Archives et paperasserie

Par Leah Sander

Il y a presque 20 ans, quand j’étais une jeune archiviste, j’ai passé une année aux Archives nationales d’Écosse, à Édimbourg. La plupart des méthodes de travail ressemblaient beaucoup à celles du Canada. Bien entendu, l’Écosse conserve des documents d’archives depuis beaucoup plus longtemps que nous, ce qui se reflète dans sa collection!

Cela dit, j’ai remarqué des variantes dans la façon de nommer les choses. En Écosse, pour attacher en paquets des documents de même origine, sans les endommager, le personnel utilisait du « ruban archivistique » (en anglais, archival tape). Mais contrairement à ce que le mot tape m’avait d’abord laissé croire, ce n’était pas un ruban adhésif : c’était simplement un ruban de tissu écru, c’est-à-dire non teint.

Par la suite, j’ai travaillé sur des archives encore attachées avec leur ruban d’origine, de couleur rose foncé. Un collègue écossais m’a alors expliqué que c’est de là que venait l’expression anglaise red tape (qui désigne de nos jours la paperasserie) : autrefois, on attachait les documents en paquets à l’aide de ruban rouge ou rose.

Photo couleur d’un registre entouré d’un ruban rose.

Ruban rose d’origine autour d’un registre en attente d’un traitement de restauration. Installation d’entreposage de Bibliothèque et Archives Canada, Renfrew (Ontario). Photo : Elise Rowsome, BAC

Le recours à du ruban rouge pour attacher des documents n’était pas une pratique exclusive à l’Écosse. Plusieurs pays européens ont fait de même au cours des 17e, 18e et 19e siècles. Ils ont ensuite exporté cette pratique dans les colonies qui, plus tard, sont devenues le Canada et les États-Unis.

Après mon séjour aux Archives nationales d’Écosse, j’ai travaillé aux Archives de la Compagnie de la Baie d’Hudson, à Winnipeg. Là, j’ai appris que la Compagnie (dont le bureau principal se trouvait à Londres, en Angleterre, jusque dans les années 1970) se servait également de ruban rouge pour attacher ses dossiers.

Photo couleur de cartes enroulées, attachées avec un ruban écru.

Le ruban rose utilisé à l’origine pour attacher ces cartes a été remplacé par un ruban écru afin d’assurer la préservation adéquate des documents. Installation d’entreposage de Bibliothèque et Archives Canada, Renfrew (Ontario). Photo : Cory Dunfield, BAC

En Occident, aux 18e et 19e siècles surtout, plusieurs organismes et gouvernements utilisaient aussi du ruban rouge pour attacher leurs documents. Ce lien entre ruban rouge et bureaucratie explique pourquoi, en anglais, l’expression red tape est devenue synonyme de paperasserie, d’excès de procédures et de retards administratifs.

De nos jours, plusieurs institutions de mémoire, dont Bibliothèque et Archives Canada, conservent des documents qui remontent à cette période et qui arborent toujours leurs rubans rouges d’origine.


Leah Sander est archiviste principale à la description à la Division des archives gouvernementales de Bibliothèque et Archives Canada.

« Je vous laisse Éva Gauthier »

Par Isabel Larocque

Lors de la première performance professionnelle d’Éva Gauthier, à la cathédrale Notre-Dame d’Ottawa, personne n’aurait pu prédire que la jeune fille de 17 ans deviendrait l’une des plus grandes cantatrices de l’histoire du Canada.

Nièce de Zoé Lafontaine et de son époux sir Wilfrid Laurier, Éva Gauthier naît en 1885 dans un quartier francophone d’Ottawa. Elle démontre dès son plus jeune âge un talent inné pour la musique; d’ailleurs, son entourage constate très tôt son potentiel et l’encourage à poursuivre dans cette voie. En plus de suivre des cours de chant avec plusieurs enseignants renommés, Éva chante comme soliste à l’église Saint-Patrick d’Ottawa.

Elle a également le privilège de recevoir l’appui financier de son oncle, sir Wilfrid Laurier. C’est ainsi qu’à l’âge de 17 ans, elle part étudier le chant au Conservatoire de Paris avec l’un des professeurs les plus renommés de l’époque, Auguste-Jean Dubulle. Sa tante Zoé, qui croit énormément en son talent, l’accompagne pour ses premiers pas en Europe. Elle tient d’ailleurs le piano lors de l’audition d’Éva pour le Conservatoire.

Photo noir et blanc d’une jeune femme en robe de dentelle blanche, face à l’objectif.

Éva Gauthier, 1906. Photo : William James Topley (a193008)

Durant ses études et dès les débuts de sa carrière, Éva Gauthier a la chance de côtoyer les plus grands musiciens et professeurs de son temps, et ne tarde pas à se faire remarquer. En 1906, la grande interprète Emma Albani, sa mentore, la présente ainsi à son public lors de sa tournée d’adieu : « Comme legs artistique à mon pays, je vous laisse Éva Gauthier. » Avec une telle présentation, nul doute que l’avenir de la jeune Éva est très prometteur!

Photo noir et blanc d’une femme debout face à l’objectif, portant une robe de couleur sombre, un chapeau de fantaisie et une étole en fourrure.

Éva Gauthier, 1906. Photo : William James Topley (a193009)

Malgré sa petite taille, Éva Gauthier est dotée d’une puissance vocale qui fait tourner les têtes. En 1909, elle décroche le rôle de Micaela dans l’opéra Carmen, en Italie, où elle performe avec brio. Mais sa carrière dans ce domaine est très brève : alors qu’elle se prépare pour un deuxième rôle, cette fois au Covent Garden dans l’opéra Lakmé, le directeur la retire de la distribution, craignant que son talent ne vole la vedette à l’interprète principale. Dévastée, Éva Gauthier tourne le dos à l’opéra et décide de quitter l’Europe.

Elle part donc en Indonésie rejoindre Frans Knoot, qui deviendra éventuellement son époux. Elle demeurera quatre ans en Asie, une aventure qui donne un nouveau tournant à sa vie. Durant son séjour, elle étudie la musique javanaise avec des gamelans indonésiens et s’immerge dans une culture et un style musical exotiques qui lui étaient inconnus. Elle donne plusieurs concerts, notamment en Chine et au Japon, où elle reçoit des critiques élogieuses : « Malgré sa stature délicate, cette chanteuse canadienne possède une voix dont la souplesse et la puissance n’ont d’égal que la portée. Toute la soirée fut un véritable enchantement. Les applaudissements, longs et nourris, furent bien mérités. »

Cette expérience en Asie donnera au répertoire d’Éva une sonorité bien particulière ainsi qu’un style unique, qui lui permettront de se démarquer à son retour en Amérique du Nord, où la musique orientale est encore méconnue. Ce refus de s’en tenir aux traditions est d’ailleurs l’un des traits qui caractérisent Éva. Elle ne s’est jamais arrêtée aux conventions, apportant ainsi un renouveau à la culture musicale du 20e siècle.

Photo en noir et blanc d’une femme faisant face à l’appareil photo et portant une robe traditionnelle javanaise.

Éva Gauthier portant un des costumes javanais grâce auxquels elle s’est fait connaître. (ncl002461)

Après son retour en Amérique du Nord, Éva Gauthier, qui profite alors d’une certaine notoriété, donne plusieurs concerts par an. Les plus grands musiciens l’approchent pour qu’elle interprète leurs compositions. Igor Stravinsky ne jure que par elle, et exige qu’elle soit la première à donner vie à toutes ses œuvres. Éva côtoie plusieurs personnalités du milieu musical et se lie d’amitié avec un bon nombre, entre autres avec les pianistes et compositeurs Maurice Ravel et George Gerswhin.

C’est d’ailleurs avec ce dernier qu’elle donne un concert mémorable au Aeolian Hall de New York, en 1923, concert au cours duquel musiques classique et moderne se chevauchent. Gershwin accompagne la chanteuse au piano durant cette première plutôt audacieuse. Éva Gauthier va même jusqu’à intégrer de la musique jazz au programme, un style qu’elle apprécie grandement mais qui est encore mal perçu. Bien que la critique ne soit pas tendre, le public apprécie ce vent de fraîcheur, et l’événement restera ainsi gravé dans l’histoire.

