Imaginer le Canada – Metsia’at ha-Arets ha-Hadashah

Bannière avec les mots suivants : Première: Nouveautés à Bibliothèque et Archives Canadas. Et on aperçoit à droite une outre attrapant un poissonPar Michael Kent

J’ai récemment eu le plaisir de faire partie des bibliothécaires devant sélectionner un article pour Première, l’exposition sur les nouvelles acquisitions de Bibliothèque et Archives Canada (BAC). Cela m’a permis de réfléchir au travail d’acquisition que j’ai effectué pour BAC, en particulier pour la collection Jacob-M.-Lowy de rares judaïca, dont je suis le conservateur. Ce travail me confère l’extrême privilège de raconter l’histoire de la communauté juive du Canada par l’entremise de son patrimoine publié. Une grande partie de ma sélection porte sur des ouvrages imprimés au Canada. Cependant, je suis parfois en mesure de remonter plus loin dans le temps pour documenter ce qui a amené la communauté juive au Canada.

Un tel exemple est mon choix de l’ouvrage Metsia’at ha-Arets ha-Hadashah, publié vers 1806, pour l’exposition Première. Il s’agit du premier livre sur la découverte des Amériques écrit en hébreu. C’est avec un grand plaisir que j’ai pu ajouter cet ouvrage, dont le titre traduit est « La découverte du Nouveau Monde », à la collection Jacob-M.-Lowy.

Photo couleur d’un livre ouvert avec du texte en hébreu et une mappemonde.

Le Metsia’at ha-Arets ha-Hadashah ouvert à la première page de l’introduction, avec une carte des Amériques (AMICUS 44961986).

L’ouvrage original en allemand, Die Entdeckung von Amerika, de Joachim Heinrich Campe, était un livre pour enfants. Le traducteur hébreu, Moses Frankfurt Mendelsohn, l’a adapté en transformant ce qui était initialement un dialogue entre un père et ses enfants en une narration historique classique. Sa motivation à écrire un tel livre résidait dans le vif intérêt que suscitait alors l’explorateur italien Christophe Colomb chez les Juifs européens, qui le soupçonnaient fortement d’être un Juif.

Outre cet intérêt initial, il faut mentionner que l’ouvrage a été publié durant une période importante pour les personnes qui formeraient plus tard la communauté juive du Canada. L’existence des Juifs européens a connu de nombreux changements lors du XIXe siècle. L’émancipation, les pogroms et les possibilités d’émigration en Amérique du Nord ont radicalement transformé ce peuple et ont contribué à la naissance de la communauté juive au Canada.

En parcourant cet ouvrage, je ne vois pas qu’un livre sur Colomb. J’y vois une œuvre représentant probablement la première source d’information sur les Amériques à laquelle ont eu accès de nombreux Juifs d’Europe. Et en examinant la carte incluse, j’observe ce qui a dû être, aux yeux d’un grand nombre de Juifs, la première représentation des terres appelées à former le Canada. Bref, à mon avis, ce livre constituait un outil crucial pour faire connaître les Amériques et permettre aux Juifs d’imaginer une nouvelle vie au Canada.

Le Canada est une mosaïque de communautés immigrantes. L’acquisition de Metsia’at ha-Arets ha-Hadashah me rend fier de pouvoir raconter l’histoire d’une de ces communautés et de remonter au début du parcours des Juifs pour se forger une identité canadienne, contribuant ainsi à façonner le Canada d’aujourd’hui.


Michael Kent est le conservateur de la collection Jacob-M.-Lowy à Bibliothèque et Archives Canada.

Un exemple unique de la recherche au Canada : le NCSM Bras d’Or

Bannière avec les mots suivants : Première: Nouveautés à Bibliothèque et Archives Canadas. Et on aperçoit à droite une outre attrapant un poissonPar Marcelle Cinq-Mars

Quel lien y a-t-il entre la montre numérique, le GPS dans la voiture, le four à micro-ondes dans la cuisine et l’auto-injecteur d’épinéphrine contre les réactions allergiques? Voici un indice : c’est le même lien qui unit le radar, les lunettes de vision nocturne et Internet. Tous représentent le fruit de développements technologiques issus de la recherche scientifique axée sur les besoins militaires.

La recherche scientifique liée au domaine militaire a mené au développement d’un nombre incalculable de technologies. Et cela ne date pas d’hier!

Au Canada, l’année 1947 marque la création du Conseil de recherches pour la défense dont le mandat était centré sur la recherche militaire dans des domaines d’expertises canadiennes comme l’Arctique, la balistique ou la guerre biochimique. Au fil des ans, le Conseil de recherches pour la défense a permis de développer le premier (et le seul) missile air-air canadien – le Velvet Glove – et s’est directement intéressé au développement de la ligne DEW (pour « Distant Early Warning »), un vaste réseau de stations radars veillant à la détection d’ennemis dans l’espace aérien canadien.

Une photo couleur montrant la coquille rouge d’un projectile tandis que deux hommes travaillent sur l’intérieur à côté

En 1961, des techniciens du Conseil de recherches pour la défense ajustent une antenne sur un projectile Javelin (e010975999)

Au plus fort de la Guerre froide, la détection de l’ennemi doit aussi se faire dans les océans, où les sous-marins représentent une réelle menace, surtout depuis l’invention des sous-marins portant des charges nucléaires. Dans ce contexte, les scientifiques du Conseil de recherches pour la défense commencèrent à travailler sur un type de navire spécifiquement orienté vers la chasse des sous-marins ennemis. Le type de navire ainsi développé est un hydroptère.

La technologie des hydroptères remonte au début du 20e siècle. Le célèbre inventeur Alexander Graham Bell en a même fait des prototypes qu’il a testés sur le lac Bras d’Or, en Nouvelle-Écosse. Grâce à des ailes portantes sous le navire, celui-ci s’élève au-dessus de l’eau au fur et à mesure que sa vitesse augmente. Ainsi, la friction de l’eau sur la coque étant réduite, le navire peut atteindre des vitesses impressionnantes.

Dans les années 1960, on commença la construction d’un hydroptère pour la Marine royale canadienne aux installations de Marine Industries Limited à Sorel. La coque était faite d’aluminium alors que les « ailes » étaient faites d’acier. Ce navire très spécial utilise des caractéristiques et technologies issues tout autant de l’aéronautique que de la science nautique : c’est la raison pour laquelle le pilote devait être à la fois pilote d’avion et capitaine de navire.

Le nouveau navire fut affecté dans la Marine royale canadienne le 12 juillet 1968 sous le nom de NCSM Bras d’Or. Les tests en mer commencèrent au large d’Halifax en avril 1969. Lors de ces tests, le navire atteignit l’impressionnante vitesse de 63 nœuds, soit 117 km/h, un record de vitesse pour un navire de guerre à l’époque.

Une photo couleur d’un navire-hydroptère en mouvement

Le NCSM Bras d’Or, de la Marine royale canadienne, démontrant son système hydroptère le 18 février 1970 (e011154076)

La carrière du NCSM Bras d’Or fut courte. En effet, le 2 novembre 1971, le gouvernement canadien mit fin au programme des hydroptères. La priorité du Canada passa de la chasse sous-marine à la protection de la souveraineté territoriale du pays. Le Bras d’Or fut par la suite donné au Musée maritime du Québec, à L’Islet-sur-Mer, où il est possible de le visiter.

Ressources connexes


Marcelle Cinq-Mars est archiviste principale des affaires militaires

Reflets d’artistes : lancement d’une nouvelle exposition d’autoportraits d’artistes au musée Glenbow

Le 15 juin 2018, Bibliothèque et Archives Canada (BAC) et le musée Glenbow célébreront officiellement le début d’une nouvelle collaboration positive à Calgary, en Alberta. L’inauguration de la première des cinq expositions organisées conjointement a eu lieu le 10 mars. Toutes les expositions mettront en valeur des portraits de la collection de BAC. Dans certains cas, elles incluent également des œuvres de la collection du musée.

Cette collaboration stimulante permet à un plus grand nombre de Canadiens d’observer plusieurs de nos plus importants trésors nationaux. Toutes les expositions seront présentées au musée Glenbow, à Calgary, et exploreront un thème différent au sujet des portraits.

