Carrioles et tuppies métis

À gauche, Tatânga Mânî [chef Walking Buffalo] [George McLean] monte à cheval et porte son costume traditionnel des Premières Nations. Au centre, Iggi et une fille échangent un « kunik », un baiser traditionnel dans la culture inuit. À droite, le guide métis Maxime Marion tient un fusil. À l’arrière-plan, il y a une carte du Haut et du Bas-Canada, ainsi qu’un texte de la collection Red River Settlement [colonie de la rivière Rouge].par William Benoit

Le mot « carriole » désigne à l’origine un traîneau tiré par des chevaux, en particulier le traîneau léger et ouvert utilisé au Canada français. À l’époque de la traite des fourrures, cependant, les carrioles sont tirées par des chiens. Elles revêtent une importance particulière en hiver, car elles assurent le transport de personnes importantes, du courrier, de marchandises et de pelleteries.

Lithographie couleur de deux hommes marchant près d’un passager assis dans une carriole tirée par trois chiens.

Le gouverneur de la Compagnie de la Baie d’Hudson à bord d’une carriole tirée par des chiens, avec un guide des Premières Nations et un conducteur métis, rivière Rouge, 1825. (c001940k)

La carriole ressemble à un toboggan, avec des côtés en cuir et une ossature légère en planches de bouleau. Au début de l’hiver, on fait geler le cuir mouillé sur l’ossature; la carriole conserve ainsi sa forme pendant toute la saison froide. Après la fonte printanière, on retire le cuir, qui sert alors à d’autres fins. Au fil du temps, des motifs peints viendront orner les flancs des carrioles métisses.

Reproduction couleur montrant l’arrivée d’une carriole tirée par des chiens. Les voyageurs sont accueillis par un groupe d’hommes, de femmes et d’enfants rassemblés devant une maison.

Une carriole tirée par des chiens arrive au seuil d’une maison pour Noël, Manitoba, date inconnue. (e002291374)

La coutume consistant à pourvoir les chiens de traîneau de harnais ornementés et de couvertures brodées, appelées « tuppies » (du mitchif « tapi », lui-même dérivé du français « tapis »), voit le jour chez les Métis de la rivière Rouge dans la première moitié du 19e siècle. Les tuppies et les tiges en métal décorant les harnais sont ornés de gros grelots, de franges, de pampilles, de pompons et de plumes. On imagine facilement l’atmosphère de fête qui entoure l’arrivée des chiens de traîneau métis!


William Benoit est conseiller en engagement autochtone interne au bureau du bibliothécaire et archiviste du Canada adjoint à Bibliothèque et Archives Canada.

Connaissez-vous Léo Major, le libérateur de Zwolle?

Par Gilles Bertrand

Le soldat canadien-français Léo Major est un héros de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre de Corée. Plusieurs fois décoré, il est reconnu aux Pays-Bas pour l’exploit d’avoir à lui seul libéré la ville néerlandaise de Zwolle de l’occupation allemande le 14 avril 1945. Il est le seul Canadien à avoir reçu deux fois la Médaille de conduite distinguée (DCM) pour ses actions dans deux guerres différentes.

Photo d’un homme qui porte un manteau militaire

Sgt Léo Major, DCM avec barrette, en Corée, 1952 (e011408966)

Né le 23 janvier 1921 à New Bedford, dans l’État américain du Massachusetts, Léo Major, dont la famille déménage au Canada un an après sa naissance, grandit à Montréal.

À la fin des années 1930, après avoir travaillé dans différents domaines de la construction, il est employé comme apprenti plombier. Il se retrouve au chômage en 1940 et décide de s’enrôler dans l’Armée canadienne. Les années 1940 à 1944 représentent pour lui une période intensive de formation et d’entrainement militaires, au Nouveau-Brunswick la première année, puis en Europe les trois années suivantes.

C’est le 6 juin 1944 qu’a lieu son baptême du feu; il débarque en Normandie sur Juno Beach avec Le Régiment de la Chaudière. Le jour même, Léo capture un véhicule de transport de troupes blindé semi-chenillé allemand Hanomag.

Deux jours plus tard, lors d’une mission de reconnaissance, Léo et quatre autres soldats tombent sur une patrouille de cinq soldats d’élite allemands. Ils engagent et remportent le combat, mais Léo perd l’usage de son œil gauche lorsqu’un soldat ennemi mortellement blessé lance une grenade au phosphore près de lui. Cela vaudra à Léo le surnom de « one-eyed ghost » (fantôme borgne). Malgré sa blessure, il refuse de retourner en Angleterre et continue d’agir comme éclaireur et tireur d’élite en se servant seulement de son œil droit.

Lors de la bataille de l’Escaut à l’automne 1944, Léo part à la recherche d’un groupe de soldats qui tarde à revenir de patrouille au sud des Pays-Bas. Sur son chemin, il fait 93 prisonniers allemands à lui seul.

Il subit d’importantes blessures au dos en février 1945 lorsque le camion qui le ramène au camp explose sur une mine, tuant tous les autres passagers à bord. Il refuse à nouveau d’être évacué et, après un mois de repos, il repart au front.

Le 13 avril 1945, Léo et son ami le caporal Willie Arseneault se portent volontaires pour une mission de reconnaissance. Ils se rendent en pleine nuit aux abords de Zwolle, une ville néerlandaise de 50 000 habitants qui est occupée par des troupes allemandes. Le caporal Arseneault y perd la vie sous les tirs ennemis.

Déterminé à venger son ami, Léo poursuit sa route, seul, avec des grenades et des mitraillettes et attaque la ville occupée par les nazis. Il repère un bar où se trouvent des officiers allemands et y entre. Il désarme un haut gradé, qui parle français, et le convainc de quitter la ville avec ses hommes en prétendant que Zwolle est entièrement encerclée par les troupes canadiennes.

Il reprend sa course dans la ville, tirant partout pour faire croire à une offensive canadienne, et met même le feu au quartier général de la Gestapo. Les Allemands se retirent.

Le 14 avril 1945 au matin, grâce à Léo Major, la ville de Zwolle était libérée des troupes allemandes et sauvée de l’attaque destructrice de la division d’artillerie qui devait avoir lieu en début de journée. Pour cet exploit et pour sa bravoure, Léo Major se voit décerner la Médaille de conduite distinguée (DCM) et obtient la reconnaissance de la population de la ville de Zwolle.

Une page dactylographiée avec les mots War Diary or Intelligence Summary en haut et un tableau contenant de l’information secrète.

Extrait d’une page du journal de guerre d’avril 1945 du Régiment de la Chaudière. RG24-C-3, Volume : 15181, Dossier : 743 (e011388179, article 6, image 7)

De retour à la vie civile après la guerre, il travaille comme plombier. Contre toute attente, malgré ses blessures et sa perte de vision à un œil, Léo se porte volontaire pour la guerre de Corée en août 1950 et s’enrôle dans le 2e bataillon du Royal 22e Régiment.

En novembre 1951, les troupes canadiennes du Royal Canadian Regiment, du Princess Patricia’s Canadian Light Infantry et du Royal 22e Régiment sont envoyées dans un nouveau secteur occupé à ce moment par les Américains, sur la ligne de front qui longe les collines 355 et 227. La colline 355 représente une position stratégique importante grâce à son point de vue idéal sur la région. Surnommée « Little Gibraltar », elle est hautement convoitée par les deux camps qui s’affrontent et change de main plusieurs fois.

Les troupes canadiennes font face à une forte attaque des forces chinoises, qui ont alors repris la colline. Léo Major reçoit l’ordre d’attaquer la colline 355 pour réduire la pression sur les troupes canadiennes qui sont presque encerclées par la 64e armée chinoise. Avec un groupe de 18 éclaireurs, Léo part en pleine nuit et parvient à surprendre les Chinois derrière leurs propres lignes. Il reprend le contrôle de la colline 355 et de sa voisine, la colline 227. Il guide lui-même les tirs des batteries de mortiers par radio sur les assaillants chinois qui tentent de reprendre la colline le jour suivant. Les soldats canadiens résistent aux assauts des troupes chinoises, bien supérieures en nombre, et tiennent leur position pendant trois jours avant d’être remplacés par des troupes américaines. Pour avoir pris et défendu cette position stratégique, Léo Major obtient la DCM une seconde fois.

