Sergent Frederick Hobson et major Okill Massey Learmonth, VC

Par Emily Monks-Leeson

Dans le blogue d’aujourd’hui de la série Centenaire de la Première Guerre mondiale – hommage aux récipiendaires canadiens de la Croix de Victoria, nous soulignons les actes de bravoure de deux soldats canadiens lors de la bataille de la côte 70, près de Lens, en France, le 18 août 1917.

Le sergent Frederick Hobson, VC, un ancien combattant de la guerre des Boers, en Afrique du Sud (1899-1902), vit à Galt, en Ontario, lorsque le recrutement commence pour le Corps expéditionnaire canadien. Né en 1873, le sergent Hobson déclare plutôt 1875 comme son année de naissance pour pouvoir s’enrôler.

Le 18 août 1917, la compagnie du 20e bataillon du sergent Hobson refoule une forte contre-attaque allemande sur la côte 70. Après que l’explosion d’un obus d’artillerie a enseveli une mitrailleuse Lewis dans un poste avancé et tué la majorité des membres de son détachement, le sergent Hobson quitte sa tranchée, déterre la mitrailleuse et la retourne contre l’infanterie allemande qui s’avance vers son poste. Sa citation pour la Croix de Victoria indique que lorsque la mitrailleuse s’enraye, le sergent Hobson, blessé, « laisse à l’artilleur le soin de régler le problème et s’avance seul vers l’ennemi, malgré ses blessures. Avec sa baïonnette et la crosse de son fusil, il parvient à tenir les attaquants à distance jusqu’à ce qu’il soit tué par une balle de fusil. Entre-temps, la mitrailleuse a été remise en marche et, peu après, l’arrivée de renforts permet de repousser l’ennemi ». (The London Gazette, no 30338, 17 octobre 1917)

Description dactylographiée des événements de la journée, y compris une description des actions du sergent Frederick Hobson.

Journal de guerre du 20e bataillon d’infanterie du Canada, daté du 18 août 1917, page 20 (MIKAN 205918)

Le corps du soldat Frederick Hobson n’a jamais été retrouvé. On lui rend hommage, ainsi qu’aux autres 11 000 soldats canadiens, au Monument de Vimy, en France.

Le major Okill Massey Learmonth, VC, naît à Québec en 1894. Le 18 août 1917, il sert en tant que major intérimaire avec le 2e bataillon (Eastern Ontario Regiment) sur la côte 70, près de Lens, en France. Après qu’une contre-attaque allemande lancée contre leurs positions nouvellement consolidées a surpris la compagnie du major Learmonth, ce dernier lance l’attaque et, selon sa citation dans The London Gazette, élimine personnellement les attaquants. Essuyant des bombardements intensifs et malgré une blessure grave, le major Learmonth se tient debout sur le parapet de sa tranchée et lance des grenades contre l’avancée des Allemands tout en dirigeant la défense de la position de ses hommes. La citation du major Learmonth pour la Croix de Victoria indique qu’il « se saisit des grenades qui lui sont lancées et les renvoie à l’ennemi », et qu’il « refuse d’être transporté derrière les lignes » après avoir été blessé. Il meurt plus tard le même jour dans un hôpital de campagne.

Une photographie en noir et blanc de deux jeunes hommes assis dans un camp qui consultent des cartes. Derrière eux, on voit plusieurs tentes.

Le major Okill Massey Learmonth (à droite), en compagnie d’un soldat non identifié (MIKAN 3191993)

Description dactylographiée des événements de la journée. Elle indique que le major Learmonth et un autre officier sont décédés des suites de leurs blessures.

Journal de guerre du 2e bataillon d’infanterie du Canada, daté du 18 août 1917, page 7 (MIKAN 2005884)

Le major Okill Massey Learmonth est enterré au cimetière communal de Nœux-les-Mines, en France. La rue Learmonth dans sa ville natale de Québec est nommée en son honneur.

Bibliothèque et Archives Canada détient les dossiers de service du sergent Frederick Hobson et du major Okill Massey Learmonth.


Emily Monks-Leeson est archiviste pour le service des Opérations numériques à Bibliothèque et Archives Canada.

Soldat Harry W. Brown, VC

Par Emily Monks-Leeson

Dans sa série de blogues Centenaire de la Première Guerre mondiale : hommage aux récipiendaires canadiens de la Croix de Victoria, Bibliothèque et Archives Canada se souvient aujourd’hui du soldat Harry Brown, décoré de la Croix de Victoria pour ses actes de bravoure pendant la bataille de la côte 70, près de Lens, en France, le 16 août 1917.

Né le 10 mai 1898, Harry Brown était fermier à Gananoque, en Ontario. Le 18 août 1916, il s’enrôle à London, en Ontario, dans le régiment de dépôt des Fusiliers canadiens à cheval au sein du Corps expéditionnaire canadien. À son arrivée en Angleterre, Brown est transféré au 10e bataillon. Le 16 août 1917, il sert dans ce bataillon ayant pris position à proximité de la côte 70 près de Lens, en France, où son unité se bat pour repousser les contrattaques répétées des Allemands. Toutes les communications avec les positions arrières ont été coupées, et le flanc droit de la compagnie est exposé. Brown et un autre soldat sont chargés de traverser les lignes ennemies pour rejoindre le quartier général du bataillon et apporter un message réclamant désespérément des renforts. Progressant sous un intense barrage d’artillerie et de tirs de fusils, Brown est grièvement blessé au bras et son compagnon d’armes est tué. Malgré cela, comme le raconte sa citation dans The London Gazette, Brown :

… poursuivit sa route sous un tir de barrage intense jusqu’à ce qu’il atteigne les troupes de soutien et trouve un officier. Il était tellement épuisé qu’il déboula les marches de la tranchée, mais demeura conscient assez longtemps pour remettre son message, en disant : « Message important ». Il perdit ensuite connaissance et mourut dans le poste de secours quelques heures plus tard. [traduction]

The London Gazette, no 30338, 17 octobre 1917

Une liste dactylographiée d’hommes ayant joué un rôle important dans la bataille de la côte 70.

Une page du journal de guerre du 10e bataillon d’infanterie canadien décrivant les hommes qui ont rendu un service important et exceptionnel, y compris le soldat Harry W. Brown; extrait de l’annexe 29, page 5 (MIKAN 2005896)

Grâce à son courage et à sa détermination, Brown a livré son message et des renforts ont été envoyés. Il est reconnu pour avoir sauvé à la fois la position de son unité sur la côte 70 et la vie d’un grand nombre de ses compagnons d’armes. Le soldat Harry Brown a été décoré de la Croix de Victoria à titre posthume. Il est inhumé en France, dans le cimetière communal de Nœux-les-Mines, près des villes de Lens et de Béthune.

