Conservatrice invitée : Tania Passafiume

Bannière pour la série Conservateurs invités. À gauche, on lit CANADA 150 en rouge et le texte « Canada: Qui sommes-nous? » et en dessous de ce texte « Série Conservateurs invités ».

Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

Joignez-vous à nous chaque mois de 2017! Des experts de BAC, de tout le Canada et d’ailleurs donnent des renseignements additionnels sur l’exposition. Chaque « conservateur invité » traite d’un article particulier et en ajoute un nouveau — virtuellement.

Ne manquez pas l’exposition Canada : Qui sommes-nous? présentée au 395, rue Wellington à Ottawa, du 5 juin 2017 au 1er mars 2018. L’entrée est gratuite.


Temples of Today, John Vanderpant, 1934

 Photographie noir et blanc d’un silo à grains; de hautes tours circulaires se dressent devant un immeuble rectangulaire encore plus haut.

Temples of Today, John Vanderpant, 1934. (MIKAN 3784205)

Le photographe John Vanderpant voyait les silos à grains du Canada comme de véritables temples. Ceux-ci reflétaient sa vision utopique du pays, fondée sur sa confiance envers le commerce et l’industrie. À ses yeux, l’industrie était l’avenir de la nation.


Parlez-nous de vous.

Dès l’âge de 13 ans, j’ai su que je voulais devenir restauratrice. Mon oncle avait épousé une femme formidable du nom de Janice, qui était restauratrice en beaux-arts; elle restaurait des peintures, des œuvres d’art sur papier et des photographies. Elle m’a beaucoup influencée. J’ai travaillé dans son laboratoire privé pendant mes études à l’université. J’ai ainsi pu acquérir de l’expérience avant même de commencer mes études supérieures en conservation. Quand j’ai obtenu mon diplôme, les emplois se faisaient rares au Canada; cette année-là, ma tante avait fermé son laboratoire pour voyager. Sur un coup de tête, je me suis retrouvée à la George Eastman House. Je devais y rester seulement trois mois, mais finalement, ça s’est transformé en trois ans et trois mois! C’est là que j’ai développé ma passion pour la photographie, et en particulier pour les procédés historiques. J’avais souvent les mains noircies à cause de tout le nitrate d’argent que je manipulais. Et maintenant que je suis à Bibliothèque et Archives Canada, je vois parfois le nom de ma tante sur quelques rapports, puisqu’elle a déjà été stagiaire ici, bien avant mon arrivée.

Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

La collection de photographies de BAC est très diversifiée : on y trouve tout un éventail de procédés et d’images. Dans cette exposition, mon œuvre préférée s’intitule Temples of Today, de John Vanderpant. Comme je suis restauratrice de photographies, je regarde souvent au-delà de l’image pour examiner de près les matériaux, voir comment la photo a été prise, tenter de déterminer si elle a été altérée… Alors souvent, pour ne pas me laisser distraire par l’image, je place la photo tête en bas; elle devient moins distrayante, et je peux mieux me concentrer sur les matériaux.

Pour cette photo, je n’ai eu qu’à me pencher et à examiner la surface avec un éclairage de côté, presque à hauteur des yeux. Comme ça, on peut vraiment « voir » un objet; ça fait ressortir toutes les marques et les déformations qui découlent de sa manipulation.

Si vous observez la photo de Vanderpant de cette façon, vous verrez les empreintes d’un chat! Nous croyons qu’un chat a marché dans les deux sens sur la photo, alors qu’elle était déjà montée sur le support papier. Ses empreintes se retrouvent à la fois sur la photo et le support. Vanderpant avait peut-être un chat qui lui rendait visite dans le studio? J’aime bien trouver ce genre de secret bien caché sur une œuvre! J’ai essayé d’enlever ou d’atténuer les empreintes, mais elles sont bien incrustées dans l’émulsion. Je n’ai donc pas pu faire grand-chose comme traitement, et on les voit encore.

Une photographie placée sur une table, sous un puissant éclairage de côté, révèle la présence d’empreintes de chat.

Vue de la photographie Temples of Today sous un éclairage de côté, révélant la présence d’empreintes de chat. Photo prise par Tom Thompson.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition

J’aime beaucoup montrer aux gens un daguerréotype datant de juillet 1858 qui montre la Brasserie Molson, à Montréal, après un incendie. C’est une demi-plaque encore en bon état. L’image est sombre, car l’incendie n’a rien épargné. On voit un homme debout au milieu des ruines; une femme est assise à sa gauche, avec un jeune enfant qui a bougé quand la photo a été prise, parce que l’image est floue. C’est émouvant quand on pense que le daguerréotypiste était sur les lieux à ce moment.

Il y a quelques années, ce daguerréotype a été choisi pour faire partie d’une exposition. J’ai donc eu la chance de pouvoir ouvrir son étui pour l’examiner. Le ruban d’étanchéité d’origine avait déjà été enlevé. Quand j’ai retiré le passe-partout de cuivre, j’ai tout de suite vu la marque d’un doigt dans le coin supérieur gauche. C’est peut-être l’empreinte du daguerréotypiste, dont on ne connaît pas l’identité. Il l’a sans doute laissée involontairement quand il a développé la plaque ou qu’il l’a placée dans son étui. Ce mystère du passé crée un pont, un lien entre nous, ces gens sur la photo et la personne invisible derrière l’appareil photo.

Coin d’un daguerréotype montrant une empreinte digitale sur le bord de la plaque. La photo montre un gros plan de la Brasserie Molson après un incendie. Une femme avec un bébé est assise au bas de l’image.

Détail d’un daguerréotype montrant une empreinte digitale sur le bord de la plaque. Photo prise par Jennie Woodley. (MIKAN 3623957)

Image noir et blanc des décombres de la brasserie à l’avant-plan, avec un immeuble endommagé en en arrière-plan. Une femme et un bébé sont assis au centre, à la gauche d’un homme debout.

Image pleine grandeur de la Brasserie Molson après l’incendie de 1858. (MIKAN 3623957)

Pour rester dans le thème des animaux et des photos, j’aimerais vous parler d’un chien bien spécial que nous appelons, au Centre de préservation, le « Décadog ». C’est l’exemple parfait d’un animal qui agit comme tel, peu importent les circonstances!

