La bataille de la crête de Vimy – artistes de guerre

Bannière avec deux photos: une montrant une photo de la bataille de la crête de Vimy qui transitione vers une image plus contemporaine montrant le mémorial de VimyPar Katie Cholette
La bataille de la crête de Vimy a frappé l’imagination de nombreux artistes, tant professionnels qu’amateurs. Certains de ces artistes étaient des soldats et participèrent à la bataille. D’autres, qui n’étaient pas présents sur les lieux, ont peint les champs de bataille après l’événement ou les ont imaginés. Des artistes canadiens et d’origine britannique, masculins et féminins, ont représenté dans un large éventail de styles et de médias, de nombreuses facettes de la bataille : l’héroïsme des soldats, le nombre incroyable de morts et de blessés, la destruction massive des bâtiments et la dévastation des paysages.

Une lithographie en couleur d’un paysage dévasté montrant un large cratère au milieu duquel se trouve une croix dessinée avec des pierres blanches. En haut et en bas du cratère, il y a deux autres croix de pierre : une catholique et une celtique. Des fils barbelés encerclent le cratère et des chicots d’arbres calcinés se profilent au loin.

Un cratère de mine – Un cimetière dans le vieux « no man’s land » sur la crête de Vimy, 1917, une lithographie de Frederick Thwaites Bush (Bibliothèque et Archives Canada – MIKAN 4014020)

Le soldat canadien Frederick Thwaites Bush, natif de Grande-Bretagne, a créé quelques-unes des images les plus évocatrices de la bataille. Architecte de formation avant la guerre, Bush servit comme lieutenant dans le 29e bataillon et avec les ingénieurs canadiens. Alors qu’il était en Belgique et en France, il dessina plusieurs des sites de combat, notamment Ypres, Passchendaele et la crête de Vimy. Réalisée à partir d’un dessin au crayon esquissé sur les lieux, cette lithographie couleur d’un cratère de mine et cimetière placé au milieu d’un paysage dévasté dégage une impression de désolation et de perte.

Une gravure représentant un groupe de soldats entourant un canon tiré par deux chevaux devant les ruines d’une maison de ferme.

La ferme Berthonval par le lieutenant C. H. Barraud, vers 1917-1918 (Bibliothèque et Archives Canada – MIKAN 4936627)

Le lieutenant Cyril Henry Barraud travaillait comme artiste et graphiste avant la Première Guerre mondiale. Né en Angleterre, Barraud émigra au Canada en 1913. Quand la guerre éclata, il s’enrôla dans les Grenadiers de Winnipeg. Il fut envoyé outremer en août 1915 avec le 43e bataillon, et en novembre 1917, il fut engagé officiellement comme artiste de guerre. Alors qu’il était en France et en Belgique, Barraud réalisa des dessins sur la ligne de front. À partir de ces dessins, il exécuta plus tard de nombreuses gravures pour le Fond de souvenirs de guerre canadiens. Des images telles que La ferme de Berthonval sont représentatives de son style, caractérisé par une composition soignée, associant des bâtiments détruits par la guerre à des paysages romantiques. Cette œuvre d’art a été présentée à Londres en 1919, lors de la Canadian War Memorials Exhibition.

Une aquarelle représentant un mur de briques et de ciment dont les débris jonchent une petite colline, avec à l’arrière-plan des arbres brisés et des avions volant au-dessus.

Position allemande détruite durant la bataille de Vimy, 1917 par Reuben Alvin Jukes, 1917 (Bibliothèque et Archives Canada – MIKAN 3838519)

Reuben Alvin Jukes (Jucksch) est né à Hanover, en Ontario. Il s’enrôla dans le 20e bataillon canadien en 1914, indiquant comme profession qu’il était artiste. Il fut transporté en Angleterre pour s’y entraîner et envoyé au front en janvier 1916. Même s’il n’était pas officiellement artiste de guerre, un commandant compréhensif lui accorda du temps pour peindre des scènes alors qu’il était au front. En raison d’un épisode de ce qu’on appelait alors un traumatisme dû aux bombardements, Jukes n’a pu participer à la bataille de la crête de Vimy; cependant, il reprit du service en mai 1917. Plus tard, il peignit plusieurs aquarelles extrêmement détaillées, presque surréalistes, telles que Position allemande détruite durant la bataille de Vimy, 1917, représentant les lendemains de la bataille.

Une peinture en couleur de quelques croix ornées de fleurs au milieu d’un trou dans un mur de pierre écroulé. À l’arrière, il y a une structure brune; le ciel est bleu avec des nuages blancs.

Emplacements de canons, bois de Farbus, crête de Vimy par Mary Riter Hamilton, 1919 (Bibliothèque et Archives Canada – MIKAN 2836031)

Certaines des peintures les plus expressives de la crête de Vimy ont été réalisées par Mary Riter Hamilton, une artiste professionnelle née au Canada. Bien qu’elle n’ait pas réussi à se faire engager officiellement comme artiste de guerre, l’Association des amputés de guerre de Colombie-Britannique lui a commandé des illustrations pour le magazine The Gold Stripe, destiné aux vétérans. Mary Riter Hamilton avait hâte de peindre les sites où tant d’hommes étaient morts, avant que ne soient entrepris les travaux de reconstruction. Elle se rendit donc en Europe peu après la fin de la guerre pour y peindre. De 1919 à 1922, elle réalisa plus de 300 tableaux, notamment Emplacements de canons, bois de Farbus, crête de Vimy et Petit Vimy et le village de Vimy vus de la route entre Lens et Arras. Dans ces deux œuvres, le style spontané et léger de l’artiste, et une palette de couleurs claires témoignent d’un certain optimisme malgré les circonstances. Hamilton refusa de vendre ses peintures de guerre. Elle les exposa plusieurs fois lors d’activités de financement organisées pour venir en aide aux hommes qui ont combattu, et à leurs familles. En 1926, elle offrit 227 peintures, dessins et gravures aux Archives publiques du Canada (maintenant Bibliothèque et Archives Canada).

Une peinture en couleur d’une route bordée d’arbres cassés, descendant vers une petite ville. Au loin, on aperçoit d’autres villages et des collines.

