Charles Angus Cooke (Thawennensere) : gardien du savoir et de la langue

Par Elizabeth Kawenaa Montour

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.Remarque : Cet article fait appel à un langage et à un contenu historiques que certaines personnes peuvent considérer comme offensants, p. ex. la terminologie employée pour faire référence à des groupes raciaux, ethniques et culturels. Pour en savoir plus à ce sujet, veuillez consulter notre Mise en garde – terminologie historique.

Peinture illustrant un canot sur un lac. On aperçoit une maison en arrière-plan, et des arbres et des rPeinture illustrant un canot sur un lac. On aperçoit une maison en arrière-plan, et des arbres et des rochers au premier plan.ochers au premier plan.

Les ruines du fort Senneville, lac des Deux Montagnes, près de Sainte-Anne, Québec. Vue depuis le côté ouest de Tio’tia:ke (Montréal) en direction du nord-ouest, vers le village kanien’kehá:ka de Kanehsatà:ke (Oka), 1839. (c011891k)

Les documents d’archives du fonds Charles A. Cooke Thawennensere à Bibliothèque et Archives Canada (BAC) sont inestimables pour la revitalisation linguistique et culturelle du peuple kanien’kehá:ka (Mohawk). Charles Cooke, né Thawennensere (double nom), voit le jour en 1870 sur le territoire de Kanehsatà:ke (Oka), au Québec. À 11 ans, il déménage à Wahta (Gibson), en Ontario, puis il s’installe à Ottawa à l’âge de 23 ans. Ces documents sur son important travail sont fondés sur sa connaissance de sa langue ancestrale.

Page d’un journal à trois colonnes.

Le journal Onkweonwe, édition du 25 octobre 1900. Sous le nom du journal figure la mention « Aterientarajera naah ne Kasatstensera » (la connaissance est une force). (OCLC 1007186921)

BAC détient dans sa collection une première édition originale du vol. 1, no 1 du journal Onkweonwe de Charles Cooke, datée du 25 octobre 1900. Il s’agit de la seule copie restante connue de ce document. Ce journal est audacieux et avant-gardiste à l’époque : il est entièrement écrit en langue kanienʼkehá et est le premier à être produit dans une langue des Premières Nations au Canada. Les articles portent entre autres sur des événements d’actualités et des sujets variés comme les affaires étrangères, les affaires nationales, l’économie, les sports, la politique fédérale, les dates de la saison de chasse, et le prix des fruits et légumes et des animaux. Le journal est une ressource qui peut alors soutenir les lecteurs dans leurs entreprises économiques. Il est axé sur les Haudenosaunee (Iroquois) des Six Nations et distribué dans les communautés de la région jusqu’à Wendake, une communauté huronne-wendat de Loretteville, au Québec.

Carte montrant la grille du canton de Gibson, avec les étiquettes Medora et Wood en haut, et Baxter en bas à droite.

Plan d’une partie du canton de Gibson, en Ontario, aujourd’hui connu sous le nom de Wahta, vers 1887. (e008311360)

À son départ de Kanehsatà:ke en 1881, Charles Cooke ne parle que le kanienʼkehá, mais apprend l’anglais après sa première année à Wahta. Il y est enseignant avant d’être employé comme commis à la Georgian Bay Lumber Company. En 1893, à l’âge de 23 ans, il est engagé comme commis de bibliothèque pour ce qui s’appelle alors le ministère des Affaires indiennes, à Ottawa. Il y sera notamment interprète, traducteur et commis de bureau, chargé entre autres de la classification des documents. À l’époque, il est l’un des premiers – sinon le tout premier – fonctionnaires d’une Première Nation à être employé par le gouvernement fédéral.

Photo noir et blanc d’une rue en hiver. On voit un panneau indiquant un passage à niveau, des maisons, des poteaux de ligne électrique et une personne qui pousse un toboggan au milieu de la rue.

Scène de rue dans l’est d’Ottawa, vue vers le canal Rideau, 14 décembre 1895 (vue de l’est d’Ottawa à l’époque où Charles Cooke amorce ses 33 années de service au ministère des Affaires indiennes). (a134222)

Tout au long de sa carrière, Charles Cooke a des idées progressistes pour des projets qui pourraient bénéficier aux Premières Nations, mais ses tentatives sont contrecarrées par des superviseurs peu coopératifs. L’un de ces projets comprenant une bibliothèque dédiée aux Autochtones ne sera d’ailleurs jamais concrétisé. Outre son journal Onkweonwe, il réalise le Comparative and Synoptical Indian Dictionary (dictionnaire indien comparatif et synoptique).

Page manuscrite marquée de cachets, portant au bas la mention « Yours sincerely, Charles Cooke » (cordialement, Charles Cooke).

Agence Saint-François, correspondance relative au vocabulaire indien comparatif (liste de mots fréquemment utilisés par les Indiens), Charles A. Cooke, 1899-1902. (e007472965)

Des documents linguistiques supplémentaires de Charles Cooke sont conservés dans d’autres établissements. Un vaste répertoire de noms haudenosaunee est conservé à l’American Philosophical Society à Philadelphie, en Pennsylvanie [en anglais]. Une copie de ces documents est conservée au Musée canadien de l’histoire à Gatineau, au Québec, y compris un manuscrit d’un dictionnaire kanienʼkehá et d’autres notes.

En 1913, Charles Cooke aide Marius Barbeau, l’un des premiers ethnographes, à réaliser une étude grammaticale des langues mohawk, cayuga, onondaga et tuscarora. Marius Barbeau demandera à nouveau l’aide de Charles Cooke, bien plus tard dans la vie de ce dernier.

Charles Cooke sert également de recruteur pendant la Première Guerre mondiale, après avoir été détaché par le ministère des Affaires indiennes pour aider à former ce qui sera un régiment entièrement composé de soldats des Premières Nations, le 114e bataillon du Corps expéditionnaire canadien. Il mène ses activités de recrutement dans les communautés kanien’kehá:ka de Kanehsatà:ke, de Kahnawake et d’Akwesasne, en Ontario et au Québec.

Charles Cooke quitte le ministère des Affaires indiennes en 1926, après avoir atteint le poste de commis principal. Il passe les douze années suivantes à faire des tournées dans l’est du Canada et des États-Unis axées sur les traditions, les chansons et les danses des Haudenosaunee (Six Nations) et des Hurons-Wendat. En 1949 et en 1951, il aide de nouveau Marius Barbeau en tant qu’interprète auprès des Six Nations de la rivière Grand, en Ontario.

Il est sans doute incompréhensible pour le lecteur moderne que Charles Cooke ait travaillé dans un système politique qui ne lui aura jamais permis de recevoir le statut d’« Indien inscrit » en vertu de la Loi sur les Indiens, malgré toutes ses contributions et ses connaissances. Adulte, il a présenté des demandes d’inscription pour obtenir le statut de membre des Premières Nations, mais sans succès. L’examen des demandes semble indiquer qu’il n’a pas été enregistré aux termes de la Loi sur les Indiens alors qu’il était enfant. Charles Cooke est né en 1870, six ans avant la promulgation de la Loi sur les Indiens en 1876. Ainsi, sa naissance n’a peut-être pas été enregistrée pendant cette période de bouleversements pour tous les Onkweonwe (peuples des Premières Nations).

Entre 1911 et 1926, Charles Cooke a demandé à être reconnu, en vertu de la Loi sur les Indiens, comme membre de la Première Nation de Dokis, en tant que descendant d’un membre de la bande de Dokis, son grand-père ojibwa, Showandai. La bande de Dokis a refusé cette demande. En outre, il n’a jamais été admis dans la bande de Kanehsatà:ke (Oka) ni dans celle de Wahta (Gibson).

Charles Cooke a eu un parcours de vie exceptionnel, de ses origines à ses entreprises intellectuelles et politiques à Ottawa. Il a recruté ses frères des Onkweonwe dans les Forces armées pendant la Première Guerre mondiale, a servi de lien culturel pour les recherches de Marius Barbeau, puis a voyagé et présenté ses chants et ses danses kanien’kehá:ka partout au Canada et aux États-Unis. Aujourd’hui, les Onkweonwe n’oublient pas Charles Cooke et son immense héritage. Cet homme remarquable subsiste dans les mémoires grâce à l’important travail qu’il a accompli, rendu accessible au moyen d’efforts continus de revitalisation de la langue et de la culture.

Ce blogue fait partie d’une série portant sur les Initiatives du patrimoine documentaire autochtone. Apprenez-en plus sur la façon dont Bibliothèque et Archives Canada (BAC) améliore l’accès aux collections en lien avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Voyez aussi comment BAC appuie les communautés en matière de préservation d’enregistrements de langue autochtone.


Elizabeth Kawenaa Montour est archiviste de projet à la Division des expositions et du contenu en ligne de la Direction générale des services au public, à Bibliothèque et Archives Canada.

Kahentinetha Horn : celle qui survole les terres

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.

Cet article renferme de la terminologie et des contenus à caractère historique que certains pourraient considérer comme offensants, notamment au chapitre du langage utilisé pour désigner des groupes raciaux, ethniques et culturels. Pour en savoir plus, consultez notre Mise en garde — terminologie historique.

Par Elizabeth Kawenaa Montour

Kahentinetha Horn, du peuple Kanien’kehá:ka (peuple du silex; Mohawks), tiendra la vedette d’un balado à thématique autochtone de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui fera la lumière sur certains grands moments de sa vie. BAC possède d’ailleurs un riche éventail de documents d’archives se rapportant à Kahentinetha (ou Kahn-Tineta) Horn : photos, matériel audiovisuel, films, correspondance – tout un assortiment qui atteste de sa vision, de sa résilience et de son ambition de faire connaître les enjeux touchant les Onkweonwe (Premières Nations).

