Traités passés et actuels avec les peuples autochtones

Par Elizabeth Kawenaa Montour

Des traités entre les peuples autochtones et les colons ont été conclus durant la période des premiers contacts et continuent d’être négociés de nos jours. Le paragraphe 35(1) de la Loi constitutionnelle de 1982 reconnaît et confirme les droits existants — ancestraux ou issus de traités — des peuples autochtones au Canada. Les collections de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) comprennent des traités autochtones antérieurs et postérieurs à la Confédération et des documents liés aux traités. Notre site Web présente un éventail de ce contenu afin que le public en ait une meilleure connaissance et puisse y avoir accès. Les traités modernes se trouvent dans le sous-fonds du Programme des affaires indiennes et inuit. BAC conserve bon nombre de traités, mais ne les possède pas tous. Notre catalogue contient des descriptions des traités modernes, mais certains ne sont pas encore accessibles au public. Bon nombre des premiers traités et accords conclus dans les régions de l’Ouest et des Maritimes sont archivés dans d’autres institutions.

Illustration en grisaille d’un coteau où sont plantés une tente et des drapeaux, de soldats à cheval, de gens d’une Première Nation, de nombreux tipis s’élevant dans une vallée et d’un chariot. L’image est encadrée par des arbres au premier plan et des nuages en arrière-plan. Les mots « Canadian Illustrated News » [Nouvelles illustrées du Canada] et « December 16, 1876 » [16 décembre 1876] apparaissent sur le côté de l’image.

Traité avec les Sakâwiyiniwak (Cris des bois) de Saskatchewan à Fort Carlton (Traité nᵒ 6 de l’Ouest) (e002140161)

Le mot « traité » semble appartenir à un langage diplomatique désuet. En fait, les traités sont des accords, reconnus par la Constitution, entre la Couronne et les peuples autochtones. On continue de nos jours à négocier et à signer de tels accords. Les traités documentent la façon dont le Canada s’est développé dans sa forme actuelle. L’évolution historique des traités est très complexe, et chacun est unique. Idéalement, l’intention et la portée d’un traité devraient reposer sur une compréhension claire et commune des intérêts et des résultats pour les parties prenantes. En réalité, les premiers traités étaient des ententes entre deux parties de cultures fort différentes, ce qui a eu une incidence sur la compréhension et les résultats. Bon nombre de ces types de documents ont été néfastes pour les peuples autochtones, entraînant l’érosion de leur culture et la perte de leurs assises territoriales.

Une page manuscrite qui comprend le lieu, la date, les parties, les signataires et une partie du texte du Traité nᵒ 5 de l’Ouest.

Traité nᵒ 5 de l’Ouest – Traité et traités supplémentaires avec les Premières Nations à la rivière Berens, à Norway House, à Grand Rapids et à Wapang – IT 285 (e002995143)

Photo en noir et blanc d’un obélisque avec un chariot sur roues à proximité.

Monument du traité des Premières Nations à Fort Qu’Appelle, Saskatchewan (Traité nᵒ 4 de l’Ouest) (a019282)

Les traités d’avant la Confédération, depuis les contacts jusqu’à 1867

Les traités conclus avant la Confédération impliquaient divers acteurs politiques changeants. Les colons concernés pouvaient être d’origine néerlandaise, française, britannique ou autre; les terres étaient classées sous des noms comme la Nouvelle-France, l’Amérique du Nord britannique, la Terre de Rupert, le Haut-Canada, le Bas-Canada, l’Ouest canadien (l’Ontario), le Canada de l’Est (le Québec) et l’Amérique coloniale (les Treize colonies). Les premiers traités de l’Est étaient des traités « de paix et d’amitié », qui visaient à prévenir les conflits. Certains définissaient des protocoles ayant trait aux traditions orales, aux objets symboliques et à des coutumes comme l’utilisation de pipes, de tabac et de ceintures wampum. Ils ont permis de transmettre et de souligner l’importance d’un message commun. À partir de 1818, des paiements annuels en vertu de traités ont été effectués aux Premières Nations qui avaient signé des traités. Cette pratique se poursuit, et certains versements sont encore faits de nos jours à celles qui y sont admissibles.

Les traités d’après la Confédération, de 1867 à 1975

Les traités numérotés de l’Ouest, de 1 à 11, couvraient des régions allant de la pointe sud de la baie James vers l’ouest jusqu’aux montagnes Rocheuses, de la frontière des États-Unis vers le nord jusqu’à la mer de Beaufort. Ils ne doivent pas être confondus avec les cessions de terres du Haut-Canada, qui sont elles aussi numérotées. Les plaines de l’Ouest ont pour la plupart été cédées au gouvernement canadien au moyen de traités, ce qui était important parce que la Proclamation royale de 1763 stipulait que les colons ne pouvaient s’établir sur des terres à moins qu’elles n’aient été cédées à la Couronne par les Premières Nations. En 1871, la Colombie‑Britannique est entrée dans la Confédération avec la promesse qu’un chemin de fer transcontinental serait construit dans les 10 années suivantes. Le Manitoba a été créé à partir de la Terre de Rupert en 1870, suivi de l’Alberta et de la Saskatchewan en 1905.

Une photographie en noir et blanc où des hommes des Premières Nations et des représentants du gouvernement posent devant des documents du traité, avec un drapeau en arrière-plan.

Signature du traité à Windigo (Ontario) le 18 juillet 1930 (Traité nᵒ 9 de l’Ouest) (C068920)

Photographie en noir et blanc d’une rangée de danseurs des Premières Nations, avec un bâtiment et des tentes en arrière-plan.

1937 : « 6 h du matin et la danse du traité continue de plus belle » à Fort Rae, dans les Territoires du Nord-Ouest; Tlichos (Flancs-de-chien) de la collectivité de Behchoko (anciennement Rae-Edzo) (a073741)

Photographie aérienne en noir et blanc d’une rive avec des routes étroites, des tentes et des gens qui marchent. À droite, il y a des arbres et un bâtiment qui ressemble à une grange.

Des Maskêkowiyiniwak (Cris Moskégons) campent sur les rives de Moose Factory (Ontario) en 1935 pour recevoir les paiements du Traité no 9 (a094977)

Les traités modernes, de 1975 à aujourd’hui

La Convention de la Baie James et du Nord québécois (1975) est une entente historique, la première d’importance conclue entre la Couronne et les peuples autochtones au Canada depuis les traités numérotés. Elle a été modifiée en 1978 par les Naskapis, qui ont adhéré à l’entente dans le cadre de la Convention du Nord-Est québécois. D’autres accords ont suivi, notamment l’Accord sur les revendications territoriales du Nunavut (1993), l’Accord définitif nisga’a (2000), l’Accord sur les revendications territoriales des Inuit du Labrador – Nunatsiavut (2005) et des Inuit du Nunavik – Nord du Québec (2006), l’Accord sur les revendications territoriales concernant la région marine d’Eeyou (2010), l’Entente Tshash Petapen [ou « Nouveau jour »] avec les Innus du Labrador (2011) et plus encore.

Loi de 2016 sur la Semaine de reconnaissance des traités (Ontario)

Une page manuscrite à l’encre noire avec lettrine et bordures en rouge, titrée « Indian Treaty » (Traité avec les Indiens), qui comprend la date, les parties prenantes et les signataires.

Le Traité Williams no 2, conclu avec les chefs et dirigeants mississaugas d’Alderville et des lacs Rice, Mud et Scugog – IT 488 (e011185581)

La Loi de 2016 sur la Semaine de reconnaissance des traités a été adoptée récemment par le gouvernement de l’Ontario. À l’occasion de la Semaine de reconnaissance des traités de 2018, BAC a présenté, à l’Université d’Ottawa, le manuscrit du traité Williams original de 1923, le dernier traité historique de cession de terres au Canada.