Petit Vimy et le village de Vimy vus de la route entre Lens et Arras par Mary Riter Hamilton, 1919 (Bibliothèque et Archives Canada – MIKAN 2836011)

Une peinture en couleur représentant un groupe de soldats donnant l’assaut en lançant des grenades dans diverses postures. Quelques soldats s’avancent armés de fusils et de baïonnettes, alors que d’autres sont étendus au sol, morts. Le tableau se décline en couleurs pastel très douces et les soldats sont peints avec beaucoup de délicatesse.

Cede Nullis, les grenadiers du 8e bataillon d’infanterie du Canada sur la crête de Vimy, 9 avril 1917 par Lady Elizabeth Southerden Butler, 1918 (Bibliothèque Archives Canada – MIKAN 2883480)

La bataille de la crête de Vimy a capté l’imagination d’une autre artiste professionnelle, Lady Elizabeth Southerden Butler. Lady Butler (née Elizabeth Thompson) était une artiste anglaise diplômée en art, spécialiste de la peinture réaliste des champs de bataille. À la fin du 19e siècle, elle jouit d’une grande popularité grâce à ses représentations romantiques et héroïques de la guerre de Crimée et des guerres napoléoniennes. Semblable à ses œuvres antérieures, au point de vue du style, Les grenadiers du 8e bataillon d’infanterie du Canada sur la crête de Vimy, 9 avril 1917 représente le 8e bataillon de la 3e division d’infanterie du Canada le jour où les Canadiens se sont emparés de la crête. L’aquarelle a été peinte alors que l’artiste vivait en Irlande; elle fut exposée en mai 1919 à Londres. L’œuvre fut achetée lors d’une vente aux enchères en 1989.

La victoire à la bataille de la crête de Vimy est l’un des événements les plus marquants de l’histoire canadienne. Immortalisés par des œuvres d’art, le courage des soldats et les sacrifices consentis lors de cette bataille font partie intégrante de notre mythologie nationale.

Biographie

Katie Cholette détient un baccalauréat en histoire de l’art, une maîtrise en histoire de l’art canadien et un doctorat en études canadiennes. Elle a travaillé auparavant comme conservatrice des acquisitions et chercheuse au Musée du portrait du Canada; elle a obtenu deux bourses de recherche en art canadien au Musée des beaux-arts du Canada et enseigne en histoire de l’art, en études canadiennes et en lettres et sciences humaines depuis 14 ans à l’Université Carleton. Elle a aussi réalisé plusieurs projets de conservation et de recherche en tant que travailleuse autonome, et elle siège au comité de rédaction de la revue Underhill Review.

Ce blogue a été créé dans le cadre d’une entente de collaboration entre The National Archives et Bibliothèque et Archives Canada.

La bataille de la crête de Vimy – la commémoration

Bannière avec deux photos: une montrant une photo de la bataille de la crête de Vimy qui transitione vers une image plus contemporaine montrant le mémorial de VimyPar Andrew Horrall

Dans les jours suivant la bataille de la crête de Vimy, les journaux des pays alliés annoncent en manchettes que les soldats canadiens se sont emparés d’un objectif qui semblait pourtant inatteignable. Les familles de militaires qui apprennent la nouvelle sont aussi soulagées qu’inquiètes; comme l’écrit un père à son fils qui a combattu à Vimy : « La presse louange les Canadiens. Ils méritent sans l’ombre d’un doute cet honneur, mais si l’on se fie aux pertes, ils en ont payé le prix. » [Traduction] En effet, plus de 10 000 Canadiens ont perdu la vie ou ont été blessés à Vimy.

Cette victoire des forces canadiennes suscite un immense sentiment de fierté chez les combattants, les membres de leur famille et les civils. Presque instantanément, la bataille de la crête de Vimy devient le symbole d’un nouveau nationalisme canadien. On en souligne le premier anniversaire en lançant des collectes de fonds. Plusieurs Canadiens croient aussi que la France léguera la crête de Vimy au Canada en signe de reconnaissance. Au fil des ans, banquets, concerts et offices religieux commémorent ce qu’on appelle « le dimanche de la crête de Vimy ». Pour que le souvenir des exploits accomplis par les Canadiens demeure gravé à jamais, le nom de Vimy est aussi donné à des villes, des rues, des parcs, des entreprises et des lacs partout au pays, ainsi qu’à une montagne et même à quelques nouveau-nés!

Photographie couleur d’un groupe de personnes à cheval, près d’une rivière. L’un des cavaliers, habillé en cow-boy, semble guider une famille sur un sentier. On voit un pic montagneux en arrière-plan.

Le pic Vimy, en Alberta, 1961. (Bibliothèque et Archives Canada, MIKAN 4314396)

Carte intitulée « Canadian Battle Exploit, Memorial Site. Hill 145 » (Site du mémorial soulignant les exploits militaires canadiens. Colline 145)

Carte du site proposé pour le Mémorial de Vimy, sans date (The Nationals Archives, WO 32-5861)

Dans la foulée de ces commémorations, le gouvernement fédéral retient en octobre 1921 les services du sculpteur torontois Walter Allward pour concevoir le Mémorial national du Canada à Vimy, sur le terrain que la France a bel et bien cédé au Canada. Pendant les 15 années suivantes, le terrain est aménagé après avoir été nettoyé des bombes, des grenades et des obus non explosés. Un réseau de tranchées est préservé et, bien sûr, on y érige finalement le Mémorial, qui trône au sommet de la crête.

Photographie noir et blanc d’une imposante sculpture du Mémorial de Vimy, représentant un homme endeuillé dont le pied repose sur une épée. En arrière-plan, on voit des panneaux où sont inscrits les noms des Canadiens morts au champ d’honneur.

Une des statues du Mémorial de Vimy. (Bibliothèque et Archives Canada, MIKAN 3329415)

Lettre dactylographiée se lisant comme suit [traduction] :

Lettre confirmant la cession de la crête de Vimy au gouvernement canadien par la France, 30 juin 1927 (The National Archives, FO 371/12638)

Dès la fin des années 1920, des regroupements d’anciens combattants avaient commencé à planifier un pèlerinage à Vimy en vue du dévoilement du Mémorial. Le grand jour arrive finalement : l’inauguration est fixée au 23 juillet 1936. C’est ainsi qu’à Montréal, plus de 6000 militaires et leurs proches montent à bord de cinq navires de ligne affrétés pour l’occasion. On leur remet des bérets et des insignes, et on leur annonce qu’ils seront des ambassadeurs du Canada pendant leur séjour en Europe. Plusieurs militaires étant nés en Grande-Bretagne, ce voyage leur permet de visiter leurs familles. Ce sont d’ailleurs leurs racines britanniques qui avaient incité certains d’entre eux à se joindre au Corps expéditionnaire canadien, 20 ans plus tôt.

