Explosion d’Halifax : documents conservés à Bibliothèque et Archives Canada

Par Valerie Casbourn

Le matin du 6 décembre 1917, deux navires, le Imo et le Mont-Blanc, entrent en collision dans la partie la plus étroite du port d’Halifax. Le Mont-Blanc est un navire de munitions en route pour rejoindre un convoi naviguant vers l’Europe déchirée par la guerre. La cargaison du Mont-Blanc prend feu et le navire explose 20 minutes plus tard. La déflagration pulvérise une partie de la ville, tuant près de 2 000 personnes, en blessant des milliers et provoquant des dégâts considérables à Halifax, à Dartmouth et dans la communauté micmaque de Turtle Grove. « L’explosion d’Halifax », comme on l’a surnommée, amène au Canada le danger et la destruction de la Première Guerre mondiale, et marque à jamais la ville d’Halifax.

Photographie en noir et blanc de quelques personnes marchant au milieu d’une rue dont les bâtiments sont détruits.

Dévastation causée par l’explosion d’Halifax. L’édifice à gauche était la fonderie Hillis & Sons (MIKAN 3193301)

Guide pour les documents sur l’explosion d’Halifax

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) possède divers documents témoignant de l’explosion d’Halifax, de ses conséquences, ainsi que des secours apportés aux victimes et des enquêtes menées après le désastre. Le premier outil de recherche à consulter est le guide thématique de BAC Explosion d’Halifax. Certains des documents listés dans ce guide ont été numérisés à partir de microfilms et sont accessibles sur le site Web Héritage. D’autres documents peuvent être consultés sur place à BAC.

Le guide présente d’abord la liste des documents relatifs au désastre et à ses conséquences, conservés par le gouvernement fédéral canadien. Cette liste comprend des documents tels que ceux de l’enquête officielle sur la collision entre le Mont-Blanc et l’Imo menée par le commissaire aux sinistres maritimes du Dominion (RG42, vol. 596 et RG42, vol. 597). On y trouve aussi la correspondance du censeur en chef de la presse en temps de guerre, Ernest J. Chambers (RG6, vol. 621, dossier 350, microfilm T-102), laquelle décrit l’urgent besoin de communiquer les nouvelles relatives au désastre avec exactitude, mais sans révéler aucune information sur les défenses du port d’Halifax.

Image d’un télégramme qui se lit comme suit : [traduction] « 15 h 45. Télégramme envoyé à Geo. D. Perry? dir. gén. G.N.W. Telegraph Co, Toronto ON. Télégramme envoyé à J. McMillan, dir. C.P. Ry. Telegraphs, Montréal. Ottawa ON, 6 déc. 1917. Compte tenu des reportages contradictoires à l’étranger sur l’explosion d’Halifax, j’espère que le maximum est fait pour faciliter une transmission de tous les rapports de presse. Cela est plus que souhaitable d’un point de vue national. Ernest J. Chambers, censeur en chef de la presse. »

Message d’Ernest J. Chambers, censeur en chef de la presse, à G.N.W. Telegraph Co. et C.P. Ry. Telegraphs (T-102, Image 119)

Image d’un télégramme qui se lit comme suit : [traduction] « Ottawa, 7 décembre 1917. C.O. Knowles, Toronto. En ce qui concerne les rapports sur le désastre d’Halifax, il est important que rien ne soit publié révélant des renseignements sur les défenses, la force et la disposition de la garnison, etc. Aucune information ne devra non plus être donnée sur les activités navales et les activités de transport au port durant la guerre. Aucune photographie d’Halifax et des environs prise depuis le début de la guerre ne devra être publiée. Il est souhaitable que les correspondants spéciaux envoyés à Halifax s’informent des exigences de la censure locale. Ernest J. Chambers. »

Message d’Ernest J. Chambers, censeur en chef de la presse, à C.O. Knowles, Canadian Press Limited (T-102, Image 136)

Si vous cherchez des images, consultez l’album Flickr de BAC pour y découvrir des photographies numérisées, prises après l’explosion d’Halifax. BAC a également publié une description plus détaillée de l’explosion sur la page concernant la tragédie sur le front intérieur : explosion d’Halifax le 6 décembre 1917 (en anglais seulement).

 

Photographie en noir et blanc montrant une rangée de personnes fouillant les décombres des bâtiments détruits.

Conséquences de l’explosion d’Halifax (MIKAN 3193299)

Recherche d’autres documents

Vous trouverez d’autres documents relatifs à l’explosion d’Halifax en interrogeant la base de données des fonds d’archives à l’aide des mots-clés Halifax ET explosion OU désastre, ou en utilisant d’autres mots-clés associés au désastre. Vous pouvez ensuite limiter vos résultats de recherche par date ou par genre de document (photographies ou documents textuels).

Les documents conservés à BAC proviennent du gouvernement fédéral canadien ainsi que de personnes et d’organismes privés. Certains documents sont accessibles en ligne, d’autres peuvent être consultés sur place lors de visites en personne ou en commandant des reproductions.

Correspondance sur l’explosion d’Halifax : fonds Sir Robert Borden

Il y a beaucoup trop de documents relatifs à l’explosion d’Halifax pour les mentionner tous ici, mais la correspondance contenue dans le fonds Sir Robert Borden (MG26-H) raconte une petite partie de l’histoire. Sir Robert Borden était premier ministre du Canada et député d’Halifax au moment de l’explosion; ses archives comprennent des télégrammes transmettant entre autres des nouvelles du désastre, des messages de sympathie aux habitants d’Halifax et des offres d’assistance.

Pour trouver les documents sur l’explosion d’Halifax dans le fonds Sir Robert Borden, interrogez la base de données des fonds d’archives à l’aide des mots-clés MG26-H ET Halifax ET explosion. Vous pouvez aussi consulter les instruments de recherche du fonds Borden, accessibles en format PDF dans la section Instrument de recherche de la description du fonds (défiler vers le bas).

La majeure partie de la correspondance sur l’explosion se trouve dans le dossier « Désastre d’Halifax 1917-1918 » (MG26-H, vol. 89-90, pages 46309-47016, microfilm C-4325, disponible sur le site Web Héritage, à partir de l’image 301).

Télégramme de la Great North Western Telegraph Company of Canada, qui se lit comme suit : [traduction] « Moncton, N.-B., 6 déc. 1917. J.D. Reid, Ottawa. On signale qu’un navire chargé d’explosifs au quai six qui s’éloignait, vers 8 h 30 ce matin, a été percuté par un navire qui s’avançait, et il a pris feu. On a tenté de le couler avant qu’il n’explose mais on a échoué. Il a explosé à 9 h. On signale que la ville est en très mauvais état et qu’il y a beaucoup de dommages mais, les câbles télégraphiques et téléphoniques étant coupés, impossible d’obtenir des détails. Je donnerai plus d’information dès que j’en aurai. Le directeur général adjoint Brown se dirige vers Halifax par le « Special ». C.A. Hayes. »

Ce premier rapport sur le désastre a été envoyé à Ottawa à partir de Moncton parce que l’explosion avait endommagé les câbles télégraphiques et téléphoniques à Halifax et interrompu les communications avec la ville. (microfilm C-4325, image 321)

Télégramme de la Western Union qui se lit comme suit : [traduction] « RM Boston Mass. 7 déc. via Ottawa ON 8 1917. Robert Borden, premier ministre, Halifax, N.-É. D’après ce que vous savez des conditions à Halifax, que pouvons-nous faire immédiatement pour aider à soulager la détresse des habitants d’Halifax? La nuit dernière, un train de secours est parti d’ici à 10 h et devrait arriver à 20 h ce soir. Nous avons un bateau ici à votre disposition qui peut partir dimanche matin et arriverait à Halifax lundi matin. Peut-il s’amarrer? H.B. Endicot, président, Comité de secours Massachusetts-Halifax. »

Offre d’aide de Boston, envoyée à Sir Robert Borden par H.B. Endicott, président du comité de secours Massachusetts-Halifax. (microfilm C-4325, image 345)

Ressources connexes :


Valerie Casbourn est archiviste à la division Services régionaux et AIPRP de Bibliothèque et Archives Canada.

