Dans leurs propres mots : le magazine des détenus du pénitencier de la Colombie-Britannique

Par Olivia Cocking

En mars 1951, les détenus du pénitencier de la Colombie-Britannique (situé à New Westminster) publient le tout premier numéro de Transition, leur magazine bimestriel. Transition est également offert au grand public pour un dollar par année.

L’équipe de rédaction veut tenir les détenus au courant du quotidien entre les murs du pénitencier, en plus d’établir « un sentiment de compréhension et de foi » [traduction] entre les prisonniers et la société en général. Les années 1950 et 1960 voient en effet une vaste refonte du système correctionnel, axée sur la réhabilitation plutôt que la punition. Dans ce contexte, les publications de ce genre sont encouragées par les administrateurs de prison.

Illustration de couverture représentant une locomotive et un fourgon d’époque, une gare sur laquelle un écriteau indique « Agassiz », et un chariot rempli de sacs de courrier portant les lettres « BCP » (pour British Columbia Penitentiary, ou pénitencier de la Colombie-Britannique).

Couverture du numéro de mai-juin 1961 du magazine Transition (e011311001)

Dirigé par un groupe de détenus et publié par l’atelier d’imprimerie du pénitencier, Transition offre à la population carcérale la chance de s’exprimer sur des sujets forts variés. Les éditoriaux, les articles de fiction et les commentaires critiques y côtoient les reportages sur les sports et les divertissements de l’établissement. On peut aussi y lire des chroniques, comme « What’s Your Beef » (« Quel est votre problème? »), où un certain Dr Larrup Loogan présente ses conseils, et « The Inmate Speaks » (« Un détenu vous parle »), qui porte sur les affaires du pénitencier et s’adresse principalement à ses résidents.

Les numéros des Fêtes sont particulièrement touchants : les détenus y publient leurs vœux à l’intention de leurs parents et amis, ainsi que leurs réflexions sur la façon dont ils vivent cette période de l’année derrière les barreaux. En témoigne la plume émouvante d’un contributeur du numéro de novembre-décembre 1959 : « Les hauts murs ont cette façon de jeter une ombre épaisse sur les rires d’un Noël censé être gai. » [Traduction]

Illustration de couverture portant le titre « Merry Xmas » [« Joyeux Noël »] et montrant deux enfants en pyjama, debout devant une cheminée où sont accrochés des bas de Noël.

Couverture du numéro de novembre-décembre 1960 du magazine Transition (e011311002)

Cela dit, les publications comme Transition peinent souvent à réaliser leur objectif : offrir une tribune authentique aux détenus tout en respectant les contraintes de la censure administrative. Dans ce contexte, la fréquence et la profondeur des analyses critiques parues dans Transition sur les questions de justice pénale sont d’autant plus impressionnantes.

Les chroniqueurs y participent aux débats sur les politiques et présentent leur opinion sur l’efficacité des stratégies canadiennes visant la réhabilitation des prisonniers. Dans le numéro de janvier-février 1959, l’un d’eux avance que les efforts du Canada en la matière ont raté leur cible, car les pénitenciers « ne font pas grand-chose, hormis insuffler chez la majorité des détenus un désir conscient ou inconscient de prendre leur revanche sur la société ». [Traduction]

Mais tous les articles ne sont pas aussi acerbes. Par exemple, un texte du numéro de mai-juin 1961 fait l’éloge de la forge du pénitencier : « Les détenus qui travaillent à la forge rendent un service public qui ne pourrait être rendu d’aucune autre façon et par personne d’autre. Voilà un fait dont ces hommes peuvent s’enorgueillir à juste titre. » [Traduction]

Illustration de couverture montrant un homme assis à un bureau, en train d’écrire une lettre, la tête appuyée sur une de ses mains qui tient une cigarette.

Couverture du numéro de septembre-octobre 1957 du magazine Transition (e011311003)

La consommation de drogues et son traitement par le système de justice pénale font aussi souvent l’objet de débats dans les pages de Transition. C’est notamment le cas dans le numéro de janvier-février 1959, qui présente deux opinions divergentes sur la criminalisation des stupéfiants.

Un chroniqueur affirme que « le toxicomane est une personne mentalement et moralement incompétente » [traduction] qui ne saurait se défaire de ses tendances criminelles grâce à la légalisation des drogues. À l’opposé, un autre soutient que les problèmes sociaux causés par la consommation de drogues sont attribuables à la criminalisation, et non aux toxicomanes eux-mêmes. Il préconise donc la légalisation comme mesure d’économie pour le gouvernement et comme remède à la criminalité entourant les drogues.

Les commentaires des détenus ne se limitent pas aux enjeux de justice pénale. Par exemple, le numéro des Fêtes de 1961 s’ouvre avec une critique incisive de l’apathie des électeurs canadiens. L’analyse éditoriale des auteurs est particulièrement efficace lorsqu’ils soulignent l’empressement avec lequel leurs codétenus, autrement privés de droit de vote, participent néanmoins aux élections de leur conseil de représentants. Les collaborateurs suggèrent : « Ils pourraient peut-être servir d’exemple pour les citoyens et envoyer des émissaires pour les réadapter un peu. » [Traduction]

Illustration de quatrième de couverture montrant une main qui tient un verre dans lequel est placé un panneau indicateur aux messages variés, dont « What Is A Convict? », « Inside Looking Out », « Rehabilitation? » et « 100 Year Failure! » (qu’on pourrait traduire par « Qu’est-ce qu’un détenu? », « Regard sur le monde extérieur », « La réhabilitation? » et « Cent ans d’échec! »). Un coupon d’abonnement se trouve sous l’illustration.