Parmi les personnes ayant fait la traversée, on trouve Charlotte Wood, qui avait quitté Chatham (dans le Kent, en Angleterre) pour immigrer en Alberta en 1904. Onze de ses fils et de ses gendres ont servi lors de la Première Guerre mondiale. Cinq d’entre eux y ont trouvé la mort, dont Peter Percy Wood, décédé non loin de la crête de Vimy, peu de temps après la bataille. Il fait partie des 11 000 Canadiens portés disparus et présumés morts en France, et dont les noms sont inscrits sur le Mémorial. Mme Wood est la première Mère de la Croix d’argent, un titre décerné chaque année à une femme qui représente toutes les mères canadiennes ayant perdu un enfant enrôlé dans l’armée. Deux représentants de la communauté des Canadiens d’origine japonaise assistent aussi à l’inauguration, au nom de leurs semblables ayant servi durant la guerre.

Photographie en noir et blanc d’une femme faisant le salut militaire. Elle est vêtue d’un béret et d’un manteau sur lequel sont épinglées de nombreuses médailles.

Charlotte Wood au Mémorial de la crête de Vimy, 26 juillet 1936. (Bibliothèque et Archives Canada, MIKAN 3224323)

Les voyageurs avaient d’abord débarqué à Anvers, en Belgique, d’où des autobus les mènent sur la crête de Vimy, en passant par les champs de bataille et les cimetières de la Première Guerre mondiale. Le Mémorial est dévoilé par le roi Édouard VIII le 26 juillet 1936, devant une immense foule composée d’anciens combattants de différentes nations, de personnel militaire, de dignitaires et de nombreuses personnes s’étant déplacées pour l’occasion. Édouard VIII était très populaire au Canada à l’époque; il possédait même un ranch en Alberta. Les anciens combattants canadiens se rendent ensuite à Londres pour déposer des couronnes de fleurs au Cénotaphe de Whitehall. Ils séjournent dans la capitale britannique à titre d’ambassadeurs du Canada, fiers représentants d’un pays qui, depuis la guerre, a acquis une grande autonomie. Leur pèlerinage prend fin à Paris, où ils déposent des couronnes sur la tombe du Soldat inconnu.

Photographie noir et blanc d’une grande foule sur un trottoir, lors d’une cérémonie. Elle entoure des soldats placés en formation devant un imposant cénotaphe blanc.

La délégation canadienne arrivant de Vimy, devant le Cénotaphe de Whitehall, Londres, 29 juillet 1936. (Bibliothèque et Archives Canada, MIKAN 4939444)

Les années passent. Au début de la Première Guerre mondiale, en 1940, le préposé canadien chargé de veiller à l’entretien du Mémorial de Vimy est capturé par les forces allemandes alors qu’elles envahissent le nord-est de la France. Tout au long de la guerre, les rumeurs laissent entendre que le Mémorial a été endommagé, voire détruit. Le 11 septembre 1944, le lieutenant-général Harry Crerar, alors aux commandes de la Première armée canadienne, se rend sur le site récemment libéré. Crerar avait lui-même pris part à la bataille de la crête de Vimy, et sa visite sur la crête est largement médiatisée. Les photos permettent de constater qu’étonnamment, le Mémorial est en bon état, en grande partie grâce aux bons soins de Paul et Alice Piroson, un couple belge qui a vu à son entretien
pendant la guerre.

Photographie couleur d’un homme en uniforme, debout devant une imposante structure de pierres. À gauche, on voit deux personnes; la première, en uniforme, est à peine visible, alors que la deuxième, en arrière-plan, porte une veste, un chandail et un béret.

Le lieutenant-général H. D. G. Crerar et Paul Piroson au Mémorial de Vimy, 11 septembre 1944. (Bibliothèque et Archives Canada, MIKAN 4233251)

Paul Piroson continue de travailler à Vimy après la guerre. Lorsqu’il prend sa retraite en 1965, le premier ministre Lester B. Pearson l’invite personnellement au Canada avec sa femme. En 1967, le couple foule pour la première fois le sol canadien et parcourt le pays. Il sera honoré lors d’événements soulignant le 50e anniversaire de la bataille.

Photographie couleur d’un clairon vêtu d’un uniforme écossais, posant devant le monument sur la crête de Vimy.

Vue du Mémorial de Vimy, sans date. (Bibliothèque et Archives Canada, MIKAN 4234839)

Les hommes qui se sont battus sur la crête de Vimy croyaient qu’ils étaient devenus de véritables Canadiens à ce moment précis, et que la bataille avait marqué la naissance de notre pays. Cette vision est demeurée au fil des ans; aujourd’hui, la bataille de la crête de Vimy symbolise l’engagement et le sacrifice des militaires canadiens, peu importe le conflit auquel ils ont pris part. Le terme « Vimy » apparaît d’ailleurs dans plusieurs projets commémoratifs militaires. Et chaque année, des milliers de visiteurs du Canada et d’ailleurs vont se recueillir devant le Mémorial, en souvenir du sacrifice accompli par les Canadiens en 1917.

Notice biographique

Andrew Horrall est archiviste responsable des documents militaires et historien spécialisé dans le music-hall britannique. Il détient un doctorat en histoire de l’Université de Cambridge.

Ce blogue a été créé dans le cadre d’une entente de collaboration entre The National Archives et Bibliothèque et Archives Canada.

La bataille de la crête de Vimy – l’assaut

Bannière avec deux photos: une montrant une photo de la bataille de la crête de Vimy qui transitione vers une image plus contemporaine montrant le mémorial de VimyPar George Hay

L’aube du lundi 9 avril 1917 marque le début de la bataille de la crête de Vimy. Sans doute aidées par le temps froid et couvert, les vagues de soldats canadiens chargées de donner l’assaut prennent position sans se faire remarquer. À 5 h 30 exactement, elles sonnent la charge, bombardant l’ennemi et faisant exploser des mines préalablement enfouies par les ingénieurs.

