Bill Miner : le légendaire voleur de train et évadé de prison

Par Caitlin Webster

Surnommé le « gentleman cambrioleur » et le « renard gris », Bill Miner est un criminel notoire au Canada et aux États-Unis. Bien qu’il soit l’auteur de dizaines de vols et se soit évadé à maintes reprises, une grande partie de la population le perçoit comme un héros généreux qui s’en prend uniquement aux entreprises représentant le côté sombre du capitalisme. Bibliothèque et Archives Canada possède de nombreux enregistrements sonores, publications, vidéos et autres documents sur Miner. Des centaines d’entre eux sont sur Co-Lab, accompagnés de défis de production participative.

Page de journal contenant du texte, une illustration de deux hommes armés à cheval s’approchant d’un train, un portrait de l’auteur et des photographies de Bill Miner, Shorty Dunn et Lewis Colquhoun.

Article du journal The Province du 18 janvier 1958 : « Bill Miner — last of the train robbers » [Bill Miner – le dernier voleur de trains] (e011201062-019-v8).

Né le 27 décembre 1846, Ezra Allan Miner entame sa carrière criminelle pendant son adolescence en volant des chevaux et des biens appartenant à des commerçants dans le nord de la Californie. Plus tard, il se met à cambrioler des résidences et à voler des diligences en Californie et au Colorado. Lui et ses complices s’enfuient souvent avec des milliers de dollars en espèces, en poussière d’or, en obligations et en autres types de biens. Ses bonnes manières pendant ses vols lui valent le surnom de gentleman cambrioleur. Les services de police finissent par attraper Miner et, malgré ses multiples tentatives d’évasion, il passe des décennies derrière les barreaux de la prison d’État de San Quentin.

Relâché en 1901, Miner se retrouve dans l’Ouest américain du 20e siècle, un paysage qui lui est inconnu. Après avoir tenté sa chance dans l’élevage d’huîtres, il reprend rapidement ses activités criminelles. Puisque les diligences ont été remplacées par des chemins de fer de plus en plus longs, Miner se lance dans les attaques de trains. Par deux fois, ses tentatives échouent sur les trains express de l’Oregon.

Il décide alors de s’enfuir de l’autre côté de la frontière pour s’établir à Princeton, en Colombie-Britannique. Sous le nom de George Edwards, il devient commerçant de bétail et employé de ranch. Les habitants de la petite ville l’aiment bien en raison de sa générosité.

En 1904, Miner recrute de nouveaux complices pour attaquer un autre train, cette fois-ci au Canada. Le 10 septembre, avec ses partenaires Jake Terry et Shorty Dunn, le gentleman cambrioleur s’en prend à un train du Chemin de fer Canadien Pacifique à Mission Junction (Colombie-Britannique). Les criminels s’emparent de milliers de dollars en espèces, en or, en obligations et en titres de placement. Ils échappent aux autorités pendant un an et demi.

Le 8 mai 1906, Miner, Dunn et un nouveau complice, Louis Colquhoun, braquent un train du Canadien Pacifique à Ducks (maintenant Monte Creek), près de Kamloops. Cette opération tourne au désastre : les trois hommes ne prennent que 15,50 $ avant de s’enfuir à pied et d’être capturés cinq jours plus tard. Toutefois, grâce à sa popularité dans la région et au ressentiment des citoyens contre le Canadien Pacifique, une foule de défenseurs accueille Miner lorsque la Royale gendarmerie à cheval du Nord-Ouest le transporte à Kamloops.

Le 1er juin 1906, les trois hommes sont jugés et condamnés. Le lendemain, Miner commence à purger sa peine à perpétuité au pénitencier de la Colombie-Britannique, à New Westminster. Pendant son incarcération, Miner n’exprime aucun regret. Il aurait même dit au révérend A. D. E. Owen : « Je suis qui je suis et j’ai fait ce que j’ai fait, mais je peux regarder Dieu et les hommes en face sans ressentir la moindre honte. » L’ecclésiastique remarque par la suite que Miner a réussi à charmer les autres prisonniers et le personnel du pénitencier. Il avertit le directeur par intérim qu’il faut « garder le vieux Bill à l’œil ».

Deux photos de Bill Miner, une de face et l’autre de profil. Les cheveux et la moustache de Miner sont rasés.

Photos signalétiques de Bill Miner, le visage et le crâne rasés, au début de sa peine purgée au pénitencier de la Colombie-Britannique (e011201061-128-v8).

Formulaire comprenant une description physique de Miner et les détails de la déclaration de culpabilité.

Le formulaire d’accueil de Bill Miner au pénitencier de la Colombie-Britannique (e011201060-009-v8).

Cet avertissement s’avère prophétique : Miner s’évade le 8 août 1907. Les gardiens et les policiers fouillent le secteur environnant, puis la région de Vancouver, mais sans succès. Des rumeurs disent qu’il aurait reçu de l’aide de l’extérieur pour s’évader en échange des obligations et des titres de placement volés en 1904 dans le train du Canadien Pacifique. De plus, les journaux rapportent une grande sympathie du public pour Miner. De nombreux citoyens espèrent que le fugitif ne sera jamais repris.

Carte sur fond bleu indiquant l’emplacement du pénitencier, d’un asile, des rues environnantes, d’un parc et du fleuve Fraser. Des notes montrent la clôture par où Miner s’est évadé et fournissent d’autres détails sur les environs.

Plan détaillé du pénitencier de la Colombie-Britannique montrant l’endroit où Bill Miner s’est échappé ainsi que le secteur environnant (e011201060-210-v8)

Affiche montrant la photo de Bill Miner et annonçant une récompense de 500 $ pour sa recapture. Elle donne des détails sur son évasion et son apparence physique.

Promesse de récompense pour la recapture de Bill Miner envoyée aux services de police, à des publications et à des agences de détectives privés (e011201060-210-v8).

Miner finit par retourner aux États-Unis et vit au Colorado jusqu’à ce qu’il soit à court d’argent. En 1911, il attaque un train en Géorgie. Ses complices et lui sont capturés quelques jours plus tard. Maintenant âgé de 64 ans, Miner est condamné à 20 ans de prison. Après de nouvelles évasions en 1911 et en 1912, il meurt en prison le 2 septembre 1913.

Les fonds de Bibliothèque et Archives Canada comprennent des documents du pénitencier de la Colombie-Britannique qui offrent des détails fascinants sur Bill Miner et son évasion. Ces documents sont maintenant sur Co-Lab. Allez relever des défis! Vous y trouverez des formulaires d’accueil et des photographies signalétiques de Miner, des rapports de dirigeants de prison, des coupures de journaux ainsi que des lettres de personnes affirmant avoir aperçu le gentleman cambrioleur, parfois des années après sa mort.

