Centenaire de la pandémie de grippe espagnole : nouveau défi Co-Lab et exposition itinérante

Par Jenna Murdock Smith et Alexandra Haggert

En 1918, la grippe espagnole frappe le Canada, tuant environ 50 000 personnes. Cette souche particulièrement virulente d’influenza prend la forme d’une véritable pandémie mondiale : lorsqu’elle s’essouffle, en 1920, elle a laissé dans son sillage entre 20 et 100 millions de victimes.

Au Canada, le virus est apporté par des soldats revenant de la Première Guerre mondiale. Rapidement, il se répand jusque dans les régions les plus reculées. Contrairement à la plupart des affections, qui ciblent habituellement les personnes les plus vulnérables, la grippe espagnole s’attaque aux jeunes adultes dans la fleur de l’âge. Pour un pays qui déplore déjà la perte de 60 000 hommes à la guerre, les conséquences de la grippe espagnole sont énormes. La maladie fait des milliers d’orphelins et prive de nombreuses familles de leur principal soutien financier.

L’année 2018 marque le centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale et celui de la pandémie de grippe espagnole. Profitons de l’occasion pour réfléchir à ce sombre chapitre de notre histoire. Bibliothèque et Archives Canada possède plusieurs archives qui témoignent des répercussions politiques, sociales, économiques et culturelles de la grippe espagnole sur la vie des Canadiens.

Pour l’occasion, un nouveau défi Co-Lab porte sur la grippe espagnole. Co-Lab est un outil de collaboration qui invite le public à transcrire, traduire, étiqueter et décrire des textes d’archives. Grâce aux métadonnées ainsi obtenues, Bibliothèque et Archives Canada peut enrichir ses instruments de recherche et faciliter la consultation de ses documents historiques.

Les images choisies pour Co-Lab illustrent la réaction des autorités fédérales en santé publique lors de l’apparition de l’épidémie, en 1918. À l’époque, la santé publique relève des autorités provinciales et municipales. Le gouvernement fédéral, pour sa part, coordonne les services de quarantaine, regroupés dans des directions au sein de grands ministères (d’abord celui de l’Agriculture, puis celui de l’Immigration et de la Colonisation). Le dossier comprend notamment de la correspondance qui témoigne des diverses tentatives pour mettre en quarantaine les navires ramenant au pays les soldats démobilisés. Mais ces mesures, qui avaient réussi à endiguer la propagation des maladies infectieuses au 19e siècle, s’avéreront inefficaces pour contrôler la grippe espagnole.

Copie d’un télégramme portant sur la grippe espagnole.

Quarantaine et immigration : grippe espagnole – général, RG29, vol. 300, dossier 416-2-12 (image 82)

Une lettre dactylographié portant sur la grippe espagnole

Quarantaine et immigration : grippe espagnole – général, RG29, vol. 300, dossier 416-2-12 (image 85)

Le gouvernement fédéral est critiqué de toutes parts pour avoir échoué à coordonner une réponse à la pandémie et à fournir les secours requis. Sans vaccin ni traitement efficace, les médecins se tournent vers le gouvernement fédéral pour obtenir de l’aide. Le dossier révèle une absence de coordination chez les autorités gouvernementales et, à mesure que le taux de mortalité augmente, un sentiment d’urgence de plus en plus grand chez le personnel médical travaillant dans les stations de quarantaine au Canada. La situation illustre la nécessité de créer un ministère fédéral de la Santé, lequel est mis sur pied en 1919, en réaction directe à cette pandémie dévastatrice.

Un collage de deux lettres

Quarantaine et immigration : grippe espagnole – général, RG29, vol. 300, dossier 416-2-12 (image 6 et image 7)

Si vous souhaitez voir d’autres documents historiques concernant la grippe espagnole, Bibliothèque et Archives Canada accueille une exposition itinérante créée par Moments déterminants Canada, une organisation qui propose des outils de narration numériques et des activités commémoratives à l’intention des Canadiens. Du 4 au 24 septembre, l’exposition Lutte sans relâche : Des histoires de la pandémie de grippe espagnole de 1918-1919 sera présentée gratuitement dans le hall d’entrée de Bibliothèque et Archives Canada au 395, rue Wellington, à Ottawa.


Jenna Murdock Smith est archiviste principale à la Direction des archives gouvernementales et Alexandra Haggert est gestionnaire de projet à la Direction des services au public à Bibliothèque et Archives Canada.

Œuvres complètes. Tome I de Normand Chaurette

Par Michel Guénette

L’exposition Première : Nouveautés à Bibliothèque et Archives Canada présente un document inédit de Normand Chaurette intitulé Œuvres complètes. Tome I. Cette pièce a été choisie par notre spécialiste Michel Guénette, archiviste des arts de la scène.

Qui est Normand Chaurette?

Avant tout, il semble important de brosser un portrait de l’auteur afin de le situer dans son contexte de création. Normand Chaurette est un dramaturge québécois né à Montréal en 1954. Il fait partie, avec Michel Marc Bouchard et René-Daniel Dubois, de cette génération d’auteurs post-référendaire qui s’est éloignée des productions nationalistes et réalistes ayant marqué le théâtre des années 1960 et 1970 pour créer une dramaturgie orientée sur le renouvellement de l’approche esthétique et du langage. La pièce de Chaurette Provincetown Playhouse, juillet 1919, j’avais 19 ans (1982) remporte un vif succès et fait sa renommée. Il poursuit sa démarche théâtrale entre autres avec La société de Métis (1983), Fragments d’une lettre d’adieu lus par des géologues (1986), Les Reines (1991), Le Passage de l’Indiana (1996), Le Petit Köchel (2000) et Ce qui meurt en dernier (2008). Ses pièces sont aussi jouées à l’étranger, et l’une d’elles, Les Reines, a été montée par la Comédie-Française (1997). Il est aussi connu pour avoir signé le texte de la pièce appréciée d’un large public Edgar et ses fantômes (2010) et de son adaptation française, Patrick et ses fantômes (2018).

Parallèlement à sa carrière de dramaturge, Chaurette a écrit un livre, des nouvelles, des scénarios de film, des traductions, des textes radiophoniques et un essai. L’œuvre de Chaurette, qui a remodelé le paysage théâtral et celui de l’écriture, s’est taillé une place remarquable sur la scène artistique tant au Canada qu’à l’étranger. Elle a été récompensée de très nombreux prix, parmi lesquels quatre Prix littéraires du Gouverneur général, quatre Masques de l’Académie québécoise du théâtre et un Prix Floyd S. Chalmers. Normand Chaurette a également obtenu une bourse d’écriture de l’Association Beaumarchais (Paris) et a été nommé à l’Ordre du Canada à l’automne 2004.