Les soldats d’infanterie, formant un barrage mobile, avancent vers les lignes allemandes. Le terrain, transformé en véritable bourbier par quelques jours de mauvais temps, est parsemé de cratères en raison des nombreuses mines que les deux camps ont fait exploser au cours des mois précédents. Les Canadiens doivent également progresser au milieu d’un labyrinthe de tranchées affaissées et de barbelés enchevêtrés, ce qui ralentit encore plus leur progression. À 6 h, un vent du nord-ouest se lève, qui apportera neige et grésil par intermittence pendant toute la journée.

En dépit de ces conditions difficiles, à 7 h 10, la 3e Division canadienne du Corps d’armée canadien indique au quartier général qu’elle a réussi à sécuriser la ligne noire (son principal objectif). L’information est confirmée à 7 h 20 par les 4e et 5e Brigades de la 2e Division, et à 8 h 25 par la 3e Brigade de la 1re Division.

Les événements continuent de s’enchaîner, à un rythme tel que le quartier général peut difficilement suivre. À 9 h 25, la 1re Division indique qu’elle a sécurisé les objectifs de la ligne rouge – ses objectifs secondaires –, ce que confirme rapidement la 2e Division. L’offensive en vue d’atteindre les derniers objectifs (les lignes bleue et brune) ne rencontre que peu de résistance, et les soldats avancent selon le plan établi. Enfin, les bataillons à l’avant-garde des deux divisions gravissent la crête par le versant est. Ce sont les premiers alliés à contempler la plaine de Douai depuis 1915, date de sa reprise par les Allemands. Au début de l’après-midi, les 1re, 2e et 3e Divisions rapportent la réussite complète de leurs opérations.

Les premiers rapports de la 4e Division sont eux aussi positifs. Mais alors que la matinée s’achève, il devient évident que des soldats allemands continuent de défendre le secteur : une poche de résistance a probablement été contournée. Ailleurs, la ligne allemande s’est aussi reformée après le passage de la force offensive : l’ennemi est ressorti des galeries et des tunnels, et se trouve maintenant derrière les Canadiens.

La colline 145 – la plus élevée et la plus importante de la crête, où se dresse aujourd’hui le mémorial de Vimy – est toujours aux mains des Allemands. Ceux-ci maintiennent un feu nourri contre les troupes de la 4e Division, tant sur le flanc droit que gauche. La 4e Division doit aussi essuyer les tirs ennemis en provenance d’une zone appelée le « Bourgeon », située plus au nord. En raison de leur importance pour la défense allemande, ces deux positions sont défendues avec acharnement et au prix de grands sacrifices.

Malgré des tentatives aussi intenses que courageuses, la colline 145 et le Bourgeon échappent toujours aux Canadiens en fin d’après-midi, et on décide de suspendre temporairement les opérations. En cette première journée de combats, malgré des avancées inégales, les Canadiens ont conquis la crête sur un front large de 6,4 km, avec des avancées dépassant par endroits les 3,6 km. Ils ont aussi capturé plus de 3 000 soldats allemands et se sont emparés d’importantes quantités d’artillerie et de matériel militaire. Bref, en dépit de lourdes pertes, cette première journée est un succès incontestable.

Photo noir et blanc d’un groupe de soldats creusant une tranchée pour consolider leur position.

Des soldats canadiens consolident leur position sur la crête de Vimy, en avril 1917. (Bibliothèque et Archives Canada, MIKAN 3521877)

La nuit suivante, les forces allemandes s’abstiennent de contre-attaquer, offrant un répit bienvenu aux soldats canadiens. Le travail de consolidation des 1re, 2e et 3e Divisions progresse bien; par contre, pour la 4e Division, la principale tâche reste à compléter. Tôt le matin du mardi 10 avril, la 10e Brigade canadienne reçoit l’ordre de s’emparer de la colline 145 et de sécuriser sa position. Quant à la 11e Brigade canadienne, elle doit aussi se lancer à l’assaut de la colline et tenter de s’installer au sommet le même jour.

Une tempête de neige sévit lorsque, à 14 h 30, le 44e Bataillon (du Manitoba) et le 50e Bataillon (de Calgary) prennent leur position. Ils attaquent en barrage à 15 h 15, montant vers la crête. À la tombée du jour, ils y sont; seul le Bourgeon échappe encore aux Canadiens. Mais l’assaut a prélevé un lourd tribut : les deux bataillons ont perdu plus de 300 hommes. En revanche, ils ont fait 200 prisonniers et se sont emparés de quatre mitrailleuses et d’un mortier de tranchée. La 4e Division a maintenant sécurisé tous ses principaux objectifs. Ailleurs, tout le long de la ligne, les divisions canadiennes repoussent les défenses ennemies et consolident leurs positions. Leur travail se poursuit dans la nuit, ainsi que le jour suivant, le mercredi 11 avril.

C’est alors qu’est transmis l’ordre de mener une attaque générale le 12 avril, afin d’empêcher les Allemands de redresser leurs lignes et de contre-attaquer. Dans l’intervalle, l’artillerie a maintenu un tir vigoureux contre les forces allemandes, tirant profit des postes d’observation établis le long de la crête pour se déplacer derrière les lignes ennemies et disperser les groupes de soldats. Fort de la victoire obtenue sur la crête, le lieutenant-général Julian Byng veut profiter de la position dominante de ses troupes. Il ordonne donc à la 10e Brigade de la 4e Division canadienne d’attaquer le dernier vestige de la ligne défensive allemande : le Bourgeon.

Cette zone n’était qu’un objectif secondaire lors de l’assaut initial, et faute de troupes disponibles, sa conquête avait été reportée en fonction de l’issue de la bataille. Sans être essentielle à la prise de la crête, elle risquait toutefois de nuire aux opérations si elle restait aux mains des Allemands.

À 5 h le matin du jeudi 12 avril, accompagnés d’un barrage mobile et du feu nourri de l’artillerie, les 44e et 50e Bataillons avancent vers le Bourgeon. Ce sont eux qui, la veille, ont mené avec succès la ligne jusqu’à la colline 145. Le Bourgeon est une position redoutable, constituée d’un labyrinthe de tranchées et d’abris. Cependant, la plus grande difficulté vient de la neige aveuglante et du terrain escarpé et boueux : le 50e Bataillon note qu’en certains endroits, les soldats pataugent dans la boue jusqu’à la taille.

La tempête a toutefois cela de bon qu’elle permet aux Canadiens d’avancer à moins de 27 mètres du Bourgeon avant d’être repérés. Commencent alors de violents combats rapprochés avec la garnison allemande. Peu après 8 h, le quartier général est informé que les bataillons canadiens ont atteint leur objectif.

