Sergent Robert Spall, VC

Dans sa série de blogues sur les récipiendaires de la Croix de Victoria canadienne, Bibliothèque et Archives Canada présente un portrait de valeureux soldats à l’occasion du 100e anniversaire du jour où ils ont accompli les actes de bravoure pour lesquels ils ont reçu cette distinction. Aujourd’hui, nous nous souvenons du sergent Robert Spall, qui a fait preuve les 12 et 13 août 1918 d’un courage et d’une abnégation de soi dignes de la Croix de Victoria.

Une photographie en noir et blanc d’un soldat.

Le sergent Robert Spall, VC, sans date. Source : Wikimedia

Né à Ealing, dans l’Essex, en Angleterre, le 5 mars 1890, Spall immigre au Canada avec ses parents, qui s’installent à Winnipeg, au Manitoba. Avant la guerre, il est courtier en douanes et membre de la milice active. Le 28 juillet 1915, Spall s’enrôle à Winnipeg dans le 90e bataillon du Corps expéditionnaire canadien (CEC). Il débarque en France avec les Winnipeg Rifles le 13 février 1916 à l’âge de 26 ans. Plus tard, le 90e bataillon sera intégré au 11e bataillon de réserve pour prêter main-forte au CEC. Éventuellement, Spall aboutira avec le Princess Patricia’s Canadian Light Infantry (PPCLI).

Le 12 août 1918, une pluie d’obus allemands s’abat sur le PPCLI ainsi que sur les 116e et 42e bataillons canadiens, les obligeant à se terrer dans leurs tranchées respectives. L’objectif leur est transmis à midi : conjointement avec le 42e bataillon, le PPCLI devra repousser les Allemands de Parvillers à partir du sud. Le plan consiste à avancer jusqu’aux positions tenues par le 9e bataillon canadien d’infanterie au sud de Parvillers et à s’en servir comme point de départ, tout en bombardant les tranchées sur l’ancienne ligne de front allemande et les tranchées menant à Parvillers.

Cependant, lorsque la compagnie arrive aux positions qui lui ont été assignées, elle découvre que le 9e bataillon d’infanterie ne les contrôle pas, et qu’elles sont toujours aux mains des Allemands. En dépit de ce contretemps, l’attaque est lancée. À 20 h, les Canadiens ont fait peu de progrès après avoir rencontré une forte résistance. Mais les pertes s’alourdissent chez les Allemands à mesure que la compagnie gagne du terrain, avec une section de bombardiers s’avançant dans la tranchée allemande.

Une page d’un document textuel avec, à gauche, des trous de poinçon déchirés.

Journal de guerre du PPCLI décrivant l’attaque durant laquelle Spall tira sur des soldats allemands qui chargeaient, en août 1918, page 18 (en anglais seulement) (MIKAN 2005881)

À 6 h, le 13 août 1918, les Allemands contre-attaquent en force à partir de Parvillers et Damery; surgissant des bois en formation serrée, ils avancent à découvert. Cette soudaine et vigoureuse offensive force la compagnie à battre en retrait en direction de l’ancienne ligne de front allemande. Dans le chaos qui s’ensuit, deux pelotons sont séparés de la compagnie.

Spall participe vraisemblablement à cet assaut et contribue à dégager son peloton de sa fâcheuse position. Isolé avec son peloton du reste de la compagnie, Spall grimpe sur le parapet armé d’un fusil-mitrailleur Lewis et tire sur les soldats allemands qui s’approchent. De retour dans la tranchée, il entraîne ses hommes vers une sape à 75 verges seulement de l’ennemi. Il grimpe de nouveau sur le parapet et continue son assaut. C’est à ce moment-là qu’il est tué. Sa bravoure et son dévouement exceptionnels ont permis à ses hommes de rejoindre les autres, et son habileté à manier le fusil-mitrailleur Lewis a entraîné de lourdes pertes chez les Allemands.

Un document beige avec des cases séparées par des lignes, marqué d’une coche rouge et estampillé « Vimy Memorial » en violet.

Inscription du sergent Robert Spall dans les Registres de sépultures de guerre du Commonwealth, vol. 31830_B034454, page 845, 22 août 1918.

Sa citation se lit comme suit :

[…] dans le cadre d’une contre-attaque ennemie, lorsque son peloton se retrouve isolé. Le Sgt Spall s’empare d’une mitrailleuse Lewis et, debout sur le parapet, il fait feu sur l’ennemi qui progresse, lui infligeant de lourdes pertes. Il descend ensuite dans la tranchée et dirige ses hommes vers une sape à 75 verges de l’ennemi. S’emparant d’une autre mitrailleuse Lewis, ce brave sous-officier monte de nouveau sur le parapet et réussit, grâce à ses tirs, à contenir l’adversaire. C’est en accomplissant ce geste qu’il est tué.

Le Sgt Spall a délibérément fait le sacrifice de sa vie pour sortir son peloton d’une situation très difficile et c’est grâce à sa bravoure que ses hommes ont été sauvés. [traduction du ministère de la Défense et des Forces canadiennes]

London Gazette, numéro 30975, 25 octobre 1918 (en anglais seulement)

Le corps du sergent Spall n’a jamais été retrouvé. Son nom est inscrit sur le Mémorial national du Canada à Vimy ainsi que sur un monument commémoratif du Parc du patrimoine militaire de Barrie, en Ontario.

Bibliothèque et Archives Canada possède le dossier de service numérisé du sergent Robert Spall.

Le lieutenant Thomas Dinesen

Par Ashley Dunk

Dans sa série de blogues sur les récipiendaires de la Croix de Victoria canadienne, Bibliothèque et Archives Canada souligne les actes d’héroïsme de soldats posés il y a exactement 100 ans sur un champ de bataille. Aujourd’hui, nous rendons hommage au lieutenant Thomas Dinesen et à la bravoure dont il a fait preuve pendant la bataille d’Amiens, en France, le 12 août 1918.

Photo noir et blanc d’un soldat.

Le lieutenant Thomas Dinesen, sans date. Source : Wikimedia

Né le 9 août 1892 dans une riche famille d’aristocrates à Rungsted, au Danemark, Thomas Fasti Dinesen est ingénieur civil lorsqu’il essaie de s’enrôler dans l’armée de divers pays. Les armées française, britannique et américaine le refusent tour à tour. Ce n’est que le 26 juin 1917 qu’il réussit enfin à s’enrôler dans la 2e Compagnie de renfort du Corps expéditionnaire canadien. Dinesen sert dans le 20e Bataillon de réserve avant d’être muté au 42e Bataillon (Royal Highlanders of Canada), aussi connu sous le nom de Black Watch of Canada.