On peut voir ce chien sur une photo panoramique (un négatif en nitrate) du 7e détachement de la Batterie C de la Royal Canadian Horse Artillery. Ces militaires faisaient partie d’unités du Corps expéditionnaire canadien et de la Royal Air Force qui s’entraînaient dans divers camps, en Ontario. La photo qui nous intéresse a été prise à Kingston entre 1914 et 1918. Le négatif a été découvert en 2011, quand mes collègues Carla Klück et Louise Perrault ont passé en revue notre collection de clichés panoramiques au nitrate.

C’est un négatif de grandes dimensions : il fait 200 mm de hauteur sur 1060 mm de largeur! À première vue, c’est une simple photo de troupes militaires au tournant du siècle. Mais en la regardant de plus près, on aperçoit un chien à l’avant-plan. Et pas n’importe quel chien : un chien à onze pattes! Les observateurs sont toujours confus quand ils remarquent ce détail inhabituel. Quelqu’un avait déjà tracé dix des pattes à l’encre noire sur le négatif, d’où le surnom « Décadog ». (Sur l’épreuve positive, l’encre noire apparaît en blanc.) L’avant-dernière patte à gauche a été omise.

Maintenant, vous vous demandez sans doute comment un tel chien pouvait exister! La réponse est simple : la photo a été prise par une caméra panoramique appelée Cirkut. Cette caméra pouvait prendre des clichés panoramiques en pivotant horizontalement pendant qu’un rouleau de pellicule se déplaçait sur le plan du film. Le chien sur la photo a dû marcher pendant que la caméra tournait de gauche à droite, et la lente prise de vue a capté ses mouvements.

Pour prouver que ce chien était un ami à quatre pattes « normal », j’ai trouvé une autre photographie au nitrate où il apparaît. Cette fois, il s’agit du 8e détachement de la Batterie C de la Royal Canadian Horse Artillery. La photo a été prise au camp de Petawawa en juin 1916. Les signes distinctifs sur la tête du chien nous font croire qu’il s’agit du même animal sur les deux photos.

Prise de vue panoramique noir et blanc de deux rangées de soldats en uniforme, entre deux canons sur roues. Le « Décadog » se tient à l’avant. On aperçoit les casernes en arrière-plan.

Photo du 7e détachement de la Batterie C de la Royal Canadian Horse Artillery (Corps expéditionnaire canadien) avec le « Décadog », par Andrew Merrilees. (MIKAN 4474227)

Photo du 8e détachement de la Batterie C de la Royal Canadian Horse Artillery (Corps expéditionnaire canadien) au camp de Petawawa, avec un chien au centre, par Andrew Merrilees. (MIKAN 4473482)

Biographie

Photo en couleur d'une femme regardant le photographe.

Crédit Tom Thompson

Tania Passafiume est restauratrice en chef des documents photographiques à Bibliothèque et Archives Canada depuis 2005. Après avoir terminé sa maîtrise en restauration d’œuvres d’art à l’Université Queen’s avec une spécialisation en restauration de photographie, d’œuvres sur papier et de livres, elle a déménagé à Rochester, dans l’État de New York, où elle a passé plus de trois ans à la George Eastman House, d’abord pour suivre un programme de certificat sur la restauration photographique et la pratique de l’archivage, puis à titre de boursière du premier cycle du Programme de résidence avancé Andrew W. Mellon en restauration photographique. Pendant les trois années qui ont suivi, Tania a été boursière de la Fondation Andrew W. Mellon en restauration photographique à l’Art Institute of Chicago. Elle a aussi travaillé dans les établissements et laboratoires privés suivants : Jana Conservation, McMichael Canadian Art Collection, les Archives nationales du Canada, les Archives de la Ville de Vancouver et le Centre canadien d’architecture.

En collaboration avec l’Institut canadien de conservation, Tania a publié Silver Gelatin Paper Sample Sets, fondé sur sa thèse de la George Eastman House. Cet ouvrage a donné lieu à des travaux de recherches sur Hippolyte Bayard, un projet sur lequel elle travaille en ce moment avec le Centre de recherche sur la conservation des collections, à Paris. Plus récemment, elle a piloté un projet réunissant Bibliothèque et Archives Canada et la Direction des affaires culturelles de la Ville de Paris/Atelier de restauration et de conservation des photographies de la Ville de Paris. Cette collaboration a débouché sur le premier glossaire visuel français-anglais portant sur conservation photographique, intitulé Lingua Franca : Un langage commun pour les restaurateurs de documents photographiques. Publié sous forme de livre numérique enrichi, il est offert gratuitement sur iTunes.

 

Trouver des accidents ferroviaires dans la collection de Bibliothèque et Archives Canada

Par Rebecca Murray

Ces dernières années, des déraillements et des collisions de trains de grande envergure ont retenu notre attention et sont devenus des enjeux pour la sécurité publique, mais ce fait n’a rien de nouveau si l’on se reporte à l’histoire du transport au cheminCanada. L’histoire du chemin de fer au Canada est parsemée d’accidents ferroviaires et elle a façonné la vie de nombreux Canadiens.

Une photo en noir et blanc montrant un déraillement dans la gare de triage.

Déraillement de wagons sur l’avenue Strachan à Toronto, 19 décembre, 1916. Photographie prise par John Boyd (MIKAN 3364261)

Avez-vous déjà été témoin d’un accident ferroviaire? Peut-être qu’un membre de votre famille ou un ami a subi les affres d’un tel accident? Avez-vous de l’intérêt pour l’histoire du chemin de fer dans une région donnée ou en ce qui a trait à une compagnie en particulier? Ce ne sont là que quelques-unes des innombrables raisons qui incitent les chercheurs à consulter les Services de référence de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) au sujet d’accidents ferroviaires.

Amorcer une recherche sur les accidents ferroviaires

D’abord, il faut recueillir autant d’information que possible sur l’accident ferroviaire avant de communiquer avec les services de BAC ou de se présenter à l’un des bureaux de l’organisation. La date et le lieu exacts sont extrêmement importants, tout comme certains détails, tels que le nom des personnes concernées et, si l’information est connue, le type d’accident (p. ex., à un passage à niveau public, un déraillement, une collision). Si certains de ces détails sont manquants, on peut consulter des journaux sur microfilm ou en ligne avant d’entreprendre des recherches au moyen des outils en direct de BAC. Les documents relatant les accidents sont généralement classés par ordre chronologique, la date est donc l’élément clé pour amorcer les recherches auprès de l’institution appropriée.