Photo couleur de l’entrée de l’exposition au musée Glenbow.

Photo de l’installation de l’exposition Reflets d’artistes au musée Glenbow. Gracieuseté du musée Glenbow.

Un portrait bien spécial

La première exposition de la série met l’accent sur l’un des types de portrait les plus fascinants : les images que les artistes créent d’eux-mêmes. La prolifération des miroirs au 15e siècle aurait contribué à la popularisation des autoportraits. Lorsque les artistes explorent leur reflet, il est difficile de détourner le regard.

Peinture d’un miroir et d’une composition de nature morte sur une coiffeuse avec de nombreux livres, une brosse, une radio et deux oranges sur une assiette placée au-dessus d’un journal. Le reflet du miroir montre l’artiste et une autre peinture.

Autoportrait dans un miroir, William Lewy Leroy Stevenson, vers 1928, e011200954.

Les autoportraits d’artistes sont particulièrement intrigants puisqu’ils nous offrent un regard privilégié sur leur processus de création. Leur éclectisme est également captivant. Au fil des ans, les artistes ont, entre autres, choisi diverses techniques pour expérimenter avec les autoportraits et affirmer leur identité créative.

L’exposition présente 17 autoportraits historiques et modernes d’artistes canadiens sélectionnés parmi la collection de BAC. Vous y trouverez des vidéos et des sculptures ainsi que des peintures, des dessins et des estampes.

Des visages, des récits

Un des autoportraits qui se démarque dans cette exposition est la sculpture de l’artiste inuit Floyd Kuptana.

Photo couleur du devant d’une sculpture stylisée d’un homme, la langue sortie.

Autoportrait, Floyd Kuptana, 2007, MIKAN 3922914.

Il est important d’observer cet autoportrait de plusieurs angles différents. Cette sculpture sur pierre espiègle sourit ou tire la langue, selon l’angle choisi.

Photo couleur du devant d’une sculpture stylisée d’un homme, la tête penchée.

Photo couleur du devant d’une sculpture stylisée d’un homme, la langue sortie.

L’humour transparaissant de cette œuvre dissimule, sur bien des plans, une exploration beaucoup plus sérieuse de sa personne. Kuptana a créé cet autoportrait avec une vision tout autant traditionnelle que moderne. Les multiples facettes et angles illustrent les croyances chamaniques liées à la transformation. Pourtant, l’existence de plusieurs personnalités au sein d’une même personne est aussi associée à la psychologie moderne.

Photo couleur du profil d’une sculpture stylisée d’un homme.

Autoportrait… ou portrait?

L’exposition vous donne la chance d’observer un portrait qui demeure au cœur de l’un des mystères non résolus les plus intéressants de l’histoire de l’art canadien. Certains érudits sont convaincus que ce dessin réalisé par Emily Carr, illustre artiste britanno-colombienne, est l’un de ses premiers autoportraits – une acquisition rare. Toutefois, d’autres affirment que ce dessin n’est qu’un portrait que Carr a réalisé d’une autre personne.

Dessin au fusain sur papier d’une jeune femme, les épaules nues, vue de dos, son visage de profil. Ses cheveux sont attachés en un chignon lâche, de courtes boucles encadrant son visage. Elle regarde vers la droite.

Autoportrait, possiblement d’Emily Carr, vers 1899, e006078795.

La plupart conviennent que le portrait a été créé alors que Carr étudiait l’art à Londres, au Royaume-Uni. Le dessin suit un style académique traditionnel, atypique des œuvres ultérieures de Carr, mais très courant chez les étudiants tentant de prouver leur maîtrise de l’art.

Ceux qui croient qu’il s’agit d’une image de Carr soulignent la forte ressemblance entre le dessin et les photographies contemporaines que nous avons d’elle. Ils conviennent que Carr était très connue pour sa pudeur et qu’il est peu probable qu’elle ait pris cette pose, les épaules dénudées. Néanmoins, ils mentionnent qu’il était très courant dans les cours pour femmes de cette époque de pratiquer le dessin du corps humain à partir d’anciennes sculptures classiques drapées de manière convenable. L’artiste pouvait ensuite placer sa propre tête sur le corps de l’une de ces nues incontournables.

Une partie du portrait d’Emily Carr montrant les lignes classiques des épaules et du menton du dessin.

Carr pourrait avoir tenté de se représenter dans un style particulier, soit une jeune femme à la mode.

Nous vous invitons à venir en juger par vous-mêmes.

Un lien avec l’Ouest

Cette exposition permet aussi à BAC de mettre en valeur des autoportraits ayant un lien particulier avec Calgary : par exemple, cette œuvre amusante de l’artiste Gary Olson, de Calgary.

Un dessin au crayon du visage d’un homme pressé contre un morceau de verre. La majorité de son profil gauche est indiscernable, mais son œil droit est extrêmement concentré.

I Am Up Against the Picture Plane Again [Je suis de nouveau contre le plan pictural], Gary Olson, 1877, e011195950. Source : Gary Olson.

Cette image fait partie d’une série créée par Olson alors qu’il était un professeur d’art au collège. Il a conçu ces dessins humoristiques pour expliquer à ses étudiants le plan pictural, un concept d’art théorique difficile à comprendre. Il y représente le plan de façon littérale, en pressant et en déformant son propre visage sur celui-ci. Par le fait même, Olson en profite pour se moquer de la théorie de l’art, dévoilant son propre désir irrévérencieux de repousser les limites.

Venez voir l’exposition!

Photo couleur d’une salle faiblement éclairée, diverses œuvres d’art sur les murs.

Photo de l’installation de l’exposition Reflets d’artistes au musée Glenbow. Gracieuseté du musée Glenbow.

Si vous vous rendez à Calgary, ne manquez pas Reflets d’artistes. L’exposition sera présentée quotidiennement du 10 mars 2018 au 6 janvier 2019. Pour en savoir plus, communiquez avec le musée Glenbow.

« Chère Jeanie, ma tendre chérie » Le fonds Joseph Gaetz

Bannière avec les mots suivants : Première: Nouveautés à Bibliothèque et Archives Canadas. Et on aperçoit à droite une outre attrapant un poissonPar Katie Cholette

« Chère Jeanie, ma tendre chérie. » [traduction] C’est ainsi que Joseph Gaetz commence chacune des plus de 530 lettres écrites à sa fiancée, Jean McRae, pendant la Deuxième Guerre mondiale. Cantonné en Angleterre, en France, en Belgique, en Hollande et en Allemagne pendant et après la guerre, Joseph a parfois désespérément le mal du pays; son souhait le plus cher est de voir la guerre se terminer afin de pouvoir retourner au Canada y épouser sa bien-aimée. De juillet 1943 à novembre 1945, Joseph ne manque aucune occasion d’écrire à Jean; il lui arrive même quelquefois d’envoyer la même journée une lettre par avion et une lettre ordinaire. Certaines de ses lettres sont également accompagnées de souvenirs recueillis auprès de prisonniers allemands. En 2017, ses trois filles, Cathy Gaetz-Brothen, Bonnie Gaetz-Simpson et Linda Gaetz-Roberts, font don de ses lettres et souvenirs à Bibliothèque et Archives Canada.

Photographie en couleurs de paquets de lettres, dont un ficelé d’un ruban rouge. Sous les paquets se trouve la photographie d’une jeune femme vêtue d’un manteau et d’un élégant chapeau.

Lettres adressées à Jean McRae de Turner Valley, en Alberta.

Photographie en noir et blanc d’un militaire en uniforme, le bras autour d’une jeune femme vêtue d’une robe fleurie, devant une maison de planches.

Joe et Jean, la première journée de leurs fiancailles. 4 octobre 1942, Turner Valley.

Joseph Gaetz est originaire de la petite localité de Faith, en Alberta. Fils d’immigrants russes, il parle l’anglais et l’allemand pendant son enfance. Le 13 mai 1942, il s’engage dans les Calgary Highlanders; cinq mois plus tard, il se fiance à Jean McRae, de Turner Valley, en Alberta. Au début de 1943, il s’embarque pour l’Angleterre avec l’Unité de renfort de l’infanterie canadienne.

Photographie en noir et blanc d’un groupe de 18 soldats en uniforme, dans un champ cultivé.