Texte alternatif : Photo en noir et blanc d’un jeune homme assis avec un chandail sur les épaules.

Portrait de Normand Chaurette vers 1976 – photographie prise par Linda Benamou (e011180592)

Œuvres complètes. Tome I

Le fonds Normand Chaurette acquis par Bibliothèque et Archives Canada comprend des documents relatifs à sa carrière et à sa vie personnelle. La majorité des documents regroupe des manuscrits et des tapuscrits annotés, des esquisses, des ébauches, des notes et des mises au net de ses écrits. Parmi ceux-ci se trouve le livre original Œuvres complètes. Tome I, de belle facture.

L’ouvrage ressemble à un livre d’artiste et allie textes calligraphiés à la main, dessins, aquarelle et découpages. Ce magnifique livre divisé en sections comprend entre autres les textes suivants : Les dieux faibles, Orgues, Lettres au superbe, Texte de Londres et Nouveaux textes de Londres. Normand Chaurette entreprend la rédaction de cette œuvre de jeunesse en 1970 à l’âge de 16 ans et la termine en 1975, pour ensuite y ajouter quelques feuillets en 1977 et 1978.

Nous aurions pu croire facilement que Chaurette avait dès cette époque des visées littéraires tant ce livre est à la fois étrange et fascinant avec ses phrases énigmatiques et répétées. Le lecteur pourrait même y voir des affinités avec les automatistes comme Claude Gauvreau et les surréalistes comme Guillaume Apollinaire. Or, il n’en est rien. Chaurette n’a aucune prétention artistique à l’adolescence. Dans un courriel du 19 avril 2018, il souligne qu’il était en décrochage scolaire et qu’il ne rêvait pas de devenir écrivain, du moins pas avant 1976, au moment où il gagne un prix pour le texte radiophonique Rêve d’une nuit d’hôpital diffusé à Radio-Canada.

Images de deux pages du livre de Normand Chaurette Œuvres complètes. Tome I.

Images de deux pages du livre de Normand Chaurette Œuvres complètes. Tome I (MIKAN 4929495)

Images de deux pages du livre de Normand Chaurette Œuvres complètes. Tome I.

Images de deux pages du livre de Normand Chaurette Œuvres complètes. Tome I (MIKAN 4929495)

Pourquoi noircit-il alors de mots tout menus des pages et des pages d’un livre qui ne sera jamais publié? Chaurette traverse une période trouble de son existence. Il abandonne l’école, remet en question son avenir et désire quitter le toit familial. Aidé par certaines substances, il dérive en quête de son identité et se replie dans sa bulle. Comme il le dit dans un échange téléphonique, cette période marquée par la crise d’Octobre, les grèves, les manifestations et les écoles fermées est pour lui une période sombre et très nébuleuse. Il n’arrive pas à parler de ses angoisses à ses parents, à avouer certaines choses, alors il se réfugie dans l’écriture, le dessin et la peinture, où il exprime toutes ses craintes et ses peurs. Il occupe des nuits blanches à bricoler et à écrire dans des livres qui sont en quelque sorte ses journaux intimes.

Le contexte de création permet de poser un nouveau regard sur cette œuvre et d’en éclairer certains passages. Le ton sombre de la prose n’est pas étranger à ce que vit Chaurette, comme le montre l’extrait de son poème L’ode au désespoir :

Ma parole est une prison

Ma parole est carrée comme une prison dont le rebord noir perce les pages de ce recueil…

Le lecteur pénètre ainsi dans son intimité. Il découvre aussi que les titres ne sont pas anodins. Par exemple, Chaurette avait de la famille à Londres, en Grande-Bretagne, où il était invité pour apprendre l’anglais. Il n’est donc pas étonnant que des textes proviennent de cette ville. De même, Chaurette envisage un tome II, mais la facture trop laborieuse du livre lui fait abandonner l’idée, et en vieillissant, il passe à d’autres projets.

Chaurette écrit ses textes en code et en lettres minuscules presque illisibles, effrayé à l’idée que ses journaux soient découverts. Il détruit presque au fur et à mesure la plupart d’entre eux avant que ses parents ne mettent la main sur ses compositions. Ne survit que le livre Œuvres complètes. Tome I. Il est heureux que BAC puisse préserver et rendre accessibles aux chercheurs les confidences d’un adolescent troublé qui deviendra un grand auteur. Déjà, nous pouvons tous remarquer le talent du jeune auteur qui ne demandait qu’à s’épanouir.


Michel Guénette est archiviste des arts de la scène à la Division des archives privées sur la vie sociale et la culture de la Direction générale des archives à Bibliothèque et Archives Canada.

Les premières presses du Canada

Par Meaghan Scanlon

En visitant l’exposition Première : Nouveautés à Bibliothèque et Archives Canada, vous aurez l’occasion de voir deux artefacts de la collection de livres rares de Bibliothèques et Archives Canada. Le premier est un court ouvrage médical publié à Québec en 1785 au sujet des symptômes et du traitement d’une maladie qui semble être une forme de syphilis. Le second est une proclamation sur les droits de pêche des Français émise par le gouverneur de Terre-Neuve en 1822.

Photo couleur d’un livre ouvert à la page titre, où on peut lire « Direction pour la guerison du mal de la Baie St Paul. A Quebec : Chez Guillaume Brown, au milieu de la grande côte. M, DCC, LXXXV. »

Page titre du livre Direction pour la guerison du mal de la Baie St Paul, imprimé par Guillaume (William) Brown, Québec (Québec), 1785. (AMICUS 10851364)

De prime abord, ces publications ont peu en commun. Or, un lien historique intéressant les unit : toutes deux ont été produites par les pionniers de l’imprimerie dans leurs provinces respectives. Guillaume Brown, éditeur du livre Direction pour la guerison du mal de la Baie St Paul, ainsi que son partenaire Thomas Gilmore deviennent en effet les premiers imprimeurs du Québec lorsqu’ils s’installent dans la ville du même nom, en 1764. John Ryan, à qui l’on doit l’affiche de Terre-Neuve, mérite quant à lui l’honneur d’être le premier imprimeur de deux provinces : il pratique déjà le métier à Saint John avec son partenaire William Lewis lorsqu’est fondé le Nouveau-Brunswick, en 1784. En 1806, il déménage à St. John’s (Terre-Neuve) et y ouvre la première imprimerie de l’île.

