Sélection d’archives portant sur le jour J et la campagne de Normandie (6 juin – 30 août 1944)

Par Alex Comber

Dans la première partie de cet article, nous avons souligné le 75e anniversaire du jour J et revisité la participation du Canada à l’invasion du Nord-Ouest de l’Europe et au reste de la campagne de Normandie, du 6 juin au 30 août 1944. Dans la deuxième, nous allons explorer des collections exceptionnelles de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui concernent ce pan d’histoire, et présenter des archives que les internautes peuvent consulter facilement, notamment grâce à des activités de sensibilisation, à des projets de numérisation ciblés de grande envergure et aux nouveaux Numéri-Lab et Co-Lab de BAC.

Image en noir et blanc, tirée d’un film, où l’on voit des soldats sortir d’une péniche de débarquement.

Image des actualités filmées de l’Armée canadienne no 33, qui comprennent une séquence sur le débarquement des Canadiens le 6 juin 1944, dit le jour J.

Nous recevons souvent des demandes de référence concernant nos collections de photos, comme celles de l’Unité de film et de photographie de l’Armée canadienne, qui ont immortalisé le débarquement des troupes lors du jour J, il y a 75 ans. Au fil de la campagne de Normandie, l’Unité a continué de produire des documents visuels qui donnent une meilleure idée des opérations au front que ne le faisaient les photographies officielles des conflits précédents. Les séquences de tournage étaient intégrées aux actualités filmées que l’Armée canadienne diffusait sur son territoire, et certaines d’entre elles, comme celle du jour J ci-dessus, ont aussi été présentées dans d’autres pays.

Les photographes de l’Armée et de la Marine utilisaient des appareils noir et blanc et des appareils couleur. Leurs splendides images en couleur sont réunies dans les séries ZK (Armée de terre) et CT (Marine).

Photographie couleur d’un véhicule blindé armé d’un gros canon.

Un Centaur (char britannique de soutien rapproché armé d’un obusier) appuyant les Canadiens pendant la campagne de Normandie. (e010750628)

Certaines des images les plus célèbres de militaires canadiens en Normandie ont été intégrées à la série de l’Armée classée par ordre numérique, qui comptait plus de 60 000 photos au terme des hostilités. Les albums photo créés pendant la Seconde Guerre mondiale pour répondre aux demandes de reproduction peuvent aider à s’orienter dans cette montagne de documents. En feuilletant ces « albums rouges », comme les surnomment les chercheurs à nos locaux d’Ottawa, les visiteurs découvriront un compte rendu journalier, sous forme visuelle, des activités de l’Armée canadienne durant le conflit. Nous avons récemment numérisé les albums imprimés 74, 75, 76 et 77, qui montrent les événements qui se sont déroulés en France du 6 juin à la mi-août 1944.

Une page de photographies noir et blanc montrant une péniche de débarquement, des défenses ennemies détruites, des habitations et des sites de débarquement sur la plage.

Une page du 74e des 110 albums imprimés de l’Armée, où l’on voit des photographies prises tout juste après le débarquement (e011217614).

BAC possède également quantité de documents textuels sur la période allant de juin à août 1944. L’une des collections les plus importantes est composée des journaux de guerre d’unités canadiennes ayant participé à la campagne. Les unités outremer, alors tenues de consigner leurs activités quotidiennes aux fins de documentation, y résumaient habituellement leurs entraînements, leurs préparatifs, leurs opérations et les événements d’importance. Les journaux de la Seconde Guerre mondiale contiennent souvent le nom des soldats tués ou grièvement blessés. Les officiers ajoutaient en annexe de l’information supplémentaire : rapports, cartes de campagne, bulletins de leur unité et autres documents importants.

Nous avons d’ailleurs commencé à numériser et à mettre en ligne certains de ces journaux. Celui du 1er Bataillon canadien de parachutistes (MIKAN 928089, divisé en deux fichiers PDF) est particulièrement fascinant; les soldats de ce bataillon, qui ont pris part à l’opération Tonga avec la 6e Division aéroportée britannique, ont été les premiers Canadiens à entrer en action lors du jour J.

Image numérisée en couleur d’un compte rendu tapuscrit des opérations du jour J.

: Rapport du 6 juin 1944 dans le journal de guerre du 1er Bataillon canadien de parachutistes, où il est question des objectifs de l’unité pendant l’opération Overlord du jour J (e011268052).

Les journaux de guerre des unités de commandement et de quartiers généraux sont eux aussi d’importantes sources d’information, car ils expliquent la réussite ou l’échec d’une opération militaire. Ils contiennent en outre des documents d’unités subalternes. Parmi les journaux dont la numérisation est en cours figure celui du quartier général de la 3e division d’infanterie canadienne pour la période de juin et juillet 1944.

Image numérisée en couleur d’un compte rendu tapuscrit des opérations du jour J.

Première partie d’un long passage sur les opérations du jour J dans les rapports quotidiens d’un journal de guerre pour le début du mois de juin 1944 (e999919600).

BAC entrepose également tous les dossiers du personnel de l’Armée active du Canada (Armée canadienne outremer), de la Marine royale du Canada et de l’Aviation royale du Canada pour la période de la Seconde Guerre mondiale. Les dossiers de service de quelque 44 000 hommes et femmes morts en service de 1939 à 1947, dont plus de 5 000 pendant la campagne de Normandie, sont accessibles au public. Dans le cadre d’un partenariat avec Ancestry.ca, une partie de chacun des dossiers a été numérisée, puis mise en ligne sur ce site, où tous les Canadiens peuvent les consulter. Pour savoir comment vous inscrire gratuitement et accéder aux documents, suivez les instructions sur notre site Web.

Ces archives revêtent une grande valeur sur les plans généalogique et historique. Comme le montrent les documents suivants, elles gardent toute leur pertinence et constituent des témoignages touchants sur les hommes et les femmes qui ont servi pendant le conflit et leur famille.

Document médical présentant un schéma des dents supérieures et inférieures, avec des notes indiquant les dents manquantes et les interventions effectuées.

Le soldat Ralph T. Ferns, de Toronto, a disparu le 14 août 1944, victime d’un tir ami. Son unité d’infanterie, le Régiment Royal du Canada, a été ciblée accidentellement par l’aviation alliée alors qu’elle se déplaçait pour participer à l’opération Tractable, au sud de Caen. Soixante ans plus tard, les ossements du soldat Ferns ont été découverts près du Haut Mesnil, en France. Le ministère de la Défense nationale, grâce à son Programme d’identification des pertes militaires, a pu confirmer l’identité du défunt. Les documents médicaux dans son dossier de service, notamment son dossier dentaire, ont été très utiles à cette fin. Ralph T. Ferns a été inhumé avec tous les honneurs militaires au cimetière de guerre canadien de Bretteville-sur-Laize, en 2008, en présence de sa famille.

Réponse officielle, écrite en français en juillet 1948, à la demande soumise par la famille d’Alexis Albert, du North Shore (New Brunswick) Regiment, dans le but de communiquer avec ceux qui entretenaient la tombe du défunt soldat.

Le soldat Alexis Albert, du North Shore (New Brunswick) Regiment, est tombé au combat en France le 11 juin 1944. Quatre ans plus tard, son père Bruno, qui vivait à Caraquet (Nouveau-Brunswick), a demandé l’adresse de la famille qui entretenait soigneusement sa tombe au cimetière militaire canadien de Bény-sur-Mer, en Normandie, pour l’en remercier. Le directeur des Archives des services de guerre (ministère des Anciens Combattants) a fourni cette réponse, qui a permis aux proches du défunt de communiquer avec la famille française.

