L’épidémie de grippe espagnole de 1918

Par Marcelle Cinq-Mars

À la fin de la Première Guerre mondiale, au moment où les troupes canadiennes participent aux cent jours du Canada, un nouvel ennemi – encore plus coriace que l’Allemagne du kaiser – s’attaque aux soldats et aux civils, faisant fi des frontières.

En quelques mois à peine, l’épidémie de grippe de 1918 s’étend à pratiquement toute la planète, prenant ainsi les proportions d’une pandémie. On l’appelle « grippe espagnole » car les journaux espagnols, non restreints par la censure en temps de guerre, sont les premiers à rapporter publiquement les signes de l’épidémie en Europe.

Les historiens ne s’entendent pas sur le lieu d’origine exact de la grippe de 1918. Ils s’accordent cependant pour dire que la contagion fulgurante du fléau est alors amplifiée par la présence d’un très grand nombre de soldats dans les camps militaires, lieux qui deviennent ainsi des foyers par excellence d’incubation du virus. Le retour des soldats dans leur pays d’origine intensifie la propagation de la grippe.

Le Canada connaît ses premiers cas graves de grippe vers la fin de l’été 1918, alors que la Première Guerre mondiale fait encore rage. Les autorités portuaires d’Halifax et de Québec, où accostent les navires ramenant les blessés et les malades, notent les premiers cas et avertissent les autorités sanitaires fédérales de la situation.

Rapidement, les autorités fédérales procèdent à l’examen médical des passagers des navires en provenance d’Europe et imposent la quarantaine à ceux sur lesquels on trouvait des cas de grippe. En gros, ils prennent alors les mêmes mesures sanitaires que celles mises en place au 19e siècle lors des épidémies de choléra. Mais les navires à voile ont fait place aux transatlantiques remplis de milliers de soldats partant vers le front ou en revenant. Les quatre stations de quarantaine du Canada ne suffisent donc pas à freiner l’épidémie, malgré tous les efforts des médecins qui tentent de la contenir.

Dès l’automne 1918, la grippe se répand dans la population comme une traînée de poudre. Les hôpitaux débordent bientôt et peuvent difficilement recevoir plus de patients. Beaucoup de personnes sont donc soignées à la maison ou dans des installations de fortune, comme des hôpitaux militaires mobiles. Le personnel médical, débordé, est également touché par la grippe. Ainsi, ce sont souvent les
parents ou les amis qui doivent prendre soin des malades, ce qui n’aide pas à enrayer la contagion.

Croquis montrant les différentes composantes d’un hôpital mobile.

Plan d’un hôpital mobile proposé par la firme I. H. Bogart & Son de Boston, aux États-Unis. RG29 vol. 300 (e011165378-045)

Mais bientôt, le nombre de morts augmente si rapidement qu’il y a même une liste d’attente pour… les inhumations au cimetière. Partout au pays, les autorités sanitaires mettent en place des règlements pour tenter de freiner la propagation de la terrible grippe. Les écoles, les salles de spectacle et les cinémas, les bibliothèques, bref, presque tous les lieux publics – et parfois même les églises – ferment leurs portes. Beaucoup de personnes portent un masque pour tenter de se protéger, et ceux qui osent cracher sont vertement réprimandés. Car bien qu’on ne puisse stopper l’épidémie, on sait déjà que c’est une grippe et que le virus se propage dans l’air pour se transmettre d’un individu à un autre.

Photo noir et blanc montrant trois hommes portant des masques hygiéniques.

Hommes portant un masque durant l’épidémie de grippe espagnole. (a025025)

Foudroyante, la grippe s’attaque aux personnes dans la fleur de l’âge : elle provoque une importante poussée de fièvre qui affaiblit le système immunitaire et diminue les résistances naturelles du corps. La majorité des décès surviennent à la suite de complications, notamment la pneumonie.

Des soldats revenus au pays après la fin de la guerre trouvent leur famille décimée. C’est le cas du soldat Arthur-Joseph Lapointe, le père de Jean Lapointe, sénateur à la retraite. Dans ses mémoires intitulés Souvenirs et impressions de ma vie de soldat, 1916-1919, il raconte son retour à la maison, où son père, dont le visage s’est infiniment assombri, l’attend avec une bien triste nouvelle :

« Nous n’avons pas voulu te faire connaître toute l’étendue du malheur qui nous a frappés, car nous ignorions quand tu pourrais nous revenir et cela t’aurait rendu la vie trop pénible. La terrible épidémie de grippe t’a enlevé trois frères et deux sœurs dans l’espace de neuf jours. »

Après plusieurs mois tragiques, on dénombre les victimes : la grippe espagnole a fait plus de 20 millions de morts dans le monde, dont 50 000 au Canada – presque autant que pendant les quatre années de combat de la Première Guerre mondiale.

On reproche amplement aux autorités sanitaires fédérales l’application de mesures de quarantaine désuètes et inadéquates, ainsi que le manque de vision et de leadership. Après avoir dressé le bilan d’une intervention inefficace lors de la pandémie de grippe, le gouvernement fédéral crée le ministère de la Santé en 1919.

Des documents témoins de cette tragédie se trouvent à Bibliothèque et Archives Canada, qui s’en est inspiré pour créer un guide thématique consacré à l’épidémie de grippe espagnole.


Marcelle Cinq-Mars est archiviste principale des affaires militaires, Archives gouvernementales, Bibliothèque et Archives Canada.

Des soldats au front et des travailleurs aux usines

Par Lucie Paquet

En août 1914, les pays européens s’engagent dans une guerre qui, prévoit-on alors, sera de courte durée. Comme plusieurs pays occidentaux, le Canada se mobilise et envoie des troupes pour combattre auprès des Alliés lors de la Première Guerre mondiale. Privée en grande partie de son industrie lourde et de ses ressources minières, l’armée française manque rapidement de matériel, ce qui provoque une hausse marquée de la demande pour des produits de toutes sortes. De 1914 à 1918, le Canada intervient directement pour remédier à la situation en réquisitionnant près de 540 établissements industriels partout au pays, d’Halifax à Vancouver. Les usines métallurgiques jugées essentielles par le gouvernement sont reconverties dans la fabrication de matériel de guerre. Leurs activités sont étroitement encadrées par la Commission impériale des munitions pour soutenir l’armée, qui mandate et envoie plus de 2300 inspecteurs gouvernementaux dans les usines pour superviser, tester et évaluer l’assemblage des produits militaires. C’est dans ce contexte que The Steel Company of Canada (aujourd’hui Stelco) reconvertit une grande partie de sa production dans le matériel de guerre.

Liste manuscrite des commandes envoyées par la Commission impériale des munitions énumérant, en texte noir parfois souligné en rouge, le nombre d’obus produits par divers établissements industriels du Canada.

Liste manuscrite des commandes envoyées par la Commission impériale des munitions détaillant le nombre d’obus produits par divers établissements industriels du Canada. (e011198346)

Mais cette transformation ne se fait pas sans difficulté. Les usines n’étant pas préparées à fabriquer des armes rapidement et à assurer un haut rendement constant, les commandes sont livrées en retard et le matériel est maintes fois défectueux. La Stelco n’échappe pas à cette réalité et connaît, elle aussi, les mêmes problèmes.

Première page, de couleur rose, d’une lettre écrite en septembre 1916 par Ross H. McMaster, chef de l’usine de Montréal, à Robert Hobson, président de la Stelco, décrivant les difficultés à produire et à livrer les obus.

