce chien sur une photo panoramique (un négatif en nitrate) du 7e détachement de la Batterie C de la Royal Canadian Horse Artillery. Ces militaires faisaient partie d’unités du Corps expéditionnaire canadien et de la Royal Air Force qui s’entraînaient dans divers camps, en Ontario. La photo qui nous intéresse a été prise à Kingston entre 1914 et 1918. Le négatif a été découvert en 2011, quand mes collègues Carla Klück et Louise Perrault ont passé en revue notre collection de clichés panoramiques au nitrate.

C’est un négatif de grandes dimensions : il fait 200 mm de hauteur sur 1060 mm de largeur! À première vue, c’est une simple photo de troupes militaires au tournant du siècle. Mais en la regardant de plus près, on aperçoit un chien à l’avant-plan. Et pas n’importe quel chien : un chien à onze pattes! Les observateurs sont toujours confus quand ils remarquent ce détail inhabituel. Quelqu’un avait déjà tracé dix des pattes à l’encre noire sur le négatif, d’où le surnom « Décadog ». (Sur l’épreuve positive, l’encre noire apparaît en blanc.) L’avant-dernière patte à gauche a été omise.

Maintenant, vous vous demandez sans doute comment un tel chien pouvait exister! La réponse est simple : la photo a été prise par une caméra panoramique appelée Cirkut. Cette caméra pouvait prendre des clichés panoramiques en pivotant horizontalement pendant qu’un rouleau de pellicule se déplaçait sur le plan du film. Le chien sur la photo a dû marcher pendant que la caméra tournait de gauche à droite, et la lente prise de vue a capté ses mouvements.

Pour prouver que ce chien était un ami à quatre pattes « normal », j’ai trouvé une autre photographie au nitrate où il apparaît. Cette fois, il s’agit du 8e détachement de la Batterie C de la Royal Canadian Horse Artillery. La photo a été prise au camp de Petawawa en juin 1916. Les signes distinctifs sur la tête du chien nous font croire qu’il s’agit du même animal sur les deux photos.

Prise de vue panoramique noir et blanc de deux rangées de soldats en uniforme, entre deux canons sur roues. Le « Décadog » se tient à l’avant. On aperçoit les casernes en arrière-plan.

Photo du 7e détachement de la Batterie C de la Royal Canadian Horse Artillery (Corps expéditionnaire canadien) avec le « Décadog », par Andrew Merrilees. (MIKAN 4474227)

Photo du 8e détachement de la Batterie C de la Royal Canadian Horse Artillery (Corps expéditionnaire canadien) au camp de Petawawa, avec un chien au centre, par Andrew Merrilees. (MIKAN 4473482)

Biographie

Photo en couleur d'une femme regardant le photographe.

Crédit Tom Thompson

Tania Passafiume est restauratrice en chef des documents photographiques à Bibliothèque et Archives Canada depuis 2005. Après avoir terminé sa maîtrise en restauration d’œuvres d’art à l’Université Queen’s avec une spécialisation en restauration de photographie, d’œuvres sur papier et de livres, elle a déménagé à Rochester, dans l’État de New York, où elle a passé plus de trois ans à la George Eastman House, d’abord pour suivre un programme de certificat sur la restauration photographique et la pratique de l’archivage, puis à titre de boursière du premier cycle du Programme de résidence avancé Andrew W. Mellon en restauration photographique. Pendant les trois années qui ont suivi, Tania a été boursière de la Fondation Andrew W. Mellon en restauration photographique à l’Art Institute of Chicago. Elle a aussi travaillé dans les établissements et laboratoires privés suivants : Jana Conservation, McMichael Canadian Art Collection, les Archives nationales du Canada, les Archives de la Ville de Vancouver et le Centre canadien d’architecture.

