Passez-vous à côté du plaisir d’écouter des balados?

Saisie d’écran du site web de BAC

Il y a un podcast pour tout le monde sur le site web de LAC.

Les balados existent depuis de nombreuses années mais, au cas où vous ne le sauriez pas, voici quelques informations.  Les balados sont parfois décrits comme des émissions de radio sur l’internet que vous pouvez écouter quand vous voulez. Il s’agit en fait d’une série d’émissions diffusées en ligne sous forme de fichiers individuels de médias numériques. Une fois téléchargées, les émissions de baladodiffusion peuvent être écoutées en tout lieu et en tout temps. Les balados sont populaires en raison notamment de la variété qu’ils offrent aux auditeurs sur les plans du style, de la forme et du contenu. Ils peuvent devenir des groupes de réflexion informels, constituer un lieu de narration, nous tenir au courant de l’actualité, approfondir des sujets particuliers, ainsi que nous exposer à une myriade de nouvelles idées.

Photo noir et blanc d’une foule de personnes autour d’un aéronef blanc.

La sortie du premier Avro Canada CF-105 Arrow à Malton, en Ontario, le 4 octobre 1957. La foule donne une indication de la taille de l’aéronef. (e999912501)

Dans le cas de notre balado Découvrez Bibliothèque et Archives Canada, le média sert de passerelle vers la vaste et riche collection de Bibliothèque et Archives Canada (BAC). Qu’il s’agisse de discuter d’un pannotype ancien avec un conservateur de photos, de se plonger dans l’histoire controversée de l’Avro Arrow ou de souligner la vie remarquable de Tom Longboat, notre balado informe, surprend et divertit.

Notre équipe dévouée de baladodiffuseurs déploie des efforts considérables pour la préparation de chaque émission de baladodiffusion. Elle puise son inspiration dans les collections archivistiques et bibliographiques, si nombreuses que cela rend difficile le choix des sujets pour les émissions à venir. Toutefois, grâce aux séances de remue-méninges, aux travaux de recherche et aux rencontres avec des experts, l’équipe est en mesure de choisir des sujets qui fascineront les auditeurs.

Image couleur d’un coffret en papier tapissé de velours rouge. Sur le côté droit, une photo en noir et blanc encadrée par un passe-partout de cuivre représente un jeune homme vêtu d’un veston de couleur foncée.

Un pannotype d’un jeune homme inconnu, dans un coffret en papier (e011200812_s15-v8)

Ensuite, les discussions avec les experts sont enregistrées, et après quoi commence la magie du travail dans l’ombre. Nos spécialistes de la production multimédia consacrent des heures à étudier les enregistrements afin d’en choisir les meilleurs extraits, qu’ils rassemblent pour en faire un tout cohérent et simplifié. Ce résultat, multipliez-le par deux, car chaque balado est produit en français et en anglais afin que tous les Canadiens puissent y avoir accès.

À ce jour, nous avons diffusé 67 émissions complètes de baladodiffusion, et 5 émissions plus courtes dans notre série Trésors dévoilés et nos auditeurs semblent enchantés. La popularité des émissions place systématiquement le balado de BAC parmi les meilleurs dans sa catégorie sur iTunes. Par l’étendue des sujets traités et la profondeur du savoir communiqué par les experts que nous interrogeons, Découvrez Bibliothèque et Archives Canada contribue grandement au paysage international du balado.

Si vous ne l’avez pas encore écouté, le moment est venu de le faire. Écoutez les émissions dans la voiture, en lavant la vaisselle, seul ou avec des amis. Découvrez Bibliothèque et Archives Canada est le remède parfait contre l’ennui et vous plongera dans le monde fascinant du patrimoine culturel du Canada que contient notre fabuleuse collection.

Photo noir et blanc de deux militaires portant un uniforme de la Première Guerre mondiale. Assis, sourire aux lèvres, ils achètent un journal d’un jeune garçon. Le militaire à droite prend le journal d’une main et donne l’argent au garçon de l’autre.

Le soldat Tom Longboat, coureur de fond onondaga, achète un journal d’un garçon français, juin 1917. (a001479)

Ressources connexes

Insolite et fier de l’être : l’histoire méconnue du Musée des archives

Par Geneviève Morin

Par une journée ordinaire de juin 2011, un mystère improbable atterrit sur les bureaux des archivistes en art documentaire de Bibliothèque et Archives Canada (BAC). Il s’agit d’une petite statuette en bronze représentant le général James Wolfe. Cette œuvre du sculpteur Vernon March vient tout juste d’être trouvée à l’hôtel Lord Elgin, à Ottawa, soigneusement emballée et discrètement laissée sans surveillance. Le seul indice est une note dans laquelle l’auteur anonyme exprime son regret d’avoir volé la statuette « dans un acte de folie » lors d’une visite aux Archives dans les années 1950. Arrivant au crépuscule de sa vie, le voleur souhaite faire amende honorable…

Les archivistes qui connaissent l’histoire des collections non textuelles de BAC se mettent immédiatement au travail, entreprennent des recherches et dénichent des documents. La provenance est confirmée : la représentation en bronze du général Wolfe avait en effet été ajoutée aux collections des Archives en 1914! La statuette, récupérée avec gratitude, est finalement envoyée au lieu qui l’abrite actuellement, le Musée canadien de l’histoire.

Une question demeure toutefois : à l’époque, pourquoi les Archives décident-elles d’inclure ce type de sculpture dans la collection? Ne se limitent-elles pas généralement aux documents bidimensionnels, notamment les ressources textuelles, les photographies, les cartes et les dessins? Bien entendu, même si de nombreux Canadiens savent que BAC et les institutions qui l’ont précédé (les Archives nationales du Canada, la Bibliothèque nationale du Canada et les Archives publiques du Canada) acquièrent des ressources non textuelles depuis plus de 130 ans, peu connaissent la raison pour laquelle nos collections étaient – et, dans certains cas, sont encore – si éclectiques.

L’audacieuse ambition d’Arthur Doughty

Disons les choses simplement : à BAC, la diversité des fonds d’archives d’hier et d’aujourd’hui est attribuable en grande partie au deuxième archiviste fédéral du Canada, Arthur Doughty. Comme il l’explique dans le Catalogue of Pictures des Archives de 1925, son ambition n’est alors rien de moins que de faire de l’institution un ministère national d’histoire où sont préservées les sources de toute nature ayant une valeur pour l’étude de l’histoire du Canada. Il s’agit d’un mandat important, c’est le moins que l’on puisse dire…

Photo noir et blanc d’un homme moustachu portant un costume sombre et des bottes. Il est assis sur une chaise de bois et lit un livre, près d’un bureau de bois recouvert de papiers. À l’arrière-plan, on voit de grandes plantes, un mur présentant de nombreuses images encadrées et un manteau de cheminée. Le fauteuil de campagne en cuir du général Wolfe est appuyé contre le mur, à la droite de l’homme.

Arthur G. Doughty, archiviste fédéral, vers 1920, studio Pittaway. (c051653)

Après sa nomination en 1904, Arthur Doughty exprime sa vision en diversifiant beaucoup les types d’acquisitions que font les Archives. L’un des exemples les plus frappants de ce changement dans les pratiques d’acquisition est sans nul doute la gargantuesque maquette de la ville de Québec préparée par Duberger (voir ci-dessous) et transférée du ministère de la Guerre britannique en 1908.

Photo noir et blanc d’une grande salle présentant des tables d’exposition de part et d’autre et des luminaires suspendus au plafond. À l’arrière-plan, on aperçoit une grande maquette de ville.

Salle Grey, édifice des Archives publiques du Canada, rue Sussex, Ottawa (Ontario), après 1926. (a066642) (La maquette a été construite à Québec par le dessinateur Jean-Baptiste Duberger et le lieutenant-colonel John By, membre des Royal Engineers, entre 1806 et 1808. Aujourd’hui, la maquette est sous la garde de Parcs Canada.)

Au fil des ans, les Archives deviennent les gardiennes de milliers d’articles divers, dont les artéfacts suivants :

  • la tunique rouge que portait Isaac Brock au moment de son décès lors de la bataille des hauteurs de Queenston
  • le fauteuil de campagne de cuir de James Wolfe (photographié ci-dessus dans le bureau de Arthur Doughty, à gauche)
  • une massue casse-tête qui aurait été utilisée pendant la guerre de 1812, ainsi que plusieurs autres armes
  • des lunettes, des armes et des vêtements autochtones
  • des miroirs, des chandeliers et diverses pièces de mobilier
  • les plus vastes collections de pièces de monnaie, de jetons, de papier-monnaie, de médailles et de décorations du pays
  • des curiosités, comme un pilon à pommes de terre en bois qui aurait été utilisé dans la cuisine de sir John Johnson, et un ensemble élaboré de cloches de traîneau en laiton ayant appartenu à la princesse Louise et au marquis de Lorne

Bref, rien ne semble alors être exclu pour les Archives, tant que cela peut permettre aux Canadiens d’apprendre quelque chose sur leur histoire.