La préservation numérique à la croisée des chemins

 par Faye Lemay

Saviez-vous que Bibliothèque et Archives Canada (BAC) possède, en plus de photos, livres, peintures et manuscrits, toute une collection de matériel numérique? En effet, en tant que gardiens du patrimoine documentaire canadien, nous devons veiller à ce que notre contenu numérique et analogique soit accessible et utilisable.

Imaginez que vous avez créé un fichier en WordPerfect en 1996, que vous l’avez sauvegardé sur une disquette et que vous souhaitez ouvrir ce fichier aujourd’hui. Trois scénarios sont possibles : 1) vous n’avez pas de lecteur de disquette, 2) vous avez un lecteur de disquette, mais il ne fonctionne plus, ou 3) vous n’avez pas le logiciel nécessaire pour ouvrir le fichier en WordPerfect. Maintenant, imaginez cela à une échelle bien plus grande, soit des milliers de types de fichiers créés par des fonctionnaires du gouvernement fédéral, de simples citoyens canadiens, des éditeurs, etc., qui ont été sauvegardés sur une multitude de types de systèmes, disquettes et ordinateurs.

Photographie en couleur d’une enveloppe contenant divers types de disquettes.

Disquettes de la collection Patrimoine publié.

C’est le lot quotidien de BAC.

Les collections numériques sont vulnérables par nature à la dégradation et à la décomposition, à un rythme bien plus rapide que le papier. Pour garantir que le matériel durera des centaines d’années, les spécialistes de la préservation numérique doivent surveiller le matériel numérique utilisé et intervenir pour prévenir les pertes. Ils surveillent les types de formats de fichier qu’utilisent les gens (PDF ou WPD, par exemple), planifient en vue des changements de technologie et créent de multiples copies qui sont sauvegardées dans des chambres fortes à température ambiante contrôlée. Nous vérifions également que le contenu des fichiers n’a pas changé au fil du temps. Étant donné la rapidité des changements technologiques, nous devons toujours prévoir bien à l’avance afin de prévenir la perte de ces collections précieuses.

Photographie en couleur d’un tiroir de classeur contenant des centaines de boîtiers de CD.

Un petit échantillon de la collection de musique sur CD, qui compte plus de 70 000 titres.

Pour BAC, la croisée des chemins numériques a lieu maintenant. Nous vivons dans une ère où la taille des collections numériques dépasse celle des collections analogiques. Un inventaire récent de notre matériel numérique a révélé que nous avions une collection vaste et variée, tant en ligne que sur des supports matériels tels que des disquettes, des CD et des DVD. Cet inventaire nous a aussi appris que le nombre de copies numériques de thèses universitaires détenues par BAC est similaire à celui des copies analogiques, bien que nous n’ayons commencé à acquérir ces thèses en formats numériques PDF qu’en 1998. Depuis 2014, BAC acquiert ces thèses seulement en format numérique. Les publications fédérales officielles sont également principalement en format numérique, puisque la réglementation gouvernementale sur la publication n’autorise que les formats en ligne depuis 2013. De plus, pour la première fois dans toute son histoire, BAC a reçu en don une collection privée formée à 90 % de fichiers en format numérique.

La division des archives numériques au Centre de préservation sert de dépôt central pour les collections numériques de BAC. Nous préservons à l’heure actuelle plus de cinq (5) pétaoctets de matériel numérique, composé principalement de matériel audiovisuel, des Archives du Web du gouvernement du Canada, et de copies numérisées de dossiers papier. Si l’on empilait des DVD équivalent à cinq pétaoctets de données, ils formeraient une tour de 1 338 mètres de hauteur (4 390 pieds)!

En dépit du travail considérable entrepris pour préserver le contenu numérique aujourd’hui, nous reconnaissons que d’encore plus grands efforts sont nécessaires pour garantir que toutes les collections numériques de BAC soient protégées.
Le 30 novembre 2017 marquera la première Journée internationale de la préservation numérique. En tant que membre de la Digital Preservation Coalition, nous célébrons cette journée en lançant la Stratégie pour un programme de préservation numérique. Cette stratégie décrit les étapes supplémentaires nécessaires pour continuer de préserver les trésors numériques de BAC pour les générations futures et garantir que nous sommes sur la bonne voie.

Photographie en couleur d’une longue étagère blanche contenant des milliers de bandes magnétiques sur la gauche et d’éléments de stockage à haute densité à droite.

Bandes magnétiques au format ouvert de la bibliothèque du patrimoine documentaire numérique, qui sont préservées à la division des archives numériques de BAC au Centre de préservation.


Faye Lemay est gestionnaire de la préservation numérique à la Direction générale des opérations numériques et de la préservation de Bibliothèque et Archives Canada.

Cœurs battants : John Alexander Hopps et le stimulateur cardiaque

Par Rebecca Meunier

Pensez à cinq inventions qui ont révolutionné nos vies.

Et maintenant, pensez à cinq inventions médicales d’origine canadienne. Moins évident, n’est-ce pas?

Tandis que de grandes découvertes universelles – comme la roue – nous viennent spontanément à l’esprit, nous peinons à trouver ne serait-ce que deux exemples de la seconde catégorie. Et pourtant, le Canada est depuis longtemps un chef de file mondial dans l’amélioration des soins de santé. Songeons à la découverte de l’insuline par sir Frederick Banting, à l’invention des céréales pour nourrissons Pablum et à la cobaltothérapie, toutes des inventions canadiennes.

Mais l’une d’elles les surpasse toutes. Elle a le pouvoir de faire battre votre cœur de façon régulière quand vous faites de l’exercice, et même quand vous êtes amoureux. Cette invention, c’est le stimulateur cardiaque externe (aussi connu sous le nom de stimulateur-défibrillateur), mis au point par l’ingénieur électricien John Alexander Hopps. Et grâce aux travaux qu’il a menés avec les chirurgiens Wilfred Bigelow et John Callaghan, son nouvel appareil a véritablement commencé à sauver des vies.

Photo noir et blanc d’une salle d’opération où quatre hommes portant des sarraus et des masques entourent un patient caché à la vue.

John Hopps (à l’arrière-plan) observe une chirurgie dans une salle d’opération. Photo non datée (MIKAN 3588818)

John Alexander Hopps naît à Winnipeg le 21 mai 1919. Après des études en génie électrique, il obtient son diplôme de l’Université du Manitoba en 1941. Alors que la guerre sévit outre-Atlantique, il travaille au Centre national de recherches, à Ottawa, où il prend part aux travaux pour développer le radar. En 1949, on l’envoie travailler à Toronto avec le Dr Wilfred Bigelow, qui vient de faire une importante découverte : les chirurgies à cœur ouvert entraînent moins de complications lorsque le patient est maintenu en hypothermie.

