Lire, en toute liberté

Par Liane Belway

Photographie couleur montrant le dos de livres empilés sur fond noir.

Échantillon de livres variés provenant de la collection de Bibliothèque et Archives Canada qui ont été contestés. Photo : Tom Thompson

Au Canada, nous sommes libres de lire ce qui nous plaît – à un point tel que nous oublions parfois l’importance de ce droit. L’idée que celui-ci pourrait être bafoué dans un pays comme le nôtre ne nous vient même pas à l’esprit. Après tout, notre liberté intellectuelle est garantie par la Charte canadienne des droits et libertés. Pourtant, la liberté de lire ne peut jamais être tenue pour acquise. Même au Canada, des livres et des magazines sont fréquemment contestés dans les bibliothèques et les écoles, comme l’expliquent de nombreux ouvrages sur la liberté d’expression et la censure au Canada. Ces pressions portent atteinte au droit des Canadiens de décider eux-mêmes ce qu’ils lisent.

La Semaine de la liberté d’expression encourage la population canadienne à parler de sa liberté intellectuelle et à la célébrer. Tous les ans, le Book and Periodical Council se sert de cette période pour lever le voile sur l’histoire souvent méconnue de la censure et de la mise à l’index au Canada, et sur les luttes menées pour maintenir certains ouvrages sur les tablettes des écoles et des bibliothèques. Partout au pays, pendant une semaine, des événements sensibilisent le public à l’importance de protéger son droit à la lecture.

Le droit à la liberté intellectuelle signifie que chaque personne est libre de choisir ce qu’elle lit, dans les limites permises par la loi canadienne. En contestant la présence d’un titre sur les tablettes, on fait plus qu’exprimer ses propres goûts ou son refus de prendre part au dialogue sur une question controversée : on tente carrément, souvent pour des raisons politiques ou morales, d’empêcher le public de lire des ouvrages offerts dans les écoles, les bibliothèques ou les librairies. Les bibliothèques ont le devoir de protéger la liberté de lire et doivent refléter ce devoir dans leurs politiques.

Chaque cas est particulier, et les bibliothèques réagissent différemment en fonction de leur mandat et de leurs responsabilités envers les usagers. Dans la plupart des bibliothèques publiques, des politiques sur la liberté intellectuelle sont en place pour orienter le traitement des préoccupations individuelles tout en protégeant le droit collectif à la lecture. Par exemple, les ouvrages peuvent être classés selon l’âge du lectorat auquel ils s’adressent. Quant aux bibliothèques scolaires, elles sont généralement chargées d’appliquer le programme scolaire pour les élèves de l’école. Enfin, Bibliothèque et Archives Canada a le mandat d’acquérir, de décrire et de rendre accessibles toutes les publications canadiennes pour les lecteurs et les chercheurs d’ici et d’ailleurs dans le monde.

Ce ne sont pas tous les livres contestés qui finissent frappés d’interdit. Quand une auteure de la trempe de Margaret Atwood voit un roman comme La servante écarlate remis en question, on assiste souvent, au contraire, à une augmentation de l’attention médiatique, des ventes et du lectorat. L’œuvre Lives of Girls and Women d’Alice Munro, par exemple, a fait l’objet de contestations, et l’auteure a remporté quelques décennies plus tard le prix Nobel de la littérature.

Néanmoins, la tentative de faire bannir un ouvrage peut avoir un effet plus insidieux, surtout dans les écoles et les bibliothèques publiques. Un livre pour enfants controversé peut tout simplement être retiré des listes de lecture et des programmes scolaires pour éviter la confrontation. Mais il arrive aussi qu’une réclamation d’interdiction soit refusée, notamment pour des ouvrages à thème comme L’arbre de Maxine. Grâce à une décision prise en 1992, ce livre illustré au message écologiste a continué d’être lu dans les écoles primaires. Aujourd’hui, on tient pour acquise la possibilité de présenter aux enfants des livres sur l’environnement, les familles homoparentales, les croyances religieuses et toutes sortes d’autres sujets, mais la réalité n’a pas toujours été ainsi.

Qui sait combien d’ouvrages n’ont pas été achetés (ou même écrits) au fil des décennies en raison d’une culture de l’interdiction? Nous aimons à penser que, de nos jours, nous sommes plus ouverts au point de vue des autres. En tant que Canadiens, nous devons demeurer conscients de la grande valeur de notre droit à la lecture, et protéger ce droit pour nous-mêmes et pour les autres.