Quatrième de couverture du numéro de janvier-février 1959 du magazine Transition (e011311004)

La discussion animée autour des questions de justice pénale dans les pages de Transition fait écho au vaste débat qui a lieu à l’époque entre les décideurs politiques, relativement à la création d’un milieu propice à la réhabilitation des condamnés. Cette atmosphère de polémique exacerbe les tensions entre l’administration et la presse des établissements de détention.

Au milieu des années 1960, le soutien administratif, le financement et la distribution des publications sont en baisse, et la censure, en hausse : l’heure du déclin a sonné pour une presse pénitentiaire canadienne attirant un lectorat externe appréciable. C’est pourquoi les numéros de Transition parus au plus fort de la circulation du magazine, dans les années 1950 et 1960, forment aujourd’hui une ressource inestimable, nous offrant une incursion sans pareille dans la vie intellectuelle des détenus et une perspective originale sur les enjeux de justice pénale.


Olivia Cocking travaille au bureau régional de Bibliothèque et Archives Canada à Vancouver, où elle est stagiaire dans le cadre du Programme fédéral d’expérience de travail étudiant.

Images de chiens de travail maintenant sur Flickr

Qu’ils soient de race ou croisés, les chiens de travail sont dressés pour effectuer des tâches précises, afin d’aider – et parfois d’amuser – leurs propriétaires.

Photo noir et blanc d’un garçon avec son chien; l’animal est attelé à une charrette à deux roues remplie de morue séchée.

Charette à chien transportant de la morue prête à vendre au marché, Gaspé (Québec) [e010861908]

Photo noir et blanc d’un chien de cirque sautant d’une plateforme au sommet d’un très long poteau; au sol, quatre hommes tendent une grande couverture pour l’attraper.

Le chien du professeur Gentry sautant d’une plate-forme, foire industrielle de Toronto (Ontario) [PA-068465]

Ils peuvent par exemple tirer des charrettes ou des traîneaux, garder du bétail, chasser, ou encore offrir de précieux services à la communauté : qu’on songe aux chiens policiers, aux chiens entraînés pour la recherche et le sauvetage, aux chiens de thérapie ou aux chiens de garde.

Photo noir et blanc montrant onze chiens tirant un traîneau dans la neige. Le traîneau transporte un grand canot, que deux hommes tentent de maintenir en équilibre.

Attelage de chiens sur la baie Gordon, détroit d’Hudson (Nunavut) [PA-121599]

Photo noir et blanc d’un homme et de ses quatre chiens; les bêtes portent des paquets sur leur dos.

Chiens portant des sacs, prêts à prendre la route, vallée de la rivière Firth (Yukon) [PA-044646]

Les races choisies dépendent souvent des tâches à effectuer. Cela dit, la plupart des chiens de travail partagent certains traits : force, discipline, intelligence et loyauté.

Photo noir et blanc d’un chien attelé à une petite charrette à deux roues; une fillette, assise sur la charrette, tient les rênes.

Fillette conduisant une charrette à chien, Harvey, Toronto (Ontario) [PA-069924]

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Nouveau balado! Écoutez notre plus récente émission, « Chansons de la saison »

Notre plus récent balado est en ligne! Écoutez « Chansons de la saison ».

Bibliothèque et Archives Canada possède la plus grande collection de musique canadienne du monde. Elle comporte plus de 250 000 enregistrements sonores et vidéo, sans parler de notre immense collection de musique en feuille, de partitions imprimées, de programmes de concerts et de livres. Vous aurez deviné que BAC possède également la plus grande collection de musique de Noël et des Fêtes.

Joseph Trivers, archiviste de la musique et co-chef de la chorale de BAC, se joint à nous aujourd’hui pour parler de notre collection de musique de Noël et des Fêtes.

Abonnez-vous à nos émissions de baladodiffusion sur notre fil RSS, iTunes ou Google Play, ou écoutez-les sur notre site Web à Balados – Découvrez Bibliothèque et Archives Canada : votre histoire, votre patrimoine documentaire.

Pour en savoir plus, écrivez-nous à bac.balados-podcasts.lac@canada.ca.

 

Cartes de visite maintenant sur Flickr

La carte de visite – une photographie collée sur un papier cartonné – était en vogue du milieu jusqu’à la fin du 19e siècle.

Photo noir et blanc du profil gauche de Napoléon Bourassa.

Napoléon Bourassa [e008302188]

C’était un objet peu coûteux, facile à produire, et dont la taille variait très peu. On avait coutume de remettre une carte de visite à ses proches et à ses amis pendant les Fêtes ou lors d’événements spéciaux. Les collectionneurs, qui conservaient leurs cartes dans des albums, ne s’intéressaient pas seulement à celles de leur entourage, mais aussi à celles des célébrités de l’époque.

Photolithographie noir et blanc montrant deux chiens (un gros et un petit) dans leur niche, regardant vers l’extérieur.

