Un registre de déportation et l’histoire d’un déporté canadien japonais

Par R. L. Gabrielle Nishiguchi

Photo noir et blanc d’un groupe de femmes et d’un enfant, se tenant debout devant des bagages et des caisses.

Après leur internement durant la Deuxième Guerre mondiale, des Canadiens japonais attendent d’être déportés par train puis par bateau vers le Japon. Slocan City, Colombie-Britannique, 1946. Source : Tak Toyota (c047398)

Le 20 septembre prochain, Bibliothèque et Archives Canada (BAC) exposera, le temps d’une soirée seulement, un ouvrage bien spécial : un registre datant de 1946, à la reliure bleue usée par le temps. L’exposition se tiendra dans le cadre de l’événement Retour sur le redressement à l’égard des Canadiens japonais : Conférence sur le 30e anniversaire de l’Entente, organisé conjointement par BAC et l’Association communautaire japonaise d’Ottawa.

Mais pourquoi ce registre est-il aussi important? Parce que ses pages roses, imprimées à l’encre violette Gestetner, renferment les noms de 3 964 Canadiens d’origine japonaise déportés en 1946 vers le Japon, un pays ravagé par la guerre; parmi eux, près de 2 000 enfants nés au Canada. Ensemble, ils représentent un cinquième des 20 000 Canadiens d’origine japonaise expulsés de la côte Ouest en 1942.

Pour chaque personne inscrite au registre, on peut aussi voir les renseignements suivants : numéro d’inscription, date de naissance, sexe, état matrimonial, nationalité et lieu de départ, auxquels s’ajoutent une note indiquant si la personne a signé ou non le formulaire de recensement (un aspect dont nous reparlerons plus loin), ainsi que des observations comme mental hospital (hôpital psychiatrique), mentally unbalanced [and] unable to sign (mentalement déséquilibré [et] incapable de signer), New Denver Sanitorium (Sanatorium de New Denver), illeg[itimate] (illégitime), adopted (adopté), common law (union libre) et Canadian Army (armée canadienne).

La couverture du registre porte l’inscription Repatriates (rapatriés) tracée à la plume. Mais le terme Repatriation (rapatriement), utilisé par le gouvernement canadien, ne désignait ni plus ni moins qu’une véritable déportation, comme l’ont démontré universitaires et chercheurs; il était souvent jumelé au mot « volontaire », ce qui n’était pas le cas, comme nous le verrons aussi plus loin. Par ailleurs, on ne pouvait parler de véritable « rapatriement » pour les enfants nés au Canada, et dont le seul lien avec le Japon était leur origine raciale.

Lorsqu’on feuillette les pages à l’encre pâlissante, on peut voir que certains noms sont accompagnés d’annotations manuscrites au stylo ou à la plume. BAC possède d’autres registres semblables, mais ce sont ces annotations qui confèrent à cet exemplaire une telle importance : elles semblent faire référence à des extraits de lois ou de décrets (p. ex., décret P.C. 7356, 15 décembre 1945) précisant comment les agents d’immigration pourraient empêcher certains déportés de revenir au Canada.

Conscient de l’importance historique du registre, BAC a immédiatement numérisé son contenu pour en assurer la préservation, veillant en même temps à ce que le pouvoir évocateur de ces noms demeure dans notre mémoire collective. Couchés sur le papier, les noms des 3 964 déportés et les informations connexes apportent un témoignage silencieux mais puissant des souffrances endurées par ces hommes, ces femmes et ces enfants qui se sont retrouvés au Japon, un pays vaincu et affamé, empêchés de revenir au Canada uniquement en raison de leur origine raciale.

Photo noir et blanc de trois hommes soulevant une caisse.

Trois Canadiens japonais en train de charger une caisse. L’un deux pourrait être Ryuichi Hirahara, 42 ans (no d’inscription 02553). M. Hirahara et sa femme Kazu, âgée de 40 ans (no d’inscription 02554 ), étaient tous deux de nationalité japonaise et ont été internés à Slocan City, en Colombie-Britannique. L’étiquette d’expédition sur la caisse porte le nom de « Ryuichi Hirahara » ainsi qu’une adresse à Wakayama City, au Japon. Ne sachant si sa maison ancestrale avait survécu à la guerre, M. Hirahara avait demandé que ses effets personnels soient retenus en son nom à la gare de Wakayama. Il savait que les gares compteraient parmi les premiers bâtiments à être remis en état, les trains étant essentiels à la reconstruction du Japon. Les Hirahara ont été déportés au Japon en 1946. Source : Tak Toyota [Traduction originale : Henry Shibata, retraduit en français par Bibliothèque et Archives Canada] (c047391)

L’histoire d’un déporté : Henry Shibata

Les participants à la conférence « Retour sur le redressement à l’égard des Canadiens japonais », le 20 septembre prochain, pourront non seulement voir le registre, mais aussi rencontrer l’une des personnes qui y sont inscrites : Henry Shibata. Canadien de naissance, M. Shibata a été déporté au Japon en 1946. Il est aujourd’hui âgé de 88 ans.

Sur l’une des pages du registre, à côté des noms de M. Shibata et de ses six frères et sœurs – tous nés au Canada –, se trouvent des annotations manuscrites qui semblent être des extraits de loi faisant référence au décret 7356 du Conseil privé (qui interdisait le retour des Canadiens japonais naturalisés ayant été déportés). Si tel est bien le cas, cela signifie que le gouvernement canadien avait bel et bien l’intention d’empêcher Henry et ses frères et sœurs de revenir au pays.

Photo noir et blanc de deux hommes debout devant un portail en fer. On aperçoit derrière eux un agent de police londonien.

L’honorable W. L. Mackenzie King et Norman Robertson à la conférence des premiers ministres du Commonwealth, Londres (Angleterre), 1er mai 1944. C’est à cette époque que Norman Robertson, sous-secrétaire d’État aux Affaires extérieures, et son adjoint spécial Gordon Robertson (avec qui il n’a aucun lien de parenté) ont élaboré le plan de déportation approuvé par le premier ministre Mackenzie King. (c015134)

Le recensement qui pouvait faire basculer une vie

Au cours du printemps 1945, le gouvernement du Canada dresse la liste de tous les Canadiens d’origine japonaise âgés de 16 ans et plus (incluant les personnes internées dans des camps et celles traitées à l’hôpital psychiatrique). Ce vaste recensement comprend également un formulaire où les Canadiens japonais doivent choisir le lieu où ils seront supposément « relocalisés » : au Japon ou à l’est des Rocheuses. Mais ce qu’ils ignorent, c’est que ce choix peut faire basculer leur vie.

En effet, les personnes qui décident d’aller au Japon signent en réalité – et à leur insu – leur demande de déportation. Le gouvernement considérant qu’ils sont déloyaux envers le Canada, il en fait un motif automatique de ségrégation et de déportation. Plusieurs annotations du registre arborent même la mention app[lication] for deportation (demande de déportation) écrite par un fonctionnaire.

Le recensement est mené par la Gendarmerie royale du Canada, alors que les Canadiens japonais sont découragés et inquiets pour leur avenir. Plusieurs d’entre eux viennent de survivre à trois longues années dans des camps d’internement dont ils ne pouvaient sortir sans laissez-passer : forcés de travailler sur des fermes de betteraves à sucre dans les Prairies pour éviter que leurs familles soient dispersées; obligés de travailler dans des camps routiers isolés; ou internés dans des camps de prisonniers de guerre parce qu’ils se plaignaient d’être séparés de leur femme et de leurs enfants.

Photo noir et blanc d’un agent de la Gendarmerie royale du Canada assis à une table et examinant des documents, entouré de plusieurs hommes.

Agent de la Gendarmerie royale du Canada vérifiant les documents de Canadiens japonais forcés d’abandonner leur maison et d’aller dans des camps d’internement, 1942. Source : Tak Toyota (c047387)

Photo noir et blanc de rangées de baraques dans un camp d’internement.Pourquoi les déportés ont-ils signé pour aller au Japon?

Camp d’internement pour les Canadiens japonais, Lemon Creek (Colombie-Britannique), juin 1945. (a142853)

Pourquoi les déportés ont-ils signé pour aller au Japon?  