Le prénom Kahentinetha signifie « survolant les terres ». On peut dire qu’elle lui a fait honneur toute sa vie, et encore aujourd’hui. J’ai eu la chance, le privilège de grandir aux côtés de cette femme forte et passionnée à Kahnawake. Grande et mince, elle avait une carrure athlétique et l’épaisse chevelure d’ébène, lisse et raffinée des Kanien’kehá:ka. Aux yeux de bien des gens – moi y compris – elle était dans une classe à part. Elle s’exprimait de manière concise, d’une voix claire et toujours assurée. D’une curiosité à toute épreuve, elle était toujours d’attaque pour débattre d’un sujet ou d’une situation et y apporter une nouvelle perspective. En travaillant sur le balado, j’ai pu découvrir de nouveaux pans de son incroyable histoire et apprendre à l’admirer encore davantage.

En février 2020, Kahentinetha et sa fille Waneek ont visité BAC pour y consulter des documents d’archives, entre autres : des lettres de Kahentinetha à Maryon Pearson (épouse du premier ministre Lester B. Pearson), au ministre et aux sous-ministres des Affaires indiennes, et à d’autres fonctionnaires fédéraux de l’époque; de la correspondance interne; et des lettres de réponse. Parmi le matériel textuel, on trouve aussi de la correspondance et des documents du conseil de bande des Mohawks de Kahnawake, dont une résolution déchirante contre Kahentinetha qui n’a jamais été mise en application.

Photo noir et blanc de neuf personnes prenant la pose pour l’appareil. Un homme porte un enfant dans un tikinagan. On voit des broussailles en arrière-plan. Il n’y a aucun bâtiment à l’horizon.

Réserve de Caughnawaga [Kahnawake], près de Montréal, vers 1925 [de gauche à droite : Kahentinetha Horn (née Delisle; grand-mère de Kahentinetha Horn), Joseph Assenaienton Horn, Peter Ronaiakarakete Horn (père) portant Peter Horn (fils), Theresa Deer (née Horn), Lilie Meloche (née Horn), anonyme, Andrew Horn, anonyme]. (e010859891)

Kahentinetha se souvient de son père comme d’un homme ayant eu une grande influence sur elle dès le début de sa vie. Il lui a inculqué l’importance de parler la langue kanien’kehá en tout temps – une quête linguistique qu’elle poursuit encore aujourd’hui. En collaboration avec les aînés de Kanehsatà:ke (portion kanien’kehá:ka d’Oka), elle consigne la prononciation et l’orthographe d’expressions complexes qui risqueraient autrement de tomber dans l’oubli.

Photo noir et blanc d’une femme souriant à l’appareil. Elle porte un costume en peau de daim, un collier, des bracelets et un bandeau.

Kahentinetha Horn dans ses habits de reine du carnaval, au poste de pilotage d’un avion Vickers Viscount. Une semaine après le début de son emploi chez Trans-Canada Airlines, elle est couronnée reine du carnaval d’hiver du Collège Sir George Williams, à Montréal. Elle porte ici un costume en peau de daim fabriqué par sa tante Francis Dionne (née Diabo). (e011052443)

Comme beaucoup de Kahnewakeronon, Kahentinetha voit le jour à New York, dans le quartier de Brooklyn. Son père travaille alors dans les structures d’acier et doit rester près des grands chantiers. La famille revient plus tard s’installer à Kahnawake. Le père de Kahentinetha perdra tragiquement la vie sur le pont Rouses Point, qui traverse le lac Champlain pour relier les états de New York et du Vermont, à seulement une demi-heure de Kahnawake. Kahentinetha verra aussi la construction de la Voie maritime du Saint-Laurent dans les années 1950, un canal qui coupera de façon permanente la communauté du rivage naturel.

Kahentinetha étudie en économie à l’Université Sir George Williams, à Tio’tia:ke (Montréal), ce qui lui ouvre des possibilités, dont celle d’aller travailler à Paris. En décembre 1959, alors qu’elle poursuit ses études dans le même domaine à l’Université McGill, elle se rend à La Havane avec deux condisciples pour assister aux célébrations entourant le premier anniversaire de la révolution cubaine.

Photo noir et blanc de deux femmes et d’un homme en tenue de ville.

L’agent Harold Walker présente Kahentinetha Horn à la réceptionniste Pierrette Desjardins, le premier jour de travail de Kahentinetha chez Trans-Canada Airlines. (e011311516)

Kahentinetha occupe divers postes au cours de sa carrière, dont celui de secrétaire chez Trans-Canada Airlines (entreprise rebaptisée Air Canada en 1965) et à la Power Corporation. Elle travaille aussi dans le domaine de la mode comme mannequin au pavillon du Canada à l’Exposition universelle (Expo 67), à Montréal, chaque jour pendant toute la durée de l’événement. Elle pose pour des publicités de mode dans les magazines, et tourne aussi dans des films et des publicités télévisées. En 1973, elle décroche un emploi de fonctionnaire au ministère des Affaires indiennes, dans la région de la capitale nationale. Puis, au cours de l’été 1990, alors même qu’elle mène des recherches universitaires sur Kahnawake, Kanehsatà:ke et Akwesasne, la résistance de Kanehsatà:ke (crise d’Oka) atteint un moment décisif. Sachant qu’elle doit soutenir et défendre le territoire de Kanehsatà:ke, elle se rend donc sur place en juillet avec ses quatre filles. Elles y restent jusqu’au 26 septembre, date à laquelle l’Armée canadienne investit la zone, démantèle les barricades et procède à l’arrestation des derniers revendicateurs. Parmi ceux-ci se trouvent Kahentinetha et ses deux plus jeunes filles, Waneek et Kaniehtiio.

Photo noir et blanc de passants marchant entre de vastes pavillons au bord de l’eau. À l’avant-plan se trouve un train de voitures blanches.

Foule devant le pavillon du Canada à l’Expo 67 à Montréal, en 1967. (e001096693)

À compter du 21 février 1991, Kahentinetha participe en tant que témoin individuel à l’audience publique de la Chambre des communes qui mènera, en mai 1991, à la publication du cinquième rapport du Comité permanent des affaires autochtones. Puis, en mai 1993, elle fait une présentation devant la Commission royale sur les peuples autochtones lors d’une audience tenue à Kahnawake. Organisées partout au Canada, ces audiences visent alors à rassembler de l’information, des preuves et des recommandations, mais aussi à déceler les enjeux qui appellent une intervention. Plus récemment, le 20 février 2020, Kahentinetha participe à l’accueil des chefs héréditaires de la Première Nation Wet’suwet’en à leur arrivée à Tyendinaga.

Photo couleur d’une femme debout vêtue d’un chandail blanc, en train de discuter avec trois femmes assises en face d’elle, de l’autre côté d’une longue table.

Audience de la Commission royale sur les peuples autochtones, à Kahnawake. Assises : Kahente Horn-Miller (fille de Kahentinetha), Kahentinetha Horn et Dale Dionne. Debout à l’avant : Mary Sillett (Inuk du Nunatsiavut [Labrador]), commissaire. Kahnawake, mai 1993. (e011301811)

Des nombreux aînés Kanien’kehá:ka qu’elle a connus au cours de sa vie, Kahentinetha a été particulièrement inspirée par Louis Karonhiaktajeh (« limite du ciel ») Hall, un militant, écrivain et peintre traditionaliste né en 1918 à Kahnawake et décédé en 1993, à l’âge de 76 ans. Artiste aux dons innés, Louis Hall peignait des scènes vibrantes et poignantes sur des sujets kanien’kehá. On lui doit notamment l’emblématique drapeau rouge des Warriors, avec en son centre le profil d’un guerrier haudenosaunee. Kahentinetha lui a ouvert les portes de sa demeure et s’est occupée de lui dans sa vieillesse. Il lui a donné en retour un portrait d’elle qu’il avait peint – peut-être la seule œuvre qui ait jamais quitté sa collection privée.

Kahentinetha nous rendait souvent visite à la maison, généralement avec d’autres amis et membres de la famille qui venaient parfois d’ailleurs. Ma mère, Josephine Kaientatie (« des choses partout »), préparait toujours de bons petits plats, et personne ne repartait l’estomac vide! L’une des images que je garde de cette époque – nous étions alors dans les années soixante – est celle de Kahentinetha vêtue de son manteau de cuir blanc à franges et de sa minijupe assortie, et chaussée de ses bottes blanches. Ce style lui allait bien, et elle le portait avec assurance. Lors de ces visites, on discutait habituellement de questions sociopolitiques. Quand les discussions étaient ponctuées de l’humour des Kanien’kehá:ka, elles étaient une source intarissable de rires.

Puis il y a les souvenirs plus légers, comme l’été de 1971, où Kahentinetha vient d’acheter sa première voiture, une Ford Pinto nouveau modèle. Avec sa fille Ojistoh, qui n’est alors qu’un bébé, elle nous emmène, ma mère et moi, visiter nos cousins en Ontario. À bord de notre rutilante fausse Cadillac rouge, nous filons vers l’ouest sur l’autoroute 401 en direction de deux communautés kanien’kehá:ka des Six Nations, Tyendinaga et Ohsweken.