Deux chiens [e011196678]

Portrait noir et blanc de 27 jeunes filles, médaille au cou, assises autour d’une religieuse.

Groupe de filles arborant des médailles, assises autour d’une religieuse [e010969237]

Photo noir et blanc montrant un homme, fusil à la main, debout aux côtés d’un garçon; près d’eux, un chien est couché sur une chaise.

Chasseur avec un garçon et un chien [e011196672]

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Prix littéraires du Gouverneur général de 2018

Par Liane Belway

Chaque automne à Bibliothèque et Archives Canada, nous célébrons le meilleur de la littérature canadienne en appuyant les Prix littéraires du Gouverneur général. Fondés en 1936 et administrés par le Conseil des arts du Canada depuis 1959, les Prix reconnaissent les meilleurs ouvrages littéraires de l’année. (Plutôt pratique à l’approche du temps des Fêtes, si vous cherchez le cadeau parfait pour les amoureux de la lecture que vous connaissez.) Les quatorze gagnants de langue française et de langue anglaise dans sept catégories ont été annoncés le 30 octobre. Ils reflètent à la perfection la richesse de la diversité culturelle au Canada.

Voici tous les gagnants dans les deux langues officielles.

Romans et nouvelles

The Red Word, Sarah Henstra; publié par ECW Press et distribué par Jaguar Books Group, ISBN 978-1-77041-424-2.

De synthèse, Karoline Georges; publié par Éditions Alto et distribué par Diffusion Dimedia, ISBN 978-2-89694-349-4.

Poésie

La raison des fleurs, Michaël Trahan; publié par Le Quartanier et distribué par Diffusion Dimedia, ISBN 978-2-89698-359-9.

Wayside Sang, Cecily Nicholson; publié par Talonbooks et distribué par PGC Books/Raincoast, ISBN 978-1-77201-182-1.

Théâtre

Venir au monde, Anne-Marie Olivier; publié par Atelier 10 et distribué par Flammarion/Socadis, ISBN 978-2-89759-303-2.

Botticelli in the Fire & Sunday in Sodom, Jordan Tannahill; publié par Playwrights Canada Press et distribué par University of Toronto Press, ISBN 978-1-77091-917-4.

Essais

Avant l’après : voyages à Cuba avec George Orwell, Frédérick Lavoie; publié par La Peuplade et distribué par Diffusion Dimedia, ISBN 978-2-924519-75-2.

Mamaskatch: A Cree Coming of Age, Darrel J. McLeod; publié par Douglas & McIntyre et distribué par University of Toronto Press, ISBN 978-1-77162-200-4.

Littérature jeunesse — texte

Ferdinand F., 81 ans, chenille, Mario Brassard; publié par Soulières éditeur et distribué par Messageries ADP, ISBN 978-2-89607-413-6.

Sweep: The Story of a Girl and Her Monster, Jonathan Auxier; publié et distribué par Puffin Canada/Penguin Random House Canada Young Readers, ISBN 978-0-7352-6435-9.

Littérature jeunesse — livres illustrés

Le chemin de la montagne, Marianne Dubuc; publié par Comme des géants et distribué par Diffusion Dimedia, ISBN 978-2-924332-40-5.

They Say Blue, Jillian Tamaki; publié par Groundwood Books et distribué par University of Toronto Press, ISBN 978-1-77306-020-0.

Traduction

Le Monde selon Barney, Lori Saint-Martin et Paul Gagné; publié par Les Éditions du Boréal et distribué par Diffusion Dimedia. Il s’agit d’une traduction de Barney’s Version de Mordecai Richler, publié par Knopf Canada, ISBN 978-2-7646-2503-3.

Descent into Night, Phyllis Aronoff et Howard Scott; publié par Mawenzi House Publishers et distribué par University of Toronto Press. Il s’agit d’une traduction d’Explication de la nuit d’Edem Awumey, publié par Les Éditions du Boréal, ISBN 978-1-988449-16-6.

Pour en savoir plus :

https://livresgg.ca/#gagnants

https://ggbooks.ca/#winners

Une grande variété d’excellents ouvrages canadiens dans les deux langues officielles font partie des gagnants des Prix littéraires. Consultez-les à votre bibliothèque locale ou utilisez Voilà, le catalogue du Canada, pour trouver une bibliothèque de prêt dans votre région.


Liane Belway est bibliothécaire à la section des acquisitions du patrimoine publié de Bibliothèque et Archives Canada.

Papillons, triangles amoureux et aurores boréales

Par Shane McCord

L’exposition Première de Bibliothèque et Archives Canada (BAC), qui a pris fin récemment, présentait quatre dessins de l’aspirant de marine Robert Hood (vers 1797-1821). Ces œuvres ont fait l’objet d’un billet du Découblogue en avril 2015, peu après leur acquisition.

Robert Hood démontre son talent dans plusieurs disciplines : le dessin, la cartographie, la science, l’histoire naturelle, et même l’anthropologie, avant l’apparition du terme. De nos jours, il est surtout connu pour sa participation à l’expédition Coppermine (1819-1822) dirigée par John Franklin.

