Un document d’intérêt : une lettre de 1818 à propos du traitement d’immigrants irlandais atteints de la fièvre typhoïde

par Martin Lanthier

Au début du 19e siècle, l’arrivée de navires transportant des immigrants parfois atteints de maladies soulève la crainte de voir s’étendre au Bas-Canada des épidémies. L’élite de la colonie prend conscience de la situation et y va d’initiatives pour gérer ce problème.

La correspondance du secrétaire civil du gouverneur du Bas-Canada (RG4-A1, MIKAN 105377) renferme des documents qui témoignent de ces préoccupations et aussi des situations auxquelles devaient faire face les médecins de l’époque. Un exemple parmi d’autres est une lettre du docteur William Hacket du 29 juillet 1818 dans laquelle il décrit son intervention pour guérir des colons irlandais atteints de la fièvre typhoïde.

Ils arrivent à Québec le 21 juillet à bord du Royal Edward. Plusieurs d’entre eux sont malades et, après quelques jours, on décide de les soigner. Puisqu’aucun hôpital n’existe pour accueillir un si grand nombre de personnes (119) et que les conditions à bord sont insalubres, on ordonne la mise en quarantaine et le traitement des malades sur l’île au Ruau [ou île aux Ruaux], près de Grosse-Île dans le fleuve Saint-Laurent. On confie la tâche au docteur Hacket, assisté de deux confrères : les docteurs Wright et Holmes.

Dans sa lettre, écrite six jours après l’arrivée des passagers sur l’île, il explique d’abord la difficulté qu’il a eue pour les convaincre de quitter le navire — certains affirmaient qu’on ne pourrait les en faire débarquer que par la force. Il s’étend ensuite sur le fait que sans l’aide des militaires, qui ont installé un camp, il n’aurait pu les accueillir et les traiter.

Première page d’une lettre manuscrite, à l’encre noire sur papier blanc.

Lettre du docteur William Hacket à A. W. Cochrane, secrétaire civil, Québec, 29 juillet 1818 (RG4-A1, volume 180 MIKAN 126122) e011181012.

Un confort minimum étant assuré, le docteur Hacket peut songer à soigner ceux qui sont atteints de la fièvre et tenter d’empêcher les biens portants de la contracter. Pour ce faire, il concocte un régime alimentaire adapté aux habitudes et coutumes des colons. Ces gens sont défavorisés, il s’inspire donc de ce qu’il croit être leur diète ordinaire : pommes de terre, lait, gruau, beurre, et un peu de viande (seulement deux jours par semaine). Pour ceux qui sont vraiment malades, leur repas peut aussi inclure thé, sucre, vin et pain. Déjà après six jours, leur santé s’améliore, mais le docteur Hacket ne crie pas victoire pour autant. On peut bien libérer ces gens de leur quarantaine parce qu’ils semblent aller mieux, mais il insiste sur le fait qu’ils sont pauvres et épuisés par leur traversée. Ces conditions peuvent favoriser le retour de la fièvre plus tard, quand ils seront parmi la population. La maladie pourrait alors s’étendre à toute la colonie. Mais les craintes du docteur ne semblent pas justifiées. Les derniers colons irlandais quittent l’île au Ruau vers la fin août sans qu’aucune épidémie de fièvre typhoïde n’apparaisse au Bas-Canada dans les semaines suivantes.

Cette lettre illustre la situation à laquelle devaient faire face de plus en plus souvent les autorités sanitaires de la colonie. Le gouvernement et les élites comprennent donc qu’il faut plus qu’un camp temporaire sur une île pour soigner ces malades, ce qui mènera, deux ans plus tard, à la fondation de l’Hôpital des Émigrants, le premier hôpital pour immigrants à Québec. Cet hôpital fonctionnera jusqu’en 1834, alors qu’on inaugure un nouvel hôpital qui prendra soin de cette clientèle : l’Hôpital de la Marine, qui restera ouvert jusqu’en 1890.

Sources :

RG4-A1, volume 180, lettres de William Hacket du 29 juillet et 25 août 1818 (MIKAN 126122).

RG1-E1 (procès-verbaux du Conseil exécutif du Bas-Canada), volume 37, State Book I, p. 351-354 (MIKAN 3829851)

Fecteau, Jean-Marie, Un Nouvel Ordre des choses : la pauvreté, le crime, l’État au Québec, de la fin du XVIIIe siècle à 1840, Outremont, VLB, 1989 (AMICUS 9273445)

Goulet, Denis et André Paradis, Trois siècles d’histoire médicale au Québec. Chronologie des institutions et des pratiques (1639-1939), Montréal, VLB, 1992 (AMICUS 11892694)

Lépine, Véronique (sous la supervision de Jacques Bernier et Rénald Lessard), Guide des archives hospitalières de la région de Québec. 1639-1970, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, janvier 2003 (en français seulement).


Martin Lanthier est archiviste de référence au sein de la Division des services de référence à Bibliothèque et Archives Canada.

Transcription du rapport Coltman – Externalisation à Bibliothèque et Archives Canada

Par Beth Greenhorn

Au printemps de 2016, nous avons, à Bibliothèque et Archives Canada (BAC), numérisé A General Statement and Report relative to the Disturbances in the Indian Territories of British North America [un énoncé général et un rapport qui porte sur les perturbations dans les terres autochtones de l’Amérique du Nord britannique], communément désigné comme le « rapport Coltman ». Cette numérisation avait pour but d’appuyer les activités commémoratives liées au 200e anniversaire de la bataille de la Grenouillère organisées par la Fédération des Métis du Manitoba, en juin 2016.