Peloton de reconnaissance du Royal Hamilton Light Infantry.

En août 1944, Joe est envoyé au combat en France avec le Royal Hamilton Light Infantry; il est peu après déplacé en Belgique et en Hollande. Lorsque ses supérieurs constatent que Joe parle l’allemand, il devient interprète pour le peloton de reconnaissance, et participe à plusieurs expéditions derrière les lignes ennemies visant à ramener des prisonniers allemands. Voilà ce qu’il écrit dans une lettre adressée à Jean vers la fin de 1944 : « Une nuit, mon officier et moi sommes allés un mille derrière les lignes boches, et avons amené 52 prisonniers dans une grange… C’était toute une expérience. » [traduction] Dans une autre lettre, il dit à quel point il est étrange de capturer des Allemands ayant vécu au Canada avant la guerre. Dans d’autres lettres encore, il écrit avoir ramassé un pistolet (il en recueillera plusieurs autres pendant la guerre) dans le no man’s land. Joe raconte aussi à quel point il se sent nerveux avant chaque patrouille, mais qu’il a appris à se déplacer silencieusement pour éviter d’être repéré. Il attribue sa capacité d’éviter d’être blessé ou capturé à la photographie de Jean qu’il conserve dans sa poche poitrine. Il appelle cette photographie son « porte-bonheur », en soulignant que tous les autres soldats possèdent un talisman sous une forme ou une autre.

Sa connaissance de l’allemand lui permet de converser avec les hommes qu’il capture. Sans aimer particulièrement les Allemands, Joe reconnaît leur humanité et le sort qu’il partage avec eux. Il lui arrive souvent de parler avec les prisonniers qu’il garde ou qu’il ramène au camp. Il défie quelquefois leurs convictions – à une occasion, en demandant à un groupe de prisonniers s’ils croient encore qu’Hitler est un dieu. À un jeune soldat qui lui confie craindre d’être renvoyé en Allemagne après la guerre et d’y être fusillé comme déserteur, Joe lui répond de ne pas s’inquiéter, qu’il n’y aura plus d’Allemagne après la guerre.

Photographie en couleurs d’un livret ouvert à la première page. Un dépliant collé à l’intérieur de la couverture montre d’un côté une photographie, et de l’autre une ode aux femmes demeurées au pays, intitulée For Honour and for Her! [pour l’honneur et pour elle].

Le livret militaire de Joe, avec le poème et la photo de Jean collés à l’intérieur de la couverture (e011202230)

À l’instar de nombreux autres soldats, Joe conserve, pliée à la première page de son livret, une photo de sa bien-aimée, accompagnée d’un poème patriotique et moraliste intitulé For Honour and for Her! [pour l’honneur et pour elle]. Après s’être enquis de la santé de Jean, il prend soin de lui assurer qu’il se porte bien, lui dit s’il a reçu ou non ses plus récentes lettres, puis parle de la météo ou d’autres sujets anodins. Il fait suivre ces civilités d’observations sur la vie militaire – les corvées routinières qu’il doit accomplir, comment il est installé, la nourriture, les personnes qu’il a rencontrées de son coin de pays, etc.

Malgré le caractère souvent pénible des conditions au front, Joe se plaint rarement. En fait, il raconte en plaisantant avoir dormi dans des tranchées qu’il a lui-même creusées, et avoir fabriqué des cheminées de fortune à même des boîtes de fer-blanc vides. Il possède un solide sens du devoir personnel; il refuse d’envoyer quiconque faire son travail, et durant une période de sept mois, il ne prend pas une seule journée de congé. Dans une lettre, il relate stoïquement avoir passé la journée de Noël 1944 dans le no man’s land.

Occasionnellement, Joe et les autres éclaireurs de son peloton sont logés dans des familles locales. Joe apprend rapidement assez de flamand pour pouvoir communiquer avec les personnes qu’il rencontre; il relate comment les habitants locaux invitent souvent les soldats à souper ou leur offrent de faire leur lessive. Il décrit les jeunes enfants qu’il rencontre, quelquefois en incluant des photos.

À la fin de la guerre en Europe, Joe sert dans le Canadian Scottish Regiment au sein de la Force d’occupation de l’Armée canadienne en Allemagne. Au cours de cette période, il poursuit sa correspondance assidue à Jean.

Il revient au Canada en novembre 1945, puis est libéré à Calgary, en Alberta, le 18 janvier 1946, au grade de sergent. Il atteint le poste de gérant dans la cour à bois de Fort Macleod, pour enfin épouser Jean le 21 juin 1948. Ils ont trois filles, avant qu’il ne décède d’hypertension chronique à 41 ans. Cathy Gaetz-

Brothen, la plus jeune des filles, n’a qu’un an lors du décès de son père. Les lettres qu’il a écrites à sa mère revêtent pour elle une importance toute spéciale, puisqu’elles lui permettent de connaître un père dont elle n’a aucun souvenir.

Photographie en noir et blanc d’un homme en uniforme.

Joseph Gaetz en uniforme (e011202231)

Joseph Gaetz n’a pas connu une guerre particulièrement héroïque. Ce n’est pas un officier commissionné de haut grade placé à la tête d’un bataillon. Il ne s’est pas lancé à lui seul à l’assaut de nids de tireurs d’élite allemands. Il fait comme des milliers d’autres Canadiens : il s’enrôle et combat auprès de ses compagnons d’armes, espérant un jour rentrer à la maison et revoir sa bien-aimée. Joe fait partie des chanceux.

Visitez l’exposition Première : Nouveautés à Bibliothèque et Archives Canada au 395, rue Wellington, à Ottawa. Cette exposition se tient jusqu’au 3 décembre 2018; elle met en vedette nos plus récentes acquisitions et célèbre le savoir-faire des spécialistes en acquisition de Bibliothèque et Archives Canada. Chacun des articles exposés a été soigneusement choisi par un bibliothécaire ou un archiviste, qui en a rédigé la légende. L’entrée est libre.


Katie Cholette est archiviste à la Section des supports spécialisés de Bibliothèque et Archives Canada.

 

 

Découvrez notre toute dernière exposition – Première : Nouveautés à Bibliothèque et Archives Canada…

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Et ne manquez pas notre nouvelle série sur le blogue…

La nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) apporte un vent de fraîcheur. Elle se tiendra au 395, rue Wellington, à Ottawa, à compter du 24 avril 2018.

La diversité à l’honneur

Comme d’autres expositions, Première : Nouveautés à Bibliothèque et Archives Canada met en valeur la belle diversité de la collection de BAC. On y trouve entre autres une broderie chinoise et une réplique de la coupe Stanley originale de la saison 1952-1953.

Une broderie dorée de deux dragons dont les griffes sont pointées vers une perle; ils volent parmi les nuages, au-dessus des vagues de l’océan.

Broderie ayant inspiré le timbre émis par Postes Canada pour souligner l’année du Dragon, Punchline Embroidery Centre, 1998 (e011202235) © Postes Canada. Article choisi par Emma Hamilton-Hobbs, archiviste, Division des archives gouvernementales.

Une photo en couleurs d’un bol de cuivre plaqué argent sur lequel est gravé « National Hockey League, Stanley Cup Winners, Season 1952–53 » [Ligue nationale de hockey, gagnants de la coupe Stanley, saison 1952-1953].

Bol souvenir de la coupe Stanley (1952-1953) remis à William Northey, vice-président exécutif des Canadiens de Montréal, Roden Brothers Ltd., 1953 (e011202220). Article choisi par Normand Laplante, archiviste principal, Division des archives privées sur la vie sociale et la culture.

Mise en valeur de l’expertise des spécialistes en acquisition

Cette nouvelle exposition met en valeur les plus récentes acquisitions de BAC et célèbre l’expertise des spécialistes en acquisition de l’institution. Chaque article a été choisi avec minutie par l’un des bibliothécaires ou archivistes de BAC, qui en a ensuite rédigé le libellé pour l’exposition. Chaque texte est accompagné de la signature et du titre de son auteur. Même le bibliothécaire et archiviste du Canada, Guy Berthiaume, a choisi un article!

Une photo en couleurs d’un livre ouvert rédigé en hébreu.

