Cinq mythes sur les armoiries du Canada

Cet article renferme de la terminologie et des contenus à caractère historique que certains pourraient considérer comme offensants, notamment au chapitre du langage utilisé pour désigner des groupes raciaux, ethniques et culturels. Pour en savoir plus, consultez notre Mise en garde — terminologie historique.

Par Forrest Pass

Le 21 novembre 2021 marque le centenaire des armoiries du Canada. Emblème officiel du gouvernement fédéral, elles figurent sur les passeports, les billets de banque, les insignes militaires et les bâtiments publics canadiens. Certains éléments des armoiries ont influencé la conception d’autres emblèmes, dont le drapeau national adopté en 1964.

Peinture en couleur représentant des armoiries. L’écu au centre est divisé en cinq sections. La première a un fond rouge et trois lions dorés. La deuxième a un fonds doré avec un lion rouge dessiné dans un cadre rouge orné de fleurs de lys. La troisième est de couleur bleu pâle avec une harpe dorée. La quatrième, de couleur bleu royal, comporte trois fleurs de lys dorées. La cinquième, en bas, est de couleur argent et représente une branche à trois feuilles d’érable vertes. Au-dessus de l’écu se trouve un cimier composé d’un lion doré couronné, tenant une feuille d’érable rouge dans sa patte droite. Le lion se tient sur une couronne torsadée de soie rouge et blanc, au-dessus d’un heaume royal de couleur or. La devise « A mari usque ad mare » est inscrite sur un listel bleu placé sous l’écu. Le listel repose sur des roses, des chardons, des trèfles et des lys. L’écu est soutenu par un lion et une licorne. Le lion tient une lance à laquelle est attaché un drapeau britannique. La licorne tient une lance à laquelle est attaché un drapeau bleu chargé de trois fleurs de lys dorées, la bannière de la France prérévolutionnaire.

Le dessin final des armoiries du Canada, 1921. Illustration d’Alexander Scott Carter. (e008319450) Les signatures des membres du comité, dont celle de l’archiviste fédéral Arthur Doughty, apparaissent dans le coin inférieur droit.

Bibliothèque et Archives Canada conserve les documents du comité qui a conçu les armoiries. Ce comité, créé par le cabinet fédéral en 1919, comprenait notamment l’archiviste fédéral Arthur Doughty.

Contrairement au débat sur le drapeau qui s’est déroulé environ 40 ans plus tard, la question des armoiries n’a donné lieu à aucun débat parlementaire ou discussion publique de grande ampleur. Par conséquent, peu de Canadiens connaissent bien les délibérations qui ont mené à l’adoption des armoiries. Des mythes populaires sur l’histoire et la signification de l’emblème ont comblé ce vide. Voici cinq idées fausses, démenties par des sources primaires.

Mythe no 1 : Les trois feuilles d’érable sur une seule tige représentent le multiculturalisme canadien.

Les trois feuilles d’érable présentes sur l’écu sont la caractéristique canadienne par excellence sur les armoiries. Depuis les années 1960, certains suggèrent que cette disposition des feuilles représente l’unité des Canadiens de différentes origines. Par exemple, dans sa ballade Three Red Leaves, composée pendant le grand débat sur le drapeau de 1964, la chanteuse country et western Diane Leigh chante un éloge que l’on pourrait traduire ainsi :

Trois feuilles rouges jointes ensemble
Liant trois nationalités dans l’unité
Anglais, Français et nouveaux Canadiens
Vivant dans cette terre d’opportunités

Jusqu’à tout récemment, quelques publications officielles affirmaient elles aussi que les feuilles symbolisent les Canadiens de toutes origines, y compris les Premières Nations, les Inuit et la Nation Métisse, qui ne sont nullement mentionnés par Mme Leigh.

La signification d’un emblème évolue avec le pays qu’il représente. Si « l’unité dans la diversité » a la cote aujourd’hui, rien ne prouve que le comité a voulu représenter cet idéal canadien. En réalité, la tige à trois feuilles d’érable devient un emblème populaire bien avant 1921. Elle apparaît pour la première fois sur une affiche de la Saint-Jean-Baptiste en 1850. Elle figure également sur les armoiries provinciales du Québec et de l’Ontario, conçues par les hérauts du Collège d’armes à Londres, en 1868. À cette époque, comme en 1921, les trois feuilles sont probablement choisies pour des raisons esthétiques plutôt que symboliques : trois feuilles remplissent mieux qu’une la base triangulaire d’un écu héraldique.

Une page dactylographiée comportant une tige à trois feuilles d’érable. Plusieurs éléments d’un défilé, dans une variété de polices de caractères, sont énumérés sous le titre « Association Saint-Jean-Baptiste » : Drapeau britannique; Les pompiers canadiens; La Société mercantile d’économie; La Société de tempérance; et Bannière du commerce.

Affiche annonçant la procession annuelle de l’Association Saint Jean-Baptiste, Montréal, 24 juin 1850. (OCLC 1007829742) Il s’agit peut-être de la plus ancienne utilisation de trois feuilles d’érable sur une seule tige.

Mythe no 2 : Le roi George V a choisi le rouge et le blanc comme couleurs nationales du Canada.

Dans les années 1940, le colonel Archer Fortescue Duguid, historien militaire passionné d’héraldique, affirme que le roi George V a choisi le rouge et le blanc comme couleurs nationales du Canada parce que ce sont les couleurs de la torque et du lambrequin (le tissu flottant autour du heaume) sur les armoiries du Canada. Par conséquent, soutient M. Duguid, le futur drapeau canadien doit également être rouge et blanc.

L’idée selon laquelle le dessin des armoiries serait à l’origine des couleurs nationales du Canada apparaît pour la première fois en 1918. Selon le sous-ministre de la Défense Eugène Fiset, le rouge évoque la Grande-Bretagne, le sacrifice militaire et la splendeur de l’automne, tandis que le blanc représente les froids hivers canadiens. Le premier dessin proposé par le comité des armoiries comprend les feuilles d’érable rouges sur fond blanc proposées par M. Fiset, ainsi qu’une torque rouge et blanc au sommet de l’écu.

Peinture en couleur représentant des armoiries. L’écu au centre est divisé en cinq sections. La première est blanche et ornée d’une tige à trois feuilles d’érable rouges. La deuxième est rouge avec trois lions dorés. La troisième, de couleur or, comprend un lion rouge dans un cadre rouge orné de fleurs de lys. La quatrième est bleue avec une harpe dorée. La cinquième, bleue elle aussi, comporte trois fleurs de lys dorées. L’écu est surmonté d’un cimier composé d’un lion couronné de couleur or tenant une feuille d’érable dans sa patte droite et se tenant sur un carré d’herbe verte, le tout reposant sur une couronne torsadée de soie rouge et blanc. Sous l’écu, la devise « A mari usque ad mare » est inscrite sur un listel gris. L’écu est soutenu par un lion et une licorne.

La première proposition du comité, illustrée par Alexander Scott Carter, 1920. (e011313790) Dans la version finale, les feuilles d’érable rouges sont devenues vertes, mais la torque est restée rouge et blanche, tout comme le lambrequin ajouté plus tard.

Cette proposition ne fait pas l’unanimité. Sir Joseph Pope, sous-secrétaire d’État aux affaires extérieures, préférerait que les feuilles d’érable soient vertes plutôt que rouges, cette dernière couleur évoquant pour lui la mort et la pourriture. C’est finalement sir Pope qui aura gain de cause, mais le lambrequin rouge et blanc est resté, probablement par accident.