Moitié supérieure de la première page du rapport de William Batchelor Coltman concernant la bataille de la Grenouillère. Pâlis, les mots ont été rédigés à la main à l’encre noire sur du papier de couleur crème. L’écriture commence à gauche de la feuille, avant la ligne rouge verticale délimitant la marge, et elle se poursuit à droite de celle-ci.

Instantané d’écran de la première page du rapport Coltman, 1818 (MIKAN 114974)

Afin de signifier le soutien de BAC, nous avons lancé un outil de transcription aux fins d’externalisation et nous avons retenu le rapport Coltman comme premier document à transcrire.

Événements ayant mené à la bataille de la Grenouillère, livrée le 19 juin 1816

Thomas Douglas, le 5e comte de Selkirk, ou Lord Selkirk, était un pair du royaume écossais à qui la Compagnie de la Baie d’Hudson a accordé un vaste territoire (appelé « Selkirk Concession »), comprenant des parties de la Terre de Rupert, ou le bassin versant de la baie d’Hudson. À l’époque, le territoire s’étendait dans des régions aujourd’hui connues comme appartenant au Manitoba, à la Saskatchewan, à l’Ontario, au Dakota du Nord, au Dakota du Sud et au Minnesota. Son établissement était situé à la confluence des rivières Rouge et Assiniboine, dans la vallée de la rivière Rouge.

Lord Selkirk planifiait d’amener des colons écossais dans la région pour cultiver le sol. Leur arrivée a menacé les Métis, qui craignaient que la colonisation ait des conséquences négatives sur leur mode de vie. Même si les Métis occupaient le territoire, ils ne détenaient aucun « titre valable en droit » et ils avaient peur de perdre leurs terres et leur moyen de subsistance.

De nombreux Métis travaillaient pour la Compagnie-du-Nord-Ouest et la Compagnie de la Baie d’Hudson (HBC). Certains avaient comme tâche d’approvisionner le commerce de la fourrure en pemmican. En 1814, par suite d’une pénurie de vivres dans le district de la rivière Rouge, le gouverneur de la nouvelle colonie de la rivière Rouge, Miles MacDonell, a publié la « proclamation sur le pemmican » qui s’adressait à la population de la région.

Selon la proclamation, personne ne devait « faire sortir de victuailles, que ce soit de la chair, de la viande séchée, du grain ou des légumes » [traduction]. C’est ainsi que le gouverneur a tenté de garantir à la HBC un approvisionnement suffisant en nourriture et d’éviter que les Métis exportent du pemmican hors du district. La HBC voulait empêcher les Métis de vendre du pemmican à son concurrent, la Compagnie-du-Nord-Ouest. Quant aux colons, ils essayaient de bloquer le commerce d’exportation du pemmican exercé par les Métis parce qu’ils voulaient garder cette denrée pour eux.

La proclamation a eu d’énormes incidences sur les moyens de subsistance des Métis. Selon eux, il s’agissait d’un stratagème pour octroyer à certains groupes le monopole du commerce des fourrures, car la proclamation interdisait aux Métis de vendre leur pemmican aux brigades des pelleteries. Dirigés par Cuthbert Grant, les Métis ont fait fi de la nouvelle loi, ce qui a attisé le conflit entre les Métis et les colons.

Bataille de la Grenouillère et émergence de la nation métisse

La dispute entourant l’approvisionnement du pemmican a atteint son point culminant lors de la bataille de la Grenouillère (aussi connue sous le terme « bataille de Seven Oaks »). Elle s’est déroulée le 19 juin 1816, le long de la rivière Rouge, juste au nord du fort Douglas, propriété de la HBC. Ce fut un combat expéditif, mais féroce, qui s’est soldé par 21 décès chez les employés de la HBC et les colons. Un Métis y trouvera la mort.

La bataille est commémorée grâce à un monument érigé sur le site de la bataille à Winnipeg, à l’intersection de la rue Main et du boulevard Rupert’s Land.

Une carte illustrant les rivières Assiniboine et Rouge, à leur point de confluence, ainsi que des lots de ferme, le tout reproduit sur du papier de couleur crème. Les rivières sont dessinées à l’encre bleue, les renseignements généraux sont notés à l’encre noire et la légende et une remarque sont rédigées à l’encre rouge.

Une carte illustrant la région où s’est déroulée la bataille de la Grenouillère, William Sax, arpenteur, avril 1818 (MIKAN 4149343)

Après la bataille de la Grenouillère, William Coltman est mandaté par le gouverneur du Bas-Canada (aujourd’hui la province de Québec) pour mener une enquête. Après avoir recueilli les dépositions des Métis et des colons, M. Coltman, dans son rapport, montre de l’empathie envers la position de la Compagnie-du-Nord-Ouest, tout en condamnant le recours à la violence, d’un côté comme de l’autre. Il établit que les Métis n’ont pas fait feu les premiers, mais qu’ils ont riposté, par légitime défense. Aux pages 193 et 194 du rapport, M. Coltman conclut comme suit :

Les éléments de preuve sont tels que l’énoncé selon lequel les premiers coups de feu auraient été tirés par les pionniers est toujours valide; des personnes présentes le [19 juin 1816], cinq témoins affirment bien [sic] que c’est le cas, et personne, hormis M. Hayden, ne déclare le contraire, ne serait-ce que par conviction, et tous les autres qui se sont exprimés sur la question s’entendent sur le compte rendu général; tandis que la déclaration contradictoire de M. Hayden demeure infondée, sans aucun élément de preuve, direct ou indirect [traduction]. (Page 193 et page 194)

La bataille a marqué l’émergence d’une nouvelle nation, la nation métisse. C’était aussi la première fois que les Métis déployaient leur drapeau bleu avec le symbole de l’infini, qui a contribué à façonner leur identité. De nos jours, le rapport Coltman constitue l’une des meilleures sources de référence sur la guerre liée au commerce des fourrures et est un document clé relatant l’histoire de la nation métisse.