Photo noir et blanc d’une armoire en bois avec un miroir. Sur le dessus de l’armoire se trouve une horloge de cheminée ornementée. De chaque côté de l’armoire, on voit deux candélabres représentant des grues se tenant sur le dos de tortues.

Pendule de cheminée des Frères Raingo exposée dans l’édifice des Archives publiques, date inconnue. (a066643)

Un incontournable, tant pour les gens du coin que pour les visiteurs

Considérées comme une maison aux trésors pour l’historien canadien par le magazine Saturday Night en 1910, les Archives élaborent au fil du temps un programme muséal très réussi, offrant aux Canadiens l’occasion de s’immerger dans des expositions diversifiées combinant des publications, des ressources textuelles et des produits spécialisés de diverses formes, comme des cartes, des photographies, des peintures, des gravures et des artéfacts tridimensionnels. Ce n’est peut-être qu’une coïncidence, mais on peut apercevoir la tristement célèbre statuette de Wolfe dans la photo ci-dessous, prise vers 1926, sous le tableau de Benjamin West La mort du général Wolfe, dans la salle Northcliffe des Archives.

Photo noir et blanc d’une salle où se trouvent des bibliothèques et des vitrines d’exposition. À l’arrière-plan, on voit des fenêtres et des plantes.

Salle Northcliffe, édifice des Archives publiques du Canada, rue Sussex, Ottawa (Ontario), vers 1926-1930. (a137713). On peut voir la statuette de Wolfe, sculptée par Vernon March, sur le dessus de la vitrine d’exposition se trouvant sous le grand tableau, le long du mur à droite.

Installées dans diverses aires, dont trois salles conçues sur mesure au rez-de-chaussée de l’édifice des Archives, au 330, rue Sussex, les expositions permanentes sont régulièrement complétées par des expositions spéciales soulignant des événements commémoratifs, l’arrivée d’acquisitions importantes ou la visite d’invités de marque. L’espace est restreint, mais sous la direction d’Arthur Doughty et des conservateurs MM. Weber et A.E.H. Petrie, presque chaque espace utilisable est considéré comme un endroit où mettre en valeur la collection, même les corridors et le bureau de Arthur Doughty.

Photo noir et blanc d’une grande salle où se trouvent des vitrines d’exposition, une statue, des drapeaux, des plantes, des images encadrées, des chaises et un trône.

Salle Minto, édifice des Archives publiques du Canada, aménagée pour une réception à l’intention des délégués participant à la Conférence impériale, Ottawa, août 1932 (c000029). À l’époque, le trône du monarque (au centre, à droite) est conservé au Musée des archives lorsqu’il n’est pas utilisé au Sénat du Canada.

Photo noir et blanc d’une salle longue et étroite. Il y a deux luminaires suspendus au milieu de la salle, et les murs sont couverts d’affiches.

Salle des affiches de guerre, édifice des Archives publiques du Canada, rue Sussex, Ottawa (Ontario), vers 1944 (a066638). Nous trouvons encore des trous de punaises dans certaines affiches de guerre des collections préservées à BAC. Les pratiques de conservation et d’exposition ont beaucoup évolué depuis l’époque de la Salle des affiches de guerre!

C’est ainsi qu’au fil du temps, le Musée des archives accueille d’innombrables groupes d’écoliers, d’universitaires, de passionnés d’histoire et de dignitaires en visite. On compte même la visite de la princesse Elizabeth et du duc d’Édimbourg, en 1951. Le couple royal semble grandement apprécier l’expérience. En effet, comme le rapportent fièrement les responsables des Archives, au moment où le groupe signe le registre des visiteurs et part pour Rideau Hall, une période beaucoup plus longue que celle prévue dans le programme officiel s’est écoulée.

Photo noir et blanc de quatre hommes et d’une femme regardant des articles dans une vitrine d’exposition. Un homme pointe du doigt un document dans la vitrine.

Leurs Altesses Royales la princesse Elizabeth et le duc d’Édimbourg, accompagnés de l’honorable F. Gordon Bradley, secrétaire d’État (à gauche), aux Archives publiques. Rapport sur les Archives publiques pour l’année 1951.

Au milieu des années 1960, la popularité du musée connaît une hausse fulgurante. Malheureusement, comme l’observe M. Petrie en 1960, ce grand succès a des effets négatifs : un seul gardien ne semble pas suffire pour les trois salles, car on note que des larcins et des actes de vandalisme mineurs sont commis sur des objets de la collection. La sécurité a du mal à assurer une surveillance suffisante étant donné que les visiteurs sont de plus en plus nombreux. Peut-être est-ce dans ces conditions que la statuette de Wolfe disparaît, malheureusement…

L’inévitable non-durabilité

Au bout du compte, l’approche bien intentionnée d’Arthur Doughty ne peut visiblement plus fonctionner. En près de 60 années d’existence, le Musée des archives accumule une telle collection tridimensionnelle que l’édifice des Archives est plein à craquer. L’espace devient si restreint qu’en 1965, les salles d’exposition de l’édifice de la promenade Sussex [la rue est devenue promenade en 1953] doivent être déménagées dans des locaux temporaires à l’édifice Daly, près du Château Laurier. Il en est de même pour les artéfacts excédentaires, jusque-là entreposés dans l’édifice Loeb sur la rue Besserer.

Photo noir et blanc de deux édifices. À gauche, on aperçoit des personnes et des voitures floues. Au premier plan, on peut voir des lignes électriques.

Hôtel G.T.R. [Château Laurier] et édifice Ria [Daly]. Photo : William James Topley, après 1911 (a009116). En 1921, le gouvernement fédéral achète et commence à occuper l’édifice Daly, un immeuble commercial.

La question épineuse du Musée des archives est évaluée par la Commission Massey en 1951 et la Commission Glassco en 1963; elle vient ajouter le poids nécessaire à l’argument en faveur de la réduction des collections. Bien qu’à l’époque, les Archives ne se limitent pas à leur rôle traditionnel à un moment où « aucune autre solution n’est disponible », il devient évident qu’il est impossible et qu’il n’est plus nécessaire de tenir à la fois le rôle d’archives nationales et de musée. Vient alors le moment de partager le fardeau de la responsabilité avec d’autres institutions existantes.

Un nouvel édifice, mais des collections réduites

En 1967, la Bibliothèque nationale et les Archives nationales du Canada déménagent dans de nouveaux locaux au 395, rue Wellington, à Ottawa. Cet immeuble moderne, conçu sur mesure, comprend des aires d’exposition. Toutefois, il n’est pas prévu que les expositions d’antan y soient reproduites; l’accent sera plutôt mis sur la richesse des ressources qui garnissent les fonds et les collections d’archives et de bibliothèque.

Les années qui suivent le déménagement sont donc consacrées à la répartition de la collection du Musée des archives. La plupart des artéfacts tridimensionnels sont transférés au futur Musée de l’homme (aujourd’hui le Musée canadien de l’histoire), tandis que les trophées de guerre et les artéfacts militaires demeurent à l’édifice de la promenade Sussex pour continuer à faire partie de la collection du Musée canadien de la guerre. Environ 16 000 pièces de monnaie et autres objets liés à la numismatique sont envoyés à la Banque du Canada. Les fonds philatéliques des Archives sont pour leur part transférés au ministère des Postes. Les Archives conservent leurs collections de quelque 6 000 médailles et jetons militaires, commémoratifs et ecclésiastiques. Ces dernières, ainsi que l’importante collection de peintures, continueront à faire partie des collections d’art documentaire et d’objets des Archives publiques. M. Petrie reste en poste à titre de conservateur du musée et de la numismatique, guidant les groupes dans les expositions de tableaux et autres, ainsi que dans la découverte des impressionnants éléments décoratifs et architecturaux du nouvel immeuble.

Un héritage permanent

À mesure que BAC progresse dans le 21e siècle, l’esprit ambitieux d’Arthur Doughty et l’héritage du Musée des archives se perpétuent à travers une approche purement canadienne des archives. Des documents gouvernementaux, des archives privées et des ressources non textuelles de toutes sortes ont été recueillis et conservés pendant plus de 100 ans. Cette approche est à l’origine de l’ensemble éclectique de compétences que possèdent encore aujourd’hui les professionnels de BAC. Plus important encore, elle fait en sorte qu’un patrimoine documentaire diversifié continue d’intriguer, d’informer et d’impressionner les Canadiens et les visiteurs, même si les règles de sécurité et d’accès sont devenues un peu plus strictes après l’affaire de la statuette de Wolfe.


Geneviève Morin est archiviste principale pour l’art documentaire, les objets et la photographie à la Division des archives gouvernementales, à Bibliothèque et Archives Canada.