Bibliothèque et Archives Canada détient le dossier de service du soldat Harry Brown.

Ressources connexes


Emily Monks-Leeson est archiviste pour le service des Opérations numériques à Bibliothèque et Archives Canada.

Soldat Michael James O’Rourke, VC

Par Emily Monks-Leeson

En ce 100e anniversaire du premier jour de la bataille de la côte 70 en France, durant la Première Guerre mondiale, voici le portrait d’un récipiendaire de la Croix de Victoria (VC), le soldat Michael James O’Rourke.

Né à Limerick, en Irlande, et résident de la Colombie-Britannique, Michael O’Rourke est un brancardier de 39 ans servant dans le 7e bataillon d’infanterie (1er bataillon de Colombie-Britannique). Pendant trois jours, du 15 au 17 août 1917, le soldat O’Rourke travaille sans relâche à transporter les blessés en lieu sûr alors que le Corps canadien livre bataille pour capturer et tenir la côte 70. Malgré d’intenses bombardements et tirs de fusils allemands, le soldat O’Rourke réussit à se rendre près des soldats blessés, à panser leurs plaies et à leur donner à boire et à manger jusqu’à ce qu’ils puissent être transportés à l’abri du danger.

Sa citation pour la Croix de Victoria se lit comme suit [traduction] :

Durant toute cette période, le secteur où il travaille est la cible d’intenses bombardements et elle est balayée par les tirs nourris des fusils et des mitrailleuses. À plusieurs reprises, il est renversé et partiellement enseveli par les retombées de tirs d’obus ennemis. Dès qu’il voit un camarade rendu aveugle trébucher devant notre tranchée, le soldat O’Rourke s’élance, au mépris des tireurs d’élite ennemis, et ramène le soldat blessé; ce faisant, il devient lui-même la cible de tireurs embusqués. À nouveau, il franchit environ 50 mètres devant notre barrage, sous le feu intense et précis des mitrailleuses ennemies et des tireurs d’élite, et ramène un camarade. En une autre occasion, alors que la ligne des positions avancées se retire pour se consolider, il s’élance sous les tirs ennemis de toutes sortes et ramène un homme blessé qui avait été laissé derrière. (London Gazette, no 30372, 8 novembre 1917)

La citation mentionne que, par ses interventions, le soldat O’Rourke a [traduction] « incontestablement sauvé de nombreuses vies ».

Photographie en noir et blanc d’un soldat assis, une main bandée, souriant au photographe.

Soldat Michael James O’Rourke, VC, novembre 1917 (MIKAN 3219606)

Michael James O’Rourke survit à la guerre et revient au Canada. Il passe plusieurs années à Vancouver, vivotant de petits boulots et de sa maigre pension d’invalidité de 10 $ par mois. Il mène une marche de protestation durant la grève des débardeurs en 1935 et est attaqué par la police lors de la bataille du quai Ballantyne.

Photographie en noir et blanc d’un groupe de personnes entourant deux soldats.

Le soldat Michael James O’Rourke, VC, 7e bataillon, avec le cadet Robert Hanna, VC, à sa droite (MIKAN 3219607)

Michael James O’Rourke décède à Vancouver le 6 décembre 1957; il est inhumé au Forest Lawn Memorial Park de Burnaby, en Colombie-Britannique.

Bibliothèque et Archives Canada possède le dossier de service du soldat Michael James O’Rourke dans le Corps expéditionnaire canadien.

Ressources connexes


Emily Monks-Leeson est archiviste pour le service des Opérations numériques à Bibliothèque et Archives Canada.

Le Corps canadien et la bataille de la côte 70

Par Emily Monks-Leeson

Ce 14 août marque un anniversaire important dans l’histoire de la participation du Canada à la Première Guerre mondiale. Bien que la bataille de la côte 70 ait été éclipsée dans la mémoire collective par la bataille de la crête de Vimy, elle a été planifiée, menée et gagnée presque entièrement par le Corps canadien en août 1917.

Après la victoire de Vimy, le lieutenant-général Julian Byng, depuis longtemps commandant des divisions canadiennes, prend la direction de la troisième armée britannique; c’est le lieutenant-général Sir Arthur Currie, né au Canada, qui devient le nouveau commandant du Corps canadien. En juillet 1917, Sir Douglas Haig ordonne à Currie de lancer une attaque contre la ville de Lens, alors aux mains des Allemands. Currie insiste, au contraire, pour capturer la côte 70, au nord de Lens, ce qui permettrait aux Alliés d’occuper une position stratégique plus élevée, forçant ainsi les troupes allemandes à contrattaquer à partir de leurs postes de défense urbains lourdement fortifiés et bien camouflés.

L’assaut est soigneusement planifié. Le soir du 14 août, l’artillerie canadienne commence à bombarder intensément la côte 70. Le lendemain matin, dix bataillons d’assaut du Corps expéditionnaire canadien formés à partir des quatre divisions canadiennes se lancent à l’attaque. Les soldats canadiens s’emparent de leurs premiers objectifs en moins de vingt minutes, soutenus par des avions volant à basse altitude qui les aident à diriger l’artillerie vers des poches de résistance allemandes.

Délogée de la colline, l’armée allemande contrattaque immédiatement. Les deux belligérants utilisent des armes chimiques et les soldats rendus presque aveugles doivent se battre derrière leur masque à gaz embué. Durant quatre jours, les Allemands contrattaquent 21 fois, mais à la fin, les Canadiens réussissent à rester maîtres de la colline surplombant la ville de Lens. Haig qualifie la bataille « d’une des plus belles opérations mineures de la guerre », alors que pour Currie, elle compte parmi les plus dures batailles menées et gagnées par le Corps canadien.

La bataille de la côte 70 a fait environ 9 000 morts ou blessés chez les soldats canadiens, et 41 ont été faits prisonniers. Ayant mobilisé cinq divisions pour défendre la côte 70, les Allemands ont perdu environ 25 000 soldats; 970 ont été capturés.

Photographie en noir et blanc de deux hommes étendus sur des brancards. Du personnel médical s’occupe d’un des deux blessés, alors que l’autre est étendu sur le côté. Plusieurs soldats se tiennent debout à gauche des brancards, et d’autres sont assis à l’arrière-plan. La scène se passe dans les décombres d’un édifice bombardé dont il ne reste qu’une cheminée.

