La grève générale de Winnipeg de 1919 : six semaines de lutte solidaire pour les droits des travailleurs

Par Kelly Anne Griffin

Printemps 1919. La tension est à son comble à Winnipeg. Les classes sociales sont divisées par la richesse et le statut. Les travailleurs forment un front commun, et la notion de droits des travailleurs se répand.

La plus importante grève au Canada, qui constitue aussi le plus grand affrontement entre classes, débute le 15 mai. Même si les changements surviendront lentement après les six semaines de grève générale, celle-ci marque un tournant dans le mouvement ouvrier, non seulement pour les travailleurs de la ville de Winnipeg, mais aussi ceux de l’ensemble de notre vaste pays.

Au cours de ces semaines cruciales de 1919 au Manitoba, les travailleurs manifestent pacifiquement et sans relâche pour l’obtention de droits fondamentaux comme un salaire décent, la sécurité au travail et le droit de s’exprimer, droits que de nos jours, nous tenons souvent pour acquis. La grève générale de Winnipeg est une révolte de citoyens ordinaires de la classe ouvrière, frustrés par un marché du travail instable, l’inflation et de mauvaises conditions de travail. Ensemble, ils luttent, debout pour une même cause.

Tous les ingrédients rassemblés

Le marché du travail canadien est précaire en 1919. Les temps sont difficiles pour la main-d’œuvre qualifiée et, en raison de l’inflation, les travailleurs arrivent difficilement à joindre les deux bouts. Rien qu’en 1913, le coût de la vie augmente de 64 %. En plus des emplois instables et de l’inflation, la réussite de la Révolution russe de 1917 contribue à l’agitation des travailleurs.

Le syndicalisme gagne en popularité au Canada, et le nombre de syndicats croît rapidement. Profitant de cet essor, les dirigeants syndicaux se rencontrent et tentent de former une grande coalition ouvrière, la One Big Union. Même si les syndicats sont devenus chose courante, les employeurs ne reconnaissent toujours pas le droit à la négociation.

La Première Guerre mondiale a également joué un rôle dans ce qui surviendra à Winnipeg au printemps 1919. La durée et l’ampleur de la guerre avaient inévitablement dopé l’économie et gonflé l’emploi au pays. Avec la fin de la guerre, la production chute, et l’on assiste à un afflux de soldats revenus du front qui peinent non seulement à s’adapter à la vie civile, mais aussi à trouver un emploi.

Les emplois sont rares dans cette ville des Prairies autrefois en plein essor. Certains soldats de retour au pays estiment que les immigrants ont pris les emplois qui devraient leur revenir. De nombreux Canadiens, soldats ou civils, avaient fait d’énormes sacrifices pendant la guerre et croyaient qu’ils obtiendraient de meilleures conditions de vie comme récompense. Or, c’est le chômage, l’inflation et des perspectives économiques peu reluisantes qui les attendent.

Le 1er mai 1919, les ouvriers du bâtiment du Manitoba déclenchent une grève après plusieurs vaines tentatives de négociation. Le lendemain, les ouvriers de la métallurgie emboîtent le pas. Deux semaines plus tard, le Congrès des métiers et du travail de Winnipeg lance un ordre de grève générale.

Le 15 mai au matin, les téléphonistes de Winnipeg ne rentrent pas au travail. Les usines et les magasins de détail demeurent fermés, le service postal est interrompu, et les services de transport cessent. Au cours des six semaines suivantes, près de 30 000 travailleurs — syndiqués ou non — descendront dans la rue et feront les sacrifices nécessaires pour le bien de tous.

Photo noir et blanc de grévistes tenant des affiches dans une rue bondée.

En 1919, les grévistes se rassemblent pacifiquement dans la rue pendant six semaines, unis dans leur lutte visant à obtenir les droits du travail fondamentaux que nous tenons souvent pour acquis de nos jours. (a202201).

L’union fait la force d’une ville

Les grévistes défilent pacifiquement et dans l’ordre, mais les réactions du gouvernement et des employeurs sont souvent hostiles. Comme dans tout conflit de travail, les opinions de la classe ouvrière et de la classe dirigeante divergent. Quelques tentatives de réconcilier les points de vue avant l’escalade vers la grève échouent.

Le contexte social de l’époque n’aide en rien la situation. Bien qu’il ne s’agisse pas de la première grève — en 1918, par exemple, il y avait eu un nombre record de grèves en Amérique du Nord —, celle de Winnipeg est sans précédent par rapport à son envergure, sa nature et la détermination apparente des grévistes.

Pancarte sur laquelle il est inscrit « Permitted by authority of strike committee [Permis par le comité de grève] », avec un timbre dateur et une signature autorisant l’avis.

Le Comité central de grève, qui représentait tous les syndicats affiliés au Congrès des métiers et du travail de Winnipeg, était chargé des communications et du maintien de l’ordre dans la ville. La grève pénalise de nombreuses familles pauvres en les privant de services; pour résoudre ce problème, le comité délivre des permis d’exploitation, comme celui-ci, pour la prestation de services essentiels. (e000008173)

Le Comité central de grève, composé de représentants de chaque syndicat, est mis sur pied afin de négocier au nom des travailleurs et de coordonner les services essentiels à offrir pendant la grève. Le Citizens’ Committee of One Thousand (Comité des 1 000 citoyens) regroupe l’opposition formée par le gouvernement et les employeurs. D’emblée, ce comité ignore les demandes des grévistes. Il dépeint ces derniers dans les médias comme des conspirateurs révolutionnaires et radicaux, de dangereux insurgés inspirés par l’extrémisme bolchevique.

De nombreuses grèves de solidarité sont déclenchées ailleurs au pays. Les problèmes ayant mené au bouillonnement des esprits à Winnipeg sont également présents dans le reste du Canada, et ces manifestations de soutien inquiètent grandement le gouvernement et les employeurs canadiens. C’est cette crainte qui poussera finalement le gouvernement à intervenir.

Le Citizens’ Committee croit fermement que les immigrants sont les principaux responsables de la grève. Par conséquent, le gouvernement canadien modifie la Loi sur l’immigration pour permettre l’expulsion d’immigrants natifs du Royaume-Uni. Il élargit la définition du terme « sédition » dans le Code criminel (l’article controversé 98, abrogé en 1936) afin d’augmenter le nombre d’accusations pouvant être portées. Le gouvernement fait également arrêter sept chefs syndicaux à Winnipeg le 17 juin, qu’il accusera de conspiration visant à renverser le gouvernement et condamnera à l’incarcération pour une durée allant de six mois à deux ans.

Le samedi sanglant

Le 21 juin 1919, la grève atteint un sommet tragique. La rue Main, à Winnipeg, est la scène d’un soulèvement sans précédent.

Photo noir et blanc de grévistes envahissant une rue devant un imposant édifice.