Le règlement des revendications territoriales de Lubicon (Sakâwiyiniwak) (2018)

Un règlement de revendication territoriale a été conclu avec les Sakâwiyiniwak (Cris des bois) du lac Lubicon dans le nord de l’Alberta en 2018. Exclus par inadvertance du Traité no 8 en 1899, ils ont demandé pendant des décennies aux gouvernements fédéral et provincial de leur attribuer une réserve. Dans les années 1980, l’exploration pétrolière et le forage de puits sur leur territoire traditionnel ont donné à leurs revendications un caractère d’urgence. Ils ont capté l’attention du public en 1988, à la veille de la tenue des Jeux olympiques d’hiver à Calgary (Alberta), en boycottant une exposition historique sur l’art et la culture autochtones, « The Spirit Sings » [Quand chante l’esprit] – laquelle, ironiquement, s’intitulait à l’origine « Forget Not My Land » [N’oublie pas notre terre].


Elizabeth Kawenaa Montour est archiviste de projet à la Division des expositions et du contenu en ligne de la Direction des services au public de Bibliothèque et Archives Canada. 

De l’assimilation à la négociation : documents numérisés de la Commission des revendications des Indiens (années 1970)

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.

Par Marko Davidovic

La création de la Commission des revendications des Indiens, dans les années 1970, a l’effet d’un coup de tonnerre. Pourtant, elle est annoncée dans une simple note de bas de page du Livre blanc de 1969 rédigé par l’administration de Pierre Elliott Trudeau (intitulé La politique indienne du gouvernement du Canada). Ce document d’assimilation explosif décrit l’intention du gouvernement d’abolir le statut d’Indien, la Loi sur les Indiens et les réserves.

Sa publication soulève un tollé et mobilise la résistance d’un océan à l’autre. Soudainement, toutes les communautés des Premières nations au Canada, sans exception, font face à une menace concrète. Leur assimilation dans le système politique canadien est annoncée : il n’y aura plus de traitement spécial, ni de ministère des Indiens, ni de « problèmes de l’Indien ».

Les vagues soulevées par les organismes panautochtones se transforment en raz de marée qui balaye le Livre blanc sur son passage (la politique est retirée, non sans embarras, en 1970). Le mouvement ne s’arrête pas là, et les Inuits et les Métis unissent leurs voix à celles des Premières Nations.

Les événements de cette période ont encore des conséquences aujourd’hui. Par exemple, l’affaire Calder mène à la reconnaissance du titre foncier autochtone, et on assiste à la création d’organismes autochtones provinciaux et nationaux, dont les ancêtres de l’Assemblée des Premières Nations, de l’Inuit Tapiriit Kanatami et du Ralliement national des Métis. Ces années sont marquées par des mouvements de résistance, voire des conflits ouverts, découlant de l’opposition toujours croissante contre les politiques et les mesures gouvernementales.

Une note de service tapuscrite, datée du 12 mars 1973, rédigée par Andrew Rickard, président du Grand conseil du traité no 9, au nom de son peuple. L’auteur dévoile ses intentions et ses attentes relatives à une collaboration avec tous les ordres de gouvernement.

Une note de service d’Andrew Rickard, président du Grand conseil du traité no 9 (de nos jours la Nation nishnawbe-aski), datée du 12 mars 1973. Bibliothèque et Archives Canada, page 3 (e011267219)

Ironiquement, la Commission des revendications des Indiens, une simple procédure inscrite dans une note de bas de page pour régler des détails et mettre fin aux revendications des Autochtones, est possiblement le legs le plus important de la politique de 1969. Des sources primaires récemment numérisées décrivent la période tumultueuse des années 1970 et l’étonnant succès de la Commission. Celle-ci s’adapte au contexte politique et assume un rôle de médiateur entre l’État et les communautés autochtones, préparant ainsi le terrain pour les processus de revendication modernes au Canada.

La collection

La Commission est essentiellement le travail d’un seul homme.

Une page de texte tapuscrit avec une photo de Lloyd I. Barber en haut au centre. C’est un homme d’âge moyen avec les cheveux coupés en brosse, portant un complet-cravate et parlant au téléphone.

Notice biographique et photo de Lloyd I. Barber pour un discours prononcé lors d’une conférence. Bibliothèque et Archives Canada, page 77 (e011267331)

Le chercheur Lloyd I. Barber est né à Regina et vit à Saskatoon. Quand il prend ses fonctions de commissaire des revendications des Indiens, son mandat a déjà changé. Plutôt que de traiter et conclure des revendications, il étudie des histoires, évalue des griefs et établit des relations. Il écrit constamment à Ottawa ainsi qu’aux chefs autochtones les plus éminents.

Dans bon nombre de ses lettres, il montre qu’une partie importante de son travail consiste à limiter les dégâts. Sa relative indépendance face à Ottawa lui offre une marge de manœuvre pour faire entendre les demandes de justice et d’équité formulées par les communautés autochtones, un rôle qu’il assume sans hésiter.

Lettre tapuscrite datée du 22 novembre 1974 envoyée par le commissaire des revendications des Indiens, Lloyd I. Barber, au sous-ministre des Affaires indiennes et du Nord canadien, Judd Buchanan. L’auteur demande au gouvernement fédéral de défendre les droits autochtones issus de traités contre les violations provinciales.

Lettre du commissaire Lloyd I. Barber à Judd Buchanan, sous-ministre des Affaires indiennes et du Nord canadien, portant sur les droits de chasse, de pêche et de trappe des Premières Nations des Prairies. Bibliothèque et Archives Canada, page 35 (e011267232)

Barber, un professeur de commerce expérimenté, adopte dans toutes ses lettres un ton patient, calme, rassurant et souvent contrit. Il incarne la sensibilité et la sympathie, prenant soin d’utiliser un langage simple qui se démarque de celui des bureaucrates et des fonctionnaires. Sa personnalité ressort de tous les documents du fonds; elle est intimement liée aux réussites de la Commission.

Une coupure de journal du Native Press, datée du 18 novembre 1974, portant sur un discours prononcé par Lloyd Barber à Yellowknife. La démarche d’assimilation du gouvernement envers les Autochtones y est décrite comme insuffisante et dangereuse.

Coupure de journal du Native Press datée du 18 novembre 1974, portant sur un discours prononcé par Lloyd Barber à Yellowknife. Bibliothèque et Archives Canada, page 59 (e011267332)

La réussite de la Commission repose sur les dialogues établis par Barber. À cet égard, les documents de recherche et de référence sont révélateurs. La Commission a recueilli de nombreux documents classés par province, par bande et par revendication : des sources historiques remontant jusqu’au début du 19e siècle, des transcriptions de débats parlementaires et d’innombrables coupures de journaux, provenant souvent de quotidiens autochtones locaux.

Ces coupures offrent un aperçu des enjeux qui entourent les relations houleuses entre les Autochtones et les non-Autochtones dans les années 1970. Elles reflètent également une autre fonction de la Commission : celle-ci ne se contente pas d’évaluer les politiques et la logistique liées aux revendications territoriales; elle examine aussi la perception de ces enjeux au sein du public, en particulier dans les communautés autochtones. Les articles publiés dans les médias montrent dans quel contexte s’inscrivent les recommandations générales de la Commission et ses interventions concrètes dans le cadre de certains griefs.

Un exemple de coupure de journal recueillie par le commissaire Barber dans des médias locaux.

Coupure de journal portant sur la Déclaration des Dénés de 1975. Bibliothèque et Archives Canada, page 21 (e011267159)

En 1977, la Commission des revendications des Indiens dépose un rapport percutant résumant ses constatations et ses recommandations. Elle est ensuite remplacée par la Commission des droits des Indiens du Canada, qui poursuit le travail de Barber et renforce les relations établies.

La Commission Barber, entourée de conflits et de contradictions, parvient non seulement à gérer la situation précaire entre le gouvernement et les communautés autochtones, mais aussi à transformer les protestations des années 1970 en occasions de dialogue et de négociation. Elle demeure un facteur déterminant dans cette période cruciale des relations entre l’État et les Autochtones.

Ce blogue fait partie d’une série portant sur les Initiatives du patrimoine documentaire autochtone. Apprenez-en plus sur la façon dont Bibliothèque et Archives Canada (BAC) améliore l’accès aux collections en lien avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Voyez aussi comment BAC appuie les communautés en matière de préservation d’enregistrements de langue autochtone.


