Traduction fidèle : à la découverte des traductions littéraires canadiennes

Par Liane Belway

La découverte de nouveaux livres et de nouveaux auteurs excitants s’avère une expérience enrichissante pour la plupart des lecteurs. À Patrimoine publié – le volet bibliothèque de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) –, nous communiquons avec les éditeurs qui nous envoient des ouvrages pour permettre à un public élargi de profiter de la diversité du patrimoine publié canadien.

Pour rendre le matériel accessible, les éditeurs canadiens déposent des exemplaires de leurs publications par l’entremise de l’équipe du dépôt légal de BAC. Quel matériel le dépôt légal acquiert-il? Un vaste contenu canadien : livres, musique, enregistrements oraux, magazines et autres séries ainsi que documents numériques. Chaque publication offre un point de vue unique sur la société et la culture canadiennes, reflétant la vision, les intérêts et l’identité de l’éditeur. Une des sources de savoir et de talent du milieu littéraire est la traduction de tels ouvrages, permettant à ces publications d’être lues par un tout nouveau public.

Traductions canadiennes

La traduction littéraire permet de faire connaître de grandes œuvres littéraires à un public élargi. Ce talent, souvent négligé, est néanmoins très précieux dans notre société multiculturelle et multilingue. Les traductions offrent de nouvelles perspectives et des styles uniques, tout en donnant la chance aux gens de découvrir des traditions et des innovations littéraires qui, sans cela, seraient difficiles d’accès. D’ailleurs, les Prix du Gouverneur général comprennent une catégorie destinée à la traduction, reconnaissant ainsi l’importance de faire connaître des œuvres de langue française aux lecteurs anglophones. Chaque année, ce prix reconnaît la traduction d’un livre vers l’anglais pour son excellence littéraire et sa contribution au milieu culturel.

Gagnants

Le Prix littéraire du Gouverneur général pour la traduction (du français vers l’anglais) de 2017 a été remis à Readopolis, traduit en anglais par Oana Avasilichioaei et publié par BookThug, à Toronto. Il s’agit d’une traduction de Lectodôme de Bertrand Laverdure, publié par Le Quartanier, une maison d’édition francophone de Montréal. Le comité d’évaluation par les pairs ne tarissait pas d’éloges pour Avasilichioaei : « Readopolis, d’Oana Avasilichioaei, correspond au style acrobatique dont Lectodôme, de Bertrand Laverdure, est empreint. Les nombreuses voies de l’écriture québécoise se font entendre par cette traduction intelligente, une ode vertigineuse à la quête pure, bien que rarement récompensée, de littérature. »

Le livre Brothers de David Clerson, un autre finaliste louable du même prix en 2017, incarne bien la vision d’un nouvel éditeur. QC Fiction, une collection des Livres Baraka adoptant des perspectives stimulantes, est un éditeur québécois de livres en anglais se trouvant à Montréal. Reconnaissant l’importance de la traduction, QC Fiction a pour objectif de publier des traductions anglaises de romans québécois contemporains, d’abord publiés en français, pour les autres Canadiens et le public à l’étranger. Une autre publication de QC Fiction, I Never Talk About It, comprend 37 nouvelles, chacune traduite par un traducteur différent. Peter McCambridge, éditeur de romans, a affirmé qu’il s’agit de « 37 traducteurs différents ayant traduit chacune des nouvelles publiées dans une collection de Véronique Côté et de Steve Gagnon. Cela nous rappelle qu’il existe au moins 37  façons différentes de traduire la voix d’un auteur. Pensez-y la prochaine fois que vous achetez une traduction! »

Six couvertures de livre colorées à l’apparence semblable, placées côte à côte et montrant tous les titres : Listening for Jupiter, I Never Talk About It, Behind the Eyes We Meet, Brothers, The Unknown Huntsman, Life in the Court of Matane.

Une sélection des publications de QC Fiction, dont Brothers (2016), finaliste du Prix du Gouverneur général pour la traduction. Image utilisée avec la permission de QC Fiction.

