John Colin et Kenneth Keith Forbes, portraitistes officiels en série!

Par Geneviève Couture

Les carrières des peintres John Colin Forbes (1846-1925) et de son fils Kenneth Keith Forbes (1892-1980) illustrent brillamment en quoi certains premiers ministres ont été leurs muses et leurs mécènes. En effet, à eux deux, ils ont peint sept premiers ministres canadiens, deux gouverneurs généraux, cinq juges en chef de la Cour suprême, onze présidents de la Chambre des communes et quatorze présidents du Sénat. Ils ont également peint un roi et une reine d’Angleterre au nom du gouvernement canadien. On peut affirmer sans gêne que sur une période de plus de 90 ans, le père et le fils ont contribué à édifier le patrimoine artistique et visuel représentant les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire du gouvernement canadien.

John Colin Forbes

John Colin Forbes est né à Toronto en 1846. Dans les années 1860, il étudie la peinture à Paris et à Londres avant de revenir au Canada. Il est un membre fondateur de l’Ontario Society of Artists (1872) et de l’Académie royale des arts du Canada (1880).

Rapidement reconnu comme portraitiste, John Colin reçoit de nombreuses commandes. Il peint lord Dufferin et le marquis de Lansdowne, tous deux gouverneurs généraux du Canada. Entre 1878 et 1893, il réalise les portraits de sir John A. Macdonald, d’Alexander Mackenzie, de sir Charles Tupper et de Wilfrid Laurier. Aucun de ces tableaux ne sera un portrait officiel, mais celui de Tupper se trouve au Parlement du Canada, alors que celui de Macdonald et un portrait de Laurier se trouvent aujourd’hui au Musée des beaux-arts du Canada. On commande également à John Colin Forbes quatre portraits officiels de présidents de la Chambre des communes et six portraits officiels de présidents du Sénat.

L’artiste entretient une relation privilégiée avec sir Wilfrid Laurier, que ce dernier appelle son « ami ». Il le peint une première fois en 1885, d’après une photo prise vers 1882 par le studio de William Topley à Ottawa.

Photo noir et blanc d’un homme assis, vêtu d’un complet.

Wilfrid Laurier, député. Studio Topley, 1882. (a013133-v8 )

Le second tableau de Laurier peint par John Colin est offert au premier ministre par ses amis et admirateurs du Parti libéral le 15 mai 1902. Dans son discours à la Chambre des communes (en anglais), Laurier déclare : « C’est avec un cœur très sincère que j’accepte de la part d’amis inconnus, en mon propre nom et au nom de ma femme, ce souvenir, qui est l’œuvre d’un grand artiste canadien. »

Déplorant qu’à cette époque Forbes ait choisir d’aller exercer son art aux États-Unis, Laurier ajoute :

« Malheureusement, le Canada, qui est encore un jeune pays, n’a pas offert aux artistes toute l’aide qu’il aurait pu donner par le passé. J’espère qu’à l’avenir, les artistes et les talents canadiens seront davantage encouragés par la population canadienne qu’ils ne l’ont été jusqu’à présent. Pour ma part, je reconnais avec un certain regret que le gouvernement aurait peut-être pu en faire davantage pour encourager les talents artistiques du Canada. » [Traduction]

Enfin, regrettant ne pas avoir d’enfant à qui léguer ce tableau, Laurier fait le vœu suivant : « J’espère qu’un jour, ce tableau sera conservé dans un musée national, non pour me rappeler à la postérité, mais pour la gloire de M. Forbes, l’artiste qui l’a peint. » [Traduction] Quelques années plus tard, en 1906, Laurier offre lui-même le tableau au Musée des beaux-arts du Canada.

Une commande royale

C’est grâce à ses bonnes relations avec le premier ministre Laurier que John Colin Forbes obtient sa commande la plus prestigieuse : peindre le roi Edward VII et la reine Alexandra. Forbes sera le premier peintre canadien à obtenir une séance de pose avec un souverain britannique, et les portraits officiels d’Edward VII orneront la Chambre des communes.

Les échanges de correspondance entre Forbes et Laurier à ce sujet font partie du fonds sir Wilfrid Laurier  conservé à Bibliothèque et Archives Canada. On y constate que Forbes demande la commande à Laurier, avec qui il en a préalablement discuté.

Photo noir et blanc d’une page dactylographiée.

Lettre de John Colin Forbes à Wilfrid Laurier datée du 14 avril 1904, dans laquelle il lui demande d’obtenir la commande pour peindre le roi et la reine au nom du gouvernement canadien. (Fonds Wilfrid Laurier, MG26 G 1(A), vol. 312, page 84516, microfilm C-810)

Laurier accepte, après avoir reçu une pétition à cet effet signée par 92 des 214 députés fédéraux.

Image noir et blanc d’une page numérisée tirée d’un microfilm.

Première des trois pages de la pétition adressée par des députés de la Chambre des communes au premier ministre Wilfrid Laurier, afin qu’une commande soit faite au peintre John Colin Forbes pour réaliser un portrait du roi destiné à la Chambre des communes. (Fonds Wilfrid Laurier, MG26 G 1(A), vol. 312, page 84518, microfilm C-810)

Il fait suivre la requête au gouverneur général, lord Minto, qui facilitera l’accès de Forbes aux souverains.

Image noir et blanc d’une page numérisée tirée d’un microfilm.

Lettre du premier ministre Wilfrid Laurier au gouverneur général lord Minto, recommandant que la commande soit faite au peintre John Colin Forbes et que des démarches soient entreprises à cet effet auprès du roi. (Fonds Wilfrid Laurier, MG26 G 1(A), vol. 326, page 87632, microfilm C-813)

La séance de pose est accordée, et John Colin Forbes se rend en Angleterre afin de peindre les tableaux. Malheureusement, ceux-ci seront détruits lors de l’incendie du Parlement en 1916, moins de douze ans après leur création. Cependant, les quatre portraits officiels des présidents de la Chambre des communes et les six portraits officiels des présidents du Sénat peints par Forbes échappent à l’incendie.

Photo noir et blanc d’un édifice en proie aux flammes.

La partie Est de l’Édifice du Centre en proie aux flammes, Ottawa, 1916. (a052822-v8 )

Sir John A. Macdonald et sir Wilfrid Laurier : des portraits inspirants

Deux des portraits de premiers ministres peints par John Colin Forbes seront à leur tour une source d’inspiration pour leurs successeurs. En effet, dans un article du Winnipeg Free Press publié le 20 mars 1965 (en anglais), le journaliste Peter C. Newman relate que chaque nouveau premier ministre en poste à Ottawa s’empresse de faire installer, dans son bureau de l’édifice de l’Est, soit le tableau de sir John A. Macdonald, soit le tableau de sir Wilfrid Laurier – dépendamment de ses allégeances politiques. Cette pratique change toutefois sous Lester B. Pearson, alors que le premier ministre demande à ce que les deux tableaux ornent les murs de son bureau.

Quelques photographies prises par Duncan Cameron (dont nous avons récemment parlé dans un billet de blogue sur les photographes de presse et les premiers ministres) confirment que John Diefenbaker, Lester B. Pearson et Pierre E. Trudeau ont eu des tableaux de Forbes dans leurs bureaux. Le bureau de Paul Martin, quant à lui, était orné du premier tableau de Laurier par Forbes, datant de 1885.

Photo noir et blanc d’un homme en train de photographier un photographe qui le photographie en retour.

Pierre Elliott Trudeau prenant une photographie avec l’appareil du journaliste de presse Duncan Cameron, 28 juin 1968. Photo : Duncan Cameron (a175919 )

Kenneth Keith Forbes

Le fils de John Colin, Kenneth Keith Forbes, devient également un portraitiste de renom. Né à Toronto en 1892, il commence à dessiner dès l’âge de quatre ans sous la gouverne de son père. Entre 1908 et 1913, il étudie les arts en Angleterre et en Écosse. Au déclenchement de la Première Guerre mondiale, en 1914, Kenneth Keith s’enrôle dans l’armée britannique comme simple soldat. Il combat en France, où il est blessé et gazé. Promu capitaine, il est transféré en 1918 au sein de l’armée canadienne (plus précisément au Bureau canadien des archives de guerre) en tant que peintre de guerre. Il y peint des scènes de batailles ainsi que quelques portraits d’officiers canadiens, comme celui du brigadier général D. Draper.

BAC détient le dossier militaire récemment numérisé de Kenneth Keith Forbes.

Peinture à l’huile réalisée par Kenneth Keith Forbes en 1918. La scène montre la défense du Bois du Sanctuaire par les militaires canadiens, près d’Ypres, en Belgique, en 1916.

La défense du Bois du Sanctuaire (1916), Kenneth K. Forbes, 1918. (e010751163-v8 )

Portraitiste officiel

Quelques années plus tard, Kenneth Keith revient s’établir à Toronto où, poursuivant la tradition familiale, il réalise principalement des portraits.

Il peint, entre autres, les portraits officiels de sept présidents de la Chambre des communes, de huit présidents du Sénat et de cinq juges en chef de la Cour suprême.

Il effectuera également les portraits des premiers ministres Robert Borden, Richard B. Bennett et John Diefenbaker. Le premier tableau de R. B. Bennett peint en 1938 par Kenneth Keith sera d’ailleurs offert au premier ministre par les députés, les sénateurs et les membres du Parti conservateur à son départ de la vie politique. Il se trouve aujourd’hui au Musée du Nouveau-Brunswick, à qui R. B. Bennett l’a légué par testament.

Par la suite, Kenneth Keith réalise le portrait officiel de sir Robert Borden pour la Chambre des communes. Le tableau est commandé par le président de la Chambre, Gaspard Fauteux, dont Forbes avait peint le portrait l’année précédente. L’objectif est de compléter la collection de tableaux officiels représentant les premiers ministres du Canada à la Chambre des communes. Ce tableau est dévoilé au Parlement le 11 juin 1947, dix ans après le décès de Borden, en même temps que lui de William Lyon Mackenzie King et en présence du président américain Harry Truman.