Photocopie de l’extrait d’un livre décrivant les actions de Léo Major et ses citations pour ses deux médailles DCM

Extrait du livre de George Brown, For distinguished conduct in the field: The register of the Distinguished Conduct Medal, 1939-1992 (OCLC 32387704)

Léo Major était un homme d’action et de grand courage qui ne reculait pas devant les obstacles. Il avait une tête forte et contestait parfois certains ordres (refusant par exemple de retourner en Angleterre après avoir subi de graves blessures ou d’abandonner sa position sur la colline 355) parce que la liberté des gens lui tenait à cœur. Il n’a fait que son devoir dirait-il, mais de façon exemplaire, pourrions-nous ajouter. Ce héros, décédé le 12 octobre 2008, à Montréal, ne sera jamais oublié.

Ressources supplémentaires :


Gilles Bertrand est archiviste de référence à la Division des services de référence de Bibliothèque et Archives Canada.

Amélioration de votre expérience en ligne : des outils performants axés sur l’utilisateur

Par Alexandra Haggert

L’équipe de l’accès aux services numériques

Une nouvelle équipe a vu le jour ces deux dernières années à Bibliothèque et Archives Canada (BAC) : l’équipe de l’accès aux services numériques. Misant sur une nouvelle façon de travailler, elle a pour mission d’améliorer l’expérience numérique à BAC. On y retrouve des concepteurs de logiciels, des experts en information sur les bibliothèques et les archives, un propriétaire de produit ayant une grande expérience du service à la clientèle à BAC, ainsi que des chercheurs et des concepteurs spécialistes de l’expérience utilisateur.

Comme la plupart des équipes de conception logicielle dans les entreprises technos (et de plus en plus dans la fonction publique), l’équipe mise sur une approche agile, tout en se conformant aux Normes relatives au numérique du gouvernement du Canada. Elle peut ainsi s’adapter rapidement aux changements de priorités et répondre aux nouveaux besoins des clients dès qu’ils se présentent. Elle perfectionne sur une base continue les outils numériques de BAC : Recherche dans la collection, Mon compte, Ma recherche et la plateforme de production participative Co-Lab.

Qu’est-ce que la conception axée sur l’utilisateur?

La recherche et la conception axées sur l’utilisateur ne datent pas d’hier et ne sont pas l’apanage du numérique. Le principe existe depuis des lustres : il s’agit de concevoir un outil pour que l’expérience de l’utilisateur soit la plus positive possible. Pensons au tracé d’un sentier en forêt. Un sentier qui conduit le randonneur du point A au point B avec le maximum d’aisance (par exemple, avec des zones d’ombre et en terrain plat) est un exemple de conception axée sur l’utilisateur.

L’ère numérique a vu exploser le nombre d’outils que les gens utilisent au quotidien : sites Web, applis, etc. Ceux-ci doivent être conçus pour être conviviaux, accessibles, agréables et faciles d’emploi. Au fil du temps, l’expérience utilisateur (EU) est devenue une spécialité en soi, tout comme la conception rapide et l’amélioration des produits. C’est une approche itérative, c’est-à-dire qu’elle est continuellement répétée : on réévalue et on met à jour les produits numériques pour les adapter à l’évolution des technologies, aux attentes des clients, aux tendances, etc.

Le processus de conception de l’EU comprend cinq étapes : recherche, idéation, conception, prototypage et test.

Cinq pictogrammes dans des cercles de couleurs différentes, avec un mot sous chacun : recherche, idéation, conception, prototypage, test.

Les cinq étapes du processus de conception de l’expérience utilisateur.

Un exemple de conception axée sur l’utilisateur à BAC

Pour comprendre comment nous appliquons la conception axée sur l’utilisateur, examinons deux produits lancés l’an dernier : Mon compte et Ma recherche.

L’outil Mon compte a vu le jour en 2017, pour permettre aux clients de BAC de se créer un compte d’utilisateur afin de s’inscrire à des événements en personne. En 2018, on y a ajouté un lien vers Co-Lab, notre outil de production participative. Ainsi, les clients qui s’ouvrent un compte peuvent aller dans Co-Lab pour enrichir des transcriptions d’archives numérisées et garder en note les tâches accomplies.

Cela dit, nous savions que nous pouvions exploiter encore plus le potentiel des comptes en ligne. Et à l’automne 2020, nous avions enfin une équipe pour nous y attaquer, en mettant l’accent sur le processus de conception.

L’équipe de l’expérience utilisateur a consulté diverses parties intéressées à BAC, dont l’équipe des services de référence, qui aide quotidiennement les clients dans leurs recherches. Elle a ainsi pu cerner deux fonctions clés très utiles :

  • un profil d’utilisateur où les clients pourraient mettre à jour leurs renseignements personnels et accéder aux différents outils associés à Mon compte;
  • la possibilité de créer et sauvegarder des listes personnalisées de dossiers dans l’outil Recherche dans la collection
Esquisse manuscrite de modèles permettant d’accéder à Mon compte sur un ordinateur ou un appareil mobile.

Esquisse préliminaire créée lors du processus de conception de Mon compte.
Crédit : Alexandra Haggert

Une fois la phase de conception complétée, les concepteurs de logiciels ont mis au point un prototype de ces fonctions dans notre « environnement de développement » (une sorte de banc d’essai pour les produits en construction). L’équipe a travaillé d’arrache-pied pour trouver un équilibre entre la nouvelle version de Mon compte et les besoins de maintenance de nos applications existantes. Après plusieurs mois, nous disposions finalement d’un système fonctionnel que nous avons commencé à tester.

Les tests d’utilisation nous en apprennent beaucoup sur ce qui fonctionne ou pas. Nous recrutons de vrais clients pour y participer. Et non, nous ne testons pas leurs capacités, mais bien celles du produit! C’est là que nous voyons s’il est intuitif, accessible, fonctionnel et facile à utiliser, et si nous devons y apporter des changements. Lors des tests d’utilisation de Mon compte, nous avons tout de suite vu que la création d’un nouveau compte posait des difficultés. La fenêtre de connexion, même en étant bien visible, créait de la confusion chez les nouveaux utilisateurs. Nous sommes donc retournés à la planche à dessin pour concevoir une fenêtre offrant deux options claires : ouvrir une session en tant qu’utilisateur déjà inscrit, ou se créer un compte en tant que nouvel utilisateur.

Une page Web du gouvernement du Canada avec quatre boutons intitulés Ma recherche, Mon calendrier d’événements, Mes contributions à Co-Lab et Paramètres du compte.

Capture d’écran de la nouvelle page de connexion à Mon compte.

Après avoir fait toutes les adaptations requises, nous avons lancé Mon compte et Ma recherche en février 2022. Ils sont maintenant sur le site Web de BAC. Vous ne les connaissez pas encore? Allez les essayer et dites-nous ce que vous en pensez!

Comment pouvez-vous contribuer?

Pour bien travailler, l’équipe de l’accès aux services numériques doit connaître l’avis et les besoins de ses clients. Nous avons besoin de vos commentaires!

Pour nous aider à améliorer les services en ligne de BAC :

1. Envoyez-nous vos idées et vos commentaires par courriel à recherchecollectionsqr-collectionsearchqa@bac-lac.gc.ca

2. Inscrivez-vous pour participer à nos tests d’utilisation


Alexandra Haggert est conseillère principale, Secteur de l’expérience des usagers et de la mobilisation à Bibliothèque et Archives Canada.

Fergie Jenkins : un long parcours semé d’embûches vers Cooperstown

Par Kelly Anne Griffin

Dans des conditions favorables, il est possible de parcourir les 700 km qui séparent Chatham (en Ontario) à Cooperstown (dans l’État de New York) en à peine huit heures. Mais pour un jeune Canadien, ce trajet fut une longue lutte contre la discrimination raciale et les meilleurs frappeurs des ligues majeures de baseball. Ce n’est qu’après un long parcours semé d’embûches et rempli d’exploits que Fergie Jenkins a été intronisé au Temple de la renommée du baseball.