L’outil de transcription connaît du succès

La transcription de ce rapport de 521 pages rédigé à la main a remporté un vif succès. L’outil de transcription a été annoncé le 16 juin 2016 et, grâce à l’enthousiasme du public, le rapport au complet était transcrit moins d’un mois plus tard. Outre la transcription, chaque page comporte des mots-clés se rattachant aux personnes, aux dates, aux lieux et à des événements précis liés à l’enquête menée par M. Coltman. On trouve dans la base de données un fichier en format PDF du rapport Coltman (en anglais seulement) entièrement consultable. Chaque entrée est accompagnée d’un lien menant vers la page du rapport numérisée correspondante.

Instantané d’écran de la transcription de la page couverture et de son contreplat, et de la première page du rapport Coltman. La page est divisée en cinq colonnes, dont le contenu est organisé selon le numéro de l’image, le texte décrivant l’image (texte transcrit), les notes, les mots-clés et le lien menant vers l’image. La couleur de fond des sections horizontales de chaque page alterne entre le bleu pâle et le blanc.

Instantané d’écran de la transcription du rapport Coltman (MIKAN 114974)

BAC possède le seul exemplaire de ce rapport. Avant la numérisation et la transcription, les chercheurs devaient planifier un rendez-vous avec un archiviste au Centre de préservation de BAC à  Gatineau afin de consulter le rapport. Pour bien des chercheurs, il n’est pas possible de se rendre dans les bureaux de BAC. En conséquence, certains historiens ont perpétué l’information véhiculée dans de nombreuses sources secondaires où l’on décrivait la confrontation comme un massacre amorcé par les Métis. Grâce à la numérisation et à l’aide du public qui a transcrit cet important document, des inexactitudes historiques ont été corrigées.


Beth Greenhorn est gestionnaire de projet au sein de l’équipe du Contenu en ligne, Direction générale des services au public à Bibliothèque et Archives Canada.

Le blogue de Bibliothèque et Archives Canada : 5 ans déjà!

Photo noir et blanc d’un énorme gâteau avec une jeune femme debout à sa gauche. De l’autre côté, une affiche montre la liste des ingrédients.

Femme debout près d’un gâteau de 4 000 livres confectionné pour une publicité du grand magasin Freimans (MIKAN 3615467)

Il y a cinq ans jour pour jour, nous avons diffusé notre premier blogue intitulé « Les histoires publiées des unités : découvrez les activités de personnes ou d’unités militaires durant la guerre ». Plus de 650 blogues se sont ajoutés depuis.

On oublie facilement, même les principaux jalons qui ont marqué l’évolution d’un projet. Il faut parfois s’arrêter et prendre du recul pour se rendre compte des progrès accomplis.

À l’occasion de notre cinquième anniversaire, nous tenons à remercier sincèrement tous ceux et celles qui ont contribué à notre succès.

Quelles sont les étapes de la publication d’un article?

La publication d’un article résulte d’une étroite collaboration entre plusieurs équipes de l’organisation. Le blogue est d’abord rédigé par un spécialiste de Bibliothèque et Archives Canada (BAC), sur une base entièrement volontaire. Ensuite, il est relu et mis en forme avant d’être transmis à la Direction générale des communications pour la révision et la traduction. Enfin, les deux versions définitives, en français et en anglais, sont téléversées simultanément dans WordPress.

Le blogue vise à mettre en valeur notre collection et nos services. Nous possédons un très grand nombre d’images et de documents exceptionnels, mais le droit d’auteur limite parfois leur diffusion. Même si les articles sont vérifiés et revérifiés avant leur publication, il arrive qu’une erreur se glisse ou qu’un lien se brise; nous sommes reconnaissants aux lecteurs de nous en aviser.

Affiche en couleur montrant un pilote qui parle à un mécanicien dans un hangar d’avion. Des avions en vol et un drapeau britannique apparaissent à travers la fenêtre. Le mot « Collaboration » est écrit dans le haut de l’affiche, et l’expression « Merci Mon Vieux! », dans le bas.

Affiche intitulée « Collaboration : Merci Mon Vieux! » publiée dans le cadre d’une campagne de sensibilisation à l’effort de guerre du Canada. (MIKAN 2846765)

À propos de quoi écrivons-nous?

En cinq ans, nous avons traité de nombreux sujets, notamment la recherche dans nos collections, la généalogie et l’histoire familiale, les livres rares, l’immigration et le patrimoine militaire. Les catégories les plus populaires sont la généalogie dans la version française du blogue, et le patrimoine militaire dans la version anglaise. L’article le plus populaire en français est Recherche d’actes de naissance, de mariage et de décès, et en anglais, The 1940 National Registration File (version française). Nous continuerons à promouvoir notre collection à l’aide de projets spéciaux au cours de la prochaine année. Nous publierons une série de blogues découlant d’un partenariat avec les Archives nationales du Royaume-Uni, une série concernant les 150 ans du Canada, et bien d’autres encore. Suivez-nous pour ne rien manquer!

