Brian Thompson : conservateur invité

Bannière pour la série Conservateurs invités. À gauche, on lit CANADA 150 en rouge et le texte « Canada: Qui sommes-nous? » et en dessous de ce texte « Série Conservateurs invités ».Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

Joignez-vous à nous chaque mois de 2017! Des experts de BAC, de tout le Canada et d’ailleurs donnent des renseignements additionnels sur l’exposition. Chaque « conservateur invité » traite d’un article particulier et en ajoute un nouveau — virtuellement.

Ne manquez pas l’exposition Canada : Qui sommes-nous? présentée au 395, rue Wellington à Ottawa, du 5 juin 2017 au 1er mars 2018. L’entrée est gratuite.


Ouverture d’« Une Couronne de Lauriers » par Calixa Lavallée, vers 1864

Page en papier sépia des notations musicales écrites à la main signées C. Lavallée.

Partition de « Une Couronne de Lauriers » par Calixa Lavallée, v. 1864 (MIKAN 4903777)

Calixa Lavallée ne croyait pas à la nation canadienne; il aurait même composé des œuvres contre la Confédération. Certains journaux de l’époque parlent d’un « radical » célèbre pour sa couronne et ses lauriers.


Parlez-nous de vous.

Lorsque j’étais enfant, j’étais fasciné par le hockey, la musique, l’histoire et la politique. Je partageais la même passion pour le hockey et la musique que les autres enfants de mon âge. L’histoire et la politique étaient moins populaires. Toutefois, en tant que musicologue, la musique, l’histoire et la politique font partie de mon travail. Alors que je rédigeais un article sur Calixa Lavallée, le compositeur de « Ô Canada », je me suis rendu compte que j’avais trouvé une manière d’intégrer le hockey dans mon canevas — l’hymne national, chanté par le grand Roger Doucet, faisait partie de mes soirées du samedi, de l’automne au printemps. Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

Calixa Lavallée est né en 1842 dans les proches environs de Montréal. Au milieu de son adolescence, il était déjà un musicien professionnel; il était directeur musical de troupes de ménestrels ambulants et il se produisait comme pianiste. Il allait devenir un pédagogue réputé, tant au Canada qu’aux États-Unis, et un compositeur d’œuvres dans pratiquement tous les styles en vogue à cette époque. Parmi les œuvres qu’il a publiées, on compte des chansons, de la musique sacrée, des ouvertures de concert, des opéras, de nombreuses pièces pour piano et l’hymne « Ô Canada » qu’il composa en 1880.

Lavallée revint des États-Unis en 1863 et resta à Montréal jusqu’à la fin de 1865. Des événements marquants se déroulaient alors des deux côtés de la frontière. En 1864, les États-Unis entraient dans la troisième année de la guerre de Sécession, alors que les Canadiens commençaient à débattre des avantages de la Confédération. À Montréal, les opinions étaient partagées quant à la création d’un nouveau pays. Par ses contributions aux journaux nationalistes La Presse et l’Union nationale, Lavallée, alors âgé de 22 ans, prenait le parti des opposants à la Confédération qui en revenait pour eux à l’assimilation des Canadiens français. Sur scène, il jouait un rôle de premier plan; il donnait de nombreux concerts à la tête d’un groupe de jeunes chanteurs et d’instrumentistes. Il consacrait la majorité de son temps à recueillir des fonds pour des œuvres de bienfaisance.

Le 19 février 1864, il donna un concert dans l’Édifice Nordheimer, à Montréal, où il interpréta « Une Couronne de Lauriers » pour la première fois en public. La société locale Laurent, Laforce et cie publia l’œuvre à l’été de cette même année; en août La Presse en publia une recension signée par le pianiste Gustave Smith qui déclara que c’était « le premier morceau d’importance qui ait paru chez un éditeur de musique de Montréal ». Selon toute vraisemblance, c’est à ce moment que Lavallée a rédigé les premières mesures du morceau « Une Couronne de Lauriers ».

Deux pages comprenant les signatures des chanteurs d'opéra les plus réputés.

Feuilles d’autographes comprenant les signatures des chanteurs d’opéra les plus célèbres de l’époque (MIKAN 4936765)

Ce document fascinant soulève de nombreuses questions. BAC en a fait l’acquisition en même temps qu’un document de deux pages intitulé « Autographes des dames et messieurs de l’Opéra Italien ». Les annotations indiquent clairement que la première feuille, comprenant un fragment musical, provenait du même livre que la seconde, qui est une page d’autographes. BAC a fait l’acquisition des deux documents chez un marchand de livres rares. Nous ne pouvons qu’émettre des spéculations quant à leur origine et leur utilité.

La feuille d’autographes comprend les signatures de nombreux grands noms de l’opéra de l’époque, dont l’imprésario Max Strakosch et la mezzo-soprano Amalia Patti Strakosch. La plupart de ces artistes, si ce n’est tous, se produisaient à New York au milieu des années 1860. La page contient un message nébuleux : « Que sera l’avenir pour nous deux? Montréal, 5 nov. 1866 »

La question qui se pose : à qui appartenaient ces deux feuilles? Je ne peux que spéculer. Une des possibilités est qu’elles étaient la propriété de Lavallée lui-même; elles ont peut-être été transmises à sa veuve, après son décès survenu à Boston en 1891, et ensuite à une autre personne. Lavallée travaillait souvent avec des chanteurs d’opéra et peut avoir recueilli leurs autographes. Un album de photographies qui lui appartenait a survécu et contient de nombreuses photos d’autres artistes signées de leur main. Cependant, cela aurait été inhabituel de sa part d’avoir inséré un court morceau de musique dans son livre d’autographes.