Pendant son périple, Hood documente plusieurs espèces d’animaux et d’insectes alors inconnues. Il devient également le premier homme à prendre conscience de la nature électromagnétique des aurores boréales. Après sa mort, certains de ses dessins sont reproduits et publiés dans le rapport d’expédition rédigé par Franklin. Celui-ci se montre très élogieux à l’égard du travail et du comportement de Hood.

Hood jouit d’une certaine notoriété pour sa contribution à la science pendant l’expédition, mais on se souvient aussi du triangle amoureux dont il a fait partie avec Green Stockings, une femme dénée, et sir George Back, un autre artiste membre de l’expédition. Cette histoire tristement célèbre, marquée par un duel avorté entre Back et Hood, a été racontée à plusieurs reprises. L’entrée du Dictionnaire biographique du Canada sur Hood en fait un bon résumé.

Lithographie couleur d’une femme assise par terre en train de réparer une raquette, avec un homme debout à droite. Les deux sont entièrement vêtus de peaux.

Keskarrah, un guide [de la Première Nation des Dénés Couteaux-Jaunes], avec sa fille Green Stockings réparant une raquette. (e011156563)

Tous les membres de l’expédition souffrent de malnutrition et d’épuisement. Hood ne survivra pas : probablement déjà aux portes de la mort, il est assassiné par le voyageur Michel Terohaute, un autre membre de l’expédition qui sera ensuite exécuté pour meurtre, puis soupçonné de cannibalisme.

Aquarelle représentant deux jeunes hommes inuits portant des vêtements occidentaux. Ils se font appeler Augustus et Junius.

Portraits des interprètes [inuits] de Churchill embauchés par l’expédition terrestre dans le Nord (e011154367)

Le premier des quatre dessins présentés dans l’exposition Première dresse le portrait de deux guides et interprètes inuits, Tattanoeuck (Augustus) et Hoeootoerock (Junius). Tattanoeuck participera à trois expéditions, deux avec Franklin (1819-1821 et 1825-1827) et une avec Back (1833-1835). Sa contribution importante lui vaut le respect de ses compagnons, au point où sir John Richardson, membre des deux premières expéditions de Franklin, nomme une espèce de papillons Callophrys augustinus en son honneur. Hoeootoerock se trouve séparé des membres de l’expédition pendant la traversée de la rivière Coppermine; il est vraisemblablement mort à cet endroit.

Deux autres dessins représentent des mammifères nordiques : un vison et un renard croisé. À l’époque de la création de ces œuvres, les scientifiques d’Europe occidentale commencent à s’intéresser à de telles espèces. La capacité de produire des images de cette qualité explique en grande partie pourquoi l’officier Hood est choisi au sein de l’expédition. En plus de leur valeur esthétique, ces dessins donnent de l’information importante sur la faune dans la région explorée, ainsi que de précieux renseignements pour l’expansion de la traite des fourrures.

Aquarelle d’un vison regardant dans une rivière, debout sur une roche près de la rive.

Vison (e011154368)

Aquarelle d’un renard blanc qui chasse une souris dans un paysage enneigé.

Un renard croisé capture une souris. (e011154369)

Le dernier dessin, le plus intéressant, montre l’intérieur d’une tente crie. Il est ainsi décrit : « Intérieur d’une tente des Indiens du Sud; dessiné au poste de traite Cumberland House de la Compagnie de la Baie d’Hudson. La tente est faite de peau d’orignal, et les vêtements des Autochtones, en peaux. Les tissus proviennent d’usines anglaises. Le 25 mars 1820, Robert Hood, expédition terrestre dans le Nord. » C’est une œuvre précieuse en raison de son contexte historique et de l’information anthropologique qu’elle contient. Dans son journal sur l’expédition, Hood affirme qu’il a exécuté son dessin le 31 mars, et il raconte des anecdotes sur les personnes qui se trouvent dans la tente. La question est de savoir s’il parle bien de ce dessin et si les dates sont exactes, ou encore s’il fait référence à un autre dessin.

Aquarelle montrant l’intérieur d’une tente. Sept personnes sont assises autour d’un feu, dont une mère accompagnée d’un enfant sur une planche porte-bébé. Des pelleteries (ou de la viande) sèchent sur une poutre horizontale, à laquelle une casserole est suspendue au-dessus du feu. Un mousquet, un arc et des flèches sont appuyés sur une paroi de la tente. Une personne mange, une autre fume la pipe, tandis que les autres semblent observer l’artiste au travail, c’est-à-dire Hood.

Intérieur d’une tente crie (e011154370)

Les quatre dessins nous renseignent sur la région de Cumberland House, dans le nord de la Saskatchewan actuelle. Ils sont encore plus fascinants en raison du contexte dramatique dans lequel ils ont été exécutés.

Les expéditions de Franklin ont joué un rôle important dans la formation de la nation canadienne. Les aspects tragiques de la première d’entre elles, notamment, en font l’un des épisodes les mieux connus dans l’histoire de l’Arctique.


Shane McCord est archiviste en art à la Direction générale des archives de Bibliothèque et Archives Canada.

L’épidémie de grippe espagnole de 1918

Par Marcelle Cinq-Mars

À la fin de la Première Guerre mondiale, au moment où les troupes canadiennes participent aux cent jours du Canada, un nouvel ennemi – encore plus coriace que l’Allemagne du kaiser – s’attaque aux soldats et aux civils, faisant fi des frontières.