La collaboration entre ces deux hommes et un autre chirurgien, le DJohn Callaghan, mène à l’invention du stimulateur cardiaque externe dans les années 1950. Hopps ne le sait pas encore, mais cet appareil contribuera plus tard à prolonger sa propre vie. En 1957 et 1958, il œuvre au Sri Lanka, où il aide à fonder la première unité coloniale de génie en Asie du Sud-Est. Quinze ans plus tard, en 1973, on le retrouve au Conseil national de recherches à titre de chef de la nouvelle section du génie médical. Il continue de travailler à diverses innovations et s’emploie à promouvoir les normes de sécurité dans les hôpitaux, se préoccupant particulièrement de la prévention des risques de décharge électrique dans les salles d’opération.

Étant donné ses connaissances poussées en technologie et en médecine, Hopps est confronté à toutes sortes de situations au cours de sa carrière. On lui demande même de rédiger un rapport sur les dangers potentiels d’un four à micro-ondes utilisé par le personnel de l’hôpital Riverside! Sa conclusion : aucun effet néfaste notable n’en découle.

Hopps est aussi le fondateur et premier président de la Société canadienne de génie biomédical. À ce titre, il continue de préconiser l’utilisation du génie dans la sphère médicale.

Le stimulateur cardiaque que nous connaissons aujourd’hui a certes beaucoup évolué depuis son invention, alors qu’il avait la taille d’un four à micro-ondes! Au fil des ans, médecins et inventeurs ont contribué à en réduire la taille, jusqu’à ce qu’il soit assez petit pour être installé à l’intérieur du corps au moyen d’une chirurgie moins invasive.

Photo noir et blanc d’une petite machine équipée de boutons et de cadrans, à laquelle sont branchés un cathéter et deux manettes.

Stimulateur-défibrillateur externe utilisé en salle d’opération (MIKAN 4997380)

Cet appareil est rapidement devenu indispensable dans les hôpitaux, qui l’ont intégré à leurs unités mobiles de cardiologie.

Photo noir et blanc d’un homme portant un sarrau, un masque et un bonnet de chirurgien. Il regarde sa montre, debout à côté d’un gros appareil sur roulettes équipé de nombreux tiroirs, boutons et fils, au sommet duquel un écriteau indique « Mobile Cardiac Resuscitator » (réanimateur cardiaque mobile).

Appareil mobile de réanimation cardiaque (MIKAN 4982761)

Photo noir et blanc d’un jeune homme portant des lunettes et un nœud papillon et un veston.

John A. Hopps, vers 1945 (MIKAN 4997379)

En 1986, Hopps est nommé officier de l’Ordre du Canada. Il décède en 1998, après avoir transformé à tout jamais les interactions entre la médecine et la technologie.

Pour en savoir plus sur John Alexander Hopps et le stimulateur cardiaque externe, consultez le fonds John Alexander Hopps conservé à Bibliothèque et Archives Canada. Vous y trouverez diverses ressources, allant de photographies de chirurgie cardiaque à des documents textuels liés à son travail, en passant par des images qui contribuent à faire la lumière sur l’évolution de sa célèbre invention.


Rebecca Meunier est étudiante et travaille comme technicienne en orientation à Bibliothèque et Archives Canada.

Faits saillants des journaux personnels de sir Sandford Fleming

Par Andrew Elliott

Comme je l’ai mentionné dans un billet antérieur, sir Sandford Fleming, inventeur de l’heure normale internationale, créateur du tout premier timbre-poste du Canada, arpenteur et cartographe, est un membre productif de la société canadienne au 19e siècle. Il a le temps de faire bien des choses, notamment de consigner ses activités dans divers journaux personnels. C’est un écrivain passionné. Il n’écrit peut-être pas de roman, mais il note tout ce qu’il voit et vit dans ce monde. Il combine observations écrites et esquisses au crayon faites à l’occasion en s’inspirant de paysages, de personnes, de tâches quotidiennes et de travaux d’ingénierie.

Fait remarquable, sir Fleming tient ces journaux pendant la majeure partie de sa longue vie, de l’âge de 15 ans, en 1843, à son décès, en 1914. Sir Fleming pense également à la perception qu’on aura de lui dans l’avenir. Vers la fin de sa vie, il transcrit donc les parties les plus importantes de ses journaux personnels dans trois journaux condensés. En outre, il tient différents carnets pour consigner les nombreux voyages spéciaux qu’il fait au Canada, en Angleterre et aux États-Unis. Tous ces récits figurent dans le fonds d’archives de sir Sandford Fleming, à Bibliothèque et Archives Canada. Consultez en particulier ses journaux personnels, ses carnets de voyage et divers autres journaux et cahiers.

Les journaux personnels de sir Fleming, surtout ceux qu’il a écrits au début de sa vie, contiennent beaucoup d’éléments intéressants. Dans l’un de ceux-ci remontant à 1843, il inscrit ses pensées et ses observations sur la vie d’un écolier à Kirkcaldy, en Écosse. S’y trouvent aussi de nombreuses esquisses de navires et d’une église ainsi qu’un diagramme de patins à roulettes anciens.

Deux autres journaux personnels illustrent le voyage fait par sir Fleming en 1845 – principalement par navire – de Kirkcaldy, en Écosse, à Peterborough dans le Haut-Canada. Le premier journal comprend des notes manuscrites datant de la fin avril au début juin 1845. Le deuxième journal, lequel présente le reste du parcours, couvre la période de juin à août 1845. Ce journal décrit le voyage au moyen d’images, car il s’agit d’un périple effectué avant l’arrivée de la photographie. On y trouve l’Écosse vue à partir du navire, des esquisses de navires passant tout près, des esquisses de la cabine de sir Fleming et d’autres passagers, la première terre ferme aperçue en Amérique du Nord, la ville de Québec, une esquisse des écluses de Bytown (maintenant Ottawa), les chutes Niagara et plusieurs esquisses de bâtiments de Peterborough.

Esquisse au crayon montrant une personne qui lit sur le pont d’un navire, et un autre navire en arrière-plan.

Esquisse d’une partie d’un navire, 1845. (MIKAN 4938907)

À son arrivée au Canada, sir Fleming a des compétences précieuses (dessin, dessin technique, arpentage et gravure) dont il se sert pour gagner sa vie. Pour lui, le journal personnel constitue une façon de consigner ses déplacements, les principaux événements vécus et, en particulier, ses activités familiales. Souvent, il n’inscrit rien si la journée est routinière. Ses journaux personnels renferment des notes brèves et irrégulières sur les réunions d’un conseil, des activités sociales, l’arrivée et le départ de personnages importants, la santé et la fortune de membres de sa famille et d’amis, de même que des voyages au Canada et à l’étranger. Le récit de ses voyages est particulièrement marquant. Au départ, sir Fleming s’établit à Toronto, mais il doit voyager énormément pour son travail. Ainsi, dans les années 1840 et 1850, il couvre une région presque aussi grande que le Grand Toronto même s’il voyage en diligence, en traîneau et en navire à vapeur. Plus tard, lorsqu’il s’installe à Halifax et à Ottawa, il fait de nombreux voyages en train pour se rendre dans des régions éloignées de l’Ontario, du Québec, des Maritimes et de l’Ouest canadien.

Deux pages d’un journal. Sur la première page figure l’esquisse d’un campement dans une vallée fluviale avec une forêt et des montagnes en arrière-plan, ainsi qu’un texte manuscrit en dessous. Sur la deuxième page se trouve l’esquisse d’une tente devant laquelle une personne, assise, entretient un feu.

Extrait du journal traitant de l’arpentage du chemin de fer Intercolonial, 1864. (MIKAN 107736)

Au début des années 1870, sir Fleming et d’autres personnes effectuent une expédition d’arpentage. Le dossier numérisé de cette expédition se trouve dans Master-Works of Canadian Authors: Ocean to Ocean.

