Conservatrice invitée : Carole Gerson

Bannière pour la série Conservateurs invités. À gauche, on lit CANADA 150 en rouge et le texte « Canada: Qui sommes-nous? » et en dessous de ce texte « Série Conservateurs invités ».Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

Joignez-vous à nous chaque mois de 2017! Des experts de BAC, de tout le Canada et d’ailleurs donnent des renseignements additionnels sur l’exposition. Chaque « conservateur invité » traite d’un article particulier et en ajoute un nouveau — virtuellement.

Ne manquez pas l’exposition Canada : Qui sommes-nous? présentée au 395, rue Wellington à Ottawa, du 5 juin 2017 au 1er mars 2018. L’entrée est gratuite.


Ode to Brant de Pauline Johnson, 1886

Pages d’un poème écrit à la main et daté par l’auteure, Pauline Johnson.

Poème écrit à la main par Pauline Johnson, 1886. (MIKAN 4936704)

Les racines britanno-mohawk de cette poétesse ont façonné sa vision de l’avenir du Canada. Elle écrit ici qu’Autochtones et Canadiens d’origine britannique devaient s’unir et servir loyalement l’Empire britannique.


Parlez-nous de vous.

Enfant, je lisais beaucoup. Pour mes amis, j’étais un « rat de bibliothèque » parce que j’avais toujours le nez dans un livre. C’est peut-être pourquoi je suis devenue professeure d’anglais afin de pouvoir lire autant que je le voudrais et encourager les autres à faire de même. Je pense que c’est particulièrement important de lire des auteurs canadiens, car ils nous aident à comprendre notre histoire et qui nous sommes aujourd’hui.

Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

Une photo noir et blanc d’une statue de bronze sur un piédestal en pierre orné de reliefs et de statues de bronze sur tous les côtés. On peut voir à l’arrière-plan un parc aux arbres dénudés.

Vue du monument commémoratif de Brant à Brantford, en Ontario, de la photographe Hannah Maynard, Park & Co. (MIKAN 3559483)

Ode to Brant a été l’un des premiers poèmes de Pauline Johnson à être publié. Elle l’a composé en vue du dévoilement de la statue du chef mohawk Joseph Brant dans la petite ville de Brantford le 8 octobre 1886; ce poème figurait dans le dépliant souvenir préparé pour l’occasion. À l’époque de Johnson, les amateurs de littérature collectionnaient souvent les autographes de leurs écrivains préférés. Considérée comme l’un des plus grands poètes du Canada, Johnson n’a pas seulement signé de nombreux exemplaires de ses livres pour ses admirateurs, mais elle leur a aussi maintes fois écrit à la main ses poèmes pour qu’ils puissent les conserver.

Chronique dans un journal en noir et blanc décrivant la famille et l’œuvre de Pauline Johnson et son rôle dans le dévoilement du monument commémoratif de Brant.

Entrevue avec Pauline Johnson par la journaliste canadienne Garth Grafton (Sarah Jeannette Duncan) sur l’œuvre et la famille de Johnson ainsi que sur le dévoilement du monument commémoratif de Brant, publiée dans Woman’s World le 14 octobre 1886. (AMICUS 8086919)

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

BAC possède une vaste collection de lettres écrites par L. M. Montgomery (auteure d’Anne… la maison aux pignons verts) à son ami et correspondant George Boyd Macmillan, qui vivait en Écosse. L’échange de lettres a duré de nombreuses années, de 1903 à 1941. Les lettres de Montgomery sont très longues et regorgent de nouvelles, portant sur tout, des livres qu’elle lisait et des endroits qu’elle visitait aux faits et gestes de sa famille et de ses chats adorés. Au fil des ans, le ton se transforme, passant de l’optimisme propre à la jeunesse à la déception douloureuse que lui laissent la Première Guerre mondiale et la Crise de 1929, ce qui nous apporte un regard personnel sur la vie au Canada en cette période tumultueuse. L’écriture distinctive de Montgomery a moins de style que l’écriture élégante de Johnson, témoignant ainsi peut-être de ses premières années dans l’enseignement lorsqu’elle montrait aux enfants comment former les lettres.

Page en noir et blanc d’une lettre de Lucy Maud Montgomery à George Boyd Macmillan.

Page d’une lettre (757) de Lucy Maud Montgomery à George Boyd Macmillan, écrivain écossais, 7 avril 1904. Elle y parle de son amour des livres historiques et de sa fascination pour le monde des fées quand elle était enfant. (MIKAN 120237)

Page en noir et blanc d’une lettre de Lucy Maud Montgomery à George Boyd Macmillan.

Page d’une lettre (25) de Lucy Maud Montgomery à George Boyd Macmillan, 18 janvier 1917. Il y est question de la popularité du poème In Flanders Fields (Au champ d’honneur) et de son utilisation lors des campagnes électorales. (MIKAN 120237)

Biographie

Photo couleur d'une femme portant des lunettes avec les chevuex courts.Carole Gerson est professeure au Département d’anglais de l’Université Simon Fraser. Codirectrice du volume 3 (1918–1980) d’Histoire du livre et de l’imprimé au Canada, elle a beaucoup publié sur l’histoire de la littérature et de la culture canadiennes, particulièrement sur les écrivaines, dont L. M. Montgomery et Pauline Johnson. Son livre Canadian Women in Print, 1750–1918 (2010) lui a valu le Prix Gabrielle‑Roy qui couronne des ouvrages de critique sur la littérature canadienne. En 2013, elle a reçu la Médaille Marie‑Tremaine de la Société bibliographique du Canada.

