Conservateur invité : Scott Dickinson

Bannière pour la série Conservateurs invités. À gauche, on lit CANADA 150 en rouge et le texte « Canada: Qui sommes-nous? » et en dessous de ce texte « Série Conservateurs invités ».

Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

Joignez-vous à nous chaque mois de 2017! Des experts de BAC, de tout le Canada et d’ailleurs donnent des renseignements additionnels sur l’exposition. Chaque « conservateur invité » traite d’un article particulier et en ajoute un nouveau — virtuellement.

Ne manquez pas l’exposition Canada : Qui sommes-nous? présentée au 395, rue Wellington à Ottawa, du 5 juin 2017 au 1er mars 2018. L’entrée est gratuite.


Un portrait de mariage de Samuel Leonard Tilley et Julia Ann Hanford

Une photographie couleur d’une image en sépia dans un cadre de bois et d’or présentant un homme et une femme assis. L’homme porte un complet, un gilet et une cravate. La femme porte une charlotte, une robe et un châle à motifs.

Un daguerréotype de Samuel Leonard Tilley et Julia Ann Hanford, vers 1843 (MIKAN 3192569)

Bien que le Canada ne soit plus un dominion de la Grande-Bretagne, le terme faisait partie du premier nom officiel du pays. Tilley, un des Pères de la Confédération, l’aurait tiré d’un psaume.


Parlez-nous de vous.

J’ai commencé à m’intéresser à l’histoire ‒ en particulier à l’histoire de la technologie et de l’industrie ‒ lors de mon enfance à Brantford en Ontario, une ancienne ville manufacturière pas très loin d’Hamilton. Si Hamilton était connue pour fabriquer de l’acier, Brantford était connue pour fabriquer de l’équipement agricole. Lorsque j’y vivais, toutes les grandes entreprises agricoles canadiennes étaient parties, ne laissant rien d’autre que les vieux bâtiments d’usine et les souvenirs des générations précédentes. Explorer cette histoire a capté mon intérêt à l’égard des machines que les Canadiens inventaient, fabriquaient et utilisaient ‒ ainsi que des lieux où ils le faisaient. Cela a été le début de mon voyage dans l’histoire. Je n’habite plus à Brantford, mais partout où je vais, je me surprends à chercher des signes du passé industriel du Canada.

Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

Le premier processus photographique pratique a été inventé en 1839 par Louis-Jacques-Mandé Daguerre; c’est pourquoi ce type de photographie est appelé un daguerréotype. Bien que la photographie soit normale pour nous, la daguerréotypie ne l’est pas et nécessite probablement une explication.

La daguerréotypie utilisait une plaque de cuivre recouverte d’argent comme « film ». La surface de la plaque était traitée chimiquement afin de la rendre sensible à la lumière. Cette plaque sensible à la lumière était placée dans une boîte sombre ‒ l’appareil photo ‒ jusqu’à ce qu’elle soit exposée à la scène qu’elle devait capter. Après un autre traitement chimique, l’image à laquelle la plaque avait été exposée apparaissait clairement, très nette en noir et blanc. Les images des daguerréotypes semblent flotter au-dessus de leur plaque, donnant une illusion de profondeur, une propriété unique qu’aucune autre forme de photographie n’a réussi à reproduire.

Les expositions du daguerréotype ne sont pas instantanées. Il fallait se tenir sans bouger pendant deux minutes, sans quoi l’image finale serait floue. C’est pourquoi les plus anciennes photos sont des portraits officiels de personnes assises ou d’autres scènes immobiles. Le coût et le temps nécessaires signifiaient également que prendre une photographie était un événement pour lequel il valait la peine de mettre ses beaux habits.

Avez-vous déjà dû continuer à sourire pendant qu’une personne ajustait maladroitement son appareil photo? Sourire pendant plus de quelques secondes peut être douloureux. Imaginez maintenant d’essayer de sourire pendant deux minutes complètes. Les premières photographies comme celle-ci dépeignent nos ancêtres comme étant sévères, mais un froncement de sourcils est beaucoup plus facile à maintenir qu’un sourire!

Lorsque nous regardons des photographies historiques, nous devons penser non seulement au sujet, mais à la technologie utilisée pour saisir l’image. Les Tilley, apparaissant ici dans une pose guindée et conventionnelle, n’étaient pas nécessairement des personnes guindées et conventionnelles. Nous ne l’aurions jamais su à partir de ces daguerréotypes, car les limites de la technologie signifiaient que seulement certains types de scènes pouvaient être saisies. Lorsque nous regardons des photographies historiques, nous devons penser à ce que nous voyons ‒ et à ce que nous ne voyons pas.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

Une photo en noir et blanc de deux jeunes garçons portant des manteaux et des chapeaux de laine, assis sur un banc de bois. L’un s’est écroulé de sommeil; l’autre fixe l’appareil photo et tient une valise. Une foule floue est visible en arrière-plan.

Nouveaux arrivants à bord du S.S. Argentina attendant l’autorisation dans la salle d’interrogation de l’Immigration, Quai 21, mars 1952 (MIKAN 3212241)

Il y a un item de la collection de BAC qui complète très bien ce daguerréotype. Il s’agit d’une autre photographie, qui montre une scène très différente du contexte distingué de la photographie des Tilley.

Plus d’un siècle après le daguerréotype de Samuel Tilley, le Canada traversait l’un de ses booms périodiques d’immigration. La photographie était alors plus que suffisamment perfectionnée pour faire ce qu’il était impossible de réaliser avec le daguerréotype : des instantanés pris sur le vif. Qui plus est, les photographes souhaitaient maintenant prendre des photos de personnes ordinaires, comme celles de nouveaux immigrants, et plus tard de réfugiés. Les deux sont représentés dans cette exposition.

Cet instantané représente deux jeunes immigrants attendant d’être reçus au Quai 21 à Halifax. Nous sommes en 1952, et ces deux enfants aux yeux fatigués débarquaient tout juste du S.S. Argentina. Leur visage illustre de l’épuisement, de l’appréhension et peut-être un peu d’agacement en raison de l’attente.

Laquelle de ces photographies représente une meilleure image du Canada? Selon moi, les versions du Canada que ces photographies illustrent sont toutes deux valables. Les deux photographies présentent des histoires qu’il vaut la peine de raconter.

Cette photographie ne montre pas un père fondateur du Canada. Les noms de ces deux enfants ne sont pas consignés. Mais ce sont tout de même des Canadiens. Leur expérience du Canada est très différente de l’expérience de Samuel Tilley, mais les deux ont été importantes pour la croissance de notre nation. La photographie est devenue un grand facteur de nivellement social. Elle n’est plus l’apanage des bien nantis. Nous avons une dette envers les premiers utilisateurs du daguerréotype pour avoir montré les visages des premiers Canadiens, mais ils n’auraient pas pu illustrer la réalité à l’extérieur du studio. Les photographes plus modernes nous ont ouvert une fenêtre sur ce à quoi les Canadiens ressemblaient vraiment.

Biographie

Une photo couleur d'un jeune homme debout devant une balustrade tenant un diplome.Scott Dickinson est un jeune spécialiste de musée ayant un grand intérêt pour l’histoire de la technologie que les Canadiens utilisent tous les jours. Il détient un diplôme spécialisé en histoire de l’Université Western Ontario (2014) et une maîtrise en histoire publique, également de l’Université Western Ontario (2015). Il est actuellement inscrit comme étudiant au programme de gestion de musée et de conservation du collège Fleming.

Conservatrice invitée : Nicoletta Michienzi

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Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

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Page couverture d’un atlas sur l’immigration intitulé Canada West [Ouest canadien] publié par le ministère de l’Immigration, vers 1923

Page couverture d’un atlas en couleur présentant une femme blonde qui porte une robe de style grec et qui tient un rideau de blé doré ouvert afin de révéler une scène agricole avec tout ce que cela suppose de champs verts et dorés, de fermes, d’étables et de bétail.

Page couverture d’un atlas sur l’immigration intitulé Canada West [Ouest canadien] publié par le ministère de l’Immigration, vers 1923 (MIKAN 183827)

Derrière les rideaux de blé doré se cache un Canada idéalisé, voire utopique. C’était monnaie courante dans les publicités sur l’immigration. À l’époque, l’Ouest canadien n’était pas aussi développé que l’image le laisse croire.


Parlez-nous de vous.

Je suis née et j’ai grandi à London, en Ontario, dans une famille italo-canadienne tissée serrée. Les récits racontés par ma famille sur la culture italienne m’ont inspiré une passion pour l’histoire de l’Italie.

J’ai donc voyagé en Italie et ailleurs en Europe à plusieurs reprises, et j’essaie de voyager dès que je le peux. J’ai eu le privilège d’aller en Angleterre pour étudier. Lorsque j’étais là-bas, j’ai participé à une fouille archéologique le long du Mur d’Hadrien, et pendant mes temps libres, j’ai réussi à visiter le nord de l’Angleterre et l’Écosse. J’ai aussi voyagé en Europe en compagnie de ma famille et de mes amis. Pendant mes voyages, j’essayais toujours de visiter le plus d’institutions culturelles et historiques possible. Ces endroits sont intéressants à visiter, car on y voit ce que la société valorise.

Comme prochaine destination, je me suis donné pour mission de découvrir davantage le Canada. J’ai beaucoup voyagé à l’extérieur de l’Amérique du Nord, mais je n’ai jamais vraiment pris le temps de visiter mon propre pays. J’espère que le 150e anniversaire du Canada me donnera l’occasion de le découvrir et d’apprécier les valeurs qui nous animent en tant que Canadiens.

Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

La page couverture de Canada West [Ouest canadien] est un excellent exemple d’affiches sur l’immigration canadienne du 20e siècle. Le ministère canadien de l’Immigration avait entrepris une campagne publicitaire accrocheuse à la fin du 19e siècle en espérant attirer des immigrants dans les provinces peu peuplées de l’Ouest.

Affiche en couleur présentant un paysage avec des champs verts et des montagnes, ainsi que deux hommes debout au premier plan sur les rives opposées d’une rivière. L’un a un drapeau américain à ses pieds, tandis que l’autre tient l’Union Jack dans sa main et a une corne d’abondance à ses pieds; il fait signe à l’Américain de venir au Canada. Sous l’image, on trouve les lieux de départ et d’arrivée, les dates et le prix du voyage (12 $).

Affiche promotionnelle de l’immigration intitulée « 40,000 Men Needed in Western Canada » [40 000 hommes requis dans l’Ouest canadien] (MIKAN 2837964)

À l’origine, les gouvernements canadien et britannique cherchaient à recruter des immigrants anglophones en faisant beaucoup de publicité dans les îles Britanniques et aux États-Unis. Le ministère de l’Immigration a fini par se diversifier, mais au début, les pays européens blancs étaient encore ses principales sources d’immigration. Les Pays-Bas, l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie étaient les plus importantes cibles des campagnes sur l’immigration, dont le texte était traduit de l’anglais vers d’autres langues.