Kahentinetha éprouve une très grande fierté pour ses filles. Toutes connaissent beaucoup de succès à leur manière, à la hauteur de leurs ambitions. Sa plus vieille, Ojistoh, est médecin; Kahente est titulaire d’un doctorat et maintenant professeure à l’Université Carleton; Waneek est une athlète olympique médaillée d’or aux Jeux panaméricains; et la plus jeune, Kaniehtiio, touche à de nombreuses sphères médiatiques, y compris des rôles aux petit et grand écrans.

Photo couleur de trois femmes assises autour d’une table de conférence en bois, souriant à l’appareil.

Kahentinetha Horn, Hilda Kaheratahawi Nicolas et Nancy Kanahstatsi Beauvais, au centre culturel et linguistique de Kanehsatà:ke, 6 mars 2020. Photo : Elizabeth Kawenaa Montour

Kahentinetha habite aujourd’hui dans l’est de Kahnawake, tout près des rapides de Lachine, sur un terrain bordé d’un ruisseau. Elle aime s’occuper de son potager avec ses nombreux petits-enfants. Après avoir passé toute sa vie à influencer et à côtoyer des gens de toutes origines et cultures, elle continue de se rendre utile en guidant les autres et en transmettant à qui s’y intéresse ses connaissances de la culture, de la langue et de l’histoire haudenosaunee. Je me compte chanceuse d’avoir travaillé sur ce projet, grâce auquel j’ai pu renouer avec elle. J’y ai découvert des facettes de sa personne et de ses réalisations que je n’aurais jamais pu imaginer.

Ce blogue fait partie d’une série portant sur les Initiatives du patrimoine documentaire autochtone. Apprenez-en plus sur la façon dont Bibliothèque et Archives Canada (BAC) améliore l’accès aux collections en lien avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Voyez aussi comment BAC appuie les communautés en matière de préservation d’enregistrements de langue autochtone.


Elizabeth Kawenaa Montour est archiviste de projet à la Division du contenu en ligne de la Direction générale des services au public, à Bibliothèque et Archives Canada.

Comment chercher un document sur l’émancipation?

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.Cet article renferme de la terminologie et des contenus à caractère historique que certains pourraient considérer comme offensants, notamment au chapitre du langage utilisé pour désigner des groupes raciaux, ethniques et culturels. Pour en savoir plus, consultez notre Mise en garde — terminologie historique.

Par Jasmine Charette

Dans un billet de blogue intitulé Émancipation des Premières Nations, j’ai discuté de l’histoire de l’émancipation et de ses répercussions sur les Premières Nations. Ici, j’expliquerai comment chercher des documents à ce sujet.

Vous aurez peut-être besoin de vous rendre sur place pour certaines recherches. Si c’est impossible, vous pouvez embaucher un chercheur indépendant ou demander l’aide de nos Services de référence sur la page Posez-nous une question.

Recherche dans la collection

La méthode la plus simple pour trouver un document sur l’émancipation est d’utiliser Recherche dans la collection. Si vous connaissez le nom de la personne et de sa bande ainsi que l’année approximative de son émancipation, cette méthode est pour vous. Dans certains documents, le nom de l’agence ou du district qui administrait la bande à l’époque remplace le nom de la bande.

Saisie d’écran de l’interface Recherche dans la collection, avec des résultats de recherche.
Saisie d’écran de la recherche d’un document sur l’émancipation pour l’agence Moravian.

Si vous ne connaissez pas l’agence ou le district qui administrait la bande, vous pouvez consulter les instruments de recherche ci-dessous. Ceux-ci sont classés par région; ils énumèrent les agences, les districts et les surintendances et fournissent le nom des bandes qui relevaient d’eux pendant des périodes précises, permettant ainsi de retracer l’administration des bandes au fil du temps. Ces guides sont disponibles dans nos salles de référence. Ils font partie du groupe d’archives RG10 (fond du ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien).

  • 10-202 : Colombie-Britannique
  • 10-12 : Ouest du Canada (Alberta, Saskatchewan, Manitoba, Yukon et Territoires du Nord-Ouest)
  • 10-157 : Ontario
  • 10-249 : Québec
  • 10-475 : Maritimes (Île-du-Prince-Édouard, Nouveau-Brunswick, Terre-Neuve à partir de 1984)
  • 10-145 : Nouvelle-Écosse (la Nouvelle-Écosse avait un système distinct du reste du Canada)

Voici comment chercher un document sur l’émancipation dans la base de données Recherche dans la collection. Les documents recherchés étant en anglais, il faut utiliser le mot-clé enfranchisement plutôt qu’émancipation.

  1. Sous le menu Recherche dans la collection du site Web de BAC, cliquez sur Recherche dans la collection.
  2. Dans la barre de recherche, inscrivez enfranchisement [NOM] [BANDE/AGENCE].
  3. Dans le menu déroulant, choisissez Archives plutôt que Tous.
  4. Cliquez sur la loupe.
  5. Regardez les résultats et choisissez celui qui correspond à la bonne personne.

La référence complète d’un document ressemble à ceci :

RG10-B-3, Numéro de volume : 7222, Numéro de dossier : 8015-25; titre : « Moravian Agency – Enfranchisement – Hill, D.C ».

Remarque : L’accès à certains documents sur l’émancipation étant restreint, une demande d’accès en vertu de la Loi sur l’accès à l’information ou de la Loi sur la protection des renseignements personnels est parfois nécessaire pour les consulter. Notre site Web explique comment soumettre une telle demande.

Décrets

Une saisie d’écran de la base de données Recherche dans la collection.
Une saisie d’écran de la recherche visant à trouver les documents sur l’émancipation de James Marsdewan.

On peut aussi chercher les décrets qui confirmaient les émancipations. Bien qu’ils ne comprennent pas les documents les plus importants, les décrets peuvent renfermer des renseignements intéressants :

  • La personne a-t-elle été émancipée?
  • De quelle bande a-t-elle été émancipée?
  • Quel était son nom au moment de l’émancipation?
  • L’émancipation était-elle due à un mariage?

Grâce à ces renseignements, vous serez peut-être en mesure de trouver d’autres documents avec Recherche dans la collection.

Les décrets sont indexés par année dans nos registres rouges, lesquels se trouvent dans nos salles de référence. Ces registres sont séparés en deux : la première partie donne une liste de numéros de décret (classés de manière plus ou moins précise par date) et la deuxième propose une liste de mots-clés visant à faciliter la recherche d’un décret précis.

Le nom des personnes émancipées avant les années 1920 est mentionné dans nos registres rouges. Un outil externe peut vous aider à trouver des personnes et des familles dans les décrets subséquents : le site Web Order In Council Lists contient un index des personnes émancipées jusqu’en 1968.

Pour obtenir des renseignements plus précis sur la recherche de décrets, lisez nos billets de blogue Les décrets du Conseil accessibles en ligne et Comment accéder aux décrets du Conseil privé conservés à Bibliothèque et Archives Canada?

Si vous avez des questions, n’arrivez pas à identifier une personne ou avez besoin d’aide pour naviguer dans nos fonds, n’hésitez pas à communiquer avec les Services de référence. Nous vous aiderons avec plaisir!


Jasmine Charette est archiviste de référence à la Division des services de référence, Direction générale des services au public, Bibliothèque et Archives Canada.

Accès refusé

Par Forrest Pass

Les Canadiens ont la réputation d’être tranquilles et humbles. Alors que nous soulignons la Semaine de la liberté d’expression, il est intéressant d’observer qu’on reconnaissait ces mêmes traits de caractère national chez les censeurs, qui, dans l’ombre, déterminaient quels ouvrages le public pouvait ou non lire.

Par exemple, prenons la façon dont différents pays censurent, à la fin des années 1920, l’œuvre de D. H. Lawrence L’Amant de lady Chatterley, un classique de la littérature érotique. Aux États-Unis, la mise à l’index de cette œuvre suscite un débat au Congrès. Au Royaume-Uni, la publication d’une édition non expurgée donne alors lieu à un procès très médiatisé autour de la question de l’obscénité.

Au Canada, à l’inverse, l’interdiction de cette œuvre est annoncée dans les dernières pages du magazine The National Revenue Review, une publication interne destinée aux douaniers.

une page dactylographiée avec Prohibited Importation écrite en gras.

Annonce de l’interdiction d’importer Lady Chatterley’s Lover (L’Amant de lady Chatterley) de D. H. Lawrence, The National Revenue Review, vol. 3, no 5 (février 1930), p. 13. (OCLC 42299612)

À compter de la Confédération, le ministre du Revenu national – alors chargé de faire appliquer les lois par les douaniers – et son personnel détiennent, pour ainsi dire, le pouvoir absolu d’interdire l’importation de publications qu’ils jugent obscènes ou séditieuses. Dans les années 1950, les censeurs des douanes avaient déjà interdit bien au-delà d’un millier de titres.

S’il arrive que les auteurs et les éditeurs protestent, ils n’ont pas les moyens de contester ces décisions avant 1958. Même à ce moment, l’importateur doit alors prouver que la publication visée n’est ni obscène ni séditieuse. Ce n’est qu’en 2000 que la Cour suprême du Canada juge comme inconstitutionnelle la présomption de culpabilité d’un livre ou d’un magazine douteux.

Les censeurs des douanes travaillent en toute discrétion. Le ministère du Revenu national refuse alors pendant des décennies de publier une liste cumulative des publications mises à l’index. Les collections de Bibliothèque et Archives Canada permettent cependant de recenser les livres et les magazines censurés par le ministère.

À l’époque, lorsque le ministre considère une publication comme obscène ou séditieuse, il publie une note demandant aux douaniers d’intercepter aux ports d’entrée les livres ou les magazines concernés. On trouve encore des copies de ces notes dans une série d’albums de coupures, comprenant aussi des avis d’exemption de droits de douane et des énoncés de procédures concernant les vacances du personnel. À partir des années 1920, on publie aussi ces avis dans le magazine accessible au public The National Revenue Review. Les journaux relayent également régulièrement l’information.