Mivchar Ha-Peninim [Le livre des perles], Solomon Ibn Gabirol, 1484 (AMICUS 45283149). Acquis grâce au généreux soutien de Ruth et Arnon Miller, et avec l’aide des Amis de Bibliothèque et Archives Canada. Article choisi par Guy Berthiaume, bibliothécaire et archiviste du Canada.

Les nouvelles acquisitions, qu’elles découlent d’un don, d’un achat ou d’une attribution prévue par une entente juridique, sont au cœur de la collection du Canada. La constitution d’une collection qui reflète l’histoire du Canada fait partie intégrante du mandat de BAC.

Aquarelles de deux jeunes Inuits portant des vêtements de style occidental. Légendes : Augustus pour l’une, et Junius pour l’autre.

Interprètes inuits de Churchill, Robert Hood, mai 1821 (e011154367). Article choisi par Shane McCord, archiviste en art, Division des archives privées sur la vie sociale et la culture.

Première : une série de blogue

Nous soulignons l’importance de l’expertise en acquisition au moyen de cette série de billets qui décriront en profondeur de nombreux articles choisis pour cette exposition. Chaque billet de cette série mensuelle mettra en valeur le travail d’un des spécialistes de BAC.

Une photo en couleurs d’une pochette de disque sur laquelle est inscrit « Improved Berliner Gram-O-Phone Record. Manufactured by [illegible] Montreal, Canada. Patented [illegible] 1897. Ye Banks and Braes. Played by The Kilties Band – Belleville, Ont. » [Disque amélioré de Berliner Gram-O-Phone. Fabriqué par (illisible) Montréal, Canada. Breveté (illisible), 1897. Vos rives et vos versants. Interprété par l’ensemble des Kilties, Belleville, Ont.]

Ye Banks and Braes (Caledonian Hunt’s Delight) [Vos rives et vos versants (les plaisirs de la chasse néo-calédonienne)], interprété par l’ensemble canadien des Kilties, 25 octobre 1902, arrangements par Bonniseau. Écoutez ici! (AMICUS 31383290). Article choisi par Margaret Ashburner, bibliothécaire de projet, musique, Patrimoine publié.

D’autres billets seront publiés pendant la durée de cette exposition qui prendra fin le 3 décembre 2018.

Profitez-en aussi pour vous rendre sur place à Ottawa pour visiter l’exposition!

Première : Nouveautés à Bibliothèque et Archives Canada est présentée à compter du 24 avril 2018 au 395, rue Wellington, à Ottawa, et se tiendra jusqu’au 3 décembre 2018. L’entrée est gratuite.

La petite histoire : les récits cachés des enfants, une exposition au Musée canadien de l’histoire

Trop souvent, nos livres d’histoire présentent une vision romancée de la vie et de la contribution des enfants, quand ils ne les ignorent pas carrément. Pourtant, la vie des moins puissants, même si elle laisse bien peu de traces, peut s’avérer très révélatrice – à condition d’être préservée!

L’exposition La petite histoire : les récits cachés des enfants, tenue au Musée canadien de l’histoire, met en lumière les expériences uniques de certains enfants, retrouvées parmi les archives. On peut y admirer des documents, des photos, des œuvres d’art et des artéfacts rares tirés des collections du Musée et de Bibliothèque et Archives Canada.

Les enfants écrivent rarement leurs propres récits et anecdotes, que l’on découvre plutôt par bribes dans du matériel produit par des adultes, comme des portraits officiels tirés de collections familiales ou des documents gouvernementaux ou institutionnels. Ces fragments d’existences révèlent l’attitude des adultes à l’égard des enfants et les répercussions que les lois et politiques ont eues sur eux au fil du temps.

Peinture à l’huile de deux fillettes vêtues à l’identique, avec des robes rouges à cols de dentelle et des colliers rouges. L’une d’entre elles tient un petit chien.

Céline et Rosalvina Pelletier. Attribuée à James Bowman, vers 1838. Huile sur toile (MIKAN 2837219)

Avant l’avènement de la photographie, les individus étaient représentés au moyen de portraits peints. Les enfants pauvres y figuraient rarement, ce qui témoigne de l’élitisme de cette forme d’art. Dans ce portrait des sœurs Pelletier, tout reflète la richesse et le statut social de leur famille. Représentées à l’image d’adultes en miniature, elles portent une tenue empesée; l’une tient un teckel nain, symbole de fidélité, et toutes deux arborent un collier de corail, censé repousser les maladies infantiles.

Photo noir et blanc de trois enfants : l’un assis au centre, et les deux autres debout.

The children we seek to help [Ces enfants que l’on cherche à secourir]. Photographe inconnu, vers 1900. Épreuve à la gélatine argentique (MIKAN 3351178)

Les documents institutionnels contiennent de précieux renseignements sur les enfants. À la fin du 19e siècle, le mouvement de « secours aux enfants » a suscité la création d’organismes de protection de l’enfance, dont la Société d’aide à l’enfance. Ces organismes caritatifs aidaient les enfants pauvres, abandonnés et négligés en tenant des orphelinats et des écoles de formation, et en offrant des services d’adoption. Les travailleurs sociaux ont eu recours à la photographie pour documenter leur travail, n’hésitant pas à promouvoir leur cause à l’aide d’images contradictoires où les enfants étaient représentés comme d’innocentes victimes ou des criminels en devenir.

Les récits du passé négligent parfois la présence des enfants, quand ils ne l’occultent pas complètement. Pourtant, ces derniers ont eux aussi participé à des événements marquants de l’histoire du Canada ou en ont ressenti les effets.

Photo noir et blanc de deux enfants appuyés contre un guéridon, une main sur la joue.

Jean-Louis et Marie-Angélique Riel. Steele & Wing, vers 1888. Impression à l’albumine (MIKAN 3195233)

Jean-Louis et Marie-Angélique sont nés au Montana alors que leur père, le chef métis Louis Riel, y était exilé en raison de son rôle dans la Résistance de la rivière Rouge en 1869-1870. Après l’exécution de leur père en 1885, Marie-Angélique est allée vivre à Winnipeg auprès d’un oncle; elle a succombé à la tuberculose en 1896. Après avoir adopté le nom de sa mère, Jean-Louis est déménagé à Montréal et est décédé à l’âge de 25 ans des suites d’un accident de charrette.

Lettre écrite à la main par Louis Riel, adressée à sa femme et à ses enfants.

Lettre de Louis Riel à sa femme et à ses enfants, 1885. Encre sur papier (MIKAN 126629)

Cette ultime lettre de Louis Riel à son épouse et à ses enfants donne une perspective personnelle du chef métis. Riel l’a rédigée le 16 novembre 1885, le jour de sa pendaison à Regina. Il y parle de ses enfants, demande à sa femme de les faire prier pour lui, et la termine ainsi : « Gardez courage. Je vous bénis. Votre père, Louis ‟David” Riel ».

Les objets créés par des enfants ont une vie éphémère et se retrouvent rarement dans des collections. Et lorsque c’est le cas, ils sont bien cachés, souvent intégrés au patrimoine des familles et des communautés; en outre, l’identité de leurs jeunes auteurs n’est pas toujours mentionnée. Néanmoins, ils sont plus susceptibles de resurgir si leurs auteurs ont grandi au sein de familles célèbres ou le sont eux-mêmes devenus.

Le journal intime de Sandford Fleming, ouvert et montrant un exemple de son écriture.

Journal intime de Sandford Fleming, 1843. Crayon et papier (MIKAN 4938908)

Ce journal, tenu par Sandford Fleming à l’âge de 16 ans, laisse présager sa réussite à titre d’ingénieur et d’inventeur. Rempli de dessins architecturaux, de formules scientifiques et d’inventions, le document illustre le bouillonnement intellectuel de Fleming.

Peu communs, les lettres et les journaux d’enfants ouvrent une fenêtre sur leur univers, révélant leurs façons uniques de parler, de penser et d’appréhender le monde. Intimes, candides et parfois fantaisistes, les journaux intimes, les lettres et les dessins créés par des enfants nous invitent à voir l’histoire autrement.

Portrait noir et blanc d’un jeune homme vêtu d’un uniforme, les bras croisés.