L’offre de traductions permet à des publics non canadiens de découvrir notre vaste littérature, laquelle grandit constamment dans notre monde de plus en plus connecté. Les auteurs canadiens apprécient d’ailleurs l’élargissement de leur public international. QC Fiction illustre bien l’attrait général des romans canadiens. M. McCambridge a ajouté ce qui suit : « Pour l’instant, notre formule semble bien fonctionner : trois de nos cinq premiers livres ont été mentionnés dans le journal The Guardian, en Angleterre. Des blogueurs de l’Écosse jusqu’en Australie ont découvert notre entreprise et encensent nos “lectures légères et intrigantes” ».

Grâce à ces éditeurs primés – seulement deux exemples du travail novateur effectué dans le monde de la traduction littéraire au Canada –, la publication canadienne demeure un milieu créatif, varié et florissant que BAC s’efforce de conserver et de préserver pour les lecteurs d’aujourd’hui et de demain. Pour voir les autres articles de la collection de BAC, utilisez notre nouvel outil de recherche : http://www.collectionscanada.gc.ca/lac-bac/recherche/tout.

Liane Belway est bibliothécaire aux acquisitions, monographies anglaises, pour la Direction générale du patrimoine publié de Bibliothèque et Archives Canada.

Nouveaux ajouts à l’album sur les livres rares maintenant sur Flickr, 2018

Photo en couleur - RRangée de livres (de gauche à droite : Éléments d’Euclide, 1482; Paradise Lost de Milton, 1758; Relation de ce qui s’est passé en la mission des Pères de la Compagnie de Jésus …, 1651; Sophocleos Tragoediai, 1502; The Lower-Canada Watchman, 1829)

Rangée de livres de gauche à droite : Éléments d’Euclide, 1482; Paradise Lost de Milton, 1758; Relation de ce qui s’est passé en la mission des Pères de la Compagnie de Jésus …, 1651; Sophocleos Tragoediai, 1502; The Lower-Canada Watchman, 1829. [Fichier électronique IMG_3472]

La collection de livres rares à Bibliothèque et Archives Canada est l’une des plus importantes collections de livres rares canadiens  dans le monde. Nous définissons ouvrage canadien  comme suit : tout ouvrage publié au Canada, ou publié à l’étranger mais écrit ou illustré par des Canadiens, ou concernant le Canada.

Visitez l’album Flickr!

La rentrée littéraire est maintenant terminée : l’avez-vous vu passer?

Par Euphrasie Mujawamungu

Très tôt en automne ou plutôt à la fin de l’été,
Avant que les oiseaux petits et grands ferment leurs campings pour le Sud,
Bien avant la rentrée parlementaire,
Surtout à la veille de la rentrée scolaire,
Quelques salariés sont encore au soleil
Le magazine de la rentrée littéraire,
Attendu par les libraires, les lecteurs, … et surtout par les bibliothécaires,
Non pas pour annoncer la chute des feuilles, au contraire,
Des nouveautés, nouveaux romans, nouveaux vers, nouvelles façons de faire, et plus encore.

En réalité, les éditeurs publient en grande majorité à cette période afin d’être dans une position stratégique avantageuse de vente et de marketing. Ces quelques mois avant les fêtes de fin d’année donnent l’occasion aux lecteurs de faire du magasinage, de profiter des recommandations des autres amateurs de livres pour des cadeaux à offrir pour les fêtes. C’est aussi l’occasion pour les mordus de lecture de faire des provisions littéraires pour un cocooning automnal et hivernal plus savoureux.

C’est à cette période que les éditeurs et les libraires proposent des listes de candidats pour les différents prix, car ceux-ci sont majoritairement décernés en automne. Les livres ayant reçu des prix ou des mentions « coup de cœur » sont plus en demande par les lecteurs, voilà une raison de plus pour ne pas manquer la rentrée littéraire!

Rappelons que selon les dispositions de la Loi sur la Bibliothèque et les Archives du Canada, il est de la responsabilité de tout éditeur ou auteur de faire un dépôt légal de toutes les publications, quels qu’en soient le support et le format. Le dépôt légal permet à Bibliothèque et Archives Canada de rassembler, de préserver et de rendre accessible l’ensemble du patrimoine documentaire canadien publié.

Une photo couleur d’un chariot de livres. Il contient deux exemplaires de chaque livre.

Un chariot de nouveautés.