L’affiche ci-dessous est un exemple de la promotion du Manitoba à titre d’endroit où il fait bon vivre pour les immigrants néerlandais.

Affiche en couleur présentant des mains géantes pointant de petites vignettes de différentes villes au Canada : Montréal, Ottawa, Toronto, Winnipeg et Vancouver, sur un fond vert pâle encadré par des bordures vertes et rouges. Le texte est en néerlandais et fait la promotion du territoire disponible et de la durée du voyage en bateau (10 jours à partir de la Hollande).

Affiche sur l’immigration « Lees Dit! » [Lisez ça!] faisant la promotion du Manitoba aux immigrants néerlandais, vers 1890 (MIKAN 2837963)

La page couverture de Canada West [Ouest canadien] s’inscrit dans la grande tradition qui présente l’idéal de la terre de possibilités, d’abondance et d’agriculture comme un mode de vie idyllique afin d’attirer de nouveaux arrivants au Canada. L’objectif consistait à promouvoir les ressources naturelles du Canada comme un mode de vie auprès de personnes qui n’étaient pas propriétaires fonciers dans leur pays d’origine. Des images attirantes de champs de blés, de cornes d’abondance et de collectivités agricoles pittoresques avaient pour but de vendre le Canada comme un pays pacifique offrant une foule de possibilités, mais l’art idéalisait la réalité. Des atlas comme celui-ci contenaient aussi des pages d’information sur le Canada avec des cartes des provinces de l’Ouest. L’information incluse avait pour but de présenter le Canada comme un pays où la terre et les ressources étaient facilement accessibles. L’atlas Canada West [Ouest canadien] a été largement distribué par le ministère de l’Immigration partout aux États-Unis et en Europe continentale.

Bien que ces campagnes simplistes semblent inefficaces aujourd’hui, le ministère canadien de l’Immigration a connu du succès en les utilisant. Avant 1911, il y avait environ 331 288 immigrants par année. Après la Première Guerre mondiale, ce nombre est passé à plus de 400 000 immigrants par année. Les publicités sous forme d’images et la notion que le Canada était une terre d’abondance ont été un succès. Ces premières mentions favorables ont vendu le Canada à des non-Canadiens. Bien que les images utilisées dans la propagande ne fussent pas toujours réalistes, elles présentaient le Canada comme une terre de possibilités et d’abondance.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

La publicité et l’immigration canadiennes ont considérablement évolué depuis le début du 20e siècle. Nos conceptions de ce qu’est un immigrant et des raisons pour lesquelles des gens choisissent de venir au Canada ont changé. La façon dont nous documentons l’immigration a aussi changé. La technologie, comme la photographie et la vidéographie, a été utilisée pour consigner les histoires d’immigration à l’ère moderne.

Bibliothèque et Archives Canada a une impressionnante collection de photographies contemporaines d’immigrants de la fin du 19e siècle jusqu’à maintenant. Ces images présentent souvent une expérience d’immigration différente. Les photos dans les archives indiquent que nos politiques d’immigration ont eu des répercussions à l’échelle mondiale. Bon nombre d’immigrants qui sont arrivés au Canada n’ont pas seulement travaillé dans les régions rurales, mais aussi dans les centres urbains et ils ont contribué à façonner le Canada. À l’heure actuelle, Bibliothèque et Archives Canada cherche à ajouter des photos à sa collection pour mettre en valeur les différentes pièces qu’il possède. Les photos plus modernes comme celles de l’exposition s’ajoutent à des photos plus anciennes comme celles qui sont présentées ci-dessous.

Photographie en noir et blanc d’un groupe d’immigrants sur le quai d’une gare portant différents vêtements, comme des habits traditionnels indiens et des turbans ou des vêtements de style européen. La gare ferroviaire est derrière eux; il s’agit d’une petite cabane avec le nom de la ville sur le toit. La montagne se trouve derrière la gare, et un jeune garçon se trouve debout sur les rails.

Groupe d’immigrants indiens sur le quai de la gare ferroviaire du Canadien Pacifique à Frank, en Alberta, vers 1903. (MIKAN 3367767)

Petite photographie en noir et blanc d’un homme et d’une femme de chaque côté d’une balle de foin. Une description de la famille comprend leur nom, leur lieu d’origine, la façon dont ils sont arrivés, l’endroit où ils habitent et une brève description de leur ferme.

M. et Mme Friedrich Pahl sur leur ferme, des immigrants roumains qui sont arrivés le 13 mai 1927, à bord du S.S. Estonia, de la compagnie de navigation Baltic-America Steamship Line (MIKAN 3516853)

Bibliothèque et Archives Canada a aussi une collection de vidéos et d’histoires orales liées à l’expérience qu’ont vécu les immigrants. Cette collection comprend des vidéos sur l’histoire du Quai 21, l’un des plus importants points d’immigration au Canada. Ces témoignages sur vidéo montrent les changements dans les tendances en matière d’immigration, ainsi que la façon dont la conception de ce qu’est le Canada évolue constamment. Bien que nous ne voyions plus le Canada comme une étendue de champs, l’idée qui sous-tend l’immigration au Canada est la même : le Canada est une terre offrant des possibilités pour les gens de partout dans le monde, et comme l’indique notre ancienne affiche, le Canada est accessible pour les immigrants.

Biographie

Nicoletta Michienzi est titulaire d’un diplôme universitaire de premier cycle de l’Université Western Ontario avec distinction en histoire et majeure en études classiques. Pendant ses études, elle a participé à une fouille archéologique dans le nord de l’Angleterre et a pu constater les effets du tourisme sur les sites historiques. Elle a poursuivi ses études à l’Université Western Ontario, et a obtenu une maîtrise en histoire appliquée. Depuis l’obtention de son diplôme, elle a occupé des postes dans diverses institutions historiques de London, en Ontario. Elle est actuellement responsable de la programmation publique du Musée du Régiment royal du Canada et est interprète historique à la Eldon House. Au Musée du Régiment royal du Canada, elle organise et offre des visites guidées, informe le public sur l’histoire militaire de London et son lien avec les conflits mondiaux. À la Eldon House, elle interagit avec les touristes et aide à présenter des programmes éducatifs sur la plus vieille maison patrimoniale de London. Dans les deux institutions, elle met l’accent sur les services aux visiteurs et l’éducation du public en espérant rendre les visiteurs enthousiastes en ce qui a trait à l’histoire de leur collectivité et de leur pays.

Ressources connexes

Francis, Daniel. Selling Canada: Three Propaganda Campaigns that Shaped the Nation. Vancouver : Stanton Atkins & Dosil Publishers, 2011.

Conservatrice invitée : Katie Cholette

Bannière pour la série Conservateurs invités. À gauche, on lit CANADA 150 en rouge et le texte « Canada: Qui sommes-nous? » et en dessous de ce texte « Série Conservateurs invités ».Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

Joignez-vous à nous chaque mois de 2017! Des experts de BAC, de tout le Canada et d’ailleurs donnent des renseignements additionnels sur l’exposition. Chaque « conservateur invité » traite d’un article particulier et en ajoute un nouveau — virtuellement.

Ne manquez pas l’exposition Canada : Qui sommes-nous? présentée au 395, rue Wellington à Ottawa, du 5 juin 2017 au 1er mars 2018. L’entrée est gratuite.


Texte norvégien en rouge et en noir sur fond crème indiquant que le prix est décerné à Lester Bowles Pearson. Le texte est surmonté d’un lion rouge qui tient une hache au sommet d’une montagne bleue et ceinturé de vagues bleues comportant une étoile encerclée au sommet.

Le prix Nobel de la paix attribué au premier ministre Lester B. Pearson pour son rôle dans la création des Casques bleus de l’ONU, 1957. Conçu par Gerhard Munthe pour le Comité Nobel (MIKAN 4900031)

Pearson a remporté le prix Nobel pour avoir créé une force militaire neutre chargée de stabiliser les zones de conflit. Bien des Canadiens considèrent que le maintien de la paix est une caractéristique fondamentalement canadienne.


Parlez‑nous de vous.

Le graphisme m’a toujours intéressée. J’ai d’abord occupé un poste de graphiste et de typographe. Je me suis ultérieurement dirigée vers l’histoire de l’art, puis l’enseignement et maintenant l’archivistique. Bien que les documents textuels constituent l’essentiel de mon travail ces jours‑ci, je suis fréquemment fascinée par la gamme d’éléments attrayants sur le plan esthétique dans la collection de BAC.

Y a‑t‑il autre chose que, selon vous, les Canadiens devraient savoir à propos de cet élément?

Lester B. Pearson a remporté le prix Nobel pour son rôle dans la négociation du règlement pacifique de la Crise du canal de Suez en 1956. Cette crise est survenue lorsque Gamel Abdel Nasser, président de l’Égypte, a saisi puis nationalisé le canal de Suez (lequel à cette époque appartenait conjointement à la France et à la Grande-Bretagne), ce qui menaçait l’approvisionnement de l’Europe en pétrole. En représailles, la France, la Grande-Bretagne et Israël ont collaboré en secret pour attaquer la péninsule du Sinaï. Les États‑Unis et l’Union soviétique ont ensuite été entraînés dans le conflit, l’Union soviétique menaçant de recourir aux armes nucléaires contre les assaillants. M. Pearson, alors secrétaire d’État pour les Affaires extérieures et chef de la délégation du Canada aux Nations Unies, est intervenu pour contribuer à la création de la Force d’urgence des Nations Unies, laquelle a joué un rôle fondamental dans la désescalade du conflit.

Au cours de la cérémonie de remise le 10 décembre 1957 à Oslo (Norvège), le président du Comité Nobel Gunnar Jahn a déclaré que le prix était décerné à M. Pearson en raison de son sens de l’initiative, de sa vigueur et de sa persévérance dans les tentatives d’empêcher ou de limiter les opérations de guerre et de rétablir la paix dans des situations où il fallait agir avec rapidité, tact et sagesse pour empêcher l’agitation de se répandre et de dégénérer en une conflagration mondiale.