Portrait d’Arthur Wendell Phillip Lawson. Photographe inconnu, 1918. Épreuve sur collodion mat (MIKAN 187937)

Journal écrit à la main. Pour chaque journée, on aperçoit des tableaux montrant les résultats des parties de la série mondiale du baseball majeur.

Journal intime d’Arthur Wendell Phillip Lawson, 1914. Encre, papier, cuir (MIKAN 129683)

Dans ce journal, Arthur Lawson, alors âgé de 16 ans, livre ses états d’âme ainsi que sa vision du monde, d’un point de vue d’adolescent. Rédigé au début de la Première Guerre mondiale, il entremêle les mentions des batailles faisant rage outre-mer et des remarques anodines sur la météo, les événements familiaux (comme l’anniversaire du frère de Lawson) et les résultats de la série mondiale du baseball majeur en cours, opposant les Braves de Boston aux Athletics de Philadelphie. Arthur Lawson s’est enrôlé avant la fin de la guerre.

Pour découvrir d’autres récits captivants, visitez l’exposition La petite histoire : les récits cachés des enfants, présentée du 30 mars 2018 au 27 janvier 2019 au Musée canadien de l’histoire, dans la salle « Les trésors de Bibliothèque et Archives Canada ».

Conservateur invité : Scott Dickinson

Bannière pour la série Conservateurs invités. À gauche, on lit CANADA 150 en rouge et le texte « Canada: Qui sommes-nous? » et en dessous de ce texte « Série Conservateurs invités ».

Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

Joignez-vous à nous chaque mois de 2017! Des experts de BAC, de tout le Canada et d’ailleurs donnent des renseignements additionnels sur l’exposition. Chaque « conservateur invité » traite d’un article particulier et en ajoute un nouveau — virtuellement.

Ne manquez pas l’exposition Canada : Qui sommes-nous? présentée au 395, rue Wellington à Ottawa, du 5 juin 2017 au 1er mars 2018. L’entrée est gratuite.


Un portrait de mariage de Samuel Leonard Tilley et Julia Ann Hanford

Une photographie couleur d’une image en sépia dans un cadre de bois et d’or présentant un homme et une femme assis. L’homme porte un complet, un gilet et une cravate. La femme porte une charlotte, une robe et un châle à motifs.

Un daguerréotype de Samuel Leonard Tilley et Julia Ann Hanford, vers 1843 (MIKAN 3192569)

Bien que le Canada ne soit plus un dominion de la Grande-Bretagne, le terme faisait partie du premier nom officiel du pays. Tilley, un des Pères de la Confédération, l’aurait tiré d’un psaume.


Parlez-nous de vous.

J’ai commencé à m’intéresser à l’histoire ‒ en particulier à l’histoire de la technologie et de l’industrie ‒ lors de mon enfance à Brantford en Ontario, une ancienne ville manufacturière pas très loin d’Hamilton. Si Hamilton était connue pour fabriquer de l’acier, Brantford était connue pour fabriquer de l’équipement agricole. Lorsque j’y vivais, toutes les grandes entreprises agricoles canadiennes étaient parties, ne laissant rien d’autre que les vieux bâtiments d’usine et les souvenirs des générations précédentes. Explorer cette histoire a capté mon intérêt à l’égard des machines que les Canadiens inventaient, fabriquaient et utilisaient ‒ ainsi que des lieux où ils le faisaient. Cela a été le début de mon voyage dans l’histoire. Je n’habite plus à Brantford, mais partout où je vais, je me surprends à chercher des signes du passé industriel du Canada.

Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

Le premier processus photographique pratique a été inventé en 1839 par Louis-Jacques-Mandé Daguerre; c’est pourquoi ce type de photographie est appelé un daguerréotype. Bien que la photographie soit normale pour nous, la daguerréotypie ne l’est pas et nécessite probablement une explication.

La daguerréotypie utilisait une plaque de cuivre recouverte d’argent comme « film ». La surface de la plaque était traitée chimiquement afin de la rendre sensible à la lumière. Cette plaque sensible à la lumière était placée dans une boîte sombre ‒ l’appareil photo ‒ jusqu’à ce qu’elle soit exposée à la scène qu’elle devait capter. Après un autre traitement chimique, l’image à laquelle la plaque avait été exposée apparaissait clairement, très nette en noir et blanc. Les images des daguerréotypes semblent flotter au-dessus de leur plaque, donnant une illusion de profondeur, une propriété unique qu’aucune autre forme de photographie n’a réussi à reproduire.

Les expositions du daguerréotype ne sont pas instantanées. Il fallait se tenir sans bouger pendant deux minutes, sans quoi l’image finale serait floue. C’est pourquoi les plus anciennes photos sont des portraits officiels de personnes assises ou d’autres scènes immobiles. Le coût et le temps nécessaires signifiaient également que prendre une photographie était un événement pour lequel il valait la peine de mettre ses beaux habits.

Avez-vous déjà dû continuer à sourire pendant qu’une personne ajustait maladroitement son appareil photo? Sourire pendant plus de quelques secondes peut être douloureux. Imaginez maintenant d’essayer de sourire pendant deux minutes complètes. Les premières photographies comme celle-ci dépeignent nos ancêtres comme étant sévères, mais un froncement de sourcils est beaucoup plus facile à maintenir qu’un sourire!

Lorsque nous regardons des photographies historiques, nous devons penser non seulement au sujet, mais à la technologie utilisée pour saisir l’image. Les Tilley, apparaissant ici dans une pose guindée et conventionnelle, n’étaient pas nécessairement des personnes guindées et conventionnelles. Nous ne l’aurions jamais su à partir de ces daguerréotypes, car les limites de la technologie signifiaient que seulement certains types de scènes pouvaient être saisies. Lorsque nous regardons des photographies historiques, nous devons penser à ce que nous voyons ‒ et à ce que nous ne voyons pas.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

Une photo en noir et blanc de deux jeunes garçons portant des manteaux et des chapeaux de laine, assis sur un banc de bois. L’un s’est écroulé de sommeil; l’autre fixe l’appareil photo et tient une valise. Une foule floue est visible en arrière-plan.

Nouveaux arrivants à bord du S.S. Argentina attendant l’autorisation dans la salle d’interrogation de l’Immigration, Quai 21, mars 1952 (MIKAN 3212241)

Il y a un item de la collection de BAC qui complète très bien ce daguerréotype. Il s’agit d’une autre photographie, qui montre une scène très différente du contexte distingué de la photographie des Tilley.

Plus d’un siècle après le daguerréotype de Samuel Tilley, le Canada traversait l’un de ses booms périodiques d’immigration. La photographie était alors plus que suffisamment perfectionnée pour faire ce qu’il était impossible de réaliser avec le daguerréotype : des instantanés pris sur le vif. Qui plus est, les photographes souhaitaient maintenant prendre des photos de personnes ordinaires, comme celles de nouveaux immigrants, et plus tard de réfugiés. Les deux sont représentés dans cette exposition.

Cet instantané représente deux jeunes immigrants attendant d’être reçus au Quai 21 à Halifax. Nous sommes en 1952, et ces deux enfants aux yeux fatigués débarquaient tout juste du S.S. Argentina. Leur visage illustre de l’épuisement, de l’appréhension et peut-être un peu d’agacement en raison de l’attente.

Laquelle de ces photographies représente une meilleure image du Canada? Selon moi, les versions du Canada que ces photographies illustrent sont toutes deux valables. Les deux photographies présentent des histoires qu’il vaut la peine de raconter.

Cette photographie ne montre pas un père fondateur du Canada. Les noms de ces deux enfants ne sont pas consignés. Mais ce sont tout de même des Canadiens. Leur expérience du Canada est très différente de l’expérience de Samuel Tilley, mais les deux ont été importantes pour la croissance de notre nation. La photographie est devenue un grand facteur de nivellement social. Elle n’est plus l’apanage des bien nantis. Nous avons une dette envers les premiers utilisateurs du daguerréotype pour avoir montré les visages des premiers Canadiens, mais ils n’auraient pas pu illustrer la réalité à l’extérieur du studio. Les photographes plus modernes nous ont ouvert une fenêtre sur ce à quoi les Canadiens ressemblaient vraiment.