Beaucoup d’éditeurs et d’auteurs s’acquittent de leur obligation du dépôt légal dès la sortie de leurs publications. Voilà pourquoi c’est en automne que l’équipe du programme du dépôt légal reçoit un volume plus élevé de publications par rapport au reste de l’année.

Imaginez, la passion des auteurs, l’engouement des libraires et la vivacité des lecteurs!

Les livres sous toutes ses formes ont une place de choix, la bibliothèque, et surtout un personnel dévoué!

Nos coordonnées :

Dépôt légal
Bibliothèque et Archives Canada
395, rue Wellington
Ottawa (Ontario) K1A 0N4
Canada

Téléphone : 819-997-9565
Numéro sans frais (Canada) : 1-866-578-7777 (Sélectionnez 2+7+1)
Numéro sans frais (téléimprimeur) : 1-866-299-1699
Télécopieur : 819-997-7019

Courriel :
bac.Depotlegal-LegalDeposit.LAC@canada.ca
(dépôt légal d’une publication analogique ou sur support matériel)

bac.Depotlegalnumerique-DigitalLegalDeposit.lac@canada.ca
(dépôt légal d’une publication numérique)

bac.archivesweb-webarchives.lac@canada.ca
(collecte du Web)


Euphrasie Mujawamungu est bibliothécaire au sein de l’équipe du dépôt légal, Direction générale du patrimoine publié à Bibliothèque et Archives Canada.

Quelque chose à déclarer ? Oui, c’est d’intérêt canadien

Par Louise Tousignant

Dans le cadre de son mandat, Bibliothèque et Archives Canada (BAC) acquiert des documents publiés dits canadiens et d’intérêt canadien, afin de développer la collection nationale Canadiana qui se veut la plus exhaustive possible. Les premiers sont ceux publiés au Canada et reçus en vertu du dépôt légal, alors que ceux d’intérêt canadien représentent des publications parues dans d’autres pays, mais dont le créateur ou le sujet est canadien. Le créateur inclut l’auteur, l’illustrateur, le traducteur ou l’artiste. Ces œuvres, publiées à l’étranger, sont acquises par don ou par achat ciblé.

Parmi ces titres d’intérêt canadien, récemment reçus, on retrouve des études et des analyses portant sur le Canada : Canada/États-Unis : les enjeux d’une frontière, Comparative North American Studies: Transnational Approaches to American and Canadian Literature and Culture, et Canadian Perspectives on Immigration in Small Cities.

Quant aux titres relatifs au Canada, Negotiations in the Indigenous World: Aboriginal Peoples and the Extractive Industry in Australia and Canada et Indian Agents: Rulers of the Reserves, ils témoignent de la recherche sur les affaires autochtones.

Des personnalités canadiennes ont aussi fait l’objet de recherches : le peintre Alex Colville avec le livre The Mystery of the Real: Letters of the Canadian Artist Alex Colville and Biographer Jeffrey Meyers, la biographie de la journaliste et auteure Jane Jacobs reflétée dans Becoming Jane Jacobs, et l’analyse du travail de la chanteuse et musicienne Alanis Morissette documentée dans The Words and Music of Alanis Morissette. La carrière des Canadiens exilés à Hollywood passe également par la parution de livres. Pensons entre autres au Montréalais de naissance et ambassadeur des fêtes du 375e de Montréal, William Shatner, bien connu pour son rôle du capitaine James T. Kirk dans la série télévisée Star Trek, et son plus récent livre Leonard: My Fifty-Year Friendship with a Remarkable Man, et au réputé acteur Martin Short, né à Hamilton, et connu pour son travail au sein de l’émission Saturday Night Live, avec ses mémoires I Must Say: My Life as a Humble Comedy Legend.

Une photo en noir et blanc d’une femme avec des cheveux long debout devant une clôture en fer forgé.

Portrait d’Alanis Morissette par Bryan Adams. Photographie signée par Alanis Morissette. 1999 (MIKAN 3614421)

Plus près de nous, des Canadiens d’ici font également leur marque par la parution d’œuvres publiées à l’extérieur du Canada : le Québécois Guy Delisle avec sa bande dessinée S’enfuir : récit d’un otage parue chez Dargaud, l’illustrateur Yanick Paquette, l’homme derrière Wonder Woman, avec la bande dessinée Wonder Woman, Earth One. Volume 1, et Louise Penny chez Minotaur Books avec The Long Way Home, qui s’est classé numéro 1 au palmarès du New York Times.