Ce ne sont là que quelques exemples des archives de BAC portant sur l’action des militaires canadiens en France entre le 6 juin et la fin août 1944. Notre outil Recherche dans la collection vous aidera à trouver bien d’autres sources précieuses pour explorer la planification et la logistique derrière les opérations militaires des Canadiens en France, approfondir vos recherches sur les événements eux-mêmes et découvrir des histoires personnelles d’adversité, de triomphe, de souffrance et de perte.

Photographie en noir et blanc montrant la grande Croix du Sacrifice et plusieurs rangées de pierres tombales de la Commission de l’Empire pour les tombes de guerre (Imperial War Graves Commission).

Cimetière de guerre canadien de Bény-sur-Mer, qui abrite les tombes de 2 000 soldats canadiens ayant péri au début de la campagne de Normandie (e011176110).


Alex Comber est un archiviste militaire au sein de la Division des archives gouvernementales.

Le jour J et la campagne de Normandie : 6 juin – 30 août 1944

Par Alex Comber

Photo couleur d’une péniche de débarquement s’approchant d’une plage. Sur la rive, on distingue un village d’où s’élève de la fumée. Dans le ciel, des dirigeables assurent la défense aérienne.

Péniche de débarquement d’infanterie, 6 juin 1944, jour J. (e010777287)

Il y a 75 ans jour pour jour, soldats, matelots, pilotes et membres d’équipage canadiens participent en France à l’une des plus importantes opérations militaires de l’histoire : l’opération Neptune. Mieux connue sous le nom de jour J, elle est la première étape d’une campagne terrestre menée en Normandie, ayant pour nom de code « opération Overlord ».

Les Alliés déploient des efforts considérables pour établir un nouveau théâtre d’opérations en Europe de l’Ouest. Les soldats de la 3e Division d’infanterie canadienne sont là pour les appuyer. Leur mission : partir à l’assaut de la côte française pour conquérir un périmètre (en jargon militaire, une tête de pont) sur une section de la plage appelée « Juno Beach ».

Cette affectation est considérée comme un honneur, puisque les quatre autres plages (noms de code « Utah », « Omaha », « Gold » et « Sword ») attendent le débarquement d’unités appartenant à des Alliés plus puissants : les États-Unis et la Grande-Bretagne.

Photo noir et blanc d’un officier montrant la carte d’un village à un petit groupe de sous-officiers.

Le lieutenant R. R. Smith montre aux sous-officiers du Regina Rifles Regiment un plan de leur objectif, Courseulles-sur-Mer, France. (e011084119)

Le haut commandement allié et les planificateurs militaires du Quartier général suprême de la Force expéditionnaire alliée ont tiré des leçons de leurs opérations précédentes, notamment de leur défaite à Dieppe, deux ans auparavant, et de leurs débarquements réussis en Sicile, en juillet 1943. Ce nouvel effort visant à ouvrir un deuxième front exige une approche coordonnée entre forces terrestres, navales et aériennes, une planification exhaustive, une attention particulière à la logistique, un rassemblement massif d’équipement et de personnel, des ruses et des leurres pour déstabiliser l’ennemi et, enfin, la transmission régulière et exacte de renseignements sur les effectifs et les dispositifs allemands.

Une flotte de navires escorte les forces d’invasion à travers la Manche pendant que des escadrons alliés patrouillent l’espace aérien. Divers engins de débarquement transportent les hommes, les chars et l’artillerie. Dans le secteur canadien, ils s’arrêtent près des villages de Courseulles-sur-Mer, Bernières-sur-Mer et Saint-Aubin-sur-Mer.

Photo couleur de soldats chargés d’armes et d’équipement, marchant dans de l’eau peu profonde en direction d’un village français.

L’infanterie canadienne approche de Bernières-sur-Mer, en Normandie (France). (e010750646)

Les chars de la 2e Brigade blindée du Canada atteignent péniblement le rivage, où ils appuient la progression des soldats d’infanterie en tirant sur les positions retranchées de l’ennemi (des positions déjà bombardées par des unités de l’Artillerie royale canadienne depuis leurs péniches de débarquement).

Quelques heures plus tôt, des hommes du 1er Bataillon canadien de parachutistes ont atterri loin derrière les lignes ennemies dans le cadre de l’opération Tonga (le nom donné aux débarquements de la 6e Division aéroportée britannique). Leur mission : détruire des ponts, prendre le contrôle de positions sécurisées, soutenir l’assaut des parachutistes britanniques et, de façon plus générale, semer le chaos et empêcher l’ennemi de contre-attaquer.

Photo noir et blanc montrant un soldat assis sur un vélo dans une clairière. Il porte une vareuse de parachutiste et tient une mitraillette Sten.

Le soldat Tom J. Phelan, du 1er Bataillon canadien de parachutistes, sur un vélo pliant pouvant être aéroporté. Il fut blessé à Le Mesnil le 16 juin 1944. On le voit ici au camp de renforts du Bataillon, en Angleterre, en 1944. (a204971)

Photo noir et blanc d’une file de soldats marchant dans une rue au milieu d’un village touché par les combats.

Des fantassins du Régiment de la Chaudière marchent dans le village de Bernières-sur-Mer, en France, le 6 juin 1944. (a131436)

Les Canadiens servant dans les forces navales et aériennes participent également aux attaques au sol. Les pilotes et les membres d’équipage des nombreux escadrons de l’Aviation royale du Canada et de la Royal Air Force britannique défendent l’espace aérien en appui aux opérations navales et terrestres, patrouillent les côtes, attaquent les troupes et les blindés ennemis, effectuent des reconnaissances photo et participent aux missions de bombardement pour appuyer les débarquements.

Photo noir et blanc d’un escadron de l’Aviation royale canadienne posant autour d’un chasseur-bombardier équipé d’une grosse bombe.

Des membres du 440e Escadron de l’Aviation royale canadienne posent autour d’un Hawker Typhoon en Normandie (France). (e010775786)

Le jour J, le personnel de la Marine royale canadienne est réparti dans plus de 70 navires de guerre : des engins de débarquement, des contre-torpilleurs bombardant la côte et des dragueurs de mines qui dégagent la voie pour la force d’invasion. Après le débarquement, début juillet, un commando viendra diriger les forces et maintenir l’ordre sur les plages.

Photo noir et blanc de matelots en tenues de combat. Ceux du premier rang sont agenouillés tandis que leurs collègues au deuxième rang sont debout, devant une fortification en béton endommagée.

Personnel du Commando W-2 de la Marine royale du Canada devant une fortification allemande dans le périmètre conquis de Juno Beach, Normandie (France), 20 juillet 1944. (a180831)

Les premiers militaires canadiens à fouler le sol français sont rejoints à la mi-juillet par une armée entière : la Première Armée canadienne, qui deviendra la plus importante formation d’hommes et de femmes en uniforme de l’histoire du pays. Des combats acharnés font rage alors que les forces terrestres alliées résistent aux contre-attaques et avancent à l’intérieur des terres. Les unités canadiennes conquièrent des objectifs militaires à Carpiquet, près de Caen, et lors de leur avancée vers Falaise, mais au prix de nombreuses vies.

Environ 350 militaires canadiens sont tués lors du jour J. Au total, les forces terrestres, navales et aériennes du Canada perdront environ 5 000 hommes lors des opérations en sol français. Fin août, l’opération Overlord se termine quand les dernières unités allemandes, mises en déroute, se retirent de Normandie.

Photo noir et blanc montrant une longue file de soldats allemands marchant sur une plage, dirigés par des soldats alliés. On aperçoit à l’arrière-plan des véhicules, une digue et une grosse maison.