Des brancardiers pansent les blessures de soldats canadiens lors de l’assaut sur la côte 70. Août 1917 (MIKAN 3395845)

Photographie en noir et blanc d’un convoi de charrettes se déplaçant sur la route. Un groupe de soldats écossais en kilt tire la dernière charrette.

Le 13e bataillon de mitrailleurs allant se reposer après la bataille de la côte 70. Août 1917 (MIKAN 3406033)

Une photographie en noir et blanc d’une colonne de soldats marchant dans une ville. Quelques officiers, des enfants et d’autres civils les regardent passer.

Le général Sir Arthur Currie regardant défiler ses hommes en route vers le camp après avoir pris la côte 70. Août 1917 (MIKAN 3404812)

Six Croix de Victoria ont été décernées à des soldats du Corps canadien pour leurs actions pendant et immédiatement après la bataille de la côte 70. Au cours de la semaine prochaine, dans sa série de blogues intitulée Centenaire de la Première Guerre mondiale : hommage aux récipiendaires canadiens de la Croix de Victoria, Bibliothèque et Archives Canada présentera un portrait de ces récipiendaires, cent ans jour pour jour après les actes de bravoure à la source de leur distinction.


Emily Monks-Leeson est archiviste pour le service des Opérations numériques à Bibliothèque et Archives Canada.

Le maréchal de l’air William Avery Bishop, récipiendaire de la Croix de Victoria (VC)

Par Emily Monks-Leeson

La publication d’aujourd’hui dans le cadre de notre série de blogues Centenaire de la Première Guerre mondiale : hommage aux récipiendaires canadiens de la Croix de Victoria porte sur l’un des Canadiens les plus connus de la Première Guerre mondiale, l’as de l’aviation William Avery (« Billy ») Bishop.

Photographie en noir et blanc d’un militaire assis, les mains sur les cuisses. Il porte la ceinture Sam Browne, une large ceinture en cuir munie d’une courroie plus étroite placée en diagonale et qui passe par-dessus l’épaule droite.

Le lieutenant-colonel W.A. Bishop, VC, dans l’atelier du lieutenant Quinn, sans date, Londres, Angleterre (MIKAN 3623353)

William Avery Bishop est cadet au Collège militaire royal du Canada lorsqu’il s’enrôle dans le Corps expéditionnaire canadien, le 30 septembre 1914. Après avoir servi brièvement dans les tranchées, il passe au Royal Flying Corps (Corps royal d’aviation). Il reçoit son brevet en novembre 1916 et abat 12 avions au total en avril 1917 seulement; grâce à cet exploit, il obtient la Croix militaire et sa promotion au rang de capitaine. À la fin de la Première Guerre mondiale, Billy Bishop est lieutenant-
colonel et 72 victoires sont inscrites dans son dossier.

Photographie en noir et blanc d’un homme assis dans le poste de pilotage ouvert d’un avion et regardant le viseur.

Le capitaine W.A. Bishop, VC, Royal Flying Corps, août 1917. Photographe : William Rider-Rider (MIKAN 3623352)

Billy Bishop est le premier aviateur canadien à recevoir la Croix de Victoria pour son attaque en solitaire contre un aérodrome allemand près de Cambrai, en France, le 2 juin 1917. Voici ce que mentionne sa citation dans The London Gazette :

Le capitaine Bishop, envoyé en mission solo, commença par survoler un aérodrome ennemi; n’y trouvant aucun aéronef, il se dirigea vers un autre aérodrome situé à environ trois miles au sud-est, donc au moins à 12 miles de l’autre côté de la ligne. Il y vit sept aéronefs au sol, dont certains avaient le moteur en marche. Il les attaqua d’une cinquantaine de pieds; un mécanicien, qui faisait démarrer un des moteurs, fut aperçu en train de tomber. Un des aéronefs réussit à s’envoler; toutefois, à une hauteur de 60 pieds, le capitaine Bishop lui tira quinze coups à distance très rapprochée et l’aéronef s’écrasa au sol. Il tira ensuite une trentaine de coups vers un deuxième avion qui venait de décoller et qui se trouvait à quelque 150 pieds de lui et qui vint s’écraser contre un arbre.

Deux autres aéronefs décollèrent alors de l’aérodrome. L’un d’eux s’engagea à une hauteur de mille pieds en déchargeant le reste de ses munitions. Son engin s’écrasa à 300 verges de l’aérodrome, après quoi le capitaine Bishop vida un chargeur complet dans le quatrième aéronef ennemi et retourna à sa base. (The London Gazette, numéro 30228, samedi 11 août 1917) [traduction du Musée canadien de la guerre]

Le maréchal de l’air William Avery Bishop meurt le 11 septembre 1956 à Palm Beach, en Floride. Il est enterré dans le lot de la famille Bishop au cimetière Greenwood d’Owen Sound, en Ontario.

Bibliothèque et Archives Canada possède le dossier de service de William Avery Bishop dans le Corps expéditionnaire canadien.

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Emily Monks-Leeson est archiviste pour le service des Opérations numériques à Bibliothèque et Archives Canada.

Au-delà de Vimy : La montée de la puissance aérienne, 2e partie

Bannière avec deux photos: une montrant une photo de la bataille de la crête de Vimy qui transitione vers une image plus contemporaine montrant le mémorial de Vimy

Bibliothèque et Archives Canada présente sa toute dernière émission de baladodiffusion, « Au-delà de Vimy : La montée de la puissance aérienne, 2e partie ».

Avril 2017 marque le 100e anniversaire de l’attaque et de la prise de la crête de Vimy, alors que les quatre divisions du Corps expéditionnaire canadien travaillaient ensemble pour la première fois. Au cours de la Première Guerre mondiale, plus de 25 000 Canadiens ont servi dans les services aériens britanniques à titre de pilotes, d’observateurs et de mécaniciens. Même si la bataille de la crête de Vimy est surtout connue comme une offensive terrestre, une grande partie des préparatifs en vue de l’assaut sur Vimy se sont déroulés dans les airs. Pour la deuxième partie de cette émission, nous sommes en compagnie de Bill Rawling, historien et auteur du livre Survivre aux tranchées, et de Hugh Halliday, auteur et conservateur retraité du Musée canadien de la guerre. Ensemble, nous discuterons du rôle que le Canada et ses alliés ont joué dans les airs lors des batailles de Vimy et d’Arras en avril 1917, un mois surnommé « avril sanglant ».