Enfant unique de Ferguson Jenkins père et de Delores Jackson, Ferguson Jenkins est né à Chatham en 1942. Son père a immigré au Canada de la Barbade. Quant à sa mère Delores, elle est une descendante d’esclaves qui ont fui le sud des États-Unis par le célèbre chemin de fer clandestin pour se rendre dans le sud-ouest de l’Ontario.

Il était naturel que le fils de deux parents qui ont fait de l’athlétisme durant leur enfance se passionne pour le sport. Son père, un boxeur amateur qui a aussi joué pour les Coloured All-Stars de Chatham, une équipe de baseball amateur, dans les années 1930, lui a servi de modèle. Pendant son enfance, Fergie Jenkins fils se démarque en athlétisme, au hockey et au basketball. Il est si polyvalent que, de 1967 à 1969, il fait partie de l’équipe de basketball des Harlem Globetrotters pendant la saison morte au baseball.

Ce n’est qu’à son adolescence qu’il commence à pratiquer le sport qui le rendra célèbre. Fergie joue d’abord au premier but, mais la force de son bras finit par attirer l’attention. Il décide alors de s’entraîner en lançant des morceaux de charbon dans un parc à charbon local. Pour travailler sa précision, il vise des cibles étroites comme une chute à glace ou l’espace entre deux wagons d’un train en marche. À 15 ans, il se fait remarquer par un recruteur des Phillies de Philadelphie, Gene Dziadura, avec qui il s’entraînera jusqu’à la fin de ses études secondaires.

Une ville avec des maisons et des bâtiments de chaque côté d'une rivière, avec un pont reliant les deux côtés.

Vue aérienne de Chatham, une ville multiculturelle du sud-ouest de l’Ontario, 1919 (a030462)

De Chatham aux ligues majeures

Comme beaucoup de jeunes Canadiens, Fergie Jenkins rêve de devenir joueur de hockey. Il faut dire que, dans les années 1960, les Canadiens sont rares dans les ligues majeures. Toutefois, après avoir terminé ses études et son travail avec Gene Dziadura, Jenkins est clairement destiné à faire carrière au baseball. Même les majeures semblent être un rêve atteignable. Il signe un contrat avec les Phillies de Philadelphie en 1962 et fait ses débuts dans les majeures en 1965, en tant que lanceur de relève. Il devient lanceur partant peu avant d’être échangé aux Cubs de Chicago, en avril 1966.

Fergie Jenkins n’avait que quatre ans lorsque, le 15 avril 1947, Jackie Robinson est devenu le premier joueur noir de l’ère moderne dans les ligues majeures, ouvrant ainsi la voie à de futures vedettes comme Jenkins. Dans les années 1960, la situation s’était nettement améliorée, mais il restait beaucoup de chemin à faire. Ainsi, quand Jenkins est cédé aux mineures, il doit jouer dans des États du Sud où la ségrégation est appliquée dans les toilettes, et même dans les stades. L’artilleur canadien vit alors un véritable choc culturel, ayant grandi dans un pays que la femme de Jackie Robinson a qualifié de paradis après avoir passé un an à Montréal en 1946.

Fergie Jenkins passe la plus grande partie de sa carrière de 19 ans avec les Cubs de Chicago. À la fin des années 1960 et au début des années 1970, il s’impose comme l’un des meilleurs partants des majeures. Il atteint le plateau des 20 victoires — le seuil d’excellence pour les lanceurs à l’époque — à sept reprises, dont six fois de suite de 1967 à 1972. Le lanceur droitier maîtrise parfaitement tous ses tirs, mais il possède surtout une qualité essentielle pour un partant : la constance. Sa balle rapide, très précise, terrorise les frappeurs adverses. Enfin, à l’instar de plusieurs lanceurs de son époque, il possède un bras très résistant selon les standards actuels, comme le montrent ses cinq saisons avec plus de 300 manches lancées.

Un lanceur noir en plein élan s’apprête à effectuer un tir. Il y a un tableau indicateur en arrière-plan.

Baseball. Ferguson Jenkins, lanceur des Cubs de Chicago, contre les Expos de Montréal.
Date : le 19 septembre 1970. Source : Montreal Star/Bibliothèque et Archives Canada (Mikan 3195251)

En 1982, Fergie Jenkins est agent libre et décide de retourner à Chicago, après un brillant passage avec les Rangers du Texas. Il enregistre cette année-là son 3 000e retrait au bâton. Il devient ainsi le premier lanceur de l’histoire à retirer 3 000 frappeurs sur des prises tout en accordant moins de 1 000 buts sur balles. Au cours des 40 dernières années, seuls Greg Maddux, Curt Schilling, Pedro Martinez, Justin Verlander et Max Scherzer ont réussi l’exploit.

Encore aujourd’hui, Fergie Jenkins détient les records d’équipe chez les Cubs pour les retraits sur trois prises (2 038) et les départs (347).

Trophées et records

Fergie Jenkins a établi de nombreux records des majeures au cours de sa magnifique carrière. En 1971, il devient le premier lanceur canadien à remporter le Cy Young. Ce trophée, qui porte le nom d’un légendaire lanceur du début des années 1900 intronisé au panthéon du baseball, est décerné chaque année au meilleur lanceur de la Ligue américaine et à celui de la Ligue nationale. Le vainqueur est choisi à l’aide d’un vote de l’Association des chroniqueurs de baseball d’Amérique.

Fergie Jenkins domine sa ligue pour le nombre de victoires à deux reprises (la Nationale en 1971 et l’Américaine en 1974) et pour la moyenne de buts sur balles accordés par 9 manches à cinq occasions (trois fois dans l’Américaine et deux fois dans la Nationale). En 1969, il trône au sommet de la Ligue nationale avec un impressionnant total de 273 retraits au bâton. De 1967 à 1972, il enchaîne six saisons de suite avec au moins 20 victoires.

Fergie Jenkins est considéré comme le pilier des Black Aces, un groupe de lanceurs afro-américains ayant obtenu au moins 20 victoires en une saison. Aucun lanceur noir n’a remporté plus de parties que lui en carrière (284).

Un héritage digne d’être souligné

Le 3 mai 2009, les Cubs de Chicago ont hissé le numéro 31 de Fergie Jenkins au champ gauche du Wrigley Field, confirmant sa place parmi les grandes légendes de l’équipe fondée 138 ans plus tôt. En mai 2022, l’organisation a dévoilé une statue à l’effigie de Jenkins à l’extérieur du stade où il a obtenu tant de succès. Pat Hughes, commentateur des matchs de l’équipe à la radio depuis 1996, qualifie alors Jenkins de meilleur lanceur de la longue et légendaire histoire des Cubs de Chicago.

Le 17 décembre 1979, Fergie Jenkins est décoré de l’Ordre du Canada. En 1987, il est intronisé au Temple de la renommée du baseball canadien, à St. Marys (Ontario). En 1991, il obtient enfin l’honneur suprême pour un joueur de baseball : l’intronisation au Temple de la renommée à Cooperstown. Il était le seul Canadien au Temple jusqu’à ce que Larry Walker le rejoigne en 2020.

En décembre 2010, Postes Canada annonce qu’un timbre à l’effigie de Fergie Jenkins sortira au mois de février suivant pour souligner le Mois de l’histoire des Noirs. En 2011, Jenkins se rend dans 46 villes du Canada pour faire la promotion du timbre auprès des Canadiens et parler des projets visant à mettre en valeur l’histoire des Noirs.

Timbre montrant un joueur de baseball qui lance une balle, à gauche, et un homme qui regarde en direction de l’appareil photo, à droite.

Timbre commémoratif de Fergie Jenkins émis par Postes Canada à l’occasion du Mois de l’histoire des Noirs. (e011047401-v8)

Après sa retraite en 1983, Fergie Jenkins est demeuré très actif dans le milieu du baseball au Canada. En 1999, il a établi la fondation Fergie Jenkins à St. Catharines, en Ontario. Celle-ci a inauguré le Fergie Jenkins Baseball and Black History Museum en 2011. Toujours active, elle recueille des millions de dollars au profit d’organismes de bienfaisance de partout en Amérique du Nord.

Fergie Jenkins est toujours présent pendant la fin de semaine des intronisations au Temple de la renommée du baseball canadien. Il en profite pour discuter avec les partisans et les jeunes joueurs canadiens qu’il a su inspirer, en partie grâce à ses exploits sur le terrain. Il demeure un grand pilier de la promotion du baseball au Canada.

