« Chère Jeanie, ma tendre chérie » Le fonds Joseph Gaetz

Bannière avec les mots suivants : Première: Nouveautés à Bibliothèque et Archives Canadas. Et on aperçoit à droite une outre attrapant un poissonPar Katie Cholette

« Chère Jeanie, ma tendre chérie. » [traduction] C’est ainsi que Joseph Gaetz commence chacune des plus de 530 lettres écrites à sa fiancée, Jean McRae, pendant la Deuxième Guerre mondiale. Cantonné en Angleterre, en France, en Belgique, en Hollande et en Allemagne pendant et après la guerre, Joseph a parfois désespérément le mal du pays; son souhait le plus cher est de voir la guerre se terminer afin de pouvoir retourner au Canada y épouser sa bien-aimée. De juillet 1943 à novembre 1945, Joseph ne manque aucune occasion d’écrire à Jean; il lui arrive même quelquefois d’envoyer la même journée une lettre par avion et une lettre ordinaire. Certaines de ses lettres sont également accompagnées de souvenirs recueillis auprès de prisonniers allemands. En 2017, ses trois filles, Cathy Gaetz-Brothen, Bonnie Gaetz-Simpson et Linda Gaetz-Roberts, font don de ses lettres et souvenirs à Bibliothèque et Archives Canada.

Photographie en couleurs de paquets de lettres, dont un ficelé d’un ruban rouge. Sous les paquets se trouve la photographie d’une jeune femme vêtue d’un manteau et d’un élégant chapeau.

Lettres adressées à Jean McRae de Turner Valley, en Alberta.

Photographie en noir et blanc d’un militaire en uniforme, le bras autour d’une jeune femme vêtue d’une robe fleurie, devant une maison de planches.

Joe et Jean, la première journée de leurs fiancailles. 4 octobre 1942, Turner Valley.

Joseph Gaetz est originaire de la petite localité de Faith, en Alberta. Fils d’immigrants russes, il parle l’anglais et l’allemand pendant son enfance. Le 13 mai 1942, il s’engage dans les Calgary Highlanders; cinq mois plus tard, il se fiance à Jean McRae, de Turner Valley, en Alberta. Au début de 1943, il s’embarque pour l’Angleterre avec l’Unité de renfort de l’infanterie canadienne.

Photographie en noir et blanc d’un groupe de 18 soldats en uniforme, dans un champ cultivé.

Peloton de reconnaissance du Royal Hamilton Light Infantry.

En août 1944, Joe est envoyé au combat en France avec le Royal Hamilton Light Infantry; il est peu après déplacé en Belgique et en Hollande. Lorsque ses supérieurs constatent que Joe parle l’allemand, il devient interprète pour le peloton de reconnaissance, et participe à plusieurs expéditions derrière les lignes ennemies visant à ramener des prisonniers allemands. Voilà ce qu’il écrit dans une lettre adressée à Jean vers la fin de 1944 : « Une nuit, mon officier et moi sommes allés un mille derrière les lignes boches, et avons amené 52 prisonniers dans une grange… C’était toute une expérience. » [traduction] Dans une autre lettre, il dit à quel point il est étrange de capturer des Allemands ayant vécu au Canada avant la guerre. Dans d’autres lettres encore, il écrit avoir ramassé un pistolet (il en recueillera plusieurs autres pendant la guerre) dans le no man’s land. Joe raconte aussi à quel point il se sent nerveux avant chaque patrouille, mais qu’il a appris à se déplacer silencieusement pour éviter d’être repéré. Il attribue sa capacité d’éviter d’être blessé ou capturé à la photographie de Jean qu’il conserve dans sa poche poitrine. Il appelle cette photographie son « porte-bonheur », en soulignant que tous les autres soldats possèdent un talisman sous une forme ou une autre.

Sa connaissance de l’allemand lui permet de converser avec les hommes qu’il capture. Sans aimer particulièrement les Allemands, Joe reconnaît leur humanité et le sort qu’il partage avec eux. Il lui arrive souvent de parler avec les prisonniers qu’il garde ou qu’il ramène au camp. Il défie quelquefois leurs convictions – à une occasion, en demandant à un groupe de prisonniers s’ils croient encore qu’Hitler est un dieu. À un jeune soldat qui lui confie craindre d’être renvoyé en Allemagne après la guerre et d’y être fusillé comme déserteur, Joe lui répond de ne pas s’inquiéter, qu’il n’y aura plus d’Allemagne après la guerre.

