Comment chercher un document sur l’émancipation?

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.Par Jasmine Charette

Cet article renferme de la terminologie et des contenus à caractère historique que certains pourraient considérer comme offensants, notamment au chapitre du langage utilisé pour désigner des groupes raciaux, ethniques et culturels. Pour en savoir plus, consultez notre Mise en garde — terminologie historique.

Dans un billet de blogue intitulé Émancipation des Premières Nations, j’ai discuté de l’histoire de l’émancipation et de ses répercussions sur les Premières Nations. Ici, j’expliquerai comment chercher des documents à ce sujet.

Vous aurez peut-être besoin de vous rendre sur place pour certaines recherches. Si c’est impossible, vous pouvez embaucher un chercheur indépendant ou demander l’aide de nos Services de référence sur la page Posez-nous une question.

Recherche dans la collection

La méthode la plus simple pour trouver un document sur l’émancipation est d’utiliser Recherche dans la collection. Si vous connaissez le nom de la personne et de sa bande ainsi que l’année approximative de son émancipation, cette méthode est pour vous. Dans certains documents, le nom de l’agence ou du district qui administrait la bande à l’époque remplace le nom de la bande.

Saisie d’écran de l’interface Recherche dans la collection, avec des résultats de recherche.
Saisie d’écran de la recherche d’un document sur l’émancipation pour l’agence Moravian.

Si vous ne connaissez pas l’agence ou le district qui administrait la bande, vous pouvez consulter les instruments de recherche ci-dessous. Ceux-ci sont classés par région; ils énumèrent les agences, les districts et les surintendances et fournissent le nom des bandes qui relevaient d’eux pendant des périodes précises, permettant ainsi de retracer l’administration des bandes au fil du temps. Ces guides sont disponibles dans nos salles de référence. Ils font partie du groupe d’archives RG10 (fond du ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien).

  • 10-202 : Colombie-Britannique
  • 10-12 : Ouest du Canada (Alberta, Saskatchewan, Manitoba, Yukon et Territoires du Nord-Ouest)
  • 10-157 : Ontario
  • 10-249 : Québec
  • 10-475 : Maritimes (Île-du-Prince-Édouard, Nouveau-Brunswick, Terre-Neuve à partir de 1984)
  • 10-145 : Nouvelle-Écosse (la Nouvelle-Écosse avait un système distinct du reste du Canada)

Voici comment chercher un document sur l’émancipation dans la base de données Recherche dans la collection. Les documents recherchés étant en anglais, il faut utiliser le mot-clé enfranchisement plutôt qu’émancipation.

  1. Sous le menu Recherche dans la collection du site Web de BAC, cliquez sur Recherche dans la collection.
  2. Dans la barre de recherche, inscrivez enfranchisement [NOM] [BANDE/AGENCE].
  3. Dans le menu déroulant, choisissez Archives plutôt que Tous.
  4. Cliquez sur la loupe.
  5. Regardez les résultats et choisissez celui qui correspond à la bonne personne.

La référence complète d’un document ressemble à ceci :

RG10-B-3, Numéro de volume : 7222, Numéro de dossier : 8015-25; titre : « Moravian Agency – Enfranchisement – Hill, D.C ».

Remarque : L’accès à certains documents sur l’émancipation étant restreint, une demande d’accès en vertu de la Loi sur l’accès à l’information ou de la Loi sur la protection des renseignements personnels est parfois nécessaire pour les consulter. Notre site Web explique comment soumettre une telle demande.

Décrets

Une saisie d’écran de la base de données Recherche dans la collection.
Une saisie d’écran de la recherche visant à trouver les documents sur l’émancipation de James Marsdewan.

On peut aussi chercher les décrets qui confirmaient les émancipations. Bien qu’ils ne comprennent pas les documents les plus importants, les décrets peuvent renfermer des renseignements intéressants :

  • La personne a-t-elle été émancipée?
  • De quelle bande a-t-elle été émancipée?
  • Quel était son nom au moment de l’émancipation?
  • L’émancipation était-elle due à un mariage?

Grâce à ces renseignements, vous serez peut-être en mesure de trouver d’autres documents avec Recherche dans la collection.

Les décrets sont indexés par année dans nos registres rouges, lesquels se trouvent dans nos salles de référence. Ces registres sont séparés en deux : la première partie donne une liste de numéros de décret (classés de manière plus ou moins précise par date) et la deuxième propose une liste de mots-clés visant à faciliter la recherche d’un décret précis.

Le nom des personnes émancipées avant les années 1920 est mentionné dans nos registres rouges. Un outil externe peut vous aider à trouver des personnes et des familles dans les décrets subséquents : le site Web Order In Council Lists contient un index des personnes émancipées jusqu’en 1968.

Pour obtenir des renseignements plus précis sur la recherche de décrets, lisez nos billets de blogue Les décrets du Conseil accessibles en ligne et Comment accéder aux décrets du Conseil privé conservés à Bibliothèque et Archives Canada?

Si vous avez des questions, n’arrivez pas à identifier une personne ou avez besoin d’aide pour naviguer dans nos fonds, n’hésitez pas à communiquer avec les Services de référence. Nous vous aiderons avec plaisir!


Jasmine Charette est archiviste de référence à la Division des services de référence, Direction générale des services au public, Bibliothèque et Archives Canada.

Compagnie de la Baie d’Hudson : 350 ans d’archives

Par Anik Laflèche

En 2020, nous avons souligné le 350e anniversaire de la Compagnie de la Baie d’Hudson (la Compagnie). Fondée le 2 mai 1670, la Compagnie est l’une des plus anciennes entreprises au monde toujours en activités.

Si sa durée de vie est impressionnante en soi, la Compagnie se démarque aussi par ses très nombreux documents qui sont parvenus jusqu’à nous après avoir été conservés à Londres, en Angleterre, pendant une bonne partie de leur existence. Il est incroyable que ces documents puissent toujours être consultés après avoir échappé à l’usure des siècles, à la nature sauvage canadienne, à la traversée de l’Atlantique, aux mauvaises conditions de préservation, aux incendies, aux inondations et à deux guerres mondiales.

Photo noir et blanc d’un bâtiment derrière un portail sur lequel on peut lire « Compagnie de la Baie d’Hudson, constituée en 1670 ». Un deuxième bâtiment est partiellement caché par une clôture du côté droit.

Fort Chipewyan, poste de traite de la Compagnie de la Baie d’Hudson, Alberta, 1900 (a019629)

Les documents de la Compagnie sont fascinants, même sans tenir compte de l’histoire de l’entreprise. Au début, ils ne sont pas conservés pour des raisons historiques, mais pour des motifs opérationnels et juridiques.

Alors que tous les documents sont classés par ordre alphabétique en 1796, de grands efforts de description et de classement sont effectués en 1931, lorsque la Compagnie embauche son premier archiviste : Richard Leveson Gower. Cette décision découle de la pression grandissante exercée par des chercheurs et des historiens qui souhaitent consulter la collection.

Dans les années 1960, le centenaire de la Confédération (1967) et de la création du Manitoba (1970) approche à grands pas. L’idée de transférer les archives au Canada est alors sérieusement envisagée. Le projet se réalise en 1974, lorsque les archives organisationnelles de la Compagnie sont données aux Archives du Manitoba. La collection de pièces de musée se retrouve quant à elle au Musée du Manitoba (en anglais).

Bien que BAC n’ait pas la garde de ces documents, il conserve des copies de bon nombre d’entre eux sur microfilm, dans le fonds MG20. D’autres fonds, notamment celui du ministère de l’Intérieur (RG15), permettent d’étudier le rôle de la Compagnie dans le développement du Nord-Ouest et dans la concession des terres, après la cession de la Terre de Rupert et du Territoire du Nord-Ouest.

Le fonds MG20 comprend des documents très variés datant de 1667 à 1956 : registres de procès-verbaux du conseil d’administration; registres de correspondance; journaux; grands livres; dossiers du personnel; journaux de bord; photos; journaux des postes de traite; journaux intimes; cartes; et photos et dessins architecturaux. Le classement de ces documents est identique à celui de l’entreprise à ses débuts et à celui des Archives du Manitoba.

Image noir et blanc d’un registre de procès-verbaux. La date du 24 octobre 1671 est inscrite dans le coin supérieur droit. La liste des hommes ayant participé à la réunion se trouve à gauche. Le reste du texte comprend deux paragraphes décrivant la teneur des discussions.

Registre de procès-verbaux dont la première entrée date du 24 octobre 1671. C’est le plus ancien document dans les archives de la Compagnie de la Baie d’Hudson. Il comprend des documents rédigés au cours des 18 premiers mois d’existence de l’entreprise. Le roi Charles II accorde une charte à la Compagnie le 2 mai 1670. (MG20-A1, document A.1/1, bobine de microfilms HBC-1)

La Compagnie a joué un rôle controversé au fil des siècles, participant de manière essentielle à l’exploitation des ressources pendant la colonisation. Ses documents constituent néanmoins une source d’information exceptionnelle sur l’histoire du Canada, des Premières Nations, de la Nation métisse et des Inuits. Ils offrent un aperçu du passé colonial de notre pays, de son expansion vers l’ouest et le nord, de son développement économique et culturel ainsi que du quotidien des commerçants de fourrure, des Autochtones et des communautés frontalières.