Avant la Première Guerre mondiale, les premières cibles des censeurs sont surtout des journaux et des magazines états-uniens. Avec des titres comme Chicago Despatch et American House and Home, ces publications semblent d’abord plutôt inoffensives, mais une note signale qu’elles risquent de contenir des publicités inappropriées pour les Canadiens.

Au 20e siècle, beaucoup de livres et de magazines retiennent l’attention des censeurs des douanes. Bien sûr, le contenu à caractère sexuel – alors évalué selon des critères bien différents de ceux d’aujourd’hui – pose un problème récurrent, tout comme certains documentaires criminels, qu’on accuse de glorifier le gangstérisme. Ces censeurs interdisent aussi les écrits de propagande anticatholique extrémiste, dont certains pourraient aujourd’hui être considérés comme de la littérature haineuse. Au cours des années 1920 et 1930, des journaux communistes et socialistes en langues étrangères figurent aussi régulièrement sur les annonces d’interdiction.

Fait plus surprenant, le ministère tente aussi d’interdire les publications faisant la promotion de l’athéisme. En 1931, le journal torontois Globe félicite l’interdit frappant les écrits d’Emanuel Haldeman-Julius, un libre-penseur états-unien : « Ce serait de ridiculiser la religion que d’accepter ce type d’ouvrages au Canada, prévient le Globe. Si le ministère fait une erreur, c’est de ne pas interdire ces écrits subversifs avec suffisamment de vigueur. » [Traduction]

Une page dactylographee.

Note typique annonçant l’interdiction d’importer certaines publications, ici The Bible Unmasked, un tract promouvant l’athéisme; Art Lovers Magazine, comprenant des photographies suggestives et des articles sur des sujets artistiques et culturels; et Film Fun, contenant des illustrations de pin-ups (RG16-A-3, volume no 888).

Il est plutôt rare à l’époque que les censeurs des douanes canadiennes ciblent des œuvres littéraires connues, parce que ces décisions sont les plus susceptibles d’être critiquées. L’Amant de lady Chatterley fait exception, comme d’ailleurs Ulysse de James Joyce, frappé d’interdit en 1923. Il arrive que certaines publications critiquent les censeurs, dont le magazine Maclean’s et le quotidien Ottawa Citizen, ainsi que la revue Quill & Quire s’intéressant au milieu de l’édition du Canada.

Une page dactylographee

Note de 1926 annonçant la mise à l’index de Two Worlds Monthly, une revue littéraire new-yorkaise ayant publié en feuilleton Ulysse de James Joyce, en raison de l’interdiction de cette œuvre par les censeurs canadiens (RG16-A-3, volume no 888).

Les maisons d’édition canadiennes trouvent cependant des moyens d’échapper à ces interdits. En fait, les censeurs des douanes peuvent prohiber l’importation de certaines œuvres, mais pas leur production ou leur distribution. Les archives témoignant de saisies laissent croire que certains éditeurs tentent alors d’exploiter cette faille. En 1932, les douaniers saisissent deux exemplaires d’Un Juif amoureux, le roman osé du scénariste hollywoodien Ben Hecht mis à l’index par le ministère quelques mois auparavant. L’importateur, la maison d’édition torontoise G. J. Macleod and Company, se spécialise dans la réimpression de titres étrangers et aurait pu vouloir publier légalement une édition canadienne de ce roman. Un censeur voulant interdire un ouvrage produit au Canada doit d’abord convaincre un juge qu’il est de nature criminellement obscène ou séditieuse. À l’époque, comme les normes appliquées sont plutôt strictes, on réserve ce jugement aux publications les plus inconvenantes.

une page de grand livre avec une écriture à l'encre bleue

Archives témoignant de la saisie de « 2 romans Un Juif amoureux – importation interdite » [traduction] importés par G. J. McLeod and Company; et du verdict du ministère du Revenu national : « Que ces livres soient et demeurent confisqués, et qu’on les détruise » [traduction] (RG16-A-3, volume no 864).

Le seuil à partir duquel on peut alors interdire une œuvre importée est par contre beaucoup plus bas, et les censeurs ne justifient presque jamais leurs décisions. Leurs objections à L’Amant de lady Chatterley font probablement écho à celles de leurs homologues de Grande-Bretagne et des États-Unis. Le titre Gentlemen in Hades: The Story of a Damned Debutante (Les Gentilshommes de Hadès : damnation d’une débutante), un roman de Frederic Arnold Kummer, suggère en lui-même les raisons pour lesquelles l’œuvre est interdite au Canada en 1932. Les bibliothèques d’ici et d’ailleurs conservent cependant encore plusieurs exemplaires de ce roman sulfureux campé dans les années folles, qui tomba presque dans l’oubli. Mais aucune bibliothèque du monde ne compte d’exemplaire de Krums of Komford (censuré en 1895) ni de numéros du magazine American Beauties (frappé d’interdit en 1926).

Pas même les copies que détenaient les censeurs de ces œuvres perdues n’ont survécu, donc on ne peut qu’imaginer les raisons de leur interdiction. En 1938, le censeur en chef du ministère, J. Sydney Roe, révélait au Ottawa Citizen que, deux fois l’an, lui et un messager du ministère descendaient une brouette pleine de publications interdites au sous-sol de son immeuble de bureaux pour les brûler dans la fournaise à charbon.

En privé et sans tambour ni trompette, cette façon de brûler des livres était à l’image du peuple canadien.


Forrest Pass travaille comme conservateur dans l’équipe des expositions à Bibliothèque et Archives Canada.

Résister : La longue histoire de l’activisme noir au Canada

Par Amina Musa et Krista Cooke

En 1628, un garçon de six ans est enlevé par des marchands d’esclaves de Madagascar, devenant le premier esclave documenté en Nouvelle-France. La lutte contre l’esclavage et contre le racisme qui en découle, menée pour obtenir le respect et l’égalité juridique des Canadiens noirs, dure donc depuis plusieurs siècles. L’amélioration de la qualité de vie d’un groupe racial marginalisé est un combat constant composé de moments de courage individuel et d’actions collectives.

Photographie noir et blanc de trois jeunes assis à une table dans une salle de réunion, tenant des notes d’allocution ou des ordres du jour. À la gauche se trouve une femme blanche avec des cheveux courts et une veste en suède. Au centre, une femme noire porte des lunettes fumées et un large bandeau. À droite, un homme noir porte un chandail à motifs et une veste unie. Sur le mur derrière eux, au-dessus de leur tête, est accroché un grand portrait photographique d’un homme blanc âgé vêtu d’un veston et d’une cravate.
Conférenciers lors d’une réunion de la Greater Windsor Foundation, 1963. (MG28-I119)

La photo ci-dessus, prise en 1963 par Irv King, à l’apogée du mouvement américain pour les droits de la personne, montre des jeunes qui travaillent avec la Greater Windsor Foundation, en Ontario, afin de changer les choses dans leur communauté.

La collection de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) comprend des œuvres d’art, des photographies, des documents, des cartes et des archives audiovisuelles qui montrent ce qui a changé et ce qui est demeuré stable dans la vie des Canadiens noirs. Fort incomplète, elle comprend néanmoins des ressources intéressantes, comme celles sur les loyalistes de l’Empire-Uni, la colonie d’Elgin, les porteurs ferroviaires ainsi que des auteurs, politiciens et militants pour les droits de la personne de la fin du 20e siècle (dont ceux mentionnés plus bas).

Au cours des siècles, de nombreuses personnes se battent contre le racisme systémique au Canada. Certains se concentrent sur la célébration, la documentation et la conservation des cultures riches et diversifiées au sein de leurs communautés. D’autres défient le statu quo par des procédures judiciaires et de nouvelles politiques. D’autres encore établissent des réseaux de soutien pour aider leurs concitoyens à s’épanouir financièrement et psychologiquement. Beaucoup s’impliquent dans les trois catégories pour offrir un avenir meilleur aux générations futures de Canadiens noirs.

Une foule défile au milieu d’une rue dans une petite ville. Des magasins en bois bordent la rue de chaque côté. La foule est menée par un homme noir distingué, moustachu, vêtu d’un haut-de-forme et d’une queue-de-pie, qui se déplace à cheval. Une fanfare, des groupes de petits garçons et plusieurs adultes marchent derrière lui. La plupart des gens dont le visage est visible dans la foule semblent Noirs. En arrière-plan, un deuxième cheval tire un char sur lequel se tiennent des femmes vêtues de robes blanches et de chapeaux à large bord.
Défilé du jour de l’émancipation à Amherstburg (Ontario), 1894 (a163923)

De nos jours, la célébration de la culture noire et de son importance au Canada revêt de nombreuses formes : richesse littéraire, musicale et artistique; centres culturels, musées et sites historiques; Mois de l’histoire des Noirs; programmes universitaires en études de la communauté noire; festivals divers; etc. Au nombre de ces événements, il y a le jour de l’émancipation, célébré chaque année (depuis 1834!) pour commémorer l’adoption de la loi sur l’abolition de l’esclavage. La photo ci-dessus montre le défilé de 1894 à Amherstburg, en Ontario.

Tous ces festivals, livres et musées ont une chose en commun : ils sont l’œuvre de gens déterminés qui tiennent à célébrer la culture et l’histoire des Noirs. BAC possède des collections sur un grand nombre de ces personnes et organisations, notamment :

Leur activisme, combiné à celui de nombreuses autres personnes, a façonné la manière dont les Canadiens de tous les horizons comprennent l’histoire des Noirs.

