« L’unité par le sport » : l’organisation des premiers Jeux du Canada à Québec en 1967

Par Normand Laplante

-33 degrés Celsius (refroidissement éolien : -52) ! C’est par ce froid sibérien que débutent les compétitions des premiers Jeux d’hiver du Canada à Québec le 12 février 1967. Trois jours plus tard, les organisateurs et les athlètes font face à un autre événement météorologique : un blizzard déverse 76 cm de neige sur les installations où se déroulent les épreuves sportives. En dépit de ces intempéries, cette première rencontre nationale multisports rassemblant 1 800 athlètes des quatre coins du pays s’avère un grand succès. Cinquante ans plus tard, à l’aube de la 26e édition des Jeux à Winnipeg, la création de ces premiers Jeux du Canada demeure un événement important dans le développement du sport au Canada.

C’est en 1962 que le Conseil consultatif canadien des sports décide de créer une grande épreuve sportive nationale réunissant des athlètes amateurs provenant des toutes les provinces et les territoires. Cette compétition aura lieu tous les deux ans, alternant entre une édition d’hiver et une d’été. Me André Marceau, membre du nouvellement créé Conseil consultatif national de la Condition physique et du Sport amateur, propose que la ville de Québec accueille les premiers Jeux d’hiver du Canada. Cette proposition sera acceptée et, en 1963, un groupe de sportifs de la capitale québécoise forment la Corporation des premiers Jeux d’hiver du Canada, avec Georges Labrecque comme président et Marceau comme vice-président. Guy Rousseau assume le rôle de directeur général des Jeux.

En mars 1965, les gouvernements fédéral et québécois annoncent officiellement que les premiers Jeux d’hiver du Canada auront lieu durant le mois de février 1967 et feront partie des événements célébrant le centenaire de la Confédération. Les organisateurs des Jeux envisagent à l’époque l’inclusion de vingt disciplines sportives, incluant des sports olympiques d’hiver, des sports intérieurs, et des disciplines moins connues, telles le saut de barils, les courses à chien et le canotage sur glace. Cette liste est révisée à maintes reprises au cours des mois qui suivent, les organisateurs ayant à tenir compte, entre autres, des réalités logistiques. À l’automne 1966, la Corporation annonce les 13 disciplines sportives sélectionnées pour les premiers Jeux. On y retrouve le ski (rassemblant le ski alpin, ski de fond et saut à skis), le patinage de vitesse, le patinage artistique, le hockey, le curling, le basketball, le volleyball, le badminton, la lutte, la nage synchronisée, la gymnastique artistique, le tir et le tennis sur table.

Une photo en couleur d’un sauteur voltigeant au-dessus d’une foule de spectateurs.

Sauteur à skis au-dessus d’une foule de spectateurs lors des premiers Jeux d’hiver du Canada, Québec, 1967 (MIKAN 4743402)

Une photo noir et blanc montrant une femme agenouillée visant avec une carabine; des cartouches vides sont parsemées sur le sol autour d’elle.

Épreuves de tir lors des premiers Jeux d’hiver du Canada, à Québec (MIKAN 4743394)

La sélection d’athlètes pour les délégations provinciales nécessite un travail de coordination jamais vu entre les gouvernements provinciaux, les associations nationales des disciplines sportives et les organisateurs des Jeux. Le Comité organisateur des Jeux à Québec estime qu’environ 75 000 personnes ont participé à la préparation des premiers Jeux d’hiver du Canada, incluant les athlètes des dix provinces et des deux territoires qui prennent part aux rondes éliminatoires pour la formation des équipes, les officiels, les organisateurs, les entraîneurs ainsi que les responsables provinciaux et nationaux des associations sportives. Cet exercice engendre, entre autres, la création d’entités administratives responsables des sports dans plusieurs organismes provinciaux.

Le premier ministre Lester B. Pearson, accompagné des premiers ministres provinciaux Jean Lesage (Québec), Louis Robichaud (Nouveau-Brunswick) et Alex Campbell (Île-du-Prince-Édouard), inaugure les Jeux le 11 février 1967 devant l’Assemblée législative du Québec, sous le thème de « L’unité par le sport ». Durant les neuf jours de compétition, 184 médailles sont décernées. La délégation ontarienne remporte le classement final des points, devançant les équipes de la Colombie-Britannique et de l’Alberta. Teresa McDonnell, gagnante de trois épreuves en gymnastique artistique, et Toller Cranston, médaillé d’or en patinage artistique et futur médaillé de bronze aux Jeux olympiques d’hiver, sont deux des athlètes qui s’illustrent au cours de ces premiers Jeux.

Photo noir et blanc montrant un podium avec trois jeunes femmes portant des médailles. Un homme serre la main de la médaillée d’or.

Le premier ministre du Canada, Lester B. Pearson, félicite Teresa McDonnell et les autres médaillées, Jennifer Diachun et Marie St-Jean, dans l’une des épreuves de gymnastique féminine lors des premiers Jeux d’hiver du Canada, à Québec, photographie de H. Leclair (MIKAN 4743377)

Le succès des premiers Jeux encourage les responsables des organisations sportives nationales et le gouvernement fédéral à répéter l’expérience à Halifax-Dartmouth, en Nouvelle-Écosse, où se tiendront les premiers Jeux d’été en 1969. De plus, on verra naître, dans les années qui suivent cette première compétition nationale, l’inauguration de Jeux provinciaux d’hiver et d’été dans plusieurs provinces, calqués sur le modèle des Jeux du Canada.

Photo en couleur d’un homme portant un veston rouge et tenant un étendard du drapeau canadien pendant que des gens paradent à l’arrière-plan.

Harry Jerome portant le drapeau canadien lors des cérémonies d’ouverture des premiers Jeux d’été du Canada, à Halifax-Dartmouth (MIKAN 4743415)

Pour en apprendre davantage sur les Jeux du Canada et sur les athlètes qui y ont participé, vous pouvez consulter les sources suivantes à Bibliothèque et Archives Canada :

Étiez-vous là? Avez-vous des histoires à raconter?