Biographie

Une photo couleur d'un jeune homme debout devant une balustrade tenant un diplome.Scott Dickinson est un jeune spécialiste de musée ayant un grand intérêt pour l’histoire de la technologie que les Canadiens utilisent tous les jours. Il détient un diplôme spécialisé en histoire de l’Université Western Ontario (2014) et une maîtrise en histoire publique, également de l’Université Western Ontario (2015). Il est actuellement inscrit comme étudiant au programme de gestion de musée et de conservation du collège Fleming.

Conservatrice invitée : Nicoletta Michienzi

Bannière pour la série Conservateurs invités. À gauche, on lit CANADA 150 en rouge et le texte « Canada: Qui sommes-nous? » et en dessous de ce texte « Série Conservateurs invités ».

Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

Joignez-vous à nous chaque mois de 2017! Des experts de BAC, de tout le Canada et d’ailleurs donnent des renseignements additionnels sur l’exposition. Chaque « conservateur invité » traite d’un article particulier et en ajoute un nouveau — virtuellement.

Ne manquez pas l’exposition Canada : Qui sommes-nous? présentée au 395, rue Wellington à Ottawa, du 5 juin 2017 au 1er mars 2018. L’entrée est gratuite.


Page couverture d’un atlas sur l’immigration intitulé Canada West [Ouest canadien] publié par le ministère de l’Immigration, vers 1923

Page couverture d’un atlas en couleur présentant une femme blonde qui porte une robe de style grec et qui tient un rideau de blé doré ouvert afin de révéler une scène agricole avec tout ce que cela suppose de champs verts et dorés, de fermes, d’étables et de bétail.

Page couverture d’un atlas sur l’immigration intitulé Canada West [Ouest canadien] publié par le ministère de l’Immigration, vers 1923 (MIKAN 183827)

Derrière les rideaux de blé doré se cache un Canada idéalisé, voire utopique. C’était monnaie courante dans les publicités sur l’immigration. À l’époque, l’Ouest canadien n’était pas aussi développé que l’image le laisse croire.


Parlez-nous de vous.

Je suis née et j’ai grandi à London, en Ontario, dans une famille italo-canadienne tissée serrée. Les récits racontés par ma famille sur la culture italienne m’ont inspiré une passion pour l’histoire de l’Italie.

J’ai donc voyagé en Italie et ailleurs en Europe à plusieurs reprises, et j’essaie de voyager dès que je le peux. J’ai eu le privilège d’aller en Angleterre pour étudier. Lorsque j’étais là-bas, j’ai participé à une fouille archéologique le long du Mur d’Hadrien, et pendant mes temps libres, j’ai réussi à visiter le nord de l’Angleterre et l’Écosse. J’ai aussi voyagé en Europe en compagnie de ma famille et de mes amis. Pendant mes voyages, j’essayais toujours de visiter le plus d’institutions culturelles et historiques possible. Ces endroits sont intéressants à visiter, car on y voit ce que la société valorise.

Comme prochaine destination, je me suis donné pour mission de découvrir davantage le Canada. J’ai beaucoup voyagé à l’extérieur de l’Amérique du Nord, mais je n’ai jamais vraiment pris le temps de visiter mon propre pays. J’espère que le 150e anniversaire du Canada me donnera l’occasion de le découvrir et d’apprécier les valeurs qui nous animent en tant que Canadiens.

Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

La page couverture de Canada West [Ouest canadien] est un excellent exemple d’affiches sur l’immigration canadienne du 20e siècle. Le ministère canadien de l’Immigration avait entrepris une campagne publicitaire accrocheuse à la fin du 19e siècle en espérant attirer des immigrants dans les provinces peu peuplées de l’Ouest.

Affiche en couleur présentant un paysage avec des champs verts et des montagnes, ainsi que deux hommes debout au premier plan sur les rives opposées d’une rivière. L’un a un drapeau américain à ses pieds, tandis que l’autre tient l’Union Jack dans sa main et a une corne d’abondance à ses pieds; il fait signe à l’Américain de venir au Canada. Sous l’image, on trouve les lieux de départ et d’arrivée, les dates et le prix du voyage (12 $).

Affiche promotionnelle de l’immigration intitulée « 40,000 Men Needed in Western Canada » [40 000 hommes requis dans l’Ouest canadien] (MIKAN 2837964)

À l’origine, les gouvernements canadien et britannique cherchaient à recruter des immigrants anglophones en faisant beaucoup de publicité dans les îles Britanniques et aux États-Unis. Le ministère de l’Immigration a fini par se diversifier, mais au début, les pays européens blancs étaient encore ses principales sources d’immigration. Les Pays-Bas, l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie étaient les plus importantes cibles des campagnes sur l’immigration, dont le texte était traduit de l’anglais vers d’autres langues.

L’affiche ci-dessous est un exemple de la promotion du Manitoba à titre d’endroit où il fait bon vivre pour les immigrants néerlandais.

Affiche en couleur présentant des mains géantes pointant de petites vignettes de différentes villes au Canada : Montréal, Ottawa, Toronto, Winnipeg et Vancouver, sur un fond vert pâle encadré par des bordures vertes et rouges. Le texte est en néerlandais et fait la promotion du territoire disponible et de la durée du voyage en bateau (10 jours à partir de la Hollande).

Affiche sur l’immigration « Lees Dit! » [Lisez ça!] faisant la promotion du Manitoba aux immigrants néerlandais, vers 1890 (MIKAN 2837963)

La page couverture de Canada West [Ouest canadien] s’inscrit dans la grande tradition qui présente l’idéal de la terre de possibilités, d’abondance et d’agriculture comme un mode de vie idyllique afin d’attirer de nouveaux arrivants au Canada. L’objectif consistait à promouvoir les ressources naturelles du Canada comme un mode de vie auprès de personnes qui n’étaient pas propriétaires fonciers dans leur pays d’origine. Des images attirantes de champs de blés, de cornes d’abondance et de collectivités agricoles pittoresques avaient pour but de vendre le Canada comme un pays pacifique offrant une foule de possibilités, mais l’art idéalisait la réalité. Des atlas comme celui-ci contenaient aussi des pages d’information sur le Canada avec des cartes des provinces de l’Ouest. L’information incluse avait pour but de présenter le Canada comme un pays où la terre et les ressources étaient facilement accessibles. L’atlas Canada West [Ouest canadien] a été largement distribué par le ministère de l’Immigration partout aux États-Unis et en Europe continentale.

Bien que ces campagnes simplistes semblent inefficaces aujourd’hui, le ministère canadien de l’Immigration a connu du succès en les utilisant. Avant 1911, il y avait environ 331 288 immigrants par année. Après la Première Guerre mondiale, ce nombre est passé à plus de 400 000 immigrants par année. Les publicités sous forme d’images et la notion que le Canada était une terre d’abondance ont été un succès. Ces premières mentions favorables ont vendu le Canada à des non-Canadiens. Bien que les images utilisées dans la propagande ne fussent pas toujours réalistes, elles présentaient le Canada comme une terre de possibilités et d’abondance.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

La publicité et l’immigration canadiennes ont considérablement évolué depuis le début du 20e siècle. Nos conceptions de ce qu’est un immigrant et des raisons pour lesquelles des gens choisissent de venir au Canada ont changé. La façon dont nous documentons l’immigration a aussi changé. La technologie, comme la photographie et la vidéographie, a été utilisée pour consigner les histoires d’immigration à l’ère moderne.

Bibliothèque et Archives Canada a une impressionnante collection de photographies contemporaines d’immigrants de la fin du 19e siècle jusqu’à maintenant. Ces images présentent souvent une expérience d’immigration différente. Les photos dans les archives indiquent que nos politiques d’immigration ont eu des répercussions à l’échelle mondiale. Bon nombre d’immigrants qui sont arrivés au Canada n’ont pas seulement travaillé dans les régions rurales, mais aussi dans les centres urbains et ils ont contribué à façonner le Canada. À l’heure actuelle, Bibliothèque et Archives Canada cherche à ajouter des photos à sa collection pour mettre en valeur les différentes pièces qu’il possède. Les photos plus modernes comme celles de l’exposition s’ajoutent à des photos plus anciennes comme celles qui sont présentées ci-dessous.