Document en noir et blanc proclamant le droit, pour les pêcheurs français, de pêcher au large de Terre-Neuve sans être gênés ou harcelés par les sujets britanniques (droit qui leur fut accordé en vertu du traité de Paris, qui entérinait lui-même celui d’Utrecht). La proclamation enjoint les officiers et les magistrats à faire respecter ce droit, et signale que des mesures pourraient être prises contre les pêcheurs britanniques qui ne s’y conforment pas.

By His Excellency Sir Charles Hamilton… a proclamation, imprimé par John Ryan, St. John’s (Terre-Neuve), vers 1822. (AMICUS 45262655)

Vers 1454, Johannes Gutenberg termine sa célèbre bible à Mayence, en Allemagne, faisant ainsi connaître l’imprimerie dans toute l’Europe. En 1500, son innovation est déjà largement répandue sur le continent. L’imprimerie suivra les colons européens jusqu’en Amérique, mais ce n’est qu’en 1751 qu’elle arrive au Canada, soit presque 300 ans après l’époque de Gutenberg. Si cela peut nous sembler incroyablement long – nous qui sommes habitués à de rapides évolutions technologiques –, l’imprimerie met presque 150 ans de plus à conquérir le reste du pays. Avec des artefacts comme ces documents imprimés par Guillaume Brown et John Ryan, la collection de livres rares de Bibliothèque et Archives Canada documente la longue et fascinante histoire de la naissance de l’imprimerie au Canada.

Reproduction couleur de la couverture d’un journal, aux teintes sépia, qui présente un pli dans sa partie supérieure.

Premier numéro du Halifax Gazette (23 mars 1752), imprimé par John Bushell. (AMICUS 7589124)

Tout commence avec John Bushell, le premier imprimeur du Canada. En 1751, il quitte Boston, au Massachusetts, pour s’établir à Halifax, en Nouvelle-Écosse. C’est là qu’il publie le premier journal du pays, The Halifax Gazette, le 23 mars 1752. Comme nous l’avons dit précédemment, le Québec et le Nouveau-Brunswick accueillent respectivement leur première presse en 1764 et en 1784. À la fin du 18e siècle, l’impression s’est frayé un chemin jusqu’à l’Île-du-Prince-Édouard et l’Ontario, dont la première imprimerie est ouverte par Louis Roy à Newark (aujourd’hui Niagara-on-the-Lake) en 1792. Après l’arrivée de John Ryan à Terre-Neuve, en 1806, on trouve des presses dans toutes les provinces de l’Est. Plusieurs pionniers de l’impression établis dans cette région (dont John Ryan et James Robertson, le premier imprimeur de l’Île-du-Prince-Édouard) sont des loyalistes, c’est-à-dire des Américains qui ont quitté les États-Unis pendant la guerre d’Indépendance américaine par loyauté envers la Couronne britannique.

Avant la fin du 19e siècle, l’imprimerie parvient dans l’Ouest et le Nord du Canada. En Alberta comme au Manitoba, les premiers imprimeurs sont des missionnaires qui traduisent en langues autochtones des textes chrétiens. En 1840, utilisant une presse et des caractères de sa propre confection, le pasteur méthodiste James Evans commence à imprimer des textes en écriture syllabique crie à Rossville, au Manitoba. L’Alberta accueille quant à elle sa première presse en 1876, quand le prêtre oblat Émile Grouard vient s’installer à Lac La Biche. En 1878, celui-ci publie le premier livre de la province, Histoire sainte en montagnais (le terme montagnais est alors employé par les non-Autochtones pour désigner la langue dénée). Cette même année, le premier imprimeur de la Saskatchewan, Patrick Gammie Laurie, lance à Battleford un journal intitulé Saskatchewan Herald (AMICUS 4970721). Cet Écossais d’origine avait marché de Winnipeg jusqu’à Battleford – soit environ 1 000 kilomètres – en faisant tirer sa presse par un bœuf!

En 1858, la ruée vers l’or au fleuve Fraser attire les prospecteurs sur la côte Ouest. Cet afflux de nouveaux arrivants provoque une demande pour des nouvelles imprimées, ce qui mène à la création des cinq premiers journaux de la Colombie-Britannique, tous à Victoria. L’un d’eux, The British Colonist (AMICUS 7670749), est fondé par le futur premier ministre de la province, Amor de Cosmos.

C’est aussi à l’or que l’on doit l’arrivée de l’imprimerie dans les territoires du Nord canadien. Pendant la ruée vers le Klondike, en 1898, l’imprimeur G. B. Swinehart quitte Juneau, en Alaska, dans l’intention de lancer un journal à Dawson, au Yukon. Forcé d’attendre à Caribou Crossing en raison du mauvais temps, il y publie, le 16 mai 1898, un journal à tirage unique intitulé Caribou Sun (AMICUS 7502915). Il s’agirait du premier document à avoir été imprimé dans le Nord canadien.

Photo noir et blanc d’un groupe d’hommes devant une cabane en bois rond dont l’enseigne indique « The Yukon Sun ».

Bureau du journal de G. B. Swinehart, renommé The Yukon Sun, Dawson (Yukon), 1899. (MIKAN 3299688)

La collection de publications de Bibliothèque et Archives Canada comprend de nombreux documents produits à l’aube de l’imprimerie au pays, dont plus de 500 datent d’avant 1800. C’est beaucoup, mais loin d’être complet. Les employés sont d’ailleurs très heureux quand ils découvrent de nouvelles publications qui ne figurent pas dans la collection, parce que les documents produits par les premiers imprimeurs du Canada sont généralement très rares. Les deux publications en vedette à l’exposition Première en sont de beaux exemples. Il ne reste aujourd’hui qu’environ cinq exemplaires du livre Direction pour la guerison du mal de la Baie St Paul. Pour ce qui est de l’affiche de John Ryan, elle n’avait jamais été répertoriée auparavant, ce qui laisse croire qu’il n’en resterait aucun autre exemplaire.

Si vous êtes dans la région d’Ottawa, nous vous invitons à visiter l’exposition Première : Nouveautés à Bibliothèque et Archives Canada pour voir en personne ces rares vestiges des débuts de l’imprimerie au Canada, ainsi que de nouvelles acquisitions d’autres secteurs de la collection de Bibliothèque et Archives Canada. L’exposition est présentée au 395, rue Wellington, à Ottawa, jusqu’au 3 décembre 2018. L’entrée est gratuite!

Autres ressources


Meaghan Scanlon est bibliothécaire principale des collections spéciales à la Direction générale du patrimoine publié de Bibliothèque et Archives Canada.