Le 21 juin 1919, la foule se rassemble devant l’Union Bank of Canada, sur la rue Main. Le bilan de la journée, que l’on surnommera le « samedi sanglant », est lourd : 2 morts et 34 blessés parmi les grévistes. (a163001).

Les manifestations, habituellement pacifiques, virent à la violence. Les grévistes renversent un tram et y mettent le feu. Les membres de la Royale gendarmerie à cheval du Nord-Ouest et de la toute nouvelle force policière spéciale, lourdement armés sur leurs chevaux, chargent la foule à coups de bâtons et de rayons de roue de chariot. Ils ont aussi recours à des mitrailleuses. Deux grévistes perdent la vie, 34 sont blessés et 94 sont arrêtés par la police. Le Western Labor News, la publication officielle du mouvement, est fermé. Cinq jours plus tard, démoralisés et préoccupés par ce qu’ils ont vu pendant le samedi sanglant, les grévistes mettent fin à leur combat.

Photo noir et blanc d’un tram d’où s’échappe de la fumée, avec des spectateurs amassés à l’avant-plan.

Lors du samedi sanglant, les manifestations, habituellement pacifiques, virent à la violence. Les grévistes renversent un tram et y mettent le feu, et la réaction des autorités attise les tensions. (e004666106)

La misère à court terme pour des gains à long terme

Tout gréviste peut témoigner de la difficulté à vivre en ne touchant que des indemnités de grève. La durée et l’ampleur de la grève générale de Winnipeg attestent l’intensité de la passion et de la colère face à leur sort qui animait les travailleurs de l’époque.

Alors que nous rouvrons cette page d’histoire 100 ans plus tard, que reste-t-il des événements qui, pendant ces six semaines, ont secoué Winnipeg?

À la fin de la grève, les travailleurs gagneront bien peu pour leurs efforts courageux. Certains sont même emprisonnés. Il faudra près de 30 ans pour que les ouvriers canadiens obtiennent la reconnaissance syndicale et le droit à la négociation collective. Pire encore, la situation immédiate de Winnipeg se détériore en raison du déclin de l’économie. Les tensions et les ressentiments ayant mené à ce soulèvement persistent, ce qui vient pourrir davantage le climat des relations de travail à Winnipeg.

Pourtant, il ne fait aucun doute que la lutte des grévistes de 1919 a pavé la voie aux conditions d’aujourd’hui. L’élection provinciale au Manitoba, l’année suivante, permet d’élire 11 candidats du Parti travailliste, un pas positif en vue de futures modifications législatives. Un des chefs de file de la grève, J. S. Woodsworth, emprisonné pendant un an pour son rôle dans le soulèvement, participe à la fondation de la Fédération du commonwealth coopératif, qui deviendra l’actuel Nouveau Parti démocratique.

Photo noir et blanc de manifestants dans la rue, avec une pancarte sur laquelle est inscrit « Prison bars cannot confine ideas [Les barreaux d’une prison n’enferment pas les idées] ».

L’arrestation, le 17 juin, des chefs syndicaux de la grève générale de Winnipeg mène au samedi sanglant. Ici, un groupe de manifestants protestent contre les procès intentés aux hommes arrêtés. (C-037329)

Même si la grève n’obtient pas les résultats espérés, les idéaux sur lesquels elle s’appuyait subsistent. Les travailleurs de Winnipeg se sont ralliés autour de luttes communes, peu importe leur race, leur langue ou leurs croyances. Un siècle plus tard, le Canada a fait d’importants progrès en ce qui a trait aux droits des travailleurs. Nous devons principalement ces avancées à la solidarité et à la résilience des grévistes de Winnipeg pendant ce fatidique printemps de 1919.


Kelly Anne Griffin est archiviste adjointe à la Division des archives privées sur les sciences et la gouvernance de la Direction générale des archives de Bibliothèque et Archives Canada.

Images de salons maintenant sur Flickr

Photo noir et blanc d’un salon meublé de fauteuils confortables, de peintures et d’un divan

Intérieur de la résidence de sir William Van Horne [e003641850

Aujourd’hui, les salons ont remplacé les salles de séjour protocolaires et les pièces réservées aux visiteurs.

Photo noir et blanc d’un homme assis sur un petit tapis avec des amis; adossé contre un divan, il fume une cigarette et écrit dans un carnet

Homme assis par terre dans un salon, adossé contre un divan, fumant une cigarette et écrivant dans un carnet [e010968994

Ils servent maintenant à tout : recevoir et divertir les invités, lire, écouter de la musique, regarder la télévision, se détendre… Leur décoration a elle aussi évolué, qu’il s’agisse de refléter des goûts spartiates, de mettre en valeur des œuvres d’art ou encore d’offrir un confort somptueux.

Photo noir et blanc d’un homme assis dans un fauteuil et lisant un journal; une femme est assise sur un divan et coud.

J.W. (Ed) Maddocks lit un journal dans son salon pendant que son épouse coud, Toronto (Ontario) [e010962433

Photo noir et blanc d’une femme assise sur un divan, lisant un livre près de son caniche; un homme assis tout près à son bureau lit un magazine

Le docteur Best, son épouse Margaret et leur caniche Dochel (Ontario) [e011177240

Visitez l’album Flickr maintenant!

Le jour J et la campagne de Normandie : 6 juin – 30 août 1944

Par Alex Comber

Photo couleur d’une péniche de débarquement s’approchant d’une plage. Sur la rive, on distingue un village d’où s’élève de la fumée. Dans le ciel, des dirigeables assurent la défense aérienne.

Péniche de débarquement d’infanterie, 6 juin 1944, jour J. (e010777287)

Il y a 75 ans jour pour jour, soldats, matelots, pilotes et membres d’équipage canadiens participent en France à l’une des plus importantes opérations militaires de l’histoire : l’opération Neptune. Mieux connue sous le nom de jour J, elle est la première étape d’une campagne terrestre menée en Normandie, ayant pour nom de code « opération Overlord ».

Les Alliés déploient des efforts considérables pour établir un nouveau théâtre d’opérations en Europe de l’Ouest. Les soldats de la 3e Division d’infanterie canadienne sont là pour les appuyer. Leur mission : partir à l’assaut de la côte française pour conquérir un périmètre (en jargon militaire, une tête de pont) sur une section de la plage appelée « Juno Beach ».

Cette affectation est considérée comme un honneur, puisque les quatre autres plages (noms de code « Utah », « Omaha », « Gold » et « Sword ») attendent le débarquement d’unités appartenant à des Alliés plus puissants : les États-Unis et la Grande-Bretagne.

Photo noir et blanc d’un officier montrant la carte d’un village à un petit groupe de sous-officiers.

