Sergent Filip Konowal, VC

Par Emily Monks-Leeson

Le dernier soldat ayant participé à la bataille de la côte 70 que nous présentons dans le cadre de la série Centenaire de la Première Guerre mondiale : hommage aux récipiendaires canadiens de la Croix de Victoria est le sergent Filip Konowal, un canado-ukrainien très décoré qui est né le 15 septembre 1888, à Kutkivtsi, en Ukraine.

Photographie en noir et blanc d’un soldat portant un couvre-chef à visière orné d’une feuille d’érable. Il se tient au garde-à-vous devant une grande barrière menant au terrain du palais.

Le caporal Filip Konowal au palais de Buckingham pour la remise de la Croix de Victoria (MIKAN 3217851)

Filip Konowal sert dans l’armée impériale russe avant d’immigrer au Canada, en 1913. Formé pour enseigner le maniement de la baïonnette, il se joint au Corps expéditionnaire canadien en 1915 et sert avec le 47e Bataillon (Colombie-Britannique), au sein duquel il est promu caporal. Filip Konowal se trouve avec son bataillon à la côte 70, près de Lens, en France, lorsque sa bravoure et sa détermination pendant les trois jours de la bataille, du 22 au 24 août, lui font obtenir la Croix de Victoria.

Alors qu’il dirige sa section à travers les défenses allemandes en liquidant les caves, les cratères et les emplacements de mitrailleuse, le caporal Konowal protège ses hommes et se bat avec un certain nombre de soldats allemands. Ses efforts ne s’arrêtent pas là. Selon sa citation :

[Traduction libre]

« Arrivé à l’un de ses objectifs, le caporal Konowal constate qu’une mitrailleuse tient en échec le flanc droit et cause de nombreuses pertes. Il s’élance et envahit cet emplacement; il tue les soldats du détachement et ramène la mitrailleuse ennemie jusqu’à nos lignes.

Le lendemain, il attaque, seul, un autre emplacement et tue trois combattants; il détruit la mitrailleuse et l’emplacement avec des explosifs.

Ce sous-officier a éliminé à lui seul au moins 16 ennemis et, au cours des deux jours de combats […], il a poursuivi son travail jusqu’à ce qu’il soit grièvement blessé. »

London Gazette, no 30400, 26 novembre 1917 (en anglais)

George V remet la Croix de Victoria à Filip Konowal, qui est promu sergent. Une fois remis de ses blessures, il sert comme attaché militaire à l’ambassade de Russie à Londres. Plus tard, il s’enrôle dans le Corps expéditionnaire canadien de Sibérie.

Le sergent Filip Konowal meurt à Hull, au Québec, en 1959. Il est enterré au cimetière Notre-Dame-de- Lourdes, à Ottawa.

Bibliothèque et Archives Canada possède le dossier de service de Filip Konowal.


Emily Monks-Leeson est archiviste pour le service des Opérations numériques à Bibliothèque et Archives Canada.

Lieutenant Robert Hill Hanna, VC

Par Emily Monks-Leeson

Aujourd’hui, dans la série de blogues Centenaire de la Première Guerre mondiale : hommage aux récipiendaires canadiens de la Croix de Victoria, nous soulignons l’anniversaire de la bataille de la côte 70, victoire décisive pour le Corps canadien et lieu de deuil pour des milliers de familles canadiennes et allemandes. Six Canadiens ont reçu la Croix de Victoria pour les actes de bravoure qu’ils ont accomplis pendant la bataille de la côte 70, ou peu de temps après. L’un d’eux est Robert Hill Hanna, né à Kilkeel, en Irlande, le 6 août 1887, et ayant émigré au Canada en 1905.

Photographie en noir et blanc d’un jeune homme en uniforme, debout sur un balcon à l’extérieur, les mains derrière le dos.

Le cadet R. Hanna, VC, date inconnue (MIKAN 3216531)

Hanna s’enrôle dans le 29e Bataillon (British Columbia Regiment). Le 21 août 1917, à l’âge de 30 ans, il est promu sergent-major de compagnie. Lors d’une bataille pour capturer une position fortifiée allemande hautement protégée près de la côte 70 à Lens, en France, sa compagnie subit de lourdes pertes; tous les officiers haut gradés de Hanna y perdent la vie. Face à cette situation, Hanna rassemble un groupe d’hommes et les mène dans une attaque contre la position allemande, se précipitant à travers les barbelés et tuant les soldats allemands qui manœuvrent une mitrailleuse.

Description détaillée des événements qui ont valu à Hanna la Croix de Victoria.

Deuxième page de l’annexe 6 du rapport sur les opérations décrivant les actions du sergent-major Hanna. (MIKAN 1883249)

Voici sa citation dans The London Gazette :

Cette action extrêmement courageuse, soit la démonstration d’un héroïsme et d’une bravoure personnelle du plus haut niveau au moment le plus critique de l’attaque, a donné lieu à la capture d’une position tactique très importante. Sans son intervention audacieuse et la détermination dont il a fait preuve lors d’une situation désespérée, l’attaque n’aurait pu réussir et la position tactique n’aurait pu être capturée. [traduction]

The London Gazette, no 30372, le 8 novembre 1917

Hanna a plus tard été promu au grade de lieutenant. Il a survécu à la guerre et a pu rentrer au Canada. Le lieutenant Robert Hill Hanna est décédé à Mount Lehman, en Colombie-Britannique, le 15 juin 1967.