Co-Lab est un outil de production participative qui invite le public à transcrire, traduire, étiqueter et décrire des documents. Les contributions du public sont ensuite intégrées aux métadonnées en vue d’améliorer nos outils de recherche et la consultation de nos documents historiques.

 


Caitlin Webster est archiviste à la Division des services de référence au bureau de Vancouver de Bibliothèque et Archives Canada.

Accéder aux plans et aux profils des chemins de fer grâce à l’Index sur les chemins de fer

Par Rebecca Murray

Plus tôt cette année, j’ai répondu à une demande d’un chercheur qui m’a obligée à passer beaucoup de temps de qualité en compagnie de l’acquisition RG12M 77803/17 – Index sur les chemins de fer. Il s’agit d’une série de 30 000 fiches offrant des listes détaillées et individuelles des plans et des profils des chemins de fer de l’ensemble du Canada, pour la période allant de 1866 à 1937. Bien que je travaille quotidiennement avec des acquisitions de documents cartographiques et leurs instruments de recherche, cette demande représentait un défi particulier. Elle révèle bien à quel point il peut être difficile d’organiser et de comprendre des séries de documents aussi vastes.

Pourquoi m’aventurer dans de telles recherches, me demanderez-vous? Pourquoi ne pas se fier à des sources publiées? Je prône toujours le recours aux sources primaires pour faire des recherches. En consultant les documents originaux et leur classement parmi les autres documents, vous pouvez tirer vos propres conclusions. Le plan que vous cherchez pourrait laisser transparaître un moment particulier qui échapperait à une source secondaire. Ou encore, vous pourriez étudier l’évolution d’une section précise d’un chemin de fer. Peu importe la raison, il est temps d’enfiler des gants blancs et de plonger dans nos archives!

Étape 1

D’abord, il faut consulter les fiches qui se trouvent sur des microfilms numérisés. Les fiches sont classées par ordre alphabétique, par compagnie de chemin de fer et par endroit.

Lorsque vous trouvez des plans intéressants, notez leur numéro. Par exemple, si vous vous intéressez au « Plan & profile showing the approach of the Bridge in the city of Montreal P.Q. as located », qui est énuméré sur la fiche ci-dessous, notez le numéro de plan 7457.

Fiche lignée avec du texte noir.

Extrait d’une fiche alphabétique d’une compagnie de chemin de fer tirée de la bobine C 6823 du fonds RG12.

Étape 2

Lorsque vous travaillez au 395, rue Wellington, à Ottawa (Ontario), vous pouvez consulter une série de fiches papier dans la salle de référence. Une fois que vous avez trouvé les numéros des plans que vous voulez consulter ou copier, utilisez une autre série de fiches. Celles-ci se trouvent avec les autres instruments de recherche liés aux cartes et aux plans et sont classées par numéro de plan. Vous pourrez ainsi découvrir le numéro d’article de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) pour chacun des plans. Un membre de l’équipe de la salle de référence peut vous aider avec ces étapes, au besoin.

Photo couleur des tiroirs en métal contenant les fiches de l’acquisition RG12M 77803/17.

Photo des tiroirs contenant les fiches sur les chemins de fer de l’acquisition RG12M 77803/17, dans l’annexe de la salle de référence.

Photo couleur d’un tiroir de fiches; la fiche du plan 7457 est sortie.

Photo d’un tiroir de fiches montrant la fiche du plan 7457.

Photo couleur d’une fiche dont les numéros d’article sont encerclés en rouge.

Photo d’une fiche comprenant tous les renseignements de référence (dont les numéros d’article) pour le plan 7457.

Étape 3

Si vous n’êtes pas sur place, vous pouvez nous écrire au moyen de notre formulaire en ligne et nous demander de trouver les références relatives à chaque article. Par exemple, vous pourriez mentionner le plan 7457 de l’acquisition RG12M 77803/17 et nous demander de trouver le numéro d’article afin de compléter la référence. Un membre de notre équipe consultera alors les fiches pour confirmer le numéro d’article, puis trouvera le code à barres du contenant afin de simplifier votre demande de consultation ou de reproduction.

Bon nombre de ces articles se trouvent aussi sur microfiche, ce qui en facilite la consultation. Si vous êtes sur place, vous pouvez vous rendre directement à la salle de consultation des microformes, au troisième étage. Demandez de l’aide au personnel de BAC (pendant les heures de service) ou utilisez le tiroir de microfiches libre-service étiqueté RG12M 77803/17. N’oubliez pas de mettre des gants!

Saviez-vous que la salle de consultation des microformes contient de nouveaux numériseurs à plat qui produisent des copies de microfiches de grande qualité? Apportez votre clé USB!

Ce type d’instruments de recherche peut être intimidant, car il faut recueillir des renseignements à plusieurs endroits. Il est impossible de trouver toute l’information pertinente dans une seule ligne de texte. Il s’agit d’un bon défi pour les chercheurs (ou archivistes!) expérimentés, et la courbe d’apprentissage est abrupte pour les nouveaux chercheurs. N’hésitez surtout pas à demander de l’aide à notre équipe pour des recherches de ce type ou de toute autre nature. Nous sommes là pour vous aider à naviguer dans les fonds de BAC et notre passion consiste à faire des découvertes tous les jours!


Rebecca Murray est archiviste à la Division des services de référence de Bibliothèque et Archives Canada.

Le patrimoine journalistique du Canada à BAC

À consulter les numéros du Ha-Shilth-Sa et du Windspeaker – deux journaux autochtones nouvellement numérisés lancés respectivement en 1974 et de 1986 –, on ne peut manquer d’être attiré par l’actualité des nouvelles sociales et politiques, des éditoriaux et des courriers des lecteurs, qui côtoient des nouvelles sportives locales, l’annonce de concerts communautaires et d’activités culturelles, les avis de naissance ou de décès, les innombrables photos ainsi que les publicités qui illustrent des décennies de changements de mode, de style de commerce et de tendances sociales. Cet amalgame d’information utile et d’éléments rétro fait des journaux une source d’information historique abondante et essentielle.

La première page d’un journal imprimé en couleur titré: Wind Speaker avec le sous-titre AMMSA, l’éditeur canadien avec le plus de nouvelle autochtone [AMMSA, Canada’s largest publisher of Aboriginal news]. Les manchettes principales : Des noces traditionnelle le point culminant du powwow [Traditional wedding highlight of powwow] et la cour québécoise juge en faveur des Cris [Quebec court rules in favor of Crees].