Par exemple, les archives témoignent de la naissance et du développement de la Nation métisse, un peuple indépendant d’ascendance autochtone et européenne qui est devenu une nation distincte dans le Nord-Ouest à la fin du 18e siècle. Au cours du siècle suivant, la Nation métisse organise une résistance contre l’invasion de ses terres ancestrales à la suite du transfert de la Terre de Rupert au Dominion du Canada par la Compagnie de la Baie d’Hudson.

Les archives de la Compagnie peuvent contribuer aux efforts du Canada entourant la réconciliation avec les Premières Nations, la Nation métisse et les Inuits. Pour en savoir plus sur leur histoire, je vous recommande le livre Keepers of the Record: The History of the Hudson’s Bay Company Archives, de Deidre Simmons. Vous pouvez aussi consulter la page Au sujet des archives de la Compagnie de la Baie d’Hudson des Archives du Manitoba.

Si vous effectuez des recherches au moyen des archives de la Compagnie de la Baie d’Hudson ou sur un sujet connexe, vous pouvez demander l’aide de nos spécialistes de la référence. Remplissez simplement ce formulaire pour communiquer avec nous. Nous vous répondrons avec grand plaisir!


Anik Laflèche est archiviste à la Division des services de référence.

Kwaata-nihtaawakihk : la naissance difficile du Manitoba

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.Par William Benoit

Le Canada célèbre des anniversaires importants en 2020. En effet, 150 ans se sont écoulés depuis l’annexion de la Terre de Rupert et des Territoires du Nord-Ouest au Canada en 1870. C’est également en 1870 que le Manitoba entre dans la Confédération, ce qui ne se fait pas sans heurts. En effet, le gouvernement du Canada se demande si le Manitoba doit demeurer un vaste territoire ou devenir officiellement une province. Les Métis poussent finalement le Canada à opter pour la province.

Tableau montrant une personne qui tient une cravache au-dessus de sa tête, debout sur un traîneau tiré dans la neige par un cheval brun qui se cabre.

Se frayer un chemin au Manitoba (e011072986)

Le Manitoba est le premier à se joindre aux quatre provinces fondatrices du Canada : l’Ontario, le Québec, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse. Il n’y a donc pas de modèle à suivre. Mais alors qu’on s’attendrait à une réflexion approfondie et inclusive sur l’avenir de la province, les Métis vivent une tout autre expérience, marquée par la déportation, les traumatismes et plus tard la résilience. Leur situation se détériore une fois le Manitoba intégré à la Confédération. Les nouveaux pionniers provenant de l’Ontario se montrent hostiles. Pendant plusieurs générations, des aînés décriront cette période comme un règne de terreur contre les Métis.

L’aînée de la Nation métisse Verna DeMontigny a récemment comparé le processus de création de la province du Manitoba à une naissance difficile, ou Kwaata-nihtaawakihk dans la langue michif. Le terme est très approprié.

La Cour suprême du Canada, dans son jugement rendu en 2013 dans l’affaire Manitoba Metis Federation Inc. c. Canada, présente un récit détaillé sur le peuple métis, la colonie de la rivière Rouge et le conflit à l’origine de la Loi sur le Manitoba et de l’union du Manitoba avec le Canada :

L’histoire commence avec les peuples autochtones qui occupaient ce qui est devenu la province du Manitoba — les Cris et d’autres nations moins populeuses. Vers la fin du dix‑septième siècle, des aventuriers et explorateurs européens ont traversé le territoire sans s’y arrêter. L’Angleterre a revendiqué symboliquement les terres pour ensuite donner à la Compagnie de la Baie d’Hudson […] le contrôle d’un vaste territoire appelé Terre de Rupert, y compris ce qui est aujourd’hui le Manitoba. Les Autochtones ont continué d’occuper ce territoire. Outre les Premières Nations, le territoire a vu naître un nouveau groupe autochtone, les Métis — issus des premières unions entre les explorateurs et négociants européens et les femmes autochtones. À l’origine, les descendants de parents anglophones étaient appelés les Sang‑mêlé, alors que ceux ayant des racines françaises étaient appelés les Métis.

Le 19 novembre 1869, la Compagnie de la Baie d’Hudson cède à la Couronne britannique la Terre de Rupert et les Territoires du Nord-Ouest. Le 15 juillet 1870, par un décret signé quelques semaines plus tôt (le 23 juin), le gouvernement britannique admet ces territoires au sein du Canada, en vertu de l’article 146 de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique, 1867 (aujourd’hui la Loi constitutionnelle de 1867).

Il faudra attendre près de huit mois après la cession de ces territoires pour que le transfert entre pleinement en vigueur.

Le gouvernement du Canada, alors dirigé par le premier ministre John A. Macdonald, a l’intention d’absorber les territoires et de les ouvrir à la colonisation. Toutefois, il doit d’abord régler la question des peuples autochtones qui les habitent. Selon la Proclamation royale de 1763, le Canada a le devoir de traiter avec les nations autochtones souveraines pour obtenir leur consentement avant que la Couronne impériale puisse exercer sa souveraineté sur elles. Rédigée plus de cent ans auparavant, la Proclamation a pour objectif d’organiser et de gérer les territoires nouvellement élargis de l’Amérique du Nord britannique au terme de la guerre de Sept Ans. Elle comporte des règles qui doivent stabiliser les relations avec les peuples autochtones en encadrant le commerce, l’établissement des pionniers et l’achat de terres dans les régions à coloniser.

Dessin montrant des personnes assises autour d’un orateur debout. À l’arrière-plan se trouve un bâtiment avec des personnes assises ou debout sur le balcon.

Le traité avec les Indiens du Manitoba – un chef indien prononce un discours à Stone Fort (l’homme métis assis sur une chaise dans le cercle est peut-être un interprète) (e010967476)

Ainsi, pour les Premières Nations, le processus devrait consister à conclure des traités par lesquels elles accepteraient que leurs terres soient colonisées, en échange d’autres terres qui leur seraient réservées et de certaines promesses. La politique du gouvernement à l’égard des Métis n’est cependant pas aussi bien définie.

Photographie en sépia d’une petite ville où des bâtiments se dressent de chaque côté d’une large rue de terre marquée de traces de charrettes.

La rue principale vue vers le sud, Winnipeg, 1879. La rue est large pour que les charrettes de la rivière Rouge puissent circuler. (e011156541)

L’afflux massif de pionniers blancs dans la région de la rivière Rouge commence avant l’entrée du Manitoba dans la Confédération canadienne. Le contrôle social et politique des Métis s’effrite, ce qui entraîne de la résistance et de l’hostilité. Pour régler le conflit et assurer l’annexion du territoire, le gouvernement du Canada entreprend des négociations avec des représentants du gouvernement provisoire dirigé par les Métis. Ces négociations mènent à l’adoption, en 1870, de la Loi sur le Manitoba, par laquelle le Manitoba devient une province canadienne.

La Loi est un document constitutionnel, mais elle est dotée de nombreuses caractéristiques des traités. Elle officialise les promesses et obligations du Canada envers le peuple métis. Ces promesses représentent les conditions selon lesquelles les Métis acceptent d’intégrer le Canada et d’abandonner leur territoire et leur revendication à l’autodétermination. Ces obligations sont encore en vigueur aujourd’hui.

La Nation métisse est un peuple autochtone reconnu partout dans le monde. Au Canada, ses droits ancestraux et issus de traités sont enchâssés dans la Constitution, au même titre que ceux des Premières Nations (« Indiens ») et des Inuit (« Esquimaux »). La patrie de la Nation métisse couvre un vaste territoire dans le centre-ouest de l’Amérique du Nord. Les Métis ont fondé le Manitoba en 1870 et ont été des partenaires de négociation du Canada au sein de la Confédération. Ils continuent de jouer un rôle de premier plan dans le développement du Canada contemporain.

En michif : Li Michif Naasyoon nishtowinikaatew oobor lii piyii pi li moond nishtowiinikasowak li moond autochtone. Daan li Canada si te payyek enn band di moond avek lii dray tretii daan li constitution, aloon bor li Promii Naasyoon pi li Ziskimoo. Li Michif Naasyoon Nataal li piyii mitoni kihchi-mishow, li taryaen daan li sawntrel west Nor America. Lii Michif, koum li fondateur di Manitoba daan li 1870 pi Canada’s naasaasyi-iwow di maashkihtonikaywin daan li Confederation, kiiyapit il li enportaan daan li Canada’s oosishchikeywiin.


William Benoit est conseiller en engagement autochtone interne au bureau du bibliothécaire et archiviste du Canada adjoint à Bibliothèque et Archives Canada.

Kahkewaquonaby, le Grand conseil et les droits des Premières Nations

Par Kelly Ferguson

Le fonds Sir John A. Macdonald comprend une série de lettres échangées entre le premier ministre canadien et le docteur Peter Edmund Jones (Kahkewaquonaby). Cette correspondance ouvre une fenêtre sur les efforts de Jones et de certains organismes – dont le Grand conseil des Indiens de l’Ontario et du Québec – pour défendre les droits des Premières Nations pendant les années 1870 et 1880.