Bibliothèque et Archives Canada détient le dossier de service du lieutenant Robert Hill Hanna, du Corps expéditionnaire canadien.


Emily Monks-Leeson est archiviste pour le service des Opérations numériques à Bibliothèque et Archives Canada.

Le raid sur Dieppe (France), le 19 août 1942

Par Alex Comber

Avertissement : Cet article contient des images qui pourraient heurter la sensibilité de certains lecteurs; nous préférons vous en avertir.

Il y a exactement 75 ans aujourd’hui, des soldats canadiens débarquaient en France, sur des côtes hostiles, afin de mener une opération de reconnaissance en force. Malgré une préparation minutieuse, une importante flotte de soutien et l’appui d’escadrons aériens, le débarquement fut un échec.

Photo noir et blanc de cadavres de soldats, d’une péniche de débarquement en feu et de chars d’assaut Churchill endommagés sur une plage de galets.

Cadavres de soldats canadiens gisant près d’une péniche de débarquement endommagée et de chars d’assaut Churchill du Régiment de Calgary, après l’opération Jubilee, 19 août 1942 (MIKAN 3628496)

Opération Jubilee : tel était le nom de code adopté pour le raid sur la ville de Dieppe, un port de mer occupé par l’ennemi près du Havre, en France. Le plan était le suivant : une imposante flotte, composée de péniches de débarquement et d’autres navires, devait quitter l’Angleterre en pleine nuit et naviguer jusqu’à Dieppe pour y débarquer des soldats sur les côtes, au petit matin du 19 août. En détruisant les fortifications du port, on voulait évaluer la solidité des défenses sur le mur de l’Atlantique imaginé par Hitler. L’opération visait aussi d’autres objectifs, dont l’attaque d’une station radar et d’un terrain d’aviation allemands à proximité, et la capture de prisonniers pour les interroger. Les troupes retourneraient ensuite vers les péniches de débarquement et quitteraient la France.

Photo noir et blanc d’un exercice de débarquement montrant des soldats quittant une péniche de débarquement et marchant sur la plage en groupes ordonnés.

Fantassins canadiens sortant d’une péniche de débarquement en Angleterre durant un exercice préparatoire en vue de l’opération Jubilee (le raid sur Dieppe), France, août 1942 (MIKAN 3628508)

L’attaque principale est menée par les unités de la 2e Division d’infanterie canadienne. Elles sont accompagnées des British Royal Marines et de commandos chargés de missions spéciales, telles que neutraliser l’artillerie allemande pour l’empêcher de tirer sur les unités navales et les péniches de débarquement.

Photo couleur du major général J. H. Roberts en uniforme, examinant des documents sur le capot d’une voiture d’état-major.

Le major général J. H. Roberts, qui commandait la 2e Division d’infanterie canadienne au moment de l’opération Jubilee. La censure militaire a effacé de cette photo tous les signes pouvant permettre d’identifier une unité. (MIKAN 4232358)

Pour aider à vaincre les défenses allemandes et soutenir les bataillons d’infanterie dans l’accomplissement de leur mission, le plan comptait sur l’appui des chars d’assaut Churchill du 14Régiment blindé (Régiment de Calgary), transportés par plusieurs des nouvelles péniches de débarquement. Des escadrilles d’avions de chasse et de bombardiers, accompagnés d’une imposante flotte de plus de 230 navires, viendraient aussi en renfort. Ensemble, les attaques aériennes et les bombardements navals devaient mettre en déroute les Allemands.

Photo noir et blanc d’un groupe d’officiers de la force aérienne posant devant un avion de chasse Hawker Hurricane.

Groupe de pilotes avant le raid sur Dieppe (MIKAN 3592320)

Mais la mission éprouve des problèmes dès que les péniches s’approchent de la plage. Les formidables défenses allemandes n’ont pas été détruites par les bombardements préparatoires, et l’ennemi a été averti par ses services de renseignement de se préparer à une attaque. Dans les casemates, les mitrailleuses balaient la plage de leurs tirs dévastateurs; quelques rares unités canadiennes réussissent à progresser à l’intérieur des terres, au-delà des falaises, dans la ville ou vers d’autres objectifs. Les soldats s’abritent comme ils le peuvent en attendant d’être évacués. Les coûts matériels du raid sur Dieppe s’élèvent à 29 chars d’assaut détruits, 33 péniches de débarquement abandonnées ou détruites, un destroyer britannique coulé et plus d’une centaine d’avions de la Royal Air Force et de l’Aviation royale canadienne descendus, dont plusieurs membres d’équipage sont tués.

Photo noir et blanc de soldats, dont certains sont blessés ou portent des uniformes déchirés.

Soldats ayant participé à l’opération Jubilee (le raid sur Dieppe) de retour en Angleterre, 19 août 1942 (MIKAN 3628504)

Les historiens ne s’entendent toujours pas sur les raisons qui ont motivé le haut commandement allié à approuver cette entreprise à haut risque. L’échec de l’attaque, imputable à diverses raisons, a eu de dures répercussions partout au Canada. Sur près de 5 000 soldats canadiens, on compte plus de 900 morts, près de 2 000 prisonniers et plusieurs blessés. Le 19 août 1942 demeure le jour le plus meurtrier pour l’armée canadienne au cours de la Deuxième Guerre mondiale.