Éva Gauthier donne des centaines de spectacles durant le reste de sa carrière, tant en Amérique qu’en Europe, intégrant plusieurs styles à ses performances toujours très divertissantes. Elle consacre les dernières années de sa vie à l’enseignement du chant, et, malgré son absence de la scène, demeure très active dans le milieu de la musique, agissant à titre de mentore pour une nouvelle génération d’artistes. Sa technique impeccable, son audace et son refus d’adhérer aux conventions ont ouvert la voie aux futurs interprètes et ont contribué à faire d’Éva Gauthier une véritable légende de la musique moderne.

Si vous souhaitez écouter quelques extraits musicaux interprétés par Éva Gauthier, visitez le Gramophone virtuel de Bibliothèque et Archives Canada. Vous y trouverez plusieurs classiques du folklore francophone canadien interprétés par la cantatrice.

Vous pouvez également écouter notre baladodiffusion et parcourir notre album Flickr consacrés à Éva Gauthier.


Isabel Larocque est agente de projet pour l’équipe du Contenu en ligne à Bibliothèque et Archives Canada.

Récit sur la collection Lowy : une histoire d’heureux hasards

Par Michael Kent

Un des aspects les plus excitants du travail avec les livres rares est de découvrir l’histoire de chacune des pièces de nos collections. Le parcours d’un document avant son arrivée à Bibliothèque et Archives Canada (BAC) est souvent tout aussi intéressant que son contenu. Dans certains cas, on peut établir des parallèles étonnants entre l’histoire d’un document et le texte qu’il renferme. Le rouleau contenant le livre d’Esther, maintenant conservé dans la collection Jacob-M.-Lowy, en est un bon exemple.

Une photographie couleur d’un manuscrit hébraïque rédigé sur un parchemin d’une longueur approximative de sept pieds, entièrement déroulé sur une table. L’étui en métal qui contenait le manuscrit se trouve aussi sur la table.

Le livre d’Esther déroulé dans la salle Jacob-M.-Lowy, située au 395, rue Wellington à Ottawa (Ontario). Source : Bibliothèque et Archives Canada

Le rouleau porte un texte manuscrit en hébreu, dans un format adapté au rituel entourant la fête juive de Pourim. L’histoire qui a mené à l’acquisition de ce document par Bibliothèque et Archives Canada m’a été transmise par mes prédécesseurs. Elle est trop belle pour ne pas la raconter.

Les visiteurs qui voient le rouleau sont immédiatement frappés par le mauvais état de son étui métallique. On fait souvent remarquer que celui-ci semble avoir connu la guerre, et les apparences ne sont pas trompeuses.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, un soldat britannique découvre cet étui en Europe continentale, dans les décombres d’un édifice bombardé. Lorsqu’il réalise que l’étui contient un rouleau de parchemin, il décide de le conserver comme souvenir de guerre. Plus tard, il déménage au Canada, emportant le rouleau avec lui.

Le deuxième chapitre de l’histoire du rouleau commence après le décès du soldat. Ce militaire n’ayant pas d’enfants, des voisins se portent volontaires pour vider son appartement après sa mort. Ils y découvrent le rouleau et se souviennent que le soldat le leur avait déjà montré. Conscients qu’il s’agit d’un document de valeur, ils décident de lui trouver un lieu de conservation approprié. Par un heureux hasard, ces voisins ont un parent qui travaille pour ce qui était à l’époque les Archives nationales. Ils envoient le rouleau à cette personne, qui le transmet à un archiviste. Quelques années plus tard, la collection d’ouvrages judaïques rares Jacob-M.-Lowy est offerte à la Bibliothèque nationale du Canada. Le rouleau est alors transféré dans cette collection pour qu’il soit conservé avec les autres documents judaïques.

Mais pourquoi ai-je l’impression que l’histoire du rouleau reflète celle que son texte raconte? Parce que le livre d’Esther a une caractéristique bien particulière : c’est l’un des deux seuls livres des écritures hébraïques à ne pas mentionner Dieu. Selon la tradition rabbinique, le nom de Dieu a été omis dans le livre pour mettre l’accent sur la nature secrète du miracle raconté, qui est composé d’une série de petits et improbables événements aboutissant à la survie du peuple juif.

Quand je regarde le rouleau, je vois un document qui a lui aussi survécu grâce à une série de petits événements improbables : le propriétaire d’origine qui le range dans un solide étui protecteur; le document qui survit à un bombardement et tombe à un endroit bien visible; un soldat qui s’arrête pour l’examiner et décide qu’il vaut la peine d’être sauvé; les voisins du soldat qui offrent de vider son appartement après son décès; ces mêmes voisins qui examinent avec soin le contenu de l’appartement, puis cherchent un endroit approprié pour conserver le rouleau; et le fait qu’ils ont un parent travaillant aux Archives nationales. Tous ces événements improbables s’enchaînent pour former la captivante histoire de survie de ce rouleau et le fabuleux voyage qui le mena jusqu’à BAC.

Si je ne suis pas en mesure de proposer des réflexions spirituelles sur la survie de ce rouleau, je peux dire qu’elle est le fruit d’une remarquable suite d’heureux hasards. Cette histoire, et d’autres du même genre, mettent en lumière le formidable passé des documents conservés dans nos collections. Ces histoires vont bien au-delà de l’écrit; je suis très reconnaissant de pouvoir les découvrir et les faire connaître.


Michael Kent est le conservateur de la collection Jacob-M.-Lowy à Bibliothèque et Archives Canada.

Des nouvelles de Kigali!

Par Alison Harding-Hlady

En février 2020, je suis arrivée avec mon collègue Karl-Xavier Thomas à Kigali, au Rwanda, où nous sommes les invités de la Rwanda Archives and Library Services Authority (RALSA). Après près de deux semaines sur place, nous avons du mal à croire que nous arrivons déjà à la moitié de notre voyage! Grâce à une préparation qui a duré des mois, nous avons accompli beaucoup de choses pendant ces deux premières semaines.

La RALSA nous a demandé de donner une formation sur les activités professionnelles, les normes internationales et les pratiques exemplaires à trois bibliothécaires et quatre archivistes. Cette équipe – petite, mais solide – est pleinement consciente des responsabilités et des obligations de la bibliothèque et des archives nationales. Elle est impatiente d’adopter des pratiques exemplaires, non seulement afin de bien gérer et décrire sa propre collection, mais aussi pour guider les autres institutions de mémoire du Rwanda.

Comme je représente le volet « bibliothèque », j’ai mis l’accent sur le catalogage (ma spécialité!), tout en répondant à d’autres questions. J’ai aussi contribué à l’élaboration de politiques sur divers sujets allant de l’administration du programme national d’ISBN à la gestion des droits numériques en passant par la production de contenu pour les médias sociaux. C’est une expérience inédite pour moi, une employée d’une grande institution. Les diverses parties de la collection et des services de BAC sont gérées par différentes sections composées de grands groupes. Ici, quelques personnes s’efforcent de remplir tous ces rôles. Le personnel est ambitieux et travaille d’arrache-pied; j’ai une immense admiration pour tout ce qu’il tente d’accomplir.

Photo couleur d’archive sur des étagères.

Une partie de la collection d’archives de la RALSA. Photo : Karl-Xavier Thomas.

Profitant de notre présence, la RALSA a invité des bibliothécaires et des archivistes d’un peu partout au Rwanda à une conférence de quatre jours à Kigali. Karl-Xavier et moi y offrirons de nouveau notre formation des deux dernières semaines, mais devant un public plus nombreux! Pour nous, ce sera l’occasion parfaite de réseauter avec beaucoup de professionnels rwandais. Quant à eux, ils pourront acquérir des compétences pour offrir de meilleurs services à leurs clients et mieux s’occuper de leurs collections.

J’ai toujours été fière de mon travail et de son importance, mais c’est vraiment spécial d’observer l’influence que mes connaissances et mon expertise peuvent avoir ici. Je me sens utile en aidant des professionnels d’un peu partout au pays à mieux décrire leurs collections et à en améliorer l’accès. Ce sont des notions qu’ils pourront utiliser longtemps après mon retour au Canada.

Notre échange culturel comprenait aussi une autre activité intéressante : l’Umuganda, c’est-à-dire la journée nationale de nettoyage communautaire. Tous les citoyens âgés de 16 à 65 ans doivent participer à cet événement qui se déroule le dernier samedi de chaque mois. Les gens se rassemblent dans leur village ou leur quartier et contribuent à un projet ayant des répercussions positives pour la communauté locale. L’objectif est d’améliorer les conditions de vie, petit à petit. J’ai participé à l’enlèvement de broussailles poussant autour d’arbres récemment plantés et au déterrement d’un canal de drainage envahi par les mauvaises herbes.