Marko Davidovic est adjoint aux archives pour l’initiative de numérisation du patrimoine autochtone Nous sommes là : Voici nos histoires au sein de la Direction générale des services au public à Bibliothèque et Archives Canada.

Les couvertures dans les traditions des Premières Nations

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.

Par Elizabeth Kawenaa Montour

Pour les Premières Nations, les couvertures sont des symboles riches de sens et de traditions liés à la culture, à la naissance, à la vie et à la mort. Elles sont le signe de croyances et de luttes pour la survie qui transcendent le temps et l’espace. Elles ont aussi un côté sombre, car elles sont parfois utilisées pour décimer les populations des Premières Nations. Ainsi, le chef de l’armée britannique sir Jeffrey Amherst suggère en 1763 d’introduire la variole chez les Premières Nations ennemies en leur remettant des couvertures infectées.

Avant l’arrivée des matériaux tissés et industriels, les Premières Nations fabriquent les couvertures à l’aide de ressources naturelles. Les peaux de plusieurs animaux, surtout ceux de grande taille comme le cerf, le wapiti, l’ours, le caribou, le phoque, l’orignal et le bison, servent de couvertures. Il faut plusieurs jours et beaucoup de travail pour chasser les animaux, préparer leur peau et la tanner. La fourrure de l’animal peut être récupérée selon l’usage que l’on veut faire de sa peau. La peau tannée peut également être décorée si on dispose des matériaux nécessaires.

Une aquarelle sur crayon représentant deux hommes des Premières Nations en costume d’apparat qui se tiennent debout devant une rivière et un canot monté sur la rive.

Deux chefs Anishinaabek (Odawa) faisant partie d’un groupe venu de Michillimackinac, au lac Huron, pour discuter avec leur Grand Père le roi ou son représentant, vers 1813-1820. (c114384k)

On applique parfois de la résine de pin ou d’épinette sur la couche externe de la peau pour la rendre plus étanche à l’eau. Cette couverture est idéale pour recouvrir les habitations, comme les bâtiments en appentis et les tipis.

Lavis gris d’aquarelle sur crayon représentant un homme des Premières Nations, assis sur un billot, près d’un tipi muni d’une couverture placée au-dessus de l’ouverture. Il y a aussi un foyer et une bouilloire, ainsi qu’un canot accosté sur la rive d’une rivière.

Île Sugar, au nord de la baie Georgienne. Date inconnue. (e000996344)

Les Premières Nations ont mis au point leurs propres techniques de tissage; ils utilisent de l’écorce d’arbres ou des parties de plantes fibreuses, comme les quenouilles. Il faut au moins un an pour fabriquer une couverture chilkat de la côte Nord-Ouest, une importante couverture de cérémonie et de danse faite de poils de chèvre mélangés à de l’écorce de cèdre.

Photographie en noir et blanc d’une femme, drapée d’une couverture d’écorce, dont on ne voit que le visage.

Femme Nuu-chah-nult (Nootka) portant une couverture en écorce de cèdre, 1916 (a039478)

À l’arrivée des colons européens, les peuples des Premières Nations adaptent rapidement les nouveaux biens obtenus à leur mode de vie. Les artistes qui participent aux expéditions dans l’Ouest et le Nord consignent dans leurs dessins les nombreuses utilisations des couvertures. Certains membres des Premières Nations s’en servent comme manteau ou comme châle. Les capotes à capuchon sont fabriquées à partir de couvertures de troc dont on coud des pièces en forme de bloc à l’aide de tendons.

Photographie en noir et blanc d’un homme portant un manteau de la Baie d’Hudson.

Le chef cri Pi-a-pot, vers 1885. (c003863)

Les couvertures de troc les plus réputées sont celles de la Compagnie de la Baie d’Hudson, fournies et échangées pour la première fois en 1779. Les premières photos de rassemblements des Premières Nations sur la côte du Nord-Ouest montrent des couvertures de troc empilées pour symboliser la prospérité.

Lithographie en couleur représentant un homme des Premières Nations vêtu d’une capote et d’une couverture, trois femmes et un chien en hiver.

Homme, femmes et bébé des Premières Nations au Bas-Canada, 1848. (c041043k)

Les couvertures à boutons sont faites de couvertures de laine de qualité provenant de manufactures britanniques. Elles sont habituellement de couleur foncée et décorées d’écussons rouges qui ont un sens symbolique. Des lignes de boutons faits de nacre ou de coquille d’ormier encadrent les dessins. Les familles et les communautés utilisent ces couvertures pour les cérémonies et les danses.

Photographie en noir et blanc d’un homme des Premières Nations enveloppé dans une couverture à boutons et portant une parure de tête.

Couverture à boutons haïda portée par Tom Price, vers 1910. (a060009)

Photographie en noir et blanc d’une femme des Premières Nations à cheval devant un tipi.

Femme d’une Première Nation des Plaines à cheval, vers 1920-1930. (a041367)

Les membres des Premières Nations continuent d’utiliser des couvertures dans leurs pratiques traditionnelles et de leur accorder beaucoup de valeur. Par exemple, selon les croyances, vos ancêtres sont avec vous lorsque vous vous enveloppez dans une courtepointe en étoile conçue par les peuples dakota, lakota ou nakota. Des couvertures sont offertes en cadeau lors de mariages et à la naissance d’un enfant, ou pour récompenser les aînés et les personnes qui participent à des projets louables.

Certaines couvertures utilisées pour les pow-wow sont transformées en châles par l’ajout d’appliqués et de rubans de satin. L’utilisation des couvertures chez les peuples des Premières Nations revêt plusieurs dimensions façonnées par leurs expériences, et cette pratique pourra être transmise aux générations futures.

Découvrez d’autres images de couvertures dans la collection de photos et d’œuvres d’art de Bibliothèque et Archives Canada.

Ce blogue fait partie d’une série portant sur les Initiatives du patrimoine documentaire autochtone. Apprenez-en plus sur la façon dont Bibliothèque et Archives Canada (BAC) améliore l’accès aux collections en lien avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Voyez aussi comment BAC appuie les communautés en matière de préservation d’enregistrements de langue autochtone.


Elizabeth Kawenaa Montour est archiviste de projet à la Division des expositions et du contenu en ligne de Bibliothèque et Archives Canada.

Documents du ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien : dossiers de succession

Par Rebecca Murray

Lorsqu’on fait des recherches généalogiques sur les Premières Nations, les dossiers de succession peuvent être une source d’information précieuse. Ces dossiers sont détenus par Bibliothèque et Archives Canada (BAC) dans le fonds du ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien (MAINC), ou RG10.

Qu’est-ce qu’un dossier de succession?

Le ministère, connu aujourd’hui sous les appellations Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord Canada et Services aux Autochtones Canada, continue d’administrer « les successions des Indiens décédés » en vertu de la Loi sur les Indiens. Les dossiers de succession ont un contenu varié. Les formulaires qui s’y trouvent fournissent de précieux renseignements démographiques sur la personne décédée, des inventaires de propriétés foncières et de biens personnels, des sommaires de dettes et d’autres renseignements importants sur les héritiers et les proches parents.

Ces dossiers contiennent de l’information qui peut être très utile aux recherches généalogiques. Avant d’entamer vos recherches, consignez les renseignements que vous avez déjà dans un tableau généalogique ou une fiche de famille; ces formulaires se trouvent sur notre site Web. Vous pouvez inscrire dans les cases vides les renseignements trouvés dans les dossiers de succession.

Comment puis-je reconnaître les dossiers de succession détenus par BAC?

Le titre du fichier au nom de la personne décédée indique les dossiers de succession que détient BAC. Voici quelques exemples de références complètes de dossiers de succession dans nos fonds :

RG10, 1996-97/816, boîte 91, dossier « Estate of Clifford Leonard – Kamloops », 1928-1948.

RG10, volume 11266, dossier 37-2-8, « ESTATE NELSON, JOB », 1928-1929.

2017-00390-5, boîte 4, dossier 411/37-2-179-48, partie 1, « Estates – P. Meneweking – Spanish River », 1946-1967.