Bien entendu, le blogue n’existerait pas sans vous. Un grand merci à tous nos fidèles lecteurs! Nous sommes très heureux de transmettre nos connaissances pour vous faire découvrir le patrimoine canadien.

Que diriez-vous d’un morceau de ce gâteau?

Bibliothèque et Archives Canada présente sa toute dernière émission de baladodiffusion, « Wilfrid Laurier : C’est compliqué »

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) présente sa toute dernière émission de baladodiffusion, « Wilfrid Laurier : C’est compliqué ».

Sir Wilfrid Laurier, septième premier ministre du Canada, a eu le plus long mandat ininterrompu. Il est considéré comme l’un des plus grands hommes politiques du Canada. Il avait énormément de charisme et il était charmant et passionné, qualités qui l’ont bien servi dans ses fonctions et dans sa vie personnelle. Cette passion se perçoit dans de nombreuses lettres qu’il a écrites à son épouse, Zoé. Mais peut-être pouvons-nous avoir une meilleure idée de son caractère grâce aux lettres qu’il a envoyées à Émilie Lavergne.

Dans cet épisode, nous nous rendons à la Perth and District Union Library, à Perth, en Ontario. Nous y rencontrons M. Roy MacSkimming, auteur du roman historique Laurier in Love, pour avoir des éclaircissements sur ces lettres.

Abonnez-vous à nos émissions de baladodiffusion sur notre fil RSS, iTunes ou Google Play, ou écoutez-les sur notre site Web à Balados – Découvrez Bibliothèque et Archives Canada : votre histoire, votre patrimoine documentaire.

Pour en savoir plus, écrivez-nous à bac.balados-podcasts.lac@canada.ca.

Sir Wilfrid Laurier—175e anniversaire de naissance

Par Michael MacDonald

Il y a cent soixante-quinze ans, le très honorable sir Wilfrid Laurier naissait dans la paroisse de Saint‑Lin, dans le Bas‑Canada (aujourd’hui Saint‑Lin‑Laurentides, au Québec). Wilfrid Laurier est généralement perçu comme l’un des plus grands premiers ministres du Canada et il est celui qui eut le plus long mandat ininterrompu de premier ministre.

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) possède une multitude de documents qui révèlent de nombreuses histoires sur Wilfrid Laurier, bien connu pour son désir de construire un Canada autonome qui inclut les cultures anglaises et françaises, sa volonté de séparer l’Église de l’État, son opposition à la conscription et son appui au Québec, ainsi que pour sa garde-robe soignée et son charisme.

Cinq photographies en noir et blanc de la même personne côte à côte aux âges approximatifs suivants, de gauche à droite : 24, 33, 50, 65 et 70 ans.

Un montage de cinq photographies de Wilfrid Laurier à différents moments de sa vie. (Sources des images de gauche à droite, numéros MIKAN 3218126, 3194714, 3623432, 3218138 et 3628621.)

Il n’est pas nécessaire d’être un universitaire pour avoir accès à ces fascinants documents sur Wilfrid Laurier; il suffit d’utiliser la base de données des documents archivés de BAC pour trouver ces petits trésors, Recherche de fonds d’archives. Une recherche sur « Wilfrid Laurier » donnera plus de 60 870 documents et BAC en ajoute régulièrement d’autres.

Vous pouvez même trouver plus de documents et de renseignements sur les pages Web de BAC comme Premiers parmi ses pairs (ou la version pour les enfants), Fonds des premiers ministres, Maison Laurier, et notre guide thématique sur la guerre de l’Afrique du Sud, pour n’en nommer que quelques-uns. (Pour la liste des ressources générales sur les politiques, veuillez vous reporter à Politique et gouvernement.)

Une capture d’écran d’une page Web montrant les résultats d’une recherche sur « Wilfrid Laurier » à l’aide de la Recherche de fonds d’archives de <abbr title=

Bien qu’il y ait de toute évidence une multitude de documents à mentionner, nous vous présentons ci‑dessous quatre exemples des sujets les moins connus sur Wilfrid Laurier, que vous pouvez trouver sur notre site Web.

Laurier, le militaire

Bon nombre de personnes pensent que Wilfrid Laurier était opposé aux militaires, car il était contre la conscription et le recrutement forcé des forces armées pour les guerres impériales comme la seconde guerre des Boers et la Première Guerre mondiale. Cependant, peu de gens réalisent que Wilfrid Laurier a servi dans la milice, ainsi que son père et son grand-père.

Deux documents manuscrits, côte à côte. Il s’agit, à gauche, de la commission accordée à Carolus Laurier par le très honorable James, comte d’Elgin et de Kincardine, et à droite, de la commission accordée à Charles Laurier par le très honorable George, comte de Dalhousie.

Documents de commission de Carolus Laurier, à gauche, et de Charles Laurier, à droite. (Sources des images de gauche à droite, numéros MIKAN 4929182 et 4929181.)

Charles Laurier, le grand-père de sir Wilfrid Laurier, a été enrôlé à titre de capitaine dans la Division de la milice de Terrebonne, en 1825;  Carolus Laurier, le père de sir Wilfrid Laurier, était capitaine dans le 3e bataillon de Leinster, en 1847; et Wilfrid Laurier lui-même reçut la Médaille du service général du Canada en tant que lieutenant dans l’infanterie d’Arthabaskaville, en 1870, durant les Raids des fenians.

Deux photographies en noir et blanc des deux côtés de la médaille. Sur un des côtés, on voit un drapeau entouré de feuilles d’érable et, sur l’autre côté, on voit une femme portant une couronne.