En collaboration avec l’Institut canadien de conservation, Tania a publié Silver Gelatin Paper Sample Sets, fondé sur sa thèse de la George Eastman House. Cet ouvrage a donné lieu à des travaux de recherches sur Hippolyte Bayard, un projet sur lequel elle travaille en ce moment avec le Centre de recherche sur la conservation des collections, à Paris. Plus récemment, elle a piloté un projet réunissant Bibliothèque et Archives Canada et la Direction des affaires culturelles de la Ville de Paris/Atelier de restauration et de conservation des photographies de la Ville de Paris. Cette collaboration a débouché sur le premier glossaire visuel français-anglais portant sur conservation photographique, intitulé Lingua Franca : Un langage commun pour les restaurateurs de documents photographiques. Publié sous forme de livre numérique enrichi, il est offert gratuitement sur iTunes.

 

Conservatrice invitée : Isabelle Charron

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Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

Joignez-vous à nous chaque mois de 2017! Des experts de BAC, de tout le Canada et d’ailleurs donnent des renseignements additionnels sur l’exposition. Chaque « conservateur invité » traite d’un article particulier et en ajoute un nouveau — virtuellement.

Ne manquez pas l’exposition Canada : Qui sommes-nous? présentée au 395, rue Wellington à Ottawa, du 5 juin 2017 au 1er mars 2018. L’entrée est gratuite.

Carte géographique de la Nouvelle Franse faictte par le sieur de Champlain, 1612

Carte de la Nouvelle-France, qui décrit ce que Champlain connaissait du continent nord-américain en 1612, de la côte atlantique jusqu’à un grand lac à l’ouest. Plusieurs lacs, rivières, montagnes et forêts sont représentés. Des maisons longues, des personnages en canots, ainsi que les portraits de deux femmes et de deux hommes évoquent le mode de vie des Amérindiens. Un grand nombre de dessins tels des légumes, fruits et autres végétaux, des animaux, des poissons, des voiliers, une rose des vents et les armoiries royales de France ornent la carte. Une légende apparaît au bas de la carte.

Carte geographique de la Nouvelle Franse faictte par le sieur de Champlain, provenant de l’ouvrage intitulé Les voyages du sieur de Champlain […], 1613, gravée par David Pelletier en 1612. (MIKAN 3919638) (AMICUS 4700723)

Samuel de Champlain croyait à l’énorme potentiel du Canada. Il publia cette magnifique carte dans son livre pour en faire la promotion auprès des investisseurs. Les splendides dessins de plantes sont probablement son œuvre.


Parlez-nous de vous.

Je vais vous parler de moi en évoquant les documents dont je suis responsable et ce qu’ils m’inspirent. Les cartes anciennes constituent une mine de renseignements historiques. Elles sont également à mi-chemin entre la science et l’art. Il m’est impossible de les regarder « froidement », car elles révèlent tant de choses de leurs créateurs : leur perception du monde, leurs ambitions, leurs trajectoires de vie, leurs liens avec les autorités qui ont commandé leurs cartes ou commandité leurs voyages – s’ils étaient aussi explorateurs –, leur façon d’obtenir des informations inédites sur différents territoires… Il est en effet difficile de concevoir, aujourd’hui, à quel point l’obtention d’une nouvelle information géographique exigeait d’efforts humains et financiers. Des vies étaient perdues pour faire avancer la connaissance. Et les mains entre lesquelles ces documents exceptionnels sont passés constituent également un sujet passionnant… Il m’arrive d’ailleurs fréquemment de penser au film Violon rouge de François Girard, qui raconte le destin des individus, à travers trois siècles, qui ont possédé un violon exceptionnel. Un scénario semblable pourrait très bien mettre en scène le travail d’un cartographe du 16e siècle, de l’école dite de Dieppe par exemple, comme Pierre Desceliers, à l’affût des récentes découvertes sur le Nouveau Monde. Il existe une littérature assez abondante en histoire de la cartographie du Canada et de l’Amérique du Nord, mais il reste encore tant de choses à découvrir et d’autres qui, malheureusement, demeureront à jamais dans l’oubli. Et c’est là que l’imagination prend le relais… À ce chapitre, j’ai beaucoup apprécié la lecture du roman Du bon usage des étoiles, de Dominique Fortier, qui a créé tout un univers en s’inspirant de la dernière et malheureuse expédition de John Franklin. Avec les récentes découvertes des épaves du Terror et de l’Erebus, la réalité rejoint la fiction…

Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

On peut dire tellement de choses de cette carte.