Ces exemples montrent les différents formats de titres que peuvent porter les dossiers de succession. Il est possible de faire des recherches par nom de famille, avec ou sans le prénom. Il arrive que le nom de la bande soit indiqué.

L’ancien MAINC a utilisé divers systèmes de classification des dossiers au fil des années. Les numéros suivants indiquent qu’un dossier a été classé comme dossier de succession :

Système numérique duplex modifié (des années 1950 aux années 1980) : 37-2
Série « Thousand » : 16000
Système numérique par blocs : E5090

À part les classifications de dossiers, ce type de recherche est l’un des rares cas où la recherche à partir du nom d’une personne est la meilleure façon de trouver un dossier pertinent. Il est préférable de commencer vos recherches dans notre base de données d’archives, Recherche dans la collection(bêta). Si vous n’arrivez pas à trouver de dossier pour une personne décrite dans notre base de données, ne vous inquiétez pas, car bien des dossiers n’y sont pas décrits individuellement.

Pour trouver ces dossiers, essayez de rechercher avec le mot-clé « estate » ou « succession » ET le nom de la bande ou de la réserve de la personne décédée. Par exemple, faites une recherche par mots-clés avec « estate » ET « Sudbury » dans deux champs distincts. La longue liste de résultats peut être filtrée par niveau hiérarchique à l’aide du menu de gauche; dans ce cas, sélectionnez « Acquisition ».

Un des résultats, 2017-00390-5 « Estate Files of the Sudbury District Office », 1900-1983, est un exemple d’un ensemble de 18 boîtes de dossiers contenant presque exclusivement des dossiers de succession, sans descriptions des dossiers individuels. Dans un tel cas, consultez l’instrument de recherche pour savoir comment accéder à la liste de dossiers. Ici, l’instrument de recherche (ou la liste de dossiers) n’est pas lié à la description, mais il peut être consulté en personne au 395, rue Wellington, à Ottawa. Vous pouvez aussi nous écrire pour nous demander de vérifier si un nom en particulier s’y trouve. En faisant cette étape supplémentaire après la recherche par mots-clés du nom de la personne décédée, et en incluant votre travail dans votre demande écrite, vous pouvez aider le personnel des Services de référence à trier et à traiter votre demande plus facilement.

Comment puis-je accéder aux dossiers de succession détenus par BAC?

Comme vous pourrez le constater, l’accès à la plupart des dossiers de succession détenus à BAC est restreint pour des raisons de protection de la vie privée. Veuillez soumettre une demande d’accès en ligne. Certains dossiers anciens sont ouverts. Parmi ceux-ci, certains sont accessibles sur microfilm numérisé, par exemple : RG10, volume 2918, dossier 186,900, « CARADOC AGENCY – ESTATE OF THE LATE DOLLY NICHOLAS OF THE ONEIDA BAND », 1897-1898.

Si un dossier ouvert n’est pas accessible en ligne, vous pouvez demander l’original pour un retrait ou une consultation.

Une page blanche portant du texte manuscrit noir.

La première des deux pages d’une lettre de RG10, volume 2918, dossier 186,900 (e007575915)

Une deuxième page blanche portant du texte manuscrit noir.

La deuxième et dernière page d’une lettre de RG10, volume 2918, dossier 186,900 (e007575916)

Ces renseignements devraient vous aider à trouver des dossiers de succession détenus à BAC et à y accéder. Si vous avez des questions sur les dossiers de succession ou tout autre sujet, écrivez-nous!

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Rebecca Murray est archiviste à la Division des services de référence de Bibliothèque et Archives Canada.

Les archives Web sur la Commission de vérité et réconciliation

Par Russell White

Nous vivons à l’époque du Web, un moyen de communication majeur et une source indispensable pour quiconque s’intéresse au patrimoine documentaire canadien. Cependant, les sites Web n’ont pas la durabilité des documents analogiques, et leur durée de vie est limitée.

Le cas de la Commission de vérité et réconciliation, née en 2008, en témoigne. Les travaux de la Commission s’étant terminés à la fin de 2015, la communauté archivistique craignait que les précieux renseignements historiques publiés sur le Web depuis la formation de l’organisme soient perdus. Bibliothèque et Archives Canada est alors intervenu : l’archiviste Emily Monks‑Leeson et l’équipe chargée de l’archivage du Web ont commencé à collecter les sites de portée nationale relatifs à la Commission. Ils ont uni leurs efforts à ceux d’archivistes de l’Université de Winnipeg et de l’Université du Manitoba, qui s’affairaient déjà à préserver les sites Web de la Commission touchant le Manitoba.

Offert à tous

Cette collaboration a mené à la création des archives Web sur la Commission de vérité et réconciliation (en anglais), lancées conjointement avec le Centre national pour la vérité et réconciliation, l’Université de Winnipeg et l’Université du Manitoba en juillet 2017. L’objectif : permettre au public d’accéder à un vaste éventail de témoignages relatifs à la Commission en particulier et à la réconciliation en général. On y trouve notamment les contenus Web officiels de la Commission et du Centre, des documents connexes, des blogues et des sites personnels sur le régime des pensionnats autochtones et des articles de presse, ainsi que des sites axés sur les survivants, la commémoration, la guérison et la réconciliation.

Les sites archivés ont été décrits et rendus accessibles par l’intermédiaire d’Archive-It (en anglais), une plateforme d’archivage sur Internet. À ce jour, Bibliothèque et Archives Canada a recueilli environ 260 ressources qui s’avéreront utiles aux chercheurs, aux étudiants, aux survivants et aux familles, ainsi qu’à tous ceux qui veulent en savoir plus sur la Commission, sur son héritage et sur la façon dont ses travaux ont été accueillis par les particuliers, les organisations et les médias.

Voici quelques exemples de sites Web archivés dans cette collection :

  • Le blogue âpihtawikosisân (« demi-fils ») de l’écrivaine et éducatrice métisse Chelsea Vowel (en anglais). L’auteure y aborde des sujets comme l’éducation, le droit autochtone et la langue crie, et partage ses observations sur les conséquences des pensionnats autochtones et la perception qu’en a le public.
  • L’exposition virtuelle Nous étions si loin : L’expérience des Inuits dans les pensionnats, qui présente les témoignages touchants de survivants inuits ayant fréquenté les pensionnats autochtones ainsi qu’un portrait de la vie dans ces établissements.
  • Le document La Commission de vérité et de réconciliation relative aux pensionnats indiens du Service d’information et de recherche parlementaires du Parlement du Canada, qui examine le contexte historique de la Commission, donne un aperçu de son mandat et aborde certains thèmes tirés de commissions de vérité antérieures et d’autres initiatives internationales de justice transitoire.
Saisie d’écran du site Web d’Affaires autochtones et du Nord Canada sur les excuses présentées par le premier ministre Stephen Harper aux anciens élèves des pensionnats indiens en 2008. Tiré des archives Web de la Commission de vérité et réconciliation.

Présentation d’excuses aux anciens élèves des pensionnats indiens par le premier ministre Stephen Harper, tiré des archives Web sur la Commission de vérité et réconciliation, juin 2008.

À propos de la Commission

Les travaux de la Commission de vérité et réconciliation ont commencé en 2008. Pendant six ans, cette dernière a recueilli les témoignages de plus de 7 000 anciens élèves des pensionnats autochtones au Canada afin de révéler les conséquences néfastes de ce régime. Ses travaux ont pris fin en décembre 2015, avec la publication de son rapport final et la création du Centre national pour la vérité et réconciliation à l’Université du Manitoba. Le rapport comprenait 94 appels à l’action en vue de favoriser la réconciliation et la guérison partout au Canada.

Consultez les rapports de la Commission et les appels à l’action sur le site Web du Centre national pour la vérité et réconciliation.

Élèves en uniformes debout devant le pensionnat indien (école des métiers) de Battleford (Saskatchewan), 1895.