BAC garde les dossiers des accidents ferroviaires dont les enquêtes ont débuté en 1990 ou avant, tandis que le Bureau de la sécurité des transports du Canada tient à jour une base de données en ligne sur les enquêtes menées de 1991 jusqu’à maintenant.

Documents en possession de BAC

Les documents d’accidents ferroviaires sont répartis dans diverses séries du fonds de la Commission canadienne des transports (RG46) en fonction de la plage de dates et du type d’accident.

Au moment d’entreprendre des recherches, il est préférable de procéder comme suit au moyen des instruments de recherche.

No d’instrument de recherche Format Période de temps Marche à suivre
46-21 Recherche de fonds d’archives De 1838 à 1987 Dans le premier encadré, cliquer sur la flèche vers le bas et sélectionner No d’instr. de recherche. Dans l’encadré à droite, inscrire 46-21. Dans la seconde rangée d’encadrés, la sélection par défaut est réglée à Tout mot-clé. Inscrire le mot accident dans la boîte à droite. Appuyer sur Retour. À droite de la liste des résultats, on peut utiliser les fonctions afin de trier tous les résultats par date, ou encore pour restreindre les réponses à une décennie précise.
46-10 Instrument de recherche en ligne 46-10

(en anglais seulement)

De 1904 à 1949, de 1964 à 1972 L’instrument de recherche présente des documents classés par ordre alphabétique, puis chronologique, selon les compagnies de chemin de fer. Le contenu de chaque rapport varie, mais on fait souvent mention d’accidents.
46-55 Instrument de recherche en ligne 46-55

(en anglais seulement)

De 1900 à 1992 Des accidents survenus à des traverses de chemin de fer, classés par ordre alphabétique selon les subdivisions géographiques
46-58 Instrument de recherche en ligne 46-58 (en anglais seulement) 1982 et 1983 Par ordre chronologique
46-59 Instrument de recherche en ligne 46-59 (en anglais seulement) 1984 Par ordre chronologique

De plus, il existe d’autres ressources sur Internet et sur place, à Bibliothèque et Archives Canada, au 395, rue Wellington, à Ottawa. On peut avoir recours à la Recherche de fonds d’archives pour effectuer des recherches générales à partir de mots-clés comme « chemin de fer » ET « accident » (ou « déraillement », « collision ») et utiliser le menu de droite pour trier tous les résultats en fonction d’une date ou encore pour restreindre les réponses à une décennie précise.

Si, en suivant les étapes précédemment décrites, vos recherches sont infructueuses, il ne faut pas vous décourager! Il suffit d’un appel ou d’un clic pour joindre le personnel des services de référence. Nous serons aussi heureux de vous accueillir en personne. Peu importe la méthode que vous choisirez pour nous contacter, nous sommes heureux d’aider les chercheurs en répondant à leurs questions.


Rebecca Murray est archiviste de référence au sein de la Division des services de référence à Bibliothèque et Archives Canada.

Des images de clowns maintenant sur Flickr

Une carte postale en couleur montrant un clown chez le barbier avec deux autres clowns qui lui coupent les cheveux et lui rasent la barbe.

Puissiez-vous garder bon moral pendant cette période des fêtes, malgré les épreuves de la vie (MIKAN 4428002)

Que vous les aimiez ou non, les clowns existent depuis des siècles sous différentes formes et tailles. Déjà présents dans le burlesque grec antique, les spectacles romains et les cours impériales chinoises, ils ont continué d’évoluer au fil des ans. Au Moyen Âge, en Europe, le clown prit la forme du bouffon ou fou du roi. Engagé pour distraire la cour et les nobles, on lui pardonnait ses impertinences, pourvu que le maître les trouvât amusantes. Affublés de pompons, de glands, de cloches, de chapeaux pointus, de vêtements colorés et brandissant un faux sceptre, les bouffons et les fous du roi commentaient la société et faisaient rire.

Plus tard, le clown revint aux spectacles sur scène en Occident. En Angleterre, en France, en Italie et en Allemagne, le clown ajoutait une dimension supplémentaire à tout spectacle. Se tenant en marge de l’intrigue principale, il y allait de ses commentaires et provoquait les spectateurs. De petites différences culturelles apparurent : en Angleterre, le clown servait de faire-valoir et d’exutoire par le rire; en France, c’était un personnage romantique, plutôt triste; en Italie, le clown était une figure tragique au cœur brisé, mais qui semait la joie; enfin, en Allemagne, le clown portait des vêtements aux couleurs vives avec d’énormes chaussures et arborait un visage blanc, impassible. Ça vous dit quelque chose?

À la renaissance des spectacles et des cirques itinérants aux 18e et 19e siècles, on retrouva le vénérable clown bien intégré à la troupe, provoquant les rires et distrayant les spectateurs entre les numéros. Lorsque le cirque arriva en Amérique du Nord, le clown en faisait toujours partie; il affirma rapidement sa présence dans la société canadienne et dans le monde du divertissement. Au début du 20e siècle, de nombreux cirques ambulants sillonnaient le Canada de ville en village pour divertir le public avec leurs artistes, leurs acrobates et leurs spectacles d’animaux, les clowns intervenant entre les numéros avec leurs pitreries pour amuser les foules et susciter les rires.

Visitez l’album Flickr

25 millions de pages pour les examens en bloc!

25 millions de pages : voilà le cap que vient d’atteindre le projet d’examen en bloc de Bibliothèque et Archives Canada. Lancé en 2010, ce dernier permet au public d’accéder à des archives du gouvernement canadien dont l’accès était restreint. Pour ce faire, on sélectionne d’abord un échantillon au sein d’un groupe de documents, puis on évalue les risques associés à leur divulgation.

Depuis le début du projet, on a donné accès à plusieurs documents historiques, notamment sur les célébrations du centenaire de la Confédération, en 1967, et sur les débuts du commerce et des affaires étrangères.

