Qu’a-t-on réellement signé sur la Colline parlementaire il y a 40 ans, le 17 avril 1982?

Par Natasha Dubois

Il existe plusieurs termes pour souligner ce moment précis de l’histoire du Canada : rapatriement de la Constitution, signature de la Constitution, signature de la Charte, etc. Toutes ces expressions sont à la fois correctes et incomplètes.

Oui, la Constitution canadienne a bel et bien été rapatriée il y a 40 ans (au sens où dorénavant, seul le Canada a le pouvoir de la modifier, et non plus le Royaume-Uni). Elle n’a cependant pas été signée, car il s’agit d’une loi édictée par le Parlement britannique. Les lois britanniques et canadiennes sont promulguées et non signées par le chef de l’État. Pour ce qui est de la Charte canadienne des droits et libertés, soulignons qu’il ne s’agit même pas d’un document; on ne peut donc le signer de manière officielle.

Donc, quel document a-t-on réellement signé le 17 avril 1982?

À cette date, la reine Elizabeth II a signé la proclamation de la Loi constitutionnelle de 1982 (l’annexe B de la Loi de 1982 sur le Canada promulguée par le Royaume-Uni quelques semaines auparavant), qui donne au Canada le pouvoir de modifier sa propre constitution et inclut, entre autres, le libellé de la Charte canadienne des droits et libertés.

Une page calligraphiée en couleur. On y voit les armoiries du Canada et des signatures, au centre en haut, ainsi que d’autres signatures, au centre en bas.

Proclamation de la Loi constitutionnelle de 1982. Légèrement endommagée par la pluie pendant la cérémonie liée à la Proclamation, cette version est connue, d’une manière informelle, comme la copie « goutte de pluie ». (e008125379)

Mais, alors, qu’est-ce que la Charte?

 On voit souvent des affiches de la Charte canadienne des droits et libertés, comportant les armoiries du Canada et la signature du premier ministre. Mais s’il ne s’agit pas d’un document officiel, alors qu’en est-il au juste?

Une page dactylographiée en couleur. On y voit les armoiries du Canada, au centre en haut, et un dessin de l’édifice du Parlement, au centre en bas. Une signature figure dans le coin inférieur droit.

Affiche publiée par le gouvernement du Canada pour promouvoir la Charte canadienne des droits et libertés. (e010758222_s1-v8)

Contrairement à la croyance populaire, la Charte canadienne des droits et libertés n’est pas un document en soi. Il s’agit en fait de la partie I de la Loi constitutionnelle de 1982, mise en page sous la forme d’une affiche en 1985. Cette affiche n’a jamais été officiellement signée ni promulguée, n’étant pas une proclamation ou un texte de loi complet. Il lui manque également le grand sceau du Canada, qui doit être apposé sur toutes les proclamations et certains documents officiels du Canada.

En 1985, après l’entrée en vigueur de toutes les dispositions de la partie I de la Loi constitutionnelle de 1982, le gouvernement souhaite en promouvoir le contenu (c.-à-d. la Charte canadienne des droits et libertés). Pour ce faire, il crée des affiches prenant l’allure d’un document officiel [en y apposant une signature estampillée du premier ministre de l’époque] et en distribue plus de 250 000 dans les écoles, bibliothèques et lieux publics du Canada. L’affiche de la Charte peut aujourd’hui être téléchargée (format PDF) ou commandée en version imprimée (certificat ou affiche) sur le site Web de Patrimoine canadien. Malheureusement, il n’existe pas de version originale officielle de cette affiche dans les collections préservées à Bibliothèque et Archives Canada (BAC).

La Charte canadienne des droits et libertés est disponible en 29 langues et semble avoir servi de modèle pour la formulation de nombreuses autres constitutions et chartes des droits partout dans le monde. Elle a aussi inspiré des centaines d’ouvrages dans la littérature canadienne, dont bon nombre ont été acquis par BAC au moyen du dépôt légal : traités de droit, thèses et mémoires, articles de revues professionnelles, ouvrages de vulgarisation et même littérature jeunesse.

Finalement, qu’a-t-on signé le 17 avril 1982?

Le 29 mars 1982, le Royaume-Uni promulgue la Loi de 1982 sur le Canada, dont l’annexe B est la Loi constitutionnelle de 1982 qui s’applique uniquement au Canada. Le 17 avril 1982, la reine Elizabeth II signe la proclamation qui officialise l’entrée en vigueur de la Loi constitutionnelle de 1982 pour le Canada.

Selon les règles britanniques et canadiennes, avant d’entrer en vigueur, un texte de loi doit franchir un certain nombre d’étapes. Il doit d’abord être présenté aux deux Chambres du Parlement, où il fait l’objet de discussions et de débats avant son adoption par ces dernières. La loi doit ensuite être promulguée par le chef de l’État, c’est-à-dire obtenir la sanction royale (la signature de la reine ou du gouverneur général). Après l’adoption de la Loi de 1982 sur le Canada, le gouvernement du Canada rédige lui-même le texte de la proclamation de la Loi constitutionnelle de 1982 que la reine accepte de signer à Ottawa, le 17 avril 1982. Comme pour toutes les proclamations canadiennes précédentes, les autres signataires sont le registraire général du Canada et le procureur général du Canada. Le premier ministre du Canada appose lui aussi sa signature sur la proclamation de 1982, même si elle n’est pas essentielle pour que le document soit considéré comme officiel.

En fait, la cérémonie de signature du 17 avril 1982 n’est que la façade publique de l’événement politique réel à l’époque : l’obtention, par le Canada, du dernier pouvoir politique qu’il lui manque pour devenir un pays réellement souverain. En effet, jusqu’à cette date, seul le Parlement britannique a le pouvoir de modifier la Constitution du Canada, en vertu de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique de 1867.

Le Royaume-Uni édicte donc la Loi de 1982 sur le Canada, qui prévoit qu’aucune autre loi subséquente du Parlement du Royaume-Uni n’aura d’effet au Canada. De plus, cette loi est la seule loi britannique rédigée en anglais et en français depuis le Moyen-âge.

La Loi constitutionnelle de 1982 (annexe B de la Loi de 1982 sur le Canada) affirme la primauté de la Constitution du Canada sur toute autre règle de droit et définit ce que compose la Constitution du Canada (partie VII). Cette loi détaille également les procédures de modification de la Constitution canadienne (partie IV), et contient des articles sur les droits des peuples autochtones (partie II) et la Charte canadienne des droits et libertés (partie I).

C’est pour cela qu’on dit que la Charte est enchâssée dans la Constitution. On ne peut modifier la Charte sans modifier la Constitution, car la Loi constitutionnelle de 1982 est partie intégrante de la Constitution du Canada (partie VII de la Loi). Pour cela, il faudrait utiliser les procédures de modification de la Constitution (partie V de la Loi). Cela explique également pourquoi la Charte a primauté sur tous les textes législatifs du pays, car elle est une des composantes de la Constitution.

En conclusion, il n’existe pas un document qui peut être désigné comme étant la « Charte ». De multiples reproductions du texte qui compose la Charte canadienne des droits et libertés sont disponibles gratuitement. Même si BAC ne détient pas l’affiche originale de la Charte, il préserve cependant dans ses collections des facsimilés sur parchemin des six documents constitutionnels du Canada : la Proclamation royale (1763), l’Acte de Québec (1774), l’Acte constitutionnel (1791), l’Acte d’Union (1840), l’Acte de l’Amérique du Nord britannique (1867) et la Loi de 1982 sur le Canada. Ce coffret et les copies sur parchemin des documents ont été offerts au Canada par le Royaume-Uni, après la signature de la proclamation de la Loi constitutionnelle de 1982. Document d’une quarantaine de pages, la Loi de 1982 sur le Canada est ce qui se rapproche le plus d’une version originale de la Charte canadienne des droits et libertés. En quelque sorte, on peut considérer ce texte constitutionnel comme notre exemplaire national de la Charte.

Ressources connexes :


Natasha Dubois est archiviste au sein de la Division des archives gouvernementales à Bibliothèque et Archives Canada.

Affiches de voyage de la collection Marc Choko – un défi Co-Lab

Par Andrew Elliott

La collection Marc Choko offre un fantastique échantillon des affiches de voyage canadiennes entre 1900 et les années 1950. Comme l’a écrit Henry Miller pendant son voyage en Grèce dans les années 1930, une destination n’est jamais un lieu, mais une nouvelle façon de voir les choses. En fait, tout le mouvement moderniste de l’époque vise à voir les choses anciennes sous un nouveau jour. Les affiches aident les compagnies de chemin de fer, puis les compagnies aériennes, à se faire connaître au plus grand nombre. En plus de promouvoir des services rapides et efficaces, elles présentent aux voyageurs une vision raffinée et romantique des voyages à destination et à l’intérieur du Canada.

Entre 1900 et 1930, surtout dans les années 1920, les habitudes de voyage changent beaucoup. Les touristes de la classe moyenne et les voyageurs immigrants se disputent les places à bord des trains. Le tourisme devient une sorte d’expérience théâtrale de la culture de masse, ce qui engendre la commercialisation des loisirs.