Des portraits et des lieux : le fonds Gabor Szilasi

Par Jill Delaney

C’est avec plaisir que Bibliothèque et Archives Canada (BAC) annonce une importante acquisition, soit un lot de photographies de Gabor Szilasi représentant l’ensemble de son œuvre (1954-2016), dont approximativement 80 000 négatifs et 41 photographies. Cette acquisition contribuera à la préservation de son legs et permettra à la population canadienne et aux chercheurs étrangers de découvrir toute la profondeur et l’envergure de la carrière et de la vision de ce photographe d’exception. Le fonds Gabor Szilasi renferme maintenant ses premières images réalisées en Hongrie, les négatifs de tous ses projets personnels en terre canadienne, ainsi que les photographies prises lors de ses visites en Hongrie et de ses voyages à l’étranger, y compris en Italie, en Pologne, en France et aux États-Unis.

Gabor Szilasi voit le jour en 1928 à Budapest, en Hongrie. Sa mère est violoniste à l’Orchestre symphonique de Budapest, et le foyer et la société dans lequel il grandit valorisent la musique, les arts et la culture (Szilasi sera lui-même clarinettiste dans un orchestre amateur à Montréal pendant plusieurs années). Sa mère connaît une fin tragique dans un camp de concentration, et sa sœur et son frère meurent de maladie pendant la Deuxième Guerre mondiale.

La Hongrie est réputée pour produire d’excellents photographes, dont André Kertesz, Brassaï, Lászlō Moholy-Nagy et Robert Capa. Pourtant, pour Gabor Szilasi, le chemin vers la carrière de photographe est loin d’être tout tracé. En effet, il s’inscrit dans une école de médecine en 1948, mais doit interrompre ses études alors qu’il tente d’échapper au nouveau régime communiste en 1949. Il est emprisonné durant cinq mois et se voit interdire de poursuivre ses études universitaires et tout travail professionnel. Après sa libération, il travaille à la pièce et comme manœuvre, mais passe en même temps de nombreuses heures à l’Alliance Française (un réseau international de centres axés sur la promotion de la langue et de la culture françaises). Il obtient ainsi l’accès à une bibliothèque renfermant de nombreux livres de photographie. Il fait l’acquisition de son premier appareil photo en 1952 et commence alors à croquer sur le vif des scènes de ville et de ses vacances, ainsi qu’à photographier sa famille et ses amis. On peut sentir dans les premières images de Gabor Szilasi l’influence des photographes hongrois, mais aussi celle du cinéma néoréaliste italien qu’il affectionne, tout comme son intérêt pour la représentation des gens « ordinaires ».

Photo noir et blanc de trois femmes en maillot de bain, prenant la pose sur un quai.

Au lac Balaton, en Hongrie, vers 1954-1956. Photo : Gabor Szilasi (e011435661)

Gabor Szilasi tente à nouveau de fuir le pays, peu après la révolution hongroise de 1956. Le fonds détenu à BAC renferme les négatifs des photos qu’il a prises à Budapest pendant cette période de grand chaos, dont celles montrant l’intervention de l’armée soviétique pour réprimer les manifestations. Il se réfugie en Autriche quelques jours plus tard. Son père vient le rejoindre peu de temps après et fait passer clandestinement les négatifs en question dans la couche du bébé d’un ami.

Photo noir et blanc d’une foule entourant un monument renversé. Des hommes se tiennent debout sur le monument, regardant vers le bas.

Foule prenant d’assaut un monument en hommage à Staline, Budapest, 1956. Photo : Gabor Szilasi (e011313448)

En 1957, Gabor Szilasi et son père débarquent à Halifax en tant que réfugiés. L’artiste est alors envoyé directement dans un sanatorium afin d’y être traité pour la tuberculose. Au cours de l’année suivante, il profite de sa convalescence pour apprendre le français et l’anglais et se plonger dans les images et les photoreportages de revues telles que Life, Paris Match et Saturday Night. Son père, Sandor Szilasi, trouve du travail dans le secteur de la foresterie. Une fois rétabli, Gabor Szilasi décroche lui aussi un emploi et se remet à la photographie. Il fait alors la rencontre de divers photographes québécois, qui l’encouragent à poursuivre dans cette voie. En août 1958, à l’occasion de la 20e édition annuelle du concours national de photographie de journal, une photographie prise à Budapest lui vaut son premier prix canadien.

En janvier 1959, Gabor Szilasi obtient à Montréal son premier emploi en photographie en tant que technicien de chambre noire au Service de ciné-photographie du Québec, qui deviendra plus tard l’Office du film du Québec (OFQ). Il est rapidement promu photographe, et ses activités l’amènent à se déplacer fréquemment partout en province.

Il continue d’étudier les œuvres d’autres photographes, constituant au fil du temps une impressionnante bibliothèque personnelle sur le sujet. Au cours de cette période, il est influencé par des photographes comme Paul Stand et Walker Evans, dont les portraits de la « vie quotidienne de gens ordinaires » jouent un rôle de premier plan dans le développement du documentaire social du milieu du 20e siècle. Dans ses déplacements pour l’OFQ, l’artiste développe une fascination pour le parler provincial et pour les habitants et les lieux du Québec rural, et il y découvre une culture et un mode de vie qui n’ont rien de commun avec ce qu’il a connu à Budapest.

Au début des années 1970, il obtient son premier poste d’enseignant en photographie, au Cégep du Vieux-Montréal (1971-1979), puis il enseigne à l’Université Concordia (1980-1995). Au cours de cette période, l’artiste entreprend un projet personnel dans les régions et crée une série de portraits et de panoramas remarquables qui lui valent une reconnaissance nationale et internationale. S’armant d’un appareil 4×5 et d’un trépied, de sa curiosité (l’artiste se qualifie lui-même de « fouineur »), de son affabilité et de son charme discret, il se rend entre autres à l’Isle-aux-Coudres, dans Charlevoix et dans Lotbinière et obtient des habitants qu’ils lui ouvrent la porte de leurs maisons et de leurs commerces. Son travail attire alors l’attention du milieu canadien de la photographie et des archivistes des Archives publiques du Canada (aujourd’hui Bibliothèque et Archives Canada). En 1975 et en 1982, les Archives publiques du Canada font l’acquisition de 51 des photographies prises par Gabor Szilasi.

Photo noir et blanc d’un homme se tenant dans l’embrasure d’une porte, la main gauche appuyée sur la hanche. Il porte une casquette de baseball et des bretelles, et il sourit à l’objectif. Des fleurs et un drapeau du Québec encadrent la porte.

Portrait de Louis-Philippe Yergeau, 1977. Photo : Gabor Szilasi (e011435658)

La composition des photos de l’artiste est soignée et révélatrice de l’environnement dans lequel évoluent les personnes qu’il rencontre au fil des années. Les éléments entourant ses sujets font office d’iconographie vernaculaire, racontent leur vie et mettent en lumière leur place dans la vie culturelle et sociale d’un Québec rural en pleine transformation. Dans les années 1970, les excursions photographiques de Gabor Szilasi, p. ex. en Abitibi-Témiscamingue et à Rouyn-Noranda, commenceront plutôt à porter sur les villages eux-mêmes et révéleront son autre champ d’intérêt durable : la photographie d’architecture.

Photo noir et blanc d’un bâtiment de couleur blanche, situé au coin d’une rue et flanqué de deux escaliers menant à la porte d’entrée. Sur le bâtiment, on peut lire à quatre endroits l’inscription « Taverne du coin ». Un panneau d’arrêt se trouve devant le bâtiment.

Taverne du Coin, Rouyn, Québec, 1979. Photo : Gabor Szilasi (e010692454)

Ces deux thèmes – portrait et architecture – s’imposeront tout au long de sa carrière prolifique. En 1983, BAC fait l’acquisition de certaines photographies de commerces de la rue Sainte-Catherine, un projet que l’artiste avait entamé en 1979. Les prises de vue sur toute la longueur de la rue invitent le spectateur à réfléchir à l’histoire de ces bâtiments et de la rue elle-même, depuis les façades d’origine datant du 19e et du début du 20e siècle, jusqu’à la superposition ultérieure de nouvelles enseignes, de nouveaux revêtements ou d’autres travaux d’embellissement et de rénovation. Le travail de Gabor Szilasi est en grande partie orienté par sa conscience aiguë de la transformation constante qui imprègne et façonne notre culture moderne.

Photo noir et blanc d’un bâtiment à la façade blanche et foncée. Les mots « Molly McGuire’s Pub » (avec un petit trèfle) y sont inscrits. À l’avant-plan, on voit deux hommes et une voiture.

Molly McGuire’s Pub, 2204, rue Sainte-Catherine Ouest, Montréal, 1977. Photo : Gabor Szilasi (e010692455)

Le fonds Gabor Szilasi renferme des photos et des négatifs de deux autres projets de photographie d’architecture. Dans ses projets portant sur les intersections, l’artiste élargit, au sens littéral, sa vision des commerces de Montréal en privilégiant des prises de vues étendues des intersections caractéristiques de la ville. Sur ces images prises avec soin à l’aide d’un appareil grand angle, les bâtiments évoquent des îlots perdus au milieu du bitume et de la circulation routière. L’artiste présente ainsi un reflet sombre de cette ville nord-américaine.