Plus récemment, on vient d’ouvrir l’accès au premier groupe de documents provenant du ministère de l’Environnement. Datant de 1969 à 1972, ceux-ci proviennent des dossiers des services de gestion environnementale et de la direction des terres, ainsi que des registres de la planification stratégique et des services de recherche. Plus de 300 000 pages sont dorénavant accessibles; elles portent principalement sur la pollution dans les Grands Lacs à la fin des années 1960, les enjeux liés aux déchets solides pour les administrations municipales et la relation entre le Canada et l’OTAN en ce qui a trait à l’environnement. Voilà de quoi intéresser les chercheurs qui étudient l’émergence des connaissances environnementales et des mouvements en faveur de l’environnement au Canada!

Le fonds de la Cour de l’Échiquier

Par Johanne Noël

En 1875 naissait la Cour de l’Échiquier du Canada

La Cour de l’Échiquier et la Cour suprême du Canada ont été créées par la même loi : la Supreme and Exchequer Courts Act. La Cour de l’Échiquier a été active de 1875 à 1971, année de création de la Cour fédérale.

Les causes à la Cour de l’Échiquier étant moins fréquentes, elles étaient entendues par les juges de la Cour suprême. De 1875 à 1887, ceux-ci ont parcouru le Canada en rotation à cette fin. En 1887, la Cour de l’Échiquier est devenue une cour à part entière; c’est son premier juge, l’honorable George Wheelock Burbidge, qui en a écrit les règles de procédure.

Photo noir et blanc montrant un homme moustachu portant un complet et une chemise blanche.

George Wheelock Burbidge, septembre 1891. Photo : William James Topley (MIKAN 3213416)

Les documents du fonds de la Cour de l’Échiquier

La très grande majorité des documents qui se trouvent dans le fonds de la Cour de l’Échiquier à Bibliothèque et Archives Canada sont des dossiers relatifs à des causes. S’y ajoutent les travaux spéciaux de la Cour, la correspondance, les procès-verbaux d’audience, les registres divers et les plumitifs.

Le plumitif

Le registraire de la cour tient un gros registre, appelé plumitif, où il enregistre les causes de façon chronologique. Pour chacune, il inscrit un numéro, les noms du plaignant et du défendeur, ainsi que le nom de leur avocat respectif. Tout au long du processus, il liste les documents déposés à la Cour, avec la date du dépôt et le coût de l’enregistrement. Un plumitif peut renfermer de nombreuses causes et avoir jusqu’à 10 centimètres d’épaisseur.

Page couverture d’un album en cuir et en velours cordé usés, sur laquelle est écrit : « Docket Record. Exchequer Court of Canada. 8435-12544. August 27, 1927 – August 5, 1930 ».

Page couverture d’un plumitif (MIKAN 4628412)

Lire la suite

Numérisation des dossiers du Corps expéditionnaire canadien – Mise à jour de mars 2017

À ce jour, 416 749 des 640 000 dossiers sont accessibles à partir de notre base de données Dossiers du Personnel de la Première Guerre mondiale. S’il vous plaît visitez la page sur la numérisation des dossiers de service du Corps expéditionnaire canadien pour plus d’information sur ce projet de numérisation.

Bibliothèque et Archives Canada numérise les dossiers de service systématiquement, à partir de la première boîte à la boîte no 10 686, ce qui correspond à peu près à l’ordre alphabétique. Veuillez noter qu’au fil des années, le contenu de certaines boîtes a dû être déplacé. Ainsi, un nom censé avoir été numérisé se trouve peut-être maintenant dans une autre boîte qui n’a pas encore été numérisée. À ce jour, nous avons numérisé :

  • Dernière boîte numérisée : Boîte no 7059. Dernier nom : McLelland.

Veuillez s’il vous plaît vérifier la base de données régulièrement pour voir les nouveaux ajouts. Si vous avez encore des questions après avoir regardé dans la base de données, vous pouvez nous contacter directement au 1-866-578-7777 pour obtenir plus d’aide.

Images de l’Alberta maintenant sur Flickr 

L’Alberta est la province des Prairies canadiennes située le plus à l’ouest. Elle partage une frontière avec la Colombie-Britannique à l’ouest et avec la Saskatchewan à l’est. Les Paléoaméricains se sont tout d’abord établis dans cette région il y a au moins 10 000 ans. Ils se sont différenciés au fil du temps pour devenir des groupes des Premières Nations. La Compagnie de la Baie d’Hudson a contrôlé la région de 1670 à 1870, année où le territoire a été acquis par le gouvernement canadien nouvellement créé. En 1905, l’Alberta est la neuvième province à se joindre à la Confédération canadienne.

Photographie noir et blanc montrant une femme et une petite fille marchant sur le long d'un quai en bois.

Gens marchant le long du quai à la gare de Ponoka (Alberta) (MIKAN 3303597)

L’Ouest canadien a connu une croissance importante pendant le 20e siècle. Les colons venaient d’autres provinces et d’Europe pour cultiver les terres des Prairies et peupler ses villes. L’Alberta accueillait des colons ayant beaucoup d’antécédents différents et elle est devenue la troisième province la plus diversifiée. L’explosion démographique a contribué à stimuler l’économie, mais la Crise de 1929 et la grande sécheresse ont ralenti sa progression… au moins jusqu’à la découverte du pétrole, en 1947.

Le saviez-vous?

  • Il y a environ 100 millions d’années, l’Alberta faisait non seulement partie de la mer intérieure occidentale, mais des dinosaures y vivaient! Des spécimens d’au moins 38 types de dinosaures ont été découverts dans la province.
  • La rivalité existe depuis longtemps entre les deux villes importantes de l’Alberta, Edmonton (la capitale) et Calgary (la plus grande des deux). Il y a de nombreux points de désaccord, mais vous le devinez, les sports sont de loin le plus important de nos jours!

Visitez l’album Flickr!

Publications du gouvernement du Canada : à vos MARC… Prêts… Partez!