Autres ressources


Kelly Anne Griffin est archiviste adjointe pour l’équipe Médias spécialisés et description à la Division des archives gouvernementales de Bibliothèque et Archives Canada.

Histoires cachées

À gauche, Tatânga Mânî [chef Walking Buffalo] [George McLean] monte à cheval et porte son costume traditionnel des Premières Nations. Au centre, Iggi et une fille échangent un « kunik », un baiser traditionnel dans la culture inuit. À droite, le guide métis Maxime Marion tient un fusil. À l’arrière-plan, il y a une carte du Haut et du Bas-Canada, ainsi qu’un texte de la collection Red River Settlement [colonie de la rivière Rouge].

Par Ryan Courchene

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) détient une collection d’archives et de documents publiés si vaste et incroyable que vous ne pourrez jamais la consulter dans sa totalité. Chaque jour, on peut trouver des perles cachées en consultant le site Web de BAC ou en visitant l’un des divers édifices abritant des fonds d’archives répartis partout au Canada.

Le bureau de Winnipeg, où je travaille, contient à lui seul près de 9 150 m (30 000 pi) linéaires d’archives. Lors d’un voyage professionnel à Ottawa en 2016, j’ai eu l’occasion d’observer le travail d’employés des Services de référence du 395, rue Wellington. Sur place, j’ai constaté trois meubles à compartiments près du comptoir d’accueil et j’ai demandé ce qu’ils contenaient.

Photo couleur, prise depuis un corridor, d’une salle de référence que l’on voit à travers une paroi et deux portes vitrées.

La salle de référence de BAC, à Ottawa, vue depuis le corridor. À gauche, on voit les tiroirs des meubles à compartiments contenant des fiches de recherche avec des copies de photographies. Source : Tom Thompson

Photo couleur de quatre étagères en métal dotées de huit tiroirs coulissants contenant des fiches et des exemplaires de photographies ainsi que des renseignements de référence connexes.

Tiroirs des meubles à compartiments se trouvant dans la salle de référence, organisés par vedettes-matières et lieux géographiques et contenant des fiches de recherche avec des copies de photographies conservées dans les collections de BAC, à Ottawa. Source : Tom Thompson

On m’a alors indiqué qu’ils renfermaient de petites fiches qui illustraient des images de la collection, copiées de microfilms et de microfiches. Intrigué, j’ai décidé de jeter un coup d’œil aux fiches pendant la pause du dîner. Je suis bien vite tombé sur la collection Birth of the West [la naissance de l’Ouest], un ensemble comprenant des centaines de remarquables photos de l’Ouest canadien, la majorité étant des images autochtones d’Ernest Brown. Petites et de mauvaise qualité, les photos de ces tiroirs n’étaient en fait que des copies de leurs versions originales. Tout chercheur vous dira que cela peut être à la fois frustrant et utile au moment d’effectuer une recherche sur place. De nombreuses photographies répertoriées dans les fiches catalographiques n’ont jamais été numérisées, comme c’est le cas pour cette image de l’orignal. Dans de telles situations, les fiches fournissent un accès immédiat aux images sans avoir à commander le matériel original entreposé ailleurs.

Les photos de cette prestigieuse collection ne sont pas seulement saisissantes sur le plan visuel, mais exceptionnelles pour la mine de renseignements à caractère historique qu’elles représentent sur le Canada et les peuples de Premières Nations de l’Ouest. Même si la collection compte des centaines d’images, l’une d’entre elles a réellement retenu mon attention. Chaque fois que je la regarde, elle raconte une histoire qui évolue sans cesse.

Photo couleur d’une fiche catalographique au ton crème. La partie gauche comprend de l’information dactylographiée en noir et organisée selon diverses catégories. Une copie d’une photo noir et blanc présentée sur le côté montre un orignal équipé d’un harnais fixé à un travois, l’animal se tenant devant un tipi.

Fiche catalographique d’une copie d’une photo d’un jeune orignal équipé d’un harnais fixé à un travois et qui se tient devant un tipi, lieu inconnu, vers 1870-1910. Source : Tom Thompson

Cette photo montre une petite maison qui pourrait appartenir à une famille de Métis ou de Premières Nations, des couvertures suspendues pour sécher, quelques arbustes nus, un chaudron de nourriture près d’un feu de camp, un beau tipi et, bien sûr, un jeune orignal domestiqué équipé d’un harnais fixé à un travois. Un élément n’a pas capté mon attention au premier coup d’œil, mais est sans doute le plus important de la photo : on voit une main agrippant la corde attachée à l’orignal. Mon grand-père me racontait comment il avait défriché sa propre terre pour la cultiver et y élever du bétail. Est-ce que c’est ce qui se passe sur la photo? Sinon, que nous raconte-t-elle? Chaque fois que je regarde cette photo, diverses possibilités s’offrent à moi et soulèvent toujours plus de questions.

Détail d’une photo noir et blanc montrant la main d’une personne tenant une corde.

Détail de la photo d’un jeune orignal équipé d’un harnais fixé à un travois et qui se tient devant un tipi, lieu inconnu, vers 1870-1910. Source : Tom Thompson

Après avoir vu la photo de ce jeune orignal, j’en voulais un exemplaire. Comme je travaillais à rebours, il me fallait trouver l’image dans la collection pour savoir si elle avait déjà été numérisée, et dans le cas contraire, vérifier si l’obtention d’un exemplaire faisait l’objet de restrictions. Malheureusement pour moi, la photo n’était pas numérisée et j’ai préféré ne pas insister pour en obtenir un exemplaire.

Finalement, en 2019, il est venu à mon attention que l’on procédait à la numérisation de la collection d’Ernest Brown dans le cadre de l’initiative Nous sommes là : Voici nos histoires. La photo de l’orignal est l’une des 126 images de l’album intitulé Birth of the West [la naissance de l’Ouest]. Datant de la période 1870-1910, l’album comprend des photos prises dans les Territoires du Nord-Ouest (aujourd’hui le Manitoba, la Saskatchewan, l’Alberta et le Nunavut) et la Colombie-Britannique. En plus de numériser et de décrire entièrement cet album, l’équipe de l’initiative Nous sommes là : Voici nos histoires a numérisé plus de 450 000 images, y compris des enregistrements photographiques, des documents textuels et des cartes, dans le but de fournir un accès en ligne gratuit aux sources primaires. Aucun déplacement requis!

En octobre 2019, j’ai finalement pu commander un exemplaire. Je me réjouis de savoir que je possède le premier exemplaire imprimé de cette splendide photo numérisée. Aujourd’hui, elle est accrochée à l’un des murs de mon bureau.

Photo noir et blanc entourée d’une large bordure blanche et présentée sur une page gris foncé d’un album. La photo illustre un orignal équipé d’un harnais fixé à un travois, l’animal se tenant devant un tipi.

Jeune orignal équipé d’un harnais fixé à un travois, lieu inconnu, vers 1870-1910. Cette photo apparaît à la page 28 de l’album Birth of the West [la naissance de l’Ouest]. (e011303100-028)


Ryan Courchene est archvisite à la Direction des initiatives autochtones à Bibliothèque et Archives Canada.

Explorer l’histoire des peuples autochtones dans un livrel multilingue – Partie 2

À gauche, Tatânga Mânî [chef Walking Buffalo] [George McLean] monte à cheval et porte son costume traditionnel des Premières Nations. Au centre, Iggi et une fille échangent un « kunik », un baiser traditionnel dans la culture inuit. À droite, le guide métis Maxime Marion tient un fusil. À l’arrière-plan, il y a une carte du Haut et du Bas-Canada, ainsi qu’un texte de la collection Red River Settlement [colonie de la rivière Rouge].