Fils du révérend Peter Jones (Kahkewaquonaby) et d’Elizabeth Field, Peter Edmund Jones naît en 1843 en Ontario. En 1866, il obtient son diplôme en médecine du Queen’s College de Kingston, devenant ainsi l’un des premiers médecins anishinaabe et autochtone de l’Amérique du Nord britannique. Il pratique d’abord à Brantford et à Niagara, puis à New York, avant de revenir dans sa province natale et d’ouvrir une clinique à Hagersville, tout près de la réserve de New Credit. Il est élu chef des Mississaugas de New Credit (maintenant la Première Nation des Mississaugas de Credit) de 1870 à 1874 et de 1880 à 1886.

Photo sépia d’un homme assis, tenant une pipe de cérémonie et un collier de perles wampum. L’homme est vêtu d’une veste en peau de cerf; sur sa cuisse, on aperçoit un sac (également en peau de cerf) orné de motifs traditionnels.

Kahkewaquonaby (le révérend Peter Jones), père du docteur Peter Edmund Jones. Photo prise le 4 août 1845 par David Octavius Hill (photographe) et Robert Adamson (chimiste). (a215156k)

En outre, dès 1874, Jones se joint au Grand conseil des Indiens de l’Ontario et du Québec, fondé quatre ans auparavant. L’une des tâches principales du Conseil est de passer en revue la Loi sur les Indiens et d’autres mesures législatives touchant les droits des Premières Nations.

De 1884 à 1886, le Grand conseil concentre ses travaux sur l’Acte de l’avancement des Sauvages. Celui-ci impose des modifications importantes aux systèmes de réglementation et de gouvernance des Premières Nations de l’Est du Canada. Il limite entre autres la taille et les fonctions des conseils autochtones, en plus de restreindre la nomination d’agents des Indiens provenant des communautés locales pour les présider. Le Grand conseil soulève de nombreuses objections concernant ces dispositions, et concernant l’Acte de façon plus générale.

En 1887, Peter Edmund Jones, alors délégué du Grand conseil, envoie une lettre au premier ministre canadien John A. Macdonald dans laquelle il formule des suggestions et des commentaires sur la Loi sur les Indiens et sur l’Acte de l’avancement des Sauvages. Jones recommande entre autres d’accorder aux conseils locaux le pouvoir de prendre des décisions en l’absence de l’agent des Indiens, d’offrir des pouvoirs équivalents aux chefs et d’accroître le nombre de conseillers.

Microfilm noir et blanc d’une lettre manuscrite.

Lettre du docteur Peter Edmund Jones à sir John A. Macdonald, datée du 5 janvier 1887. Jones y formule des suggestions et des commentaires sur la Loi sur les Indiens et l’Acte de l’avancement des Sauvages(e007956445).

Jones soumet également à Macdonald des recommandations concernant l’Acte du cens électoral. Bien que les hommes des Premières Nations aient le droit de voter depuis 1867, ce droit leur est accordé uniquement s’ils renoncent à leur statut d’Indien inscrit en vertu de la Loi sur les Indiens, ainsi qu’aux droits ancestraux qui leur sont conférés par traités (un processus appelé « émancipation »). Jones appuie l’émancipation, mais trouve le prix à payer trop élevé. Il souhaite que l’Acte du cens électoral maintienne le droit de vote des hommes autochtones tout en leur permettant de conserver leur statut d’Indien inscrit et leurs droits issus de traités.

Version numérisée d’une lettre manuscrite, couleur sépia.

Lettre de sir John A. Macdonald au docteur et chef Peter Edmund Jones, datée du 31 août 1886 et traitant de l’Acte du cens électoral. (e011198071-001-v8) (e011198071-002-v8)

Microfilm noir et blanc montrant deux pages manuscrites, rédigées sur du papier à en-tête du ministère des Affaires indiennes.

Lettre de L. Vankoughnet, surintendant adjoint au ministère des Affaires indiennes, à sir John A. Macdonald, datée du 28 mars 1887. La lettre porte sur d’éventuelles modifications à la Loi sur les Indiens et comprend des suggestions du docteur Peter Edmund Jones. (e007956441) (e007956442)

Au bout du compte, le gouvernement conservateur de John A. Macdonald rejette les recommandations de Jones en ce qui concerne l’Acte de l’avancement des Sauvages. En outre, le gouvernement libéral de Wilfrid Laurier abrogera plus tard l’Acte du cens électoral. Tout au long du 19e siècle, la Loi sur les Indiens subira d’autres modifications visant à accroître le contrôle sur la vie des Autochtones. En fait, il faudra attendre jusqu’en 1960 pour que le droit de vote soit accordé à tous les Autochtones sans restrictions.

Bref, dans les années 1880 comme aujourd’hui, les peuples autochtones souhaitent obtenir le droit à l’autodétermination et protéger leurs droits (y compris leurs droits issus de traités). La correspondance du docteur Peter Edmund Jones avec John A. Macdonald en offre un excellent exemple.


Kelly Ferguson est archiviste aux affaires politiques à la Division des archives privées sur les sciences et la gouvernance de Bibliothèque et Archives Canada.

Les archives, une ressource précieuse pour la revitalisation des langues des Premières Nations

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.Par Karyne Holmes

La préservation des langues des Premières Nations est essentielle à la survie de l’identité propre à chacune des communautés. La capacité de parler notre langue renforce le lien qui nous unit à notre patrimoine ancestral, à notre communauté, à la terre et à la nature. En effet, la connaissance de la langue inspire un fort sentiment de fierté et de confiance en notre identité, et elle est intimement associée au bien-être psychique et émotionnel.

Depuis les premiers contacts coloniaux, des politiques gouvernementales ont fait en sorte que nos gens ont été déplacés, séparés de leur famille et de leur communauté, et dépossédés de leurs terres et de leur langue. Des tentatives d’assimilation comme l’établissement de pensionnats, et la rafle du millénaire qui se poursuit, ont éloigné plusieurs générations d’Autochtones de leur langue et de leur culture. Comme les seules langues officielles du Canada sont le français et l’anglais, les communautés des Premières Nations ont pris l’initiative d’assurer la préservation de leurs langues. En réaction au déclin de la transmission naturelle de la langue en milieu familial, elles ont mis sur pied des projets de revitalisation et de préservation des langues.

En plus d’aider leurs membres à retrouver leur langue maternelle, les collectivités se prennent en main en rétablissant collectivement les noms d’origine des lieux situés sur les territoires qu’elles occupent. Ces noms riches en enseignements témoignent de l’histoire de la région. Ils sont très descriptifs, reflètent les caractéristiques physiques des plans d’eau et du terrain, ou rappellent des événements marquants, des histoires ou des activités associés aux lieux. Certains noms révèlent des connaissances écologiques ou communiquent des informations sur les voyages ou la navigation.

Ces savoirs ont progressivement disparu en raison de l’imposition des cartes dessinées par les colons, qui ont créé et officialisé leurs propres toponymes. Dans le cadre du mouvement visant à décoloniser les espaces, les cartes sont redessinées, et les toponymes autochtones des territoires traditionnels et des organismes qui s’y trouvent sont rétablis.

Carte dessinée à la main montrant une rivière et des plans d’eau, avec des noms de lieux et des points cardinaux. Une règle à mesurer blanche, servant à illustrer l’échelle, est située à la droite de la page.

Un dessin, daté de 1896, montre une voie canotable entre les lacs Waswanipi et Mistassini ainsi que des noms de lieux cris (n0117726)

Les archives peuvent appuyer les processus de revitalisation et de préservation des langues autochtones. La recherche dans les archives contribue grandement à la réalisation de projets, car les chercheurs y trouvent de nombreux types de renseignements sur ces langues.

Les journaux, les cartes et les dictionnaires présentent un intérêt particulier, bien qu’ils aient été créés par des explorateurs, des missionnaires ou des anthropologues non autochtones, car ils révèlent souvent ce que leurs créateurs ont appris au contact des Premières Nations. Les enregistrements de chants et d’histoires sont particulièrement utiles, tout comme les documents historiques qui permettent de retrouver des noms de lieux traditionnels et d’anciens mots de vocabulaire, avec des indications sur les origines et les savoirs associés à ces noms.

Une page dactylographiée montrant une colonne de mots en anglais et une autre de mots en nakoda.

Transcription d’une page d’un dictionnaire anglais-nakoda rédigé entre 1883 et 1886 (e011055392)

 

Document manuscrit montrant deux colonnes listant respectivement des mots en anglais et des mots en innu-aimun.

Page d’un carnet où sont notés des mots en innu-aimun appris dans le cadre d’échanges commerciaux, vers 1805 (e011211380)

Les archives aident à découvrir le passé, mais elles peuvent aussi contribuer au maintien et à la protection des langues. Elles peuvent servir à préserver et rendre accessibles aux générations futures de nouvelles ressources qui témoignent de la connaissance actuelle d’une langue par les personnes qui la parlent couramment.