Un nouveau service de notices bibliographiques en format MARC 21 de Bibliothèque et Archives Canada pour les bibliothèques canadiennes

Chaque année, le gouvernement du Canada produit de nombreuses publications – notamment des rapports de recherche, des comptes rendus de conférences et plus encore. Beaucoup de ces publications sont disponibles au moyen du Programme des services de dépôt (PSD) du gouvernement du Canada, géré par Services publics et Approvisionnement Canada. Le PSD rassemble les publications du gouvernement fédéral et les distribue chaque année aux bibliothèques canadiennes depuis 1927. En raison de la transition des documents imprimés aux publications numériques, le PSD est maintenant un service en ligne centralisé de distribution hebdomadaire qui permet d’accéder aux publications électroniques du gouvernement.

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) a le mandat législatif « d’être le dépositaire permanent des publications des institutions fédérales » (Loi sur la Bibliothèque et les Archives du Canada, L.C. 2004, chapitre 11). Nous acquérons des milliers de publications du gouvernement fédéral en différents formats par divers moyens, tels que le PSD, les dons et les cadeaux.

De plus en plus, les publications du gouvernement du Canada sont disponibles en format électronique. Par conséquent, leur catalogage efficace, précis et opportun est encore plus nécessaire qu’avant pour y avoir accès et les découvrir. Cela est vrai non seulement pour BAC et ses visiteurs, mais aussi pour les bibliothèques canadiennes et leurs usagers.

Photo en noir et blanc d’une jeune femme en uniforme donnant une grande pile de livres à un marin. Ils sont debout sur le pont d’un bateau et le havre figure en arrière-plan.

La membre principale du Service féminin de la Marine royale du Canada, Ruth Church, apportant des livres au matelot qualifié Bill Swetman du NCSM PETROLIA, à Londonderry, en Irlande du Nord, en novembre 1944 (MIKAN 3519918)

L’équipe de catalogage des Publications gouvernementales de BAC produit des notices bibliographiques de grande qualité pour des publications provenant des listes d’acquisitions hebdomadaires du PSD. Visitez la page Web sur les notices bibliographiques de BAC pour les publications du gouvernement du Canada en format MARC 21 afin d’avoir accès à ces notices.

Téléchargez les notices bibliographiques en format MARC 21 de BAC en trois étapes simples :

Une capture d'écran de la page Web sur les notices bibliographiques de BAC pour les publications du gouvernement du Canada en format MARC 21.

Capture d’écran de la page Web sur les notices bibliographiques de BAC pour les publications du gouvernement du Canada en format MARC 21.

À vos MARC…

Cliquez simplement sur l’année de votre choix et vous serez dirigé vers des liens hebdomadaires.

Capture d'écran d'une page Web intitulée « Notices bibliographiques de BAC en format MARC 21 ». En dessous, il y a des liens hebdomadaires : Semaine 1 (Le 6 janvier 2017), Semaine 2 (Le 13 janvier 2017), etc.

Capture d’écran d’une page présentant des liens aux lots de notices bibliographiques pour les listes de publications PSD de 2017.

Prêts…

Cliquez sur un lien pour ouvrir un document texte (.txt) comprenant des notices de lot aux publications gouvernementales choisies pour la semaine sélectionnée.

Partez!

Téléchargez et sauvegardez le document texte (.txt) dans votre éditeur MARC préféré!

Vous avez des questions concernant les notices bibliographiques de BAC en format MARC 21 pour les publications du gouvernement du Canada? N’hésitez pas à communiquer avec nous.

Conservatrice invitée : Isabelle Charron

Bannière pour la série Conservateurs invités. À gauche, on lit CANADA 150 en rouge et le texte « Canada: Qui sommes-nous? » et en dessous de ce texte « Série Conservateurs invités ».

Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

Joignez-vous à nous chaque mois de 2017! Des experts de BAC, de tout le Canada et d’ailleurs donnent des renseignements additionnels sur l’exposition. Chaque « conservateur invité » traite d’un article particulier et en ajoute un nouveau — virtuellement.

Ne manquez pas l’exposition Canada : Qui sommes-nous? présentée au 395, rue Wellington à Ottawa, du 5 juin 2017 au 1er mars 2018. L’entrée est gratuite.

Carte géographique de la Nouvelle Franse faictte par le sieur de Champlain, 1612

Carte de la Nouvelle-France, qui décrit ce que Champlain connaissait du continent nord-américain en 1612, de la côte atlantique jusqu’à un grand lac à l’ouest. Plusieurs lacs, rivières, montagnes et forêts sont représentés. Des maisons longues, des personnages en canots, ainsi que les portraits de deux femmes et de deux hommes évoquent le mode de vie des Amérindiens. Un grand nombre de dessins tels des légumes, fruits et autres végétaux, des animaux, des poissons, des voiliers, une rose des vents et les armoiries royales de France ornent la carte. Une légende apparaît au bas de la carte.

Carte geographique de la Nouvelle Franse faictte par le sieur de Champlain, provenant de l’ouvrage intitulé Les voyages du sieur de Champlain […], 1613, gravée par David Pelletier en 1612. (MIKAN 3919638) (AMICUS 4700723)

Samuel de Champlain croyait à l’énorme potentiel du Canada. Il publia cette magnifique carte dans son livre pour en faire la promotion auprès des investisseurs. Les splendides dessins de plantes sont probablement son œuvre.


Parlez-nous de vous.

Je vais vous parler de moi en évoquant les documents dont je suis responsable et ce qu’ils m’inspirent. Les cartes anciennes constituent une mine de renseignements historiques. Elles sont également à mi-chemin entre la science et l’art. Il m’est impossible de les regarder « froidement », car elles révèlent tant de choses de leurs créateurs : leur perception du monde, leurs ambitions, leurs trajectoires de vie, leurs liens avec les autorités qui ont commandé leurs cartes ou commandité leurs voyages – s’ils étaient aussi explorateurs –, leur façon d’obtenir des informations inédites sur différents territoires… Il est en effet difficile de concevoir, aujourd’hui, à quel point l’obtention d’une nouvelle information géographique exigeait d’efforts humains et financiers. Des vies étaient perdues pour faire avancer la connaissance. Et les mains entre lesquelles ces documents exceptionnels sont passés constituent également un sujet passionnant… Il m’arrive d’ailleurs fréquemment de penser au film Violon rouge de François Girard, qui raconte le destin des individus, à travers trois siècles, qui ont possédé un violon exceptionnel. Un scénario semblable pourrait très bien mettre en scène le travail d’un cartographe du 16e siècle, de l’école dite de Dieppe par exemple, comme Pierre Desceliers, à l’affût des récentes découvertes sur le Nouveau Monde. Il existe une littérature assez abondante en histoire de la cartographie du Canada et de l’Amérique du Nord, mais il reste encore tant de choses à découvrir et d’autres qui, malheureusement, demeureront à jamais dans l’oubli. Et c’est là que l’imagination prend le relais… À ce chapitre, j’ai beaucoup apprécié la lecture du roman Du bon usage des étoiles, de Dominique Fortier, qui a créé tout un univers en s’inspirant de la dernière et malheureuse expédition de John Franklin. Avec les récentes découvertes des épaves du Terror et de l’Erebus, la réalité rejoint la fiction…

Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

On peut dire tellement de choses de cette carte.

Elle est très rare. C’est l’unique exemplaire que possède BAC, toujours rattaché à la toute fin du livre Les voyages, publié par Champlain à Paris en 1613, dont la reliure est d’origine. Il se peut aussi qu’elle ait été diffusée séparément. Elle a été gravée par le graveur David Pelletier sur une plaque de cuivre, vraisemblablement en 1612, puis imprimée sur deux feuilles qui ont été jointes. Le papier a aussi son histoire : les filigranes, des dessins que l’on peut voir en transparence sur une table lumineuse, sont la marque du fabricant de papier. Ils peuvent contribuer à authentifier un document et, comme leur emplacement diffère d’un document à l’autre, ils ajoutent un côté unique à chacun d’entre eux. Dans le cas de cette carte, il y a des grappes de raisins et le monogramme du fabricant – « A.I.R. » -, que l’on ne peut identifier avec précision, dans un cartouche.

Il s’agit de la première grande carte de l’Amérique du Nord de Champlain. Destinée aux navigateurs, elle illustre ses explorations de 1603 à 1611. Elle porte aussi les armoiries royales de France. Champlain entretenait d’ailleurs une relation particulière avec le roi Henri IV, assassiné en 1610.

Champlain fait figure d’exception dans le monde des explorations et de la cartographie de son époque : il est l’un des rares cartographes à avoir lui-même sillonné une grande partie du territoire qu’il représente sur ses cartes. En effet, la majorité des cartographes de l’époque n’étaient pas explorateurs et travaillaient à partir de cartes ou de récits transmis par d’autres. Champlain a voyagé avec des Autochtones, qui ont été ses guides. Il reconnaissait leur compétence sur leur territoire, les questionnait sur la géographie, leur demandait de dessiner des cartes et intégrait ces informations à ses propres cartes. Il semble avoir été le premier Européen à avoir eu cette approche. Sur cette carte, par exemple, les représentations du lac Ontario et des chutes Niagara s’inspirent de renseignements obtenus d’Autochtones. Champlain ne verra d’ailleurs le lac Ontario qu’en 1615. Il a aussi inclus des informations provenant d’autres cartographes européens, notamment pour la représentation de Terre-Neuve. Champlain sera lui-même abondamment copié par la suite.

Détail de la carte représentant le lac Ontario et les chutes Niagara. Trois Amérindiens naviguent en canot sur le lac, qui est entouré de groupes de maisons longues.

Le lac Ontario et les chutes Niagara (« sault de eau ») (MIKAN 3919638)

Champlain est considéré comme le premier cartographe scientifique de l’Amérique du Nord. Ses cartes demeureront inégalées avant la seconde moitié du 17e siècle. D’ailleurs, de son vivant, il était conscient de l’importance de son œuvre : suite à la prise de Québec par les frères Kirke en 1629, par exemple, il invoque ses écrits et ses cartes comme preuves de la présence française sur le territoire et indique que celles-ci sont connues et ont été utilisées pour mettre à jour des cartes et des globes. On sait par ailleurs qu’il a entretenu une correspondance avec le mathématicien Guillaume de Nautonier. Hormis la représentation un peu maladroite, teintée par son époque, des deux couples d’Amérindiens, il n’y a rien de « fantaisiste » sur la carte de 1612 présentée ici : pas de « monstres » marins, comme sur les cartes de plusieurs de ses prédécesseurs, mais des poissons connus et prisés, comme la morue et l’esturgeon. Le poisson aux airs de crocodile dans le grand lac à l’ouest, que Champlain nomme un « chaousarou » est un lépisosté osseux, qui n’est présent qu’en Amérique du Nord.

Détail d’un grand poisson au bec allongé qui, avec ses nombreuses dents, ressemble à un crocodile.

« Chaousarou » (lépisosté osseux) (MIKAN 3919638)

On perçoit donc le côté observateur de Champlain, qui avait aussi pour mission de rendre compte des ressources de la Nouvelle-France. Ainsi, ce n’est pas par hasard qu’il représente une Amérindienne tenant un épi de maïs, une courge et, à côté, un plant de topinambours, trois plantes d’Amérique cultivées par les peuples sédentaires. Champlain aurait lui-même rapporté des racines de topinambours en France, où cette plante a proliféré par la suite.

Dessin d’une Amérindienne vêtue d’un pagne, qui porte dans ses mains une courge et un épi de maïs et se tient debout à côté d’un plant de topinambours.

Amérindienne tenant un épi de maïs, une courge et, à côté, un plant de topinambours (MIKAN 3919638)

On ne sait pas exactement combien de cartes Champlain a dressées. Certaines ont été perdues et vingt-deux sont parvenues jusqu’à nous. Une seule carte manuscrite de sa main subsiste : dessinée en 1607, elle représente la côte atlantique, de LaHave, aujourd’hui en Nouvelle-Écosse, à Nantucket Sound (elle est préservée à la Library of Congress, à Washington). La majorité des cartes de Champlain sont de petites cartes régionales, gravées et publiées dans Les voyages de 1613, qui présente aussi deux cartes générales de la Nouvelle-France : celle qui est exposée ici (1612) et une autre, plus petite, dont il existe deux versions (1612 et 1613).