Il est plus plausible de penser que ces pages appartenaient au pianiste Gustave Smith. C’était un collègue de Lavallée à Montréal dans les années 1860, et, lui aussi, travaillait souvent avec des chanteurs d’opéra. Il se rendit également aux États-Unis vers la fin 1865 ou au début de 1866, où il séjourna brièvement à New York avant de s’établir à La Nouvelle-Orléans. Il rentra au Canada plus tard au cours de la décennie et occupa un poste d’organiste à la cathédrale Notre-Dame d’Ottawa.

Une troisième possibilité est que ces documents appartenaient à un autre collaborateur de Lavallée, le violoniste Frantz Jehin-Prume. Ce musicien belge faisait un séjour prolongé à Montréal en 1865, période au cours de laquelle il s’est produit au moins une fois en compagnie de Lavallée. Les deux musiciens sont devenus des amis proches et se produisaient fréquemment ensemble. Il participa à plusieurs tournées avec une compagnie qui comptait dans ses rangs Amalia Patti Strakosch. Il a séjourné à New York à l’automne 1865 et est revenu à Montréal en 1866.

Le manuscrit a encore des secrets à révéler. Il lève un petit pan du passé, nous donnant un aperçu de la vie culturelle à une époque qui vit la naissance du Canada ainsi que de la vie du musicien dont la musique contribuait à définir un pays à la création duquel il s’opposait initialement.

Compte tenu de leur formation et de leur expérience, les historiens et les archivistes, tout comme les musicologues, connaissent l’importance potentielle d’un document manuscrit. Ils savent qu’une lettre, un mémo ou quelques notes de musique rapidement jetées sur un morceau de papier peuvent nous aider à mieux comprendre les époques passées et peuvent avoir bien plus de valeur qu’il n’y paraît à première vue. L’étude de l’histoire peut porter sur l’analyse des événements historiques et politiques importants, mais cela peut être aussi un travail de détective. Ceux qui explorent notre époque peuvent s’appuyer dans une large mesure sur des renseignements en format électronique : des images numériques, des courriels, des publications ou des blogues. L’exposition est l’occasion pour le public d’admirer et de découvrir des documents originaux, comme ceux-ci, des documents créés de main d’homme et par des personnes qui ont laissé quelque chose d’eux-mêmes et de leur époque à la postérité.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

Couverture de la partition. Au centre, il y a une photo d'un homme en pardessus et en pantalons tenant à la main un haut-de-forme et une canne. Les noms du compositeur et du parolier se trouvent en bas entre un croquis représentant la ville de Québec et un arbre qui va jusqu'au haut de la page recouvrant le titre de feuilles d'érable.

Couverture de la première édition de « Ô Canada » (AMICUS 5281119)
L.N. Dufresne, couverture « Ô Canada » (Québec : Arthur Lavigne, 1880). Musée de la civilisation, bibliothèque du Séminaire de Québec. Fonds ancien, 204, SQ047145.

La couverture de la première édition de « Ô Canada » (« Chant national ») est un document rare d’une grande importance historique. L’hymne a été composé à l’occasion du Congrès catholique canadien-français de 1880, un rassemblement d’intellectuels, de politiciens et de milliers de membres du grand public qui avait pour but de célébrer la culture canadienne-française et de réfléchir à l’avenir. L’événement comprenait de nombreuses prestations musicales. C’était aussi l’occasion de créer un chant national qui avait la dignité du « God Save the Queen », l’hymne qui était alors entonné lors de tous les événements publics au Canada à l’époque.

Le comité organisateur du Congrès avait choisi Calixa Lavallée comme compositeur, et le juge Adolphe-Basile Routhier comme poète, pour produire le nouvel hymne. Les deux hommes vivaient alors au Québec et se connaissaient, car ils évoluaient au minimum dans les mêmes sphères. Ils achevèrent la production de l’œuvre en avril 1880 et les journaux annoncèrent qu’elle serait publiée par le détaillant en musique local Arthur Lavigne. Le concepteur de la couverture était L.N. Dufresne, un peintre et illustrateur. Il souhaitait que son œuvre saisisse visuellement l’essence même de la musique. Le titre est indiqué en haut, entouré de guirlandes de feuilles d’érable. Sur la droite, on peut voir la Citadelle de Québec, sur la gauche un castor et en bas, le fleuve Saint-Laurent. Au centre de la page se trouve une photographie du lieutenant-gouverneur Théodore Robitaille. Le fait qu’il occupe la place de choix sur la couverture vise à témoigner du rôle qu’il joue en tant que mécène et fervent défenseur de la création d’un nouveau chant national, un chant qui pourrait représenter le peuple du Québec et les Canadiens français où qu’ils se trouvent.

Biographie

Photo en couleur d'un homme avec une barbe.Brian Christopher Thompson est l’auteur du livre Anthems and Minstrel Shows: The Life and Times of Calixa Lavallée, 1842–1891 (Montréal et Kingston : McGill–Queen’s University Press, 2015); il a également rassemblé et publié Calixa Lavallée: L’œuvre pour piano seul / The Complete Works for Solo Piano (Vancouver: The Avondale Press, 2016). Après avoir obtenu des diplômes de l’Université Concordia, de l’Université de Victoria et de l’Université McGill, il a obtenu son doctorat en musicologie à l’Université de Hong Kong en 2001, sous la direction de Michael Noone et Katherine Preston. Il est actuellement chargé de cours sénior au Département de musique de l’Université chinoise de Hong Kong.

Ressources connexes

Conservatrice invitée : Arlene Gehmacher

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Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

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Bouquet de fleurs sauvages par Susanna Moodie, v. 1870

Un pissenlit jaune devant des fleurs sauvages bleues et roses mélangées à des feuilles, peint sur une carte sépia.