Graphique quadrillé noir et blanc montrant l’approvisionnement et la consommation en munitions de la Première armée pendant le mois d’avril 1917. La ligne représentant l’approvisionnement est plus élevée et en dents de scie; la ligne représentant l’approvisionnement est plus basse et stable. Sur le tracé indiquant la consommation en munitions, on a noté les principales attaques d’avril; un pic particulièrement prononcé illustre l’assaut de la crête de Vimy, les 8 et 9 avril.

Graphique montrant l’approvisionnement et la consommation en munitions de la Première armée pendant le mois d’avril 1917. On remarque une hausse importante les 8 et le 9 avril, avec la mention « Attack on Vimy Ridge » (attaque de la crête de Vimy). The National Archives, WO 153/1284 (en anglais)

D’autres opérations sont prévues le jour suivant, mais le commandement allemand décide de battre en retraite, abandonnant la crête, les positions de soutien et de grandes quantités de matériel. Comme le précise le rapport sur les opérations rédigé pour le Corps d’armée canadien, « si le lundi 9 a été un jour de grande victoire dans la bataille, le vendredi 13 a représenté le jour où les fruits de la victoire ont été savourés, le jour où l’ennemi a accepté sa défaite. » [Traduction] Les villages de Thélus, Farbus, Givenchy, Willerval, Vimy et La Chaudière sont aux mains des Canadiens, de même que la crête de Vimy, la colline 145 et le Bourgeon. Plus de 4 000 soldats allemands ont été faits prisonniers, et plus de 60 canons sont saisis, en même temps qu’un grand nombre de mitrailleuses, de mortiers de tranchée et d’autres armes. Le général Henry Horne, commandant de la Première armée, écrit :

« La crête de Vimy était considérée comme une position d’une très grande force; les Allemands la pensaient imprenable. Le fait de l’avoir remportée avec si peu de pertes atteste de la solidité du plan, de la minutie des préparatifs, de la vitesse et de la détermination de l’exécution, ainsi que du dévouement de tous ceux qui ont participé à la bataille. Le 9 avril 1917 restera un jour historique dans les annales de l’Empire britannique. » [Traduction]

Lettre dactylographiée destinée au Corps d’armée canadien et signée par le général Horne, commandant de la Première armée.

Message du général Horne félicitant le Corps d’armée canadien pour la prise de la crête de Vimy, 12 avril 1917. The National Archives, WO 95/169/7 (en anglais)

Lettre dactylographiée destinée au Corps d’armée canadien et signée par le général Horne, commandant de la Première armée.

Lettre de félicitations du général Horne au Corps d’armée canadien, datée du 8 mai 1917 et soulignant l’engagement sans faille du Corps depuis le 9 avril. The National Archives, WO 95/169/7 (en anglais)

Lettre dactylographiée destinée au Royal Flying Corps et signée par le lieutenant-colonel Grand.

Message de remerciement à l’intention du Royal Flying Corps, signé par le lieutenant-colonel Grand, de l’état-major général de la Troisième armée, 18 avril 1917. The National Archives, WO 95/169/7 (en anglais)

Biographie

George Hay est spécialiste en chef des documents militaires à The National Archives. Titulaire d’un doctorat en histoire, il s’intéresse de près à l’histoire militaire amateur britannique.

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Au-delà de Vimy : La montée de la puissance aérienne, 1re partie

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Bibliothèque et Archives Canada présente sa toute dernière émission de baladodiffusion, « Au-delà de Vimy : La montée de la puissance aérienne, 1re partie ».

Avril 2017 marque le 100e anniversaire de l’attaque et de la prise de la crête de Vimy, alors que les quatre divisions du Corps expéditionnaire canadien travaillaient ensemble pour la première fois. Au cours de la Première Guerre mondiale, plus de 25 000 Canadiens ont servi dans les services aériens britanniques à titre de pilotes, d’observateurs et de mécaniciens. Même si la bataille de la crête de Vimy est surtout connue comme une offensive terrestre, une grande partie des préparatifs en vue de l’assaut sur Vimy se sont déroulés dans les airs. Pour la première partie de cette émission, nous sommes en compagnie de Bill Rawling, historien et auteur du livre Survivre aux tranchées, et de Hugh Halliday, auteur et conservateur retraité du Musée canadien de la guerre. Ensemble, nous discuterons du rôle que le Canada et ses alliés ont joué dans les airs lors des batailles de Vimy et d’Arras en avril 1917, un mois surnommé « avril sanglant ».

Une photo en noir et blanc montrant un avion biplan avec deux aviateurs dans le cockpit: un qui pilote et l'autre sur la mitrailleuse.

Un avion Curtiss JN-4 doté d’une mitrailleuse intégrée, artillerie du pilote, Royal Flying Corps [corps royal d’aviation], Canada, School of Aerial Gunnery [école d’artillerie aérienne], Camp Borden (Ontario), 1917 (MIKAN 3404272)

Pour voir les images associées à ce balado, voici un lien vers notre album Flickr.

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La bataille de la crête de Vimy – préparations

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Par George Hay
L’offensive d’Arras de 1917 fut divisée en dix actions distinctes, comprenant des batailles importantes et des attaques de flanc et subsidiaires. Les deux premières actions de la première phase, les batailles simultanées à la crête de Vimy au nord d’Arras et à cheval sur la rivière Scarpe au centre de la ville, eurent lieu entre le 9 et le 14 avril. La bataille au nord fut menée de front par le Corps canadien. Pour la première fois, les quatre divisions canadiennes combattirent ensemble et se défendirent brillamment pour atteindre le sommet de ce terrain surélevé. L’objectif initial de l’attaque était de former un flanc défensif pour les opérations de la 3Armée vers le sud, mais compte tenu de la retraite allemande vers la ligne Hindenburg le mois précédent, l’importance de réussir cette opération devint capitale. La mainmise sur la crête permit aux Allemands d’avoir une vue générale des positions de l’ensemble des troupes britanniques et du Commonwealth. Non seulement la prise de possession de la crête aux dépens des Allemands aiderait les forces en présence au sol, mais, dorénavant, ce serait les Britanniques eux-mêmes qui, une fois au sommet, bénéficieraient de cet avantage visuel.