Pensionnat indien (école des métiers) de Battleford, Saskatchewan, 1895. (MIKAN 3354528)

Prochaines étapes

Bibliothèque et Archives Canada continue d’ajouter des ressources aux archives Web de la Commission, un projet en constante évolution. Inspiré par l’appel à l’action no 88 du rapport final de la Commission, qui recommandait d’appuyer le développement des athlètes autochtones, il a créé une collection d’archives en ligne axée sur les Jeux autochtones de l’Amérique du Nord. L’événement, tenu en 2017 à Toronto, a réuni plus de 5 000 athlètes de partout en Amérique du Nord.

Les contributions du public sont également bienvenues. Vous connaissez un site traitant de la Commission, de réconciliation ou de questions autochtones plus générales, qui nous permettrait d’enrichir notre collection? Envoyez un courriel à notre équipe de l’archivage du Web, à mailto:bac.archivesweb-webarchives.lac@canada.ca, et nous évaluerons votre proposition.

Bibliothèque et Archives Canada souhaite que l’archivage des pages Web sur la Commission de vérité et réconciliation constitue un patrimoine documentaire favorisant le respect et la sensibilisation, à l’instar de la Commission dont elles préserveront l’histoire.

Ressources connexes


Russell White est agent principal de projet, intégration numérique à Bibliothèque et Archives Canada.

Conservateur invité : Shane McCord

Bannière pour la série Conservateurs invités. À gauche, on lit CANADA 150 en rouge et le texte « Canada: Qui sommes-nous? » et en dessous de ce texte « Série Conservateurs invités ».Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

Joignez-vous à nous chaque mois de 2017! Des experts de BAC, de tout le Canada et d’ailleurs donnent des renseignements additionnels sur l’exposition. Chaque « conservateur invité » traite d’un article particulier et en ajoute un nouveau — virtuellement.

Ne manquez pas l’exposition Canada : Qui sommes-nous? présentée au 395, rue Wellington à Ottawa, du 5 juin 2017 au 1er mars 2018. L’entrée est gratuite.


Major John Norton, Teyoninhokarawen, peint par Mary Ann Knight , 1805

Portrait en miniature ovale du major John Norton, Teyoninhokarawen, portant une coiffe rouge et blanche dans laquelle est piquée une plume d’autruche. Il porte aussi de longues boucles d’oreilles composées d’étoiles encerclées, une chemise à motifs et une cape rouge.

Portrait en miniature du major John Norton, Teyoninhokarawen, le chef mohawk, peint par Mary Ann Knight, 1805 (MIKAN 2836984)

Le public britannique se faisait une idée romantique du Canada, surtout des Autochtones. Teyoninhokarawen s’est probablement amusé à accentuer les stéréotypes lorsqu’il a pris la pose dans cette tenue qu’il a personnalisée.


Parlez-nous de vous.

Je viens de la forêt Ganaraska. Techniquement, l’adresse du domicile familial est située dans le petit village de Campbellcroft, dans une région rurale de l’Ontario, mais le voisin le plus près se trouve à plus d’un kilomètre. Nous ne nous sentions pas dans un village. Pendant que nous habitions là, mes parents ont encouragé le développement d’un grand intérêt pour l’art et la culture. Malheureusement, même si la forêt Ganaraska, qui compte près de 12 000 acres, est un endroit merveilleux d’une grande diversité, une chose qui ne s’y trouve pas est une galerie d’art importante où il y a une collection connue à l’échelle internationale. Par conséquent, lorsque j’étais adolescente, j’ai visité les galeries du monde en regardant des reproductions comme celles qui figurent dans le livre Carnegie Art Reference Set for Colleges, maintenant rare. Le moyen d’expression me fascinait autant que le message. J’ai développé un intérêt pour les reproductions d’œuvres d’art et leur diffusion au Canada. J’ai suivi cet intérêt en faisant des détours pendant mes études et je me suis mise à écrire sur les ouvrages, ou les livres d’artistes, car ils sont connus dans mon domaine. Pour passer de l’étude des livres et des reproductions à la bibliothéconomie et aux archives, il n’y avait qu’un pas.

Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

Teyoninhokarawen (1760-1823 environ) est né sous le nom de John Norton à Salen, en Écosse, de parents écossais et cherokees. Selon les dossiers de l’armée, il est allé au Canada. Après sa démobilisation, en 1788, il a vécu avec les Mohawks de la rivière Grand. Plus tard, il est devenu le neveu adoptif de Joseph Brant. Son portrait a été peint par Mary Ann Knight, une miniaturiste anglaise, pendant la visite de John Norton en Angleterre comme émissaire des Mohawks de la rivière Grand. Il a été exposé à la Royal Academy en 1805.

Ce portrait constitue une porte d’entrée fantastique dans l’histoire du Canada de la fin du 18e siècle et du début du 19e siècle. J’ai choisi d’écrire sur cet article tout d’abord parce qu’il est très attrayant. Le portrait a été peint en Europe où le romantisme était beaucoup dans l’air du temps; cela transparaît dans la présentation de John Norton. Il n’était plus à la mode de représenter sur des portraits des gens portant des vêtements européens contemporains. Le point de comparaison qui me vient à l’esprit sans réfléchir est le portrait de Thomas Phillips qui montre George Gordon Byron portant un foulard albanien en guise de turban — bien que de nombreux brillants portraits de Jean-Etienne Liotard, le « peintre turc », peuvent aussi être intéressants pour la comparaison avec cette miniature.

La coiffe que porte John Norton pour ce portrait est fascinante en raison de la manière dont elle perpétue puis répand les mythologies orientales — établissant naturellement, à cette époque, des liens avec le concept du « bon sauvage » de Rousseau alors bien connu —, mais aussi de la façon dont elle représente véridiquement l’identité outre-atlantique de John Norton. La plume de la coiffe est celle d’une autruche. Ce n’est pas un oiseau que l’on voit fréquemment sur les rives des Grands Lacs, où John Norton a été adopté comme Mohawk, ou sur le territoire cherokee de son père, au Tennessee. Toutefois, la plume d’autruche était populaire comme élément des coiffes au Royaume-Uni, notamment en Écosse où, comme dans le portrait de Lord Mungo Murray fait par John Michael Wright, elle donne à la personne qui la porte une image d’aventurier. En même temps, la plume relie John Norton aux tropes visuels établis qui représentent les Autochtones d’Amérique du Nord portant des coiffes de cérémonie composées de plumes alors que l’inclusion européenne de la plume d’autruche importée fait ressortir le côté écossais de John Norton.

La coiffe de John Norton en détail. Elle est blanche et rouge. Une plume d’autruche y est piquée sur le devant.

La coiffe de John Norton en détail. (MIKAN 2836984)

Tout cela juste au sujet de la plume! Le reste de la garde-robe de John Norton est tout aussi intéressant de diverses manières. Ce portrait est si riche qu’il existe des livres remplis d’éléments que les Canadiens doivent connaître! En fait, je commencerai en recommandant littéralement davantage de lecture (après tout, nous sommes à Bibliothèque et Archives Canada). Le premier livre à lire est The Journal of Major John Norton. John Norton a terminé ce journal en 1815-1816 quand il se trouvait en Angleterre. Il traite d’une grande diversité de sujets, notamment de son voyage du Haut-Canada au Tennessee et à d’autres États du sud des États-Unis, ainsi que des guerres frontalières des années 1780 et 1790. Dans l’ensemble de ce journal, John Norton parle de façon intéressante et unique des Autochtones d’Amérique du Nord. Il faut souligner son étude de Joseph Brandt. Deux éditions du Journal ont été publiées, toutes deux par la société Champlain (The Champlain Society). La plus récente édition comprend une introduction et des notes supplémentaires de Carl Benn, un expert prééminent de John Norton dont les œuvres sont une excellente source pour obtenir plus d’information.

Un autre livre que je recommanderais à ceux que John Norton intrigue est The Valley of the Six Nations, également publié par la société Champlain. Ce livre, préparé par Charles M. Johnston, présente une collection de documents importants liés aux Six Nations dans la région où John Norton a passé la majeure partie de sa vie d’adulte. Il comprend de nombreux documents sur le conflit au sujet des terres entre les Mohawks des Six Nations ainsi que le gouvernement britannique et celui de la colonie. Certains des documents qui se trouvent dans ce livre sont de John Norton lui-même. Les originaux de beaucoup de ceux-ci font partie des archives conservées à BAC.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

Portrait en miniature ovale du colonel William Claus vêtu d’une veste noire et d’une cravate blanche. Le fond est bleu.