Bouquet de fleurs sauvages par Susanna Moodie, v. 1870 (MIKAN 2897949)

Susanna Moodie qualifiait les forêts canadiennes de prison. Peindre des fleurs était peut-être pour elle une façon de s’évader et d’instaurer un peu d’ordre et de raffinement dans la nature.


Parlez-nous de vous.

L’étude de la culture visuelle du Canada est un de mes intérêts depuis mon embauche pour faire des recherches sur les sources imprimées et archivistiques primaires en vue d’une exposition sur l’art historique produit au Canada. J’ai eu la piqûre — le matériel a comblé à la fois mon amour des beaux-arts et celui du contexte culturel. Je me sens privilégiée d’avoir pu en faire ma carrière.

Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

Les aquarelles, comme Bouquet de fleurs sauvages, n’étaient pas pour Moodie un simple passe­temps pour créer des cadeaux pour les membres de sa famille et ses amis, mais il s’agissait également d’une marchandise qui pouvait générer un revenu ou faire du commerce. En demandant entre 3 $ et 5 $, elle pouvait payer sa servante. William Notman, le célèbre photographe canadien, est reconnu pour avoir accepté — à sa suggestion — une aquarelle autographiée comme mode de paiement de ses photographies. (Moodie a ainsi peint un ensemble de roses pourpres, blanches, jaunes et roses.)

Les fleurs sauvages du bouquet — dont la pervenche, le pissenlit et la clématite — peuvent très bien avoir été cueillies par Moodie elle-même, mais leur illustration en aquarelle faisait partie de son économie familiale.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

Deux planches représentant des fleurs multicolores et des feuilles vertes. À gauche : lis de Philadelphie, campanule à feuilles rondes et cypripède royal. À droite : hépatique à lobes aigus, uvulaire grandiflore, anémone à cinq folioles et claytonie lancéolée.

Image de gauche : lis de Philadelphie, campanule à feuilles rondes et cypripède royal (MIKAN 2905466) Image de droite : hépatique à lobes aigus, uvulaire grandiflore, anémone à cinq folioles et claytonie lancéolée (MIKAN 2905471) Planches tirées de Canadian Wild Flowers par Agnes FitzGibbon, publié par John Lovell, Montréal, 1868 (AMICUS 49189)

Agnes FitzGibbon, fille de Susanna Moodie, a collaboré avec sa tante, Catharine Parr Traill (sœur de Susanna) à Canadian Wild Flowers, publié en 1868 et salué pour son exactitude scientifique. Le Bouquet de fleurs sauvages de Susanna Moodie exprime sa joie et sa passion pour la cueillette et l’arrangement esthétique des fleurs. Son talent artistique est immortalisé dans ses aquarelles. À l’opposé, les excellentes illustrations de FitzGibbon sont informatives; son tracé précis permet d’assurer la perceptibilité du spécimen.

Le projet de FitzGibbon était dès le départ une activité commerciale, chacun des 500 exemplaires contenait 10 plaques lithographiées, toutes peintes à la main (avec de l’aide!), auxquelles étaient jointes les descriptions à la fois poétiques et naturalistes de Parr Trail. Réalisé en 1867 et 1868, Canadian Wild Flowers, en raison de son sujet et de la date de publication, a sans aucun doute présenté un intérêt national.

Biographie

Photographie en couleur d'une femme debout devant un mur turquoiseArlene Gehmacher, Ph. D., est conservatrice (peintures, estampes et dessins canadiens) au Musée royal de l’Ontario (MRO) à Toronto, en Ontario, où elle organise des expositions et effectue des recherches fondées sur les collections. Elle enseigne également. Son cours « Collecting Canada » porte sur l’acquisition, l’interprétation et la présentation de la collection des œuvres du MRO. Il est offert par le biais du Département d’histoire de l’art de l’Université de Toronto. Ses publications traitent d’artistes du XIXe au XXIe siècle : Ozias Leduc (1996), Cornelius Krieghoff (2003), Naoko Matsubara (2003, 2016), Paul Kane (2010, 2014), Arthur Heming (2013) et William Blair Bruce (1999, 2014).

Ressources connexes

Conservatrice invitée : Tania Passafiume

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Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

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Temples of Today, John Vanderpant, 1934

 Photographie noir et blanc d’un silo à grains; de hautes tours circulaires se dressent devant un immeuble rectangulaire encore plus haut.

Temples of Today, John Vanderpant, 1934. (MIKAN 3784205)

Le photographe John Vanderpant voyait les silos à grains du Canada comme de véritables temples. Ceux-ci reflétaient sa vision utopique du pays, fondée sur sa confiance envers le commerce et l’industrie. À ses yeux, l’industrie était l’avenir de la nation.


Parlez-nous de vous.

Dès l’âge de 13 ans, j’ai su que je voulais devenir restauratrice. Mon oncle avait épousé une femme formidable du nom de Janice, qui était restauratrice en beaux-arts; elle restaurait des peintures, des œuvres d’art sur papier et des photographies. Elle m’a beaucoup influencée. J’ai travaillé dans son laboratoire privé pendant mes études à l’université. J’ai ainsi pu acquérir de l’expérience avant même de commencer mes études supérieures en conservation. Quand j’ai obtenu mon diplôme, les emplois se faisaient rares au Canada; cette année-là, ma tante avait fermé son laboratoire pour voyager. Sur un coup de tête, je me suis retrouvée à la George Eastman House. Je devais y rester seulement trois mois, mais finalement, ça s’est transformé en trois ans et trois mois! C’est là que j’ai développé ma passion pour la photographie, et en particulier pour les procédés historiques. J’avais souvent les mains noircies à cause de tout le nitrate d’argent que je manipulais. Et maintenant que je suis à Bibliothèque et Archives Canada, je vois parfois le nom de ma tante sur quelques rapports, puisqu’elle a déjà été stagiaire ici, bien avant mon arrivée.

Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

La collection de photographies de BAC est très diversifiée : on y trouve tout un éventail de procédés et d’images. Dans cette exposition, mon œuvre préférée s’intitule Temples of Today, de John Vanderpant. Comme je suis restauratrice de photographies, je regarde souvent au-delà de l’image pour examiner de près les matériaux, voir comment la photo a été prise, tenter de déterminer si elle a été altérée… Alors souvent, pour ne pas me laisser distraire par l’image, je place la photo tête en bas; elle devient moins distrayante, et je peux mieux me concentrer sur les matériaux.

Pour cette photo, je n’ai eu qu’à me pencher et à examiner la surface avec un éclairage de côté, presque à hauteur des yeux. Comme ça, on peut vraiment « voir » un objet; ça fait ressortir toutes les marques et les déformations qui découlent de sa manipulation.

Si vous observez la photo de Vanderpant de cette façon, vous verrez les empreintes d’un chat! Nous croyons qu’un chat a marché dans les deux sens sur la photo, alors qu’elle était déjà montée sur le support papier. Ses empreintes se retrouvent à la fois sur la photo et le support. Vanderpant avait peut-être un chat qui lui rendait visite dans le studio? J’aime bien trouver ce genre de secret bien caché sur une œuvre! J’ai essayé d’enlever ou d’atténuer les empreintes, mais elles sont bien incrustées dans l’émulsion. Je n’ai donc pas pu faire grand-chose comme traitement, et on les voit encore.

Une photographie placée sur une table, sous un puissant éclairage de côté, révèle la présence d’empreintes de chat.

Vue de la photographie Temples of Today sous un éclairage de côté, révélant la présence d’empreintes de chat. Photo prise par Tom Thompson.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition

J’aime beaucoup montrer aux gens un daguerréotype datant de juillet 1858 qui montre la Brasserie Molson, à Montréal, après un incendie. C’est une demi-plaque encore en bon état. L’image est sombre, car l’incendie n’a rien épargné. On voit un homme debout au milieu des ruines; une femme est assise à sa gauche, avec un jeune enfant qui a bougé quand la photo a été prise, parce que l’image est floue. C’est émouvant quand on pense que le daguerréotypiste était sur les lieux à ce moment.

Il y a quelques années, ce daguerréotype a été choisi pour faire partie d’une exposition. J’ai donc eu la chance de pouvoir ouvrir son étui pour l’examiner. Le ruban d’étanchéité d’origine avait déjà été enlevé. Quand j’ai retiré le passe-partout de cuivre, j’ai tout de suite vu la marque d’un doigt dans le coin supérieur gauche. C’est peut-être l’empreinte du daguerréotypiste, dont on ne connaît pas l’identité. Il l’a sans doute laissée involontairement quand il a développé la plaque ou qu’il l’a placée dans son étui. Ce mystère du passé crée un pont, un lien entre nous, ces gens sur la photo et la personne invisible derrière l’appareil photo.

Coin d’un daguerréotype montrant une empreinte digitale sur le bord de la plaque. La photo montre un gros plan de la Brasserie Molson après un incendie. Une femme avec un bébé est assise au bas de l’image.

Détail d’un daguerréotype montrant une empreinte digitale sur le bord de la plaque. Photo prise par Jennie Woodley. (MIKAN 3623957)

Image noir et blanc des décombres de la brasserie à l’avant-plan, avec un immeuble endommagé en en arrière-plan. Une femme et un bébé sont assis au centre, à la gauche d’un homme debout.

Image pleine grandeur de la Brasserie Molson après l’incendie de 1858. (MIKAN 3623957)

Pour rester dans le thème des animaux et des photos, j’aimerais vous parler d’un chien bien spécial que nous appelons, au Centre de préservation, le « Décadog ». C’est l’exemple parfait d’un animal qui agit comme tel, peu importent les circonstances!

On peut voir ce chien sur une photo panoramique (un négatif en nitrate) du 7e détachement de la Batterie C de la Royal Canadian Horse Artillery. Ces militaires faisaient partie d’unités du Corps expéditionnaire canadien et de la Royal Air Force qui s’entraînaient dans divers camps, en Ontario. La photo qui nous intéresse a été prise à Kingston entre 1914 et 1918. Le négatif a été découvert en 2011, quand mes collègues Carla Klück et Louise Perrault ont passé en revue notre collection de clichés panoramiques au nitrate.

C’est un négatif de grandes dimensions : il fait 200 mm de hauteur sur 1060 mm de largeur! À première vue, c’est une simple photo de troupes militaires au tournant du siècle. Mais en la regardant de plus près, on aperçoit un chien à l’avant-plan. Et pas n’importe quel chien : un chien à onze pattes! Les observateurs sont toujours confus quand ils remarquent ce détail inhabituel. Quelqu’un avait déjà tracé dix des pattes à l’encre noire sur le négatif, d’où le surnom « Décadog ». (Sur l’épreuve positive, l’encre noire apparaît en blanc.) L’avant-dernière patte à gauche a été omise.

Maintenant, vous vous demandez sans doute comment un tel chien pouvait exister! La réponse est simple : la photo a été prise par une caméra panoramique appelée Cirkut. Cette caméra pouvait prendre des clichés panoramiques en pivotant horizontalement pendant qu’un rouleau de pellicule se déplaçait sur le plan du film. Le chien sur la photo a dû marcher pendant que la caméra tournait de gauche à droite, et la lente prise de vue a capté ses mouvements.