Ce qui se cache sous le figuier : Salomon Ibn Gabirol et la quête de la sagesse

Bannière avec les mots suivants : Première: Nouveautés à Bibliothèque et Archives Canadas. Et on aperçoit à droite une outre attrapant un poissonPar Guy Berthiaume

Une légende raconte qu’un poète jaloux aurait assassiné Salomon Ibn Gabirol, poète et philosophe juif du 11e siècle, et l’aurait enterré sous un figuier. Les fruits de cet arbre étaient si doux et si abondants que les habitants de la ville où il se trouvait décidèrent de creuser pour découvrir la source de sa fertilité. La légende se termine par la découverte des restes de Gabirol enfouis sous l’arbre, apportant une explication toute poétique à la nature généreuse de l’arbre, ce que Gabirol lui-même aurait sans doute apprécié.

Mise à part la légende, Gabirol était un éminent philosophe, auteur de plus d’une centaine d’œuvres poétiques. Ses écrits se composent d’un fascinant mélange de sources juives, islamiques, néoplatoniciennes, pythagoriciennes, bibliques, mystiques et philosophiques. Gabirol nous invite à « rechercher la sagesse avec autant d’avidité que nous chercherions un trésor caché, car elle est plus précieuse que l’or et l’argent ». Ce sage conseil est tiré de Mivachar Ha-Peninim, ou Livre des perles, le plus récent ajout à la collection d’incunables de Bibliothèque et Archives Canada, acquis grâce à un don généreux du couple Ruth et Arnon Miller.

Le mot latin incunabula signifie « berceau », mais au fil du temps il en est venu à désigner tout livre, pamphlet ou affiche imprimé avant l’année 1501. Avant que le terme ne soit largement utilisé, on nommait ces ouvrages des « livres du quinzième siècle », une appellation descriptive, certes, mais manquant de poésie! Quelle que soit la façon de les désigner, les incunables sont des objets qui fascinent autant par leur contenu que par leur beauté. Le Livre des perles ne fait pas exception à cette règle.

Gabirol jouissait d’une grande popularité dans les cercles islamiques et chrétiens; cette collection de proverbes, de réflexions et de maximes était, à son époque, l’équivalent d’un « best-seller » du New York Times. Le Livre des perles est remarquablement moderne, aussi pertinent aujourd’hui qu’il l’était au 11e siècle. L’ouvrage est ponctué de réflexions et d’observations comme celles-ci : « La sagesse en dormance est comme un trésor improductif »; « Un homme dépourvu de sagesse est comme une maison sans fondations »; et cet adage incroyablement visionnaire, « La vérité sert d’assise à toute chose, mais le mensonge démolit tout », qui prend une signification particulière en cette ère de « post vérité ».

Même si le texte fut écrit à l’origine en arabe par un philosophe juif souvent comparé à Platon, sa sagesse et son intelligence séduisaient à la fois les lecteurs juifs et arabes de l’époque. Il montre, comme je le crois intimement, que la poésie et la philosophie ont la capacité de transcender les frontières, tout comme les bibliothèques le font.

Ce livre est également important parce que son éditeur, les Presses de Soncino, a été l’un des plus anciens et des plus influents imprimeurs dans l’histoire du livre juif. Installé dans le nord de l’Italie, il a mis au point l’une des premières presses à imprimer au monde, en 1484.

Une photo couleur d’un livre ouvert écrit en hébreu.

Mivachar Ha-Peninim par Solomon Ibn Gabirol, 1484 (AMICUS 45283149)

Le Livre des perles a été acheté lors d’une vente aux enchères à la Valmadonna Trust Library, qui était la plus grande collection privée au monde d’œuvres judaïques. Le livre est maintenant conservé avec d’autres incunables dans la collection Jacob-M.-Lowy de BAC. La collection Lowy, rassemblée pendant toute une vie, comprend plus de 3 000 livres rares et anciens, imprimés entre le 15e et le 20e siècle en plusieurs langues, notamment en hébreu, en latin et en yiddish. Mentionnons en particulier des premières éditions et des éditions anciennes du Talmud, 34 incunables et plus de 120 bibles en plusieurs langues, dont l’inuktitut.


Guy Berthiaume est le bibliothécaire et archiviste du Canada.

Nouveau balado! Écoutez notre plus récente émission, « Les archives canadiennes du canot »

Peinture à l’huile en couleur d’un canot en écorce de bouleau vu de profil, s’avançant en eau calme devant une falaise rocheuse dénudée. Huit hommes pagaient, alors qu’un couple, lui coiffé d’un haut-de-forme noir et elle d’un chapeau bleu pâle, est assis au centre du canot. Un drapeau rouge est partiellement déployé à l’arrière de l’embarcation. La proue et la poupe du canot sont peintes en blanc et ornées de motifs colorés.

Notre plus récent balado est en ligne! Écoutez « Les archives canadiennes du canot ».

Pour bien des Canadiens, le canot est un moyen d’échapper au rythme effréné du quotidien, un moyen de renouer avec la nature, les parents et les amis. Or, des milliers d’années avant l’arrivée des colons européens sur le territoire que nous appelons aujourd’hui le Canada, les lacs et rivières servaient de routes essentielles au commerce pour les peuples autochtones d’ici, et le canot était au cœur de cette activité. Dans cette émission, nous nous rendons au Musée canadien du canot, à Peterborough en Ontario, pour visiter les coulisses de son incroyable collection. Le conservateur Jeremy Ward sera notre guide pour nous faire découvrir cette collection hors pair d’embarcations emblématiques.

Pour voir les images associées à ce balado, voici un lien vers notre album Flickr.

Abonnez-vous à nos émissions de baladodiffusion sur notre fil RSS, iTunes ou Google Play, ou écoutez-les sur notre site Web à Balados – Découvrez Bibliothèque et Archives Canada : votre histoire, votre patrimoine documentaire.

Vous avez des questions ou souhaitez obtenir plus d’information? Contactez-nous à bac.balados-podcasts.lac@canada.ca.

Le mystère de l’expédition Franklin

Par Catherine Butler

L’expédition perdue

L’histoire de la tragique expédition Franklin est bien connue de nombreux Canadiens. Menée par sir John Franklin, l’expédition à laquelle participent 24 officiers et 110 hommes quitte le port de Greenhithe, en Angleterre, au mois de mai 1845 à la recherche du passage du Nord-Ouest. À bord du NSM Terror et du NSM Erebus, le voyage débute assez bien.