Les pressions commencent à s’exercer sur les Canadiens japonais lorsque la communauté est forcée de quitter la côte Ouest, en 1942, pour aller en camp d’internement. Dès l’année suivante, leurs biens, retenus en fiducie par le Bureau du séquestre des biens ennemis, sont vendus aux enchères sans leur consentement. Les internés doivent vivre du produit de ces ventes, dont l’essentiel sert à payer leur propre internement. De plus, les superviseurs des camps sont évalués en fonction du nombre de formulaires signés qu’ils arrivent à obtenir.

De tous les internés, les Canadiens japonais qui acceptent finalement de signer le formulaire sont les plus vulnérables : il s’agit de personnes ayant des familles piégées au Japon, de familles monoparentales ou de patients en psychiatrie (dont certains sont trop malades pour signer). Certains, maîtrisant mal l’anglais, se sentent trop vieux ou trop démunis pour recommencer leur vie dans les collectivités typiquement hostiles de l’est du pays. Quelques enfants plus âgés, nés au Canada, se sentent obligés d’accompagner au Japon leurs parents malades ou vieillissants.

La famille du jeune Henry Shibata est internée à Lemon Creek, en Colombie-Britannique. Ses parents, Hatsuzo et Tomiko, ont de la famille à Hiroshima, mais ignorent si la bombe atomique a laissé des survivants. À 52 ans, Hatsuzo pense que sa méconnaissance de l’anglais écrit ne lui permettrait pas de recommencer sa vie dans l’est du Canada. Depuis l’arrivée de son dernier-né Hisashi, qui a vu le jour dans le camp d’internement de Lemon Creek, il a maintenant une femme et sept enfants à faire vivre.

Durant l’événement « Retour sur le redressement à l’égard des Canadiens japonais », le 20 septembre, le registre des déportations sera ouvert à la page 394, où se trouve l’inscription concernant la famille Shibata. À cette occasion, M. Shibata, un éminent chirurgien-oncologiste de 88 ans, verra pour la première fois son nom dans ce registre – 62 ans après s’être embarqué à bord du S.S. General Meigs pour être déporté au Japon avec sa famille.

À Hiroshima, une ville réduite en cendres par l’explosion de la première bombe atomique, Henry et sa famille sont confrontés à des épreuves inimaginables. Malgré tout, Henry réussit à obtenir son diplôme de l’École de médecine de Hiroshima. Il passe ensuite quatre ans aux États-Unis, le temps de se spécialiser en chirurgie, et revient au Canada en 1961. Son expertise a permis de sauver la vie de nombreux Canadiens. Professeur émérite à l’Université McGill, il a pris sa retraite en 2015.

Le registre mentionné ci-dessus était un moyen pratique d’empêcher le retour des déportés, particulièrement en raison des annotations qu’il comportait. Leur intention ne fait aucun doute dans cette lettre écrite par Arthur MacNamara, sous-ministre du Travail, à son ministre Humphrey Mitchell le 4 mai 1950 : « Le ministère des Affaires extérieures semble enclin à penser que les hommes nés au Canada et qui (…) ont été envoyés au Japon devraient maintenant être autorisés à revenir. Quant à moi, je suis d’avis que cette affaire devrait être traitée avec une magistrale lenteur; même dans le cas des hommes ou des femmes nés au Canada, il me semble qu’ils devraient ‘souffrir pour leurs péchés’. Après tout, ce sont eux qui ont choisi d’aller au Japon; ils n’y ont pas été forcés. » [Traduction]

Photo noir et blanc de trois hommes debout devant un bateau.

Canadiens japonais déportés vers le Japon après la Deuxième Guerre mondiale à bord du S.S. General Meigs, un navire de l’armée américaine, au quai A du Chemin de fer Canadien Pacifique, Vancouver (Colombie-Britannique). Au premier plan, de gauche à droite : le caporal R. A. Davidson de la Gendarmerie royale du Canada, C. W. Fisher, et T. B. Pickersgill, commissaire au placement des Japonais, ministère du Travail, 16 juin 1946. (a119024)

Défi Co-Lab

Co-Lab, notre nouvel outil de production participative, offre aux Canadiens la chance de collaborer avec BAC à partir de leur ordinateur personnel. Au cours des prochains mois, BAC lancera un défi Co-Lab portant sur les images du registre. Les Canadiens touchés par l’histoire de ces déportations et qui veulent aider à garder vivants les noms des déportés pourront retranscrire les 3 964 noms et renseignements connexes. BAC espère ainsi offrir une version numérisée et consultable du registre, afin que les chercheurs puissent accéder à ses importantes annotations manuscrites et compiler d’autres statistiques sur les déportés. D’ici là, vous pouvez voir dès maintenant les pages du registre en utilisant notre outil Recherche dans la collection(bêta).

Nous ne pouvons pas réécrire l’histoire afin d’empêcher ces déportations, mais nous pouvons résoudre le mystère des annotations du registre. Et nous pouvons aussi veiller à ce que chaque inscription demeure accessible aux déportés, à leurs familles et aux chercheurs du monde entier, afin que tous puissent ressentir le pouvoir évocateur de ces noms et ne jamais oublier le lot de souffrances qu’ils portent, ainsi que tout le talent et le potentiel dont le Canada n’a pas su profiter.

En attendant le défi Co-Lab sur le registre, BAC vous lance un autre défi : il a réuni des photos de l’internement des Canadiens japonais. Nous sollicitons votre aide pour rédiger des descriptions et ajouter des mots-clés qui permettront de mieux mettre en contexte ces images historiques et de les rendre ainsi plus repérables. Participez au défi dès maintenant!

Pour en savoir plus sur Co-Lab et l’outil Recherche dans la collection(bêta), consultez notre précédent billet de blogue : Voici Co-Lab : l’outil qui vous permettra de donner un coup de pouce à l’histoire!

Pour d’autres informations sur le site Web de BAC

Approfondissez vos connaissances sur les déportations vécues par les Canadiens japonais, les camps d’internement au Canada et la campagne de redressement, ou consultez notre vaste collection. en visitant notre page Web sur les Canadiens japonais.


R. L. Gabrielle Nishiguchi est archiviste à la section Société, emploi, affaires autochtones et gouvernementales de la Division des archives gouvernementales à Bibliothèque et Archives Canada.

Des images de l’industrie de l’aluminium maintenant sur Flickr

L’aluminium est l’un des métaux les plus largement utilisés et recyclés dans le monde, car il est léger, robuste, souple et non corrosif.

Une photographie noir et blanc d’une femme et de deux hommes manipulant et retirant des blocs d’aluminium de leurs moules à l’aide de chaînes.

À l’usine Alcan Aluminium Limitée, des ouvrier(e)s retirent des blocs d’aluminium des moules de la machine « CCP », Kingston (Ontario) [MIKAN 3625650]

L’industrie de l’aluminium commence au Canada au début du 20e siècle à Shawinigan (Québec), lorsque la compagnie Northern Aluminium y établit sa première fonderie.

Une photographie noir et blanc de trois femmes transportant ensemble au-dessus de leur tête une longue feuille d’aluminium vers la table d’inspection.

Des ouvrières, à l’Alcan Aluminium Limitée, transportent des feuilles d’aluminium à la table d’inspection, Kingston (Ontario) [MIKAN 3625672]

Une photographie noir et blanc de quatre femmes se coordonnant pour empiler des feuilles d’aluminium carrées sur une palette.

Des ouvrières à l’Aluminum Company of Canada (Alcan) empilent des tôles d’aluminium sur la plate-forme pour le four à recuit, Kingston (Ontario) [MIKAN 3627043]

Pendant les 50 années suivantes, on assiste à la mise en place d’un réseau de fonderies et de raffineries au Canada, ponctuée de changements de noms, de fusions et de partenariats. Selon Ressources naturelles Canada, il y a neuf fonderies au Québec et une à Kitimat, en Colombie-Britannique. La raffinerie est située au Saguenay (Québec).

Une photographie noir et blanc montrant une vue en plongée d’une forge d’aluminium produisant des hélices de bombardiers. Il y a plusieurs grandes palettes chargées d’hélices au premier plan.

Vue, depuis un pont roulant, d’une forge d’aluminium produisant des hélices de bombardier dans une usine de l’Aluminum Company of Canada, Kingston (Ontario) [MIKAN 3628256]

Le Canada est le troisième plus grand producteur mondial d’aluminium de première fusion, après la Chine et la Russie.

Visitez l’album Flickr maintenant!

Centenaire de la pandémie de grippe espagnole : nouveau défi Co-Lab et exposition itinérante

Par Jenna Murdock Smith et Alexandra Haggert

En 1918, la grippe espagnole frappe le Canada, tuant environ 50 000 personnes. Cette souche particulièrement virulente d’influenza prend la forme d’une véritable pandémie mondiale : lorsqu’elle s’essouffle, en 1920, elle a laissé dans son sillage entre 20 et 100 millions de victimes.