Lettre écrite en septembre 1916 par Ross H. McMaster, chef de l’usine de Montréal, à Robert Hobson, président de la Stelco, décrivant les difficultés à produire et à livrer les obus. (e011198359-001)

La plus grande difficulté qu’éprouve la Stelco est liée à l’approvisionnement en matière première. Il faut d’abord la découvrir et l’exploiter, puis transporter le minerai brut des mines aux usines, acquérir les machines et l’équipement requis et faire fonctionner les nouveaux hauts fourneaux, et enfin former les travailleurs à toutes les étapes de la fabrication des produits. Grâce à son usine de barres d’acier nouvellement alimentée par l’électricité, la Stelco peut commencer rapidement la production. Elle recrute des femmes pour remplacer la centaine d’ouvriers envoyés au front et achète des propriétés minières en Pennsylvanie et au Minnesota pour approvisionner ses usines en charbon et en fer. La Stelco procède aussi à la rénovation et à la modernisation de ses usines.

Tableau listant, en texte bleu et rouge, les dépenses en capital de la Stelco pour la construction de nouvelles usines et l’acquisition d’équipement additionnel.

Énoncé préparé par la Stelco faisant état des dépenses en capital pour la construction de nouvelles usines et l’acquisition d’équipement additionnel. (e011198354)

Des réseaux de transport sont construits pour acheminer les métaux bruts aux usines de transformation de la Stelco à Montréal, à Brantford, à Gananoque et à Hamilton. À cette époque, la plupart des grandes villes canadiennes sont reliées par les lignes ferroviaires du Canadien National et du Canadian Pacifique pour faciliter le transport des soldats et des produits militaires.

L’automne 1916 marque un tournant dans l’industrie sidérurgique, après deux années d’expérimentation et de production. Comme la guerre continue de faire rage en Europe, les métallurgistes et les industriels décident de tenir des rencontres stratégiques. Une première réunion de l’Association des métallurgistes a lieu à Montréal, le 25 octobre 1916; on y discute des progrès scientifiques réalisés dans la fabrication de matériel militaire. À cette occasion, la Stelco tient une exposition pour présenter ses produits.

Deux pages imprimées de la revue Canadian Mining Institute contenant des photographies noir et blanc d’obus produits par la Stelco.

Photos publiées dans la revue Canadian Mining Institute montrant des obus produits par la Stelco. (e011198345)

En 1917, la Stelco construit deux nouvelles usines à Hamilton. On y fabrique non seulement des pièces d’artillerie, mais également des panneaux d’acier pour la construction de bateaux, de wagons, de véhicules et de pièces d’avion.

La guerre s’intensifie et la demande de munitions atteint des proportions considérables. Le niveau de production augmente, ce qui provoque une réorganisation du monde du travail. Pour accélérer la production, on attribue dorénavant aux ouvriers un salaire basé sur le temps alloué à la fabrication de chaque pièce. On accorde aussi des primes aux ouvriers les plus rapides.

Tableau montrant le nombre moyen de minutes que les ouvriers consacrent à l’exécution de chaque étape de la fabrication d’une pièce d’obus de 9,2 pouces, ainsi que le nombre estimatif de minutes normalement requises pour effectuer chaque tâche.

Tableau montrant le nombre moyen de minutes que les ouvriers consacrent à l’exécution de chaque étape de la fabrication d’une pièce d’obus de 9,2 pouces, ainsi que le nombre estimatif de minutes normalement requises pour effectuer chaque tâche. (e011198358)

Photographie noir et blanc montrant l’intérieur d’une usine de fabrication de munitions et de fils barbelés, en 1916.

Vue de l’intérieur d’une usine de fabrication de munitions et de fils barbelés, en 1916. (e011198375)

Cet effort de guerre fait naître un grand sentiment de fraternité et de patriotisme, et les ouvriers remettent à plus tard leurs revendications. Un message écrit par le surintendant du département des obus est prononcé le 4 janvier 1917; il montre bien la pression exercée dans les usines et le rôle déterminant des ouvriers.

Lettre manuscrite écrite par E. Frankland, surintendant, à l’intention des employés du département des obus de la Stelco.

Lettre manuscrite rédigée par E. Frankland, surintendant, à l’intention des employés du département des obus de la Stelco. (e011198368; une version anglaise de cette lettre est aussi disponible : e011198367)

Plus d’une centaine d’ouvriers de l’aciérie vont combattre dans les tranchées; la plupart d’entre eux sont envoyés en France. Cette liste datée du 16 novembre 1918 donne le nom et le grade de chaque ouvrier envoyé au combat, le nom de son bataillon ou régiment, ainsi que son dernier point d’attache connu.

Quatre pages dactylographiées listant les ouvriers de la Stelco envoyés au combat pendant la Première Guerre mondiale, de 1914 à 1918.

Liste des ouvriers de la Stelco envoyés au combat pendant la Première Guerre mondiale, de 1914 à 1918. (e011198365)

Les campagnes de financement s’organisent pendant la guerre, pour venir en aide aux soldats et à leurs familles. Les ouvriers y contribuent en versant une partie de leur salaire au Fonds patriotique canadien.

Page couverture, en noir et blanc, et pages 23 et 24, en noir et rouge, d’un registre indiquant les sommes versées au Fonds patriotique canadien.

Page couverture et pages 23 et 24 d’un registre des sommes versées au Fonds patriotique canadien. (e0111983867 et e011198385)

Le travail des ouvriers en usine est très exigeant. Même si elles nécessitent une grande précision, les tâches sont répétitives et doivent être effectuées rapidement à la chaîne.

À gauche, photographie noir et blanc d’ouvriers travaillant dans une chaîne de fabrication d’obus. À droite, formulaire bleu de la Commission impériale des munitions montrant les progrès réalisés par une chaîne de production au cours d’une semaine donnée.

À gauche, des ouvriers de la Stelco travaillant dans une chaîne de fabrication d’obus de 9,2 pouces. À droite, un formulaire de la Commission impériale des munitions décrivant les progrès réalisés par une chaîne de production au cours d’une semaine donnée. (e011198374 et e011198362)

Les produits sont lourds et leur manipulation est dangereuse. Les ouvriers fondent l’acier dans les hauts fourneaux, puis le coule dans des moules rectangulaires. Munis de pinces, ils retirent les lingots d’acier encore brûlants et les déposent sur des wagonnets. Les lingots sont ensuite transportés à la forge, où ils sont roulés en barres rondes selon les dimensions requises pour former les différents tubes d’obus.

Photographie noir et blanc montrant un ouvrier manipulant un lingot d’acier brûlant à l’aide de longues pinces.

Reproduction d’une photographie d’un ouvrier retirant d’une presse de 500 tonnes, à l’aide de longues pinces, un lingot d’acier brûlant de 80 livres. (e01118391)

Photographie noir et blanc montrant des ouvriers debout près de centaines de cylindres d’obus.

Des ouvriers de la Stelco posent fièrement près de centaines de cylindres d’obus fabriqués à partir d’acier fondu. (e01118373)

Une quantité considérable de barres d’acier est produite pour fabriquer des obus de 9,2 pouces, de 8 pouces, de 6,45 pouces et de 4,5 pouces.

Photographie noir et blanc montrant l’intérieur d’une usine d’obus, à Montréal, le 12 mai 1916.

Vue de l’intérieur de l’usine d’obus de la Stelco sur la rue Notre-Dame, à Montréal, le 12 mai 1916. (e01118377)

En 1915, les usines de la Stelco de Brantford, en Ontario, et de la rue Notre-Dame, à Montréal, forgent quelque 119 000 obus. La production combinée de ces deux usines passe à 537 555 obus en 1917, puis atteint 1 312 616 obus en 1918. C’est sous grande pression que les usines du Canada continuent de transformer des millions de tonnes d’acier en matériel militaire jusqu’à la signature, en novembre 1918, de l’Armistice qui met fin à la Première Guerre mondiale.


Lucie Paquet est archiviste principale à la Division Science, gouvernance et politique de Bibliothèque et Archives Canada.