Normand Laplante est archiviste principal à la Division société et culture de la Direction générale des archives privées de Bibliothèque et Archives Canada.

Quelque chose à déclarer ? Oui, c’est d’intérêt canadien

Par Louise Tousignant

Dans le cadre de son mandat, Bibliothèque et Archives Canada (BAC) acquiert des documents publiés dits canadiens et d’intérêt canadien, afin de développer la collection nationale Canadiana qui se veut la plus exhaustive possible. Les premiers sont ceux publiés au Canada et reçus en vertu du dépôt légal, alors que ceux d’intérêt canadien représentent des publications parues dans d’autres pays, mais dont le créateur ou le sujet est canadien. Le créateur inclut l’auteur, l’illustrateur, le traducteur ou l’artiste. Ces œuvres, publiées à l’étranger, sont acquises par don ou par achat ciblé.

Parmi ces titres d’intérêt canadien, récemment reçus, on retrouve des études et des analyses portant sur le Canada : Canada/États-Unis : les enjeux d’une frontière, Comparative North American Studies: Transnational Approaches to American and Canadian Literature and Culture, et Canadian Perspectives on Immigration in Small Cities.

Quant aux titres relatifs au Canada, Negotiations in the Indigenous World: Aboriginal Peoples and the Extractive Industry in Australia and Canada et Indian Agents: Rulers of the Reserves, ils témoignent de la recherche sur les affaires autochtones.

Des personnalités canadiennes ont aussi fait l’objet de recherches : le peintre Alex Colville avec le livre The Mystery of the Real: Letters of the Canadian Artist Alex Colville and Biographer Jeffrey Meyers, la biographie de la journaliste et auteure Jane Jacobs reflétée dans Becoming Jane Jacobs, et l’analyse du travail de la chanteuse et musicienne Alanis Morissette documentée dans The Words and Music of Alanis Morissette. La carrière des Canadiens exilés à Hollywood passe également par la parution de livres. Pensons entre autres au Montréalais de naissance et ambassadeur des fêtes du 375e de Montréal, William Shatner, bien connu pour son rôle du capitaine James T. Kirk dans la série télévisée Star Trek, et son plus récent livre Leonard: My Fifty-Year Friendship with a Remarkable Man, et au réputé acteur Martin Short, né à Hamilton, et connu pour son travail au sein de l’émission Saturday Night Live, avec ses mémoires I Must Say: My Life as a Humble Comedy Legend.

Une photo en noir et blanc d’une femme avec des cheveux long debout devant une clôture en fer forgé.

Portrait d’Alanis Morissette par Bryan Adams. Photographie signée par Alanis Morissette. 1999 (MIKAN 3614421)

Plus près de nous, des Canadiens d’ici font également leur marque par la parution d’œuvres publiées à l’extérieur du Canada : le Québécois Guy Delisle avec sa bande dessinée S’enfuir : récit d’un otage parue chez Dargaud, l’illustrateur Yanick Paquette, l’homme derrière Wonder Woman, avec la bande dessinée Wonder Woman, Earth One. Volume 1, et Louise Penny chez Minotaur Books avec The Long Way Home, qui s’est classé numéro 1 au palmarès du New York Times.

Enfin, certains titres d’intérêt canadien présents dans la collection nationale sont en lien direct avec des fonds d’archives de BAC; ils permettent une étude plus approfondie de l’auteur et de son rayonnement à l’étranger, et de soutenir la recherche en littérature canadienne. C’est le cas, par exemple, des traductions de l’auteure et illustratrice de littérature jeunesse Marie-Louise Gay, et du cinéaste, poète et romancier canadien d’origine srilankaise Michael Ondaatje. Mentionnons au sujet de Marie-Louise Gay, une traduction en espagnol du titre Un million de questions!, ¿Alguna pregunta?, parue au Mexique en 2015, un titre en néerlandais, Angela en de ijsbeer pour Angèle et l’ours polaire, ou encore, Bolle-Bertils sirkus pour Le cirque de Charlie Chou en norvégien. Quant à Michael Ondaatje, BAC possède pas moins de 20 traductions de son œuvre la plus connue, Le patient anglais, dont celles en bulgare, en japonais, et en italien. Faut-il le rappeler, le livre a remporté en 1992 les prix littéraires du Booker Prize et du Gouverneur général alors que le film s’est vu décerner neuf Oscars aux Academy Awards de 1997.

Photo en couleur d’une femme assise et souriante. On aperçoit dans l’avant plan des crayons de couleurs flou.

Marie-Louise Gay. Auteure et illustratrice canadienne de littérature jeunesse. @Groundwood Books

Photo en couleur d’un livre ouvert à la page titre écrit en bulgare.

Le patient anglais publié en bulgare par Delfi, en 2000 (AMICUS 32172817)

Photo en couleur d’un livre ouvert à la page titre écrit en japonais

Le patient anglais publié en japonais par Shinch⁻osha, en 1996 (AMICUS 15875585)

Photo en couleur d’un livre ouvert à la page titre : Michael Ondaatje Il Paziente Inglese.

Le patient anglais publié en italien par Garzanti, en 2004 (AMICUS 32785464)

Ce bref tour d’horizon ne représente qu’un échantillon de publications de toutes sortes relatives au Canada et d’intérêt canadien. Le travail de dépistage minutieux se poursuit afin d’assurer l’enrichissement du patrimoine documentaire canadien et le développement des collections pour faire en sorte que la collection nationale Canadiana soit la plus importante au monde.


Louise Tousignant est bibliothécaire aux acquisitions à la Direction générale du patrimoine publié à Bibliothèque et Archives Canada

Montréal : le mont Royal et Frederick Olmstead

Judith Enright-Smith

Si vous avez visité Montréal ou y avez grandi (comme moi), vous avez sûrement déjà marché sur les nombreux sentiers du mont Royal.

Le premier Européen à grimper « la montagne » est Jacques Cartier, en 1535. Après sa montée, il écrit dans son journal que dans ces champs se trouve ladite ville d’Hochelaga, voisine d’une montagne, et que cette montagne a été nommée « mont Royal ». Un peu plus d’un siècle plus tard, Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve, fondateur de la ville de Montréal, réalise une promesse faite à la Vierge Marie pour avoir protégé la ville des inondations : il installe une croix au sommet de la montagne.