Une photo en noir et blanc montrant un avion biplan avec deux aviateurs dans le cockpit: un qui pilote et l'autre sur la mitrailleuse.

Un avion Curtiss JN-4 doté d’une mitrailleuse intégrée, artillerie du pilote, Royal Flying Corps [corps royal d’aviation], Canada, School of Aerial Gunnery [école d’artillerie aérienne], Camp Borden (Ontario), 1917 (MIKAN 3404272)

Pour voir les images associées à ce balado, voici un lien vers notre album Flickr.

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Lieutenant Robert Grierson Combe, VC

Aujourd’hui, dans le cadre de la série Centenaire de la Première Guerre mondiale – hommage aux récipiendaires canadiens de la Croix de Victoria, nous nous souvenons du lieutenant Robert Grierson Combe, du 27e bataillon, Corps expéditionnaire canadien (CEC). Dans cette série, nous présentons le profil de chaque récipiendaire 100 ans après le jour de l’exploit pour lequel ils ont reçu cette prestigieuse médaille militaire.

Né le 5 août 1880 à Aberdeen, en Écosse, Combe s’est enrôlé dans le CEC en tant que lieutenant, un grade qu’il a repris à sa propre demande, bien qu’il se soit qualifié en tant que major.

image en noir et blanc (fondu de photographie et esquisse) d’un soldat aux cheveux coupés ras et portant une moustache.

Le lieutenant Robert Grierson Combe, VC, non daté (MIKAN 3645669)

Les Divisions canadiennes ayant réussi à reprendre la crête de Vimy, les forces britanniques et du Commonwealth continuaient de pousser contre les lignes germaniques pour faire diversion, afin d’éloigner l’armée allemande du secteur de l’Aisne et d’ainsi permettre à l’armée française de passer. Le 3 mai 1917, à Acheville, en France, le lieutenant Combe dirigeait sa compagnie contre un barrage intensif d’artillerie ennemie. Après avoir atteint la position des Allemands avec seulement cinq hommes, Combe a infligé de lourdes pertes à l’ennemi, puis, rassemblant de petits groupes d’hommes, a réussi à capturer son objectif et à faire quatre-vingts prisonniers. Sa citation dans The London Gazette, n30154, du mercredi 27 juin 1917, indique :

….Il est régulièrement reparti à la charge de l’ennemi, en le poussant devant lui. Et c’est alors qu’il dirigeait personnellement ses grenadiers qu’il a été tué par un tireur embusqué. Sa conduite a inspiré tous les grades, et c’est entièrement grâce à son magnifique courage que la position a été prise, conquise et maintenue. [traduction]

Le lieutenant Robert Grierson Combe a reçu la Croix de Victoria à titre posthume pour son leadership et son courage sous les tirs ennemis. Il est enterré près d’Acheville, en France. Les combats incessants dans cette région ont entraîné la destruction du cimetière militaire et la perte de sa tombe. C’est pour cette raison que son nom figure sur le monument commémoratif de Vimy aux côtés de celui des 11 000 autres soldats canadiens qui n’ont pas de tombe connue.

Bibliothèque et Archives Canada détient le dossier de service du lieutenant Robert Grierson Combe.

Ressources connexes

La bataille de la crête de Vimy – artistes de guerre

Bannière avec deux photos: une montrant une photo de la bataille de la crête de Vimy qui transitione vers une image plus contemporaine montrant le mémorial de VimyPar Katie Cholette
La bataille de la crête de Vimy a frappé l’imagination de nombreux artistes, tant professionnels qu’amateurs. Certains de ces artistes étaient des soldats et participèrent à la bataille. D’autres, qui n’étaient pas présents sur les lieux, ont peint les champs de bataille après l’événement ou les ont imaginés. Des artistes canadiens et d’origine britannique, masculins et féminins, ont représenté dans un large éventail de styles et de médias, de nombreuses facettes de la bataille : l’héroïsme des soldats, le nombre incroyable de morts et de blessés, la destruction massive des bâtiments et la dévastation des paysages.

Une lithographie en couleur d’un paysage dévasté montrant un large cratère au milieu duquel se trouve une croix dessinée avec des pierres blanches. En haut et en bas du cratère, il y a deux autres croix de pierre : une catholique et une celtique. Des fils barbelés encerclent le cratère et des chicots d’arbres calcinés se profilent au loin.

Un cratère de mine – Un cimetière dans le vieux « no man’s land » sur la crête de Vimy, 1917, une lithographie de Frederick Thwaites Bush (Bibliothèque et Archives Canada – MIKAN 4014020)

Le soldat canadien Frederick Thwaites Bush, natif de Grande-Bretagne, a créé quelques-unes des images les plus évocatrices de la bataille. Architecte de formation avant la guerre, Bush servit comme lieutenant dans le 29e bataillon et avec les ingénieurs canadiens. Alors qu’il était en Belgique et en France, il dessina plusieurs des sites de combat, notamment Ypres, Passchendaele et la crête de Vimy. Réalisée à partir d’un dessin au crayon esquissé sur les lieux, cette lithographie couleur d’un cratère de mine et cimetière placé au milieu d’un paysage dévasté dégage une impression de désolation et de perte.

Une gravure représentant un groupe de soldats entourant un canon tiré par deux chevaux devant les ruines d’une maison de ferme.

La ferme Berthonval par le lieutenant C. H. Barraud, vers 1917-1918 (Bibliothèque et Archives Canada – MIKAN 4936627)

Le lieutenant Cyril Henry Barraud travaillait comme artiste et graphiste avant la Première Guerre mondiale. Né en Angleterre, Barraud émigra au Canada en 1913. Quand la guerre éclata, il s’enrôla dans les Grenadiers de Winnipeg. Il fut envoyé outremer en août 1915 avec le 43e bataillon, et en novembre 1917, il fut engagé officiellement comme artiste de guerre. Alors qu’il était en France et en Belgique, Barraud réalisa des dessins sur la ligne de front. À partir de ces dessins, il exécuta plus tard de nombreuses gravures pour le Fond de souvenirs de guerre canadiens. Des images telles que La ferme de Berthonval sont représentatives de son style, caractérisé par une composition soignée, associant des bâtiments détruits par la guerre à des paysages romantiques. Cette œuvre d’art a été présentée à Londres en 1919, lors de la Canadian War Memorials Exhibition.