Dans son journal intime (en anglais), Mackenzie King explique comment il en est venu à suggérer que l’on dévoile son portrait ainsi que celui de Borden, tous deux premiers ministres lors des grandes guerres, à l’occasion d’une même cérémonie.

Image noir et blanc d’une page dactylographiée du journal intime de William Lyon Mackenzie King datée du 19 mai 1947.

Extrait du journal intime de William Lyon Mackenzie King daté du 19 mai 1947, dans lequel il explique comment il en est venu à suggérer qu’on dévoile son portrait ainsi que celui de Borden, tous deux premiers ministres lors des grandes guerres, à l’occasion d’une même cérémonie. (Fonds William Lyon Mackenzie King, MG 26 J 13, 19 mai 1947)

Une décennie plus tard, Forbes peint deux portraits de John Diefenbaker. Le premier est offert au politicien par les membres de son conseil des ministres et orne les murs du 24, Sussex, puis de Stornoway, la résidence officielle du chef de l’opposition. Le second est commandé par des francs-maçons de Washington et se trouve à Arlington, en Virginie.

En 1962, Kenneth Keith peint le portrait officiel de Bennett pour la Chambre des communes. La commande survient près de 25 ans après qu’il ait réalisé un premier tableau du politicien, et 15 ans après le décès de celui-ci. Elle émane du premier ministre John Diefenbaker et du président de la Chambre, Roland Michener. Une fois encore, on cherche à combler les lacunes de la collection de tableaux officiels représentant les premiers ministres du Canada à la Chambre.

Conclusion

Les carrières de portraitistes de John Colin et de Kenneth Keith Forbes révèlent les liens parfois insoupçonnés entre les arts et la politique. Les Forbes ont clairement tiré profit de leurs bonnes relations avec les parlementaires, particulièrement avec les premiers ministres, en obtenant de nombreuses commandes très prestigieuses.

Les premiers ministres ont également bénéficié du travail de peintres tels que les Forbes, dont les tableaux ont aidé à commémorer et à glorifier ces hommes qui ont détenu la plus haute fonction politique au pays ainsi qu’à inspirer leurs successeurs. Aussi, on l’a vu, c’est sans égard à la couleur politique qu’on a demandé aux Forbes de contribuer à cette entreprise de mémoire en produisant les portraits de premiers ministres en fonction ainsi que de leurs prédécesseurs. Ce faisant, ils ont contribué à asseoir la fonction de premier ministre dans la mémoire politique du pays.

Par ailleurs, le talent pour le portrait ne s’est pas arrêté à John Colin et à son fils Kenneth Keith. En effet, la fille de Kenneth, Laura June McCormack (1921-1961), dont la mère Jean Mary Edgell est également peintre, a réalisé quelques portraits qui se retrouvent à l’Assemblée législative de l’Ontario, et notamment un tableau représentant Louis-Hippolyte La Fontaine.

Pour en savoir plus sur les portraits de premiers ministres, voyez la thèse d’Andrew Kear, Governing Likenesses: The Production History of the Official Portraits of Canadian Prime Ministers, 1889-2002.


Geneviève Couture est archiviste au sein du projet des Archives du premier ministre, à la Division des archives privées du monde de la science et de la gouvernance de Bibliothèque et Archives Canada.

Le poids des mots : la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme

Par Deniz Çevik

La Loi sur les langues officielles célèbre ses 50 ans en 2019. Son adoption est une étape cruciale dans l’histoire du Canada, car elle confère au français et à l’anglais un même statut : celui de langues officielles du gouvernement canadien. Nous avons d’ailleurs publié un billet de blogue sur l’histoire de la Loi et l’évolution du bilinguisme vues à travers le prisme de nos archives.

La Loi sur les langues officielles fait suite à l’une des recommandations de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme. Cette dernière est mise sur pied en 1963 par le gouvernement de Lester B. Pearson en vue de « faire enquête et rapport sur l’état présent du bilinguisme et du biculturalisme ». Coprésidée par André Laurendeau et A. Davidson Dunton, elle tient plusieurs audiences publiques au cours de ses deux premières années.

Le Rapport préliminaire de la Commission, publié en 1965, souligne la dualité culturelle et linguistique de la société canadienne. La Commission elle-même est souvent surnommée « la Commission du B et B », en référence au bilinguisme et au biculturalisme. Or, si le bilinguisme est admis de la majorité, le biculturalisme soulève bien des controverses. Le Canada n’a-t-il pas plus de deux cultures? Dans les communautés n’ayant aucun ancêtre français ou anglais, l’idée de mettre sur un pied d’égalité les « deux peuples fondateurs » et leurs cultures ne soulève guère d’enthousiasme.

Photo noir et blanc de huit hommes en complets, souriant devant l’objectif, dans une salle de conférence aux murs clairs.

Personnel de recherche de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, 1965. (e011166427)

Le sénateur Paul Yuzyk, surnommé « le père du multiculturalisme », soulève lui aussi des préoccupations quant à l’exclusion des autres groupes ethniques. Dans son discours au Sénat du 3 mars 1964, il déclare :

« Tout d’abord, le mot biculturel, que je n’ai trouvé dans aucun dictionnaire, est inapproprié. Le Canada n’a jamais été biculturel. Les Amérindiens et les Esquimaux nous accompagnent depuis toujours. Même les Britanniques sont multiculturels : Anglais, Écossais, Irlandais et Gallois. Ensuite, d’autres groupes ethniques se sont établis au Canada; ils forment maintenant près du tiers de la population. Bref, notre pays est définitivement multiculturel. En fait, si le biculturalisme se concrétisait dans son sens premier, c’est-à-dire la coexistence de deux nations, il faudrait que tous les Canadiens deviennent français ou anglais. C’est chose impossible et, selon moi, c’est loin d’être le souhait de la population. » [Traduction]

Esquisse d’un timbre dessiné sur fond turquoise, avec, au centre, une grande feuille d’érable orange ornée d’un lis blanc en son centre. On peut y lire : « Unity in Canada/Unité au Canada » et « English–French Biculturalism/Anglais-Français Bi-culturalisme ».

Peinture d’un motif de timbre portant l’inscription « Unité au Canada; Anglais-Français; Bi-culturalisme ». (e001217565)

Yuzyk n’est pas le seul à s’opposer à la notion de biculturalisme. Bibliothèque et Archives Canada possède des fonds d’archives qui documentent la façon dont divers groupes ethniques ont accueilli les rapports et les recommandations de la Commission; mentionnons entre autres le fonds Jaroslav Bohdan Rudnyckyj.

Par ailleurs, la publication du Rapport définitif de la Commission et la sanction royale de la Loi sur les langues officielles, en 1969, donnent lieu à divers congrès et conférences un peu partout au Canada, dont le Mosaic Congress, tenu au Manitoba, et la conférence Canada: Multicultural.

Un livret du fonds Rudnyckyj, publié en 1970 dans la foulée d’une conférence tenue à l’Université de Toronto, offre un aperçu de la réaction des communautés ethniques quant au quatrième volume du Rapport de la Commission. En résumé, les débats publics entourant le biculturalisme démontrent que les participants voient plutôt le Canada comme un pays multiculturel.

Le président de l’Ukrainian Canadian University Students’ Union, Bohdan Krawchenko, présente un article à ce sujet au Congrès de l’organisme, en 1973. Il y décrit la différence de perception entre ces deux concepts que sont le bilinguisme et le biculturalisme.

« Imaginons les deux extrêmes : un pays composé d’un seul groupe ethnique homogène, ou un pays pluriethnique. Le Canada, à titre de nation multiculturelle, se situe quelque part au milieu. Il y a de nombreuses langues canadiennes. Il n’y a, toutefois, que deux langues officielles : le français et l’anglais. Le Canada n’est pas biculturel; il ne l’a jamais été et ne le sera jamais. En plus d’être une insulte à nos valeurs (comme l’est chaque tentative de réglementer des normes culturelles), la notion de biculturalisme au Canada ne reflète pas la réalité. Le Canada est multiculturel, et ce fait doit être reconnu dans toute discussion sur la constitution du pays. » [Traduction]

Petit à petit, le dialogue autour du biculturalisme est remplacé par un dialogue sur le multiculturalisme, jusqu’à ce que Pierre Elliott Trudeau intègre le concept aux politiques du gouvernement, en 1971.


Deniz Çevik est archiviste stagiaire à la Direction générale des archives de Bibliothèque et Archives Canada.

Les cinq sujets qui suscitent le plus de questions à nos bibliothécaires de référence

Par Emily Dingwall

Les bibliothécaires de référence de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) répondent à des demandes de renseignements de clients qui portent sur une foule de sujets intéressants. Dans ce billet nous vous présentons les cinq sujets de référence pour lesquels les bibliothécaires se font poser le plus de questions, ainsi que des ressources pertinentes à consulter à leur propos.

Couverture de la publication Documents de la Session du Dominion du Canada, portant le titre « Comptes publics du Canada », publiée pour l’exercice financier terminé le 30 juin 1884.

Rapport intitulé « Comptes publics du Canada » se trouvant dans les Documents de la Session du Dominion du Canada, 1885, vol. 1, no 1. (No OCLC 1007491677, image de Canadiana)

  1. Documents du gouvernement fédéral

Rapports ministériels annuels. Bien des clients sont à la recherche de rapports ministériels annuels. Les rapports annuels datés de 1867 (année de la Confédération) à 1925 s’inscrivent dans les Documents parlementaires du Dominion du Canada. Pour en savoir plus, consultez le billet « Les documents parlementaires du Dominion du Canada, 1867-1925 ». Si vous êtes à Ottawa, vous pouvez accéder aux documents parlementaires dans les locaux de BAC en en faisant la demande au personnel dans la salle de référence du deuxième étage. Ces documents sont aussi consultables en ligne sur les sites Web suivants :

Les rapports ministériels d’après 1925 sont publiés séparément des autres documents parlementaires du gouvernement. Pour obtenir des rapports annuels pour la période de 1925 à 1930, passez par les employés de BAC ou par Archive Internet.