Les archives sont des centres de ressources physiques ou numériques pour ceux et celles qui apprennent une langue; elles donnent accès à de nombreux documents de nature linguistique. La collaboration entre les responsables des projets de revitalisation, les gardiens de la langue et les archivistes garantit que nos petits-enfants seront fiers de leur identité et s’épanouiront grâce à elle, non seulement en parlant leur langue traditionnelle, mais aussi en écoutant leurs ancêtres la parler.

Ne manquez pas les prochains blogues sur les ressources accessibles à Bibliothèque et Archives Canada concernant les langues des Premières Nations, des Inuits et de la Nation métisse.

Ce blogue fait partie d’une série portant sur les Initiatives du patrimoine documentaire autochtone. Apprenez-en plus sur la façon dont Bibliothèque et Archives Canada (BAC) améliore l’accès aux collections en lien avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Voyez aussi comment BAC appuie les communautés en matière de préservation d’enregistrements de langue autochtone.


Karyne Holmes est archiviste pour le projet Nous sommes là : Voici nos histoires, visant à numériser les documents relatifs aux Autochtones conservés à Bibliothèque et Archives Canada.

La signification et la polyvalence du tikinagan

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.Elizabeth Kawenaa Montour

Encore de nos jours, le tikinagan est une partie intégrante des pratiques culturelles des peuples des Premières Nations. J’ai moi-même utilisé ce type de porte-bébé après en avoir reçu un en cadeau de ma belle-mère. Il n’était pas neuf : la peinture s’écaillait et le repose-pieds était brisé. Je l’ai apporté chez un restaurateur d’antiquités pour qu’il retouche la peinture et répare le repose-pieds. J’ai ensuite choisi un tissu fleuri pour confectionner un coussin et brodé de multiples couleurs sur une longue écharpe de denim. J’ai emmitouflé ma petite fille dans une mince couverture en flanelle, je l’ai installée dans le tikinagan et j’ai bien enroulé l’écharpe autour d’elle. Ravie de se promener dans le porte-bébé, elle s’endormait d’habitude en quelques minutes. J’utilisais le tikinagan pour l’emmener aux différents événements culturels de notre région. Mais malheureusement, il est devenu trop petit pour elle en un mois environ.

Aujourd’hui, ce tikinagan me sert de décoration; il me rappelle les premiers mois de la vie de ma fille, de précieux souvenirs. Ce n’est que plus tard, en lisant un livre sur les biens culturels des Premières Nations, que j’ai découvert sa signification culturelle et historique. Notre tikinagan ressemblait à l’un de ceux qui y étaient représentés, qui avait plus de cent ans. Les plus vieux tikinagans des Premières Nations sont exposés dans des musées ou font partie de collections privées, puisque les anthropologues et les antiquaires visitaient les communautés et abordaient directement les familles pour les acheter et les ajouter à leur collection.

Photographie noir et blanc de neuf personnes prenant la pose pour l’appareil. Un homme porte un enfant dans un tikinagan.

Réserve Caughnawaga [Kahnawake], près de Montréal, vers 1910 [de gauche à droite : Kahentinetha Horn (née Delisle), Joseph Assenaienton Horn, Peter Ronaiakarakete Horn (père) portant Peter Horn (fils) couché dans un tikinagan, Theresa Deer (née Horn), Lilie Meloche (née Horn), anonyme, Andrew Horn, anonyme]. (e010859891)

D’un océan à l’autre, la forme et les matériaux du tikinagan varient selon la culture des Premières Nations. Typiquement, les Algonquins, les Haudenosaunee (Six Nations/Iroquois) et les Nations des plaines et de la côte Ouest préfèrent le tikinagan aux autres types de porte-bébés, comme les paniers, les sacs, les écharpes, les capuchons ou les berceaux sculptés dans le bois.

Photographie noir et blanc de trois enfants. Le plus jeune est installé dans un tikinagan au motif de broderie fleurie.

Deux jeunes filles debout sur une galerie de bois tout près d’un petit garçon dans un tikinagan, Première Nation Temagami, probablement dans la région du lac Temagami (Ontario), date inconnue. (e011156793)

La base du tikinagan est constituée d’une planche de bois à laquelle on ajoute différentes composantes. À son extrémité supérieure se trouve la poignée ou l’auvent. Cette pièce, fabriquée d’un arceau de bois ou d’écorce voûtée, sert à protéger la tête de l’enfant. Une petite planche d’écorce ou une pièce de bois plat est fixée à l’extrémité inférieure et sert de repose-pieds. C’est aussi ce qui maintient l’enfant en place quand le tikinagan est à la verticale. On utilise divers matériaux pour fabriquer un tikinagan : bois, cuir, écorce, corde, fibres de plantes, fibres tissées, ou toute combinaison de ces matériaux. On peut le personnaliser en y ajoutant de la gravure, de la sculpture, de la peinture ou des décorations. Puisque les nouveau-nés grandissent vite, on utilise parfois une deuxième planche, plus grande, pour suivre les poussées de croissance. Certaines familles se partagent une même planche qu’elles prêtent aux nouvelles mamans qui en ont besoin. Dans certains cas, les femmes enceintes demandent expressément la fabrication d’un tikinagan, qui peut être un objet simplement utilitaire ou une véritable œuvre d’art.

Photographie noir et blanc d’une femme et de deux enfants dans un canot. Un des enfants est endormi dans un tikinagan.

Une femme atikamekw, un bébé dans un tikinagan et une petite fille, tous à bord d’un canot, Sanmaur (Québec), vers 1928. (a044224)

Grâce au tikinagan, une mère peut reprendre ses activités quotidiennes plus facilement après l’accouchement, tout en gardant son nouveau-né à proximité. Il s’agit d’une méthode sécuritaire et rassurante pour transporter l’enfant, qui y est emmailloté, c’est-à-dire emmitouflé dans une couverture mince qui retient juste assez fermement ses bras. On considère que cette position est bénéfique pour la posture du bébé, dont la colonne vertébrale est maintenue droite par la planche. Quand le porte-bébé est à l’horizontale, une barre sous la planche élève la tête de l’enfant légèrement plus haut que ses pieds, ce qui, grâce à la gravité, favorise la circulation sanguine. Bien sûr, les bébés ne sont pas toujours dans un tikinagan; c’est la situation qui justifie son utilisation.

Photographie noir et blanc de huit personnes en forêt, dont un bébé dans un tikinagan. On voit un canot à l’avant-plan.

Une famille de Premières Nations au portage d’Ishkaugua [île Newton, Ontario], 1905. (a059502)

Après avoir emmailloté le bébé, on l’installe sur la planche recouverte d’un mince coussin, puis on enroule d’une écharpe l’enfant, le coussin et la planche pour que tout reste en place. On peut aussi mettre l’enfant dans un nid d’ange (aussi appelé sac de mousse) fait de cuir ou de tissu qu’on peut facilement fixer sur la planche à l’aide de lacets de cuir ou de corde; le nid d’ange est tout aussi facile à enlever. Parfois, la mère ou ses proches confectionnent des écharpes et des couvertures supplémentaires, ornées de motifs originaux de broderies, de perles et de rubans pouvant représenter des symboles traditionnels ou de clan, ou encore des plantes, des animaux ou la nature.

On fabrique aussi de petits tikinagans pour les enfants. Ainsi, les jeunes filles peuvent se préparer à prendre soin d’un bébé et développer leur instinct maternel tout en jouant. Habituellement, c’est un bout de tissu, une poupée de feuilles de maïs ou un bouquet de sauge ou d’une autre plante séchée qui sert de bébé.

Photographie noir et blanc de sept femmes, sept enfants et une adolescente sur la rive d’un lac. Deux des enfants sont dans des tikinagans.

Des femmes et des enfants cris, Little Grand Rapids (Manitoba), 1925. (a019995)

Zone de l’est

Les tikinagans des nations haudenosaunee (Six Nations/Iroquois) et algonquine ont comme base une planche de bois. À l’arrière des tikinagans des Haudenosaunee, on trouve généralement des gravures peu profondes représentant des animaux, des fleurs et des feuilles peintes dans des couleurs de base comme le rouge, le noir, le vert, le jaune et le bleu. Le haut de la planche, la poignée, le repose-pieds et la barre de bois peuvent aussi comporter d’autres gravures. En de rares occasions, on a également déjà vu de l’argent et d’autres métaux incrustés dans la barre.

Photographie couleur d’un homme portant une chemise blanche et mauve assis à une table et parlant dans un microphone. Devant lui sur la table, un bébé est couché dans un tikinagan dont le tissu est blanc et rouge.

Kenneth Atsenienton (« la flamme brûle toujours ») Deer et son petit-fils Shakowennenhawi (« il porte le message ») Deer à la Commission royale sur les peuples autochtones, Kahnawake (Québec), mai 1993. (e011207022)

Dans certains cas, des éléments de la structure sont fixés au moyen de chevilles de bois. Les poignées sont renforcées de lanières de cuir, d’intestin ou de corde; la courbe des poignées est réalisée à partir de bois dur passé à la vapeur, puis plié. Chez les Haudenosaunee, les poignées de bois sont droites; chez les Algonquins, elles sont courbées. Dans tous les cas, on peut poser une couverture sur la poignée pour protéger l’enfant des éléments ou lui offrir un endroit calme. On peut aussi y accrocher des objets à regarder comme des guirlandes de perles, des breloques ou encore des hochets. Le repose-pieds de certains porte-bébés algonquins consiste en une seule pièce de bois courbée, remontant de chaque côté de la planche.