Après ces tâches manuelles, les villageois ont pris part à un rassemblement communautaire. Ils ont partagé nouvelles et rappels avant d’aborder certaines préoccupations. J’ai été impressionnée par le respect témoigné tout au long de la réunion. Tous étaient à l’aise à l’idée de s’exprimer, et l’écoute était au rendez-vous afin de trouver des solutions communes.

D’une certaine façon, ce que nous faisons ici reste dans l’esprit de l’Umuganda. Nous contribuons également au bien de la communauté, et nous repartirons après avoir amélioré certaines choses.

Photo couleur d’un immeuble de bureaux.

La RALSA déménagera l’année prochaine dans un immeuble bâti spécialement pour elle, mais elle occupe actuellement l’étage supérieur d’un immeuble de bureaux à Kigali, au Rwanda. Photo : Alison Harding-Hlady.


Alison Harding-Hlady est bibliothécaire principale au catalogage, responsable des livres rares et des collections spéciales, à la Direction générale du patrimoine publié de Bibliothèque et Archives Canada.

Hockey féminin : elle lance… et compte!

Par Ellen Bond

Remporter une compétition internationale et entendre son hymne national dans l’aréna, c’est le rêve de bien des hockeyeurs canadiens. En janvier 2020, le Canada s’est couvert d’or en défaisant la Russie en finale du Championnat mondial junior de la Fédération internationale de hockey sur glace (IIHF). Chaudement disputé, le tournoi masculin a été suivi par des millions de personnes dans le monde entier. Pourtant, à peine quelques jours plus tôt, c’est un auditoire beaucoup plus petit qui a regardé le duel entre le Canada et les États-Unis au Championnat du monde de hockey sur glace féminin des moins de 18 ans.

Contrairement au basketball, où l’on réduit la taille du ballon pour les femmes, et au volleyball, où l’on abaisse le filet, le hockey se pratique de la même façon chez les deux sexes. Certes, les femmes jouent « sans contact », mais on ne change ni le format de la patinoire, ni les dimensions des buts, ni la taille ou le poids de la rondelle. D’ailleurs, si le hockey a vu le jour au début des années 1870, les femmes ont adopté ce sport à peine deux décennies plus tard. Une question s’impose donc : comment se fait-il que le hockey féminin, après des débuts prometteurs, n’ait pas progressé comme le hockey masculin?

: Photographie noir et blanc, prise à l’extérieur, montrant des femmes en jupe longue.

Groupe de femmes réunies pour jouer au hockey, Ottawa (Ontario), 1906. (PA-042256)

Enfant, tout ce que je voulais faire, c’était de jouer au hockey. Je me souviens d’avoir regardé mon frère jouer sur la glace avec plein d’autres garçons. Ils installaient de longs boyaux sur les lignes rouge et bleues pour diviser la patinoire en trois petites surfaces de jeu. Je voulais me joindre à eux, mais on ne laissait pas les filles jouer. Les choses ont toutefois changé dans les années 1970, quand nous avons déménagé à Campbellford, en Ontario. Un jour, au début de l’automne, un homme s’est présenté chez moi et a demandé à mon père s’il voulait être l’entraîneur de l’équipe des filles. Mon père a dit oui, et au début de ma huitième année scolaire, j’ai commencé à jouer dans une ligue.

Photographie sépia d’une équipe de jeunes hockeyeuses portant un chandail où l’on peut lire « Campbellford Minor Hockey ».

Mon équipe la première année où j’ai eu le droit de jouer au hockey. Nous avons remporté le championnat. Je suis la troisième à partir de la gauche dans la rangée du haut; on voit mon père à droite et mon frère accroupi devant lui. (Photo fournie par l’auteure)

Une question m’est donc venue en tête : si les femmes et les hommes ont commencé à pratiquer ce sport à la fin du 19e siècle, pourquoi n’avais-je pas eu le droit de jouer avant mon arrivée à Campbellford, même si j’ai grandi dans une ville relativement grande?

Photographie noir et blanc d’une femme vêtue d’une jupe pour une partie de hockey en plein air.

« La reine de la glace ». Une femme en patins de figure sur une patinoire avec un bâton de hockey dans les mains, 1903. (C-3192610)

Selon l’Association de hockey féminin de l’Ontario, la première partie opposant des femmes a eu lieu en 1891 à Ottawa, en Ontario. À l’époque, l’Université de Toronto, l’Université Queen’s et l’Université McGill avaient des équipes féminines, mais celles-ci étaient tenues de jouer à l’abri des regards masculins. En effet, mis à part les arbitres, aucun homme ne pouvait assister à la partie. En 1914, le premier championnat provincial féminin s’est déroulé à Picton, en Ontario. Il a mis aux prises six équipes, dont certaines représentaient des universités. Ensuite, en 1921, l’Université de Toronto a vaincu l’Université McGill pour remporter le premier championnat universitaire féminin au Canada. Grâce à ces équipes et à d’autres, le sport a continué de croître, bien que de façon irrégulière, pendant les années 1920 et 1930.

Puis, tout s’est arrêté net. Peut-être était-ce parce qu’on jugeait le hockey trop violent pour les filles, comme l’a affirmé Clarence Campbell, président de la Ligue nationale de hockey, en 1946. Ou parce qu’à certains endroits, il était interdit de regarder les femmes jouer. Ou parce qu’on trouvait la chose frivole, ou les joueuses trop passionnées. Ou encore, comme l’avance Wayne Norton dans le livre Women on Ice : The Early Years of Women’s Hockey in Western Canada, parce qu’à l’issue d’un vote en 1923, l’Association canadienne de hockey amateur s’est opposée à la reconnaissance officielle du hockey féminin. Dans le livre Too Many Men on the Ice : Women’s Hockey in North America, Joanna Avery et Julie Stevens soutiennent que la participation du Canada à la Seconde Guerre mondiale a entraîné le déclin du hockey féminin. Quand la majorité des hommes sont partis combattre, beaucoup de femmes se sont mises à travailler dans les usines, ce qui leur laissait peu de temps pour s’amuser. Bref, quelle que fût la raison, notre sport de prédilection a été difficilement accessible aux femmes et aux filles pendant plusieurs décennies, et bon nombre d’entre elles n’ont jamais eu l’occasion de jouer au hockey.

Photographie noir et blanc d’une hockeyeuse professionnelle.

Mademoiselle Eva Ault. Quand la Première Guerre mondiale a conduit les hommes en Europe, les femmes ont eu leur première chance de jouer au hockey dans un contexte professionnel. Eva Ault est devenue une favorite de la foule, mais la fin de la guerre a marqué la fin de la carrière des pionnières du hockey professionnel féminin. (PA-043029)

Photographie noir et blanc d’une équipe de hockey féminin. Les huit joueuses, en uniforme, sont placées côte à côte et tiennent leur bâton la palette vers le haut.

Une équipe de hockey féminin de Gore Bay, sur l’île Manitoulin (Ontario), 1921. Le nom des joueuses figure dans la notice. (PA-074583)

J’ai pu jouer au hockey de la huitième à la treizième année, aussi bien dans un cadre communautaire que scolaire à Peterborough, en Ontario. J’ai aussi eu la chance de faire partie des équipes universitaires à McMaster et à Queen’s. C’est le plus près que je me suis approchée du niveau professionnel. On nous fournissait l’équipement, une patinoire pour les entraînements et les parties, et le transport pour chaque affrontement. À l’Université McMaster, le budget total de mon équipe était inférieur à ce que l’équipe masculine dépensait juste pour les bâtons, mais je me considérais chanceuse de pouvoir représenter mon université et de jouer avec et contre certaines des meilleures hockeyeuses au monde.

Parmi ces athlètes d’exception, il y avait Margot (Verlaan) Page et Andria Hunter. Toutes deux ont représenté le Canada aux championnats du monde. J’ai joué avec Margot pendant trois ans à l’Université McMaster. C’était la capitaine et la meilleure sur la glace. À l’époque, c’était le plus haut niveau qu’il lui était possible d’atteindre. Elle a par la suite défendu les couleurs du Canada aux championnats du monde de l’IIHF de 1987 (événement non sanctionné), 1990, 1992 et 1994. Puis, de 2000 à 2007, elle a dirigé les équipes féminines canadiennes aux championnats de l’IIHF et aux Jeux olympiques. Aujourd’hui, Margot est entraîneuse en chef de l’équipe féminine des Badgers de l’Université Brock. Quant à Andria, je l’ai rencontrée lorsque nous vivions toutes deux à Peterborough. Je travaillais comme monitrice au camp Quin-Mo-Lac alors qu’elle était campeuse. Comme nous vivions dans une petite ville, nous nous croisions souvent. J’ai demandé à Andria comment se sont déroulés ses débuts au hockey. Voici son histoire, traduite en français :

J’ai commencé à jouer au hockey en 1976. C’était plutôt rare, à l’époque, de voir des filles pratiquer ce sport. J’ai eu la chance de me trouver à Peterborough au moment où le hockey féminin commençait à se développer. À ce moment-là, bien des petites villes n’avaient aucune équipe féminine. La première année, j’ai joué avec des garçons dans une ligue locale, mais par la suite, j’ai toujours pu jouer avec des filles.