Une aquarelle représentant un mur de briques et de ciment dont les débris jonchent une petite colline, avec à l’arrière-plan des arbres brisés et des avions volant au-dessus.

Position allemande détruite durant la bataille de Vimy, 1917 par Reuben Alvin Jukes, 1917 (Bibliothèque et Archives Canada – MIKAN 3838519)

Reuben Alvin Jukes (Jucksch) est né à Hanover, en Ontario. Il s’enrôla dans le 20e bataillon canadien en 1914, indiquant comme profession qu’il était artiste. Il fut transporté en Angleterre pour s’y entraîner et envoyé au front en janvier 1916. Même s’il n’était pas officiellement artiste de guerre, un commandant compréhensif lui accorda du temps pour peindre des scènes alors qu’il était au front. En raison d’un épisode de ce qu’on appelait alors un traumatisme dû aux bombardements, Jukes n’a pu participer à la bataille de la crête de Vimy; cependant, il reprit du service en mai 1917. Plus tard, il peignit plusieurs aquarelles extrêmement détaillées, presque surréalistes, telles que Position allemande détruite durant la bataille de Vimy, 1917, représentant les lendemains de la bataille.

Une peinture en couleur de quelques croix ornées de fleurs au milieu d’un trou dans un mur de pierre écroulé. À l’arrière, il y a une structure brune; le ciel est bleu avec des nuages blancs.

Emplacements de canons, bois de Farbus, crête de Vimy par Mary Riter Hamilton, 1919 (Bibliothèque et Archives Canada – MIKAN 2836031)

Certaines des peintures les plus expressives de la crête de Vimy ont été réalisées par Mary Riter Hamilton, une artiste professionnelle née au Canada. Bien qu’elle n’ait pas réussi à se faire engager officiellement comme artiste de guerre, l’Association des amputés de guerre de Colombie-Britannique lui a commandé des illustrations pour le magazine The Gold Stripe, destiné aux vétérans. Mary Riter Hamilton avait hâte de peindre les sites où tant d’hommes étaient morts, avant que ne soient entrepris les travaux de reconstruction. Elle se rendit donc en Europe peu après la fin de la guerre pour y peindre. De 1919 à 1922, elle réalisa plus de 300 tableaux, notamment Emplacements de canons, bois de Farbus, crête de Vimy et Petit Vimy et le village de Vimy vus de la route entre Lens et Arras. Dans ces deux œuvres, le style spontané et léger de l’artiste, et une palette de couleurs claires témoignent d’un certain optimisme malgré les circonstances. Hamilton refusa de vendre ses peintures de guerre. Elle les exposa plusieurs fois lors d’activités de financement organisées pour venir en aide aux hommes qui ont combattu, et à leurs familles. En 1926, elle offrit 227 peintures, dessins et gravures aux Archives publiques du Canada (maintenant Bibliothèque et Archives Canada).

Une peinture en couleur d’une route bordée d’arbres cassés, descendant vers une petite ville. Au loin, on aperçoit d’autres villages et des collines.

Petit Vimy et le village de Vimy vus de la route entre Lens et Arras par Mary Riter Hamilton, 1919 (Bibliothèque et Archives Canada – MIKAN 2836011)

Une peinture en couleur représentant un groupe de soldats donnant l’assaut en lançant des grenades dans diverses postures. Quelques soldats s’avancent armés de fusils et de baïonnettes, alors que d’autres sont étendus au sol, morts. Le tableau se décline en couleurs pastel très douces et les soldats sont peints avec beaucoup de délicatesse.

Cede Nullis, les grenadiers du 8e bataillon d’infanterie du Canada sur la crête de Vimy, 9 avril 1917 par Lady Elizabeth Southerden Butler, 1918 (Bibliothèque Archives Canada – MIKAN 2883480)

La bataille de la crête de Vimy a capté l’imagination d’une autre artiste professionnelle, Lady Elizabeth Southerden Butler. Lady Butler (née Elizabeth Thompson) était une artiste anglaise diplômée en art, spécialiste de la peinture réaliste des champs de bataille. À la fin du 19e siècle, elle jouit d’une grande popularité grâce à ses représentations romantiques et héroïques de la guerre de Crimée et des guerres napoléoniennes. Semblable à ses œuvres antérieures, au point de vue du style, Les grenadiers du 8e bataillon d’infanterie du Canada sur la crête de Vimy, 9 avril 1917 représente le 8e bataillon de la 3e division d’infanterie du Canada le jour où les Canadiens se sont emparés de la crête. L’aquarelle a été peinte alors que l’artiste vivait en Irlande; elle fut exposée en mai 1919 à Londres. L’œuvre fut achetée lors d’une vente aux enchères en 1989.

La victoire à la bataille de la crête de Vimy est l’un des événements les plus marquants de l’histoire canadienne. Immortalisés par des œuvres d’art, le courage des soldats et les sacrifices consentis lors de cette bataille font partie intégrante de notre mythologie nationale.

Biographie

Katie Cholette détient un baccalauréat en histoire de l’art, une maîtrise en histoire de l’art canadien et un doctorat en études canadiennes. Elle a travaillé auparavant comme conservatrice des acquisitions et chercheuse au Musée du portrait du Canada; elle a obtenu deux bourses de recherche en art canadien au Musée des beaux-arts du Canada et enseigne en histoire de l’art, en études canadiennes et en lettres et sciences humaines depuis 14 ans à l’Université Carleton. Elle a aussi réalisé plusieurs projets de conservation et de recherche en tant que travailleuse autonome, et elle siège au comité de rédaction de la revue Underhill Review.

Ce blogue a été créé dans le cadre d’une entente de collaboration entre The National Archives et Bibliothèque et Archives Canada.

La bataille de la crête de Vimy – la commémoration

Bannière avec deux photos: une montrant une photo de la bataille de la crête de Vimy qui transitione vers une image plus contemporaine montrant le mémorial de VimyPar Andrew Horrall

Dans les jours suivant la bataille de la crête de Vimy, les journaux des pays alliés annoncent en manchettes que les soldats canadiens se sont emparés d’un objectif qui semblait pourtant inatteignable. Les familles de militaires qui apprennent la nouvelle sont aussi soulagées qu’inquiètes; comme l’écrit un père à son fils qui a combattu à Vimy : « La presse louange les Canadiens. Ils méritent sans l’ombre d’un doute cet honneur, mais si l’on se fie aux pertes, ils en ont payé le prix. » [Traduction] En effet, plus de 10 000 Canadiens ont perdu la vie ou ont été blessés à Vimy.