Le tikinagan peut être porté sur le dos au moyen d’une ceinture ou de courroies attachées à la planche, puis enroulées autour de la poitrine ou du front pour libérer les mains.

Une aquarelle représentant deux femmes et un homme. Une des femmes tient une pipe et porte un enfant dans un tikanigan sur son dos. L’homme tient un fusil.

Aquarelle montrant une femme qui porte un bébé dans un tikinagan, vers 1825-1826. (e008299398)

Zone de l’ouest

Les membres des Premières Nations de la région des plaines recouvrent le cuir ou le tissu du tikinagan de leurs parures perlées traditionnelles; les nourrissons sont installés dans une sorte d’enveloppe fixée à la planche.

Sur la côte nord-ouest, on utilise plusieurs types de tikinagans ainsi que des berceaux sculptés dans le bois. Les porte-bébés y sont faits de fibres végétales tissées, de planches de cèdre et de bûches de bois évidées.

De nos jours, les graveurs et les sculpteurs des Premières Nations perpétuent la tradition des tikinagans. Pour célébrer la naissance de nouvelles générations, ils allient les savoirs d’autrefois à des conceptions plus modernes, comprenant des éléments personnalisés et des représentations stylistiques de la culture d’aujourd’hui.

Visitez l’album Flickr sur les tikinagans pour plus d’images.

Ce blogue fait partie d’une série portant sur les Initiatives du patrimoine documentaire autochtone. Apprenez-en plus sur la façon dont Bibliothèque et Archives Canada (BAC) améliore l’accès aux collections en lien avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Voyez aussi comment BAC appuie les communautés en matière de préservation d’enregistrements de langue autochtone.


Elizabeth Kawenaa Montour est archiviste de projet à la Division du contenu en ligne de la Direction générale des services au public, à Bibliothèque et Archives Canada.

Force et puissance : les soldats autochtones, de l’Égypte à l’Europe de la Première Guerre mondiale

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.Par Elizabeth Kawenaa Montour et Sara Chatfield

 Lorsque des membres des Premières Nations, de la Nation inuite et de la Nation métisse ont été recrutés pour participer à la Première Guerre mondiale, en 1914, aucun ne connaissait le nouveau visage des combats au 20e siècle.

En 1884, lors de ce qu’on pourrait qualifier de prélude à la Grande Guerre, environ 56 Kanyen’kehà:kas (Mohawks), 30 Ojibwés et 19 Métis avaient pris part à une expédition britannique de six mois sur le Nil, en Égypte. Ils avaient été choisis pour leur force, leur endurance et leur habileté à manœuvrer embarcations et radeaux; des qualités nécessaires pour naviguer dans les cataractes et les rapides du Nil. Mais les 400 hommes du groupe n’ont pas combattu activement, puisqu’ils sont arrivés deux jours après la prise de Khartoum, au Soudan, et le décès du major britannique Charles G. Gordon.

Les membres de l’expédition sont donc rentrés au bercail, 16 hommes en moins. Ils ont pu témoigner de tout ce qu’ils avaient vu pendant leur voyage sur le Nil : temples monolithiques et statues sculptées dans les collines d’Abou Simbel, sphinx de Gizeh, pyramides, marchés exotiques et scènes de la vie égyptienne au Caire.

Photo noir et blanc d’un grand groupe d’hommes posant devant les édifices du Parlement.

Voyageurs canadiens devant le Parlement (détail du contingent canadien du Nil), 1884. (c002877)

Trois décennies plus tard, on retrouve à nouveau les soldats autochtones sous les drapeaux : alors que la Première Guerre mondiale fait rage, ils participent à une expédition militaire outre-mer avec le Corps expéditionnaire canadien (CEC). C’est pour eux une occasion de voir le monde, de prouver leur courage et de démontrer leurs aptitudes au combat. Mais ces combats ainsi que les stratégies ont grandement changé. Les soldats sont dorénavant confrontés aux armes chimiques, aux mitrailleuses, aux avions de chasse, aux véhicules blindés et à la guerre de tranchées.

Notre nouveau défi Co-Lab, Correspondance sur les soldats des Premières Nations rapatriés après la Première Guerre mondiale met en lumière le vécu des soldats autochtones pendant la guerre et après leur rapatriement, ainsi que l’impact de leur absence dans leurs communautés. En fait, ils contiennent davantage de renseignements que les traditionnels dossiers du personnel de la Première Guerre mondiale. On peut y apprendre, par exemple, ce qu’un soldat comptait faire après la guerre, s’il possédait des terres ou des animaux de ferme, ou s’il était apte à pratiquer l’agriculture; ou encore, s’il souffrait d’incapacités, avec qui il vivait, et s’il avait des personnes à sa charge.

La présence de ces informations additionnelles s’explique par le fait que ces dossiers ont été créés par l’ancien ministère des Affaires indiennes, où un « agent des Indiens » fédéral a inclus des renseignements personnels et des commentaires sur les soldats des Premières Nations qui rentraient au pays. Tel n’était pas le cas pour les soldats non autochtones : il n’existe aucune série de dossiers semblables pour le reste du Corps expéditionnaire canadien.

Page du Indian Agent’s Office (Bureau de l’agent des Indiens), Chippewa Hill, bureau de Saugeen, 14 février 1919.

Document fournissant des renseignements sur John Besito, envoyé à Duncan Campbell Scott par T. A. Stout le 14 février 1919; RG 10, vol. 6771, dossier 452-30. (Image trouvée sur Canadiana)

Tous ces renseignements ont été intégrés aux dossiers du gouvernement fédéral conservés à Ottawa.

Autre particularité : les « agents des Indiens » se sont penchés sur la vie des soldats après leur service. L’information recueillie comprend des renseignements privés obtenus à titre gratuit et des jugements personnels sur les anciens combattants et leur retour à la vie civile. Par exemple, les notes du Bureau de l’agent des Indiens pour le soldat John Besito, recueillies en février 1919 par le bureau de Saugeen, en Ontario, indiquent : « Il possède un terrain de 50 acres dans la réserve. Il a une maison et quelques améliorations sur son terrain. »

En plus de renseignements administratifs (comme les numéros de matricule des soldats et leur appartenance à des organismes ou à des bandes des Premières Nations), ces dossiers nous donnent des renseignements généalogiques.

Par exemple, dans une lettre adressée le 12 février 1919 au ministère des Affaires indiennes, on trouve les noms de trois soldats décédés. Rédigée par l’« agent des Indiens » du bureau de Griswold, au Manitoba, la lettre indique que ces soldats viennent des réserves d’Oak River et d’Oak Lake. Elle précise le numéro de matricule de l’un des défunts (le soldat John Taylor) et indique que le ministère des Affaires indiennes a versé une pension à sa femme et à ses deux enfants.

D’autres lettres nous informent que le soldat Gilbert Moore, tué au combat le 24 mars 1918, a laissé ses parents dans des conditions difficiles et que ceux-ci ont fait une demande de pension; ou encore, que le soldat Thomas Kasto a laissé derrière lui sa mère, et que cette dernière a touché une pension.

Portrait studio en noir et blanc d’un soldat de la Première Guerre mondiale, vêtu d’un uniforme, qui tient une carabine.

Michael Ackabee, soldat membre du Corps expéditionnaire canadien. (e005176082)

Par ailleurs, les dossiers font aussi mention des femmes des Premières Nations qui ont appuyé l’effort de guerre, par exemple en versant des fonds à des organismes comme la Croix-Rouge, le Girls Overseas Comfort Club et le Fonds patriotique canadien. Des femmes ont également tricoté des chaussettes et cousu des chemises, envoyées par colis à l’étranger pour offrir un peu de réconfort aux leurs. D’autres ont amassé des fonds en fabriquant et en vendant des parures perlées, des paniers tissés et des courtepointes.

Les soldats autochtones qui ont survécu à la guerre sont souvent rentrés chez eux transformés, tant positivement que négativement. Jusqu’à son décès en 1955, le sapeur Peter Taylor, un soldat de Kahnawake, a souffert de complications causées par l’empoisonnement au gaz moutarde. Le soldat Tom Longboat, coureur de fond olympique et membre de la réserve des Six Nations de la rivière Grand, est rentré de France pour constater que sa femme s’était remariée après avoir été informée à tort de son décès.

Photo noir et blanc de deux militaires portant un uniforme de la Première Guerre mondiale. Assis, sourire aux lèvres, ils achètent un journal d’un jeune garçon. Le militaire à droite prend le journal d’une main et donne l’argent au garçon de l’autre.

Le soldat Tom Longboat, coureur de fond onondaga, achète un journal d’un garçon français, juin 1917. (a001479)

Bon nombre de soldats rapatriés ont souffert tant physiquement que mentalement. Nous leur sommes reconnaissants de leurs sacrifices et de leur service, et ils seront à jamais reconnus, honorés et respectés.