Une carte de couleur indiquant les endroits, les rivières et les lignes mobiles de défense.

Carte de situation montrant la retraite allemande vers la ligne Hindenburg. (The National Archives, WO 95/1049/9)

Comme indiqué précédemment, ces opérations étaient prévues en principe depuis la fin de l’année précédente et une préparation très minutieuse en vue de former des effectifs et d’accumuler de l’artillerie et du matériel de guerre avait été mise en branle. De plus, l’attaque du 9 avril est le point culminant d’une phase d’opérations comprenant un grand nombre d’incursions et un bombardement d’artillerie incroyablement destructeur. Une constante usure du moral et de la défense de l’ennemi, combinée à une préparation minutieuse et à un entrainement rigoureux menés par les Canadiens, a préparé le terrain à une bataille décisive livrée dans des conditions climatiques des plus difficiles.

Comme dans toute opération offensive majeure, des objectifs sont établis pour le Corps canadien, mais ces objectifs sont précis et limités dans leur portée. Certains sont communs aux divisions tandis que d’autres sont assignés à certaines sections de ligne. Ils se composent de deux objectifs primaires (la ligne noire et la ligne rouge) et de deux objectifs secondaires (la ligne bleue et la ligne brune).

Une carte de la crête de Vimy montrant les quatre étapes des objectifs militaires en couleur : 1er objectif en noir, 2e objectif en rouge, 3e objectif en bleu et 4e objectif en brun.

Carte des objectifs militaires du Corps canadien tirée du journal de guerre de l’état-major général, avril 1917. (The National Archives, WO 95/1049/9)

Carte miméographiée dont les différentes lignes illustrent les régiments allemands situés derrière les tranchées à ces deux différentes périodes.

Ordre de bataille montrant la position des lignes le 6 et le 26 avril. La carte montre aussi les régiments allemands positionnés derrière les lignes à ces deux dates. La carte est datée du 27 avril et a été produite par le Service canadien des renseignements. (The National Archives, WO 95/1049/9)

La première étape consistait à traverser la ligne de front allemande jusqu’à une profondeur d’environ 700 verges. Une fois la prise de possession du sol effectuée, les 3e et 4e Divisions retranchèrent les forces allemandes de soutien dans leur principale ligne de défense. La ligne rouge se situait entre 400 et 1000 verges devant les premiers objectifs et représentait l’objectif le plus éloigné des 3e et 4Divisions. Les lignes bleu et marron se situaient entre 1200 et 4000 verges de la ligne rouge et étaient sous la responsabilité exclusive des 1re et 2e Divisions. Globalement, atteindre ces objectifs exigeait de se mesurer à un système vaste et complexe de tranchées, fosses réservoirs, tunnels et centres de résistance, que l’armée allemande avait passé deux années à construire. La réussite du Corps canadien était intimement liée au plan de tir d’artillerie, qui allait se dévoiler à chaque objectif, juste avant l’arrivée de l’infanterie.

Une page miméographiée et dactylographiée séparée en trois sections : les étapes successives, la répartition des troupes, ainsi que les quartiers généraux et les frontières.

Projet de plan d’attaque montrant les quatre étapes et le minutage de l’avancée. (The National Archives, WO 95/169/6)

Un extrait d’une page miméographiée et dactylographiée expliquant la stratégie derrière les barrages d’artillerie soutenant l’assaut : le barrage « roulant », le barrage « permanent » et les batteries de campagne dans les positions avancées (connues comme les batteries silencieuses, qui gardaient le silence jusqu’à ce qu’elles entrent en service lors d’objectifs plus lointains).

Plan de bombardement à l’appui de l’assaut. (The National Archives, WO 95/1049/10)

Une carte en noir et blanc montrant la zone autour de la crête de Vimy. La carte est couverte de lignes sinueuses, représentant le barrage d’artillerie roulant tandis que les différents objectifs de l’attaque (noir, rouge, bleu et brun) sont représentés par des lignes plus épaisses.

Carte de barrage pour l’attaque de Vimy. (The National Archives, WO 153/1284/)

L’artillerie avait elle aussi, bien évidemment, été méticuleusement préparée. On s’y était attelé 20 jours à l’avance et l’intensité des exercices augmentait à mesure que le jour de l’attaque approchait, tout cela sans jamais dévoiler toute la puissance de l’arsenal disponible. Les câbles et les centres de résistance étaient gardés sous le barrage, affaiblissant la défense allemande, mais aussi le moral de ceux en poste à l’avant. Les tirs à l’appui de l’assaut étaient aussi bien planifiés, avec un barrage roulant de shrapnel dressé à 100 verges devant l’infanterie. Des barrages permanents sur les systèmes de défense précédaient aussi les lignes de combat. Plus de 200 mitrailleurs furent également déployés sur un front relativement étroit, 150 autres formèrent un barrage indirect et effectuèrent des tirs d’appui, tandis que 130 furent transportés par les brigades d’assaut devant servir à la consolidation et que 78 autres furent gardés en réserve. L’artillerie lourde et les compagnies du Corps royal du génie (compagnies d’attaque au gaz munies d’un mortier Livens) devaient utiliser des explosifs de grande puissance et des gaz pour le travail de contre-batterie afin d’éliminer l’artillerie allemande.

Des chars d’assaut furent également attribués au Corps canadien afin de soutenir leurs opérations. Ayant été utilisés pour la première fois sept mois auparavant à Flers-Courcelette sur la Somme, huit chars d’assaut furent déployés autour des défenses de Thélus, qui étaient situées entre la 1re et la 2e Division — les deux divisions les plus éloignées. Malgré leurs promesses sur le champ de bataille, la planification de l’artillerie tout comme celle de l’infanterie fut effectuée sans tenir compte de la contribution des chars d’assaut, puisque leur nombre était limité et qu’on les considérait comme peu fiables.

Une photographie en noir et blanc montrant au moins trois équipes de six chevaux transportant des canons aux endroits stratégiques.

L’Artillerie canadienne de campagne transportant les armes, crête de Vimy, avril 1917. (Bibliothèque et Archives Canada, MIKAN 3521867)

Une reconnaissance était effectuée par la 16e escadre du Royal Flying Corps et la compagnie no 1 de ballon cerf-volant afin de donner de l’information sur le plan d’attaque, tandis que des plans de communication étaient élaborés à l’aide de câbles (souterrains et visibles) avec des stations de réception pour les officiers observateurs avancés de l’artillerie, permettant de réduire les risques de complications. Le minage servit non seulement à des fins offensives dans l’intention de démolir les centres de résistance allemands, mais aussi pour produire près de quatre mille tunnels et passages souterrains permettant à l’infanterie d’avancer et d’attaquer, et aux blessés d’être évacués.