Au Canada, le virus est apporté par des soldats revenant de la Première Guerre mondiale. Rapidement, il se répand jusque dans les régions les plus reculées. Contrairement à la plupart des affections, qui ciblent habituellement les personnes les plus vulnérables, la grippe espagnole s’attaque aux jeunes adultes dans la fleur de l’âge. Pour un pays qui déplore déjà la perte de 60 000 hommes à la guerre, les conséquences de la grippe espagnole sont énormes. La maladie fait des milliers d’orphelins et prive de nombreuses familles de leur principal soutien financier.

L’année 2018 marque le centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale et celui de la pandémie de grippe espagnole. Profitons de l’occasion pour réfléchir à ce sombre chapitre de notre histoire. Bibliothèque et Archives Canada possède plusieurs archives qui témoignent des répercussions politiques, sociales, économiques et culturelles de la grippe espagnole sur la vie des Canadiens.

Pour l’occasion, un nouveau défi Co-Lab porte sur la grippe espagnole. Co-Lab est un outil de collaboration qui invite le public à transcrire, traduire, étiqueter et décrire des textes d’archives. Grâce aux métadonnées ainsi obtenues, Bibliothèque et Archives Canada peut enrichir ses instruments de recherche et faciliter la consultation de ses documents historiques.

Les images choisies pour Co-Lab illustrent la réaction des autorités fédérales en santé publique lors de l’apparition de l’épidémie, en 1918. À l’époque, la santé publique relève des autorités provinciales et municipales. Le gouvernement fédéral, pour sa part, coordonne les services de quarantaine, regroupés dans des directions au sein de grands ministères (d’abord celui de l’Agriculture, puis celui de l’Immigration et de la Colonisation). Le dossier comprend notamment de la correspondance qui témoigne des diverses tentatives pour mettre en quarantaine les navires ramenant au pays les soldats démobilisés. Mais ces mesures, qui avaient réussi à endiguer la propagation des maladies infectieuses au 19e siècle, s’avéreront inefficaces pour contrôler la grippe espagnole.

Copie d’un télégramme portant sur la grippe espagnole.

Quarantaine et immigration : grippe espagnole – général, RG29, vol. 300, dossier 416-2-12 (image 82)

Une lettre dactylographié portant sur la grippe espagnole

Quarantaine et immigration : grippe espagnole – général, RG29, vol. 300, dossier 416-2-12 (image 85)

Le gouvernement fédéral est critiqué de toutes parts pour avoir échoué à coordonner une réponse à la pandémie et à fournir les secours requis. Sans vaccin ni traitement efficace, les médecins se tournent vers le gouvernement fédéral pour obtenir de l’aide. Le dossier révèle une absence de coordination chez les autorités gouvernementales et, à mesure que le taux de mortalité augmente, un sentiment d’urgence de plus en plus grand chez le personnel médical travaillant dans les stations de quarantaine au Canada. La situation illustre la nécessité de créer un ministère fédéral de la Santé, lequel est mis sur pied en 1919, en réaction directe à cette pandémie dévastatrice.

Un collage de deux lettres

Quarantaine et immigration : grippe espagnole – général, RG29, vol. 300, dossier 416-2-12 (image 6 et image 7)

Si vous souhaitez voir d’autres documents historiques concernant la grippe espagnole, Bibliothèque et Archives Canada accueille une exposition itinérante créée par Moments déterminants Canada, une organisation qui propose des outils de narration numériques et des activités commémoratives à l’intention des Canadiens. Du 4 au 24 septembre, l’exposition Lutte sans relâche : Des histoires de la pandémie de grippe espagnole de 1918-1919 sera présentée gratuitement dans le hall d’entrée de Bibliothèque et Archives Canada au 395, rue Wellington, à Ottawa.


Jenna Murdock Smith est archiviste principale à la Direction des archives gouvernementales et Alexandra Haggert est gestionnaire de projet à la Direction des services au public à Bibliothèque et Archives Canada.

Œuvres complètes. Tome I de Normand Chaurette

Par Michel Guénette

L’exposition Première : Nouveautés à Bibliothèque et Archives Canada présente un document inédit de Normand Chaurette intitulé Œuvres complètes. Tome I. Cette pièce a été choisie par notre spécialiste Michel Guénette, archiviste des arts de la scène.

Qui est Normand Chaurette?

Avant tout, il semble important de brosser un portrait de l’auteur afin de le situer dans son contexte de création. Normand Chaurette est un dramaturge québécois né à Montréal en 1954. Il fait partie, avec Michel Marc Bouchard et René-Daniel Dubois, de cette génération d’auteurs post-référendaire qui s’est éloignée des productions nationalistes et réalistes ayant marqué le théâtre des années 1960 et 1970 pour créer une dramaturgie orientée sur le renouvellement de l’approche esthétique et du langage. La pièce de Chaurette Provincetown Playhouse, juillet 1919, j’avais 19 ans (1982) remporte un vif succès et fait sa renommée. Il poursuit sa démarche théâtrale entre autres avec La société de Métis (1983), Fragments d’une lettre d’adieu lus par des géologues (1986), Les Reines (1991), Le Passage de l’Indiana (1996), Le Petit Köchel (2000) et Ce qui meurt en dernier (2008). Ses pièces sont aussi jouées à l’étranger, et l’une d’elles, Les Reines, a été montée par la Comédie-Française (1997). Il est aussi connu pour avoir signé le texte de la pièce appréciée d’un large public Edgar et ses fantômes (2010) et de son adaptation française, Patrick et ses fantômes (2018).

Parallèlement à sa carrière de dramaturge, Chaurette a écrit un livre, des nouvelles, des scénarios de film, des traductions, des textes radiophoniques et un essai. L’œuvre de Chaurette, qui a remodelé le paysage théâtral et celui de l’écriture, s’est taillé une place remarquable sur la scène artistique tant au Canada qu’à l’étranger. Elle a été récompensée de très nombreux prix, parmi lesquels quatre Prix littéraires du Gouverneur général, quatre Masques de l’Académie québécoise du théâtre et un Prix Floyd S. Chalmers. Normand Chaurette a également obtenu une bourse d’écriture de l’Association Beaumarchais (Paris) et a été nommé à l’Ordre du Canada à l’automne 2004.

Texte alternatif : Photo en noir et blanc d’un jeune homme assis avec un chandail sur les épaules.

Portrait de Normand Chaurette vers 1976 – photographie prise par Linda Benamou (e011180592)

Œuvres complètes. Tome I

Le fonds Normand Chaurette acquis par Bibliothèque et Archives Canada comprend des documents relatifs à sa carrière et à sa vie personnelle. La majorité des documents regroupe des manuscrits et des tapuscrits annotés, des esquisses, des ébauches, des notes et des mises au net de ses écrits. Parmi ceux-ci se trouve le livre original Œuvres complètes. Tome I, de belle facture.

L’ouvrage ressemble à un livre d’artiste et allie textes calligraphiés à la main, dessins, aquarelle et découpages. Ce magnifique livre divisé en sections comprend entre autres les textes suivants : Les dieux faibles, Orgues, Lettres au superbe, Texte de Londres et Nouveaux textes de Londres. Normand Chaurette entreprend la rédaction de cette œuvre de jeunesse en 1970 à l’âge de 16 ans et la termine en 1975, pour ensuite y ajouter quelques feuillets en 1977 et 1978.

Nous aurions pu croire facilement que Chaurette avait dès cette époque des visées littéraires tant ce livre est à la fois étrange et fascinant avec ses phrases énigmatiques et répétées. Le lecteur pourrait même y voir des affinités avec les automatistes comme Claude Gauvreau et les surréalistes comme Guillaume Apollinaire. Or, il n’en est rien. Chaurette n’a aucune prétention artistique à l’adolescence. Dans un courriel du 19 avril 2018, il souligne qu’il était en décrochage scolaire et qu’il ne rêvait pas de devenir écrivain, du moins pas avant 1976, au moment où il gagne un prix pour le texte radiophonique Rêve d’une nuit d’hôpital diffusé à Radio-Canada.

Images de deux pages du livre de Normand Chaurette Œuvres complètes. Tome I.