Bien que M. Pearson ait reçu le prix Nobel en 1957, le graphisme du certificat date du milieu du XXe siècle. Outre la calligraphie à la main, ce prix montre une lithographie réalisée par Gerhard Munthe en 1901, première année à laquelle le prix Nobel de la paix a été décerné. Peintre, dessinateur d’ornement et illustrateur norvégien, M. Munthe s’est inspiré d’un grand nombre des motifs artistiques de son pays natal. Ses œuvres s’inscrivent dans le Style romantique national, la version scandinave de l’Art nouveau de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Le Style romantique national, né en réaction contre l’industrialisation, a favorisé l’expression d’un nationalisme nordique fondé sur un intérêt renouvelé envers la mythologie nordique et les sagas norvégiennes. L’illustration au haut du certificat montre un lion qui tient une hache, symbole de pouvoir et de courage apparu dans l’art folklorique norvégien dès le XIIIe siècle. Ce symbole figure également dans les armoiries de la Norvège. Au sommet d’une frise ornementale de sapins stylisés, le lion se dresse fièrement au milieu d’un paysage nordique sauvage. Des aurores boréales tournoient au-dessus de sa tête, et l’image est surmontée de l’étoile Polaire. Le graphisme dans l’ensemble témoigne d’une délicatesse et d’une retenue, mais l’image n’en demeure pas moins très évocatrice.

Détail du certificat montrant un lion rouge qui tient une hache, au sommet d’une montagne bleue et ceinturé de vagues bleues et d’une étoile dans un cercle.

Détail du prix Nobel de la paix décerné à M. Pearson, révélant le lion sur le certificat (MIKAN 4900031)

Parlez‑nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

Pearson porte un complet avec nœud papillon et tient un crayon dans sa main levée.

Lester B. Pearson tient un crayon prise le 11 août 1944 (MIKAN 3607934)

Un homme souriant, s’entretient avec un autre homme devant une fenêtre avec rideaux, les stores tirés. Les deux hommes sont en complet cravate.

Anthony Eden. Photo prise par le Studio Alexandra (MIKAN 3215249)

Une photographie de Lester B. Pearson en compagnie d’un autre des principaux protagonistes de la crise de Suez – sir Anthony Eden, premier ministre de la Grande-Bretagne – m’a tout particulièrement fascinée. Cette photo a été prise le 6 février 1956 à l’extérieur des édifices du Parlement à Ottawa par Duncan Cameron, un photographe d’Ottawa au service de Capital Press Limited (et le seul photographe contractuel canadien de Time Life Inc.). Le premier ministre Eden, qui connaissait M. Pearson depuis les années 1930, était en visite au Canada et venait tout juste de prononcer un discours à la Chambre des communes. Politicien de longue date réputé pour ses compétences dans les affaires publiques, M. Eden a succédé à Winston Churchill comme premier ministre du Royaume-Uni en 1955. Sur la photographie, les deux hommes semblent détendus et heureux; rien ne laisse présager l’éclosion d’un désaccord entre le Canada et la Grande-Bretagne quelques mois plus tard, après la collaboration de M. Eden avec la France et Israël pour envahir l’Égypte. Par la suite, M. Pearson allait remporter le prix Nobel de la paix, devenir le 14e premier ministre du Canada, et se forger une réputation en matière de diplomatie internationale, tandis que la popularité de M. Eden allait dégringoler, après quoi ce dernier, malade, remettrait sa démission en février 1957. Remarque intéressante : le photographe, Duncan Cameron, allait ultérieurement entrer au service des Archives publiques du Canada, où il est devenu conservateur des photographies de la collection de photographies des Archives nationales. BAC détient son fonds, lequel comporte 175 000 imprimés, négatifs et diapositives.

Biographie

Katie Cholette est archiviste à la section Gouvernance et affaires politiques. Elle œuvre actuellement dans les secteurs des établissements militaires privés et extérieurs à la Loi sur la Bibliothèque et les Archives du Canada. Elle possède un grade de premier cycle en histoire de l’art, un grade de maîtrise en histoire de l’art du Canada, et un grade de doctorat en études canadiennes. Auparavant, elle a occupé le poste de conservatrice des acquisitions et de la recherche et conservatrice des expositions au Musée du portrait du Canada (2007‑2008; 2011). Mme Cholette fut également titulaire de deux chaires de recherche en art canadien au Musée des beaux‑arts du Canada (2006; 2012‑2013), puis elle a donné des cours en histoire de l’art et en études canadiennes au Collège des sciences humaines de l’Université Carleton (depuis 2003). Elle a rédigé et publié des articles sur divers aspects de l’art, de l’architecture, de la culture et de l’identité; de plus, elle a collaboré à plusieurs projets de conservation et de recherche en tant que pigiste. Durant ses études à l’Université Carleton, Mme Cholette allait souvent au pub Mike’s Place, fréquenté par les étudiants de cycle supérieur et nommé en l’honneur de Lester B. Pearson.

Portraits sur fer: ferrotypes de Bibliothèque et Archives Canada – une exposition au Musée des beaux-arts du Canada

Par Jennifer Roger

Mise au point en 1855, la ferrotypie est rapidement devenue un procédé photographique incontournable grâce auquel les gens pouvaient vivre l’expérience de la photographie.

Les ferrotypes sont des images positives directes, ce qui signifie qu’il n’y a pas de négatifs. Réalisés sur une mince feuille de métal recouverte d’un vernis ou d’un émail noir, puis enduite d’une émulsion de collodion, les ferrotypes constituent l’un des procédés photographiques les plus durables. Largement répandus dans les musées et les collections personnelles, ils sont des témoins privilégiés de la vie au XIXe siècle.

Beaucoup moins dispendieux que les daguerréotypes, les ferrotypes sont devenus le choix privilégié des personnes qui souhaitaient se voir immortaliser sur un portrait. Les studios de photographie offraient des ferrotypes pour, tout au plus, quelques sous. La facilité de leur traitement augmentait leur portabilité. Ainsi, de nombreux studios mobiles ont vu le jour et ont pu étendre leurs services dans les foires extérieures et les destinations touristiques. Les ferrotypes étaient utilisés pour illustrer des scènes et événements de la vie à l’extérieur. Ce nouveau support offrait au public un moyen accessible de saisir les ressemblances, et il a servi de catalyseur pour faire entrer la photographie dans la culture populaire.

Portrait en noir et blanc, coloré à la main, d’une femme en position assise.

Portrait d’une femme assise, possiblement de la famille Boivin, milieu du XIXe siècle (MIKAN 3262334)

En raison de leur coût abordable et de leur facilité de production, les ferrotypes étaient attrayants pour la classe moyenne et la classe ouvrière. La transition de l’environnement contrôlé des studios vers les paysages extérieurs a donné lieu à une prolifération de photographies de scènes inédites de la vie au XIXe siècle, y compris des gens au travail, des rues, des immeubles et des structures, et même des images illustrant des scènes de bataille.

Une photographie en noir et blanc montrant cinq hommes en train d’assembler des boîtes en bois à l’intérieur d’un moulin.

Des hommes assemblant des boîtes à fromage à l’intérieur d’un moulin à Maberly (Ontario), milieu du XIXe siècle (MIKAN 3316695)

Une nouvelle exposition au Musée des beaux-arts du Canada présente une sélection de ces objets intrigants. Tirés de la collection de Bibliothèque et Archives Canada, les ferrotypes ont été réalisés tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de studios et offrent un aperçu fidèle de la vie au Canada au XIXe siècle.

L’exposition comporte plusieurs portraits réalisés en studio, notamment celui d’une femme non identifiée prenant la pose devant une toile de fond représentant les chutes Niagara. Les toiles de fond et les accessoires étaient largement utilisés au XIXe siècle dans les studios de photographie, bien sûr pour des raisons esthétiques, mais aussi comme moyens d’expression.

Comme les chutes Niagara étaient l’une des destinations touristiques les plus prisées au XIXe siècle, leur emploi comme toile de fond pouvait servir à exprimer le prestige ou un intérêt personnel à l’égard de l’attraction touristique. Si une personne ne pouvait se rendre sur le site convoité, la toile de fond pouvait représenter une solution de rechange acceptable. Par ailleurs, les toiles de fond nous donnent parfois des indices sur l’identité du studio de photographie.

Portrait en noir et blanc, réalisé en studio, d’une femme non identifiée se tenant debout à côté d’une clôture avec les chutes Niagara en toile de fond.

Portrait en studio d’une femme non identifiée se tenant debout à côté d’une clôture avec les chutes Niagara en toile de fond, milieu du XIXe siècle (MIKAN 3210905)

Les gens prenaient souvent la pose avec des objets personnels ayant une valeur sentimentale ou une importance professionnelle, de manière à refléter leur personnalité ou à bien exprimer ce qui était important à leurs yeux. Les modèles choisissaient des éléments qui, selon eux, les représentaient bien : des outils associés à leur métier, des instruments de musique, du matériel photographique, ou d’autre équipement. Connues sous le nom de portraits de métier, ces images sont des témoins révélateurs et intimes des visages d’autrefois.

Portrait en noir et blanc de deux jeunes hommes en position assise. L’un d’eux tient dans ses mains un violon et l’autre, un violoncelle.

Deux jeunes hommes assis, l’un tenant dans ses mains un violon et l’autre, un violoncelle, milieu du XIXe siècle (MIKAN 3262290)

Pour découvrir d’autres ferrotypes intrigants, visitez l’exposition Portraits sur fer: ferrotypes de Bibliothèque et Archives Canada présentée dans les salles d’art canadien et autochtone du Musée des beaux-arts du Canada à Ottawa, du 12 décembre 2017 au 6 juillet 2018.


Jennifer Roger est conservatrice au sein de la section des expositions et des prêts de Bibliothèque et Archives Canada.

Conservatrice invitée : Jill Delaney

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Temples of Today, John Vanderpant, vers 1934

Photographie noir et blanc d’un silo à grains; de hautes tours circulaires se dressent devant un immeuble rectangulaire encore plus haut.

Temples of Today, John Vanderpant, 1934. (MIKAN 3784205)

Pour le photographe John Vanderpant, les silos à grains du Canada n’étaient rien de moins que des temples. Ils s’inscrivaient dans sa vision utopique du pays, dont l’avenir reposait sur le commerce et l’industrie.


Parlez‑nous de vous.

Je travaille à BAC depuis presque 20 ans! Mon travail à la Section de la photographie est aussi diversifié que les collections elles‑mêmes, et le temps a filé incroyablement vite depuis mon arrivée.

J’ai une formation en histoire de l’art, mais je me suis toujours intéressée au contexte de l’œuvre, et non seulement à ses qualités esthétiques. En étudiant le contexte social, culturel et historique d’une photo, on peut saisir sa raison d’être. Pourquoi telle photo a-t-elle été prise? Qui l’a demandée?  Comment a-t-elle été diffusée par la suite? Toutes ces questions me fascinent. J’imagine que ça explique pourquoi je suis devenue archiviste : parce que les notions de contexte et de provenance sont à la base de toute collection d’archives.

Les photos anciennes de notre collection m’obligent à jouer au détective, ce que j’adore, tout comme ma collaboration avec des photographes contemporains pour trouver les motivations derrière la création d’une œuvre.