Les services de publicité de la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada (CN) et du Chemin de fer Canadien Pacifique nouent des liens étroits avec des artistes canadiens et américains. Ceux-ci produisent des affiches ainsi que des œuvres d’art pour d’autres produits de marketing, comme des magazines et des guides horaires. Par exemple, en 1927, le CN fait appel à des membres du Groupe des Sept pour créer un guide panoramique de 33 pages. L’objectif est de promouvoir la beauté sauvage, naturelle et romantique du parc national de Jasper. Ce guide, comportant quelques pages numérisées, se trouve dans la série du train-musée du fonds du CN.

Les compagnies de chemin de fer et les artistes n’évoluent pas en vase clos. Ils sont influencés par l’expansion de l’industrie du voyage et par les mouvements artistiques qui se propagent partout dans le monde au début du 20e siècle. On observe une convergence remarquable : les voitures, les trains, les avions, les zeppelins et les paquebots se livrent concurrence pour attirer la clientèle. Pour vendre leurs services, les entreprises utilisent des affiches vantant notamment leur rapidité et leur expérience.

La collection Marc Choko de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) comprend des affiches de voyage commandées à divers artistes par des sociétés de transport. Marc Choko, professeur émérite à l’École de design de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), a fait don de cette collection au début des années 1990. Il a donné des cours de design à l’UQAM de 1977 à 2018. Il est aussi l’auteur de nombreux livres sur le design, dont Destination Québec : Une histoire illustrée du tourisme (2013), Canadien Pacifique : Affiches 1883-1963 (2004) et Canadian Pacific: Creating a Brand, Building a Nation (2016).

Parmi les artistes connus ayant créé des affiches, on relève les noms de Peter Ewart et Roger Couillard. Peter Ewart (1918-2001) est né à Kisbey, en Saskatchewan, mais a grandi à Montréal. Au terme de sa formation scolaire, il étudie l’art à Montréal, puis à New York. Ses peintures sont exposées à l’Académie royale de Londres (Angleterre), à l’Académie royale des arts du Canada, à l’Exposition nationale canadienne et à l’exposition de peintures canadiennes au milieu du siècle. Pour tout savoir sur la vie et la carrière de Peter Ewart, consultez le site Web qui lui est consacré (en anglais).

À la fin des années 1940, Ewart aide à établir, puis à intensifier une campagne publicitaire mémorable du Canadien Pacifique, sur le thème du plus grand réseau de transport du monde. Il reçoit des commandes de nombreuses sociétés pour plusieurs événements, comme les Lignes aériennes Canadien Pacifique, la Banque de Montréal, l’Imperial Oil Company, la B.C. Telephone Company, les Jeux olympiques d’hiver de Calgary, Ocean Cement et bien d’autres.

La collection Marc Choko contient plusieurs magnifiques affiches créées par Peter Ewart pour le Canadien Pacifique.

Orignal dans l’eau avec des arbres au loin et un petit blason de la société.

Affiche du Canadien Pacifique : Chassez cet automne – voyagez avec Canadien Pacifique (e000983752-v8) Crédit : CRHA/Exporail, Canadian Pacific Railway Company Fonds

Gros poisson dans l’eau et un petit blason de la société.

Affiche du Canadien Pacifique : « Pour information s’adresser au Pacifique Canadien » (e000983750-v8) Crédit : CRHA/Exporail, Canadian Pacific Railway Company Fonds

Roger Couillard (1910-1999) est un autre artiste bien représenté dans la collection Marc Choko. Il est né à Montréal et a étudié à l’École des beaux-arts de Montréal. En 1935, l’Institute of Foreign Travel organise un concours d’affiches sur le thème « See Europe Next » (L’Europe est votre prochaine destination). Une affiche de Couillard est choisie pour être exposée dans le grand magasin montréalais Ogilvy. En 1937, Couillard ouvre un studio dans l’édifice Drummond, sur la rue Sainte-Catherine à Montréal. Il travaille ensuite comme inspecteur hôtelier pour le ministère du Tourisme du Québec de 1966 à 1975. (Il n’y a pas beaucoup d’information sur Roger Couillard sur Internet. Les renseignements présentés ici proviennent de la page Web d’un cours sur la théorie et l’histoire du design canadien offert à l’Université d’art et de design Emily Carr. On trouve aussi des exemples d’œuvres produites par Couillard sur le site artnet.)

Les saisissantes affiches ci-dessous montrent la polyvalence de Couillard. Celui-ci travaille pour une vaste gamme d’entreprises, dont le Canadien Pacifique, le CN, les Lignes aériennes Trans-Canada et l’ancêtre de la Société maritime CSL. Les affiches montrent très bien ce que les voyages peuvent représenter pour les touristes de l’époque.

« Télégraphe – Quand la vitesse est un facteur » (e010780461-v8)

Un avion vole au-dessus d’un message écrit en anglais disant : « Ne coûte que trois sous de plus, n’importe où au Canada »

Lignes aériennes Trans-Canada : Courrier aérien (e010780458-v8)

La collection Marc Choko comprend aussi des œuvres d’artistes moins célèbres :

On y trouve aussi des œuvres d’artistes inconnus. Par exemple, une affiche remarquable pour le CN a été reproduite sur de nombreuses cartes postales, mais l’artiste n’a jamais été identifié. Pouvez-vous nous donner un coup de main?

C’est ici que Co-Lab intervient. Un nouveau défi sur les affiches de voyage a été créé. Aidez-nous à identiqueter et décrire les affiches, mais aussi à identifier les artistes! C’est un excellent moyen d’admirer les affiches de la collection Marc Choko.


Andrew Elliott est archiviste à la Direction générale des archives de Bibliothèque et Archives Canada.

Norman Kwong : Toujours en quête de victoires

Par Dalton Campbell

En 1948, Norman Kwong foule un terrain de la Ligue canadienne de football (LCF) pour la première fois, en tant que membre des Stampeders de Calgary. La recrue de 18 ans, qui sera intronisée au Temple de la renommée, est le premier joueur sino-canadien de la ligue.

Photo en couleurs, prise dans un studio photographique, d’un joueur de football en uniforme tenant son casque avec son bras gauche.

Norman Kwong (1929-2016), le 31 août 1957 (e002505702-v6)

Kwong (né Lim Kwong Yew) est né à Calgary en 1929. Il est le cinquième de six enfants. Ses parents, Charles Lim et Lily Lee, sont propriétaires d’une épicerie. Ils immigrent au Canada depuis Guangdong, en Chine, plusieurs années avant la naissance de Kwong.

Selon un article nécrologique paru dans l’Edmonton Journal, il y a moins de 5 000 Canadiens d’origine chinoise en Alberta en 1920. La grande majorité d’entre eux sont des hommes, principalement parce que la « taxe d’entrée » raciste et discriminatoire empêche la plupart des hommes de faire venir leur femme et leurs enfants au Canada. Ainsi, à cette époque, il n’y a que cinq femmes chinoises mariées à Calgary, dont la mère de Kwong. En 1923, le gouvernement adopte la Loi de l’immigration chinoise (communément appelée « Loi d’exclusion des Chinois ») pour mettre fin à l’immigration en provenance de Chine. En 1947, soit un an avant le début de la carrière de Kwong au football professionnel, la Loi est levée et les Canadiens d’origine chinoise obtiennent le droit de vote.

Photo noir et blanc du centre-ville de Calgary. Prise de vue en surplomb d’une intersection où l’on aperçoit des tramways, des voitures et des gens dans les rues et sur les trottoirs.

8e Avenue, Calgary (Alberta), 1937 (e010862070-v8)

En 1950, Kwong est échangé à Edmonton, où il passera le reste de sa carrière. Il domine la LCF pour les gains au sol à trois reprises (1951, 1955 et 1956), amasse plus de 1 000 verges par la course durant quatre saisons consécutives et établit de nombreux records d’équipe et de la ligue. Il est nommé au sein de l’équipe d’étoiles de la division Ouest à quatre reprises (1951, 1953, 1955 et 1956), mérite deux fois le prix du meilleur joueur canadien (1955 et 1956) et reçoit le trophée Lionel-Conacher à titre de meilleur athlète masculin au Canada (1955). En 13 saisons, il participe à sept matchs de la Coupe Grey, remportant quatre championnats (1948, 1954, 1955 et 1956). Il est intronisé au Temple de la renommée de la LCF en 1969 et au Panthéon des sports canadiens en 1975. En 2006, le réseau TSN le place sur sa liste des 50 meilleurs joueurs de l’histoire de la LCF.

L’article nécrologique de l’Edmonton Journal donne une citation de Kwong : « Le sport, c’est comme une vie qui se déroule sur une courte période. Il n’y a pas de zones grises. Tout est vu au grand jour; c’est impossible de se cacher. Il y a toujours un gagnant et un perdant. J’imagine que ça a séduit ma nature compétitive. Évidemment, je veux toujours être le vainqueur. » [Traduction]

Norman Kwong prend sa retraite à 30 ans. Il épouse Mary Lee et commence une nouvelle vie, travaillant principalement dans l’immobilier commercial. Dans les années 1980, il retourne dans le monde du sport, occupant un poste de direction avec les Stampeders de Calgary. Il fait aussi partie du premier groupe de propriétaires des Flames de Calgary (dans la Ligue nationale de hockey). Lorsque les Flames remportent la Coupe Stanley en 1989, Kwong devient l’une des cinq personnes à avoir gagné à la fois la Coupe Grey et la Coupe Stanley en tant que joueur, entraîneur ou membre de la direction.