Un portrait en buste d’un homme noir âgé vêtu d’une toge de juge et d’une chemise blanche impeccable. Sa toge noire est décorée d’une écharpe bourgogne. L’homme, qui regarde directement l’observateur, a de courts cheveux gris et une moustache blanche.
Portrait du juge de la citoyenneté Stanley Grizzle, peint par William Stapleton (c151473k)

La lutte contre la discrimination de la communauté noire est jalonnée d’obstacles juridiques. Au début du 20e siècle, beaucoup de personnes noires se voient refuser l’accès à des ressources et n’ont pas droit aux mêmes possibilités que les autres. Pour combattre cette inégalité, il faut souvent contester ces restrictions au tribunal.

Stanley Grizzle commence à prendre part à cette lutte dans les années 1930, dans son rôle de membre fondateur du Railway Porter’s Trade Union Council, à Toronto. Il a consigné par écrit les efforts d’autres militants, laissant ainsi une vaste collection de dossiers de recherche à BAC.

Stanley Grizzle a notamment documenté les activités de Charles Roach, un militant et avocat spécialisé des droits de la personne qui utilise ses connaissances juridiques pour représenter de nombreuses personnes victimes d’oppression et vivant des difficultés, dont des réfugiés souhaitant immigrer au Canada. Roach est le cofondateur du Black Action Defence Committee, une organisation créée en 1970 à Toronto en réponse au décès de plusieurs hommes noirs aux mains de policiers. Ce comité a joué un rôle crucial dans la formation de l’Unité des enquêtes spéciales de l’Ontario.

Pearleen Oliver, qui a récemment fait l’objet d’une nouvelle biographie, mène en 1940 une campagne couronnée de succès pour renverser l’exclusion des femmes noires dans les écoles de soins infirmiers. Avec son mari, le docteur William Pearly Oliver, elle fonde la Nova Scotia Association for the Advancement of Coloured People afin de lutter contre la discrimination relative à l’embauche, à l’éducation et au logement.

Charles Roach, Stanley Grizzle et le couple Oliver ne sont que quelques-uns des acteurs de changement dans la communauté des militants. Beaucoup d’autres ont laissé des marques profondes dans la société canadienne.

Esquisse d’un portrait d’une femme assise. L’artiste a représenté la jupe de la femme à l’aide de traits très simples, mais a peint le visage en aquarelle. La tête et le haut du portrait sont plus détaillés que le reste du corps. La femme, noire, porte un foulard de tête noir et blanc avec des motifs, un châle, une blouse à larges manches resserrées aux poignets, des gants et une jupe. Elle est assise, les mains jointes sur ses genoux, et semble regarder au loin, au-dessus de l’épaule gauche de l’observateur.
La « généreuse femme de couleur » (Good Woman of Colour), de lady Caroline B. Estcourt (c093963k)

Au fil des siècles, les préjugés raciaux prennent des formes très diverses au Canada. De l’esclavage à l’inégalité sanctionnée par la loi – qui empêche beaucoup de Canadiens noirs de choisir leur lieu de travail ou de culte, leur logement ou leur établissement d’enseignement –, en passant par la dure réalité du racisme systémique, de nombreux facteurs marginalisent des générations de Canadiens noirs. Il devient ainsi particulièrement important pour les membres de ces communautés de se soutenir mutuellement.

Par exemple, cette femme de la région de Niagara, dont le nom reste inconnu, a impressionné l’artiste qui a esquissé son portrait, car elle a pris soin d’un homme noir démuni et malade qui n’était plus capable de payer son loyer. Le Cygne noir (Elizabeth Greenfield), chanteuse de concert américaine et ancienne esclave, a fait don des bénéfices d’un concert, en 1855, pour financer le déplacement d’esclaves en fuite au Canada.

Plus récemment, des organisations comme la Home Service Association, à Toronto, et le Negro Community Centre, à Montréal, ont offert de l’aide aux personnes dans le besoin, fait la promotion d’événements culturels noirs et invité des conférenciers à parler de sujets importants tels que l’apartheid et le mouvement pour les droits de la personne.

Photographie noir et blanc de trois petites filles noires tenant des jouets. Les deux fillettes à gauche tiennent des poupées de porcelaine, et celle à droite, un gros ourson en peluche. Les trois enfants sourient timidement au photographe et aux passants. Elles sont bien habillées, ont les cheveux coiffés en tresses décorées de rubans, et se tiennent debout devant un mur couvert d’affiches.

Trois jeunes filles, Eleitha Haynes, Elizabeth Phillips et Camille Haynes, célèbrent la Semaine de la fraternité au Negro Community Centre, à Montréal, en 1959. Photo : Dave Legget (e011051725)

Actes individuels de courage et de soutien, mouvements communautaires, procédures judiciaires officielles : la communauté noire du Canada a travaillé des siècles durant pour surmonter le racisme. Le mouvement Black Lives Matter, qui a mis l’activisme antiracisme sous les feux de l’actualité en 2020, est fondé sur la bravoure et le franc-parler des générations passées de Canadiens noirs, et attire de nouveau l’attention sur la réalité du racisme au Canada.


 Krista Cooke travaille comme conservatrice au sein de la Direction générale des services au public. Amina Musa est adjointe en archivistique à la Direction générale des archives.

Une journée dans la vie d’une bibliothécaire de référence

Par Kristen Frame

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) possède une vaste collection de publications : romans, ouvrages documentaires, journaux, rapports gouvernementaux, débats parlementaires, cartes, atlas, partitions, enregistrements sonores et films. Mais comment la richesse de notre collection peut-elle aider les bibliothécaires de référence à répondre à vos questions?

Je reçois des demandes sur divers sujets qui exigent la consultation de nombreux types de documents. Récemment, on m’a demandé de trouver une copie d’un ordre général de la Milice datant de la Première Guerre mondiale. Cet ordre publié en août 1915 annulait un règlement obligeant les hommes mariés à obtenir le consentement de leur épouse avant de s’enrôler. J’ai dû consulter plusieurs types de publications de notre collection pour répondre à cette question.

Ordres généraux

Photo de la page titre d’un ouvrage.
Ministère de la Défense nationale, General orders [Ordre généraux], 1915.

J’ai commencé par chercher dans des livres qui regroupent des ordres généraux publiés entre 1897 et 1945. Ces documents peuvent être commandés sur Aurora, notre catalogue en ligne.

J’ai d’abord consulté le volume de 1915, mais l’ordre général en question ne s’y trouvait pas.

Gazette du Canada

Page tapuscrite sur deux colonnes de la Gazette du Canada.
Page de la Gazette du Canada (août 1915) sur laquelle figurent des ordres généraux; image tirée du site Chronique d’un pays : la Gazette du Canada.

J’ai ensuite vérifié si le numéro de 1915 de la Gazette du Canada avait publié cet ordre général, comme c’était souvent le cas en temps de guerre. Les numéros de 1941 à 1997 sont disponibles en ligne dans notre base de données Chronique d’un pays : la Gazette du Canada. Encore une fois, mes recherches furent infructueuses.

Sources secondaires

La prochaine étape était de consulter des sources secondaires (livres et articles) pour voir si d’autres chercheurs avaient travaillé sur cet ordre général. J’ai trouvé des références dans les publications suivantes :

Ces références ne disent cependant pas où cet ordre général a été publié, ni même s’il l’a été. Le mystère s’épaississait!

Journaux

Deux articles de journal, côte à côte.
The Toronto Daily Star, 20 août 1915, page 7; The globe, 21 août 1915, page 6.

J’ai alors décidé de consulter des journaux pour voir si j’avais la bonne date de parution de l’ordre général. Les numéros du Toronto Star et du Globe and Mail d’août 1915 contiennent des articles sur la modification des règlements liés à l’enrôlement dans l’armée : les hommes pouvaient maintenant s’enrôler dans le Corps expéditionnaire canadien sans le consentement de leur épouse (pour les hommes mariés) ou de leurs parents (pour les enfants de moins de 17 ans).

Décrets

Page tapuscrite dont le titre anglais signifie : « Ordres généraux – 1915 ».

Conseil privé, 1915-1948, corps expéditionnaires outre-mer, règlements sur l’enrôlement 1915/08/19, ministre de la Milice et de la Défense par intérim, 14 août 1915 (e010920460).

Maintenant certaine que l’ordre général avait bel et bien été adopté en août 1915, je me suis dit que le gouvernement ne l’avait probablement pas publié. Cependant, comme ultime tentative, j’ai fait une recherche dans la base de données des décrets au moyen de Recherche dans la collection. À cette époque, en effet, les ordres généraux étaient parfois approuvés par décret. Surprise! C’est là qu’il se cachait. J’avais enfin mis la main sur le document recherché!

Comme vous pouvez le voir, ce n’était pas une tâche facile. Cet exemple illustre à la perfection les nombreuses recherches qu’il faut parfois faire pour répondre à des questions de référence.

Avez-vous besoin de l’aide d’un bibliothécaire ou d’un archiviste? Envoyez-nous votre question par écrit dès aujourd’hui.


Kristen Frame est bibliothécaire de référence à la Division des services de référence de Bibliothèque et Archives Canada.

Compagnie de la Baie d’Hudson : 350 ans d’archives

Par Anik Laflèche

En 2020, nous avons souligné le 350e anniversaire de la Compagnie de la Baie d’Hudson (la Compagnie). Fondée le 2 mai 1670, la Compagnie est l’une des plus anciennes entreprises au monde toujours en activités.