Le lieutenant R. R. Smith montre aux sous-officiers du Regina Rifles Regiment un plan de leur objectif, Courseulles-sur-Mer, France. (e011084119)

Le haut commandement allié et les planificateurs militaires du Quartier général suprême de la Force expéditionnaire alliée ont tiré des leçons de leurs opérations précédentes, notamment de leur défaite à Dieppe, deux ans auparavant, et de leurs débarquements réussis en Sicile, en juillet 1943. Ce nouvel effort visant à ouvrir un deuxième front exige une approche coordonnée entre forces terrestres, navales et aériennes, une planification exhaustive, une attention particulière à la logistique, un rassemblement massif d’équipement et de personnel, des ruses et des leurres pour déstabiliser l’ennemi et, enfin, la transmission régulière et exacte de renseignements sur les effectifs et les dispositifs allemands.

Une flotte de navires escorte les forces d’invasion à travers la Manche pendant que des escadrons alliés patrouillent l’espace aérien. Divers engins de débarquement transportent les hommes, les chars et l’artillerie. Dans le secteur canadien, ils s’arrêtent près des villages de Courseulles-sur-Mer, Bernières-sur-Mer et Saint-Aubin-sur-Mer.

Photo couleur de soldats chargés d’armes et d’équipement, marchant dans de l’eau peu profonde en direction d’un village français.

L’infanterie canadienne approche de Bernières-sur-Mer, en Normandie (France). (e010750646)

Les chars de la 2e Brigade blindée du Canada atteignent péniblement le rivage, où ils appuient la progression des soldats d’infanterie en tirant sur les positions retranchées de l’ennemi (des positions déjà bombardées par des unités de l’Artillerie royale canadienne depuis leurs péniches de débarquement).

Quelques heures plus tôt, des hommes du 1er Bataillon canadien de parachutistes ont atterri loin derrière les lignes ennemies dans le cadre de l’opération Tonga (le nom donné aux débarquements de la 6e Division aéroportée britannique). Leur mission : détruire des ponts, prendre le contrôle de positions sécurisées, soutenir l’assaut des parachutistes britanniques et, de façon plus générale, semer le chaos et empêcher l’ennemi de contre-attaquer.

Photo noir et blanc montrant un soldat assis sur un vélo dans une clairière. Il porte une vareuse de parachutiste et tient une mitraillette Sten.

Le soldat Tom J. Phelan, du 1er Bataillon canadien de parachutistes, sur un vélo pliant pouvant être aéroporté. Il fut blessé à Le Mesnil le 16 juin 1944. On le voit ici au camp de renforts du Bataillon, en Angleterre, en 1944. (a204971)

Photo noir et blanc d’une file de soldats marchant dans une rue au milieu d’un village touché par les combats.

Des fantassins du Régiment de la Chaudière marchent dans le village de Bernières-sur-Mer, en France, le 6 juin 1944. (a131436)

Les Canadiens servant dans les forces navales et aériennes participent également aux attaques au sol. Les pilotes et les membres d’équipage des nombreux escadrons de l’Aviation royale du Canada et de la Royal Air Force britannique défendent l’espace aérien en appui aux opérations navales et terrestres, patrouillent les côtes, attaquent les troupes et les blindés ennemis, effectuent des reconnaissances photo et participent aux missions de bombardement pour appuyer les débarquements.

Photo noir et blanc d’un escadron de l’Aviation royale canadienne posant autour d’un chasseur-bombardier équipé d’une grosse bombe.

Des membres du 440e Escadron de l’Aviation royale canadienne posent autour d’un Hawker Typhoon en Normandie (France). (e010775786)

Le jour J, le personnel de la Marine royale canadienne est réparti dans plus de 70 navires de guerre : des engins de débarquement, des contre-torpilleurs bombardant la côte et des dragueurs de mines qui dégagent la voie pour la force d’invasion. Après le débarquement, début juillet, un commando viendra diriger les forces et maintenir l’ordre sur les plages.

Photo noir et blanc de matelots en tenues de combat. Ceux du premier rang sont agenouillés tandis que leurs collègues au deuxième rang sont debout, devant une fortification en béton endommagée.

Personnel du Commando W-2 de la Marine royale du Canada devant une fortification allemande dans le périmètre conquis de Juno Beach, Normandie (France), 20 juillet 1944. (a180831)

Les premiers militaires canadiens à fouler le sol français sont rejoints à la mi-juillet par une armée entière : la Première Armée canadienne, qui deviendra la plus importante formation d’hommes et de femmes en uniforme de l’histoire du pays. Des combats acharnés font rage alors que les forces terrestres alliées résistent aux contre-attaques et avancent à l’intérieur des terres. Les unités canadiennes conquièrent des objectifs militaires à Carpiquet, près de Caen, et lors de leur avancée vers Falaise, mais au prix de nombreuses vies.

Environ 350 militaires canadiens sont tués lors du jour J. Au total, les forces terrestres, navales et aériennes du Canada perdront environ 5 000 hommes lors des opérations en sol français. Fin août, l’opération Overlord se termine quand les dernières unités allemandes, mises en déroute, se retirent de Normandie.

Photo noir et blanc montrant une longue file de soldats allemands marchant sur une plage, dirigés par des soldats alliés. On aperçoit à l’arrière-plan des véhicules, une digue et une grosse maison.

Des militaires allemands capturés lors du jour J se préparent à embarquer pour l’Angleterre. (a132474)

Revenez le 4 juillet pour lire la deuxième partie de notre série sur le 75e anniversaire du Jour J, celui-ci explorera certaines des collections uniques de BAC sur ces événements.


Alex Comber est un archiviste militaire au sein de la Division des archives                      gouvernementales.

Les premiers ministres canadiens dans l’objectif des photographes de presse

Par Maude-Emmanuelle Lambert

L’exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) Les premiers ministres et l’art explore les liens parfois inusités entre différentes expressions artistiques et nos premiers ministres canadiens. On y découvre notamment les photographies d’éléments architecturaux de Pierre Elliott Trudeau (1958), le selfie cabotin de Jean Chrétien (Andrew Danson, Unofficial Portraits, 1985) ou bien encore la grande toile en tons jaune et orangé de l’artiste Carl Beam (2000) inspirée par Lester B. Pearson.

Ces œuvres permettent d’entrevoir une sensibilité artistique — parfois insoupçonnée — chez nos premiers ministres, mais aussi de quelle manière la fonction, voire la personnalité d’un premier ministre a inspiré, sans égard à sa couleur politique, un ou plusieurs artistes. Le portraitiste Yousuf Karsh par exemple, dont les photographies sont conservées par BAC, a vu défiler devant son objectif des premiers ministres d’allégeances et de générations différentes comme William Lyon Mackenzie King, Robert Borden, Pierre Elliott Trudeau et Joe Clark.

Photographie en noir et blanc montrant le premier ministre William Lyon Mackenzie King à son bureau. À l’arrière-plan, par une fenêtre, on aperçoit un des édifices du Parlement.

William Lyon Mackenzie King à son bureau, 15 mars 1947. King a été le mécène de Yousuf Karsh à partir de 1936. Photographie de Yousuf Karsh (e010752289).