J’ai écrit et j’ai fait des exposés sur plusieurs photographes et collections de BAC. J’ai entre autres étudié les photos prises par John Vanderpant et Yousuf Karsh lors de leurs voyages au Canada, dans les années 1930 et au début des années 1950. Ces voyages m’intriguent vraiment. Encore aujourd’hui, ils me font penser à un rite de passage canadien; ils sont aussi très représentatifs de la notion toujours changeante d’identité canadienne.

Y a‑t‑il autre chose que, selon vous, les Canadiens devraient savoir à propos de cet élément?

L’œuvre de John Vanderpant, étudiée par plusieurs historiens de l’art depuis 30 ou 40 ans, a gagné en prestige. Et maintenant, le fonds John Vanderpant est l’un des plus importants fonds photographiques de BAC. Sa photo « Temples of Today » a été prise vers 1934 dans le secteur du port de Vancouver. Vanderpant était l’un des grands photographes pictorialistes du Canada; il pratiquait ce qu’on appelle la photographie pure (c’est-à-dire sans retouches). Sa série de photos sur des silos à grains de Vancouver est devenue emblématique.

John Vanderpant a quitté la Hollande pour s’établir au Canada en 1911. À ses yeux comme à ceux des autres Européens d’alors, notre pays était une vaste étendue sauvage. À l’époque où il a pris la photo « Temples of Today », en 1934, il croyait que l’énorme potentiel du Canada et toutes ses ressources inexploitées en feraient une grande puissance industrielle. Et il n’était pas le seul à penser ainsi : l’entre‑deux‑guerres a été marqué par une forte expansion urbaine et industrielle au pays.

Au fil du temps, Vanderpant a délaissé les effets de peinture et le flou artistique propres au pictorialisme au profit de la photographie pure, non retouchée. La photo « Temples of Today » en est un exemple éloquent. Le style de l’œuvre reflète une esthétique moderne et dépouillée; et, tout aussi important, le sujet devient représentatif d’une profonde conviction, celle que l’avenir serait dominé par la vie urbaine et industrielle.

« Temples of Today » met délibérément de côté la beauté, et insiste plutôt sur le caractère imposant des silos émergeant de l’ombre vers la pleine lumière. Au premier plan, les poteaux électriques viennent rappeler le concept des industries. La photo illustre à merveille l’émergence d’une philosophie populaire selon laquelle l’industrialisation permet la progression naturelle de l’humanité. Vanderpant souscrivait fermement à cette idée, et a écrit des articles et donné maintes conférences sur la question.

Mais Vanderpant, comme tant d’autres Canadiens à l’époque, envisageait le futur en faisant complètement abstraction des peuples autochtones. Il voyait le Canada comme une sorte de terra nullius, une terre inoccupée prête à être exploitée et mise en valeur au gré de la colonisation. Ses photos sont aujourd’hui reconnues, car elles témoignent à merveille d’un aspect de la vie canadienne jusqu’alors jugé inintéressant. Toutefois, elles ignorent complètement l’importance des premiers habitants du pays.

Parlez‑nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

C’est très intéressant de comparer les idées que Vanderpant se faisait du Canada à celles du photographe allemand Felix Man, qui a visité notre pays au moment où la photo « Temples of Today » a été prise.

Man est un pionnier du photojournalisme et de l’essai photographique. En 1933, il a parcouru le Canada pendant six mois à la demande du magazine allemand Berliner Illustrirte. Sa mission : visiter le Canada et en photographier les choses les plus importantes. En 1985, BAC a acquis environ 200 photos de Felix Man pour documenter la façon dont les Européens percevaient le Canada pendant l’entre‑deux‑guerres. Tout comme Vanderpant, Man a été renversé et inspiré par l’étendue du pays. Il l’a sillonné de long en large, particulièrement charmé par les Prairies et les régions du Nord, allant jusqu’à Churchill (au Manitoba) et au Grand lac de l’Ours, dans les Territoires du Nord‑Ouest.

Toutefois, à bien des égards, la perception qu’avait Man du Canada différait beaucoup de celle de Vanderpant, même si les deux hommes partageaient une perspective romantique de notre pays.

Ainsi, Vanderpant dépeignait de façon romancée un futur Canada industrialisé et urbain, alors que Man, d’une façon typiquement européenne, voyait plutôt un Canada figé dans un passé idéalisé. Il faut dire que Man avait été très influencé par son compatriote allemand Karl May, un auteur connu pour n’avoir visité l’Amérique du Nord qu’après la publication de ses livres, et dont les récits fantaisistes et idéalisés à propos des « nobles Sauvages » sont encore populaires de nos jours, tant en Europe centrale que de l’Ouest. Les photos de Man dépeignent clairement cette vision du Canada.

De plus, alors que les œuvres de Vanderpant mettent l’accent sur le développement du Canada, celles de Man, comme l’a souligné l’historienne de la photographie Joan Schwartz, font largement abstraction du Canada urbain. Sa caméra s’est plutôt attardée ailleurs, par exemple sur les immenses étendues de neige et de glace autour de Churchill, en hiver; ou encore sur les « Banff Indian Days », une populaire attraction touristique lors de laquelle les Autochtones, moyennant rétribution, portaient des costumes traditionnels, construisaient des wigwams et démontraient leurs talents de chasseur et de cavalier.

Femme à cheval, tenant une petite fille à ses côtés. La femme porte une tunique unie avec une ceinture à motif; ses cheveux tressés sont ornés d’une coiffe de plumes.

« Une femme et un enfant indiens » [traduction de la légende originale], Felix Man; photo prise pendant les « Banff Indian Days, Banff (Alberta), 1933. (MIKAN 3333566)

Nous en avons un excellent exemple avec sa photo d’une femme et d’une fillette autochtones à cheval. La femme, qui porte une coiffe de plumes élaborée (très rarement utilisée dans les faits), se penche pour enlacer la jeune enfant. L’œuvre, au fini granuleux, symbolise la Madone et l’enfant : toutes les qualités sont réunies pour construire un récit stéréotypé et généralisé, laissant croire que les peuples autochtones du XXe siècle avaient encore un mode de vie traditionnel. Il faut savoir que les images des « Banff Indian Days » étaient très populaires auprès de la presse européenne.

Cette exclusion des Autochtones – ignorés dans l’œuvre de Vanderpant sur le Canada industrialisé et urbain, relégués à un passé mythique dans l’œuvre de Felix Man – trouve un écho dans d’autres photos de l’exposition Canada : Qui sommes-nous? : celles du photographe iroquois Jeff Thomas.

À l’aide de figurines photographiées dans divers décors (ici, devant les édifices du Parlement, ou devant un wagon de chemin de fer arborant le mot « Canada »), Thomas cherche à réintroduire les peuples autochtones dans la trame du Canada contemporain et passé. Ses photos soulèvent d’importantes interrogations sur le rôle que les peuples autochtones ont joué dans la construction du chemin de fer et de la nation‑État qu’est le Canada. Quant à ses figurines, elles jouent sur les stéréotypes perpétués par des photographes comme Man, et témoignent de l’omission des peuples autochtones dans les récits sur le Canada d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

À première vue, il n’existe pas de lien entre la photo de Vanderpant et celle de Man présentées plus haut. Mais chacune reflète une vision stéréotypée du Canada, et lorsqu’on s’intéresse à leur contexte historique et à celui de leur création, on peut mieux les comprendre et comprendre le passé et le présent de notre pays.

Figurine d’un membre des Premières Nations placée devant un train. On voit l’inscription « Canada » et des graffitis sur le côté d’un wagon à grains.

Fête du Canada 2005, Brandon (Manitoba), au Canada, tiré de la série « The Delegate on Tour » (le « délégué » en tournée) par Jeff Thomas (MIKAN 4171016) ©Jeff Thomas

Figurine d’Autochtone sur la rive opposée à la Colline du Parlement.

Colline parlementaire, Ottawa (Ontario), 2007. Photo tirée de la série « The Delegate on Tour » (le « délégué » en tournée), Jeff Thomas. (MIKAN 3932081) ©Jeff Thomas

Biographie

L’archiviste Jill Delaney travaille à la Direction générale des archives privées, où elle est chargée de l’acquisition des photographies à la Section des archives visuelles, sonores et du paysage. Elle a également œuvré à la Section des documents sur l’architecture. Titulaire d’une maîtrise en études canadiennes de l’Université Carleton (1991) et d’un doctorat en histoire et en théorie de l’art et de l’architecture de la State University of New York à Binghamton (1997), elle s’est jointe à BAC en 1998 à titre d’archiviste des documents photographiques.

Conservatrice invitée : Catherine Bailey

Bannière pour la série Conservateurs invités. À gauche, on lit CANADA 150 en rouge et le texte « Canada: Qui sommes-nous? » et en dessous de ce texte « Série Conservateurs invités ».Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

Joignez-vous à nous chaque mois de 2017! Des experts de BAC, de tout le Canada et d’ailleurs donnent des renseignements additionnels sur l’exposition. Chaque « conservateur invité » traite d’un article particulier et en ajoute un nouveau — virtuellement.

Ne manquez pas l’exposition Canada : Qui sommes-nous? présentée au 395, rue Wellington à Ottawa, du 5 juin 2017 au 1er mars 2018. L’entrée est gratuite.


Plan d’un ensemble de huit fermes par sir William Cornelius Van Horne pour le Chemin de fer Canadien Pacifique, v. 1889

Page avec deux grilles tracées à l’encre noire séparées en carrés ou en triangles pour représenter les fermes.

Plan d’un ensemble de huit fermes par sir William Cornelius Van Horne pour le Chemin de fer Canadien Pacifique, v. 1889 (MIKAN 2925396)

Ce manuscrit témoigne de l’influence des sociétés ferroviaires sur le développement du pays. Les zones de peuplement situées près des voies ferrées suivent encore le plan quadrillé imposé à cette époque.


Parlez-nous de vous.

J’ai passé quatre merveilleux étés à travailler en tant qu’assistante dans les services d’archives aux Archives provinciales d’Alberta, où j’ai manipulé des documents gouvernementaux, des manuscrits privés et des documents cartographiques. Dans le cadre de mon travail, j’ai répondu à de nombreuses demandes de renseignements concernant les lots de colonisation homestead (qui permettent aux « homesteaders » d’obtenir des lettres patentes confirmant qu’ils s’étaient installés sur une ancienne terre de la Couronne et avaient reçu un titre juridique). Durant mon dernier été, j’ai catalogué les séries de plans historiques cantonaux (cartes) de l’ensemble de l’Alberta.

Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

Portrait d’un homme en costume assis à cheval sur une chaise de bistro et tenant un cigare à la main.