Windspeaker, Volume 17 – No. 9 (2000-01-01) (AMICUS 6341213)

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) travaille sur de nombreux fronts pour appuyer l’acquisition et la préservation du patrimoine journalistique du Canada, tant à l’échelle locale que nationale, et en offrir l’accès. Par exemple, la numérisation du Ha-Shilth-Sa et du Windspeaker découle d’un partenariat créé dans le contexte de la Stratégie de numérisation du patrimoine documentaire, une initiative des institutions de mémoire du Canada vouée à la coordination des activités de numérisation. Ce groupe, dont BAC fait partie, a obtenu un financement de la fondation Salamander pour mener un projet de numérisation de journaux, en réponse à des clients et d’autres organismes culturels selon qui la numérisation de la collection de journaux de BAC constituait une priorité.

Un journal jauni titré Ha-Shilth-Sa avec le sous-titre : Nootka pour nouvelles intéressantes [Nootka for “interesting” news]. La manchette principale : Les Indiens de la C-B. demande de l’action du gouvernement provincial [B.C. Indians demand action provincial government].

Ha-Shilth-Sa, Volume 1 – No. 9 (1974-07-15) (AMICUS 4316697)

Cette collection, qui rassemble de grands quotidiens ainsi que des périodiques communautaires, régionaux et multiculturels, de même que des journaux étudiants et autochtones, comprend plus de 2 300 titres canadiens, environ 200 000 bobines de microfilm et 110 titres numériques. Cette vaste collection ne cesse de s’enrichir alors que BAC capte les nouvelles tendances qui influencent la fréquence, la diversité et le format des journaux actuellement produits au pays. Par exemple, BAC est à se forger une expertise en matière d’acquisition de contenu journalistique numérique et il met à l’essai de nouveaux modèles d’acquisition, en collaboration avec le Winnipeg Free Press, L’Acadie Nouvelle et les Northern News Services Online.

Parallèlement, BAC soutient les efforts continus déployés par Canadiana.org pour numériser environ 230 titres de journaux sur microfilm faisant partie de sa collection et en offrir l’accès en ligne. Qu’il s’agisse du Saskatchewan Labor’s Realm, du Toronto Patriot, du Canadian Farmer-Labor Advocate ou du Western Clarion, la numérisation de ces titres constituera une source précieuse d’information qui ne manquera pas de fasciner les Canadiens.

BAC travaille également à actualiser sa stratégie visant sa collection de journaux. Restez à l’affût!

Lisez notre blogue pour en apprendre davantage sur les journaux de la collection de BAC, dont Les journaux locaux au cœur de la vie canadienne, un billet rédigé par la bibliothécaire aux acquisitions Annie Wolfe, ou consultez la section Collection de journaux de notre site Web.

Le port de Montréal

De la fondation de la ville de Montréal en 1642 jusqu’à l’arrivée des navires à vapeur au début du XIXe siècle, le port de Montréal est surtout utilisé par des trappeurs pour leur commerce de fourrures, puis par les vaisseaux français et anglais qui viennent ravitailler la colonie. L’arrivée des navires à vapeur marque un point tournant, en ouvrant de nouvelles routes commerciales avec le reste du monde grâce auxquelles le port de Montréal s’éloignera de ses origines modestes pour entrer dans une ère de croissance.

Une peinture à l’huile d’un port et d’un quai, avec une île verdoyante à droite.

Le port de Montréal, peint par Andrew Morris en 1847 (e008300982).

De la moitié à la fin du XIXe siècle, le port de Montréal connaît des changements et des progrès innombrables, à commencer par la création, en 1830, de la première Commission du Havre. En 1832, les docks construits font plus d’un kilomètre de long. En 1854, le chenal de navigation entre Montréal et Québec atteint désormais presque 5 mètres de profondeur à la suite de travaux de dragage. Pendant cette période apparaissent également l’acheminement des marchandises depuis les quais par chemin de fer, l’éclairage électrique et une liaison régulière de navires à vapeur entre le port de Montréal et Liverpool, sans compter un nouveau dragage du chenal qui lui permet d’atteindre plus de 7,5 mètres de profondeur.

Au début du XXe siècle, le port connaît de nouveaux travaux d’amélioration. La construction d’élévateurs à grains commence en 1902 et celle d’entrepôts de transit, en 1908. En 1910, les travaux de dragage pour que le chenal entre Montréal et Québec atteigne désormais plus de 10 mètres de profondeur sont bien avancés.

Une photographie en noir et blanc d’un quai sur lequel s’alignent diverses marchandises, ainsi que d’un grand édifice de style néoclassique et d’une église qui font face à la rive.

Le marché Bonsecours, les quais et une église photographiés par Alexander Henderson vers 1875 (c007943).

Jusqu’au début des années 1960, le port de Montréal n’est ouvert que sept mois par année en raison des rigueurs de l’hiver. Cependant, en 1962, sous l’autorité du Conseil des ports nationaux (responsable du port depuis la dissolution de la Commission du Havre), les brise-glaces font leur apparition sur la voie navigable entre Montréal et Québec. À partir de 1964, le port de Montréal sera ouvert toute l’année.

Une aquarelle représentant un amoncellement de glace près des installations portuaires d’une ville.

Peinture de George Henry Andrews représentant le bris des glaces sur le fleuve Saint-Laurent à Montréal, en 1864 (e000996176).

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) dispose de nombreux documents qui illustrent l’évolution du port de Montréal. Le plus ancien est une photographie d’Alexander Henderson prise en 1870 qui représente le navire à vapeur S.S. Quebec amarré au port de Montréal, avec des charrettes tirées par des chevaux à l’avant-plan. La collection comporte également des photographies du port par William Topley, Henry Joseph Woodside et par les Hayward Studios, ainsi qu’une magnifique peinture à l’huile, terminée en 1847 par Andrew Morris, qui représente le havre et le quai de Montréal vu selon l’angle inusité de la rive en face de l’île Sainte-Hélène.

Une photographie en noir et blanc d’un port animé, où l’on voit une rue bordée d’édifices et un quai où sont amarrés nombre de bateaux.

Le port de Montréal photographié par William Topley en septembre 1902 (a201779).

Une photographie en noir et blanc d’un chemin de fer longeant un quai où sont amarrés des bateaux.

Quai du port photographié à une date inconnue par William Topley (a008893).