Elle est très rare. C’est l’unique exemplaire que possède BAC, toujours rattaché à la toute fin du livre Les voyages, publié par Champlain à Paris en 1613, dont la reliure est d’origine. Il se peut aussi qu’elle ait été diffusée séparément. Elle a été gravée par le graveur David Pelletier sur une plaque de cuivre, vraisemblablement en 1612, puis imprimée sur deux feuilles qui ont été jointes. Le papier a aussi son histoire : les filigranes, des dessins que l’on peut voir en transparence sur une table lumineuse, sont la marque du fabricant de papier. Ils peuvent contribuer à authentifier un document et, comme leur emplacement diffère d’un document à l’autre, ils ajoutent un côté unique à chacun d’entre eux. Dans le cas de cette carte, il y a des grappes de raisins et le monogramme du fabricant – « A.I.R. » -, que l’on ne peut identifier avec précision, dans un cartouche.

Il s’agit de la première grande carte de l’Amérique du Nord de Champlain. Destinée aux navigateurs, elle illustre ses explorations de 1603 à 1611. Elle porte aussi les armoiries royales de France. Champlain entretenait d’ailleurs une relation particulière avec le roi Henri IV, assassiné en 1610.

Champlain fait figure d’exception dans le monde des explorations et de la cartographie de son époque : il est l’un des rares cartographes à avoir lui-même sillonné une grande partie du territoire qu’il représente sur ses cartes. En effet, la majorité des cartographes de l’époque n’étaient pas explorateurs et travaillaient à partir de cartes ou de récits transmis par d’autres. Champlain a voyagé avec des Autochtones, qui ont été ses guides. Il reconnaissait leur compétence sur leur territoire, les questionnait sur la géographie, leur demandait de dessiner des cartes et intégrait ces informations à ses propres cartes. Il semble avoir été le premier Européen à avoir eu cette approche. Sur cette carte, par exemple, les représentations du lac Ontario et des chutes Niagara s’inspirent de renseignements obtenus d’Autochtones. Champlain ne verra d’ailleurs le lac Ontario qu’en 1615. Il a aussi inclus des informations provenant d’autres cartographes européens, notamment pour la représentation de Terre-Neuve. Champlain sera lui-même abondamment copié par la suite.

Détail de la carte représentant le lac Ontario et les chutes Niagara. Trois Amérindiens naviguent en canot sur le lac, qui est entouré de groupes de maisons longues.

Le lac Ontario et les chutes Niagara (« sault de eau ») (MIKAN 3919638)

Champlain est considéré comme le premier cartographe scientifique de l’Amérique du Nord. Ses cartes demeureront inégalées avant la seconde moitié du 17e siècle. D’ailleurs, de son vivant, il était conscient de l’importance de son œuvre : suite à la prise de Québec par les frères Kirke en 1629, par exemple, il invoque ses écrits et ses cartes comme preuves de la présence française sur le territoire et indique que celles-ci sont connues et ont été utilisées pour mettre à jour des cartes et des globes. On sait par ailleurs qu’il a entretenu une correspondance avec le mathématicien Guillaume de Nautonier. Hormis la représentation un peu maladroite, teintée par son époque, des deux couples d’Amérindiens, il n’y a rien de « fantaisiste » sur la carte de 1612 présentée ici : pas de « monstres » marins, comme sur les cartes de plusieurs de ses prédécesseurs, mais des poissons connus et prisés, comme la morue et l’esturgeon. Le poisson aux airs de crocodile dans le grand lac à l’ouest, que Champlain nomme un « chaousarou » est un lépisosté osseux, qui n’est présent qu’en Amérique du Nord.