Sir William Van Horne, constructeur du Chemin de fer Canadien Pacifique, v. 1900 1910 par W.A. Cooper (MIKAN 3575931)

Depuis que j’ai développé une connaissance approfondie du système de recensement cadastral de l’Ouest canadien et des demandes pour les lots de colonisation aux Archives provinciales d’Alberta, cet article du fonds sir William Cornelius Van Horne m’a fait vibrer. Je connaissais très bien ces lignes de quadrillage! Cependant, l’influence du Chemin de fer Canadien Pacifique (CFCP) s’étend bien au-delà de ce croquis d’un plan d’établissement quadrillé griffonné sur une feuille; l’histoire ne s’arrête pas là.

Le gouvernement a appuyé la construction du CFCP en octroyant la charte du Canadien Pacifique, qui accordait à la compagnie une subvention de 25 millions de dollars et les concessions de 25 millions d’acres de terre (à peu près la superficie de l’Angleterre), en plus des droits de passage, des stations et des gares de triage. Entre 1882 et 1885, la construction du CFCP relevait directement de la compétence de sir William Cornelius Van Horne, qui en fut par la suite le vice-président et président-directeur général. Peu après l’achèvement du chemin de fer, en 1885, il a réalisé avec les autres directeurs de la compagnie que les maigres profits engendrés sous quelque forme que ce soit étaient presque immédiatement engloutis par les frais d’exploitation et d’entretien des portions de voies difficiles qui traversaient les montagnes.

Reconnaissant non seulement l’attrait potentiel des nouvelles terres octroyées par la charte, mais également la grandeur des paysages montagneux, sir William Van Horne et le CFCP rédigèrent leurs campagnes publicitaires avec des illustrations et des libellés soigneusement élaborés qui ciblaient l’urbanisation et le tourisme au Canada. L’influence et les actions du CFCP ont par conséquent aidé à façonner l’image du Canada à l’étranger et contribué à l’économie nationale.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

Il existe une citation célèbre de sir William Van Horne qui dit : « Si nous ne pouvons exporter le décor, nous devrons importer les touristes. » Ce sont autant sa passion pour l’art que son sens des affaires qui l’ont incité à élaborer la campagne publicitaire du CFCP visant à attirer des touristes.

On trouve une multitude de magnifiques documents visuels à BAC et partout au Canada qui montrent comment le CFCP et sir William Van Horne ont influencé l’image du Canada à l’étranger, mais je vais plutôt me concentrer sur la puissance additionnelle des mots, et particulièrement sur ceux qu’on a trouvés dans la brochure touristique du CFCP de 1891 The Canadian Pacific: The New Highway to the Orient Across the Mountains, Prairies and Rivers of Canada (Le Canadien Pacifique : La nouvelle route de l’Ouest à travers les montagnes, les prairies et les rivières du Canada).

Image d’une chaîne de montagnes avec un petit train quittant une gare, avec un titre réparti entre le haut et le bas de la page.

Page titre de la brochure The Canadian Pacific: The New Highway to the Orient Across the Mountains, Prairies and Rivers of Canada, publiée à Montréal par le Chemin de fer Canadien Pacifique, 1891 (AMICUS 8155839)

Conçue et rédigée par sir William Van Horne lui-même, cette brochure de 48 pages avait été commencée en 1884, avant l’achèvement du CFCP, mais elle n’a été publiée qu’en 1887, car Van Horne tenait absolument à ce que les textes soient étayés par les meilleures illustrations de montagnes possibles. Il fut l’un des commanditaires de « l’école du chemin de fer » qui accueillit des artistes canadiens tels que John Arthur Fraser, Thomas Mower Martin (en anglais seulement), Frederic Marlett Bell‑Smith et Lucius O’Brien. Les artistes recevaient des cartes de chemin de fer gratuites, souvent à la seule condition que le CFCP aurait préséance sur leurs œuvres en vue de les utiliser à ses propres fins.

Aquarelle colorée dépeignant une verte forêt devant des montagnes bleues sous un ciel nuageux.

View of the Rockies (Vue sur les Rocheuses) par Lucius O’Brien, 1887 (MIKAN 2886889)

Gravure de deux hommes sur une plage installant un chevreuil mort dans un canot. On peut voir un autre canot et un wigwam sur le côté, ainsi que des arbres et une montagne en arrière­-plan, de l’autre côté de la rivière.

Aboriginal Hunters with Wigwam and Canoe by a River (Chasseurs autochtones avec un wigwam et des canots sur le bord d’une rivière) par Thomas Mower Martin, 1885 (MIKAN 3018705)

Sa passion pour l’art mise à part, sir William Van Horne était aussi un homme d’affaires et il a clairement rappelé aux artistes leur obligation envers le CFCP qui s’attendait à ce qu’ils représentent les montagnes avec suffisamment de grandeur pour attirer les visiteurs. Lors d’une circonstance particulière, décrite dans le livre d’E.J. Hart The Selling of Canada: The CPR and the Beginnings of Canadian Tourism (AMICUS 3976336), sir William Van Horne a écrit à John Arthur Fraser (à qui l’on avait demandé, en 1886, de dessiner des croquis de toute la ligne du CFCP) :

[Traduction] Les croquis en noir et blanc vont difficilement répondre à nos objectifs, les montagnes ne sont pas suffisamment imposantes. J’ai dessiné un croquis la nuit dernière… qui illustre mes idées; je l’ai principalement fait de mémoire et j’ai pris beaucoup de liberté, mais je ne pense pas que quiconque se rendra sur place avec le croquis entre les mains pourra nous accuser d’avoir exagéré. Pour le Grand Glacier et le pic Syndicate, j’aimerais quelque chose de semblable… Je n’aime pas la perspective sous laquelle le glacier est représenté et les pics ne sont pas suffisamment larges pour en donner la distance appropriée. Vous avez bien sûr toute la liberté voulue pour améliorer mon croquis comme il se doit, mais j’espère cependant que vous en préserverez la taille.

Merci de faire un croquis du mont Stephen, en le dessinant un peu de la même manière (The Selling of Canada, p. 35)

La brochure The New Highway visait clairement à séduire les touristes :

[Traduction] Laisse-toi tenter, cher lecteur; laisse l’Angleterre pour quelques semaines et viens avec moi parcourir cette vaste terre, viens avec moi admirer les beautés et les gloires tout récemment à notre portée. Aucune souffrance à endurer, aucune difficulté à surmonter, ni aucun danger ou désagrément à éviter. Au contraire, tu verras des rivières majestueuses, des forêts immenses, des plaines à perte de vue, des montagnes à couper le souffle et autres innombrables merveilles; tout cela, dans le confort et le raffinement. Si tu es las du tourisme traditionnel, des paysages et des odeurs du Vieux Monde, tu trouveras ici fraîcheur et nouveauté… Si tu aimes gravir les montagnes, apporte ton alpenstock, car tu trouveras ici des falaises, des pics et des glaciers à la hauteur de tes attentes. (The New Highway, 1891, p. 8)

Le langage utilisé est si évocateur qu’en lisant cette brochure aujourd’hui, on peut très bien imaginer à quoi ressemblaient les voyages partout au Canada à bord du CFCP à la fin du XIXe siècle. L’article commence par des indications sur la façon de rejoindre le terminus de Montréal par bateau à vapeur (ou celui d’Halifax, en hiver), puis il se poursuit par la remarque suivante : « Mais tu dois être impatient de voir les montagnes, et si tu me permets de choisir, cher lecteur, nous partirons de Montréal en utilisant la ligne principale du chemin de fer, afin de ne rien manquer lorsque nous reviendrons des Grands Lacs, et ainsi de visiter Toronto et les chutes Niagara. » (p. 12)

La brochure continue en vantant les installations du train avant de donner une description détaillée de chaque partie du voyage vers l’Ouest. À partir de Montréal, le voyageur est guidé pas à pas à travers la vallée de l’Outaouais, puis au nord du lac Supérieur et au Manitoba, dans les grandes plaines de ce qui était alors les Territoires du Nord-Ouest, et jusqu’aux majestueuses chaînes de montagnes de Banff, avant de sortir du grand, mais « terrible » canyon du Fraser en direction de la vallée du Fraser et de Vancouver, pour conclure avec un mélange d’excuses et d’avertissements :

[Traduction] Je te demande pardon, patient lecteur, d’insister à vouloir te montrer toutes sortes de choses sur notre parcours, qu’elles soient sur ta liste des choses à voir ou non. C’est que, vois-tu, j’ai peur que tu manques un élément de cette liste. C’est, en fait, ma seule excuse. J’ai vu que tu t’étais ennuyé à mourir, ce qui m’a donné à penser que tu avais besoin de liberté pour aller et venir à ton gré, et comme tu n’as nullement besoin d’un guide, je vais, avec ta permission, te laisser ici… (p. 43‑44)

Au bout du compte, l’appel du CFCP au cœur et à la conscience des touristes pour promouvoir et mettre en valeur les paysages montagneux a été rentable non seulement pour la compagnie, mais aussi pour l’image du Canada à l’étranger et pour l’économie nationale, un fait qui a été reconnu et sera ensuite exploité par le gouvernement fédéral quelques années plus tard. Tout comme sir William Van Horne, J.B. Harkin, premier commissaire des parcs nationaux (1911‑1936), reconnaissait également la valeur économique des paysages canadiens, et il incluait régulièrement des statistiques dans ses rapports annuels au ministre de l’Intérieur. En indiquant les dépenses des visiteurs étrangers et canadiens à Banff entre 1910 et 1915 (respectivement environ 15 millions de dollars et 8,5 millions de dollars), il louait aussi la valeur économique des paysages des parcs nationaux :

[Traduction] Ils sont uniques en ce sens que, alors qu’ils rapportent des sommes d’argent considérables, que nous n’avons pas besoin de donner quoi que ce soit en retour qui représente une perte pour le pays. Pour vendre du blé, nous devons vendre une partie de la fertilité de notre sol. Mais, lorsque les touristes dépensent de l’argent pour voir nos montagnes, nos lacs, nos chutes, nos canyons et nos glaciers, nous gardons non seulement leur argent, mais aussi toutes les attractions naturelles qu’ils sont venus voir et ont laissé intactes. Ces beautés seront toujours là pour attirer davantage de touristes et leurs dollars.

Pour en savoir plus sur les fondations de l’industrie du tourisme au Canada et les retombées du chemin de fer canadien, n’hésitez pas à consulter le contenu Web archivé de BAC Le Canada par le train.