Le carillon de la Tour de la Paix

Par Rebecca Murray

Entre les murs de grès d’un des bâtiments les plus emblématiques du Canada, l’édifice du Centre et sa célèbre Tour de la Paix sur la Colline du Parlement, reposent des joyaux culturels et architecturaux qui reflètent l’histoire de notre pays et de notre peuple. L’un de ces trésors est le carillon. Selon le site Web du Parlement canadien, le carillon est un instrument « qui comporte au moins 23 cloches actionnées à partir d’un clavier à mains et à pieds qui permet une multitude d’expressions par la simple variation du toucher ».

Au terme d’un long processus de commande et d’acquisition, le carillon de la Tour de la Paix a été installé et inauguré en 1927, pour marquer le 60e anniversaire de la Confédération. La cérémonie d’inauguration a donné lieu à la première émission radiophonique du genre diffusée d’un océan à l’autre au Canada, afin que tous puissent entendre le discours et les cloches.

Pour écouter à votre tour le discours et l’inauguration du carillon, consultez notre base de données Films, vidéos et enregistrements sonores : entrez-y le mot-clé « carillon », le support « enregistrement sonore » et la date « 1927-07-01 ». Vous trouverez parmi les résultats ISN 99534 [Diamond Jubilee of Canadian Confederation: Commemoration Ceremony]. Comme l’indique la description, l’enregistrement présente les hymnes O Canada et God Save the King interprétés par le carillonneur Percival Price sur le carillon de la Tour de la Victoire, à Ottawa, ainsi que le discours prononcé par le très honorable William Lyon Mackenzie King, premier ministre du Canada.

Photographie en noir et blanc du très honorable William Lyon Mackenzie King, premier ministre du Canada, prononçant un discours à l’inauguration du carillon de la Tour de la Paix.

Le très honorable William Lyon Mackenzie King prononçant un discours à l’inauguration du carillon de la Tour de la Paix. Référence : Bibliothèque et Archives Canada/PA-027555

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) possède une riche documentation sur le carillon, que ce soit la soumission présentée par l’entreprise Gillett et Johnson pour une tour d’horloge et un carillon [Tender for Tower Clock and Bells by Gillett & Johnson], datée du 27 novembre 1924 (RG11, vol. 2683, dossier no 1575-96D) ou les élégants programmes et cartons d’invitation imprimés pour l’inauguration (RG11,
vol. 2687, dossier no 1575-96, partie HA), que l’on peut voir ci-dessous.

Image tirée du programme d’inauguration du carillon de la Tour de la Paix, le 1er juillet 1927.

Programme d’inauguration du carillon de la Tour de la Paix, le 1er juillet 1927 (e011213394)

La collection de BAC compte aussi les programmes des célèbres concerts estivaux du carillon. Celui de l’été 1939, présenté ci-dessous, a été numérisé (RG11, vol. 2688, dossier 1575-96, partie K).

Collage de deux images montrant la page couverture d’un programme ainsi que l’intérieur du programme imprimé.

Page couverture d’un programme des concerts du carillon pour l’été, ainsi qu’un example d’un programme pour une journée, datée 1939 (e011213393)

Une grande variété de morceaux ont été interprétés au carillon pour les spectateurs massés sur la Colline du Parlement, dont des hymnes, des chansons folkloriques, de la musique moderne, des airs patriotiques et des chansons populaires. Vous pouvez consulter le programme en ligne des récitals qui sont donnés presque tous les jours en semaine. Pourquoi ne pas profiter du concert de midi pendant que vous êtes dans la région de la capitale nationale?

Si les programmes estivaux d’autrefois vous intéressent, vous pouvez consulter RG11, vol. 2688, dossier no 1575-K pour l’année 1938, et RG11, vol. 2688, dossier no 1575-L pour les années 1940, 1941 et 1942.

BAC possède également le fonds privé du premier carillonneur du Dominion, Percival Price (MUS 133). Il renferme des enregistrements sonores, des documents textuels et des photographies. Deux outils de recherche numériques des descriptions de niveau des fonds d’archives permettent d’accéder aux descriptions de niveau des dossiers; il n’y a aucune restriction d’accès sur le contenu de cette collection.

Le carillon est l’un des nombreux trésors que renferme la Colline Parlementaire. J’espère que vous aurez la chance d’en découvrir quelques-uns pendant vos excursions estivales. Si vous ne passez pas à Ottawa cet été, allez visiter votre assemblée législative locale pour en apprendre plus sur les traditions et les trésors de votre province!


Rebecca Murray est archiviste aux Services de référence.

Célébrons l’histoire de l’Outaouais!

Par Jennifer Anderson

Bibliothèque et Archives Canada (BAC), une institution de mémoire nationale, raconte des histoires d’importance nationale, mais cela ne veut pas dire qu’elle oublie la valeur de l’histoire régionale!

La région de l’Outaouais, dans laquelle se situe le Centre de préservation de BAC, est riche en histoire et en patrimoine. Les collections de BAC reflètent ce fait et nous rappellent la beauté naturelle de cette région ainsi que l’héritage économique et commercial de ses pionniers.

L’histoire de l’industrie forestière est ancrée dans l’Outaouais et de nombreux articles de notre collection le prouvent. Les photos de jadis, qu’elles montrent les célèbres draveurs qui s’affairaient à déloger des billots coincés dans la rivière Gatineau, l’ambiance sur l’heure du dîner au travail ou la convivialité d’une soirée tout en musique dans un camp de bûcherons, nous font oublier le passage du temps. Elles nous rappellent aussi la longue histoire de la diversité culturelle de la région; en effet, des ouvriers autochtones, canadiens-français, irlandais et écossais ont trouvé un emploi dans cette industrie.

Photo noir et blanc d’un homme se tenant aux abords d’une rivière avec un long bâton; il repousse les billots de bois pour qu’ils continuent leur chemin en aval.

Un draveur empêche les billots de bloquer un cours d’eau et de s’y coincer, Gatineau (Québec), 26 mai 1942, Bibliothèque et Archives Canada, e000760706

Photo noir et blanc d’hommes se reposant et affûtant leur hache dans un pavillon-dortoir.

Des bûcherons se reposant et affûtant leur hache dans le pavillon-dortoir du camp l’Ange Vin, Gatineau (Québec), mars 1943, Bibliothèque et Archives Canada, e000762608

Photo noir et blanc de trois hommes réunis autour d’un feu, prenant probablement une collation en milieu de journée.