Photo noir et blanc de soldats canadiens capturés, marchant en rang dans une ville sous la surveillance de soldats allemands.

Soldats canadiens capturés (MIKAN 3628516)

Les nouvelles à propos du raid sur Dieppe se propagent rapidement. Le ministère de la Défense nationale avertit les proches parents des soldats qui ne sont pas revenus avec la force navale. À mesure que les survivants font circuler l’information sur les soldats manquants, les familles attendent avec impatience des nouvelles des leurs. Les nombreuses demandes adressées au comité international de la Croix-Rouge amènent l’organisme à dresser des listes de soldats décédés dont les corps ont été retrouvés et enterrés, et des listes de prisonniers dans les camps allemands. Un exemple poignant témoigne de cette tragédie : la mort des fils jumeaux d’Alice Montgomery, Arthur et Ralph, de Brighton, en Ontario. Les deux frères servaient dans le 1er Bataillon du Régiment royal du Canada. Le jour du raid, Arthur a été tué sur la Plage bleue, du village de Puys. Deux jours plus tard, Ralph a succombé à ses blessures en Angleterre.

Photo couleur d’un groupe assistant à une cérémonie au cimetière militaire canadien de Dieppe, en France; à l’avant-plan, des rangées de croix temporaires marquent les sépultures.

Cimetière militaire canadien de Dieppe, septembre 1944 (MIKAN 4233242)

La plupart des soldats canadiens morts le 19 août 1942 sont inhumés au cimetière militaire canadien de Dieppe, à Hautot-sur-Mer. Le lieu est unique, car la Commission des sépultures de guerre du Commonwealth (la Commonwealth War Graves Commission) y a conservé l’aménagement typique des cimetières de guerre allemands, avec ses pierres tombales placées dos à dos en doubles rangées. Cette photo montre le cimetière au début de septembre 1944, après la libération de la région. On y voit des unités de la 2e Division d’infanterie canadienne, décimée durant le raid sur Dieppe, y tenir une cérémonie à la mémoire des camarades tombés au combat.

Sources relatives au raid sur Dieppe conservées à Bibliothèque et Archives Canada

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) possède de nombreux documents concernant le raid sur Dieppe. Outre les photos du ministère de la Défense nationale et de collections privées, on y trouve les journaux de guerre des unités militaires qui ont participé au raid, notamment l’Essex Scottish, le Régiment royal du Canada, le Royal Hamilton Light Infantry, le 14e Régiment blindé (Régiment de Calgary), les Fusiliers Mont-Royal, le South Saskatchewan Regiment et le Queen’s Own Cameron Highlanders of Canada. BAC conserve aussi les dossiers de tout le personnel des Forces armées canadiennes durant la Deuxième Guerre mondiale, incluant ceux qui sont morts en service.

BAC possède aussi une petite collection de photos acquises de manière inhabituelle, et qui constitue une source d’information très intéressante et peu connue sur Dieppe. Madame Delabarre, une veuve résidente du Havre, en France, a conservé quelques photos de Dieppe que son employeur lui avait données. Ces images montrent des équipements abandonnés et des préparatifs pour enterrer des soldats canadiens. À l’occasion des commémorations du 25e anniversaire du débarquement, en 1967, madame Delabarre a décidé d’en faire don pour aider à raconter l’histoire de Dieppe aux Canadiens. Elle les a envoyées à un représentant de l’armée canadienne, le major général Roger Rowley, qui les a confiées à la Direction de l’histoire du ministère de la Défense nationale. Des années plus tard, les photos ont été transférées aux Archives nationales et font maintenant partie de la collection de BAC. Comparativement aux photos de l’armée allemande, ces images (dont deux apparaissent ci-dessous) offrent un point de vue différent pour documenter l’échec de l’opération.

La première photo montre Buttercup, un char d’assaut Churchill Mk. 3 de l’escadron B du 14e Régiment blindé (Régiment de Calgary), abandonné sur la plage.

Photo noir et blanc de chars d’assaut neutralisés ou abandonnés sur la plage à Dieppe. Un des chars porte l’inscription Buttercup peinte sur le côté, parmi d’autres marques d’identification.

Chars d’assaut Churchill, dont le Buttercup, abandonnés sur la plage à Dieppe, août 1942 (MIKAN 4969643)

Certaines des photos de madame Delabarre, comme d’autres prises par les photographes de l’armée allemande, montrent des soldats canadiens morts sur la plage, au pied des falaises et dans les navires échoués. Bien que difficiles à regarder, elles constituent d’importants documents d’archives qui témoignent de l’événement. Par exemple, cette deuxième photo documente une réalité peu connue des conséquences du raid sur Dieppe. Au lieu de montrer des militaires allemands inspectant les véhicules et les péniches de débarquement abandonnés ou regardant des soldats alliés blessés ou tués, elle montre des groupes de civils déplaçant et préparant des corps pour les enterrer, s’acquittant de cette macabre tâche dans une péniche de débarquement.

Photo noir et blanc de civils s’occupant des dépouilles de soldats morts dans une péniche de débarquement échouée sur la plage.

Civils s’employant à récupérer les corps de soldats tués durant le raid sur Dieppe et à les préparer pour leur enterrement (MIKAN 4969646)


Alex Comber est archiviste (archives militaires) à la Division des archives gouvernementales de Bibliothèque et Archives Canada.