Liane Belway est bibliothécaire à la Division des acquisitions de la Direction générale du patrimoine publié de Bibliothèque et Archives Canada.

Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site Web de la Semaine de la liberté d’expression.

Prête pour le Rwanda!

Par Alison Harding-Hlady

Dans quelques jours, je quitterai le Canada pour une affectation très spéciale à Kigali, au Rwanda. Il y a quelques mois, Bibliothèque et Archives Canada (BAC) a signé un protocole d’entente avec la Rwanda Archives and Library Services Authority (RALSA) pour y donner de la formation sur les activités professionnelles, les normes internationales et les pratiques exemplaires. En compagnie de Karl­Xavier Thomas, un collègue archiviste, je passerai donc quatre semaines à vivre et à travailler avec le personnel de cette organisation.

Je suis honorée et ravie d’avoir été choisie pour représenter le volet « bibliothèque » de BAC, et je prépare mon voyage depuis plusieurs mois.

Je partagerai mon savoir-faire avec les bibliothécaires de la RALSA et, à la demande de celle-ci, je me concentrerai sur la description bibliographique, c’est-à-dire le catalogage et la classification. En tant que bibliothécaire au catalogage, j’ai consacré toute ma carrière à ces deux domaines (je travaille à BAC depuis 16 ans, et ce n’est pas terminé!). Je suis donc tout à fait d’accord pour dire que ce sont des composantes fondamentales de la bibliothéconomie.

En effet, toutes les autres activités de bibliothéconomie reposent sur un catalogue bien organisé, qui renferme des descriptions claires et détaillées de chaque article de la collection. Qu’il s’agisse de décisions d’acquisition, de services aux chercheurs, de réponses aux demandes de référence, de projets de numérisation, d’expositions, de conservation, etc., vous devez savoir ce que vous avez, et à quel endroit ça se trouve, avant de pouvoir faire quoi que ce soit!

Le catalogage est parfois qualifié d’ennuyeux; pour ma part, je dirais plutôt qu’il est souvent mal compris. C’est un domaine fascinant et dynamique, qui évolue sans cesse mais dont l’objectif reste le même : fournir le meilleur accès possible à la collection.

Chaque jour apporte de nouveaux défis et de nouvelles occasions d’apprendre, car chaque article que nous cataloguons nécessite recherche et réflexion pour choisir la meilleure façon de le classer, de le décrire et de le relier à d’autres parties de la collection.

C’est cette philosophie, et les outils requis pour y arriver, que j’espère transmettre à mes collègues bibliothécaires au Rwanda.

Pendant mes quatre semaines à Kigali, je m’attaquerai à des sujets comme la norme internationale de description (RDA); la façon de créer et d’utiliser les autorités de noms; les différents systèmes de classification; la consultation du système intégré de gestion de bibliothèque, tant par le personnel que par le public; et plus encore.

Je consacrerai beaucoup de temps aux travaux pratiques, au catalogage comme tel et aux discussions sur les défis et la complexité que présente chaque livre. Car même les articles qui semblent simples à cataloguer comportent des défis! Je souhaite qu’à la fin de mon séjour, la RALSA ait tous les outils nécessaires pour donner accès à sa collection et appuyer l’important travail qu’elle accomplit au Rwanda.

Une fois rentrée au Canada, je continuerai d’être une personne-ressource pour l’organisation, et je demeurerai à sa disposition par courriel.

Mon matériel de formation est presque prêt. J’ai reçu mes vaccins, mes billets sont réservés, ma valise est faite… Un énorme défi m’attend, mais c’est aussi le projet le plus stimulant de toute ma carrière. La pression se fait sentir : ce n’est pas tous les jours qu’on doit préparer quatre semaines de programmes et d’enseignement, et faire un aussi long voyage (22 heures et 3 vols!)

Mais je sais que je peux relever ce défi et faire honneur à BAC. Partager mon savoir­faire et ma passion pour la bibliothéconomie et le catalogage avec de nouveaux bibliothécaires ailleurs dans le monde : voilà une occasion aussi excitante qu’inspirante!

Photo couleur d’une femme avec une valise, devant un édifice.

L’auteure avec sa valise, prête à partir!


Alison Harding-Hlady est bibliothécaire principale au catalogage, responsable des livres rares et des collections spéciales, à la Direction générale du patrimoine publié de Bibliothèque et Archives Canada.