L’équipage aborde aux îles Whale Fish, au large de la côte du Groenland, pour se ravitailler, puis atteint la baie de Baffin en juillet 1845. Là, les capitaines de deux baleiniers, le Prince of Wales et l’Enterprise, rapportent avoir vu les membres de l’équipage attendre des conditions favorables pour traverser le détroit de Lancaster. On ne le reverra plus jamais.

Ce qui suivra relève autant de l’horreur que de la légende. Les équipages de l’Erebus et du Terror passent l’hiver 1845-1846 sur l’île Beechey, où trois des hommes meurent et sont enterrés. Dès lors, les choses vont de mal en pis. Au mois de septembre 1846, les navires sont emprisonnés dans les glaces au large de l’île King William; ils passeront ainsi tout l’hiver et le printemps de 1847. En juin 1847, sir John Franklin rend l’âme. Le reste de l’équipage, avec à sa tête Francis Crozier, passe le reste de l’année 1847 toujours prisonnier des glaces, incapable de poursuivre sa route.

Lorsqu’arrive avril 1848, l’équipage abandonne l’Erebus et le Terror et tente de regagner le continent à pied. Tous les hommes périront, et plusieurs années s’écouleront avant que l’on découvre leur triste sort.

Percer le mystère

Devant l’absence de nouvelles, le gouvernement britannique tente de localiser l’expédition dans les années suivant son départ, offrant une récompense pour tout renseignement sur son itinéraire ou sa découverte. La première mission envoyée à la recherche de l’expédition Franklin lève les voiles en 1848, mais échoue. Nulle trace des disparus n’est relevée jusqu’en 1850, lorsque l’on découvre les vestiges de leur campement hivernal au cap Riley ainsi que les tombes des hommes morts durant le premier hiver passé sur l’île Beechey.

Affiche offrant une récompense de 20 000 £ à qui retrouvera l’expédition Franklin.

Récompense de 20 000 £ promise à qui retrouvera l’expédition Franklin, portée disparue; 7 mars 1850 (e010754422) (en anglais seulement)

Membre de l’opération de recherche de 1854 financée par la Compagnie de la Baie d’Hudson, John Rae rencontre, dans la péninsule de Boothia, un Inuit qui lui raconte qu’un groupe d’hommes blancs sont morts de faim, quelques années plus tôt, à l’embouchure d’une grande rivière. En parlant à de nombreux autres Inuit de la région, John Rae déduit qu’il s’agit probablement de la rivière Back. Pendant son périple, il parvient à retrouver plusieurs articles de l’expédition perdue, notamment de l’argenterie gravée.

Dessin de divers objets trouvés lors des opérations de recherche orchestrées par le gouvernement britannique pour retrouver l’expédition perdue de Franklin. On y voit entre autres de l’argenterie, des lames, des montres de poche, des couteaux et une flasque.

Vestiges de l’expédition Franklin, vers 1845 (e010958396)

Au fil des ans, les expéditions se sont succédé pour retrouver la trace des navires disparus et les dépouilles des membres de l’équipage. Des patrouilles de la Gendarmerie royale du Canada, des explorateurs intrépides et des archéologues ont cherché à découvrir le sort réservé à ces hommes et à localiser les vaisseaux abandonnés. Des tombes, des crânes et une multitude d’artefacts ont été retrouvés, mais le mystère des navires restait intact. Malgré tous les équipages lancés à leur recherche, les navires ne seront découverts que près de 170 ans plus tard.

Photographie en noir et blanc montrant cinq crânes déposés sur des rochers sombres. Ils furent découverts en 1945 pendant une expédition menée par William Skinner et Paddy Gibson.

Crânes de membres de l’expédition Franklin découverts puis enterrés par William Skinner et Paddy Gibson en 1945 (a147732)

Enfin retrouvés

En 2008, le gouvernement canadien lance de nouvelles recherches pour localiser l’épave des navires abandonnés de l’expédition Franklin. Grâce à l’étroite collaboration d’historiens inuits et de collectivités de la région, l’expédition est couronnée de succès. En septembre 2014, le NSM Erebus est découvert non loin de l’île King William, dans la baie de la Reine-Maud. Retrouver le navire, qui avait échappé aux recherches de tant d’experts depuis si longtemps, a été possible en grande partie grâce aux récits transmis oralement que connaissait l’historien inuit Louie Kamookak.

Presque deux ans plus tard jour pour jour, l’épave du NSM Terror est repérée, grâce surtout à Sammy Kogvik, un chasseur et Ranger canadien inuit qui s’est joint à l’équipe de l’Arctic Research Foundation dirigeant les activités de recherche et de sauvetage. Sans la collaboration et le savoir des communautés inuites de la région, il y a fort à parier que les navires abandonnés n’auraient jamais été retrouvés.

Pour en savoir plus

Bibliothèque et Archives Canada possède plusieurs documents d’archives sur les opérations de recherche de l’expédition perdue, dont les journaux de Francis McClintock tenus durant ses quatre missions en Arctique à la recherche de sir John Franklin, entre 1848 et 1859.

Pour en savoir plus sur l’importance des histoires orales et du savoir des Inuit, lisez Unravelling the Franklin Mystery: Inuit Testimony, de David Woodman (AMICUS 43188964), un ouvrage très complet sur le sujet.

Pour une plongée interactive au cœur du tourment vécu par les membres de l’expédition Franklin et pour une idée du rôle important qu’ont joué les collectivités inuites dans la découverte des épaves, visitez l’exposition Périr dans les glaces – Le mystère de l’expédition Franklin, présentée par le Musée canadien de l’histoire jusqu’au 30 septembre 2018.


Catherine Butler est une archiviste de référence à la Direction générale des services au public de Bibliothèque et Archives Canada.

Une découverte en or!

Par Roddy McFall

« En août 1896, la découverte du Klondike ébranle le monde entier. » C’est ce qu’écrit William Ogilvie dans ses mémoires Early Days on the Yukon & the Story of its Gold Finds [Les premiers jours sur le Yukon et le récit de la découverte de l’or]. Avant de devenir le deuxième commissaire du territoire du Yukon en 1898, Ogilvie était un éminent arpenteur des terres fédérales dans l’Ouest canadien et le Nord. En 1895, il est chargé d’arpenter tous les lotissements urbains, concessions minières et gisements minéraux du Yukon. Il avait déjà arpenté le fleuve Yukon en 1887-1888 et calculé l’emplacement approximatif du 141e méridien ouest, soit la frontière actuelle entre l’Alaska et les territoires du Canada.