Aquarelle d’un groupe d’hommes se tenant debout sur une colline dans un boisé près duquel il y a un cours d’eau. À l’horizon se trouvent des îles et des montagnes peu élevées.

Jacques Cartier sur le mont Royal, peint par Lawrence R. Batchelor, vers 1933 (MIKAN 2833444)

La planification et la conception du parc du Mont-Royal tel qu’on le connaît aujourd’hui commence dans les années 1870. L’architecte-paysagiste Frederick Law Olmstead, qui a aussi conçu le parc central de New York (Central Park), est engagé pour effectuer le travail. Beaucoup de ses plans originaux sont assez grandioses : ils incluent la création d’un grand pré et d’un lac comprenant divers végétaux éclectiques. Toutefois, pendant les années 1870, Montréal subit une crise économique, alors la plupart des idées fantaisistes de Frederick Olmstead sont abandonnées. Mais sa vision est conservée : des sentiers bucoliques et sinueux, comme ceux de Central Park, accessibles à tous sans tenir compte de la position sociale.

Photographie en noir et blanc d’un bosquet, probablement prise à l’automne.

Bosquet, parc du Mont-Royal, photographie de Philip J. Croft, vers 1936 (MIKAN 3206464)

L’inauguration du parc du Mont-Royal, précédée par un défilé dans les rues de Montréal, a lieu le 24 mai 1876, en grande pompe : discours, tirs de canon et grand pique-nique. En 1884, on lance une course en luge près du lac aux Castors; un an plus tard, un funiculaire à vapeur est mis en place pour amener les clients payants au sommet de la montagne. Le funiculaire est fermé en 1918.

La belle balustrade en pierre semi-circulaire, appelée « belvédère », a été construite en 1906. Encore aujourd’hui, elle offre aux visiteurs les vues les plus spectaculaires de Montréal, du fleuve Saint-Laurent et des ponts.

Photographie en noir et blanc d’une scène d’hiver. On y voit des personnes qui descendent une côte sur des luges ou chaussées de raquettes.

Luge sur la côte « The Spill » (Tobogganing – ʺThe Spillʺ), vers 1900-1925, photographe inconnu (MIKAN 3335229)

Photographie en noir et blanc d’un funiculaire montant une côte très boisée, en bas de laquelle se trouvent une voiture tirée par un cheval et quelques personnes regardant le photographe.

Tramway funiculaire incliné, parc du Mont-Royal, vers 1885 (MIKAN 3192950)

Photographie en noir et blanc d’un funiculaire. Un tram monte la côte alors que l’autre la descend.

Funiculaire, vers 1909 (MIKAN 3336180)

 

Légende : Belvédère du mont Royal (avant la construction du chalet), photographe inconnu, vers 1906 (no MIKAN 3335240)

Texte optionnel : Photographie en noir et blanc d’un élégant sentier délimité par une clôture de pierres d’un côté et menant à un petit édifice. Des chevaux se reposent sous les arbres.

Photographie en noir et blanc d’un élégant sentier délimité par une clôture de pierres d’un côté et menant à un petit édifice. Des chevaux se reposent sous les arbres.

Belvédère du mont Royal (avant la construction du chalet), photographe inconnu, vers 1906 (MIKAN 3335240)

Photographie en couleurs d’un couple muni de jumelles se tenant sur le bord d’un belvédère surplombant la ville.

Belvédère, photographie de Chris Lund, vers 1950 (MIKAN 4311969)

Photographie en noir et blanc d’une ville vue à vol d’oiseau.

Vue de la ville vers 1906-1920, photographe inconnu (MIKAN 3335382)

Le chalet du parc du Mont-Royal est adjacent au belvédère. Il a été conçu par l’architecte montréalais Aristide Beaugrand-Champagne dans le style beaux-arts et construit en 1932 pour créer des emplois artificiels pendant la Grande Crise.

Mais l’élément le plus connu du mont Royal est sans doute sa croix.

La première croix illuminée est acquise en 1924. Elle est commandée par la Société Saint-Jean-Baptiste, puis donnée à la ville de Montréal en 1929. La croix d’aujourd’hui est illuminée au moyen d’ampoules DEL qui éclairent habituellement en blanc, mais un gardien peut changer la couleur des ampoules pour les occasions spéciales.

Photographie en noir et blanc d’une grosse croix en métal sur laquelle il est inscrit « The Mount Royal Cross—100 feet high, daytime view » (croix du mont Royal – 100 pieds de haut – en plein jour)

La croix du mont Royal vers 1935 (MIKAN 3322797)

Plus récemment, le groupe Les amis de la montagne a commencé à recueillir des signatures pour essayer de faire inscrire le mont Royal sur la liste des sites du patrimoine mondial de l’UNESCO. D’après Sylvie Guilbault, directrice générale des Amis de la montagne, le mont Royal est un emblème de la ville, et il est essentiel à la qualité de vie de centaines de milliers de Montréalais.


Judith Enright-Smith est archiviste adjointe à Bibliothèque et Archives Canada, Section des affaires autochtones et sociales, Direction générale des archives privées.

Des découvertes onctueuses à Bibliothèque et Archives Canada

Par Rebecca Murray

C’est meilleur avec du beurre! Nul besoin de chercher bien loin, ni trop fort, pour trouver une source d’inspiration quand on travaille avec le patrimoine documentaire du Canada. Il suffit de penser aux documents revêtant une grande importance historique, aux photographies et œuvres artistiques à valeur iconique et aux objets associés à des récits que nous n’imaginons que dans nos rêves les plus fous. Surprise, nous parlons d’emballages de beurre. Sans blague? Ces emballages ragoûtants en papier ciré, plus difficiles à manipuler que des draps-housses? Très utiles pour mesurer la quantité de beurre requise dans nos recettes. Sans quoi, ils n’ont pas d’autre emploi et se retrouvent à la poubelle, dès que l’on a réussi à en détacher la livre de beurre. Néanmoins, un jour que je consultais un instrument de recherche, je suis tombée sur un dossier intitulé « Collection of butter wrappers and boxes used in retailing » (Collection de boîtes et d’emballages de beurre utilisés dans le commerce au détail). Croyez-moi, c’était impressionnant de voir tout ce qui se trouvait dans ce dossier.