Pour les années après 1930, consultez notre catalogue de bibliothèque Aurora en indiquant le nom du ministère, tel qu’il était connu à l’époque, dont relèvent les rapports annuels que vous recherchez.

Pour 1995 et après, les rapports annuels se trouvent sur le site Rapport sur les résultats ministériels du gouvernement du Canada. Si vous cherchez un rapport récent, faites-le sur le site Web du ministère en question.

Documents du Parlement. Nous recevons aussi de nombreuses questions au sujet de recherches sur des débats, journaux et documents de comité de la Chambre des communes et du Sénat, par exemple sur le discours d’un premier ministre prononcé en Chambre. Ces documents se trouvent en ligne :

Page de texte dactylographié, en deux colonnes séparées par des armoiries. La colonne de gauche est en anglais; celle de droite est en français.

Première page de la Gazette du Canada, Partie II, vol. 137, no 23, 5 novembre 2003. (No OCLC 1082716964, image fournie par la Gazette du Canada)

  1. Recherches législatives

Les bibliothécaires reçoivent souvent des questions au sujet de textes législatifs imprimés ou qui se trouvent en ligne sur le Site Web de la législation.

Pour vos recherches législatives, voici les sources principales :

  • Les Lois du Canada comprennent toutes les lois et leurs modifications adoptées à chacune des sessions parlementaires.
  • Les Lois révisées du Canada (L.R.C.) sont des recueils des Lois du Canada dans lesquels sont intégrées les modifications et lois ajoutées depuis la dernière révision. Les L.R.C. ont été publiées pour les années 1886, 1906, 1927, 1952, 1970 et 1985.

Les Lois du Canada et les Lois révisées du Canada sont disponibles en édition imprimée dans la collection de référence de BAC, ainsi que dans de nombreuses bibliothèques publiques et universitaires. Elles peuvent aussi être consultées dans la base de données législative LLMC Digital (en anglais), accessible dans les locaux de BAC.

Pour en savoir plus à propos de ces lois et de la recherche législative, lisez le billet « Trouver une ancienne loi à Bibliothèque et Archives Canada ».

Vous trouverez les règlements et textes réglementaires officiels dans la Partie II de la Gazette du Canada, le journal officiel du gouvernement du Canada. Publiée en trois parties, la Gazette du Canada peut faire l’objet de recherches par mot-clé sur les sites Web suivants :

Si vous souhaitez en apprendre plus sur les trois parties de la Gazette du Canada, consultez la page Publications dans la Gazette du Canada.

Les lectures des projets de loi, notamment les premières et troisièmes lectures, se trouvent dans le catalogue Aurora.

LEGISinfo, l’outil de recherche de la Bibliothèque du Parlement, contient une mine d’information sur tous les projets de loi présentés au Sénat et à la Chambre des communes depuis le début de la 37e législature en 2001.

Image du journal Courrier canadien, rédigé en quatre colonnes.

Courrier canadien, 11 mars 1900. (No OCLC 109270836)

  1. Recherches dans les journaux

Il arrive souvent aux bibliothécaires d’aider des clients à trouver dans les journaux des renseignements sur des nouvelles locales, des articles sur une personnalité ou des détails d’une visite royale au Canada, par exemple.

Nous conservons les journaux en version papier et sur microfilm, le tout répertorié dans le catalogue Aurora. Nous sommes également abonnés à plusieurs bases de données journalistiques.

Sur la page Fonds sur microforme – Liste géographique sont indiqués tous les journaux que nous avons en format microfilm (cliquez sur le numéro OCLC correspondant), ainsi que les journaux accessibles en ligne. La liste est organisée par province ou territoire, puis par nom de ville en ordre alphabétique.

Les journaux à grand tirage comme Le Devoir, le Montreal Gazette et l’Ottawa Citizen sont consultables sur microforme dans notre salle de lecture libre-service.

Les bases de données journalistiques suivantes sont accessibles à partir des postes publics de notre salle de référence : The Globe and Mail, Toronto Star, Paper of Record et Newspaper Archive.

Voici quelques ressources journalistiques en ligne (certaines en anglais) :

Page couverture de la publication Histoire officielle de la participation de l’armée canadienne à la Seconde Guerre mondiale.

Couverture de la monographie du colonel C. P. Stacey intitulée Histoire officielle de la participation de l’armée canadienne à la Seconde Guerre mondiale, volume 1 – Six années de guerre : L’armée au Canada, en Grande-Bretagne et dans le Pacifique. (No OCLC 317352934, image fournie par Publications du gouvernement du Canada)

  1. Recherches sur l’histoire militaire

Les bibliothécaires se font poser des questions d’histoire militaire par des clients à la recherche de récits publiés sur tel régiment ou telle unité, de statistiques de recrutement par année ou d’information sur le déploiement des unités canadiennes en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale.

Voici des ressources pour les recherches sur l’histoire militaire :

Image d’un horaire de la Grand Trunk Railway Company daté de 1922.

Horaire des lignes ontariennes de la Grand Trunk Railway Company, daté de 1922. (e011297622)

  1. Histoire ferroviaire

Beaucoup de clients communiquent avec les services de référence pour trouver des renseignements sur l’histoire ferroviaire. Les questions concernent notamment l’histoire d’une gare en particulier, l’histoire d’une compagnie de chemin de fer (Chemin de fer Canadien Pacifique, Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada, Grand Trunk, etc.) et les tracés de telle ou telle ligne ferroviaire.

Nous avons des cartes ferroviaires et des horaires à l’intention des passagers et des employés en format papier, qui se trouvent à l’aide d’Aurora. De nombreux horaires appartiennent à la collection Merrilees sur les transports, laquelle renferme quelque 5 000 publications : livres, publications spécialisées, manuels techniques, horaires, dépliants grand format, périodiques et brochures.

Un historien ferroviaire de l’Ontario a aussi publié des horaires sur le site Charles Cooper’s Railway Pages (en anglais).

Les horaires de Chemin de fer Canadien Pacifique de 1930 à 1985 sont consultables en ligne (en anglais) dans la collection Chung à la bibliothèque de l’Université de la Colombie-Britannique.

Voici deux excellentes publications imprimées (en anglais) au sujet de l’histoire ferroviaire :

  • Andreae, C. et Matthews, G. Lines of Country: An Atlas of Railway and Waterway History in Canada, Erin (Ontario) : Boston Mills Press, 1997. Ce livre donne un aperçu complet de l’histoire des voies ferroviaires et maritimes au Canada et comprend des cartes des chemins de fer au pays, de leurs débuts à aujourd’hui. On peut le consulter dans notre salle de référence.
  • Ballantyne, B. et Bytown Railway Society. Canadian Railway Station Guide, Ottawa (Ontario) : Bytown Railway Society, 1998. Cet ouvrage présente des gares, des plans et des images.

 J’espère que ces ressources vous seront utiles dans vos recherches sur ces sujets. Bien entendu, n’hésitez pas à nous poser une question sur tout sujet qui vous intéresse; l’un de nos bibliothécaires de référence se fera un plaisir de vous aider!


Emily Dingwall est bibliothécaire de référence à la Division des services de référence de Bibliothèque et Archives Canada.

Partitions du Canada d’antan : la Grande Guerre

Par Emilie Gin

Saviez-vous que dans la collection de BAC, on peut visualiser, télécharger et imprimer des partitions numériques? Une partie de la collection, dont des pièces datant de la Première Guerre mondiale, a été numérisée et est accessible en ligne dans Aurora, le catalogue de bibliothèque de BAC. Voici la marche à suivre pour faire une recherche dans les collections spéciales.

Les partitions du Canada d’antan sont une excellente façon d’explorer les sons et les paroles qui ont marqué l’expérience canadienne de la Première Guerre mondiale, que l’on appelle aussi la Grande Guerre. Grâce à cette musique, tant les Canadiens restés au pays que ceux partis combattre à l’étranger ont pu trouver réconfort et courage et voir leur sentiment de patriotisme ravivé.

Qu’est-ce qu’une partition?

Une partition, ou musique en feuilles, désigne les feuillets sur lesquels étaient imprimées les œuvres musicales populaires. Habituellement composées d’une ou de plusieurs feuilles pliées, les partitions étaient publiées et vendues par des compositeurs professionnels ou amateurs. Comme elles n’étaient pas reliées, elles étaient faciles à produire et vendues aux consommateurs à prix relativement abordables.

La musique de ces partitions joue un rôle important dans la vie des Canadiens d’autrefois. Si, au début du 20e siècle, certaines familles aisées possèdent des phonographes ou des gramophones, de nombreux ménages n’ont en revanche pas les moyens de profiter de ces nouvelles technologies. Pour beaucoup de gens, le seul moyen d’écouter de la musique est d’aller dans une salle de spectacle ou d’en jouer eux-mêmes avec des partitions.

Musique et discours national

Pendant la période difficile et tumultueuse de la Grande Guerre, on considère la musique comme un divertissement et comme un élément pouvant produire un effet purificateur. Or, c’est aussi un moyen de communication idéal pour un gouvernement souhaitant faire la promotion d’un certain discours national.

Dessin en couleur d'un soldat debout tenant un fusil devant le drapeau britannique, une médaille de guerre et le portrait de H.W. Ellerton en uniforme.

Couverture de The Khaki Lads (OCLC 25442742)

Aux termes de la Loi sur les mesures de guerre de 1914, toutes les publications (y compris les partitions et d’autres documents imprimés comme les romans ou les affiches) doivent être approuvées par le ministère de la Milice et de la Défense. Bien qu’il soit difficile à l’époque de mesurer les véritables effets de la musique et des messages qu’elle porte, il reste que ces partitions nous ouvrent une fenêtre sur le quotidien des Canadiens pendant la Première Guerre mondiale.