Si sa durée de vie est impressionnante en soi, la Compagnie se démarque aussi par ses très nombreux documents qui sont parvenus jusqu’à nous après avoir été conservés à Londres, en Angleterre, pendant une bonne partie de leur existence. Il est incroyable que ces documents puissent toujours être consultés après avoir échappé à l’usure des siècles, à la nature sauvage canadienne, à la traversée de l’Atlantique, aux mauvaises conditions de préservation, aux incendies, aux inondations et à deux guerres mondiales.

Photo noir et blanc d’un bâtiment derrière un portail sur lequel on peut lire « Compagnie de la Baie d’Hudson, constituée en 1670 ». Un deuxième bâtiment est partiellement caché par une clôture du côté droit.

Fort Chipewyan, poste de traite de la Compagnie de la Baie d’Hudson, Alberta, 1900 (a019629)

Les documents de la Compagnie sont fascinants, même sans tenir compte de l’histoire de l’entreprise. Au début, ils ne sont pas conservés pour des raisons historiques, mais pour des motifs opérationnels et juridiques.

Alors que tous les documents sont classés par ordre alphabétique en 1796, de grands efforts de description et de classement sont effectués en 1931, lorsque la Compagnie embauche son premier archiviste : Richard Leveson Gower. Cette décision découle de la pression grandissante exercée par des chercheurs et des historiens qui souhaitent consulter la collection.

Dans les années 1960, le centenaire de la Confédération (1967) et de la création du Manitoba (1970) approche à grands pas. L’idée de transférer les archives au Canada est alors sérieusement envisagée. Le projet se réalise en 1974, lorsque les archives organisationnelles de la Compagnie sont données aux Archives du Manitoba. La collection de pièces de musée se retrouve quant à elle au Musée du Manitoba (en anglais).

Bien que BAC n’ait pas la garde de ces documents, il conserve des copies de bon nombre d’entre eux sur microfilm, dans le fonds MG20. D’autres fonds, notamment celui du ministère de l’Intérieur (RG15), permettent d’étudier le rôle de la Compagnie dans le développement du Nord-Ouest et dans la concession des terres, après la cession de la Terre de Rupert et du Territoire du Nord-Ouest.

Le fonds MG20 comprend des documents très variés datant de 1667 à 1956 : registres de procès-verbaux du conseil d’administration; registres de correspondance; journaux; grands livres; dossiers du personnel; journaux de bord; photos; journaux des postes de traite; journaux intimes; cartes; et photos et dessins architecturaux. Le classement de ces documents est identique à celui de l’entreprise à ses débuts et à celui des Archives du Manitoba.

Image noir et blanc d’un registre de procès-verbaux. La date du 24 octobre 1671 est inscrite dans le coin supérieur droit. La liste des hommes ayant participé à la réunion se trouve à gauche. Le reste du texte comprend deux paragraphes décrivant la teneur des discussions.

Registre de procès-verbaux dont la première entrée date du 24 octobre 1671. C’est le plus ancien document dans les archives de la Compagnie de la Baie d’Hudson. Il comprend des documents rédigés au cours des 18 premiers mois d’existence de l’entreprise. Le roi Charles II accorde une charte à la Compagnie le 2 mai 1670. (MG20-A1, document A.1/1, bobine de microfilms HBC-1)

La Compagnie a joué un rôle controversé au fil des siècles, participant de manière essentielle à l’exploitation des ressources pendant la colonisation. Ses documents constituent néanmoins une source d’information exceptionnelle sur l’histoire du Canada, des Premières Nations, de la Nation métisse et des Inuits. Ils offrent un aperçu du passé colonial de notre pays, de son expansion vers l’ouest et le nord, de son développement économique et culturel ainsi que du quotidien des commerçants de fourrure, des Autochtones et des communautés frontalières.

Par exemple, les archives témoignent de la naissance et du développement de la Nation métisse, un peuple indépendant d’ascendance autochtone et européenne qui est devenu une nation distincte dans le Nord-Ouest à la fin du 18e siècle. Au cours du siècle suivant, la Nation métisse organise une résistance contre l’invasion de ses terres ancestrales à la suite du transfert de la Terre de Rupert au Dominion du Canada par la Compagnie de la Baie d’Hudson.

Les archives de la Compagnie peuvent contribuer aux efforts du Canada entourant la réconciliation avec les Premières Nations, la Nation métisse et les Inuits. Pour en savoir plus sur leur histoire, je vous recommande le livre Keepers of the Record: The History of the Hudson’s Bay Company Archives, de Deidre Simmons. Vous pouvez aussi consulter la page Au sujet des archives de la Compagnie de la Baie d’Hudson des Archives du Manitoba.

Si vous effectuez des recherches au moyen des archives de la Compagnie de la Baie d’Hudson ou sur un sujet connexe, vous pouvez demander l’aide de nos spécialistes de la référence. Remplissez simplement ce formulaire pour communiquer avec nous. Nous vous répondrons avec grand plaisir!


Anik Laflèche est archiviste à la Division des services de référence.

Le magasinage par catalogue chez Sears: l’art de livrer la marchandise

Jennifer Anderson

Avez-vous magasiné en ligne dernièrement? C’est tellement pratique de pouvoir tout faire à distance. On trouve sur le Web des produits de qualité facilement accessibles à tous, y compris aux personnes à mobilité réduite, aux personnes éloignées des centres urbains et à celles qui, pour une raison ou une autre, ne peuvent se rendre en magasin. Sans parler du temps économisé!

Mais le magasinage à distance ne date pas d’hier.

Avant Internet, les consommateurs recevaient régulièrement des catalogues par la poste, dans lesquels ils pouvaient commander divers produits. Ils ramassaient ensuite leur commande à de petits « comptoirs catalogues », parfois situés dans d’autres commerces (par exemple, chez un fleuriste ou dans une boutique de cadeaux).

Photo noir et blanc de la façade d’un magasin de vente par catalogue. Au haut de la façade, on voit l’enseigne « Simpson’s Order Office »; des affiches publicitaires sont placées en vitrine.
Bureau des commandes par catalogue de Simpson’s, Sarnia (Ontario), 1952. (e011172139)

Dans un blogue précédent, j’ai mentionné que Bibliothèque et Archives Canada (BAC) avait acquis les archives de Sears Canada en 2017. Ce fonds documentaire compte plus de 40 000 photos, dont beaucoup illustrent les activités des employés de la bannière (qui s’appelait à l’origine Simpson’s). On peut notamment y voir des employés s’affairant à livrer aux clients des articles commandés en catalogue. À l’origine, ces photos étaient destinées aux relations publiques, mais aujourd’hui, elles ouvrent aux chercheurs une fenêtre sur le quotidien du personnel de ce grand magasin.

Après son arrivée au Canada en 1952, Sears a acheté Simpson’s, pour ensuite faire affaire sous la bannière Simpsons-Sears. Grâce à son catalogue, véritable pilier de l’entreprise, elle finit par surclasser Eaton, Dupuis Frères, la Compagnie de la Baie d’Hudson et tous les autres grands magasins offrant la vente par correspondance. À la fin des années 1970, l’entreprise devient simplement « Sears ». En 1992, elle se dote d’une ligne téléphonique sans frais qui deviendra, une décennie plus tard, la ligne recevant le plus d’appels au pays. Puis, en 1996, Sears lance son site Web, qui reçoit des millions de visites par année. Le catalogue n’en gagne pas moins en popularité pendant cette période.

Dans les tout premiers catalogues de l’entreprise, on ne trouvait pas de photos, mais plutôt des illustrations faites à la main. Le but : inciter le consommateur à acheter des articles ou des ensembles attrayants. À l’époque, les dessinateurs (qui sont souvent des dessinatrices) peinaient souvent à se tailler une place dans les agences de publicité.

Photo noir et blanc de deux femmes, visage souriant, devant deux catalogues de mode, l’un de la fin du 19e siècle, l’autre du milieu du 20e siècle.
Le magasinage par catalogue : toujours en vogue, 1953. (e011172110)

Dans la même veine, les rédactrices de mode dans les catalogues et magazines étaient aussi journalistes, et leur influence a contribué à l’évolution de la société. Comme Valerie Korinek l’a démontré dans sa monographie Roughing It in the Suburbs: Reading Chatelaine Magazine in the Fifties and Sixties (2000), le magazine Châtelaine était un puissant pôle d’influence auprès des lectrices canadiennes en cette ère d’avant Internet. La photo suivante, qui montre Vivian Wilcox, rédactrice de mode de Châtelaine, suggère qu’elle a aidé à faire la promotion des catalogues de Sears.

Photo noir et blanc montrant une femme qui parle au micro, devant un grand dessin de mode posé sur chevalet.
Vivian Wilcox, rédactrice de mode de Châtelaine, devant un dessin de mode, vers 1955. (e011172116)

Avec les photos du fonds Sears Canada, les chercheurs et les historiens en marketing disposent maintenant de vastes ressources pour analyser la publicité dans les catalogues ainsi que l’évolution des techniques utilisées pour séduire la clientèle. Observez par exemple cette annonce de tente-roulotte des années 1950 : n’a-t-on pas l’impression qu’il n’y a rien de plus facile, pour cette campeuse solitaire, de préparer un repas en plein air?