Un journal personnel de 1885 comprend une pochette dans laquelle il y a un récit manuscrit de six pages sur un voyage en train effectué en novembre, au Canada. Sir Fleming y donne ses impressions sur la cérémonie du 7 novembre tenue à Craigellachie, en Colombie-Britannique. Cette cérémonie vise à souligner la pose du « dernier crampon », laquelle marque la fin de la construction du chemin de fer du Canadien Pacifique.

Sir Fleming tient aussi une liste de ses voyages en navire dans l’océan Atlantique. Ci-dessous se trouve une liste de ses voyages des années 1840 aux années 1880, comme celui du 17 mai 1863 vers l’Angleterre à bord du navire à vapeur United Kingdom.

Liste manuscrite de dates, de destinations et de noms de navires, collée sur du papier ligné.

Liste des voyages effectués par sir Fleming de 1845 à 1883, laquelle inclut la destination et le nom des navires. (MIKAN 107736)

Sir Fleming raconte aussi sa vie personnelle et familiale. Voici des exemples de phrases figurant dans ses journaux des années 1850 et 1860 (l’orthographe est celle qu’il a utilisée) :

[Traduction]

  • 31 décembre 1859 : « Une autre année est sur le point de finir. Me voici au sein de la famille de M. Halls, à Peterboro, avec ma tendre épouse tout près, deux mignons petits garçons et une petite fille qui dort profondément dans un lit […]. »
  • 6 juin 1861 : Sir Fleming écrit que son épouse « a donné naissance à [leur] deuxième petite fille aujourd’hui vers 12 h (midi), à Davenport. Elle ne se sentait pas très bien au petit déjeuner, et j’ai pensé que je devais à tout prix aller chercher l’infirmière et le médecin. »
  • 9 septembre 1863 : « Messieurs Tilly et Tupper m’ont informé avoir décidé (à la condition que leur gouvernement approuve leur décision) de me nommer arpenteur au nom de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick […], afin que je fasse immédiatement les travaux d’arpentage. » Voici une image numérisée d’un texte que sir Fleming a écrit sur l’arpentage du chemin de fer Intercolonial :
Textes écrits au crayon sur deux jours.

Extrait de deux textes que sir Fleming a écrits dans son journal les 14 et 15 décembre 1863. Ces textes décrivent les activités réalisées dans le cadre de l’arpentage du chemin de fer Intercolonial. (MIKAN 107736)

[Traduction]

  • 1er janvier 1864 : « Train du matin pour Collingwood, diligence vers Craigleith — père et mère étaient avec tous leurs enfants […]. Ils pensaient que j’étais au Nouveau-Brunswick, alors ils ont été très étonnés et contents de me voir […]. Le temps était très froid et une tempête faisait rage. »
  • 28 février 1866 : Sir Fleming raconte le décès de son fils de trois mois : « Ce matin, vers 4 h, après avoir pris un peu le dessus […], notre enfant chéri s’est enfin doucement éteint […]. C’est le premier décès qui me touche vraiment de près – une partie de nous est vraiment rendue dans un autre monde. »
  • 29 juin 1867 : « Je me prépare à la célébration de la Confédération des provinces qui aura lieu lundi prochain. »
  • 1er juillet 1867 (fête du Dominion) : « J’étais debout à 5 h. Le temps était très nuageux et pluvieux […]. On a hissé les drapeaux, etc. Le ciel s’est dégagé. Halifax était très joyeuse; il y avait une mer parfaite de drapeaux. C’était une belle journée. La démonstration s’est très bien déroulée. »

Sir Fleming a été au cœur de la modernisation du Canada, mais les centaines de détails banals qu’il a consignés révèlent également certaines facettes du monde dans lequel il a vécu. Un large éventail de renseignements sont fournis pour quiconque souhaite les lire et déchiffrer l’écriture de sir Fleming.


Andrew Elliott est archiviste à la division Science, Gouvernance et Politique de Bibliothèque et Archives Canada.

Stony Mountain Penitentiary

Par Anne Brazeau

Le Manitoba a obtenu le statut de province en 1870 et le Manitoba Penitentiary and Asylum, aujourd’hui connu sous le nom d’Établissement de Stony Mountain, a été fondé en 1871. Le pénitencier a été présent pendant toute l’histoire du Manitoba. Construit par la Compagnie de la Baie d’Hudson, il se trouvait à l’origine dans le Lower Fort Garry. De nombreux personnages historiques importants y ont été incarcérés dont Poundmaker et Big Bear, qui ont pris part à la Rébellion du Nord-Ouest en 1885, ainsi que plusieurs des dirigeants de la grève générale de Winnipeg de 1919.

Les archives

Bibliothèque et Archives Canada – Winnipeg abrite une collection de plus de deux cents documents d’archives portant sur le Stony Mountain Penitentiary qui remontent jusqu’à 1871. Parmi ceux-ci se trouvent des dossiers médicaux, des registres des présences, des dossiers d’admission et d’antécédents des détenus, des lettres administratives et des journaux personnels. Ces documents, dont certains sont à diffusion restreinte, font la lumière sur les circonstances entourant les intervenants du système correctionnel de la fin du XIXe siècle jusqu’au milieu du XXe siècle.

Une photo signalétique en noir et blanc montrant un homme avec un peu de calvitie et une moustache vue de profile et de l’avant. Il tient une affiche avec le numéro 1567.

Détenu No. 1567 (MIKAN 4976280)

Une photo signalétique en noir et blanc montrant un très jeune homme vu de profile et de l’avant. Il tient une affiche avec le numéro 1585.

Détenu No. 1585 (MIKAN 4976280)

Les dossiers médicaux dressent la liste des affections dont souffraient les détenus, ainsi que les remèdes qui leur ont été donnés. Certaines des maladies nous paraissent tout droit sorties du passé, comme les écrouelles (un type de tuberculose) et la dyspepsie (trouble digestif), sans compter plusieurs des antidotes qui font vieille école : couches de moutarde, cigarettes et alcool.

Les registres de bibliothèque de la fin des années 1800 dressent la liste des ouvrages que pouvaient emprunter les détenus, ce qui nous donne un aperçu du type de livres qui plaisaient aux criminels à la fin du siècle dernier (des livres à suspense, ce qui n’est guère surprenant, mais aussi des livres militaires et des ouvrages sur l’histoire naturelle). Chaque détenu recevait deux pages blanches qu’il pouvait remplir de titres qu’il désirait emprunter.

Cours, bonne conduite et zèle au travail

Toutefois, certains détenus étaient analphabètes et ne pouvaient pas prendre des ouvrages de la bibliothèque; ils s’inscrivaient plutôt à des cours. Parmi les ouvrages que l’on remettait aux détenus qui suivaient des cours se trouvaient des dictionnaires, des livres de rédaction en anglais et des livres de géographie. Les cours étaient donnés presque tous les jours (sauf les jours fériés et ceux où l’enseignant n’était pas disponible) et les présences étaient consignées dans un registre. Des commentaires étaient aussi inscrits en marge du crochet indiquant la présence des détenus. Ces commentaires révèlent des écarts énormes en ce qui a trait aux compétences des détenus de Stony Mountain. En effet, certains étaient complètement analphabètes tandis que d’autres avaient déjà fait des études en algèbre. On y indique aussi que plusieurs détenus ne savaient que lire et écrire dans leur langue maternelle.