Toute mon enfance, j’ai rêvé de jouer au niveau universitaire, parce que c’était le plus haut niveau à l’époque. Il n’y avait pas d’équipe nationale, donc il fallait évidemment oublier les championnats du monde et les Jeux olympiques. J’ai toutefois été très chanceuse que le hockey féminin connaisse des changements majeurs au bon moment pour moi.

Je me suis retrouvée dans une équipe universitaire américaine grâce à une bourse d’études; c’était seulement la deuxième fois aux États-Unis qu’une femme étrangère recevait une bourse pour jouer au hockey. J’ai aussi pu faire partie d’Équipe Canada en 1992 et en 1994! Je me suis toujours dit que si j’étais née à peine cinq ans plus tôt, je n’aurais possiblement pas vécu ces merveilleuses expériences.

De 1990 à 1996, j’ai joué à l’Université de Toronto, où je faisais mes études supérieures. C’était une période de transition tumultueuse pour le programme. À ma première année, nous rangions notre équipement dans un petit casier. Les parties se divisaient en trois périodes de seulement quinze minutes, et la surfaceuse passait une seule fois. Puis, pendant la saison 1993-1994 (j’étais alors partie jouer en Suisse), le programme de hockey féminin a failli être éliminé, mais de nombreuses personnes se sont ralliées pour le sauver. À mon retour à l’Université de Toronto, l’année suivante, le hockey féminin était devenu un sport de haute performance. Nous avions maintenant quatre entraînements de deux heures par semaine, et nous ne rangions plus notre équipement dans des casiers!

J’ai aussi joué dans la Ligue nationale de hockey féminin (LNHF) à ses débuts. Quand je portais le chandail des Ice Bears de Mississauga, notre propriétaire enthousiaste a trouvé le moyen de nous faire jouer au Hershey Centre [aujourd’hui le Paramount Centre], où nous avions même notre propre vestiaire. Malheureusement, nous n’attirions pas assez de spectateurs pour rester dans un aréna aussi cher, ce qui a entraîné notre déménagement à Oakville après deux saisons.

Depuis que j’ai quitté la LNHF, en 2001, le hockey féminin a poursuivi sa croissance. Aujourd’hui, la société voit assurément le sport féminin d’un bien meilleur œil que lorsque j’étais enfant. Le niveau de jeu est rehaussé parce que les filles ont plus d’occasions de se développer. La qualité des entraîneurs, le degré de compétitivité et le temps de glace au niveau amateur y sont certainement aussi pour quelque chose. Il y a également plus d’équipes universitaires au Canada et aux États-Unis, et plus de ressources pour les joueuses. Malheureusement, on a encore de la difficulté à attirer les foules, et les débouchés professionnels sont limités. Heureusement, il y a de plus en plus de place pour les femmes derrière les bancs.

Photographie noir et blanc d’une équipe de hockey féminin. Les joueuses portent des chandails d’équipe et tiennent chacune un bâton.

Photographie de l’équipe de hockey féminin de l’Université Queen’s, 1917. Certains noms figurent dans la notice. (PA-127274)

Comme l’a dit Andria, les filles qui veulent jouer au hockey aujourd’hui ont maintes possibilités. Il y a beaucoup d’équipes partout au Canada. Les jeunes hockeyeuses peuvent viser de nombreuses équipes universitaires, la première division de la National Collegiate Athletic Association (NCAA), aux États-Unis, et des équipes dans plusieurs pays d’Europe. Elles peuvent rêver de représenter leur pays aux Jeux olympiques et aux championnats du monde. Des millions de téléspectateurs ont pu voir l’élite des joueuses canadiennes et américaines s’affronter à 3 contre 3 pendant le week-end des étoiles de la LNH à Saint-Louis, au Missouri. À mesure que le hockey féminin poursuivra sa croissance, les rivalités entre pays se développeront. Et qui sait, la LNH lancera peut-être un jour une division féminine?

Dans tous les cas, l’avenir s’annonce prometteur pour les jeunes filles qui rêvent de jouer au hockey. Margot, Andria et moi avons tiré bien des leçons de vie de ce sport dans notre jeunesse, et nous sommes enchantées pour les filles d’aujourd’hui quand nous voyons toutes les perspectives que leur réserve le merveilleux sport qu’est le hockey.


Ellen Bond est assistante de projet à la Division du contenu en ligne de Bibliothèque et Archives Canada.

Lire, en toute liberté

Par Liane Belway

Photographie couleur montrant le dos de livres empilés sur fond noir.

Échantillon de livres variés provenant de la collection de Bibliothèque et Archives Canada qui ont été contestés. Photo : Tom Thompson

Au Canada, nous sommes libres de lire ce qui nous plaît – à un point tel que nous oublions parfois l’importance de ce droit. L’idée que celui-ci pourrait être bafoué dans un pays comme le nôtre ne nous vient même pas à l’esprit. Après tout, notre liberté intellectuelle est garantie par la Charte canadienne des droits et libertés. Pourtant, la liberté de lire ne peut jamais être tenue pour acquise. Même au Canada, des livres et des magazines sont fréquemment contestés dans les bibliothèques et les écoles, comme l’expliquent de nombreux ouvrages sur la liberté d’expression et la censure au Canada. Ces pressions portent atteinte au droit des Canadiens de décider eux-mêmes ce qu’ils lisent.

La Semaine de la liberté d’expression encourage la population canadienne à parler de sa liberté intellectuelle et à la célébrer. Tous les ans, le Book and Periodical Council se sert de cette période pour lever le voile sur l’histoire souvent méconnue de la censure et de la mise à l’index au Canada, et sur les luttes menées pour maintenir certains ouvrages sur les tablettes des écoles et des bibliothèques. Partout au pays, pendant une semaine, des événements sensibilisent le public à l’importance de protéger son droit à la lecture.

Le droit à la liberté intellectuelle signifie que chaque personne est libre de choisir ce qu’elle lit, dans les limites permises par la loi canadienne. En contestant la présence d’un titre sur les tablettes, on fait plus qu’exprimer ses propres goûts ou son refus de prendre part au dialogue sur une question controversée : on tente carrément, souvent pour des raisons politiques ou morales, d’empêcher le public de lire des ouvrages offerts dans les écoles, les bibliothèques ou les librairies. Les bibliothèques ont le devoir de protéger la liberté de lire et doivent refléter ce devoir dans leurs politiques.

Chaque cas est particulier, et les bibliothèques réagissent différemment en fonction de leur mandat et de leurs responsabilités envers les usagers. Dans la plupart des bibliothèques publiques, des politiques sur la liberté intellectuelle sont en place pour orienter le traitement des préoccupations individuelles tout en protégeant le droit collectif à la lecture. Par exemple, les ouvrages peuvent être classés selon l’âge du lectorat auquel ils s’adressent. Quant aux bibliothèques scolaires, elles sont généralement chargées d’appliquer le programme scolaire pour les élèves de l’école. Enfin, Bibliothèque et Archives Canada a le mandat d’acquérir, de décrire et de rendre accessibles toutes les publications canadiennes pour les lecteurs et les chercheurs d’ici et d’ailleurs dans le monde.

Ce ne sont pas tous les livres contestés qui finissent frappés d’interdit. Quand une auteure de la trempe de Margaret Atwood voit un roman comme La servante écarlate remis en question, on assiste souvent, au contraire, à une augmentation de l’attention médiatique, des ventes et du lectorat. L’œuvre Lives of Girls and Women d’Alice Munro, par exemple, a fait l’objet de contestations, et l’auteure a remporté quelques décennies plus tard le prix Nobel de la littérature.