Le colonel William Claus peint par Andrew Plimer, vers 1792 (MIKAN 2895040)

J’ai choisi ce portrait de William Claus parce que son rôle dans l’histoire canadienne est diamétralement opposé à celui de John Norton. Huit ans après que ce portrait a été peint, William Claus a été nommé surintendant général adjoint du Haut-Canada au département des Affaires indiennes. Dans ce rôle, il était tout à fait l’adversaire de John Norton. D’ailleurs, dans l’entrée sur William Claus qu’a rédigée Robert Allen pour le Dictionnaire biographique du Canada, la relation entre ces deux personnages est décrite comme une « âpre dispute ».

Cette dispute avait trait aux revendications concernant les terres des Six Nations autour de la rivière Grand. Même si la correspondance montre que ces deux personnages se sont disputés plusieurs fois, William Claus a porté un dur coup à John Norton lorsqu’il l’a discrédité aux yeux des autorités coloniales, ce qui a causé l’échec du voyage de John Norton en Angleterre comme représentant des Six Nations. Les critiques de William Claus à l’endroit de John Norton ne sont pas complètement dénuées de fondement étant donné que John Norton n’a pas véritablement représenté les points de vue de tous les chefs des Six Nations.

Bien plus peut être dit et, de fait, a été mentionné, dans les sources ci-dessus et dans d’autres sources, sur la relation entre John Norton et William Claus, ainsi que sur la dispute concernant les Six Nations avec le département des Affaires indiennes. Les deux portraits sont un point d’entrée fascinant dans ce chapitre de l’histoire qui a toujours une incidence aujourd’hui.

Biographie

Photo en couleur d'un jeune garçcon regardant un modèle réduit d'un navire.Shane McCord travaille comme archiviste en arts à Bibliothèque et Archives Canada depuis 2010, où son travail s’est étendu des plaques du 17e siècle à l’art contemporain. Il est titulaire d’une maîtrise en histoire de l’art de l’Université Concordia ainsi que d’une maîtrise en archivistique doublée d’une maîtrise en bibliothéconomie et sciences de l’information de l’Université de la Colombie-Britannique.

Conservateur invité : Jeff Thomas

Bannière pour la série Conservateurs invités. À gauche, on lit CANADA 150 en rouge et le texte « Canada: Qui sommes-nous? » et en dessous de ce texte « Série Conservateurs invités ».Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

Joignez-vous à nous chaque mois de 2017! Des experts de BAC, de tout le Canada et d’ailleurs donnent des renseignements additionnels sur l’exposition. Chaque « conservateur invité » traite d’un article particulier et en ajoute un nouveau — virtuellement.

Ne manquez pas l’exposition Canada : Qui sommes-nous? présentée au 395, rue Wellington à Ottawa, du 5 juin 2017 au 1er mars 2018. L’entrée est gratuite.


Fête du Canada 2005, Brandon, Manitoba, au Canada, Jeff Thomas, 2005

Figurine d’un membre des Premières Nations placée devant un train. On voit l’inscription « Canada » et des graffitis sur le côté d’un wagon à grains.

Fête du Canada 2005, Brandon (Manitoba), au Canada, tiré de la série « The Delegate on Tour » (le « délégué » en tournée) par Jeff Thomas (MIKAN 4171016) ©Jeff Thomas

Jeff Thomas, un artiste iroquois, estime que le Canada a toujours marginalisé son peuple. Ces œuvres symbolisent le retour des siens sur la scène nationale. Chaque photographie met en scène un important symbole du pays.


Parlez-nous de vous.

Je suis né et j’ai grandi à Buffalo, dans l’État de New York, et je suis membre de la réserve des Six­ Nations près de Brantford, en Ontario. Je suis photographe autodidacte et conservateur. Ma carrière dans le domaine de la photographie a commencé après un accident en 1979 qui m’a presque coûté la vie et laissé avec une invalidité permanente résultant d’une blessure à la colonne vertébrale. Afin de reconstruire ma vie, je me suis tourné vers la photographie, mon centre d’intérêt. J’ai commencé ma carrière en ayant deux objectifs en tête : combler l’absence des photographes autochtones contemporains et du passé dans les collections archivistiques. Mon objectif premier était de remédier à l’absence et à l’invisibilité des Iroquois vivant en milieu urbain, comme moi.

En 1990, je vivais à Winnipeg, au Manitoba, lorsque je fis la découverte, dans le cadre d’un projet de recherche au musée du Manitoba, que BAC possédait la série complète des 20 volumes de The North American Indian (Les Indiens d’Amérique du Nord) d’Edward Curtis. Au tout début de ma carrière, Curtis jouait pour moi le rôle d’antagoniste, surtout en raison de ses photographies mettant en scène une vie tribale autochtone qui avait disparu depuis des décennies. On connaissait peu de choses à son sujet. Désirant en savoir plus, je suis déménagé à Ottawa en 1993, où j’ai entrepris l’étape suivante de ma carrière.

Qu’est-ce que les Canadiens devraient savoir d’autre à ce sujet selon vous?

En 1999, mon fils Bear déménageait sur la côte Ouest; je perdais ma muse. Bear avait commencé à poser pour moi en 1984. Environ à l’époque où mon fils me quittait, j’ai reçu par la poste un colis du cinéaste Ali Kazimi. Il avait tourné un documentaire sur mon œuvre qui s’intitulait Shooting Indians: A Journey with Jeff Thomas (photographier des Indiens : un voyage avec Jeff Thomas). Le film commençait sur un plan d’Ali tenant en main des figurines en plastique représentant un cow-boy et un Indien. En ouvrant la boîte, je vis les figurines en plastique, avec une note d’Ali qui disait : « Vous trouverez quelque chose d’intéressant à faire avec ces figurines ».

La série Indians on Tour (Indiens en tournée) a commencé à l’été 2000 lors d’une promenade aux alentours de la Colline du Parlement, à Ottawa. J’avais une figurine d’Indien en plastique dans le sac de mon appareil photo. Quand je me suis arrêté pour photographier une statue représentant un chasseur indien, j’ai placé le jouet devant la statue en bronze et j’ai pris un cliché des deux. Quand j’ai vu cette photographie, j’ai pris conscience des toutes nouvelles possibilités qui s’offraient à moi pour pallier l’absence de la représentation autochtone dans la vie quotidienne. À partir de ce moment, j’ai emporté avec moi les figurines en plastique partout où j’allais. J’ai ensuite ajouté de nouvelles figurines d’Indiens que je découvrais dans les magasins pour touristes. Afin d’être moins tributaire des surfaces planes où poser les figurines, j’ai commencé à faire des dioramas portables, où les figurines sont montées sur un support
portable et léger.

Petite figurine marron clair d’un membre des Premières Nations placée devant la statue d’un chasseur indien. En arrière-plan, on peut voir de grands immeubles à bureaux et des arbres.

Indien exécutant une danse de guerre et statue représentant un chasseur indien, par Jeff Thomas, Ottawa, 2000 © Jeff Thomas

En 2005, je me trouvais à Brandon, au Manitoba, à l’occasion de l’ouverture d’une exposition de mon travail. Le lendemain étant la fête du Canada, je parcourais la ville en voiture à la recherche d’un endroit intéressant où placer mon « délégué ». Lorsque je vis le wagon à grains avec l’inscription « Canada » et quelques graffitis sur le côté, je savais que j’avais trouvé l’emplacement pour ma photographie de la fête du Canada.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

Photo en noir et blanc d’une femme de la Première Nation des Dakota portant une robe rayée sous un long plastron à perles. Elle porte également des tresses, un collier et de longues boucles d’oreilles.