Ce blogue fait partie d’une série portant sur les Initiatives du patrimoine documentaire autochtone. Apprenez-en plus sur la façon dont Bibliothèque et Archives Canada (BAC) améliore l’accès aux collections en lien avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Voyez aussi comment BAC appuie les communautés en matière de préservation d’enregistrements de langue autochtone.


Elizabeth Kawenaa Montour est archiviste de projet et Sara Chatfield est gestionnaire de projet à la Division des expositions et du contenu en ligne de la Direction générale des services au public de Bibliothèque et Archives Canada.

Chef Poundmaker : réhabiliter la mémoire d’un artisan de la paix

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.

Anna Heffernan

Pîhtokahanapiwiyin était un chef des Cris des Plaines connu sous le nom de « Chief Poundmaker » en anglais. En 1885, il fut jugé et condamné pour trahison après son implication présumée dans la rébellion/résistance du Nord-Ouest. Le 23 mai 2019, soit 134 ans plus tard, le gouvernement canadien l’a innocenté à titre posthume et a présenté des excuses officielles à la Nation crie Poundmaker de la Saskatchewan, dont font partie un grand nombre de ses descendants. Son peuple ainsi que d’autres Premières Nations des Plaines ayant entretenu sa mémoire gardent le souvenir d’un dirigeant qui a toujours œuvré pour la paix, même dans l’adversité. Après avoir été portée pendant des décennies par sa communauté, l’histoire de Poundmaker est maintenant connue du reste des Canadiens, grâce à la reconnaissance de son innocence. Bibliothèque et Archives Canada possède de nombreux documents et photographies qui relatent son histoire.

Poundmaker naît vers 1842 d’un père de la Nation des Stoneys-Nakodas et d’une mère métisse d’ascendance canadienne-française et crie, près de Battleford, dans l’actuelle Saskatchewan. Au début des années 1870, un chef pied-noir influent, Isapo-Muxika (Pied-de-Corbeau), adopte Poundmaker et lui donne le nom de Makoyi-koh-kin (Loup-aux-Jambes-Frêles), en souvenir d’un fils perdu au combat. Poundmaker retourne chez les Cris après avoir vécu quelque temps parmi les Pieds-Noirs, tout en continuant à entretenir une amitié avec son père adoptif.

Photographie en noir et blanc de Poundmaker debout devant un tipi avec un bonnet de fourrure, une chemise, une veste, une couverture autour de la taille et des mocassins. Sa femme se tient à ses côtés, vêtue d’une robe et d’une couverture jetée sur les épaules

Pîhtokahanapiwiyin (Poundmaker, à droite, avec sa femme, vers 1884 (a066596-v8).

Photographie en noir et blanc d’Isapo-Muxika (Pied-de-Corbeau) assis, tenant un éventail en plumes d’aigle et portant une chemise de peau ornée de fourrure et de perles ou de plumes.

Isapo-Muxika (Pied-de-Corbeau) en 1886 (c001871).

En août 1876, Poundmaker devenu chef participe aux négociations du Traité no 6. Il réussit à faire ajouter au traité une clause sur la famine, par laquelle le gouvernement canadien s’engage à fournir des rations aux nations signataires en cas de pénurie alimentaire. Après avoir établi que la majorité de sa bande était en faveur d’un traité, Poundmaker signe l’accord le 23 août 1876. En 1879, il s’installe avec les siens dans une réserve à environ 65 kilomètres (40 milles) à l’ouest de Battleford.

Malgré les colonies qui ne cessaient de s’étendre dans l’Ouest, amenuisant d’autant les terres et le gibier dont dépendaient les Premières Nations pour survivre, Poundmaker exhorte son peuple à demeurer pacifique. Il fait valoir que la guerre n’est plus une option viable et déclare que « notre unique ressource est notre travail, notre industrie, nos fermes ». En 1883, le gouvernement canadien réduit les rations qu’il fournissait aux Premières Nations, et nombre d’entre elles dénoncent le non-respect des promesses faites dans le traité.

En juin 1884, plusieurs bandes se rendent dans la réserve de Poundmaker pour discuter de la situation, notamment Mistahimaskwa (Big Bear) et ses partisans. Plus de 2 000 Cris réunis tiennent alors une danse de la soif (ou danse du soleil), une cérémonie sacrée dans les traditions de nombreuses Nations des Plaines. La Police à cheval du Nord-Ouest tente de disperser les Cris et d’empêcher la danse de la soif. Poundmaker et Big Bear parviennent à maintenir une paix temporaire, mais il est clair que les tensions entre les Premières Nations et les forces policières sont vives et qu’il est de plus en plus difficile de maîtriser les jeunes guerriers des bandes.

En 1885, des représentants des Métis du district de la Saskatchewan, dans les Territoires du Nord-Ouest, écrivent à Louis Riel, qui vit à l’époque sur le territoire du Montana. Eux aussi souffrent de l’expansion des colonies blanches et du manque de reconnaissance de leurs droits par le gouvernement; ils demandent donc à Riel de revenir dans la région pour les aider. Les dirigeants des Cris et d’autres Premières Nations continuent de se rencontrer pour parler de la dégradation de leurs conditions. Vu le déclin des troupeaux de bisons, la chasse ne constitue plus une source fiable de nourriture. La transition vers l’agriculture est difficile, et tant les fermes des Autochtones que celles des colons de la région ne parviennent pas à produire assez de récoltes. De nombreux Cris sont affamés, et leurs chefs cherchent désespérément une solution.

Aux yeux de la presse coloniale blanche, les mouvements des Métis et des Premières Nations sont du pareil au même. Mais dans les faits, s’ils partagent de nombreux griefs, leurs dirigeants sont loin d’être unis. Poundmaker entend faire pression sur le gouvernement canadien par des moyens pacifiques pour qu’il honore les promesses faites dans le traité. Mais alors que la résistance s’organise parmi les Métis, certains membres de la bande de Poundmaker décident de combattre à leurs côtés. Dans des papiers de Louis Riel saisis à Batoche, on a trouvé les versions française et anglaise d’une lettre de Poundmaker en réponse à Riel. Le courrier de Poundmaker a vraisemblablement été traduit du cri au français à l’intention de Riel.

Lettre rédigée à la main en français.

Traductions de la lettre de Poundmaker à Riel, trouvées dans les papiers de Riel saisis à Batoche. (e011303061)

Lettre rédigée à la main en français.

Traductions de la lettre de Poundmaker à Riel, trouvées dans les papiers de Riel saisis à Batoche. (e011303061)

La lettre n’est pas datée. D’après son contenu, on présume qu’elle a été rédigée à la suite de la bataille de Duck Lake, le premier affrontement de la rébellion/résistance du Nord-Ouest, qui opposait la Police à cheval du Nord-Ouest et les forces métisses du commandant Gabriel Dumont. Dans sa lettre, Poundmaker témoigne son respect à Riel, mais il lui dit aussi clairement qu’il n’entend pas se joindre au combat et qu’il est prêt à négocier avec l’armée. La traduction dit ainsi : « Nous avons tous mis bas les armes et nous voulons que la guerre soit finie entre nous. Lorsque le Général sera arrivé, je suis prêt à m’entendre avec lui avec les plus sincères intentions et la plus entière soumission. »

Poundmaker voit une occasion dans la victoire des Métis à Duck Lake. Il veut tirer profit des conditions incertaines dans lesquelles le gouvernement canadien se trouve pour négocier des provisions et des rations. Son peuple en a désespérément besoin, et le gouvernement est obligé de lui en fournir selon le traité. La bande de Poundmaker ainsi qu’une bande de Stoneys-Nakodas qui campaient à ses côtés se rendent à Battleford pour ouvrir des négociations avec l’agent des Indiens. Les colons blancs avaient déserté la ville et s’étaient réfugiés dans le fort auprès de l’agent. Après une journée d’attente, les membres affamés de la bande pillent les maisons désertées de Battleford à la recherche de nourriture, malgré les tentatives de Poundmaker pour les en empêcher. Bien qu’il ait été largement exagéré par la presse à l’époque, le « pillage de Battleford » était un acte de désespoir, et non une action visant à déclencher un conflit.

Après que l’agent des Indiens eut refusé de rencontrer Poundmaker, la bande quitte la ville et installe son campement à Cut Knife Creek. Certains des guerriers érigent au campement un pavillon pour les combattants, signe que ces derniers ont pris le contrôle de la communauté. Pendant ce temps, le lieutenant-colonel William Otter et sa troupe de soldats se rendent à Battleford. Le 31 avril 1885, il met en branle plus de 300 hommes pour attaquer la bande de Poundmaker, en représailles à l’assaut supposé de Battleford. Ils arrivent à Cut Knife Creek le 2 mai. Poundmaker ne participe pas à la bataille qui dure sept heures, jusqu’au retrait d’Otter. Poundmaker convainc les guerriers de ne pas poursuivre l’armée qui bat en retraite, ce qui épargne bien des vies. À la suite de cette attaque, de nombreux guerriers du camp de Poundmaker rejoignent les rangs des forces métisses à Batoche. Le 12 mai, les forces de Riel sont défaites. Apprenant la nouvelle, Poundmaker envoie un message à Battleford pour offrir de négocier la paix. Le major général Frederick Middleton répond qu’il ne négociera pas et demande la capitulation sans condition de Poundmaker. Le 26 mai, Poundmaker accepte de se rendre et se présente à Battleford, où il est arrêté.