Identité canadienne : feuille d’érable et Grande-Bretagne

L’expression du patriotisme canadien et l’allégeance à la Grande-Bretagne sont des thèmes omniprésents dans les partitions publiées pendant la Première Guerre mondiale. Ce n’est pas surprenant : les œuvres présentant un discours d’unité nationale renforcent le sentiment de patriotisme et remontent le moral des soldats et de leurs proches restés à la maison. Ces pièces donnent du courage à chacun et rappellent aux soldats leur devoir et le but de leur mission. Elles présentent une certaine vision de l’identité canadienne qui est alors presque exclusivement anglophone et encore très étroitement rattachée à l’identité britannique.

Dessin en couleur d'un soldat tenant un fusil avec une feuille d'érable verte à l'arrière-plan.

Couverture de They Heard the Call of the Motherland (The Men of the Maple Leaf), d’Edward W. Miller (OCLC 123910582)

La participation du pays à d’importantes batailles de la Première Guerre mondiale comme celles de la crête de Vimy, de la Somme et de Passchendaele marque un changement important dans le regard que pose le peuple canadien sur son statut : il ne se perçoit non plus comme une colonie, mais bien comme une nation. La crise de la conscription de 1917 soulève toutefois de grandes questions quant aux liens unissant le Canada à la Grande-Bretagne et au rapport entre les citoyens anglophones et francophones du pays.

Une image en noir et blanc où les mots « The King Will Be Proud of Canada » sont entourés d'une couronne de feuilles et d'un castor.

Couverture de The King Will Be Proud of Canada: Canadian Military Song, de S. G. Smith et Frank Eboral (OCLC 123910650)

Voici quelques exemples de partitions d’œuvres patriotiques téléchargeables depuis la collection de BAC :

Chacun contribue à l’effort de guerre

La musique est un aspect important du quotidien des gens qui contribuent à l’effort de guerre au Canada. On retrouve d’ailleurs très souvent ce thème dans les pièces populaires, qui suggèrent aux citoyens de contribuer, soit en tricotant des vêtements pour les soldats, en donnant de l’argent, en achetant des obligations pour financer la guerre ou en offrant leurs services comme infirmiers. Des morceaux tels que He’s Doing His Bit, Are You?, assortis de paroles comme « si on ne peut se battre, on peut contribuer financièrement », renforcent le sentiment du devoir de citoyen des Canadiens à l’endroit de leur pays et de la Couronne.

Dessin en couleur d'un soldat vêtu d'un uniforme bronze tenant un fusil au-dessus de sa tête.

Couverture de He’s Doing His Bit, Are You? If We Cannot Do the Fighting—We Can Pay, de W. St. J. Miller (OCLC 1007491809)

Voici quelques morceaux illustrant les messages présentés aux Canadiens contribuant à l’effort de guerre :

La musique en temps de guerre : dualité

En temps de guerre, la musique de ces partitions joue en quelque sorte un double rôle dans l’univers collectif : il s’agit à la fois d’un divertissement et d’un moyen pour le gouvernement de diffuser des messages subliminaux. Il est donc difficile de savoir quel sentiment entretiennent alors les Canadiens face à ces œuvres. Elles offrent probablement un moment de répit bienvenu, permettant d’oublier momentanément les atrocités et les nouvelles troublantes émanant du front, mais il ne fait aucun doute que la musique diffusée par ces producteurs passe les messages du gouvernement.

Une image en couleur composée d'un grand navire, d'une colombe, d'une femme accueillant le navire et d'un portrait de S. M. Hallam.

Couverture de When Jack Comes Back, de Gordon V. Thompson (OCLC 1007593602)

Quoi qu’il en soit, cette note que l’on peut lire sur la couverture de The Canadian War Song: When Jack Comes Back, une œuvre de Gordon V. Thompson, sonnait certainement assez juste pour de nombreux Canadiens pendant la Première Guerre mondiale :

« Ces temps-ci, nous avons tous besoin de belle musique pour adoucir la vie et nous aider à assécher nos larmes. » [Traduction]

Pour en savoir plus sur les partitions canadiennes, consultez notre balado « Entre les feuilles ».

Emilie Gin travaille comme bibliothécaire stagiaire aux acquisitions à la Direction générale du patrimoine publié de Bibliothèque et Archives Canada.

De nouveaux ouvrages dans la collection des Services de généalogie

Par Emily Potter

Une photographie couleur de deux tablettes de livres à couvertures rigides multicolores.

Exemple de la diversité des ouvrages conservés dans la collection des Services de généalogie au 395, rue Wellington à Ottawa. Photo : Emily Potter

Nous sommes très heureux d’annoncer l’acquisition de nouveaux ouvrages en généalogie, que vous pourrez consulter dans la salle de généalogie et d’histoire familiale au 3e étage de l’édifice de Bibliothèque et Archives Canada, au 395, rue Wellington à Ottawa.

Consultez la liste ci-dessous. Après chaque titre, vous trouverez une cote qui vous aidera à repérer l’ouvrage sur nos rayonnages. Le numéro OCLC renvoie à la notice de notre nouveau catalogue de bibliothèque Aurora qui vous fournira des renseignements supplémentaires. C’est la première fois que vous l’utilisez? Consultez Aide à la recherche : Aurora.

Si vous êtes novice en généalogie, consultez la section Généalogie et histoire familiale de notre site Web; vous y apprendrez comment démarrer votre recherche.

Consultez aussi Quoi de neuf dans la collection pour découvrir nos plus récentes acquisitions de livres et d’archives maintenant ouverts à la consultation.

Bonne découverte!

Index des églises, des cimetières et des journaux

Baptêmes et sépultures des quatre voisines de Saint-Clément de Beauharnois par la Société du patrimoine de Sainte-Martine. CS88 QC43 B42 2017 (Numéro OCLC : 1032020299)

Flamborough Obituary Slips, 1883–1891 par la Waterdown-East Flamborough Heritage Society. CS88 ON35 F53 1999b (Numéro OCLC : 62927324)

Massey, Ontario, Massey Grandview Protestant Cemetery par la Sudbury District Branch, Ontario Genealogical Society. CS88 ON31 M47 2016 (Numéro OCLC : 1082503187)

Massey, Ontario, Massey Immaculate Conception Roman Catholic Cemetery par la Sudbury District Branch, Ontario Genealogical Society. CS88 ON31 M47 2016b (Numéro OCLC : 1082504357)

 

Histoires de familles
Ainslie (Volumes 1 et 2) par John Stuart Ainslie. CS90 A43 2016 (Numéro OCLC : 1103323498)

My Writings on the Audet-Lapointes par Guy Saint-Hilaire. CS90 A935 2017 (Numéro OCLC : 1019429805)

La famille Berthiaume : cent vingt-cinq ans d’histoire (1892-2016) par François-Xavier Simard. CS90 B4274 2016 (Numéro OCLC : 1032012228)

La famille Boily au XVIII : de Saint-Jouin-de-Marnes à la Baie Saint-Paul par Raymond Boily. CS90 B56 2013 (Numéro OCLC : 937871289)

The Bonhomme family, 1632 to 2015 par Joseph Bonhomme. CS90 B642 2017 (Numéro OCLC : 1082496422)

The Stalwart Brydons: from Scotland to Galt to Manitoba: a History of 100 Years in Canada par James Emerson Brydon et Dianne Brydon. CS90 B8 2016 (Numéro OCLC : 1082476540)

The Descendants of John Archelaus Carpenter of Weston, New Brunswick, Canada par Miles Ludlow Carpenter. CS90 C288 2016 (Numéro OCLC : 1018310137)

Famille Chatel par Charles G. Clermont. CS90 C476 2016 (Numéro OCLC : 947133998)

The Clark and Simonite Saga: Where Past and Present Meet par Carolyn Gillanders Loveless. CS90 C538 2016 (Numéro OCLC : 1036081812)

Angus MacLean: a Genealogy par Marleen MacDonald-Hubley. CS90 Mc69 2012 (Numéro OCLC : 907028372)

The Dickinson Men of Manotick par William et Georgina Tupper. CS90 D498 2015 (Numéro OCLC : 927183619)

The Grandmother & Grandfather’s Story: Lewis and Mary Fisher, Loyalists in the American Revolution and New Brunswick Settlers par Robert C. Fisher. CS90 F574 2017 (Numéro OCLC : 1082478346)

The Griersons of Torbolton Township par Doris Grierson Hope. CS90 G725 2016 (Numéro OCLC : 1036095475)

Les Leduc d’Amérique du Nord : histoire et répertoire généalogique des Leduc issus de la Nouvelle-France par Adrienne Leduc. CS90 L44 2017 (Numéro OCLC : 1033521074)

Les Pellerin du Québec, 1722-1916 par Jacques Gagnon. CS90 P43 2017 (Numéro OCLC : 1032011484)

Pommainville d’Amérique : Henri Brault dit Pomainville et ses descendants par Edgar Pommainville. CS90 P63 2017 (Numéro OCLC : 976416112)

Antoine, first Theroux in Canada par Mary Jeannette Hounsome. CS90 T4869 2016 (Numéro OCLC : 1082503547)

Descendants of Johann Christian Schell and Johannes Schell par J. P. Schell. CS90 S4213 2004 (Numéro OCLC : 1082497015)

St-Cyr in North America, 1624–2016: the Descendants of Pierre Deshaies St-Cyr and Marguerite Guillet and Mathieu Rouillard St-Cyr and Jeanne Guillet par François St-Cyr. CS90 S233613 2016 (Numéro OCLC : 952211418)

Mountain Romantics: The Whytes of Banff par Chic Scott. CS90 W458 2014 (Numéro OCLC : 883939953)

 

Histoires locales et biographies

Before Surveyors’ Line was Run: the History of Simon Orchard and Samuel Rowe, the First Settlers to Paisley, Ontario in the Queen’s Bush par Marguerite Ann Caldwell. CS88 ON32 P34 2013 (Numéro OCLC : 1036198843)