Détail d’un grand poisson au bec allongé qui, avec ses nombreuses dents, ressemble à un crocodile.

« Chaousarou » (lépisosté osseux) (MIKAN 3919638)

On perçoit donc le côté observateur de Champlain, qui avait aussi pour mission de rendre compte des ressources de la Nouvelle-France. Ainsi, ce n’est pas par hasard qu’il représente une Amérindienne tenant un épi de maïs, une courge et, à côté, un plant de topinambours, trois plantes d’Amérique cultivées par les peuples sédentaires. Champlain aurait lui-même rapporté des racines de topinambours en France, où cette plante a proliféré par la suite.

Dessin d’une Amérindienne vêtue d’un pagne, qui porte dans ses mains une courge et un épi de maïs et se tient debout à côté d’un plant de topinambours.

Amérindienne tenant un épi de maïs, une courge et, à côté, un plant de topinambours (MIKAN 3919638)

On ne sait pas exactement combien de cartes Champlain a dressées. Certaines ont été perdues et vingt-deux sont parvenues jusqu’à nous. Une seule carte manuscrite de sa main subsiste : dessinée en 1607, elle représente la côte atlantique, de LaHave, aujourd’hui en Nouvelle-Écosse, à Nantucket Sound (elle est préservée à la Library of Congress, à Washington). La majorité des cartes de Champlain sont de petites cartes régionales, gravées et publiées dans Les voyages de 1613, qui présente aussi deux cartes générales de la Nouvelle-France : celle qui est exposée ici (1612) et une autre, plus petite, dont il existe deux versions (1612 et 1613).

Petite carte représentant les rapides de Lachine, le fleuve Saint-Laurent et plusieurs îles, bordés de terres boisées et de rivières. Des chasseurs apparaissent à plusieurs endroits. Il y a une scène représentant la noyade d’un Amérindien et d’un Français dans les rapides. Une légende apparaît au bas de la carte.

Un exemple de carte régionale de Champlain qui représente les rapides de Lachine (MIKAN 3919889)

Il avait commencé à travailler sur une autre carte générale en 1616, mais il ne l’a jamais terminée (un seul exemplaire de cette carte existe). Le cartographe Pierre Duval, qui avait acquis la plaque de cuivre originale de cette carte de 1616, en a refait graver une autre version en 1653 qu’il attribue à Champlain. Enfin, Champlain a publié sa dernière carte – une « carte-bilan » – en 1632, avec ses Voyages de la Nouvelle-France (cette carte existe également en deux versions).

La dernière carte de Champlain, publiée en 1632, qui représente ce qu’il connaissait du territoire nord-américain de la côte atlantique, jusqu’à une partie des Grands Lacs, à l’ouest. La baie d’Hudson ainsi que plusieurs cours d’eau, montagnes, forêts, nations amérindiennes et établissements européens y figurent. Elle est aussi ornée de plusieurs dessins de navires, animaux et poissons et comprend une échelle et une rose des vents.

La carte de 1632 de Champlain (MIKAN 165287)

Il revint définitivement à Québec au printemps de 1633 où il mourut, en 1635. Peut-être un jour découvrira-t-on une autre carte de Champlain? Qui sait?

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

Détail de six Amérindiens naviguant dans deux canots.

Amérindiens naviguant dans leurs canots (détails de la carte de 1612; MIKAN 3919638)

Un canot! En effet, sans l’accueil des Autochtones, leur connaissance du territoire et leurs canots, l’œuvre de Champlain n’aurait certainement pas eu la même ampleur. Champlain représente d’ailleurs certains d’entre eux sur cette carte dans leurs canots. J’aurais très bien vu l’une de ces images dans l’exposition, agrandie sur un grand mur derrière la vitrine présentant Les voyages et la carte de 1612 de Champlain. Comme je l’ai mentionné plus haut, ce dernier a sans doute inauguré cette collaboration entre les explorateurs et les Autochtones. Il les a interrogés à plusieurs reprises sur leurs connaissances géographiques et leur a parfois demandé de dessiner des cartes, qui sont malheureusement perdues.