Cette victoire des forces canadiennes suscite un immense sentiment de fierté chez les combattants, les membres de leur famille et les civils. Presque instantanément, la bataille de la crête de Vimy devient le symbole d’un nouveau nationalisme canadien. On en souligne le premier anniversaire en lançant des collectes de fonds. Plusieurs Canadiens croient aussi que la France léguera la crête de Vimy au Canada en signe de reconnaissance. Au fil des ans, banquets, concerts et offices religieux commémorent ce qu’on appelle « le dimanche de la crête de Vimy ». Pour que le souvenir des exploits accomplis par les Canadiens demeure gravé à jamais, le nom de Vimy est aussi donné à des villes, des rues, des parcs, des entreprises et des lacs partout au pays, ainsi qu’à une montagne et même à quelques nouveau-nés!

Photographie couleur d’un groupe de personnes à cheval, près d’une rivière. L’un des cavaliers, habillé en cow-boy, semble guider une famille sur un sentier. On voit un pic montagneux en arrière-plan.

Le pic Vimy, en Alberta, 1961. (Bibliothèque et Archives Canada, MIKAN 4314396)

Carte intitulée « Canadian Battle Exploit, Memorial Site. Hill 145 » (Site du mémorial soulignant les exploits militaires canadiens. Colline 145)

Carte du site proposé pour le Mémorial de Vimy, sans date (The Nationals Archives, WO 32-5861)

Dans la foulée de ces commémorations, le gouvernement fédéral retient en octobre 1921 les services du sculpteur torontois Walter Allward pour concevoir le Mémorial national du Canada à Vimy, sur le terrain que la France a bel et bien cédé au Canada. Pendant les 15 années suivantes, le terrain est aménagé après avoir été nettoyé des bombes, des grenades et des obus non explosés. Un réseau de tranchées est préservé et, bien sûr, on y érige finalement le Mémorial, qui trône au sommet de la crête.

Photographie noir et blanc d’une imposante sculpture du Mémorial de Vimy, représentant un homme endeuillé dont le pied repose sur une épée. En arrière-plan, on voit des panneaux où sont inscrits les noms des Canadiens morts au champ d’honneur.

Une des statues du Mémorial de Vimy. (Bibliothèque et Archives Canada, MIKAN 3329415)

Lettre dactylographiée se lisant comme suit [traduction] :

Lettre confirmant la cession de la crête de Vimy au gouvernement canadien par la France, 30 juin 1927 (The National Archives, FO 371/12638)

Dès la fin des années 1920, des regroupements d’anciens combattants avaient commencé à planifier un pèlerinage à Vimy en vue du dévoilement du Mémorial. Le grand jour arrive finalement : l’inauguration est fixée au 23 juillet 1936. C’est ainsi qu’à Montréal, plus de 6000 militaires et leurs proches montent à bord de cinq navires de ligne affrétés pour l’occasion. On leur remet des bérets et des insignes, et on leur annonce qu’ils seront des ambassadeurs du Canada pendant leur séjour en Europe. Plusieurs militaires étant nés en Grande-Bretagne, ce voyage leur permet de visiter leurs familles. Ce sont d’ailleurs leurs racines britanniques qui avaient incité certains d’entre eux à se joindre au Corps expéditionnaire canadien, 20 ans plus tôt.

Parmi les personnes ayant fait la traversée, on trouve Charlotte Wood, qui avait quitté Chatham (dans le Kent, en Angleterre) pour immigrer en Alberta en 1904. Onze de ses fils et de ses gendres ont servi lors de la Première Guerre mondiale. Cinq d’entre eux y ont trouvé la mort, dont Peter Percy Wood, décédé non loin de la crête de Vimy, peu de temps après la bataille. Il fait partie des 11 000 Canadiens portés disparus et présumés morts en France, et dont les noms sont inscrits sur le Mémorial. Mme Wood est la première Mère de la Croix d’argent, un titre décerné chaque année à une femme qui représente toutes les mères canadiennes ayant perdu un enfant enrôlé dans l’armée. Deux représentants de la communauté des Canadiens d’origine japonaise assistent aussi à l’inauguration, au nom de leurs semblables ayant servi durant la guerre.

Photographie en noir et blanc d’une femme faisant le salut militaire. Elle est vêtue d’un béret et d’un manteau sur lequel sont épinglées de nombreuses médailles.

Charlotte Wood au Mémorial de la crête de Vimy, 26 juillet 1936. (Bibliothèque et Archives Canada, MIKAN 3224323)

Les voyageurs avaient d’abord débarqué à Anvers, en Belgique, d’où des autobus les mènent sur la crête de Vimy, en passant par les champs de bataille et les cimetières de la Première Guerre mondiale. Le Mémorial est dévoilé par le roi Édouard VIII le 26 juillet 1936, devant une immense foule composée d’anciens combattants de différentes nations, de personnel militaire, de dignitaires et de nombreuses personnes s’étant déplacées pour l’occasion. Édouard VIII était très populaire au Canada à l’époque; il possédait même un ranch en Alberta. Les anciens combattants canadiens se rendent ensuite à Londres pour déposer des couronnes de fleurs au Cénotaphe de Whitehall. Ils séjournent dans la capitale britannique à titre d’ambassadeurs du Canada, fiers représentants d’un pays qui, depuis la guerre, a acquis une grande autonomie. Leur pèlerinage prend fin à Paris, où ils déposent des couronnes sur la tombe du Soldat inconnu.

Photographie noir et blanc d’une grande foule sur un trottoir, lors d’une cérémonie. Elle entoure des soldats placés en formation devant un imposant cénotaphe blanc.

La délégation canadienne arrivant de Vimy, devant le Cénotaphe de Whitehall, Londres, 29 juillet 1936. (Bibliothèque et Archives Canada, MIKAN 4939444)

Les années passent. Au début de la Première Guerre mondiale, en 1940, le préposé canadien chargé de veiller à l’entretien du Mémorial de Vimy est capturé par les forces allemandes alors qu’elles envahissent le nord-est de la France. Tout au long de la guerre, les rumeurs laissent entendre que le Mémorial a été endommagé, voire détruit. Le 11 septembre 1944, le lieutenant-général Harry Crerar, alors aux commandes de la Première armée canadienne, se rend sur le site récemment libéré. Crerar avait lui-même pris part à la bataille de la crête de Vimy, et sa visite sur la crête est largement médiatisée. Les photos permettent de constater qu’étonnamment, le Mémorial est en bon état, en grande partie grâce aux bons soins de Paul et Alice Piroson, un couple belge qui a vu à son entretien
pendant la guerre.