Photo noir et blanc montrant une tente-roulotte et une campeuse en train de sortir de la vaisselle sur une table. En bas, on voit des vignettes montrant différentes vues de la tente-roulotte.
Annonce de tente-roulotte, vers 1950. (e011172156)

Précisons toutefois que les photos conservées par BAC sont surtout associées à la nostalgie ou aux relations publiques. Elles nous offrent un véritable reflet de l’évolution de l’économie et de la société canadiennes. Quant à l’ensemble du fonds, il témoigne des efforts déployés par Sears pour s’adapter et rester compétitif dans un marché en mutation. En particulier, les archives sur le catalogue Sears sont bien plus qu’un simple témoignage sur le marketing d’un produit ou d’une entreprise en particulier. Elles révèlent comment les détaillants canadiens, ancrés dans un réseau national, ont tenté de rester à la page aux 20e et 21e siècles.

Prenons pour exemple cette série de photos. Prises entre 1921 et 1972, elles montrent des employées de Simpson’s (puis de Simpsons-Sears et enfin de Sears) prenant des commandes de catalogue au téléphone. Elles illustrent bien les changements dans le matériel de communication, les bureaux et la tenue vestimentaire, sans oublier les coiffures. On y voit également le passage des photos en noir et blanc aux photos couleur Kodachrome. En revanche, la nature du travail et la composition entièrement féminine du personnel restent inchangées.

  • Quatre photos noir et blanc et deux photos couleur, prises au fil des décennies, montrant des employées assises à des standards téléphoniques, avec un casque d’écoute, en train de prendre les commandes des clients.
  • Quatre photos noir et blanc et deux photos couleur, prises au fil des décennies, montrant des employées assises à des standards téléphoniques, avec un casque d’écoute, en train de prendre les commandes des clients.
  • Quatre photos noir et blanc et deux photos couleur, prises au fil des décennies, montrant des employées assises à des standards téléphoniques, avec un casque d’écoute, en train de prendre les commandes des clients.
  • Quatre photos noir et blanc et deux photos couleur, prises au fil des décennies, montrant des employées assises à des standards téléphoniques, avec un casque d’écoute, en train de prendre les commandes des clients.
  • Quatre photos noir et blanc et deux photos couleur, prises au fil des décennies, montrant des employées assises à des standards téléphoniques, avec un casque d’écoute, en train de prendre les commandes des clients.
  • Quatre photos noir et blanc et deux photos couleur, prises au fil des décennies, montrant des employées assises à des standards téléphoniques, avec un casque d’écoute, en train de prendre les commandes des clients.

Ces photos montrent tout un monde caché : celui des employés chargés de l’emballage, du tri et de l’étiquetage des produits commandés. Elles évoquent aussi une époque bien révolue. Pourtant, le travail qui s’y fait n’est pas si différent de ce qu’on trouve chez les grands détaillants d’aujourd’hui.

Photo noir et blanc montrant deux rangées de postes debout, où des femmes en tablier emballent des paquets sur un long comptoir. Derrière elles, on voit des étagères remplies de paquets. À l’avant-plan, on voit un grand rouleau de papier à emballer.
Emballage des commandes, vers 1950. (e011213330)

De la même manière, cette série de photos montrant des livreurs et leurs camions nous interpelle : au petit air ancien se mêle une certaine impression de familiarité. Aujourd’hui, il y a autant de livreuses que de livreurs… et des livreurs portant le nœud papillon, il n’y en a plus beaucoup! Mais l’uniforme est encore de mise dans les entreprises contemporaines : en plus d’inspirer la confiance, il demeure un symbole de fierté qui manifeste l’importance accordée au service à la clientèle.

  • Trois photos noir et blanc montrant, au fil des décennies, des livreurs en uniforme devant leurs camions.
  • Trois photos noir et blanc montrant, au fil des décennies, des livreurs en uniforme devant leurs camions.
  • Trois photos noir et blanc montrant, au fil des décennies, des livreurs en uniforme devant leurs camions.

En cette ère de magasinage en ligne, l’importance économique des grands centres de distribution – en tant qu’employeurs et carrefours d’expédition – demeure d’actualité.

Photo noir et blanc montrant deux employés en train de vérifier des documents dans un grand centre de distribution éclairé au néon. À l’avant-plan, on voit un train de chariots chargés de produits.
Centre de distribution de Kenmore, Toronto, 1960. (e011172129)

Cette photo montre le personnel du service de réparation et d’entretien de Kenmore, une marque d’électroménagers vendus par Sears. Ce service sous garantie était à l’époque un incontournable offert par les grands magasins.

Photo noir et blanc montrant trois employés réparant des appareils dans un atelier; un quatrième employé déplace un gros appareil.

Service de réparation de Kenmore, Toronto, 1960. (e011172130)

Photo noir et blanc montrant deux repasseuses et trois couturières.

Employées dans un atelier de couture, vers 1955. De gauche à droite : Louise Karst, Elizabeth Moehring, Anne Dawson, Madeleine Huzina et Helen Marg. (e011172115)

Les pages des catalogues Sears suscitent toujours un vif intérêt chez les usagers de BAC, que ce soit pour y suivre l’histoire de la mode, de la publicité ou du marketing, ou l’évolution des prix. Nous sommes donc convaincus que le fonds Sears Canada sera accueilli avec enthousiasme par les chercheurs et les membres du public canadien qui s’intéressent à l’histoire fascinante de Sears Canada, ou qui gardent de précieux souvenirs des grands magasins.

Vous prévoyez démarrer un projet de recherche sur Sears Canada ou sur un sujet connexe, ou vous avez déjà commencé? Nos spécialistes des services de référence seront heureux de vous aider. Vous n’avez qu’à remplir le formulaire Posez-nous une question ou à communiquer avec nous. Au plaisir de vous servir!

Autres ressources de BAC :

Jennifer Anderson était archiviste à la Direction générale des services au public. Avant cela, elle a travaillé à la Section des sciences, de l’environnement et de l’économie de la Direction générale des archives à Bibliothèque et Archives Canada.

Kwaata-nihtaawakihk : la naissance difficile du Manitoba

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.Cet article renferme de la terminologie et des contenus à caractère historique que certains pourraient considérer comme offensants, notamment au chapitre du langage utilisé pour désigner des groupes raciaux, ethniques et culturels. Pour en savoir plus, consultez notre Mise en garde — terminologie historique.

Par William Benoit

Le Canada célèbre des anniversaires importants en 2020. En effet, 150 ans se sont écoulés depuis l’annexion de la Terre de Rupert et des Territoires du Nord-Ouest au Canada en 1870. C’est également en 1870 que le Manitoba entre dans la Confédération, ce qui ne se fait pas sans heurts. En effet, le gouvernement du Canada se demande si le Manitoba doit demeurer un vaste territoire ou devenir officiellement une province. Les Métis poussent finalement le Canada à opter pour la province.

Tableau montrant une personne qui tient une cravache au-dessus de sa tête, debout sur un traîneau tiré dans la neige par un cheval brun qui se cabre.

Se frayer un chemin au Manitoba (e011072986)

Le Manitoba est le premier à se joindre aux quatre provinces fondatrices du Canada : l’Ontario, le Québec, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse. Il n’y a donc pas de modèle à suivre. Mais alors qu’on s’attendrait à une réflexion approfondie et inclusive sur l’avenir de la province, les Métis vivent une tout autre expérience, marquée par la déportation, les traumatismes et plus tard la résilience. Leur situation se détériore une fois le Manitoba intégré à la Confédération. Les nouveaux pionniers provenant de l’Ontario se montrent hostiles. Pendant plusieurs générations, des aînés décriront cette période comme un règne de terreur contre les Métis.

L’aînée de la Nation métisse Verna DeMontigny a récemment comparé le processus de création de la province du Manitoba à une naissance difficile, ou Kwaata-nihtaawakihk dans la langue michif. Le terme est très approprié.

La Cour suprême du Canada, dans son jugement rendu en 2013 dans l’affaire Manitoba Metis Federation Inc. c. Canada, présente un récit détaillé sur le peuple métis, la colonie de la rivière Rouge et le conflit à l’origine de la Loi sur le Manitoba et de l’union du Manitoba avec le Canada :

L’histoire commence avec les peuples autochtones qui occupaient ce qui est devenu la province du Manitoba — les Cris et d’autres nations moins populeuses. Vers la fin du dix‑septième siècle, des aventuriers et explorateurs européens ont traversé le territoire sans s’y arrêter. L’Angleterre a revendiqué symboliquement les terres pour ensuite donner à la Compagnie de la Baie d’Hudson […] le contrôle d’un vaste territoire appelé Terre de Rupert, y compris ce qui est aujourd’hui le Manitoba. Les Autochtones ont continué d’occuper ce territoire. Outre les Premières Nations, le territoire a vu naître un nouveau groupe autochtone, les Métis — issus des premières unions entre les explorateurs et négociants européens et les femmes autochtones. À l’origine, les descendants de parents anglophones étaient appelés les Sang‑mêlé, alors que ceux ayant des racines françaises étaient appelés les Métis.

Le 19 novembre 1869, la Compagnie de la Baie d’Hudson cède à la Couronne britannique la Terre de Rupert et les Territoires du Nord-Ouest. Le 15 juillet 1870, par un décret signé quelques semaines plus tôt (le 23 juin), le gouvernement britannique admet ces territoires au sein du Canada, en vertu de l’article 146 de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique, 1867 (aujourd’hui la Loi constitutionnelle de 1867).

Il faudra attendre près de huit mois après la cession de ces territoires pour que le transfert entre pleinement en vigueur.