Pour prouver que ce chien était un ami à quatre pattes « normal », j’ai trouvé une autre photographie au nitrate où il apparaît. Cette fois, il s’agit du 8e détachement de la Batterie C de la Royal Canadian Horse Artillery. La photo a été prise au camp de Petawawa en juin 1916. Les signes distinctifs sur la tête du chien nous font croire qu’il s’agit du même animal sur les deux photos.

Prise de vue panoramique noir et blanc de deux rangées de soldats en uniforme, entre deux canons sur roues. Le « Décadog » se tient à l’avant. On aperçoit les casernes en arrière-plan.

Photo du 7e détachement de la Batterie C de la Royal Canadian Horse Artillery (Corps expéditionnaire canadien) avec le « Décadog », par Andrew Merrilees. (MIKAN 4474227)

Photo du 8e détachement de la Batterie C de la Royal Canadian Horse Artillery (Corps expéditionnaire canadien) au camp de Petawawa, avec un chien au centre, par Andrew Merrilees. (MIKAN 4473482)

Biographie

Photo en couleur d'une femme regardant le photographe.

Crédit Tom Thompson

Tania Passafiume est restauratrice en chef des documents photographiques à Bibliothèque et Archives Canada depuis 2005. Après avoir terminé sa maîtrise en restauration d’œuvres d’art à l’Université Queen’s avec une spécialisation en restauration de photographie, d’œuvres sur papier et de livres, elle a déménagé à Rochester, dans l’État de New York, où elle a passé plus de trois ans à la George Eastman House, d’abord pour suivre un programme de certificat sur la restauration photographique et la pratique de l’archivage, puis à titre de boursière du premier cycle du Programme de résidence avancé Andrew W. Mellon en restauration photographique. Pendant les trois années qui ont suivi, Tania a été boursière de la Fondation Andrew W. Mellon en restauration photographique à l’Art Institute of Chicago. Elle a aussi travaillé dans les établissements et laboratoires privés suivants : Jana Conservation, McMichael Canadian Art Collection, les Archives nationales du Canada, les Archives de la Ville de Vancouver et le Centre canadien d’architecture.

En collaboration avec l’Institut canadien de conservation, Tania a publié Silver Gelatin Paper Sample Sets, fondé sur sa thèse de la George Eastman House. Cet ouvrage a donné lieu à des travaux de recherches sur Hippolyte Bayard, un projet sur lequel elle travaille en ce moment avec le Centre de recherche sur la conservation des collections, à Paris. Plus récemment, elle a piloté un projet réunissant Bibliothèque et Archives Canada et la Direction des affaires culturelles de la Ville de Paris/Atelier de restauration et de conservation des photographies de la Ville de Paris. Cette collaboration a débouché sur le premier glossaire visuel français-anglais portant sur conservation photographique, intitulé Lingua Franca : Un langage commun pour les restaurateurs de documents photographiques. Publié sous forme de livre numérique enrichi, il est offert gratuitement sur iTunes.

 

Conservatrice invitée : Vasanthi Pendakur

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Femme sauvage du Canada, 1784

 Gravure en couleur d’une femme au teint pâle et aux cheveux blonds portant une robe jaune bordée de vert, un tablier blanc, un collier, des collants roses et des chaussons bleus.

Femme sauvage du Canada, gravure tirée de Mœurs et coutumes des sauvages du Canada, 1784 (MIKAN 3025442)

Les images du Canada publiées dans des encyclopédies sérieuses sont souvent surprenantes. Cette Autochtone ressemble à une Européenne avec ses cheveux blonds. Lire la suite

Conservateur invité : James Bone

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Canada : Qui sommes-nous?

Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

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Le Castor de trois pence, conception de sir Sandford Fleming, 1851

Sépia, timbre carré. À chaque coin se trouve le chiffre trois, qui indique le coût. Dans un anneau autour du centre est écrit « Canada Postage Three Pence », et une couronne se trouve entre les mots du haut. Au centre de l’anneau apparaît un castor près d’un cours d’eau; une montagne et des arbres se trouvent à l’arrière-plan.

Le castor de trois pence, conçu par sir Sandford Fleming, 1851 (MIKAN 2184475) ©Postes Canada

On jugeait que le castor représentait bien le Canadien moyen parce qu’il est travaillant, tenace et très habile en construction. C’est l’une des raisons pour lesquelles le premier timbre canadien est à son effigie.


Parlez-nous de vous.

Je fais l’acquisition et le traitement des archives philatéliques de sources privées (ou non gouvernementales). Bien que BAC possède le très important Fonds du ministère des Postes, lequel contient les dossiers de Postes Canada, l’étude de la philatélie s’effectue entièrement dans la sphère privée. Ainsi, pour compléter les dossiers officiels, BAC recueille aussi les dossiers de concepteurs de timbres, de graveurs et d’artistes ainsi que ceux d’imprimeries, de sociétés philatéliques du Canada, et ceux de chercheurs et d’exposants majeurs du domaine de la philatélie.

J’ai récemment représenté BAC dans le cadre de la British North America Philatelic Society Exhibition qui a eu lieu en 2016, à Fredericton, au Nouveau-Brunswick. J’ai cherché à faire connaître les collections de BAC et la façon de les utiliser, tout en soulignant que des participants pourraient avoir des documents d’archives intéressants pour la collection grandissante de BAC.