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) a lancé De Nations à Nations : voix autochtones à Bibliothèque et Archives Canada pour coïncider avec la première Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, le 30 septembre 2021. Les essais contenus dans la première édition de ce livre électronique interactif et multilingue présentent une large sélection de documents d’archives et de publications, comme des revues, des cartes, des journaux, des œuvres d’art, des photographies, des enregistrements sonores et cinématographiques, ainsi que des publications. Les biographies des auteurs sont également incluses. Bon nombre de ces derniers ont enregistré des salutations audio personnalisées sur la page de leur biographie, dont certaines dans leur langue ancestrale. Les essais sont variés et, dans certains cas, très personnels. Les histoires que racontent les auteurs remettent en question le récit dominant. Nous avons inclus, outre les biographies, des notices biographiques des traducteurs en reconnaissance de leur expertise et de leurs contributions.

Le livrel De Nations à Nations a été créé dans le cadre de deux initiatives autochtones à BAC : Nous sommes là : Voici nos histoires et Écoutez pour entendre nos voix. Les essais ont été rédigés par Heather Campbell (Inuk), Anna Heffernan (Nishnaabe), Karyne Holmes (Anishinaabekwe), Elizabeth Kawenaa Montour (Kanien’kehá:ka), William Benoit (Nation Métisse) et Jennelle Doyle (Inuk) du bureau de BAC de la région de la capitale nationale. Ryan Courchene (Métis-Anichinabe), du bureau régional de BAC à Winnipeg, ainsi que Delia Chartrand (Nation Métisse), Angela Code (Dénée) et Samara mîkiwin Harp (nêhiyawak), archivistes de l’initiative Écoutez pour entendre nos voix, se sont joints à eux.

Cette édition comprend les langues ou dialectes autochtones suivants : anishinaabemowin, anishinabemowin, denesųłiné, kanien’kéha, mi’kmaq, nêhiyawêwin et nishnaabemowin. Les essais relatifs au patrimoine inuit sont présentés en inuttut et en inuktitut. En outre, le contenu du patrimoine inuit est présenté en inuktut qaliujaaqpait (orthographe romaine) et en inuktut qaniujaaqpait (syllabique inuktitut). Le livrel présente des enregistrements audio en mitchif patrimonial d’images sélectionnées dans des essais relatifs à la Nation Métisse.

Préparer un tel type de publication est une entreprise complexe en raison de défis techniques et linguistiques qui font appel à la créativité et à la flexibilité. Les avantages d’un contenu dirigé par des Autochtones l’emportent cependant sur toutes les complications. Avec l’espace et le temps dont ils ont bénéficié, les auteurs ont récupéré des documents pertinents pour leurs histoires et offert de nouvelles perspectives grâce à leurs interprétations. Les traducteurs ont donné un sens nouveau aux documents, en décrivant la plupart d’entre eux, sinon tous, pour la première fois dans les langues des Premières Nations, l’inuktut et le mitchif.

L’archiviste Anna Heffernan décrit ainsi l’expérience vécue lors de la recherche et de la rédaction de son essai concernant la tradition manoominikewin (récolte du riz sauvage) des Michi Saagiig Nishnaabeg (Ojibwas de Mississauga) : « J’espère que les gens de Hiawatha, de Curve Lake et des autres collectivités Michi Saagiig seront heureux et fiers de voir leurs ancêtres sur ces photos, et de les voir représentés en tant que Michi Saagiig, pas seulement en tant qu’ »Indiens ». »

Une page du livre électronique contenant trois images noir et blanc de personnes et montrant les différentes étapes de la récolte du riz sauvage.

Page tirée de l’essai d’Anna Heffernan, « Manoominikewin : la récolte du riz sauvage, tradition des Nishnaabeg », traduit en nishnaabemowin par Maanii Taylor. Image de gauche : homme des Michi Saagiig Nishnaabeg piétinant le manoomin, Pimadashkodeyong (lac Rice), Ontario, 1921 (e011303090). En haut à droite : femme des Michi Saagiig Nishnaabeg vannant du manoomin, Pimadashkodeyong (lac Rice), Ontario, 1921 (e011303089). En bas à droite : extraits de films muets montrant des hommes et des femmes ojibwas d’une collectivité non identifiée récoltant du manoomin, Manitoba, 1920-1929 (MIKAN 192664).

En réfléchissant à son expérience, l’archiviste Heather Campbell décrit ainsi l’incidence positive du processus :

« Lorsque l’on écrit sur nos collectivités, c’est rarement du point de vue d’une personne qui en fait partie. C’est un honneur d’avoir été invitée à écrire sur la culture inuit pour le livre électronique. J’ai pu choisir le thème de mon article, et on m’a fait confiance pour effectuer les recherches appropriées. En tant que personne originaire du Nunatsiavut, il était très important pour moi d’avoir la possibilité d’écrire sur ma propre région, en sachant que d’autres Nunatsiavummiut y trouveraient leur écho. »

Une page du livre électronique qui montre les pages d’un livre d’images, avec du texte écrit en inuktut qaliujaaqpait et en français.

Page tirée de l’essai de Heather Campbell, « Publications en inuktut », traduit en inuktut qaliujaaqpait par Eileen Kilabuk-Weber. On y voit des pages sélectionnées du livre Angutiup ânguanga / Anguti’s Amulet, 2010, écrit par le Central Coast of Labrador Archaeology Partnership, illustré par Cynthia Colosimo et traduit par Sophie Tuglavina (OCLC 651119106).

William Benoit, conseiller autochtone interne à BAC, a rédigé un certain nombre d’essais plus courts sur la langue et le patrimoine de la Nation Métisse. Chacun de ses textes peut être lu séparément; toutefois, collectivement, ils donnent un aperçu de divers aspects de la culture métisse. Il affirme ce qui suit : « Bien que la Nation Métisse soit le plus grand groupe autochtone au Canada, nous sommes incompris ou mal représentés dans le récit national général. Je suis reconnaissant d’avoir la possibilité de raconter quelques histoires sur mon héritage. »

Une page du livre électronique avec, à gauche, un texte en français, et à droite, une lithographie d’un paysage enneigé avec un homme assis dans une carriole (traîneau) tirée par trois chiens portant des manteaux colorés. À gauche, un homme vêtu d’une couverture et chaussé de raquettes marche devant les chiens. Un homme tenant un fouet et portant des vêtements typiques de la culture métisse (long manteau bleu, jambières rouges et chapeau décoré) marche à la droite du traîneau.

Page tirée de l’essai de William Benoit, « Carrioles et tuppies métis », avec un enregistrement audio en mitchif par Verna De Montigny, aînée métisse. Image représentant le gouverneur de la Compagnie de la Baie d’Hudson voyageant en carriole à chiens, avec un guide des Premières Nations et un meneur de chiens de la Nation Métisse, Rivière Rouge, 1825 (c001940k).

La création du livrel De Nations à Nations a été une entreprise importante et une expérience d’apprentissage positive. Ayant nécessité deux ans et demi d’élaboration, le livrel est véritablement le fruit d’un travail collectif qui a fait appel à l’expertise et à la collaboration d’auteurs des Premières Nations, des Inuit et de la Nation Métisse, des traducteurs en langues autochtones et des conseillers autochtones.

Je suis reconnaissante d’avoir eu l’occasion de collaborer avec tant de personnes formidables et dévouées. Un grand merci aux membres du Cercle consultatif autochtone, qui ont offert leurs connaissances et leurs conseils tout au long de la préparation de cette publication.

Dans le cadre du travail continu visant à soutenir les initiatives autochtones à BAC, nous présenterons les essais du livrel De Nations à Nations sous forme de billets de blogue. Nous sommes heureux d’amorcer cette série avec l’essai de Ryan Courchene, « Histoires cachées ».

De Nations à Nations : voix autochtones à Bibliothèque et Archives Canada est gratuit et peut être téléchargé sur Apple Books (format iBooks) ou sur le site Web de BAC (format EPUB). On peut aussi consulter une version en ligne au moyen d’un ordinateur, d’une tablette ou d’un navigateur Web mobile; aucun module d’extension n’est requis.


Beth Greenhorn est gestionnaire principale de projet à la Division des expositions et du contenu en ligne, à Bibliothèque et Archives Canada.

Tom Thompson est spécialiste en production multimédia à la Division des expositions et du contenu en ligne, à Bibliothèque et Archives Canada.