Photographie couleur d’un homme en uniforme, debout devant une imposante structure de pierres. À gauche, on voit deux personnes; la première, en uniforme, est à peine visible, alors que la deuxième, en arrière-plan, porte une veste, un chandail et un béret.

Le lieutenant-général H. D. G. Crerar et Paul Piroson au Mémorial de Vimy, 11 septembre 1944. (Bibliothèque et Archives Canada, MIKAN 4233251)

Paul Piroson continue de travailler à Vimy après la guerre. Lorsqu’il prend sa retraite en 1965, le premier ministre Lester B. Pearson l’invite personnellement au Canada avec sa femme. En 1967, le couple foule pour la première fois le sol canadien et parcourt le pays. Il sera honoré lors d’événements soulignant le 50e anniversaire de la bataille.

Photographie couleur d’un clairon vêtu d’un uniforme écossais, posant devant le monument sur la crête de Vimy.

Vue du Mémorial de Vimy, sans date. (Bibliothèque et Archives Canada, MIKAN 4234839)

Les hommes qui se sont battus sur la crête de Vimy croyaient qu’ils étaient devenus de véritables Canadiens à ce moment précis, et que la bataille avait marqué la naissance de notre pays. Cette vision est demeurée au fil des ans; aujourd’hui, la bataille de la crête de Vimy symbolise l’engagement et le sacrifice des militaires canadiens, peu importe le conflit auquel ils ont pris part. Le terme « Vimy » apparaît d’ailleurs dans plusieurs projets commémoratifs militaires. Et chaque année, des milliers de visiteurs du Canada et d’ailleurs vont se recueillir devant le Mémorial, en souvenir du sacrifice accompli par les Canadiens en 1917.

Notice biographique

Andrew Horrall est archiviste responsable des documents militaires et historien spécialisé dans le music-hall britannique. Il détient un doctorat en histoire de l’Université de Cambridge.

Ce blogue a été créé dans le cadre d’une entente de collaboration entre The National Archives et Bibliothèque et Archives Canada.

La bataille de la crête de Vimy – l’assaut

Bannière avec deux photos: une montrant une photo de la bataille de la crête de Vimy qui transitione vers une image plus contemporaine montrant le mémorial de VimyPar George Hay

L’aube du lundi 9 avril 1917 marque le début de la bataille de la crête de Vimy. Sans doute aidées par le temps froid et couvert, les vagues de soldats canadiens chargées de donner l’assaut prennent position sans se faire remarquer. À 5 h 30 exactement, elles sonnent la charge, bombardant l’ennemi et faisant exploser des mines préalablement enfouies par les ingénieurs.

Les soldats d’infanterie, formant un barrage mobile, avancent vers les lignes allemandes. Le terrain, transformé en véritable bourbier par quelques jours de mauvais temps, est parsemé de cratères en raison des nombreuses mines que les deux camps ont fait exploser au cours des mois précédents. Les Canadiens doivent également progresser au milieu d’un labyrinthe de tranchées affaissées et de barbelés enchevêtrés, ce qui ralentit encore plus leur progression. À 6 h, un vent du nord-ouest se lève, qui apportera neige et grésil par intermittence pendant toute la journée.

En dépit de ces conditions difficiles, à 7 h 10, la 3e Division canadienne du Corps d’armée canadien indique au quartier général qu’elle a réussi à sécuriser la ligne noire (son principal objectif). L’information est confirmée à 7 h 20 par les 4e et 5e Brigades de la 2e Division, et à 8 h 25 par la 3e Brigade de la 1re Division.

Les événements continuent de s’enchaîner, à un rythme tel que le quartier général peut difficilement suivre. À 9 h 25, la 1re Division indique qu’elle a sécurisé les objectifs de la ligne rouge – ses objectifs secondaires –, ce que confirme rapidement la 2e Division. L’offensive en vue d’atteindre les derniers objectifs (les lignes bleue et brune) ne rencontre que peu de résistance, et les soldats avancent selon le plan établi. Enfin, les bataillons à l’avant-garde des deux divisions gravissent la crête par le versant est. Ce sont les premiers alliés à contempler la plaine de Douai depuis 1915, date de sa reprise par les Allemands. Au début de l’après-midi, les 1re, 2e et 3e Divisions rapportent la réussite complète de leurs opérations.

Les premiers rapports de la 4e Division sont eux aussi positifs. Mais alors que la matinée s’achève, il devient évident que des soldats allemands continuent de défendre le secteur : une poche de résistance a probablement été contournée. Ailleurs, la ligne allemande s’est aussi reformée après le passage de la force offensive : l’ennemi est ressorti des galeries et des tunnels, et se trouve maintenant derrière les Canadiens.

La colline 145 – la plus élevée et la plus importante de la crête, où se dresse aujourd’hui le mémorial de Vimy – est toujours aux mains des Allemands. Ceux-ci maintiennent un feu nourri contre les troupes de la 4e Division, tant sur le flanc droit que gauche. La 4e Division doit aussi essuyer les tirs ennemis en provenance d’une zone appelée le « Bourgeon », située plus au nord. En raison de leur importance pour la défense allemande, ces deux positions sont défendues avec acharnement et au prix de grands sacrifices.

Malgré des tentatives aussi intenses que courageuses, la colline 145 et le Bourgeon échappent toujours aux Canadiens en fin d’après-midi, et on décide de suspendre temporairement les opérations. En cette première journée de combats, malgré des avancées inégales, les Canadiens ont conquis la crête sur un front large de 6,4 km, avec des avancées dépassant par endroits les 3,6 km. Ils ont aussi capturé plus de 3 000 soldats allemands et se sont emparés d’importantes quantités d’artillerie et de matériel militaire. Bref, en dépit de lourdes pertes, cette première journée est un succès incontestable.

Photo noir et blanc d’un groupe de soldats creusant une tranchée pour consolider leur position.