Toutefois, les photographies les plus célèbres, voire « iconiques » de nos premiers ministres ne sont pas que l’œuvre de photographes portraitistes. Plusieurs d’entre elles ont été prises par des photographes de presse dont le nom est moins bien connu du grand public. Contrairement aux portraitistes qui ont tout le temps voulu pour planifier la composition de leur arrière-plan ou pour étudier leur sujet, les photographes de presse doivent faire preuve à la fois de patience et de rapidité. En effet, il n’est pas rare qu’ils doivent faire le pied de grue pendant des heures afin de prendre « le cliché » qui permettra de raconter un événement, de transmettre une émotion ou encore de croquer sur le vif un aspect de la personnalité d’un premier ministre.

Peut-être avez-vous déjà vu la photographie de Pierre Elliott Trudeau glissant comme un enfant sur une rampe d’escalier? Prise en 1968, lors du congrès à la chefferie du Parti libéral du Canada, elle est l’une des photos marquantes de la carrière du photographe de presse Ted Grant. Dans un livre consacré à son œuvre, signé Thelma Fayle, le photographe précise que s’il n’avait pas entendu les rires des gens sur place, il aurait probablement raté ce moment : « Je me suis retourné, car des éclats de rire ont attiré mon attention. J’ai pu prendre rapidement trois clichés avant que Trudeau n’atterrisse presque sur moi » [traduction] (Thelma Fayle, Ted Grant: Sixty Years of Legendary Photojournalism, Victoria, Heritage House Publishing, 2013, p. 67-68).

Né en 1929 à Toronto, Ted Grant entreprend sa carrière de photographe au milieu des années 1950. Vu par plusieurs comme un véritable pionnier de la photographie de presse au Canada (certains le présentent même comme le « père du photojournalisme canadien »), il travaille, entre autres, comme contractuel pour différents imprimés (dont l’Ottawa Citizen), l’Office national du film et l’Office de tourisme du gouvernement canadien. Au cours de sa carrière, il photographie plusieurs courses à la direction, élections (tant fédérales que provinciales) et conférences des premiers ministres. Invité à suivre sur la route Robert Stanfield, chef du Parti progressiste-conservateur, il en vient à tisser des liens étroits avec le jeune et futur premier ministre Joe Clark, son entourage politique et sa famille. Conservées dans le fonds Joe Clark et dans le fonds Ted Grant, de nombreuses photographies en noir et blanc nous montrent Joe Clark lors de ses apparitions publiques telles que sa cérémonie d’assermentation ou encore dans des moments plus privés comme des réunions de travail avec ses principaux conseillers.

Photographie en noir et blanc de Joe Clark, debout, prêtant serment à titre de premier ministre du Canada. On peut voir à ses côtés, assis, le gouverneur général Edward Schreyer.

Assermentation de Joe Clark à titre de 16e premier ministre du Canada, 4 juin 1979. Photographie de Ted Grant (e010764766).

La relation privilégiée qu’entretient Ted Grant avec les Clark lui donne accès à la vie privée et familiale du premier ministre. Celui qui a pris les tout premiers clichés de Catherine, seule enfant du couple, est aussi des fêtes familiales en plein air et dans l’intimité du salon. Bien que Ted Grant soit dans la pièce avec eux, les Clark semblent ne pas remarquer sa présence. Selon l’épouse de Joe Clark, Maureen McTeer, le photographe était patient et discret : « Si vous étiez conscient de sa présence, il attendait que vous ne le soyez plus [avant de prendre une photo] » [traduction] (Fayle, p. 75). Mais à ces moments joyeux où le photographe regarde à travers sa lentille le premier ministre détendu, assis sur le plancher du 24 Sussex avec sa fille et son épouse, se greffent des instants où la déception est manifeste sur les visages, comme à l’occasion de la soirée électorale de 1980.

Photographie en noir et blanc sur laquelle on voit le premier ministre Joe Clark, son épouse et sa fille assis par terre dans le salon devant le foyer.

Le premier ministre Joe Clark et sa famille (son épouse Maureen McTeer et sa fille Catherine) à la résidence du 24 Sussex (e002712822). Cette photographie est un bon exemple de la relation exceptionnelle et de la confiance qui se sont établies entre la famille Clark et le photographe Ted Grant. Ce dernier a documenté de nombreux moments importants de la carrière de Joe Clark, mais aussi des moments intimes de la famille sur plusieurs décennies.

Puisque les photographes de presse sont appelés à saisir l’instant, il n’est guère surprenant de voir dans leurs collections des clichés montrant les premiers ministres dans le feu de l’action politique. On pense notamment à la photographie réalisée par Louis Jaques d’un jeune John Diefenbaker intervenant en chambre alors qu’il est député et aspire à devenir le chef du Parti conservateur, ou bien à celle prise par Robert Cooper de John Turner qui s’adresse à une foule pendant la course à la chefferie du Parti libéral du Canada.

Photographie en noir et blanc qui montre le député John Diefenbaker, debout, s’adressant à la Chambre des communes. Autour de lui, on peut voir des députés assis à leurs pupitres.

John Diefenbaker, député, intervenant en chambre en 1948. Photographie de Louis Jaques (C-080883).

Photographie en noir et blanc montrant John Turner qui s’exprime au micro devant une foule. On peut apercevoir le drapeau du Canada.

John Turner s’adressant à la foule à Ottawa, lors du congrès à la chefferie du Parti libéral du Canada en 1984. Photographie de Robert Cooper (a152415).

Fait intéressant, près de la moitié des photographies conservées par BAC font partie de collections photojournalistiques. À elle seule, la collection du photographe Ted Grant comprend près de 216 000 photographies en noir et blanc et en couleurs, négatifs et planches-contacts, alors que celle de Duncan Cameron en compte 175 000. Tout comme Ted Grant, Duncan Cameron a commencé sa carrière de journaliste de presse dans les années 1950. Né à Glasgow en Écosse, il a immigré au Canada en 1954 et a couvert la Colline parlementaire pendant de nombreuses années, photographiant différentes personnalités politiques et nouant des liens avec elles. Duncan Cameron a aussi été photographe contractuel pour Time Life Inc. de 1963 à 1976 et a terminé sa carrière aux Archives publiques du Canada, auxquelles il a fait don de sa collection.

Photographie en noir et blanc sur laquelle on peut voir quatre anciens premiers ministres canadiens, soit Pierre Elliott Trudeau, John Turner, Jean Chrétien et Lester B. Pearson.

Pierre Elliott Trudeau, John Turner, Jean Chrétien et le premier ministre Lester B. Pearson après un remaniement ministériel, 4 avril 1967. Photographie de Duncan Cameron (a117107).