Personne, à commencer par le roi, ne se soucie des lambrequins en 1921. Lorsqu’un citoyen fait valoir en 1922 que ceux-ci devraient être rouge et or — les couleurs principales de l’écu — les membres du comité répondent avec indifférence qu’il est trop tard pour faire des changements. Les couleurs nationales ne sont mentionnées, ni dans la proclamation royale, ni dans la brochure officielle publiée en 1922 pour expliquer le symbolisme des armoiries.

En 1946, au cours d’audiences parlementaires sur un nouveau drapeau canadien, la thèse de M. Duguid est contestée par un passionné d’héraldique, Hugh Savage : c’est généralement le drapeau, et non les armoiries, qui détermine les couleurs nationales d’un pays. Pourtant, la théorie de M. Duguid convainc de nombreuses personnes et contribue au choix du rouge et du blanc pour le drapeau canadien en 1964.

Mythe no 3 : La licorne enchaînée commémore la conquête britannique de la Nouvelle-France.

Le lion et la licorne qui soutiennent l’écu sont empruntés aux armoiries royales du Royaume-Uni, ce qui montre les loyautés impériales du comité. À l’époque, la licorne représente l’Écosse. Sa chaîne rappelle peut-être les légendes médiévales sur la difficulté de dompter cet animal mythique.

Comme la licorne enchaînée des armoiries canadiennes tient une bannière royale française, certains y ont vu un symbole de la domination britannique sur le Canada français. Or, rien ne prouve que le comité ait voulu, ou même envisagé, cette interprétation.

Il est cependant vrai que les trois fleurs de lys dorées mises sur l’écu par les membres du comité soulèvent des inquiétudes parmi les conseillers héraldiques du roi. Le Collège d’armes craint en effet que les fleurs de lys, destinées à honorer les Canadiens français, laissent croire que le Canada revendique la souveraineté sur la France! Le commissaire général du Canada à Paris consulte discrètement des responsables français pour s’assurer que le dessin ne déclenchera pas de tensions diplomatiques.

Peinture en couleur représentant des armoiries. L’écu au centre est divisé en sept sections. La première et la quatrième sont rouges et comprennent trois lions dorés. La deuxième est de couleur or, avec un lion rouge dans un cadre rouge orné de fleurs de lys. La troisième est bleue et renferme une harpe dorée. Les cinquième et septième sections sont blanches et comportent chacune une seule feuille d’érable verte. La sixième est bleue avec trois fleurs de lys dorées. Au-dessus de l’écu se trouve un cimier composé d’un lion couronné de couleur or, tenant une feuille d’érable rouge dans sa patte droite. Le lion se tient sur une torque torsadée de soie rouge et blanc. Sous l’écu, la devise « A mari usque ad mare » est inscrite sur un listel bleu. L’écu est soutenu par un lion et une licorne. Le lion tient une lance à laquelle est attaché un drapeau britannique. La licorne tient une lance à laquelle est attaché un drapeau bleu chargé de trois fleurs de lys dorées, la bannière de la France prérévolutionnaire.

Contre-proposition du Collège d’armes, Londres, septembre 1921. (e011313801) Le Collège d’armes a suggéré de déplacer les fleurs de lys pour éviter de laisser entendre que le Canada règne sur la France. Les Canadiens ont rejeté cette idée.

Mythe no 4 : Le comité qui a conçu les armoiries n’a pas songé à inclure des symboles autochtones.

Les symboles de deux puissances colonisatrices, la Grande-Bretagne et la France, dominent les armoiries du Canada. Celles-ci ne comportent aucune référence aux peuples autochtones. Pourtant, sur l’une des propositions, des figures des Premières Nations soutiennent l’écu. Ce dessin a été soumis par Edward Marion Chadwick, un avocat de Toronto qui s’intéresse à la fois à l’héraldique et aux cultures des Premières Nations.

Dessin noir et blanc représentant des armoiries. L’écu central présente un lion entouré de deux feuilles d’érable, en haut, et d’une fleur de lys, en bas. Au sommet de l’écu se trouve un cimier composé d’un orignal, le sabot droit levé, debout sur une torque torsadée et des lambrequins en tissu. Le cimier repose sur un heaume d’écuyer marqué d’une croix. Sous l’écu, un listel dit « Dieu Protege Le Roy ». Deux hommes des Premières Nations soutiennent l’écu. Ils portent des coiffes à plumes et des vêtements en peau de daim à franges. Celui de gauche tient un tomahawk, et celui de droite, un calumet, c’est-à-dire une pipe de cérémonie.

Proposition d’armoiries canadiennes soumise par Edward Marion Chadwick, 1917. (e011313794) Les figures qui soutiennent l’écu dans la version de M. Chadwick représentent les Premières Nations de l’est et de l’ouest du Canada.

Ce n’est pas la première fois que des personnages et emblèmes autochtones figurent dans l’héraldique coloniale. Sur les armoiries séculaires de la Nouvelle-Écosse et de Terre-Neuve-et-Labrador, des membres des Premières Nations soutiennent l’écu. Le sceau du Haut-Canada, avant la Confédération, comprend un calumet (une pipe de cérémonie) commémorant les traités et les alliances.

Cependant, selon sir Joseph Pope, qui s’exprime souvent au nom du comité des armoiries, les peuples autochtones constituent une partie négligeable du passé. « Pour ma part, je ne vois pas du tout la nécessité de commémorer les Indiens », écrit sir Pope en rejetant la proposition de M. Chadwick. Cette réponse raciste reflète l’opinion de nombreux Canadiens blancs de l’époque.

Aujourd’hui, rares sont les personnes qui approuveraient la proposition de M. Chadwick, mais pour des raisons très différentes. À son crédit, M. Chadwick s’est efforcé de représenter les vêtements et les insignes avec précision. Par contre, à notre époque, sa proposition serait perçue comme un stéréotype et une appropriation culturelle. Les Autochtones qui soutiennent l’écu sont de « nobles sauvages » donnant une idée romancée de l’apparence d’un membre des Premières Nations.

De plus, ces figures représentent des régions du pays; elles ne constituent pas une inclusion significative des peuples autochtones, qui n’ont d’ailleurs pas été consultés. De nos jours, de nombreux Autochtones s’opposent à juste titre à la manière dont ils apparaissent dans l’héraldique. En conséquence, le gouvernement provincial de Terre-Neuve-et-Labrador, par exemple, est en train de revoir ses armoiries dessinées en 1635. Le Canada ferait sans doute de même si la conception de M. Chadwick avait prévalu.

Mythe no 5 : Les armoiries du Canada ne peuvent être modifiées.

Le gouvernement canadien pourrait-il changer les armoiries du pays pour les rendre plus représentatives d’un pays diversifié? Les armoiries sont des symboles qui nous rattachent au passé, mais même les emblèmes très anciens peuvent évoluer.

Par exemple, les armoiries royales du Royaume-Uni, qui ont servi de modèle aux armoiries du Canada, ont été modifiées une demi-douzaine de fois depuis l’union des couronnes anglaise et écossaise, en 1603. Le dernier changement remonte à 1837.

Depuis 1921, des artistes ont réinterprété les armoiries officielles du Canada à deux reprises, en 1957 et en 1994, dans le but de moderniser leur apparence sans en modifier les éléments essentiels.

Si le gouvernement du Canada souhaite modifier ses armoiries un jour, il aura besoin de la collaboration de l’Autorité héraldique du Canada, la division du Bureau du secrétaire du gouverneur général chargée de concéder et d’enregistrer les armoiries au Canada. Il ne sera pas nécessaire de consulter les autorités héraldiques britanniques, mais la reine (ou le roi) devra approuver le projet final.