Allons droit au but : en effet, il regorgeait d’emballages de beurre, tout aussi mignons les uns que les autres. Ils n’étaient ni cireux, ni graisseux, ni froissés. Ils étaient bien plats et lustrés, assez bien préservés d’ailleurs. À un point tel que je doute qu’ils aient déjà servi à emballer une quelconque livre de beurre graisseuse.

En ma qualité d’archiviste de référence, je consulte beaucoup d’instruments de recherche et j’ouvre d’innombrables boîtes d’archives. J’ai la chance de pouvoir tenir l’histoire entre mes mains. Chacune de ces trois étiquettes faisait la promotion d’un produit agricole provenant de la campagne si généreuse, des gens qui y vivent et y travaillent. Reconnaissez-vous une de ces étiquettes?

Un emballage de papier ciré polychrome illustrant une ferme avec des arbres. Au-dessus de l’image, on peut lire : « Marshall’s Brand. Creamery Butter. Pasteurized. Canada First Grade » (Marque Marshall. Beurre de crémerie. Pasteurisé. Canada Première Catégorie). Dans un autre encadré (sur la partie du papier qui s’enroule autour du beurre), il est écrit : « Reg. No. 1018. Only butter that conforms to Government standards for first grade are allowed to display on the wrapper CANADA FIRST GRADE » (No d’homologation 1018. On ne peut apposer la mention CANADA PREMIÈRE CATÉGORIE que sur le beurre qui répond aux normes de la première catégorie).

Emballage d’une livre de beurre provenant de Jarvis (Ontario) (MIKAN 156294)

Un emballage de papier métallisé polychrome arborant une image de vaches en train de paître dans un pré. On peut y lire : « Co-op. First Grade. Creamery Butter. Reg. No. 4054 » (Co-op. Première Catégorie. Beurre de crémerie. No d’homologation 4054). Sur l’un des autres pans de l’emballage, il est écrit : « Saskatchewan Co-Operative Creamery Association Limited. One lb net weight » (Saskatchewan Co-Operative Creamery Association Limited. Poids net : une livre).

Un emballage de beurre provenant de la Saskatchewan (MIKAN 156294)

Un emballage de papier métallisé avec le texte suivant: “Crapaud Creamery Butter. Canada First Grade. Pasteurized” (Beurre de crémerie Crapaud. Canada, Première Catégorie. Pasteurisé) Le texte est dans un petit médaillon ovale avec des petites fleurs rouges dans chaque coin.

Un emballage de beurre provenant de “Crapaud Creamery Company » de l’Île du Prince Edouard(MIKAN 156294)

Alors que j’examinais les emballages, j’ai été frappée par leur symbolique : ils transmettent la riche et longue tradition des fermes laitières de notre pays. Les emballages comme ceux-ci se retrouvaient dans les cuisines et les chambres froides, tant dans les grandes villes que dans les petits villages, ils réunissaient les Canadiens autour d’un rituel quotidien, quand ils consommaient du beurre.

Chacun de ces emballages de beurre constitue un point de repère auquel on peut rattacher des documents d’archives ou des publications. De fait, les chercheurs peuvent découvrir l’histoire de l’entreprise ou de l’industrie propre à la région.

Est-ce que l’histoire de la production et de la consommation des produits laitiers au Canada piquent votre curiosité? Pourquoi ne pas consulter certaines des collections suivantes :

Par ailleurs, vous pouvez lancer des recherches en utilisant des mots-clés comme « produits laitiers », « beurre » ou « fromage » à partir de la fonction Recherche de fonds d’archives et vous pourriez bien être étonné! On ne sait jamais ce qu’on va trouver dans les collections de Bibliothèque et Archives Canada.


Rebecca Murray est archiviste de référence au sein de la Division des services de référence à Bibliothèque et Archives Canada.

Les premiers habitants européens à Montréal

Par Karine Bellerose Caldwell

Le 17 mai 1642, Paul de Chomedey de Maisonneuve, Jeanne Mance et un groupe de colons fondèrent Ville-Marie sur une terre concédée par la Compagnie des Cent-Associés, malgré les tentatives du gouverneur Charles Huault de Montmagny, qui voulait les convaincre de choisir l’île d’Orléans. Leur établissement, aujourd’hui connu sous le nom de Pointe-à-Callière, avait un but précis : Maisonneuve et ses compagnons, membres de la Société Notre-Dame de Montréal pour la conversion des sauvages de la Nouvelle-France, voulaient convertir les Amérindiens au catholicisme et vivre pieusement dans la nouvelle colonie.

Comme ailleurs en Nouvelle-France, le peuplement de Ville-Marie se fit toutefois difficilement, en raison du climat et des difficultés géographiques, de la crainte d’attaques iroquoises et du nombre restreint de colons envoyés dans la colonie. Une décennie après l’arrivée de la Société Notre-Dame de Montréal, la population totale ne s’élevait qu’à une cinquantaine de personnes. Pour pallier ce manque et maintenir une présence française sur l’île, Maisonneuve retourna en France en 1651 dans l’espoir de recruter des gens prêts à le suivre dans cette région lointaine. Il revint à Ville-Marie deux ans plus tard, accompagné d’une centaine de colons. Bien que cet apport ait augmenté de manière significative la population de l’époque, ce n’est que vers la fin du XVIIe siècle, après l’arrivée des Filles du roi et du régiment de Carignan-Salières, que la population de Ville-Marie connut un accroissement considérable, suivant la tendance du peuplement en Nouvelle-France. Afin de souligner le 375e anniversaire de la fondation de Montréal, Bibliothèque et Archives Canada présente une petite collection de documents originaux racontant les efforts de colonisation de l’île de Montréal dans la première décennie après l’arrivée de la Société Notre-Dame de Montréal. L’un de ces documents révèle les noms de personnages ayant joué un rôle important dans l’établissement de la colonie. C’est le cas de Jean Saint-Pierre, premier greffier et notaire de Ville-Marie, de Gilbert Barbier, arpenteur et marguillier de la Ville, et de Lambert Closse, marchand, seigneur et gouverneur intérimaire de Ville-Marie, qui déclarèrent par écrit que la Compagnie de Montréal était quitte de toute obligation à leur égard, en retour des concessions accordées et de certaines promesses de Maisonneuve.