Le gouvernement du Canada, alors dirigé par le premier ministre John A. Macdonald, a l’intention d’absorber les territoires et de les ouvrir à la colonisation. Toutefois, il doit d’abord régler la question des peuples autochtones qui les habitent. Selon la Proclamation royale de 1763, le Canada a le devoir de traiter avec les nations autochtones souveraines pour obtenir leur consentement avant que la Couronne impériale puisse exercer sa souveraineté sur elles. Rédigée plus de cent ans auparavant, la Proclamation a pour objectif d’organiser et de gérer les territoires nouvellement élargis de l’Amérique du Nord britannique au terme de la guerre de Sept Ans. Elle comporte des règles qui doivent stabiliser les relations avec les peuples autochtones en encadrant le commerce, l’établissement des pionniers et l’achat de terres dans les régions à coloniser.

Dessin montrant des personnes assises autour d’un orateur debout. À l’arrière-plan se trouve un bâtiment avec des personnes assises ou debout sur le balcon.

Le traité avec les Indiens du Manitoba – un chef indien prononce un discours à Stone Fort (l’homme métis assis sur une chaise dans le cercle est peut-être un interprète) (e010967476)

Ainsi, pour les Premières Nations, le processus devrait consister à conclure des traités par lesquels elles accepteraient que leurs terres soient colonisées, en échange d’autres terres qui leur seraient réservées et de certaines promesses. La politique du gouvernement à l’égard des Métis n’est cependant pas aussi bien définie.

Photographie en sépia d’une petite ville où des bâtiments se dressent de chaque côté d’une large rue de terre marquée de traces de charrettes.

La rue principale vue vers le sud, Winnipeg, 1879. La rue est large pour que les charrettes de la rivière Rouge puissent circuler. (e011156541)

L’afflux massif de pionniers blancs dans la région de la rivière Rouge commence avant l’entrée du Manitoba dans la Confédération canadienne. Le contrôle social et politique des Métis s’effrite, ce qui entraîne de la résistance et de l’hostilité. Pour régler le conflit et assurer l’annexion du territoire, le gouvernement du Canada entreprend des négociations avec des représentants du gouvernement provisoire dirigé par les Métis. Ces négociations mènent à l’adoption, en 1870, de la Loi sur le Manitoba, par laquelle le Manitoba devient une province canadienne.

La Loi est un document constitutionnel, mais elle est dotée de nombreuses caractéristiques des traités. Elle officialise les promesses et obligations du Canada envers le peuple métis. Ces promesses représentent les conditions selon lesquelles les Métis acceptent d’intégrer le Canada et d’abandonner leur territoire et leur revendication à l’autodétermination. Ces obligations sont encore en vigueur aujourd’hui.

La Nation métisse est un peuple autochtone reconnu partout dans le monde. Au Canada, ses droits ancestraux et issus de traités sont enchâssés dans la Constitution, au même titre que ceux des Premières Nations (« Indiens ») et des Inuit (« Esquimaux »). La patrie de la Nation métisse couvre un vaste territoire dans le centre-ouest de l’Amérique du Nord. Les Métis ont fondé le Manitoba en 1870 et ont été des partenaires de négociation du Canada au sein de la Confédération. Ils continuent de jouer un rôle de premier plan dans le développement du Canada contemporain.

En michif : Li Michif Naasyoon nishtowinikaatew oobor lii piyii pi li moond nishtowiinikasowak li moond autochtone. Daan li Canada si te payyek enn band di moond avek lii dray tretii daan li constitution, aloon bor li Promii Naasyoon pi li Ziskimoo. Li Michif Naasyoon Nataal li piyii mitoni kihchi-mishow, li taryaen daan li sawntrel west Nor America. Lii Michif, koum li fondateur di Manitoba daan li 1870 pi Canada’s naasaasyi-iwow di maashkihtonikaywin daan li Confederation, kiiyapit il li enportaan daan li Canada’s oosishchikeywiin.


William Benoit est conseiller en engagement autochtone interne au bureau du bibliothécaire et archiviste du Canada adjoint à Bibliothèque et Archives Canada.

La statue de sir Arthur Doughty, archiviste du dominion

Par David Rajotte

Il y a deux statues dédiées aux fonctionnaires à Ottawa. L’une est celle de sir Galahad, érigé sur la Colline du Parlement. Le monument rend hommage au jeune Henry Albert Harper – un ami du premier ministre William Lyon Mackenzie King – qui perdit la vie en tentant de sauver une jeune fille de la noyade. L’autre est celle de sir Arthur George Doughty, archiviste du dominion (1904-1935). Doughty dirigeait l’institution qui est devenue Bibliothèque et Archives Canada (BAC) de nombreuses décennies plus tard. Il était aussi un historien renommé à qui l’on doit plusieurs livres, dont une histoire du Canada en 23 volumes. Sa statue se trouve derrière l’édifice de BAC au 395, rue Wellington.

Photo couleur montrant une statue d’un homme assis.

Statue de sir Arthur Doughty, c. 1967. (e011309258)

Le premier ministre Mackenzie King est également à l’origine de cette statue. Lui et sir Arthur Doughty ont été des amis proches, comme l’a montré Ian Wilson, ancien bibliothécaire et archiviste du Canada, dans le recueil d’essais Mackenzie King: citizenship and community (en anglais). L’idée d’une statue est venu à l’esprit premier ministre le 2 décembre 1936, le lendemain du décès de Doughty. Dans son journal (en anglais), Mackenzie King a raconté avoir alors convaincu son cabinet d’investir dans un monument pour rendre hommage à l’archiviste du Canada. Il a expliqué que « J’ai pensé qu’il s’agissait d’une façon bien trouvée d’honorer à la fois la fonction publique et un fonctionnaire d’exception qui a consacré sa vie au travail pour son pays » [Traduction ]. En 1937, le budget fédéral a alloué 15 000 $ pour la statue, soit l’équivalent de 270 000 $ en 2020.

Mackenzie King a participé activement aux différentes étapes dans la conception de la statue, y compris le choix du sculpteur. Le projet a d’abord été confié à Robert Tait McKenzie, un artiste de renommée internationale natif de l’Ontario, mais vivant à Philadelphie, aux États-Unis. Il n’a cependant eu le temps que de compléter un modèle réduit de la statue avant de décéder subitement. Selon sa veuve, il y travaillait d’ailleurs encore une dizaine de minutes avant sa mort.

Photo noir et blanc montrant le visage d’un homme en gros plan. Il porte la moustache et de petites lunettes rondes.

Portrait de Robert Tait McKenzie, vers 1935. (a103150)

Après le décès de Tait McKenzie, le projet de conception de la statue a été confié à Emanuel Otto Hahn, professeur à l’Ontario College of Art. Il était notamment connu pour le design du navire Bluenose et du caribou qui figurent respectivement sur les pièces canadiennes de 10 et de 25 cents. Hahn a pris plusieurs mois pour compléter le travail. La Thompson Monument Company de Toronto s’est occupé de graver la base de granite, alors que la Fonderie d’art Vandevoorde de Montréal a eu pour tâche de couler la statue en bronze. Le monument a été érigé les 20 et 21 décembre 1940 devant l’édifice des Archives nationales, alors sises au 330, rue Sussex.

Photo noir et blanc montrant un homme portant un tablier, debout à côté d’un modèle d’une statue. Il porte des lunettes et tient un poing sur sa hanche.

Emanuel Otto Hahn debout devant un modèle de la statue de sir Arthur Doughty, vers 1940. (e010979771)

La statue montre Sir Doughty assis. Mackenzie King voulait un monument ressemblant à celui de John Harvard érigé à Cambridge, au Massachussetts. Doughty est représenté avec une plume à la main parce qu’il préférait la plume au crayon. Au fil des années, cette plume a souvent été brisée par des vandales. Arthur Doughty porte une toge de l’Université Laval, les concepteurs souhaitant rappeler le doctorat honoris causa qu’il avait reçu de cette université en 1901. La statue est déposée sur un piédestal arborant plusieurs inscriptions. L’avant montre le blason et la devise de la famille Doughty, Palma non sine pulvere (aucun succès sans effort). L’arrière rappelle les diplômes et la carrière de l’éminent archiviste. Les deux côtés comportent une citation tirée de l’ouvrage de sir Arthur Doughty, Les archives canadiennes et leur champ d’action :

« Dans l’actif d’un peuple, les archives constituent la valeur la plus précieuse : elles sont le don d’une génération à l’autre et le degré des soins que nous en prenons mesure le degré de notre civilisation. »

Croquis d’un plan. On peut y lire certaines inscriptions en anglais : « Sussex St » [rue Sussex] en bas, « Roadway » [chemin d’accès] à droite, « Grass » [gazon] au centre, et « Entrance » [entrée] en haut. Un carré marque l’emplacement désiré d’une statue à l’extrémité d’un chemin d’accès menant à l’entrée d’un édifice.

Premier croquis montrant l’emplacement désiré de la statue de sir Arthur Doughty devant l’édifice du 330, rue Sussex, vers 1938. (e011442899)

Dans les années 1960, les Archives nationales ont quitté l’édifice de la rue Sussex pour déménager au 395, rue Wellington, avec la Bibliothèque nationale. La statue de sir Arthur Doughty est alors installée à l’arrière du bâtiment. Wilfred Smith, archiviste du dominion de 1968 à 1984, a raconté que l’espace manquait pour placer le monument à l’avant. D’après lui, le poids de la statue rendait impossible son déplacement dans les rues d’Ottawa. On a donc dû placer le monument sur une barge et le transporter par la rivière. Encore aujourd’hui, on peut admirer la statue de sir Arthur Doughty surplombant la rivière des Outaouais à l’arrière de l’édifice de BAC au 395, rue Wellington, à Ottawa.


David Rajotte est archiviste à la Direction générale des archives, Bibliothèque et Archives Canada.