Dans la nuit du 11 au 12 août 1918, le 42e Bataillon est envoyé en renfort auprès de l’ancienne ligne de front britannique dans le secteur de Parvillers, en France. La progression des Alliés est bloquée à cet endroit par la présence de fils barbelés impénétrables séparant les anciennes lignes britanniques et allemandes. L’objectif est de s’emparer de Parvillers en pilonnant le secteur et en capturant la tranchée allemande âprement défendue. Le 12 août, vers 10 h du matin, des hommes sont envoyés deux par deux et à intervalles irréguliers au point de départ situé du côté nord de la route Rouvroy-Fouquescourt, pour ne pas alerter l’ennemi. L’attaque est déjà bien lancée lorsque les Allemands tentent de barrer la route aux Canadiens. Au milieu de l’après-midi, sur un signal donné, les soldats canadiens s’engouffrent dans les tranchées ennemies, où ils rencontrent de la résistance. Les Allemands subissent de nombreuses pertes et les Canadiens capturent plusieurs mitrailleuses.

Copie noir et blanc d’un document textuel comprenant quatre paragraphes ainsi que le chiffre « 2 » inscrit à la main en haut de la page.

Annexe du journal de guerre du 42e Bataillon d’infanterie canadien décrivant l’offensive du 11 et du 12 août 1918, p. 26 (en anglais) (e001110175).

Ce sont les faits d’armes du soldat Dinesen durant l’offensive des Alliés connue sous le nom de bataille d’Amiens qui lui valent sa Croix de Victoria. Le dernier jour de la bataille, il brave seul de violentes contre-attaques allemandes et réduit au silence des mitrailleuses hostiles. Armé de sa baïonnette et de grenades, Dinesen se livre à des combats corps à corps et tue 12 soldats ennemis. Ses vaillants efforts pendant plus de dix heures permettent de reprendre plus de 1,5 kilomètre de tranchées allemandes ardemment défendues à Parvillers.

En reconnaissance de ses actes de bravoure, le gouvernement français décerne la Croix de Guerre à Dinesen. En novembre 1918, il est nommé officier et il se hissera plus tard au grade de lieutenant.

Photo noir et blanc de six soldats portant un casque, assis dans un large trou creusé dans la boue. Certains mangent, d’autres tiennent leur fusil faisant dos au photographe.

Des Canadiens se reposant dans un trou d’obus créé par leur propre artillerie, août 1918 (a002859).

Dinesen meurt à Leerbaek, au Danemark, le 10 mars 1979. Sa Croix de Victoria est exposée dans la salle Ashcroft du Musée impérial de la guerre (en anglais seulement).

Après la guerre, Dinesen rédige et publie plusieurs livres en danois, dont ses mémoires relatant ses tentatives d’enrôlement et les événements qui lui ont valu sa Croix de Victoria, No Man’s Land : En Dansker Med Canadierne Ved Vestfronten. En 1930, l’ouvrage est traduit en anglais : Merry Hell! : A Dane with the Canadians. Une copie de cette traduction anglaise peut être consultée sur place à Bibliothèque et Archives Canada.

Bibliothèque et Archives Canada conserve le dossier de service numérisé du lieutenant Thomas Dinesen.


Ashley Dunk est assistante de projet à la Division du contenu en ligne de la Direction générale des services au public.

James Edward Tait, VC

Par John Morden 

Aujourd’hui, nous rendons hommage dans notre blogue au lieutenant James Edward Tait, récipiendaire de la Croix de Victoria pour les gestes de bravoure qu’il a posés sur le champ de bataille français il y a 100 ans, en août 1918.

Photo noir et blanc d’un officier portant un ceinturon-baudrier, les mains derrière le dos.

Lieutenant James Edward Tait, récipiendaire de la Croix de Victoria, sans date (a006775)

Né le 27 mai 1888 à Dumfries, en Écosse, James Edward Tait immigre plus tard à Winnipeg, au Manitoba. Avant la guerre, il est ingénieur civil et fait partie de la milice du 100e Régiment (Winnipeg Grenadiers). Il a déjà servi cinq ans dans l’Imperial Yeomanry, quatre ans dans un régiment d’éclaireurs et un an dans un escadron anonyme. Le 22 janvier 1916, il s’enrôle auprès du 100e Bataillon du Corps expéditionnaire canadien. À l’hiver 1917, on le transfère au 78e Bataillon. Il sera blessé trois fois : le 1er avril et le 16 septembre 1917, ainsi que le 21 avril 1918. Il recevra la Médaille militaire le 16 août 1917.

Photo noir et blanc d’un groupe de soldats entourant un combattant ennemi récemment capturé.

Prisonnier allemand capturé par le 78e Bataillon lors d’un raid nocturne, mai 1918 (a002628)

Description manuscrite des conditions météo et des événements de la journée.

Journal de guerre du 78e Bataillon d’infanterie du Canada : page du 18 août 1917 décrivant la capture d’un soldat allemand par James Edward Tait. Tait est également mentionné dans l’entrée du 17 septembre (MIKAN 1883274)

Tait se mérite la Croix de Victoria à titre posthume pour ses actes de bravoure du 11 août 1918. À cette date, les Alliés ont déjà commencé l’offensive des Cent-Jours, leur dernier effort en vue de percer le front occidental. Le 8 août, premier jour de la bataille d’Amiens, les forces britanniques et canadiennes font des avancées considérables; les commandants allemands qualifieront d’ailleurs ce moment de « jour de deuil de l’armée allemande ».

Les jours suivants, la résistance allemande s’intensifie. L’unité de Tait affronte des positions ennemies réorganisées et solidifiées dans la forêt de Beaucourt, en France. C’est là que le 78e Bataillon est ralenti par des tirs de mitrailleuses. Tait continue de faire avancer ses hommes malgré les tirs nourris. Une mitrailleuse allemande empêchant toujours leur progression, il s’élance en sa direction, abat le mitrailleur et réussit à rassembler ses hommes. Son geste héroïque figure dans la London Gazette de septembre 1918 :

« Pour un acte de bravoure remarquable et pour son initiative à l’assaut. La progression de sa compagnie étant arrêtée par les tirs nourris des mitrailleuses, le lieutenant Tait rassemble sa compagnie et la fait avancer avec grande habileté et beaucoup d’audace, malgré la pluie de projectiles. Toutefois, une mitrailleuse ennemie embusquée continue de causer de lourdes pertes. S’emparant d’un fusil et d’une baïonnette, le lieutenant Tait charge, seul, et tue l’artilleur ennemi. Inspirés par son exemple, ses hommes attaquent la position allemande, saisissent 12 mitrailleuses et font 20 prisonniers. Ce courageux fait d’armes ouvre la voie à son bataillon, qui peut ainsi poursuivre sa route. » [Traduction]

Malheureusement, plus tard ce jour-là, un obus allemand inflige une blessure mortelle à Tait, qui continuera néanmoins de diriger ses hommes jusqu’à son dernier souffle. Tait est enterré au cimetière britannique Fouquescourt, près de la Somme, en France. Sa Croix de Victoria est aujourd’hui exposée au Musée Glenbow, à Calgary.

Bibliothèque et Archives Canada conserve le dossier de service numérisé du lieutenant James Edward Tait.


John Morden est étudiant émérite en histoire à l’Université Carleton et stagiaire à la Division des expositions et du contenu en ligne de Bibliothèque et Archives Canada.