Petite carte représentant les rapides de Lachine, le fleuve Saint-Laurent et plusieurs îles, bordés de terres boisées et de rivières. Des chasseurs apparaissent à plusieurs endroits. Il y a une scène représentant la noyade d’un Amérindien et d’un Français dans les rapides. Une légende apparaît au bas de la carte.

Un exemple de carte régionale de Champlain qui représente les rapides de Lachine (MIKAN 3919889)

Il avait commencé à travailler sur une autre carte générale en 1616, mais il ne l’a jamais terminée (un seul exemplaire de cette carte existe). Le cartographe Pierre Duval, qui avait acquis la plaque de cuivre originale de cette carte de 1616, en a refait graver une autre version en 1653 qu’il attribue à Champlain. Enfin, Champlain a publié sa dernière carte – une « carte-bilan » – en 1632, avec ses Voyages de la Nouvelle-France (cette carte existe également en deux versions).

La dernière carte de Champlain, publiée en 1632, qui représente ce qu’il connaissait du territoire nord-américain de la côte atlantique, jusqu’à une partie des Grands Lacs, à l’ouest. La baie d’Hudson ainsi que plusieurs cours d’eau, montagnes, forêts, nations amérindiennes et établissements européens y figurent. Elle est aussi ornée de plusieurs dessins de navires, animaux et poissons et comprend une échelle et une rose des vents.

La carte de 1632 de Champlain (MIKAN 165287)

Il revint définitivement à Québec au printemps de 1633 où il mourut, en 1635. Peut-être un jour découvrira-t-on une autre carte de Champlain? Qui sait?

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

Détail de six Amérindiens naviguant dans deux canots.

Amérindiens naviguant dans leurs canots (détails de la carte de 1612; MIKAN 3919638)

Un canot! En effet, sans l’accueil des Autochtones, leur connaissance du territoire et leurs canots, l’œuvre de Champlain n’aurait certainement pas eu la même ampleur. Champlain représente d’ailleurs certains d’entre eux sur cette carte dans leurs canots. J’aurais très bien vu l’une de ces images dans l’exposition, agrandie sur un grand mur derrière la vitrine présentant Les voyages et la carte de 1612 de Champlain. Comme je l’ai mentionné plus haut, ce dernier a sans doute inauguré cette collaboration entre les explorateurs et les Autochtones. Il les a interrogés à plusieurs reprises sur leurs connaissances géographiques et leur a parfois demandé de dessiner des cartes, qui sont malheureusement perdues.

D’autres cartographes qui suivront ont également reconnu l’importance primordiale de ces relations, Jean-Baptiste Franquelin, par exemple, lui-même explorateur-cartographe de grand talent ou, plus tard, Pierre Gaultier de La Vérendrye qui a rendue célèbre la carte de l’un de ses guides, le cri Ochagach. Cette collaboration avec les Autochtones se poursuivra par la suite, bien au-delà du Régime français. Cette aquarelle réalisée vers 1785 par James Peachey, qui devait à l’origine être placée sur une carte qui n’a pas été retrouvée, pourrait aussi bien représenter l’apport des Amérindiens à la connaissance du territoire.

Aquarelle représentant quatre Amérindiens en canot : une femme, deux hommes et un enfant, possiblement à la chasse aux canards. Leurs vêtements et accessoires constituent un mélange d’éléments amérindiens et européens (textiles et bijoux notamment). La femme est assise à l’arrière et pagaie. Les deux hommes, debout, portent des fusils et ont des tatouages au visage. Il y a aussi un chien dans le canot.

Un plan de la partie habitée de la province de Québec, James Peachey, vers 1785 (MIKAN 2898254)

J’aimerais également, comme plusieurs l’ont fait avant moi, pouvoir montrer le visage de Champlain, cet homme si intrigant, ce leader aux multiples talents, probablement en très bonne santé physique puisqu’il a échappé aux maladies et aux malheurs qui ont emporté tant de ses comparses. Cependant, il n’existe aucun portrait de l’explorateur. Le « portrait » que l’on connaît de Champlain est un faux, créé de toutes pièces au 19e siècle. Pourquoi donc ne pas lui substituer un autre portrait imaginé? Celui incarné par le comédien québécois Maxime LeFlaguais, par exemple, dans la récente série télévisée Le rêve de Champlain.

La carte de 1612 de Champlain est un document d’une grande valeur historique, qui a été l’objet de plusieurs travaux de recherche et qui, j’en suis certaine, suscitera encore beaucoup d’intérêt dans l’avenir. Mais elle pourrait aussi être envisagée autrement : je serais très intéressée à visiter une installation artistique multimédia, par exemple, qui s’inspirerait de cette carte afin de révéler les points de vue d’artistes, autochtones en particulier, sur Champlain, son œuvre et son impact.

Biographie

Isabelle Charron œuvre au sein de Bibliothèque et Archives Canada depuis 2006, où elle est l’archiviste responsable de la collection de cartes géographiques anciennes. Elle a travaillé plusieurs années au Musée canadien des civilisations (désormais le Musée canadien de l’histoire) sur différents projets d’exposition. Elle s’intéresse en particulier à l’histoire de la cartographie sous le Régime français et au début du Régime britannique. Elle est détentrice d’une maîtrise en histoire de l’Université d’Ottawa.

Ressources connexes

  • Heidenreich, Conrad E., Explorations and Mapping of Samuel de Champlain, 1603-1632, Cartographica, Monograph no. 17, Toronto, University of Toronto Press, 1976. 140 p. (AMICUS 22100)
  • Heidenreich, Conrad E., Chapter 51: The Mapping of Samuel de Champlain, 1603-1635 (en anglais seulement), in David Woodward, ed., The History of Cartography, Volume Three (Part 2): Cartography in the European Renaissance, Chicago, The University of Chicago Press, 2007, p. 1538-1549
  • Litalien, Raymonde, Jean-François Palomino et Denis Vaugeois, La mesure d’un continent. Atlas historique de l’Amérique du Nord, 1492-1814, Sillery, Québec, Les éditions du Septentrion et Paris, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, 2007, 299 p. Ouvrage préparé en collaboration avec Bibliothèque et Archives nationales du Québec (AMICUS 33372416)
  • Litalien, Raymonde et Denis Vaugeois, dir., Champlain. La naissance de l’Amérique française, Sillery, Québec, Les éditions du Septentrion et Paris, Nouveau Monde éditions, 2004, 399 p. En particulier Conrad E. Heidenreich et Edward H. Dahl, « La cartographie de Champlain (1603-1632) », p. 312-332 (AMICUS 30597940)
  • Trudel, Marcel, « CHAMPLAIN, SAMUEL DE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1, Université Laval/University of Toronto, 2003–, consulté le 19 déc. 2016 (http://www.biographi.ca/fr/bio/champlain_samuel_de_1F.html)