Biographie

Photo en couleur d'une femme portant un veston rouge devant un rideau bleu et arborant un grand sourire.Catherine Bailey est archiviste principale des documents gouvernementaux à BAC, où elle a été responsable des portefeuilles de la santé et des services sociaux, du transport, de la justice et de la sécurité. Tout en étudiant pour obtenir un baccalauréat ès arts avec spécialisation en histoire canadienne (UBC, 1986), elle travaillait pendant l’été en tant qu’assistante dans les services d’archives aux Archives provinciales de l’Alberta, avant de continuer avec une maîtrise en études archivistiques (UBC, 1988). Rédactrice en chef du journal de l’Association canadienne des archivistes Archivaria à partir de 2007‑2008, elle a reçu le prix hommage à un membre de l’ACA (en 2004) et le prix James J. Talman de l’Association des archives de l’Ontario (en 2012). Elle a rédigé de nombreux articles et fait plusieurs présentations sur l’évaluation des archives, et notamment sur l’instauration de la macro-évaluation au sein du gouvernement fédéral canadien.

Ressources connexes

  • E.J. Hart, The Selling of Canada: The CPR and the beginnings of Canadian Tourism (Banff, Alta.: Altitude Publishing, 1983). AMICUS 3976336
  • Rapport annuel du ministère de l’Intérieur : Rapport du commissaire des parcs nationaux (Ottawa: King’s Printer, 1915), p. 4. AMICUS 1719497

Conservatrice invitée : Carole Gerson

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Ode to Brant de Pauline Johnson, 1886

Pages d’un poème écrit à la main et daté par l’auteure, Pauline Johnson.

Poème écrit à la main par Pauline Johnson, 1886. (MIKAN 4936704)

Les racines britanno-mohawk de cette poétesse ont façonné sa vision de l’avenir du Canada. Elle écrit ici qu’Autochtones et Canadiens d’origine britannique devaient s’unir et servir loyalement l’Empire britannique.


Parlez-nous de vous.

Enfant, je lisais beaucoup. Pour mes amis, j’étais un « rat de bibliothèque » parce que j’avais toujours le nez dans un livre. C’est peut-être pourquoi je suis devenue professeure d’anglais afin de pouvoir lire autant que je le voudrais et encourager les autres à faire de même. Je pense que c’est particulièrement important de lire des auteurs canadiens, car ils nous aident à comprendre notre histoire et qui nous sommes aujourd’hui.

Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

Une photo noir et blanc d’une statue de bronze sur un piédestal en pierre orné de reliefs et de statues de bronze sur tous les côtés. On peut voir à l’arrière-plan un parc aux arbres dénudés.

Vue du monument commémoratif de Brant à Brantford, en Ontario, de la photographe Hannah Maynard, Park & Co. (MIKAN 3559483)

Ode to Brant a été l’un des premiers poèmes de Pauline Johnson à être publié. Elle l’a composé en vue du dévoilement de la statue du chef mohawk Joseph Brant dans la petite ville de Brantford le 8 octobre 1886; ce poème figurait dans le dépliant souvenir préparé pour l’occasion. À l’époque de Johnson, les amateurs de littérature collectionnaient souvent les autographes de leurs écrivains préférés. Considérée comme l’un des plus grands poètes du Canada, Johnson n’a pas seulement signé de nombreux exemplaires de ses livres pour ses admirateurs, mais elle leur a aussi maintes fois écrit à la main ses poèmes pour qu’ils puissent les conserver.

Chronique dans un journal en noir et blanc décrivant la famille et l’œuvre de Pauline Johnson et son rôle dans le dévoilement du monument commémoratif de Brant.

Entrevue avec Pauline Johnson par la journaliste canadienne Garth Grafton (Sarah Jeannette Duncan) sur l’œuvre et la famille de Johnson ainsi que sur le dévoilement du monument commémoratif de Brant, publiée dans Woman’s World le 14 octobre 1886. (AMICUS 8086919)

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

BAC possède une vaste collection de lettres écrites par L. M. Montgomery (auteure d’Anne… la maison aux pignons verts) à son ami et correspondant George Boyd Macmillan, qui vivait en Écosse. L’échange de lettres a duré de nombreuses années, de 1903 à 1941. Les lettres de Montgomery sont très longues et regorgent de nouvelles, portant sur tout, des livres qu’elle lisait et des endroits qu’elle visitait aux faits et gestes de sa famille et de ses chats adorés. Au fil des ans, le ton se transforme, passant de l’optimisme propre à la jeunesse à la déception douloureuse que lui laissent la Première Guerre mondiale et la Crise de 1929, ce qui nous apporte un regard personnel sur la vie au Canada en cette période tumultueuse. L’écriture distinctive de Montgomery a moins de style que l’écriture élégante de Johnson, témoignant ainsi peut-être de ses premières années dans l’enseignement lorsqu’elle montrait aux enfants comment former les lettres.

Page en noir et blanc d’une lettre de Lucy Maud Montgomery à George Boyd Macmillan.

Page d’une lettre (757) de Lucy Maud Montgomery à George Boyd Macmillan, écrivain écossais, 7 avril 1904. Elle y parle de son amour des livres historiques et de sa fascination pour le monde des fées quand elle était enfant. (MIKAN 120237)

Page en noir et blanc d’une lettre de Lucy Maud Montgomery à George Boyd Macmillan.

Page d’une lettre (25) de Lucy Maud Montgomery à George Boyd Macmillan, 18 janvier 1917. Il y est question de la popularité du poème In Flanders Fields (Au champ d’honneur) et de son utilisation lors des campagnes électorales. (MIKAN 120237)

Biographie

Photo couleur d'une femme portant des lunettes avec les chevuex courts.Carole Gerson est professeure au Département d’anglais de l’Université Simon Fraser. Codirectrice du volume 3 (1918–1980) d’Histoire du livre et de l’imprimé au Canada, elle a beaucoup publié sur l’histoire de la littérature et de la culture canadiennes, particulièrement sur les écrivaines, dont L. M. Montgomery et Pauline Johnson. Son livre Canadian Women in Print, 1750–1918 (2010) lui a valu le Prix Gabrielle‑Roy qui couronne des ouvrages de critique sur la littérature canadienne. En 2013, elle a reçu la Médaille Marie‑Tremaine de la Société bibliographique du Canada.

Ressources connexes

Conservatrice invitée : Annabelle Schattmann

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Joignez-vous à nous chaque mois de 2017! Des experts de BAC, de tout le Canada et d’ailleurs donnent des renseignements additionnels sur l’exposition. Chaque « conservateur invité » traite d’un article particulier et en ajoute un nouveau — virtuellement.

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Le globe Chewett par W.C. Chewett & Co., vers 1869

Un imposant globe terrestre dans un support en bois et en laiton.

Globe terrestre par W.C. Chewett & Co. pour le ministère de l’Éducation de l’Ontario, vers 1869 (AMICUS 41333460)

Ce globe terrestre est un des premiers produits au Canada, à l’époque de la Confédération. Conçu pour être utilisé dans les écoles, il s’inscrivait dans un élan patriotique visant à définir le pays naissant.


Parlez-nous de vous.

Je voyage beaucoup, tant pour le plaisir que pour le travail. Je suis allée plusieurs fois en Europe, et je me suis rendue au Pérou pour faire des fouilles archéologiques lorsque j’étais étudiante. J’ai aussi vécu un peu plus d’un an au Japon alors que j’étais étudiante au secondaire, et ce fut une expérience inoubliable. La leçon la plus importante que j’ai apprise est d’apprécier et de respecter les choses qui sont différentes, étranges et parfois incompréhensibles. Cela m’a montré à être critique à l’égard de mes préjugés et de la culture dans laquelle je vis, des réflexes qui font la promotion d’un mode de vie cohésif dans un monde multiculturel.

Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

En raison de mon expertise et de mon amour des voyages, j’ai choisi de parler du globe terrestre de Chewett. Les cartes géographiques sont très intéressantes! Lorsque je voyage, j’aime regarder la carte du monde des pays que je visite, parce que ceux-ci mettent toujours leur territoire au centre de la carte. Cela cause inévitablement de la distorsion dans les distances entre les pays et la taille des océans, car notre planète est sphérique. Voir le Canada rétréci ou élargi m’a toujours fait sourire et m’a quelque peu aidé à comprendre comment les autres peuples voient et comprennent leur monde.

Notre monde évolue constamment, qu’il s’agisse de ses caractéristiques physiques comme les fleuves et les montagnes, ou de concepts abstraits comme les noms et les frontières. Par conséquent, les cartes doivent continuellement être mises à jour, ce qui nous permet de retracer l’histoire à travers les changements apportés à celles-ci. À titre d’archéologue, les cartes géographiques sont essentielles à mon travail. Les vieux plans de ville révèlent les endroits où les anciens bâtiments étaient érigés, où les cimetières abandonnés sont situés, mais sur lesquels on a reconstruit et qui se sont ensuite effacés de notre mémoire collective. Je dois également tenir compte de ce à quoi le paysage pouvait ressembler par le passé afin de comprendre les ressources auxquelles les gens avaient accès et ce qui aurait pu les inciter à choisir un lieu particulier pour camper ou imprégner une signification au paysage par les histoires et les légendes.

Je pense que M. William Cameron Chewett, la personne dont l’entreprise a créé ce globe, aurait apprécié ces pensées. Bien que sa profession était l’imprimerie, sa famille avait participé à la cartographie du Haut-Canada. Son grand-père, William Chewett, a travaillé comme arpenteur en chef et a arpenté la majeure partie de ce qui constitue maintenant l’Ontario, alors que son père, James Chewett, a aussi travaillé comme arpenteur avant de construire plusieurs édifices connus de Toronto. W.C. Chewett and Co. était considérée comme l’une des entreprises d’impression et d’édition les plus éminentes au Canada. L’entreprise a produit des lithographies primées de 1862 à 1867, obtenant des premiers prix chaque année, et avait une large gamme de publications allant de périodiques et d’annuaires téléphoniques aux livres de droit et de médecine, en passant par le Canadian Almanac. De plus, le magasin de détail était un lieu de rassemblement social populaire. Le globe a été créé au cours de la dernière année d’exploitation de l’entreprise (1869) avant qu’elle soit achetée et renommée Copp, Clark and Company.

Une carte géographique de l’Ouest canadien, ce qui est maintenant le sud de l’Ontario, avec des couleurs indiquant les comtés. La légende contient une liste de gares ferroviaires avec leurs distances respectives.

Carte de l’Ouest du Canada en photogravure publiée dans le Canadian Almanac pour 1865 par W.C. Chewett & Co., Toronto. (MIKAN 3724052)

Pour le 150e anniversaire du Canada, je pense qu’il vaut la peine de réfléchir aux changements qui sont survenus au cours du dernier siècle et demi, ce que le globe de Chewett nous montre littéralement. Au cours de ma vie, j’ai observé la création du territoire du Nunavut et le changement de nom de plusieurs rues dans mon quartier. Quels changements avez-vous constatés au cours de votre vie et comment vous ont-ils touchés, ainsi que votre communauté?