Image en couleur montrant des armoiries. L’écu au centre comporte trois ballons de football en diagonale, du coin supérieur gauche au coin inférieur droit. Deux dragons sont situés de part et d’autre de l’écu. La devise « Strive to Excel », ou S’efforcer d’exceller, est inscrite dans le bas.

Armoiries de Norman Lim Kwong, gracieuseté de l’Autorité héraldique du Canada (Bureau du secrétaire du gouverneur général). Le vert et l’or sont les couleurs de l’équipe de football d’Edmonton. Les bandes horizontales représentent les lignes de 10 verges d’un terrain de football. Le cheval évoque la première équipe de Kwong, les Stampeders. La rose représente sa femme, Mary, une passionnée de jardinage. Les dragons évoquent ses origines chinoises, et leurs arrière-trains, le dinosaure albertosaurus.

Norman Kwong est le président national du Conseil consultatif canadien sur le multiculturalisme (1979-1980), puis le président d’honneur de la campagne des Timbres de Pâques à Calgary (1982-1984). Il est investi de l’Ordre du Canada en 1988. De 2005 à 2010, il occupe le poste de lieutenant-gouverneur de l’Alberta. Les Flames de Calgary ont créé une bourse d’études pour les étudiants en médecine en son honneur. Kwong est décédé à Calgary en 2016.

Ressources de BAC sur Norman Kwong


Dalton Campbell est archiviste à la section Sciences, environnement et économie dans la Division des archives privées.

Patrimoine acadien : le Paysage de Grand-Pré

Par Valerie Casbourn

En 2022, la Journée du patrimoine de la Nouvelle-Écosse met à l’honneur le Paysage de Grand-Pré, un site du patrimoine mondial de l’UNESCO. Les colons acadiens y ont construit tout un réseau de digues afin de transformer les marais en terres agricoles, jetant ainsi les fondements d’une colonie qui a prospéré de 1682 à 1755. Fort de sa riche tradition agricole, le Paysage de Grand-Pré constitue un lieu historique important pour les Acadiens. Les collections de Bibliothèque et Archives Canada contiennent une grande variété d’archives et de documents publiés à son sujet.

Racines acadiennes en Nouvelle-Écosse

Les Français fondent une colonie à Mi’kma’ki, le territoire du peuple mi’kmaw, en 1604. Ils donnent à cette région le nom d’Acadie. Les Mi’kmaq accueillent les premiers colons et les aident à s’installer. Les deux peuples font du commerce et établissent une alliance renouvelée chaque année.

Un marais et une digue en bois à Grand-Pré, en Nouvelle-Écosse.

Une digue à Grand-Pré, en Nouvelle-Écosse, avec le cap Blomidon au loin. Canada, ministère des Mines et des Relevés Techniques, 1926 (a020116)

En 1682, les Acadiens installés à Port-Royal, près de la baie de Fundy, se rendent vers les côtes du bassin Minas, aussi connu sous le nom de bassin des Mines. Ils y établissent Grand-Pré, une colonie bientôt prospère. Ils construisent des digues en bois appelées aboiteaux pour transformer les marais inondés par la marée en terres agricoles fertiles. Ils sèment du grain, plantent des vergers et élèvent du bétail. Le sieur de Dièreville se rend en Acadie en 1699 et publie ses observations :

« Il faut pour avoir des Bleds [du blé] dessecher les Marais que la Mer en pleine marée inonde de ses eaux, & qu’ils apellent les Terres Basses […] On n’arrête pas le cours de la Mer aisément; cependant les Acadiens en viennent à bout par de puissantes Digues qu’ils apellent des Aboteaux, & voicy comment ils font; ils plantent cinq ou six rangs de gros arbres tous entiers aux endroits par où la Mer entre dans les Marais, & entre chaque rang ils couchent d’autres arbres de long les uns sur les autres, & garnissent tous les vuides si bien avec de la terre glaise bien battuë, que l’eau n’y sçauroit plus passer. Ils ajustent au milieu de ces Ouvrages un Esseau de maniere qu’il permet à la marée basse, à l’eau des Marais de s’écouler par son impulsion, & défend à celle de la Mer d’y entrer. » (Sieur de Dièreville, Relation du voyage du Port Royal de l’Acadie ou de la Nouvelle France, numéro OCLC 422252036, 1708, p. 76-77, accessible en ligne sur le site de Canadiana)

 

Structure en bois d’une vieille digue au bord d’un champ.

Ancienne digue à Grand-Pré, en Nouvelle-Écosse. Canada, ministère des Mines et des Relevés Techniques, 1926 (a020117)

En signant le traité d’Utrecht en 1713, la France cède l’Acadie aux Britanniques. Ceux-ci donnent à la région le nom de colonie de la Nouvelle-Écosse. À cette époque, aucun traité n’unit les Britanniques aux Mi’kmaq. En 1755, l’administration coloniale de la Nouvelle-Écosse exige des Acadiens un serment d’allégeance inconditionnelle à la Couronne britannique. Désirant rester neutres, les Acadiens refusent. Les autorités britanniques décident alors de les déporter : c’est le début du Grand Dérangement.

Les Britanniques déportent plus de 2 000 Acadiens vivant dans la région de Grand-Pré pour les envoyer dans d’autres colonies anglaises. Beaucoup d’Acadiens succombent aux mauvaises conditions de vie à bord des navires. Certains évitent la déportation grâce à l’aide des Mi’kmaq. Un groupe surnommé les Planters de la Nouvelle-Angleterre s’installe ensuite dans les terres fertiles à Grand-Pré. Les Planters et d’autres immigrants venus plus tard apprennent à entretenir les digues et à cultiver les terres agricoles. Certains Acadiens reviendront vivre dans les provinces actuelles des Maritimes ou du Québec.

Archives acadiennes

Bibliothèque et Archives Canada conserve des documents sur l’Acadie dans le fonds des colonies (MG1), où l’on trouve des copies et des transcriptions de documents produits pendant la période coloniale française. La série C11D – Correspondance générale; Acadie (MG1-C11D) contient de la correspondance, des instructions et d’autres documents concernant l’Acadie.

Notre page Web Acadiens – Généalogie et histoire familiale décrit divers documents pouvant aider à trouver des ancêtres acadiens. À cet égard, les registres paroissiaux sont particulièrement utiles. Au 18e siècle, l’église paroissiale à Grand-Pré s’appelle Saint-Charles-des-Mines. Le fonds de la paroisse catholique Saint-Charles-des-Mines (MG9-B8-12) regroupe des transcriptions de registres de baptêmes, de mariages et de sépultures tenus entre 1707 et 1749. Vous pouvez consulter les versions numérisées sur le site Héritage de Canadiana (bobine de microfilm C-1869).

L’instrument de recherche 300 : recensements et documents connexes (de 1640 à 1945) est un guide exhaustif regroupant d’anciens recensements et des documents connexes. La partie sur l’Acadie (de 1671 à 1763) comprend une liste de recensements effectués dans diverses régions, ainsi que des liens vers des versions numérisées de nombreux documents.

Transcription manuscrite donnant des renseignements sur des familles et sur leurs biens : le nom et l’âge de chacun des membres, le nombre d’animaux de ferme et de fusils, et la superficie de la terre.

Recensement de l’Acadie de 1693 – début de la section sur les habitants des Mines (bobine C-2572, image 82; MG1-G1, volume 466, page 79)

Lieux de mémoire et commémorations

Grand-Pré demeure un lieu de mémoire important pour les Acadiens. Au début des années 1900, plusieurs livres et poèmes sur l’histoire et la culture acadiennes publiés par John Frederic Herbin mettent l’accent sur Grand-Pré. En 1907, l’auteur achète le terrain où se trouvait l’église de Saint-Charles-des-Mines afin d’y établir un parc à la mémoire du peuple acadien. Dix ans plus tard, la compagnie de chemin de fer Dominion Atlantic Railway achète le terrain et assure l’entretien du parc. La Société mutuelle de l’Assomption acquière officiellement le terrain en 1921 et elle y construit une église-souvenir l’année suivante.

Une église en construction autour de laquelle des dizaines de personnes sont rassemblées pour la cérémonie de la dédicace.

Cérémonie de dédicace de l’église construite à la mémoire du peuple acadien dans le parc de la Dominion Atlantic Railway à Grand-Pré, 16 août 1922. Canada, Bureau des brevets et du droit d’auteur (a031296)

Grand-Pré reçoit le titre de lieu historique national en 1955. En 1957, le gouvernement du Canada fait l’acquisition du parc commémoratif. Il s’engage alors à conserver à perpétuité la possession du parc et de la chapelle, et d’en préserver le caractère historique. (Conclusions du Cabinet, « National Historic Parks; acquisition of Grand Pre Memorial Park », 14 janvier 1957, RG2, volume 1892)

: Trois touristes debout près du puits d’Évangéline, devant l’église commémorative du peuple acadien.