La Médaille du service général du Canada (MIKAN 3638053)

Wilfrid Laurier, le bâtisseur de nation

Wilfrid Laurier fut le premier premier ministre francophone à mener les libéraux au pouvoir en manifestant son soutien au Québec, sa province natale.

La question des écoles du Manitoba fut un des premiers dossiers qu’eut à traiter Wilfrid Laurier lorsqu’il devint le septième premier ministre du Canada. Wilfrid Laurier rejeta la proposition précédente de ne pas utiliser les fonds publics pour les écoles catholiques et proposa comme compromis d’utiliser les fonds publics là où il y avait suffisamment d’étudiants catholiques pour en justifier l’utilisation. Wilfrid Laurier était tout particulièrement heureux du compromis qu’il avait réussi à trouver, compromis qu’il appelait la voie ensoleillée – une expression qui vous dit peut-être quelque chose, car elle est souvent employée par le très honorable Justin Trudeau et son gouvernement.

C’est le gouvernement de Wilfrid Laurier qui, en 1898, a établi le Yukon en tant que territoire indépendant des Territoires du Nord-Ouest et qui a créé les provinces de l’Alberta et de la Saskatchewan, en 1905. Comme vous pouvez le constater ci-dessous, la carte du Canada de 1906 était très différente de celle de 1897.

Deux cartes du Canada en couleur côte à côte.

À gauche, les divisions territoriales du Canada, aux environs de 1906 (MIKAN 4153332), et, à droite, une carte politique du Canada, aux environs de 1897 (MIKAN 4153334).

Wilfrid Laurier, l’homme au sourire à 1 000 $

Nous sommes tous habitués à voir le portrait de Wilfrid Laurier sur les billets de cinq dollars. Mais saviez-vous qu’il a également figuré sur les billets de mille dollars? Le portrait de Wilfrid Laurier se trouvait sur les billets de mille dollars des premières séries de billets de banque émis par la Banque du Canada en 1935 (voir les images ci-dessous), et une autre fois sur les séries de 1937. En 1954, la Banque du Canada a remplacé le portrait de Wilfrid Laurier par celui de la Reine Elizabeth II sur les billets de sa troisième série. Elle plaça le portrait de Wilfrid Laurier sur les billets de cinq dollars en 1986, et il en est ainsi depuis cette époque. Cela peut ressembler à une « dévaluation », mais le billet de mille dollars a cessé d’être imprimé et a été retiré de la circulation en 2000, alors que le billet de cinq dollars est le billet qui passe le plus entre les mains des Canadiens. Il est également intéressant de noter que, à part la Reine Elizabeth II, Wilfrid Laurier a été le seul à avoir eu l’honneur de voir son portrait sur les billets de mille dollars canadiens.

Deux images du billet de mille dollars côte à côte; dans sa version provisoire, à gauche, le billet est gris et jaune, et le billet définitif, à droite, est blanc et gris.

Une version provisoire du billet de mille dollars, à gauche, et la version définitive, à droite (Banque du Canada).

Les images présentées ci-dessus proviennent du site Web de la Banque du Canada, mais BAC possède d’autres croquis proposés pour le billet de mille dollars, ainsi que les diverses correspondances à ce sujet dans le fonds Wilfrid Laurier, et dans d’autres collections.

Wilfrid Laurier, l’insaisissable

Bien qu’il soit compréhensible qu’il y ait moins de films sur Wilfrid Laurier qu’il y en a sur les autres premiers ministres en raison du fait qu’il a été premier ministre de 1896 à 1911, il est assez surprenant de constater qu’il reste également peu de séquences. Un chercheur de longue date des collections de BAC m’a raconté que, quand il venait faire ses visites régulières dans les années 1980, un ancien archiviste lui avait montré la séquence ci-dessous en lui disant qu’il s’agissait de la seule que BAC possédait sur Wilfrid Laurier. Bien qu’il soit nécessaire d’effectuer des recherches plus approfondies et plus longues pour confirmer le nombre de films, une recherche préliminaire confirme effectivement qu’il en existe très peu.

La prochaine fois que vous regarderez un documentaire sur Wilfrid Laurier, portez une attention particulière à la faible quantité de séquences filmées qui y est présentée et à la façon dont les producteurs ont utilisé les photos. Pour l’instant, nous vous présentons avec plaisir cette très courte vidéo où l’on voit une séquence de Wilfrid Laurier qui dure 6 secondes seulement, suivie de ses funérailles nationales. La production de la Chaîne d’affaires publiques par câble (CPAC) Did You Know? – The History of Wilfrid Laurier (en anglais) contient la même séquence, à la 3e minute et 14 secondes de l’enregistrement.

En plus de la chaîne YouTube de BAC, qui présente un petit échantillon des vidéos de BAC, vous pouvez effectuer des recherches sur d’autres documents audiovisuels à l’aide de notre base de données sur les films, les vidéos et les enregistrements sonores.

Ressources connexes

La voie du compromis : célébrer l’héritage de sir Wilfrid Laurier (exposition)

Sir Wilfrid Laurier – 7e premier ministre du Canada

Fonds Sir Wilfrid Laurier


Michael MacDonald est archiviste à la section des archives politiques de Science, gouvernance et politique, à Bibliothèque et Archives Canada.