Des militaires allemands capturés lors du jour J se préparent à embarquer pour l’Angleterre. (a132474)

Revenez le 4 juillet pour lire la deuxième partie de notre série sur le 75e anniversaire du Jour J, celui-ci explorera certaines des collections uniques de BAC sur ces événements.


Alex Comber est un archiviste militaire au sein de la Division des archives                      gouvernementales.

Célébrons notre 1 000e billet de blogue!

Le blogue de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) a franchi une étape importante avec la publication du 1 000e billet! Depuis huit ans, il met en valeur notre collection exceptionnelle de patrimoine documentaire, informe les chercheurs de nos travaux et répond à vos questions les plus fréquentes.

Pour célébrer ce moment important, nous allons faire un retour sur certains de nos billets les plus populaires.

Les Registres nationaux de 1940

Un questionnaire dactylographié sur deux colonnes intitulé « Dominion of Canada — National Registration Card for Women (Dominion du Canada – Carte d’immatriculation nationale pour femmes) ». La mention « For Information Only » (À titre indicatif seulement) est inscrite en biais au milieu de la page.

Exemple d’un formulaire pour femmes. Gracieuseté de Statistique Canada (en anglais seulement)

Année après année, cet ancien billet de blogue fait partie des plus visités, et il a reçu de nombreux commentaires. Ce n’est pas surprenant qu’un billet sur la généalogie soit le plus populaire. Ce qui l’est davantage, c’est que les Registres nationaux de 1940 ne se trouvent pas à BAC; ils appartiennent plutôt à Statistique Canada. Quoi qu’il en soit, il s’agit d’une ressource intéressante et très utile pour les généalogistes de l’ensemble du pays.

Vous voulez lire d’autres billets sur la généalogie à BAC? Consultez Les trois questions sur la généalogie les plus courantes.

Avez-vous des ancêtres autochtones? Les recensements pourraient vous le dire!

Un homme et une femme assis sur la pelouse avec deux jeunes enfants devant une tente en toile.

Homme et femme autochtones (Alfred et Therese Billette) assis sur la pelouse avec leurs deux enfants (Rose et Gordon) à l’extérieur de leur tente (e010999168).

Un autre billet populaire paru en 2016 explique comment les recensements canadiens peuvent vous aider à explorer votre passé et à découvrir vos origines autochtones. Certains Canadiens effectuent des recherches pour mieux se connaître, savoir s’ils peuvent s’inscrire à des associations autochtones ou encore obtenir des avantages offerts aux Autochtones.

Vous voulez vous renseigner sur les recherches liées à vos ancêtres autochtones? Consultez les billets suivants : Documents du ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien : dossiers de succession ou Les Inuits : numéros de disque et projet Nom de famille.

Bill Miner : le légendaire voleur de train et évadé de prison

Affiche montrant la photo de Bill Miner et annonçant une récompense de 500 $ pour sa recapture. Elle donne des détails sur son évasion et son apparence.

Promesse de récompense pour la recapture de Bill Miner envoyée aux services de police, à des publications et à des agences de détectives privés (e011201060-210-v8).

Ce passionnant article raconte l’histoire de Bill Miner, surnommé le « gentleman cambrioleur » et le « renard gris ». Il est un criminel notoire au Canada et aux États-Unis. Bien qu’il soit l’auteur de dizaines de vols et se soit évadé à maintes reprises, une grande partie de la population le perçoit comme un héros généreux qui s’en prend uniquement aux entreprises représentant le côté sombre du capitalisme. BAC possède de nombreux enregistrements sonores, publications, vidéos et autres documents sur Miner. Des centaines d’entre eux sont sur Co-Lab, accompagnés de défis de production participative.

Vous voulez en apprendre davantage sur les documents provenant du système pénal de la Colombie-Britannique? Consultez Pénitencier de la Colombie-Britannique sur l’île Goose : séparé par 20 km de toute aide ou par 9 à 17 heures à vol de pigeon.

Les cartes générales de la Nouvelle-France de Samuel de Champlain

Carte noir et blanc dessinée à la main illustrant le Québec, les provinces des Maritimes et l’est de l’Ontario en 1613.

Carte geographique de la Nouelle Franse en son vray meridiein. Faictte par le Sr Champlain, Cappine. por le Roy en la marine — 1613 (e010764734).

Ce populaire billet écrit en 2013 aborde deux sujets qui intéressent les Canadiens : la cartographie et les explorateurs! Il décrit les cartes de la Nouvelle-France dessinées par Champlain qui font partie de la collection de BAC. Il comprend également une suggestion de lecture pour les chercheurs qui souhaitent en apprendre davantage sur la cartographie et les voyages de Champlain.

Vous voulez en savoir plus sur l’histoire de la Nouvelle-France? Consultez Jean Talon, intendant de la Nouvelle-France, 1665-1672.

Voyage à la Rivière-Rouge, 1821 — Peter Rindisbacher

Carte noir et blanc dessinée à la main illustrant le Québec, les provinces des Maritimes et l’est de l’Ontario en 1613.

Passages extrêmement ardus aux portages (1821) (e008299434).

Ce populaire billet décrit les travaux de Peter Rindisbacher. Celui-ci est âgé de 15 ans lorsqu’il émigre dans la Colonie de la Rivière-Rouge fondée par Selkirk, en 1821. Déjà un artiste accompli à son arrivée en Amérique du Nord, il produit une série d’aquarelles documentant le voyage vers la Terre de Rupert et la vie dans la colonie. Ses aquarelles représentant la région de la rivière Rouge comptent parmi les images les plus anciennes de l’Ouest canadien. Peter Rindisbacher est considéré comme le premier artiste pionnier de l’ouest du Canada et des États-Unis.

Vous voulez en savoir plus sur Peter Rindisbacher? Écoutez le balado Peter Rindisbacher : La beauté sur commande.

L’affaire « personne » (1929)

Cinq femmes vêtues d’une robe de soirée ornée d’une boutonnière et un homme en smoking. Tous sont debout devant une plaque.

Dévoilement d’une plaque commémorant les efforts des cinq Albertaines à l’origine de l’affaire « personne », grâce à laquelle les femmes se sont vu accorder le droit d’occuper une charge publique au Canada (c054523).

Ce billet met en valeur l’histoire de la lutte des femmes pour obtenir l’égalité politique au Canada. L’affaire « personne », une décision constitutionnelle reconnaissant l’admissibilité des femmes au Sénat, commence en 1916 avec la nomination d’Emily F. Murphy à titre de première juge municipale de l’Empire britannique. Défiant son autorité, des avocats contestent sa nomination, qu’ils jugent contraire à la loi : selon eux, les femmes n’étant pas considérées comme des personnes selon l’Acte de l’Amérique du Nord britannique, elles sont inaptes à siéger en tant que magistrates. Mme Murphy demande l’aide de quatre femmes connues pour leur engagement politique et social visant l’égalité des droits pour les femmes : Henrietta Muir Edwards, Nellie Mooney McClung, Louise Crummy McKinney et Irene Marryat Parlby. Le groupe forme ce qu’on appelle aujourd’hui les « Célèbres cinq » (traduction littérale de l’anglais The Famous Five).

Vous voulez en savoir plus sur le droit des femmes dans l’histoire du Canada? Consultez le billet Solidarité féminine : la lutte pour les droits de la femme au Canada.

La numérisation des dossiers du Corps Expédionnaire Canadien est terminée!

Une page du dossier de service de « Scotty » Davidson décrivant sa mort au combat, causée par un obus tombé dans une tranchée, et détaillant son enterrement avec trois autres hommes du 2e Bataillon.