Joe Commanda, Martin Odjick et un homme non identifié prenant la pause du midi, vallée de la Gatineau, 1910, Bibliothèque et Archives Canada, e011201807

Photo noir et blanc d’un groupe d’hommes assis dans un pavillon-dortoir, jouant de la musique et fumant.

Des bûcherons dans le pavillon-dortoir, jouant de la musique improvisée pour se divertir, Gatineau (Québec), juin 1946, Bibliothèque et Archives Canada, a116682

De nos jours, les collections archivistiques concernant l’industrie forestière nous font remémorer les changements apportés aux environnements naturels et bâtis. Elles pourraient également nous suggérer des façons de conserver la flore, la faune et le patrimoine local. Au moyen d’outils d’externalisation ouverte, les historiens et les résidents peuvent aider les archivistes à mieux transmettre leurs connaissances de la région en vue d’améliorer les archives pour les futures générations de chercheurs.

Lithographie ovale colorée à la main d’un homme sur un radeau descendant une passe à bois.

Glissoire à billots, Hull (Québec), 1855, Bibliothèque et Archives Canada, c041680k

Photo noir et blanc d’un paysage riverain industrialisé montrant un pont, des roches striées et des bâtiments en arrière-plan.

« Rivière Chaudière, du côté de Hull », date inconnue, Bibliothèque et Archives Canada, a012528

Photo noir et blanc d’un gros plan des chutes de la Chaudière avec des bâtiments visibles sur la rive éloignée.

Vue des chutes de la Chaudière, Hull en arrière-plan (Québec), Bibliothèque et Archives Canada, a012366

Photo noir et blanc des bâtiments E. B. Eddy au centre-ville de Hull, au Québec.

Bâtiments E. B. Eddy, Hull (Québec), avril 1898, Bibliothèque et Archives Canada, a027997

Certains endroits semblent familiers. Toutefois, d’un point de vue contemporain, il est difficile de reconnaître les bâtiments qui ont fait face à des désastres ou à des transformations urbaines. Parfois, la nostalgie pour l’ancien temps s’empare de nous alors qu’à d’autres moments, nous sommes en accord avec ces changements, car nous les jugeons plutôt positifs.

Photo noir et blanc d’une ville peu peuplée avec quelques bâtiments en arrière-plan.

Vue de la ville et du commerce E. B. Eddy au loin, Hull (Québec), vers 1873, Bibliothèque et Archives Canada, a012433

Photo noir et blanc d’une drave descendant une rivière.

Estacade flottante, Pointe-Gatineau (Québec), 1935, Bibliothèque et Archives Canada, a056909

 

 

Photo noir et blanc de la rive d’une rivière où se trouve un complexe de fabrication. Une grande église se trouve sur la colline en arrière-plan.

Vue de Hull, au Québec, à partir de la Colline du Parlement, Ottawa (Ontario), vers 1923, Bibliothèque et Archives Canada, a056909

Dans certains cas, il nous manque des renseignements clés dans nos dossiers, dont le nom des personnes apparaissant sur les photos! Reconnaissez-vous cette vaillante infirmière ou son patient?

Photo noir et blanc d’une infirmière discutant avec un homme dans un bureau médical et prenant des notes.

Infirmière faisant passer une entrevue à un employé à E. B. Eddy, Hull (Québec), mars 1946, Bibliothèque et Archives Canada, e002504648

Nous ne voulons quand même pas donner l’impression qu’il n’y a pas de plaisir dans le travail archivistique! Nos documents nous rappellent fréquemment l’importance des loisirs et des activités récréatives. En effet, les photos archivistiques portent souvent sur l’industrie du sport et du tourisme dans la région.

Photo noir et blanc de gens skiant.

Des gens skiant aux collines de la Gatineau, date inconnue, Gatineau (Québec), Bibliothèque et Archives Canada, a009250

Photo couleur de deux couples pique-niquant aux abords d’une rivière.

Pique-nique au parc Brébeuf, aux abords de la rivière des Outaouais, près de Hull (Québec), juin 1952, Bibliothèque et Archives Canada, e010948995

Photo couleur d’une femme transportant ses bâtons de golf sous un ciel bleu partiellement ennuagé.

Golfeuse sur le terrain du Club de golf Chaudière près de Hull (Québec), juin 1952, Bibliothèque et Archives Canada, e010949004

Et, avec une touche de nostalgie et du jazz à volonté, les collections archivistiques peuvent nous raconter des histoires sur les légendes culturelles intéressantes d’autrefois. Par exemple, grâce à nos archives, nous savons que peu avant l’incendie ravageur de 1951, l’hôtel Standish Hall a accueilli quelques visiteurs illustres. Le 4 août 1951, Louis Armstrong, Velma Middleton et le groupe de jazz All Stars ont joué à l’hôtel Standish Hall. Ils ont attiré l’attention du rédacteur musical de la revue Time qui s’est rendu à Hull en avion pour les écouter et faire passer une entrevue à Armstrong.

Photo noir et blanc d’un gros bâtiment avec une large terrasse et une pancarte sur laquelle est inscrite « Standish Hall Hotel ».

Vue de l’extérieur de l’hôtel Standish Hall, Hull (Québec), avec le propriétaire J. P. Maloney se tenant à droite, devant le bâtiment, entre 1941 et 1950. Photo : Michael Berens. Bibliothèque et Archives Canada, e002343711

Photo noir et blanc de deux femmes avec un homme tenant une trompette.

Louis Armstrong à l’hôtel Standish Hall, Hull (Québec), 4 août 1951. Photo : Michael Berens. Bibliothèque et Archives Canada, e002343722

L’hôtel Standish Hall, anciennement la résidence d’E. B. Eddy, a été converti en salle de spectacle par l’homme d’affaires J. P. Maloney dans les années 1940. Il a attiré des noms très connus, dont Oscar Peterson, Ella Fitzgerald et Duke Ellington.

Photo noir et blanc de personnes se tenant dans un couloir avec deux femmes et un homme qui prennent la pose.

Duke Ellington à l’hôtel Standish Hall, Hull (Québec), vers 1950. Photo : Michael Berens. Bibliothèque et Archives Canada, e002343721

Photo noir et blanc de cinq jeunes personnes rassemblées autour de la chanteuse de jazz américaine Sarah Vaughan pour se faire photographier.