La collection compte plusieurs volumes de registres de bonne conduite et de zèle au travail, soit des livres dans lesquels étaient consignés les inconduites des détenus et les châtiments qui leur étaient infligés. On trouve dans la liste des inconduites le fait de parler tout en prenant son bain et de faire de la danse traditionnelle dans sa cellule. Certaines inconduites qui sont clairement inacceptables, comme d’avoir un couteau en sa possession, n’étaient suivies que d’une faible punition, dans le cas présent une simple réprimande. Cependant, un autre détenu qui a quitté son poste de travail sans permission et qui a parlé alors que ce n’était pas son tour a été condamné à 21 jours consécutifs n’ayant pour seule nourriture que du pain et de l’eau et a été confiné à sa cellule les mains liées aux barreaux de la prison. Un autre, qui a tenté de s’évader a reçu le même traitement en plus d’être mis au fer.

Antécédents des détenus

Les éléments principaux des dossiers du Stony Mountain Penitentiary sont les antécédents des détenus. On y indique le nom, la religion, la profession, l’état civil, le crime et la sentence des détenus. Les rares femmes à y être incarcérées avaient toutes la mention « femelle » comme profession. Un jeune prisonnier anglais d’origine juive condamné à l’emprisonnement à perpétuité pour tentative de meurtre est décrit comme étant un cowboy.

Même si les registres des antécédents des détenus débutent dans les années 1870, ceux qui ont été préparés à compter des années 1920 fournissent tous les mêmes renseignements, ainsi que des descriptions physiques et des photos signalétiques. De telles images nous rappellent de manière saisissante à quel point la plupart de ces personnes étaient jeunes au début de leur peine (généralement entre 18 et 22 ans). Les antécédents plus récents et les photos qui les accompagnent renferment des renseignements pertinents pour diverses personnes qui pourraient être toujours en vie, qui sont décédées il y a moins de vingt ans, ou qui sont nées il y a moins de cent dix ans. Pour protéger la vie privée de ces personnes, ces dossiers sont interdits au public.

L’établissement est tissé dans l’histoire du Manitoba et ses dossiers pourraient facilement être utilisés dans l’étude du système correctionnel et peut-être dans le cadre de la réforme du système carcéral. Ils sont un excellent exemple des documents archivistiques exceptionnels entreposés à Bibliothèque et Archives Canada – Winnipeg.

Liens connexes


Anne Brazeau est une étudiante participant au PFETE qui travaille à Bibliothèque et Archives Canada – Winnipeg.

Tiré de la collection Jacob M. Lowy : se souvenir d’un don remis lors du centenaire

Michael Kent

Jusqu’à présent, 2017 est une excellente année pour le Canada. Outre les innombrables événements, activités, entretiens et rassemblements publics, bon nombre d’importants projets patrimoniaux ont été entrepris pour célébrer le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Il y a eu entre autres l’ouverture du Centre mondial du pluralisme et la réouverture du Musée des sciences et de la technologie du Canada. En voyant ces projets patrimoniaux se réaliser, il convient de se rappeler que 2017 marque aussi le 50e anniversaire de milliers de projets similaires réalisés pendant l’année du centenaire du Canada, en 1967.

Photographie en noir et blanc d’une grande salle où des livres sont exposés dans des présentoirs vitrés.

Livres donnés par le Congrès juif canadien qui étaient exposés à la Bibliothèque nationale, en 1967. Source : Archives juives canadiennes Alex Dworkin

À Bibliothèque et Archives Canada (BAC), nous savons trop bien à quel point les projets patrimoniaux de 1967 sont importants. Notre édifice du 395, rue Wellington, situé le long d’une rue où se trouvent aussi le Parlement et la Cour suprême, a ouvert ses portes en 1967. Il s’agissait d’un projet patrimonial pour le centenaire. Nous avons le bonheur d’en célébrer le 50e anniversaire cette année et de réfléchir à la manière dont cet espace nous a permis de recueillir, de préserver et de raconter l’histoire du Canada. Bien que l’édifice ait certainement été un projet patrimonial important pour Bibliothèque et Archives Canada, ce n’est pas le seul auquel notre institution a participé.

Un don de la communauté juive du Canada

Comme conservateur de la collection Jacob M. Lowy d’ouvrages judaïques rares, je suis exposé jour après jour à l’un de ces projets patrimoniaux du centenaire, puisque je consulte régulièrement la collection d’ouvrages judaïques donnés à la Bibliothèque nationale de l’époque par le Congrès juif canadien d’alors, au nom de la communauté juive du Canada. C’est un don qui me revient à l’esprit constamment lorsque je consulte des ouvrages de référence et que je vois l’ex-libris bleu, blanc et rouge indiquant que le volume que je tiens entre les mains fait partie de ce don.

À la lecture de documents d’archives du Congrès juif canadien faisant partie des archives juives canadiennes Alex Dworkin, il était clairement primordial pour la communauté juive canadienne de contribuer au centenaire en redonnant aux Canadiens. W. Kaye Lamb, le premier bibliothécaire national, était très reconnaissant de ce don, car il estimait qu’il répondait à un besoin établi depuis longtemps au sein de la Bibliothèque nationale. Il a d’ailleurs souligné que beaucoup d’autres bibliothèques nationales possédaient des collections similaires.

Contenu du don

Ce don d’environ 7 000 volumes (un mélange d’ouvrages rédigés en anglais, en français, en yiddish et en hébreu) englobe tous les domaines du savoir juif. Il comprend des livres rabbiniques, des ouvrages sur la philosophie juive et l’histoire des Juifs, les classiques yiddish, des ouvrages hébreux, des choix représentant la contribution des Juifs aux arts et à la science, ainsi que des encyclopédies et des livres de référence importants. Parmi les principaux ouvrages, citons une encyclopédie générale en yiddish, l’Encyclopedia Talmudit, ainsi que Jewish Art de Cecil Roth. Tous les livres ont été choisis, catalogués et remis à temps pour l’ouverture du nouvel édifice. À ce jour, ce don représente l’assise des fonds judaïques et constitue un outil de référence important dont se servent constamment les clients et le personnel de BAC. Les utilisateurs peuvent demander et consulter ces pièces ainsi que d’autres pièces des fonds de BAC à l’édifice principal du 395, rue Wellington, à Ottawa.

Des connaissances en héritage

Même si bon nombre des projets patrimoniaux mis en œuvre à l’occasion du centenaire étaient axés sur les édifices, il est très approprié que la communauté juive du Canada ait choisi de dédier ses ressources à constituer la collection d’ouvrages judaïques à la Bibliothèque nationale. Les Juifs ont longtemps été les « gens du livre ». Leur histoire, leur culture et leurs pratiques religieuses ont été indissociables de l’écrit pendant des milliers d’années. Au-delà des pièces physiques, ce don a permis d’étendre l’information accessible aux Canadiens et il constitue un legs inestimable de connaissances. Bien que plusieurs des structures construites en 1967 finiront par disparaître un jour ou l’autre du paysage national, les connaissances acquises grâce à ce don de livres pourraient continuer à porter leurs fruits pendant des siècles.

Photographie en couleurs d’un ex-libris comportant une illustration d’un buisson en flammes. La description bilingue mentionne que le livre est un don du Congrès juif canadien au nom des communautés juives de l’ensemble du Canada. À côté de l’illustration figure un passage de l’Exode : « […] le buisson était en feu et cependant ne se consumait point » (3-2).

L’ex-libris personnalisé pour les livres judaïques donnés par le Congrès juif canadien à la Bibliothèque nationale du Canada en vue de célébrer le centenaire de la Confédération canadienne.