Une page du dossier de service numérisé d’Allan « Scotty » Davidson décrivant sa mort au combat (CEF 280738).

Le dernier billet de la liste est impressionnant! Annonçant la fin du projet de cinq ans de BAC visant à numériser les 622 290 dossiers de soldats enrôlés lors de la Première Guerre mondiale, il a été bien reçu par de nombreux chercheurs.

Vous voulez savoir comment le projet de numérisation des dossiers du Corps expéditionnaire canadien a débuté? Lisez le billet État actuel de la numérisation des dossiers de service du Corps expéditionnaire canadien.

Nous espérons que vous avez aimé ce voyage dans le temps! Vous voudrez peut-être découvrir aussi des billets sur l’armée de zombie du Canada, l’usine Polysar, la collection musicale de BAC, les anciennes mesures françaises ou les affiches emblématiques de l’Empire Marketing Board.

Les femmes à la guerre : le Service féminin de la Marine royale du Canada (WRCNS)

Les gens nous envoient souvent des demandes de référence pour des photos de leurs proches qui ont servi dans les Forces canadiennes. Bibliothèque et Archives Canada (BAC) possède une vaste collection de photographies — plus de 30 millions d’images —, dont une part importante se trouve dans le fonds du ministère de la Défense nationale (RG24/R112). Le projet visant à recueillir des données sur l’acquisition 1967-052 (Collection du ministère de la Défense nationale du Canada — 1939-1953) et à indexer toutes les photos de femmes militaires a débuté en avril 2018 et va bon train. J’espère que le travail sera achevé pour les trois branches des Forces (la Marine, l’Armée de terre et la Force aérienne) d’ici 2022. Cette collection, qui représente ces trois branches et comprend plus de 500 000 photos, est l’une de mes préférées, la première que je consulte lorsque des chercheurs demandent des photos de la Deuxième Guerre mondiale ou de la guerre de Corée. Elle comporte des photos prises au Canada et dans les théâtres de guerre, ce qui en fait une collection d’une grande richesse, au descriptif précis.

Le billet publié par ma collègue en 2017, intitulé 75e anniversaire du Service féminin de la Marine royale du Canada, complémente parfaitement ce projet et présente de nombreuses photos, tant en couleur qu’en noir et blanc, de femmes militaires qui travaillent et qui s’amusent. Soulignons, comme l’indique le billet, que « les femmes servant dans le WRCNS étaient communément appelées “Wrens”, surnom qu’utilisaient leurs homologues britanniques du Service féminin de la Marine royale (Women’s Royal Naval Service, WRNS) ». Les termes « Wren » et « WRCNS » sont d’ailleurs employés dans les légendes des photos pour identifier les femmes militaires.

Photographie en noir et blanc de deux membres du Service féminin de la Marine royale du Canada qui lavent l’avant d’un autobus tandis que leur collègue en nettoie le côté avec un tuyau d’arrosage.

Des membres du personnel du Service féminin de la Marine royale du Canada (WRCNS) lavent un autobus au Centre d’instruction élémentaire NCSM Conestoga à Galt, en Ontario (Canada), juillet 1943. (a108171)

Texte de remplacement : Photographie en noir et blanc de deux membres du Service féminin de la Marine royale du Canada qui lavent l’avant d’un autobus tandis que leur collègue en nettoie le côté avec un tuyau d’arrosage.

Les acquisitions sont classées par préfixe, lequel correspond le plus souvent au lieu (comme une base ou une ville) ou au navire. Par exemple, le préfixe MAG regroupe des photos qui documentent le NCSM Magnificent de 1948 à 1957.

Pour chaque préfixe, les instruments de recherche (ou listes de légendes) peuvent être consultés dans la salle de référence du 2e étage, au 395, rue Wellington, à Ottawa. Elles sont également visées par le projet de BAC qui consiste à numériser la majorité des instruments de recherche existants; ce projet se poursuivra jusqu’en 2024.

Un recensement des listes de légendes a été effectué pour chaque préfixe relatif aux photographies navales, et les légendes faisant mention de femmes militaires ont été notées, pour un total de 2 652 photos (1,3%).

Photographie en noir et blanc d’une femme en uniforme militaire qui s’appuie sur un comptoir pour interviewer trois femmes, à côté d’un écriteau qui indique « Canadian Wives’ Bureau ».

La Wren Evelyn Kerr (à droite), une haute gradée du Service féminin de la Marine royale du Canada (WRCNS), interviewe des épouses britanniques de marins canadiens au Canadian Wives’ Bureau, à Londres (Angleterre), 30 novembre 1944. (a128179)

La découverte de l’éventail de métiers et de fonctions qu’exerçaient les Wrens a été l’un des grands plaisirs du projet. Photographes, diététistes, conductrices ou encore bibliothécaires, les femmes militaires accomplissaient un travail précieux, quelle qu’en soit la forme, au pays et à l’étranger pour soutenir l’effort de guerre. Je suis également tombée sur plusieurs photos d’infirmières militaires, que j’ai aussi indexées.

Photographie en noir et blanc d’une membre du Service féminin de la Marine royale du Canada remettant une pile de livres à un homme, à côté d’un navire.

: La Wren Ruth Church, une haute gradée du Service féminin de la Marine royale du Canada (WRCNS), remet des livres de bibliothèque au matelot de 2e classe Bill Swetman du NCSM Petrolia à Londonderry (Irlande du Nord), novembre 1944. (a189717)

Trouver « votre » femme militaire

N’hésitez pas à communiquer avec nous au sujet de « votre » Wren ou infirmière militaire pour vérifier s’il existe des photos l’identifiant personnellement. Il est recommandé de fournir son nom de jeune fille, ainsi que la période et le lieu de son service, puisque ces renseignements nous aident à préciser la recherche. Dans le même ordre d’idées, une fois les archives pertinentes d’une série repérées, il peut être intéressant de prendre connaissance vous-même des photos ou de faire appel à un chercheur indépendant pour ainsi peut-être trouver des photos qui n’identifiaient pas la personne par son nom ou qui n’indiquaient pas que des femmes militaires y figuraient. Par exemple, de nombreuses photos, dont la légende indiquait simplement « Danse de Noël » ou « Célébrations du temps des Fêtes », n’ont pas été indexées.

Pour en savoir plus sur le service de « votre » femme militaire dans les Forces canadiennes, demandez une copie de son dossier de service militaire.

Photographie en noir et blanc d’une membre souriante du Service féminin de la Marine royale du Canada, qui transporte un gros sac sur son épaule.

La Wren June Whiting, une haute gradée du Service féminin de la Marine royale du Canada (WRCNS), débarque d’un navire à Liverpool (Angleterre), avril 1945. (a142415)

N’hésitez pas à venir nous visiter dans l’un de nos points de service au public (Ottawa, Halifax, Winnipeg ou Vancouver) ou à nous écrire pour toute question sur les fonds de BAC, tant archivés que publiés.


Rebecca Murray est archiviste à la Division des services de référence.

Le hockey et la Première Guerre mondiale

Par Ellen Bond

Au début des années 1900, le hockey forge des soldats. Les qualités du bon hockeyeur – force, endurance, patience et robustesse – sont recherchées par l’armée. Ce sport rude et intense est donc perçu comme une préparation au combat. De nombreux hockeyeurs se portent volontaires pour aller au front pendant la Grande Guerre et deviennent souvent des soldats d’exception.