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Carlyle Smith Beals : un grand astronome canadien

Par François Larivée

L’Observatoire fédéral et l’astronome fédéral

Ce fait est aujourd’hui méconnu, mais le Canada a eu pendant longtemps un astronome fédéral. Ce dernier était responsable des activités de l’Observatoire fédéral situé à Ottawa (sur le site de la ferme expérimentale). Cet observatoire fut créé en 1905 par la Commission géologique du Canada afin de fournir des données temporelles et spatiales précises pour ses relevés cartographiques et topographiques. En effet, à cette époque, l’heure exacte n’était pas déterminée par des horloges atomiques comme aujourd’hui, mais établie à partir de l’observation du mouvement de certaines étoiles de référence. De même, les coordonnées spatiales se basaient sur l’observation de la position précise d’un grand nombre d’étoiles. Toutes ces observations étaient faites à partir du télescope de l’observatoire. Cet observatoire a été en fonction jusqu’en 1970, date à partir de laquelle ses activités ont été transférées au Conseil national de recherche du Canada.

Vue de l’édifice en construction. La construction du bâtiment est presque terminée, mais on peut voir un échafaudage à l’avant de l’édifice ainsi que la structure métallique de la coupole encore en construction.

L’Observatoire fédéral d’Ottawa en construction, vers 1905 (MIKAN 3369377)

On peut trouver des documents se rapportant à l’Observatoire fédéral dans le Fonds du ministère de l’Intérieur ainsi que dans le Fonds de Ressources naturelles Canada. De plus, Bibliothèque et Archives Canada possède le fonds de l’astronome qui en fut un des plus importants directeurs, Carlyle Smith Beals (1899-1979), astronome fédéral de 1947 à 1964. Ce dernier acquit au cours de sa carrière une renommée internationale grâce à la qualité de ses recherches et à l’importance de ses découvertes. Effectivement, en plus d’avoir été directeur de l’Observatoire fédéral pendant près de 20 ans, Carlyle Smith Beals mena des recherches à l’avant-garde de son domaine, au cours de sa longue carrière qui débuta dans les années 1930 comme assistant-astronome à l’Observatoire fédéral d’astrophysique de Victoria, Colombie-Britannique.

On peut voir deux hommes, vêtu de toges.

Réception d’un doctorat honoris causa de l’Université Queen’s par Carlyle Smith Beals (gauche), 1960 (MIKAN 4944374)

De l’étude des étoiles très chaudes et de la matière interstellaire à celle des cratères d’impact

Ses recherches ont d’abord porté sur certains types d’étoiles très chaudes (les étoiles P-Cygni et Wolf-Rayet) ainsi que sur la composition chimique de la matière interstellaire. Dans le cadre de ses travaux, Carlyle Smith Beals fit d’importantes découvertes, prouvant entre autres que les étoiles très chaudes sont composées de grandes enveloppes de gaz et que la matière interstellaire n’est pas distribuée uniformément dans l’espace. Ce n’est toutefois pas à l’Observatoire fédéral d’Ottawa, mais à l’Observatoire d’astrophysique de Victoria qu’il fit ces découvertes. Il est d’ailleurs intéressant de noter au sujet de l’Observatoire de Victoria (toujours en fonction) qu’au moment de son inauguration, en 1918, son télescope doté d’un miroir de 1,83 m de diamètre fut pendant quelques mois le plus grand au monde.

Une photo en noir et blanc montrant un édifice cylindrique sur le haut d’une colline avec une coupole d’observation.

Observatoire fédéral d’astrophysique de Victoria, vers 1925 (MIKAN 3335569)

Vue du télescope à l’intérieur de l’Observatoire d’astrophysique de Victoria

Télescope de l’Observatoire d’astrophysique de Victoria (MIKAN 494435)

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Des photographies de la Première Guerre mondiale dans des fonds privés à Bibliothèque et Archives Canada

Par Rebecca Murray

A.F. Duguid, un des premiers historiens militaires canadiens, a remarqué pendant ses recherches sur les séquelles de la Première Guerre mondiale qu’il « est impressionnant de voir à quel point les documents historiques les plus utiles sont encore en possession de particuliers » [traduction]. (Clio’s Warriors par Tim Cook, page 79)

Les photographies tirées de la collection photographique du Bureau canadien des archives de guerre (numéro d’acquisition 1964-114) sont représentatives de la vie des soldats durant la Première Guerre mondiale et des tâches qu’ils accomplissaient. Puisque bon nombre des photographies ont été numérisées et mises en ligne, les chercheurs s’en servent largement.

Cela dit, de nombreux chercheurs se présentent aux bureaux de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) en quête d’images du conflit qui ne font pas partie des documents gouvernementaux officiels. Il s’agit là d’un parfait exemple de l’utilisation que l’on peut faire de nos fonds privés — les archives que des personnes ou des organisations ont données à BAC — en guise de complément par excellence aux documents gouvernementaux, car ils offrent une perspective différente d’un événement historique.

Le présent blogue met en valeur trois fonds tirés de nos collections, quoiqu’il y en ait beaucoup plus. Précisons que les références complètes sont fournies ci-dessous (en italique) de sorte que les chercheurs pourront commander facilement les documents aux fins de consultation, car ils n’ont pas tous été numérisés.