En quelques mois à peine, l’épidémie de grippe de 1918 s’étend à pratiquement toute la planète, prenant ainsi les proportions d’une pandémie. On l’appelle « grippe espagnole » car les journaux espagnols, non restreints par la censure en temps de guerre, sont les premiers à rapporter publiquement les signes de l’épidémie en Europe.

Les historiens ne s’entendent pas sur le lieu d’origine exact de la grippe de 1918. Ils s’accordent cependant pour dire que la contagion fulgurante du fléau est alors amplifiée par la présence d’un très grand nombre de soldats dans les camps militaires, lieux qui deviennent ainsi des foyers par excellence d’incubation du virus. Le retour des soldats dans leur pays d’origine intensifie la propagation de la grippe.

Le Canada connaît ses premiers cas graves de grippe vers la fin de l’été 1918, alors que la Première Guerre mondiale fait encore rage. Les autorités portuaires d’Halifax et de Québec, où accostent les navires ramenant les blessés et les malades, notent les premiers cas et avertissent les autorités sanitaires fédérales de la situation.

Rapidement, les autorités fédérales procèdent à l’examen médical des passagers des navires en provenance d’Europe et imposent la quarantaine à ceux sur lesquels on trouvait des cas de grippe. En gros, ils prennent alors les mêmes mesures sanitaires que celles mises en place au 19e siècle lors des épidémies de choléra. Mais les navires à voile ont fait place aux transatlantiques remplis de milliers de soldats partant vers le front ou en revenant. Les quatre stations de quarantaine du Canada ne suffisent donc pas à freiner l’épidémie, malgré tous les efforts des médecins qui tentent de la contenir.

Dès l’automne 1918, la grippe se répand dans la population comme une traînée de poudre. Les hôpitaux débordent bientôt et peuvent difficilement recevoir plus de patients. Beaucoup de personnes sont donc soignées à la maison ou dans des installations de fortune, comme des hôpitaux militaires mobiles. Le personnel médical, débordé, est également touché par la grippe. Ainsi, ce sont souvent les
parents ou les amis qui doivent prendre soin des malades, ce qui n’aide pas à enrayer la contagion.

Croquis montrant les différentes composantes d’un hôpital mobile.

Plan d’un hôpital mobile proposé par la firme I. H. Bogart & Son de Boston, aux États-Unis. RG29 vol. 300 (e011165378-045)

Mais bientôt, le nombre de morts augmente si rapidement qu’il y a même une liste d’attente pour… les inhumations au cimetière. Partout au pays, les autorités sanitaires mettent en place des règlements pour tenter de freiner la propagation de la terrible grippe. Les écoles, les salles de spectacle et les cinémas, les bibliothèques, bref, presque tous les lieux publics – et parfois même les églises – ferment leurs portes. Beaucoup de personnes portent un masque pour tenter de se protéger, et ceux qui osent cracher sont vertement réprimandés. Car bien qu’on ne puisse stopper l’épidémie, on sait déjà que c’est une grippe et que le virus se propage dans l’air pour se transmettre d’un individu à un autre.

Photo noir et blanc montrant trois hommes portant des masques hygiéniques.

Hommes portant un masque durant l’épidémie de grippe espagnole. (a025025)

Foudroyante, la grippe s’attaque aux personnes dans la fleur de l’âge : elle provoque une importante poussée de fièvre qui affaiblit le système immunitaire et diminue les résistances naturelles du corps. La majorité des décès surviennent à la suite de complications, notamment la pneumonie.

Des soldats revenus au pays après la fin de la guerre trouvent leur famille décimée. C’est le cas du soldat Arthur-Joseph Lapointe, le père de Jean Lapointe, sénateur à la retraite. Dans ses mémoires intitulés Souvenirs et impressions de ma vie de soldat, 1916-1919, il raconte son retour à la maison, où son père, dont le visage s’est infiniment assombri, l’attend avec une bien triste nouvelle :

« Nous n’avons pas voulu te faire connaître toute l’étendue du malheur qui nous a frappés, car nous ignorions quand tu pourrais nous revenir et cela t’aurait rendu la vie trop pénible. La terrible épidémie de grippe t’a enlevé trois frères et deux sœurs dans l’espace de neuf jours. »

Après plusieurs mois tragiques, on dénombre les victimes : la grippe espagnole a fait plus de 20 millions de morts dans le monde, dont 50 000 au Canada – presque autant que pendant les quatre années de combat de la Première Guerre mondiale.

On reproche amplement aux autorités sanitaires fédérales l’application de mesures de quarantaine désuètes et inadéquates, ainsi que le manque de vision et de leadership. Après avoir dressé le bilan d’une intervention inefficace lors de la pandémie de grippe, le gouvernement fédéral crée le ministère de la Santé en 1919.

Des documents témoins de cette tragédie se trouvent à Bibliothèque et Archives Canada, qui s’en est inspiré pour créer un guide thématique consacré à l’épidémie de grippe espagnole.


Marcelle Cinq-Mars est archiviste principale des affaires militaires, Archives gouvernementales, Bibliothèque et Archives Canada.

Images de chandails, de blousons et de manteaux maintenant sur Flickr

Photo noir et blanc d’une femme assise à l’extérieur, qui tricote un chandail traditionnel Cowichan. Deux enfants (un garçon et une fille) sont assis dans l’herbe à ses pieds.