En 2015, la Direction de l’arpenteur général de Ressources naturelles Canada (RNCan) se renseigne auprès de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) sur le transfert possible de quelque 80 000 documents de la collection des Archives d’arpentage des terres du Canada – un total de 1,5 km d’archives. Au début 2017, BAC termine le transfert de cette acquisition importante à ses fonds permanents.

La collection comprend les levés textuels officiels ainsi que les documents connexes portant sur les terres du Canada (réserves des Premières Nations, terres des parcs nationaux, terres de la Couronne et terres territoriales) depuis 1769. Elle inclut les cartes originales, les fichiers d’arpentage, les plans d’arpentage et les carnets d’observation créés par Ogilvie durant la ruée vers l’or du Klondike, dans lesquels est documentée la découverte de dépôts aurifères dans les ruisseaux Bonanza et Eldorado, deux affluents de la rivière Klondike.

Les 80 000 documents ont été traités, décrits, classés et diffusés publiquement au moyen d’instruments de recherche en ligne et d’expositions, ainsi que dans la base de données en ligne de RNCan. Cette acquisition vient compléter la collection de BAC en la matière, qui contenait déjà 1 034 plans d’arpentage officiels de réserves indiennes et de terres de pensionnats indiens du Canada lui ayant été transférés en 1959 par la Division des services juridiques du ministère de l’époque. BAC est à numériser ces quelque 1 000 plans d’arpentage officiels, prouvant de nouveau son engagement à rendre les documents historiques disponibles en ligne.

La collection des Archives d’arpentage des terres du Canada relate d’innombrables récits, et parmi les plus intéressants, l’on note la cartographie des concessions découvertes durant la ruée vers l’or du Klondike et le rôle qu’y ont joué certains Autochtones.

Le Plan des concessions d’exploitation de gisements d’or sur une partie du ruisseau Bonanza situé dans le district minier du Klondike, au Yukon, qui figure ci-dessous a été tracé dans les carnets d’arpentage d’Ogilvie. Il documente les concessions découvertes par Jim (Kèsh) Mason, de la Première Nation de Tagish Khwáan (aussi connu comme « Skookum » Jim, mot qui qui signifie « fort », et désigné par le nom « Tagish Jim » sur le plan), son beau-frère américain George Carmack et sa sœur Shaaw Tláa (aussi connue sous le nom de Kate Carmack). Le trio a découvert la première pépite d’or dans le ruisseau Bonanza, un événement qui a déclenché la ruée vers l’or du Klondike. Ce plan d’arpentage et le carnet qui l’accompagne montrent l’importance du rôle qu’ont joué Ogilvie, le couple Carmack ainsi que Mason dans la ruée vers l’or. Ces documents sont d’autant plus remarquables qu’à l’époque, les autorités minières acceptaient rarement les concessions découvertes par des prospecteurs autochtones.

Un plan détaillé montrant trois sections du ruisseau Bonanza avec le nom des concessions données.

Plan des concessions d’exploitation de gisements d’or sur une partie du ruisseau Bonanza dans le district minier du Klondike du territoire du Yukon, Bibliothèque et Archives Canada, R214, vol. 2089 (8284 YT CLSR), e011202237

Grâce à ses documents, Ogilvie a fait de prospecteurs autochtones comme « Skookum » Jim Mason des figures centrales de l’histoire. Mason occupe une place importante dans les mémoires d’Ogilvie; le chapitre Discovery of the Klondike [Découverte du Klondike] comprend d’ailleurs une section qui lui est entièrement consacrée. Mason est décrit comme étant un vieil ami d’Ogilvie; il utilise même le surnom « Tagish Jim » dans ses plans d’arpentage et ses carnets d’observation. Ogilvie raconte qu’il embauchait Jim pour diverses tâches et qu’il le trouvait toujours fiable, honnête et compétent, peu importe le travail qu’il lui confiait. Après avoir travaillé avec lui sur la concession du ruisseau Bonanza, il avoue que cette expérience était venue confirmer la haute opinion qu’il avait de Jim.

Photo noir et blanc d’un homme ayant une main placée sur la hanche tandis que l’autre tient une pioche de prospecteur. Il regarde droit vers l’appareil photo. Derrière lui se trouve une brouette remplie de pierraille.

« Skookum » Jim Mason, pionnier du Yukon. Source : Canada. Ministère de l’Intérieur/Bibliothèque et Archives Canada, a044683

Ces archives méconnues aident à documenter certains aspects de l’histoire et de la culture autochtones du Canada, comme la répartition géographique des groupes linguistiques, les droits issus de traités, l’emplacement de pensionnats indiens et de réserves indiennes ainsi que l’utilisation et l’occupation des terres autochtones. Ces documents nous permettent de retracer l’histoire et l’évolution des réserves indiennes, des parcs nationaux, des bases militaires, des chemins de fer, du commerce des fourrures et du développement de l’Arctique et de remonter à la source d’événements marquants, comme cette description stupéfiante que fait Ogilvie de la ruée vers l’or du Klondike.

Deux pages manuscrites provenant du carnet d’un arpenteur des terres fédérales qui décrivent les petits détails journaliers des moyens de transport, de l’emplacement de la nourriture, etc.

Carnet de l’arpenteur William Ogilvie, Bibliothèque et Archives Canada, carnet d’arpentage n° FB6192 CLSR YT, R214, vol. 4044, MIKAN 5012291. Base de données de RNCan: FB6192CLSRYT.PDF


Roddy McFall est archiviste principal à la Section des finances, de l’industrie, du droit, de l’environnement et des sciences de la Division des archives gouvernementales de Bibliothèque et Archives Canada.

Imaginer le Canada – Metsia’at ha-Arets ha-Hadashah

Bannière avec les mots suivants : Première: Nouveautés à Bibliothèque et Archives Canadas. Et on aperçoit à droite une outre attrapant un poissonPar Michael Kent

J’ai récemment eu le plaisir de faire partie des bibliothécaires devant sélectionner un article pour Première, l’exposition sur les nouvelles acquisitions de Bibliothèque et Archives Canada (BAC). Cela m’a permis de réfléchir au travail d’acquisition que j’ai effectué pour BAC, en particulier pour la collection Jacob-M.-Lowy de rares judaïca, dont je suis le conservateur. Ce travail me confère l’extrême privilège de raconter l’histoire de la communauté juive du Canada par l’entremise de son patrimoine publié. Une grande partie de ma sélection porte sur des ouvrages imprimés au Canada. Cependant, je suis parfois en mesure de remonter plus loin dans le temps pour documenter ce qui a amené la communauté juive au Canada.