Alexander Picton Brereton, Frederick George Coppins, John Bernard Croak et Raphael Louis Zengel : récipiendaires de la Croix de Victoria

Par John Morden

Aujourd’hui, nous honorons quatre Canadiens ayant obtenu la Croix de Victoria pendant la dernière campagne menée sur le front occidental, connue sous le nom de l’offensive des Cent-Jours : Alexander Picton Brereton, Frederick George Coppins, John Bernard Croak et Raphael Louis Zengel.

Alexander Picton Brereton

Photo noir et blanc d’un soldat assis, portant un uniforme et une casquette.

Le sergent Alexander Picton Brereton, VC, 8e Bataillon, sans date (a006962)

Alexander Picton Brereton est né le 13 novembre 1892 à Oak River, au Manitoba. Avant de s’enrôler dans le 144e Bataillon du Corps expéditionnaire canadien le 31 janvier 1916, il est barbier et sert dans la milice. En avril 1917, il est muté au 8e Bataillon. Brereton reçoit la Croix de Victoria pour ses actes accomplis le 9 août 1918 près de Warvillers, en France. Pendant une attaque lancée contre les forces allemandes, Brereton et ses hommes se font prendre à découvert et sont cloués au sol par le feu nourri des mitrailleuses allemandes. Dans un acte de bravoure remarquable (en anglais seulement), Brereton, constatant que son unité n’a guère de chance de s’en sortir, s’élance seul vers une mitrailleuse allemande et s’en empare. L’audace de Brereton incite ses hommes à capturer d’autres nids de mitrailleuses allemands. Brereton survit à la Première Guerre mondiale et est démobilisé de l’armée le 10 avril 1919. Il meurt le 10 janvier 1976 à Calgary, en Alberta, et il est enterré au cimetière Elnora.

 

Frederick George Coppins

Photo noir et blanc d’un soldat en uniforme, debout, les mains derrière le dos.

Le sergent Frederick George Coppins, VC, sans date (a006765)

Né le 25 octobre 1889 à Londres, en Angleterre, Frederick George Coppins sert dans le Royal West Kent Regiment avant d’immigrer au Canada. Il s’enrôle dans le Corps expéditionnaire canadien bien avant la plupart des autres soldats canadiens. Il se joint au 19e Alberta Dragoons le 23 septembre 1914. À l’été 1918, au moment où les Alliés s’apprêtent à lancer leur dernière offensive qui les mènera à la victoire, Coppins est un vétéran aguerri. Il est promu caporal et muté au 8e Bataillon, l’unité de Brereton. Coppins se verra attribuer la Croix de Victoria pour les événements du 9 août 1918. Tout comme Brereton, Coppins et ses hommes sont immobilisés par des tirs de mitrailleuses allemandes. Analysant la situation, il rassemble une poignée d’hommes pour attaquer un poste de mitrailleuse allemand. Durant l’attaque, Coppins est blessé et ses compagnons tués. Cela ne l’empêche pourtant pas de persister et de s’emparer du poste (extrait de la London Gazette du 28 septembre 1918, en anglais seulement), faisant prisonniers plusieurs soldats ennemis. Malgré ses blessures, Coppins demeure sur le champ de bataille jusqu’à l’atteinte des objectifs canadiens. Il survit miraculeusement à quatre années de service militaire et est démobilisé de l’armée le 30 avril 1919. Il meurt le 30 mars 1963 à Livermore, en Californie, à 73 ans.

 

John Bernard Croak

Photo noir et blanc d’un soldat prise sur le vif à l’extérieur.

Le soldat John Bernard Croak, VC, sans date. Source : Direction de l’histoire et du patrimoine (Défense nationale et Forces canadiennes)

John Bernard Croak est né le 18 mai 1892 à Little Bay, à Terre-Neuve. Il déménage ensuite avec sa famille à Glace Bay, en Nouvelle-Écosse. Avant le déclenchement de la guerre, à l’été 1914, Croak travaille comme manœuvre. Il se joint au Corps expéditionnaire canadien le 7 août 1915 et est affecté au 55e Bataillon. En avril 1916, il est muté au 13e Bataillon. Croak obtient la Croix de Victoria pour les actes qu’il accomplit le 8 août 1918, lors de la bataille d’Amiens. Ce jour-là, dans le feu de l’offensive canadienne, Croak se retrouve séparé de son unité. Il tombe sur un poste de mitrailleuse allemand et capture à lui seul l’ensemble de l’équipe de tir. Il demeure sur le champ de bataille malgré les blessures subies par la suite. Après avoir retrouvé son unité, Croak découvre l’emplacement de plusieurs mitrailleuses allemandes. Devant cette menace, il s’élance une fois de plus à l’attaque du poste ennemi, suivi de près par ses compagnons d’armes. L’attaque réussit, et ils capturent trois mitrailleuses et les soldats allemands qui les opéraient. De nouveau blessé grièvement, Croak succombe quelques minutes plus tard, après avoir posé un acte de bravoure qui est « une inspiration pour tous » (extrait du London Gazette du 24 septembre 1918, en anglais seulement). Il est enterré au cimetière britannique du bois de Hangard, près de la Somme, en France.

 

Raphael Louis Zengel

Photo noir et blanc du buste d’un soldat portant en bandoulière une ceinture pâle de sous-officier, des balles sur la poitrine.

Le sergent Raphael Louis Zengel, VC, 5e Bataillon, 1914 (a006796)

Né à Faribault, au Minnesota, le 11 novembre 1894, Raphael Louis Zengel est l’un des nombreux Américains récipiendaires de la Croix de Victoria. Enfant, il déménage avec sa mère à Plunkett, en Saskatchewan. Avant la guerre, il travaille comme ouvrier agricole. En décembre 1914, peu après le déclenchement des hostilités, Zengel s’enrôle dans le 45e Bataillon du Corps expéditionnaire canadien. Il est ensuite muté au 5e Bataillon. Le 17 octobre 1917, il est promu au grade de sergent.

Zengel obtient la Croix de Victoria pour les faits survenus le 9 août 1918, pendant la bataille d’Amiens. Alors qu’il dirige son peloton durant une attaque, il remarque une brèche sur son flanc. Zengel, sous une rafale de tirs, s’élance devant son unité et s’empare d’un poste de mitrailleuses allemand. Plus tard ce jour-là, il est atteint par un obus allemand et il perd connaissance. À son réveil, il continue de mener ses hommes. Ses « efforts pendant l’attaque étaient exceptionnels » (extrait du London Gazette du 24 septembre 1918, en anglais seulement). Malgré les blessures subies en septembre, Zengel survit à la guerre qui prend fin le jour même de son 24e anniversaire. Il est démobilisé le 24 avril 1919. Le 27 février 1977, il s’éteint à Errington, en Colombie-Britannique, à l’âge de 82 ans.

Bibliothèque et Archives Canada conserve les dossiers de service numérisés de Brereton, de Coppins, de Croak et de Zengel.


John Morden est un étudiant spécialisé en histoire de l’Université Carleton faisant un stage au sein de la Division des expositions et du contenu en ligne de Bibliothèque et Archives Canada.