Allan McLean « Scotty » Davidson est de ceux-là. Né le 6 mars 1891 à Kingston, en Ontario, il entreprend son parcours de hockeyeur avec l’équipe junior des Frontenacs, dans sa ville natale. Il remporte le championnat junior de l’Association de hockey de l’Ontario en 1910 et 1911 à titre de capitaine. Il déménage ensuite à Calgary pour rallier l’équipe senior Athletic Club. Celle-ci gagne la Coupe de l’Alberta en 1911-1912 et accède au Championnat canadien de hockey senior, mais ne parvient pas à ravir la Coupe Allan aux Victorias de Winnipeg.

En 1912, Davidson fait ses débuts professionnels avec les Blueshirts de Toronto (qui deviendront les Maple Leafs) dans l’Association nationale de hockey. L’année suivante, il est capitaine et premier marqueur de son équipe. Puis, en 1914, il mène ses troupes à leur premier sacre de la Coupe Stanley. En deux saisons avec les Blueshirts, Davidson inscrit 46 buts en 44 rencontres. Aux dires d’Edward Allan, chroniqueur de hockey pour le journal torontois The Mail and Empire, il patine plus vite à reculons que la plupart des joueurs vers l’avant.

Photographie en noir et blanc des Blueshirts de Toronto en 1914.

Les Blueshirts de Toronto, champions de la Coupe Stanley en 1914. Scotty Davidson est assis au centre de la première rangée. Source : Musée McCord

En tant que joueur étoile, Davidson a toutes les qualités que l’armée recherche. En septembre 1914, il devient possiblement le premier hockeyeur professionnel à s’enrôler dans le Corps expéditionnaire canadien. Il se porte volontaire comme « lanceur de bombes » (le soldat chargé d’envoyer les grenades sur l’ennemi). Des journaux racontent son séjour dans l’armée et font état de sa bravoure devant le danger.

Scotty Davidson tombe au combat le 16 juin 1915. Son dossier de service indique qu’il a été tué instantanément par un obus qui a atterri dans sa tranchée et l’a pratiquement réduit en charpie. Un journal qui rapporte sa mort affirme que Davidson se serait vu décerner la Médaille de conduite distinguée ou la Croix de Victoria s’il avait survécu à la bataille. Le capitaine George Richardson, son frère d’armes habitant lui aussi à Kingston, le présente comme l’un des hommes les plus braves de sa compagnie. C’est un soldat courageux et dévoué, toujours prêt à secourir ses camarades. Le nom de Davidson est gravé à jamais sur le Mémorial national du Canada à Vimy, en France.

Une page du dossier de service de Scotty Davidson décrivant sa mort au combat.

Une page du dossier de service numérisé de Scotty Davidson décrivant sa mort au combat (Bibliothèque et Archives Canada, CEC 280738).

Scotty Davidson est un patineur fluide, un excellent marqueur et un grand meneur d’hommes; le type d’athlète que j’aurais beaucoup aimé voir jouer. En 1925, la revue Maclean’s le choisit comme premier ailier droit de son équipe de rêve. Ernie Hamilton, l’entraîneur d’une équipe adverse, affirme que Davidson possède le tir le plus puissant qu’il a jamais vu. Si nous jouissons aujourd’hui de la liberté, c’est grâce à des héros comme lui, un athlète illustre dont la vie a été fauchée beaucoup trop tôt.

Scotty Davidson est intronisé au Temple de la renommée du hockey en 1950. Le Mémorial virtuel de guerre du Canada honore son sacrifice.


Ellen Bond est adjointe de projet au sein de l’équipe du contenu en ligne de Bibliothèque et Archives Canada.

Nouveau balado! Écoutez notre plus récente émission, « L’œuvre de Mary Riter Hamilton réalisée sur les champs de bataille »

Notre plus récent balado est en ligne! Écoutez « L’œuvre de Mary Riter Hamilton réalisée sur les champs de bataille ».

Image en couleur d’un tableau représentant deux postes d’artilleurs devant une forêt calcinée. Deux sépultures, chacune surmontée d’une croix blanche, se trouvent à l’avant-plan. Le tableau porte une signature en bas à gauche : Mary Riter Hamilton 1919.

Bois de Farbus, emplacements de fusils, Plateau de Vimy [e000000656]

Qu’est-ce qui a bien pu pousser une artiste de renom à quitter sa vie confortable au Canada pour aller endurer des conditions pénibles sur les champs de bataille de France et de Belgique après la Première Guerre mondiale? Mary Riter Hamilton accepte une mission spéciale pour Les Amputés de guerre : de 1919 à 1922, elle peint les lieux ravagés où les soldats canadiens ont combattu et péri.

Ses toiles expriment la douleur de la guerre, mais aussi l’espoir et le renouveau. Sacrifiant sa santé, l’artiste crée l’une des rares séries de peintures authentiques qui représentent l’Europe déchirée par le conflit. C’est son cadeau au Canada. D’ailleurs, en 1926, elle donne la majorité de ses toiles aux Archives publiques du Canada, maintenant Bibliothèque et Archives Canada.

Nous discutons avec Kathryn Young, professeure adjointe d’histoire à l’Université du Manitoba, maintenant retraitée. Nous recevons aussi Sarah McKinnon, ancienne vice-présidente de l’École d’art et de design de l’Ontario et ancienne conservatrice à l’Université du Manitoba.

Pour voir les images associées à ce balado, voici un lien vers notre album Flickr.

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Vous avez des questions ou souhaitez obtenir plus d’information? Contactez-nous à bac.balados-podcasts.lac@canada.ca.

Des images de pigeons maintenant sur Flickr

La famille des colombidés est très grande; elle comprend environ 300 espèces de pigeons, dont seulement trois se reproduisent maintenant au Canada.

Photographie noir et blanc d’une petite fille (Ann MacDonald) debout près d’une porte. Elle regarde un pigeon sur le trottoir.

Ann MacDonald avec un pigeon devant un édifice [e010966947]

L’oiseau communément appelé « pigeon » est le pigeon biset. On le retrouve dans les villes et les villages, et sur les terres agricoles. La tourterelle triste vit dans les bosquets et les forêts claires. Le pigeon à queue barrée habite lui aussi dans les forêts claires. Une quatrième espèce, la tourte voyageuse, a disparu à la fin du 19e siècle à cause de la chasse à outrance.

Aquarelle représentant de grands filets installés dans un boisé pour attraper des pigeons voyageurs.

Filet à pigeons voyageurs, Sainte-Anne, Bas-Canada [C-012539k]

Aimés par certains, détestés par d’autres, les pigeons étaient anciennement considérés comme des animaux de compagnie. Ils furent d’ailleurs les premiers oiseaux domestiqués. Durant la Première et la Seconde Guerre mondiale, les militaires utilisaient des pigeons pour transporter des messages.

Photographie noir et blanc d’un pigeon voyageur dans les mains d’un pilote de brousse.

Pigeon voyageur utilisé pour les communications urgentes par les pilotes de brousse [e006079072]

Photographie noir et blanc de deux soldats dans une tranchée abreuvant, à l’aide d’une gourde, leurs pigeons voyageurs enfermés dans un panier de transport.

Deux soldats canadiens abreuvant des pigeons dans une tranchée prise aux Allemands sur la cote 70, à Lens (France) [PA-001686]

Visitez l’album Flickr maintenant!

L’épidémie de grippe espagnole de 1918

Par Marcelle Cinq-Mars

À la fin de la Première Guerre mondiale, au moment où les troupes canadiennes participent aux cent jours du Canada, un nouvel ennemi – encore plus coriace que l’Allemagne du kaiser – s’attaque aux soldats et aux civils, faisant fi des frontières.