Néanmoins, la tentative de faire bannir un ouvrage peut avoir un effet plus insidieux, surtout dans les écoles et les bibliothèques publiques. Un livre pour enfants controversé peut tout simplement être retiré des listes de lecture et des programmes scolaires pour éviter la confrontation. Mais il arrive aussi qu’une réclamation d’interdiction soit refusée, notamment pour des ouvrages à thème comme L’arbre de Maxine. Grâce à une décision prise en 1992, ce livre illustré au message écologiste a continué d’être lu dans les écoles primaires. Aujourd’hui, on tient pour acquise la possibilité de présenter aux enfants des livres sur l’environnement, les familles homoparentales, les croyances religieuses et toutes sortes d’autres sujets, mais la réalité n’a pas toujours été ainsi.

Qui sait combien d’ouvrages n’ont pas été achetés (ou même écrits) au fil des décennies en raison d’une culture de l’interdiction? Nous aimons à penser que, de nos jours, nous sommes plus ouverts au point de vue des autres. En tant que Canadiens, nous devons demeurer conscients de la grande valeur de notre droit à la lecture, et protéger ce droit pour nous-mêmes et pour les autres.


Liane Belway est bibliothécaire à la Division des acquisitions de la Direction générale du patrimoine publié de Bibliothèque et Archives Canada.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site Web de la Semaine de la liberté d’expression.

Les publications rétrospectives : mieux vaut tard que jamais

Par Euphrasie Mujawamungu

Le mandat de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) consiste entre autres à acquérir tous les documents publiés au Canada, sans restriction de format, de sujet ou de langue. S’y ajoutent les œuvres étrangères dont les auteurs, les éditeurs, les traducteurs, les illustrateurs ou les interprètes sont Canadiens, ou dont le sujet a un lien avec le Canada. Nous appelons ces publications « Canadiana ».

La collection rétrospective Canadiana englobe divers types de documents publiés entre 1867 et cinq ans avant l’année courante, soit :

  • les documents publiés avant l’établissement du dépôt légal, en 1953;
  • les documents publiés depuis l’adoption du dépôt légal, mais n’ayant pas été acquis au moment de leur publication;
  • les documents non assujettis au dépôt légal, comme les œuvres publiées à l’étranger par des auteurs canadiens ou portant sur des sujets canadiens.

Puisque BAC se veut une source de savoir permanent accessible à tous, il doit, pour accomplir cette mission, se doter d’une collection aussi exhaustive que possible.

Un passé qui nous façonne

Le présent est tributaire du passé : à chaque époque, son histoire… une histoire aussi vaste que riche en événements. Pensons par exemple à la première Coupe Stanley, au premier premier ministre canadien-français, à la ruée vers l’or du Klondike, à la première députée, à l’obtention du droit de vote pour les femmes, aux deux guerres mondiales ou au roman à succès Anne… La maison aux pignons verts, de l’auteure prince-édouardienne Lucy Maud Montgomery.

Le quotidien d’autrefois a laissé des empreintes sur de nombreux domaines : l’art, la littérature, la mode, le transport, la cuisine, et plus encore. Les publications rétrospectives de la collection de BAC en témoignent, ouvrant des fenêtres tantôt sur la belle époque, tantôt sur les périodes de vaches maigres, et abordant des sujets aussi variés que les voyages, les recettes de nos arrière-arrière-grand-mères, les épidémies, les famines, les coupes gagnées ou les matchs perdus.

Gardien de ce passé aussi bien que de l’histoire récente, BAC est une ressource incontournable pour tous les Canadiens. Il facilite leur recherche au sein de sa riche collection, les aide à y découvrir les documents les plus pertinents et leur permet d’y accéder. C’est là le cœur de son mandat.

Cela dit, les lacunes au sein de la collection nationale doivent être comblées afin de s’assurer qu’aucun aspect de notre histoire n’est négligé ou sous-estimé. Et ce n’est pas un travail d’un jour ni une activité ponctuelle. Au contraire : une attention et une vigilance perpétuelles sont requises pour repérer les occasions d’enrichir la collection.

Photo couleur d’une variété de livres à couvertures souples.

Quelques titres acquis rétrospectivement par BAC pendant l’automne 2019. Photo: David Knox

Les outils

De près ou de loin, l’histoire nous interpelle sans cesse, ce qui rend la recherche de publications vraiment excitante. À titre de bibliothécaire, je dispose de plusieurs ressources pour repérer les publications rétrospectives à acquérir :

  • les catalogues des vendeurs de livres d’occasion
  • les catalogues des antiquaires
  • les sites Web spécialisés dans la vente de livres d’occasion
  • les publications données à BAC (je cherche alors parmi les dons pour y trouver les documents qui manquent à la collection)

L’acquisition de publications d’époque est soumise à de rigoureuses conditions : chaque ouvrage doit être en son édition originale et en bon état. Cette exigence n’est pas un caprice, car des publications contaminées ou moisies vont non seulement se détériorer, mais aussi endommager les autres publications.

En outre, pour qu’un ouvrage garde toute sa valeur, il importe d’en conserver toutes les composantes originales, comme la couverture, les illustrations et les mentions d’édition.

Si BAC ne l’acquiert pas, qui le fera ?

BAC recueille le patrimoine documentaire canadien et assure sa pérennité, avec l’objectif ultime de répondre aux besoins de ses usagers.

Qu’il s’agisse de publications d’époque ou contemporaines, ce patrimoine constitue un héritage pour les générations actuelles et futures. Et il y a encore de la place dans le trousseau!

Véritable carrefour de connaissances, BAC dispose de professionnels compétents, au service de la population et dévoués à la collection. Chaque trésor acquis par l’institution est traité avec toute la délicatesse requise, et nos installations ultramodernes garantissent leur conservation dans des conditions optimales.

De plus, BAC se tient à la fine pointe de la technologie, ce qui facilite la collaboration avec d’autres organisations et les interactions avec la clientèle.

Le métier de bibliothécaire des collections en est un dynamique et gratifiant, qui demande un travail soutenu. En harmonie avec les services offerts à la collectivité, il évolue en suivant la cadence de cette société du savoir qui est la nôtre. Je peux affirmer que BAC, loin d’être un entrepôt de bouquins pêle-mêle, enrichit véritablement la mémoire collective. Chercheurs aguerris, étudiants, mélomanes ou tout simplement citoyens curieux et avides d’information : tous y trouvent leur compte.

Photo couleur d’une variété de livres à couvertures souples.

Quelques titres acquis rétrospectivement par BAC pendant l’automne 2019. Photo: David Knox


Euphrasie Mujawamungu est bibliothécaire au sein de l’équipe du dépôt légal à la Direction générale du patrimoine publié de Bibliothèque et Archives Canada.

George Mully : fixer sur pellicule le quotidien des Autochtones

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.Par Annabelle Schattmann

George Mully (1926-1999) est un dramaturge et un réalisateur de films documentaires américain. Il débute sa carrière comme dramaturge en contribuant à des spectacles Off-Broadway, à des productions itinérantes et à des opéras, tant aux États-Unis qu’en Europe. Il est tour à tour machiniste, régisseur, éclairagiste, metteur en scène et même marionnettiste. Après son mariage, il s’établit en Angleterre avec sa femme Ann et délaisse la scène pour se tourner vers la production audiovisuelle, mettant sur pied son propre studio de production éducative. Il écrit, réalise et produit des documentaires sur des sujets et des enjeux qui le passionnent. En 1979, la famille immigre au Canada et s’installe à Ottawa.

La collection George Mully, conservée à Bibliothèque et Archives Canada, se compose de photographies personnelles et de photos documentaires professionnelles que Mully a prises vers la fin de sa carrière. Celles-ci témoignent de la diversité de ses intérêts : le développement international, l’environnement, l’histoire, les questions socioculturelles, la musique et l’art. Au Canada, Mully a étroitement collaboré avec l’Office national du film et plusieurs musées de la région de la capitale nationale, réalisant de nombreux documentaires, dont le remarquable film Une pluie acide du ciel (1981), qui fait partie de la collection George Mully.

Jeune fille regardant l’appareil photo

Une jeune Inuite portant des lunettes de soleil jaunes, un manteau rouge et des mitaines multicolores. Crédit : George Mully (e011218259)

La collection contient 363 photographies, prises de 1978 à 1988, qui présentent un intérêt particulier pour le projet Nous sommes là : Voici nos histoires. Les photos mettent en scène des membres de Premières Nations et des Inuits de partout au Canada, ainsi que des membres des Nations Diné (Navajo) et Indé (Apache), aux États-Unis. Les œuvres de Mully documentent les modes de vie et les habitudes de travail des Autochtones. La plupart montrent des personnes dans leur vie quotidienne, souvent en train d’accomplir une tâche. Il s’agit parfois d’une activité traditionnelle, comme la chasse, la cueillette, la création artistique ou l’artisanat, ou d’une activité contemporaine, comme le travail dans une industrie. Certaines photos montrent la superposition de la tradition et de la modernité.