Le puits d’Évangéline à Grand-Pré, en Nouvelle-Écosse. Office national du film du Canada, juillet 1953 (e010949154-v8)

Le fonds du Service canadien des parcs (RG84) contient des documents sur Grand-Pré. Pour obtenir les descriptions des dossiers, utilisez l’outil Recherche dans la collection de BAC et cherchez des mots-clés comme « RG84 Grand-Pré » dans Collections et fonds (recherche de fonds d’archives). Pour consulter les versions numérisées, notez le numéro de la bobine de microfilm dans la description du dossier (par exemple T-11310), puis cherchez ce numéro sur le site Héritage de Canadiana.

En 1995, la Commission des lieux et monuments historiques du Canada rappelle le rôle historique de Grand-Pré en lui accordant un deuxième titre, soit celui d’arrondissement historique rural. L’importance culturelle du lieu est elle aussi soulignée en 2012, lorsque le Paysage de Grand-Pré devient un site du patrimoine mondial de l’UNESCO. Encore aujourd’hui, Grand-Pré est au cœur de la mémoire culturelle acadienne.


Valerie Casbourn est archiviste à la Division des services de référence, au bureau d’Halifax de Bibliothèque et Archives Canada.

Passez-vous à côté du plaisir d’écouter des balados?

Saisie d’écran du site web de BAC

Il y a des balados pour tout les goûts sur le site Web de BAC.

Les balados existent depuis de nombreuses années mais, au cas où vous ne le sauriez pas, voici quelques informations.  Les balados sont parfois décrits comme des émissions de radio sur l’internet que vous pouvez écouter quand vous voulez. Il s’agit en fait d’une série d’émissions diffusées en ligne sous forme de fichiers individuels de médias numériques. Une fois téléchargées, les émissions de baladodiffusion peuvent être écoutées en tout lieu et en tout temps. Les balados sont populaires en raison notamment de la variété qu’ils offrent aux auditeurs sur les plans du style, de la forme et du contenu. Ils peuvent devenir des groupes de réflexion informels, constituer un lieu de narration, nous tenir au courant de l’actualité, approfondir des sujets particuliers, ainsi que nous exposer à une myriade de nouvelles idées.

Photo noir et blanc d’une foule de personnes autour d’un aéronef blanc.

La sortie du premier Avro Canada CF-105 Arrow à Malton, en Ontario, le 4 octobre 1957. La foule donne une indication de la taille de l’aéronef. (e999912501)

Dans le cas de notre balado Découvrez Bibliothèque et Archives Canada, le média sert de passerelle vers la vaste et riche collection de Bibliothèque et Archives Canada (BAC). Qu’il s’agisse de discuter d’un pannotype ancien avec un conservateur de photos, de se plonger dans l’histoire controversée de l’Avro Arrow ou de souligner la vie remarquable de Tom Longboat, notre balado informe, surprend et divertit.

Notre équipe dévouée de baladodiffuseurs déploie des efforts considérables pour la préparation de chaque émission de baladodiffusion. Elle puise son inspiration dans les collections archivistiques et bibliographiques, si nombreuses que cela rend difficile le choix des sujets pour les émissions à venir. Toutefois, grâce aux séances de remue-méninges, aux travaux de recherche et aux rencontres avec des experts, l’équipe est en mesure de choisir des sujets qui fascineront les auditeurs.

Image couleur d’un coffret en papier tapissé de velours rouge. Sur le côté droit, une photo en noir et blanc encadrée par un passe-partout de cuivre représente un jeune homme vêtu d’un veston de couleur foncée.

Un pannotype d’un jeune homme inconnu, dans un coffret en papier (e011200812_s15-v8)

Ensuite, les discussions avec les experts sont enregistrées, et après quoi commence la magie du travail dans l’ombre. Nos spécialistes de la production multimédia consacrent des heures à étudier les enregistrements afin d’en choisir les meilleurs extraits, qu’ils rassemblent pour en faire un tout cohérent et simplifié. Ce résultat, multipliez-le par deux, car chaque balado est produit en français et en anglais afin que tous les Canadiens puissent y avoir accès.

À ce jour, nous avons diffusé 67 émissions complètes de baladodiffusion, et 5 émissions plus courtes dans notre série Trésors dévoilés et nos auditeurs semblent enchantés. La popularité des émissions place systématiquement le balado de BAC parmi les meilleurs dans sa catégorie sur iTunes. Par l’étendue des sujets traités et la profondeur du savoir communiqué par les experts que nous interrogeons, Découvrez Bibliothèque et Archives Canada contribue grandement au paysage international du balado.

Si vous ne l’avez pas encore écouté, le moment est venu de le faire. Écoutez les émissions dans la voiture, en lavant la vaisselle, seul ou avec des amis. Découvrez Bibliothèque et Archives Canada est le remède parfait contre l’ennui et vous plongera dans le monde fascinant du patrimoine culturel du Canada que contient notre fabuleuse collection.

Photo noir et blanc de deux militaires portant un uniforme de la Première Guerre mondiale. Assis, sourire aux lèvres, ils achètent un journal d’un jeune garçon. Le militaire à droite prend le journal d’une main et donne l’argent au garçon de l’autre.

Le soldat Tom Longboat, coureur de fond onondaga, achète un journal d’un garçon français, juin 1917. (a001479)

Ressources connexes

Insolite et fier de l’être : l’histoire méconnue du Musée des archives

Par Geneviève Morin

Par une journée ordinaire de juin 2011, un mystère improbable atterrit sur les bureaux des archivistes en art documentaire de Bibliothèque et Archives Canada (BAC). Il s’agit d’une petite statuette en bronze représentant le général James Wolfe. Cette œuvre du sculpteur Vernon March vient tout juste d’être trouvée à l’hôtel Lord Elgin, à Ottawa, soigneusement emballée et discrètement laissée sans surveillance. Le seul indice est une note dans laquelle l’auteur anonyme exprime son regret d’avoir volé la statuette « dans un acte de folie » lors d’une visite aux Archives dans les années 1950. Arrivant au crépuscule de sa vie, le voleur souhaite faire amende honorable…

Les archivistes qui connaissent l’histoire des collections non textuelles de BAC se mettent immédiatement au travail, entreprennent des recherches et dénichent des documents. La provenance est confirmée : la représentation en bronze du général Wolfe avait en effet été ajoutée aux collections des Archives en 1914! La statuette, récupérée avec gratitude, est finalement envoyée au lieu qui l’abrite actuellement, le Musée canadien de l’histoire.

Une question demeure toutefois : à l’époque, pourquoi les Archives décident-elles d’inclure ce type de sculpture dans la collection? Ne se limitent-elles pas généralement aux documents bidimensionnels, notamment les ressources textuelles, les photographies, les cartes et les dessins? Bien entendu, même si de nombreux Canadiens savent que BAC et les institutions qui l’ont précédé (les Archives nationales du Canada, la Bibliothèque nationale du Canada et les Archives publiques du Canada) acquièrent des ressources non textuelles depuis plus de 130 ans, peu connaissent la raison pour laquelle nos collections étaient – et, dans certains cas, sont encore – si éclectiques.

L’audacieuse ambition d’Arthur Doughty

Disons les choses simplement : à BAC, la diversité des fonds d’archives d’hier et d’aujourd’hui est attribuable en grande partie au deuxième archiviste fédéral du Canada, Arthur Doughty. Comme il l’explique dans le Catalogue of Pictures des Archives de 1925, son ambition n’est alors rien de moins que de faire de l’institution un ministère national d’histoire où sont préservées les sources de toute nature ayant une valeur pour l’étude de l’histoire du Canada. Il s’agit d’un mandat important, c’est le moins que l’on puisse dire…

Photo noir et blanc d’un homme moustachu portant un costume sombre et des bottes. Il est assis sur une chaise de bois et lit un livre, près d’un bureau de bois recouvert de papiers. À l’arrière-plan, on voit de grandes plantes, un mur présentant de nombreuses images encadrées et un manteau de cheminée. Le fauteuil de campagne en cuir du général Wolfe est appuyé contre le mur, à la droite de l’homme.

Arthur G. Doughty, archiviste fédéral, vers 1920, studio Pittaway. (c051653)

Après sa nomination en 1904, Arthur Doughty exprime sa vision en diversifiant beaucoup les types d’acquisitions que font les Archives. L’un des exemples les plus frappants de ce changement dans les pratiques d’acquisition est sans nul doute la gargantuesque maquette de la ville de Québec préparée par Duberger (voir ci-dessous) et transférée du ministère de la Guerre britannique en 1908.

Photo noir et blanc d’une grande salle présentant des tables d’exposition de part et d’autre et des luminaires suspendus au plafond. À l’arrière-plan, on aperçoit une grande maquette de ville.

Salle Grey, édifice des Archives publiques du Canada, rue Sussex, Ottawa (Ontario), après 1926. (a066642) (La maquette a été construite à Québec par le dessinateur Jean-Baptiste Duberger et le lieutenant-colonel John By, membre des Royal Engineers, entre 1806 et 1808. Aujourd’hui, la maquette est sous la garde de Parcs Canada.)