Lieutenant Jean Brillant, caporal Herman James Good et caporal Harry Garnet Bedford Miner

Par John Morden

Aujourd’hui, la série Hommage aux récipiendaires canadiens de la Croix de Victoria se souvient des trois premiers soldats ayant obtenu la Croix de Victoria pendant la campagne des cent jours du Canada : Jean Brillant, Herman James Good et Harry Garnet Bedford Miner.

Lieutenant Jean Brillant

Photo noir et blanc d’un soldat en uniforme regardant directement vers l’appareil photo. Il se tient derrière deux autres hommes en uniforme dont les visages sont partiellement visibles au premier plan. On aperçoit un arbre en arrière-plan.

Lieutenant Jean (John) Brillant, VC, MC, juin 1918 (c009271)

Né le 15 mars 1890 à Assemetquaghan, au Québec, le lieutenant Jean Brillant se joint à la milice canadienne et occupe un poste de télégraphiste avant de s’enrôler dans le 189e Bataillon du Corps expéditionnaire canadien le 11 janvier 1916. Brillant est ensuite transféré au 22e Bataillon canadien-français. En mai 1918, il dirige avec succès un raid qui lui vaut la Croix militaire (MC). Au début de la bataille d’Amiens, la première grande mesure de guerre de l’offensive des Cent-Jours, Brillant se mérite la Croix de Victoria pour ses actes d’héroïsme menés du 8 au 9 août 1918, à l’extérieur de Meharicourt, en France. Pendant cette bataille, Brillant, dont la compagnie est immobilisée par une mitrailleuse, réussit à assaillir l’ennemi et à capturer l’arme allemande. Malgré ses blessures, il rassemble deux pelotons et, ensemble, ils capturent une autre position de mitrailleuse allemande. Cent cinquante soldats allemands sont capturés et quinze mitrailleuses sont saisies. Brillant subit de nouveau des blessures. Lorsqu’une pièce d’artillerie allemande attaque les unités de Brillant, ce dernier mène encore une fois ses hommes vers la position ennemie. Il est blessé pour la troisième fois et s’effondre, souffrant d’épuisement et d’une importante perte de sang. Brillant succombe à ses blessures le jour suivant, le 10 août 1918. Lisez la description de ses actes dans la London Gazette. Brillant est enterré au cimetière militaire de Villers-Bretonneux, près de Somme, en France.

Caporal Herman James Good

Photo noir et blanc d’un soldat en uniforme regardant directement vers l’appareil photo et portant un grand béret.

Caporal Herman James Good, VC, sans date (a006663)

Le caporal Herman James Good est né le 29 novembre 1887 à Bathurst, au Nouveau-Brunswick. Avant la Première Guerre mondiale, Good est fermier. Il se joint au 55e Bataillon du Corps expéditionnaire canadien le 29 juin 1915. Good est ensuite transféré au 13e Bataillon des Royal Highlanders du Canada le 15 avril 1916. Même s’il souffre d’un traumatisme dû au bombardement, il continue de servir dans l’armée jusqu’à la fin de la guerre. Le 8 août 1918, Good obtient la Croix de Victoria pour ses actions menées le premier jour de la bataille d’Amiens. Pendant cette bataille, l’unité de Good est ralentie par trois mitrailleuses allemandes. En réaction à ce problème, Good décide d’assaillir la position ennemie. Il tue plusieurs soldats allemands et capture ceux qui sont toujours en vie. Plus tard ce jour-là, Good tombe sur une batterie d’artillerie allemande. En compagnie de trois autres hommes, il capture les artilleurs et leurs armes. Good survit à la guerre et ne décède qu’à l’âge de 81 ans, le 18 avril 1969, dans sa ville natale de Bathurst.

Caporal Harry Garnet Bedford Miner

Photo noir et blanc d’un soldat en uniforme assis sur une chaise, les mains croisées, regardant vers l’appareil photo.

Caporal Harry Garnet Bedford Miner, VC, sans date. Source : Direction – Histoire et patrimoine (http://www.cmp-cpm.forces.gc.ca/dhh-dhp/index-fra.asp)

Né le 24 juin 1891 à Cedar Springs, en Ontario, le caporal Harry Garnet Bedford Miner travaille comme fermier avant le déclenchement de la guerre à l’été 1914. En novembre 1915, Miner se joint au 142e Bataillon du Corps expéditionnaire canadien. Il est ensuite transféré au 58e Bataillon, unité dans laquelle il se trouvera jusqu’à la fin de son service. Miner obtient la Croix de guerre française en 1917 pour ses actions lors d’une mission menée à partir de Lens, en France. Les actes de Miner sur le champ de bataille le 8 août 1918 lui valent la Croix de Victoria. Ce jour-là, malgré une blessure grave, Miner attaque et capture un nid de mitrailleuses allemandes, tue les soldats qui s’y trouvent et commence à tirer sur l’ennemi. Plus tard, avec deux autres hommes, il capture une autre position de mitrailleuse allemande ainsi qu’un poste de bombardement. Malheureusement, Miner succombe à ses blessures au cours de la journée. Miner est enterré au cimetière britannique de Crouy, près de Somme, en France.

Bibliothèque et Archives Canada possède les dossiers de service complets du lieutenant Jean Brillant, du caporal Herman James Good et du caporal Harry Garnet Bedford Miner. Trouvez les membres de votre famille ayant combattu pendant la Première Guerre mondiale en consultant la base de données des dossiers du personnel de la Première Guerre mondiale.


John Morden est un étudiant émérite en histoire de l’Université Carleton faisant un stage au sein de la Division des expositions et du contenu en ligne de Bibliothèque et Archives Canada. 

Le chemin vers la paix : les cent jours du Canada

Par Emily Monks-Leeson

Après des années de guerre de tranchées statique, les Alliés ont pu, grâce à leur offensive des cent derniers jours de la Première Guerre mondiale, traverser la ligne de tranchées pour forcer les belligérants à combattre en terrain découvert. Une rapide série de victoires des Alliés a enfin permis de repousser les Allemands hors de la France, derrière la Ligne Hindenburg, menant à l’armistice du 11 novembre 1918.

À la suite de sa victoire à la crête de Vimy, le Corps canadien ne perd aucune autre opération offensive importante durant la Première Guerre mondiale. Les soldats, ayant mérité leur réputation de « troupes de choc », sont envoyés dans les combats les plus difficiles. Comme le premier ministre britannique David Lloyd George l’écrit plus tard dans ses mémoires : « Les Allemands se préparaient au pire dès l’arrivée du Corps canadien. » De fait, entre le 8 août et le 11 novembre 1918, les quatre divisions canadiennes, composées d’environ 100 000 hommes, mènent à la défaite ou au retrait de 47 divisions allemandes, soit le quart des forces de combat de l’Allemagne au front occidental. Les Canadiens se battent à Amiens, à Arras, à la Ligne Hindenburg, au Canal du Nord, à Bois de Bourlon, à Cambrai, à Denain et à Valenciennes. Ces batailles, qui jouent un rôle central dans la défaite de l’armée allemande, seront connues sous le nom des « cent jours du Canada ». Pendant le dernier mois de la guerre, du 10 au 11 novembre 1918, les troupes canadiennes poursuivent les forces allemandes sur plus de 70 kilomètres dans une série de combats prenant fin à Mons, en Belgique. L’emplacement de cette dernière bataille est hautement symbolique pour les Alliés. En effet, c’est à Mons que les Anglais ont combattu les Allemands pour la première fois le 23 août 1914.