Photographie couleur montrant quatre hommes assis sur des chaises de bois, entourés de microphones et se faisant face. Ils chantent et jouent du tambour.

Quatre membres des Premières Nations non identifiés jouant du tambour sous une tente. Crédit : George Mully (e011218157)

L’intérêt de Mully pour les droits de la personne apparaît clairement dans une série de photos prises en juillet 1979, au moment où la marche pour les droits des femmes autochtones arrive à Ottawa. Cette marche, menée par les Malécites Sandra Lovelace et Caroline Ennis, vise à dénoncer la discrimination subie par les femmes qui perdent leur statut d’Autochtone en mariant un homme non inscrit. En juin 1985, le projet de loi C-31 modifie la Loi sur les Indiens, notamment en retirant les dispositions concernées et en rétablissant le statut de ceux et celles qui l’avaient perdu. Ces modifications ont été critiquées parce qu’elles ne réglaient pas adéquatement le problème.

Photographie couleur d’une personne assise sur une pelouse verte derrière une pancarte où sont écrits les mots « Save our sisters », ou « Sauvez nos sœurs ».

Personne non identifiée assise sur la pelouse de la Colline du Parlement, à Ottawa, tenant une pancarte pour protester. Crédit : George Mully (e011218140)

Dans certains cas, il est difficile de comprendre pourquoi les photos ont été prises ou à quoi elles auraient pu servir. Ces clichés ont peut-être été pris en vue d’un éventuel documentaire ou dans le cadre d’une recherche pour un projet. Le nom des personnes représentées, le lieu et la date sont inconnus. Aucune légende détaillée n’est fournie et très peu de documents textuels accompagnent la collection.

Pour tenter de pallier ces lacunes, une sélection de plus de 300 photographies sera intégrée à un défi Co-Lab sur George Mully et à un album Flickr. Si vous reconnaissez une personne ou un endroit, ou si vous savez quand l’événement a eu lieu, allez étiqueter les photos sur le défi Co-Lab. Vous aiderez ainsi d’autres personnes à trouver des images de leurs parents et amis ou de leur communauté. Grâce à vous, ces personnes et ces lieux ne tomberont pas dans l’oubli! Merci de partager vos connaissances et de nous aider dans ce travail.

Photographie d’un homme portant des vêtements bleu foncé et des lunettes de soleil. Il est assis sur un banc de bois et sculpte un vase.

Artiste inuit non identifié sculptant un motif abstrait sur un vase en céramique lors d’un événement artistique. Crédit : George Mully (e011218140)

Ce blogue fait partie d’une série portant sur les Initiatives du patrimoine documentaire autochtone. Apprenez-en plus sur la façon dont Bibliothèque et Archives Canada (BAC) améliore l’accès aux collections en lien avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Voyez aussi comment BAC appuie les communautés en matière de préservation d’enregistrements de langue autochtone.


Annabelle Schattmann est adjointe en archivistique pour le projet Nous sommes là : Voici nos histoires, qui vise à numériser les documents relatifs aux Autochtones conservés à Bibliothèque et Archives Canada.

John Colin et Kenneth Keith Forbes, portraitistes officiels en série!

Par Geneviève Couture

Les carrières des peintres John Colin Forbes (1846-1925) et de son fils Kenneth Keith Forbes (1892-1980) illustrent brillamment en quoi certains premiers ministres ont été leurs muses et leurs mécènes. En effet, à eux deux, ils ont peint sept premiers ministres canadiens, deux gouverneurs généraux, cinq juges en chef de la Cour suprême, onze présidents de la Chambre des communes et quatorze présidents du Sénat. Ils ont également peint un roi et une reine d’Angleterre au nom du gouvernement canadien. On peut affirmer sans gêne que sur une période de plus de 90 ans, le père et le fils ont contribué à édifier le patrimoine artistique et visuel représentant les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire du gouvernement canadien.

John Colin Forbes

John Colin Forbes est né à Toronto en 1846. Dans les années 1860, il étudie la peinture à Paris et à Londres avant de revenir au Canada. Il est un membre fondateur de l’Ontario Society of Artists (1872) et de l’Académie royale des arts du Canada (1880).

Rapidement reconnu comme portraitiste, John Colin reçoit de nombreuses commandes. Il peint lord Dufferin et le marquis de Lansdowne, tous deux gouverneurs généraux du Canada. Entre 1878 et 1893, il réalise les portraits de sir John A. Macdonald, d’Alexander Mackenzie, de sir Charles Tupper et de Wilfrid Laurier. Aucun de ces tableaux ne sera un portrait officiel, mais celui de Tupper se trouve au Parlement du Canada, alors que celui de Macdonald et un portrait de Laurier se trouvent aujourd’hui au Musée des beaux-arts du Canada. On commande également à John Colin Forbes quatre portraits officiels de présidents de la Chambre des communes et six portraits officiels de présidents du Sénat.

L’artiste entretient une relation privilégiée avec sir Wilfrid Laurier, que ce dernier appelle son « ami ». Il le peint une première fois en 1885, d’après une photo prise vers 1882 par le studio de William Topley à Ottawa.

Photo noir et blanc d’un homme assis, vêtu d’un complet.

Wilfrid Laurier, député. Studio Topley, 1882. (a013133-v8 )

Le second tableau de Laurier peint par John Colin est offert au premier ministre par ses amis et admirateurs du Parti libéral le 15 mai 1902. Dans son discours à la Chambre des communes (en anglais), Laurier déclare : « C’est avec un cœur très sincère que j’accepte de la part d’amis inconnus, en mon propre nom et au nom de ma femme, ce souvenir, qui est l’œuvre d’un grand artiste canadien. »

Déplorant qu’à cette époque Forbes ait choisir d’aller exercer son art aux États-Unis, Laurier ajoute :

« Malheureusement, le Canada, qui est encore un jeune pays, n’a pas offert aux artistes toute l’aide qu’il aurait pu donner par le passé. J’espère qu’à l’avenir, les artistes et les talents canadiens seront davantage encouragés par la population canadienne qu’ils ne l’ont été jusqu’à présent. Pour ma part, je reconnais avec un certain regret que le gouvernement aurait peut-être pu en faire davantage pour encourager les talents artistiques du Canada. » [Traduction]

Enfin, regrettant ne pas avoir d’enfant à qui léguer ce tableau, Laurier fait le vœu suivant : « J’espère qu’un jour, ce tableau sera conservé dans un musée national, non pour me rappeler à la postérité, mais pour la gloire de M. Forbes, l’artiste qui l’a peint. » [Traduction] Quelques années plus tard, en 1906, Laurier offre lui-même le tableau au Musée des beaux-arts du Canada.

Une commande royale

C’est grâce à ses bonnes relations avec le premier ministre Laurier que John Colin Forbes obtient sa commande la plus prestigieuse : peindre le roi Edward VII et la reine Alexandra. Forbes sera le premier peintre canadien à obtenir une séance de pose avec un souverain britannique, et les portraits officiels d’Edward VII orneront la Chambre des communes.

Les échanges de correspondance entre Forbes et Laurier à ce sujet font partie du fonds sir Wilfrid Laurier  conservé à Bibliothèque et Archives Canada. On y constate que Forbes demande la commande à Laurier, avec qui il en a préalablement discuté.

Photo noir et blanc d’une page dactylographiée.

Lettre de John Colin Forbes à Wilfrid Laurier datée du 14 avril 1904, dans laquelle il lui demande d’obtenir la commande pour peindre le roi et la reine au nom du gouvernement canadien. (Fonds Wilfrid Laurier, MG26 G 1(A), vol. 312, page 84516, microfilm C-810)

Laurier accepte, après avoir reçu une pétition à cet effet signée par 92 des 214 députés fédéraux.

Image noir et blanc d’une page numérisée tirée d’un microfilm.

Première des trois pages de la pétition adressée par des députés de la Chambre des communes au premier ministre Wilfrid Laurier, afin qu’une commande soit faite au peintre John Colin Forbes pour réaliser un portrait du roi destiné à la Chambre des communes. (Fonds Wilfrid Laurier, MG26 G 1(A), vol. 312, page 84518, microfilm C-810)

Il fait suivre la requête au gouverneur général, lord Minto, qui facilitera l’accès de Forbes aux souverains.