Images de deux pages du livre de Normand Chaurette Œuvres complètes. Tome I (MIKAN 4929495)

Images de deux pages du livre de Normand Chaurette Œuvres complètes. Tome I.

Images de deux pages du livre de Normand Chaurette Œuvres complètes. Tome I (MIKAN 4929495)

Pourquoi noircit-il alors de mots tout menus des pages et des pages d’un livre qui ne sera jamais publié? Chaurette traverse une période trouble de son existence. Il abandonne l’école, remet en question son avenir et désire quitter le toit familial. Aidé par certaines substances, il dérive en quête de son identité et se replie dans sa bulle. Comme il le dit dans un échange téléphonique, cette période marquée par la crise d’Octobre, les grèves, les manifestations et les écoles fermées est pour lui une période sombre et très nébuleuse. Il n’arrive pas à parler de ses angoisses à ses parents, à avouer certaines choses, alors il se réfugie dans l’écriture, le dessin et la peinture, où il exprime toutes ses craintes et ses peurs. Il occupe des nuits blanches à bricoler et à écrire dans des livres qui sont en quelque sorte ses journaux intimes.

Le contexte de création permet de poser un nouveau regard sur cette œuvre et d’en éclairer certains passages. Le ton sombre de la prose n’est pas étranger à ce que vit Chaurette, comme le montre l’extrait de son poème L’ode au désespoir :

Ma parole est une prison

Ma parole est carrée comme une prison dont le rebord noir perce les pages de ce recueil…

Le lecteur pénètre ainsi dans son intimité. Il découvre aussi que les titres ne sont pas anodins. Par exemple, Chaurette avait de la famille à Londres, en Grande-Bretagne, où il était invité pour apprendre l’anglais. Il n’est donc pas étonnant que des textes proviennent de cette ville. De même, Chaurette envisage un tome II, mais la facture trop laborieuse du livre lui fait abandonner l’idée, et en vieillissant, il passe à d’autres projets.

Chaurette écrit ses textes en code et en lettres minuscules presque illisibles, effrayé à l’idée que ses journaux soient découverts. Il détruit presque au fur et à mesure la plupart d’entre eux avant que ses parents ne mettent la main sur ses compositions. Ne survit que le livre Œuvres complètes. Tome I. Il est heureux que BAC puisse préserver et rendre accessibles aux chercheurs les confidences d’un adolescent troublé qui deviendra un grand auteur. Déjà, nous pouvons tous remarquer le talent du jeune auteur qui ne demandait qu’à s’épanouir.


Michel Guénette est archiviste des arts de la scène à la Division des archives privées sur la vie sociale et la culture de la Direction générale des archives à Bibliothèque et Archives Canada.

La première déclaration de guerre du Canada

Par J. Andrew Ross

Les documents signés par les souverains du Canada sont parmi les archives les plus rares conservées à Bibliothèque et Archives Canada, et témoignent de certains moments clés de l’histoire du pays. Dans le cadre de notre programme de numérisation, nous avons récemment traité l’un de ces documents, tiré du fonds Ernest Lapointe : une simple feuille de papier qui marque l’entrée du Canada dans la Deuxième Guerre mondiale.

Document dactylographié d’une page, daté du 10 septembre 1939 et demandant au roi d’autoriser le Canada à émettre une proclamation pour déclarer la guerre au Reich allemand.

Lettre demandant l’approbation du roi pour émettre une proclamation déclarant l’état de guerre avec le Reich allemand, 10 septembre 1939. (Fonds Ernest Lapointe, e011202191)

Le premier ministre William Lyon Mackenzie King y demande au roi l’autorisation d’émettre une proclamation afin que le Canada déclare la guerre au Reich allemand. On peut voir, directement sur la lettre, la réponse du roi : il a inscrit de sa main le mot “ Approved  » (Approuvé), puis signé “ George R[ex]. I[mperator]  ».

Malgré la simplicité du document, sa date – le 10 septembre 1939 – pose cependant problème : c’est bien celle où le Canada a déclaré la guerre à l’Allemagne, mais comme l’observait Lester Pearson, alors en poste au haut-commissariat du Canada à Londres : “ Certains historiens du futur se demanderont comment George VI et Mackenzie King pouvaient être ensemble le 10 septembre 1939.  » [Traduction, d’après Lester B. Pearson, Memoirs, p. 139]

En effet, à cette époque qui ne connaissait ni les vols transatlantiques en avion supersonique, ni la transmission sans fil, il était impossible pour Mackenzie King (alors à Ottawa) et le roi George VI (à Londres) de signer le même document le même jour!

La réponse à cette énigme se trouve dans les collections de Bibliothèque et Archives Canada : une recherche plus poussée révèle que la lettre fait partie d’une série de documents qui ont dû être créés pour résoudre une situation jusque-là inédite pour les fonctionnaires canadiens, soit déclarer la guerre.

En 1939, la perspective de voir l’Allemagne envahir ses voisins se dessine. Le Canada s’attend à jouer un rôle dans le conflit qui en résultera. Le pays peut maintenant prendre ses propres décisions, ce qui n’était pas le cas lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale : les dominions britanniques –dont le Canada – s’étaient alors retrouvés automatiquement inclus dans la déclaration de guerre faite par l’Angleterre aux Empires centraux. La situation change en 1926, la Déclaration Balfour établissant l’autonomie des dominions du Royaume-Uni en matière de questions internes et externes. (Cette autonomie sera par la suite officiellement enchâssée dans le Statut de Westminster de 1931.)

Mais revenons au mois de septembre 1939. Le blitzkrieg déferle sur la Pologne, poussant le Royaume-Uni à déclarer la guerre au Reich allemand le 3 septembre. Le Canada doit maintenant prendre sa propre décision : participer au conflit ou rester neutre. La plupart des Canadiens comprennent que leur pays jouera un rôle dans ce conflit, sinon sur le plan militaire, du moins sur le plan économique. Cependant, le premier ministre William Lyon Mackenzie King souhaite que le Parlement entérine officiellement la décision d’entrer en guerre. Ce sera chose faite le samedi 9 septembre.

Les décisions politiques d’une telle importance exigent l’émission d’une proclamation officielle par le gouverneur général. Mais ce dernier doit d’abord recevoir une requête du Cabinet du Canada, elle aussi officielle et signée par un ministre. Or, dans le cas qui nous intéresse ici, deux obstacles se posent.

Tout d’abord, malgré l’autonomie dont jouit le Canada depuis le Statut de Westminster, il s’avère que le gouverneur général n’a pas le pouvoir d’autoriser la déclaration de guerre : le gouvernement doit obtenir l’accord de George VI, souverain du Canada. Après le vote à la Chambre des Communes, le 9 septembre, le ministère des Affaires extérieures demande donc à Vincent Massey, haut-commissaire du Canada pour la Grande-Bretagne, de solliciter une audience auprès du roi afin d’obtenir sa signature pour approuver l’émission de la proclamation annonçant l’entrée en guerre du Canada.

Le matin du 10 septembre, Massey prend place dans la voiture sport de son fils Hart et va rencontrer George VI au Royal Lodge, sa maison de campagne dans le parc du château de Windsor. Il y obtient la signature royale et transmet la nouvelle par télégramme à Ottawa, où Mackenzie King attend la réponse avec impatience, craignant que l’ennemi n’ait détruit le câble transatlantique permettant les communications entre le Canada et l’Angleterre. (Source : Journal de William Lyon Mackenzie King)

Se pose ensuite un autre obstacle : le document de deux pages approuvé par le roi est une transcription manuscrite d’un télégramme. Il n’est donc pas signé par un ministre, comme l’exige la procédure. Par conséquent, le ministère des Affaires extérieures le considère comme un document officieux seulement. Il promet toutefois de faire suivre rapidement la version officielle signée.

Par ailleurs, une déclaration avait déjà été rédigée et signée par le gouverneur général lord Tweedsmuir au nom du roi, ainsi que par le premier ministre Mackenzie King et le ministre de la Justice, Ernest Lapointe, avant même que le roi n’ait retourné le document approuvé et signé de sa main.

Proclamation portant le Grand sceau du Canada, annonçant que le Canada est en guerre contre le Reich allemand.