En somme, les collections constituées par les photographes de presse documentent de manière exceptionnelle l’histoire politique canadienne, mais aussi des facettes plus intimes des premiers ministres canadiens dans l’exercice de leur fonction. En les photographiant dans le feu de l’action ou dans leurs moments de détente, en pleine ascension ou en situation d’échec, ces artistes ont réussi à capter un ou plusieurs aspects de la personnalité des premiers ministres.

Photographie en noir et blanc du premier ministre Pierre Elliott Trudeau en train de prendre une photographie.

Pierre Elliott Trudeau prenant une photographie avec l’appareil du journaliste de presse Duncan Cameron, 28 juin 1968. Photographie de Duncan Cameron (a175919).


Maude-Emmanuelle Lambert est archiviste à la Division des archives privées du monde de la science et de la gouvernance à Bibliothèque et Archives Canada.

Nouveau balado! Écoutez notre plus récente émission, « Les OVNIs à BAC : l’Incident de Falcon Lake – Partie 2 de 2 »

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) présente sa toute dernière émission de baladodiffusion, « Les OVINS à BAC : l’Incident de Falcon Lake – Partie 2 ».

Dessin en noir et blanc d’un engin qui ressemble à une soucoupe volante. De nombreuses notes, mesures et dimensions sont également indiqués.

Un engin qui ressemble à une soucoupe volante [ufo-sketch]

Falcon Lake, au Manitoba. Petit village du parc provincial Whiteshell, situé à 150 kilomètres à l’est de Winnipeg. Nous sommes le 20 mai 1967, et le mécanicien et géologue amateur Stefan Michalak se lève tôt pour s’adonner à la prospection de quartz et d’argent, un de ses passe-temps favoris. Après une matinée de travail en forêt et un dîner léger, Stefan se remet au travail : réduire en éclats la veine de quartz qu’il vient de trouver. Le cacardement de quelques oies à proximité, manifestement effrayées par quelque chose, prend Stefan par surprise. Il lève alors les yeux vers le ciel et voit deux objets lumineux descendre vers lui.

Dans le deuxième volet de cet épisode en deux parties, nous discutons de la preuve et de l’enquête entourant l’incident de Falcon Lake. Le fils de Stefan Michalak, Stan, et les chercheurs Chris Rutkowski et Palmiro Campagna se joignent encore une fois à nous pour discuter du cas le plus notoire d’apparition d’ovnis au Canada.

Abonnez-vous à nos émissions de baladodiffusion sur notre fil RSS, iTunes ou Google Play, ou écoutez-les sur notre site Web à Balados – Découvrez Bibliothèque et Archives Canada : votre histoire, votre patrimoine documentaire.

Pour en savoir plus, écrivez-nous à bac.balados-podcasts.lac@canada.ca.

Célébrons notre 1 000e billet de blogue!

Le blogue de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) a franchi une étape importante avec la publication du 1 000e billet! Depuis huit ans, il met en valeur notre collection exceptionnelle de patrimoine documentaire, informe les chercheurs de nos travaux et répond à vos questions les plus fréquentes.

Pour célébrer ce moment important, nous allons faire un retour sur certains de nos billets les plus populaires.

Les Registres nationaux de 1940

Un questionnaire dactylographié sur deux colonnes intitulé « Dominion of Canada — National Registration Card for Women (Dominion du Canada – Carte d’immatriculation nationale pour femmes) ». La mention « For Information Only » (À titre indicatif seulement) est inscrite en biais au milieu de la page.

Exemple d’un formulaire pour femmes. Gracieuseté de Statistique Canada (en anglais seulement)

Année après année, cet ancien billet de blogue fait partie des plus visités, et il a reçu de nombreux commentaires. Ce n’est pas surprenant qu’un billet sur la généalogie soit le plus populaire. Ce qui l’est davantage, c’est que les Registres nationaux de 1940 ne se trouvent pas à BAC; ils appartiennent plutôt à Statistique Canada. Quoi qu’il en soit, il s’agit d’une ressource intéressante et très utile pour les généalogistes de l’ensemble du pays.

Vous voulez lire d’autres billets sur la généalogie à BAC? Consultez Les trois questions sur la généalogie les plus courantes.

Avez-vous des ancêtres autochtones? Les recensements pourraient vous le dire!

Un homme et une femme assis sur la pelouse avec deux jeunes enfants devant une tente en toile.

Homme et femme autochtones (Alfred et Therese Billette) assis sur la pelouse avec leurs deux enfants (Rose et Gordon) à l’extérieur de leur tente (e010999168).

Un autre billet populaire paru en 2016 explique comment les recensements canadiens peuvent vous aider à explorer votre passé et à découvrir vos origines autochtones. Certains Canadiens effectuent des recherches pour mieux se connaître, savoir s’ils peuvent s’inscrire à des associations autochtones ou encore obtenir des avantages offerts aux Autochtones.

Vous voulez vous renseigner sur les recherches liées à vos ancêtres autochtones? Consultez les billets suivants : Documents du ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien : dossiers de succession ou Les Inuits : numéros de disque et projet Nom de famille.

Bill Miner : le légendaire voleur de train et évadé de prison

Affiche montrant la photo de Bill Miner et annonçant une récompense de 500 $ pour sa recapture. Elle donne des détails sur son évasion et son apparence.

Promesse de récompense pour la recapture de Bill Miner envoyée aux services de police, à des publications et à des agences de détectives privés (e011201060-210-v8).

Ce passionnant article raconte l’histoire de Bill Miner, surnommé le « gentleman cambrioleur » et le « renard gris ». Il est un criminel notoire au Canada et aux États-Unis. Bien qu’il soit l’auteur de dizaines de vols et se soit évadé à maintes reprises, une grande partie de la population le perçoit comme un héros généreux qui s’en prend uniquement aux entreprises représentant le côté sombre du capitalisme. BAC possède de nombreux enregistrements sonores, publications, vidéos et autres documents sur Miner. Des centaines d’entre eux sont sur Co-Lab, accompagnés de défis de production participative.

Vous voulez en apprendre davantage sur les documents provenant du système pénal de la Colombie-Britannique? Consultez Pénitencier de la Colombie-Britannique sur l’île Goose : séparé par 20 km de toute aide ou par 9 à 17 heures à vol de pigeon.

Les cartes générales de la Nouvelle-France de Samuel de Champlain

Carte noir et blanc dessinée à la main illustrant le Québec, les provinces des Maritimes et l’est de l’Ontario en 1613.

Carte geographique de la Nouelle Franse en son vray meridiein. Faictte par le Sr Champlain, Cappine. por le Roy en la marine — 1613 (e010764734).

Ce populaire billet écrit en 2013 aborde deux sujets qui intéressent les Canadiens : la cartographie et les explorateurs! Il décrit les cartes de la Nouvelle-France dessinées par Champlain qui font partie de la collection de BAC. Il comprend également une suggestion de lecture pour les chercheurs qui souhaitent en apprendre davantage sur la cartographie et les voyages de Champlain.