Photo noir et blanc d’un grand bâtiment d’usine à une intersection routière. Un viaduc reliant le bâtiment à une route se trouve du côté droit de l’image. Du côté gauche, on peut voir une file de voitures garées.

Coin du boulevard Saint-Laurent et de l’avenue Van Horne, Montréal, 1981. Photo : Gabor Szilasi (e010692453)

Dans son projet LUX, le photographe s’intéresse à la qualité de la lumière autant qu’à l’architecture, alors qu’il dépeint le langage visuel et les motifs de la culture de consommation. Muni de son appareil, il s’aventure dans le crépuscule estival pour immortaliser les enseignes au néon des commerces de détail de Montréal à ce moment magique qui sépare le jour de la nuit, lorsque le ciel semble briller avec la même intensité que les néons, conférant au spectateur un sentiment de ravissement et d’intimité.

Photo couleur d’une enseigne lumineuse de restaurant se trouvant sur un bâtiment de brique orné de grandes arches. On peut y voir les mots « Frites dorées » et les images d’un hamburger, d’une poutine et d’un hot-dog.

LUX : Frites Dorées, Montréal, vers 1982-1985. Photo : Gabor Szilasi (e011435666)

Le fonds détenu à BAC fait également ressortir la polyvalence et la nature évolutive de l’art du portrait de Gabor Szilasi au fil du temps. En effet, au cours de sa carrière, le photographe joue avec différentes approches et divers appareils afin d’explorer la notion même du portrait. Parmi les négatifs se trouvent ses premiers projets de photographie dans les rues de Budapest, des portraits du milieu rural, des diptyques de portraits de la fin des années 1970, des portraits collaboratifs à recadrage serré pris avec un Polaroid 55 à partir de 1992, ainsi que son projet d’autoportrait avec les clients de l’institut Les Impatients, à Montréal, en 2003-2004.

Entre deux projets d’envergure, Gabor Szilasi s’affaire à représenter la scène artistique, les artistes et les écrivains de Montréal, mais aussi des Montréalais de tous genres. C’est alors qu’il produit ce portrait inoubliable d’un vendeur de voitures au Salon de l’auto de 1973. Il s’emploie également à dépeindre la diversité de sa ville adoptive, depuis la prise d’une photographie de rue illustrant ses concitoyens pendant les célébrations de la Saint-Jean-Baptiste en 1970, jusqu’à ce projet documentaire sur les habitants du quartier immigrant de Saint-Michel qu’il entreprend en 1996.

Photo noir et blanc d’un homme en complet, portant un œillet blanc au revers de sa poche et s’appuyant sur le capot d’un modèle de voiture des années 1970. L’homme a les bras croisés et sourit à l’objectif.

Vendeur chez Ford/Mercury, Salon de l’automobile, Place Bonaventure, Montréal, 1973. Photo : Gabor Szilasi (e011435663)

Ces négatifs témoignent du profond engagement de Gabor Szilasi envers les milieux de la photographie et des arts à Montréal. Comme le font la plupart de ses pairs, l’artiste transporte son appareil presque partout. Il en résulte un corpus d’œuvres hétérogène, mais considérable, illustrant ses amis et de nombreux autres photographes, artistes, écrivains et musiciens. En 2017, une grande exposition (Gabor Szilasi : Le monde de l’art à Montréal, 1960-1980) réunissant les photographies des innombrables vernissages auxquels il a assisté depuis 1960 est présentée au Musée McCord, à Montréal. D’autres images moins connues de la collection proviennent de ses nombreuses commandes, y compris pour le Cirque du Soleil, le Centre Canadien d’Architecture et le Musée des beaux-arts de Montréal (photographies prises à Giverny, en France), mais aussi des visites de retour à Budapest et des voyages à l’étranger accomplis pendant sa longue carrière.

Photo noir et blanc d’un ancien grand immeuble couvert de publicités faisant la promotion du logo de Canada Dry, et montrant une femme blonde ainsi que les jambes d’une femme portant des talons hauts. Devant l’immeuble, on peut voir des passants et des arbustes.

Budapest (Canada Dry), Budapest, Hongrie, 1995. Photo : Gabor Szilasi (e011435665)

Photo noir et blanc d’un homme portant une chemise à rayures boutonnée et un pantalon foncé, le regard tourné vers l’objectif. Il est assis à l’envers sur une chaise à roulettes, à côté d’un bureau sur lequel on peut voir une lampe, des papiers et des livres.

Sam Tata dans son appartement, Ville Saint-Laurent, juin 1988. Photo : Gabor Szilasi (e011435660)

Photo noir et blanc d’un homme portant une chemise boutonnée, un chandail jeté sur ses épaules. L’homme se tient debout derrière un appareil photo reposant sur un trépied.

Gabor Szilasi [le photographe Gabor Szilasi prenant des photos dans l’appartement de Sam Tata], Ville Saint-Laurent, 1979. Photo : Sam Tata (e010977793)

Enfin, la plus récente acquisition de BAC au titre de ce fonds concerne un certain nombre de tirages d’autoportraits de Szilasi. On y trouve de tout : une œuvre de jeunesse où le photographe, désinvolte, tient l’appareil à bout de bras; un portrait énigmatique pris dans la chaleur d’une chambre de motel à Cocoa Beach, en Floride, sa femme et sa fille se tenant derrière lui dans l’embrasure de la porte; de même qu’une photographie plus récente (2014) de lui dans un miroir, entouré de centaines des livres de photographie qu’il affectionnait tant.

Photo couleur de Gabor Szilasi regardant vers l’objectif, à travers un miroir, entouré d’étagères remplies de livres.

Autoportrait, Westmount, 2014. Photo : Gabor Szilasi (e011435667)

Ces images reflètent d’autant plus la passion de Gabor Szilasi pour l’expérimentation du support auquel il a été exposé pour la première fois à la bibliothèque de l’Alliance Française à Budapest. Les négatifs et les photographies du fonds détenu à BAC constituent autant d’images des personnes et des endroits qui sont devenus sa communauté et son foyer à Montréal et partout au Québec.

Ressources additionnelles:


Jill Delaney est archiviste principale en photographie dans la Section des supports spécialisés de la Division des archives privées, à Bibliothèque et Archives Canada.

Un nouveau départ : 150 ans d’infrastructures fédérales en Colombie-Britannique – Région du Lower Mainland : L’entrepôt de vérification des douanes

Par Caitlin Webster

La Colombie-Britannique s’est jointe au Canada en 1871, il y a 150 ans. Dans les années qui ont suivi, les infrastructures fédérales se sont répandues dans toute la province. Ce processus est bien documenté dans les collections de Bibliothèque et Archives Canada. La présente série de huit blogues met en lumière des bâtiments, des services et des programmes, ainsi que leur impact sur les diverses régions de la Colombie-Britannique.

De nombreux résidents et touristes admirent la tour de l’horloge caractéristique de l’ancien bureau de poste de Vancouver, à l’angle des rues Hastings et Granville. Par contre, rares sont ceux qui font quelques pas de plus pour admirer l’architecture classique de l’entrepôt de vérification des douanes, sur la rue Howe

Photographie en noir et blanc de l’extérieur de l’entrepôt de vérification des douanes à Vancouver. Un trottoir en bois se trouve au premier plan. Des charrettes tirées par des chevaux livrent des marchandises à l’entrée du bâtiment.

L’entrepôt de vérification des douanes à Vancouver, en Colombie-Britannique (a046650-v8)

En raison de l’augmentation des échanges commerciaux pendant les années de prospérité qui précèdent la Première Guerre mondiale, les villes canadiennes ont besoin d’entrepôts plus grands. En 1908, le gouvernement fédéral approuve l’achat d’un site à Vancouver pour 75 000 $. Situé sur le territoire traditionnel des Premières Nations Musqueam, Squamish et Tsleil-Waututh, le bâtiment sert d’annexe au bureau de poste. C’est l’un des quatre bâtiments appartenant au gouvernement fédéral sur le site.

Document décrivant la décision d’acheter un terrain pour construire un entrepôt de vérification à Vancouver. Le document est signé par le premier ministre Wilfrid Laurier.

Décret de 1908 pour l’achat d’un terrain où sera construit un entrepôt de vérification à Vancouver (e010701436)

L’entrepôt de Vancouver, l’un des huit nouveaux postes de douane construits au pays, partage de nombreux éléments architecturaux avec ses homologues de Montréal, Calgary, Edmonton, Winnipeg et Port Arthur. L’architecte en chef des Travaux publics David Ewart et son équipe choisissent une façade d’inspiration classique avec une base en pierre rustiquée, des fenêtres rectangulaires, une lourde corniche à la ligne de toit et des pilastres ornementaux en brique donnant l’apparence de colonnes de soutien. Construit de 1911 à 1913, le bâtiment est l’une des premières structures de Vancouver munies d’une charpente métallique moderne et de planchers en béton armé.