Photographie en couleurs d’un livret ouvert à la première page. Un dépliant collé à l’intérieur de la couverture montre d’un côté une photographie, et de l’autre une ode aux femmes demeurées au pays, intitulée For Honour and for Her! [pour l’honneur et pour elle].

Le livret militaire de Joe, avec le poème et la photo de Jean collés à l’intérieur de la couverture (e011202230)

À l’instar de nombreux autres soldats, Joe conserve, pliée à la première page de son livret, une photo de sa bien-aimée, accompagnée d’un poème patriotique et moraliste intitulé For Honour and for Her! [pour l’honneur et pour elle]. Après s’être enquis de la santé de Jean, il prend soin de lui assurer qu’il se porte bien, lui dit s’il a reçu ou non ses plus récentes lettres, puis parle de la météo ou d’autres sujets anodins. Il fait suivre ces civilités d’observations sur la vie militaire – les corvées routinières qu’il doit accomplir, comment il est installé, la nourriture, les personnes qu’il a rencontrées de son coin de pays, etc.

Malgré le caractère souvent pénible des conditions au front, Joe se plaint rarement. En fait, il raconte en plaisantant avoir dormi dans des tranchées qu’il a lui-même creusées, et avoir fabriqué des cheminées de fortune à même des boîtes de fer-blanc vides. Il possède un solide sens du devoir personnel; il refuse d’envoyer quiconque faire son travail, et durant une période de sept mois, il ne prend pas une seule journée de congé. Dans une lettre, il relate stoïquement avoir passé la journée de Noël 1944 dans le no man’s land.

Occasionnellement, Joe et les autres éclaireurs de son peloton sont logés dans des familles locales. Joe apprend rapidement assez de flamand pour pouvoir communiquer avec les personnes qu’il rencontre; il relate comment les habitants locaux invitent souvent les soldats à souper ou leur offrent de faire leur lessive. Il décrit les jeunes enfants qu’il rencontre, quelquefois en incluant des photos.

À la fin de la guerre en Europe, Joe sert dans le Canadian Scottish Regiment au sein de la Force d’occupation de l’Armée canadienne en Allemagne. Au cours de cette période, il poursuit sa correspondance assidue à Jean.

Il revient au Canada en novembre 1945, puis est libéré à Calgary, en Alberta, le 18 janvier 1946, au grade de sergent. Il atteint le poste de gérant dans la cour à bois de Fort Macleod, pour enfin épouser Jean le 21 juin 1948. Ils ont trois filles, avant qu’il ne décède d’hypertension chronique à 41 ans. Cathy Gaetz-

Brothen, la plus jeune des filles, n’a qu’un an lors du décès de son père. Les lettres qu’il a écrites à sa mère revêtent pour elle une importance toute spéciale, puisqu’elles lui permettent de connaître un père dont elle n’a aucun souvenir.

Photographie en noir et blanc d’un homme en uniforme.

Joseph Gaetz en uniforme (e011202231)

Joseph Gaetz n’a pas connu une guerre particulièrement héroïque. Ce n’est pas un officier commissionné de haut grade placé à la tête d’un bataillon. Il ne s’est pas lancé à lui seul à l’assaut de nids de tireurs d’élite allemands. Il fait comme des milliers d’autres Canadiens : il s’enrôle et combat auprès de ses compagnons d’armes, espérant un jour rentrer à la maison et revoir sa bien-aimée. Joe fait partie des chanceux.

Visitez l’exposition Première : Nouveautés à Bibliothèque et Archives Canada au 395, rue Wellington, à Ottawa. Cette exposition se tient jusqu’au 3 décembre 2018; elle met en vedette nos plus récentes acquisitions et célèbre le savoir-faire des spécialistes en acquisition de Bibliothèque et Archives Canada. Chacun des articles exposés a été soigneusement choisi par un bibliothécaire ou un archiviste, qui en a rédigé la légende. L’entrée est libre.


Katie Cholette est archiviste à la Section des supports spécialisés de Bibliothèque et Archives Canada.

 

 

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