Un processus lancé à notre époque, que ce soit dans le but de modifier les armoiries actuelles ou d’en concevoir de nouvelles, serait sans aucun doute plus participatif — et transparent — que celui du siècle dernier.


Forrest Pass est conservateur au sein de l’équipe des expositions de Bibliothèque et Archives Canada.

Plans de lots riverains de la Nation métisse

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.

Par William Benoit

Peinture à l’huile illustrant une personne sur une charrette de la rivière Rouge tirée par un bœuf sur un chemin de terre. Une petite maison blanche et deux autres petits bâtiments se trouvent en arrière-plan.
Maison d’un colon manitobain et charrette de la rivière Rouge (c013965k)

Bibliothèque et Archives Canada détient des plans de lots riverains métis produits par le gouvernement du Canada, conformément à la Loi sur le Manitoba et aux accords sur le transfert de la Terre de Rupert et du Territoire du Nord-Ouest. Ces plans sont importants pour comprendre la Nation métisse. Ils sont d’une valeur inestimable pour tous les Métis puisqu’ils indiquent où leurs ancêtres habitaient avant que la région ne soit intégrée au Canada.

Bien que ces cartes de lots riverains n’utilisent pas le mitchif, elles montrent clairement d’où la langue est originaire et indique dans quelle région de la rivière Rouge les familles parlaient cette langue propre à la culture métisse.

Grande carte représentant des lots riverains rectangulaires et étroits. Les noms des propriétaires des lots sont écrits à l’encre rouge. Une rose des vents indiquant le nord se trouve dans le haut de la carte.
Plan des lots riverains dans la paroisse de Lorette, au Manitoba. Arpentage effectué par G. McPhillips, arpenteur adjoint; revu et certifié par A. H. Whitcher, inspecteur des arpentages. Bureau d’arpentage des terres fédérales, Winnipeg, 16 février 1878. (e011213852)

La colonie de la Rivière-Rouge est le berceau de la patrie de la Nation métisse. En 1869, on y compte 12 000 habitants, dont 10 000 sont des Métis, et 7 000 de ces Métis sont des enfants.

En 1670, le roi Charles II octroie la Terre de Rupert à la Compagnie de la Baie d’Hudson. Ce territoire comprend toutes les terres irriguées par les rivières qui s’écoulent dans la baie d’Hudson. Il recouvre aussi ce qui est devenu le Manitoba, la majeure partie de la Saskatchewan, le sud de l’Alberta, le sud du Nunavut et le nord du Québec et de l’Ontario. La Terre de Rupert s’étend jusqu’aux États-Unis actuels, couvrant une partie du Minnesota, du Dakota du Nord, du Dakota du Sud et du Montana.

Le 19 novembre 1869, la Compagnie de la Baie d’Hudson cède la Terre de Rupert et le Territoire du Nord-Ouest (qui lui avaient été octroyés par lettres patentes) à la Couronne britannique. Par un décret daté du 23 juin 1870, le gouvernement britannique admet le territoire au Canada au titre de l’article 146 de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique, 1867 (maintenant la Loi constitutionnelle de 1867). Le transfert entre en vigueur le 15 juillet 1870.

Cette cession fait l’objet de traités avec les nations autochtones souveraines. Selon les conditions établies dans les documents et les traités concernant la Terre de Rupert, celles-ci doivent donner leur consentement pour que la Couronne impériale puisse exercer sa souveraineté.

Or, les Métis de la Rivière-Rouge rejettent ce transfert, y voyant une menace pour leur mode de vie. Ils s’inquiètent de voir leur territoire et leurs droits démocratiques menacés par le nouveau régime proposé. Le gouvernement fédéral envoie des équipes d’arpentage avant le transfert de la Terre de Rupert. Leurs levés doivent être effectués selon le système d’arpentage ontarien, en carrés, alors que les Métis utilisent des lots longs et étroits, dont l’extrémité donne sur la rivière. Par conséquent, le nouveau système découpe les propriétés existantes.

Le 11 octobre 1869, proclamant que le gouvernement fédéral n’a pas le droit d’agir sans autorisation, 16 Métis empêchent une équipe d’arpenteurs d’accéder à un lot riverain. La remise en question des méthodes adoptées par le gouvernement du Canada signifie à ce dernier qu’il doit consulter les résidents et respecter leurs droits.

En novembre 1869, les Métis s’emparent d’Upper Fort Garry et établissent un gouvernement provisoire. Celui-ci rédige une liste de demandes que le Canada doit satisfaire avant que les Métis acceptent l’incorporation de leurs terres au pays. La Loi sur le Manitoba découle de ces demandes. Cet « accord » est l’un des pactes fondamentaux qui conduisent à l’expansion du Canada vers l’ouest.

L’intention derrière la Loi sur le Manitoba consiste à respecter les préoccupations des Métis à l’égard de leurs terres traditionnelles. Elle prend deux formes : une disposition visant à protéger les propriétés foncières existantes des 3 000 propriétaires métis adultes (article 32), et une disposition visant à donner aux 7 000 enfants métis une « longueur d’avance » dans la province avec une concession de 1,4 million d’acres de terre (article 31).

Dans le Manitoba d’après la Confédération, la position des Métis se détériore. Les nouveaux pionniers provenant de l’Ontario se montrent hostiles. Pendant plusieurs générations, des aînés décriront cette période comme un « règne de terreur » contre les Métis. L’application des articles 31 et 32 sur la gestion des terres est un processus très long, gangrené par la corruption. En conséquence, de nombreux Métis vendent les droits fonciers qui leur ont été promis et quittent la province qu’ils ont contribué à créer.

La carte ci-dessous, dessinée en 1874, montre les lots riverains dans les paroisses St-Norbert et St-Vital. Elle illustre la situation à l’époque où la diaspora métisse vient de se former. Elle documente également les spéculations foncières de personnes telles que Donald Smith, célèbre pour son implication dans la construction du chemin de fer national, ainsi que les efforts du clergé catholique visant à créer et maintenir une enclave francophone en prévision de la vague d’immigration à venir.

Les cartes des lots riverains métis sont des documents très importants aujourd’hui, car elles aident à identifier et à recenser les citoyens de la nation métisse.

Grande carte représentant des lots riverains étroits et rectangulaires. Les noms des propriétaires des lots sont écrits à l’encre rouge. Un chemin de fer et une rivière sont dessinés sur la carte.
Plan des lots riverains dans les paroisses St-Norbert et St-Vital, au Manitoba (e011205909)

Visitez l’album Flickr sur les images des plans de lots riverains de la Nation métisse


William Benoit est conseiller en engagement autochtone interne au bureau du bibliothécaire et archiviste du Canada adjoint à Bibliothèque et Archives Canada.

Compagnie de la Baie d’Hudson : 350 ans d’archives

Par Anik Laflèche

En 2020, nous avons souligné le 350e anniversaire de la Compagnie de la Baie d’Hudson (la Compagnie). Fondée le 2 mai 1670, la Compagnie est l’une des plus anciennes entreprises au monde toujours en activités.

Si sa durée de vie est impressionnante en soi, la Compagnie se démarque aussi par ses très nombreux documents qui sont parvenus jusqu’à nous après avoir été conservés à Londres, en Angleterre, pendant une bonne partie de leur existence. Il est incroyable que ces documents puissent toujours être consultés après avoir échappé à l’usure des siècles, à la nature sauvage canadienne, à la traversée de l’Atlantique, aux mauvaises conditions de préservation, aux incendies, aux inondations et à deux guerres mondiales.

Photo noir et blanc d’un bâtiment derrière un portail sur lequel on peut lire « Compagnie de la Baie d’Hudson, constituée en 1670 ». Un deuxième bâtiment est partiellement caché par une clôture du côté droit.