Vous voulez en savoir plus sur l’histoire de la Nouvelle-France? Consultez Jean Talon, intendant de la Nouvelle-France, 1665-1672.

Voyage à la Rivière-Rouge, 1821 — Peter Rindisbacher

Carte noir et blanc dessinée à la main illustrant le Québec, les provinces des Maritimes et l’est de l’Ontario en 1613.

Passages extrêmement ardus aux portages (1821) (e008299434).

Ce populaire billet décrit les travaux de Peter Rindisbacher. Celui-ci est âgé de 15 ans lorsqu’il émigre dans la Colonie de la Rivière-Rouge fondée par Selkirk, en 1821. Déjà un artiste accompli à son arrivée en Amérique du Nord, il produit une série d’aquarelles documentant le voyage vers la Terre de Rupert et la vie dans la colonie. Ses aquarelles représentant la région de la rivière Rouge comptent parmi les images les plus anciennes de l’Ouest canadien. Peter Rindisbacher est considéré comme le premier artiste pionnier de l’ouest du Canada et des États-Unis.

Vous voulez en savoir plus sur Peter Rindisbacher? Écoutez le balado Peter Rindisbacher : La beauté sur commande.

L’affaire « personne » (1929)

Cinq femmes vêtues d’une robe de soirée ornée d’une boutonnière et un homme en smoking. Tous sont debout devant une plaque.

Dévoilement d’une plaque commémorant les efforts des cinq Albertaines à l’origine de l’affaire « personne », grâce à laquelle les femmes se sont vu accorder le droit d’occuper une charge publique au Canada (c054523).

Ce billet met en valeur l’histoire de la lutte des femmes pour obtenir l’égalité politique au Canada. L’affaire « personne », une décision constitutionnelle reconnaissant l’admissibilité des femmes au Sénat, commence en 1916 avec la nomination d’Emily F. Murphy à titre de première juge municipale de l’Empire britannique. Défiant son autorité, des avocats contestent sa nomination, qu’ils jugent contraire à la loi : selon eux, les femmes n’étant pas considérées comme des personnes selon l’Acte de l’Amérique du Nord britannique, elles sont inaptes à siéger en tant que magistrates. Mme Murphy demande l’aide de quatre femmes connues pour leur engagement politique et social visant l’égalité des droits pour les femmes : Henrietta Muir Edwards, Nellie Mooney McClung, Louise Crummy McKinney et Irene Marryat Parlby. Le groupe forme ce qu’on appelle aujourd’hui les « Célèbres cinq » (traduction littérale de l’anglais The Famous Five).

Vous voulez en savoir plus sur le droit des femmes dans l’histoire du Canada? Consultez le billet Solidarité féminine : la lutte pour les droits de la femme au Canada.

La numérisation des dossiers du Corps Expédionnaire Canadien est terminée!

Une page du dossier de service de « Scotty » Davidson décrivant sa mort au combat, causée par un obus tombé dans une tranchée, et détaillant son enterrement avec trois autres hommes du 2e Bataillon.

Une page du dossier de service numérisé d’Allan « Scotty » Davidson décrivant sa mort au combat (CEF 280738).

Le dernier billet de la liste est impressionnant! Annonçant la fin du projet de cinq ans de BAC visant à numériser les 622 290 dossiers de soldats enrôlés lors de la Première Guerre mondiale, il a été bien reçu par de nombreux chercheurs.

Vous voulez savoir comment le projet de numérisation des dossiers du Corps expéditionnaire canadien a débuté? Lisez le billet État actuel de la numérisation des dossiers de service du Corps expéditionnaire canadien.

Nous espérons que vous avez aimé ce voyage dans le temps! Vous voudrez peut-être découvrir aussi des billets sur l’armée de zombie du Canada, l’usine Polysar, la collection musicale de BAC, les anciennes mesures françaises ou les affiches emblématiques de l’Empire Marketing Board.

Images de microscopes et de télescopes maintenant sur Flickr

Photographie couleur d’une femme observant au microscope dans une salle de cours d’une université.

Jeune femme observant au microscope pendant un cours de science à l’Université Carleton, Ottawa (Ontario) [e010975918]

Les microscopes servent à observer des objets trop petits pour être perçus à l’œil nu. Un microscope se compose habituellement d’un oculaire, de lentilles de verre et de structures en métal ou en plastique pour loger ses diverses composantes. Les microscopes électroniques permettent d’observer des objets extrêmement petits grâce à des faisceaux et des capteurs électroniques qui créent des images sur un moniteur.

Photographie noir et blanc d’un homme observant à l’aide d’un microscope conçu pour détecter les billets, l’écriture et les coupons contrefaits.

Un homme dans les laboratoires de la GRC utilisant un microscope spécialement conçu pour détecter les billets, l’écriture et les coupons d’essence contrefaits, Rockcliffe (Ontario) [e010962125]

Photographie noir et blanc d’un homme assis à une table à l’extérieur en hiver et observant le ciel à l’aide d’un télescope.

« “Jake” en train d’observer », une des quatre photographies légendées dans une page de l’album du capitaine James Peters, Québec (Québec) [e011156605_s2]

Les télescopes sont utilisés pour observer des objets très éloignés, lesquels sont agrandis au moyen de lentilles et de miroirs. Le radiotélescope est en fait une antenne conçue pour recevoir des ondes radio de sources astronomiques provenant de l’espace.

Photographie noir et blanc d’un homme regardant dans l’oculaire du télescope de l’Observatoire fédéral d’astrophysique à Victoria.

Le télescope de l’Observatoire fédéral d’astrophysique, Victoria (Colombie-Britannique [e011180779]

Visitez l’album Flickr maintenant!

Bibliothèque et Archives Canada célèbre aujourd’hui sa naissance, survenue en 2004!

Il y a 15 ans jour pour jour, le 21 mai 2004, le Conseil privé adoptait le décret mettant en vigueur la Loi constituant Bibliothèque et Archives Canada (BAC). Ce faisant, la volonté des législateurs devenait réalité et ouvrait de nouvelles perspectives à une organisation originale à de multiples égards.

Page noire et blanche de la Partie II de la Gazette du Canada, enregistrement TR/2004-58, 2 juin 2004, Loi sur la Bibliothèque et les Archives du Canada. « Le décret fixant au 21 mai 2004 la date d'entrée en vigueur de certains articles de la Loi » est écrit en caractères gras.

Extrait de la Gazette du Canada (vol. 138, no 11) annonçant l’entrée en vigueur de la Loi constituant Bibliothèque et Archives Canada, 21 mai 2004.

Cette naissance est tout à la fois reflet du passé – fruit d’une gestation d’une dizaine d’années – et porteuse d’avenir, tant par les défis auxquels l’organisation est appelée à répondre que par les traits originaux qui vont la caractériser et soutenir son développement futur.