Déclaration de guerre au Reich allemand, 10 septembre 1939. Le jour (“ tenth », soit le dixième jour) y est écrit à la main. (Sous-fonds du Registraire général, e011202192)

L’imprimerie du gouvernement a quant à elle publié une proclamation dans une édition spéciale de la Gazette du Canada, l’organe officiel de diffusion des annonces gouvernementales. Pour garantir le secret, un huis clos complet a été imposé au personnel, qui a travaillé le samedi 9 et le dimanche 10 septembre et n’a été libéré qu’une fois la Gazette livrée aux bureaux des Affaires extérieures (alors situés dans l’édifice de l’Est, sur la colline du Parlement). Cette livraison ayant été effectuée à 12 h 35, heure normale de l’Est (une autre source indique 12 h 40), ce moment est considéré comme celui où le Canada est officiellement entré en guerre contre le Reich allemand.

Mais est-ce bien le cas?

Déclaration de guerre au Reich allemand, imprimée et bilingue, avec trois signatures manuscrites.

Édition spéciale de la Gazette du Canada, 10 septembre 1939 (version publiée de la déclaration de guerre au Reich allemand). Fait étrange, cet exemplaire porte les signatures de Tweedsmuir, Lapointe et Mackenzie King. (Fonds Arnold Danford Patrick Heeney, e011198135)

Le 24 octobre, soit six semaines plus tard, la lettre officielle signée par un ministre se fait toujours attendre. Massey envoie donc un télégramme aux Affaires extérieures pour savoir quand elle arrivera. Le secrétaire particulier du roi, sir Alexander Harding, lui avait déjà confié sa crainte que le document signé par le roi et basé sur des déclarations télégraphiées n’ait aucune validité constitutionnelle parce qu’il ne portait pas – et ne pouvait pas porter – la signature du ministre. La question se posait : techniquement, le Canada était-il en guerre ou non?

Pour remédier à la situation, les Affaires extérieures expédient un document signé par le premier ministre, avec effet rétroactif à la date du 10 septembre. Le roi George VI le signe le 27 novembre et le renvoie au Canada. Il aura fallu attendre deux mois et demi après l’entrée en guerre du Canada pour que les documents officiels reflètent la réalité!

Au bout du compte, il existe quatre documents importants qui témoignent de cette première déclaration de guerre du Canada : l’approbation non officielle rédigée à partir d’un télégramme et signée par le roi George VI; la proclamation émise par le gouverneur général; l’édition spéciale de la Gazette du Canada; et la demande officielle à effet rétroactif signée par Mackenzie King et le roi. Trois de ces documents sont conservés dans les collections de Bibliothèque et Archives Canada et sont reproduits ci-dessus. On ignore toutefois ce qui est advenu du premier (l’approbation non officielle du roi.) Mais un indice subsiste : nous savons qu’au cours de l’automne 1939 et de l’hiver 1940, Massey a refusé plusieurs fois de renvoyer le document au Canada, répondant que le Palais de Buckingham ne voulait pas qu’il soit “ intégré dans les documents du gouvernement canadien  » en raison de sa validité constitutionnelle incertaine (Lester B. Pearson, Memoirs, p. 140). Pearson, alors numéro deux après Massey, écrira plus tard qu’il avait compris que le document était demeuré à Londres, “ entre les mains de Sa Majesté ou du haut-commissaire canadien, je ne l’ai jamais su  ». [Traduction, ibid.]


Par J. Andrew Ross, archiviste à la Division des archives gouvernementales, avec la contribution de Geneviève Couture, adjointe en archivistique à la Direction générale des archives privées, Bibliothèque et Archives Canada.

Des images du souper maintenant sur Flickr

Photo noir et blanc de deux femmes préparant le souper dans une cuisine. À gauche, l’une remue un plat qui cuit dans un chaudron posé sur un poêle à bois. À droite, l’autre tient une brassée de bois.

Deux femmes préparant le souper dans leur première maison, Saint-Jean-Baptiste (Manitoba) [MIKAN 3599459]

C’est au cours des 17e et 18e siècles que la journée de travail réglementée fait son apparition en Europe, puis au Canada. Les gens qui travaillent loin de leur foyer repoussent donc l’heure du souper plus tard en soirée.

Photo noir et blanc de trois femmes et d’un homme partageant un souper dans la salle à manger d’une maison.

Ouvrières chargées de fabriquer des munitions à l’usine de la Dominion Arsenals, soupant avec des amis, Québec (Québec) [MIKAN 3627139]

Photo noir et blanc de deux femmes dans un restaurant japonais, assises à une table couverte d’une variété de mets. La femme de droite explique à celle de gauche comment se servir de ses baguettes.

Colleen Watt se faisant expliquer par une serveuse comment utiliser ses baguettes dans un restaurant japonais, Tokyo (Japon) [MIKAN 4951567]

Pour les Canadiens et les Nord-Américains, le souper est le troisième repas de la journée. Consommé à la maison ou au restaurant, dans une ambiance décontractée ou plus formelle, il comporte une grande variété d’aliments présentés en un ou plusieurs services.

Photo noir et blanc de trois tables dressées pour un buffet officiel, avec un chef cuisinier portant une veste et une toque blanches.

Buffet froid du soir au Manoir Richelieu, Canada Steamship Lines, Pointe-au-Pic (Québec) [MIKAN 3553254]

Visitez l’album Flickr maintenant!

Le soldat Walter Leigh Rayfield, VC

Par Ashley Dunk

Dans sa série de blogues sur les récipiendaires de la Croix de Victoria canadienne, Bibliothèque et Archives Canada souligne les actes de bravoure de soldats posés il y a 100 ans sur un champ de bataille. Aujourd’hui, nous rendons hommage au valeureux soldat Walter Leigh Rayfield, récipiendaire de la Croix de Victoria.

Photo noir et blanc d’un soldat.

Le soldat Walter Leigh Rayfield, VC, sans date (a006711)

Né le 7 octobre 1881 à Richmond, en Angleterre, Rayfield immigre au Canada avant le déclenchement de la guerre. Il travaille comme bûcheron avant de s’enrôler à Victoria, en Colombie-Britannique, le 10 juillet 1917 et de se joindre au 7e Bataillon d’infanterie du Corps expéditionnaire canadien.

Au début de septembre 1918, le Corps canadien tente de percer la ligne de front Drocourt-Quéant, à l’est d’Arras, en France, longue de six kilomètres. Après s’être emparé du Nid-de-Corbeau – un centre de résistance ennemi – le 1er septembre 1918, le Corps doit lancer une attaque massive pour traverser les lignes allemandes et atteindre le canal du Nord.

Image noir et blanc d’un document textuel résumant les activités du 7e Bataillon d’infanterie du Canada le 2 septembre 1918.

Journal de guerre du 7e Bataillon d’infanterie du Canada donnant une description du déclenchement de l’attaque le 2 septembre 1918, page 4 (e001084295).

Image noir et blanc d’un document textuel résumant la suite, sur une deuxième page, des activités du 7e Bataillon d’infanterie du Canada le 2 septembre 1918.

Journal de guerre du 7e Bataillon d’infanterie du Canada avec une description de la conclusion de l’attaque du 2 septembre 1918, page 5 (e001084296).

Le 2 septembre 1918, à 5 h du matin, les tirs nourris de l’artillerie canadienne atteignent l’ennemi et permettent aux Canadiens d’avancer. Les chars d’assaut soutiennent l’attaque offensive et, à 7 h 30, les troupes arrivent à la ligne rouge et au village de Dury. Pendant cette progression, Rayfield se retrouve à l’avant de sa compagnie. Il s’élance vers une tranchée occupée par plusieurs soldats ennemis, en tue deux à la baïonnette et en capture dix.

Plus tard, il repère un tireur d’élite ayant fait de nombreux morts et se lance à son attaque, sous une pluie de coups de feu. Comme le mentionnera la London Gazette deux mois plus tard :

Il s’élance ensuite vers la section de la tranchée d’où opère le tireur embusqué; son audace et son sang-froid démoralisent à ce point les combattants ennemis que 30 d’entre eux se rendent [traduction].

London Gazette, n° 31067, le 14 décembre 1918 (en anglais seulement)

Photo noir et blanc de centaines de fusils et de mitrailleuses de diverses tailles reposant sur le sol. Un soldat, debout, regarde les armes tandis qu’un autre soldat se penche pour examiner la bandoulière d’un fusil.

Armes saisies par des Canadiens sur le front d’Arras, septembre 1918 (a003291)

Au mépris de sa sécurité personnelle, il se rue de nouveau à découvert sous les tirs nourris de mitrailleuses et transporte en lieu sûr un camarade gravement blessé. Rayfield est louangé pour le courage, la bravoure et l’esprit d’initiative dont il fait preuve pendant ces assauts. Malgré les attaques au gaz, les tirs intenses de mitrailleuses et les coups de feu ennemis dirigés sur lui, Rayfield participe courageusement et héroïquement à la bataille, inspirant ses camarades.