Fort Chipewyan, poste de traite de la Compagnie de la Baie d’Hudson, Alberta, 1900 (a019629)

Les documents de la Compagnie sont fascinants, même sans tenir compte de l’histoire de l’entreprise. Au début, ils ne sont pas conservés pour des raisons historiques, mais pour des motifs opérationnels et juridiques.

Alors que tous les documents sont classés par ordre alphabétique en 1796, de grands efforts de description et de classement sont effectués en 1931, lorsque la Compagnie embauche son premier archiviste : Richard Leveson Gower. Cette décision découle de la pression grandissante exercée par des chercheurs et des historiens qui souhaitent consulter la collection.

Dans les années 1960, le centenaire de la Confédération (1967) et de la création du Manitoba (1970) approche à grands pas. L’idée de transférer les archives au Canada est alors sérieusement envisagée. Le projet se réalise en 1974, lorsque les archives organisationnelles de la Compagnie sont données aux Archives du Manitoba. La collection de pièces de musée se retrouve quant à elle au Musée du Manitoba (en anglais).

Bien que BAC n’ait pas la garde de ces documents, il conserve des copies de bon nombre d’entre eux sur microfilm, dans le fonds MG20. D’autres fonds, notamment celui du ministère de l’Intérieur (RG15), permettent d’étudier le rôle de la Compagnie dans le développement du Nord-Ouest et dans la concession des terres, après la cession de la Terre de Rupert et du Territoire du Nord-Ouest.

Le fonds MG20 comprend des documents très variés datant de 1667 à 1956 : registres de procès-verbaux du conseil d’administration; registres de correspondance; journaux; grands livres; dossiers du personnel; journaux de bord; photos; journaux des postes de traite; journaux intimes; cartes; et photos et dessins architecturaux. Le classement de ces documents est identique à celui de l’entreprise à ses débuts et à celui des Archives du Manitoba.

Image noir et blanc d’un registre de procès-verbaux. La date du 24 octobre 1671 est inscrite dans le coin supérieur droit. La liste des hommes ayant participé à la réunion se trouve à gauche. Le reste du texte comprend deux paragraphes décrivant la teneur des discussions.

Registre de procès-verbaux dont la première entrée date du 24 octobre 1671. C’est le plus ancien document dans les archives de la Compagnie de la Baie d’Hudson. Il comprend des documents rédigés au cours des 18 premiers mois d’existence de l’entreprise. Le roi Charles II accorde une charte à la Compagnie le 2 mai 1670. (MG20-A1, document A.1/1, bobine de microfilms HBC-1)

La Compagnie a joué un rôle controversé au fil des siècles, participant de manière essentielle à l’exploitation des ressources pendant la colonisation. Ses documents constituent néanmoins une source d’information exceptionnelle sur l’histoire du Canada, des Premières Nations, de la Nation métisse et des Inuits. Ils offrent un aperçu du passé colonial de notre pays, de son expansion vers l’ouest et le nord, de son développement économique et culturel ainsi que du quotidien des commerçants de fourrure, des Autochtones et des communautés frontalières.

Par exemple, les archives témoignent de la naissance et du développement de la Nation métisse, un peuple indépendant d’ascendance autochtone et européenne qui est devenu une nation distincte dans le Nord-Ouest à la fin du 18e siècle. Au cours du siècle suivant, la Nation métisse organise une résistance contre l’invasion de ses terres ancestrales à la suite du transfert de la Terre de Rupert au Dominion du Canada par la Compagnie de la Baie d’Hudson.

Les archives de la Compagnie peuvent contribuer aux efforts du Canada entourant la réconciliation avec les Premières Nations, la Nation métisse et les Inuits. Pour en savoir plus sur leur histoire, je vous recommande le livre Keepers of the Record: The History of the Hudson’s Bay Company Archives, de Deidre Simmons. Vous pouvez aussi consulter la page Au sujet des archives de la Compagnie de la Baie d’Hudson des Archives du Manitoba.

Si vous effectuez des recherches au moyen des archives de la Compagnie de la Baie d’Hudson ou sur un sujet connexe, vous pouvez demander l’aide de nos spécialistes de la référence. Remplissez simplement ce formulaire pour communiquer avec nous. Nous vous répondrons avec grand plaisir!


Anik Laflèche est archiviste à la Division des services de référence.

De l’assimilation à la négociation : documents numérisés de la Commission des revendications des Indiens (années 1970)

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.Cet article renferme de la terminologie et des contenus à caractère historique que certains pourraient considérer comme offensants, notamment au chapitre du langage utilisé pour désigner des groupes raciaux, ethniques et culturels. Pour en savoir plus, consultez notre Mise en garde — terminologie historique.

Par Marko Davidovic

La création de la Commission des revendications des Indiens, dans les années 1970, a l’effet d’un coup de tonnerre. Pourtant, elle est annoncée dans une simple note de bas de page du Livre blanc de 1969 rédigé par l’administration de Pierre Elliott Trudeau (intitulé La politique indienne du gouvernement du Canada). Ce document d’assimilation explosif décrit l’intention du gouvernement d’abolir le statut d’Indien, la Loi sur les Indiens et les réserves.

Sa publication soulève un tollé et mobilise la résistance d’un océan à l’autre. Soudainement, toutes les communautés des Premières nations au Canada, sans exception, font face à une menace concrète. Leur assimilation dans le système politique canadien est annoncée : il n’y aura plus de traitement spécial, ni de ministère des Indiens, ni de « problèmes de l’Indien ».

Les vagues soulevées par les organismes panautochtones se transforment en raz de marée qui balaye le Livre blanc sur son passage (la politique est retirée, non sans embarras, en 1970). Le mouvement ne s’arrête pas là, et les Inuits et les Métis unissent leurs voix à celles des Premières Nations.

Les événements de cette période ont encore des conséquences aujourd’hui. Par exemple, l’affaire Calder mène à la reconnaissance du titre foncier autochtone, et on assiste à la création d’organismes autochtones provinciaux et nationaux, dont les ancêtres de l’Assemblée des Premières Nations, de l’Inuit Tapiriit Kanatami et du Ralliement national des Métis. Ces années sont marquées par des mouvements de résistance, voire des conflits ouverts, découlant de l’opposition toujours croissante contre les politiques et les mesures gouvernementales.

Une note de service tapuscrite, datée du 12 mars 1973, rédigée par Andrew Rickard, président du Grand conseil du traité no 9, au nom de son peuple. L’auteur dévoile ses intentions et ses attentes relatives à une collaboration avec tous les ordres de gouvernement.

Une note de service d’Andrew Rickard, président du Grand conseil du traité no 9 (de nos jours la Nation nishnawbe-aski), datée du 12 mars 1973. Bibliothèque et Archives Canada, page 3 (e011267219)

Ironiquement, la Commission des revendications des Indiens, une simple procédure inscrite dans une note de bas de page pour régler des détails et mettre fin aux revendications des Autochtones, est possiblement le legs le plus important de la politique de 1969. Des sources primaires récemment numérisées décrivent la période tumultueuse des années 1970 et l’étonnant succès de la Commission. Celle-ci s’adapte au contexte politique et assume un rôle de médiateur entre l’État et les communautés autochtones, préparant ainsi le terrain pour les processus de revendication modernes au Canada.

La collection

La Commission est essentiellement le travail d’un seul homme.

Une page de texte tapuscrit avec une photo de Lloyd I. Barber en haut au centre. C’est un homme d’âge moyen avec les cheveux coupés en brosse, portant un complet-cravate et parlant au téléphone.