Au fil des ans, les Archives deviennent les gardiennes de milliers d’articles divers, dont les artéfacts suivants :

  • la tunique rouge que portait Isaac Brock au moment de son décès lors de la bataille des hauteurs de Queenston
  • le fauteuil de campagne de cuir de James Wolfe (photographié ci-dessus dans le bureau de Arthur Doughty, à gauche)
  • une massue casse-tête qui aurait été utilisée pendant la guerre de 1812, ainsi que plusieurs autres armes
  • des lunettes, des armes et des vêtements autochtones
  • des miroirs, des chandeliers et diverses pièces de mobilier
  • les plus vastes collections de pièces de monnaie, de jetons, de papier-monnaie, de médailles et de décorations du pays
  • des curiosités, comme un pilon à pommes de terre en bois qui aurait été utilisé dans la cuisine de sir John Johnson, et un ensemble élaboré de cloches de traîneau en laiton ayant appartenu à la princesse Louise et au marquis de Lorne

Bref, rien ne semble alors être exclu pour les Archives, tant que cela peut permettre aux Canadiens d’apprendre quelque chose sur leur histoire.

Photo noir et blanc d’une armoire en bois avec un miroir. Sur le dessus de l’armoire se trouve une horloge de cheminée ornementée. De chaque côté de l’armoire, on voit deux candélabres représentant des grues se tenant sur le dos de tortues.

Pendule de cheminée des Frères Raingo exposée dans l’édifice des Archives publiques, date inconnue. (a066643)

Un incontournable, tant pour les gens du coin que pour les visiteurs

Considérées comme une maison aux trésors pour l’historien canadien par le magazine Saturday Night en 1910, les Archives élaborent au fil du temps un programme muséal très réussi, offrant aux Canadiens l’occasion de s’immerger dans des expositions diversifiées combinant des publications, des ressources textuelles et des produits spécialisés de diverses formes, comme des cartes, des photographies, des peintures, des gravures et des artéfacts tridimensionnels. Ce n’est peut-être qu’une coïncidence, mais on peut apercevoir la tristement célèbre statuette de Wolfe dans la photo ci-dessous, prise vers 1926, sous le tableau de Benjamin West La mort du général Wolfe, dans la salle Northcliffe des Archives.

Photo noir et blanc d’une salle où se trouvent des bibliothèques et des vitrines d’exposition. À l’arrière-plan, on voit des fenêtres et des plantes.

Salle Northcliffe, édifice des Archives publiques du Canada, rue Sussex, Ottawa (Ontario), vers 1926-1930. (a137713). On peut voir la statuette de Wolfe, sculptée par Vernon March, sur le dessus de la vitrine d’exposition se trouvant sous le grand tableau, le long du mur à droite.

Installées dans diverses aires, dont trois salles conçues sur mesure au rez-de-chaussée de l’édifice des Archives, au 330, rue Sussex, les expositions permanentes sont régulièrement complétées par des expositions spéciales soulignant des événements commémoratifs, l’arrivée d’acquisitions importantes ou la visite d’invités de marque. L’espace est restreint, mais sous la direction d’Arthur Doughty et des conservateurs MM. Weber et A.E.H. Petrie, presque chaque espace utilisable est considéré comme un endroit où mettre en valeur la collection, même les corridors et le bureau de Arthur Doughty.

Photo noir et blanc d’une grande salle où se trouvent des vitrines d’exposition, une statue, des drapeaux, des plantes, des images encadrées, des chaises et un trône.

Salle Minto, édifice des Archives publiques du Canada, aménagée pour une réception à l’intention des délégués participant à la Conférence impériale, Ottawa, août 1932 (c000029). À l’époque, le trône du monarque (au centre, à droite) est conservé au Musée des archives lorsqu’il n’est pas utilisé au Sénat du Canada.

Photo noir et blanc d’une salle longue et étroite. Il y a deux luminaires suspendus au milieu de la salle, et les murs sont couverts d’affiches.

Salle des affiches de guerre, édifice des Archives publiques du Canada, rue Sussex, Ottawa (Ontario), vers 1944 (a066638). Nous trouvons encore des trous de punaises dans certaines affiches de guerre des collections préservées à BAC. Les pratiques de conservation et d’exposition ont beaucoup évolué depuis l’époque de la Salle des affiches de guerre!

C’est ainsi qu’au fil du temps, le Musée des archives accueille d’innombrables groupes d’écoliers, d’universitaires, de passionnés d’histoire et de dignitaires en visite. On compte même la visite de la princesse Elizabeth et du duc d’Édimbourg, en 1951. Le couple royal semble grandement apprécier l’expérience. En effet, comme le rapportent fièrement les responsables des Archives, au moment où le groupe signe le registre des visiteurs et part pour Rideau Hall, une période beaucoup plus longue que celle prévue dans le programme officiel s’est écoulée.

Photo noir et blanc de quatre hommes et d’une femme regardant des articles dans une vitrine d’exposition. Un homme pointe du doigt un document dans la vitrine.

Leurs Altesses Royales la princesse Elizabeth et le duc d’Édimbourg, accompagnés de l’honorable F. Gordon Bradley, secrétaire d’État (à gauche), aux Archives publiques. Rapport sur les Archives publiques pour l’année 1951.

Au milieu des années 1960, la popularité du musée connaît une hausse fulgurante. Malheureusement, comme l’observe M. Petrie en 1960, ce grand succès a des effets négatifs : un seul gardien ne semble pas suffire pour les trois salles, car on note que des larcins et des actes de vandalisme mineurs sont commis sur des objets de la collection. La sécurité a du mal à assurer une surveillance suffisante étant donné que les visiteurs sont de plus en plus nombreux. Peut-être est-ce dans ces conditions que la statuette de Wolfe disparaît, malheureusement…

L’inévitable non-durabilité

Au bout du compte, l’approche bien intentionnée d’Arthur Doughty ne peut visiblement plus fonctionner. En près de 60 années d’existence, le Musée des archives accumule une telle collection tridimensionnelle que l’édifice des Archives est plein à craquer. L’espace devient si restreint qu’en 1965, les salles d’exposition de l’édifice de la promenade Sussex [la rue est devenue promenade en 1953] doivent être déménagées dans des locaux temporaires à l’édifice Daly, près du Château Laurier. Il en est de même pour les artéfacts excédentaires, jusque-là entreposés dans l’édifice Loeb sur la rue Besserer.

Photo noir et blanc de deux édifices. À gauche, on aperçoit des personnes et des voitures floues. Au premier plan, on peut voir des lignes électriques.

Hôtel G.T.R. [Château Laurier] et édifice Ria [Daly]. Photo : William James Topley, après 1911 (a009116). En 1921, le gouvernement fédéral achète et commence à occuper l’édifice Daly, un immeuble commercial.

La question épineuse du Musée des archives est évaluée par la Commission Massey en 1951 et la Commission Glassco en 1963; elle vient ajouter le poids nécessaire à l’argument en faveur de la réduction des collections. Bien qu’à l’époque, les Archives ne se limitent pas à leur rôle traditionnel à un moment où « aucune autre solution n’est disponible », il devient évident qu’il est impossible et qu’il n’est plus nécessaire de tenir à la fois le rôle d’archives nationales et de musée. Vient alors le moment de partager le fardeau de la responsabilité avec d’autres institutions existantes.

Un nouvel édifice, mais des collections réduites

En 1967, la Bibliothèque nationale et les Archives nationales du Canada déménagent dans de nouveaux locaux au 395, rue Wellington, à Ottawa. Cet immeuble moderne, conçu sur mesure, comprend des aires d’exposition. Toutefois, il n’est pas prévu que les expositions d’antan y soient reproduites; l’accent sera plutôt mis sur la richesse des ressources qui garnissent les fonds et les collections d’archives et de bibliothèque.

Les années qui suivent le déménagement sont donc consacrées à la répartition de la collection du Musée des archives. La plupart des artéfacts tridimensionnels sont transférés au futur Musée de l’homme (aujourd’hui le Musée canadien de l’histoire), tandis que les trophées de guerre et les artéfacts militaires demeurent à l’édifice de la promenade Sussex pour continuer à faire partie de la collection du Musée canadien de la guerre. Environ 16 000 pièces de monnaie et autres objets liés à la numismatique sont envoyés à la Banque du Canada. Les fonds philatéliques des Archives sont pour leur part transférés au ministère des Postes. Les Archives conservent leurs collections de quelque 6 000 médailles et jetons militaires, commémoratifs et ecclésiastiques. Ces dernières, ainsi que l’importante collection de peintures, continueront à faire partie des collections d’art documentaire et d’objets des Archives publiques. M. Petrie reste en poste à titre de conservateur du musée et de la numismatique, guidant les groupes dans les expositions de tableaux et autres, ainsi que dans la découverte des impressionnants éléments décoratifs et architecturaux du nouvel immeuble.

Un héritage permanent

À mesure que BAC progresse dans le 21e siècle, l’esprit ambitieux d’Arthur Doughty et l’héritage du Musée des archives se perpétuent à travers une approche purement canadienne des archives. Des documents gouvernementaux, des archives privées et des ressources non textuelles de toutes sortes ont été recueillis et conservés pendant plus de 100 ans. Cette approche est à l’origine de l’ensemble éclectique de compétences que possèdent encore aujourd’hui les professionnels de BAC. Plus important encore, elle fait en sorte qu’un patrimoine documentaire diversifié continue d’intriguer, d’informer et d’impressionner les Canadiens et les visiteurs, même si les règles de sécurité et d’accès sont devenues un peu plus strictes après l’affaire de la statuette de Wolfe.