Il reçoit la Croix de Victoria pour les actes accomplis du 2 au 4 septembre 1918, à Arras.

Il survit à la guerre et est démobilisé le 25 avril 1919.

Rayfield s’éteint le 20 février 1949. Sa Croix de Victoria est exposée de nos jours au Musée canadien de la guerre.

Bibliothèque et Archives Canada conserve le dossier de service numérisé du soldat Walter Leigh Rayfield.


Ashley Dunk est assistante de projet à la Division du contenu en ligne de la Direction générale des services au public.

Hutcheson, Knight, Metcalf, Peck et Young, récipiendaires de la Croix de Victoria

Par Andrew Horrall

Bellenden Seymour Hutcheson

Bellenden Seymour Hutcheson naît à Mount Carmel, en Illinois, le 16 décembre 1883. Il devient médecin après des études à la Northwestern University, près de Chicago. Ses cheveux blancs et ses yeux d’un bleu perçant lui donnent une allure remarquable. Comme de nombreux autres Américains, Hutcheson décide de s’enrôler au Canada. Le 6 novembre 1915, il se joint au Corps de santé de l’Armée canadienne à Hamilton, en Ontario, et est affecté au 75e Bataillon.

Photo noir et blanc d’un soldat ayant des cheveux très pâles et regardant droit vers l’objectif.

Le capitaine B. S. Hutcheson, du Corps de santé de l’Armée canadienne, récipiendaire de la Croix de Victoria. Source : Direction de l’histoire et du patrimoine

Le 2 septembre 1918, près de Cagnicourt, en France, Hutcheson s’avance en terrain découvert avec son bataillon. « [S]ans hésitation et au mépris total de sa propre sécurité, il reste sur le champ de bataille jusqu’à ce que tous les soldats blessés aient reçu des soins. Il panse les blessures d’un officier grièvement blessé, sous les tirs intenses des mitrailleuses et des projectiles et, avec l’aide de prisonniers et de ses propres hommes, il réussit à l’évacuer en lieu sûr, même si les brancardiers subissent de lourdes pertes. Immédiatement après, il s’élance à nouveau, complètement à découvert et sous les tirs intenses de mitrailleuses et de fusils, pour s’occuper d’un sergent blessé. Après l’avoir installé dans un trou d’obus, il panse ses blessures. » (London Gazette, n° 31067, 14 décembre 1918,en anglais. Traduction : Défense nationale et Forces canadiennes)

En plus de la Croix de Victoria, Hutcheson reçoit la Croix militaire pour d’autres actes de bravoure.

Après la guerre, Hutcheson épouse une femme de la Nouvelle-Écosse et retourne pratiquer la médecine en Illinois. Au fil des ans, il visite souvent le Canada, notamment pour participer à des retrouvailles de son bataillon. Il parlera très rarement de son expérience de la guerre. Il meurt à Cairo, en Illinois, le 9 avril 1954. Sa Croix de Victoria est exposée au Musée du Toronto Scottish Regiment.

Sources

« VC from Illinois modestly declines to details exploits », The Globe and Mail, 6 mars 1930, p. 13 (en anglais)

« ’Six-bits’ reunion is first since war », The Globe and Mail, 13 avril 1931, p. 14 (en anglais)

 

Arthur George Knight

Arthur George Knight naît à Haywards Heath, en Angleterre, le 26 juin 1886. En 1911, il immigre au Canada et devient menuisier. Il s’enrôle dans le Corps expéditionnaire canadien en décembre 1914 et sert dans le 10e Bataillon. Il reçoit la Croix de guerre belge en novembre 1917.

Photo noir et blanc prise dans un studio et montrant un soldat en uniforme, debout, les mains derrière le dos.

Le sergent A. G. Knight, récipiendaire de la Croix de Victoria, sans date. (a006724)

Le 2 septembre 1918, près de Cagnicourt, en France, Knight « prend la tête d’une section de bombardement et, s’avançant sous un feu nourri, engage avec l’ennemi un combat rapproché. Constatant que son détachement est toujours stoppé, il fonce seul en avant, passant à la baïonnette plusieurs mitrailleurs et servants de mortier ennemis, et obligeant le reste de la troupe à battre en retraite dans la confusion. » Alors que son peloton poursuit les Allemands en retraite, Knight « aperçoit une trentaine de soldats ennemis qui pénètrent dans un tunnel conduisant hors des tranchées. Il se rue tout seul sur eux et, après avoir abattu un officier et deux sous-officiers, il capture 20 militaires du rang. Plus tard, il met en déroute, sans aide, un autre détachement ennemi qui s’oppose à l’avance de son peloton. » (London Gazette, n° 31012, 15 novembre 1918, en anglais. Traduction : Défense nationale et Forces canadiennes]

Knight est grièvement blessé durant cette bataille et succombe à ses blessures le jour suivant. Sa Croix de Victoria est exposée au Musée Glenbow de Calgary.

 

William Henry Metcalf

Photo noir et blanc d’un soldat debout vêtu d’un kilt.

Le lieutenant-caporal W. H. Metcalf, récipiendaire de la Croix de Victoria, sans date. (a006727)

William Henry Metcalf naît dans le canton de Waite, dans le Maine, le 29 janvier 1885. Barbier de profession, il se rend à Fredericton, au Nouveau-Brunswick, pour s’enrôler dans le Corps expéditionnaire canadien le 15 août 1914. Il devient alors signaleur au sein du 16e Bataillon. Metcalf reçoit la Médaille militaire pour les gestes courageux qu’il pose pendant la bataille de la Somme, en septembre 1916. En effet, il se porte volontaire pour fournir de l’aide médicale à un camarade gravement blessé en zone neutre. Il lui sauve la vie puis, au péril de la sienne, il s’expose aux tirs nourris de l’ennemi pour réparer des fils téléphoniques. La citation pour sa médaille mentionne entre autres que « pendant ses vingt mois de service sur le terrain, il a toujours fait preuve de bravoure et de dévouement au devoir, et ce, avec enthousiasme. » [Traduction] (London Gazette, n° 29893, 6 janvier 1917, en anglais)

Metcalf reçoit la Médaille militaire une deuxième fois pour ses actes du 8 août 1918 pendant la bataille d’Amiens. Au début des premières attaques, il installe des fils téléphoniques en zone neutre puis demeure sous les tirs intenses d’obus pour s’assurer que ceux-ci ne sont pas endommagés. (London Gazette, n° 31142, 24 janvier 1919, en anglais)

Metcalf obtient ensuite la Croix de Victoria pour la bravoure dont il fait preuve le 2 septembre 1918 près de Cagnicourt, en France. Lorsque la progression de son bataillon ralentit, il « s’élance vers un char qui passe à sa gauche, sous le feu nourri d’une mitrailleuse. Brandissant un drapeau de signalisation, il marche à l’avant du char et le dirige le long de la tranchée [allemande], pour qu’il enfile des balles et des bombes. Les positions des mitrailleuses sont éliminées, de lourdes pertes sont infligées aux ennemis et il vient ainsi à bout d’une situation très critique. » (London Gazette, n° 31012, 15 novembre 1918, en anglais. Traduction : Défense nationale et Forces canadiennes)

Metcalf meurt le 8 août 1968 à Lewiston, dans le Maine. Sa Croix de Victoria est exposée au Musée du Canadian Scottish Regiment à Victoria, en Colombie-Britannique.

 

Cyrus Wesley Peck

Cyrus Wesley Peck naît à Hopewell Hill, au Nouveau-Brunswick, le 26 avril 1871. Malgré une formation de soldat, il ne réussit pas à s’enrôler pour la guerre d’Afrique du Sud. Lorsqu’éclate la Première Guerre mondiale, Peck dirige une conserverie de saumon en Colombie-Britannique en plus de servir dans la milice. Le 8 novembre 1914, il s’enrôle en tant que major dans le 30e Bataillon. À la fin de 1916, il est promu lieutenant-colonel et chargé du commandement du 16e Bataillon (Canadian Scottish Regiment).

Photo noir et blanc d’un homme moustachu vêtu d’un pantalon écossais, d’une ceinture Sam Browne et d’une casquette, passant des grilles ornementales avec un bâton de marche. À sa droite, une foule regarde vers les grilles.