Sarah Vaughan (au centre) avec des admirateurs et des amis à l’hôtel Standish Hall, Hull (Québec), vers 1950. Photo : Michael Berens. Bibliothèque et Archives Canada, e002343724

Nous espérons que vous avez aimé ce voyage dans le temps! Si vous en savez plus sur ces photos (dates, noms, endroits, etc.), partagez ces informations sur notre nouveau site Web, le Co-Lab : http://co-lab.bac-lac.gc.ca/fra


Jennifer Anderson est archiviste à la Section des sciences, de l’environnement et de l’économie de la Direction générale des archives de Bibliothèque et Archives Canada.

Au cœur de l’action : Le bureau de Vancouver de Bibliothèque et Archives Canada

Par Caitlin Webster

Après avoir offert des services à partir d’un entrepôt en banlieue pendant de nombreuses années, le bureau de Vancouver de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) vient de passer le cap des six mois depuis l’ouverture de son nouveau point de service au public situé dans la succursale centrale de la bibliothèque publique de Vancouver.

Depuis 1992, les clients de BAC de la Colombie-Britannique qui désiraient consulter des documents d’archives devaient se rendre au Centre de services régionaux de l’Ouest canadien, à Burnaby, et s’installer dans des salles de lecture aménagées dans ce vaste complexe.

Plus récemment, BAC a lancé un projet visant à redéfinir sa présence nationale dans le but d’offrir davantage de services à l’extérieur d’Ottawa, de collaborer plus étroitement avec des institutions de mémoire locales et d’accroître sa visibilité et son incidence d’un bout à l’autre du pays. Un des résultats de ces efforts a été l’établissement d’ententes de cohabitation aux bureaux d’Halifax et de Vancouver de BAC.

Peu de temps après l’établissement réussi du point de service public de BAC à Halifax, le bureau de Vancouver de BAC a conclu un partenariat de cohabitation avec la bibliothèque publique de Vancouver (BPV). À l’occasion de l’ouverture de son point de service au public à la succursale centrale de la BPV le 8 novembre 2017, BAC a organisé une entrevue de la série Signatures mettant en vedette l’ancienne première ministre Kim Campbell. À ce point de service au public, le bureau de Vancouver de BAC offre une orientation en personne et des services de référence, ainsi que des kiosques permettant d’utiliser les outils de recherche de BAC et un accès à diverses bases de données sur abonnement comme Ancestry.ca.

Photo couleur d’un immeuble rond ressemblant au Colisée de Rome, mais dont les fenêtres en verre aux deux étages supérieurs le placent fermement dans l’époque contemporaine.

Vue de l’extérieur de la succursale centrale de la bibliothèque publique de Vancouver, au centre-ville de Vancouver. Photo : bibliothèque publique de Vancouver.

Au cours des six premiers mois d’activité, les employés de BAC ont répondu aux questions des clients sur divers sujets, y compris les agents d’émigration écossais, le premier ambassadeur de la Chine au Canada, l’évolution des lois sur les titres fonciers, la généalogie autochtone et l’histoire des immeubles et autres emplacements locaux.

Photo couleur d’une femme assise derrière un bureau de service avec la bannière de Bibliothèque et Archives Canada derrière elle.

Un bureau de service et des guichets libre-service à la succursale centrale de la bibliothèque publique de Vancouver. Photo : Caitlin Webster.

De plus, en raison des besoins de la collectivité locale concernant les revendications, traités et autres sujets autochtones, le bureau de Vancouver de BAC continue d’offrir un accès aux documents d’archives originaux d’Affaires autochtones et du Nord Canada de la Colombie-Britannique et du Yukon. Pour cette sélection de documents d’archives, le bureau de Vancouver de BAC offre divers services, notamment des services de référence, d’examen aux termes des dispositions sur l’accès à l’information et la protection des renseignements personnels, de consultation et de reprographie à un autre emplacement situé juste à côté de la succursale centrale de la BPV.

Photo couleur d’une salle renfermant de grandes tables servant à la consultation de documents.

Salle de référence et de consultation des documents du bureau de Vancouver de BAC au 300, rue Georgia Ouest. Photo : Caitlin Webster.

Depuis notre déménagement à ce nouvel emplacement, nous avons remarqué une nette augmentation de l’intérêt à venir consulter des documents sur place. En effet, la quantité de documents d’archives consultés par nos clients a augmenté de 54 % et le nombre de pages copiées ou numérisées a plus que doublé!

Nous avons aussi plusieurs projets de collaboration en cours, dont des expositions, des séances d’information et des occasions d’apprentissage. Par exemple, BAC a récemment organisé un atelier sur la généalogie autochtone dans lequel des ressources pertinentes ont été présentées. BAC prévoit donner de nombreuses autres séances de ce genre, afin d’offrir des services diversifiés à ses clients locaux et de tirer profit de ce nouveau partenariat.

Pour obtenir d’autres renseignements sur le bureau de Vancouver de BAC, notamment les heures de service et l’emplacement, consultez la page Points de service à l’extérieur d’Ottawa.


Caitlin Webster est archiviste au bureau de Vancouver de BAC.

Traduction fidèle : à la découverte des traductions littéraires canadiennes

Par Liane Belway

La découverte de nouveaux livres et de nouveaux auteurs excitants s’avère une expérience enrichissante pour la plupart des lecteurs. À Patrimoine publié – le volet bibliothèque de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) –, nous communiquons avec les éditeurs qui nous envoient des ouvrages pour permettre à un public élargi de profiter de la diversité du patrimoine publié canadien.

Pour rendre le matériel accessible, les éditeurs canadiens déposent des exemplaires de leurs publications par l’entremise de l’équipe du dépôt légal de BAC. Quel matériel le dépôt légal acquiert-il? Un vaste contenu canadien : livres, musique, enregistrements oraux, magazines et autres séries ainsi que documents numériques. Chaque publication offre un point de vue unique sur la société et la culture canadiennes, reflétant la vision, les intérêts et l’identité de l’éditeur. Une des sources de savoir et de talent du milieu littéraire est la traduction de tels ouvrages, permettant à ces publications d’être lues par un tout nouveau public.

Traductions canadiennes

La traduction littéraire permet de faire connaître de grandes œuvres littéraires à un public élargi. Ce talent, souvent négligé, est néanmoins très précieux dans notre société multiculturelle et multilingue. Les traductions offrent de nouvelles perspectives et des styles uniques, tout en donnant la chance aux gens de découvrir des traditions et des innovations littéraires qui, sans cela, seraient difficiles d’accès. D’ailleurs, les Prix du Gouverneur général comprennent une catégorie destinée à la traduction, reconnaissant ainsi l’importance de faire connaître des œuvres de langue française aux lecteurs anglophones. Chaque année, ce prix reconnaît la traduction d’un livre vers l’anglais pour son excellence littéraire et sa contribution au milieu culturel.