Photographie en noir et blanc montrant l’entrepôt de vérification des douanes en construction, à Vancouver. La section inférieure est en pierre, tandis que la section supérieure a une structure en acier et une maçonnerie non finie.

L’entrepôt de vérification des douanes en construction, Vancouver, 5 août 1912 (a046662-v8)

En 1983, le gouvernement fédéral reconnaît officiellement l’entrepôt de vérification des douanes comme un bâtiment patrimonial, au même titre que le bureau de poste, l’édifice Winch et le bâtiment fédéral adjacent. Le ministère des Travaux publics lance ensuite un ambitieux projet de restauration et relie les quatre bâtiments par un atrium en verre. Achevé à temps pour l’exposition universelle de 1986, le complexe est désormais connu sous le nom de Centre Sinclair, en l’honneur du politicien et homme d’affaires James Sinclair (1908-1984). Le Centre abrite actuellement plusieurs bureaux du gouvernement fédéral et de nombreux commerces de détail et entreprises.

Ainsi se termine notre série sur les premières infrastructures fédérales en Colombie-Britannique. Les projets ont varié en fonction des besoins des diverses régions géographiques de la Colombie-Britannique, mais c’est généralement l’augmentation de la population qui est à l’origine de l’extension des services fédéraux. Les infrastructures fédérales ont eu des répercussions importantes et permanentes sur les Premières Nations et les Métis vivant dans la région. Elles ont également modifié le paysage des villages, des villes et des zones rurales de la province.


Caitlin Webster est archiviste principale à la Division des services de référence au bureau de Vancouver de Bibliothèque et Archives Canada.

Un nouveau départ : 150 ans d’infrastructures fédérales en Colombie-Britannique – Île de Vancouver : Le laboratoire fédéral d’astrophysique

Par Caitlin Webster

La Colombie-Britannique s’est jointe au Canada en 1871, il y a 150 ans. Dans les années qui ont suivi, les infrastructures fédérales se sont répandues dans toute la province. Ce processus est bien documenté dans les collections de Bibliothèque et Archives Canada. La présente série de huit blogues met en lumière des bâtiments, des services et des programmes, ainsi que leur impact sur les diverses régions de la Colombie-Britannique.

Bien que la recherche astronomique au Canada commence avant la Confédération, les premiers investissements fédéraux substantiels dans ce domaine sont faits au début du 20e siècle. Après la construction d’un observatoire à Ottawa, en 1905, l’astronome John Stanley Plaskett demande l’acquisition d’un télescope à réflexion sophistiqué. Cette requête mène à la construction de l’Observatoire fédéral d’astrophysique à Saanich, près de Victoria, en Colombie-Britannique. Celui-ci possède à l’époque le plus grand télescope du monde.

L’Observatoire est situé dans les territoires traditionnels des nations Xwsepsum (Esquimalt), Songhees, Tsartlip, Pauquachin, Tsawout, Tseycum et Malahat. Leurs représentants ont signé les traités de Douglas, également connus sous le nom de traités de Fort Victoria, dans les années 1850. Les différences entre le texte du traité et les récits oraux des Premières Nations signataires engendrent un débat permanent sur la nature des traités : s’agit-il de ventes de terres ou d’accords de paix?

Le défrichage et la construction commencent en 1914 et se poursuivent malgré les défis posés par la Première Guerre mondiale.

Photographie en noir et blanc d’un groupe d’hommes posant avec un attelage de chevaux attaché à un chariot transportant une partie d’un télescope.

Transport d’un axe polaire de 9,5 tonnes à l’Observatoire fédéral d’astrophysique, vers 1916-1917 (a149324-v8)

Les travaux de l’observatoire suscitent l’intérêt à l’échelle locale, mais aussi à l’étranger. Le chantier devient une destination touristique, les résidents venant observer les progrès et assister à l’inauguration officielle en 1918.

Photographie en noir et blanc d’un grand groupe de personnes à l’intérieur de l’Observatoire fédéral d’astrophysique pendant la cérémonie d’ouverture. Le groupe est rassemblé devant le télescope et sur la plateforme d’observation.

Cérémonie d’ouverture de l’Observatoire fédéral d’astrophysique; vue du télescope (a149323-v8)

Disposant du plus grand télescope fonctionnel du monde, Plaskett et ses collègues astronomes lancent immédiatement un ambitieux programme d’observation. Spécialisée dans les étoiles doubles, puis dans la Voie lactée, l’équipe contribue grandement à l’étude de l’astronomie. Des équipes successives ont poursuivi ce travail essentiel par la suite. De nos jours, l’Observatoire fédéral d’astrophysique est l’un des deux observatoires gérés par le Centre de recherche Herzberg en astronomie et en astrophysique.

Photographie en noir et blanc de l’extérieur de l’Observatoire fédéral d’astrophysique.

Observatoire fédéral d’astrophysique (a032169-v6)

L’Observatoire s’est toujours engagé auprès du public. Dans les années 1920 et 1930, le personnel rédige des chroniques dans les journaux locaux et participe à des émissions de radio sur les sujets astronomiques du jour. Aujourd’hui, l’organisation caritative des Amis de l’Observatoire promeut des activités publiques sur le site, notamment au Centre de l’univers.


Caitlin Webster est archiviste principale à la Division des services de référence au bureau de Vancouver de Bibliothèque et Archives Canada.

Un nouveau départ : 150 ans d’infrastructures fédérales en Colombie-Britannique – Région de Kootenay : Le bureau de poste de Rossland

Par Caitlin Webster

La Colombie-Britannique s’est jointe au Canada en 1871, il y a 150 ans. Dans les années qui ont suivi, les infrastructures fédérales se sont répandues dans toute la province. Ce processus est bien documenté dans les collections de Bibliothèque et Archives Canada. La présente série de huit blogues met en lumière des bâtiments, des services et des programmes, ainsi que leur impact sur les diverses régions de la Colombie-Britannique.

Pendant la période d’avant-guerre, entre 1900 et 1914, la population canadienne augmente de 64 %! La hausse de la demande de services gouvernementaux qui en découle fait tripler la taille du parc immobilier fédéral.

Une grande partie de cette croissance a lieu dans de nouvelles villes comme Rossland, une ville minière du sud-est de la Colombie-Britannique. Comme dans beaucoup de petites villes au Canada, un bureau de poste y est construit au début des années 1900. En raison du boom de la construction dans l’ensemble du pays, bon nombre de ces bâtiments partagent des éléments architecturaux communs. Le bureau de poste de Rossland de 1903 suit le modèle standard : toit fortement incliné et tronqué, ouvertures en arc de cercle et pignons ornés de parapets.

Photographie en noir et blanc de l’extérieur du bureau de poste. De petits groupes d’hommes et d’enfants se tiennent devant l’entrée inachevée du bâtiment et l’une des fenêtres toujours en construction.

Bureau de poste en construction, Rossland, Colombie-Britannique (a046453-v8)

Le déclenchement de la Première Guerre mondiale interrompt brutalement la croissance économique. En conséquence, de nombreux bâtiments fédéraux acquièrent une importance inattendue dans les petites villes. Certains deviennent des bâtiments municipaux (par exemple des hôtels de ville) tandis que d’autres, comme le bureau de poste de Rossland, conservent leur vocation initiale.

Les immeubles fédéraux de cette époque se distinguent par la qualité de leur construction et les matériaux choisis. En général, le ministère des Travaux publics évite le bois, préférant le fer, la pierre, la brique et d’autres matériaux durables. L’objectif consiste à protéger les biens fédéraux contre les incendies et d’autres risques, en plus de servir d’exemple de construction de qualité dans les collectivités.

Malheureusement, ces matériaux n’offrent qu’une protection partielle au bureau de poste de Rossland. Le 1er mars 1929, un grand incendie balaie le quartier des affaires de la ville. Le feu détruit tous les bâtiments à charpente de bois situés entre la Banque de Montréal et le bureau de poste. Les pompiers utilisent de la dynamite sur certaines structures pour tenter de créer un coupe-feu, ce qui détruit toutes les fenêtres du bureau de poste et aggrave les dégâts causés à la structure.

Photographie en noir et blanc montrant la section du quartier des affaires de Rossland détruite par l’incendie. De la fumée s’élève du site. Il y a des badauds sur le trottoir et des hommes sur les fils électriques environnants.

Le grand incendie de Rossland, les 1er et 2 mars 1929 (a046410-v8)

En fin de compte, le Bureau de poste de Rossland perd son toit distinctif et ses pignons ornés. Cependant, la construction en pierre et en brique permet de restaurer les deux étages restants. L’imposante structure sert toujours de bureau de poste et fait désormais partie du patrimoine officiel de Rossland.