Peinture à l’huile d’une foule de membres des Premières Nations, certains debout et d’autres assis, en demi-cercle, avec des tipis en arrière-plan. Le chef Poundmaker est assis sur le sol au centre, une pipe de cérémonie devant lui. Le général Middleton est assis sur une chaise sur la droite, plusieurs soldats debout à ses côtés.

Poundmaker rendant les armes au major général Middleton à Battleford, Saskatchewan, le 26 mai 1885. Peinture à l’huile de R. W. Rutherford, 1887 (e011165548_s1).

Le 17 août 1885, le procès pour trahison de Poundmaker commence à Regina. Il dure deux jours. Nous possédons dans notre collection un compte rendu écrit du témoignage que livra alors Poundmaker. Ces notes ont été retrouvées parmi divers documents, dans une boîte appartenant au fonds du ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien. Malheureusement, l’auteur de ce compte rendu est inconnu.

Page rédigée à la main en anglais.

Compte rendu du témoignage de Poundmaker lors de son procès en 1885 (e011303044).

Poundmaker s’adresse à la cour en cri, mais un interprète traduit ses propos en anglais. Le compte rendu présente ainsi ses mots : « J’ai fait tout ce que j’ai pu pour empêcher un bain de sang. Si j’avais voulu la guerre, je ne serais pas ici maintenant, mais dans la prairie. Vous ne m’avez pas arrêté, je me suis rendu. Vous me détenez parce que je voulais la paix. » Le jury délibère pendant une demi-heure avant de prononcer un verdict de culpabilité. Le juge condamne Poundmaker à trois ans de prison. La décision a un effet immédiatement visible chez ce dernier. Selon l’auteur du compte rendu, après avoir entendu le prononcé de sa peine, Poundmaker déclare : « Pendez-moi maintenant. Je préfère mourir plutôt que d’être enfermé. »

Chez cet homme qui a passé sa vie au grand air à chasser et à guider son peuple, l’incarcération a des conséquences désastreuses. Après seulement une année à la prison de Stony Mountain, Poundmaker est libéré, sa santé s’étant gravement détériorée. Quatre mois plus tard, il meurt d’une hémorragie pulmonaire alors qu’il rend visite à son père adoptif Pied-de-Corbeau dans la réserve des Siksikas.

Rien ne pourra réparer l’injustice de l’emprisonnement de Poundmaker, ni effacer les dommages subis par sa bande et les Cris des Plaines à qui on a ôté un chef. Toutefois, la reconnaissance de cette injustice est une étape vers une meilleure entente entre les peuples autochtones et le reste des Canadiens.

Ce blogue fait partie d’une série portant sur les Initiatives du patrimoine documentaire autochtone. Apprenez-en plus sur la façon dont Bibliothèque et Archives Canada (BAC) améliore l’accès aux collections en lien avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Voyez aussi comment BAC appuie les communautés en matière de préservation d’enregistrements de langue autochtone.


Anna Heffernan est archiviste et chercheure pour Nous sommes là : Voici nos histoires, une initiative de Bibliothèque et Archives Canada visant à numériser le contenu autochtone de ses collections.

Judith-Pauline White, photographe du Nunatsiavut

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.Par Heather Campbell

Photographie noir et blanc d’une Inuite faisant face à l’appareil photo. La jeune fille porte un amauti blanc (un manteau de femme ou de fille muni d’un grand capuchon) et se tient devant un bâtiment, tandis qu’une femme regarde par une fenêtre derrière elle.

Jeune Inuite devant un bâtiment; une femme regarde par une fenêtre derrière elle, entre 1900 et 1950. (e011307844)

Judith-Pauline White (née Hunter) est une Inuite née en 1905 à Hebron, Terre-Neuve (maintenant Terre-Neuve-et-Labrador), environ 200 kilomètres au nord de Nain, au Labrador. En 1922, elle épouse un propriétaire de poste de traite bien connu, Richard White, et devient ainsi la belle-mère de la fille de White. Le couple aura cinq enfants. Le poste de traite Richard (Dick) White, qui est devenu un édifice patrimonial, est situé à Kauk, environ 4 kilomètres au sud de Nain et 34 kilomètres au nord de la baie de Voisey.

Mme White, une photographe amateur, prend des photos dans la région à partir des années 1920. Dans les années 1950, elle rencontre l’anthropologue Alika Podolinsky Webber, venue au Labrador pour mener des recherches dans le cadre de sa thèse sur l’art des Innus Mushuau (de la Nation innue). Podolinsky Webber se rend à Kauk, car ce poste de traite est un lieu de rencontre pour les Innus et les Inuits sur la côte nord du Labrador.

Mme White expédie des documents à Podolinsky Webber après le décès de Richard White, en 1960. Ces documents comprennent des photographies et des négatifs de plus de 200 scènes de la vie quotidienne et des environs du poste de traite. Les photographies prises par White (voir les niveaux hiérarchiques inférieurs) représentent des Innus et des Inuits, et constituent des documents visuels authentiques de la vie au Labrador des années 1920 aux années 1950. Cette mine d’information, bien dissimulée pendant des décennies avant d’être offerte à Bibliothèque et Archives Canada en 2007, est maintenant accessible au public.

Une photographie noir et blanc d’un Innu regardant l’appareil photo, vêtu de vêtements traditionnels et assis sur une pile de provisions. À l’arrière-plan, plusieurs personnes se tiennent debout devant une maison de couleur foncée percée de deux petites fenêtres.

Innus en déplacement entre 1925 et 1940. (e011305800)

Étant moi-même une Inuite du Nunatsiavut, une artiste et une ancienne conservatrice, je m’intéresse beaucoup à la vie et à l’œuvre de cette photographe. Je ne peux m’empêcher de penser au célèbre photographe inuit Peter Pitseolak, de Cape Dorset. Avec ses instantanés de la vie inuite pris dans les années 1940 et 1950, il fut l’un des premiers Inuits à tourner l’appareil photo vers sa propre communauté, au lieu de faire lui-même l’objet d’études ethnographiques. À l’insu de Pitseolak et de ceux qui ont suivi ses traces, quelque part au Nunatsiavut, une femme inuite prenait elle aussi des photos de la vie quotidienne. Pourquoi n’avons-nous jamais entendu parler d’elle?

La chercheuse inuite Heather Igloliorte explique dans le numéro automne-hiver 2015 de la revue Inuit Art Quarterly que, lorsque Terre-Neuve a joint la Confédération en 1949, la Loi sur les Indiens excluait les Inuits du Nunatsiavut :

Les artistes inuits du Labrador ont malheureusement été exclus de presque tous les projets découlant des efforts concertés de James Houston (qui a « découvert » l’art inuit moderne), du gouvernement, de la Canadian Guild of Crafts, de la Compagnie de la Baie d’Hudson et de bien d’autres intervenants, car il a fallu attendre des décennies avant que le gouvernement fédéral ne reconnaisse officiellement qu’il y avait des Inuits au Labrador. Nous n’avons établi aucun studio ou coopérative, ni tissé de relations avec le milieu des arts dans le sud du Canada, ni développé de marchés nationaux ou internationaux pour vendre nos œuvres. Avant 1991, nous n’avions même pas le droit d’utiliser la très répandue « étiquette L’Igloo » pour authentifier nos œuvres. [Traduction]

Une photographie noir et blanc d’une femme debout à la fenêtre d’un bâtiment en bois, portant une robe avec un collet blanc et une chaîne ornée d’une grande croix. Dans le coin inférieur gauche de la fenêtre, un enfant regarde en direction de l’appareil photo.

Femme debout à la fenêtre, vers 1900-1950. (e011307849)

White prenait encore des photos lorsque Terre-Neuve a joint la Confédération. Mais à l’époque, les musées et les expositions ne présentaient pas d’artistes inuits du Nunatsiavut. Ces derniers vendaient leurs œuvres de porte à porte, dans des boutiques d’artisanat locales ou à des visiteurs occasionnels. Nous ne pouvons qu’imaginer comment le milieu de l’art inuit aurait réagi à l’œuvre de White si les gouvernements provincial et fédéral de l’époque avaient soutenu et reconnu les artistes inuits du Nunatsiavut.

Nous sommes reconnaissants envers la succession d’Alika Podolinsky Webber pour son précieux don. Ce témoignage visuel de la passion de Judith-Pauline White pour la photographie, et de sa volonté de documenter la culture des Innus et des Inuits du Labrador, est maintenant accessible en ligne pour le grand public.

Une photographie noir et blanc d’un Innu avec trois membres de sa famille. Les hommes et un jeune garçon portent un manteau et des mitaines en fourrure. Il y a une tente et des arbres à l’arrière-plan.

Un Innu nommé Pasna et sa famille, vers 1920-1940. (e008299593)

Allez visiter le site Flickr pour voir une plus grande sélection des photos de Judith-Pauline White.