Notice biographique et photo de Lloyd I. Barber pour un discours prononcé lors d’une conférence. Bibliothèque et Archives Canada, page 77 (e011267331)

Le chercheur Lloyd I. Barber est né à Regina et vit à Saskatoon. Quand il prend ses fonctions de commissaire des revendications des Indiens, son mandat a déjà changé. Plutôt que de traiter et conclure des revendications, il étudie des histoires, évalue des griefs et établit des relations. Il écrit constamment à Ottawa ainsi qu’aux chefs autochtones les plus éminents.

Dans bon nombre de ses lettres, il montre qu’une partie importante de son travail consiste à limiter les dégâts. Sa relative indépendance face à Ottawa lui offre une marge de manœuvre pour faire entendre les demandes de justice et d’équité formulées par les communautés autochtones, un rôle qu’il assume sans hésiter.

Lettre tapuscrite datée du 22 novembre 1974 envoyée par le commissaire des revendications des Indiens, Lloyd I. Barber, au sous-ministre des Affaires indiennes et du Nord canadien, Judd Buchanan. L’auteur demande au gouvernement fédéral de défendre les droits autochtones issus de traités contre les violations provinciales.

Lettre du commissaire Lloyd I. Barber à Judd Buchanan, sous-ministre des Affaires indiennes et du Nord canadien, portant sur les droits de chasse, de pêche et de trappe des Premières Nations des Prairies. Bibliothèque et Archives Canada, page 35 (e011267232)

Barber, un professeur de commerce expérimenté, adopte dans toutes ses lettres un ton patient, calme, rassurant et souvent contrit. Il incarne la sensibilité et la sympathie, prenant soin d’utiliser un langage simple qui se démarque de celui des bureaucrates et des fonctionnaires. Sa personnalité ressort de tous les documents du fonds; elle est intimement liée aux réussites de la Commission.

Une coupure de journal du Native Press, datée du 18 novembre 1974, portant sur un discours prononcé par Lloyd Barber à Yellowknife. La démarche d’assimilation du gouvernement envers les Autochtones y est décrite comme insuffisante et dangereuse.

Coupure de journal du Native Press datée du 18 novembre 1974, portant sur un discours prononcé par Lloyd Barber à Yellowknife. Bibliothèque et Archives Canada, page 59 (e011267332)

La réussite de la Commission repose sur les dialogues établis par Barber. À cet égard, les documents de recherche et de référence sont révélateurs. La Commission a recueilli de nombreux documents classés par province, par bande et par revendication : des sources historiques remontant jusqu’au début du 19e siècle, des transcriptions de débats parlementaires et d’innombrables coupures de journaux, provenant souvent de quotidiens autochtones locaux.

Ces coupures offrent un aperçu des enjeux qui entourent les relations houleuses entre les Autochtones et les non-Autochtones dans les années 1970. Elles reflètent également une autre fonction de la Commission : celle-ci ne se contente pas d’évaluer les politiques et la logistique liées aux revendications territoriales; elle examine aussi la perception de ces enjeux au sein du public, en particulier dans les communautés autochtones. Les articles publiés dans les médias montrent dans quel contexte s’inscrivent les recommandations générales de la Commission et ses interventions concrètes dans le cadre de certains griefs.

Un exemple de coupure de journal recueillie par le commissaire Barber dans des médias locaux.

Coupure de journal portant sur la Déclaration des Dénés de 1975. Bibliothèque et Archives Canada, page 21 (e011267159)

En 1977, la Commission des revendications des Indiens dépose un rapport percutant résumant ses constatations et ses recommandations. Elle est ensuite remplacée par la Commission des droits des Indiens du Canada, qui poursuit le travail de Barber et renforce les relations établies.

La Commission Barber, entourée de conflits et de contradictions, parvient non seulement à gérer la situation précaire entre le gouvernement et les communautés autochtones, mais aussi à transformer les protestations des années 1970 en occasions de dialogue et de négociation. Elle demeure un facteur déterminant dans cette période cruciale des relations entre l’État et les Autochtones.

Ce blogue fait partie d’une série portant sur les Initiatives du patrimoine documentaire autochtone. Apprenez-en plus sur la façon dont Bibliothèque et Archives Canada (BAC) améliore l’accès aux collections en lien avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Voyez aussi comment BAC appuie les communautés en matière de préservation d’enregistrements de langue autochtone.


Marko Davidovic est adjoint aux archives pour l’initiative de numérisation du patrimoine autochtone Nous sommes là : Voici nos histoires au sein de la Direction générale des services au public à Bibliothèque et Archives Canada.

Conservateur invité : Adam Gaudry

Bannière pour la série Conservateurs invités. À gauche, on lit CANADA 150 en rouge et le texte « Canada: Qui sommes-nous? » et en dessous de ce texte « Série Conservateurs invités ».Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

Joignez-vous à nous chaque mois de 2017! Des experts de BAC, de tout le Canada et d’ailleurs donnent des renseignements additionnels sur l’exposition. Chaque « conservateur invité » traite d’un article particulier et en ajoute un nouveau — virtuellement.

Ne manquez pas l’exposition Canada : Qui sommes-nous? présentée au 395, rue Wellington à Ottawa, du 5 juin 2017 au 1er mars 2018. L’entrée est gratuite.


Traité de Selkirk, 1817

Image du Traité Selkirk, un grand document manuscrit au bas duquel figurent les signatures des Européens et les marques des chefs.

Le « Traité Selkirk », signé le 18 juillet 1817 par les chefs et guerriers soussignés Chippewa, ou nation des Saulteaux, les Kiltistino de la nation crie et le très honorable Thomas, comte de Selkirk, au nom du roi George III. (MIKAN 3972577)

Lord Selkirk entrevoyait un grand potentiel agricole pour le Canada, notamment grâce à l’apport des colons écossais et irlandais. Les Premières Nations et les Métis étaient exclus de cette vision.


Parlez-nous de vous.

Dans ma carrière universitaire, je fais de la recherche sur l’identité métisse et l’histoire politique. Cela signifie qu’une grande partie des documents que j’écris portent principalement sur les communautés métisses du 19e siècle. Je souhaite connaître la perception des Métis concernant les principales forces sociales, économiques et politiques qui ont façonné leurs vies et savoir de quelle manière ils s’organisaient pour influer sur des Prairies en évolution dans l’Ouest – et comment ils s’épanouissaient. Je suis Métis et professeur adjoint à la Faculté des études autochtones et au Département des sciences politiques de l’Université de l’Alberta.

Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

Photo noir et blanc de Thomas Douglas portant une veste noire, un gilet blanc et une cravate blanche.

Thomas Douglas, le 5e comte de Selkirk (1771-1820). (MIKAN 3526168)

Le Traité Selkirk de 1817 est un accord entre lord Selkirk — comte écossais pratiquant la spéculation foncière et actionnaire principal de la Compagnie de la Baie d’Hudson — et les Nehiyawak ainsi que les Anishinaabeg (Cris et Saulteux) de la vallée de la rivière Rouge (maintenant le sud du Manitoba). Il permettait à des colons écossais de s’établir au pays en échange d’une quantité substantielle de tabac à titre de « présent annuel » ou, comme le voyaient les Anishinaabe, de « redevance ».

Avant 1817, lord Selkirk avait essayé de coloniser les terres sans la permission des Autochtones de l’endroit en achetant celles-ci à la Compagnie de la Baie d’Hudson. Il est compréhensible que la prétention de posséder ce territoire de 116 000 milles carrés sur lequel il n’avait aucune présence ou influence ait fâché les propriétaires véritables des terres. De 1812 à 1816, de nombreux chefs autochtones ont formulé des plaintes importantes, soulignant l’absurdité qu’un étranger affirme posséder leur territoire et menaçant d’intervenir contre tout inconnu qui coloniserait leurs terres.