Enfin, certains titres d’intérêt canadien présents dans la collection nationale sont en lien direct avec des fonds d’archives de BAC; ils permettent une étude plus approfondie de l’auteur et de son rayonnement à l’étranger, et de soutenir la recherche en littérature canadienne. C’est le cas, par exemple, des traductions de l’auteure et illustratrice de littérature jeunesse Marie-Louise Gay, et du cinéaste, poète et romancier canadien d’origine srilankaise Michael Ondaatje. Mentionnons au sujet de Marie-Louise Gay, une traduction en espagnol du titre Un million de questions!, ¿Alguna pregunta?, parue au Mexique en 2015, un titre en néerlandais, Angela en de ijsbeer pour Angèle et l’ours polaire, ou encore, Bolle-Bertils sirkus pour Le cirque de Charlie Chou en norvégien. Quant à Michael Ondaatje, BAC possède pas moins de 20 traductions de son œuvre la plus connue, Le patient anglais, dont celles en bulgare, en japonais, et en italien. Faut-il le rappeler, le livre a remporté en 1992 les prix littéraires du Booker Prize et du Gouverneur général alors que le film s’est vu décerner neuf Oscars aux Academy Awards de 1997.

Photo en couleur d’une femme assise et souriante. On aperçoit dans l’avant plan des crayons de couleurs flou.

Marie-Louise Gay. Auteure et illustratrice canadienne de littérature jeunesse. @Groundwood Books

Photo en couleur d’un livre ouvert à la page titre écrit en bulgare.

Le patient anglais publié en bulgare par Delfi, en 2000 (AMICUS 32172817)

Photo en couleur d’un livre ouvert à la page titre écrit en japonais

Le patient anglais publié en japonais par Shinch⁻osha, en 1996 (AMICUS 15875585)

Photo en couleur d’un livre ouvert à la page titre : Michael Ondaatje Il Paziente Inglese.

Le patient anglais publié en italien par Garzanti, en 2004 (AMICUS 32785464)

Ce bref tour d’horizon ne représente qu’un échantillon de publications de toutes sortes relatives au Canada et d’intérêt canadien. Le travail de dépistage minutieux se poursuit afin d’assurer l’enrichissement du patrimoine documentaire canadien et le développement des collections pour faire en sorte que la collection nationale Canadiana soit la plus importante au monde.


Louise Tousignant est bibliothécaire aux acquisitions à la Direction générale du patrimoine publié à Bibliothèque et Archives Canada

Appréciation des mots : des œuvres gagnantes des Prix littéraires du gouverneur général font partie de la collection de BAC

Par Sara Viinalass-Smith

Les Prix littéraires du gouverneur général font partie des prix littéraires du Canada les plus prestigieux. La longue histoire de ceux-ci peut jeter de la lumière sur l’évolution de la publication, de l’écriture et des goûts des lecteurs canadiens au cours des huit dernières décennies. Les Prix, qui ont vu le jour en 1937, ont été créés par l’association des auteurs canadiens et soutenus par le prolifique auteur et gouverneur général John Buchan, premier baron de Tweedsmuir. Ils ont 80 ans cette année. Les Prix récompensaient au début les œuvres de fiction et non fictives. Au fil des ans, ils se sont mis à récompenser aussi la poésie, la traduction, les pièces de théâtre et la littérature pour enfants, en français et en anglais.

Depuis 1969, Bibliothèque et Archives Canada (BAC) monte une collection d’archives littéraires qui comprend les documents en anglais et en français de nombreux gagnants des Prix, comme Robertson Davies, Marie-Claire Blais, Dionne Brand, Gabrielle Roy et Carol Shields. En examinant ces documents, vous pouvez, par exemple, retracer le chemin parcouru par un roman primé de l’idée originale de l’auteur, élaborée dans des notes et des ébauches, en passant par les épreuves en placard considérablement remaniées et l’image proposée pour la page couverture, pour en arriver à l’étude de coupures de presse et même à l’invitation de l’auteur à la cérémonie de remise des Prix du gouverneur general.