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition

Lorsque la plupart des gens pensent à des cartes, ils pensent à la géographie et aux frontières politiques, mais les cartes peuvent également être utilisées pour illustrer et pour décrire presque n’importe quoi, notamment les relevés de recensement, les langues parlées et les affiliations de groupe. Pour poursuivre dans cette voie, j’ai choisi une carte de l’Amérique du Nord de 1857 qui montre les régions où vivaient divers groupes autochtones à cette époque. Idéalement, si je devais ajouter cette carte géographique à l’exposition, j’aimerais également inclure une carte moderne présentant les lieux où vivent actuellement les bandes des Premières Nations. Je pourrais ainsi montrer au public les changements importants vécus par nos concitoyens pour qu’il puisse les voir aussi clairement que ceux qu’il est en mesure de constater en comparant le globe à n’importe quelle carte moderne du Canada.

Mon autre raisonnement est un peu plus égoïste. En tant qu’anthropologue, je comprends et j’ai appris par l’expérience que la meilleure façon d’apprécier et de respecter une autre culture est d’en apprendre à son sujet, au sujet de ses gens, et lorsque c’est possible, d’y vivre également. En grandissant, je n’ai pas vraiment eu de contact avec les Premières Nations, leur culture et leur histoire. C’est pourquoi je n’ai pas développé de sensibilité à leur culture ou d’intérêt à en apprendre à leur sujet. En tant qu’anthropologue et que Canadienne, j’ai eu honte de ces sentiments et j’ai éprouvé de la tristesse lorsque d’autres Canadiens ont exprimé des opinions semblables. Au cours des dernières années, j’ai travaillé activement à m’éduquer. En ajoutant cette pièce, j’espère inspirer les autres à apprécier, à respecter leurs concitoyens canadiens et à en apprendre davantage à leur sujet. Cette question est particulièrement significative en cette période charnière pour le Canada, car il s’agit de l’année où nous devons célébrer le rassemblement et la création de liens plus forts entre les nations.

Une grande carte géographique en couleur de l’Amérique du Nord indiquant les territoires de diverses bandes autochtones avec des légendes dans les coins.

Carte de l’Amérique du Nord indiquant les frontières et l’emplacement de divers groupes autochtones. (MIKAN 183842)

 

Biographie

Colour photograph of a young woman with long hair and glasses looking towards the photographerAnnabelle Schattmann est une anthropologue en biologie. Elle est titulaire d’une maîtrise ès arts en anthropologie de l’Université McMaster (2015) et d’un baccalauréat ès arts en anthropologie de l’Université Trent (2012). Elle a participé à plusieurs projets de recherche, notamment une fouille archéologique au Pérou, une excavation de cimetière en Pologne et une recherche sur les carences en vitamines C et D au cours de diverses époques au Canada et en Europe.

Ressources connexes

McLeod, Donald W. “Chewett, William Cameron.” Dictionary of Canadian Biography.

Conservateur invité : Shane McCord

Bannière pour la série Conservateurs invités. À gauche, on lit CANADA 150 en rouge et le texte « Canada: Qui sommes-nous? » et en dessous de ce texte « Série Conservateurs invités ».Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

Joignez-vous à nous chaque mois de 2017! Des experts de BAC, de tout le Canada et d’ailleurs donnent des renseignements additionnels sur l’exposition. Chaque « conservateur invité » traite d’un article particulier et en ajoute un nouveau — virtuellement.

Ne manquez pas l’exposition Canada : Qui sommes-nous? présentée au 395, rue Wellington à Ottawa, du 5 juin 2017 au 1er mars 2018. L’entrée est gratuite.


Major John Norton, Teyoninhokarawen, peint par Mary Ann Knight , 1805

Portrait en miniature ovale du major John Norton, Teyoninhokarawen, portant une coiffe rouge et blanche dans laquelle est piquée une plume d’autruche. Il porte aussi de longues boucles d’oreilles composées d’étoiles encerclées, une chemise à motifs et une cape rouge.

Portrait en miniature du major John Norton, Teyoninhokarawen, le chef mohawk, peint par Mary Ann Knight, 1805 (MIKAN 2836984)

Le public britannique se faisait une idée romantique du Canada, surtout des Autochtones. Teyoninhokarawen s’est probablement amusé à accentuer les stéréotypes lorsqu’il a pris la pose dans cette tenue qu’il a personnalisée.


Parlez-nous de vous.

Je viens de la forêt Ganaraska. Techniquement, l’adresse du domicile familial est située dans le petit village de Campbellcroft, dans une région rurale de l’Ontario, mais le voisin le plus près se trouve à plus d’un kilomètre. Nous ne nous sentions pas dans un village. Pendant que nous habitions là, mes parents ont encouragé le développement d’un grand intérêt pour l’art et la culture. Malheureusement, même si la forêt Ganaraska, qui compte près de 12 000 acres, est un endroit merveilleux d’une grande diversité, une chose qui ne s’y trouve pas est une galerie d’art importante où il y a une collection connue à l’échelle internationale. Par conséquent, lorsque j’étais adolescente, j’ai visité les galeries du monde en regardant des reproductions comme celles qui figurent dans le livre Carnegie Art Reference Set for Colleges, maintenant rare. Le moyen d’expression me fascinait autant que le message. J’ai développé un intérêt pour les reproductions d’œuvres d’art et leur diffusion au Canada. J’ai suivi cet intérêt en faisant des détours pendant mes études et je me suis mise à écrire sur les ouvrages, ou les livres d’artistes, car ils sont connus dans mon domaine. Pour passer de l’étude des livres et des reproductions à la bibliothéconomie et aux archives, il n’y avait qu’un pas.

Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

Teyoninhokarawen (1760-1823 environ) est né sous le nom de John Norton à Salen, en Écosse, de parents écossais et cherokees. Selon les dossiers de l’armée, il est allé au Canada. Après sa démobilisation, en 1788, il a vécu avec les Mohawks de la rivière Grand. Plus tard, il est devenu le neveu adoptif de Joseph Brant. Son portrait a été peint par Mary Ann Knight, une miniaturiste anglaise, pendant la visite de John Norton en Angleterre comme émissaire des Mohawks de la rivière Grand. Il a été exposé à la Royal Academy en 1805.

Ce portrait constitue une porte d’entrée fantastique dans l’histoire du Canada de la fin du 18e siècle et du début du 19e siècle. J’ai choisi d’écrire sur cet article tout d’abord parce qu’il est très attrayant. Le portrait a été peint en Europe où le romantisme était beaucoup dans l’air du temps; cela transparaît dans la présentation de John Norton. Il n’était plus à la mode de représenter sur des portraits des gens portant des vêtements européens contemporains. Le point de comparaison qui me vient à l’esprit sans réfléchir est le portrait de Thomas Phillips qui montre George Gordon Byron portant un foulard albanien en guise de turban — bien que de nombreux brillants portraits de Jean-Etienne Liotard, le « peintre turc », peuvent aussi être intéressants pour la comparaison avec cette miniature.

La coiffe que porte John Norton pour ce portrait est fascinante en raison de la manière dont elle perpétue puis répand les mythologies orientales — établissant naturellement, à cette époque, des liens avec le concept du « bon sauvage » de Rousseau alors bien connu —, mais aussi de la façon dont elle représente véridiquement l’identité outre-atlantique de John Norton. La plume de la coiffe est celle d’une autruche. Ce n’est pas un oiseau que l’on voit fréquemment sur les rives des Grands Lacs, où John Norton a été adopté comme Mohawk, ou sur le territoire cherokee de son père, au Tennessee. Toutefois, la plume d’autruche était populaire comme élément des coiffes au Royaume-Uni, notamment en Écosse où, comme dans le portrait de Lord Mungo Murray fait par John Michael Wright, elle donne à la personne qui la porte une image d’aventurier. En même temps, la plume relie John Norton aux tropes visuels établis qui représentent les Autochtones d’Amérique du Nord portant des coiffes de cérémonie composées de plumes alors que l’inclusion européenne de la plume d’autruche importée fait ressortir le côté écossais de John Norton.

La coiffe de John Norton en détail. Elle est blanche et rouge. Une plume d’autruche y est piquée sur le devant.

La coiffe de John Norton en détail. (MIKAN 2836984)

Tout cela juste au sujet de la plume! Le reste de la garde-robe de John Norton est tout aussi intéressant de diverses manières. Ce portrait est si riche qu’il existe des livres remplis d’éléments que les Canadiens doivent connaître! En fait, je commencerai en recommandant littéralement davantage de lecture (après tout, nous sommes à Bibliothèque et Archives Canada). Le premier livre à lire est The Journal of Major John Norton. John Norton a terminé ce journal en 1815-1816 quand il se trouvait en Angleterre. Il traite d’une grande diversité de sujets, notamment de son voyage du Haut-Canada au Tennessee et à d’autres États du sud des États-Unis, ainsi que des guerres frontalières des années 1780 et 1790. Dans l’ensemble de ce journal, John Norton parle de façon intéressante et unique des Autochtones d’Amérique du Nord. Il faut souligner son étude de Joseph Brandt. Deux éditions du Journal ont été publiées, toutes deux par la société Champlain (The Champlain Society). La plus récente édition comprend une introduction et des notes supplémentaires de Carl Benn, un expert prééminent de John Norton dont les œuvres sont une excellente source pour obtenir plus d’information.

Un autre livre que je recommanderais à ceux que John Norton intrigue est The Valley of the Six Nations, également publié par la société Champlain. Ce livre, préparé par Charles M. Johnston, présente une collection de documents importants liés aux Six Nations dans la région où John Norton a passé la majeure partie de sa vie d’adulte. Il comprend de nombreux documents sur le conflit au sujet des terres entre les Mohawks des Six Nations ainsi que le gouvernement britannique et celui de la colonie. Certains des documents qui se trouvent dans ce livre sont de John Norton lui-même. Les originaux de beaucoup de ceux-ci font partie des archives conservées à BAC.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

Portrait en miniature ovale du colonel William Claus vêtu d’une veste noire et d’une cravate blanche. Le fond est bleu.

Le colonel William Claus peint par Andrew Plimer, vers 1792 (MIKAN 2895040)

J’ai choisi ce portrait de William Claus parce que son rôle dans l’histoire canadienne est diamétralement opposé à celui de John Norton. Huit ans après que ce portrait a été peint, William Claus a été nommé surintendant général adjoint du Haut-Canada au département des Affaires indiennes. Dans ce rôle, il était tout à fait l’adversaire de John Norton. D’ailleurs, dans l’entrée sur William Claus qu’a rédigée Robert Allen pour le Dictionnaire biographique du Canada, la relation entre ces deux personnages est décrite comme une « âpre dispute ».