L’idée fait son chemin

Revenons d’abord quelque peu en arrière. Au cours des années 1990, alors que la société canadienne connaît d’importants changements, la pression s’accentue sur les deux institutions qui précèdent BAC, les Archives nationales du Canada et la Bibliothèque nationale du Canada.

D’une part, elles sont confrontées à une expansion des besoins, associés à l’explosion des ressources documentaires ainsi qu’à l’arrivée des technologies de l’information, ces dernières transformant leurs pratiques et leurs rôles. D’autre part, le gouvernement du Canada, face à un déficit élevé, lance un examen des programmes qui réduit considérablement leurs moyens.

Alors que le numérique émerge comme nouvelle voie de diffusion et d’accès aux archives et aux publications, une question se pose avec acuité : comment mieux répondre aux attentes des Canadiens? Dès 1994, l’idée de fusionner les Archives et la Bibliothèque nationales est dans l’air. Elle sera examinée en 1999 par l’historien John English, mais rejetée au profit d’une concertation plus étroite entre les deux institutions.

Parallèlement, une commission parlementaire se penche sur le rôle du gouvernement du Canada en matière de patrimoine. Son rapport, déposé à l’aube du nouveau millénaire, fait une large place au numérique en favorisant l’accès des Canadiens aux ressources documentaires requises pour créer une société du savoir. En outre, les dirigeants récemment nommés à la tête des deux institutions entendent favoriser davantage les activités communes.

Sous cette double poussée, intégrer les deux institutions dans une seule structure devient une possibilité réelle, qui est annoncée dans le discours du Trône de 2002. Le cheminement législatif ne sera complété qu’en mai 2004, obtenant en cours de route le soutien des principales associations professionnelles et organisations du milieu.

Capture d'écran du site Web de BAC avec « Bibliothèque et Archives Canada » écrit en rouge en haut de l'écran, suivi du titre « Quoi de neuf? Proclamation de la Loi constituant Bibliothèque et Archives Canada ».

Annonce de la proclamation de la Loi constituant Bibliothèque et Archives Canada, publiée sur le site Internet de BAC.

Fruit de ce cheminement, la nouvelle institution se donne comme leitmotiv d’être une « institution du savoir » qui favorise l’accès des Canadiens à leur patrimoine documentaire. Cette approche est soutenue visuellement par un logo associant un inukshuk avec le slogan « Ici le savoir ».

Quatre caractéristiques majeures d’une institution unique : Bibliothèque et Archives Canada

Au cours de ce processus de gestation, quatre caractéristiques de la nouvelle institution vont émerger pour lui permettre d’affronter les futurs défis.

Les deux premières sont de nature politique. Il y a d’abord l’intégration, en vertu de la Loi, des deux institutions en une seule, un phénomène rare dans le domaine du patrimoine documentaire. C’est également le fruit de la volonté affirmée par Ian E. Wilson, l’archiviste national, et par Roch Carrier, administrateur général de la Bibliothèque nationale, de regrouper les fonctions dans une structure interne intégrée, une approche encore inédite.

Deux photographies couleur côte à côte. La photo de gauche montre un homme, Ian Wilson, debout derrière un podium, ainsi qu’une affiche sur laquelle on peut lire « Ici le savoir » derrière lui. La photo de droite montre également un homme, Roch Carrier, au podium.

À gauche, Ian E. Wilson en 2005. L’affiche « Ici le savoir » est bien visible. Crédit : David Knox, Bibliothèque et Archives Canada. À droite, Roch Carrier, administrateur général de la Bibliothèque nationale du Canada. Crédit : David Barbour, Bibliothèque nationale du Canada.

Vient ensuite l’insertion, dans la loi, d’un concept novateur : le patrimoine documentaire. Fruit d’une évolution internationale, ce concept est une clé de voûte faisant le pont entre les archives et les bibliothèques. En permettant l’intégration des pratiques professionnelles, notamment numériques, il constitue un appel à collaborer pour préserver le patrimoine documentaire et y donner accès.

Les deux autres traits sont de nature organisationnelle et visent à consolider l’organisation. À l’interne, d’abord, un programme intitulé Transformation vise l’aménagement des deux univers professionnels pour générer un espace commun et, comme le mentionne Ian Wilson, « rechercher les points communs plutôt que les différences ». Ensuite, à l’externe, tant les Archives que la Bibliothèque nationales s’engagent dès les années 1990 dans la voie de la collaboration avec les autres institutions du pays. Dans la foulée des changements qui s’opèrent, plusieurs consultations sont organisées avec les partenaires, qu’il s’agisse d’associations professionnelles ou de regroupements d’organismes. En somme, le milieu lui-même est convié à cheminer et à soutenir la nouvelle institution tout au long du processus. Ces échanges permettent au projet d’avancer relativement harmonieusement, ce qui contribue certainement à la réussite de la métamorphose.

Bref, en 2004, une voie nouvelle s’ouvrait pour l’institution chargée de préserver la mémoire canadienne. Si les défis étaient nombreux, et le sont toujours, non seulement Bibliothèque et Archives Canada s’est taillé une place unique dans le monde, mais il est mieux outillé pour aller de l’avant.

« En tant qu’institution unique, nous démontrons qu’en réunissant nos collections et notre expertise, et en élaborant des services et des programmes qui répondent aux besoins des Canadiens, nous avons adopté des mesures pour apporter la meilleure contribution possible au progrès et à la qualité de vie des Canadiens. Nous partageons tous une même responsabilité : aider BAC à réaliser son plein potentiel. » [Traduction]

         Ian E. Wilson, premier bibliothécaire et archiviste du Canada, lors de la        rencontre de tout le personnel (quelques jours après la proclamation de la Loi), 8 juin 2004

Pour en savoir plus, consultez l’article intitulé « La naissance d’une institution unique » paru dans le numéro printemps-été 2019 de Signatures.


Alain Roy est conseiller en politique à Bibliothèque et Archives Canada.

Les femmes à la guerre : le Service féminin de la Marine royale du Canada (WRCNS)

Les gens nous envoient souvent des demandes de référence pour des photos de leurs proches qui ont servi dans les Forces canadiennes. Bibliothèque et Archives Canada (BAC) possède une vaste collection de photographies — plus de 30 millions d’images —, dont une part importante se trouve dans le fonds du ministère de la Défense nationale (RG24/R112). Le projet visant à recueillir des données sur l’acquisition 1967-052 (Collection du ministère de la Défense nationale du Canada — 1939-1953) et à indexer toutes les photos de femmes militaires a débuté en avril 2018 et va bon train. J’espère que le travail sera achevé pour les trois branches des Forces (la Marine, l’Armée de terre et la Force aérienne) d’ici 2022. Cette collection, qui représente ces trois branches et comprend plus de 500 000 photos, est l’une de mes préférées, la première que je consulte lorsque des chercheurs demandent des photos de la Deuxième Guerre mondiale ou de la guerre de Corée. Elle comporte des photos prises au Canada et dans les théâtres de guerre, ce qui en fait une collection d’une grande richesse, au descriptif précis.