Mme Pat Charlie tricotant un chandail Cowichan (Colombie-Britannique) [e011176278]

Vaste pays à géographie variable, le Canada connaît diverses saisons entre lesquelles le mercure peut passer de 40 degrés Celsius à moins 50. Pas surprenant, alors, que les Canadiens aiment parler du temps qu’il fait!

Tailleur ajustant un pardessus sur un buste de couture, Montréal (Québec) [e004666235]

Photo noir et blanc d’une femme se tenant droite, vêtue d’ un uniforme militaire composé d’une veste Norfolk, d’une jupe et de chaussures noires.

Femme vêtue d’une veste Norfolk, d’une jupe et de chaussures noires [PA-063849]

Au retour des saisons froides, en automne et en hiver, ils aiment aussi discuter vêtements : c’est le temps de ressortir chandails chauds, blousons et manteaux, qu’on porte d’abord seuls, puis superposés.

Photo noir et blanc d’une femme vêtue d’un manteau, debout devant sa voiture en bordure de la route.

Madge Macbeth, vêtue d’un manteau, debout devant sa voiture « Amaryllis » en bordure de la route [e008406104]

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Voix maritimes : Alistair MacLeod

Par Leah Rae

À environ 360 kilomètres du centre-ville d’Halifax, sur la côte ouest de l’île du Cap-Breton, se trouve la petite collectivité de Dunvegan. Trop petite pour être une ville, Dunvegan est un carrefour sur la route entre Inverness et Margaree Harbour. C’est ici, dans une petite cabane construite à la main et surplombant l’océan Atlantique (avec vue sur l’Île-du-Prince-Édouard, au loin), que l’écrivain Alistair MacLeod passait ses vacances d’été. C’est dans cette cabane qu’il a écrit quelques-unes des plus grandes nouvelles en langue anglaise et son seul et unique roman, No Great Mischief.

Une première page manuscrite de The Boat.

Page couverture du manuscrit de la nouvelle The Boat, par Alistair MacLeod. © Succession d’Alistair MacLeod.

Comme bien d’autres résidents de l’île du Cap-Breton, Alistair MacLeod a passé sa jeunesse à travailler comme mineur et bûcheron. Ses revenus lui ont permis de payer ses études et d’obtenir son diplôme de premier cycle et son diplôme d’enseignement de l’Université Saint-Francis-Xavier à Antigonish, en Nouvelle-Écosse. M. MacLeod a fait carrière comme professeur d’anglais et de création littéraire à l’Université de Windsor, en Ontario. Entre les exigences d’un poste de professeur à temps plein et celles liées à son rôle de père de six enfants, il trouvait difficile de consacrer du temps à l’écriture pendant l’année scolaire. Toutefois, les vacances d’été lui donnaient l’occasion de retourner avec sa famille à la maison familiale de Dunvegan (nommée en l’honneur de Dun Bheagan sur l’île de Skye, en Écosse), où il avait tout le loisir de se concentrer sur ses écrits. Le travail de M. MacLeod portait sur les luttes quotidiennes des résidents de l’île du Cap-Breton. Ce qui donne à l’écriture d’Alistair MacLeod son pouvoir et sa majesté, c’est son lyrisme : l’écrivain lisait souvent son travail à voix haute afin de parfaire la cadence de chaque ligne. C’était un écrivain lent et méthodique qui examinait attentivement chaque mot. Bien qu’il ait produit un très petit nombre d’œuvres au cours de sa vie, la qualité de son travail est exceptionnelle.

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) a la chance d’être le dépositaire du fonds Alistair MacLeod. Au début des années 2000, BAC a acquis environ 4,5 mètres de matériel (textuel et graphique) créé par Alistair MacLeod en Ontario et en Nouvelle-Écosse. Le matériel couvre toute sa carrière d’écrivain et d’enseignant. Le fonds comprend des manuscrits, de la correspondance, des essais, des notes de thèse, des coupures de presse, des photos d’Alistair MacLeod, et plus encore.

Photographie en noir et blanc d’un homme debout devant un bâtiment. Une falaise et un littoral spectaculaires sont visibles en arrière-plan.

Alistair MacLeod assis dans une cabane. © Chuk Clark.

L’examen des manuscrits originaux d’Alistair MacLeod nous donne un aperçu fascinant de son processus d’écriture. Dans le milieu littéraire canadien, il était reconnu comme un perfectionniste, et cela se voit dans ses manuscrits. La première version de sa nouvelle The Boat est rédigée à la main dans un livret d’examen de l’Université Notre Dame, où il a obtenu son doctorat. La version publiée du premier paragraphe de cette nouvelle — peut-être l’un des plus beaux paragraphes de la littérature anglaise — est presque identique à la version préliminaire de l’auteur.

Alistair MacLeod a continué d’écrire à la main tout au long de sa carrière (de nos jours, une pratique sans doute perçue comme étant très rétrograde par de nombreux écrivains!). Il a aussi écrit à la main une partie du manuscrit pour son roman No Great Mischief. Il est tout à fait inusité de voir une œuvre de ce calibre écrite à la main plutôt que sous forme de mots dactylographiés sur une page, comme nous sommes habitués à le voir de nos jours. Cela donne une impression très personnelle d’Alistair MacLeod travaillant avec diligence pendant ses quelques précieuses heures de temps libre, admirant les magnifiques falaises du cap Breton qui surplombent la mer.