Photo noir et blanc montrant un large groupe de soldats allemands rassemblés entre un village et une rivière ou un canal. Les bâtiments à l’arrière-plan sont en bonne partie détruits.

Des prisonniers allemands capturés par les Canadiens à la suite de la bataille d’Amiens, août 1918 (a002858)

Bien que le succès des Canadiens ait été largement reconnu, il a mené à des pertes importantes : 20 % des hommes canadiens tombés au combat ont perdu la vie au cours de ces 100 derniers jours. Les décès et les victoires sur le champ de bataille des cent jours du Canada sont honorés aux monuments commémoratifs de Le Quesnel, de Dury et de Bois de Bourlon. La libération de Mons par le Canada est soulignée par une plaque installée à l’hôtel de ville de Mons.

Photo noir et blanc de brancardiers et de personnel médical s’occupant de soldats blessés alors que d’autres soldats sont debout en arrière-plan.

Des blessés arrivent à une infirmerie de campagne canadienne, bataille d’Amiens, août 1918 (a002930)

Pendant les cent jours du Canada, trente soldats canadiens obtiennent la Croix de Victoria, décoration militaire la plus prestigieuse du Commonwealth reconnaissant la bravoure devant l’ennemi. La série Centenaire de la Première Guerre mondiale – hommage aux récipiendaires canadiens de la Croix de Victoria du blogue de Bibliothèque et Archives Canada rend hommage aux récipiendaires de la Croix de Victoria. Chacun d’entre eux sera honoré au cours des 100 prochains jours, soit jusqu’au 11 novembre, jour de l’Armistice.


Emily Monks-Leeson est archiviste pour le service des Opérations numériques à Bibliothèque et Archives Canada.

Arthur D’Orr LePan, le camp Kosciuszko et l’Armée polonaise en France

Par Catherine Butler

La Pologne à la veille de la guerre

À l’aube de la Première Guerre mondiale, la Pologne, en tant que pays indépendant, est absente de la carte de l’Europe depuis près de 120 ans. La Russie, l’Empire austro-hongrois et la Prusse (plus tard intégrée à l’Allemagne unifiée) se sont en effet partagé son territoire à la fin du XVIIIe siècle. Les terres de la Pologne sont morcelées et absorbées par ces trois puissants empires, dans lesquels son peuple se trouve éparpillé.

Lors du siècle qui suit cette partition, laquelle transforme en profondeur la réalité sociopolitique, des millions de Polonais immigrent en Amérique du Nord. Au début de la Première Guerre mondiale, des centaines de milliers de ressortissants polonais vivent au Canada, et près de quatre millions sont aux États-Unis. Parmi cette vaste diaspora, d’innombrables Américains et Canadiens d’origine polonaise brûlent d’envie de combattre au sein des forces alliées afin de libérer leur patrie.

Après une série de rencontres entre les représentants du gouvernement de sir Robert Borden et des délégations polonaises provenant des États-Unis, le Canada, avec l’accord du Royaume-Uni, accepte de former des Polonais vivant en Amérique du Nord pour en faire des officiers. Recrutés au Canada et aux États-Unis, ces officiers seront envoyés en France pour se joindre à l’armée polonaise, qui finance leur entraînement. Celui-ci débute tôt en 1917, mais le camp officiellement assigné à l’Armée polonaise à Niagara-on-the-Lake (Ontario) n’ouvre qu’en septembre de la même année. C’est le colonel Arthur D’Orr LePan qui est nommé commandant de ce qui finira par être appelé le camp Kosciuszko.

Photographie en noir et blanc d’un champ où un groupe d’officiers, à l’avant-plan, suivent leur commandant tandis que d’autres officiers en ligne sont au garde-à-vous, à l’arrière-plan.

Recrues au camp militaire polonais à Niagara, en Ontario, le 8 novembre 1917 (a071288)

Les journaux du colonel LePan

Le colonel A. D. LePan est né à Owen Sound, en Ontario, en 1885 et a étudié à l’Université de Toronto. Il sert dans l’Armée canadienne de 1915 à 1919, notamment comme commandant du camp jusqu’à sa fermeture en mars 1919. Sa participation à la formation des officiers polonais commence en janvier 1917, avec l’arrivée de 23 volontaires américains à l’École d’infanterie de Toronto. En tant que commandant du camp Kosciuszko, le colonel LePan supervise la formation de plus de 20 000 recrues des États-Unis et du Canada avant qu’elles ne soient déployées en France entre septembre 1917 et mars 1919.

Le quotidien du colonel LePan au camp Kosciuszko est décrit en grande partie dans les journaux personnels qu’il a tenus pendant son mandat. Ces journaux ont été donnés à Bibliothèque et Archives Canada par son fils, Douglas V. LePan, en 1977. Les écrits du colonel LePan offrent une perspective intéressante sur ce pan fascinant de l’histoire canadienne.

En plus des listes du personnel du camp, on trouve dans ses journaux des renseignements sur l’entraînement et les mouvements des troupes, des répertoires de soldats décédés en France, y compris le lieu et la cause de leur mort, ainsi qu’un plan des lots de soldats polonais au cimetière de l’église St. Vincent de Paul à Niagara-on-the-Lake. Le colonel a également conservé une copie du télégramme autorisant l’établissement du camp polonais.

On y trouve aussi les notes d’une allocution prononcée en mars 1919 par le colonel LePan lors d’un banquet à Buffalo, dans l’État de New York, sur la fermeture du camp. Il y démontre à quel point la coopération entre la France, le Canada, les États-Unis et la Commission militaire polonaise a été essentielle non seulement au succès du camp, mais surtout à la renaissance d’un État polonais indépendant.

« On imagine facilement les riches associations internationales qu’il pouvait y avoir au camp […] Il n’était pas rare que dans un rassemblement d’officiers, on trouve des Polonais, des Français, des Américains et des Canadiens. Dans tous les cas, ces officiers avaient tiré de leur environnement et de leur éducation des idées et des idéaux différents. Ils n’en collaboraient pas moins, mus par ce désir suprême de faire de ce nouveau camp un facteur aussi influent que possible, à la fois pour rétablir l’État polonais et pour libérer le monde d’une oppression dont les Polonais avaient entendu parler comme nous, mais qu’ils avaient aussi éprouvée dans leur âme et dans leur chair. » [traduction]

Pour en savoir plus

Le Niagara Historical Society and Museum présente jusqu’en novembre 2018 une exposition intitulée Camp Kosciuszko: The Polish Army at Niagara Camp, 1917-1919 (en anglais). L’objectif de cette exposition, en cours depuis novembre 2017, est de souligner le centenaire de l’ouverture du camp Kosciuszko. Des milliers de Canadiens et d’Américains d’origine polonaise y ont été formés avant d’être envoyés en Europe pour se battre dans l’espoir de libérer leur patrie après 123 années d’occupation.