Le billet publié par ma collègue en 2017, intitulé 75e anniversaire du Service féminin de la Marine royale du Canada, complémente parfaitement ce projet et présente de nombreuses photos, tant en couleur qu’en noir et blanc, de femmes militaires qui travaillent et qui s’amusent. Soulignons, comme l’indique le billet, que « les femmes servant dans le WRCNS étaient communément appelées “Wrens”, surnom qu’utilisaient leurs homologues britanniques du Service féminin de la Marine royale (Women’s Royal Naval Service, WRNS) ». Les termes « Wren » et « WRCNS » sont d’ailleurs employés dans les légendes des photos pour identifier les femmes militaires.

Photographie en noir et blanc de deux membres du Service féminin de la Marine royale du Canada qui lavent l’avant d’un autobus tandis que leur collègue en nettoie le côté avec un tuyau d’arrosage.

Des membres du personnel du Service féminin de la Marine royale du Canada (WRCNS) lavent un autobus au Centre d’instruction élémentaire NCSM Conestoga à Galt, en Ontario (Canada), juillet 1943. (a108171)

Texte de remplacement : Photographie en noir et blanc de deux membres du Service féminin de la Marine royale du Canada qui lavent l’avant d’un autobus tandis que leur collègue en nettoie le côté avec un tuyau d’arrosage.

Les acquisitions sont classées par préfixe, lequel correspond le plus souvent au lieu (comme une base ou une ville) ou au navire. Par exemple, le préfixe MAG regroupe des photos qui documentent le NCSM Magnificent de 1948 à 1957.

Pour chaque préfixe, les instruments de recherche (ou listes de légendes) peuvent être consultés dans la salle de référence du 2e étage, au 395, rue Wellington, à Ottawa. Elles sont également visées par le projet de BAC qui consiste à numériser la majorité des instruments de recherche existants; ce projet se poursuivra jusqu’en 2024.

Un recensement des listes de légendes a été effectué pour chaque préfixe relatif aux photographies navales, et les légendes faisant mention de femmes militaires ont été notées, pour un total de 2 652 photos (1,3%).

Photographie en noir et blanc d’une femme en uniforme militaire qui s’appuie sur un comptoir pour interviewer trois femmes, à côté d’un écriteau qui indique « Canadian Wives’ Bureau ».

La Wren Evelyn Kerr (à droite), une haute gradée du Service féminin de la Marine royale du Canada (WRCNS), interviewe des épouses britanniques de marins canadiens au Canadian Wives’ Bureau, à Londres (Angleterre), 30 novembre 1944. (a128179)

La découverte de l’éventail de métiers et de fonctions qu’exerçaient les Wrens a été l’un des grands plaisirs du projet. Photographes, diététistes, conductrices ou encore bibliothécaires, les femmes militaires accomplissaient un travail précieux, quelle qu’en soit la forme, au pays et à l’étranger pour soutenir l’effort de guerre. Je suis également tombée sur plusieurs photos d’infirmières militaires, que j’ai aussi indexées.

Photographie en noir et blanc d’une membre du Service féminin de la Marine royale du Canada remettant une pile de livres à un homme, à côté d’un navire.

: La Wren Ruth Church, une haute gradée du Service féminin de la Marine royale du Canada (WRCNS), remet des livres de bibliothèque au matelot de 2e classe Bill Swetman du NCSM Petrolia à Londonderry (Irlande du Nord), novembre 1944. (a189717)

Trouver « votre » femme militaire

N’hésitez pas à communiquer avec nous au sujet de « votre » Wren ou infirmière militaire pour vérifier s’il existe des photos l’identifiant personnellement. Il est recommandé de fournir son nom de jeune fille, ainsi que la période et le lieu de son service, puisque ces renseignements nous aident à préciser la recherche. Dans le même ordre d’idées, une fois les archives pertinentes d’une série repérées, il peut être intéressant de prendre connaissance vous-même des photos ou de faire appel à un chercheur indépendant pour ainsi peut-être trouver des photos qui n’identifiaient pas la personne par son nom ou qui n’indiquaient pas que des femmes militaires y figuraient. Par exemple, de nombreuses photos, dont la légende indiquait simplement « Danse de Noël » ou « Célébrations du temps des Fêtes », n’ont pas été indexées.

Pour en savoir plus sur le service de « votre » femme militaire dans les Forces canadiennes, demandez une copie de son dossier de service militaire.

Photographie en noir et blanc d’une membre souriante du Service féminin de la Marine royale du Canada, qui transporte un gros sac sur son épaule.

La Wren June Whiting, une haute gradée du Service féminin de la Marine royale du Canada (WRCNS), débarque d’un navire à Liverpool (Angleterre), avril 1945. (a142415)

N’hésitez pas à venir nous visiter dans l’un de nos points de service au public (Ottawa, Halifax, Winnipeg ou Vancouver) ou à nous écrire pour toute question sur les fonds de BAC, tant archivés que publiés.


Rebecca Murray est archiviste à la Division des services de référence.

Nouveau balado! Écoutez notre plus récente émission, « Les OVNIs à BAC : l’Incident de Falcon Lake – Partie 1 de 2 »

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) présente sa toute dernière émission de baladodiffusion, « Les OVNIs à BAC : l’Incident de Falcon Lake – Partie 1 ».

Dessin en noir et blanc d’un engin qui ressemble à une soucoupe volante. De nombreuses notes, mesures et dimensions sont également indiqués.

Un engin qui ressemble à une soucoupe volante [ufo-sketch]

Falcon Lake, au Manitoba. Petit village du parc provincial Whiteshell, situé à 150 kilomètres à l’est de Winnipeg. Nous sommes le 20 mai 1967, et le mécanicien et géologue amateur Stefan Michalak se lève tôt pour s’adonner à la prospection de quartz et d’argent, un de ses passe-temps favoris. Après une matinée de travail en forêt et un dîner léger, Stefan se remet au travail : réduire en éclats la veine de quartz qu’il vient de trouver. Le cacardement de quelques oies à proximité, manifestement effrayées par quelque chose, prend Stefan par surprise. Il lève alors les yeux vers le ciel et voit deux objets lumineux descendre vers lui.

Dans la première partie de cet épisode en deux volets, nous allons vous dévoiler le cas le plus notoire d’apparition d’ovnis au Canada avec l’aide du fils de Stefan Michalak, Stan, et de l’auteur et expert canadien des ovnis, Chris Rutkowski. En outre, Palmiro Campagna, auteur accompli et « habitué » des salles de recherche de BAC, nous fera connaître quelques-uns des nombreux dossiers entourant ce cas.

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Pour en savoir plus, écrivez-nous à bac.balados-podcasts.lac@canada.ca.