Photographie en noir et blanc jaunie d’un officier en uniforme.

Thomas Findley, source d’inspiration pour Guerres de Timothy Findley (MIKAN 4933177)

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Refuge animal : l’héritage de l’œuvre de Margaret Marshall Saunders, Beautiful Joe

Par Alyssa Currie

L’histoire

Beautiful Joe est un conte pour enfants à succès écrit par Margaret Marshall Saunders. Le roman décrit la vie d’un chien maltraité qui découvre le bonheur après avoir été adopté par une gentille famille. Dans son ouvrage, la romancière met en avant-plan les animaux domestiques en racontant l’histoire telle que vécue par Joe et elle met en évidence la cruauté envers les animaux. Sous le nom de Marshall Saunders, l’écrivaine soumet d’abord son œuvre à un concours commandité par l’American Humane Society en 1893 et elle remporte le premier prix. Le texte est publié un an plus tard et connaîtra un succès immédiat; il s’agirait du premier livre canadien à s’être vendu à plus d’un million d’exemplaires.

Dans nos collections, nous retrouvons deux photographies et deux cartes postales dédicacées et associées à Beautiful Joe. Ces documents sont remarquables parce qu’ils confirment que l’histoire s’inspire de la vraie vie et documentent le lien avec les efforts déployés par Mme Saunders pour défendre les animaux. On peut lire dans la préface de Beautiful Joe :

BEAUTIFUL JOE est un vrai chien, et « Beautiful Joe » est son vrai nom. Durant la première partie de sa vie, il a appartenu à un maître cruel, qui a mutilé l’animal tel qu’il est décrit dans l’histoire. Rescapé par une famille, le chien mène maintenant une belle vie dans un quartier agréable, en plus de jouir d’une grande célébrité dans son milieu.

Le personnage de Laura s’inspire de la réalité et il est représenté avec grande authenticité, et ce, dans les moindres détails. La famille Morris a un pendant dans la vraie vie, et presque tous les incidents relatés dans le livre sont fondés sur des faits.

(Margaret Marshall Saunders, traduction libre de la préface de Beautiful Joe)

Les photographies

Margaret Marshall Saunders a vu Beautiful Joe pour la première fois lors d’une visite qu’elle a rendue à son frère et à sa fiancée, Louise Moore, à Meaford (Ontario). À son retour à Halifax (Nouvelle-Écosse), Mme Saunders s’est mise à écrire, bien déterminée à faire connaître l’histoire de Joe. Bien que l’écrivaine ait basé son roman sur la réalité, elle a adapté des éléments de l’histoire pour en faire un ouvrage de fiction. Par exemple, le lieu a été changé pour une ville américaine afin de se plier aux règles du concours et de plaire aux lecteurs des États-Unis. Mme Saunders a aussi renommé la famille. Dans la réalité, Beautiful Joe est adopté par les Moore, tandis que dans le récit, c’est la famille Morris qui l’accueille. De plus, elle ajoute des traits de sa propre famille dans la narration.

Photographie en noir et blanc d’Edward M. Saunders, debout au pied de l’escalier devant une maison de style victorien à trois étages. M. Saunders porte un complet et un chapeau noirs. La photographie a été prise de l’autre côté d’une rue résidentielle.

Résidence de la famille Saunders à Halifax (Nouvelle-Écosse), l’écrivaine y rédigera Beautiful Joe (MIKAN 3305717)

Tout le long de la narration, il semble que Mme Saunders modèle les Morris à l’image de sa propre famille. Cette ressemblance s’appuie notamment sur une photographie d’Edward M. Saunders donnée par l’auteure. On peut lire au verso de la photographie, dans une note manuscrite possiblement rédigée par l’écrivaine elle-même :

« M. Saunders à l’origine de M. Morris dans Beautiful Joe » [traduction libre] (« Dr. Saunders original of Mr. Morris in “Beautiful Joe »)

Photographie en noir et blanc d’un homme d’âge moyen assis sur une chaise ornementée avec un petit chien, possiblement un Jack Russell terrier, couché à ses pieds. L’homme porte un complet noir. Du côté droit du portrait, on peut voir des draperies sombres et une plante en pot. Au verso de la photographie se trouve une estampe du studio Gauvin & Gentzel.