Cette opposition était plus prononcée parmi les Bois-Brûlés, la « nouvelle nation » du Nord-Ouest, qui s’appelleraient bientôt les Métis. Les communautés autochtones faisaient aussi partie d’un réseau complexe d’alliances qui les reliait à deux compagnies rivales de traite de fourrures —la Compagnie de la Baie d’Hudson, procolonisation, et la Compagnie du Nord-Ouest, anticolonisation. La dernière compagnie était composée de personnes étant aussi chefs des Bois-Brûlés. Au cours des étés 1815 et 1816, les soldats Bois-Brûlés ont dispersé les premiers colons de lord Selkirk et ont activement interdit aux colons étrangers de s’installer dans la vallée de la rivière Rouge. Le 19 juin 1816, les Bois-Brûlés sont sortis victorieux d’un affrontement spontané avec les employés de la Compagnie de la Baie d’Hudson, tuant 21 d’entre eux et s’emparant du fort puis, plus tard, de la colonie de lord Selkirk à la rivière Rouge. Même si les Métis n’avaient pas signé le traité avec lord Selkirk en 1817, l’agitation métisse de 1815–1816 a constitué un facteur de motivation important lors de la négociation de ce traité, lequel a néanmoins façonné les relations entre les Métis et la Compagnie de la Baie d’Hudson pour des générations à venir.

Aquarelle de la bataille montrant les deux côtés armés de fusils qui se font face dans un champ sous un ciel bleu partiellement nuageux. D’un côté, il y a surtout des employés blancs à pied de la Compagnie de la Baie d’Hudson, et de l’autre, il y a des Métis à cheval ainsi que des employés de la Compagnie du Nord-Ouest.

La bataille des Sept-Chênes, 19 juin 1816, par Charles William Jefferys. (MIKAN 2835228)

En raison de l’échec de la mission de lord Selkirk visant à gagner l’appui des instances politiques en place à la rivière Rouge au plus tard en 1816, lord Selkirk a entrepris le long voyage vers la région pour résoudre d’une certaine façon les hostilités. Puis, il a négocié avec les Nehiyawak et les Anishinaabeg locaux afin d’obtenir la permission d’installer des familles écossaises à la colonie de la rivière Rouge, en échange de présents annuels substantiels qu’il appelait « redevances ». Même si, pour toutes les parties, le traité permettait à des étrangers de s’établir paisiblement, les avis sur la signification du traité en termes de propriété des terres divergeaient. Pendant des années par la suite, lord Selkirk et la Compagnie de la Baie d’Hudson ont affirmé que le traité assurait la cession des terres des Autochtones à lord Selkirk et à la Compagnie. Pour les Autochtones, il établissait une entente de location à long terme les reconnaissant comme les propriétaires tout en amenant de nouvelles personnes dans leur pays, il fournissait des cadeaux annuels généreux aux Nehiyawak et aux Anishinaabeg et il renforçait une nouvelle alliance avec un aristocrate puissant. Le Traité Selkirk est important parce qu’il montre que, lorsque les dirigeants britanniques tentaient de devenir propriétaires des bassins des rivières Rouge et Assiniboine, ils devaient composer avec les titres qu’avaient obtenus les Autochtones par traité s’ils souhaitaient installer leurs sujets à cet endroit.

La description du traité rédigée par l’entourage de lord Selkirk est en soi fascinante de par la terminologie confuse et le langage contradictoire qu’elle contient. En effet, les deux interprétations ci-dessus peuvent être tirées de ce texte. Toutefois, je suis d’avis qu’en lisant ce traité d’un œil critique, nous voyons qu’il reconnaît les Autochtones comme les « propriétaires » de la vallée de la rivière Rouge, en se fondant sur le langage féodal pour décrire une relation de location qui aurait sauté aux yeux d’un noble écossais.

Le document semble contenir des contradictions. D’un côté, il affirme que les chefs des Nehiyawak et des Anishinaabe se sont entendus avec lord Selkirk [traduction] « pour céder à Notre Majesté le Roi toutes les terres adjacentes aux rivières Rouge et Assiniboyne pour l’usage du comte de Selkirk et des colons établis à cet endroit ». D’un autre côté, il mentionne que lord Selkirk, ses héritiers ou ses successeurs « paieraient chaque année aux chefs et aux guerriers un présent annuel ou redevance de 100 livres de bon tabac commercialisable ».

Pour moi, ce qui est particulièrement révélateur à cet égard, ce sont les termes indiquant que cet échange est une relation de location. La redevance, coutume courante à l’époque de lord Selkirk, était une pratique féodale par laquelle un locataire fermier payait un loyer fixe sur les terres occupées par un paysan fermier, ce qui le libérait de toutes les autres obligations envers ce lord. De plus anciennes conventions du système féodal obligeaient les paysans à participer aux travaux publics et aux fonctions militaires définis par leur lord. Cependant, au 19e siècle, afin de maximiser leur rentabilité, de nombreux propriétaires de terres ont regroupé les diverses obligations du système féodal en redevances fixes ou en paiements réguliers remplaçant toutes les autres obligations. La redevance, système de l’époque féodale, reconnaissait explicitement que le seigneur était propriétaire des terres et donnait un caractère officiel à une relation précise entre le lord et le locataire. Au 19e siècle, on savait généralement que la redevance ne transférait pas le titre de propriété au locataire et que la terre demeurait la propriété du seigneur. Eux-mêmes nobles et propriétaires terriens en Écosse, lord Selkirk et ses associés comprenaient intuitivement le langage lié aux redevances. Ainsi, lord Selkirk décrit également une relation dans le cadre de laquelle il donnait une redevance annuelle, 100 livres de tabac commercialisable, à ses propriétaires en échange du droit d’installer des fermiers écossais locataires sur les terres entourant les rivières Rouge et Assiniboine.

Une telle interprétation cadre aussi avec la manière dont les chefs Anishinaabe comprenaient le Traité. Le chef Peguis, l’un des signataires du Traité, maintenait catégoriquement que celui-ci décrivait une entente de location annuelle des terres. En 1859, le chef Peguis a fait une déclaration officielle dans laquelle il racontait que [traduction] « aucun marché officiel n’a été conclu; il s’agissait simplement d’un prêt […]; je l’affirme : les terres n’ont jamais été vendues ». De plus, selon l’historien manitobain J.M. Bumsted, le fils du chef Peguis, Henry Prince, aurait aussi mentionné, lors d’une assemblée métisse tenue en 1869, que « la terre a seulement été louée et la « prime » maintenant payée […] par la Compagnie de la Baie d’Hudson fait partie de l’entente de location ». Du point de vue du chef Peguis et de son fils, le Traité n’a changé en rien la propriété des terres de la vallée de la rivière Rouge, qui ont continué à appartenir aux Autochtones plutôt qu’à lord Selkirk, à la Compagnie ou à la Couronne. En effet, puisque lord Selkirk payait une redevance annuelle, il était le locataire; en d’autres termes, les Autochtones étaient les propriétaires.