Un tel exemple est mon choix de l’ouvrage Metsia’at ha-Arets ha-Hadashah, publié vers 1806, pour l’exposition Première. Il s’agit du premier livre sur la découverte des Amériques écrit en hébreu. C’est avec un grand plaisir que j’ai pu ajouter cet ouvrage, dont le titre traduit est « La découverte du Nouveau Monde », à la collection Jacob-M.-Lowy.

Photo couleur d’un livre ouvert avec du texte en hébreu et une mappemonde.

Le Metsia’at ha-Arets ha-Hadashah ouvert à la première page de l’introduction, avec une carte des Amériques (AMICUS 44961986).

L’ouvrage original en allemand, Die Entdeckung von Amerika, de Joachim Heinrich Campe, était un livre pour enfants. Le traducteur hébreu, Moses Frankfurt Mendelsohn, l’a adapté en transformant ce qui était initialement un dialogue entre un père et ses enfants en une narration historique classique. Sa motivation à écrire un tel livre résidait dans le vif intérêt que suscitait alors l’explorateur italien Christophe Colomb chez les Juifs européens, qui le soupçonnaient fortement d’être un Juif.

Outre cet intérêt initial, il faut mentionner que l’ouvrage a été publié durant une période importante pour les personnes qui formeraient plus tard la communauté juive du Canada. L’existence des Juifs européens a connu de nombreux changements lors du XIXe siècle. L’émancipation, les pogroms et les possibilités d’émigration en Amérique du Nord ont radicalement transformé ce peuple et ont contribué à la naissance de la communauté juive au Canada.

En parcourant cet ouvrage, je ne vois pas qu’un livre sur Colomb. J’y vois une œuvre représentant probablement la première source d’information sur les Amériques à laquelle ont eu accès de nombreux Juifs d’Europe. Et en examinant la carte incluse, j’observe ce qui a dû être, aux yeux d’un grand nombre de Juifs, la première représentation des terres appelées à former le Canada. Bref, à mon avis, ce livre constituait un outil crucial pour faire connaître les Amériques et permettre aux Juifs d’imaginer une nouvelle vie au Canada.

Le Canada est une mosaïque de communautés immigrantes. L’acquisition de Metsia’at ha-Arets ha-Hadashah me rend fier de pouvoir raconter l’histoire d’une de ces communautés et de remonter au début du parcours des Juifs pour se forger une identité canadienne, contribuant ainsi à façonner le Canada d’aujourd’hui.


Michael Kent est le conservateur de la collection Jacob-M.-Lowy à Bibliothèque et Archives Canada.

Un exemple unique de la recherche au Canada : le NCSM Bras d’Or

Bannière avec les mots suivants : Première: Nouveautés à Bibliothèque et Archives Canadas. Et on aperçoit à droite une outre attrapant un poissonPar Marcelle Cinq-Mars

Quel lien y a-t-il entre la montre numérique, le GPS dans la voiture, le four à micro-ondes dans la cuisine et l’auto-injecteur d’épinéphrine contre les réactions allergiques? Voici un indice : c’est le même lien qui unit le radar, les lunettes de vision nocturne et Internet. Tous représentent le fruit de développements technologiques issus de la recherche scientifique axée sur les besoins militaires.

La recherche scientifique liée au domaine militaire a mené au développement d’un nombre incalculable de technologies. Et cela ne date pas d’hier!

Au Canada, l’année 1947 marque la création du Conseil de recherches pour la défense dont le mandat était centré sur la recherche militaire dans des domaines d’expertises canadiennes comme l’Arctique, la balistique ou la guerre biochimique. Au fil des ans, le Conseil de recherches pour la défense a permis de développer le premier (et le seul) missile air-air canadien – le Velvet Glove – et s’est directement intéressé au développement de la ligne DEW (pour « Distant Early Warning »), un vaste réseau de stations radars veillant à la détection d’ennemis dans l’espace aérien canadien.

Une photo couleur montrant la coquille rouge d’un projectile tandis que deux hommes travaillent sur l’intérieur à côté

En 1961, des techniciens du Conseil de recherches pour la défense ajustent une antenne sur un projectile Javelin (e010975999)

Au plus fort de la Guerre froide, la détection de l’ennemi doit aussi se faire dans les océans, où les sous-marins représentent une réelle menace, surtout depuis l’invention des sous-marins portant des charges nucléaires. Dans ce contexte, les scientifiques du Conseil de recherches pour la défense commencèrent à travailler sur un type de navire spécifiquement orienté vers la chasse des sous-marins ennemis. Le type de navire ainsi développé est un hydroptère.

La technologie des hydroptères remonte au début du 20e siècle. Le célèbre inventeur Alexander Graham Bell en a même fait des prototypes qu’il a testés sur le lac Bras d’Or, en Nouvelle-Écosse. Grâce à des ailes portantes sous le navire, celui-ci s’élève au-dessus de l’eau au fur et à mesure que sa vitesse augmente. Ainsi, la friction de l’eau sur la coque étant réduite, le navire peut atteindre des vitesses impressionnantes.

Dans les années 1960, on commença la construction d’un hydroptère pour la Marine royale canadienne aux installations de Marine Industries Limited à Sorel. La coque était faite d’aluminium alors que les « ailes » étaient faites d’acier. Ce navire très spécial utilise des caractéristiques et technologies issues tout autant de l’aéronautique que de la science nautique : c’est la raison pour laquelle le pilote devait être à la fois pilote d’avion et capitaine de navire.

Le nouveau navire fut affecté dans la Marine royale canadienne le 12 juillet 1968 sous le nom de NCSM Bras d’Or. Les tests en mer commencèrent au large d’Halifax en avril 1969. Lors de ces tests, le navire atteignit l’impressionnante vitesse de 63 nœuds, soit 117 km/h, un record de vitesse pour un navire de guerre à l’époque.

Une photo couleur d’un navire-hydroptère en mouvement

Le NCSM Bras d’Or, de la Marine royale canadienne, démontrant son système hydroptère le 18 février 1970 (e011154076)

La carrière du NCSM Bras d’Or fut courte. En effet, le 2 novembre 1971, le gouvernement canadien mit fin au programme des hydroptères. La priorité du Canada passa de la chasse sous-marine à la protection de la souveraineté territoriale du pays. Le Bras d’Or fut par la suite donné au Musée maritime du Québec, à L’Islet-sur-Mer, où il est possible de le visiter.