Catherine Butler est une archiviste de référence aux Services au public de Bibliothèque et Archives Canada.

Les infirmières militaires décédées en service pendant la Première Guerre mondiale, deuxième partie

Par Alex Comber

Les infirmières militaires du Canada devaient s’acquitter de leurs tâches dans des circonstances pénibles et dangereuses. Quelque 40 infirmières membres du Corps expéditionnaire canadien (CEC) sont mortes à la Première Guerre mondiale de maladies contractées durant leur service actif. D’autres sont décédées après l’Armistice de maladies attribuables à ce service. Ce qui a toutefois révolté le plus les Canadiens, c’est le sort des 21 infirmières tuées directement par l’ennemi. Le présent billet décrit brièvement ces événements et aide les lecteurs à explorer une sélection d’archives sur les infirmières militaires.

Photo noir et blanc d’un cortège funèbre de soldats et d’infirmières militaires marchant derrière un chariot-brancard sur lequel est déposé un cercueil drapé d’un drapeau, au milieu d’un grand cimetière hérissé de croix tombales temporaires.

Les funérailles de l’infirmière militaire G.M.M. Wake, qui a succombé à ses blessures à la suite d’un raid aérien allemand sur l’hôpital où elle travaillait,  (a002562)

Les infirmières militaires servaient dans les hôpitaux du Corps médical de l’armée canadienne (CMAC) et les postes d’évacuation sanitaire, et dans d’autres installations censées être hors de portée de l’artillerie ennemie. Cependant, l’introduction d’une artillerie de précision à longue portée et de nouvelles techniques, comme les guerres aérienne et sous-marine, exposent directement ces femmes au feu de l’ennemi. Plusieurs fois, à compter de mai 1918, des infirmières sont tuées dans l’exercice de leurs fonctions lors d’attaques ennemies. Au Canada, les médias s’empressent d’exploiter ces terribles événements pour mousser la propagande en faveur de l’effort de guerre et promouvoir de nouvelles campagnes de recrutement.

Affiche couleur représentant un soldat en uniforme avec « Canada » brodé sur une épaulette, qui soutient dans la mer une infirmière militaire inconsciente, habillée d’un tablier arborant une grande croix rouge. Le soldat lève le poing en signe de colère contre un sous-marin allemand, sur lequel des marins semblent tirer dans d’autres directions. Une bouée de sauvetage portant l’inscription « Llandovery Castle » flotte tout près. On peut lire « VICTORY BONDS WILL HELP STOP THIS » dans le haut de l’affiche et « Kultur vs. Humanity », dans le bas de celle-ci.

Affiche d’obligations de la Victoire illustrant de manière saisissante les suites du naufrage du navire-hôpital Llandovery Castle (e010697267)

En mai 1918, deux hôpitaux canadiens sont bombardés par l’aviation allemande. Katherine Macdonald, de Brantford, en Ontario, devient la première infirmière militaire canadienne à périr aux mains de l’ennemi pendant la Grande Guerre, lors du bombardement par un avion allemand de l’Hôpital général canadien no 1 situé à Étaples, en France, le 19 mai 1918. Deux de ses collègues blessées meurent peu après.

Photo noir et blanc d’infirmières militaires et de soldats en uniforme dégageant les débris d’un hôpital endommagé.

Vue de l’Hôpital général canadien no 1, à Étaples, en France, après le bombardement qui a coûté la vie à trois infirmières militaires canadiennes, (a003747)

Des photographes officiels ont capté les scènes de dévastation et les sinistres cortèges funèbres derrière les cercueils d’infirmières et d’autres membres du personnel médical et de patients tués lors des raids. À la fin du mois, l’Hôpital militaire fixe canadien no 3, à Doullens, en France, est à son tour bombardé. Trois autres infirmières meurent. Deux d’entre elles, les infirmières Agnes MacPherson et Eden Pringle sont tuées ainsi que des médecins, des préposés aux soins médicaux et un patient lors d’une intervention chirurgicale.

Photo noir et blanc de soldats en uniforme travaillant au milieu des décombres d’un grand bâtiment de briques lourdement endommagé par un bombardement.

Scène après le bombardement de l’Hôpital militaire fixe canadien no 3 à Doullens, en France, dans lequel trois infirmières militaires canadiennes ont trouvé la mort,  (a003746)

Moins d’un mois plus tard, le 27 juin, au large de la côte méridionale d’Irlande, le sous-marin allemand U-86 torpille le navire-hôpital canadien Llandovery Castle, qui rentre en Angleterre avec seulement du personnel médical à bord. Cet ancien paquebot naviguait de nuit avec des feux spéciaux pour illuminer sa coque blanche et ses grandes croix rouges distinctives, signes manifestes d’un navire-hôpital et donc, d’une cible interdite à tout belligérant. Après avoir été frappé, le navire gîte dangereusement, ce qui gêne la mise à l’eau des bateaux de sauvetage. Un grand nombre d’infirmières dormaient au moment de l’impact, et elles ont du mal à évacuer le navire en train de sombrer. Tout le groupe d’infirmières monte à bord d’un bateau de sauvetage en compagnie du sergent Arthur Knight, du CMAC. Tragiquement, le tourbillon causé par la violence du naufrage engloutit leur bateau. Seul Knight réussit tant bien que mal à gagner un autre bateau de sauvetage.

Photo noir et blanc d’un patient en uniforme de convalescence allongé sur un lit d’hôpital.

Le sergent A. Knight, du Corps médical de l’armée canadienne, se rétablit sur un lit d’hôpital après le naufrage du NHSM Llandovery Castle, (a007471)

Les agissements de l’équipage du sous-marin ont aggravé cette tragédie. Des survivants ont témoigné avoir vu le sous-marin poursuivre des bateaux de sauvetage et tirer sur leurs occupants, tuant encore plus de membres d’équipage et de personnel médical. Un seul bateau a pu échapper aux événements de la nuit. Les corps des 14 infirmières militaires n’ont jamais été retrouvés, et aujourd’hui, le monument commémoratif de Halifax rend hommage à ces femmes courageuses. Des documents contenus dans leurs dossiers de service militaire révèlent que certaines infirmières, par exemple Christina Campbell, de Victoria, en Colombie-Britannique, étaient des infirmières d’expérience qui avaient été soignées auparavant pour des problèmes de neurasthénie (choc consécutif à un bombardement), de débilité nerveuse, d’insomnie et d’épuisement général à la suite de leur service près des lignes de front.

Portrait noir et blanc de studio d’une infirmière militaire en uniforme coiffée d’un chapeau, s’appuyant contre une table.

L’infirmière militaire Christina Campbell, qui a péri avec le reste du contingent d’infirmières dans le torpillage du Llandovery Castle le 27 juin 1918 (a008112)

Canada ainsi que des inscriptions dans les Livres du Souvenir qu’abrite la Tour de la Paix, à Ottawa, rendent hommage aux infirmières de la Première Guerre mondiale qui ont perdu la vie au service du Canada en soignant les blessés.