Leah Rae est archiviste à la Division des services régionaux et de l’AIPRP de Bibliothèque et Archives Canada, à Halifax.

 

Des soldats au front et des travailleurs aux usines

Par Lucie Paquet

En août 1914, les pays européens s’engagent dans une guerre qui, prévoit-on alors, sera de courte durée. Comme plusieurs pays occidentaux, le Canada se mobilise et envoie des troupes pour combattre auprès des Alliés lors de la Première Guerre mondiale. Privée en grande partie de son industrie lourde et de ses ressources minières, l’armée française manque rapidement de matériel, ce qui provoque une hausse marquée de la demande pour des produits de toutes sortes. De 1914 à 1918, le Canada intervient directement pour remédier à la situation en réquisitionnant près de 540 établissements industriels partout au pays, d’Halifax à Vancouver. Les usines métallurgiques jugées essentielles par le gouvernement sont reconverties dans la fabrication de matériel de guerre. Leurs activités sont étroitement encadrées par la Commission impériale des munitions pour soutenir l’armée, qui mandate et envoie plus de 2300 inspecteurs gouvernementaux dans les usines pour superviser, tester et évaluer l’assemblage des produits militaires. C’est dans ce contexte que The Steel Company of Canada (aujourd’hui Stelco) reconvertit une grande partie de sa production dans le matériel de guerre.

Liste manuscrite des commandes envoyées par la Commission impériale des munitions énumérant, en texte noir parfois souligné en rouge, le nombre d’obus produits par divers établissements industriels du Canada.

Liste manuscrite des commandes envoyées par la Commission impériale des munitions détaillant le nombre d’obus produits par divers établissements industriels du Canada. (e011198346)

Mais cette transformation ne se fait pas sans difficulté. Les usines n’étant pas préparées à fabriquer des armes rapidement et à assurer un haut rendement constant, les commandes sont livrées en retard et le matériel est maintes fois défectueux. La Stelco n’échappe pas à cette réalité et connaît, elle aussi, les mêmes problèmes.

Première page, de couleur rose, d’une lettre écrite en septembre 1916 par Ross H. McMaster, chef de l’usine de Montréal, à Robert Hobson, président de la Stelco, décrivant les difficultés à produire et à livrer les obus.

Lettre écrite en septembre 1916 par Ross H. McMaster, chef de l’usine de Montréal, à Robert Hobson, président de la Stelco, décrivant les difficultés à produire et à livrer les obus. (e011198359-001)

La plus grande difficulté qu’éprouve la Stelco est liée à l’approvisionnement en matière première. Il faut d’abord la découvrir et l’exploiter, puis transporter le minerai brut des mines aux usines, acquérir les machines et l’équipement requis et faire fonctionner les nouveaux hauts fourneaux, et enfin former les travailleurs à toutes les étapes de la fabrication des produits. Grâce à son usine de barres d’acier nouvellement alimentée par l’électricité, la Stelco peut commencer rapidement la production. Elle recrute des femmes pour remplacer la centaine d’ouvriers envoyés au front et achète des propriétés minières en Pennsylvanie et au Minnesota pour approvisionner ses usines en charbon et en fer. La Stelco procède aussi à la rénovation et à la modernisation de ses usines.

Tableau listant, en texte bleu et rouge, les dépenses en capital de la Stelco pour la construction de nouvelles usines et l’acquisition d’équipement additionnel.

Énoncé préparé par la Stelco faisant état des dépenses en capital pour la construction de nouvelles usines et l’acquisition d’équipement additionnel. (e011198354)

Des réseaux de transport sont construits pour acheminer les métaux bruts aux usines de transformation de la Stelco à Montréal, à Brantford, à Gananoque et à Hamilton. À cette époque, la plupart des grandes villes canadiennes sont reliées par les lignes ferroviaires du Canadien National et du Canadian Pacifique pour faciliter le transport des soldats et des produits militaires.

L’automne 1916 marque un tournant dans l’industrie sidérurgique, après deux années d’expérimentation et de production. Comme la guerre continue de faire rage en Europe, les métallurgistes et les industriels décident de tenir des rencontres stratégiques. Une première réunion de l’Association des métallurgistes a lieu à Montréal, le 25 octobre 1916; on y discute des progrès scientifiques réalisés dans la fabrication de matériel militaire. À cette occasion, la Stelco tient une exposition pour présenter ses produits.

Deux pages imprimées de la revue Canadian Mining Institute contenant des photographies noir et blanc d’obus produits par la Stelco.

Photos publiées dans la revue Canadian Mining Institute montrant des obus produits par la Stelco. (e011198345)

En 1917, la Stelco construit deux nouvelles usines à Hamilton. On y fabrique non seulement des pièces d’artillerie, mais également des panneaux d’acier pour la construction de bateaux, de wagons, de véhicules et de pièces d’avion.

La guerre s’intensifie et la demande de munitions atteint des proportions considérables. Le niveau de production augmente, ce qui provoque une réorganisation du monde du travail. Pour accélérer la production, on attribue dorénavant aux ouvriers un salaire basé sur le temps alloué à la fabrication de chaque pièce. On accorde aussi des primes aux ouvriers les plus rapides.