Pour en savoir plus sur les styles architecturaux des bâtiments fédéraux, voir Crown Assets : The Architecture of the Department of Public Works, 1867–1967, par Janet Wright, 1997 (OCLC 1017536309).


Caitlin Webster est archiviste principale à la Division des services de référence au bureau de Vancouver de Bibliothèque et Archives Canada.

Un nouveau départ : 150 ans d’infrastructures fédérales en Colombie-Britannique – Région de Thompson-Okanagan : La ferme expérimentale de Summerland

Par Caitlin Webster

La Colombie-Britannique s’est jointe au Canada en 1871, il y a 150 ans. Dans les années qui ont suivi, les infrastructures fédérales se sont répandues dans toute la province. Ce processus est bien documenté dans les collections de Bibliothèque et Archives Canada. La présente série de huit blogues met en lumière des bâtiments, des services et des programmes, ainsi que leur impact sur les diverses régions de la Colombie-Britannique.

Les techniques agricoles évoluent constamment depuis des millénaires. Au tournant du 20e siècle, l’intérêt pour la science de l’agriculture est particulièrement marqué au Canada. Par exemple, le gouvernement fédéral crée un réseau de sites de recherche en 1886 afin d’étudier et de promouvoir les méthodes agricoles modernes. Les fermes expérimentales mènent des recherches sur l’élevage, les soins du bétail et divers sujets horticoles, dont la gestion des sols et les cultures.

La diversité des paysages et du climat en Colombie-Britannique favorise une grande variété d’activités agricoles. Des fermes expérimentales sont donc établies dans toute la province, notamment à Summerland, sur la rive ouest du lac Okanagan. Le ministère de l’Agriculture achète un terrain aux SnPink’tn (bande de Penticton) et établit un contrat d’irrigation avec la ville de Summerland pour établir la ferme.

Photographie en noir et blanc de la ferme expérimentale de Summerland, avec de jeunes arbres fruitiers au premier plan, et le lac Okanagan et des pâturages en arrière-plan.

Summerland, Colombie-Britannique (a020963)

Les premières tâches consistent à défricher la terre, à enlever les pierres du sol et à construire des bâtiments et un canal d’irrigation. Comme le climat semi-aride se prête bien à la culture des arbres fruitiers, un verger est rapidement planté. Le personnel ajoute des cultures basses entre les rangées d’arbres au fur et à mesure que ceux-ci mûrissent.

Au cours des premières années, le personnel étudie également les soins aux animaux : volailles, vaches laitières, bovins et moutons. Des jardins ornementaux sont créés en 1916; ils demeurent à ce jour un attrait touristique très apprécié.

En 1935, des professionnels du Conseil national de recherches se rendent à la ferme. L’équipe doit étudier l’hypothèse selon laquelle la pollution provenant d’une fonderie de plomb et de zinc située à Trail, en Colombie-Britannique, endommagerait les cultures dans l’État de Washington. Elle utilise le laboratoire de transformation alimentaire pour étudier le problème et détermine que les mauvaises récoltes s’expliquent par une carence en bore dans le sol, fréquente dans la région.

Photographie en noir et blanc de trois hommes à côté d’une serre. Un d’entre eux tient une masse d’herbe qui cache tout le haut de son corps.

Station expérimentale pour les fumées de fonderie à la ferme expérimentale de Summerland, septembre 1935 (a014567-v8)

Par la suite, la ferme concentre ses recherches sur la culture des fruits de verger et des raisins, car les vergers, les vignobles et les établissements vinicoles jouent un rôle important dans l’économie de l’Okanagan. Tout au long de son histoire, elle contribue au développement de nombreuses variétés de fruits, notamment les pommes Spartan, les raisins Coronation et les cerises Stella.

La ferme expérimentale est devenue le Centre de recherche et de développement de Summerland. Ses recherches aident le secteur horticole à s’adapter aux changements climatiques et à d’autres défis environnementaux, à réagir aux maladies des plantes et à d’autres menaces biologiques, et à accroître sa contribution à l’économie et à la communauté. Le groupe à but non lucratif des Amis des jardins ornementaux de Summerland gère désormais les jardins publics historiques.


Caitlin Webster est archiviste principale à la Division des services de référence au bureau de Vancouver de Bibliothèque et Archives Canada.

Un nouveau départ : 150 ans d’infrastructures fédérales en Colombie-Britannique – Côte nord : Le phare de Dryad Point

Par Caitlin Webster

La Colombie-Britannique s’est jointe au Canada en 1871, il y a 150 ans. Dans les années qui ont suivi, les infrastructures fédérales se sont répandues dans toute la province. Ce processus est bien documenté dans les collections de Bibliothèque et Archives Canada. La présente série de huit blogues met en lumière des bâtiments, des services et des programmes, ainsi que leur impact sur les diverses régions de la Colombie-Britannique.

Le Canada comprend de longues côtes et d’innombrables lacs navigables. Les phares sont donc présents au pays depuis des siècles. Après l’entrée de la Colombie-Britannique dans la Confédération, en 1871, un système étendu d’aides à la navigation sur la côte ouest, souvent dangereuse, devient de plus en plus nécessaire. Le nouveau ministère fédéral de la Marine et des Pêcheries entreprend alors un ambitieux programme de construction. En 1914, le nombre de phares au Canada a triplé.

La plupart des nouveaux phares sont en bois, comme celui de Dryad Point, construit en 1899. Celui-ci comprend un logement pour le gardien relié à une tour carrée en bois. Reconstruit en 1919, le phare actuel est une tour en béton armé de plus de 7 m de hauteur.

Photographie en noir et blanc d’une tour de phare et de la maison attenante. Il y a quelques petites cabanes rudimentaires au premier plan et l’océan à l’arrière-plan.

Tour et habitation du phare, Dryad Point, Colombie-Britannique, 1929 (a148037-v8)

En 1930, un nouveau logement et un hangar à bateaux sont construits. Le phare comprend actuellement un certain nombre de bâtiments annexes : logements, serres, entrepôts de carburant et hangars pour le matériel.

Photographie en noir et blanc montrant un phare, une résidence, un hangar à bateaux et d’autres bâtiments, avec le rivage au premier plan.

Phare à Dryad Point, 1935 (a149341-v8)

Situé à l’angle nord-est de l’île Campbell, près de Bella Bella, le phare se trouve sur le territoire traditionnel de la nation Heiltsuk. Son premier gardien fut le capitaine Richard Carpenter (1841-1931). Le chef Heiltsuk, à la fois artiste et constructeur de bateaux, occupe ce poste jusqu’en 1930.

Depuis sa construction, le phare guide les navires dans les virages serrés et les terres basses, potentiellement périlleux, du passage principal et du chenal Seaforth. En 2015, Dryad Point reçoit la désignation de phare patrimonial pour que son cachet particulier et son environnement exceptionnel soient préservés.

Pour en savoir plus sur les phares et leurs gardiens en Colombie-Britannique, consultez les ressources suivantes :


Caitlin Webster est archiviste principale à la Division des services de référence au bureau de Vancouver de Bibliothèque et Archives Canada.

Cinq mythes sur les armoiries du Canada

Cet article renferme de la terminologie et des contenus à caractère historique que certains pourraient considérer comme offensants, notamment au chapitre du langage utilisé pour désigner des groupes raciaux, ethniques et culturels. Pour en savoir plus, consultez notre Mise en garde — terminologie historique.

Par Forrest Pass

Le 21 novembre 2021 marque le centenaire des armoiries du Canada. Emblème officiel du gouvernement fédéral, elles figurent sur les passeports, les billets de banque, les insignes militaires et les bâtiments publics canadiens. Certains éléments des armoiries ont influencé la conception d’autres emblèmes, dont le drapeau national adopté en 1964.

Peinture en couleur représentant des armoiries. L’écu au centre est divisé en cinq sections. La première a un fond rouge et trois lions dorés. La deuxième a un fonds doré avec un lion rouge dessiné dans un cadre rouge orné de fleurs de lys. La troisième est de couleur bleu pâle avec une harpe dorée. La quatrième, de couleur bleu royal, comporte trois fleurs de lys dorées. La cinquième, en bas, est de couleur argent et représente une branche à trois feuilles d’érable vertes. Au-dessus de l’écu se trouve un cimier composé d’un lion doré couronné, tenant une feuille d’érable rouge dans sa patte droite. Le lion se tient sur une couronne torsadée de soie rouge et blanc, au-dessus d’un heaume royal de couleur or. La devise « A mari usque ad mare » est inscrite sur un listel bleu placé sous l’écu. Le listel repose sur des roses, des chardons, des trèfles et des lys. L’écu est soutenu par un lion et une licorne. Le lion tient une lance à laquelle est attaché un drapeau britannique. La licorne tient une lance à laquelle est attaché un drapeau bleu chargé de trois fleurs de lys dorées, la bannière de la France prérévolutionnaire.