Découvrez la vie des infirmières militaires canadiennes de la Première Guerre mondiale

Grâce à la numérisation des dossiers de service du Corps expéditionnaire canadien (CEC), les visiteurs du site Web de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) peuvent consulter rapidement et facilement une mine de renseignements généalogiques et historiques, et se faire une idée par eux-mêmes du service de ces femmes et de tous les membres du CEC durant la Première Guerre mondiale. Les liens ci-dessous vous permettront de consulter les dossiers de service récemment rendus accessibles en ligne. Ils s’accompagnent, le cas échéant, du lien vers les registres de circonstances du décès.

Tableau d’honneur : infirmières militaires du CMAC tuées par l’ennemi durant la Première Guerre mondiale

Hôpital général canadien no 1, Étaples, France, bombardé le 19 mai 1918

Hôpital militaire fixe canadien no 3, Doullens, France, bombardé le 30 mai 1918

Navire-hôpital de Sa Majesté Llandovery Castle, coulé le 27 juin 1918

Navire de la poste royale Leinster, coulé le 10 octobre 1918

  • Henrietta Mellett, de London, en Ontario, est décédée en mer le 10 octobre 1918 lors du naufrage du NPR Leinster alors qu’elle retournait à l’Hôpital général canadien no 15 au terme d’une permission militaire. Infirmière militaire d’expérience, elle avait auparavant servi avec la Croix-Rouge en France, en Égypte et en Angleterre. Elle a péri avec plus de 500 autres passagers en mer d’Irlande lors du torpillage du Leinster par le sous-marin allemand UB-123.

Ressources connexes

En avril dernier, Bibliothèque et Archives Canada a lancé le nouvel outil de collaboration Co-Lab qui vous permet de contribuer en transcrivant, étiquetant et interagissant avec des documents historiques. Voici maintenant un nouveau défi, où l’on met en lumière les dossiers personnels de quelques-unes des infirmières militaires ayant servi lors de la Première Guerre mondiale. Commencez dès maintenant!


Alex Comber est un archiviste militaire au sein de la Division des archives gouvernementales.

 

Première partie : Les infirmières militaires du Corps médical de l’armée canadienne (CMAC) pendant la Première Guerre mondiale

Par Laura Brown

Alice Isaacson, 41 ans, a déjà une feuille de route bien remplie lorsqu’elle se joint au Corps médical de l’armée canadienne (CMAC) du Corps expéditionnaire canadien (CEC) en 1916. Née en Irlande et formée aux États-Unis, Alice possède alors huit années d’expérience comme infirmière surveillante et une année de service à l’Hôpital général n° 23 de la British Expeditionary Force (BEF) à Étaples, en France. Une lettre de recommandation rédigée par un médecin militaire, vraisemblablement en vue de sa mutation du BEF au CEC, la décrit comme une personne « compétente, dynamique et fiable », qui ne se laisse pas intimider par l’ampleur d’une tâche. Il lui est arrivé de veiller presque seule sur 120 patients gravement malades. L’une des rares choses qu’elle ne sait faire, c’est d’aller à vélo, une lacune qu’elle cherchera à combler avec détermination avant son retour au bercail, à la fin de la guerre.

Alice tient plusieurs journaux personnels pendant son service outre-mer, y compris pendant ses affectations en France, à l’Hôpital général canadien n° 2 à Le Tréport et à l’Hôpital général canadien n° 6 à Troyes. Ses écrits et son album photo particulièrement révélateur font maintenant partie de son fonds, conservé à Bibliothèque et Archives Canada (BAC). Ces documents ainsi que d’autres collections privées et gouvernementales, dont le fonds du ministère de la Défense nationale, sont quelques exemples des précieuses ressources archivistiques de BAC qui documentent l’histoire militaire des femmes au Canada.

Photo noir et blanc d’hommes et de femmes en uniforme faisant du vélo. Les femmes sont vêtues d’uniformes de couleur pâle avec des ceintures foncées et des chapeaux alors que les hommes portent des uniformes militaires et des chapeaux. Ils pédalent le long d’une route bordée à gauche par un grand mur de briques. Un grand bâtiment aux façades fenêtrées est bien visible à l’arrière-plan. La légende « Cycle Parade » (Défilé à vélo) est inscrite au bas de l’image.

Membres du personnel à vélo, Hôpital général canadien n° 6, Troyes (France), le 2 juin 1917. Album photo d’Alice E. Isaacson, R11203-01-E (e002283123)

Seules quelques infirmières font partie du Corps médical de l’armée canadienne en 1914, au début de la Première Guerre mondiale. Leur nombre augmente toutefois rapidement, puisque les infirmières civiles sont impatientes de mettre à profit leurs compétences dans un contexte militaire. En tout, plus de 3 000 infirmières se joignent au CMAC, y compris 2 504 dans des régions d’outre-mer, soit en Angleterre, en France, ainsi qu’en Méditerranée orientale (dans la péninsule de Gallipoli, à Alexandrie et à Salonique).

La pratique des soins infirmiers est la seule porte d’entrée offerte aux femmes voulant servir sous le drapeau pendant la Première Guerre mondiale. Pour s’enrôler, une infirmière doit être célibataire, sujet britannique (ce qui est le cas des Canadiens à cette époque) et en bonne santé; son âge doit se situer entre 21 et 38 ans, et elle doit être diplômée d’une école de sciences infirmières reconnue. Si elles sont acceptées, les recrues sont nommées officiers avec le grade de lieutenant, un fait notable puisque le Canada est alors le seul pays du monde à considérer les infirmières comme des officiers. Les infirmières canadiennes portent le titre traditionnel d’infirmières militaires et elles profitent de plusieurs avantages liés à leur poste, dont un bon salaire et des congés. Toutes les infirmières relèvent de l’infirmière en chef de leur service, surnommée la matrone en chef. Margaret Macdonald, du CMAC, obtient ce titre, ce qui fait d’elle la première femme à être élevée au grade de major dans tout l’Empire britannique.

Photo noir et blanc d’infirmières militaires portant des tabliers et des voiles blancs, soignant de nombreux patients dans une tente. Une des infirmières est assise sur une chaise, les pieds et les mains croisés, fixant l’appareil photo. Les deux autres infirmières sont debout, en train de panser les blessures de soldats. Les patients sont pour la plupart vêtus en civil, mais certains sont en uniforme. Du matériel médical, dont des pansements et des seaux, est visible au premier plan et au centre de la photo.

Infirmières militaires soignant des soldats dans une tente de campagne de l’Hôpital général canadien n° 7 à Étaples, en France, vers 1917. Collection W. L. Kidd (e002712847)

Les infirmières sont exposées à bon nombre d’expériences militaires qui contrastent avec leur travail au civil : dormir sous la tente, changer d’affectations à court préavis ou s’accommoder de matériel limité. Elles doivent pouvoir improviser et s’adapter à des circonstances changeantes, que ce soit une journée tranquille à l’infirmerie suivie le lendemain d’un déferlement de patients qui entrent et sortent. Ces femmes voient directement le genre de blessures corporelles qu’infligent les nouvelles armes de cette guerre moderne, que ce soit les shrapnels ou les gaz toxiques, et elles sont témoins de pertes humaines d’une ampleur que peu auraient pu soupçonner au moment de leur enrôlement.