Sergent Frederick Hobson et major Okill Massey Learmonth, VC

Par Emily Monks-Leeson

Dans le blogue d’aujourd’hui de la série Centenaire de la Première Guerre mondiale – hommage aux récipiendaires canadiens de la Croix de Victoria, nous soulignons les actes de bravoure de deux soldats canadiens lors de la bataille de la côte 70, près de Lens, en France, le 18 août 1917.

Le sergent Frederick Hobson, VC, un ancien combattant de la guerre des Boers, en Afrique du Sud (1899-1902), vit à Galt, en Ontario, lorsque le recrutement commence pour le Corps expéditionnaire canadien. Né en 1873, le sergent Hobson déclare plutôt 1875 comme son année de naissance pour pouvoir s’enrôler.

Le 18 août 1917, la compagnie du 20e bataillon du sergent Hobson refoule une forte contre-attaque allemande sur la côte 70. Après que l’explosion d’un obus d’artillerie a enseveli une mitrailleuse Lewis dans un poste avancé et tué la majorité des membres de son détachement, le sergent Hobson quitte sa tranchée, déterre la mitrailleuse et la retourne contre l’infanterie allemande qui s’avance vers son poste. Sa citation pour la Croix de Victoria indique que lorsque la mitrailleuse s’enraye, le sergent Hobson, blessé, « laisse à l’artilleur le soin de régler le problème et s’avance seul vers l’ennemi, malgré ses blessures. Avec sa baïonnette et la crosse de son fusil, il parvient à tenir les attaquants à distance jusqu’à ce qu’il soit tué par une balle de fusil. Entre-temps, la mitrailleuse a été remise en marche et, peu après, l’arrivée de renforts permet de repousser l’ennemi ». (The London Gazette, no 30338, 17 octobre 1917)

Description dactylographiée des événements de la journée, y compris une description des actions du sergent Frederick Hobson.

Journal de guerre du 20e bataillon d’infanterie du Canada, daté du 18 août 1917, page 20 (MIKAN 205918)

Le corps du soldat Frederick Hobson n’a jamais été retrouvé. On lui rend hommage, ainsi qu’aux autres 11 000 soldats canadiens, au Monument de Vimy, en France.

Le major Okill Massey Learmonth, VC, naît à Québec en 1894. Le 18 août 1917, il sert en tant que major intérimaire avec le 2e bataillon (Eastern Ontario Regiment) sur la côte 70, près de Lens, en France. Après qu’une contre-attaque allemande lancée contre leurs positions nouvellement consolidées a surpris la compagnie du major Learmonth, ce dernier lance l’attaque et, selon sa citation dans The London Gazette, élimine personnellement les attaquants. Essuyant des bombardements intensifs et malgré une blessure grave, le major Learmonth se tient debout sur le parapet de sa tranchée et lance des grenades contre l’avancée des Allemands tout en dirigeant la défense de la position de ses hommes. La citation du major Learmonth pour la Croix de Victoria indique qu’il « se saisit des grenades qui lui sont lancées et les renvoie à l’ennemi », et qu’il « refuse d’être transporté derrière les lignes » après avoir été blessé. Il meurt plus tard le même jour dans un hôpital de campagne.

Une photographie en noir et blanc de deux jeunes hommes assis dans un camp qui consultent des cartes. Derrière eux, on voit plusieurs tentes.

Le major Okill Massey Learmonth (à droite), en compagnie d’un soldat non identifié (MIKAN 3191993)

Description dactylographiée des événements de la journée. Elle indique que le major Learmonth et un autre officier sont décédés des suites de leurs blessures.

Journal de guerre du 2e bataillon d’infanterie du Canada, daté du 18 août 1917, page 7 (MIKAN 2005884)

Le major Okill Massey Learmonth est enterré au cimetière communal de Nœux-les-Mines, en France. La rue Learmonth dans sa ville natale de Québec est nommée en son honneur.

Bibliothèque et Archives Canada détient les dossiers de service du sergent Frederick Hobson et du major Okill Massey Learmonth.


Emily Monks-Leeson est archiviste pour le service des Opérations numériques à Bibliothèque et Archives Canada.

Images de la reine Élisabeth, la Reine mère maintenant sur Flickr

Elizabeth Angela Marguerite Bowes-Lyon (4 août 1900–30 mars 2002) épouse le prince Albert, duc d’York, le 26 avril 1923, et devient ainsi la duchesse d’York. Après le décès du roi George V, le 20 janvier 1936, le frère aîné d’Albert succède à son père sur le trône. Cependant, Édouard VIII abdiquera le 11 décembre 1936 pour épouser Wallis Simpson, une Américaine divorcée. Albert succède alors à son frère, sous le nom de George VI.

Le 12 mai 1937, le jour du couronnement de George VI, la duchesse d’York devient la reine Élisabeth du Royaume-Uni et des dominions, et l’impératrice des Indes. Albert et Élisabeth ne s’attendaient aucunement à devenir roi et reine; pourtant, ils ont assumé leurs nouvelles responsabilités avec dévouement et empathie. À cette époque, leurs deux filles, les princesses Élisabeth et Margaret, avaient respectivement 10 et 6 ans.