My Creignish Hills par Floyd MacDonald. CS88 NS69 C74 2015 (Numéro OCLC : 1019413004)

Cypress Hills Metis Hunting Brigade Petition of 1878 for a Metis Reserve: History of the Cypress Hills Hunting Brigade: Biographies of Petitioners par Lawrence Barkwell. E99 M47 B37 2015 (Numéro OCLC : 1032013125)

Les familles pionnières de la seigneurie de La Prairie, 1667 à 1687 par Stéphane Tremblay. CS88 QC43 R68 2017 (Numéro OCLC : 1033510580)

A Glance Backward par Ray Johnson. CS90 A715 1988 (Numéro OCLC : 1082475369)

Jewish Papineau: an Account of the People and Places of the Montreal Neighbourhood Known as “Papinyu” as Recounted par Philip Teitelbaum and Other Contributors par Peter Teitelbaum. CS88 QC42 M65 2015b (Numéro OCLC : 1007771024)

Prairie Pioneers: Schönthal Revisited par Mary Neufeld. CS88 MB274 A48 2016 (Numéro OCLC : 945781920)

La Reine : 100 ans d’histoire par Gérald Doré, Marie-Claire Piché-Doré et Victorin Doré. CS88 QC41 L35 2017 (Numéro OCLC : 1032010291)

Remember Me: Manitoulin Military par le Manitoulin Genealogy Club. CS88 O6 R46 2015 (Numéro OCLC : 919340193)

The Settlers of Monckton Township par Les Bowser. CS88 NB52 M66 2016 (Numéro OCLC : 962852120)

Visages estriens : hommage à nos gens par la Société de généalogie des Cantons de l’Est. CS88 QC46 A1 2017 (Numéro OCLC : 1032018896)


Emily Potter est consultante en généalogie à la Direction générale des services publics de Bibliothèque et Archives Canada.

Les soldats inuits de la Première Guerre mondiale : le caporal suppléant John Shiwak

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.Par Heather Campbell

Photo noir et blanc d’un jeune homme inuit vêtu d’un uniforme militaire, qui regarde l’objectif.

Le caporal suppléant John Shiwak, du First Royal Newfoundland Regiment, vers 1915. Source : Anciens Combattants Canada

En cette période où nous nous rappelons les sacrifices des soldats qui ont participé à la Première et à la Seconde Guerre mondiale, nous pensons notamment aux Métis et aux membres des Premières Nations qui se sont battus pour notre pays. Or, peu de gens savent que des soldats inuits ont aussi livré bataille aux côtés des soldats autochtones et non autochtones. Mon arrière-grand-oncle, le caporal suppléant John Shiwak, était l’un d’eux. Chasseur doué, il est devenu tireur d’élite, « l’un des meilleurs de l’armée britannique » selon un frère d’armes.

Mon arrière-grand-oncle venait du Nunatsiavut, territoire inuit couvrant le Nord et le centre du Labrador, qui faisait partie du Dominion de Terre-Neuve de l’Empire britannique en 1914. Lorsqu’on a invité les hommes de Terre-Neuve à s’enrôler, l’appel a aussi été entendu dans les établissements inuits le long de la côte nord du Labrador.

Dans la culture inuite, on cherche généralement à éviter les affrontements; c’était le cas à l’époque, et ce l’est encore aujourd’hui. Des personnes en situation d’autorité, comme le docteur Harry Paddon, médecin de l’International Grenfell Association, ont donc incité de nombreux jeunes hommes inuits à aller sous les drapeaux. Une quinzaine d’entre eux se sont ainsi enrôlés, pour différentes raisons, et ont mis le cap sur l’Angleterre à l’été 1915.

Photo noir et blanc de deux femmes et d’un enfant inuits, debout à côté d’une maison en bois.

Hopedale, Terre-Neuve-et-Labrador, 1913. Source : Edith S. Watson (e010791418)

Le choc culturel a dû être immense pour ces hommes qui, comme mon arrière-grand-oncle, venaient de petits hameaux isolés comptant quelques centaines d’habitants tout au plus. Outre la taille et le tumulte des villes et des villages européens, ils faisaient face à une vision du monde tout à fait différente. Les Inuits chassent pour survivre, mais ils respectent chaque vie sacrifiée; dès notre enfance, on nous apprend qu’il ne faut jamais faire souffrir un animal ni lui causer de détresse. Ainsi, chaque tir doit être précis et efficace. C’était encore plus vrai au début du 20e siècle, époque où l’on ne pouvait se permettre de gaspiller des munitions, vu leur coût et leur rareté. Parfois, cela signifiait qu’on revenait à la maison bredouille.

J’imagine que ces soldats inuits se sentaient exactement de la même façon lorsqu’ils utilisaient leurs armes au front. Comme cela a dû être difficile pour eux de tirer à la hâte, sachant qu’ils avaient peut-être blessé quelqu’un! Mais ils comprenaient qu’il fallait arrêter les hommes de l’autre côté des tranchées pour que d’autres puissent vivre, tout comme ils avaient dû tuer des animaux au Labrador pour que leur famille survive. C’est sans doute ce qu’ils se disaient pour pouvoir accepter les horreurs de la guerre.

Photo noir et blanc d’un paysage d’arbres et de maisons aux toits noirs. À l’arrière-plan, on voit un bateau sur l’eau.

Bâtiments de la Compagnie de la Baie d’Hudson, Rigolet, Labrador, septembre 1926. Photo : L. T. Burwash (a099501)

L’histoire de mon arrière-grand-oncle, le caporal suppléant John Shiwak, est particulière parce qu’en plus de ses occupations traditionnelles (chasseur, trappeur et pêcheur), il était aussi écrivain, poète et artiste. Du front, il a écrit de nombreuses lettres à son ami Lacey Amy, un journaliste et auteur ontarien. Celui-ci a d’ailleurs raconté leur amitié dans un article intitulé « Un patriote esquimau » (An Eskimo Patriot), paru en juillet 1918 dans The Canadian Magazine. Il y témoigne des émotions vécues par son ami durant la guerre :

La durée de la guerre commençait à le miner. Il n’avait aucun ami proche, personne avec qui entretenir le lien avec son lointain patelin. En septembre, il se plaignit : « Je n’ai reçu aucune lettre de chez moi depuis juillet. Et il n’y en aura plus jusqu’à la débâcle. » Dans sa dernière lettre, il exprimait sa nostalgie des bons vieux jours de chasse. Le Labrador, qui n’avait jamais pu satisfaire ses ambitions, lui apparaissait alors comme un lieu chaleureux et accueillant… On était à la mi-novembre. Un mois plus tard, je recevais une enveloppe officielle, contenant ma dernière lettre. Sur le dessus, le damné tampon : « Décédé ». [Traduction]

Chaque année, durant le jour du Souvenir, ma famille parle de cet oncle John avec un respect solennel, se rappelant le grand deuil vécu lorsqu’il n’est pas revenu de la guerre. Tous les Labradoriens expatriés que j’ai rencontrés m’ont dit vouloir retourner au Labrador. Notre rapport avec cette terre est difficile à exprimer. Nous voyons de nos propres yeux comment elle nous fournit toutes les ressources nécessaires pour survivre. Des générations d’histoires sont imprégnées dans la communauté, mais aussi dans chaque site de pêche, chaque ligne de piégeage, chaque sentier de bûchage, chaque aire de chasse et chaque lieu où nous cueillons des baies. C’est ce qui explique le lien très spécial que nous avons avec notre terre. Ceux qui sont loin du Labrador sont déconnectés d’une partie d’eux-mêmes.

La première fois que je suis allée au Musée canadien de la guerre, j’ai été attirée par la reconstitution d’une tranchée de la Première Guerre mondiale. Les visiteurs pouvaient y entrer et se mettre dans la peau des soldats au front. Je l’ai parcourue lentement, en proie à l’émotion. Les larmes coulaient sur mes joues alors que j’imaginais mon arrière-grand-oncle accroupi dans la boue, en train d’écrire dans son journal ou de dessiner la terre et les animaux, souhaitant plus que tout retrouver la paix et la solitude de sa terre ancestrale. Une terre qu’il ne reverrait plus jamais.

Photo noir et blanc d’un cimetière derrière une clôture, avec quelques petits arbres sans feuilles, près de Cambrai, en France. À l’arrière-plan, on aperçoit une maison et une ferme.

Le cimetière britannique Raillencourt près de Cambrai. John Shiwak n’a pas été enterré dans ce cimetière, mais il est tout aussi loin de chez lui. (a004409)

Mon arrière-grand-oncle et six autres soldats ont été tués par un obus durant la bataille de Cambrai, le 20 novembre 1917. Quatre-vingt-huit ans plus tard, en 2005, mon cousin Jason Sikoak (patronyme qui s’écrivait autrefois « Shiwak ») a participé à la Tournée spirituelle autochtone, lors de laquelle il a parcouru l’Europe avec un groupe pour rendre hommage aux soldats autochtones. Mon cousin m’a confié que durant le voyage, il a vu notre arrière-grand-oncle en songe. Nous espérons qu’il a suivi Jason jusqu’au rivage de Rigolet et qu’il est en paix.

Photo noir et blanc de bateaux dans une baie. On voit des arbres à l’avant-plan.

Une langue de terre, vue de loin, s’avance dans une baie. Des bâtiments de la Compagnie de la Baie d’Hudson sont érigés le long de sa côte. Des bateaux ont jeté l’ancre dans la baie. Rigolet, vers 1930. Photo : Fred. C. Sears (e010771588)

Ce blogue fait partie d’une série portant sur les Initiatives du patrimoine documentaire autochtone. Apprenez-en plus sur la façon dont Bibliothèque et Archives Canada (BAC) améliore l’accès aux collections en lien avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Voyez aussi comment BAC appuie les communautés en matière de préservation d’enregistrements de langue autochtone.


Heather Campbell travaille comme archiviste à la Direction générale des services au public de Bibliothèque et Archives Canada.