Edward M. Saunders, père de Margaret Marshall Saunders et source d’inspiration pour le personnage de M. Morris dans Beautiful Joe. Des notes manuscrites au verso de la photographie documentent son lien avec Beautiful Joe (MIKAN 3220890)

Les cartes postales

Deux cartes postales récemment décrites tirées de nos archives littéraires mettent encore plus l’accent sur les liens entre l’histoire et la réalité et témoignent de l’héritage durable; les deux cartes postales ont été imprimées des années après la première publication du livre et elles arborent la signature de l’écrivaine. La première carte reproduit une photographie du vrai Beautiful Joe et elle permet de visualiser le protagoniste de l’histoire.

Carte postale en noir et blanc reproduisant la photographie d’un chien au pelage foncé, assis et sans oreilles. La carte postale porte la mention « BEAUTIFUL JOE » et une dédicace à l’encre noire, « Marshall Saunders, 1930 ». Au verso de la carte postale, on peut voir une petite photo de Margaret Marshall Saunders et la légende : « Marshall Saunders, auteure du livre de renommée mondiale, Beautiful Joe » [traduction libre] (« Marshall Saunders, author of the world famous book, ‘Beautiful Joe’ »). La carte n’a pas été mise à la poste.

Carte postale dédicacée illustrant le vrai Beautiful Joe qui a inspiré le récit (MIKAN 4921901)

Au fur et à mesure que s’étend la renommée, nationale puis internationale, de Beautiful Joe, Mme Saunders met à profit sa popularité pour promouvoir le bien-être des animaux. Elle collabore avec des groupes de revendication pour animaux dans le cadre de campagnes qui, en retour, encouragent l’achat de ses œuvres littéraires. Cette relation réciproque est illustrée sur une carte postale imprimée par la Canadian Antivivisection Society (association canadienne contre la vivisection); on y voit Mme Saunders et la légende : « Auteure du livre de renommée mondiale BEAUTIFUL JOE » [traduction libre] (« Author of the world-famous book ‘BEAUTIFUL JOE’ »). L’écrivaine a dédicacé le recto de la carte postale et écrit au verso :

« Je vous en prie, ne vivisectez pas ces chiens que nous adorons, Marshall Saunders. » [Traduction libre] (« Please do not vivisect our dear dogs, Marshall Saunders. »)

Carte postale en noir et blanc reproduisant la photographie d’une femme d’âge moyen portant un sarrau de laboratoire et tenant un petit chien sur ses cuisses. Légende de la carte postale, « Auteure du livre de renommée mondiale BEAUTIFUL JOE » [traduction libre] (« Author of the world-famous book, ‘BEAUTIFUL JOE’ »), et une dédicace à l’encre noire, « Bien à vous, Marshall Saunders » [traduction libre] (« Yours truly, Marshall Saunders »). Au verso de la carte postale, il est écrit « IMPRIMÉE PAR LA CANADIAN ANTIVIVISECTION SOCIETY, 445A, RUE YONGE, TORONTO » [traduction libre] (« ISSUED BY THE CANADIAN ANTIVIVISECTION SOCIETY, 445A YONGE ST., TORONTO ») et l’auteure y a apposé sa signature. La carte postale n’a pas été mise à la poste.

Carte postale dédicacée illustrant Margaret Marshall Saunders, « Auteure du livre de renommée mondiale BEAUTIFUL JOE » [traduction libre] (« Author of the world-famous book, ‘BEAUTIFUL JOE’ ») [MIKAN 4921902]

L’héritage

Au moment de son décès, le 15 février 1947, Mme Saunders était devenue une auteure à succès. Plus tard la même année, le gouvernement du Canada a reconnu les réalisations de l’écrivaine et lui a décerné le titre de « personne d’importance historique nationale ». Margaret Marshall Saunders écrivait Beautiful Joe il y a de cela plus d’un siècle, mais son héritage demeure bien présent.

Ressources connexes


Alyssa Currie est étudiante de deuxième cycle à l’Université de Victoria et travaille au sein de la Section des archives littéraires, de la musique et des arts de la scène à Bibliothèque et Archives Canada.