Explorer l’histoire des peuples autochtones dans un livrel multilingue – Partie 1

À gauche, Tatânga Mânî [chef Walking Buffalo] [George McLean] monte à cheval et porte son costume traditionnel des Premières Nations. Au centre, Iggi et une fille échangent un « kunik », un baiser traditionnel dans la culture inuit. À droite, le guide métis Maxime Marion tient un fusil. À l’arrière-plan, il y a une carte du Haut et du Bas-Canada, ainsi qu’un texte de la collection Red River Settlement [colonie de la rivière Rouge].Beth Greenhorn, en collaboration avec Tom Thompson

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) a récemment publié le livre électronique interactif et multilingue De Nations à Nations : voix autochtones à Bibliothèque et Archives Canada. Ce livrel est le fruit de deux initiatives touchant le patrimoine documentaire autochtone, Nous sommes là : Voici nos histoires et Écoutez pour entendre nos voix. Il contient des essais rédigés par des collègues à BAC faisant partie des Premières Nations, des Inuit et de la Nation Métisse. Le processus de création de cette publication a été bien différent de tout ce que BAC a réalisé auparavant.

Au début, l’équipe du projet ne comptait que deux personnes : Tom Thompson, un spécialiste de la production multimédia, et moi-même. On m’avait demandé de coordonner un livre électronique (livrel) portant sur les documents autochtones conservés à BAC. Nous avions déterminé qu’il s’agissait d’un excellent moyen de présenter le contenu nouvellement numérisé et de la meilleure plateforme pour incorporer du matériel interactif, comme des documents audiovisuels. Un livrel offrait également la possibilité de présenter les langues et les dialectes autochtones.

Les travaux commencent peu de temps après que les Nations Unies déclarent 2019 Année internationale des langues autochtones. C’est dans cet esprit que nous amorçons alors des consultations auprès de nos collègues autochtones; les discussions sont aussitôt encourageantes.

À ce moment, notre intention de départ est de présenter du contenu d’archives et d’autres documents historiques créés par des Autochtones dans leurs langues ancestrales et conservés à BAC. Après plusieurs mois de recherches infructueuses, nous constatons qu’à l’exception d’un petit nombre de documents, il existe peu de contenu écrit dans les langues des Premières Nations ou en inuktut, la langue des Inuit. En ce qui concerne le mitchif, la langue de la Nation Métisse, il n’y a aucun document connu dans la collection préservée à BAC.

Compte tenu de cette réalité, l’équipe chargée du livrel doit alors adopter une nouvelle stratégie pour créer une publication qui appuie les langues autochtones, bien que les documents publiés et archivés aient été créés en grande partie par la société colonisatrice. Après plusieurs séances de remue-méninges, la réponse devient claire et s’avère étonnamment simple. Au lieu de mettre l’accent sur les documents historiques écrits en langue autochtone, les auteurs doivent d’abord choisir des éléments de la collection qu’ils trouvent significatifs, peu importe le média, puis en discuter dans leurs essais. L’étape suivante est de traduire chaque essai dans la langue autochtone représentée par les personnes décrites dans chaque section. Le contenu traduit dans une langue autochtone doit être présenté comme le texte principal, tandis que les versions française et anglaise deviennent secondaires.

Choisi par les auteurs, le titre De Nations à Nations : voix autochtones à Bibliothèque et Archives Canada souligne le caractère distinct de chaque nation et la diversité des voix. En plaçant la voix des auteurs au premier plan, les histoires offrent une compréhension plus riche du monde grâce à la prise en compte des connaissances et des perspectives autochtones.

Puisque de nombreuses collectivités autochtones ne disposent que d’une connectivité Internet limitée, l’équipe de projet prend soin d’intégrer dans le livrel un contenu dynamique, chaque fois que cela est possible. Il s’agit notamment d’images en haute résolution, d’épisodes de baladodiffusion, de clips audio et de séquences de films. Une connexion Internet demeure nécessaire pour télécharger le livrel et accéder à certains contenus, dont les enregistrements de la base de données, les billets de blogue et les liens externes.

Une carte de l’Amérique du Nord avec des symboles placés d’un bout à l’autre du Canada.

Carte montrant l’Amérique du Nord avant l’arrivée des Européens, sans frontières géopolitiques. Les icônes font référence aux biographies et aux essais des auteurs du livrel. Image : Eric Mineault, BAC

À la suite d’une recommandation du Cercle consultatif autochtone à BAC, l’équipe de projet engage des experts en langues autochtones et des gardiens du savoir pour traduire les essais et les textes connexes dans le livrel. De toutes les tâches liées à la création de ce livre électronique, la recherche de traducteurs qualifiés restera l’une des plus difficiles, certes, mais aussi l’une des plus gratifiantes. Beaucoup de ces langues sont en péril; dans certains cas, elles sont même sur le point de disparaître. Alors que le travail de revitalisation de la langue commence dans de nombreuses collectivités pour créer des lexiques et des dictionnaires normalisés, on se rend vite compte que de nombreux mots en anglais sont sans équivalent dans les langues autochtones. Très souvent, les traducteurs doivent consulter les aînés de leur collectivité pour confirmer la terminologie et trouver un mot ou une expression transmettant le même sens, le même message.

En créant le livrel, BAC adopte un important changement de paradigme, soit celui de présenter la langue autochtone en tant que contenu principal, et de proposer le français et l’anglais comme textes secondaires. Pour souligner ce changement, les auteurs intègrent dans leurs essais des mots dans leurs langues ancestrales pour dépeindre les lieux, donner des noms propres et fournir des descriptions. La première occurrence d’un de ces mots s’accompagne de traductions en français ou en anglais entre parenthèses. Par la suite, seuls les mots autochtones sont utilisés pour toute référence ultérieure.

De Nations à Nations : voix autochtones à Bibliothèque et Archives Canada est gratuit et peut être téléchargé sur Apple Books (format iBooks) ou sur le site Web de BAC (format EPUB). On peut aussi consulter une version en ligne au moyen d’un ordinateur, d’une tablette ou d’un navigateur Web mobile; aucun module d’extension n’est requis.


Beth Greenhorn est gestionnaire principale de projet à la Division des expositions et du contenu en ligne, à Bibliothèque et Archives Canada.

Tom Thompson est spécialiste en production multimédia à la Division des expositions et du contenu en ligne, à Bibliothèque et Archives Canada.

Terry Fox, l’espoir en héritage

Par Kelly Anne Griffin

Terrance Stanley Fox est né le 28 juillet 1958 à Winnipeg, au Manitoba. En 1968, sa famille s’installe à Port Coquitlam, en Colombie-Britannique. Durant son enfance et son adolescence, il apparaît à sa famille et à ses amis comme quelqu’un de déterminé et compétitif, un passionné de sport qui excelle autant dans la course de fond qu’au basketball. Ils ne se doutaient pas qu’il deviendrait ce héros canadien qui a laissé derrière lui un monde plus beau.

En 1977, à l’âge de 18 ans, Terry Fox reçoit un diagnostic d’ostéosarcome, une forme de cancer des os, repéré dans sa jambe droite. Tragiquement, il doit être amputé juste au-dessus du genou. Il subit 16 mois de chimiothérapie, durant lesquels il est profondément éprouvé par la souffrance et les difficultés qu’il vit et qu’il observe chez les autres patients de l’hôpital qui sont, comme lui, en traitement pour cette horrible maladie. À l’époque, la recherche sur le cancer en est encore au stade embryonnaire, et Terry sait qu’il reste beaucoup à faire pour les personnes atteintes. Il lui vient donc l’idée de traverser le Canada à la course dans le cadre de ce qu’il nomme le « Marathon de l’espoir ». Son objectif? Sensibiliser la population au combat mené par les personnes atteintes d’un cancer et récolter des fonds pour la recherche d’un remède.

Dessin d’un homme avec une jambe artificielle qui court. Les mots Marathon de l’espoir, Terry Fox et le chiffre 30 y sont inscrits.

Le timbre émis par Postes Canada en 1982 en commémoration du Marathon de l’espoir de Terry Fox. (s003769k) Droit d’auteur : Société canadienne des postes

Le 12 avril 1980, Terry Fox plonge sa jambe artificielle dans l’océan Atlantique, donnant ainsi officiellement le coup d’envoi du Marathon de l’espoir. L’idée lui est venue après une lecture sur Dick Traum, un athlète amputé ayant participé au marathon de New York. Fox, qui est un grand sportif, se met en tête de courir d’un bout à l’autre du Canada pour faire de la sensibilisation et amasser des fonds pour la recherche sur le cancer.