Hommage et souvenir : un soldat métis dans le Corps expéditionnaire canadien, 1917-1918

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.Par David Horky

Plus de 5 000 noms sont gravés pour la postérité sur le Monument commémoratif du Canada en l’honneur des vétérans métis, à Batoche, en Saskatchewan. Dévoilé en 2014, ce monument rend hommage aux anciens combattants de la Nation métisse ayant servi le Canada au cours de son histoire. Leur mémoire est également perpétuée dans la liste des vétérans métis (PDF) conservée par l’Institut Gabriel-Dumont. Celle-ci décline, en plus de leur identité, leur numéro de matricule, leur période de service (c’est-à-dire la guerre ou la mission à laquelle ils ont participé) et l’emplacement de leur nom sur le monument, par colonne et par rang.

Cette liste fut une ressource précieuse lorsque j’ai entamé mes recherches sur un lointain parent ayant combattu et péri pendant la Première Guerre mondiale. En effet, j’ai récemment découvert des branches métisses dans mon arbre généalogique, grâce aux sources généalogiques sur les Métis trouvées sur le site Web de Bibliothèque et Archives Canada (BAC). Je suis alors tombé sur le dossier de service militaire d’un parent éloigné, le soldat Arthur Carriere.

J’ai eu la fierté de trouver son nom dans la liste de l’Institut Gabriel-Dumont, ce qui confirme qu’il apparaît bien sur le Monument commémoratif du Canada en l’honneur des vétérans métis. J’ai aussi constaté que le numéro de matricule donné dans la liste – 2293697 – correspond au numéro de régiment se rapportant au soldat Arthur Carriere sur le site Web de BAC. Cet exemple illustre la grande valeur de la liste pour les familles et les chercheurs qui désirent répertorier les vétérans métis parmi les 600 000 soldats dont les dossiers ont été numérisés et versés dans la base de données Dossiers du personnel de la Première Guerre mondiale.

Grâce au dossier de service numérisé d’Arthur – une preuve tangible de sa participation au conflit, – j’ai pu honorer, de façon très personnelle, la mémoire d’un de mes ancêtres qui a servi son pays et s’est sacrifié pour lui. Même si, individuellement, les documents contenus dans le dossier fournissent relativement peu de renseignements sur Arthur, ils brossent ensemble un tableau impressionniste de son bref et tragique séjour au front.

Page dactylographiée ayant comme titre « Particulars of Recruit, Drafted under Military Service Act, 1917 » (Renseignements sur le conscrit, rédigés en vertu de la Loi du service militaire, 1917). On y voit des inscriptions au tampon encreur et à la plume.

La feuille d’engagement tirée du dossier de service numérisé d’Arthur Carriere. (Bibliothèque et Archives Canada, CEC 2293697)

Même si le dossier ne mentionnait pas explicitement l’ascendance métisse d’Arthur, j’ai cru en détecter les traces dans certains documents, et particulièrement sa feuille d’engagement. Celle-ci fournit des renseignements de base sur le conscrit au moment de son enrôlement : son âge, sa profession, son lieu de résidence, le nom et l’adresse du plus proche parent, etc.

Né en 1893 à Saint-Adolphe, au Manitoba, Arthur a 24 ans lorsqu’il s’enrôle. Agriculteur célibataire, il réside alors à Saint-Vital, dans la même province. Sa plus proche parente est sa mère, A. (Angèle) Carriere, domiciliée à Sainte-Rose, au Manitoba. (L’information sur le parent proche est très utile pour retracer les origines métisses, puisque l’origine ethnique est habituellement omise dans le dossier.) Les noms des localités ont particulièrement attiré mon attention : ce sont toutes des communautés franco-manitobaines avec de profondes racines métisses qui perdurent à ce jour.

La feuille mentionne aussi les circonstances de l’enrôlement d’Arthur, la plus importante étant qu’il ne se porte pas volontaire, mais qu’il est enrôlé en vertu de la Loi du service militaire. Il se soumet à un examen médical le 14 novembre 1917 à Fort Frances, en Ontario, et est appelé sous les drapeaux le 11 janvier 1918 à Winnipeg, comme soldat au sein du régiment de fusiliers à cheval Lord Strathcona’s Horse (Royal Canadians).

Formulaire dactylographié et manuscrit ayant pour titre « Casualty Form – Active Service » (Formulaire des pertes – service actif). Le numéro de régiment, le rang et le nom du militaire sont tapés à l’encre bleue, accompagnés de notes manuscrites.

Le formulaire des pertes (« Casualty Form ») tiré du dossier de service numérisé d’Arthur Carriere. (Bibliothèque et Archives Canada, (CEC 2293697)

Le formulaire des pertes pendant le service actif nous donne un aperçu des activités d’Arthur après son enrôlement. Ayant quitté Halifax avec son régiment le 15 avril 1918 à bord du S.S. Melita, il débarque à Liverpool, en Angleterre, le 28 avril. Le 20 août, peu après son arrivée en France, il entre au Camp de renfort du Corps canadien, où les troupes sont stationnées en attendant d’aller prêter main-forte aux unités sur le terrain.

Quelques semaines plus tard, le 13 septembre 1918, Arthur est muté aux Royal Canadian Dragoons, un régiment rattaché à la Brigade de cavalerie canadienne, mais qui joue surtout un rôle d’infanterie durant la guerre. Moins d’un mois plus tard, il perd tragiquement la vie. Dans le dossier, on indique simplement qu’il a été « tué au combat » le 10 octobre 1918. Il ne restait qu’un mois et un jour avant la signature de l’Armistice, le 11 novembre 1918, qui allait sonner le glas de la Première Guerre mondiale.

Un autre document militaire nous donne quelques détails supplémentaires sur le décès d’Arthur. Il s’agit des Registres de circonstances du décès, Première Guerre mondiale, dans lesquels le Corps expéditionnaire canadien (CEC) consigne la cause, l’endroit et le moment du décès des soldats, ainsi que l’emplacement de leur sépulture. Le document sur le soldat Arthur Carriere indique que le 10 octobre 1918, « alors qu’il agit comme aide-soignant au quartier général de la brigade, à Troisvilles, il est tué au combat par un obus ennemi ». L’emplacement de son dernier repos est la tombe no 8, lot 11, rangée C dans le Highland British Cemetery, situé à environ un kilomètre et demi au sud de Le Coteau, selon le registre de la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth.

BAC possède une multitude de documents datés de la Première Guerre mondiale (trop nombreux pour être tous énumérés ici), ainsi que des sources d’information externes qui fournissent d’autres renseignements importants sur les soldats qui y ont participé et les unités du Corps expéditionnaire canadien qui ont combattu en France et dans les Flandres.

Fiche qui énumère le numéro de régiment, le rang, le nom de famille, le nom de baptême, l’unité, le théâtre d’opérations, la date du service, des remarques ainsi que la dernière adresse du soldat. Dans le coin supérieur droit sont inscrites les lettres B et V, superposées à un crochet bleu.

Le certificat d’obtention de médailles du dossier de service numérisé d’Arthur Carriere. (Bibliothèque et Archives Canada, CEC 2293697)

Fiche sur laquelle est écrit « Soldat Arthur Carriere » et « 649-C25592 », avec un crochet dans le haut. On y voit aussi un grand M écrit à l’encre bleue.

Le certificat d’obtention de la Croix du Souvenir qui figure dans le dossier de service numérisé d’Arthur Carriere. (Bibliothèque et Archives Canada, CEC 2293697)

Le décès d’Arthur ne marque pas la fin de son histoire. Les médailles qu’il a reçues, telles que la Médaille de guerre britannique et la Médaille de la victoire (comme l’indiquent les lettres B et V écrites en majuscules avec un crochet sur son certificat d’obtention de médailles), ont été remises à sa mère endeuillée par une nation reconnaissante, accompagnées de la Croix du Souvenir, du Parchemin commémoratif et de sa plaque.

La mort d’Arthur s’est aussi fait ressentir dans la communauté métisse franco-manitobaine de Saint-Norbert. Peu après la fin de la guerre, le Monument commémoratif de guerre de Saint-Norbert fut érigé en hommage au sacrifice suprême fait par Arthur et 12 autres résidents.

De l’érection du monument de Saint-Norbert, à la fin de la Grande Guerre, jusqu’au dévoilement récent du Monument commémoratif du Canada en l’honneur des vétérans métis, à Batoche, l’histoire d’Arthur témoigne de la volonté de reconnaître les services rendus au Canada par des vétérans de la Nation métisse et de perpétuer leur souvenir.

L’Institut Gabriel Dumont est conscient que de nombreux combattants métis demeurent sans doute inconnus, alors qu’ils méritent qu’on les honore et qu’on se souvienne d’eux. Grâce à son formulaire, il est possible de soumettre les noms et les renseignements militaires d’autres vétérans métis afin qu’ils soient inscrits sur le Monument commémoratif, et que le Canada et la Nation métisse leur rendent les honneurs qui leur sont dus.


David Horky est archiviste principal au bureau de Winnipeg de Bibliothèque et Archives Canada.

Force et puissance : les soldats autochtones, de l’Égypte à l’Europe de la Première Guerre mondiale

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.Par Elizabeth Kawenaa Montour et Sara Chatfield

 Lorsque des membres des Premières Nations, de la Nation inuite et de la Nation métisse ont été recrutés pour participer à la Première Guerre mondiale, en 1914, aucun ne connaissait le nouveau visage des combats au 20e siècle.

En 1884, lors de ce qu’on pourrait qualifier de prélude à la Grande Guerre, environ 56 Kanyen’kehà:kas (Mohawks), 30 Ojibwés et 19 Métis avaient pris part à une expédition britannique de six mois sur le Nil, en Égypte. Ils avaient été choisis pour leur force, leur endurance et leur habileté à manœuvrer embarcations et radeaux; des qualités nécessaires pour naviguer dans les cataractes et les rapides du Nil. Mais les 400 hommes du groupe n’ont pas combattu activement, puisqu’ils sont arrivés deux jours après la prise de Khartoum, au Soudan, et le décès du major britannique Charles G. Gordon.