Je ne m’attendais pas réellement à travailler pour BAC. Après mes études de premier cycle, en 2006, j’ai obtenu une bourse d’une année afin de poursuivre mes études en langue chinoise à l’Université normale de Pékin, ce qui servait de préparatifs pour mon projet de maîtrise ès arts et histoire de la Chine. Toutefois, la maladie et un changement d’orientation m’ont poussé vers le marché du travail. J’ai travaillé à London (Ontario) en assistance technique et supervisé plus tard une équipe de soutien technique à Montréal pendant plusieurs années avant de revenir aux études supérieures. Lire la suite

Fais-moi un dessin : les politiciens canadiens dans la BD

Par Meaghan Scanlon

Nous avons tous ri un jour ou l’autre en voyant une caricature dans le journal. Les personnalités politiques font souvent les frais de ces petites bandes dessinées tantôt humoristiques, tantôt sarcastiques, qui misent toujours sur l’exagération. Mais saviez-vous que des politiciens canadiens ont aussi figuré dans des bandes dessinées Web, des romans illustrés, et même des BD de super-héros?

Hark! A Vagrant, la bande dessinée de Kate Beaton publiée en anglais sur le Web, met souvent en vedette des personnages historiques. Sa planche « A History Debate » présente ainsi une brochette de figures connues ayant marqué notre pays. On peut y voir sir John A. Macdonald discuter de la façon de rendre l’histoire du Canada moins ennuyante. (Et précisons qu’à nos yeux, elle est tout sauf ennuyante!)

Quelques romans illustrés relatent quant à eux la vie de politiciens canadiens. C’est le cas de Louis Riel: A Comic-Strip Biography, par Chester Brown, et de Hyena in Petticoats: The Story of Suffragette Nellie McClung, par Willow Dawson. Les auteurs de ces ouvrages à saveur biographique prennent certaines libertés pour décrire les événements, mais la majeure partie de leur récit est fondée sur la réalité.

À l’opposé, des super-héros de BD côtoient parfois des politiciens canadiens dans des aventures incroyables! Ce sera bientôt le cas du premier ministre Justin Trudeau, qui fera son entrée dans le monde de la bande dessinée dans un numéro publié par Marvel et écrit par le Canadien Chip Zdarsky. D’autres avant lui sont déjà passés par là; ainsi, dans le premier numéro de New Triumph featuring Northguard, le héros éponyme met à jour un complot visant à tuer le premier ministre du Québec, René Lévesque. Heureusement, Northguard arrive juste à temps pour lui sauver la vie.

Pierre Elliott Trudeau n’est pas en reste : dans le 120e numéro de la BD The X-Men, le premier ministre du Canada rencontre James MacDonald Hudson (nom de code : Vindicator), de la Division Alpha, l’équipe de super-héros canadiens. Il lui confie une mission : capturer et ramener au pays Wolverine, un membre canadien des X-Men. Les illustrations de cette BD sont l’œuvre de l’artiste canadien John Byrne.

Le premier ministre Pierre Elliott Trudeau est debout devant un grand écran où l’on voit les X-Men combattant un robot géant. À ses côtés se tient Vindicator, chef de la Division Alpha, à qui il demande de lui expliquer qui sont les X-Men. Au haut de la page, on peut lire en gros caractères « The Uncanny X-Men » (« Les mystérieux X-Men »), ainsi que le titre « Wanted: Wolverine! Dead or Alive! » (« Recherché mort ou vif : Wolverine »). La scène se déroule dans le centre des opérations du ministère de la Défense du Canada.

Vindicator, chef de la Division Alpha, explique à Pierre Elliott Trudeau qui sont les X-Men dans le no 120 de la série du même nom, publié par Marvel Comics en avril 1979. (Réimprimé dans X-Men: Alpha Flight) AMICUS 44300363 © MARVEL

Mais c’est peut-être dans Angloman: Making the World Safe for Apostrophes! que les politiciens canadiens sont dépeints de la façon la plus surprenante. Angloman, le super-héros du bilinguisme, y rencontre une série de personnages dotés de pouvoirs spéciaux. Ceux-ci sembleraient sans doute familiers aux personnes qui étudient la politique canadienne. Ainsi, Power Chin est une parodie du premier ministre Brian Mulroney; il arbore un menton surdimensionné, l’un des traits du politicien les plus repris par les caricaturistes. Pierre Elliott Trudeau, quant à lui, devient The Northern Magus, un mystérieux personnage doté de pouvoirs magiques et ne s’exprimant qu’en vers, toujours vêtu d’une cape et portant une rose à la boutonnière.

Croquis et descriptions textuelles de trois personnages : Poutinette, The Northern Magus et Power Chin.

Notices biographiques de trois personnages (Poutinette, The Northern Magus et Power Chin), tirées d’Angloman: Making the World Safe for Apostrophes! (AMICUS 14740760) © Mark Shainblum et Gabriel Morrissette. Reproduit avec la permission de Signature Editions.

Les bandes dessinées qui traitent de l’histoire du Canada vous intéressent? Vous aimeriez découvrir d’autres BD canadiennes? Visitez l’exposition de Bibliothèque et Archives Canada intitulée Alter ego : les bandes dessinées et l’identité canadienne, à l’affiche jusqu’au 14 septembre au 395, rue Wellington à Ottawa. L’admission est gratuite.

Autres ressources


Meaghan Scanlon est bibliothécaire des collections spéciales au sein de la Direction générale du patrimoine publié à Bibliothèque et Archives Canada.

Solidarité féminine : la lutte pour les droits de la femme au Canada

« Les femmes formeront une chaîne, le monde n’aura jamais connu pareille solidarité féminine. » Nellie McClung, 1916

En 2016, nous commémorons une étape importante dans la lutte pour les droits de la femme : le 100e anniversaire du droit de vote des femmes au Canada. Pour souligner cette avancée sur la voie de l’égalité et mettre en lumière les obstacles surmontés par les Canadiennes au cours du dernier siècle, Bibliothèque et Archives Canada, en partenariat avec Patrimoine canadien, lance une exposition extérieure intitulée Solidarité féminine : la lutte pour les droits de la femme au Canada.