Ce qui se passe pendant les 143 jours qui suivent est une véritable source d’inspiration. Si les médias y prêtent peu d’attention au départ, le vent change une fois que Fox atteint l’Ontario. À ce stade, la division de l’Ontario de la Société canadienne du cancer se met à suivre son parcours, tout comme la médiasphère et quelques éminents journalistes. Des événements sont organisés dans toute la province, et Fox rencontre le premier ministre Pierre Trudeau ainsi qu’une foule de célébrités. Armé d’une détermination inébranlable, l’athlète parcourt en moyenne 42 kilomètres par jour; son épopée rassemble et captive les Canadiennes et Canadiens d’une manière aussi extraordinaire qu’inégalée. Le 1er septembre 1980, le cancer s’étant répandu dans ses poumons, Fox est malheureusement contraint de mettre fin à sa traversée du pays sur une note impressionnante : 5 373 kilomètres au compteur, de Saint John’s, à Terre-Neuve-et-Labrador, à Thunder Bay, en Ontario.

Le 1er février 1981, même s’il ne peut plus courir, Terry Fox atteint l’objectif de récolter 1 $ par personne au Canada. Le 28 juin 1981, après un long et courageux combat, Terry Fox s’éteint. Le souvenir qu’il laisse est immortalisé dans tous les cœurs et les esprits. Le Marathon de l’espoir a tant ému le pays que de nombreuses personnes écrivent au gouvernement fédéral pour exprimer leur solidarité à l’égard de Terry Fox et lui demander de trouver des moyens de préserver sa mémoire.

L’héritage national de l’athlète perdure encore aujourd’hui. Depuis 1980, la course annuelle à l’occasion de la Journée Terry Fox, organisée par la Fondation Terry Fox, a permis de récolter plus de 850 millions de dollars. C’est un apport inestimable à la recherche sur le cancer au Canada et un gage d’espoir pour les millions de personnes touchées par cette maladie. Au fil des ans, le legs de Terry Fox a traversé les frontières : la course attire maintenant des millions de participants dans plus de 60 pays. Il s’agit de la plus importante activité de collecte de fonds d’un jour pour la recherche sur le cancer au monde.

Un rectangle dans lequel figure la photo d’un homme remettant une médaille enrubannée à un autre homme, dont la tête est penchée vers l’avant. Dans le coin supérieur droit figure un timbre tamponné comprenant le dessin d’un homme en train de courir ainsi qu’un cachet de la poste mentionnant « Day of issue, Jour d’émission, Ottawa Canada, 82-04-13. »

La couverture d’une enveloppe, émise par Postes Canada en avril 1982, sur laquelle on voit Terry Fox recevoir la médaille de Compagnon de l’Ordre du Canada. (e001218739) Droit d’auteur : Société canadienne des postes

Une affiche promotionnelle avec un fond noir et une tirelire en rouge et blanc dans laquelle pousse une jonquille. Les énoncés suivants figurent sur l’affiche : « En avril, luttez contre le cancer », « Donnez généreusement » et « Société canadienne du cancer ».

Une affiche de la Société canadienne du cancer pour la promotion du mois de la lutte contre le cancer (avril). La contribution de Terry Fox à la recherche sur le cancer et la Journée annuelle Terry Fox ont profondément touché les Canadiennes et Canadiens atteints de cette maladie.  Droit d’auteur :Société canadienne du cancer  (e010779335-v8)

Hissé au rang de héros national pour ses actions, Fox a également été nommé Compagnon de l’Ordre du Canada en 1980 pour son dévouement à la cause et pour avoir rassemblé le pays. Il est d’ailleurs la plus jeune personne à avoir reçu cette distinction honorifique. On lui attribue également le trophée Lou-Marsh de l’athlète canadien de l’année 1980 et le titre de Personnalité médiatique de l’année de la Presse canadienne en 1980 et en 1981. Partout au Canada, statues, sculptures et monuments lui rendent hommage, et des routes, des parcs et des bâtiments sont nommés en son honneur.

Autres ressources


Kelly Anne Griffin est archiviste adjointe pour l’équipe Médias spécialisés et description à la Division des archives gouvernementales de Bibliothèque et Archives Canada.

La visite de mon arrière-grand-père au Mémorial de Vimy : mythe ou réalité?

Par Rebecca Murray

En tant qu’archiviste de référence, j’aime beaucoup recevoir des questions de chercheurs qui s’intéressent à l’histoire de leur famille. L’une de ces histoires – qui me touche personnellement – est arrivée dans ma boîte de réception le matin du 9 avril 2020, lorsque mon père a rappelé à notre famille élargie, comme il le fait chaque année, que son grand‑père était présent à l’inauguration du Mémorial de Vimy en 1936. Mon père et moi avons visité ce mémorial près d’Arras, en France, par un jour brumeux de novembre 2010.

Une structure en pierre blanche avec des sculptures d’êtres humains devant un ciel brumeux.

Le Mémorial de Vimy près d’Arras, France, 2010. Photo : Rebecca Murray

Pendant que les membres de la famille démontraient leur intérêt, je me posais des questions : pourquoi, parmi tous les militaires hauts gradés du Canada, mon arrière-grand-père avait‑il assisté à l’inauguration? Pourrais‑je trouver plus de renseignements sur sa visite au Mémorial de Vimy dans les archives conservées à Bibliothèque et Archives Canada?

Avant de parler de ma recherche, décrivons un peu le contexte. Mon arrière-grand-père, Thomas Caleb Phillips, était capitaine du génie dans la Marine royale du Canada durant l’entre-deux-guerres. Une anecdote familiale m’a appris qu’il était présent à l’inauguration du mémorial en compagnie de « l’ensemble du Skeena », l’un des navires qu’il avait aidé à concevoir.

Une capture d’écran de l’outil Recherche dans la collection sur le site Web de Bibliothèque et Archives Canada, en utilisant le terme de recherche vimy mémorial.

Recherche par mot‑clé faite par l’auteure avec Recherche dans la collection

J’ai commencé par effectuer des recherches par mots‑clés avec Recherche dans la collection. J’ai utilisé diverses combinaisons, comme Vimy inauguration, Vimy mémorial, Vimy monument, Vimy Skeena et Vimy Phillips. Je ne m’attendais pas à trouver des documents avec Phillips dans le titre, mais j’ai décidé d’inclure son nom pour que la recherche soit exhaustive. Pour me concentrer sur les documents d’archives, j’ai filtré mes résultats avec l’onglet Archives, puis par date (années 1930) et par type de documents (textuel). Comme les résultats demeuraient nombreux, j’ai encore filtré par année (1936), puisque c’était l’année de l’inauguration et la période qui me semblait la plus susceptible de contenir des documents pertinents.

J’ai ensuite dressé une liste des dossiers potentiellement intéressants. La plupart proviennent du fonds du ministère des Affaires extérieures (RG25); quelques‑uns se trouvent dans des dossiers gouvernementaux et des fonds privés. En voici trois exemples :

  • RG25, volume 400, dossier Ex7/65, partie 8, « Vimy Memorial Unveiling Ceremony», 1936
  • RG25, volume 1778, dossier 1936‑184, parties 1‑3, « Unveiling of Vimy Memorial », 1934‑1938
  • RG24, volume 11907, dossier AE 30‑2‑2, « [Superintendent, Esquimalt] – HMCS SKEENA – Movements », 1932‑1937

Les trois références ci‑dessus faisaient partie des 19 dossiers textuels que j’ai décidé de consulter. Ma stratégie de recherche consiste généralement à sélectionner de cinq à dix dossiers pour un examen préliminaire, mais comme je n’ai pas eu beaucoup de temps pour examiner des documents sur place l’hiver dernier, j’ai décidé d’en faire le plus possible avant de rentrer chez moi.

J’ai parcouru tous les dossiers pour chercher le nom de Thomas Caleb Phillips (ou T. C. Phillips) et toute référence à un « ensemble du Skeena ».

Et je n’ai rien trouvé!

Aucune référence à la présence de Phillips.