Le sergent Hugh Cairns, VC

Par Ashley Dunk

Dans sa série de blogues sur les récipiendaires de la Croix de Victoria, Bibliothèque et Archives Canada souligne les actes d’héroïsme de soldats canadiens posés il y a exactement 100 ans sur un champ de bataille. Aujourd’hui, nous honorons le sergent Hugh Cairns, dernier soldat canadien de la Première Guerre mondiale à avoir reçu la Croix de Victoria, pour la bravoure dont il a fait preuve à Valenciennes, en France.

Photo noir et blanc d’un soldat en uniforme, assis.

Le sergent Hugh Cairns, récipiendaire de la Croix de Victoria, sans date (a006735)

Hugh Cairns naît à Ashington, une banlieue de Newcastle-upon-Tyne, en Angleterre, le 4 décembre 1896. Sa famille immigre au Canada et s’installe à Saskatoon, en Saskatchewan. Il est plombier lorsque la guerre éclate. Le 2 août 2015, il s’enrôle à Saskatoon, suivi neuf jours plus tard par son frère aîné Albert. Tous deux se joignent au 65e Bataillon du Corps expéditionnaire canadien, lequel est intégré au 46e Bataillon le 30 juin 1916. Deux ans plus tard, soit le 10 septembre 1918, Albert succombe aux blessures qu’un obus lui a infligées à la tête.

Hugh Cairns sert en France, prouvant à plusieurs occasions sa détermination et sa résilience. Il est soldat quand il reçoit la Médaille de conduite distinguée le 25 août 1917. Il sera promu caporal à l’été 1918, puis sergent trois mois plus tard.

Photo noir et blanc d’un soldat en uniforme, dos à l’appareil photo, se tenant au milieu des décombres devant un bâtiment détruit. On aperçoit à gauche une charrette avec une grosse roue.

Un poste canadien à Valenciennes, novembre 1918 (a003355)

D’octobre à novembre 1918, les Canadiens poursuivent leur assaut sur les lignes allemandes. Malgré les efforts tenaces déployés par les Allemands pour protéger leurs lignes de retraite, les Alliés leur infligent de lourdes pertes, capturant des milliers de prisonniers et progressant de plusieurs dizaines de kilomètres. Le 1er novembre 1918, les Allemands s’accrochent à la ville de Valenciennes et conservent leur position de force près de Marly, une commune voisine.

L’attaque menée par la Compagnie A du 46e Bataillon afin de reprendre Valenciennes mise sur un assaut mené par un front de deux pelotons, avec l’appui d’un peloton de soutien dirigé par Cairns. Le barrage canadien est lancé à 5 h 15. Les pelotons avancent vers leur objectif, mais après 500 mètres, ils sont assaillis par les tirs nourris de mitrailleuses sur leur flanc gauche. Ils poursuivent néanmoins leur avancée, écrasant la résistance des mitrailleuses allemandes, faisant des prisonniers et capturant des armes.

Photo noir et blanc de bâtiments en ruines dont les murs sont criblés de trous. Le sol est couvert de débris, de boue et de roches. Quatre soldats, de dos, s’éloignent de l’objectif après avoir traversé un pont improvisé fait de débris.

Des Canadiens pénètrent Valenciennes en franchissant un pont improvisé, novembre 1918 (a003376)

Alors que la Compagnie progresse pas à pas, elle est soudainement immobilisée par les tirs intenses d’une mitrailleuse. Bravant le feu ennemi, Cairns et d’autres soldats la contournent. Ils rampent jusqu’à la batterie, protégés par leurs propres mitrailleurs, et capturent trois canons de campagne, un mortier de tranchée, sept mitrailleuses et plus de 50 prisonniers. Cairns et ses hommes se dirigent ensuite vers la voie ferrée pour s’en emparer et y établir une position.

Cairns part ensuite inspecter une usine située à proximité. Un soldat allemand, armé d’un fusil automatique, ouvre alors le feu en sa direction. Cairns riposte avec sa mitrailleuse Lewis : il s’élance vers l’ennemi et tire, tuant et blessant de nombreux Allemands qui se dirigeaient vers une cour avoisinante.

Photo noir et blanc d’une gare à l’architecture ouvragée, mais maintenant affaissée, avec des fenêtres brisées et des murs manquants. Le sol, séparé diagonalement par des rails, inondé et encombré de planches et de débris.

La gare inondée de Valenciennes, novembre 1918 (a003452)

Puis, en patrouille dans Marly, Cairns et un autre soldat débusquent 50 Allemands dans une cour et les font prisonniers. Alors qu’ils leur confisquent leurs armes, un officier allemand s’empare de son pistolet et tire sur Cairns, l’atteignant en plein ventre. Cairns ouvre le feu à son tour, tuant ou blessant une trentaine d’Allemands. La riposte ne se fait pas attendre : les autres soldats s’élancent vers Cairns en ouvrant le feu. Cairns est atteint au poignet, mais continue malgré tout à manier sa mitrailleuse Lewis. Une autre balle lui arrache presque la main et détruit son arme. Cairns lance alors sa mitrailleuse, maintenant inutile, au visage d’un soldat allemand qui tirait sur lui, le faisant tomber. Avec le peu de force qui lui reste, il titube jusqu’à une entrée, où il s’effondre avant d’être transporté en lieu sûr par ses

Photo noir et blanc d’un groupe de personnes se tenant devant un bâtiment dont la porte est ouverte. Des femmes portant de grandes coiffes blanches serrent la main de soldats en uniforme. De chaque côté, des groupes d’hommes et de femmes en habits civils sourient en regardant l’objectif. À l’arrière, quelqu’un tient un drapeau de la France.

Des religieuses et des civils français de Valenciennes accueillent les premiers Canadiens qui entrent dans la ville, novembre 1918 (a003578)

L’héroïsme et l’abnégation dont Cairns a fait preuve sont relatés à de multiples reprises dans les journaux de guerre du 46e Bataillon de novembre 1918 (pp. 21, 22, 23). Cairns fait partie des nombreux hommes dont les actes courageux posés à Valenciennes ont été reconnus. Grâce à lui, sa Compagnie a pu atteindre ses objectifs : au terme de cette journée de combats, le Corps canadien a capturé environ 1800 soldats allemands et en a tué plus de 800. Les pertes du côté des Canadiens se chiffrent à 80 hommes décédés (dont Cairns) et à environ 300 soldats blessés.

Photo noir et blanc d’une femme vêtue d’un chemisier blanc, embrassant sur la joue un soldat en uniforme qu’elle tient dans ses bras.

Femme française embrassant un soldat canadien après que les troupes aient chassé les Allemands de Valenciennes, novembre 1918 (a003451)

Cairns succombe à ses blessures le 2 novembre 1918 et reçoit la Croix de Victoria à titre posthume. Il est enterré au cimetière britannique d’Auberchicourt, dans le nord de la France.

L’histoire a retenu le nom et la bravoure de Cairns. En son honneur, la ville de Valenciennes a rebaptisé l’une de ses rues principales « avenue du Sergent Cairns », organisant une cérémonie civile le 25 juillet 1936, cérémonie à laquelle les parents de Cairns ont assisté. On retrouve également à Saskatoon l’école primaire Hugh Cairns V.C., ainsi que le manège militaire Sergeant Hugh Cairns VC (le manège du 35e Régiment du génie de combat).

La Croix de Victoria décernée à Hugh Cairns est exposée au Musée canadien de la guerre, à Ottawa (Ontario).

Bibliothèque et Archives Canada conserve le dossier de service numérisé du sergent Hugh Cairns.


Ashley Dunk est assistante de projet à la Division du contenu en ligne de la Direction générale des services au public de Bibliothèque et Archives Canada.