D’autres cartographes qui suivront ont également reconnu l’importance primordiale de ces relations, Jean-Baptiste Franquelin, par exemple, lui-même explorateur-cartographe de grand talent ou, plus tard, Pierre Gaultier de La Vérendrye qui a rendue célèbre la carte de l’un de ses guides, le cri Ochagach. Cette collaboration avec les Autochtones se poursuivra par la suite, bien au-delà du Régime français. Cette aquarelle réalisée vers 1785 par James Peachey, qui devait à l’origine être placée sur une carte qui n’a pas été retrouvée, pourrait aussi bien représenter l’apport des Amérindiens à la connaissance du territoire.

Aquarelle représentant quatre Amérindiens en canot : une femme, deux hommes et un enfant, possiblement à la chasse aux canards. Leurs vêtements et accessoires constituent un mélange d’éléments amérindiens et européens (textiles et bijoux notamment). La femme est assise à l’arrière et pagaie. Les deux hommes, debout, portent des fusils et ont des tatouages au visage. Il y a aussi un chien dans le canot.

Un plan de la partie habitée de la province de Québec, James Peachey, vers 1785 (MIKAN 2898254)

J’aimerais également, comme plusieurs l’ont fait avant moi, pouvoir montrer le visage de Champlain, cet homme si intrigant, ce leader aux multiples talents, probablement en très bonne santé physique puisqu’il a échappé aux maladies et aux malheurs qui ont emporté tant de ses comparses. Cependant, il n’existe aucun portrait de l’explorateur. Le « portrait » que l’on connaît de Champlain est un faux, créé de toutes pièces au 19e siècle. Pourquoi donc ne pas lui substituer un autre portrait imaginé? Celui incarné par le comédien québécois Maxime LeFlaguais, par exemple, dans la récente série télévisée Le rêve de Champlain.

La carte de 1612 de Champlain est un document d’une grande valeur historique, qui a été l’objet de plusieurs travaux de recherche et qui, j’en suis certaine, suscitera encore beaucoup d’intérêt dans l’avenir. Mais elle pourrait aussi être envisagée autrement : je serais très intéressée à visiter une installation artistique multimédia, par exemple, qui s’inspirerait de cette carte afin de révéler les points de vue d’artistes, autochtones en particulier, sur Champlain, son œuvre et son impact.

Biographie

Isabelle Charron œuvre au sein de Bibliothèque et Archives Canada depuis 2006, où elle est l’archiviste responsable de la collection de cartes géographiques anciennes. Elle a travaillé plusieurs années au Musée canadien des civilisations (désormais le Musée canadien de l’histoire) sur différents projets d’exposition. Elle s’intéresse en particulier à l’histoire de la cartographie sous le Régime français et au début du Régime britannique. Elle est détentrice d’une maîtrise en histoire de l’Université d’Ottawa.