Cette dispute avait trait aux revendications concernant les terres des Six Nations autour de la rivière Grand. Même si la correspondance montre que ces deux personnages se sont disputés plusieurs fois, William Claus a porté un dur coup à John Norton lorsqu’il l’a discrédité aux yeux des autorités coloniales, ce qui a causé l’échec du voyage de John Norton en Angleterre comme représentant des Six Nations. Les critiques de William Claus à l’endroit de John Norton ne sont pas complètement dénuées de fondement étant donné que John Norton n’a pas véritablement représenté les points de vue de tous les chefs des Six Nations.

Bien plus peut être dit et, de fait, a été mentionné, dans les sources ci-dessus et dans d’autres sources, sur la relation entre John Norton et William Claus, ainsi que sur la dispute concernant les Six Nations avec le département des Affaires indiennes. Les deux portraits sont un point d’entrée fascinant dans ce chapitre de l’histoire qui a toujours une incidence aujourd’hui.

Biographie

Photo en couleur d'un jeune garçcon regardant un modèle réduit d'un navire.Shane McCord travaille comme archiviste en arts à Bibliothèque et Archives Canada depuis 2010, où son travail s’est étendu des plaques du 17e siècle à l’art contemporain. Il est titulaire d’une maîtrise en histoire de l’art de l’Université Concordia ainsi que d’une maîtrise en archivistique doublée d’une maîtrise en bibliothéconomie et sciences de l’information de l’Université de la Colombie-Britannique.

Conservatrice invitée : Anne Maheux

Bannière pour la série Conservateurs invités. À gauche, on lit CANADA 150 en rouge et le texte « Canada: Qui sommes-nous? » et en dessous de ce texte « Série Conservateurs invités ».Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

Joignez-vous à nous chaque mois de 2017! Des experts de BAC, de tout le Canada et d’ailleurs donnent des renseignements additionnels sur l’exposition. Chaque « conservateur invité » traite d’un article particulier et en ajoute un nouveau — virtuellement.

Ne manquez pas l’exposition Canada : Qui sommes-nous? présentée au 395, rue Wellington à Ottawa, du 5 juin 2017 au 1er mars 2018. L’entrée est gratuite.


 Mary Miles Minter dans Anne of Green Gables … tiré des quatre célèbres livres « Anne », Realart Pictures, 1919

Épreuve colorée d’Anne portant une tenue habillée contre un fond vert. Elle tient un parasol rouge et jaune, et porte des bottes noires, une jupe rouge sous une superbe jupe de dessus blanche et un châle marron. Le logo de Realart Pictures est situé dans le coin supérieur gauche, avec le nom de l’actrice et le titre du film en bas.

Une affiche de lithographie en couleurs de l’actrice Mary Miles Minter dans Anne of Green Gables de Realart Pictures, 1919 (AMICUS 27641454). « Anne of Green Gables » est une marque déposée et une marque officielle canadienne de Anne of Green Gables Licensing Authority Inc.

Avez-vous reconnu l’héroïne rousse de Lucy Maud Montgomery sur cette affiche d’un film américain? C’est l’une des premières images d’Anne imprimées en série. La célèbre fillette est depuis devenue un symbole réglementé du Canada.


Parlez-nous de vous.

Ma curiosité à l’égard des matériaux et des techniques des artistes a été l’objet de mes recherches sur de nombreux sujets, depuis les pastels d’Edgar Degas et d’autres artistes du XIXsiècle jusqu’aux techniques d’impression complexes de l’artiste canadienne Betty Goodwin. Je pratique la conservation du papier depuis plus de 30 ans, appliquant le traitement sur tout, des dessins des vieux maîtres jusqu’aux énormes dessins contemporains. De plus, j’ai un amour particulier pour le tissage, le violoncelle et les artefacts surdimensionnés, qui présentent de grands défis pour ce qui est du traitement et du montage.

Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

Notre affiche d’Anne of Green Gables est rare. Comme les journaux, les affiches de films sont des objets éphémères qui ne sont pas destinés à durer longtemps. Ces types d’objets sont généralement imprimés sur des papiers de mauvaise qualité qui n’ont jamais été conçus pour résister aux ravages du temps, ce qui rend la survie de notre affiche d’Anne of Green Gables tellement spéciale.

Trois sections distinctes de l’affiche ci-dessus. La première section montre la moitié supérieure du corps d’Anne; la seconde, la moitié inférieure de son corps; et la troisième, le nom de l’actrice et le titre du film.

Trois sections distinctes de l’affiche d’Anne of Green Gables (AMICUS 27641454). « Anne of Green Gables » est une marque déposée et une marque officielle canadienne de Anne of Green Gables Licensing Authority Inc.

Cette affiche de 1919 a été réalisée avec un procédé appelé lithographie, une méthode d’impression commune utilisée au tournant du siècle dernier pour produire en masse des produits commerciaux tels que des affiches, des cartes, des publicités et des emballages. La lithographie a été inventée en 1799 par Alois Senefelder et tire son nom de la surface d’impression sur pierre calcaire, du mot grec lithos, qui signifie « pierre ». Cette technique est devenue un moyen populaire et peu coûteux de créer des images colorées et lumineuses à la fin du XIXsiècle. Contrairement à d’autres procédés d’impression, la lithographie est basée sur un principe chimique : l’huile et l’eau ne se mélangent pas. Pour fabriquer une plaque lithographique, l’artiste dessine directement sur la surface de pierre spécialement traitée. Un procédé chimique rend le dessin graisseux réceptif à l’encre d’impression graisseuse, tandis que les zones en dehors de l’image restent humides pour repousser l’encre.

En raison de sa taille, notre affiche a été dessinée sur trois pierres distinctes, puis imprimée sur trois morceaux de papier (figure 1). Si l’on regarde les côtés de l’image, on peut voir les bords irréguliers des pierres lithographiques (figure 2). Les fines lignes blanches sur toute l’image sont des plis d’impression. La minceur et la taille du papier rendent le placement des feuilles sur la pierre difficile, d’où les rides fines qui s’ouvrent une fois que l’encre est sèche, laissant ces marques blanches caractéristiques (figure 3). Dans ce détail, nous pouvons voir que l’artiste a utilisé un crayon gras pour dessiner l’image sur la pierre lithographique, et a également appliqué l’encre grasse en fine pulvérisation. Les couleurs sont ajoutées en utilisant des pierres supplémentaires qui sont imprimées dans des encres transparentes superposées (figure 4). Les traits de coupe spéciaux aident à guider l’imprimante pour l’impression de chaque pierre consécutive (figure 5).

Seulement quatre couleurs superposées (rouge, jaune, bleu et noir) ont été utilisées pour produire cette image colorée d’Anne of Green Gables!

Un gros plan de la bordure montrant la ligne flou de la pierre lithographique

Figure 2. Détail du bord inégal de la pierre lithographique

Un gros plan des trois lignes blanches causé par le plis de l’imprimante.

Figure 3. Détail des plis de l’imprimante

Un détail des couleurs transparentes utilisé dans l'affiche.

Figure 4. Détail des couleurs transparentes et superposées

Gros plan des du coin droit de l'affiche montrant les répères pour les différentes couleurs.

Figure 5. Détail des marques d’impressions.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

Les quintuplées Dionne viennent à l’esprit comme un autre exemple d’icônes canadiennes célèbres (figures 6 et 7). En 1934, les « quintuplées » sont devenues des célébrités internationales, étant en fait les premiers nouveau-nés de naissance multiple survivants qui ont été documentés. Dans leurs premières années, elles ont fait l’objet de trois longs métrages et attiré des foules de touristes dans leur petite ville du nord de l’Ontario. Les quintuplées ont fourni des appuis lucratifs pour de nombreux produits, comme Quaker Oats, figurant sur cette affiche.

Comme l’affiche d’Anne of Green Gables, cette image des quintuplées (« Quins » sur l’affiche) a été produite en série en utilisant la méthode d’impression lithographique. L’affiche était destinée à être utilisée comme présentoir autoportant en trois dimensions et elle s’est usée en raison de la manipulation physique. Elle a été conservée récemment pour une exposition, et le traitement a été maintenu à un minimum pour préserver la preuve de son utilisation. L’affiche a été stabilisée en réparant les fissures et en remplaçant le support en carton abîmé par un matériau d’archives plus robuste. Les dommages causés par l’abrasion et l’utilisation ont été réduits par un virage soigneux avec de l’aquarelle pour rendre l’image plus lisible (figures 8 et 9).

Publicité plissée et déchirée représentant des estampes découpées en noir et blanc des petites filles portant des salopettes et des chemises blanches sur un fond rouge. Le logo se trouve sur le dessus des jambes de chaque fillette, avec le nom de l’entreprise en bas de l’affiche.

Figure 6. Publicité de Quaker Oats [Les quintuplées Dionne] Today our healthy Dionne Quins had Quaker Oats (Aujourd’hui nos quintuplées Dionne en bonne santé ont mangé des céréales Quaker)
Image complète, avant traitement (MIKAN 4169312)

La même affiche après le traitement, sans la plupart des fissures et des plis.

Figure 7. Today our healthy Dionne Quins had Quaker Oats (Aujourd’hui nos quintuplées Dionne en bonne santé ont mangé des céréales Quaker)
Image complète, après traitement (MIKAN 4169312)

La figure 8 (à gauche) est une vue de détail de la tête d’Émilie avec des trous et des plis. La figure 9 (à droite) est la même vue de détail après traitement, sans les trous ni les plis.

Figure 8. Détail d’Émilie, avant traitement.
Figure 9. Détail d’Émilie, après traitement.

Biographie

Photo noir et blanc d'une femme avec des cheveux foncé .Anne F. Maheux est titulaire d’un baccalauréat ès arts de l’Université de Guelph et d’une maîtrise en conservation de l’art de l’Université Queen’s ainsi que d’un certificat de conservation d’œuvres d’art sur papier au Centre de conservation et d’études techniques de Harvard University Art Museums. Elle est lauréate du prix de préservation et de conservation du patrimoine de l’Académie américaine de Rome. Elle est également membre accréditée de l’Association canadienne des conservateurs professionnels. Elle a été conservatrice des estampes et dessins au Musée des beaux-arts du Canada pendant plus de 25 années, et elle est maintenant chef de la conservation des œuvres sur papier, des cartes et des manuscrits à BAC. Elle s’intéresse particulièrement à la peinture pastel du XIXsiècle, en particulier les œuvres d’Edgar Degas et de Giuseppe De Nittis. Elle a publié de nombreux ouvrages sur les pastels et sur les techniques et les traitements de conservation novateurs.