En essayant d’obtenir par traité la propriété et le titre des terres appartenant aux Autochtones, lord Selkirk s’est trouvé, intentionnellement ou non, à renforcer la propriété par ceux-ci du territoire qu’il voulait coloniser. C’était probablement tout ce qu’il pouvait faire à une époque d’ascendance militaire et politique des Autochtones dans l’Ouest. Ses compatriotes ayant été dirigés par un membre des Bois-Brûlés l’été précédent, il n’était pas tout à fait dans une position lui permettant de demander le contrôle des terres des Autochtones. De plus, les Autochtones n’ont jamais voulu se départir de leurs terres et de leur indépendance. Par conséquent, le Traité Selkirk constitue un important rappel du pouvoir politique des Autochtones au début du 19e siècle. C’est le pouvoir des Bois-Brûlés qui a forcé lord Selkirk à négocier et ce sont les Nehiyawak et les Anishinaabeg qui l’ont guidé en ce qui concerne la diplomatie et le pouvoir autochtones. En raison du rôle joué par les propriétaires du pays, lord Selkirk n’a pu qu’obtenir la permission d’établir ses compatriotes sur les terres des Autochtones en échange d’une redevance annuelle. Ce traité est donc un document sur les négociations qui visait au départ la cession des terres des Autochtones, mais lord Selkirk n’a réussi qu’à renforcer la primauté territoriale et politique des Autochtones en reconnaissant que les terres qu’il voulait posséder appartenaient à d’autres.

Une ligne fine délimite le lotissement de lord Selkirk sur la carte d’Assiniboia.

Carte de 1817 montrant le lotissement de 116 000 milles carrés de lord Selkirk connu sous le nom d’ « Assiniboia ». Les forts des Cinq forts de Winnipeg (vers 1885), de George Bryce, y figurent. (AMICUS 5279616)

Carte de la colonie de la rivière Rouge représentant la voie ferroviaire, les colonies et les forts. Au bas, une légende énumère les différents points sur la carte.

Fac-similé d’une partie de la carte de 1818 représentant la colonie de la rivière Rouge se trouvant dans Lord Selkirk’s Colonists: the Romantic Settlement of the Pioneers of Manitoba, de George Bryce, vers 1909-1910 (AMICUS 5614009)

En général, on enseigne aux Canadiens à voir les traités comme des documents dont le but est d’inciter les Autochtones à céder leurs droits et leurs titres, par exemple la tentative de lord Selkirk en 1817. Mais l’histoire de la diplomatie sur ce continent est à la fois ancienne et complexe. Les Autochtones ont rarement (voire jamais) perçu les traités avec les empires européens comme un moyen de leur retirer des terres ou des pouvoirs. Les traités, comme celui-ci, cherchaient plutôt à trouver de nouvelles manières pour différentes personnes de tirer parti de la présence des autres sur le même territoire. Lord Selkirk et ses colons étaient accueillis favorablement à un nouvel endroit à partager avec d’autres au sein des Prairies — un cadeau qui a un prix. Cela comprenait aussi une reconnaissance permanente des premiers habitants du territoire : il fallait veiller à ce qu’eux aussi tirent parti de la plus grande présence d’Européens. Ce traité doit nous rappeler que les Autochtones qui ont négocié l’entente étaient des diplomates puissants et astucieux qui pouvaient forcer les négociateurs européens à accepter les normes des systèmes diplomatiques des Autochtones.

En outre, le point de vue selon lequel la conclusion de traités entre les Autochtones et les Anglais est principalement ancrée dans la cession de terres et l’aliénation des Autochtones comporte des pièges. Les traités ont été négociés en public et devant de grands auditoires grâce à des méthodes qui assuraient la reddition de comptes pour l’avenir. Les personnes présentes pouvaient se souvenir des sujets abordés, des accords et, bien sûr, des désaccords. Dans la plupart des cas, les Autochtones n’ont pas discuté de la cession permanente de leurs terres, et ils y ont encore moins consenti. Comme le chef Peguis et Henry Prince, ils se rappellent seulement avoir accepté de partager leurs terres avec de nouveaux alliés. Les traités comme celui-ci cherchaient à conférer des avantages mutuels, et non à restructurer les relations politiques en se fondant sur d’énormes inégalités sur ce plan. Si nous percevons les traités comme des documents de cession — et non comme des accords évolutifs —, nous passons à côté de leur but. C’est pourquoi le Traité Selkirk — en fait, tous les traités conclus entre les Autochtones et la Couronne — est si mal compris. La plupart des historiens des Prairies de l’Ouest ont pendant longtemps échoué dans leurs tentatives visant à comprendre les motivations des Autochtones et le contexte diplomatique dans lequel les négociations avaient lieu. En commençant par écouter les voix des Autochtones — passées et actuelles — qui comprennent les choses différemment, puis en donnant à leurs voix le pouvoir de narrer nos propres histoires et relations politiques, nous obtiendrons une vision plus exacte et plus complète de l’histoire.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

La même question ressort lorsque nous essayons de comprendre les traités entre les Autochtones et la Couronne qui ont suivi le Traité Selkirk dans l’Ouest. Il est aussi mentionné que les traités numérotés (traités 1-11, négociés de 1871 à 1921) ont retiré les titres de propriété des terres aux Autochtones, les remettant à la Couronne. Les Autochtones nient cette affirmation, faisant valoir qu’aucune discussion de ce genre n’a eu lieu et que leurs ancêtres n’ont jamais consenti à céder leurs terres. Une grande partie des éléments dont il est question semble découler de la mentalité impériale selon laquelle les Autochtones sont trop primitifs et pas assez intelligents pour avoir compris ce qui était négocié ou ils se sont fait avoir par des représentants de la Couronne plus astucieux. Ces suppositions sont sans fondement et trouvent leur origine dans un racisme normalisé renforcé par des générations de pratique coloniale canadienne. Comme le montre le Traité Selkirk, les Autochtones savaient tout à fait ce que les Européens voulaient et ils ont pu exercer leur propre influence sur les événements, ce qui signifie que les négociations pour la signature d’un traité ont été juste cela : des négociations.

Pour les traités conclus ensuite, les Autochtones ont aussi réussi à orienter les négociations dans le cadre de leurs traditions diplomatiques bien établies. Ils ont négocié l’arrivée de nouveaux colons sur leur territoire en échange de présents annuels continus reconnaissant leurs intérêts permanents dans le territoire. Bien que les gouvernements fédéral et provincial perçoivent toujours les traités numérotés comme des documents de cession, les intellectuels autochtones ont un point de vue différent (ils sont presque unanimes) : ces accords établissaient une relation durable reconnaissant les droits et les titres des Autochtones, plutôt que d’y mettre fin. Comme les Canadiens commencent à poser un œil plus critique sur ces accords, il est primordial d’élaborer un meilleur cadre pour aborder les relations entre les Autochtones et le Canada ainsi qu’entre les Autochtones et la Couronne.

Il est essentiel de recourir à son esprit critique en lisant les documents relatifs aux traités ainsi que les notes sur les négociations, de même qu’en étudiant la tradition orale. Comme pour le traité Selkirk, il est possible de lire une ligne d’un document officiel et de supposer qu’elle retirait les droits et les titres aux Autochtones pour toujours, mais nous devons aller beaucoup plus en profondeur et comprendre les nouvelles relations complexes imaginées par toutes les parties. Les historiens en particulier ont l’obligation d’adopter une vue d’ensemble de ces relations et de faire intervenir un plus vaste éventail de sources archivistiques, certaines desquelles n’ont peut-être pas été consignées. Dans une ère de réconciliation, les intellectuels doivent voir au-delà des récits courants et des approches habituelles de narration de ces récits. Les Autochtones ont longtemps raconté différemment ces événements; les intellectuels canadiens doivent les prendre au sérieux. Un examen critique des événements nous permettra d’aller au-delà du contexte colonial contemporain afin de voir les différentes relations imaginées par nos ancêtres concernant la manière de vivre ensemble. Les traités, comme le Traité Selkirk, fournissent tous des lignes directrices sur la coexistence et les relations justes – il nous faut simplement les étudier plus attentivement afin de réaliser cette vision.