Le dessin final des armoiries du Canada, 1921. Illustration d’Alexander Scott Carter. (e008319450) Les signatures des membres du comité, dont celle de l’archiviste fédéral Arthur Doughty, apparaissent dans le coin inférieur droit.

Bibliothèque et Archives Canada conserve les documents du comité qui a conçu les armoiries. Ce comité, créé par le cabinet fédéral en 1919, comprenait notamment l’archiviste fédéral Arthur Doughty.

Contrairement au débat sur le drapeau qui s’est déroulé environ 40 ans plus tard, la question des armoiries n’a donné lieu à aucun débat parlementaire ou discussion publique de grande ampleur. Par conséquent, peu de Canadiens connaissent bien les délibérations qui ont mené à l’adoption des armoiries. Des mythes populaires sur l’histoire et la signification de l’emblème ont comblé ce vide. Voici cinq idées fausses, démenties par des sources primaires.

Mythe no 1 : Les trois feuilles d’érable sur une seule tige représentent le multiculturalisme canadien.

Les trois feuilles d’érable présentes sur l’écu sont la caractéristique canadienne par excellence sur les armoiries. Depuis les années 1960, certains suggèrent que cette disposition des feuilles représente l’unité des Canadiens de différentes origines. Par exemple, dans sa ballade Three Red Leaves, composée pendant le grand débat sur le drapeau de 1964, la chanteuse country et western Diane Leigh chante un éloge que l’on pourrait traduire ainsi :

Trois feuilles rouges jointes ensemble
Liant trois nationalités dans l’unité
Anglais, Français et nouveaux Canadiens
Vivant dans cette terre d’opportunités

Jusqu’à tout récemment, quelques publications officielles affirmaient elles aussi que les feuilles symbolisent les Canadiens de toutes origines, y compris les Premières Nations, les Inuit et la Nation Métisse, qui ne sont nullement mentionnés par Mme Leigh.

La signification d’un emblème évolue avec le pays qu’il représente. Si « l’unité dans la diversité » a la cote aujourd’hui, rien ne prouve que le comité a voulu représenter cet idéal canadien. En réalité, la tige à trois feuilles d’érable devient un emblème populaire bien avant 1921. Elle apparaît pour la première fois sur une affiche de la Saint-Jean-Baptiste en 1850. Elle figure également sur les armoiries provinciales du Québec et de l’Ontario, conçues par les hérauts du Collège d’armes à Londres, en 1868. À cette époque, comme en 1921, les trois feuilles sont probablement choisies pour des raisons esthétiques plutôt que symboliques : trois feuilles remplissent mieux qu’une la base triangulaire d’un écu héraldique.

Une page dactylographiée comportant une tige à trois feuilles d’érable. Plusieurs éléments d’un défilé, dans une variété de polices de caractères, sont énumérés sous le titre « Association Saint-Jean-Baptiste » : Drapeau britannique; Les pompiers canadiens; La Société mercantile d’économie; La Société de tempérance; et Bannière du commerce.

Affiche annonçant la procession annuelle de l’Association Saint Jean-Baptiste, Montréal, 24 juin 1850. (OCLC 1007829742) Il s’agit peut-être de la plus ancienne utilisation de trois feuilles d’érable sur une seule tige.

Mythe no 2 : Le roi George V a choisi le rouge et le blanc comme couleurs nationales du Canada.

Dans les années 1940, le colonel Archer Fortescue Duguid, historien militaire passionné d’héraldique, affirme que le roi George V a choisi le rouge et le blanc comme couleurs nationales du Canada parce que ce sont les couleurs de la torque et du lambrequin (le tissu flottant autour du heaume) sur les armoiries du Canada. Par conséquent, soutient M. Duguid, le futur drapeau canadien doit également être rouge et blanc.

L’idée selon laquelle le dessin des armoiries serait à l’origine des couleurs nationales du Canada apparaît pour la première fois en 1918. Selon le sous-ministre de la Défense Eugène Fiset, le rouge évoque la Grande-Bretagne, le sacrifice militaire et la splendeur de l’automne, tandis que le blanc représente les froids hivers canadiens. Le premier dessin proposé par le comité des armoiries comprend les feuilles d’érable rouges sur fond blanc proposées par M. Fiset, ainsi qu’une torque rouge et blanc au sommet de l’écu.

Peinture en couleur représentant des armoiries. L’écu au centre est divisé en cinq sections. La première est blanche et ornée d’une tige à trois feuilles d’érable rouges. La deuxième est rouge avec trois lions dorés. La troisième, de couleur or, comprend un lion rouge dans un cadre rouge orné de fleurs de lys. La quatrième est bleue avec une harpe dorée. La cinquième, bleue elle aussi, comporte trois fleurs de lys dorées. L’écu est surmonté d’un cimier composé d’un lion couronné de couleur or tenant une feuille d’érable dans sa patte droite et se tenant sur un carré d’herbe verte, le tout reposant sur une couronne torsadée de soie rouge et blanc. Sous l’écu, la devise « A mari usque ad mare » est inscrite sur un listel gris. L’écu est soutenu par un lion et une licorne.

La première proposition du comité, illustrée par Alexander Scott Carter, 1920. (e011313790) Dans la version finale, les feuilles d’érable rouges sont devenues vertes, mais la torque est restée rouge et blanche, tout comme le lambrequin ajouté plus tard.

Cette proposition ne fait pas l’unanimité. Sir Joseph Pope, sous-secrétaire d’État aux affaires extérieures, préférerait que les feuilles d’érable soient vertes plutôt que rouges, cette dernière couleur évoquant pour lui la mort et la pourriture. C’est finalement sir Pope qui aura gain de cause, mais le lambrequin rouge et blanc est resté, probablement par accident.

Personne, à commencer par le roi, ne se soucie des lambrequins en 1921. Lorsqu’un citoyen fait valoir en 1922 que ceux-ci devraient être rouge et or — les couleurs principales de l’écu — les membres du comité répondent avec indifférence qu’il est trop tard pour faire des changements. Les couleurs nationales ne sont mentionnées, ni dans la proclamation royale, ni dans la brochure officielle publiée en 1922 pour expliquer le symbolisme des armoiries.

En 1946, au cours d’audiences parlementaires sur un nouveau drapeau canadien, la thèse de M. Duguid est contestée par un passionné d’héraldique, Hugh Savage : c’est généralement le drapeau, et non les armoiries, qui détermine les couleurs nationales d’un pays. Pourtant, la théorie de M. Duguid convainc de nombreuses personnes et contribue au choix du rouge et du blanc pour le drapeau canadien en 1964.

Mythe no 3 : La licorne enchaînée commémore la conquête britannique de la Nouvelle-France.

Le lion et la licorne qui soutiennent l’écu sont empruntés aux armoiries royales du Royaume-Uni, ce qui montre les loyautés impériales du comité. À l’époque, la licorne représente l’Écosse. Sa chaîne rappelle peut-être les légendes médiévales sur la difficulté de dompter cet animal mythique.

Comme la licorne enchaînée des armoiries canadiennes tient une bannière royale française, certains y ont vu un symbole de la domination britannique sur le Canada français. Or, rien ne prouve que le comité ait voulu, ou même envisagé, cette interprétation.

Il est cependant vrai que les trois fleurs de lys dorées mises sur l’écu par les membres du comité soulèvent des inquiétudes parmi les conseillers héraldiques du roi. Le Collège d’armes craint en effet que les fleurs de lys, destinées à honorer les Canadiens français, laissent croire que le Canada revendique la souveraineté sur la France! Le commissaire général du Canada à Paris consulte discrètement des responsables français pour s’assurer que le dessin ne déclenchera pas de tensions diplomatiques.

Peinture en couleur représentant des armoiries. L’écu au centre est divisé en sept sections. La première et la quatrième sont rouges et comprennent trois lions dorés. La deuxième est de couleur or, avec un lion rouge dans un cadre rouge orné de fleurs de lys. La troisième est bleue et renferme une harpe dorée. Les cinquième et septième sections sont blanches et comportent chacune une seule feuille d’érable verte. La sixième est bleue avec trois fleurs de lys dorées. Au-dessus de l’écu se trouve un cimier composé d’un lion couronné de couleur or, tenant une feuille d’érable rouge dans sa patte droite. Le lion se tient sur une torque torsadée de soie rouge et blanc. Sous l’écu, la devise « A mari usque ad mare » est inscrite sur un listel bleu. L’écu est soutenu par un lion et une licorne. Le lion tient une lance à laquelle est attaché un drapeau britannique. La licorne tient une lance à laquelle est attaché un drapeau bleu chargé de trois fleurs de lys dorées, la bannière de la France prérévolutionnaire.

Contre-proposition du Collège d’armes, Londres, septembre 1921. (e011313801) Le Collège d’armes a suggéré de déplacer les fleurs de lys pour éviter de laisser entendre que le Canada règne sur la France. Les Canadiens ont rejeté cette idée.

Mythe no 4 : Le comité qui a conçu les armoiries n’a pas songé à inclure des symboles autochtones.