Photographie en noir et blanc d’un groupe d’immigrants sur le quai d’une gare portant différents vêtements, comme des habits traditionnels indiens et des turbans ou des vêtements de style européen. La gare ferroviaire est derrière eux; il s’agit d’une petite cabane avec le nom de la ville sur le toit. La montagne se trouve derrière la gare, et un jeune garçon se trouve debout sur les rails.

Groupe d’immigrants indiens sur le quai de la gare ferroviaire du Canadien Pacifique à Frank, en Alberta, vers 1903. (MIKAN 3367767)

Petite photographie en noir et blanc d’un homme et d’une femme de chaque côté d’une balle de foin. Une description de la famille comprend leur nom, leur lieu d’origine, la façon dont ils sont arrivés, l’endroit où ils habitent et une brève description de leur ferme.

M. et Mme Friedrich Pahl sur leur ferme, des immigrants roumains qui sont arrivés le 13 mai 1927, à bord du S.S. Estonia, de la compagnie de navigation Baltic-America Steamship Line (MIKAN 3516853)

Bibliothèque et Archives Canada a aussi une collection de vidéos et d’histoires orales liées à l’expérience qu’ont vécu les immigrants. Cette collection comprend des vidéos sur l’histoire du Quai 21, l’un des plus importants points d’immigration au Canada. Ces témoignages sur vidéo montrent les changements dans les tendances en matière d’immigration, ainsi que la façon dont la conception de ce qu’est le Canada évolue constamment. Bien que nous ne voyions plus le Canada comme une étendue de champs, l’idée qui sous-tend l’immigration au Canada est la même : le Canada est une terre offrant des possibilités pour les gens de partout dans le monde, et comme l’indique notre ancienne affiche, le Canada est accessible pour les immigrants.

Biographie

Nicoletta Michienzi est titulaire d’un diplôme universitaire de premier cycle de l’Université Western Ontario avec distinction en histoire et majeure en études classiques. Pendant ses études, elle a participé à une fouille archéologique dans le nord de l’Angleterre et a pu constater les effets du tourisme sur les sites historiques. Elle a poursuivi ses études à l’Université Western Ontario, et a obtenu une maîtrise en histoire appliquée. Depuis l’obtention de son diplôme, elle a occupé des postes dans diverses institutions historiques de London, en Ontario. Elle est actuellement responsable de la programmation publique du Musée du Régiment royal du Canada et est interprète historique à la Eldon House. Au Musée du Régiment royal du Canada, elle organise et offre des visites guidées, informe le public sur l’histoire militaire de London et son lien avec les conflits mondiaux. À la Eldon House, elle interagit avec les touristes et aide à présenter des programmes éducatifs sur la plus vieille maison patrimoniale de London. Dans les deux institutions, elle met l’accent sur les services aux visiteurs et l’éducation du public en espérant rendre les visiteurs enthousiastes en ce qui a trait à l’histoire de leur collectivité et de leur pays.

Ressources connexes

Francis, Daniel. Selling Canada: Three Propaganda Campaigns that Shaped the Nation. Vancouver : Stanton Atkins & Dosil Publishers, 2011.

Conservatrice invitée : Katie Cholette

Bannière pour la série Conservateurs invités. À gauche, on lit CANADA 150 en rouge et le texte « Canada: Qui sommes-nous? » et en dessous de ce texte « Série Conservateurs invités ».Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

Joignez-vous à nous chaque mois de 2017! Des experts de BAC, de tout le Canada et d’ailleurs donnent des renseignements additionnels sur l’exposition. Chaque « conservateur invité » traite d’un article particulier et en ajoute un nouveau — virtuellement.

Ne manquez pas l’exposition Canada : Qui sommes-nous? présentée au 395, rue Wellington à Ottawa, du 5 juin 2017 au 1er mars 2018. L’entrée est gratuite.


Texte norvégien en rouge et en noir sur fond crème indiquant que le prix est décerné à Lester Bowles Pearson. Le texte est surmonté d’un lion rouge qui tient une hache au sommet d’une montagne bleue et ceinturé de vagues bleues comportant une étoile encerclée au sommet.

Le prix Nobel de la paix attribué au premier ministre Lester B. Pearson pour son rôle dans la création des Casques bleus de l’ONU, 1957. Conçu par Gerhard Munthe pour le Comité Nobel (MIKAN 4900031)

Pearson a remporté le prix Nobel pour avoir créé une force militaire neutre chargée de stabiliser les zones de conflit. Bien des Canadiens considèrent que le maintien de la paix est une caractéristique fondamentalement canadienne.


Parlez‑nous de vous.

Le graphisme m’a toujours intéressée. J’ai d’abord occupé un poste de graphiste et de typographe. Je me suis ultérieurement dirigée vers l’histoire de l’art, puis l’enseignement et maintenant l’archivistique. Bien que les documents textuels constituent l’essentiel de mon travail ces jours‑ci, je suis fréquemment fascinée par la gamme d’éléments attrayants sur le plan esthétique dans la collection de BAC.

Y a‑t‑il autre chose que, selon vous, les Canadiens devraient savoir à propos de cet élément?

Lester B. Pearson a remporté le prix Nobel pour son rôle dans la négociation du règlement pacifique de la Crise du canal de Suez en 1956. Cette crise est survenue lorsque Gamel Abdel Nasser, président de l’Égypte, a saisi puis nationalisé le canal de Suez (lequel à cette époque appartenait conjointement à la France et à la Grande-Bretagne), ce qui menaçait l’approvisionnement de l’Europe en pétrole. En représailles, la France, la Grande-Bretagne et Israël ont collaboré en secret pour attaquer la péninsule du Sinaï. Les États‑Unis et l’Union soviétique ont ensuite été entraînés dans le conflit, l’Union soviétique menaçant de recourir aux armes nucléaires contre les assaillants. M. Pearson, alors secrétaire d’État pour les Affaires extérieures et chef de la délégation du Canada aux Nations Unies, est intervenu pour contribuer à la création de la Force d’urgence des Nations Unies, laquelle a joué un rôle fondamental dans la désescalade du conflit.

Au cours de la cérémonie de remise le 10 décembre 1957 à Oslo (Norvège), le président du Comité Nobel Gunnar Jahn a déclaré que le prix était décerné à M. Pearson en raison de son sens de l’initiative, de sa vigueur et de sa persévérance dans les tentatives d’empêcher ou de limiter les opérations de guerre et de rétablir la paix dans des situations où il fallait agir avec rapidité, tact et sagesse pour empêcher l’agitation de se répandre et de dégénérer en une conflagration mondiale.

Bien que M. Pearson ait reçu le prix Nobel en 1957, le graphisme du certificat date du milieu du XXe siècle. Outre la calligraphie à la main, ce prix montre une lithographie réalisée par Gerhard Munthe en 1901, première année à laquelle le prix Nobel de la paix a été décerné. Peintre, dessinateur d’ornement et illustrateur norvégien, M. Munthe s’est inspiré d’un grand nombre des motifs artistiques de son pays natal. Ses œuvres s’inscrivent dans le Style romantique national, la version scandinave de l’Art nouveau de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Le Style romantique national, né en réaction contre l’industrialisation, a favorisé l’expression d’un nationalisme nordique fondé sur un intérêt renouvelé envers la mythologie nordique et les sagas norvégiennes. L’illustration au haut du certificat montre un lion qui tient une hache, symbole de pouvoir et de courage apparu dans l’art folklorique norvégien dès le XIIIe siècle. Ce symbole figure également dans les armoiries de la Norvège. Au sommet d’une frise ornementale de sapins stylisés, le lion se dresse fièrement au milieu d’un paysage nordique sauvage. Des aurores boréales tournoient au-dessus de sa tête, et l’image est surmontée de l’étoile Polaire. Le graphisme dans l’ensemble témoigne d’une délicatesse et d’une retenue, mais l’image n’en demeure pas moins très évocatrice.

Détail du certificat montrant un lion rouge qui tient une hache, au sommet d’une montagne bleue et ceinturé de vagues bleues et d’une étoile dans un cercle.

Détail du prix Nobel de la paix décerné à M. Pearson, révélant le lion sur le certificat (MIKAN 4900031)

Parlez‑nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

Pearson porte un complet avec nœud papillon et tient un crayon dans sa main levée.