Biographie

Une photo couleur montrant un jeunne homme portant une chemise blanche et une cravate assis dans un champs.

Adam Gaudry
crédit Amanda Laliberté

Adam Gaudry, titulaire d’un doctorat, est Métis et professeur adjoint à la Faculté des études autochtones du Département des sciences politiques de l’Université de l’Alberta. Ses recherches portent sur la pensée politique des Métis au 19e siècle, la formation des relations entre les Métis et le Canada pour la conclusion de traités en 1870 et l’absence de mise en œuvre de l’accord subséquente. Le projet d’Adam Gaudry soutient l’existence d’un « traité du Manitoba » entre les Métis et le Canada qui requiert le maintien d’une relation politique bilatérale et respectueuse entre les partenaires du traité. Ses travaux sont révisés pour la publication d’un livre. Il a obtenu son doctorat dans le cadre du Programme de gouvernance autochtone de l’Université de Victoria et sa maîtrise ès arts en sociologie ainsi que son baccalauréat spécialisé en études politiques de l’Université Queen’s. Pour sa recherche doctorale sur les relations historiques entre les Métis et le Canada, il a reçu la bourse Henry Roe Cloud de l’université Yale récompensant une dissertation. Il est aussi coenquêteur pour le projet de recherche sur les traités concernant les Métis financé par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada. Il a publié des articles dans Native American and Indigenous Studies, le Wicazo Sa Review, aboriginal policy studies et le Canadian Journal of Native Education ainsi que des chapitres dans des collections sur l’identité métisse, la méthodologie et l’éthique en matière de recherche.

Ressources connexes

  • Bibliothèque et Archives Canada. Traités, cessions et ententes.
  • J.M. Bumsted. Fur Trade Wars: The Founding of Western Canada. Winnipeg, Great Plains Publications, vers 1999. AMICUS 20975923
  • J. M. Bumsted. The Red River Rebellion. Winnipeg, Watson & Dwyer, vers 1996. AMICUS 15446457
  • Sharon Venne. Aboriginal and Treaty Rights in Canada: Essays on Law, Equity, and Respect for Difference, « Understanding Treaty 6: An Indigenous Perspective », pp. 173–207, Michael Asch, Presses de l’Université de la Colombie-Britannique, vers 1997. AMICUS 15883635
  • Michael Asch. On Being Here to Stay: Treaties and Aboriginal Rights in Canada. Presses de l’Université de Toronto, 2014. AMICUS 42148617

Transcription du rapport Coltman – Externalisation à Bibliothèque et Archives Canada

Par Beth Greenhorn

Au printemps de 2016, nous avons, à Bibliothèque et Archives Canada (BAC), numérisé A General Statement and Report relative to the Disturbances in the Indian Territories of British North America [un énoncé général et un rapport qui porte sur les perturbations dans les terres autochtones de l’Amérique du Nord britannique], communément désigné comme le « rapport Coltman ». Cette numérisation avait pour but d’appuyer les activités commémoratives liées au 200e anniversaire de la bataille de la Grenouillère organisées par la Fédération des Métis du Manitoba, en juin 2016.

Moitié supérieure de la première page du rapport de William Batchelor Coltman concernant la bataille de la Grenouillère. Pâlis, les mots ont été rédigés à la main à l’encre noire sur du papier de couleur crème. L’écriture commence à gauche de la feuille, avant la ligne rouge verticale délimitant la marge, et elle se poursuit à droite de celle-ci.

Instantané d’écran de la première page du rapport Coltman, 1818 (MIKAN 114974)

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Capitaine James Peters : Correspondant de guerre et photographe

De nos jours, la photographie fait partie intégrante de nos vies; nos moindres gestes quotidiens sont captés, qu’il s’agisse d’exploits ou d’actes anodins. Dès les débuts, dans les années 1830, la photographie a servi à relater les faits de guerre. Les premiers photographes devaient déployer tout leur talent pour saisir les rapides mouvements de combat, car l’équipement photographique ne permettait pas d’enregistrer des mouvements. En conséquence, les images de guerre, à l’époque, étaient souvent des reconstitutions des véritables opérations militaires. En général, elles illustraient plutôt les éléments statiques de la guerre, comme des portraits de soldats, la vie dans des camps, les fortifications, l’emplacement de l’artillerie et les champs de bataille, avant et après le déroulement de l’action.

Le capitaine James Peters a capté les événements dramatiques de la Rébellion du Nord-Ouest en tant que photographe et correspondant pour le Quebec Morning Chronicle. La Rébellion du Nord-Ouest est une insurrection contre le gouvernement canadien qui aura duré cinq mois, mettant surtout en cause des citoyens de la nation métisse et leurs alliés des Premières Nations. Avant-gardiste, M. Peters a capté les événements qui se déroulaient dans le champ de bataille.

Le capitaine Peters et la batterie « A » de l’Artillerie canadienne ont quitté la ville de Québec le 28 mars 1885 en direction du nord-ouest. La batterie « A » allait fournir l’appui d’artillerie au major-général Frederick D. Middleton et à la Milice du Canada. M. Peters servira sous Middleton à Fish Creek et à Batoche, ainsi que durant les recherches menées par la milice afin de trouver le leader cri Mistahimaskwa (Big Bear). Lire la suite

Un peuple dans l’ombre : À la découverte de la Nation Métisse dans la collection de Bibliothèque et Archives Canada

Cet article renferme de la terminologie et des contenus à caractère historique que certains pourraient considérer comme offensants, notamment au chapitre du langage utilisé pour désigner des groupes raciaux, ethniques et culturels. Pour en savoir plus, consultez notre Mise en garde — terminologie historique.

Qui sont les Métis?

La Nation Métisse s’est formée aux XVIIIe et XIXe siècles. Sur les trois peuples autochtones du Canada, elle vient au deuxième rang en termes de population. Les citoyens de la Nation Métisse sont les descendants de couples formés d’une mère autochtone et d’un père européen actif dans le commerce des fourrures.

Les communautés Métisses sont très répandues au Manitoba, en Saskatchewan, en Alberta et dans les Territoires du Nord‑Ouest. On en retrouve aussi en plus petit nombre en Colombie‑Britannique, en Ontario, au Minnesota, au Montana et au Dakota du Nord.

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) possède toute une gamme de documents sur la Nation métisse : des documents textuels, des photographies, des œuvres d’art, des cartes, des timbres, des enregistrements sonores, etc. Toutefois, les découvrir n’est pas toujours une mince tâche!

Les défis de la recherche sur les Métis dans les collections d’art et de photographie

Certains portraits de politiciens et de dirigeants célèbres de la Nation Métisse sont faciles à identifier, comme ceux de Louis Riel et de Gabriel Dumont. Par contre, les images représentant des Métis moins connus sont plus difficiles à repérer. Les titres d’origine révèlent le manque de connaissances historiques de ceux qui décrivaient le contenu sur les Métis. Souvent, les Métis n’y sont pas mentionnés, ou sont confondus avec des membres des Premières Nations. La légende de la photo ci‑dessous en est un bon exemple.

Photo noir et blanc montrant un homme vêtu à l’européenne, debout à gauche devant une charrette de la rivière Rouge. À droite, un groupe d’hommes, de femmes et d’enfants portant des vêtements traditionnels des Premières Nations sont debout devant une autre charrette de la rivière Rouge.

Indiens chippaouais et charrettes de la rivière Rouge à Dufferin [traduction de la légende originale], Manitoba, 1873 (no MIKAN 4848365)

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