Une photographie noir et blanc du roi George VI saluant la foule à côté de la reine Élisabeth devant les édifices du parlement du Canada.

Le roi George VI et la reine Élisabeth devant les édifices du Parlement, Ottawa (Ontario) 1939 (MIKAN 3624767)

Lors de la visite du couple royal au Canada en 1939, la reine Élisabeth démontre sa capacité à mettre les gens à l’aise, ce qui contribue à sa popularité et l’aide grandement à soutenir son mari dans ses fonctions royales. C’est durant cette visite au Canada qu’a lieu le premier « bain de foule royal », alors que le roi George VI et la reine Élisabeth engagent spontanément la conversation avec un groupe de vétérans de la Première Guerre mondiale après le dévoilement du Monument commémoratif de guerre du Canada à Ottawa.

Une photographie noir et blanc du roi George VI et de la reine Élisabeth à l’arrière du train royal.

Le roi George VI et la reine Élisabeth à l’arrière du train royal, Hope (Colombie-Britannique) 1939 (MIKAN 3624769)

La famille royale demeure à Londres durant toute la Seconde Guerre mondiale, échappant de peu aux blessures lorsque le palais de Buckingham est bombardé lors du blitz allemand de 1940–1941. La popularité du couple royal atteint de nouveaux sommets à cette époque, alors qu’il s’astreint comme le reste de la population à respecter le rationnement sur la nourriture, l’eau et le chauffage. Tout au long de la guerre, la reine Élisabeth fait preuve de beaucoup de courage et de détermination, sans jamais perdre son petit côté pince-sans-rire. Elle continuera à servir la monarchie bien après le décès de son mari le 6 février 1952. Sa fille aînée succède à George VI sous le titre de reine Élisabeth II du Royaume-Uni, du Canada et des autres pays du Commonwealth. Pour éviter toute confusion, la mère de la nouvelle reine sera appelée la reine Élisabeth, la Reine mère.

Visitez l’album Flickr maintenant!

Soldat Harry W. Brown, VC

Par Emily Monks-Leeson

Dans sa série de blogues Centenaire de la Première Guerre mondiale : hommage aux récipiendaires canadiens de la Croix de Victoria, Bibliothèque et Archives Canada se souvient aujourd’hui du soldat Harry Brown, décoré de la Croix de Victoria pour ses actes de bravoure pendant la bataille de la côte 70, près de Lens, en France, le 16 août 1917.

Né le 10 mai 1898, Harry Brown était fermier à Gananoque, en Ontario. Le 18 août 1916, il s’enrôle à London, en Ontario, dans le régiment de dépôt des Fusiliers canadiens à cheval au sein du Corps expéditionnaire canadien. À son arrivée en Angleterre, Brown est transféré au 10e bataillon. Le 16 août 1917, il sert dans ce bataillon ayant pris position à proximité de la côte 70 près de Lens, en France, où son unité se bat pour repousser les contrattaques répétées des Allemands. Toutes les communications avec les positions arrières ont été coupées, et le flanc droit de la compagnie est exposé. Brown et un autre soldat sont chargés de traverser les lignes ennemies pour rejoindre le quartier général du bataillon et apporter un message réclamant désespérément des renforts. Progressant sous un intense barrage d’artillerie et de tirs de fusils, Brown est grièvement blessé au bras et son compagnon d’armes est tué. Malgré cela, comme le raconte sa citation dans The London Gazette, Brown :

… poursuivit sa route sous un tir de barrage intense jusqu’à ce qu’il atteigne les troupes de soutien et trouve un officier. Il était tellement épuisé qu’il déboula les marches de la tranchée, mais demeura conscient assez longtemps pour remettre son message, en disant : « Message important ». Il perdit ensuite connaissance et mourut dans le poste de secours quelques heures plus tard. [traduction]

The London Gazette, no 30338, 17 octobre 1917

Une liste dactylographiée d’hommes ayant joué un rôle important dans la bataille de la côte 70.

Une page du journal de guerre du 10e bataillon d’infanterie canadien décrivant les hommes qui ont rendu un service important et exceptionnel, y compris le soldat Harry W. Brown; extrait de l’annexe 29, page 5 (MIKAN 2005896)

Grâce à son courage et à sa détermination, Brown a livré son message et des renforts ont été envoyés. Il est reconnu pour avoir sauvé à la fois la position de son unité sur la côte 70 et la vie d’un grand nombre de ses compagnons d’armes. Le soldat Harry Brown a été décoré de la Croix de Victoria à titre posthume. Il est inhumé en France, dans le cimetière communal de Nœux-les-Mines, près des villes de Lens et de Béthune.

Bibliothèque et Archives Canada détient le dossier de service du soldat Harry Brown.

Ressources connexes


Emily Monks-Leeson est archiviste pour le service des Opérations numériques à Bibliothèque et Archives Canada.

Numérisation des dossiers du Corps expéditionnaire canadien – Mise à jour d’août 2017

À ce jour, 476 752 des 640 000 dossiers sont accessibles à partir de notre base de données Dossiers du Personnel de la Première Guerre mondiale. S’il vous plaît visitez la page sur la numérisation des dossiers de service du Corps expéditionnaire canadien pour plus d’information sur ce projet de numérisation.