Lester B. Pearson tient un crayon prise le 11 août 1944 (MIKAN 3607934)

Un homme souriant, s’entretient avec un autre homme devant une fenêtre avec rideaux, les stores tirés. Les deux hommes sont en complet cravate.

Anthony Eden. Photo prise par le Studio Alexandra (MIKAN 3215249)

Une photographie de Lester B. Pearson en compagnie d’un autre des principaux protagonistes de la crise de Suez – sir Anthony Eden, premier ministre de la Grande-Bretagne – m’a tout particulièrement fascinée. Cette photo a été prise le 6 février 1956 à l’extérieur des édifices du Parlement à Ottawa par Duncan Cameron, un photographe d’Ottawa au service de Capital Press Limited (et le seul photographe contractuel canadien de Time Life Inc.). Le premier ministre Eden, qui connaissait M. Pearson depuis les années 1930, était en visite au Canada et venait tout juste de prononcer un discours à la Chambre des communes. Politicien de longue date réputé pour ses compétences dans les affaires publiques, M. Eden a succédé à Winston Churchill comme premier ministre du Royaume-Uni en 1955. Sur la photographie, les deux hommes semblent détendus et heureux; rien ne laisse présager l’éclosion d’un désaccord entre le Canada et la Grande-Bretagne quelques mois plus tard, après la collaboration de M. Eden avec la France et Israël pour envahir l’Égypte. Par la suite, M. Pearson allait remporter le prix Nobel de la paix, devenir le 14e premier ministre du Canada, et se forger une réputation en matière de diplomatie internationale, tandis que la popularité de M. Eden allait dégringoler, après quoi ce dernier, malade, remettrait sa démission en février 1957. Remarque intéressante : le photographe, Duncan Cameron, allait ultérieurement entrer au service des Archives publiques du Canada, où il est devenu conservateur des photographies de la collection de photographies des Archives nationales. BAC détient son fonds, lequel comporte 175 000 imprimés, négatifs et diapositives.

Biographie

Katie Cholette est archiviste à la section Gouvernance et affaires politiques. Elle œuvre actuellement dans les secteurs des établissements militaires privés et extérieurs à la Loi sur la Bibliothèque et les Archives du Canada. Elle possède un grade de premier cycle en histoire de l’art, un grade de maîtrise en histoire de l’art du Canada, et un grade de doctorat en études canadiennes. Auparavant, elle a occupé le poste de conservatrice des acquisitions et de la recherche et conservatrice des expositions au Musée du portrait du Canada (2007‑2008; 2011). Mme Cholette fut également titulaire de deux chaires de recherche en art canadien au Musée des beaux‑arts du Canada (2006; 2012‑2013), puis elle a donné des cours en histoire de l’art et en études canadiennes au Collège des sciences humaines de l’Université Carleton (depuis 2003). Elle a rédigé et publié des articles sur divers aspects de l’art, de l’architecture, de la culture et de l’identité; de plus, elle a collaboré à plusieurs projets de conservation et de recherche en tant que pigiste. Durant ses études à l’Université Carleton, Mme Cholette allait souvent au pub Mike’s Place, fréquenté par les étudiants de cycle supérieur et nommé en l’honneur de Lester B. Pearson.

Portraits sur fer: ferrotypes de Bibliothèque et Archives Canada – une exposition au Musée des beaux-arts du Canada

Par Jennifer Roger

Mise au point en 1855, la ferrotypie est rapidement devenue un procédé photographique incontournable grâce auquel les gens pouvaient vivre l’expérience de la photographie.

Les ferrotypes sont des images positives directes, ce qui signifie qu’il n’y a pas de négatifs. Réalisés sur une mince feuille de métal recouverte d’un vernis ou d’un émail noir, puis enduite d’une émulsion de collodion, les ferrotypes constituent l’un des procédés photographiques les plus durables. Largement répandus dans les musées et les collections personnelles, ils sont des témoins privilégiés de la vie au XIXe siècle.

Beaucoup moins dispendieux que les daguerréotypes, les ferrotypes sont devenus le choix privilégié des personnes qui souhaitaient se voir immortaliser sur un portrait. Les studios de photographie offraient des ferrotypes pour, tout au plus, quelques sous. La facilité de leur traitement augmentait leur portabilité. Ainsi, de nombreux studios mobiles ont vu le jour et ont pu étendre leurs services dans les foires extérieures et les destinations touristiques. Les ferrotypes étaient utilisés pour illustrer des scènes et événements de la vie à l’extérieur. Ce nouveau support offrait au public un moyen accessible de saisir les ressemblances, et il a servi de catalyseur pour faire entrer la photographie dans la culture populaire.

Portrait en noir et blanc, coloré à la main, d’une femme en position assise.

Portrait d’une femme assise, possiblement de la famille Boivin, milieu du XIXe siècle (MIKAN 3262334)

En raison de leur coût abordable et de leur facilité de production, les ferrotypes étaient attrayants pour la classe moyenne et la classe ouvrière. La transition de l’environnement contrôlé des studios vers les paysages extérieurs a donné lieu à une prolifération de photographies de scènes inédites de la vie au XIXe siècle, y compris des gens au travail, des rues, des immeubles et des structures, et même des images illustrant des scènes de bataille.

Une photographie en noir et blanc montrant cinq hommes en train d’assembler des boîtes en bois à l’intérieur d’un moulin.

Des hommes assemblant des boîtes à fromage à l’intérieur d’un moulin à Maberly (Ontario), milieu du XIXe siècle (MIKAN 3316695)

Une nouvelle exposition au Musée des beaux-arts du Canada présente une sélection de ces objets intrigants. Tirés de la collection de Bibliothèque et Archives Canada, les ferrotypes ont été réalisés tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de studios et offrent un aperçu fidèle de la vie au Canada au XIXe siècle.

L’exposition comporte plusieurs portraits réalisés en studio, notamment celui d’une femme non identifiée prenant la pose devant une toile de fond représentant les chutes Niagara. Les toiles de fond et les accessoires étaient largement utilisés au XIXe siècle dans les studios de photographie, bien sûr pour des raisons esthétiques, mais aussi comme moyens d’expression.

Comme les chutes Niagara étaient l’une des destinations touristiques les plus prisées au XIXe siècle, leur emploi comme toile de fond pouvait servir à exprimer le prestige ou un intérêt personnel à l’égard de l’attraction touristique. Si une personne ne pouvait se rendre sur le site convoité, la toile de fond pouvait représenter une solution de rechange acceptable. Par ailleurs, les toiles de fond nous donnent parfois des indices sur l’identité du studio de photographie.

Portrait en noir et blanc, réalisé en studio, d’une femme non identifiée se tenant debout à côté d’une clôture avec les chutes Niagara en toile de fond.

Portrait en studio d’une femme non identifiée se tenant debout à côté d’une clôture avec les chutes Niagara en toile de fond, milieu du XIXe siècle (MIKAN 3210905)

Les gens prenaient souvent la pose avec des objets personnels ayant une valeur sentimentale ou une importance professionnelle, de manière à refléter leur personnalité ou à bien exprimer ce qui était important à leurs yeux. Les modèles choisissaient des éléments qui, selon eux, les représentaient bien : des outils associés à leur métier, des instruments de musique, du matériel photographique, ou d’autre équipement. Connues sous le nom de portraits de métier, ces images sont des témoins révélateurs et intimes des visages d’autrefois.

Portrait en noir et blanc de deux jeunes hommes en position assise. L’un d’eux tient dans ses mains un violon et l’autre, un violoncelle.

Deux jeunes hommes assis, l’un tenant dans ses mains un violon et l’autre, un violoncelle, milieu du XIXe siècle (MIKAN 3262290)

Pour découvrir d’autres ferrotypes intrigants, visitez l’exposition Portraits sur fer: ferrotypes de Bibliothèque et Archives Canada présentée dans les salles d’art canadien et autochtone du Musée des beaux-arts du Canada à Ottawa, du 12 décembre 2017 au 6 juillet 2018.


Jennifer Roger est conservatrice au sein de la section des expositions et des prêts de Bibliothèque et Archives Canada.