Tout était en place à l’heure du déclenchement de l’assaut, à 5 h 30 le 9 avril 1917. Les heures de noirceur précédant l’attaque et la couverture nuageuse permirent à l’infanterie de se rendre discrètement à leurs postes d’attaque, plusieurs de ces postes étant bien visibles pour l’ennemi en plein jour. Si les Allemands avaient eu connaissance de cette manœuvre, ils auraient sans doute formé un tir de barrage et ainsi freiné l’onde d’assaut tout en causant de sérieux dommages. Tel ne fut pas le cas et les postes d’offensive furent occupés en catimini. Dans la pénombre à l’heure zéro, sous un ciel froid et couvert, lorsque la manœuvre était encore en grande partie ignorée par l’ennemi, le bombardement intense commença avec une fureur soudaine et l’avance de l’infanterie fut alors entamée.

Biographie

George Hay est spécialiste en chef des documents militaires à The National Archives. Titulaire d’un doctorat en histoire, il s’intéresse de près à l’histoire militaire amateur britannique.

Ce blogue a été créé dans le cadre d’une entente de collaboration entre The National Archives et Bibliothèque et Archives Canada.

La bataille de la crête de Vimy : le corps canadien et les préparatifs

Bannière avec deux photos: une montrant une photo de la bataille de la crête de Vimy qui transitione vers une image plus contemporaine montrant le mémorial de VimyPar Marcelle Cinq-Mars

Dès la fin de l’ultimatum anglais à l’Allemagne et de la déclaration de guerre qui s’ensuit, le Dominion du Canada se trouve de facto plongé dans la tourmente. C’est ainsi que le veulent les liens de l’Empire qui unissent le Canada à la Grande-Bretagne en août 1914. Rares sont ceux qui, au Canada, s’opposent alors à la participation canadienne à cette « guerre européenne » comme on l’appelle alors.

Une photo en noir et blanc montrant un champ de tentes blanches à perte de vue et dans l’avant-plan un long défilé de soldats faisant des exercices militaires.

La première armée canadienne – une scène à Valcartier, 1914 (Bibliothèque et Archives Canada – MIKAN 3642184)

Le Roi accepte l’offre d’un corps expéditionnaire que lui propose le gouvernement canadien. Avec beaucoup d’enthousiasme – et de désorganisation – les premiers volontaires canadiens sont rapidement regroupés au camp militaire de Valcartier, créé de toutes pièces à une trentaine de kilomètres au nord de la ville de Québec. En un peu plus d’un mois, le premier contingent canadien d’environ 36 000 soldats et officiers est prêt à s’embarquer pour l’Angleterre.

Les volontaires canadiens

Mais qui sont ces premiers volontaires canadiens qui ont accepté de servir « for the duration » et sous l’Army Act britannique?

Des quelque 1500 officiers du premier contingent canadien, presque tous ont reçu une formation militaire dans la milice canadienne; plus des deux tiers sont nés au pays, alors que les autres proviennent d’autres parties de l’Empire. Cette proportion est pratiquement inverse au sein des soldats qui sont nés pour plus de 65 % dans d’autres parties de l’Empire, alors qu’un peu moins de 30 % sont nés au Canada et les autres proviennent des États-Unis et autres pays alliés.

En ce mois de mars 1917, le Corps canadien qui se prépare à prendre la crête de Vimy a bien changé. Depuis son arrivée sur les plaines de Salisbury trente mois plus tôt, les Canadiens ont subi le baptême du feu : ils ont fait face aux premières attaques au gaz toxique à la bataille du Second Ypres en avril 1915 et ont pris part aux batailles de Festubert (mai 1915), St-Éloi (juin 1916) et de la Somme (juillet 1916). Toujours en 1916, le lieutenant-général Alderson cède sa place à un nouveau commandant du Corps canadien, le lieutenant-général Julian Byng.

Une photo noir et blanc d’un homme moustachu en uniforme portant une casquette d’officier ainsi que la ceinture Sam Browne. Son blouson est couvert de médailles et de décorations militaires. Il regarde directement le photographe avec un regard impassible.

Lieutenant-général sir Julian Byng en mai 1917. Photo prise par William Ivor Castle (Bibliothèque et Archives Canada – MIKAN 3213526)

Byng se retrouve donc à la tête du Corps canadien, qui compte maintenant 4 divisions. Fait à noter, la 2e Division canadienne comprend le seul bataillon francophone de tout l’Empire britannique en activité au front, soit le « 22nd (French Canadians) Battalion » (aujourd’hui le Royal 22e Régiment). Autorisé en octobre 1914, ce bataillon commandé uniquement par des officiers francophones permet alors aux Canadiens français de servir leur pays dans leur langue maternelle.

La préparation de l’attaque

Une fois le plan de Byng soumis, modifié et accepté par le commandement militaire, la préparation pour l’attaque de la crête de Vimy se met en branle. Le Corps canadien, à qui l’on a confié cette tâche, s’applique avec la plus grande détermination à la préparation soigneuse de l’attaque. Grâce à une réplique à l’échelle des défenses allemandes qu’il a fait préparer à l’arrière, Byng supervise personnellement l’entrainement des Canadiens : jour après jour, les officiers et soldats pratiquent avec autant de réalisme que possible la tactique qu’ils devront appliquer le jour de l’attaque. On prend soin de pratiquer l’avance cadencée au rythme du barrage roulant de l’artillerie.

Pendant ce temps, les sapeurs canadiens et anglais se chargent d’aménager des dépôts de munitions, des réservoirs d’eau et des pompes. À vingt-cinq pieds sous les tranchées, les tunneliers agrandissent le système de tunnels qui permettra d’assurer le passage des troupes vers la première ligne de tranchées tout en protégeant le réseau de communication.

Une carte avec un gros plan d’une section des positions militaires canadienne et allemande et dans la cartouche on peut voir toute la ligne du front, de la mer du Nord jusqu’à Reims dans le sud.