Geneviève Morin est archiviste principale pour l’art documentaire, les objets et la photographie à la Division des archives gouvernementales, à Bibliothèque et Archives Canada.

Des portraits et des lieux : le fonds Gabor Szilasi

Par Jill Delaney

C’est avec plaisir que Bibliothèque et Archives Canada (BAC) annonce une importante acquisition, soit un lot de photographies de Gabor Szilasi représentant l’ensemble de son œuvre (1954-2016), dont approximativement 80 000 négatifs et 41 photographies. Cette acquisition contribuera à la préservation de son legs et permettra à la population canadienne et aux chercheurs étrangers de découvrir toute la profondeur et l’envergure de la carrière et de la vision de ce photographe d’exception. Le fonds Gabor Szilasi renferme maintenant ses premières images réalisées en Hongrie, les négatifs de tous ses projets personnels en terre canadienne, ainsi que les photographies prises lors de ses visites en Hongrie et de ses voyages à l’étranger, y compris en Italie, en Pologne, en France et aux États-Unis.

Gabor Szilasi voit le jour en 1928 à Budapest, en Hongrie. Sa mère est violoniste à l’Orchestre symphonique de Budapest, et le foyer et la société dans lequel il grandit valorisent la musique, les arts et la culture (Szilasi sera lui-même clarinettiste dans un orchestre amateur à Montréal pendant plusieurs années). Sa mère connaît une fin tragique dans un camp de concentration, et sa sœur et son frère meurent de maladie pendant la Deuxième Guerre mondiale.

La Hongrie est réputée pour produire d’excellents photographes, dont André Kertesz, Brassaï, Lászlō Moholy-Nagy et Robert Capa. Pourtant, pour Gabor Szilasi, le chemin vers la carrière de photographe est loin d’être tout tracé. En effet, il s’inscrit dans une école de médecine en 1948, mais doit interrompre ses études alors qu’il tente d’échapper au nouveau régime communiste en 1949. Il est emprisonné durant cinq mois et se voit interdire de poursuivre ses études universitaires et tout travail professionnel. Après sa libération, il travaille à la pièce et comme manœuvre, mais passe en même temps de nombreuses heures à l’Alliance Française (un réseau international de centres axés sur la promotion de la langue et de la culture françaises). Il obtient ainsi l’accès à une bibliothèque renfermant de nombreux livres de photographie. Il fait l’acquisition de son premier appareil photo en 1952 et commence alors à croquer sur le vif des scènes de ville et de ses vacances, ainsi qu’à photographier sa famille et ses amis. On peut sentir dans les premières images de Gabor Szilasi l’influence des photographes hongrois, mais aussi celle du cinéma néoréaliste italien qu’il affectionne, tout comme son intérêt pour la représentation des gens « ordinaires ».

Photo noir et blanc de trois femmes en maillot de bain, prenant la pose sur un quai.

Au lac Balaton, en Hongrie, vers 1954-1956. Photo : Gabor Szilasi (e011435661)

Gabor Szilasi tente à nouveau de fuir le pays, peu après la révolution hongroise de 1956. Le fonds détenu à BAC renferme les négatifs des photos qu’il a prises à Budapest pendant cette période de grand chaos, dont celles montrant l’intervention de l’armée soviétique pour réprimer les manifestations. Il se réfugie en Autriche quelques jours plus tard. Son père vient le rejoindre peu de temps après et fait passer clandestinement les négatifs en question dans la couche du bébé d’un ami.

Photo noir et blanc d’une foule entourant un monument renversé. Des hommes se tiennent debout sur le monument, regardant vers le bas.

Foule prenant d’assaut un monument en hommage à Staline, Budapest, 1956. Photo : Gabor Szilasi (e011313448)

En 1957, Gabor Szilasi et son père débarquent à Halifax en tant que réfugiés. L’artiste est alors envoyé directement dans un sanatorium afin d’y être traité pour la tuberculose. Au cours de l’année suivante, il profite de sa convalescence pour apprendre le français et l’anglais et se plonger dans les images et les photoreportages de revues telles que Life, Paris Match et Saturday Night. Son père, Sandor Szilasi, trouve du travail dans le secteur de la foresterie. Une fois rétabli, Gabor Szilasi décroche lui aussi un emploi et se remet à la photographie. Il fait alors la rencontre de divers photographes québécois, qui l’encouragent à poursuivre dans cette voie. En août 1958, à l’occasion de la 20e édition annuelle du concours national de photographie de journal, une photographie prise à Budapest lui vaut son premier prix canadien.

En janvier 1959, Gabor Szilasi obtient à Montréal son premier emploi en photographie en tant que technicien de chambre noire au Service de ciné-photographie du Québec, qui deviendra plus tard l’Office du film du Québec (OFQ). Il est rapidement promu photographe, et ses activités l’amènent à se déplacer fréquemment partout en province.

Il continue d’étudier les œuvres d’autres photographes, constituant au fil du temps une impressionnante bibliothèque personnelle sur le sujet. Au cours de cette période, il est influencé par des photographes comme Paul Stand et Walker Evans, dont les portraits de la « vie quotidienne de gens ordinaires » jouent un rôle de premier plan dans le développement du documentaire social du milieu du 20e siècle. Dans ses déplacements pour l’OFQ, l’artiste développe une fascination pour le parler provincial et pour les habitants et les lieux du Québec rural, et il y découvre une culture et un mode de vie qui n’ont rien de commun avec ce qu’il a connu à Budapest.

Au début des années 1970, il obtient son premier poste d’enseignant en photographie, au Cégep du Vieux-Montréal (1971-1979), puis il enseigne à l’Université Concordia (1980-1995). Au cours de cette période, l’artiste entreprend un projet personnel dans les régions et crée une série de portraits et de panoramas remarquables qui lui valent une reconnaissance nationale et internationale. S’armant d’un appareil 4×5 et d’un trépied, de sa curiosité (l’artiste se qualifie lui-même de « fouineur »), de son affabilité et de son charme discret, il se rend entre autres à l’Isle-aux-Coudres, dans Charlevoix et dans Lotbinière et obtient des habitants qu’ils lui ouvrent la porte de leurs maisons et de leurs commerces. Son travail attire alors l’attention du milieu canadien de la photographie et des archivistes des Archives publiques du Canada (aujourd’hui Bibliothèque et Archives Canada). En 1975 et en 1982, les Archives publiques du Canada font l’acquisition de 51 des photographies prises par Gabor Szilasi.

Photo noir et blanc d’un homme se tenant dans l’embrasure d’une porte, la main gauche appuyée sur la hanche. Il porte une casquette de baseball et des bretelles, et il sourit à l’objectif. Des fleurs et un drapeau du Québec encadrent la porte.

Portrait de Louis-Philippe Yergeau, 1977. Photo : Gabor Szilasi (e011435658)

La composition des photos de l’artiste est soignée et révélatrice de l’environnement dans lequel évoluent les personnes qu’il rencontre au fil des années. Les éléments entourant ses sujets font office d’iconographie vernaculaire, racontent leur vie et mettent en lumière leur place dans la vie culturelle et sociale d’un Québec rural en pleine transformation. Dans les années 1970, les excursions photographiques de Gabor Szilasi, p. ex. en Abitibi-Témiscamingue et à Rouyn-Noranda, commenceront plutôt à porter sur les villages eux-mêmes et révéleront son autre champ d’intérêt durable : la photographie d’architecture.

Photo noir et blanc d’un bâtiment de couleur blanche, situé au coin d’une rue et flanqué de deux escaliers menant à la porte d’entrée. Sur le bâtiment, on peut lire à quatre endroits l’inscription « Taverne du coin ». Un panneau d’arrêt se trouve devant le bâtiment.

Taverne du Coin, Rouyn, Québec, 1979. Photo : Gabor Szilasi (e010692454)

Ces deux thèmes – portrait et architecture – s’imposeront tout au long de sa carrière prolifique. En 1983, BAC fait l’acquisition de certaines photographies de commerces de la rue Sainte-Catherine, un projet que l’artiste avait entamé en 1979. Les prises de vue sur toute la longueur de la rue invitent le spectateur à réfléchir à l’histoire de ces bâtiments et de la rue elle-même, depuis les façades d’origine datant du 19e et du début du 20e siècle, jusqu’à la superposition ultérieure de nouvelles enseignes, de nouveaux revêtements ou d’autres travaux d’embellissement et de rénovation. Le travail de Gabor Szilasi est en grande partie orienté par sa conscience aiguë de la transformation constante qui imprègne et façonne notre culture moderne.

Photo noir et blanc d’un bâtiment à la façade blanche et foncée. Les mots « Molly McGuire’s Pub » (avec un petit trèfle) y sont inscrits. À l’avant-plan, on voit deux hommes et une voiture.