Portrait en studio d’une femme de la Première Nation des Dakota (Sioux) (MIKAN 3258922)

En 1994, BAC m’a engagé pour rédiger de nouvelles légendes pour les photographies représentant des Autochtones, les anciennes légendes contenant des mots dénigrants à l’égard de la culture autochtone. Une photographie ressort particulièrement de ce projet. Je rédigeais une nouvelle légende pour une photographie en pied représentant une femme autochtone. Il s’agissait probablement d’une mère, épouse, grand-mère et Aînée représentant sa communauté. La légende indiquait « Squaw sioux »; le mot « squaw » est considéré comme particulièrement rabaissant. J’ai écrit simplement « Femme Dakota ».

Il est important de préciser que la légende originale n’a pas été supprimée; les chercheurs pourront voir les deux légendes dans la base de données. La nouvelle légende a interpellé un chercheur, qui a essayé d’identifier la femme. Les nouveaux renseignements qu’il a trouvés ont été ensuite ajoutés à la légende dans la base de données. C’était étonnant de voir les répercussions du changement de deux mots désignant une photographie. Je suppose que lorsque plus d’Autochtones utiliseront la base de données, un membre de sa communauté ajoutera son nom dans la légende.

Biographie

Photo couleur d'une homme avec un grand barbu avec un grand sourire.

Jeff Thomas
Crédit Justin Wonnacott

Jeff Thomas est un artiste iroquois urbain, photographe autodidacte, écrivain, orateur public et conservateur. Il vit à Ottawa, en Ontario. Ses œuvres font partie de collections importantes au Canada, aux États-Unis et en Europe. Ses expositions individuelles les plus récentes sont les suivantes : Mapping Iroquoia: Cold City Frieze (cartographier l’Iroquoisie : frise de la cité du froid), Musée d’art McMaster, Hamilton (Ontario); Resistance Is NOT Futile (la résistance N’EST PAS vaine), galerie Stephen Bulger, Toronto (Ontario) et The Dancing Grounds (des raisons de danser), parc du patrimoine Wanuskewin, Saskatoon (Saskatchewan).

Jeff Thomas a également participé à de nombreuses expositions collectives, notamment : I:ke – Toronto: Tributes + Tributaries (hommages et autres), 19711989, Musée des beaux-arts de l’Ontario, Toronto (Ontario); Land/Slide: Possible Futures (glissements de terrain : futurs possibles), Markham (Ontario); SAKAHÀN, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa (Ontario); UNMASKING: Arthur Renwick, Adrian Stimson, Jeff Thomas, Centre culturel canadien, Paris (France). En 1998, il a reçu le prestigieux Prix du duc et de la duchesse d’York en photographie du Conseil des arts du Canada. Il a été admis à l’Académie royale des arts du Canada en 2003. En 2008, il a obtenu le Prix Karsh en photographie.

Ressources connexes

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Voix du passé

Par Harriett Mathews

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) possède environ 30 millions de photos dans ses collections, et bon nombre d’entre elles portent sur les Autochtones. Le Programme fédéral d’expérience de travail étudiant (PFETE) m’a donné la chance de contribuer au projet Un visage, un nom et de fouiller dans la base de données pour trouver des photos extraordinaires prises dans des communautés autochtones de partout au Canada.

Corriger le dossier historique

Si les photos sont tout simplement magnifiques, leurs descriptions laissent souvent à désirer. Les légendes de nombreuses images d’Autochtones comprennent des termes désuets ou offensants, ou au mieux restent vagues. Il est donc crucial de les mettre à jour à l’aide de la technologie moderne et de l’information recueillie dans les communautés où les photos ont été prises. La participation des Autochtones est essentielle, car ces documents racontent leurs histoires et décrivent leurs cultures, leurs familles. Ce sont leurs voix qui ont été tues et perdues. Étant moi-même Autochtone, j’étais ravie d’actualiser les documents pour faire connaître ma culture et donner une voix aux personnes photographiées.

L’image ci-dessous, montrant une femme inuite et son enfant souffrant de malnutrition, est un excellent exemple. La légende fournie est « Dirty Daisy et son bébé ». Cette femme ne s’appelle pas Daisy; il s’agit probablement d’un surnom attribué par un fonctionnaire. En l’affublant d’un sobriquet, l’auteur de la légende porte atteinte à la dignité de cette femme et la condamne à l’anonymat. Espérons que le projet Un visage, un nom permettra de découvrir un jour le nom de cette femme et du nourrisson. En attendant, la nouvelle légende dit désormais : « Femme inuite (Daisy) nourrissant son bébé, assise dans une tente à Chesterfield Inlet (Igluligaarjuk), au Nunavut ».

Photo noir et blanc d’une femme inuite amaigrie assise dans une petite tente avec son bébé, devant des provisions. La femme nourrit son bébé à l’aide d’un biberon rectangulaire.

Femme inuite (Daisy) nourrissant son bébé, assise dans une tente à Chesterfield Inlet (Igluligaarjuk), au Nunavut (MIKAN 3855414)

Améliorer l’accès, une photo à la fois

Depuis le début du projet, en 2002, plus de 2 000 photos ont été identifiées, et des milliers d’autres ont vu des termes inexacts ou offensants être retirés du titre et placés dans une note décrivant le contexte historique. L’identification de noms, de lieux, d’événements et d’objets culturels aide à faire connaître la culture et l’histoire autochtones à ceux qui font des recherches dans les archives.

Les histoires concernant des politiciens autochtones, comme le sénateur inuit Charlie Watt, du Québec, en sont un exemple. J’ai eu le plaisir de travailler avec l’album 38 du ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien, qui comprend plusieurs photos du jeune Charlie Watt avec ses parents, Daisy et Johnny. Les photos ont été prises pendant une fête à Kuujjuaq (anciennement Fort Chimo), au Québec. Même en noir et blanc, elles montrent le dynamisme de la communauté inuite.

Photo d’une page verte sur laquelle sont collées trois photos noir et blanc (no 154, 156, et 157) ainsi que des légendes dactylographiées sur du papier blanc. La photo en haut à gauche montre une femme inuite vêtue d’une robe unie et d’un châle à carreaux, debout sur une galerie avec une petite fille dans une parka qui boit un verre de lait. La photo dans le coin supérieur droit montre deux femmes inuites vêtues de châles à carreaux et de bandeaux, assises devant des caisses de bois. Une d’entre elles tient un accordéon. Un bébé est assis à l’avant-plan, à gauche, et un petit garçon en tenue est debout à côté de la joueuse d’accordéon. La photo du bas représente une femme vêtue d’une veste et d’un bandeau, dansant avec un homme en habit; la femme à gauche tient la main d’un homme dont on ne voit que l’avant-bras. Trois femmes situées de part et d’autre d’une lampe à l’huile sont visibles à l’arrière-plan.

Page 53 de l’album sur laquelle on trouve trois photos : une femme et une fille inuites (Daisy Watt, possiblement avec Harriat Ruston); un groupe de femmes et d’enfants inuits – Daisy Watt joue de l’accordéon, Christina Gordon est à droite et Charlie Watt, fils de Daisy, est debout à gauche; S. J. Bailey et H. Lamberton dansant avec deux femmes inuites – Daisy Watt est à droite avec S. J. Bailey, la femme derrière elle s’appelle Susie, et Hannah (la sœur de Susie) est à gauche, tenant la main de H. Lamberton. La fête se déroule à Kuujjuaq (anciennement Fort Chimo), au Québec. (MIKAN 4326945)

Photo noir et blanc de cinq femmes. Quatre sont assises, et une autre, à l’extrême droite, est debout avec un bébé enroulé dans un châle à carreaux. La femme au centre joue de l’accordéon, et la femme à sa gauche a un jeune garçon sur ses genoux. Des caisses de bois portant l’inscription « Marven’s Biscuits » sont empilées derrière elles, et une autre caisse dit « H.B.C. Wholesale Vancouver ».