Gagnants

Le Prix littéraire du Gouverneur général pour la traduction (du français vers l’anglais) de 2017 a été remis à Readopolis, traduit en anglais par Oana Avasilichioaei et publié par BookThug, à Toronto. Il s’agit d’une traduction de Lectodôme de Bertrand Laverdure, publié par Le Quartanier, une maison d’édition francophone de Montréal. Le comité d’évaluation par les pairs ne tarissait pas d’éloges pour Avasilichioaei : « Readopolis, d’Oana Avasilichioaei, correspond au style acrobatique dont Lectodôme, de Bertrand Laverdure, est empreint. Les nombreuses voies de l’écriture québécoise se font entendre par cette traduction intelligente, une ode vertigineuse à la quête pure, bien que rarement récompensée, de littérature. »

Le livre Brothers de David Clerson, un autre finaliste louable du même prix en 2017, incarne bien la vision d’un nouvel éditeur. QC Fiction, une collection des Livres Baraka adoptant des perspectives stimulantes, est un éditeur québécois de livres en anglais se trouvant à Montréal. Reconnaissant l’importance de la traduction, QC Fiction a pour objectif de publier des traductions anglaises de romans québécois contemporains, d’abord publiés en français, pour les autres Canadiens et le public à l’étranger. Une autre publication de QC Fiction, I Never Talk About It, comprend 37 nouvelles, chacune traduite par un traducteur différent. Peter McCambridge, éditeur de romans, a affirmé qu’il s’agit de « 37 traducteurs différents ayant traduit chacune des nouvelles publiées dans une collection de Véronique Côté et de Steve Gagnon. Cela nous rappelle qu’il existe au moins 37  façons différentes de traduire la voix d’un auteur. Pensez-y la prochaine fois que vous achetez une traduction! »

Six couvertures de livre colorées à l’apparence semblable, placées côte à côte et montrant tous les titres : Listening for Jupiter, I Never Talk About It, Behind the Eyes We Meet, Brothers, The Unknown Huntsman, Life in the Court of Matane.

Une sélection des publications de QC Fiction, dont Brothers (2016), finaliste du Prix du Gouverneur général pour la traduction. Image utilisée avec la permission de QC Fiction.

L’offre de traductions permet à des publics non canadiens de découvrir notre vaste littérature, laquelle grandit constamment dans notre monde de plus en plus connecté. Les auteurs canadiens apprécient d’ailleurs l’élargissement de leur public international. QC Fiction illustre bien l’attrait général des romans canadiens. M. McCambridge a ajouté ce qui suit : « Pour l’instant, notre formule semble bien fonctionner : trois de nos cinq premiers livres ont été mentionnés dans le journal The Guardian, en Angleterre. Des blogueurs de l’Écosse jusqu’en Australie ont découvert notre entreprise et encensent nos “lectures légères et intrigantes” ».

Grâce à ces éditeurs primés – seulement deux exemples du travail novateur effectué dans le monde de la traduction littéraire au Canada –, la publication canadienne demeure un milieu créatif, varié et florissant que BAC s’efforce de conserver et de préserver pour les lecteurs d’aujourd’hui et de demain. Pour voir les autres articles de la collection de BAC, utilisez notre nouvel outil de recherche : http://www.collectionscanada.gc.ca/lac-bac/recherche/tout.

Liane Belway est bibliothécaire aux acquisitions, monographies anglaises, pour la Direction générale du patrimoine publié de Bibliothèque et Archives Canada.

« Chère Jeanie, ma tendre chérie » Le fonds Joseph Gaetz

Bannière avec les mots suivants : Première: Nouveautés à Bibliothèque et Archives Canadas. Et on aperçoit à droite une outre attrapant un poissonPar Katie Cholette

« Chère Jeanie, ma tendre chérie. » [traduction] C’est ainsi que Joseph Gaetz commence chacune des plus de 530 lettres écrites à sa fiancée, Jean McRae, pendant la Deuxième Guerre mondiale. Cantonné en Angleterre, en France, en Belgique, en Hollande et en Allemagne pendant et après la guerre, Joseph a parfois désespérément le mal du pays; son souhait le plus cher est de voir la guerre se terminer afin de pouvoir retourner au Canada y épouser sa bien-aimée. De juillet 1943 à novembre 1945, Joseph ne manque aucune occasion d’écrire à Jean; il lui arrive même quelquefois d’envoyer la même journée une lettre par avion et une lettre ordinaire. Certaines de ses lettres sont également accompagnées de souvenirs recueillis auprès de prisonniers allemands. En 2017, ses trois filles, Cathy Gaetz-Brothen, Bonnie Gaetz-Simpson et Linda Gaetz-Roberts, font don de ses lettres et souvenirs à Bibliothèque et Archives Canada.

Photographie en couleurs de paquets de lettres, dont un ficelé d’un ruban rouge. Sous les paquets se trouve la photographie d’une jeune femme vêtue d’un manteau et d’un élégant chapeau.

Lettres adressées à Jean McRae de Turner Valley, en Alberta.

Photographie en noir et blanc d’un militaire en uniforme, le bras autour d’une jeune femme vêtue d’une robe fleurie, devant une maison de planches.

Joe et Jean, la première journée de leurs fiancailles. 4 octobre 1942, Turner Valley.

Joseph Gaetz est originaire de la petite localité de Faith, en Alberta. Fils d’immigrants russes, il parle l’anglais et l’allemand pendant son enfance. Le 13 mai 1942, il s’engage dans les Calgary Highlanders; cinq mois plus tard, il se fiance à Jean McRae, de Turner Valley, en Alberta. Au début de 1943, il s’embarque pour l’Angleterre avec l’Unité de renfort de l’infanterie canadienne.

Photographie en noir et blanc d’un groupe de 18 soldats en uniforme, dans un champ cultivé.

Peloton de reconnaissance du Royal Hamilton Light Infantry.