Il est interdit aux infirmières de servir dans les tranchées. Si la plupart d’entre elles sont affectées loin des lignes de front, dans des hôpitaux généraux ou des centres pour convalescents, certaines se retrouvent toutefois plus près du feu de l’ennemi. Alice Isaacson évoque en septembre 1917 les affectations convoitées dans les postes d’évacuation sanitaire (les unités avancées situées le long des routes d’évacuation entre les lignes de front et les hôpitaux) dans son journal alors qu’elle est en poste à l’Hôpital général canadien n° 2 : « Quel après-midi excitant aujourd’hui! […] Les IM Jean Johnston, S.P. Johnson et Riddle se rendront au poste d’évacuation sanitaire demain matin! Les IM Hally et Villeneuve sont chagrinées à l’idée de rester ici. Mais nous sommes toutes ravies que ces infirmières militaires puissent enfin avoir la chance d’aller travailler dans ce poste. » [traduction]

Photo noir et blanc de trois personnes assises sur les marches d’une baraque en bois. Deux hommes portant des chemises légères et des pantalons dont le bas est roulé sont assis de chaque côté d’une infirmière en uniforme. Tous sourient pour la photo.

L’infirmière Lillias Morden avec des patients à l’extérieur d’une baraque médicale de l’Hôpital général canadien n° 2 à Le Tréport, en France, 1917. Album photo d’Alice E. Isaacson, R11203-01-E. (e007150684)

Les infirmières contribuent largement à l’effort de guerre en soignant les soldats malades et blessés, une tâche qui se prolonge après l’armistice du 11 novembre 1918. La pandémie de « grippe espagnole » qui éclate à la fin de la guerre et se propage dans les camps militaires occupe énormément les infirmières. Près de 1 500 infirmières militaires servent toujours dans le CMAC au milieu de l’année 1919. Lillias Morden, une infirmière de Hamilton, en Ontario, en fait partie. Elle se joint au CMAC en 1916, sert en Angleterre et en France, et contribue aux efforts de démobilisation à la fin de la guerre. Morden ne quittera son poste militaire qu’en novembre 1920.

Alors que des infirmières comme Alice Isaacson et Lillias Morden reviennent au Canada après la Première Guerre mondiale, d’autres n’auront pas cette chance. La deuxième partie de ce billet de blogue portera sur les conditions parfois dangereuses dans lesquelles travaillaient les infirmières militaires en temps de guerre, alors que certaines y feront le sacrifice de leur vie.

Ressources connexes

En avril dernier, Bibliothèque et Archives Canada a lancé le nouvel outil de collaboration Co-Lab qui vous permet de contribuer en transcrivant, étiquetant et interagissant avec des documents historiques. Voici maintenant un nouveau défi, où l’on met en lumière les dossiers personnels de quelques-unes des infirmières militaires ayant servi lors de la Première Guerre mondiale. Commencez dès maintenant!


Laura Brown est une archiviste des affaires militaires au sein de la Division des archives gouvernementales.

Joseph Thomas Kaeble, VC

Par John Morden

Cette semaine, nous rendons hommage dans notre blogue au caporal Thomas Kaeble, récipiendaire de la Croix de Victoria pour les gestes de bravoure qu’il a posés sur le champ de bataille il y a 100 ans, les 8 et 9 juin 1918.

Joseph Thomas Kaeble naît le 5 mai 1893 à Saint-Moïse, au Québec. Il est mécanicien lorsqu’éclate la Première Guerre mondiale. Le 20 mars 1916, il s’enrôle auprès du 189e Bataillon du Corps expéditionnaire canadien. Le 12 novembre de la même année, il est transféré au 22e Bataillon canadien-français. Quelques mois plus tard, en avril 1917, il est blessé et hospitalisé, mais obtient rapidement son congé le mois suivant. C’est lors de son séjour à l’hôpital qu’il est promu au rang de caporal.

Photo noir et blanc d’un soldat en uniforme

Joseph Kaeble, sans date. Source : Direction de l’histoire et du patrimoine

Kaeble reçoit la Croix de Victoria en reconnaissance de son rôle pendant l’offensive du printemps 1918, le dernier effort déployé par l’Allemagne sur le front occidental. Le soir du 8 juin 1918, alors que le 22e Bataillon est posté près de Neuville-Vitasse, en France, l’armée allemande mène un raid contre les lignes canadiennes. L’attaque est précédée d’un bombardement intense qui surprend les Canadiens. Une vague de 50 soldats allemands s’approche de la position de Kaeble, dont la majorité des frères d’armes ont été blessés par les bombes. Ce dernier enjambe le parapet et, armé d’une mitrailleuse Lewis, repousse à lui seul la charge ennemie. Atteint par plusieurs tirs, il réussit néanmoins à tenir les Allemands à distance avant de retomber dans sa tranchée, gravement blessé. Gisant au sol, il aurait dit aux autres soldats : « Tenez bon, les gars! Ne les laissez pas passer! Il faut les arrêter! » [Traduction] (London Gazette, supplément 30903, 16 septembre 1918)

Kaeble souffre de fractures ouvertes aux jambes et aux bras; il a aussi des fractures à la main et au cou. Mais son courage n’aura pas été vain, puisque le 22e Bataillon repousse finalement le raid allemand.

Rapport dactylographié décrivant les événements survenus pendant la nuit du 8 au 9 juin 1918.

Rapport tiré du journal de guerre du 22e Bataillon d’infanterie du Canada décrivant les actions menées les 8 et 9 juin 1918. (e000963629)

Cette bravoure aura toutefois un prix : le jour suivant, le 9 juin 1918, le caporal Kaeble succombe à ses blessures. Il sera le premier Franco-Canadien à recevoir la Croix de Victoria. On lui décernera aussi la Médaille militaire pour ses actes de bravoure en sol français.

Photo couleur d’une pierre tombale devant laquelle quelques plantes commencent à pousser. On voit d’autres pierres tombales à l’arrière-plan.

La pierre tombale de Kaeble, à Wanquetin (France). Source : Wikimedia Commons. Photo : Wernervc

Le Canada n’a pas oublié l’héritage de Kaeble. On peut admirer un buste érigé en son honneur au monument aux Valeureux, avec les bustes d’autres soldats décorés. Depuis novembre 2012, un nouveau patrouilleur de la Garde côtière canadienne porte également son nom : le NGCC Caporal Kaeble V.C. (en anglais).

Bibliothèque et Archives Canada conserve le dossier de service numérisé du caporal Joseph Kaeble.


John Morden est étudiant émérite en histoire à l’Université Carleton et stagiaire à la Division des expositions et du contenu en ligne de Bibliothèque et Archives Canada.