Des soldats canadiens consolident leur position sur la crête de Vimy, en avril 1917. (Bibliothèque et Archives Canada, MIKAN 3521877)

La nuit suivante, les forces allemandes s’abstiennent de contre-attaquer, offrant un répit bienvenu aux soldats canadiens. Le travail de consolidation des 1re, 2e et 3e Divisions progresse bien; par contre, pour la 4e Division, la principale tâche reste à compléter. Tôt le matin du mardi 10 avril, la 10e Brigade canadienne reçoit l’ordre de s’emparer de la colline 145 et de sécuriser sa position. Quant à la 11e Brigade canadienne, elle doit aussi se lancer à l’assaut de la colline et tenter de s’installer au sommet le même jour.

Une tempête de neige sévit lorsque, à 14 h 30, le 44e Bataillon (du Manitoba) et le 50e Bataillon (de Calgary) prennent leur position. Ils attaquent en barrage à 15 h 15, montant vers la crête. À la tombée du jour, ils y sont; seul le Bourgeon échappe encore aux Canadiens. Mais l’assaut a prélevé un lourd tribut : les deux bataillons ont perdu plus de 300 hommes. En revanche, ils ont fait 200 prisonniers et se sont emparés de quatre mitrailleuses et d’un mortier de tranchée. La 4e Division a maintenant sécurisé tous ses principaux objectifs. Ailleurs, tout le long de la ligne, les divisions canadiennes repoussent les défenses ennemies et consolident leurs positions. Leur travail se poursuit dans la nuit, ainsi que le jour suivant, le mercredi 11 avril.

C’est alors qu’est transmis l’ordre de mener une attaque générale le 12 avril, afin d’empêcher les Allemands de redresser leurs lignes et de contre-attaquer. Dans l’intervalle, l’artillerie a maintenu un tir vigoureux contre les forces allemandes, tirant profit des postes d’observation établis le long de la crête pour se déplacer derrière les lignes ennemies et disperser les groupes de soldats. Fort de la victoire obtenue sur la crête, le lieutenant-général Julian Byng veut profiter de la position dominante de ses troupes. Il ordonne donc à la 10e Brigade de la 4e Division canadienne d’attaquer le dernier vestige de la ligne défensive allemande : le Bourgeon.

Cette zone n’était qu’un objectif secondaire lors de l’assaut initial, et faute de troupes disponibles, sa conquête avait été reportée en fonction de l’issue de la bataille. Sans être essentielle à la prise de la crête, elle risquait toutefois de nuire aux opérations si elle restait aux mains des Allemands.

À 5 h le matin du jeudi 12 avril, accompagnés d’un barrage mobile et du feu nourri de l’artillerie, les 44e et 50e Bataillons avancent vers le Bourgeon. Ce sont eux qui, la veille, ont mené avec succès la ligne jusqu’à la colline 145. Le Bourgeon est une position redoutable, constituée d’un labyrinthe de tranchées et d’abris. Cependant, la plus grande difficulté vient de la neige aveuglante et du terrain escarpé et boueux : le 50e Bataillon note qu’en certains endroits, les soldats pataugent dans la boue jusqu’à la taille.

La tempête a toutefois cela de bon qu’elle permet aux Canadiens d’avancer à moins de 27 mètres du Bourgeon avant d’être repérés. Commencent alors de violents combats rapprochés avec la garnison allemande. Peu après 8 h, le quartier général est informé que les bataillons canadiens ont atteint leur objectif.

Graphique quadrillé noir et blanc montrant l’approvisionnement et la consommation en munitions de la Première armée pendant le mois d’avril 1917. La ligne représentant l’approvisionnement est plus élevée et en dents de scie; la ligne représentant l’approvisionnement est plus basse et stable. Sur le tracé indiquant la consommation en munitions, on a noté les principales attaques d’avril; un pic particulièrement prononcé illustre l’assaut de la crête de Vimy, les 8 et 9 avril.

Graphique montrant l’approvisionnement et la consommation en munitions de la Première armée pendant le mois d’avril 1917. On remarque une hausse importante les 8 et le 9 avril, avec la mention « Attack on Vimy Ridge » (attaque de la crête de Vimy). The National Archives, WO 153/1284 (en anglais)

D’autres opérations sont prévues le jour suivant, mais le commandement allemand décide de battre en retraite, abandonnant la crête, les positions de soutien et de grandes quantités de matériel. Comme le précise le rapport sur les opérations rédigé pour le Corps d’armée canadien, « si le lundi 9 a été un jour de grande victoire dans la bataille, le vendredi 13 a représenté le jour où les fruits de la victoire ont été savourés, le jour où l’ennemi a accepté sa défaite. » [Traduction] Les villages de Thélus, Farbus, Givenchy, Willerval, Vimy et La Chaudière sont aux mains des Canadiens, de même que la crête de Vimy, la colline 145 et le Bourgeon. Plus de 4 000 soldats allemands ont été faits prisonniers, et plus de 60 canons sont saisis, en même temps qu’un grand nombre de mitrailleuses, de mortiers de tranchée et d’autres armes. Le général Henry Horne, commandant de la Première armée, écrit :

« La crête de Vimy était considérée comme une position d’une très grande force; les Allemands la pensaient imprenable. Le fait de l’avoir remportée avec si peu de pertes atteste de la solidité du plan, de la minutie des préparatifs, de la vitesse et de la détermination de l’exécution, ainsi que du dévouement de tous ceux qui ont participé à la bataille. Le 9 avril 1917 restera un jour historique dans les annales de l’Empire britannique. » [Traduction]

Lettre dactylographiée destinée au Corps d’armée canadien et signée par le général Horne, commandant de la Première armée.

Message du général Horne félicitant le Corps d’armée canadien pour la prise de la crête de Vimy, 12 avril 1917. The National Archives, WO 95/169/7 (en anglais)

Lettre dactylographiée destinée au Corps d’armée canadien et signée par le général Horne, commandant de la Première armée.

Lettre de félicitations du général Horne au Corps d’armée canadien, datée du 8 mai 1917 et soulignant l’engagement sans faille du Corps depuis le 9 avril. The National Archives, WO 95/169/7 (en anglais)

Lettre dactylographiée destinée au Royal Flying Corps et signée par le lieutenant-colonel Grand.

Message de remerciement à l’intention du Royal Flying Corps, signé par le lieutenant-colonel Grand, de l’état-major général de la Troisième armée, 18 avril 1917. The National Archives, WO 95/169/7 (en anglais)

Biographie

George Hay est spécialiste en chef des documents militaires à The National Archives. Titulaire d’un doctorat en histoire, il s’intéresse de près à l’histoire militaire amateur britannique.

Ce blogue a été créé dans le cadre d’une entente de collaboration entre The National Archives et Bibliothèque et Archives Canada.