En août 1944, Joe est envoyé au combat en France avec le Royal Hamilton Light Infantry; il est peu après déplacé en Belgique et en Hollande. Lorsque ses supérieurs constatent que Joe parle l’allemand, il devient interprète pour le peloton de reconnaissance, et participe à plusieurs expéditions derrière les lignes ennemies visant à ramener des prisonniers allemands. Voilà ce qu’il écrit dans une lettre adressée à Jean vers la fin de 1944 : « Une nuit, mon officier et moi sommes allés un mille derrière les lignes boches, et avons amené 52 prisonniers dans une grange… C’était toute une expérience. » [traduction] Dans une autre lettre, il dit à quel point il est étrange de capturer des Allemands ayant vécu au Canada avant la guerre. Dans d’autres lettres encore, il écrit avoir ramassé un pistolet (il en recueillera plusieurs autres pendant la guerre) dans le no man’s land. Joe raconte aussi à quel point il se sent nerveux avant chaque patrouille, mais qu’il a appris à se déplacer silencieusement pour éviter d’être repéré. Il attribue sa capacité d’éviter d’être blessé ou capturé à la photographie de Jean qu’il conserve dans sa poche poitrine. Il appelle cette photographie son « porte-bonheur », en soulignant que tous les autres soldats possèdent un talisman sous une forme ou une autre.

Sa connaissance de l’allemand lui permet de converser avec les hommes qu’il capture. Sans aimer particulièrement les Allemands, Joe reconnaît leur humanité et le sort qu’il partage avec eux. Il lui arrive souvent de parler avec les prisonniers qu’il garde ou qu’il ramène au camp. Il défie quelquefois leurs convictions – à une occasion, en demandant à un groupe de prisonniers s’ils croient encore qu’Hitler est un dieu. À un jeune soldat qui lui confie craindre d’être renvoyé en Allemagne après la guerre et d’y être fusillé comme déserteur, Joe lui répond de ne pas s’inquiéter, qu’il n’y aura plus d’Allemagne après la guerre.

Photographie en couleurs d’un livret ouvert à la première page. Un dépliant collé à l’intérieur de la couverture montre d’un côté une photographie, et de l’autre une ode aux femmes demeurées au pays, intitulée For Honour and for Her! [pour l’honneur et pour elle].

Le livret militaire de Joe, avec le poème et la photo de Jean collés à l’intérieur de la couverture (e011202230)

À l’instar de nombreux autres soldats, Joe conserve, pliée à la première page de son livret, une photo de sa bien-aimée, accompagnée d’un poème patriotique et moraliste intitulé For Honour and for Her! [pour l’honneur et pour elle]. Après s’être enquis de la santé de Jean, il prend soin de lui assurer qu’il se porte bien, lui dit s’il a reçu ou non ses plus récentes lettres, puis parle de la météo ou d’autres sujets anodins. Il fait suivre ces civilités d’observations sur la vie militaire – les corvées routinières qu’il doit accomplir, comment il est installé, la nourriture, les personnes qu’il a rencontrées de son coin de pays, etc.

Malgré le caractère souvent pénible des conditions au front, Joe se plaint rarement. En fait, il raconte en plaisantant avoir dormi dans des tranchées qu’il a lui-même creusées, et avoir fabriqué des cheminées de fortune à même des boîtes de fer-blanc vides. Il possède un solide sens du devoir personnel; il refuse d’envoyer quiconque faire son travail, et durant une période de sept mois, il ne prend pas une seule journée de congé. Dans une lettre, il relate stoïquement avoir passé la journée de Noël 1944 dans le no man’s land.

Occasionnellement, Joe et les autres éclaireurs de son peloton sont logés dans des familles locales. Joe apprend rapidement assez de flamand pour pouvoir communiquer avec les personnes qu’il rencontre; il relate comment les habitants locaux invitent souvent les soldats à souper ou leur offrent de faire leur lessive. Il décrit les jeunes enfants qu’il rencontre, quelquefois en incluant des photos.

À la fin de la guerre en Europe, Joe sert dans le Canadian Scottish Regiment au sein de la Force d’occupation de l’Armée canadienne en Allemagne. Au cours de cette période, il poursuit sa correspondance assidue à Jean.

Il revient au Canada en novembre 1945, puis est libéré à Calgary, en Alberta, le 18 janvier 1946, au grade de sergent. Il atteint le poste de gérant dans la cour à bois de Fort Macleod, pour enfin épouser Jean le 21 juin 1948. Ils ont trois filles, avant qu’il ne décède d’hypertension chronique à 41 ans. Cathy Gaetz-

Brothen, la plus jeune des filles, n’a qu’un an lors du décès de son père. Les lettres qu’il a écrites à sa mère revêtent pour elle une importance toute spéciale, puisqu’elles lui permettent de connaître un père dont elle n’a aucun souvenir.

Photographie en noir et blanc d’un homme en uniforme.

Joseph Gaetz en uniforme (e011202231)

Joseph Gaetz n’a pas connu une guerre particulièrement héroïque. Ce n’est pas un officier commissionné de haut grade placé à la tête d’un bataillon. Il ne s’est pas lancé à lui seul à l’assaut de nids de tireurs d’élite allemands. Il fait comme des milliers d’autres Canadiens : il s’enrôle et combat auprès de ses compagnons d’armes, espérant un jour rentrer à la maison et revoir sa bien-aimée. Joe fait partie des chanceux.

Visitez l’exposition Première : Nouveautés à Bibliothèque et Archives Canada au 395, rue Wellington, à Ottawa. Cette exposition se tient jusqu’au 3 décembre 2018; elle met en vedette nos plus récentes acquisitions et célèbre le savoir-faire des spécialistes en acquisition de Bibliothèque et Archives Canada. Chacun des articles exposés a été soigneusement choisi par un bibliothécaire ou un archiviste, qui en a rédigé la légende. L’entrée est libre.


Katie Cholette est archiviste à la Section des supports spécialisés de Bibliothèque et Archives Canada.

 

 

Nouveau balado! Écoutez notre plus récente émission, « La salle des merveilles de M. Lowy »

Vignette d'une page manuscriteNotre plus récente émission de baladodiffusion est maintenant en ligne. Écoutez « La salle des merveilles de M. Lowy ».

Au fond d’un obscur corridor de notre édifice d’Ottawa se trouve une mystérieuse salle débordante de magnifiques volumes empreints de sagesse ancestrale. « La salle Lowy », comme l’appelle affectueusement le personnel de Bibliothèque et Archives Canada (BAC), est un musée en soi qui renferme 3 000 volumes rares, souvent uniques, remontant au 15e siècle. En 1977, Jacob M. Lowy a fait don à BAC de cette collection de livres hébraïques et judaïques, à condition qu’elle soit conservée ensemble, comme une collection distincte, et qu’un conservateur lui soit spécialement affecté.

Dans cet épisode, nous nous entretenons avec Michael Kent, l’actuel conservateur de la collection Jacob M. Lowy, qui nous présente quelques-uns des fabuleux ouvrages de cette collection et nous raconte des histoires entourant leurs pérégrinations.

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