L’armée de zombies du Canada

Par Andrew Horrall

Le 24 octobre 1944 en matinée, une semaine avant l’Halloween, le premier ministre Mackenzie King rêve à des amis proches. Fasciné par le spiritisme, il croit y voir une signification précise : « Des personnes intéressées par des questions qui me touchent souhaitent me faire ressentir leur présence. » [Traduction du journal de William Lyon Mackenzie King, p. 1]. La journée passe, et King remarque d’autres signes lui faisant croire qu’il est guidé par l’autre monde.

À l’époque, King tente de résoudre un problème qui divise non seulement son gouvernement, mais le Canada tout entier. Au début de la Deuxième Guerre mondiale, en septembre 1939, il avait promis de ne pas imposer la conscription. Toutefois, cinq années ont passé, et l’armée canadienne a désespérément besoin de renforts en Europe. L’après-midi du 24 octobre 1944, King préside une discussion animée du Cabinet sur l’enrôlement obligatoire. Il devient particulièrement irrité lorsque Thomas Crerar, ministre des Mines et des Ressources, insiste pour que « les zombies soient envoyés à l’étranger » pour tenter de mettre un terme à la guerre. [Traduction du journal de William Lyon Mackenzie King, p. 8]

Affiche couleur d’un soldat souriant, avec la légende « Come On, pal … ENLIST! » [Allez, mon ami... ENRÔLE-TOI!].

Affiche de recrutement : « Come On, pal … ENLIST! » [Allez, mon ami… ENRÔLE-TOI!], vers 1942. (c087427k)

Vous vous demandez sans doute pourquoi le gouvernement parlait d’envoyer au front des morts-vivants cannibales! Mais la discussion du Cabinet reflète une toute autre réalité : le terme « zombie » était alors populaire au Canada, et la guerre lui avait donné un tout nouveau sens.

Bien que les zombies apparaissent aujourd’hui dans de nombreux films, livres et émissions télévisées, ils étaient beaucoup moins connus dans les années 1940, et faisaient surtout partie du folklore haïtien. Le terme désigne un automate sans cervelle et sans voix, ressuscité des morts pour effectuer des tâches manuelles.

La plupart des Nord-Américains découvrent les zombies pour la première fois dans L’Île magique : Les mystères du vaudou, un succès de librairie de 1929 dans lequel l’auteur affirme avoir rencontré de véritables zombies en Haïti. Trois ans plus tard, Hollywood adapte ce roman pour en faire un film intitulé Les Morts-vivants. Les barmans de l’époque, suivant la tendance, concotent des « zombies » : des cocktails à base de rhum, qui rendent les buveurs aussi confus que ces créatures d’outre-tombe.

L’histoire des zombies dans l’armée canadienne est plus complexe. Comme nous le disions, King avait promis en 1939 de ne pas imposer la conscription, un enjeu qui avait déjà divisé le pays en 1917, lors de la Première Guerre mondiale. Son gouvernement commence donc par recruter des volontaires pour combattre outre-mer.

En 1940, cependant, l’adoption de la Loi sur la mobilisation des ressources nationales permet d’imposer la conscription, mais seulement pour servir au Canada. Les soldats enrôlés peuvent alors demander, s’ils le souhaitent, de faire partie du service général et d’aller combattre en Europe.

Dans les camps d’entraînement militaires partout au Canada, les tensions entre les hommes du service général et les autres deviennent rapidement apparentes. Ceux qui refusent de servir à l’étranger sont ridiculisés, et surnommés « les merveilles de la feuille d’érable » (les Maple Leaf Wonders) puisqu’ils refusent de faire face au danger : ils s’occupent plutôt de tâches administratives et de la protection des côtes canadiennes.

Photo couleur de trois hommes franchissant une palissade en bois, vêtus de casques, de chemises à manches courtes, de culottes courtes, de longues chaussettes et de bottes, et portant des fusils.

Des troupes à l’entraînement, parc Lansdowne, Ottawa. (e010778708)

Les tensions politiques, sociales et militaires entourant la conscription mènent à un référendum national sur la question en avril 1942. Les Canadiens anglais votent pour, alors que les Canadiens français s’y opposent en aussi grand nombre. King, percevant cette profonde division, essaie de trouver un terrain d’entente avec le slogan « La conscription si nécessaire, mais pas nécessairement la conscription ».

Photo noir et blanc d’un homme debout derrière un lutrin, devant une foule de travailleurs. Le lutrin est recouvert d’un drapeau de l’Union royale. Des policiers font face à la foule.

James S. Duncan, président-directeur général de l’entreprise Massey-Harris, incite les travailleurs à voter en faveur de la conscription lors du référendum national, en 1942. (a164429)

Et c’est ici que nous revenons à nos morts-vivants. Au début de 1943, le terme « zombie » prend un tout nouveau sens : les hommes du service général, les femmes en uniforme et la population en général l’utilisent pour se moquer des hommes qui refusent d’aller se battre à l’étranger. On les fait passer pour des personnes lâches, passives et incapables de penser par elles-mêmes. L’image est reprise par les journaux et les magazines canadiens-anglais, qui publient des articles et des blagues sur les zombies en les associant aux éléments prétendument subversifs de la société canadienne, et qui affirment que les femmes refusent de sortir avec eux.

Une photo publiée dans le Toronto Star en janvier 1943 montre toutefois un groupe de soudeurs, sur un chantier naval, qui ont peint des visages de zombie sur leurs masques. Leur geste suggère que certains assumaient avec fierté leur décision de ne pas aller au front, et qu’ils avaient fait leur ce terme dégradant. (« Shots behind scenes in Canada’s war factories » [Photos des coulisses de l’industrie canadienne de la guerre], Toronto Star, 13 janvier 1943, p. 17).

Au Canada, les zombies s’inscrivent dans l’imaginaire collectif en juillet 1943, lorsqu’éclate une émeute sur une base militaire de Calgary. Des hommes du service général se moquent alors d’eux avec la chanson « Salute to a Zombie » [Remerciements à un zombie], une rengaine populaire dans tout le Canada. Les esprits s’échauffent, et une bataille s’ensuit. Bibliothèque et Archives Canada conserve la copie de la chanson envoyée au colonel J. L. Ralston, ministre de la Défense nationale (qui, pour sa part, recommandait vivement d’envoyer les zombies outre-mer).

Poème dactylographié, avec l’empreinte d’un timbre de caoutchouc sur le côté et du texte manuscrit au bas.

Salute to a Zombie » [Remerciements à un zombie], RG24, vol. 2197, dossier AC 54-27-63-38.

Au moment où King préside la réunion du Cabinet, une semaine avant l’Halloween de 1944, il fait face à d’intenses pressions de la part des ministres, des commandants militaires et d’une grande partie de la population. Tous veulent qu’il envoie les zombies au combat, puisque les volontaires ne suffisent pas à remplacer les soldats tombés. King résiste jusqu’en novembre, puis décide d’envoyer outre-mer 17 000 zombies. Sa décision entraîne une désertion massive, de même qu’une courte mutinerie en Colombie-Britannique. Au bout du compte, environ 2 500 zombies seront envoyés en Europe, et 69 d’entre eux y perdront la vie.

Pour toute une génération de Canadiens, surtout au Canada anglais, les zombies sont associés à une amère division sociale causée par la Deuxième Guerre mondiale. La signification moderne du terme et la présence de la créature dans la culture populaire ne feront leur apparition qu’en 1968, à la sortie du film La Nuit des morts-vivants.


Andrew Horrall est archiviste principal à la Division des archives privées de Bibliothèque et Archives Canada.

Le soldat Thomas Ricketts, VC

Par Ashley Dunk

Dans sa série de blogues sur les récipiendaires de la Croix de Victoria, Bibliothèque et Archives Canada souligne les actes d’héroïsme de soldats canadiens posés il y a exactement cent ans sur le champ de bataille. Aujourd’hui, nous honorons le soldat Thomas Ricketts, de Terre-Neuve, pour la bravoure et l’altruisme dont il a fait preuve à Ledeghem, en Belgique.