Pénitencier de la Colombie-Britannique sur l’île Goose : séparé par 20 km de toute aide ou par 9 à 17 heures à vol de pigeon

Par Caitlin Webster

Deux brèves notes dans les ressources documentaires de Bibliothèque et Archives Canada rattachées au pénitencier de la Colombie-Britannique illustrent bien les dangers liés à la supervision de groupes de travail en milieu carcéral dans des régions éloignées. À divers moments durant les 102 ans de présence à l’établissement de New Westminster, le pénitencier a exploité une prison agricole, ainsi qu’un atelier de menuiserie, de transformation des métaux et de maçonnerie. Mais, au début du 20e siècle, on a tenté de mener des opérations forestières et d’exploiter des carrières, hors site, à environ 20 km de l’administration centrale.

En 1903, le pénitencier a acquis l’île Goose par acte de cession à la suite d’un décret du Conseil. Aussi connue sous le nom de l’île Wright, de l’île du Pen et même de l’île des Convict (condamnés), cette propriété de 140 acres est située au centre du lac Pitt, du côté est de la vallée du bas Fraser, en Colombie-Britannique.

Page rédigée à la main en anglais : « On a Memorandum, dated 21st January, 1903, from the Minister of the Interior, stating that application has been made by the Minister of Justice for the transfer to his Department, for the purposes of the British Columbia Penitentiary of Goose Island, situated about the center of Pitt Lake, in Section 25, Township 5, Range 5, west of the Seventh Meridian, in the Railway Belt in British Columbia, the said island being required for the quarrying of stone thereon for use in connection with the penitentiary. The Minister recommends, as the land is vacant in the records of the Department of the Interior, that, under Clause 31 of the Dominion Lands Act, it be transferred to the Department of Justice for the purposes of the British Columbia Penitentiary as above mentioned. The Committee submit the same for approval. »

Décret du Conseil attribuant l’île Goose au pénitencier de la Colombie-Britannique, approuvé le 4 février 1903 (en anglais seulement). Texte imprimé dans la Gazette du Canada (volume 36, numéro 34, le 21 février 1903, page 4) [en anglais seulement].

On envisageait alors d’ériger un camp de travail sur l’île afin d’en extraire du bois d’œuvre et des ressources minérales et, en juin 1906, deux gardiens et sept condamnés partent de l’établissement de New Westminster pour se rendre sur l’île. Le groupe, auquel s’ajouteront par la suite sept autres détenus, dégage des routes, construit des cabanes en bois rond et un appontement, coupe 200 cordes de bois et extrait 96,5 verges de granite. Au printemps et à l’été de 1907 et de 1908, d’autres équipes sont dépêchées sur l’île.

L’île Goose étant tellement isolée à l’époque, on envoie chaque semaine aux gardiens de la prison douze pigeons voyageurs pour échanger des missives. Chaque jour, un pigeon part de l’île en direction de l’établissement de New Westminster afin de livrer régulièrement un rapport de la situation. En cas de demande urgente, les gardiens doivent envoyer deux pigeons, l’un après l’autre rapidement et, en cas d’urgence, telle qu’une évasion, il faut alors déployer trois ou quatre pigeons à de courts intervalles.

Une page dactylographiée et ronéotée décrivant les modes de communication réguliers et urgents à employer avec les pigeons voyageurs entre l’île Goose et le pénitencier de New Westminster.

Page 2 des instructions provisoires du pénitencier de la Colombie-Britannique destinées aux agents responsables du groupe sur l’île Goose (MIKAN 4936751)

Le 27 mai 1908, une de ces urgences survient au camp. À 15 h 55, des gardiens envoient le premier d’au moins deux pigeons voyageurs, celui-ci arrive au pénitencier à 9 h le lendemain matin avec le message « murderous assault » (« assaut meurtrier ») perpétré par deux détenus. Puis, un message de suivi indiquant que les prisonniers ont été menottés et qu’il n’y a aucun blessé envoyé à 8 h 10 le 28 mai est reçu l’après-midi même à 16 h 30.

Note manuscrite collée sur une page dactylographiée avec une description du contenu de la note et intitulée « Message from Wright Island to the Penitentiary via Pigeon – May 28th, 1908 » (« Message envoyé de l’île Wright au pénitencier par l’entremise d’un pigeon – le 28 mai 1908 »).

Le message confié à un pigeon voyageur de l’île Goose à 8 h 10 le 28 mai 1908, arrivé au pénitencier de la Colombie-Britannique à 16 h 30 la même journée (MIKAN 4936749)

 

Outre cette attaque, d’autres évasions et tentatives d’évasion sont survenues au camp. Comme il fallait s’y attendre, les difficultés à surmonter pour superviser un groupe de travail composé de détenus dans un lieu aussi isolé étant tellement grandes, on en vient à cesser les activités sur l’île. En 1919, les cabanes en bois rond sont en piteux état, et le personnel du pénitencier installe des affiches interdisant l’accès à la propriété afin d’éviter le vandalisme. Malgré un certain intérêt occasionnel pour les pierres, le bois et le potentiel récréatif de l’île au cours des années qui suivent, il y aura peu d’activités sur le site jusqu’au moment de sa vente, en 1953.

Un article de journal intitulé « Pitt Lake’s ‘Pen’ Island Re-discovered » (« Redécouverte de l’île du Pen sur le lac Pitt ») accompagné de quatre photographies en noir et blanc du camp de travail en piteux état.

Des photographies prises par Charles Jennings accompagnant un article daté du 14 juin 1955, rédigé par Jimmie McPhee et publié dans le journal The British Columbian. (MIKAN 4936750)

Ressources connexes