Collection W. L. Kidd, numéro d’acquisition 1974-137

Étendue : 405 photos

Description du contenu : Effectifs et activités à l’hôpital général canadien no 7, Étaples, en France (KIDD, W. L. 1974-137 SC 0333); des exemples de divers types de blessures subies par les soldats canadiens durant la Première Guerre mondiale (KIDD, W.L. 1974-137 06221). (1916–1918)

Commentaires : Lancer des recherches au moyen du mot-clé « 1974-137 », à partir de la Recherche de fonds d’archives, pour lire les descriptions et voir les images numérisées, et ce, pour une partie de la collection.

Une photo noir et blanc montrant des soeurs infirmières avec des soldats dans une grande tente.

Des infirmières militaires prodiguant des soins à des soldats dans la tente réservée aux pansements, à l’hôpital général canadien no 7 (1917). Mention : W.L. Kidd (MIKAN 3603386)

Collection Margaret D. Cooke, numéro d’acquisition 1989-248

Étendue : 57 photos

Description du contenu : Corps du service de santé militaire canadien en Angleterre durant la Première Guerre mondiale, y compris les effectifs du 21e Bataillon; château de Saltwood; des soldats, dehors, devant la porte de la cuisine; hôpital de la Croix-Rouge Duchess of Connaught sur le domaine Cliveden, à Taplow; hôpital de la Nouvelle-Zélande no 2 à Walton-on-Thames; Moore Barrack, Shorncliffe, dans le Kent; Mount Felix, à Walton-on-Thames. Photographies de guerre : char d’assaut détruit; tranchée; ville anéantie (COOKE, MARGARET D. 1989-248 04147).

Une photo noir et blanc d’une femme dans l’uniforme d’une sœur infirmière avec la cape, l’épinglette, le chapeau et les gants blanc.

L’infirmière militaire Beatrice Baker 1916 (MIKAN 3596850)

Fonds Anne E. Ross, numéros d’acquisition 1982-174 et 1965-041

Étendue : 1 588 photographies

Description du contenu : Document photographique illustrant […] des activités et des effectifs à l’hôpital militaire fixe no 3, Corps du service de santé militaire canadien, au Canada, en Angleterre et dans le théâtre d’opérations de l’Europe méditerranéenne basé sur l’île de Lemmos, 1915-1917; des photographies prises par E.R Owen des effectifs, des patients, du corps professoral, d’événements majeurs et de visiteurs à hôpital de la Croix-Rouge Duchess of Connaught, à Taplow, en Angleterre, 1915-1916; des photographies de la Première Guerre mondiale (ROSS, ANNE E. 1982-174 05618, ROSS, ANNE E. 1965-041 05680A).

Une photo en noir et blanc d’un groupe de femme assise sur des chaises longue avec des couvertures. Trois des sœurs portent des pardessus foncés tandis qu’une autre en porte un manteau pale. Un soldat peut être entrevue dans le milieu du groupe

Des infirmières militaires assises sur le pont d’un navire avec un soldat, 1916. Mention : Anne E. Ross (MIKAN 3195179)

 

Si vous désirez découvrir ces photographies ou d’autres images conservées dans des fonds privés à BAC, veuillez communiquer avec nous au moyen du formulaire électronique.


Rebecca Murray est une archiviste de référence au sein de la Division des services de référence à Bibliothèque et Archives Canada.

De l’eau au moulin : Poèmes sur la guerre, le travail et le progrès social

Par Kelly Anne Griffin

Connaissez-vous Alex Gibson? Cet immigrant, employé d’usine et vétéran de la Première Guerre mondiale, était aussi poète. Il a raconté ses expériences dans un recueil intitulé Grist for the Mill (De l’eau au moulin), publié à compte d’auteur en 1959, et dont un exemplaire a été découvert lors du traitement du fonds d’archives du Syndicat canadien des travailleurs du papier.

Né en Écosse en 1893, Alex Gibson immigre au Canada vers 1913. Engagé dans le Corps expéditionnaire canadien lors de la Première Guerre mondiale, il est affecté au 10e Bataillon des ambulanciers de campagne. Rentré au pays, il devient ouvrier dans une usine de pâtes et papier. Plusieurs poèmes de son recueil évoquent ses difficultés à s’adapter à ce travail routinier après avoir survécu aux horreurs de la guerre, un problème qu’éprouvaient bien d’autres soldats canadiens à leur retour d’Europe.

Dans son poème « What Shall It Be » (Qu’est-ce qui nous attend?), Gibson évoque ainsi le désarroi des soldats rapatriés :

Que ferons-nous après la victoire

Simplement rentrer chez nous

Reprendre la routine comme avant

Les vies gâchées et les rêves brisés

Dans un désert à arpenter?

[…]

Répondez-moi, travailleurs du rail et des usines

De la mer et des postes, des moulins et des mines

Car la réponse ne viendra pas d’ailleurs.

(p. 90 à 92) [traduction libre]

Photo noir et blanc montrant une scène de guerre : des soldats blessés sont étendus sur des civières; autour deux, plusieurs soldats se tiennent debout devant des bâtiments en ruines.

10e Bataillon des ambulanciers de campagne à Amiens, en août 1918. Alex Gibson soignait les blessés au front. Cette expérience dévastatrice transparaît dans sa poésie. (MIKAN 3397051)

Alex Gibson travaille dans l’industrie des pâtes et papiers pendant plus de 38 ans, se passionnant pour tout ce qui concerne les relations de travail. Il occupera plusieurs postes importants au Syndicat canadien des travailleurs du papier, tentant même de se faire élire au Parlement canadien dans la circonscription de Port Arthur en 1935 et en 1940, sous la bannière de la Fédération du Commonwealth coopératif. Ce parti, le précurseur du Nouveau Parti démocratique, se faisait le champion du progrès social et des revendications syndicales.