Tableau montrant le nombre moyen de minutes que les ouvriers consacrent à l’exécution de chaque étape de la fabrication d’une pièce d’obus de 9,2 pouces, ainsi que le nombre estimatif de minutes normalement requises pour effectuer chaque tâche.

Tableau montrant le nombre moyen de minutes que les ouvriers consacrent à l’exécution de chaque étape de la fabrication d’une pièce d’obus de 9,2 pouces, ainsi que le nombre estimatif de minutes normalement requises pour effectuer chaque tâche. (e011198358)

Photographie noir et blanc montrant l’intérieur d’une usine de fabrication de munitions et de fils barbelés, en 1916.

Vue de l’intérieur d’une usine de fabrication de munitions et de fils barbelés, en 1916. (e011198375)

Cet effort de guerre fait naître un grand sentiment de fraternité et de patriotisme, et les ouvriers remettent à plus tard leurs revendications. Un message écrit par le surintendant du département des obus est prononcé le 4 janvier 1917; il montre bien la pression exercée dans les usines et le rôle déterminant des ouvriers.

Lettre manuscrite écrite par E. Frankland, surintendant, à l’intention des employés du département des obus de la Stelco.

Lettre manuscrite rédigée par E. Frankland, surintendant, à l’intention des employés du département des obus de la Stelco. (e011198368; une version anglaise de cette lettre est aussi disponible : e011198367)

Plus d’une centaine d’ouvriers de l’aciérie vont combattre dans les tranchées; la plupart d’entre eux sont envoyés en France. Cette liste datée du 16 novembre 1918 donne le nom et le grade de chaque ouvrier envoyé au combat, le nom de son bataillon ou régiment, ainsi que son dernier point d’attache connu.

Quatre pages dactylographiées listant les ouvriers de la Stelco envoyés au combat pendant la Première Guerre mondiale, de 1914 à 1918.

Liste des ouvriers de la Stelco envoyés au combat pendant la Première Guerre mondiale, de 1914 à 1918. (e011198365)

Les campagnes de financement s’organisent pendant la guerre, pour venir en aide aux soldats et à leurs familles. Les ouvriers y contribuent en versant une partie de leur salaire au Fonds patriotique canadien.

Page couverture, en noir et blanc, et pages 23 et 24, en noir et rouge, d’un registre indiquant les sommes versées au Fonds patriotique canadien.

Page couverture et pages 23 et 24 d’un registre des sommes versées au Fonds patriotique canadien. (e0111983867 et e011198385)

Le travail des ouvriers en usine est très exigeant. Même si elles nécessitent une grande précision, les tâches sont répétitives et doivent être effectuées rapidement à la chaîne.

À gauche, photographie noir et blanc d’ouvriers travaillant dans une chaîne de fabrication d’obus. À droite, formulaire bleu de la Commission impériale des munitions montrant les progrès réalisés par une chaîne de production au cours d’une semaine donnée.

À gauche, des ouvriers de la Stelco travaillant dans une chaîne de fabrication d’obus de 9,2 pouces. À droite, un formulaire de la Commission impériale des munitions décrivant les progrès réalisés par une chaîne de production au cours d’une semaine donnée. (e011198374 et e011198362)

Les produits sont lourds et leur manipulation est dangereuse. Les ouvriers fondent l’acier dans les hauts fourneaux, puis le coule dans des moules rectangulaires. Munis de pinces, ils retirent les lingots d’acier encore brûlants et les déposent sur des wagonnets. Les lingots sont ensuite transportés à la forge, où ils sont roulés en barres rondes selon les dimensions requises pour former les différents tubes d’obus.

Photographie noir et blanc montrant un ouvrier manipulant un lingot d’acier brûlant à l’aide de longues pinces.

Reproduction d’une photographie d’un ouvrier retirant d’une presse de 500 tonnes, à l’aide de longues pinces, un lingot d’acier brûlant de 80 livres. (e01118391)

Photographie noir et blanc montrant des ouvriers debout près de centaines de cylindres d’obus.

Des ouvriers de la Stelco posent fièrement près de centaines de cylindres d’obus fabriqués à partir d’acier fondu. (e01118373)

Une quantité considérable de barres d’acier est produite pour fabriquer des obus de 9,2 pouces, de 8 pouces, de 6,45 pouces et de 4,5 pouces.

Photographie noir et blanc montrant l’intérieur d’une usine d’obus, à Montréal, le 12 mai 1916.

Vue de l’intérieur de l’usine d’obus de la Stelco sur la rue Notre-Dame, à Montréal, le 12 mai 1916. (e01118377)

En 1915, les usines de la Stelco de Brantford, en Ontario, et de la rue Notre-Dame, à Montréal, forgent quelque 119 000 obus. La production combinée de ces deux usines passe à 537 555 obus en 1917, puis atteint 1 312 616 obus en 1918. C’est sous grande pression que les usines du Canada continuent de transformer des millions de tonnes d’acier en matériel militaire jusqu’à la signature, en novembre 1918, de l’Armistice qui met fin à la Première Guerre mondiale.


Lucie Paquet est archiviste principale à la Division Science, gouvernance et politique de Bibliothèque et Archives Canada.