Le lieutenant-colonel Cyrus W. Peck, récipiendaire de la Croix de Victoria et de l’Ordre du service distingué, 16e Bataillon, à sa sortie du palais de Buckingham. (a006720)

Blessé par deux fois lors du conflit, Peck reçoit l’Ordre du service distingué ainsi que cinq mentions à l’ordre du jour. Lors des élections fédérales de décembre 1917, il est élu député de la circonscription de Skeena; baptisées « les élections kaki », ce sont les premières auxquelles des soldats en service actif peuvent participer. Son rôle n’empêche pas Peck de poursuivre sa carrière militaire en France.

Au premier abord, Peck n’a pas l’allure d’un héros. Malgré son impressionnante moustache qui lui donne un air militaire, il est plutôt âgé (47 ans) et petit (1,75 m), et pèse un bon 113 kg. Néanmoins, le 2 septembre 1918, près de Cagnicourt, en France, Peck s’aperçoit que la progression de son bataillon est freinée. Alors, « sous les tirs intenses des mitrailleuses et des tireurs embusqués, il effectue personnellement une reconnaissance sur une parcelle de terrain fortement balayée par les tirs. Une fois cette tâche accomplie, il revient sur ses pas, réorganise son bataillon et, fort des renseignements qu’il a obtenus, il pousse la progression de ses troupes et prend les mesures requises pour protéger ses flancs. Il sort ensuite, sous une pluie de tirs d’artillerie et de mitrailleuses, intercepte ses chars, leur donne les directives nécessaires, pointant du doigt l’endroit où ils doivent se diriger, et ouvre ainsi la voie à la progression d’un bataillon d’infanterie canadien. Par la suite, il procure à ce bataillon l’appui dont il a besoin. Ce remarquable courage dont il a fait preuve et ses grandes qualités de leader ont permis de poursuivre la progression, malgré les tirs intenses d’artillerie et de mitrailleuses, et ils ont largement contribué au succès de l’attaque menée par la brigade. » (London Gazette, n° 31012, 15 novembre 1918, en anglais. Traduction : Défense nationale et les Forces canadiennes)

Aux élections de 1921, Peck perd son siège à la Chambre des communes. Il siège à l’Assemblée législative de la Colombie-Britannique de 1924 à 1933 et meurt à Sidney, dans la même province, le 27 septembre 1956. Sa Croix de Victoria est exposée au Musée canadien de la guerre.

Sources

« Won VC in 1918 while a member of parliament », The Globe and Mail, 28 septembre 1956, p. 7 (en anglais)

 

John Francis Young

John Francis Young naît à Kidderminster, en Angleterre, le 14 janvier 1893, et immigre au Canada peu avant le déclenchement de la guerre. Le 20 octobre 1915, il s’enrôle à Montréal, en tant que brancardier dans le 87e Bataillon. En novembre de l’année suivante, il est blessé à la Somme.

Photo noir et blanc d’un soldat souriant, debout, les mains derrière le dos.

Le soldat J. F. Young, récipiendaire de la Croix de Victoria, sans date. Source : Direction de l’histoire et du patrimoine.

Young reçoit la Croix de Victoria pour ses actes du 2 septembre 1918 près de Dury, en France. Lorsque l’artillerie et les mitrailleuses allemandes fauchent sa compagnie, il passe plus d’une heure à soigner ses camarades blessés, au mépris du danger puisqu’il se trouve alors bien en vue de l’ennemi. Il retourne fréquemment aux lignes canadiennes pour s’approvisionner en fournitures médicales, mais n’abandonne jamais les hommes blessés. Young supervise ensuite les brancardiers qui transportent les blessés en lieu sûr. (London Gazette n° 31067, 14 décembre 1918, en anglais)

Young est gazé dans une bataille subséquente, et ses poumons subissent des dommages permanents et débilitants. Il meurt à Sainte-Agathe-des-Monts, au Québec, le 7 novembre 1929. Sa Croix de Victoria est exposée au Musée canadien de la guerre.

Sources

« John F. Young, VC, is dead in Quebec », The Globe and Mail, 8 novembre 1929, p. 1 (en anglais)

 

Bibliothèque et Archives Canada conserve les dossiers de service de Bellenden Seymour Hutcheson, Arthur George Knight, William Henry Metcalf, Cyrus Wesley Peck et John Francis Young.


Andrew Horrall est archiviste principal à la Division des archives privées de Bibliothèque et Archives Canada.

Claude Nunney, VC

Par Andrew Horrall

Lorsque Claude Joseph Patrick Nunney s’enrôle dans le 38e Bataillon le 8 mars 1915, il affirme être né à Dublin, en Irlande, le 24 décembre 1892. Il semble que ces renseignements ne soient pas exacts, quoiqu’on ignore pourquoi Nunney a voulu dissimuler ses origines. Selon certaines archives, Nunney serait bien né ce jour-là, mais à Hastings, en Angleterre, et son nom serait Stephen Sargent Claude Nunney. Il ne fait par contre aucun doute qu’il était un jeune orphelin quand il a été envoyé de l’autre côté de l’Atlantique, à Ottawa, pour y être adopté par Mme D. J. MacDonald, de North Lancaster, en Ontario. Au moment où il s’enrôle, il vit avec la famille Calder du comté de Glengarry, en Ontario, qu’il décrit comme ses plus proches parents et à qui il remettra une partie de sa solde chaque mois.

Nunney est un soldat exceptionnel qui recevra la Médaille de conduite distinguée pour les actes qu’il accomplit en avril 1917 lors de la bataille de la crête de Vimy : « […] malgré deux blessures et l’anéantissement de sa section, il poursuit son avancée, transportant son fusil et ses munitions, et il réussit seul à mettre fin à une attaque de plus de 200 ennemis. Il continue son devoir pendant trois jours en faisant preuve d’une audace incroyable et en effectuant un travail formidable. » [traduction] (London Gazette, n° 30234, 16 août 1917 – en anglais seulement) Peu après, il reçoit la Médaille militaire pour un autre acte de bravoure.

Photo noir et blanc d’un soldat assis tenant sa casquette et sa badine sur ses genoux.

Le soldat Claude Nunney, VC, du 38e Bataillon (a006859)

La promotion de Nunney au grade de sergent en juin 1917 témoigne de son leadership et de son courage sur les champs de bataille. Cependant, au mois d’avril suivant, il est traduit en cour martiale pour avoir frappé un officier supérieur. L’incident est décrit dans les documents de la cour martiale sur Nunney conservés par BAC. Les faits parlent d’eux-mêmes, quoique deux officiers témoignent pour sa défense, dont un qui affirme même que Nunney est l’un des meilleurs combattants de première ligne du bataillon. Nunney est condamné et rétrogradé au grade de soldat. Sa peine d’une année de travaux forcés est toutefois rapidement réduite en raison de « ses bons services rendus ».

Le soldat Nunney reçoit la Croix de Victoria de manière posthume pour ses actes du 1er et du 2 septembre 1918 pendant la bataille de la ligne Drocourt-Quéant, en France. Lors de l’attaque des Allemands, « Nunney, qui se trouvait alors au poste de commandement de sa compagnie, franchit le barrage et se rend jusqu’à la ligne d’avant-poste. Il se déplace d’une position à l’autre et encourage ses camarades en prêchant par son exemple d’intrépidité. L’ennemi est repoussé et la situation devient moins critique. Au cours de l’attaque du 2 septembre, il se retrouve continuellement devant ses camarades, grâce à sa rapidité. Son intrépidité exemplaire a sans aucun doute inspiré grandement sa compagnie dans la poursuite de ses objectifs. » [traduction de Défense nationale et les Forces canadiennes] (London Gazette, n° 31067, 14 décembre 1918 – en anglais seulement) 

Nunney est gravement blessé en posant ces actes de bravoure et il succombe à ses blessures le 18 septembre 1918. Il lègue tous ses effets personnels, y compris ses médailles, à la famille Calder. Lorsque les récipiendaires canadiens de la Croix de Victoria se rassemblent à Toronto en 1938, Mme Calder, alors veuve, est trop âgée pour participer à l’événement. Elle demande à une amie d’Alexandria, qui milite en faveur du bien-être des anciens combattants, de porter les médailles de Nunney au rassemblement. L’orphelin irlandais avait été adopté par une communauté entière. Sa Croix de Victoria est exposée au manège militaire de Cornwall. Bibliothèque et Archives Canada détient son dossier de service.