En quelques mois à peine, l’épidémie de grippe de 1918 s’étend à pratiquement toute la planète, prenant ainsi les proportions d’une pandémie. On l’appelle « grippe espagnole » car les journaux espagnols, non restreints par la censure en temps de guerre, sont les premiers à rapporter publiquement les signes de l’épidémie en Europe.

Les historiens ne s’entendent pas sur le lieu d’origine exact de la grippe de 1918. Ils s’accordent cependant pour dire que la contagion fulgurante du fléau est alors amplifiée par la présence d’un très grand nombre de soldats dans les camps militaires, lieux qui deviennent ainsi des foyers par excellence d’incubation du virus. Le retour des soldats dans leur pays d’origine intensifie la propagation de la grippe.

Le Canada connaît ses premiers cas graves de grippe vers la fin de l’été 1918, alors que la Première Guerre mondiale fait encore rage. Les autorités portuaires d’Halifax et de Québec, où accostent les navires ramenant les blessés et les malades, notent les premiers cas et avertissent les autorités sanitaires fédérales de la situation.

Rapidement, les autorités fédérales procèdent à l’examen médical des passagers des navires en provenance d’Europe et imposent la quarantaine à ceux sur lesquels on trouvait des cas de grippe. En gros, ils prennent alors les mêmes mesures sanitaires que celles mises en place au 19e siècle lors des épidémies de choléra. Mais les navires à voile ont fait place aux transatlantiques remplis de milliers de soldats partant vers le front ou en revenant. Les quatre stations de quarantaine du Canada ne suffisent donc pas à freiner l’épidémie, malgré tous les efforts des médecins qui tentent de la contenir.

Dès l’automne 1918, la grippe se répand dans la population comme une traînée de poudre. Les hôpitaux débordent bientôt et peuvent difficilement recevoir plus de patients. Beaucoup de personnes sont donc soignées à la maison ou dans des installations de fortune, comme des hôpitaux militaires mobiles. Le personnel médical, débordé, est également touché par la grippe. Ainsi, ce sont souvent les
parents ou les amis qui doivent prendre soin des malades, ce qui n’aide pas à enrayer la contagion.

Croquis montrant les différentes composantes d’un hôpital mobile.

Plan d’un hôpital mobile proposé par la firme I. H. Bogart & Son de Boston, aux États-Unis. RG29 vol. 300 (e011165378-045)

Mais bientôt, le nombre de morts augmente si rapidement qu’il y a même une liste d’attente pour… les inhumations au cimetière. Partout au pays, les autorités sanitaires mettent en place des règlements pour tenter de freiner la propagation de la terrible grippe. Les écoles, les salles de spectacle et les cinémas, les bibliothèques, bref, presque tous les lieux publics – et parfois même les églises – ferment leurs portes. Beaucoup de personnes portent un masque pour tenter de se protéger, et ceux qui osent cracher sont vertement réprimandés. Car bien qu’on ne puisse stopper l’épidémie, on sait déjà que c’est une grippe et que le virus se propage dans l’air pour se transmettre d’un individu à un autre.

Photo noir et blanc montrant trois hommes portant des masques hygiéniques.

Hommes portant un masque durant l’épidémie de grippe espagnole. (a025025)

Foudroyante, la grippe s’attaque aux personnes dans la fleur de l’âge : elle provoque une importante poussée de fièvre qui affaiblit le système immunitaire et diminue les résistances naturelles du corps. La majorité des décès surviennent à la suite de complications, notamment la pneumonie.

Des soldats revenus au pays après la fin de la guerre trouvent leur famille décimée. C’est le cas du soldat Arthur-Joseph Lapointe, le père de Jean Lapointe, sénateur à la retraite. Dans ses mémoires intitulés Souvenirs et impressions de ma vie de soldat, 1916-1919, il raconte son retour à la maison, où son père, dont le visage s’est infiniment assombri, l’attend avec une bien triste nouvelle :

« Nous n’avons pas voulu te faire connaître toute l’étendue du malheur qui nous a frappés, car nous ignorions quand tu pourrais nous revenir et cela t’aurait rendu la vie trop pénible. La terrible épidémie de grippe t’a enlevé trois frères et deux sœurs dans l’espace de neuf jours. »

Après plusieurs mois tragiques, on dénombre les victimes : la grippe espagnole a fait plus de 20 millions de morts dans le monde, dont 50 000 au Canada – presque autant que pendant les quatre années de combat de la Première Guerre mondiale.

On reproche amplement aux autorités sanitaires fédérales l’application de mesures de quarantaine désuètes et inadéquates, ainsi que le manque de vision et de leadership. Après avoir dressé le bilan d’une intervention inefficace lors de la pandémie de grippe, le gouvernement fédéral crée le ministère de la Santé en 1919.

Des documents témoins de cette tragédie se trouvent à Bibliothèque et Archives Canada, qui s’en est inspiré pour créer un guide thématique consacré à l’épidémie de grippe espagnole.


Marcelle Cinq-Mars est archiviste principale des affaires militaires, Archives gouvernementales, Bibliothèque et Archives Canada.

Des soldats au front et des travailleurs aux usines

Par Lucie Paquet

En août 1914, les pays européens s’engagent dans une guerre qui, prévoit-on alors, sera de courte durée. Comme plusieurs pays occidentaux, le Canada se mobilise et envoie des troupes pour combattre auprès des Alliés lors de la Première Guerre mondiale. Privée en grande partie de son industrie lourde et de ses ressources minières, l’armée française manque rapidement de matériel, ce qui provoque une hausse marquée de la demande pour des produits de toutes sortes. De 1914 à 1918, le Canada intervient directement pour remédier à la situation en réquisitionnant près de 540 établissements industriels partout au pays, d’Halifax à Vancouver. Les usines métallurgiques jugées essentielles par le gouvernement sont reconverties dans la fabrication de matériel de guerre. Leurs activités sont étroitement encadrées par la Commission impériale des munitions pour soutenir l’armée, qui mandate et envoie plus de 2300 inspecteurs gouvernementaux dans les usines pour superviser, tester et évaluer l’assemblage des produits militaires. C’est dans ce contexte que The Steel Company of Canada (aujourd’hui Stelco) reconvertit une grande partie de sa production dans le matériel de guerre.

Liste manuscrite des commandes envoyées par la Commission impériale des munitions énumérant, en texte noir parfois souligné en rouge, le nombre d’obus produits par divers établissements industriels du Canada.

Liste manuscrite des commandes envoyées par la Commission impériale des munitions détaillant le nombre d’obus produits par divers établissements industriels du Canada. (e011198346)

Mais cette transformation ne se fait pas sans difficulté. Les usines n’étant pas préparées à fabriquer des armes rapidement et à assurer un haut rendement constant, les commandes sont livrées en retard et le matériel est maintes fois défectueux. La Stelco n’échappe pas à cette réalité et connaît, elle aussi, les mêmes problèmes.

Première page, de couleur rose, d’une lettre écrite en septembre 1916 par Ross H. McMaster, chef de l’usine de Montréal, à Robert Hobson, président de la Stelco, décrivant les difficultés à produire et à livrer les obus.

Lettre écrite en septembre 1916 par Ross H. McMaster, chef de l’usine de Montréal, à Robert Hobson, président de la Stelco, décrivant les difficultés à produire et à livrer les obus. (e011198359-001)

La plus grande difficulté qu’éprouve la Stelco est liée à l’approvisionnement en matière première. Il faut d’abord la découvrir et l’exploiter, puis transporter le minerai brut des mines aux usines, acquérir les machines et l’équipement requis et faire fonctionner les nouveaux hauts fourneaux, et enfin former les travailleurs à toutes les étapes de la fabrication des produits. Grâce à son usine de barres d’acier nouvellement alimentée par l’électricité, la Stelco peut commencer rapidement la production. Elle recrute des femmes pour remplacer la centaine d’ouvriers envoyés au front et achète des propriétés minières en Pennsylvanie et au Minnesota pour approvisionner ses usines en charbon et en fer. La Stelco procède aussi à la rénovation et à la modernisation de ses usines.