Images d’Anne… la maison aux pignons verts maintenant sur Flickr

Peu d’auteurs canadiens sont aussi connus dans le monde que Lucy Maud Montgomery. Sa célèbre série Anne… la maison aux pignons verts a touché le cœur de millions de lecteurs de tous les âges, et son succès ne se dément pas.

Bibliothèque et Archives Canada présente sa toute dernière émission de baladodiffusion, « Des âmes sœurs après tout »

Bibliothèque et Archives Canada présente sa toute dernière émission de baladodiffusion, « Des âmes sœurs après tout ».

Peu d’auteurs canadiens sont aussi connus dans le monde que Lucy Maud Montgomery. Sa célèbre série Anne… la maison aux pignons verts a touché le cœur de millions de lecteurs de tous les âges, et son succès ne se dément pas. Dans cet épisode, nous rencontrons un collectionneur de livres passionné : Ronald I. Cohen, qui a donné sa collection complète des œuvres de Lucy Maud Montgomery à Bibliothèque et Archives Canada (BAC) entre 1999 et 2003. Il nous parle des efforts qu’il a déployés pour rassembler cette collection unique au monde, et de sa généreuse décision de nous en faire don.

Meaghan Scanlon, bibliothécaire des collections spéciales à BAC, a discuté avec M. Cohen et lui a fait visiter la chambre forte où se trouvent les livres de Lucy Maud Montgomery.

Abonnez-vous à nos émissions de baladodiffusion sur notre fil RSS ou iTunes, ou écoutez-les sur notre site Web à Balados – Découvrez Bibliothèque et Archives Canada : votre histoire, votre patrimoine documentaire.

Pour en savoir plus, écrivez-nous à bac.balados-podcasts.lac@canada.ca.

Anne à la bibliothèque : La collection Cohen

Par Meaghan Scanlon

Entre 1999 et 2003, l’avocat, cinéaste et bibliographe canadien Ronald I. Cohen a fait don, en cinq lots, de son imposante collection d’ouvrages de Lucy Maud Montgomery à Bibliothèque et Archives Canada (voir la description de la collection à AMICUS 44572655 [en anglais]). La collection renferme des documents liés aux adaptations de l’œuvre de Lucy Maud Montgomery, ainsi que des anthologies et des périodiques dans lesquelles l’auteure est mise en vedette. L’essentiel de la collection consiste toutefois en diverses éditions des romans de Lucy M. Montgomery qui ont été publiés dont, bien sûr, le plus célèbre, Anne of Green Gables (Anne… la maison aux pignons verts).

Parmi les quelque 420 articles qui composent la collection Cohen, on trouve pas moins de 46 exemplaires d’Anne of Green Gables. Trois sont en japonais, deux en français, un en coréen, un en finlandais, un en norvégien et un en suédois. Les 37 autres sont en anglais.

On peut se poser des questions sur l’utilité de posséder 37 exemplaires en anglais d’Anne of Green Gables. En effet, l’histoire est toujours la même, n’est‑ce pas? Eh bien pour les collectionneurs de livres, ce n’est pas nécessairement l’histoire qui est racontée qui importe. Posséder de nombreux exemplaires d’un livre est plutôt un moyen, par exemple, de découvrir l’histoire du livre lui‑même, de sa publication et de la façon dont il a été mis sur le marché et acquis. Nombreux sont les collectionneurs de livres qui entreprennent de documenter l’histoire d’un auteur ou d’un titre dans ses moindres détails grâce à leurs collections. Certains se procurent à cet effet de nombreux exemplaires d’un même ouvrage.

La collection Cohen retrace la propagation du roman Anne of Green Gables dans le monde anglophone, car elle renferme les premières éditions américaine, britannique, australienne et canadienne. Le roman fut d’abord publié à Boston en avril 1908 (AMICUS 9802890). Cette première édition a connu un succès fulgurant. C’est pourquoi l’éditeur de Lucy Maud Montgomery, L. C. Page, l’a réimprimée au moins 12 fois avant la fin de 1909. La collection Cohen renferme des exemplaires des sixième (novembre 1908) et onzième (août 1909) impressions.