Bibliothèque et Archives Canada numérise les dossiers de service systématiquement, à partir de la première boîte à la boîte no 10 686, ce qui correspond à peu près à l’ordre alphabétique. Veuillez noter qu’au fil des années, le contenu de certaines boîtes a dû être déplacé. Ainsi, un nom censé avoir été numérisé se trouve peut-être maintenant dans une autre boîte qui n’a pas encore été numérisée. À ce jour, nous avons numérisé :

  • Dernière boîte numérisée : Boîte no 8101. Dernier nom : Rasmess.

Veuillez s’il vous plaît vérifier la base de données régulièrement pour voir les nouveaux ajouts. Si vous avez encore des questions après avoir regardé dans la base de données, vous pouvez nous contacter directement au 1-866-578-7777 pour obtenir plus d’aide.

Soldat Michael James O’Rourke, VC

Par Emily Monks-Leeson

En ce 100e anniversaire du premier jour de la bataille de la côte 70 en France, durant la Première Guerre mondiale, voici le portrait d’un récipiendaire de la Croix de Victoria (VC), le soldat Michael James O’Rourke.

Né à Limerick, en Irlande, et résident de la Colombie-Britannique, Michael O’Rourke est un brancardier de 39 ans servant dans le 7e bataillon d’infanterie (1er bataillon de Colombie-Britannique). Pendant trois jours, du 15 au 17 août 1917, le soldat O’Rourke travaille sans relâche à transporter les blessés en lieu sûr alors que le Corps canadien livre bataille pour capturer et tenir la côte 70. Malgré d’intenses bombardements et tirs de fusils allemands, le soldat O’Rourke réussit à se rendre près des soldats blessés, à panser leurs plaies et à leur donner à boire et à manger jusqu’à ce qu’ils puissent être transportés à l’abri du danger.

Sa citation pour la Croix de Victoria se lit comme suit [traduction] :

Durant toute cette période, le secteur où il travaille est la cible d’intenses bombardements et elle est balayée par les tirs nourris des fusils et des mitrailleuses. À plusieurs reprises, il est renversé et partiellement enseveli par les retombées de tirs d’obus ennemis. Dès qu’il voit un camarade rendu aveugle trébucher devant notre tranchée, le soldat O’Rourke s’élance, au mépris des tireurs d’élite ennemis, et ramène le soldat blessé; ce faisant, il devient lui-même la cible de tireurs embusqués. À nouveau, il franchit environ 50 mètres devant notre barrage, sous le feu intense et précis des mitrailleuses ennemies et des tireurs d’élite, et ramène un camarade. En une autre occasion, alors que la ligne des positions avancées se retire pour se consolider, il s’élance sous les tirs ennemis de toutes sortes et ramène un homme blessé qui avait été laissé derrière. (London Gazette, no 30372, 8 novembre 1917)

La citation mentionne que, par ses interventions, le soldat O’Rourke a [traduction] « incontestablement sauvé de nombreuses vies ».

Photographie en noir et blanc d’un soldat assis, une main bandée, souriant au photographe.

Soldat Michael James O’Rourke, VC, novembre 1917 (MIKAN 3219606)

Michael James O’Rourke survit à la guerre et revient au Canada. Il passe plusieurs années à Vancouver, vivotant de petits boulots et de sa maigre pension d’invalidité de 10 $ par mois. Il mène une marche de protestation durant la grève des débardeurs en 1935 et est attaqué par la police lors de la bataille du quai Ballantyne.

Photographie en noir et blanc d’un groupe de personnes entourant deux soldats.

Le soldat Michael James O’Rourke, VC, 7e bataillon, avec le cadet Robert Hanna, VC, à sa droite (MIKAN 3219607)

Michael James O’Rourke décède à Vancouver le 6 décembre 1957; il est inhumé au Forest Lawn Memorial Park de Burnaby, en Colombie-Britannique.

Bibliothèque et Archives Canada possède le dossier de service du soldat Michael James O’Rourke dans le Corps expéditionnaire canadien.

Ressources connexes


Emily Monks-Leeson est archiviste pour le service des Opérations numériques à Bibliothèque et Archives Canada.

Le Corps canadien et la bataille de la côte 70

Par Emily Monks-Leeson

Ce 14 août marque un anniversaire important dans l’histoire de la participation du Canada à la Première Guerre mondiale. Bien que la bataille de la côte 70 ait été éclipsée dans la mémoire collective par la bataille de la crête de Vimy, elle a été planifiée, menée et gagnée presque entièrement par le Corps canadien en août 1917.

Après la victoire de Vimy, le lieutenant-général Julian Byng, depuis longtemps commandant des divisions canadiennes, prend la direction de la troisième armée britannique; c’est le lieutenant-général Sir Arthur Currie, né au Canada, qui devient le nouveau commandant du Corps canadien. En juillet 1917, Sir Douglas Haig ordonne à Currie de lancer une attaque contre la ville de Lens, alors aux mains des Allemands. Currie insiste, au contraire, pour capturer la côte 70, au nord de Lens, ce qui permettrait aux Alliés d’occuper une position stratégique plus élevée, forçant ainsi les troupes allemandes à contrattaquer à partir de leurs postes de défense urbains lourdement fortifiés et bien camouflés.