En 1965, en posant la première pierre du nouvel édifice, le gouverneur général Georges Vanier a affirmé qu’il allait devenir le dépôt du cœur et de l’âme de notre pays. En faisant son don au moment même de l’ouverture de l’édifice, la communauté juive canadienne a pu y déposer une partie de son cœur et de son âme sous forme de livres à faire connaître aux Canadiens.


Michael Kent est conservateur de la collection Jacob M. Lowy à Bibliothèque et Archives Canada.

« L’unité par le sport » : l’organisation des premiers Jeux du Canada à Québec en 1967

Par Normand Laplante

-33 degrés Celsius (refroidissement éolien : -52) ! C’est par ce froid sibérien que débutent les compétitions des premiers Jeux d’hiver du Canada à Québec le 12 février 1967. Trois jours plus tard, les organisateurs et les athlètes font face à un autre événement météorologique : un blizzard déverse 76 cm de neige sur les installations où se déroulent les épreuves sportives. En dépit de ces intempéries, cette première rencontre nationale multisports rassemblant 1 800 athlètes des quatre coins du pays s’avère un grand succès. Cinquante ans plus tard, à l’aube de la 26e édition des Jeux à Winnipeg, la création de ces premiers Jeux du Canada demeure un événement important dans le développement du sport au Canada.

C’est en 1962 que le Conseil consultatif canadien des sports décide de créer une grande épreuve sportive nationale réunissant des athlètes amateurs provenant des toutes les provinces et les territoires. Cette compétition aura lieu tous les deux ans, alternant entre une édition d’hiver et une d’été. Me André Marceau, membre du nouvellement créé Conseil consultatif national de la Condition physique et du Sport amateur, propose que la ville de Québec accueille les premiers Jeux d’hiver du Canada. Cette proposition sera acceptée et, en 1963, un groupe de sportifs de la capitale québécoise forment la Corporation des premiers Jeux d’hiver du Canada, avec Georges Labrecque comme président et Marceau comme vice-président. Guy Rousseau assume le rôle de directeur général des Jeux.

En mars 1965, les gouvernements fédéral et québécois annoncent officiellement que les premiers Jeux d’hiver du Canada auront lieu durant le mois de février 1967 et feront partie des événements célébrant le centenaire de la Confédération. Les organisateurs des Jeux envisagent à l’époque l’inclusion de vingt disciplines sportives, incluant des sports olympiques d’hiver, des sports intérieurs, et des disciplines moins connues, telles le saut de barils, les courses à chien et le canotage sur glace. Cette liste est révisée à maintes reprises au cours des mois qui suivent, les organisateurs ayant à tenir compte, entre autres, des réalités logistiques. À l’automne 1966, la Corporation annonce les 13 disciplines sportives sélectionnées pour les premiers Jeux. On y retrouve le ski (rassemblant le ski alpin, ski de fond et saut à skis), le patinage de vitesse, le patinage artistique, le hockey, le curling, le basketball, le volleyball, le badminton, la lutte, la nage synchronisée, la gymnastique artistique, le tir et le tennis sur table.

Une photo en couleur d’un sauteur voltigeant au-dessus d’une foule de spectateurs.

Sauteur à skis au-dessus d’une foule de spectateurs lors des premiers Jeux d’hiver du Canada, Québec, 1967 (MIKAN 4743402)

Une photo noir et blanc montrant une femme agenouillée visant avec une carabine; des cartouches vides sont parsemées sur le sol autour d’elle.

Épreuves de tir lors des premiers Jeux d’hiver du Canada, à Québec (MIKAN 4743394)

La sélection d’athlètes pour les délégations provinciales nécessite un travail de coordination jamais vu entre les gouvernements provinciaux, les associations nationales des disciplines sportives et les organisateurs des Jeux. Le Comité organisateur des Jeux à Québec estime qu’environ 75 000 personnes ont participé à la préparation des premiers Jeux d’hiver du Canada, incluant les athlètes des dix provinces et des deux territoires qui prennent part aux rondes éliminatoires pour la formation des équipes, les officiels, les organisateurs, les entraîneurs ainsi que les responsables provinciaux et nationaux des associations sportives. Cet exercice engendre, entre autres, la création d’entités administratives responsables des sports dans plusieurs organismes provinciaux.

Le premier ministre Lester B. Pearson, accompagné des premiers ministres provinciaux Jean Lesage (Québec), Louis Robichaud (Nouveau-Brunswick) et Alex Campbell (Île-du-Prince-Édouard), inaugure les Jeux le 11 février 1967 devant l’Assemblée législative du Québec, sous le thème de « L’unité par le sport ». Durant les neuf jours de compétition, 184 médailles sont décernées. La délégation ontarienne remporte le classement final des points, devançant les équipes de la Colombie-Britannique et de l’Alberta. Teresa McDonnell, gagnante de trois épreuves en gymnastique artistique, et Toller Cranston, médaillé d’or en patinage artistique et futur médaillé de bronze aux Jeux olympiques d’hiver, sont deux des athlètes qui s’illustrent au cours de ces premiers Jeux.

Photo noir et blanc montrant un podium avec trois jeunes femmes portant des médailles. Un homme serre la main de la médaillée d’or.

Le premier ministre du Canada, Lester B. Pearson, félicite Teresa McDonnell et les autres médaillées, Jennifer Diachun et Marie St-Jean, dans l’une des épreuves de gymnastique féminine lors des premiers Jeux d’hiver du Canada, à Québec, photographie de H. Leclair (MIKAN 4743377)

Le succès des premiers Jeux encourage les responsables des organisations sportives nationales et le gouvernement fédéral à répéter l’expérience à Halifax-Dartmouth, en Nouvelle-Écosse, où se tiendront les premiers Jeux d’été en 1969. De plus, on verra naître, dans les années qui suivent cette première compétition nationale, l’inauguration de Jeux provinciaux d’hiver et d’été dans plusieurs provinces, calqués sur le modèle des Jeux du Canada.

Photo en couleur d’un homme portant un veston rouge et tenant un étendard du drapeau canadien pendant que des gens paradent à l’arrière-plan.

Harry Jerome portant le drapeau canadien lors des cérémonies d’ouverture des premiers Jeux d’été du Canada, à Halifax-Dartmouth (MIKAN 4743415)

Pour en apprendre davantage sur les Jeux du Canada et sur les athlètes qui y ont participé, vous pouvez consulter les sources suivantes à Bibliothèque et Archives Canada :

Étiez-vous là? Avez-vous des histoires à raconter?


Normand Laplante est archiviste principal à la Division société et culture de la Direction générale des archives privées de Bibliothèque et Archives Canada.

Quelque chose à déclarer ? Oui, c’est d’intérêt canadien

Par Louise Tousignant

Dans le cadre de son mandat, Bibliothèque et Archives Canada (BAC) acquiert des documents publiés dits canadiens et d’intérêt canadien, afin de développer la collection nationale Canadiana qui se veut la plus exhaustive possible. Les premiers sont ceux publiés au Canada et reçus en vertu du dépôt légal, alors que ceux d’intérêt canadien représentent des publications parues dans d’autres pays, mais dont le créateur ou le sujet est canadien. Le créateur inclut l’auteur, l’illustrateur, le traducteur ou l’artiste. Ces œuvres, publiées à l’étranger, sont acquises par don ou par achat ciblé.

Parmi ces titres d’intérêt canadien, récemment reçus, on retrouve des études et des analyses portant sur le Canada : Canada/États-Unis : les enjeux d’une frontière, Comparative North American Studies: Transnational Approaches to American and Canadian Literature and Culture, et Canadian Perspectives on Immigration in Small Cities.