Groupe de femmes et d’enfants faisant la fête à Kuujjuaq (anciennement Fort Chimo), au Québec. Lizzie Suppa joue de l’accordéon. Daisy Watt et son fils Charlie sont à sa gauche. (MIKAN 3855585)

Photo d’une page verte sur laquelle sont collées trois photos noir et blanc (no 158 à 160) et des légendes sur du papier blanc. La photo en haut à gauche montre des femmes et des enfants assis devant des caisses de bois portant la mention « Marven’s Biscuits », et une autre, l’inscription « H.B.C. Wholesale Vancouver ». La photo en haut à droite montre deux couples dansant pendant qu’une femme joue de l’accordéon. Sur la photo du bas, un spermophile arctique (un écureuil vivant sur le sol) est debout dans un champ d’herbes avec un rocher à l’avant plan.

Page 54 de l’album portant trois photos : un groupe de femmes et d’enfants [Lizzie Suppa joue de l’accordéon, avec Daisy et Charlie Watt assis à sa gauche]; deux couples inuits dansant [Johnny et Daisy Watt sont à gauche tandis que Lizzie est au bout à droite, toujours avec son accordéon]; et un spermophile arctique (un écureuil vivant sur le sol). (MIKAN 4326946)

Redonner une voix aux Autochtones

Ces photos constituent des sources essentielles sur l’histoire du Canada puisqu’elles témoignent de la relation entre les Autochtones et le gouvernement canadien. Plus important encore, elles racontent la vie des personnes photographiées et diffusent leur culture. Pendant plusieurs décennies, les voix des Premières Nations, des Métis et des Inuits sont restées silencieuses dans ces documents. Un visage, un nom joue un rôle crucial en offrant une tribune aux Autochtones, leur permettant de se réapproprier leur histoire et leur identité. En tant que femme autochtone, je suis très heureuse d’avoir pu faire entendre ma voix dans ces documents. D’innombrables histoires restent à raconter, mais je suis convaincue que le partenariat entre BAC et les Autochtones nous permettra de les connaître un jour.


Harriett Mathews était une participante au PFETE qui a travaillé à la Division des expositions et du contenu en ligne à Bibliothèque et Archives Canada pendant l’été 2016.

Un visage, un nom voit plus grand!

Le projet Un visage, un nom a vu le jour au début de 2002, quand Bibliothèque et Archives Canada s’est associé au programme de formation Nunavut Sivuniksavut et au ministère de la Culture, de la Langue, des Aînés et de la Jeunesse du gouvernement du Nunavut. Son but? Numériser des photos d’Inuits conservées par Bibliothèque et Archives Canada pour tenter d’identifier les personnes sur ces clichés. (Les photos ont été prises sur le territoire du Nunavut actuel.) On croyait alors que le projet durerait une année. C’était sans compter son succès auprès du public!

Pour souligner en juin le Mois national de l’histoire autochtone, Bibliothèque et Archives Canada est heureux d’annoncer le lancement du nouveau site Un visage, un nom. En plus des communautés du Nunavut, ce projet élargi englobe maintenant les Inuits d’Inuvialuit, dans les Territoires-du-Nord-Ouest; ceux du Nunavik, dans le nord du Québec; et ceux du Nunatsiavut, au Labrador; s’y ajoutent aussi les Premières Nations et les Métis du reste du Canada. Du contenu tout neuf sera versé sur le nouveau site; quant au projet original Un visage, un nom, il demeurera tel quel sur le Web.

Le projet Un visage, un nom : 2002-2012 a commencé par la numérisation d’environ 500 photos du fonds Richard Harrington. Depuis, Bibliothèque et Archives Canada a numérisé environ 8 000 photos provenant de divers ministères et de collections privées. Grâce à l’enthousiasme et au soutien des chercheurs inuits et non inuits, près du quart des personnes, des activités et des événements représentés sur les photos ont pu être identifiés. Toute l’information recueillie a été ajoutée à la base de données du projet.

Au fil des ans, Bibliothèque et Archives Canada a reçu plusieurs photos et entendu de touchants récits de personnes qui ont pu renouer avec leur famille et leurs amis grâce à Un visage, un nom. Par exemple, Mona Tigitkok, une aînée de Kugluktuk, s’est reconnue sur un portrait de jeunesse alors qu’elle assistait, à l’hiver 2011, à une rencontre de la Société patrimoniale Kitikmeot (site en anglais). La Société avait organisé plusieurs de ces rencontres, où l’on présentait des photos de personnes non identifiées.

Photographie en couleur prise dans une salle communautaire à Kugluktuk, au Nunavut, en février 2011. On y voit une femme âgée inuite, vêtue d’un long parka à motif floral bordé de fourrure; elle se tient devant une toile où est projetée une diapositive d’elle-même quand elle était jeune femme.

Mona Tigitkok devant une photo d’elle-même prise plus de 50 ans auparavant (Kugluktuk, Nunavut, février 2011). Crédit : Société patrimoniale Kitikmeot

Pour l’auteure et historienne Deborah Kigjugalik Webster, Un visage, un nom a été utile tant sur le plan personnel que professionnel. Elle raconte :

Je travaille dans le domaine de l’histoire et du patrimoine inuits, et c’est comme ça que j’ai découvert le projet Un visage, un nom il y a quelques années. Mais le projet a aussi une signification personnelle pour moi. En faisant une recherche dans la base de données, j’ai découvert des photos de parents et de gens de ma communauté.

Les photographes d’autrefois n’identifiaient pas souvent les gens qu’ils prenaient en photo. Ils se contentaient d’indiquer « groupe d’Esquimaux » ou « femmes autochtones », par exemple. Un après-midi où je prenais le thé avec ma mère, Sally Qimmiu’naaq Webster, je lui ai montré des photos dans la base de données d’Un visage, un nom. Ensemble, nous avons pu identifier quelques visages de notre communauté de Baker Lake (Qamanittuaq). Quelle satisfaction! En redonnant leurs noms à ces personnes, réduites à l’anonymat dans les légendes des photographes, nous nous réapproprions notre histoire et notre patrimoine. 

Photographie d’une jeune femme inuite vêtue d’un col roulé et regardant vers le bas, Baker Lake (Qamanittuaq), Nunavut, 1969

Photo de feu Betty Natsialuk Hughson (identifiée par sa parente Sally Qimmiu’naaq Webster), prise à Baker Lake (Qamanittuaq), Nunavut, 1969 (MIKAN 4203863)

Avec Un visage, un nom, on peut bien sûr identifier des gens sur des photos, mais aussi ajouter ou corriger de l’information dans la base de données, comme corriger l’orthographe d’un nom. On n’a qu’à utiliser le formulaire en ligne. Ça vaut vraiment la peine d’aller voir les photos dans la base de données, surtout avec un aîné : ça débouche toujours sur des conversations intéressantes.

Au travail, je m’occupe d’une page Facebook qui s’appelle Inuit RCMP Special Constables from Nunavut [en anglais seulement]. On y rend hommage à nos gendarmes spéciaux inuits de la Gendarmerie royale du Canada. L’année dernière, j’y ai publié un portrait de Jimmy Gibbons, pris à Arviat en 1946. Je l’avais trouvé dans la base de données d’Un visage, un nom. Le gendarme spécial Gibbons était un homme remarquable. Il s’est joint à la GRC en 1936 et a pris sa retraite en 1965. Plusieurs personnes ont « aimé », partagé et commenté sa photo, dont certains de ses descendants : fils, neveux, petits-fils. Des gens ont tout simplement écrit « Merci ». Shelley Ann Voisey Atatsiaq a fièrement commenté : « Pas étonnant que j’aie déjà écrit à quel point je respecte la GRC : j’ai du sang de la GRC qui coule dans mes veines! Merci d’avoir partagé cette photo avec nous! »

Photographie noir et blanc prise de près d’un homme Inuit portant un veston et une cravate debout à l’extérieur.

Jimmy Gibbons, Gendarme spéciale de la Gendarmerie royale du Canada, Arviat (Nunavut), 1 août 1946 (MIKAN 4805042)

Envie d’en savoir plus sur le projet? Lisez l’article Project Naming/Un visage, un nom, paru en anglais dans le International Preservation News (aux pages 20 à 24 du no 61, publié en décembre 2013).

BAC aimerait aussi connaître votre opinion sur le deuxième volet du projet Un visage, un nom. Exprimez-vous grâce au formulaire « Le projet Un visage, un nom se poursuit ».

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