Ressources connexes

  • Heidenreich, Conrad E., Explorations and Mapping of Samuel de Champlain, 1603-1632, Cartographica, Monograph no. 17, Toronto, University of Toronto Press, 1976. 140 p. (AMICUS 22100)
  • Heidenreich, Conrad E., Chapter 51: The Mapping of Samuel de Champlain, 1603-1635 (en anglais seulement), in David Woodward, ed., The History of Cartography, Volume Three (Part 2): Cartography in the European Renaissance, Chicago, The University of Chicago Press, 2007, p. 1538-1549
  • Litalien, Raymonde, Jean-François Palomino et Denis Vaugeois, La mesure d’un continent. Atlas historique de l’Amérique du Nord, 1492-1814, Sillery, Québec, Les éditions du Septentrion et Paris, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, 2007, 299 p. Ouvrage préparé en collaboration avec Bibliothèque et Archives nationales du Québec (AMICUS 33372416)
  • Litalien, Raymonde et Denis Vaugeois, dir., Champlain. La naissance de l’Amérique française, Sillery, Québec, Les éditions du Septentrion et Paris, Nouveau Monde éditions, 2004, 399 p. En particulier Conrad E. Heidenreich et Edward H. Dahl, « La cartographie de Champlain (1603-1632) », p. 312-332 (AMICUS 30597940)
  • Trudel, Marcel, « CHAMPLAIN, SAMUEL DE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1, Université Laval/University of Toronto, 2003–, consulté le 19 déc. 2016 (http://www.biographi.ca/fr/bio/champlain_samuel_de_1F.html)

Conservatrice invitée : Vasanthi Pendakur

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Femme sauvage du Canada, 1784

 Gravure en couleur d’une femme au teint pâle et aux cheveux blonds portant une robe jaune bordée de vert, un tablier blanc, un collier, des collants roses et des chaussons bleus.

Femme sauvage du Canada, gravure tirée de Mœurs et coutumes des sauvages du Canada, 1784 (MIKAN 3025442)

Les images du Canada publiées dans des encyclopédies sérieuses sont souvent surprenantes. Cette Autochtone ressemble à une Européenne avec ses cheveux blonds. Lire la suite

Conservateur invité : James Bone

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Canada : Qui sommes-nous?

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Le Castor de trois pence, conception de sir Sandford Fleming, 1851

Sépia, timbre carré. À chaque coin se trouve le chiffre trois, qui indique le coût. Dans un anneau autour du centre est écrit « Canada Postage Three Pence », et une couronne se trouve entre les mots du haut. Au centre de l’anneau apparaît un castor près d’un cours d’eau; une montagne et des arbres se trouvent à l’arrière-plan.

Le castor de trois pence, conçu par sir Sandford Fleming, 1851 (MIKAN 2184475) ©Postes Canada

On jugeait que le castor représentait bien le Canadien moyen parce qu’il est travaillant, tenace et très habile en construction. C’est l’une des raisons pour lesquelles le premier timbre canadien est à son effigie.


Parlez-nous de vous.

Je fais l’acquisition et le traitement des archives philatéliques de sources privées (ou non gouvernementales). Bien que BAC possède le très important Fonds du ministère des Postes, lequel contient les dossiers de Postes Canada, l’étude de la philatélie s’effectue entièrement dans la sphère privée. Ainsi, pour compléter les dossiers officiels, BAC recueille aussi les dossiers de concepteurs de timbres, de graveurs et d’artistes ainsi que ceux d’imprimeries, de sociétés philatéliques du Canada, et ceux de chercheurs et d’exposants majeurs du domaine de la philatélie.

J’ai récemment représenté BAC dans le cadre de la British North America Philatelic Society Exhibition qui a eu lieu en 2016, à Fredericton, au Nouveau-Brunswick. J’ai cherché à faire connaître les collections de BAC et la façon de les utiliser, tout en soulignant que des participants pourraient avoir des documents d’archives intéressants pour la collection grandissante de BAC.

Je ne m’attendais pas réellement à travailler pour BAC. Après mes études de premier cycle, en 2006, j’ai obtenu une bourse d’une année afin de poursuivre mes études en langue chinoise à l’Université normale de Pékin, ce qui servait de préparatifs pour mon projet de maîtrise ès arts et histoire de la Chine. Toutefois, la maladie et un changement d’orientation m’ont poussé vers le marché du travail. J’ai travaillé à London (Ontario) en assistance technique et supervisé plus tard une équipe de soutien technique à Montréal pendant plusieurs années avant de revenir aux études supérieures. Lire la suite