Copie noir et blanc d’une coupure de journal, au haut de laquelle est inscrit le mot « Proclamation! » en grosses majuscules.

À la recherche de recrues pour le Régiment de Terre-Neuve, The Daily News, 22 août 1914. (Source : The Rooms [en anglais])

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, en 1914, Terre-Neuve est un dominion de l’Empire britannique. Afin d’appuyer l’armée britannique et de soutenir l’effort de guerre, elle recrute une armée de volontaires, rassemblant suffisamment d’hommes pour former un bataillon : le Régiment de Terre-Neuve. (Deux autres bataillons seront plus tard mis sur pied : le 2e Bataillon de réserve, principalement posté à Ayr, en Écosse, et le 3e Bataillon, responsable du recrutement et de l’entraînement à St. John’s.) En 1917, le roi George V décernera le préfixe « Royal » au Régiment de Terre-Neuve pour souligner les actes de courage et d’héroïsme posés par ses soldats lors des batailles d’Ypres et de Cambrai, en France.

Photo sépia d’un soldat en uniforme, la Croix de Victoria et la Croix de Guerre épinglées sur sa poitrine.

: Le soldat Thomas Ricketts, récipiendaire de la Croix de Victoria, sans date. (Source : L’Encyclopédie canadienne)

Thomas Ricketts, fils de John Ricketts et d’Amelia Cassels, voit le jour le 15 avril 1901 à Middle Arm, White Bay, à Terre-Neuve. Il s’enrôle dans le 1er Bataillon du Régiment de Terre-Neuve le 2 septembre 1916, alors qu’il n’a que 15 ans. Afin d’être accepté, il inscrit « 18 ans » sur son formulaire d’engagement. Son mensonge passe inaperçu, et il joint les rangs du Corps expéditionnaire britannique. Envoyé en Angleterre, il reçoit une balle à la jambe en novembre 1917. Le temps de se remettre de sa blessure, il retrouve son régiment au printemps de l’année suivante.

Au matin du 14 octobre 1918, le 1er Bataillon est en Belgique, où il participe à l’avancée menée depuis Ledeghem (à l’est d’Ypres). Noyés sous la brume et la fumée, les soldats livrent bataille, tentant de repousser les Allemands et de s’emparer de leurs casemates et leurs armes. Lorsque la brume matinale se dissipe, ils découvrent devant eux un ruisseau, le Wulfdambeek, qu’ils doivent traverser en s’exposant aux tirs ennemis. Le régiment subit alors de lourdes pertes, avant de se retrouver cloué sur place par les bombardements ennemis. Incapable de riposter avec sa propre artillerie, il n’a d’autre choix que de neutraliser l’ennemi et de s’emparer de ses armes et de sa batterie.

Ricketts, armé d’une mitrailleuse Lewis, se porte volontaire pour s’élancer vers les Allemands en compagnie de son commandant de section. Leur objectif : contourner la batterie pour la déjouer et s’en emparer. Ils progressent lentement sous les tirs nourris des mitrailleuses, et se retrouvent rapidement à court de munitions. Ils sont alors à 300 mètres de la batterie. Les Allemands s’aperçoivent de leur vulnérabilité et déplacent leurs canonniers pour les neutraliser. Mais Ricketts détecte la manœuvre : il bat en retraite et, sous des tirs intenses, parcourt 100 mètres pour aller chercher d’autres munitions. À son retour, il manie habilement sa mitrailleuse et repousse l’ennemi jusqu’à une ferme voisine. Cette menace écartée, son peloton peut avancer sans subir de pertes : il capture quatre canons de campagne et quatre mitrailleuses, en plus de faire huit prisonniers. Une cinquième mitrailleuse sera interceptée et saisie plus tard.

Photo noir et blanc d’un soldat en uniforme, de profil.

: Le soldat Thomas Ricketts, sans date (Source : Défense nationale)

Comme le relate la London Gazette :

« Par sa présence d’esprit au moment d’anticiper les intentions de l’ennemi, et parce qu’il a fait fi de sa propre sécurité, le soldat Ricketts a pu se procurer les munitions qui ont directement contribué à ces importantes prises et, sans aucun doute, sauvé de nombreuses vies. »

(London Gazette, n° 31108, p. 309, 6 janvier 1919, en anglais. Traduction : Défense nationale et Forces canadiennes)

Ricketts survit à la guerre et est démobilisé le 17 juin 1919. Le roi George V lui avait décerné la Croix de Victoria le 19 janvier de la même année, à Sandringham, en Angleterre. Ricketts n’avait alors que 17 ans, ce qui fait de lui le plus jeune combattant à obtenir cette distinction. Il rentre à Terre-Neuve en véritable héros. Chez lui, il reprend ses études et devient pharmacien. En plus de sa Croix de Victoria, Ricketts reçoit la Croix de Guerre française ornée d’une étoile d’or pour sa bravoure.

Il s’éteint à St. John’s, à Terre-Neuve, le 21 mars 1967.

La Croix de Victoria et la Croix de Guerre de Ricketts sont exposées au Musée canadien de la guerre à Ottawa, en Ontario.

Bibliothèque et Archives Canada conserve le dossier de service numérisé du soldat Thomas Ricketts.

Étiquetez des photos et faites partie de l’histoire!

Vous pouvez étiqueter les photos de ce billet de blogue! Plongez dans les documents numérisés du Corps expéditionnaire canadien : transcrivez, étiquetez, traduisez et décrivez leur contenu. Chaque ajout à un document fournit de nouvelles métadonnées accessibles à la recherche dans les 24 heures suivantes. Jour après jour, les documents de Bibliothèque et Archives Canada sont ainsi plus faciles à repérer. Consultez le billet de blogue à ce sujet qui explique comment faire partie de l’histoire!


Ashley Dunk était adjointe de projet à la Division du contenu en ligne de la Direction générale des services au public.

 

Le lieutenant Wallace Lloyd Algie, VC

Par Emily Monks-Leeson

En ce jour, en 1918, le lieutenant Wallace Lloyd Algie tombe au combat au nord-est de Cambrai, en France. Les gestes qu’il a posés ce jour-là lui vaudront une Croix de Victoria posthume.

Fils de James et Rachel Algie de Toronto, Wallace Lloyd Algie naît le 10 juin 1891 à Alton, en Ontario. Il obtient son diplôme du Collège militaire royal du Canada et s’enrôle dans la milice active auprès des Queen’s Own Rifles of Canada puis du 40e Régiment, où il sert comme lieutenant.

Photo noir et blanc d’un officier portant une casquette

Le lieutenant Wallace Lloyd Algie, sans date. Source : Direction de l’histoire et du patrimoine (Défense nationale et Forces canadiennes)

Algie est commis de banque à Toronto lorsqu’il s’enrôle comme officier du Corps expéditionnaire canadien le 19 avril 1916. Il s’embarque à bord du navire à vapeur Laconia le 25 septembre 1916 pour aller rejoindre le 95e Bataillon dès son arrivée à Seaford, en Angleterre. Le 26 mai 1917, il est envoyé sur le théâtre européen avec le 20e Bataillon d’infanterie du Canada. Il suit plusieurs formations pour officiers, dont une sur le fusil-mitrailleur Lewis.