Images de la baladodiffusion sur Sir Wilfrid Laurier maintenant sur Flickr

Sir Wilfrid Laurier, septième premier ministre du Canada, a eu le plus long mandat ininterrompu. Il est considéré comme l’un des plus grands hommes politiques du Canada. Il avait énormément de charisme et il était charmant et passionné, qualités qui l’ont bien servi dans ses fonctions et dans sa vie personnelle. Cette passion se perçoit dans de nombreuses lettres qu’il a écrites à son épouse, Zoé. Mais peut-être pouvons-nous avoir une meilleure idée de son caractère grâce aux lettres qu’il a envoyées à Émilie Lavergne.

Numérisation des dossiers du Corps expéditionnaire canadien – Mise à jour novembre 2016

À ce jour, 361 236 des 640 000 dossiers sont accessibles à partir de notre base de données Soldats de la Première Guerre mondiale : 1914‑1918. Veuillez visiter la page sur la Numérisation des dossiers de service du Corps expéditionnaire canadien pour obtenir plus d’information sur ce projet.

Bibliothèque et Archives Canada numérise les dossiers de service systématiquement, de la boîte no 1 à la boîte no 10 686, ce qui correspond à peu près à l’ordre alphabétique. Veuillez noter qu’au fil des années, le contenu de certaines boîtes a dû être déplacé. Ainsi, un nom censé avoir été numérisé se trouve peut‑être maintenant dans une autre boîte qui n’a pas encore été numérisée. À ce jour, nous avons numérisé les dossiers suivants :

  • Dernière boîte numérisée : Boîte no6052. Nom de famille : Mattineau.

Veuillez vérifier la base de données régulièrement pour voir les nouveaux ajouts. Si vous avez encore des questions après avoir consulté la base de données, vous pouvez nous contacter directement au 1‑866‑578‑7777 pour obtenir plus d’aide.

Images des Artistes de guerre Canadien maintenant sur Flickr

Artistes de guerre canadiens réunit les portraits de dix-huit artistes de guerre canadiens de la Deuxième Guerre mondiale. Ces portraits, tirés des collections de Bibliothèque et Archives Canada, sont accompagnés de courtes biographies.

120e anniversaire de naissance d’Harold Anthony Oaks : pionnier de l’aviation canadienne

Par  Laura Brown

Harold Anthony Oaks est l’un des 22 000 Canadiens qui servirent dans l’aviation britannique durant la Première Guerre mondiale. Contrairement à nombre de ses camarades, Oaks survit au conflit. Fort de son expérience comme pilote de guerre, il mène ensuite une brillante carrière de pilote de brousse et d’aviateur, maintes fois récompensé.

Oaks est né à Hespeler (maintenant Cambridge), en Ontario, le 12 novembre 1896. Il est encore étudiant lorsqu’il s’enrôle dans le Corps expéditionnaire canadien (CEC) en octobre 1915. On l’envoie rapidement en France où il agira comme estafette dans le Corps de génie canadien de la 1st Canadian Divisional Signal Company. Durant son séjour outremer, Oaks continue à étudier, profitant de ses permissions pour apprendre le français et l’espagnol. On le surnomme « Doc », peut-être à cause de son côté intellectuel ou parce que son père était médecin; il conserva ce surnom toute sa vie.

Durant l’été 1917, Oaks quitte le CEC pour joindre le Royal Flying Corps. Moins d’un an après, il jouit d’une solide réputation d’habile pilote de chasse et participe à de nombreuses batailles avec le 48e escadron en France. Il est décoré de la Croix du Service distingué dans l’aviation (D.F.C.).

Un portrait en noir et blanc montrant un jeune homme en uniforme. Il est assis, face à l’appareil photo et esquisse un léger sourire.

Harold Anthony Oaks, vers 1918 (MIKAN 3219517)

Après son retour au Canada, Doc Oaks fréquente l’Université de Toronto où il obtient un diplôme en génie minier en 1922. Au cours des années suivantes, il entreprend de nombreux projets centrés sur l’utilisation des avions pour la prospection minière dans le nord du Canada. En 1926, Oaks met sur pied la société Patricia Airways and Exploration Limited avec Tommy Thompson, un autre ancien pilote du Royal Flying Corps. L’objectif de cette petite entreprise à un seul avion était de transporter des personnes, des marchandises et du courrier dans les régions minières isolées du nord de l’Ontario. Après un an d’activité, la société avait transporté 260 passagers, 14 000 livres de fret et 3 000 livres de courrier.

Un timbre-poste jaune, vert et rouge montrant une vue de face d’un avion Curtiss Lark survolant des arbres et de l’eau. Les mots « Patricia Airways and Exploration Limited » apparaissent au-dessus de l’avion et « Special Delivery, Sioux Lookout to Pine Ridge and Red Lake » en dessous. Le timbre est orné d’une bordure lignée avec une feuille d’érable à chaque coin, accompagnée du mot « Canada ». Les mots « Airmail » et « Red Lake » sont inscrits sur les quatre côtés du timbre.

Timbre-poste, Patricia Airways and Exploration Limited, 1926 (MIKAN 3854727)

Le succès de cette première entreprise de transport par avion encourage Oaks à élargir son champ d’intervention. C’est ainsi qu’il devient gestionnaire de la société Western Canada Airways et participe à l’établissement de nouvelles routes aériennes dans le nord de l’Ontario, du Manitoba et de la Saskatchewan. Il dirige aussi plusieurs projets d’ingénierie qui révolutionnent le vol en hiver, notamment la mise au point de skis spécialement conçus pour les avions et d’un hangar portatif permettant aux équipages d’effectuer des travaux sur les avions, même sous des températures glaciales.