Quant aux titres relatifs au Canada, Negotiations in the Indigenous World: Aboriginal Peoples and the Extractive Industry in Australia and Canada et Indian Agents: Rulers of the Reserves, ils témoignent de la recherche sur les affaires autochtones.

Des personnalités canadiennes ont aussi fait l’objet de recherches : le peintre Alex Colville avec le livre The Mystery of the Real: Letters of the Canadian Artist Alex Colville and Biographer Jeffrey Meyers, la biographie de la journaliste et auteure Jane Jacobs reflétée dans Becoming Jane Jacobs, et l’analyse du travail de la chanteuse et musicienne Alanis Morissette documentée dans The Words and Music of Alanis Morissette. La carrière des Canadiens exilés à Hollywood passe également par la parution de livres. Pensons entre autres au Montréalais de naissance et ambassadeur des fêtes du 375e de Montréal, William Shatner, bien connu pour son rôle du capitaine James T. Kirk dans la série télévisée Star Trek, et son plus récent livre Leonard: My Fifty-Year Friendship with a Remarkable Man, et au réputé acteur Martin Short, né à Hamilton, et connu pour son travail au sein de l’émission Saturday Night Live, avec ses mémoires I Must Say: My Life as a Humble Comedy Legend.

Une photo en noir et blanc d’une femme avec des cheveux long debout devant une clôture en fer forgé.

Portrait d’Alanis Morissette par Bryan Adams. Photographie signée par Alanis Morissette. 1999 (MIKAN 3614421)

Plus près de nous, des Canadiens d’ici font également leur marque par la parution d’œuvres publiées à l’extérieur du Canada : le Québécois Guy Delisle avec sa bande dessinée S’enfuir : récit d’un otage parue chez Dargaud, l’illustrateur Yanick Paquette, l’homme derrière Wonder Woman, avec la bande dessinée Wonder Woman, Earth One. Volume 1, et Louise Penny chez Minotaur Books avec The Long Way Home, qui s’est classé numéro 1 au palmarès du New York Times.

Enfin, certains titres d’intérêt canadien présents dans la collection nationale sont en lien direct avec des fonds d’archives de BAC; ils permettent une étude plus approfondie de l’auteur et de son rayonnement à l’étranger, et de soutenir la recherche en littérature canadienne. C’est le cas, par exemple, des traductions de l’auteure et illustratrice de littérature jeunesse Marie-Louise Gay, et du cinéaste, poète et romancier canadien d’origine srilankaise Michael Ondaatje. Mentionnons au sujet de Marie-Louise Gay, une traduction en espagnol du titre Un million de questions!, ¿Alguna pregunta?, parue au Mexique en 2015, un titre en néerlandais, Angela en de ijsbeer pour Angèle et l’ours polaire, ou encore, Bolle-Bertils sirkus pour Le cirque de Charlie Chou en norvégien. Quant à Michael Ondaatje, BAC possède pas moins de 20 traductions de son œuvre la plus connue, Le patient anglais, dont celles en bulgare, en japonais, et en italien. Faut-il le rappeler, le livre a remporté en 1992 les prix littéraires du Booker Prize et du Gouverneur général alors que le film s’est vu décerner neuf Oscars aux Academy Awards de 1997.

Photo en couleur d’une femme assise et souriante. On aperçoit dans l’avant plan des crayons de couleurs flou.

Marie-Louise Gay. Auteure et illustratrice canadienne de littérature jeunesse. @Groundwood Books

Photo en couleur d’un livre ouvert à la page titre écrit en bulgare.

Le patient anglais publié en bulgare par Delfi, en 2000 (AMICUS 32172817)

Photo en couleur d’un livre ouvert à la page titre écrit en japonais

Le patient anglais publié en japonais par Shinch⁻osha, en 1996 (AMICUS 15875585)

Photo en couleur d’un livre ouvert à la page titre : Michael Ondaatje Il Paziente Inglese.

Le patient anglais publié en italien par Garzanti, en 2004 (AMICUS 32785464)

Ce bref tour d’horizon ne représente qu’un échantillon de publications de toutes sortes relatives au Canada et d’intérêt canadien. Le travail de dépistage minutieux se poursuit afin d’assurer l’enrichissement du patrimoine documentaire canadien et le développement des collections pour faire en sorte que la collection nationale Canadiana soit la plus importante au monde.


Louise Tousignant est bibliothécaire aux acquisitions à la Direction générale du patrimoine publié à Bibliothèque et Archives Canada

Montréal : le mont Royal et Frederick Olmstead

Judith Enright-Smith

Si vous avez visité Montréal ou y avez grandi (comme moi), vous avez sûrement déjà marché sur les nombreux sentiers du mont Royal.

Le premier Européen à grimper « la montagne » est Jacques Cartier, en 1535. Après sa montée, il écrit dans son journal que dans ces champs se trouve ladite ville d’Hochelaga, voisine d’une montagne, et que cette montagne a été nommée « mont Royal ». Un peu plus d’un siècle plus tard, Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve, fondateur de la ville de Montréal, réalise une promesse faite à la Vierge Marie pour avoir protégé la ville des inondations : il installe une croix au sommet de la montagne.

Aquarelle d’un groupe d’hommes se tenant debout sur une colline dans un boisé près duquel il y a un cours d’eau. À l’horizon se trouvent des îles et des montagnes peu élevées.

Jacques Cartier sur le mont Royal, peint par Lawrence R. Batchelor, vers 1933 (MIKAN 2833444)

La planification et la conception du parc du Mont-Royal tel qu’on le connaît aujourd’hui commence dans les années 1870. L’architecte-paysagiste Frederick Law Olmstead, qui a aussi conçu le parc central de New York (Central Park), est engagé pour effectuer le travail. Beaucoup de ses plans originaux sont assez grandioses : ils incluent la création d’un grand pré et d’un lac comprenant divers végétaux éclectiques. Toutefois, pendant les années 1870, Montréal subit une crise économique, alors la plupart des idées fantaisistes de Frederick Olmstead sont abandonnées. Mais sa vision est conservée : des sentiers bucoliques et sinueux, comme ceux de Central Park, accessibles à tous sans tenir compte de la position sociale.

Photographie en noir et blanc d’un bosquet, probablement prise à l’automne.

Bosquet, parc du Mont-Royal, photographie de Philip J. Croft, vers 1936 (MIKAN 3206464)

L’inauguration du parc du Mont-Royal, précédée par un défilé dans les rues de Montréal, a lieu le 24 mai 1876, en grande pompe : discours, tirs de canon et grand pique-nique. En 1884, on lance une course en luge près du lac aux Castors; un an plus tard, un funiculaire à vapeur est mis en place pour amener les clients payants au sommet de la montagne. Le funiculaire est fermé en 1918.

La belle balustrade en pierre semi-circulaire, appelée « belvédère », a été construite en 1906. Encore aujourd’hui, elle offre aux visiteurs les vues les plus spectaculaires de Montréal, du fleuve Saint-Laurent et des ponts.

Photographie en noir et blanc d’une scène d’hiver. On y voit des personnes qui descendent une côte sur des luges ou chaussées de raquettes.

Luge sur la côte « The Spill » (Tobogganing – ʺThe Spillʺ), vers 1900-1925, photographe inconnu (MIKAN 3335229)

Photographie en noir et blanc d’un funiculaire montant une côte très boisée, en bas de laquelle se trouvent une voiture tirée par un cheval et quelques personnes regardant le photographe.