Page des droits d’auteur de l’exemplaire de la collection Cohen de la sixième impression de la première édition du roman Anne of Green Gables

Page des droits d’auteur de l’exemplaire de la collection Cohen de la sixième impression de la première édition du roman Anne of Green Gables (AMICUS 9802890, exemplaire 5).

La première édition britannique d’Anne of Green Gables fut également publiée en 1908 (AMICUS 21173240). Anne est ensuite arrivée en Australie en 1925 (AMICUS 26942864). Il est intéressant de constater que, malgré la notoriété de Lucy Maud Montgomery et de son œuvre au Canada, la première édition canadienne d’Anne of Green Gables (AMICUS 1706899) ne fut pas publiée avant 1942. Cette édition connut, elle aussi, plusieurs impressions; l’exemplaire le plus ancien de la collection Cohen date de 1948.

Si l’histoire reste la même édition après édition, ce n’est pas le cas de la représentation visuelle de l’héroïne, Anne Shirley, qui figure sur la couverture. Selon le lieu et l’époque, le public a pu voir Anne sous divers visages, allant de la femme d’âge mûr représentée dans la première édition aux illustrations de type bande dessinée de certaines éditions plus récentes.

En réalité, lorsque Ronald I. Cohen a commencé à collectionner les livres de Lucy Maud Montgomery, un de ses principaux objectifs était de trouver des exemplaires avec jaquette. Depuis toujours, les jaquettes sont en général jetées par les lecteurs (et les bibliothèques!) et les premiers exemplaires peuvent être très difficiles à trouver. C’est pourquoi les nombreuses jaquettes rares que renferme la collection Cohen sont une source très précieuse de renseignements pour les chercheurs qui étudient l’histoire d’un des classiques littéraires canadiens préférés.

Pour en savoir davantage sur la collection d’ouvrages de L. M. Montgomery de Ronald I. Cohen, écoutez la toute dernière émission de baladodiffusion de Bibliothèque et Archives Canada intitulée « Des âmes sœurs après tout ».

Autres sources d’information


Meaghan Scanlon est la bibliothécaire des collections spéciales à la Direction générale du patrimoine publié de Bibliothèque et Archives Canada.

Trouver Garneau : l’importance de l’accès aux archives

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) abrite plusieurs trésors nationaux et s’efforce de les rendre accessibles au public. Un des projets entrepris cet été visait à faciliter l’accès aux fonds québécois et canadien-français, notamment les fonds d’Hector de Saint‑Denys Garneau.

Image en couleur d’un poème écrit à la main.

Manuscrit non daté : Un poème a chantonné tout le jour, par Hector de Saint Denys Garneau. (MIKAN 4817952). Consultez-le, ainsi que d’autres poèmes numérisés.

Garneau est un écrivain canadien-français influent qui fait sa marque au début du 20e siècle. Il meurt d’une crise cardiaque en 1943. Son œuvre posthume Poésies complètes (1949) et son Journal (1954) font de lui une figure littéraire importante du Québec moderne. Lorsque BAC a obtenu ses fonds en 1993, la collection avait besoin de plus de visibilité. Bien que le texte de Giselle Huot, Œuvres en prose : Édition critique établie (1994), fut une ressource académique importante pour les fonds, les chercheurs se servirent d’un instrument de recherche détaillé de la base de données principale de BAC, MIKAN, pour explorer la vie privée et professionnelle du poète.

Image en couleur d’un cahier d’exercices dont la page de couverture lit : « The Peerless Registered Exercise Book ». Des annotations et des inscriptions en grec y sont écrites à la main.

Page de couverture du cahier d’exercices de Saint Denys Garneau, non daté (MIKAN 4817981). Consultez des extraits de ses cahiers.

Maintenant que l’instrument de recherche a été ajouté à MIKAN, les chercheurs, du confort de leur foyer, ont accès à une description de chaque article des fonds. Ils sont en mesure de connaître le contenu des boîtes archivistiques avant même de les avoir commandées. Cet instrument de recherche ouvre une porte sur la vie, les relations et l’art de l’auteur, donnant plus d’information sur les magnifiques poèmes et les lettres manuscrites d’Hector de Saint‑Denys Garneau.