Une photographie en noir et blanc montrant un hydravion au bord d’un lac. Deux hommes se tiennent debout sur les flotteurs près de l’hélice et un troisième se tient à droite, sur la rive. Une quatrième personne, visible en partie, regarde l’avion.

Harold Anthony Oaks et ses associés devant un Fairchild KR-34C de la société Oaks Airways, Jellicoe (Ontario), 1934 (MIKAN 3390361)

En 1927, Oaks devient le premier récipiendaire du trophée Trans-Canada pour « services méritoires dans l’avancement de l’aviation ». Au fil des ans, il se lance dans de nouveaux projets, dont la création de sa propre compagnie aérienne, Oaks Airways Limited. Il s’éteint en 1968 à l’âge de 71 ans.

La brillante carrière d’aviateur d’Harold Anthony Oaks découle de son expérience de pilote durant la Première Guerre mondiale. Mais en janvier 1917, bien avant qu’il ne devienne un pilote renommé, Oaks se battait sur le front de l’Ouest, comme des milliers d’autres soldats, dans l’humidité, le froid et la boue. À l’époque, il écrit dans son journal qu’il a très hâte de « revoir un peu de vrai hiver canadien ». Après la guerre, Oaks passa des centaines d’heures à survoler des paysages canadiens enneigés. De toute évidence, son rêve s’est réalisé.

Sources associées


Laura Brown est archiviste, spécialiste des archives militaires, à la Division des archives gouvernementales de Bibliothèque et Archives Canada.

La Haggadah d’Altona : conservation et réparation de la reliure d’un manuscrit enluminé du 18e siècle

Par Doris St-Jacques, Lynn Curry et Maria Trojan-Bedynski

Le manuscrit de la Haggadah datant de 1763 fait partie de la collection de documents hébraïques et judaïques Jacob M. Lowy conservée à Bibliothèque et Archives Canada (BAC). L’ouvrage a été réalisé à Altona, en Allemagne. À l’époque, cette ville portuaire était l’une des plus importantes de la monarchie danoise et était reconnue comme un centre important de la vie et des études de tradition juive. On pourrait décrire le manuscrit comme une forme raffinée d’art populaire et un important document social témoignant des célébrations de la Pâque dans les familles de Juifs ashkénazes de classe moyenne. La Haggadah renferme 97 miniatures enluminées; on en faisait la lecture durant le repas du séder, à la Pâque juive.

L’Institut canadien de conservation (ICC) a analysé les 48 pages du bloc de feuilles fabriquées à la main et découvert que le texte manuscrit a été écrit à l’aide d’encre ferro-gallique. De plus, les pigments utilisés dans les peintures miniatures sont principalement le vermillon (rouge), le bleu de Prusse et l’atacamite, ou vert-de-gris (un pigment vert à base de cuivre). Une peinture jaune à effet de glaçage a aussi été détectée, et on a découvert que les couleurs de ton or contenaient des paillettes de laiton.

Le papier, les encres et de nombreuses surfaces peintes étaient dans un état fragile à cause de la corrosion des encres ferro-galliques et des pigments à base de cuivre. Il y a aussi de grosses taches brunes sur plusieurs pages attribuables à des éclaboussures de vin rouge, probablement durant le repas du séder.

En plan rapproché, deux images en couleurs de pages du manuscrit. À gauche, un texte hébreu, dont les lettres rédigées à l’encre sont parsemées de fissures et, à droite, des peintures miniatures colorées de rouge et de vert.

Deux exemples de fissures et de lacunes apparaissant sur le manuscrit, elles ont été causées par la nature corrosive des encres ferro-galliques et des pigments à base de cuivre.

Il y a plus de 20 ans, on a enlevé les couvertures de la Haggadah afin de désacidifier le bloc-texte et de réparer les fissures et les déchirures. Un récent examen du manuscrit a révélé de nouvelles fissures et lacunes dans le papier, les encres et les pigments (les médias). Manifestement, la désacidification précédente n’avait pas arrêté la détérioration du papier. Les dégâts causés par la corrosion des médias à base de cuivre sont un problème dans les collections archivistiques du monde entier. BAC et l’ICC ont donc entrepris un projet de recherche mixte visant à faire l’essai d’antioxydants connus pour trouver un traitement qui permettrait d’éviter que les médias de la Haggadah continuent de se corroder. En raison de la sensibilité à l’eau des médias constituant la Haggadah, seuls des antioxydants à base de solvants ont été retenus aux fins du projet de recherche.

Des encres et des pigments préparés en laboratoire et similaires à ceux utilisés dans la Haggadah — de l’encre ferro-gallique, de l’encre contenant du fer et du cuivre, de l’atacamite et des pigments vert-de-gris — ont été appliqués sur des bandes de papier. Artificiellement, on a fait vieillir les échantillons afin d’imiter le papier et les médias anciens de la Haggadah. Les échantillons vieillis ont ensuite été traités avec l’une des six combinaisons utilisées dans le cadre de l’étude, puis on leur a fait subir un autre vieillissement thermique dans le but de vérifier l’efficacité des divers traitements après de nombreuses années. Parmi les tests effectués sur les échantillons, mentionnons l’analyse de couleurs, la détermination du pH et l’essai de résistance du papier qui ont été menés avant et après les traitements et le vieillissement.

Photographie en couleur du matériel de laboratoire : quatre contenants de verre transparent placés côte à côte et renfermant chacun une feuille de papier et, en arrière-plan, des bouteilles de produits chimiques.

Des échantillons d’encre et de pigments déposés dans des bacs en verre sont traités avec des antioxydants à base de solvants.