Image noir et blanc d’une page numérisée tirée d’un microfilm.

Lettre du premier ministre Wilfrid Laurier au gouverneur général lord Minto, recommandant que la commande soit faite au peintre John Colin Forbes et que des démarches soient entreprises à cet effet auprès du roi. (Fonds Wilfrid Laurier, MG26 G 1(A), vol. 326, page 87632, microfilm C-813)

La séance de pose est accordée, et John Colin Forbes se rend en Angleterre afin de peindre les tableaux. Malheureusement, ceux-ci seront détruits lors de l’incendie du Parlement en 1916, moins de douze ans après leur création. Cependant, les quatre portraits officiels des présidents de la Chambre des communes et les six portraits officiels des présidents du Sénat peints par Forbes échappent à l’incendie.

Photo noir et blanc d’un édifice en proie aux flammes.

La partie Est de l’Édifice du Centre en proie aux flammes, Ottawa, 1916. (a052822-v8 )

Sir John A. Macdonald et sir Wilfrid Laurier : des portraits inspirants

Deux des portraits de premiers ministres peints par John Colin Forbes seront à leur tour une source d’inspiration pour leurs successeurs. En effet, dans un article du Winnipeg Free Press publié le 20 mars 1965 (en anglais), le journaliste Peter C. Newman relate que chaque nouveau premier ministre en poste à Ottawa s’empresse de faire installer, dans son bureau de l’édifice de l’Est, soit le tableau de sir John A. Macdonald, soit le tableau de sir Wilfrid Laurier – dépendamment de ses allégeances politiques. Cette pratique change toutefois sous Lester B. Pearson, alors que le premier ministre demande à ce que les deux tableaux ornent les murs de son bureau.

Quelques photographies prises par Duncan Cameron (dont nous avons récemment parlé dans un billet de blogue sur les photographes de presse et les premiers ministres) confirment que John Diefenbaker, Lester B. Pearson et Pierre E. Trudeau ont eu des tableaux de Forbes dans leurs bureaux. Le bureau de Paul Martin, quant à lui, était orné du premier tableau de Laurier par Forbes, datant de 1885.

Photo noir et blanc d’un homme en train de photographier un photographe qui le photographie en retour.

Pierre Elliott Trudeau prenant une photographie avec l’appareil du journaliste de presse Duncan Cameron, 28 juin 1968. Photo : Duncan Cameron (a175919 )

Kenneth Keith Forbes

Le fils de John Colin, Kenneth Keith Forbes, devient également un portraitiste de renom. Né à Toronto en 1892, il commence à dessiner dès l’âge de quatre ans sous la gouverne de son père. Entre 1908 et 1913, il étudie les arts en Angleterre et en Écosse. Au déclenchement de la Première Guerre mondiale, en 1914, Kenneth Keith s’enrôle dans l’armée britannique comme simple soldat. Il combat en France, où il est blessé et gazé. Promu capitaine, il est transféré en 1918 au sein de l’armée canadienne (plus précisément au Bureau canadien des archives de guerre) en tant que peintre de guerre. Il y peint des scènes de batailles ainsi que quelques portraits d’officiers canadiens, comme celui du brigadier général D. Draper.

BAC détient le dossier militaire récemment numérisé de Kenneth Keith Forbes.

Peinture à l’huile réalisée par Kenneth Keith Forbes en 1918. La scène montre la défense du Bois du Sanctuaire par les militaires canadiens, près d’Ypres, en Belgique, en 1916.

La défense du Bois du Sanctuaire (1916), Kenneth K. Forbes, 1918. (e010751163-v8 )

Portraitiste officiel

Quelques années plus tard, Kenneth Keith revient s’établir à Toronto où, poursuivant la tradition familiale, il réalise principalement des portraits.

Il peint, entre autres, les portraits officiels de sept présidents de la Chambre des communes, de huit présidents du Sénat et de cinq juges en chef de la Cour suprême.

Il effectuera également les portraits des premiers ministres Robert Borden, Richard B. Bennett et John Diefenbaker. Le premier tableau de R. B. Bennett peint en 1938 par Kenneth Keith sera d’ailleurs offert au premier ministre par les députés, les sénateurs et les membres du Parti conservateur à son départ de la vie politique. Il se trouve aujourd’hui au Musée du Nouveau-Brunswick, à qui R. B. Bennett l’a légué par testament.

Par la suite, Kenneth Keith réalise le portrait officiel de sir Robert Borden pour la Chambre des communes. Le tableau est commandé par le président de la Chambre, Gaspard Fauteux, dont Forbes avait peint le portrait l’année précédente. L’objectif est de compléter la collection de tableaux officiels représentant les premiers ministres du Canada à la Chambre des communes. Ce tableau est dévoilé au Parlement le 11 juin 1947, dix ans après le décès de Borden, en même temps que lui de William Lyon Mackenzie King et en présence du président américain Harry Truman.

Dans son journal intime (en anglais), Mackenzie King explique comment il en est venu à suggérer que l’on dévoile son portrait ainsi que celui de Borden, tous deux premiers ministres lors des grandes guerres, à l’occasion d’une même cérémonie.

Image noir et blanc d’une page dactylographiée du journal intime de William Lyon Mackenzie King datée du 19 mai 1947.

Extrait du journal intime de William Lyon Mackenzie King daté du 19 mai 1947, dans lequel il explique comment il en est venu à suggérer qu’on dévoile son portrait ainsi que celui de Borden, tous deux premiers ministres lors des grandes guerres, à l’occasion d’une même cérémonie. (Fonds William Lyon Mackenzie King, MG 26 J 13, 19 mai 1947)

Une décennie plus tard, Forbes peint deux portraits de John Diefenbaker. Le premier est offert au politicien par les membres de son conseil des ministres et orne les murs du 24, Sussex, puis de Stornoway, la résidence officielle du chef de l’opposition. Le second est commandé par des francs-maçons de Washington et se trouve à Arlington, en Virginie.

En 1962, Kenneth Keith peint le portrait officiel de Bennett pour la Chambre des communes. La commande survient près de 25 ans après qu’il ait réalisé un premier tableau du politicien, et 15 ans après le décès de celui-ci. Elle émane du premier ministre John Diefenbaker et du président de la Chambre, Roland Michener. Une fois encore, on cherche à combler les lacunes de la collection de tableaux officiels représentant les premiers ministres du Canada à la Chambre.

Conclusion

Les carrières de portraitistes de John Colin et de Kenneth Keith Forbes révèlent les liens parfois insoupçonnés entre les arts et la politique. Les Forbes ont clairement tiré profit de leurs bonnes relations avec les parlementaires, particulièrement avec les premiers ministres, en obtenant de nombreuses commandes très prestigieuses.

Les premiers ministres ont également bénéficié du travail de peintres tels que les Forbes, dont les tableaux ont aidé à commémorer et à glorifier ces hommes qui ont détenu la plus haute fonction politique au pays ainsi qu’à inspirer leurs successeurs. Aussi, on l’a vu, c’est sans égard à la couleur politique qu’on a demandé aux Forbes de contribuer à cette entreprise de mémoire en produisant les portraits de premiers ministres en fonction ainsi que de leurs prédécesseurs. Ce faisant, ils ont contribué à asseoir la fonction de premier ministre dans la mémoire politique du pays.

Par ailleurs, le talent pour le portrait ne s’est pas arrêté à John Colin et à son fils Kenneth Keith. En effet, la fille de Kenneth, Laura June McCormack (1921-1961), dont la mère Jean Mary Edgell est également peintre, a réalisé quelques portraits qui se retrouvent à l’Assemblée législative de l’Ontario, et notamment un tableau représentant Louis-Hippolyte La Fontaine.

Pour en savoir plus sur les portraits de premiers ministres, voyez la thèse d’Andrew Kear, Governing Likenesses: The Production History of the Official Portraits of Canadian Prime Ministers, 1889-2002.


Geneviève Couture est archiviste au sein du projet des Archives du premier ministre, à la Division des archives privées du monde de la science et de la gouvernance de Bibliothèque et Archives Canada.

Les cinq sujets qui suscitent le plus de questions à nos bibliothécaires de référence

Par Emily Dingwall

Les bibliothécaires de référence de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) répondent à des demandes de renseignements de clients qui portent sur une foule de sujets intéressants. Dans ce billet nous vous présentons les cinq sujets de référence pour lesquels les bibliothécaires se font poser le plus de questions, ainsi que des ressources pertinentes à consulter à leur propos.