Et aucun indice ne laisse croire que le NCSM SKEENA ou son ensemble musical a participé à l’événement.

C’était évidemment très décevant. Et pourtant, des chercheurs qui épluchent vainement des documents textuels, des planches contact, des listes, des rapports et d’autres documents dans l’espoir de confirmer des anecdotes familiales comme celle de mon père, il y en a probablement tous les jours.

Je ne dis pas cela pour vous décourager ni pour conclure que ces anecdotes sont fausses. Mais que faire lorsque les informations, ou leur absence, contredisent un récit familial?

Je travaille à la Division des services de référence depuis huit ans. Pendant cette période, j’ai affiné mes compétences, et j’ai appris à sortir des sentiers battus et à lire entre les lignes lorsque je fais des recherches dans les archives. Je me suis néanmoins heurtée à cet obstacle.

La recherche dans les archives, surtout de documents gouvernementaux, exige de la patience et de la diligence. Les chercheurs doivent être disposés à tirer des enseignements de leurs résultats pour les réintégrer dans leurs recherches. Par exemple, j’ai choisi de me concentrer sur les documents textuels parce que je n’étais pas certaine de pouvoir reconnaître T. C. Phillips sur une photo, et encore moins sur un négatif. J’ai également choisi de me fonder sur un ensemble de faits que je n’avais pas vérifiés moi‑même, et je n’ai effectué aucune recherche dans des sources secondaires avant de m’attaquer aux sources primaires.

J’ai restreint mes recherches en fonction de mes suppositions sur la période et le type de documents à privilégier, ainsi que sur l’importance relative de mon arrière-grand-père. Devrais-je faire marche arrière? Élargir le champ de ma recherche? Examiner d’autres fonds? Serais-je mieux servie par une publication dans les collections? Ou encore par un document qui n’a rien à voir avec l’inauguration du mémorial, mais qui concerne la traversée de l’Atlantique par Phillips? Je pourrais suivre de nombreuses démarches. L’étape suivante consiste donc à choisir mon approche : en avant ou en arrière? Collections  publiées ou archivées? Ce n’est ni facile ni simple, mais la complexité de l’opération fait partie du plaisir!

Sur une étendue d’herbe verte, devant un ciel brumeux, un monument en pierre blanche se dresse au loin. À l’avant-plan se trouve un panneau en pierre grise sur lequel sont gravés des feuilles d’érable et le mot VIMY. Des drapeaux canadien et français sont à droite.

Le Mémorial de Vimy près d’Arras, France, 2010. Photo : Rebecca Murray

Je n’ai jamais eu pour but de prouver la présence de mon arrière-grand-père, car je ne doute pas de l’exactitude générale de l’anecdote familiale. J’espérais cependant trouver un document donnant quelques détails. Un document qui permettrait d’établir une petite, mais précieuse connexion à travers près de 100 ans d’histoire canadienne. Quelque chose de concret à partager lorsque mon père racontera à nouveau l’histoire l’année prochaine. Je vais continuer de chercher!

Pour de plus amples renseignements sur le Mémorial national du Canada à Vimy :


Rebecca Murray est archiviste de référence principale à la Division des services de référence de Bibliothèque et Archives Canada.

Nouvelle série de blogues : amélioration de votre expérience en ligne

Bonjour à tous les clients et sympathisants de Bibliothèque et Archives Canada (BAC).

En tant que directrice de la nouvelle Division de l’expérience en ligne à BAC, je suis ravie de donner le coup d’envoi d’une série de billets de blogue qui décriront les changements apportés à nos services en ligne. Nous travaillons très fort sur le rajeunissement de notre présence Web afin qu’il soit plus facile pour vous de trouver de l’information, d’utiliser nos services et d’accéder à la collection en ligne. Vous avez peut-être remarqué certaines nouveautés sur notre site au cours des derniers mois, comme Mon compte et l’amélioration du système de dépôt de publications numériques pour les éditeurs et les éditeurs autonomes canadiens. J’ai maintenant le plaisir de vous annoncer que nous lancerons notre nouveau site Web et des mises à jour des applications à la fin du mois d’août 2022. Cette série de blogues vous donnera un aperçu de ce qui s’en vient. N’hésitez pas à nous dire ce que vous en pensez!

Des équipes de tous les secteurs de BAC, dirigées par notre équipe Web, ont travaillé d’arrache-pied au cours des dernières années pour concevoir une nouvelle façon de naviguer dans nos ressources et d’interagir avec nous virtuellement. Elles ont passé en revue des milliers de pages Web pour vous offrir le contenu le plus intéressant et à jour possible.

Il y a quelques semaines, BAC a lancé son plan stratégique Vision 2030. Doté de priorités claires et d’objectifs ambitieux, Vision 2030 définit notre orientation, ce que nous entendons réaliser et les moyens d’y parvenir au cours de la prochaine décennie. La pierre angulaire de cette vision est un site Web centré sur l’utilisateur qui invite les usagers, actuels ou nouveaux, à découvrir BAC et tout ce que nous offrons.

Nous avons aussi modifié nos méthodes de travail afin d’être plus réactifs et d’ajouter régulièrement de nouvelles fonctionnalités à nos services numériques. Notre équipe pluridisciplinaire planifie son travail par tranches de deux semaines afin de s’adapter facilement lorsqu’il faut résoudre des problèmes ou se pencher sur une nouvelle priorité. Cette équipe comprend des développeurs informatiques, des professionnels de l’expérience des utilisateurs et des experts en archivistique et en bibliothéconomie. L’équipe veille à ce que tous nos systèmes fonctionnent ensemble de manière intuitive. Nous avons mieux intégré Co-Lab à l’outil Recherche dans la collection. Plus récemment, nous avons ajouté la fonction Ma recherche, qui permet de créer et d’enregistrer des listes de recherche. L’équipe travaille actuellement sur une nouvelle interface permettant d’effectuer une recherche dans tous les recensements historiques en même temps. Nous vous tiendrons au courant des développements!

Une capture d’écran avec les itérations numérotées à gauche et les éléments à droite.

Un coup d’œil en coulisses – Nous faisons le suivi des améliorations que nous souhaitons apporter à nos services numériques sous la forme de « récits d’utilisateurs ». Toutes les deux semaines, nous sélectionnons quelques récits auxquels nous nous consacrons pendant cette période.

Nous avons également mis en place une équipe spécialisée dans la recherche et la conception axées sur l’utilisateur afin de mieux anticiper vos besoins et de créer des outils intuitifs. Il s’agit notamment d’intégrer de nouvelles techniques de planification, comme la cartographie du chemin à parcourir pour obtenir ce que vous cherchez à BAC. Nous cernons les irritants afin d’établir les améliorations prioritaires.

De plus, nous avons mené des recherches et des tests de convivialité avec des clients. Par exemple, pour créer la structure du nouveau site Web, nous avons mené un exercice de tri de cartes avec le Conseil consultatif jeunesse pour vérifier la validité de nos hypothèses sur l’organisation du contenu. Nous avons également recueilli vos réactions au moyen d’un sondage sur notre site. Nous allons poursuivre dans cette voie, profitant d’ailleurs de cette série de blogues pour solliciter votre avis.

Une capture d’écran de la page des services d’un site Web

Un aperçu de la section des services sur le nouveau site Web de BAC

Nous sommes ravis d’améliorer votre expérience numérique sur le nouveau site et avec les collections de BAC. Nous sommes cependant conscients que tout ne sera pas parfait dès le départ. Certaines fonctionnalités importantes pour améliorer vos interactions en ligne avec BAC ne seront pas encore offertes. Le lancement d’août n’est qu’un début et nous continuerons d’affiner nos outils, de corriger nos erreurs et d’ajouter du contenu et des fonctionnalités après le lancement. Vos rétroactions et votre collaboration seront inestimables. Vous êtes invités à nous faire part de vos commentaires sur les blogues et à guetter d’autres occasions de nous aider à faire l’essai des nouveaux produits et fonctionnalités.

Ne manquez pas les billets qui seront publiés au cours des prochaines semaines, car mes collègues vous donneront un aperçu de ce que le nouveau site Web vous réserve.


Karen Linauskas est directrice de la Division de l’expérience en ligne à Bibliothèque et Archives Canada.