Carte de la crête de Vimy du 9 avril avant le début de la bataille (Bibliothèque et Archives Canada – MIKAN 178969)

Les pilotes de la Royal Flying Corps reçoivent la mission d’observation des positions allemandes et de bombardement de positions vitales, telles les chemins de fer ou les aérodromes allemands. Les précieux renseignements obtenus, relayés à l’arrière, permettent ainsi de découvrir plus de 80 % des batteries d’artillerie allemandes.

En préparation du jour de l’attaque, l’artillerie commence le pilonnage des tranchées allemandes le 20 mars. Ce pilonnage durera jusqu’au 2 avril, alors que l’intensité du bombardement sera augmentée au maximum. En tout, on estime à plus d’un million le nombre de salves d’artillerie durant cette période préparatoire, déversant plus de 50 000 tonnes d’obus sur les positions allemandes. Cette préparation par l’artillerie aura suffisamment détruit les lignes de communication allemandes pour ralentir considérablement le ravitaillement des défenseurs de la première tranchée.

Une photo en noir et blanc de soldats avançant dans un champ pendant que des obus explosent juste en avant de la colonne qui avance.

Les Canadiens passent à travers les lignes de barbelés allemands, avril 1917 (Bibliothèque et Archives Canada – MIKAN 3404765)

Lorsque vient enfin le jour de l’attaque, les 15 000 Canadiens qui se portent à l’assaut de la crête de Vimy sont sûrs de parvenir à leurs objectifs. C’est un grand jour pour le Corps expéditionnaire canadien qui compte bien démontrer sa détermination et son efficacité. Ils ne le savent pas encore, ces hommes qui partent à l’assaut, mais ce sera aussi un grand jour pour le Canada.

Ressources connexes

Biographie

Marcelle Cinq-Mars est archiviste principale dans le domaine militaire à la Direction générale des documents gouvernementaux de Bibliothèque et Archives Canada. Elle a écrit de nombreux livres qui portent principalement sur la Première Guerre mondiale.

Ce blogue a été créé dans le cadre d’une entente de collaboration entre The National Archives et Bibliothèque et Archives Canada.

 

100e anniversaire de la bataille de la crête de Vimy : collaboration avec The National Archives

Bannière avec deux photos: une montrant une photo de la bataille de la crête de Vimy qui transitione vers une image plus contemporaine montrant le mémorial de Vimy

Au cours du prochain mois, Bibliothèque et Archives Canada et The National Archives of the United Kingdom mettront en valeur le rôle que le contingent canadien a joué dans la bataille de la crête de Vimy, alors que nous soulignons le 100e anniversaire de cette bataille de la Première Guerre mondiale.

Dans une série de blogues étudiant la bataille au moyen de nos documents respectifs, nous aborderons les sujets suivants :

  • la composition du Corps canadien dans le contexte ayant mené à la bataille de Vimy
  • ce qui s’est produit durant la bataille
  • la manière dont la bataille s’est terminée
  • la commémoration à la suite de la bataille
  • les représentations artistiques de la bataille

Cherchez le premier blogue de la série le 3 avril et le dernier le 21 avril.

Au cours de la même période, nous poursuivrons la série Centenaire de la Première Guerre mondiale : hommage aux récipiendaires canadiens de la Croix de Victoria, laquelle se penche sur les soldats honorés pour les actes qu’ils ont posés pendant la bataille.

La bataille de la crête de Vimy, du 9 au 12 avril 1917

Pour les Canadiens, la bataille de la crête de Vimy évoque l’effort commun de toutes les unités canadiennes qui combattirent ensemble pour la première fois afin de parvenir à la victoire. C’est en quelque sorte la toute première victoire militaire nationale — et donc une grande source de fierté.

Au printemps 1917, le commandement allié confie aux Canadiens la difficile mission de conquérir la crête de Vimy et d’en chasser les Allemands, qui y sont installés presque sans interruption depuis les débuts de la Première Guerre mondiale.

Carte d’un barrage [matériel cartographique] : [région de la crête de Vimy, France]

Carte d’un barrage [matériel cartographique] : [région de la crête de Vimy, France] (source)

Pendant des semaines, les officiers canadiens élaborent leur tactique d’attaque dans les moindres détails. Les soldats s’exercent à attaquer à l’arrière du front en utilisant une maquette du champ de bataille afin de bien connaître le terrain sur lequel ils vont se battre. Le rôle de l’artillerie est aussi réglé au quart de tour, de sorte qu’elle soit prête à lancer le fameux « feu roulant », ce barrage d’artillerie destiné à bombarder l’ennemi en avançant à un rythme prédéterminé, comme un rideau d’obus s’abattant devant les troupes à l’assaut.

Pendant la bataille de la crête de Vimy, le 29e Bataillon d'infanterie avance sur le no man's land malgré les barbelés allemands et le feu nourri des tireurs.

Pendant la bataille de la crête de Vimy, le 29e Bataillon d’infanterie avance sur le no man’s land malgré les barbelés allemands et le feu nourri des tireurs. (source)

L’attaque qui lance la bataille de la crête de Vimy a lieu le lundi de Pâques, le 9 avril 1917, à 5 h 30. Quatre divisions canadiennes se ruent contre les positions allemandes; trois d’entre elles atteignent leurs premiers objectifs en moins d’une heure. Grâce au feu roulant de l’artillerie, redoutablement efficace, les hommes, fort bien entraînés, avancent rapidement. Toutefois, les Allemands résistent farouchement; ce n’est qu’après quatre jours d’intenses combats que les Canadiens peuvent enfin confirmer leur contrôle sur la fameuse crête de Vimy.

La bataille a coûté la vie à 3 598 soldats canadiens et en a blessé plus de 7 000.

(Première Guerre mondiale, 1914-1918) Devant la progression des troupes canadiennes, des groupes d’Allemands sortent des tranchées et se rendent. – Crête de Vimy, avril 1917.

(Première Guerre mondiale, 1914-1918) Devant la progression des troupes canadiennes, des groupes d’Allemands sortent des tranchées et se rendent. – Crête de Vimy, avril 1917. (source)

Pour voir plus de photographies, veuillez consulter notre album Flickr.

Résumé des commentaires reçus en anglais jusqu’au 30 septembre 2013

  • Des usagers ont aussi mentionné la participation du 85e bataillon des Nova Scotia Highlanders et du Royal Newfouland Regiment ainsi que de troupes de d’autres pays comme l’Australie et la Nouvelle-Zélande.