Le 11 octobre 1918, le lieutenant de 27 ans dirige ses troupes du 20e Bataillon du Corps expéditionnaire canadien près du village de Cambrai, en France, lorsqu’elles se retrouvent sous d’intenses tirs de mitrailleuse provenant d’un village voisin. Sa citation dans la London Gazette du 28 janvier 1919 (traduite ci-dessous) évoque les faits ayant mené à son décès et à l’attribution de la Croix de Victoria :

« Pour un acte de bravoure et d’abnégation de soi très remarquable, le 11 octobre 1918, au nord-est de Cambrai, alors que les troupes offensives essuyaient d’intenses tirs de mitrailleuse en enfilade en provenance d’un village voisin. Après s’être élancé avec neuf volontaires, il met hors de combat le détachement d’une mitrailleuse ennemie puis, retournant celle-ci contre l’ennemi, il permet à sa troupe d’atteindre le village. Il se rue ensuite sur une autre mitrailleuse, capture un officier et 10 soldats ennemis, dégageant ainsi l’extrémité du village. Une fois son groupe bien établi, le Lt Algie part à la recherche de renforts, mais il se fait tuer au retour. Le courage et l’esprit d’initiative dont il a fait preuve devant des tirs nourris ont permis de sauver de nombreuses vies et de tenir la position. »

Le lieutenant Wallace Lloyd Algie est enterré au cimetière de Niagara à Iwuy, en France (en anglais seulement).

Page dactylographiée décrivant ce qui s’est passé du 10 au 11 octobre 1918.

Le journal de guerre du 20e Bataillon d’infanterie du Canada décrivant les actes de bravoure du lieutenant Algie (e000960948)

Bibliothèque et Archives Canada possède le dossier de service du Corps expéditionnaire canadien du lieutenant Wallace Lloyd Algie.


Emily Monks-Leeson est archiviste pour la Direction générale des opérations numériques et de la préservation à Bibliothèque et Archives Canada.

Les ingénieurs en aéronautique d’A. V. Roe Ltd.

 

Bannière avec les mots suivants : Première: Nouveautés à Bibliothèque et Archives Canadas. Et on aperçoit à droite une outre attrapant un poissonPar Andrew Elliott

En 1948, les tout premiers étudiants de l’école de génie aéronautique de l’Université de Toronto obtiennent leur diplôme; parmi eux, on retrouve Gerald Vincent Bull, Fred Matthews, Daisy Pon, William McCarter, William Kuzyk et Ralph Waechter. La plupart des diplômés de cette cohorte – et notamment la toute première femme ingénieure en aéronautique – occupent des postes au siège de la compagnie A. V. Roe Ltd., situé à Malton, en Ontario. Au cours des années 1950, ils y travaillent au développement d’aéronefs révolutionnaires, dont le célèbre (et infortuné) avion supersonique Avro Arrow.

Bibliothèque et Archives Canada a récemment acquis les fonds de deux de ces ingénieurs : William Kuzyk et Ralph Waechter.

Pour reprendre les termes du musée canadien de l’aéronautique (le Canadian Air and Space Museum, à Toronto), l’histoire d’A. V. Roe Ltd. en est une de triomphe et de tragédie pour l’aviation canadienne. En 1945, la compagnie lance deux grands projets : le Jetliner C-102, un avion de ligne, et le Canuck CF-100, un chasseur d’interception militaire à deux moteurs pouvant voler par tous les temps. Puis, en 1950, elle s’attaque à la conception de l’Avro Arrow : des équipes d’ingénieurs de l’Angleterre et du Canada unissent leurs efforts afin d’en concevoir la cellule et les turboréacteurs.

Mais revenons au Jetliner C-102, un avion révolutionnaire dans le milieu du transport commercial aérien. Il prend son envol pour la première fois en août 1949 et fracasse des records de vitesse lors de chaque vol subséquent. Malheureusement, sa production ne dépasse jamais le stade des modèles d’essai.

Photo noir et blanc d’un avion sur une piste, entouré de groupes d’hommes.

Le Jetliner C-102 (a092486)

Le Canuck CF-100, lui, est l’un des modèles d’A. V. Roe Ltd. ayant connu le plus de succès. Vous pouvez voir ci-dessous à quoi ressemblait ce chasseur d’interception qui pouvait braver toutes les conditions météo.

Illustration couleur d’un avion survolant des nuages; deux autres avions semblables volent en formation à l’arrière-plan.

Le Canuck CF-100 (a068257)

Quant à l’Avro Arrow CF-105, il présentait des caractéristiques techniques avancées : une aile delta d’une hauteur remarquable, une structure sans queue et d’autres éléments aérodynamiques de pointe. Ces détails sont bien visibles dans les plans d’origine :

Dessin noir et blanc de la coupe transversale d’un avion montrant le fuselage, l’aile et l’empennage vertical.

Dessin n° 7-0400-01, version n° 1 de l’Avro Arrow CF-105 (e011161348)

Esquisse du contour d’un avion à l’allure futuriste.

Esquisse de l’Avro Arrow (e011161340)

Le tournant des années 1950 est une période stimulante pour les ingénieurs en aéronautique, et de nombreux diplômés obtiennent immédiatement un emploi chez A. V. Roe Ltd.

C’est le cas de Ralph William Waechter (1926-2012), embauché comme ingénieur en aéronautique, ingénieur d’essai en vol et aérodynamicien après avoir obtenu son diplôme de l’Université de Toronto en 1948, au terme de quatre ans d’études. Son collègue William Kuzyk (1922-1990) a lui aussi fréquenté l’Université de Toronto de 1943 à 1949; pendant ses études, il travaillait déjà chez A. V. Roe Ltd. en tant que contrôleur de modèles dans la division des turbines à gaz.

Au fil des ans, Waechter et Kuzyk occupent des postes dans divers départements de la compagnie. Ils sont entre autres ingénieurs au sein du département de la recherche sur les essais en vol, où ils sont principalement chargés de recueillir des données. Nombre de leurs rapports décrivent des problèmes techniques relatifs au vol à haute vitesse ainsi que les phénomènes connexes pouvant se produire. Il existe d’ailleurs un nombre considérable de données et de graphiques sur le sujet, en particulier sur la vitesse anémométrique et la performance à haute vitesse. Waechter et Kuzyk testent aussi la performance des diverses versions expérimentales de l’Avro Arrow, y compris celles ayant recours à la technologie de lancement de longueur zéro.

Texte optionnel : Dessin noir et blanc du profil, de l’avant et du dessus d’un avion

Lancement de longueur zéro à géométrie fusée, Avro Arrow CF-105 (e011161341)

Dessin technique détaillé d’un avion en position de lancement.

Position de lancement de l’Avro Arrow pour le lancement de longueur zéro (e011161347)

Dessin montrant deux avions au-dessus des nuages.

Photo d’un croquis de l’Avro Arrow CF-105 (a111546)

Jusqu’en 1958, la conception et le vol des prototypes sont couronnés de succès. Mais le climat politique national et international a raison de cet élan : le 20 février 1959, le gouvernement fédéral met fin à tous les travaux sur l’Avro Arrow, et la compagnie A. V. Roe licencie 14 000 employés. Comme plusieurs confrères dans la même situation, Waechter et Kuzyk déménagent alors aux États-Unis, où ils travaillent pour des entreprises de génie aéronautique. Alors que certains de leurs compatriotes ne reviendront jamais, ils rentrent au pays au début des années 1970 et y poursuivent de brillantes carrières.

L’annulation du projet de l’Avro Arrow s’accompagne d’une recommandation visant la destruction de tous les documents connexes. Nous sommes donc très chanceux que William Kuzyk et Ralph Waechter aient ignoré ces ordres! Grâce à eux, nous avons aujourd’hui un aperçu unique des travaux de recherche et de développement réalisés dans le secteur canadien de l’aéronautique au milieu du 20e siècle.

Pour en savoir plus

BAC possède divers fonds contenant des documents en lien avec l’Avro Arrow :

On trouve également des documents pertinents dans les fonds de certains députés et premiers ministres :

Enfin, quelques documents épars sur l’A. V. Roe et ses divers projets aéronautiques se trouvent dans des fonds gouvernementaux :


Andrew Elliott est archiviste responsable des archives privées à la Section des sciences, de l’économie et de l’environnement de la Direction générale des archives de Bibliothèque et Archives Canada.