Les convictions socialistes de Gibson transparaissent dans presque tous ses poèmes, et nous offrent un témoignage de première main sur les luttes de la classe ouvrière à cette époque. Les conditions lamentables des travailleurs et la nécessité de se réunir au sein d’une grande fraternité sont des thèmes récurrents dans les écrits de Gibson. Dans son ouvrage Hoboes and Heroes (Clochards et héros), il décrit ainsi ce qu’on pourrait appeler « le travailleur pauvre » :

Il disait que partout où il allait,

Ils étaient des milliers comme lui, il se reconnaissait

Leur maigre pécule déjà dépensé,

Contraints à demander la charité

[…]

À l’entendre, j’ai senti l’amertume d’un sombre désespoir

Ne pouvant plus y croire, il avait perdu tout espoir

(p. 77 à 80) [traduction libre]

Après plus de 30 ans de travail en usine et un engagement actif au sein du mouvement syndical, Gibson connaissait parfaitement les difficultés et les luttes qui existent dans une usine de pâtes et papiers. Ces enjeux apparaissent fréquemment dans ses écrits. Les journées étaient longues, les salaires, peu élevés, et les conditions de travail, moins réglementées qu’aujourd’hui. Gibson s’efforça constamment d’améliorer cette situation par son engagement syndical. Dans son œuvre, il dresse un portrait saisissant des conditions de vie de ses compagnons de travail, où transparaît son empathie à leur égard. Voici quelques lignes tirées de la dédicace de son livre :

Vous qui peinez dans le noir

Vous qui dérivez sans espoir

Vous arrachant le cœur

À empiler les heures

Je vous connais très bien,

Menant la même vie, comme vous n’ayant rien

Voici mon cadeau, il est pour vous,

C’est tout ce que j’ai à offrir.

(p. 3) [Traduction libre]

Photo noir et blanc d’un homme tenant une planche de bois, penché au-dessus d’un défibreur.

Ouvrier manipulant un défibreur dans une usine de pâtes et papier. La poésie de Gibson décrit souvent les conditions de travail monotones et dangereuses qui régnaient dans ces usines, ainsi que leurs conséquences sur les travailleurs. Source : Harry Foster (MIKAN 3196845)

La plupart des poèmes d’Alex Gibson concernent le monde du travail et les injustices sociales au Canada, mais certains rappellent d’importants événements historiques. « A Constitutional Crisis » (Une crise constitutionnelle) raconte le scandale provoqué par l’abdication d’Édouard VIII et son mariage avec Wallis Simpson, une femme deux fois divorcée. « A Note to the Hon. Minister of Justice » (Un message à l’honorable ministre de la Justice) évoque l’emprisonnement de Tim Buck, un des leaders du mouvement syndical. L’incarcération de Buck à la prison de Kingston souleva un tollé général dans la population, en particulier parmi les travailleurs comme Gibson.

Bien que les poèmes du recueil s’inspirent surtout des conflits personnels de Gibson et des luttes des travailleurs, ils véhiculent un message d’espoir; plusieurs sont encore d’actualité pour les Canadiens aujourd’hui. Voilà pourquoi Grist in the Mill constitue un véritable trésor dans la collection de Bibliothèque et Archives Canada.

Tiré de la collection Lowy : vestiges de la communauté juive espagnole

Par Michael Kent

En tant que bibliothécaire, on m’interroge souvent sur la valeur du livre imprimé à l’ère numérique. Après tout, plusieurs livres des collections dont je m’occupe peuvent être consultés sur Internet en format numérique. Il est vrai que même les plus anciens ouvrages des collections de Bibliothèque et Archives Canada sont maintenant accessibles en ligne sous divers formats; cependant, je suis convaincu que le pouvoir évocateur de l’objet matériel, et de toutes les histoires qui se cachent derrière, dépasse largement le simple contenu de ses pages.

Le fragment du Pentateuque de 1491, le livre des écritures canoniques juives, publié en Espagne, est l’un des ouvrages qui inspirent fortement un tel sentiment.

Cette Bible, imprimée par Eliezer ibn Alantansi à Hijar en Espagne, est le dernier livre hébraïque daté à avoir été imprimé en Espagne avant l’expulsion des Juifs de ce pays en 1492. L’âge, la qualité d’impression et le degré d’érudition nécessaire pour produire un tel livre en font déjà une œuvre majeure des débuts de l’imprimerie, mais c’est l’histoire qu’il nous raconte à propos de l’expulsion des Juifs d’Espagne qui lui confère un tel pouvoir évocateur.

Malheureusement, le problème des réfugiés n’est pas nouveau. À l’heure actuelle, nous vivons une crise des réfugiés à l’échelle internationale, une crise que nous pouvons observer pratiquement en direct grâce aux médias sociaux. La technologie moderne nous permet de découvrir, avec une certaine honte, la pénible existence de ceux qui vivent dans des camps de réfugiés.

La multitude de blogues, de photos, de témoignages personnels et d’informations diffusées dans les médias permettra aux futures générations de chercheurs de comprendre les difficultés que doivent surmonter les réfugiés contemporains, et ce, d’une manière que les précédentes générations n’auraient jamais pu imaginer. Mais qu’en est-il des réfugiés d’autrefois? Comment faire pour comprendre les problèmes des réfugiés au Moyen Âge, leurs attentes, leurs anciennes vies, leurs espoirs pour l’avenir, et la désolation causée par les bouleversements qu’ils ont subis?

Toutes ces questions posent un énorme défi aux historiens qui s’intéressent à la vie des gens ordinaires dans les temps anciens. L’Histoire ne doit pas se limiter à une suite de dates ou à la vie des élites de la société; nous devons chercher à connaître ce qu’ont vécu les masses populaires et tirer des leçons de leurs expériences collectives.

Mais revenons à cet ouvrage biblique tiré de la collection Lowy. Si l’on s’en tient strictement au contenu du livre, le Pentateuque n’est-il rien d’autre qu’une bible rabbinique ordinaire, le genre d’ouvrage qu’on pourrait aisément télécharger sans frais sur Internet? La réponse toute simple est non. Au‑delà du texte qu’il contient, cet objet nous permet-il de mieux connaître la communauté juive d’Espagne à la veille de son expulsion? Je réponds oui, sans hésiter.

Une photographie en couleur d’une page jaunie, et imprimé couverte d’écriture hébraïque.