L’assaut est soigneusement planifié. Le soir du 14 août, l’artillerie canadienne commence à bombarder intensément la côte 70. Le lendemain matin, dix bataillons d’assaut du Corps expéditionnaire canadien formés à partir des quatre divisions canadiennes se lancent à l’attaque. Les soldats canadiens s’emparent de leurs premiers objectifs en moins de vingt minutes, soutenus par des avions volant à basse altitude qui les aident à diriger l’artillerie vers des poches de résistance allemandes.

Délogée de la colline, l’armée allemande contrattaque immédiatement. Les deux belligérants utilisent des armes chimiques et les soldats rendus presque aveugles doivent se battre derrière leur masque à gaz embué. Durant quatre jours, les Allemands contrattaquent 21 fois, mais à la fin, les Canadiens réussissent à rester maîtres de la colline surplombant la ville de Lens. Haig qualifie la bataille « d’une des plus belles opérations mineures de la guerre », alors que pour Currie, elle compte parmi les plus dures batailles menées et gagnées par le Corps canadien.

La bataille de la côte 70 a fait environ 9 000 morts ou blessés chez les soldats canadiens, et 41 ont été faits prisonniers. Ayant mobilisé cinq divisions pour défendre la côte 70, les Allemands ont perdu environ 25 000 soldats; 970 ont été capturés.

Photographie en noir et blanc de deux hommes étendus sur des brancards. Du personnel médical s’occupe d’un des deux blessés, alors que l’autre est étendu sur le côté. Plusieurs soldats se tiennent debout à gauche des brancards, et d’autres sont assis à l’arrière-plan. La scène se passe dans les décombres d’un édifice bombardé dont il ne reste qu’une cheminée.

Des brancardiers pansent les blessures de soldats canadiens lors de l’assaut sur la côte 70. Août 1917 (MIKAN 3395845)

Photographie en noir et blanc d’un convoi de charrettes se déplaçant sur la route. Un groupe de soldats écossais en kilt tire la dernière charrette.

Le 13e bataillon de mitrailleurs allant se reposer après la bataille de la côte 70. Août 1917 (MIKAN 3406033)

Une photographie en noir et blanc d’une colonne de soldats marchant dans une ville. Quelques officiers, des enfants et d’autres civils les regardent passer.

Le général Sir Arthur Currie regardant défiler ses hommes en route vers le camp après avoir pris la côte 70. Août 1917 (MIKAN 3404812)

Six Croix de Victoria ont été décernées à des soldats du Corps canadien pour leurs actions pendant et immédiatement après la bataille de la côte 70. Au cours de la semaine prochaine, dans sa série de blogues intitulée Centenaire de la Première Guerre mondiale : hommage aux récipiendaires canadiens de la Croix de Victoria, Bibliothèque et Archives Canada présentera un portrait de ces récipiendaires, cent ans jour pour jour après les actes de bravoure à la source de leur distinction.


Emily Monks-Leeson est archiviste pour le service des Opérations numériques à Bibliothèque et Archives Canada.

Conservatrice invitée : Andrea Kunard

Bannière pour la série Conservateurs invités. À gauche, on lit CANADA 150 en rouge et le texte « Canada: Qui sommes-nous? » et en dessous de ce texte « Série Conservateurs invités ».Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

Joignez-vous à nous chaque mois de 2017! Des experts de BAC, de tout le Canada et d’ailleurs donnent des renseignements additionnels sur l’exposition. Chaque « conservateur invité » traite d’un article particulier et en ajoute un nouveau — virtuellement.

Ne manquez pas l’exposition Canada : Qui sommes-nous? présentée au 395, rue Wellington à Ottawa, du 5 juin 2017 au 1er mars 2018. L’entrée est gratuite.


L’île Blacklead, dans le golfe de Cumberland, aux abords de l’île de Baffin, dans les Territoires du Nord-Ouest (le Nunavut actuel), par Albert Peter Low, vers 1903-1904

Panorama en noir et blanc d'un gros iceberg à proximité d'une île rocheuse, photographié depuis un bateau.

Entrée de l’île Blacklead, dans le golfe de Cumberland, aux abords de l’île de Baffin, dans les Territoires du Nord-Ouest (le Nunavut actuel), par Albert Peter Low, 1903-1904 (MIKAN 3203732)

En 1904, le Canada affirme sa souveraineté dans l’Arctique : les forces de l’ordre migrent vers le nord, accompagnées d’arpenteurs étudiant le territoire. Le Canada se définit de nouveau comme un pays nordique.


Parlez-nous de vous.

Lorsque j’ai commencé à effectuer de la recherche historique en photographie dans le cadre de mon programme de maîtrise à l’Université Carleton, j’ai pratiquement vécu à Bibliothèque et Archives Canada. La collection est fantastique, et c’était pour moi l’expérience la plus fascinante que celle de regarder des photographies prises il y a plus de 150 ans. J’ai ensuite poursuivi ma recherche sur les photographies historiques, tout en étant conservatrice de la photographie contemporaine au Musée canadien de la photographie contemporaine et, maintenant, au Musée des beaux-arts du Canada. Je me suis toujours intéressée à la photographie de l’exploration ou aux utilisations gouvernementales de cette technique. Les photographies de Humphrey Lloyd Hime sont particulièrement intéressantes en ce qu’elles sont les premières connues, sur support papier, qui représentent l’intérieur de l’Amérique du Nord. L’appareil photo était un outil utile pour divers intérêts, mais également une façon d’englober de nombreuses préoccupations de l’époque, en particulier les virages dans le domaine de la religion à la suite de découvertes scientifiques. Beaucoup de photographies dites objectives de l’époque reflètent également des croyances spirituelles et la moralité. En outre, les valeurs esthétiques de l’Ouest jouent un rôle dans la communication des idéaux, et les meilleurs photographes d’alors, comme Alexander Henderson, sont très compétents pour manier le ton, la ligne, la forme et la texture, afin de combiner le sublime du paysage et la foi fervente de la période avec les progrès scientifiques et technologiques.

Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

Bien que cette photographie présente un paysage aride et apparemment désert, l’endroit était loin de l’être. Albert Peter Low (1861-1942), agent principal de la Commission géologique du Canada, a pris cette photographie à l’entrée de l’île Blacklead lors d’une expédition en 1903-1904, financée par le gouvernement canadien. Il a publié le récit de son voyage dans son livre célèbre, The Cruise of the Neptune. Par le passé, l’île Blacklead était une importante station baleinière; toutefois, au temps de Low, la population de baleines avait presque complètement disparu du secteur. De plus, les stations baleinières avaient radicalement changé le style de vie, les cycles de chasse et l’économie des Inuits. La raison d’être de l’expédition de Low était d’établir la souveraineté canadienne dans le Nord, au moyen de proclamations et dans le respect de la primauté du droit. Toutefois, la photographie de Low ne révélait rien de ce programme politique. Elle présente plutôt un aperçu paisible, tirant avantage d’un panorama étendu et d’éléments classiques du paysage sublime. L’iceberg semble gigantesque et insurmontable, attrayant dans sa blancheur. Par contre, l’île est sombre et plus détaillée. Les deux sujets, glace et roc, semblent être en opposition, suspendus entre un ciel nuageux et une mer ondoyante et glacée.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

Représentation aux teintes sépia d'herbes des prairies qui s'élancent vers le ciel, avec un crâne et un os à l'avant-plan.

La Prairie regardant vers l’ouest par Humphrey Lloyd Hime, 1858 (MIKAN 4631344)

La prairie, regardant vers l’ouest (1858), de Humphrey Lloyd Hime, est une des images les plus énigmatiques de l’histoire de la photographie canadienne. Elle montre un paysage austère, dans lequel paraissent un crâne et un os (humains?). La photographie a été prise près de la colonie de la rivière Rouge, maintenant la ville de Winnipeg. Hime travaillait pour l’expédition de l’Assiniboine et de la Saskatchewan, envoyée par le gouvernement afin d’évaluer le potentiel agricole de la région ainsi que la pertinence de celle-ci pour le peuplement. Elle contient le territoire désert, qui attend apparemment l’occupation humaine. Toutefois, la présence du crâne est provocatrice. Hime a fort probablement organisé la photographie en se servant du crâne d’une femme autochtone, trouvé plus tôt dans un secteur du Sud manitobain. Comme il l’écrivait dans son journal le 28 juin 1858, « […] trouvé un crâne près d’une tombe de la prairie – il avait été sorti par des loups – conservé le crâne […] » Cette rencontre permet d’expliquer l’image de diverses façons. La photographie peut évoquer l’expérience vécue par Hime ou être une façon d’ajouter un élément dramatique à un paysage par ailleurs vague. La présence du crâne est également liée à la fascination de la société du XIXe siècle pour les méthodes d’inhumation autochtones. Toutefois, comme la légende n’explique pas qu’il s’agissait d’un crâne autochtone, les personnes qui regardent peuvent comprendre avec angoisse que le territoire comporte la possibilité de leurs propres épreuves et décès. L’intérieur du pays était alors en grande partie inconnu, et nombreux étaient ceux qui pensaient qu’il s’agissait d’un désert aux proportions bibliques.

Biographie

Photo en couleur d'une femme portant des lunettes regardant directement dans la caméra.Andrea Kunard est conservatrice associée des photographies au Musée des beaux-arts du Canada. Elle a présenté plusieurs expositions collectives et monographiques axées sur la photographie contemporaine, notamment Mouvance et mutation (2000), Susan McEachern : Multiplicité de sens (2004), Regards d’acier : Portraits par des artistes autochtones (2008), Scott McFarland : La réalité aménagée (2009), Fred Herzog (2011), Collision : Le conflit et ses conséquences (2012), et Michel Campeau : Icônes de l’obsolescence (2013). Elle est actuellement co-conservatrice d’une rétrospective majeure sur une artiste qui vit et travaille à Terre-Neuve, Marlene Creates, ainsi que d’une exposition bilan, La photographie au Canada : 1960-2000, pour 2017. Elle a enseigné l’histoire de la photographie, l’art canadien et la théorie culturelle à l’Université Carleton et à l’Université Queen’s. De plus, elle a codirigé The Cultural Work of Photography in Canada, ouvrage publié par McGill-Queen’s University Press. Elle a présenté des exposés sur la photographie au Canada et rédigé des articles sur la photographie contemporaine et historique dans diverses publications, dont The Journal of Canadian Art History, International Journal of Canadian Studies, Early Popular Visual Culture, Muse, BlackFlash, ETC Montréal. Elle travaille actuellement à un projet Web majeur portant sur la photographie documentaire, projet qui est centré sur la collection du Service de la photographie de l’Office national du film, au Musée des beaux-arts et à Bibliothèque et Archives Canada.