Ressources connexes


Marcelle Cinq-Mars est archiviste principale des affaires militaires

Reflets d’artistes : lancement d’une nouvelle exposition d’autoportraits d’artistes au musée Glenbow

Le 15 juin 2018, Bibliothèque et Archives Canada (BAC) et le musée Glenbow célébreront officiellement le début d’une nouvelle collaboration positive à Calgary, en Alberta. L’inauguration de la première des cinq expositions organisées conjointement a eu lieu le 10 mars. Toutes les expositions mettront en valeur des portraits de la collection de BAC. Dans certains cas, elles incluent également des œuvres de la collection du musée.

Cette collaboration stimulante permet à un plus grand nombre de Canadiens d’observer plusieurs de nos plus importants trésors nationaux. Toutes les expositions seront présentées au musée Glenbow, à Calgary, et exploreront un thème différent au sujet des portraits.

Photo couleur de l’entrée de l’exposition au musée Glenbow.

Photo de l’installation de l’exposition Reflets d’artistes au musée Glenbow. Gracieuseté du musée Glenbow.

Un portrait bien spécial

La première exposition de la série met l’accent sur l’un des types de portrait les plus fascinants : les images que les artistes créent d’eux-mêmes. La prolifération des miroirs au 15e siècle aurait contribué à la popularisation des autoportraits. Lorsque les artistes explorent leur reflet, il est difficile de détourner le regard.

Peinture d’un miroir et d’une composition de nature morte sur une coiffeuse avec de nombreux livres, une brosse, une radio et deux oranges sur une assiette placée au-dessus d’un journal. Le reflet du miroir montre l’artiste et une autre peinture.

Autoportrait dans un miroir, William Lewy Leroy Stevenson, vers 1928, e011200954.

Les autoportraits d’artistes sont particulièrement intrigants puisqu’ils nous offrent un regard privilégié sur leur processus de création. Leur éclectisme est également captivant. Au fil des ans, les artistes ont, entre autres, choisi diverses techniques pour expérimenter avec les autoportraits et affirmer leur identité créative.

L’exposition présente 17 autoportraits historiques et modernes d’artistes canadiens sélectionnés parmi la collection de BAC. Vous y trouverez des vidéos et des sculptures ainsi que des peintures, des dessins et des estampes.

Des visages, des récits

Un des autoportraits qui se démarque dans cette exposition est la sculpture de l’artiste inuit Floyd Kuptana.

Photo couleur du devant d’une sculpture stylisée d’un homme, la langue sortie.

Autoportrait, Floyd Kuptana, 2007, MIKAN 3922914.

Il est important d’observer cet autoportrait de plusieurs angles différents. Cette sculpture sur pierre espiègle sourit ou tire la langue, selon l’angle choisi.

Photo couleur du devant d’une sculpture stylisée d’un homme, la tête penchée.

Photo couleur du devant d’une sculpture stylisée d’un homme, la langue sortie.

L’humour transparaissant de cette œuvre dissimule, sur bien des plans, une exploration beaucoup plus sérieuse de sa personne. Kuptana a créé cet autoportrait avec une vision tout autant traditionnelle que moderne. Les multiples facettes et angles illustrent les croyances chamaniques liées à la transformation. Pourtant, l’existence de plusieurs personnalités au sein d’une même personne est aussi associée à la psychologie moderne.

Photo couleur du profil d’une sculpture stylisée d’un homme.

Autoportrait… ou portrait?

L’exposition vous donne la chance d’observer un portrait qui demeure au cœur de l’un des mystères non résolus les plus intéressants de l’histoire de l’art canadien. Certains érudits sont convaincus que ce dessin réalisé par Emily Carr, illustre artiste britanno-colombienne, est l’un de ses premiers autoportraits – une acquisition rare. Toutefois, d’autres affirment que ce dessin n’est qu’un portrait que Carr a réalisé d’une autre personne.

Dessin au fusain sur papier d’une jeune femme, les épaules nues, vue de dos, son visage de profil. Ses cheveux sont attachés en un chignon lâche, de courtes boucles encadrant son visage. Elle regarde vers la droite.

Autoportrait, possiblement d’Emily Carr, vers 1899, e006078795.

La plupart conviennent que le portrait a été créé alors que Carr étudiait l’art à Londres, au Royaume-Uni. Le dessin suit un style académique traditionnel, atypique des œuvres ultérieures de Carr, mais très courant chez les étudiants tentant de prouver leur maîtrise de l’art.

Ceux qui croient qu’il s’agit d’une image de Carr soulignent la forte ressemblance entre le dessin et les photographies contemporaines que nous avons d’elle. Ils conviennent que Carr était très connue pour sa pudeur et qu’il est peu probable qu’elle ait pris cette pose, les épaules dénudées. Néanmoins, ils mentionnent qu’il était très courant dans les cours pour femmes de cette époque de pratiquer le dessin du corps humain à partir d’anciennes sculptures classiques drapées de manière convenable. L’artiste pouvait ensuite placer sa propre tête sur le corps de l’une de ces nues incontournables.

Une partie du portrait d’Emily Carr montrant les lignes classiques des épaules et du menton du dessin.

Carr pourrait avoir tenté de se représenter dans un style particulier, soit une jeune femme à la mode.

Nous vous invitons à venir en juger par vous-mêmes.

Un lien avec l’Ouest

Cette exposition permet aussi à BAC de mettre en valeur des autoportraits ayant un lien particulier avec Calgary : par exemple, cette œuvre amusante de l’artiste Gary Olson, de Calgary.

Un dessin au crayon du visage d’un homme pressé contre un morceau de verre. La majorité de son profil gauche est indiscernable, mais son œil droit est extrêmement concentré.

I Am Up Against the Picture Plane Again [Je suis de nouveau contre le plan pictural], Gary Olson, 1877, e011195950. Source : Gary Olson.

Cette image fait partie d’une série créée par Olson alors qu’il était un professeur d’art au collège. Il a conçu ces dessins humoristiques pour expliquer à ses étudiants le plan pictural, un concept d’art théorique difficile à comprendre. Il y représente le plan de façon littérale, en pressant et en déformant son propre visage sur celui-ci. Par le fait même, Olson en profite pour se moquer de la théorie de l’art, dévoilant son propre désir irrévérencieux de repousser les limites.

Venez voir l’exposition!

Photo couleur d’une salle faiblement éclairée, diverses œuvres d’art sur les murs.

Photo de l’installation de l’exposition Reflets d’artistes au musée Glenbow. Gracieuseté du musée Glenbow.

Si vous vous rendez à Calgary, ne manquez pas Reflets d’artistes. L’exposition sera présentée quotidiennement du 10 mars 2018 au 6 janvier 2019. Pour en savoir plus, communiquez avec le musée Glenbow.