Tableau listant, en texte bleu et rouge, les dépenses en capital de la Stelco pour la construction de nouvelles usines et l’acquisition d’équipement additionnel.

Énoncé préparé par la Stelco faisant état des dépenses en capital pour la construction de nouvelles usines et l’acquisition d’équipement additionnel. (e011198354)

Des réseaux de transport sont construits pour acheminer les métaux bruts aux usines de transformation de la Stelco à Montréal, à Brantford, à Gananoque et à Hamilton. À cette époque, la plupart des grandes villes canadiennes sont reliées par les lignes ferroviaires du Canadien National et du Canadian Pacifique pour faciliter le transport des soldats et des produits militaires.

L’automne 1916 marque un tournant dans l’industrie sidérurgique, après deux années d’expérimentation et de production. Comme la guerre continue de faire rage en Europe, les métallurgistes et les industriels décident de tenir des rencontres stratégiques. Une première réunion de l’Association des métallurgistes a lieu à Montréal, le 25 octobre 1916; on y discute des progrès scientifiques réalisés dans la fabrication de matériel militaire. À cette occasion, la Stelco tient une exposition pour présenter ses produits.

Deux pages imprimées de la revue Canadian Mining Institute contenant des photographies noir et blanc d’obus produits par la Stelco.

Photos publiées dans la revue Canadian Mining Institute montrant des obus produits par la Stelco. (e011198345)

En 1917, la Stelco construit deux nouvelles usines à Hamilton. On y fabrique non seulement des pièces d’artillerie, mais également des panneaux d’acier pour la construction de bateaux, de wagons, de véhicules et de pièces d’avion.

La guerre s’intensifie et la demande de munitions atteint des proportions considérables. Le niveau de production augmente, ce qui provoque une réorganisation du monde du travail. Pour accélérer la production, on attribue dorénavant aux ouvriers un salaire basé sur le temps alloué à la fabrication de chaque pièce. On accorde aussi des primes aux ouvriers les plus rapides.

Tableau montrant le nombre moyen de minutes que les ouvriers consacrent à l’exécution de chaque étape de la fabrication d’une pièce d’obus de 9,2 pouces, ainsi que le nombre estimatif de minutes normalement requises pour effectuer chaque tâche.

Tableau montrant le nombre moyen de minutes que les ouvriers consacrent à l’exécution de chaque étape de la fabrication d’une pièce d’obus de 9,2 pouces, ainsi que le nombre estimatif de minutes normalement requises pour effectuer chaque tâche. (e011198358)

Photographie noir et blanc montrant l’intérieur d’une usine de fabrication de munitions et de fils barbelés, en 1916.

Vue de l’intérieur d’une usine de fabrication de munitions et de fils barbelés, en 1916. (e011198375)

Cet effort de guerre fait naître un grand sentiment de fraternité et de patriotisme, et les ouvriers remettent à plus tard leurs revendications. Un message écrit par le surintendant du département des obus est prononcé le 4 janvier 1917; il montre bien la pression exercée dans les usines et le rôle déterminant des ouvriers.

Lettre manuscrite écrite par E. Frankland, surintendant, à l’intention des employés du département des obus de la Stelco.

Lettre manuscrite rédigée par E. Frankland, surintendant, à l’intention des employés du département des obus de la Stelco. (e011198368; une version anglaise de cette lettre est aussi disponible : e011198367)

Plus d’une centaine d’ouvriers de l’aciérie vont combattre dans les tranchées; la plupart d’entre eux sont envoyés en France. Cette liste datée du 16 novembre 1918 donne le nom et le grade de chaque ouvrier envoyé au combat, le nom de son bataillon ou régiment, ainsi que son dernier point d’attache connu.

Quatre pages dactylographiées listant les ouvriers de la Stelco envoyés au combat pendant la Première Guerre mondiale, de 1914 à 1918.

Liste des ouvriers de la Stelco envoyés au combat pendant la Première Guerre mondiale, de 1914 à 1918. (e011198365)

Les campagnes de financement s’organisent pendant la guerre, pour venir en aide aux soldats et à leurs familles. Les ouvriers y contribuent en versant une partie de leur salaire au Fonds patriotique canadien.

Page couverture, en noir et blanc, et pages 23 et 24, en noir et rouge, d’un registre indiquant les sommes versées au Fonds patriotique canadien.

Page couverture et pages 23 et 24 d’un registre des sommes versées au Fonds patriotique canadien. (e0111983867 et e011198385)

Le travail des ouvriers en usine est très exigeant. Même si elles nécessitent une grande précision, les tâches sont répétitives et doivent être effectuées rapidement à la chaîne.

À gauche, photographie noir et blanc d’ouvriers travaillant dans une chaîne de fabrication d’obus. À droite, formulaire bleu de la Commission impériale des munitions montrant les progrès réalisés par une chaîne de production au cours d’une semaine donnée.

À gauche, des ouvriers de la Stelco travaillant dans une chaîne de fabrication d’obus de 9,2 pouces. À droite, un formulaire de la Commission impériale des munitions décrivant les progrès réalisés par une chaîne de production au cours d’une semaine donnée. (e011198374 et e011198362)

Les produits sont lourds et leur manipulation est dangereuse. Les ouvriers fondent l’acier dans les hauts fourneaux, puis le coule dans des moules rectangulaires. Munis de pinces, ils retirent les lingots d’acier encore brûlants et les déposent sur des wagonnets. Les lingots sont ensuite transportés à la forge, où ils sont roulés en barres rondes selon les dimensions requises pour former les différents tubes d’obus.

Photographie noir et blanc montrant un ouvrier manipulant un lingot d’acier brûlant à l’aide de longues pinces.

Reproduction d’une photographie d’un ouvrier retirant d’une presse de 500 tonnes, à l’aide de longues pinces, un lingot d’acier brûlant de 80 livres. (e01118391)

Photographie noir et blanc montrant des ouvriers debout près de centaines de cylindres d’obus.

Des ouvriers de la Stelco posent fièrement près de centaines de cylindres d’obus fabriqués à partir d’acier fondu. (e01118373)

Une quantité considérable de barres d’acier est produite pour fabriquer des obus de 9,2 pouces, de 8 pouces, de 6,45 pouces et de 4,5 pouces.

Photographie noir et blanc montrant l’intérieur d’une usine d’obus, à Montréal, le 12 mai 1916.

Vue de l’intérieur de l’usine d’obus de la Stelco sur la rue Notre-Dame, à Montréal, le 12 mai 1916. (e01118377)

En 1915, les usines de la Stelco de Brantford, en Ontario, et de la rue Notre-Dame, à Montréal, forgent quelque 119 000 obus. La production combinée de ces deux usines passe à 537 555 obus en 1917, puis atteint 1 312 616 obus en 1918. C’est sous grande pression que les usines du Canada continuent de transformer des millions de tonnes d’acier en matériel militaire jusqu’à la signature, en novembre 1918, de l’Armistice qui met fin à la Première Guerre mondiale.


Lucie Paquet est archiviste principale à la Division Science, gouvernance et politique de Bibliothèque et Archives Canada.