Couverture de la publication Documents de la Session du Dominion du Canada, portant le titre « Comptes publics du Canada », publiée pour l’exercice financier terminé le 30 juin 1884.

Rapport intitulé « Comptes publics du Canada » se trouvant dans les Documents de la Session du Dominion du Canada, 1885, vol. 1, no 1. (No OCLC 1007491677, image de Canadiana)

  1. Documents du gouvernement fédéral

Rapports ministériels annuels. Bien des clients sont à la recherche de rapports ministériels annuels. Les rapports annuels datés de 1867 (année de la Confédération) à 1925 s’inscrivent dans les Documents parlementaires du Dominion du Canada. Pour en savoir plus, consultez le billet « Les documents parlementaires du Dominion du Canada, 1867-1925 ». Si vous êtes à Ottawa, vous pouvez accéder aux documents parlementaires dans les locaux de BAC en en faisant la demande au personnel dans la salle de référence du deuxième étage. Ces documents sont aussi consultables en ligne sur les sites Web suivants :

Les rapports ministériels d’après 1925 sont publiés séparément des autres documents parlementaires du gouvernement. Pour obtenir des rapports annuels pour la période de 1925 à 1930, passez par les employés de BAC ou par Archive Internet.

Pour les années après 1930, consultez notre catalogue de bibliothèque Aurora en indiquant le nom du ministère, tel qu’il était connu à l’époque, dont relèvent les rapports annuels que vous recherchez.

Pour 1995 et après, les rapports annuels se trouvent sur le site Rapport sur les résultats ministériels du gouvernement du Canada. Si vous cherchez un rapport récent, faites-le sur le site Web du ministère en question.

Documents du Parlement. Nous recevons aussi de nombreuses questions au sujet de recherches sur des débats, journaux et documents de comité de la Chambre des communes et du Sénat, par exemple sur le discours d’un premier ministre prononcé en Chambre. Ces documents se trouvent en ligne :

Page de texte dactylographié, en deux colonnes séparées par des armoiries. La colonne de gauche est en anglais; celle de droite est en français.

Première page de la Gazette du Canada, Partie II, vol. 137, no 23, 5 novembre 2003. (No OCLC 1082716964, image fournie par la Gazette du Canada)

  1. Recherches législatives

Les bibliothécaires reçoivent souvent des questions au sujet de textes législatifs imprimés ou qui se trouvent en ligne sur le Site Web de la législation.

Pour vos recherches législatives, voici les sources principales :

  • Les Lois du Canada comprennent toutes les lois et leurs modifications adoptées à chacune des sessions parlementaires.
  • Les Lois révisées du Canada (L.R.C.) sont des recueils des Lois du Canada dans lesquels sont intégrées les modifications et lois ajoutées depuis la dernière révision. Les L.R.C. ont été publiées pour les années 1886, 1906, 1927, 1952, 1970 et 1985.

Les Lois du Canada et les Lois révisées du Canada sont disponibles en édition imprimée dans la collection de référence de BAC, ainsi que dans de nombreuses bibliothèques publiques et universitaires. Elles peuvent aussi être consultées dans la base de données législative LLMC Digital (en anglais), accessible dans les locaux de BAC.

Pour en savoir plus à propos de ces lois et de la recherche législative, lisez le billet « Trouver une ancienne loi à Bibliothèque et Archives Canada ».

Vous trouverez les règlements et textes réglementaires officiels dans la Partie II de la Gazette du Canada, le journal officiel du gouvernement du Canada. Publiée en trois parties, la Gazette du Canada peut faire l’objet de recherches par mot-clé sur les sites Web suivants :

Si vous souhaitez en apprendre plus sur les trois parties de la Gazette du Canada, consultez la page Publications dans la Gazette du Canada.

Les lectures des projets de loi, notamment les premières et troisièmes lectures, se trouvent dans le catalogue Aurora.

LEGISinfo, l’outil de recherche de la Bibliothèque du Parlement, contient une mine d’information sur tous les projets de loi présentés au Sénat et à la Chambre des communes depuis le début de la 37e législature en 2001.

Image du journal Courrier canadien, rédigé en quatre colonnes.

Courrier canadien, 11 mars 1900. (No OCLC 109270836)

  1. Recherches dans les journaux

Il arrive souvent aux bibliothécaires d’aider des clients à trouver dans les journaux des renseignements sur des nouvelles locales, des articles sur une personnalité ou des détails d’une visite royale au Canada, par exemple.

Nous conservons les journaux en version papier et sur microfilm, le tout répertorié dans le catalogue Aurora. Nous sommes également abonnés à plusieurs bases de données journalistiques.

Sur la page Fonds sur microforme – Liste géographique sont indiqués tous les journaux que nous avons en format microfilm (cliquez sur le numéro OCLC correspondant), ainsi que les journaux accessibles en ligne. La liste est organisée par province ou territoire, puis par nom de ville en ordre alphabétique.

Les journaux à grand tirage comme Le Devoir, le Montreal Gazette et l’Ottawa Citizen sont consultables sur microforme dans notre salle de lecture libre-service.

Les bases de données journalistiques suivantes sont accessibles à partir des postes publics de notre salle de référence : The Globe and Mail, Toronto Star, Paper of Record et Newspaper Archive.

Voici quelques ressources journalistiques en ligne (certaines en anglais) :

Page couverture de la publication Histoire officielle de la participation de l’armée canadienne à la Seconde Guerre mondiale.

Couverture de la monographie du colonel C. P. Stacey intitulée Histoire officielle de la participation de l’armée canadienne à la Seconde Guerre mondiale, volume 1 – Six années de guerre : L’armée au Canada, en Grande-Bretagne et dans le Pacifique. (No OCLC 317352934, image fournie par Publications du gouvernement du Canada)

  1. Recherches sur l’histoire militaire

Les bibliothécaires se font poser des questions d’histoire militaire par des clients à la recherche de récits publiés sur tel régiment ou telle unité, de statistiques de recrutement par année ou d’information sur le déploiement des unités canadiennes en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale.

Voici des ressources pour les recherches sur l’histoire militaire :

Image d’un horaire de la Grand Trunk Railway Company daté de 1922.

Horaire des lignes ontariennes de la Grand Trunk Railway Company, daté de 1922. (e011297622)

  1. Histoire ferroviaire

Beaucoup de clients communiquent avec les services de référence pour trouver des renseignements sur l’histoire ferroviaire. Les questions concernent notamment l’histoire d’une gare en particulier, l’histoire d’une compagnie de chemin de fer (Chemin de fer Canadien Pacifique, Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada, Grand Trunk, etc.) et les tracés de telle ou telle ligne ferroviaire.

Nous avons des cartes ferroviaires et des horaires à l’intention des passagers et des employés en format papier, qui se trouvent à l’aide d’Aurora. De nombreux horaires appartiennent à la collection Merrilees sur les transports, laquelle renferme quelque 5 000 publications : livres, publications spécialisées, manuels techniques, horaires, dépliants grand format, périodiques et brochures.

Un historien ferroviaire de l’Ontario a aussi publié des horaires sur le site Charles Cooper’s Railway Pages (en anglais).

Les horaires de Chemin de fer Canadien Pacifique de 1930 à 1985 sont consultables en ligne (en anglais) dans la collection Chung à la bibliothèque de l’Université de la Colombie-Britannique.

Voici deux excellentes publications imprimées (en anglais) au sujet de l’histoire ferroviaire :

  • Andreae, C. et Matthews, G. Lines of Country: An Atlas of Railway and Waterway History in Canada, Erin (Ontario) : Boston Mills Press, 1997. Ce livre donne un aperçu complet de l’histoire des voies ferroviaires et maritimes au Canada et comprend des cartes des chemins de fer au pays, de leurs débuts à aujourd’hui. On peut le consulter dans notre salle de référence.
  • Ballantyne, B. et Bytown Railway Society. Canadian Railway Station Guide, Ottawa (Ontario) : Bytown Railway Society, 1998. Cet ouvrage présente des gares, des plans et des images.

 J’espère que ces ressources vous seront utiles dans vos recherches sur ces sujets. Bien entendu, n’hésitez pas à nous poser une question sur tout sujet qui vous intéresse; l’un de nos bibliothécaires de référence se fera un plaisir de vous aider!


Emily Dingwall est bibliothécaire de référence à la Division des services de référence de Bibliothèque et Archives Canada.