Le capitaine Coulson Norman Mitchell, VC

Par Ashley Dunk

Dans sa série de blogues sur les récipiendaires de la Croix de Victoria, Bibliothèque et Archives Canada souligne les actes de bravoure posés il y a cent ans sur le champ de bataille par des récipiendaires de cette distinction. Aujourd’hui, nous rendons hommage au capitaine Coulson Norman Mitchell pour le courage dont il a fait preuve au canal de l’Escaut, en France, dans la nuit du 8 au 9 octobre 1918.

Photo noir et blanc d’un officier en uniforme.

Le capitaine Coulson Norman Mitchell, récipiendaire de la Croix de Victoria, vers 1918. (c001595)

le 11 décembre 1889 à Winnipeg, au Manitoba, Mitchell fait d’abord carrière comme ingénieur civil, avant de s’enrôler en tant que soldat dans le Canadian Railway Construction Corps (les troupes ferroviaires canadiennes) le 21 janvier 1915. L’année suivante, il devient lieutenant et se joint à la 1re Compagnie de sapeurs-mineurs du Corps de génie canadien. En 1917, sa bravoure devant l’ennemi lui vaut la Croix militaire (en anglais) ainsi qu’une promotion au grade de capitaine. Puis, en 1918, Mitchell est affecté au 4e Bataillon du Corps de génie canadien. C’est durant cette affectation qu’il accomplit un acte héroïque au canal de l’Escaut, au nord-est de Cambrai, en France, aidant ainsi les Alliés à y triompher.

Photo noir et blanc d’un canal à sec. On voit un pont tordu à l’arrière-plan. Au second plan, un cheval tire une charrette chargée de fournitures sur un autre pont. Un peu partout, des soldats se déplacent, certains transportant du matériel.

Des Canadiens construisent un pont pour transporter des effectifs et du matériel sur le canal du Nord, France, septembre 1918. (a003285)

Après la bataille du Canal-du-Nord, le 1er octobre 1918, les soldats alliés sont résolus à libérer Cambrai. Les attaques précédentes avaient dégagé des routes jusqu’à la ville; il faut maintenant que la 3e Division d’infanterie canadienne s’y rende. Les Allemands, postés au nord-est, résistent farouchement; les Canadiens espèrent néanmoins prendre Cambrai pour faire avancer le front. Durant les jours qui suivent, ils livrent bataille et réussissent à libérer certains villages français de la présence allemande.

Dans la nuit du 8 au 9 octobre 1918, Mitchell est en mission de reconnaissance près de Cambrai, dirigeant un détachement de sapeurs (des soldats chargés de la construction et de la réparation de routes et de ponts ainsi que du déminage). Leur objectif : aller inspecter, au-delà des lignes de front, les ponts que la 5e Brigade d’infanterie canadienne prévoit emprunter durant son attaque, et s’assurer qu’ils sont intacts. Or, Mitchell et ses hommes constatent qu’un premier pont a déjà été saccagé. Ils se rendent ensuite au suivant, qui traverse le canal de l’Escaut.

Photo noir et blanc d’un village où des bâtiments ont été endommagés. Au centre, on voit un imposant amas de pierres et de débris. Un soldat est agenouillé au sol, tout près. À gauche, un autre soldat se tient debout et l’observe.

Le corps de génie canadien à la recherche de mines à Cambrai, France, octobre 1918. (a003271)

Sous des tirs nourris, Mitchell s’élance sur le pont. L’obscurité l’empêche de savoir où se trouvent les soldats ennemis et combien ils sont. Mitchell découvre alors que les Allemands ont tout mis en place pour faire exploser le pont. Aidé d’un sous-officier, il coupe les fils du détonateur et retire la charge.

Mais les Allemands, réalisant la manœuvre, s’avancent pour actionner les détonateurs. Mitchell, tout en courant au secours de sa sentinelle blessée, tue néanmoins trois soldats allemands et en capture douze. Le pont est finalement sauvé, un exploit qui contribuera grandement au succès ultérieur de l’offensive de la 5e Brigade d’infanterie.

Les exploits de Mitchell sont relatés dans cet extrait de la London Gazette :

« Malgré les tirs fusant de toutes parts, il continua à couper les fils et à retirer les explosifs, sachant que l’ennemi pouvait les faire détoner à tout moment. Si ce pont crucial sur le canal n’a pas été détruit, c’est entièrement grâce à sa bravoure et à ses actions décisives. » [Traduction]

London Gazette, no 31155, 31 janvier 1919, pp. 1503-1504 (en anglais)

Photo noir et blanc d’un officier en uniforme.

Le capitaine Coulson Norman Mitchell, récipiendaire de la Croix de Victoria, vers 1918. (c001594)

Mitchell sert dans le Corps du génie canadien jusqu’au 28 avril 1919, jour de la démobilisation générale. Il rentre alors au Canada, où il reprend sa carrière d’ingénieur civil. Lorsque survient la Deuxième Guerre mondiale, il commande des unités de génie en Grande-Bretagne. Il revient au Canada en 1943 en tant que lieutenant-colonel responsable d’un centre de formation d’ingénieurs. À la fin des hostilités, il travaille à nouveau au civil.

Plusieurs endroits commémorent le service de Mitchell durant les deux guerres mondiales. Au Manitoba, un lac a été nommé en son honneur. À Montréal, une rue et une succursale de la Légion royale canadienne portent son nom, tout comme l’édifice principal de l’École du génie militaire des Forces canadiennes sur la base de l’Armée canadienne à Gagetown, au Nouveau-Brunswick.

Mitchell est décédé chez lui, à Montréal, le 17 novembre 1978.

Bibliothèque et Archives Canada conserve le dossier de service numérisé du capitaine Coulson Norman Mitchell.

Donnez un coup de pouce à l’histoire en transcrivant les journaux de guerre ou en ajoutant des étiquettes aux photos!

Vous avez accès aux journaux de guerre du Corps de génie canadien pour transcrire, traduire ou décrire leur contenu, ou encore y ajouter des étiquettes. Chacun de vos ajouts deviendra une nouvelle métadonnée, qui sera intégrée au moteur de recherche dans les 24 heures et facilitera le repérage des dossiers de Bibliothèque et Archives Canada. Lisez notre billet de blogue pour savoir comment vous pouvez participer à l’avancement de l’histoire!


Ashley Dunk est assistante de projet à la Division du contenu en ligne de la Direction générale des services au public de Bibliothèque et Archives Canada.

Le sergent William Merrifield, VC

Dans sa série de blogues sur les récipiendaires de la Croix de Victoria canadienne, Bibliothèque et Archives Canada souligne les actes d’héroïsme de soldats posés il y a exactement 100 ans sur un champ de bataille. Aujourd’hui, nous honorons le sergent William Merrifield pour la bravoure dont il a fait preuve près d’Abancourt, en France, le 1er octobre 1918.

Photo noir et blanc d’un soldat en uniforme.

Le sergent William Merrifield, VC, sans date. Source : Défense nationale et les Forces canadiennes.

Né à Brentwood, Essex, en Angleterre, le 9 octobre 1890, Merrifield est pompier avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Il s’enrôle le 23 septembre 1914 à Valcartier, au Québec, dans le 2e Bataillon canadien de fusiliers à cheval du Corps expéditionnaire canadien. En 1917, il est muté au 4e Bataillon d’infanterie du Canada. Merrifield reçoit la Médaille militaire pour ses actes d’héroïsme posés en novembre 1917 durant la bataille de Passchendaele.

À la fin de septembre 1918, la bataille du canal du Nord, en France, est presque terminée. Les Canadiens basés autour du champ de bataille participent à des patrouilles régulières et à des missions de reconnaissance. L’artillerie des Alliés, notamment les canons de 6 pouces et de 60 livres, tire continuellement. Les obus parviennent toutefois rarement à atteindre leurs cibles parmi les tranchées allemandes. À un moment, les Alliés détruisent même accidentellement l’une de leurs propres mitrailleuses Lewis, tuant quelques-uns de leurs soldats. Les Allemands défendent leurs tranchées avec obstination, ce qui complique considérablement l’objectif des Canadiens visant à franchir les lignes ennemies.