Les symboles de deux puissances colonisatrices, la Grande-Bretagne et la France, dominent les armoiries du Canada. Celles-ci ne comportent aucune référence aux peuples autochtones. Pourtant, sur l’une des propositions, des figures des Premières Nations soutiennent l’écu. Ce dessin a été soumis par Edward Marion Chadwick, un avocat de Toronto qui s’intéresse à la fois à l’héraldique et aux cultures des Premières Nations.

Dessin noir et blanc représentant des armoiries. L’écu central présente un lion entouré de deux feuilles d’érable, en haut, et d’une fleur de lys, en bas. Au sommet de l’écu se trouve un cimier composé d’un orignal, le sabot droit levé, debout sur une torque torsadée et des lambrequins en tissu. Le cimier repose sur un heaume d’écuyer marqué d’une croix. Sous l’écu, un listel dit « Dieu Protege Le Roy ». Deux hommes des Premières Nations soutiennent l’écu. Ils portent des coiffes à plumes et des vêtements en peau de daim à franges. Celui de gauche tient un tomahawk, et celui de droite, un calumet, c’est-à-dire une pipe de cérémonie.

Proposition d’armoiries canadiennes soumise par Edward Marion Chadwick, 1917. (e011313794) Les figures qui soutiennent l’écu dans la version de M. Chadwick représentent les Premières Nations de l’est et de l’ouest du Canada.

Ce n’est pas la première fois que des personnages et emblèmes autochtones figurent dans l’héraldique coloniale. Sur les armoiries séculaires de la Nouvelle-Écosse et de Terre-Neuve-et-Labrador, des membres des Premières Nations soutiennent l’écu. Le sceau du Haut-Canada, avant la Confédération, comprend un calumet (une pipe de cérémonie) commémorant les traités et les alliances.

Cependant, selon sir Joseph Pope, qui s’exprime souvent au nom du comité des armoiries, les peuples autochtones constituent une partie négligeable du passé. « Pour ma part, je ne vois pas du tout la nécessité de commémorer les Indiens », écrit sir Pope en rejetant la proposition de M. Chadwick. Cette réponse raciste reflète l’opinion de nombreux Canadiens blancs de l’époque.

Aujourd’hui, rares sont les personnes qui approuveraient la proposition de M. Chadwick, mais pour des raisons très différentes. À son crédit, M. Chadwick s’est efforcé de représenter les vêtements et les insignes avec précision. Par contre, à notre époque, sa proposition serait perçue comme un stéréotype et une appropriation culturelle. Les Autochtones qui soutiennent l’écu sont de « nobles sauvages » donnant une idée romancée de l’apparence d’un membre des Premières Nations.

De plus, ces figures représentent des régions du pays; elles ne constituent pas une inclusion significative des peuples autochtones, qui n’ont d’ailleurs pas été consultés. De nos jours, de nombreux Autochtones s’opposent à juste titre à la manière dont ils apparaissent dans l’héraldique. En conséquence, le gouvernement provincial de Terre-Neuve-et-Labrador, par exemple, est en train de revoir ses armoiries dessinées en 1635. Le Canada ferait sans doute de même si la conception de M. Chadwick avait prévalu.

Mythe no 5 : Les armoiries du Canada ne peuvent être modifiées.

Le gouvernement canadien pourrait-il changer les armoiries du pays pour les rendre plus représentatives d’un pays diversifié? Les armoiries sont des symboles qui nous rattachent au passé, mais même les emblèmes très anciens peuvent évoluer.

Par exemple, les armoiries royales du Royaume-Uni, qui ont servi de modèle aux armoiries du Canada, ont été modifiées une demi-douzaine de fois depuis l’union des couronnes anglaise et écossaise, en 1603. Le dernier changement remonte à 1837.

Depuis 1921, des artistes ont réinterprété les armoiries officielles du Canada à deux reprises, en 1957 et en 1994, dans le but de moderniser leur apparence sans en modifier les éléments essentiels.

Si le gouvernement du Canada souhaite modifier ses armoiries un jour, il aura besoin de la collaboration de l’Autorité héraldique du Canada, la division du Bureau du secrétaire du gouverneur général chargée de concéder et d’enregistrer les armoiries au Canada. Il ne sera pas nécessaire de consulter les autorités héraldiques britanniques, mais la reine (ou le roi) devra approuver le projet final.

Un processus lancé à notre époque, que ce soit dans le but de modifier les armoiries actuelles ou d’en concevoir de nouvelles, serait sans aucun doute plus participatif — et transparent — que celui du siècle dernier.


Forrest Pass est conservateur au sein de l’équipe des expositions de Bibliothèque et Archives Canada.

Un nouveau départ : 150 ans d’infrastructures fédérales en Colombie-Britannique – Région de Peace River : L’aéroport de l’Aviation royale du Canada à Fort St. John

Par Caitlin Webster

La Colombie-Britannique s’est jointe au Canada en 1871, il y a 150 ans. Dans les années qui ont suivi, les infrastructures fédérales se sont répandues dans toute la province. Ce processus est bien documenté dans les collections de Bibliothèque et Archives Canada. La présente série de huit blogues met en lumière des bâtiments, des services et des programmes, ainsi que leur impact sur les diverses régions de la Colombie-Britannique.

Les premiers aéroports publics font leur apparition au Canada dans les années 1920. À cette époque, ils remplacent les terrains d’aviation et les pistes d’atterrissage rudimentaires aménagés pendant les balbutiements de l’aviation. Puis, la Seconde Guerre mondiale entraîne une forte augmentation de la construction d’aéroports civils et militaires.

À la fin des années 1930, le ministère des Transports construit un petit aérodrome à Fort St. John, en Colombie-Britannique. Situé sur les territoires traditionnels des Premières Nations signataires du Traité no 8, l’aérodrome fait partie d’un parcours passant par Grande Prairie, Fort St. John, Fort Nelson, Watson Lake et Whitehorse.

Lorsque les États-Unis entrent dans la Seconde Guerre mondiale, en 1941, cette route offre un emplacement stratégique pour les transports vers l’Alaska et la construction de la route de l’Alaska. Par conséquent, en 1943, l’armée de l’air américaine reconstruit entièrement l’aéroport de Fort St. John, rénovant les pistes et aménageant des entrepôts de carburant, des hangars, des casernes et d’autres bâtiments.

Photographie en noir et blanc du bâtiment administratif de l’ARC à Fort St. John, en Colombie-Britannique. Plusieurs personnes sont au garde-à-vous tandis que des hommes hissent un drapeau. Plusieurs bâtiments se trouvent à l’arrière-plan.

Bâtiment administratif de l’Aviation royale du Canada à Fort St. John, en Colombie-Britannique (e011309348)

L’aéroport de l’Aviation royale du Canada (ARC) à Fort St. John amorce ses activités en 1943. Le personnel entretient les pistes et les bâtiments, assiste les aviateurs entrants et sortants et surveille les conditions météorologiques. En 1949, le personnel du détachement effectue des vols pour aider la Première Nation de Halfway River lors d’une éclosion de diphtérie. Il parachute des fournitures d’antitoxine et transporte par avion des malades vers des centres médicaux.

Le personnel participe également à des activités de plein air populaires dans la région : pique-niques, natation, chasse et pêche. En outre, il forme des équipes de sport amateur pour des ligues locales, notamment de baseball et de hockey. Cependant, au cours de l’été 1948, une épidémie de polio dans la région contraint la station à annuler bon nombre de ces activités. Certaines parties de l’aéroport sont même mises en quarantaine de juillet à septembre, en raison d’éclosions parmi le personnel.

Une page d’un registre de l’Aviation royale canadienne, avec des colonnes indiquant le lieu, la date, l’heure et la référence aux annexes. Les entrées sur la page concernent l’aéroport de l’ARC à Fort St. John; elles datent du 9 au 20 juin 1948.

Une page des registres de l’ARC. Une note signale l’annulation de la Journée de l’aviation en raison d’une épidémie de polio. (RG24-E-7; image trouvée sur Héritage Canadiana)

En 1950, les activités diminuent. Le 1er octobre, l’aéroport est officiellement abandonné. L’ARC financera son entretien jusqu’au 31 mars 1951. En avril, elle en transfère la responsabilité au ministère des Transports. Aujourd’hui, l’aéroport régional de North Peace est une plaque tournante pour les affaires et le tourisme dans la région.

Pour en savoir plus sur l’aéroport de l’ARC à Fort St. John, consultez les registres de l’Aviation royale du Canada, qui contiennent des détails sur les tâches quotidiennes, les vols, les événements et les activités sociales de diverses unités. Des microfilms de ces documents sont en ligne, y compris les entrées concernant l’aéroport sur les bobines C-12185 et C-12399.

____________________________________________________________

Caitlin Webster est archiviste principale à la Division des services de référence au bureau de Vancouver de Bibliothèque et Archives Canada.