Le sergent Hugh Cairns, VC

Par Ashley Dunk

Dans sa série de blogues sur les récipiendaires de la Croix de Victoria, Bibliothèque et Archives Canada souligne les actes d’héroïsme de soldats canadiens posés il y a exactement 100 ans sur un champ de bataille. Aujourd’hui, nous honorons le sergent Hugh Cairns, dernier soldat canadien de la Première Guerre mondiale à avoir reçu la Croix de Victoria, pour la bravoure dont il a fait preuve à Valenciennes, en France.

Photo noir et blanc d’un soldat en uniforme, assis.

Le sergent Hugh Cairns, récipiendaire de la Croix de Victoria, sans date (a006735)

Hugh Cairns naît à Ashington, une banlieue de Newcastle-upon-Tyne, en Angleterre, le 4 décembre 1896. Sa famille immigre au Canada et s’installe à Saskatoon, en Saskatchewan. Il est plombier lorsque la guerre éclate. Le 2 août 2015, il s’enrôle à Saskatoon, suivi neuf jours plus tard par son frère aîné Albert. Tous deux se joignent au 65e Bataillon du Corps expéditionnaire canadien, lequel est intégré au 46e Bataillon le 30 juin 1916. Deux ans plus tard, soit le 10 septembre 1918, Albert succombe aux blessures qu’un obus lui a infligées à la tête.

Hugh Cairns sert en France, prouvant à plusieurs occasions sa détermination et sa résilience. Il est soldat quand il reçoit la Médaille de conduite distinguée le 25 août 1917. Il sera promu caporal à l’été 1918, puis sergent trois mois plus tard.

Photo noir et blanc d’un soldat en uniforme, dos à l’appareil photo, se tenant au milieu des décombres devant un bâtiment détruit. On aperçoit à gauche une charrette avec une grosse roue.

Un poste canadien à Valenciennes, novembre 1918 (a003355)

D’octobre à novembre 1918, les Canadiens poursuivent leur assaut sur les lignes allemandes. Malgré les efforts tenaces déployés par les Allemands pour protéger leurs lignes de retraite, les Alliés leur infligent de lourdes pertes, capturant des milliers de prisonniers et progressant de plusieurs dizaines de kilomètres. Le 1er novembre 1918, les Allemands s’accrochent à la ville de Valenciennes et conservent leur position de force près de Marly, une commune voisine.

L’attaque menée par la Compagnie A du 46e Bataillon afin de reprendre Valenciennes mise sur un assaut mené par un front de deux pelotons, avec l’appui d’un peloton de soutien dirigé par Cairns. Le barrage canadien est lancé à 5 h 15. Les pelotons avancent vers leur objectif, mais après 500 mètres, ils sont assaillis par les tirs nourris de mitrailleuses sur leur flanc gauche. Ils poursuivent néanmoins leur avancée, écrasant la résistance des mitrailleuses allemandes, faisant des prisonniers et capturant des armes.

Photo noir et blanc de bâtiments en ruines dont les murs sont criblés de trous. Le sol est couvert de débris, de boue et de roches. Quatre soldats, de dos, s’éloignent de l’objectif après avoir traversé un pont improvisé fait de débris.

Des Canadiens pénètrent Valenciennes en franchissant un pont improvisé, novembre 1918 (a003376)

Alors que la Compagnie progresse pas à pas, elle est soudainement immobilisée par les tirs intenses d’une mitrailleuse. Bravant le feu ennemi, Cairns et d’autres soldats la contournent. Ils rampent jusqu’à la batterie, protégés par leurs propres mitrailleurs, et capturent trois canons de campagne, un mortier de tranchée, sept mitrailleuses et plus de 50 prisonniers. Cairns et ses hommes se dirigent ensuite vers la voie ferrée pour s’en emparer et y établir une position.

Cairns part ensuite inspecter une usine située à proximité. Un soldat allemand, armé d’un fusil automatique, ouvre alors le feu en sa direction. Cairns riposte avec sa mitrailleuse Lewis : il s’élance vers l’ennemi et tire, tuant et blessant de nombreux Allemands qui se dirigeaient vers une cour avoisinante.

Photo noir et blanc d’une gare à l’architecture ouvragée, mais maintenant affaissée, avec des fenêtres brisées et des murs manquants. Le sol, séparé diagonalement par des rails, inondé et encombré de planches et de débris.

La gare inondée de Valenciennes, novembre 1918 (a003452)

Puis, en patrouille dans Marly, Cairns et un autre soldat débusquent 50 Allemands dans une cour et les font prisonniers. Alors qu’ils leur confisquent leurs armes, un officier allemand s’empare de son pistolet et tire sur Cairns, l’atteignant en plein ventre. Cairns ouvre le feu à son tour, tuant ou blessant une trentaine d’Allemands. La riposte ne se fait pas attendre : les autres soldats s’élancent vers Cairns en ouvrant le feu. Cairns est atteint au poignet, mais continue malgré tout à manier sa mitrailleuse Lewis. Une autre balle lui arrache presque la main et détruit son arme. Cairns lance alors sa mitrailleuse, maintenant inutile, au visage d’un soldat allemand qui tirait sur lui, le faisant tomber. Avec le peu de force qui lui reste, il titube jusqu’à une entrée, où il s’effondre avant d’être transporté en lieu sûr par ses

Photo noir et blanc d’un groupe de personnes se tenant devant un bâtiment dont la porte est ouverte. Des femmes portant de grandes coiffes blanches serrent la main de soldats en uniforme. De chaque côté, des groupes d’hommes et de femmes en habits civils sourient en regardant l’objectif. À l’arrière, quelqu’un tient un drapeau de la France.

Des religieuses et des civils français de Valenciennes accueillent les premiers Canadiens qui entrent dans la ville, novembre 1918 (a003578)

L’héroïsme et l’abnégation dont Cairns a fait preuve sont relatés à de multiples reprises dans les journaux de guerre du 46e Bataillon de novembre 1918 (pp. 21, 22, 23). Cairns fait partie des nombreux hommes dont les actes courageux posés à Valenciennes ont été reconnus. Grâce à lui, sa Compagnie a pu atteindre ses objectifs : au terme de cette journée de combats, le Corps canadien a capturé environ 1800 soldats allemands et en a tué plus de 800. Les pertes du côté des Canadiens se chiffrent à 80 hommes décédés (dont Cairns) et à environ 300 soldats blessés.

Photo noir et blanc d’une femme vêtue d’un chemisier blanc, embrassant sur la joue un soldat en uniforme qu’elle tient dans ses bras.

Femme française embrassant un soldat canadien après que les troupes aient chassé les Allemands de Valenciennes, novembre 1918 (a003451)

Cairns succombe à ses blessures le 2 novembre 1918 et reçoit la Croix de Victoria à titre posthume. Il est enterré au cimetière britannique d’Auberchicourt, dans le nord de la France.

L’histoire a retenu le nom et la bravoure de Cairns. En son honneur, la ville de Valenciennes a rebaptisé l’une de ses rues principales « avenue du Sergent Cairns », organisant une cérémonie civile le 25 juillet 1936, cérémonie à laquelle les parents de Cairns ont assisté. On retrouve également à Saskatoon l’école primaire Hugh Cairns V.C., ainsi que le manège militaire Sergeant Hugh Cairns VC (le manège du 35e Régiment du génie de combat).

La Croix de Victoria décernée à Hugh Cairns est exposée au Musée canadien de la guerre, à Ottawa (Ontario).

Bibliothèque et Archives Canada conserve le dossier de service numérisé du sergent Hugh Cairns.


Ashley Dunk est assistante de projet à la Division du contenu en ligne de la Direction générale des services au public de Bibliothèque et Archives Canada.