Ce blogue fait partie d’une série portant sur les Initiatives du patrimoine documentaire autochtone. Apprenez-en plus sur la façon dont Bibliothèque et Archives Canada (BAC) améliore l’accès aux collections en lien avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Voyez aussi comment BAC appuie les communautés en matière de préservation d’enregistrements de langue autochtone.


Heather Campbell travaille comme archiviste à la Direction générale des services au public de Bibliothèque et Archives Canada.

Traités passés et actuels avec les peuples autochtones

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.Par Elizabeth Kawenaa Montour

Des traités entre les peuples autochtones et les colons ont été conclus durant la période des premiers contacts et continuent d’être négociés de nos jours. Le paragraphe 35(1) de la Loi constitutionnelle de 1982 reconnaît et confirme les droits existants — ancestraux ou issus de traités — des peuples autochtones au Canada. Les collections de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) comprennent des traités autochtones antérieurs et postérieurs à la Confédération et des documents liés aux traités. Notre site Web présente un éventail de ce contenu afin que le public en ait une meilleure connaissance et puisse y avoir accès. Les traités modernes se trouvent dans le sous-fonds du Programme des affaires indiennes et inuit. BAC conserve bon nombre de traités, mais ne les possède pas tous. Notre catalogue contient des descriptions des traités modernes, mais certains ne sont pas encore accessibles au public. Bon nombre des premiers traités et accords conclus dans les régions de l’Ouest et des Maritimes sont archivés dans d’autres institutions.

Illustration en grisaille d’un coteau où sont plantés une tente et des drapeaux, de soldats à cheval, de gens d’une Première Nation, de nombreux tipis s’élevant dans une vallée et d’un chariot. L’image est encadrée par des arbres au premier plan et des nuages en arrière-plan. Les mots « Canadian Illustrated News » [Nouvelles illustrées du Canada] et « December 16, 1876 » [16 décembre 1876] apparaissent sur le côté de l’image.

Traité avec les Sakâwiyiniwak (Cris des bois) de Saskatchewan à Fort Carlton (Traité nᵒ 6 de l’Ouest) (e002140161)

Le mot « traité » semble appartenir à un langage diplomatique désuet. En fait, les traités sont des accords, reconnus par la Constitution, entre la Couronne et les peuples autochtones. On continue de nos jours à négocier et à signer de tels accords. Les traités documentent la façon dont le Canada s’est développé dans sa forme actuelle. L’évolution historique des traités est très complexe, et chacun est unique. Idéalement, l’intention et la portée d’un traité devraient reposer sur une compréhension claire et commune des intérêts et des résultats pour les parties prenantes. En réalité, les premiers traités étaient des ententes entre deux parties de cultures fort différentes, ce qui a eu une incidence sur la compréhension et les résultats. Bon nombre de ces types de documents ont été néfastes pour les peuples autochtones, entraînant l’érosion de leur culture et la perte de leurs assises territoriales.

Une page manuscrite qui comprend le lieu, la date, les parties, les signataires et une partie du texte du Traité nᵒ 5 de l’Ouest.

Traité nᵒ 5 de l’Ouest – Traité et traités supplémentaires avec les Premières Nations à la rivière Berens, à Norway House, à Grand Rapids et à Wapang – IT 285 (e002995143)

Photo en noir et blanc d’un obélisque avec un chariot sur roues à proximité.

Monument du traité des Premières Nations à Fort Qu’Appelle, Saskatchewan (Traité nᵒ 4 de l’Ouest) (a019282)

Les traités d’avant la Confédération, depuis les contacts jusqu’à 1867

Les traités conclus avant la Confédération impliquaient divers acteurs politiques changeants. Les colons concernés pouvaient être d’origine néerlandaise, française, britannique ou autre; les terres étaient classées sous des noms comme la Nouvelle-France, l’Amérique du Nord britannique, la Terre de Rupert, le Haut-Canada, le Bas-Canada, l’Ouest canadien (l’Ontario), le Canada de l’Est (le Québec) et l’Amérique coloniale (les Treize colonies). Les premiers traités de l’Est étaient des traités « de paix et d’amitié », qui visaient à prévenir les conflits. Certains définissaient des protocoles ayant trait aux traditions orales, aux objets symboliques et à des coutumes comme l’utilisation de pipes, de tabac et de ceintures wampum. Ils ont permis de transmettre et de souligner l’importance d’un message commun. À partir de 1818, des paiements annuels en vertu de traités ont été effectués aux Premières Nations qui avaient signé des traités. Cette pratique se poursuit, et certains versements sont encore faits de nos jours à celles qui y sont admissibles.

Les traités d’après la Confédération, de 1867 à 1975

Les traités numérotés de l’Ouest, de 1 à 11, couvraient des régions allant de la pointe sud de la baie James vers l’ouest jusqu’aux montagnes Rocheuses, de la frontière des États-Unis vers le nord jusqu’à la mer de Beaufort. Ils ne doivent pas être confondus avec les cessions de terres du Haut-Canada, qui sont elles aussi numérotées. Les plaines de l’Ouest ont pour la plupart été cédées au gouvernement canadien au moyen de traités, ce qui était important parce que la Proclamation royale de 1763 stipulait que les colons ne pouvaient s’établir sur des terres à moins qu’elles n’aient été cédées à la Couronne par les Premières Nations. En 1871, la Colombie‑Britannique est entrée dans la Confédération avec la promesse qu’un chemin de fer transcontinental serait construit dans les 10 années suivantes. Le Manitoba a été créé à partir de la Terre de Rupert en 1870, suivi de l’Alberta et de la Saskatchewan en 1905.

Une photographie en noir et blanc où des hommes des Premières Nations et des représentants du gouvernement posent devant des documents du traité, avec un drapeau en arrière-plan.

Signature du traité à Windigo (Ontario) le 18 juillet 1930 (Traité nᵒ 9 de l’Ouest) (C068920)

Photographie en noir et blanc d’une rangée de danseurs des Premières Nations, avec un bâtiment et des tentes en arrière-plan.

1937 : « 6 h du matin et la danse du traité continue de plus belle » à Fort Rae, dans les Territoires du Nord-Ouest; Tlichos (Flancs-de-chien) de la collectivité de Behchoko (anciennement Rae-Edzo) (a073741)

Photographie aérienne en noir et blanc d’une rive avec des routes étroites, des tentes et des gens qui marchent. À droite, il y a des arbres et un bâtiment qui ressemble à une grange.

Des Maskêkowiyiniwak (Cris Moskégons) campent sur les rives de Moose Factory (Ontario) en 1935 pour recevoir les paiements du Traité no 9 (a094977)

Les traités modernes, de 1975 à aujourd’hui

La Convention de la Baie James et du Nord québécois (1975) est une entente historique, la première d’importance conclue entre la Couronne et les peuples autochtones au Canada depuis les traités numérotés. Elle a été modifiée en 1978 par les Naskapis, qui ont adhéré à l’entente dans le cadre de la Convention du Nord-Est québécois. D’autres accords ont suivi, notamment l’Accord sur les revendications territoriales du Nunavut (1993), l’Accord définitif nisga’a (2000), l’Accord sur les revendications territoriales des Inuit du Labrador – Nunatsiavut (2005) et des Inuit du Nunavik – Nord du Québec (2006), l’Accord sur les revendications territoriales concernant la région marine d’Eeyou (2010), l’Entente Tshash Petapen [ou « Nouveau jour »] avec les Innus du Labrador (2011) et plus encore.

Loi de 2016 sur la Semaine de reconnaissance des traités (Ontario)

Une page manuscrite à l’encre noire avec lettrine et bordures en rouge, titrée « Indian Treaty » (Traité avec les Indiens), qui comprend la date, les parties prenantes et les signataires.

Le Traité Williams no 2, conclu avec les chefs et dirigeants mississaugas d’Alderville et des lacs Rice, Mud et Scugog – IT 488 (e011185581)

La Loi de 2016 sur la Semaine de reconnaissance des traités a été adoptée récemment par le gouvernement de l’Ontario. À l’occasion de la Semaine de reconnaissance des traités de 2018, BAC a présenté, à l’Université d’Ottawa, le manuscrit du traité Williams original de 1923, le dernier traité historique de cession de terres au Canada.

Le règlement des revendications territoriales de Lubicon (Sakâwiyiniwak) (2018)

Un règlement de revendication territoriale a été conclu avec les Sakâwiyiniwak (Cris des bois) du lac Lubicon dans le nord de l’Alberta en 2018. Exclus par inadvertance du Traité no 8 en 1899, ils ont demandé pendant des décennies aux gouvernements fédéral et provincial de leur attribuer une réserve. Dans les années 1980, l’exploration pétrolière et le forage de puits sur leur territoire traditionnel ont donné à leurs revendications un caractère d’urgence. Ils ont capté l’attention du public en 1988, à la veille de la tenue des Jeux olympiques d’hiver à Calgary (Alberta), en boycottant une exposition historique sur l’art et la culture autochtones, « The Spirit Sings » [Quand chante l’esprit] – laquelle, ironiquement, s’intitulait à l’origine « Forget Not My Land » [N’oublie pas notre terre].


Elizabeth Kawenaa Montour est archiviste de projet à la Division des expositions et du contenu en ligne de la Direction des services au public de Bibliothèque et Archives Canada.