Une page de la Bible hébraïque de 1490 imprimé par Eliezer ben Avraham Alantansi (AMICUS 32329787)

En regardant cette page, je vois une communauté qui se considérait comme stable, bien établie, et qui croyait avoir un avenir en Espagne. Au début de l’imprimerie, la production d’une bible comme celle-ci aurait constitué un projet très ambitieux. La mise sur pied d’un équipement communautaire telle une presse à imprimer, l’investissement consenti en études savantes et un engagement financier considérable démontrent clairement à mes yeux que les Juifs d’Espagne se sentaient en sécurité en Espagne et envisageaient un long et bel avenir dans la péninsule ibérique. Je regarde cette page et je vois des gens qui ne pouvaient imaginer les bouleversements et dévastations qui frapperaient leur communauté moins de deux ans plus tard. Bref, je vois un témoignage direct de l’un des plus vastes mouvements de réfugiés en Europe médiévale.

En tant que bibliothécaire et conservateur, je crois fermement au pouvoir d’évocation du livre physique, un pouvoir qui va bien au-delà du simple contenu de l’ouvrage. Si les livres électroniques et les sites Web permettent un accès universel à une large gamme de contenus intellectuels, les leçons de vie et les témoignages historiques offerts par le livre physique demeurent irremplaçables.


Michael Kent est le conservateur de la collection Jacob M. Lowy.

Trouver des accidents ferroviaires dans la collection de Bibliothèque et Archives Canada

Par Rebecca Murray

Ces dernières années, des déraillements et des collisions de trains de grande envergure ont retenu notre attention et sont devenus des enjeux pour la sécurité publique, mais ce fait n’a rien de nouveau si l’on se reporte à l’histoire du transport au cheminCanada. L’histoire du chemin de fer au Canada est parsemée d’accidents ferroviaires et elle a façonné la vie de nombreux Canadiens.

Une photo en noir et blanc montrant un déraillement dans la gare de triage.

Déraillement de wagons sur l’avenue Strachan à Toronto, 19 décembre, 1916. Photographie prise par John Boyd (MIKAN 3364261)

Avez-vous déjà été témoin d’un accident ferroviaire? Peut-être qu’un membre de votre famille ou un ami a subi les affres d’un tel accident? Avez-vous de l’intérêt pour l’histoire du chemin de fer dans une région donnée ou en ce qui a trait à une compagnie en particulier? Ce ne sont là que quelques-unes des innombrables raisons qui incitent les chercheurs à consulter les Services de référence de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) au sujet d’accidents ferroviaires.

Amorcer une recherche sur les accidents ferroviaires

D’abord, il faut recueillir autant d’information que possible sur l’accident ferroviaire avant de communiquer avec les services de BAC ou de se présenter à l’un des bureaux de l’organisation. La date et le lieu exacts sont extrêmement importants, tout comme certains détails, tels que le nom des personnes concernées et, si l’information est connue, le type d’accident (p. ex., à un passage à niveau public, un déraillement, une collision). Si certains de ces détails sont manquants, on peut consulter des journaux sur microfilm ou en ligne avant d’entreprendre des recherches au moyen des outils en direct de BAC. Les documents relatant les accidents sont généralement classés par ordre chronologique, la date est donc l’élément clé pour amorcer les recherches auprès de l’institution appropriée.

BAC garde les dossiers des accidents ferroviaires dont les enquêtes ont débuté en 1990 ou avant, tandis que le Bureau de la sécurité des transports du Canada tient à jour une base de données en ligne sur les enquêtes menées de 1991 jusqu’à maintenant.

Documents en possession de BAC

Les documents d’accidents ferroviaires sont répartis dans diverses séries du fonds de la Commission canadienne des transports (RG46) en fonction de la plage de dates et du type d’accident.

Au moment d’entreprendre des recherches, il est préférable de procéder comme suit au moyen des instruments de recherche.

No d’instrument de recherche Format Période de temps Marche à suivre
46-21 Recherche de fonds d’archives De 1838 à 1987 Dans le premier encadré, cliquer sur la flèche vers le bas et sélectionner No d’instr. de recherche. Dans l’encadré à droite, inscrire 46-21. Dans la seconde rangée d’encadrés, la sélection par défaut est réglée à Tout mot-clé. Inscrire le mot accident dans la boîte à droite. Appuyer sur Retour. À droite de la liste des résultats, on peut utiliser les fonctions afin de trier tous les résultats par date, ou encore pour restreindre les réponses à une décennie précise.
46-10 Instrument de recherche en ligne 46-10

(en anglais seulement)

De 1904 à 1949, de 1964 à 1972 L’instrument de recherche présente des documents classés par ordre alphabétique, puis chronologique, selon les compagnies de chemin de fer. Le contenu de chaque rapport varie, mais on fait souvent mention d’accidents.
46-55 Instrument de recherche en ligne 46-55

(en anglais seulement)

De 1900 à 1992 Des accidents survenus à des traverses de chemin de fer, classés par ordre alphabétique selon les subdivisions géographiques
46-58 Instrument de recherche en ligne 46-58 (en anglais seulement) 1982 et 1983 Par ordre chronologique
46-59 Instrument de recherche en ligne 46-59 (en anglais seulement) 1984 Par ordre chronologique

De plus, il existe d’autres ressources sur Internet et sur place, à Bibliothèque et Archives Canada, au 395, rue Wellington, à Ottawa. On peut avoir recours à la Recherche de fonds d’archives pour effectuer des recherches générales à partir de mots-clés comme « chemin de fer » ET « accident » (ou « déraillement », « collision ») et utiliser le menu de droite pour trier tous les résultats en fonction d’une date ou encore pour restreindre les réponses à une décennie précise.

Si, en suivant les étapes précédemment décrites, vos recherches sont infructueuses, il ne faut pas vous décourager! Il suffit d’un appel ou d’un clic pour joindre le personnel des services de référence. Nous serons aussi heureux de vous accueillir en personne. Peu importe la méthode que vous choisirez pour nous contacter, nous sommes heureux d’aider les chercheurs en répondant à leurs questions.


Rebecca Murray est archiviste de référence au sein de la Division des services de référence à Bibliothèque et Archives Canada.