Tramway funiculaire incliné, parc du Mont-Royal, vers 1885 (MIKAN 3192950)

Photographie en noir et blanc d’un funiculaire. Un tram monte la côte alors que l’autre la descend.

Funiculaire, vers 1909 (MIKAN 3336180)

 

Légende : Belvédère du mont Royal (avant la construction du chalet), photographe inconnu, vers 1906 (no MIKAN 3335240)

Texte optionnel : Photographie en noir et blanc d’un élégant sentier délimité par une clôture de pierres d’un côté et menant à un petit édifice. Des chevaux se reposent sous les arbres.

Photographie en noir et blanc d’un élégant sentier délimité par une clôture de pierres d’un côté et menant à un petit édifice. Des chevaux se reposent sous les arbres.

Belvédère du mont Royal (avant la construction du chalet), photographe inconnu, vers 1906 (MIKAN 3335240)

Photographie en couleurs d’un couple muni de jumelles se tenant sur le bord d’un belvédère surplombant la ville.

Belvédère, photographie de Chris Lund, vers 1950 (MIKAN 4311969)

Photographie en noir et blanc d’une ville vue à vol d’oiseau.

Vue de la ville vers 1906-1920, photographe inconnu (MIKAN 3335382)

Le chalet du parc du Mont-Royal est adjacent au belvédère. Il a été conçu par l’architecte montréalais Aristide Beaugrand-Champagne dans le style beaux-arts et construit en 1932 pour créer des emplois artificiels pendant la Grande Crise.

Mais l’élément le plus connu du mont Royal est sans doute sa croix.

La première croix illuminée est acquise en 1924. Elle est commandée par la Société Saint-Jean-Baptiste, puis donnée à la ville de Montréal en 1929. La croix d’aujourd’hui est illuminée au moyen d’ampoules DEL qui éclairent habituellement en blanc, mais un gardien peut changer la couleur des ampoules pour les occasions spéciales.

Photographie en noir et blanc d’une grosse croix en métal sur laquelle il est inscrit « The Mount Royal Cross—100 feet high, daytime view » (croix du mont Royal – 100 pieds de haut – en plein jour)

La croix du mont Royal vers 1935 (MIKAN 3322797)

Plus récemment, le groupe Les amis de la montagne a commencé à recueillir des signatures pour essayer de faire inscrire le mont Royal sur la liste des sites du patrimoine mondial de l’UNESCO. D’après Sylvie Guilbault, directrice générale des Amis de la montagne, le mont Royal est un emblème de la ville, et il est essentiel à la qualité de vie de centaines de milliers de Montréalais.


Judith Enright-Smith est archiviste adjointe à Bibliothèque et Archives Canada, Section des affaires autochtones et sociales, Direction générale des archives privées.

Des découvertes onctueuses à Bibliothèque et Archives Canada

Par Rebecca Murray

C’est meilleur avec du beurre! Nul besoin de chercher bien loin, ni trop fort, pour trouver une source d’inspiration quand on travaille avec le patrimoine documentaire du Canada. Il suffit de penser aux documents revêtant une grande importance historique, aux photographies et œuvres artistiques à valeur iconique et aux objets associés à des récits que nous n’imaginons que dans nos rêves les plus fous. Surprise, nous parlons d’emballages de beurre. Sans blague? Ces emballages ragoûtants en papier ciré, plus difficiles à manipuler que des draps-housses? Très utiles pour mesurer la quantité de beurre requise dans nos recettes. Sans quoi, ils n’ont pas d’autre emploi et se retrouvent à la poubelle, dès que l’on a réussi à en détacher la livre de beurre. Néanmoins, un jour que je consultais un instrument de recherche, je suis tombée sur un dossier intitulé « Collection of butter wrappers and boxes used in retailing » (Collection de boîtes et d’emballages de beurre utilisés dans le commerce au détail). Croyez-moi, c’était impressionnant de voir tout ce qui se trouvait dans ce dossier.

Allons droit au but : en effet, il regorgeait d’emballages de beurre, tout aussi mignons les uns que les autres. Ils n’étaient ni cireux, ni graisseux, ni froissés. Ils étaient bien plats et lustrés, assez bien préservés d’ailleurs. À un point tel que je doute qu’ils aient déjà servi à emballer une quelconque livre de beurre graisseuse.

En ma qualité d’archiviste de référence, je consulte beaucoup d’instruments de recherche et j’ouvre d’innombrables boîtes d’archives. J’ai la chance de pouvoir tenir l’histoire entre mes mains. Chacune de ces trois étiquettes faisait la promotion d’un produit agricole provenant de la campagne si généreuse, des gens qui y vivent et y travaillent. Reconnaissez-vous une de ces étiquettes?

Un emballage de papier ciré polychrome illustrant une ferme avec des arbres. Au-dessus de l’image, on peut lire : « Marshall’s Brand. Creamery Butter. Pasteurized. Canada First Grade » (Marque Marshall. Beurre de crémerie. Pasteurisé. Canada Première Catégorie). Dans un autre encadré (sur la partie du papier qui s’enroule autour du beurre), il est écrit : « Reg. No. 1018. Only butter that conforms to Government standards for first grade are allowed to display on the wrapper CANADA FIRST GRADE » (No d’homologation 1018. On ne peut apposer la mention CANADA PREMIÈRE CATÉGORIE que sur le beurre qui répond aux normes de la première catégorie).

Emballage d’une livre de beurre provenant de Jarvis (Ontario) (MIKAN 156294)

Un emballage de papier métallisé polychrome arborant une image de vaches en train de paître dans un pré. On peut y lire : « Co-op. First Grade. Creamery Butter. Reg. No. 4054 » (Co-op. Première Catégorie. Beurre de crémerie. No d’homologation 4054). Sur l’un des autres pans de l’emballage, il est écrit : « Saskatchewan Co-Operative Creamery Association Limited. One lb net weight » (Saskatchewan Co-Operative Creamery Association Limited. Poids net : une livre).

Un emballage de beurre provenant de la Saskatchewan (MIKAN 156294)

Un emballage de papier métallisé avec le texte suivant: “Crapaud Creamery Butter. Canada First Grade. Pasteurized” (Beurre de crémerie Crapaud. Canada, Première Catégorie. Pasteurisé) Le texte est dans un petit médaillon ovale avec des petites fleurs rouges dans chaque coin.

Un emballage de beurre provenant de “Crapaud Creamery Company » de l’Île du Prince Edouard(MIKAN 156294)

Alors que j’examinais les emballages, j’ai été frappée par leur symbolique : ils transmettent la riche et longue tradition des fermes laitières de notre pays. Les emballages comme ceux-ci se retrouvaient dans les cuisines et les chambres froides, tant dans les grandes villes que dans les petits villages, ils réunissaient les Canadiens autour d’un rituel quotidien, quand ils consommaient du beurre.

Chacun de ces emballages de beurre constitue un point de repère auquel on peut rattacher des documents d’archives ou des publications. De fait, les chercheurs peuvent découvrir l’histoire de l’entreprise ou de l’industrie propre à la région.

Est-ce que l’histoire de la production et de la consommation des produits laitiers au Canada piquent votre curiosité? Pourquoi ne pas consulter certaines des collections suivantes :

Par ailleurs, vous pouvez lancer des recherches en utilisant des mots-clés comme « produits laitiers », « beurre » ou « fromage » à partir de la fonction Recherche de fonds d’archives et vous pourriez bien être étonné! On ne sait jamais ce qu’on va trouver dans les collections de Bibliothèque et Archives Canada.


Rebecca Murray est archiviste de référence au sein de la Division des services de référence à Bibliothèque et Archives Canada.