Le 1er octobre 1918, près d’Abancourt, Merrifield et ses hommes essuient les tirs de deux positions ennemies de mitrailleuses. Incapable d’avancer davantage, Merrifield décide d’attaquer seul les deux positions allemandes pour les éliminer. Se précipitant d’un trou d’obus à un autre, il tue les soldats ennemis de la première position et se blesse. En dépit de cela, il continue vers la deuxième position, tuant ses occupants à l’aide d’une grenade à main. Il reste sur le champ de bataille et dirige son peloton jusqu’à ce qu’il soit gravement blessé.

Une copie noir et blanc d’un document textuel dactylographié; des signatures manuscrites se trouvent à droite de la page.

Les journaux de guerre du 4e Bataillon d’infanterie du Canada décrivant certains des événements survenus le 1er octobre 1918, page 4 (e001078521)

Merrifield survit à la guerre et est visé par la démobilisation générale du 24 avril 1919. Il déménage à Sault Ste. Marie, en Ontario, et s’éteint à Toronto le 8 août 1943.

Une école primaire de Sault Ste. Marie a été nommée en l’honneur de Merrifield : les portes de l’école publique William Merrifield V.C., du conseil scolaire de district Algoma, sont ouvertes de 1946 à juin 2015. De plus, la patinoire extérieure Merrifield est située à l’intersection de l’avenue Henriette et de la rue Patrick à Sault Ste. Marie.

Le 56e Régiment d’artillerie de campagne de Brantford, en Ontario, lui a également dédié son manège militaire (manège militaire Sgt William Merrifield VC).

Sa Croix de Victoria a fait l’objet d’un don au Musée canadien de la guerre, à Ottawa.

Bibliothèque et Archives Canada conserve le dossier de service numérisé du sergent William Merrifield.

Souhaitez-vous en savoir plus sur la vie pendant la guerre?

Les journaux de guerre du 4e Bataillon d’infanterie du Canada ont besoin d’être transcrits, étiquetés, traduits et décrits. Chaque ajout à un document fournit de nouvelles métadonnées qu’il est possible de chercher dans les 24 heures suivantes. Cela permet, jour après jour, de trouver plus facilement les documents de Bibliothèque et Archives Canada. Consultez le billet de blogue qui explique comment faire partie de l’histoire!

Ashley Dunk était adjointe de projet à la Division du contenu en ligne de la Direction générale des services au public de Bibliothèque et Archives Canada.

Le capitaine John MacGregor, VC

Par Ashley Dunk

Dans sa série de blogues sur les récipiendaires de la Croix de Victoria canadienne, Bibliothèque et Archives Canada souligne les actes d’héroïsme de soldats posés il y a exactement 100 ans sur un champ de bataille. Aujourd’hui, nous honorons le capitaine John MacGregor pour la bravoure dont il a fait preuve pendant la bataille du canal du Nord près de Cambrai, en France, entre le 29 septembre et le 3 octobre 1918.

Photo noir et blanc d’un soldat souriant en tenue de service.

Le capitaine John MacGregor, VC, avril 1919 (a004598-v8)

Né près de Nairn, en Écosse, le 11 février 1888, John MacGregor arrive au Canada en 1909. Il est menuisier avant de s’enrôler dans le 11e bataillon canadien de fusiliers à cheval du Corps expéditionnaire canadien le 26 mars 1915. MacGregor a déjà servi pendant trois ans au sein de l’artillerie de garnison de Nairn. Pendant la Première Guerre mondiale, il reçoit plusieurs décorations militaires, dont la Médaille de conduite distinguée pour les actes qu’il a posés lors de la bataille de la crête de Vimy, la Croix militaire et une barrette ajoutée à sa Croix militaire.

MacGregor gravit rapidement les échelons du Corps expéditionnaire canadien, passant de sergent en 1916 à lieutenant en 1917 et à capitaine en 1918. Il est blessé par deux fois au cours de son service et doit s’arrêter pendant un moment pour combattre une grippe. En septembre 1918, il est muté au 2e bataillon canadien de fusiliers à cheval, en France. Il participe aux opérations du Corps canadien en vue de traverser le canal du Nord et de s’emparer des routes menant à Cambrai.

Photo noir et blanc de quatre personnes debout, regardant vers l’appareil photo.

Le capitaine John MacGregor, VC, entre deux femmes non identifiées, avec le lieutenant R. Darcus, MC (a006914-v8).

Pendant la bataille du canal du Nord, MacGregor dirige la compagnie C du bataillon. Celle-ci subit des pressions intenses de la part des défenses allemandes et sa progression est ralentie par des tirs de mitrailleuses débilitants. MacGregor s’avance vers l’ennemi pour repérer les armes en question, malgré les blessures reçues pendant la bataille. En plein jour, il s’élance, armé d’un fusil et d’une baïonnette, sous les tirs intenses provenant de toutes les directions, et réussit, seul, à mettre ces forces ennemies hors de combat. Sa bravoure mène à la mort de quatre soldats allemands et à la capture de huit prisonniers. La vivacité d’esprit et l’initiative dont fait preuve MacGregor permettent à ses hommes d’écarter le danger et de poursuivre leur avancée.

Par la suite, il réorganise son commandement alors que la bataille fait toujours rage et offre son appui aux troupes environnantes. Tandis que les lignes allemandes résistent toujours, il s’avance bravement le long des lignes de front. De nombreux autres officiers sont blessés ou tués sur le champ de bataille. MacGregor prend donc les rênes de certains pelotons, organise des vagues de soldats et encourage la progression de ses hommes.

Lors d’une reconnaissance de jour effectuée sous des tirs de suppression, MacGregor positionne sa compagnie à Neuville-St.-Remy, ce qui contribue considérablement à l’avancée vers Tilloy. MacGregor fait preuve d’un leadership solide et d’une bravoure au combat tout au long de l’opération réalisée le long du canal du Nord en direction de Cambrai.

Photo noir et blanc d’un soldat vêtu de sa tenue de service, légèrement de profil, plissant les yeux en raison du soleil.

Le capitaine John MacGregor, VC, date inconnue (a007507-v8)

MacGregor survit à la guerre et est rayé de l’effectif dans le cadre de la démobilisation générale du 9 avril 1919. Plus tard, il participe à la Deuxième Guerre mondiale, atteignant le grade de lieutenant-colonel. Il dirige le Canadian Scottish Regiment (Princess Mary’s), un régiment d’infanterie de réserve de l’île de Vancouver, en Colombie-Britannique. Il meurt le 9 juin 1952 et est enterré au cimetière du lac Cranberry à Powell River, en Colombie-Britannique.

Une copie noir et blanc d’un document textuel dactylographié; les titres sont soulignés et une partie du texte est séparé en colonnes.

Les journaux de guerre du 2e bataillon canadien de fusiliers à cheval; le nom de McGregor est inscrit sous la compagnie C, septembre 1918, p. 26 (e001126713)

La Croix de Victoria et les autres médailles de MacGregor sont exposées au Musée canadien de la guerre, à Ottawa.

Bibliothèque et Archives Canada conserve le dossier de service numérisé du capitaine John MacGregor.

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Les journaux de guerre du 2e bataillon canadien de fusiliers à cheval ont besoin d’être transcrits, étiquetés, traduits et décrits. Chaque jout à un document fournit de nouvelles métadonnées qu’il est possible de chercher dans les 24 heures suivantes. Cela permet, jour après jour, de trouver plus facilement les documents de Bibliothèque et Archives Canada. Consultez le billet de blogue qui explique comment faire partie de l’histoire!


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