Molly McGuire’s Pub, 2204, rue Sainte-Catherine Ouest, Montréal, 1977. Photo : Gabor Szilasi (e010692455)

Le fonds Gabor Szilasi renferme des photos et des négatifs de deux autres projets de photographie d’architecture. Dans ses projets portant sur les intersections, l’artiste élargit, au sens littéral, sa vision des commerces de Montréal en privilégiant des prises de vues étendues des intersections caractéristiques de la ville. Sur ces images prises avec soin à l’aide d’un appareil grand angle, les bâtiments évoquent des îlots perdus au milieu du bitume et de la circulation routière. L’artiste présente ainsi un reflet sombre de cette ville nord-américaine.

Photo noir et blanc d’un grand bâtiment d’usine à une intersection routière. Un viaduc reliant le bâtiment à une route se trouve du côté droit de l’image. Du côté gauche, on peut voir une file de voitures garées.

Coin du boulevard Saint-Laurent et de l’avenue Van Horne, Montréal, 1981. Photo : Gabor Szilasi (e010692453)

Dans son projet LUX, le photographe s’intéresse à la qualité de la lumière autant qu’à l’architecture, alors qu’il dépeint le langage visuel et les motifs de la culture de consommation. Muni de son appareil, il s’aventure dans le crépuscule estival pour immortaliser les enseignes au néon des commerces de détail de Montréal à ce moment magique qui sépare le jour de la nuit, lorsque le ciel semble briller avec la même intensité que les néons, conférant au spectateur un sentiment de ravissement et d’intimité.

Photo couleur d’une enseigne lumineuse de restaurant se trouvant sur un bâtiment de brique orné de grandes arches. On peut y voir les mots « Frites dorées » et les images d’un hamburger, d’une poutine et d’un hot-dog.

LUX : Frites Dorées, Montréal, vers 1982-1985. Photo : Gabor Szilasi (e011435666)

Le fonds détenu à BAC fait également ressortir la polyvalence et la nature évolutive de l’art du portrait de Gabor Szilasi au fil du temps. En effet, au cours de sa carrière, le photographe joue avec différentes approches et divers appareils afin d’explorer la notion même du portrait. Parmi les négatifs se trouvent ses premiers projets de photographie dans les rues de Budapest, des portraits du milieu rural, des diptyques de portraits de la fin des années 1970, des portraits collaboratifs à recadrage serré pris avec un Polaroid 55 à partir de 1992, ainsi que son projet d’autoportrait avec les clients de l’institut Les Impatients, à Montréal, en 2003-2004.

Entre deux projets d’envergure, Gabor Szilasi s’affaire à représenter la scène artistique, les artistes et les écrivains de Montréal, mais aussi des Montréalais de tous genres. C’est alors qu’il produit ce portrait inoubliable d’un vendeur de voitures au Salon de l’auto de 1973. Il s’emploie également à dépeindre la diversité de sa ville adoptive, depuis la prise d’une photographie de rue illustrant ses concitoyens pendant les célébrations de la Saint-Jean-Baptiste en 1970, jusqu’à ce projet documentaire sur les habitants du quartier immigrant de Saint-Michel qu’il entreprend en 1996.

Photo noir et blanc d’un homme en complet, portant un œillet blanc au revers de sa poche et s’appuyant sur le capot d’un modèle de voiture des années 1970. L’homme a les bras croisés et sourit à l’objectif.

Vendeur chez Ford/Mercury, Salon de l’automobile, Place Bonaventure, Montréal, 1973. Photo : Gabor Szilasi (e011435663)

Ces négatifs témoignent du profond engagement de Gabor Szilasi envers les milieux de la photographie et des arts à Montréal. Comme le font la plupart de ses pairs, l’artiste transporte son appareil presque partout. Il en résulte un corpus d’œuvres hétérogène, mais considérable, illustrant ses amis et de nombreux autres photographes, artistes, écrivains et musiciens. En 2017, une grande exposition (Gabor Szilasi : Le monde de l’art à Montréal, 1960-1980) réunissant les photographies des innombrables vernissages auxquels il a assisté depuis 1960 est présentée au Musée McCord, à Montréal. D’autres images moins connues de la collection proviennent de ses nombreuses commandes, y compris pour le Cirque du Soleil, le Centre Canadien d’Architecture et le Musée des beaux-arts de Montréal (photographies prises à Giverny, en France), mais aussi des visites de retour à Budapest et des voyages à l’étranger accomplis pendant sa longue carrière.

Photo noir et blanc d’un ancien grand immeuble couvert de publicités faisant la promotion du logo de Canada Dry, et montrant une femme blonde ainsi que les jambes d’une femme portant des talons hauts. Devant l’immeuble, on peut voir des passants et des arbustes.

Budapest (Canada Dry), Budapest, Hongrie, 1995. Photo : Gabor Szilasi (e011435665)

Photo noir et blanc d’un homme portant une chemise à rayures boutonnée et un pantalon foncé, le regard tourné vers l’objectif. Il est assis à l’envers sur une chaise à roulettes, à côté d’un bureau sur lequel on peut voir une lampe, des papiers et des livres.

Sam Tata dans son appartement, Ville Saint-Laurent, juin 1988. Photo : Gabor Szilasi (e011435660)

Photo noir et blanc d’un homme portant une chemise boutonnée, un chandail jeté sur ses épaules. L’homme se tient debout derrière un appareil photo reposant sur un trépied.

Gabor Szilasi [le photographe Gabor Szilasi prenant des photos dans l’appartement de Sam Tata], Ville Saint-Laurent, 1979. Photo : Sam Tata (e010977793)

Enfin, la plus récente acquisition de BAC au titre de ce fonds concerne un certain nombre de tirages d’autoportraits de Szilasi. On y trouve de tout : une œuvre de jeunesse où le photographe, désinvolte, tient l’appareil à bout de bras; un portrait énigmatique pris dans la chaleur d’une chambre de motel à Cocoa Beach, en Floride, sa femme et sa fille se tenant derrière lui dans l’embrasure de la porte; de même qu’une photographie plus récente (2014) de lui dans un miroir, entouré de centaines des livres de photographie qu’il affectionnait tant.

Photo couleur de Gabor Szilasi regardant vers l’objectif, à travers un miroir, entouré d’étagères remplies de livres.

Autoportrait, Westmount, 2014. Photo : Gabor Szilasi (e011435667)

Ces images reflètent d’autant plus la passion de Gabor Szilasi pour l’expérimentation du support auquel il a été exposé pour la première fois à la bibliothèque de l’Alliance Française à Budapest. Les négatifs et les photographies du fonds détenu à BAC constituent autant d’images des personnes et des endroits qui sont devenus sa communauté et son foyer à Montréal et partout au Québec.

Ressources additionnelles:


Jill Delaney est archiviste principale en photographie dans la Section des supports spécialisés de la Division des archives privées, à Bibliothèque et Archives Canada.

Un nouveau départ : 150 ans d’infrastructures fédérales en Colombie-Britannique – Région du Lower Mainland : L’entrepôt de vérification des douanes

Par Caitlin Webster

La Colombie-Britannique s’est jointe au Canada en 1871, il y a 150 ans. Dans les années qui ont suivi, les infrastructures fédérales se sont répandues dans toute la province. Ce processus est bien documenté dans les collections de Bibliothèque et Archives Canada. La présente série de huit blogues met en lumière des bâtiments, des services et des programmes, ainsi que leur impact sur les diverses régions de la Colombie-Britannique.

De nombreux résidents et touristes admirent la tour de l’horloge caractéristique de l’ancien bureau de poste de Vancouver, à l’angle des rues Hastings et Granville. Par contre, rares sont ceux qui font quelques pas de plus pour admirer l’architecture classique de l’entrepôt de vérification des douanes, sur la rue Howe

Photographie en noir et blanc de l’extérieur de l’entrepôt de vérification des douanes à Vancouver. Un trottoir en bois se trouve au premier plan. Des charrettes tirées par des chevaux livrent des marchandises à l’entrée du bâtiment.

L’entrepôt de vérification des douanes à Vancouver, en Colombie-Britannique (a046650-v8)

En raison de l’augmentation des échanges commerciaux pendant les années de prospérité qui précèdent la Première Guerre mondiale, les villes canadiennes ont besoin d’entrepôts plus grands. En 1908, le gouvernement fédéral approuve l’achat d’un site à Vancouver pour 75 000 $. Situé sur le territoire traditionnel des Premières Nations Musqueam, Squamish et Tsleil-Waututh, le bâtiment sert d’annexe au bureau de poste. C’est l’un des quatre bâtiments appartenant au gouvernement fédéral sur le site.

Document décrivant la décision d’acheter un terrain pour construire un entrepôt de vérification à Vancouver. Le document est signé par le premier ministre Wilfrid Laurier.

Décret de 1908 pour l’achat d’un terrain où sera construit un entrepôt de vérification à Vancouver (e010701436)

L’entrepôt de Vancouver, l’un des huit nouveaux postes de douane construits au pays, partage de nombreux éléments architecturaux avec ses homologues de Montréal, Calgary, Edmonton, Winnipeg et Port Arthur. L’architecte en chef des Travaux publics David Ewart et son équipe choisissent une façade d’inspiration classique avec une base en pierre rustiquée, des fenêtres rectangulaires, une lourde corniche à la ligne de toit et des pilastres ornementaux en brique donnant l’apparence de colonnes de soutien. Construit de 1911 à 1913, le bâtiment est l’une des premières structures de Vancouver munies d’une charpente métallique moderne et de planchers en béton armé.