Nous validerons les résultats du projet en les comparant à d’autres études avant de retenir un traitement aux antioxydants pour la Haggadah. Entre-temps, les fissures et les lacunes dans le papier ont été stabilisées mécaniquement au moyen d’un papier transparent ultra-mince que l’on détrempe dans du solvant, appelé « tissu Berlin », lequel avait préalablement été enduit de gélatine. La gélatine est reconnue pour empêcher la progression des ions de fer corrosifs dans le papier accolé.

Des images juxtaposées en plan rapproché d’une vieille réparation opaque et d’une nouvelle réparation transparente, la dernière permettant de lire facilement le texte sous-jacent.

À gauche, en plan rapproché, une ancienne réparation qui a obscurci le texte sous-jacent. À droite, une nouvelle réparation avec du tissu Berlin ultra-mince, qui permet de lire facilement le texte.

Afin d’éviter le transfert des encres, des pigments ou des produits corrosifs sur la page adjacente, il a fallu utiliser des intercalaires. Bien que nous n’ayons pas appliqué directement un antioxydant sur la Haggadah, nous avons décidé d’améliorer indirectement les propriétés du manuscrit contre le vieillissement en imprégnant les feuillets intercalaires d’un tamponnage alcalin et d’un antioxydant.

Pour diverses raisons, il n’a pas été possible de réutiliser la couverture originale endommagée de la reliure. Nous avons plutôt fait des recherches sur la composition des reliures et avons fabriqué et mis à l’essai de nombreux échantillons. Nous avons conclu qu’une reliure de carton avec couture répondait aux besoins de la Haggadah. La reliure s’ouvre à plat, sans résistance, et elle fournit un soutien optimal durant la manipulation. L’utilisation de cartons souples et de très peu d’adhésif permet à la reliure de bien s’adapter au tissu intercalé et de demeurer stable du point de vue dimensionnel. De plus, grâce à cette technique réversible, il sera possible de soumettre la Haggadah, à l’avenir, à d’autres traitements. La reliure de carton avec couture est aussi mentionnée dans la documentation et figure parmi les techniques de reliure favorisant la conservation des volumes fabriqués entre le 17e et le 19e siècle, il s’agissait donc d’une technique appropriée pour la Haggadah.

À gauche, en plan rapproché, une main tenant la page d’un livre et une aiguille qui transperce la page. À droite, en plan rapproché, la tranche inférieure du livre qui est déposé, ouvert sur une table.

À gauche, une restauratrice coud l’intercalaire au bloc de feuillets composés. À droite, la reliure de carton avec couture est ouverte afin de montrer que le manuscrit peut être consulté sans résistance.

Dans le but d’assurer l’uniformité des éléments ayant servi à fabriquer les couvertures de la précédente reliure, on a décoré les nouvelles couvertures de cuir avec de la dorure à froid, une méthode consistant à imprimer un texte ou un dessin sur la couverture d’un livre sans employer de couleurs ni de feuilles d’or. On a gaufré à froid cinq petits fleurons sur le dos afin d’illustrer, visuellement, la nature du livre, qui s’ouvre de gauche à droite.

Doté de sa nouvelle reliure, le manuscrit de la Haggadah, ainsi que les couvertures originales, est actuellement entreposé dans une coquille fabriquée sur mesure qui offre un milieu contrôlé à une température de 18 °C et à un taux d’humidité relative de 40 %. L’état du manuscrit est nettement mieux, et on peut dorénavant le manipuler en toute sécurité en attendant un prochain traitement aux antioxydants.

Pour plus de renseignements historiques, lisez le blogue précédent, « Un trésor de la collection Lowy : le splendide manuscrit de la Haggadah d’Altona ».

Liens vers des articles liés à la conservation de la Haggadah d’Altona datant de 1763

TSE, Season, Maria Trojan-Bedynski et Doris St-Jacques. « Treatment Considerations for the Haggadah Prayer Book: Evaluation of Two Antioxidants for Treatment of Copper-Containing Inks and Colorants ». The Book and Paper Group Annual (en ligne), American Institute for Conservation, vol. 31, 2012, p. 87 à 97.

ST-JACQUES, Doris, Maria Bedynski, Lynn Curry, Season Tse. « A 1763 Illuminated Haggadah Manuscript: How Ineffective Past Treatments Resulted in an Antioxidant Research Project, Impacting Current Treatment Decisions ». Paper Conservation: Decisions and Compromises (en ligne), Vienne, du 17 au 19 avril 2013, p. 17 à 20.

BEDYNSKI, Maria, Doris St-Jacques, Lynn Curry, Season Tse. « The Altonah Haggadah: The History, Conservation and Rebinding of an Eighteenth-Century Illuminated Manuscript ». Care and Conservation of Manuscripts 14: Proceedings of the thirteenth international seminar held at the University of Copenhagen, du 17 au 19 octobre 2012, Museum Tusculanum Press, éd. par M.J. Driscoll, p. 157 à 176.

« Recherche conjointe sur les antioxydants et incidence sur les décisions de traitement de la Haggadah d’Altona datant de 1763 ». Revue annuelle 2012–2013 (en ligne), Institut canadien de conservation, p. 6 et 7.


Doris St-Jacques est restauratrice de papier à la Direction générale de la préservation à Bibliothèque et Archives Canada.

Lynn Curry est restauratrice de livres à la Direction générale de la préservation à Bibliothèque et Archives Canada.

Maria Trojan-Bedynski est restauratrice de papier à la Direction générale de la préservation à Bibliothèque et Archives Canada