Les membres de l’expédition sont donc rentrés au bercail, 16 hommes en moins. Ils ont pu témoigner de tout ce qu’ils avaient vu pendant leur voyage sur le Nil : temples monolithiques et statues sculptées dans les collines d’Abou Simbel, sphinx de Gizeh, pyramides, marchés exotiques et scènes de la vie égyptienne au Caire.

Photo noir et blanc d’un grand groupe d’hommes posant devant les édifices du Parlement.

Voyageurs canadiens devant le Parlement (détail du contingent canadien du Nil), 1884. (c002877)

Trois décennies plus tard, on retrouve à nouveau les soldats autochtones sous les drapeaux : alors que la Première Guerre mondiale fait rage, ils participent à une expédition militaire outre-mer avec le Corps expéditionnaire canadien (CEC). C’est pour eux une occasion de voir le monde, de prouver leur courage et de démontrer leurs aptitudes au combat. Mais ces combats ainsi que les stratégies ont grandement changé. Les soldats sont dorénavant confrontés aux armes chimiques, aux mitrailleuses, aux avions de chasse, aux véhicules blindés et à la guerre de tranchées.

Notre nouveau défi Co-Lab, Correspondance sur les soldats des Premières Nations rapatriés après la Première Guerre mondiale met en lumière le vécu des soldats autochtones pendant la guerre et après leur rapatriement, ainsi que l’impact de leur absence dans leurs communautés. En fait, ils contiennent davantage de renseignements que les traditionnels dossiers du personnel de la Première Guerre mondiale. On peut y apprendre, par exemple, ce qu’un soldat comptait faire après la guerre, s’il possédait des terres ou des animaux de ferme, ou s’il était apte à pratiquer l’agriculture; ou encore, s’il souffrait d’incapacités, avec qui il vivait, et s’il avait des personnes à sa charge.

La présence de ces informations additionnelles s’explique par le fait que ces dossiers ont été créés par l’ancien ministère des Affaires indiennes, où un « agent des Indiens » fédéral a inclus des renseignements personnels et des commentaires sur les soldats des Premières Nations qui rentraient au pays. Tel n’était pas le cas pour les soldats non autochtones : il n’existe aucune série de dossiers semblables pour le reste du Corps expéditionnaire canadien.

Page du Indian Agent’s Office (Bureau de l’agent des Indiens), Chippewa Hill, bureau de Saugeen, 14 février 1919.

Document fournissant des renseignements sur John Besito, envoyé à Duncan Campbell Scott par T. A. Stout le 14 février 1919; RG 10, vol. 6771, dossier 452-30. (Image trouvée sur Canadiana)

Tous ces renseignements ont été intégrés aux dossiers du gouvernement fédéral conservés à Ottawa.

Autre particularité : les « agents des Indiens » se sont penchés sur la vie des soldats après leur service. L’information recueillie comprend des renseignements privés obtenus à titre gratuit et des jugements personnels sur les anciens combattants et leur retour à la vie civile. Par exemple, les notes du Bureau de l’agent des Indiens pour le soldat John Besito, recueillies en février 1919 par le bureau de Saugeen, en Ontario, indiquent : « Il possède un terrain de 50 acres dans la réserve. Il a une maison et quelques améliorations sur son terrain. »

En plus de renseignements administratifs (comme les numéros de matricule des soldats et leur appartenance à des organismes ou à des bandes des Premières Nations), ces dossiers nous donnent des renseignements généalogiques.

Par exemple, dans une lettre adressée le 12 février 1919 au ministère des Affaires indiennes, on trouve les noms de trois soldats décédés. Rédigée par l’« agent des Indiens » du bureau de Griswold, au Manitoba, la lettre indique que ces soldats viennent des réserves d’Oak River et d’Oak Lake. Elle précise le numéro de matricule de l’un des défunts (le soldat John Taylor) et indique que le ministère des Affaires indiennes a versé une pension à sa femme et à ses deux enfants.

D’autres lettres nous informent que le soldat Gilbert Moore, tué au combat le 24 mars 1918, a laissé ses parents dans des conditions difficiles et que ceux-ci ont fait une demande de pension; ou encore, que le soldat Thomas Kasto a laissé derrière lui sa mère, et que cette dernière a touché une pension.

Portrait studio en noir et blanc d’un soldat de la Première Guerre mondiale, vêtu d’un uniforme, qui tient une carabine.

Michael Ackabee, soldat membre du Corps expéditionnaire canadien. (e005176082)

Par ailleurs, les dossiers font aussi mention des femmes des Premières Nations qui ont appuyé l’effort de guerre, par exemple en versant des fonds à des organismes comme la Croix-Rouge, le Girls Overseas Comfort Club et le Fonds patriotique canadien. Des femmes ont également tricoté des chaussettes et cousu des chemises, envoyées par colis à l’étranger pour offrir un peu de réconfort aux leurs. D’autres ont amassé des fonds en fabriquant et en vendant des parures perlées, des paniers tissés et des courtepointes.

Les soldats autochtones qui ont survécu à la guerre sont souvent rentrés chez eux transformés, tant positivement que négativement. Jusqu’à son décès en 1955, le sapeur Peter Taylor, un soldat de Kahnawake, a souffert de complications causées par l’empoisonnement au gaz moutarde. Le soldat Tom Longboat, coureur de fond olympique et membre de la réserve des Six Nations de la rivière Grand, est rentré de France pour constater que sa femme s’était remariée après avoir été informée à tort de son décès.

Photo noir et blanc de deux militaires portant un uniforme de la Première Guerre mondiale. Assis, sourire aux lèvres, ils achètent un journal d’un jeune garçon. Le militaire à droite prend le journal d’une main et donne l’argent au garçon de l’autre.

Le soldat Tom Longboat, coureur de fond onondaga, achète un journal d’un garçon français, juin 1917. (a001479)

Bon nombre de soldats rapatriés ont souffert tant physiquement que mentalement. Nous leur sommes reconnaissants de leurs sacrifices et de leur service, et ils seront à jamais reconnus, honorés et respectés.

Ce blogue fait partie d’une série portant sur les Initiatives du patrimoine documentaire autochtone. Apprenez-en plus sur la façon dont Bibliothèque et Archives Canada (BAC) améliore l’accès aux collections en lien avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Voyez aussi comment BAC appuie les communautés en matière de préservation d’enregistrements de langue autochtone.


Elizabeth Kawenaa Montour est archiviste de projet et Sara Chatfield est gestionnaire de projet à la Division des expositions et du contenu en ligne de la Direction générale des services au public de Bibliothèque et Archives Canada.

Des photos marquantes de Samuel J. Hayward sur le thème du commerce

Par Olivia Chlebicki

Quand j’ai fait mon stage d’été à la Section des supports spécialisés privés (à la Division des archives privées, de la vie sociale et de la culture), on m’a confié la tâche de décrire une série de photos provenant du fonds Hayward Studios. Né au Royaume-Uni, le photographe Samuel J. Hayward a immigré au Canada et a laissé son empreinte dans notre histoire en immortalisant quantité de moments, de gens et de lieux.

Samuel J. Hayward commence sa carrière dans des agences de publicité et de photogravure. Au début des années 1920, il devient photographe officiel pour la Canada Steamship Lines. Par la suite, son parcours l’amène notamment chez la Canadian Vickers Limited, un constructeur d’avions et de navires, et chez Steinberg’s, une chaîne de supermarchés. Il y photographie les événements d’entreprise et les produits. Son fonds d’archives comprend entre autres des photos d’architecture, de locomotives, d’avions et de navires. Il s’agit surtout de photos documentaires, mais pendant que j’explorais la collection, de nombreux clichés ont attiré mon attention en raison de leur grand intérêt artistique et visuel.

Les photos sur lesquelles j’ai travaillé ont été prises principalement à Montréal, entre 1920 et 1970; au fil des ans, le photographe y a immortalisé des scènes de la société et des fragments d’histoire. Je vous présente ici quelques œuvres qui se démarquent, tant sur le plan visuel que pour les histoires qu’elles racontent.

Photo noir et blanc prise dans une épicerie, où une femme vêtue d’une robe blanche verse le liquide provenant d’une canette dans un verre. Elle est debout derrière un présentoir rempli de boissons en canettes, flanqué de deux paniers d’épiceries couverts d’affiches sur lesquelles on peut lire « Now in Cans » (Maintenant en canette).

Promotion de la boisson gazeuse en canettes de la Continental Can Company dans une épicerie. (a085192)

La première photo montre une employée d’épicerie faisant la promotion de ce qui est probablement un nouveau produit pour l’époque : des boissons gazeuses « maintenant en canettes ». Avec cette œuvre, Samuel Hayward permet au public d’être témoin de ce moment d’histoire sociale.

Photo noir et blanc d’un homme accroché à un poteau de téléphone, réparant des câbles sous le vent et la neige. Il porte un manteau d’hiver, des gants et un chapeau.

Un électricien de la Compagnie de Téléphone Bell du Canada. (a069351)

Samuel Hayward a pris de nombreuses photos pour la Compagnie de Téléphone Bell, et particulièrement des photos de ses ouvriers. Cette deuxième œuvre montre un employé dévoué, à l’ouvrage pendant une tempête de neige. Il est attaché au poteau téléphonique et répare les câbles au milieu du blizzard.

Photo noir et blanc où des hommes et des femmes regardent une bouteille de champagne se briser sur la coque d’un énorme navire. Un homme place son chapeau devant le visage d’une femme vêtue d’un manteau de fourrure.