Photographie en noir et blanc montrant l’entrepôt de vérification des douanes en construction, à Vancouver. La section inférieure est en pierre, tandis que la section supérieure a une structure en acier et une maçonnerie non finie.

L’entrepôt de vérification des douanes en construction, Vancouver, 5 août 1912 (a046662-v8)

En 1983, le gouvernement fédéral reconnaît officiellement l’entrepôt de vérification des douanes comme un bâtiment patrimonial, au même titre que le bureau de poste, l’édifice Winch et le bâtiment fédéral adjacent. Le ministère des Travaux publics lance ensuite un ambitieux projet de restauration et relie les quatre bâtiments par un atrium en verre. Achevé à temps pour l’exposition universelle de 1986, le complexe est désormais connu sous le nom de Centre Sinclair, en l’honneur du politicien et homme d’affaires James Sinclair (1908-1984). Le Centre abrite actuellement plusieurs bureaux du gouvernement fédéral et de nombreux commerces de détail et entreprises.

Ainsi se termine notre série sur les premières infrastructures fédérales en Colombie-Britannique. Les projets ont varié en fonction des besoins des diverses régions géographiques de la Colombie-Britannique, mais c’est généralement l’augmentation de la population qui est à l’origine de l’extension des services fédéraux. Les infrastructures fédérales ont eu des répercussions importantes et permanentes sur les Premières Nations et les Métis vivant dans la région. Elles ont également modifié le paysage des villages, des villes et des zones rurales de la province.


Caitlin Webster est archiviste principale à la Division des services de référence au bureau de Vancouver de Bibliothèque et Archives Canada.

Un nouveau départ : 150 ans d’infrastructures fédérales en Colombie-Britannique – Île de Vancouver : Le laboratoire fédéral d’astrophysique

Par Caitlin Webster

La Colombie-Britannique s’est jointe au Canada en 1871, il y a 150 ans. Dans les années qui ont suivi, les infrastructures fédérales se sont répandues dans toute la province. Ce processus est bien documenté dans les collections de Bibliothèque et Archives Canada. La présente série de huit blogues met en lumière des bâtiments, des services et des programmes, ainsi que leur impact sur les diverses régions de la Colombie-Britannique.

Bien que la recherche astronomique au Canada commence avant la Confédération, les premiers investissements fédéraux substantiels dans ce domaine sont faits au début du 20e siècle. Après la construction d’un observatoire à Ottawa, en 1905, l’astronome John Stanley Plaskett demande l’acquisition d’un télescope à réflexion sophistiqué. Cette requête mène à la construction de l’Observatoire fédéral d’astrophysique à Saanich, près de Victoria, en Colombie-Britannique. Celui-ci possède à l’époque le plus grand télescope du monde.

L’Observatoire est situé dans les territoires traditionnels des nations Xwsepsum (Esquimalt), Songhees, Tsartlip, Pauquachin, Tsawout, Tseycum et Malahat. Leurs représentants ont signé les traités de Douglas, également connus sous le nom de traités de Fort Victoria, dans les années 1850. Les différences entre le texte du traité et les récits oraux des Premières Nations signataires engendrent un débat permanent sur la nature des traités : s’agit-il de ventes de terres ou d’accords de paix?

Le défrichage et la construction commencent en 1914 et se poursuivent malgré les défis posés par la Première Guerre mondiale.

Photographie en noir et blanc d’un groupe d’hommes posant avec un attelage de chevaux attaché à un chariot transportant une partie d’un télescope.

Transport d’un axe polaire de 9,5 tonnes à l’Observatoire fédéral d’astrophysique, vers 1916-1917 (a149324-v8)

Les travaux de l’observatoire suscitent l’intérêt à l’échelle locale, mais aussi à l’étranger. Le chantier devient une destination touristique, les résidents venant observer les progrès et assister à l’inauguration officielle en 1918.

Photographie en noir et blanc d’un grand groupe de personnes à l’intérieur de l’Observatoire fédéral d’astrophysique pendant la cérémonie d’ouverture. Le groupe est rassemblé devant le télescope et sur la plateforme d’observation.

Cérémonie d’ouverture de l’Observatoire fédéral d’astrophysique; vue du télescope (a149323-v8)

Disposant du plus grand télescope fonctionnel du monde, Plaskett et ses collègues astronomes lancent immédiatement un ambitieux programme d’observation. Spécialisée dans les étoiles doubles, puis dans la Voie lactée, l’équipe contribue grandement à l’étude de l’astronomie. Des équipes successives ont poursuivi ce travail essentiel par la suite. De nos jours, l’Observatoire fédéral d’astrophysique est l’un des deux observatoires gérés par le Centre de recherche Herzberg en astronomie et en astrophysique.

Photographie en noir et blanc de l’extérieur de l’Observatoire fédéral d’astrophysique.

Observatoire fédéral d’astrophysique (a032169-v6)

L’Observatoire s’est toujours engagé auprès du public. Dans les années 1920 et 1930, le personnel rédige des chroniques dans les journaux locaux et participe à des émissions de radio sur les sujets astronomiques du jour. Aujourd’hui, l’organisation caritative des Amis de l’Observatoire promeut des activités publiques sur le site, notamment au Centre de l’univers.


Caitlin Webster est archiviste principale à la Division des services de référence au bureau de Vancouver de Bibliothèque et Archives Canada.

Un nouveau départ : 150 ans d’infrastructures fédérales en Colombie-Britannique – Région de Kootenay : Le bureau de poste de Rossland

Par Caitlin Webster

La Colombie-Britannique s’est jointe au Canada en 1871, il y a 150 ans. Dans les années qui ont suivi, les infrastructures fédérales se sont répandues dans toute la province. Ce processus est bien documenté dans les collections de Bibliothèque et Archives Canada. La présente série de huit blogues met en lumière des bâtiments, des services et des programmes, ainsi que leur impact sur les diverses régions de la Colombie-Britannique.

Pendant la période d’avant-guerre, entre 1900 et 1914, la population canadienne augmente de 64 %! La hausse de la demande de services gouvernementaux qui en découle fait tripler la taille du parc immobilier fédéral.

Une grande partie de cette croissance a lieu dans de nouvelles villes comme Rossland, une ville minière du sud-est de la Colombie-Britannique. Comme dans beaucoup de petites villes au Canada, un bureau de poste y est construit au début des années 1900. En raison du boom de la construction dans l’ensemble du pays, bon nombre de ces bâtiments partagent des éléments architecturaux communs. Le bureau de poste de Rossland de 1903 suit le modèle standard : toit fortement incliné et tronqué, ouvertures en arc de cercle et pignons ornés de parapets.

Photographie en noir et blanc de l’extérieur du bureau de poste. De petits groupes d’hommes et d’enfants se tiennent devant l’entrée inachevée du bâtiment et l’une des fenêtres toujours en construction.

Bureau de poste en construction, Rossland, Colombie-Britannique (a046453-v8)

Le déclenchement de la Première Guerre mondiale interrompt brutalement la croissance économique. En conséquence, de nombreux bâtiments fédéraux acquièrent une importance inattendue dans les petites villes. Certains deviennent des bâtiments municipaux (par exemple des hôtels de ville) tandis que d’autres, comme le bureau de poste de Rossland, conservent leur vocation initiale.

Les immeubles fédéraux de cette époque se distinguent par la qualité de leur construction et les matériaux choisis. En général, le ministère des Travaux publics évite le bois, préférant le fer, la pierre, la brique et d’autres matériaux durables. L’objectif consiste à protéger les biens fédéraux contre les incendies et d’autres risques, en plus de servir d’exemple de construction de qualité dans les collectivités.

Malheureusement, ces matériaux n’offrent qu’une protection partielle au bureau de poste de Rossland. Le 1er mars 1929, un grand incendie balaie le quartier des affaires de la ville. Le feu détruit tous les bâtiments à charpente de bois situés entre la Banque de Montréal et le bureau de poste. Les pompiers utilisent de la dynamite sur certaines structures pour tenter de créer un coupe-feu, ce qui détruit toutes les fenêtres du bureau de poste et aggrave les dégâts causés à la structure.

Photographie en noir et blanc montrant la section du quartier des affaires de Rossland détruite par l’incendie. De la fumée s’élève du site. Il y a des badauds sur le trottoir et des hommes sur les fils électriques environnants.

Le grand incendie de Rossland, les 1er et 2 mars 1929 (a046410-v8)

En fin de compte, le Bureau de poste de Rossland perd son toit distinctif et ses pignons ornés. Cependant, la construction en pierre et en brique permet de restaurer les deux étages restants. L’imposante structure sert toujours de bureau de poste et fait désormais partie du patrimoine officiel de Rossland.

Pour en savoir plus sur les styles architecturaux des bâtiments fédéraux, voir Crown Assets : The Architecture of the Department of Public Works, 1867–1967, par Janet Wright, 1997 (OCLC 1017536309).


Caitlin Webster est archiviste principale à la Division des services de référence au bureau de Vancouver de Bibliothèque et Archives Canada.