Cet événement succède à une autre exposition organisée par Bibliothèque et Archives Canada l’hiver dernier, Laissez-les hurler : 100 ans de lutte pour les droits de la femme. Pour l’occasion, des portraits de femmes étaient présentés sur le canal Rideau, à Ottawa, ainsi qu’au Fort Gibraltar, à Winnipeg. Cette fois, l’exposition Solidarité féminine met à l’affiche des reproductions de portraits et de photographies documentaires mettant en vedette des personnes et des groupes de femmes d’influence. Toutes ont dû briser des barrières pour pouvoir participer pleinement à la vie économique, politique et sociale du Canada, et contribuer du même coup à en faire un pays plus inclusif et plus démocratique.

Photographie en noir et blanc d’un groupe d’infirmières militaires faisant la file pour déposer leur bulletin de vote à un bureau de scrutin installé à l’extérieur d’un campement. Quatre officiers supervisent les procédures, pendant qu’une infirmière remplit son bulletin derrière un paravent. On voit des tentes à l’arrière-plan.

Des infirmières militaires du Canada affectées dans un hôpital canadien déposent leur bulletin de vote lors des élections fédérales, en décembre 1917. (MIKAN 3623046)

Pendant la Première Guerre mondiale, plus de 2 000 infirmières, supervisées par Margaret Macdonald, « matrone » en chef des soins infirmiers, ont servi outre-mer au sein de l’Armée canadienne. En accordant à tous les militaires, y compris les infirmières, le droit de vote aux élections fédérales, la Loi des électeurs militaires (1917) a permis que ce droit s’étende à toutes les femmes en 1918.

Syndicaliste québécoise et membre fondatrice de la Confédération des syndicats canadiens, Madeleine Parent a œuvré pour que les ouvrières de l’industrie du textile obtiennent de meilleures conditions de travail. Cofondatrice du Comité pour l’égalité des femmes au Canada, Mme Parent a aussi défendu les droits des femmes autochtones.

Photographie en noir et blanc d’une femme marchant dans la rue; derrière elle, un homme tient une affiche arborant le slogan « L’union fait la force ».

Madeleine Parent participe à la parade du mois de mai à Valleyfield (Québec), vers 1949. (MIKAN 3257043)

Buffy Sainte-Marie a consacré ses 50 années de carrière comme auteure-compositrice-interprète à la situation des peuples autochtones. Son œuvre artistique et son implication comme éducatrice et militante lui ont valu une large reconnaissance et de très nombreux prix. En 1997, elle a fondé le Cradleboard Teaching Project (en anglais seulement), qui contribue à la création de programmes d’enseignement de base qui intègrent les conceptions autochtones.

Photographie en noir et blanc d’une femme aux longs cheveux foncés qui regarde l’objectif.

Buffy Sainte-Marie. Photographie prise par Robert Taillefer, 1975 © Robert Taillefer (MIKAN 4167090)

Ne manquez pas l’exposition extérieure Solidarité féminine : la lutte pour les droits de la femme au Canada ! Pour la voir, rendez-vous sur le pont Plaza en face du Château Laurier, sur la rue Rideau, à Ottawa. L’exposition tiendra l’affiche jusqu’à la fin de semaine de l’Action de grâce.

Vous pouvez aussi vous renseigner sur l’obtention du droit de vote des femmes au Canada ou lire nos autres articles de blogue sur le sujet.

La voie du compromis : Célébrons l’héritage de sir Wilfrid Laurier

Bibliothèque et Archives Canada (BAC), en partenariat avec Parcs Canada, souligne le 175e anniversaire de la naissance de sir Wilfrid Laurier – le 20 novembre 1841 – grâce à l’exposition La voie du compromis : Célébrons l’héritage de sir Wilfrid Laurier. Le coup d’envoi des célébrations a été donné au Fairmont Château Laurier (1, rue Rideau, à Ottawa) ce matin, afin de coïncider avec l’anniversaire de la grande inauguration du fameux hôtel, il y a 104 ans. Une exposition commémorative d’objets historiques de BAC est présentée, ainsi qu’un buste de sir Wilfrid Laurier fourni par Parcs Canada; une merveilleuse occasion de prendre un égoportrait!

Un égoportrait montrant une femme penchée vers un livre que tient une figure en carton.

Le 1er juin 1912, le couple Laurier se dirigeait vers l’hôtel Château Laurier pour assister à son inauguration. Homme modeste, Laurier aurait d’abord refusé qu’on attribue son nom à l’hôtel Grand Trunk Railway.

Photographie en noir et blanc d’un groupe de personnes assises dans une automobile.

Sir Wilfrid Laurier et lady Laurier arrivent, en compagnie de passagers non identifiés, afin d’assister à l’inauguration de l’hôtel Château Laurier, le 1er juin 1912. (MIKAN 3191987)

Ne manquez pas l’exposition principale portant sur cet éminent politicien présentée sur le site du Lieu historique national de la Maison-Laurier au 335, avenue Laurier Est, à Ottawa.

L’exposition met en valeur des photographies, des souvenirs, de la correspondance rattachée à sa vie personnelle et politique, de même que des documents historiques originaux tirés de la collection de Bibliothèque et Archives Canada, dont certains sont exposés pour la première fois. Cette collection d’objets rend hommage à sir Wilfrid Laurier, qui était reconnu pour sa vision claire d’un but commun, son sens du compromis et son intérêt pour une nation unie. Dignitaire grandement admiré, chez qui les valeurs d’inclusion et d’acceptation culturelle étaient bien ancrées, sir Wilfrid Laurier est le député canadien ayant siégé le plus longtemps; il est aussi le premier premier ministre d’origine canadienne-française et bilingue.