Baptême d’un navire de la Canadian Vickers. (a085036)

La troisième photo montre le moment où une bouteille de champagne se brise contre la proue d’un nouveau bateau. On croit que le rituel naval du baptême des navires porte chance. Un parrain ou une marraine annonce habituellement le nom du bateau au moment où la bouteille se brise, et le navire est ensuite mis à l’eau. C’est cette tradition qui est représentée ici avec un navire de la Canadian Vickers. Une femme vêtue d’un long manteau de fourrure, fort probablement la marraine, se tient à l’avant-plan devant un micro. Scène quelque peu cocasse : un homme protège le visage de la femme avec son chapeau tandis que la bouteille se fracasse contre la coque.

Photo noir et blanc de la mise à l’eau d’un navire, parmi les rondins et d’autres débris flottant sur l’eau.

: La mise à l’eau du navire Canadian Forester de la Canada Steamship Lines. (a059444)

La quatrième photo montre la suite de cette tradition navale : l’étape de mise à l’eau. Le Canadian Forester, navire de la Canada Steamship Lines, est immortalisé au moment exact où il amerrit. On peut voir les vagues qui montent jusqu’au haut de la coque. Tout au long de son travail pour la Canada Steamship Lines, Samuel Hayward a immortalisé les voyages et la vie de nombreux navires comme celui-ci.

Photo noir et blanc d’un grand navire. On aperçoit un renfoncement sur le côté de la coque qui fait face à l’eau.

Le SS Ikala après une collision. (a059755)

Le bateau qui figure sur la cinquième photo est le SS Ikala, un cargo néo-zélandais amarré à Montréal. Lors de mes recherches sur ce navire, j’ai trouvé un article de la Gazette de Montréal (en anglais), daté du vendredi 13 mai 1927, qui décrit la rencontre du bateau avec le vaisseau réservoir James McGee, laquelle a donné lieu à un accrochage. Sur le cliché montrant l’événement, on peut voir le résultat sur le côté avant gauche du navire.

La photographie est une ressource artistique essentielle pour l’histoire du Canada. Elle permet d’immortaliser des moments sur pellicule, figeant ainsi l’histoire dans le temps. Cette sélection d’œuvres tirées de la collection de Samuel Hayward en est un bel exemple; elle donne au public la chance d’admirer la vie sociale et la culture de l’époque. Quant aux photos portant sur des entreprises canadiennes, elles enrichissent la collection de Bibliothèque et Archives Canada en présentant certains aspects de notre histoire et de notre société.


Olivia Chlebicki a travaillé comme stagiaire d’été à la Section des supports spécialisés privés (Division des archives privées, de la vie sociale et de la culture) à Bibliothèque et Archives Canada.

Ça, c’est personnel : coup d’œil sur les archives personnelles à Bibliothèque et Archives Canada

Par Stephen Danilovich

Imaginez que vos archives aient été données à Bibliothèque et Archives Canada (BAC). Pensez à ce qui pourrait faire partie de votre collection : un journal intime de l’époque du secondaire, des reçus d’épicerie du mois courant ou votre plus récent message sur les médias sociaux, par exemple.

Maintenant, mettez-vous à la place d’un archiviste qui traiterait vos archives. Comment classeriez-vous tous ces documents par catégorie? À quels documents restreindriez-vous l’accès, et pourquoi? Choisiriez-vous de décrire fidèlement les documents ou de les mettre en ordre?

Voilà quelques-unes des questions à se poser avant de traiter des archives personnelles (des archives produites par des particuliers plutôt que par des organismes ou des entreprises). Évidemment, les archives personnelles, ça peut devenir très… personnel. Plus que dans les autres types d’archives, la protection de la vie privée, le respect du classement original des documents, les relations avec les donateurs et d’autres considérations archivistiques y sont intimement associées à la vie quotidienne.

Ces archives ont la particularité d’agir comme un miroir. L’archiviste qui les traite réfléchit aux traces qu’il a soi-même laissées et à la manière dont d’autres archivistes essaieraient de reconstituer sa vie. Il repense aussi à tout ce qui n’a pas été consigné.

Comme tout archiviste vous le dira, une grande partie du travail s’effectue dans les zones d’ombre. Il faut établir des liens entre les documents afin de créer un classement cohérent qui guidera les futurs chercheurs. Alors, que se passe-t-il quand l’archiviste essaie de reconstituer logiquement la vie d’une personne à partir des documents et des traces qu’elle a laissés?

Deux images noir et blanc, côte à côte, d’une femme aux cheveux foncés, de profil. L’image de gauche est le négatif, et celle de droite, la photo finale.

Deux façons de voir : le négatif et le positif. Photo de Mlle Ethel Hand prise le 10 novembre 1934 par Yousuf Karsh. (e010680101)

Pour répondre à ces questions, j’ai discuté avec des archivistes de la Division des archives privées sur la vie sociale et la culture, qui conserve notamment des collections de romanciers célèbres comme Carol Shields, Michael Ondaatje, Daphne Marlatt et bien d’autres. Ces questions sont encore plus importantes pour les auteurs qui sont encore vivants.

« Cela met votre propre vie en perspective, m’a confié l’archiviste Christine Waltham, qui a traité le fonds Thomas King. C’est comme si quelqu’un nous donnait sa vie. »

« Vous avez vraiment l’impression de connaître ces personnes, ajoute Christine Barrass, une archiviste qui a découvert les archives personnelles en traitant le fonds Doris Anderson. Ça ressemble à une simple transaction, mais quand on commence à aller au fonds des choses, ça devient un véritable honneur et un grand privilège. »

Photographie noir et blanc d’une femme de profil aux cheveux gris portant un collier foncé.

Photo de Doris Anderson prise le 10 octobre 1989 par Barbara Woodley. (e010973512)

Parmi les difficultés que présente le traitement d’archives personnelles, la plus inattendue est sans doute l’attachement émotif que l’archiviste peut commencer à éprouver pour les archives et leur créateur.

« Les émotions qu’elles provoquent, et que vous ne ressentez pas avec les archives institutionnelles, peuvent être difficiles à gérer, selon Christine Waltham. Comment décrire les archives de manière respectueuse? »

« Ça peut devenir un poids si ce n’est pas une chose que vous voulez dans votre vie quotidienne », explique Christine Barrass, qui croit que les aspects positifs et négatifs des archives personnelles représentent les deux côtés d’une même médaille : la grande intimité qui se développe.

L’archiviste est souvent la première personne, après l’auteur, à voir les documents. Une relation de confiance implicite est donc essentielle. Ce regard privilégié sur la vie d’une personne s’accompagne d’un profond sentiment de responsabilité, entraînant ce que l’archiviste littéraire Catherine Hobbs appelle une « paranoïa archivistique ».

« On a l’impression de ne jamais pouvoir en faire assez, dit Hobbs, ce qui est le propre de tout archiviste consciencieux. »

Traiter les archives d’une personne, c’est marcher constamment sur une corde raide entre la vie privée et la vie publique du créateur. N’importe quel document peut révéler une liaison clandestine, une querelle tenue secrète ou une facette inconnue de la personne. Pour ajouter à la difficulté, il est impossible de prévoir ce qui sera utile aux futurs chercheurs.

Il faut donc établir un savant équilibre entre la vie privée du donateur et l’accès accordé aux futurs chercheurs, tout en respectant le mandat de BAC.

« Nous devons trouver un compromis entre nos rôles de gardien et d’aide à la recherche », dit Hobbs.

C’est ce mélange d’intimité et de détachement qui rend si spécial le traitement des archives personnelles.

Photographie noir et blanc d’une femme aux longs cheveux noirs vêtue d’une robe blanche flottante. La femme est assise devant un miroir ovale et regarde en direction de l’appareil photo.

Entre miroir et lentille : « The Mob », Festival national d’art dramatique, 24 avril 1934, photo prise par Yousuf Karsh. (e010679016)

Pour ma toute première expérience de travail en archivistique, dans le cadre d’un emploi d’été étudiant, j’espérais apprendre les meilleures méthodes pour traiter les archives personnelles. Mais j’ai vite découvert que ces archives sont aussi diversifiées et nuancées que leurs créateurs.

Selon Waltham, « Les archives personnelles témoignent du désordre de la vie. C’est ce qui les rend si spéciales. »

Et ce désordre requiert une approche particulière. Puisque chaque collection est unique, tant du point de vue de son organisation que de son contenu, les procédures et le dogmatisme ne constituent pas la meilleure manière de créer un classement cohérent. En effet, ce caractère unique risque de disparaître si l’archiviste adopte une approche trop mécanique.

« L’apparence des documents ou les conditions dans lesquelles ils ont été conservés en disent déjà beaucoup sur la personne », ajoute Waltham. Une méthode de traitement exagérément prescriptive risquerait d’éliminer certaines particularités. On peut même dire que les archives personnelles dépassent le domaine des sciences sociales pour atteindre quelque chose qui s’apparente à l’art — et même à une sorte d’osmose entre archiviste et créateur.

Hobbs soutient que l’archivistique va au-delà de la science : elle engage la responsabilité de l’archiviste, qui doit surtout faire preuve d’empathie et d’honnêteté dans sa démarche et comprendre le rare degré d’intimité qui est atteint quand une personne donne ainsi accès à une partie de sa vie privée.

En définitive, ce que les archives personnelles exigent, c’est peut-être une petite prise de conscience de la part des archivistes – une compréhension de leur rôle dans cette communion entre la vie quotidienne, la gestion des documents et la recherche. Mettre de l’ordre dans les documents d’un tiers est un travail intrinsèquement personnel. Les archivistes qui traitent des archives personnelles doivent être particulièrement sensibles au fait que nous contribuons tous à ce que Hobbs appelle « l’aventure humaine ». Essayer de donner un sens à la vie d’un être humain dépasse largement le catalogage : c’est un processus de cocréation.

Confrontés aux défis et aux émotions qui accompagnent les archives personnelles, les archivistes de BAC font de leur mieux. L’objectif ultime, comme l’exprime Catherine Hobbs, c’est de laisser les archives en meilleur état que nous les avons trouvées.


Stephen Danilovich est archiviste étudiant à la Division des archives privées sur la vie sociale et la culture de Bibliothèque et Archives Canada.