Sources

« Spirit of war hero marches on in VC », The Globe and Mail, 2 août 1938, p. 5, en anglais seulement


Andrew Horrall est archiviste principal à la Division des archives privées de Bibliothèque et Archives Canada.

Les premières presses du Canada

Par Meaghan Scanlon

En visitant l’exposition Première : Nouveautés à Bibliothèque et Archives Canada, vous aurez l’occasion de voir deux artefacts de la collection de livres rares de Bibliothèques et Archives Canada. Le premier est un court ouvrage médical publié à Québec en 1785 au sujet des symptômes et du traitement d’une maladie qui semble être une forme de syphilis. Le second est une proclamation sur les droits de pêche des Français émise par le gouverneur de Terre-Neuve en 1822.

Photo couleur d’un livre ouvert à la page titre, où on peut lire « Direction pour la guerison du mal de la Baie St Paul. A Quebec : Chez Guillaume Brown, au milieu de la grande côte. M, DCC, LXXXV. »

Page titre du livre Direction pour la guerison du mal de la Baie St Paul, imprimé par Guillaume (William) Brown, Québec (Québec), 1785. (AMICUS 10851364)

De prime abord, ces publications ont peu en commun. Or, un lien historique intéressant les unit : toutes deux ont été produites par les pionniers de l’imprimerie dans leurs provinces respectives. Guillaume Brown, éditeur du livre Direction pour la guerison du mal de la Baie St Paul, ainsi que son partenaire Thomas Gilmore deviennent en effet les premiers imprimeurs du Québec lorsqu’ils s’installent dans la ville du même nom, en 1764. John Ryan, à qui l’on doit l’affiche de Terre-Neuve, mérite quant à lui l’honneur d’être le premier imprimeur de deux provinces : il pratique déjà le métier à Saint John avec son partenaire William Lewis lorsqu’est fondé le Nouveau-Brunswick, en 1784. En 1806, il déménage à St. John’s (Terre-Neuve) et y ouvre la première imprimerie de l’île.

Document en noir et blanc proclamant le droit, pour les pêcheurs français, de pêcher au large de Terre-Neuve sans être gênés ou harcelés par les sujets britanniques (droit qui leur fut accordé en vertu du traité de Paris, qui entérinait lui-même celui d’Utrecht). La proclamation enjoint les officiers et les magistrats à faire respecter ce droit, et signale que des mesures pourraient être prises contre les pêcheurs britanniques qui ne s’y conforment pas.

By His Excellency Sir Charles Hamilton… a proclamation, imprimé par John Ryan, St. John’s (Terre-Neuve), vers 1822. (AMICUS 45262655)

Vers 1454, Johannes Gutenberg termine sa célèbre bible à Mayence, en Allemagne, faisant ainsi connaître l’imprimerie dans toute l’Europe. En 1500, son innovation est déjà largement répandue sur le continent. L’imprimerie suivra les colons européens jusqu’en Amérique, mais ce n’est qu’en 1751 qu’elle arrive au Canada, soit presque 300 ans après l’époque de Gutenberg. Si cela peut nous sembler incroyablement long – nous qui sommes habitués à de rapides évolutions technologiques –, l’imprimerie met presque 150 ans de plus à conquérir le reste du pays. Avec des artefacts comme ces documents imprimés par Guillaume Brown et John Ryan, la collection de livres rares de Bibliothèque et Archives Canada documente la longue et fascinante histoire de la naissance de l’imprimerie au Canada.

Reproduction couleur de la couverture d’un journal, aux teintes sépia, qui présente un pli dans sa partie supérieure.

Premier numéro du Halifax Gazette (23 mars 1752), imprimé par John Bushell. (AMICUS 7589124)

Tout commence avec John Bushell, le premier imprimeur du Canada. En 1751, il quitte Boston, au Massachusetts, pour s’établir à Halifax, en Nouvelle-Écosse. C’est là qu’il publie le premier journal du pays, The Halifax Gazette, le 23 mars 1752. Comme nous l’avons dit précédemment, le Québec et le Nouveau-Brunswick accueillent respectivement leur première presse en 1764 et en 1784. À la fin du 18e siècle, l’impression s’est frayé un chemin jusqu’à l’Île-du-Prince-Édouard et l’Ontario, dont la première imprimerie est ouverte par Louis Roy à Newark (aujourd’hui Niagara-on-the-Lake) en 1792. Après l’arrivée de John Ryan à Terre-Neuve, en 1806, on trouve des presses dans toutes les provinces de l’Est. Plusieurs pionniers de l’impression établis dans cette région (dont John Ryan et James Robertson, le premier imprimeur de l’Île-du-Prince-Édouard) sont des loyalistes, c’est-à-dire des Américains qui ont quitté les États-Unis pendant la guerre d’Indépendance américaine par loyauté envers la Couronne britannique.

Avant la fin du 19e siècle, l’imprimerie parvient dans l’Ouest et le Nord du Canada. En Alberta comme au Manitoba, les premiers imprimeurs sont des missionnaires qui traduisent en langues autochtones des textes chrétiens. En 1840, utilisant une presse et des caractères de sa propre confection, le pasteur méthodiste James Evans commence à imprimer des textes en écriture syllabique crie à Rossville, au Manitoba. L’Alberta accueille quant à elle sa première presse en 1876, quand le prêtre oblat Émile Grouard vient s’installer à Lac La Biche. En 1878, celui-ci publie le premier livre de la province, Histoire sainte en montagnais (le terme montagnais est alors employé par les non-Autochtones pour désigner la langue dénée). Cette même année, le premier imprimeur de la Saskatchewan, Patrick Gammie Laurie, lance à Battleford un journal intitulé Saskatchewan Herald (AMICUS 4970721). Cet Écossais d’origine avait marché de Winnipeg jusqu’à Battleford – soit environ 1 000 kilomètres – en faisant tirer sa presse par un bœuf!

En 1858, la ruée vers l’or au fleuve Fraser attire les prospecteurs sur la côte Ouest. Cet afflux de nouveaux arrivants provoque une demande pour des nouvelles imprimées, ce qui mène à la création des cinq premiers journaux de la Colombie-Britannique, tous à Victoria. L’un d’eux, The British Colonist (AMICUS 7670749), est fondé par le futur premier ministre de la province, Amor de Cosmos.

C’est aussi à l’or que l’on doit l’arrivée de l’imprimerie dans les territoires du Nord canadien. Pendant la ruée vers le Klondike, en 1898, l’imprimeur G. B. Swinehart quitte Juneau, en Alaska, dans l’intention de lancer un journal à Dawson, au Yukon. Forcé d’attendre à Caribou Crossing en raison du mauvais temps, il y publie, le 16 mai 1898, un journal à tirage unique intitulé Caribou Sun (AMICUS 7502915). Il s’agirait du premier document à avoir été imprimé dans le Nord canadien.

Photo noir et blanc d’un groupe d’hommes devant une cabane en bois rond dont l’enseigne indique « The Yukon Sun ».

Bureau du journal de G. B. Swinehart, renommé The Yukon Sun, Dawson (Yukon), 1899. (MIKAN 3299688)

La collection de publications de Bibliothèque et Archives Canada comprend de nombreux documents produits à l’aube de l’imprimerie au pays, dont plus de 500 datent d’avant 1800. C’est beaucoup, mais loin d’être complet. Les employés sont d’ailleurs très heureux quand ils découvrent de nouvelles publications qui ne figurent pas dans la collection, parce que les documents produits par les premiers imprimeurs du Canada sont généralement très rares. Les deux publications en vedette à l’exposition Première en sont de beaux exemples. Il ne reste aujourd’hui qu’environ cinq exemplaires du livre Direction pour la guerison du mal de la Baie St Paul. Pour ce qui est de l’affiche de John Ryan, elle n’avait jamais été répertoriée auparavant, ce qui laisse croire qu’il n’en resterait aucun autre exemplaire.

Si vous êtes dans la région d’Ottawa, nous vous invitons à visiter l’exposition Première : Nouveautés à Bibliothèque et Archives Canada pour voir en personne ces rares vestiges des débuts de l’imprimerie au Canada, ainsi que de nouvelles acquisitions d’autres secteurs de la collection de Bibliothèque et Archives Canada. L’exposition est présentée au 395, rue Wellington, à Ottawa, jusqu’au 3 décembre 2018. L’entrée est gratuite!

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Meaghan Scanlon est bibliothécaire principale des collections spéciales à la Direction générale du patrimoine publié de Bibliothèque et Archives Canada.