Texte centré, encadré avec soin de lignes dorées et fluides rappelant des tiges de roses, de roses de couleur rose et de feuilles dans les coins inférieurs; sous le cadre, reproduction des édifices du Parlement à Ottawa.

Dîner en l’honneur de sir Wilfrid Laurier, 1902 (MIKAN 186966)

Ornement dessiné à la main de roses rouges et de feuilles vertes sur une tige brune dans le coin supérieur gauche, au-dessus du texte.

Menu au Canada Club, 1897 (MIKAN 186966)

Les objets d’archives exposés mettent en valeur une partie du rôle de premier ministre lorsqu’il représentait le Canada à des événements internationaux publics. Souvent conservés dans des albums, les souvenirs, comme des invitations, des billets de pièces de théâtre et des menus servis lors de grands banquets et de dîners officiels, donnent un aperçu de l’aspect social de ses fonctions. Venez voir l’exposition à la Maison-Laurier pour découvrir les plats que l’on servait durant les banquets, il y a plus de 100 ans!

Un trésor de la collection, nouvellement découvert et récemment restauré par des professionnels : une adresse enluminée transcrite sur du papier-parchemin soulignant les efforts considérables déployés par l’administration Laurier pour peupler l’Ouest canadien.

Une adresse enluminée arborant une décoration élaborée à gauche du texte et une charrette de la rivière Rouge dans le coin supérieur droit.

Adresse enluminée présentée par le maire et le conseil de Winnipeg (MIKAN 186966)

Joignez-vous à nous pour célébrer l’un des premiers ministres du Canada les plus pragmatiques et éloquents et venez visiter l’exposition La voie du compromis : Célébrons l’héritage de sir Wilfrid Laurier à Ottawa, présentée jusqu’au 20 novembre, la date d’anniversaire de sir Wilfrid Laurier!

Pour obtenir de plus amples renseignements au sujet de sir Wilfrid Laurier, visionner un album Flickr  et pour découvrir le patrimoine du Canada, consultez la page http://www.bac-lac.gc.ca/

Ai-je le droit de voter? Courrier des femmes envoyé au gouvernement canadien, 1918-1919

Les Canadiennes ont obtenu le droit de vote fédéral à la suite de trois vagues de législation. Tout a commencé par l’initiative du premier ministre Robert Borden qui fait adopter la Loi des électeurs militaires, 1917, un acte législatif permettant aux femmes en service actif de voter. La même année, Borden instaure la Loi des élections en temps de guerre, une mesure permettant aux femmes ayant un lien de parenté avec un soldat des forces militaires de voter. Finalement, le 24 mai 1918, une sanction royale a été accordée au projet de loi qui permet d’étendre le droit de vote aux femmes ayant les mêmes qualifications que les hommes pouvant voter. Ces mesures adoptées rapidement et successivement ont semé la confusion auprès du public.

La collection de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) comprend plusieurs lettres, rédigées par des Canadiennes, qui témoignent de l’impact du vote et qui font part du questionnement qu’ont ces femmes à propos de leur propre admissibilité à déposer un bulletin de vote. En quête d’informations à la source, elles s’adressent directement par courrier au premier ministre Robert Borden et aux autres représentants gouvernementaux.

Dans une lettre datant de décembre 1919, Mme King of Colonsay (Saskatchewan) demande si elle est en droit de voter en tant que citoyenne canadienne mariée à un citoyen américain. Sa demande est envoyée au ministère de la Justice. Celui-ci, en fonction des informations personnelles qui lui sont fournies, lui confirme qu’elle devrait être en mesure de voter en tant que femme canadienne et joint une copie de la Loi. Le ministère de la Justice fait également remarquer qu’il n’a pas l’habitude de traiter ce genre de demande.

La confusion entre la Loi des élections fédérales et la Loi des élections en temps de guerre est évidente dans une lettre de Mme Lillian Dill (Oshawa, Ontario) datée du 17 février 1919. Dans sa lettre, Mme Dill demande un exemplaire de la Loi afin qu’elle puisse comprendre les répercussions et déterminer sa propre admissibilité à voter lors d’élections. Lire la suite

Laissez-les hurler : 100 ans de lutte pour les droits de la femme—Une exposition à Ottawa et à Winnipeg

L’année 2016 marque le 100e anniversaire de la première victoire des femmes pour leur droit de vote au Canada. Le 28 janvier, jour où le Manitoba devint la première province à adopter la loi permettant aux femmes de voter, Bibliothèque et Archives Canada (BAC), en collaboration avec le Musée canadien pour les droits de la personne, lancera officiellement une exposition en plein air intitulée : Laissez-les hurler : 100 ans de lutte pour les droits de la femme.

L’exposition présentera des reproductions de portraits de certaines femmes ayant lutté pour l’égalité et le droit de vote des Canadiennes. Ne manquez pas les expositions, du 28 janvier au 15 février 2016, sur la patinoire du canal Rideau, à Ottawa (présentées en collaboration avec le Bal de Neige) et du 12 au 21 février 2016, au Festival du Voyageur de Winnipeg.

L’exposition présente des reproductions de portraits issues de la collection de personnalités historiques de BAC, telles Nellie McClung et Agnes Macphail, et de femmes modernes ayant surmonté les barrières des sexes, telles Adrienne Clarkson et Beverley McLachlin.

Une photographie en noir et blanc d’Agnes Macphail, de profil, lisant le journal

Agnes Macphail par Yousuf Karsh, 1934 (MIKAN 3256551)

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