Ressources connexes

Conservatrice invitée : Annabelle Schattmann

Bannière pour la série Conservateurs invités. À gauche, on lit CANADA 150 en rouge et le texte « Canada: Qui sommes-nous? » et en dessous de ce texte « Série Conservateurs invités ».Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

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Le globe Chewett par W.C. Chewett & Co., vers 1869

Un imposant globe terrestre dans un support en bois et en laiton.

Globe terrestre par W.C. Chewett & Co. pour le ministère de l’Éducation de l’Ontario, vers 1869 (AMICUS 41333460)

Ce globe terrestre est un des premiers produits au Canada, à l’époque de la Confédération. Conçu pour être utilisé dans les écoles, il s’inscrivait dans un élan patriotique visant à définir le pays naissant.


Parlez-nous de vous.

Je voyage beaucoup, tant pour le plaisir que pour le travail. Je suis allée plusieurs fois en Europe, et je me suis rendue au Pérou pour faire des fouilles archéologiques lorsque j’étais étudiante. J’ai aussi vécu un peu plus d’un an au Japon alors que j’étais étudiante au secondaire, et ce fut une expérience inoubliable. La leçon la plus importante que j’ai apprise est d’apprécier et de respecter les choses qui sont différentes, étranges et parfois incompréhensibles. Cela m’a montré à être critique à l’égard de mes préjugés et de la culture dans laquelle je vis, des réflexes qui font la promotion d’un mode de vie cohésif dans un monde multiculturel.

Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

En raison de mon expertise et de mon amour des voyages, j’ai choisi de parler du globe terrestre de Chewett. Les cartes géographiques sont très intéressantes! Lorsque je voyage, j’aime regarder la carte du monde des pays que je visite, parce que ceux-ci mettent toujours leur territoire au centre de la carte. Cela cause inévitablement de la distorsion dans les distances entre les pays et la taille des océans, car notre planète est sphérique. Voir le Canada rétréci ou élargi m’a toujours fait sourire et m’a quelque peu aidé à comprendre comment les autres peuples voient et comprennent leur monde.

Notre monde évolue constamment, qu’il s’agisse de ses caractéristiques physiques comme les fleuves et les montagnes, ou de concepts abstraits comme les noms et les frontières. Par conséquent, les cartes doivent continuellement être mises à jour, ce qui nous permet de retracer l’histoire à travers les changements apportés à celles-ci. À titre d’archéologue, les cartes géographiques sont essentielles à mon travail. Les vieux plans de ville révèlent les endroits où les anciens bâtiments étaient érigés, où les cimetières abandonnés sont situés, mais sur lesquels on a reconstruit et qui se sont ensuite effacés de notre mémoire collective. Je dois également tenir compte de ce à quoi le paysage pouvait ressembler par le passé afin de comprendre les ressources auxquelles les gens avaient accès et ce qui aurait pu les inciter à choisir un lieu particulier pour camper ou imprégner une signification au paysage par les histoires et les légendes.

Je pense que M. William Cameron Chewett, la personne dont l’entreprise a créé ce globe, aurait apprécié ces pensées. Bien que sa profession était l’imprimerie, sa famille avait participé à la cartographie du Haut-Canada. Son grand-père, William Chewett, a travaillé comme arpenteur en chef et a arpenté la majeure partie de ce qui constitue maintenant l’Ontario, alors que son père, James Chewett, a aussi travaillé comme arpenteur avant de construire plusieurs édifices connus de Toronto. W.C. Chewett and Co. était considérée comme l’une des entreprises d’impression et d’édition les plus éminentes au Canada. L’entreprise a produit des lithographies primées de 1862 à 1867, obtenant des premiers prix chaque année, et avait une large gamme de publications allant de périodiques et d’annuaires téléphoniques aux livres de droit et de médecine, en passant par le Canadian Almanac. De plus, le magasin de détail était un lieu de rassemblement social populaire. Le globe a été créé au cours de la dernière année d’exploitation de l’entreprise (1869) avant qu’elle soit achetée et renommée Copp, Clark and Company.

Une carte géographique de l’Ouest canadien, ce qui est maintenant le sud de l’Ontario, avec des couleurs indiquant les comtés. La légende contient une liste de gares ferroviaires avec leurs distances respectives.

Carte de l’Ouest du Canada en photogravure publiée dans le Canadian Almanac pour 1865 par W.C. Chewett & Co., Toronto. (MIKAN 3724052)

Pour le 150e anniversaire du Canada, je pense qu’il vaut la peine de réfléchir aux changements qui sont survenus au cours du dernier siècle et demi, ce que le globe de Chewett nous montre littéralement. Au cours de ma vie, j’ai observé la création du territoire du Nunavut et le changement de nom de plusieurs rues dans mon quartier. Quels changements avez-vous constatés au cours de votre vie et comment vous ont-ils touchés, ainsi que votre communauté?

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition

Lorsque la plupart des gens pensent à des cartes, ils pensent à la géographie et aux frontières politiques, mais les cartes peuvent également être utilisées pour illustrer et pour décrire presque n’importe quoi, notamment les relevés de recensement, les langues parlées et les affiliations de groupe. Pour poursuivre dans cette voie, j’ai choisi une carte de l’Amérique du Nord de 1857 qui montre les régions où vivaient divers groupes autochtones à cette époque. Idéalement, si je devais ajouter cette carte géographique à l’exposition, j’aimerais également inclure une carte moderne présentant les lieux où vivent actuellement les bandes des Premières Nations. Je pourrais ainsi montrer au public les changements importants vécus par nos concitoyens pour qu’il puisse les voir aussi clairement que ceux qu’il est en mesure de constater en comparant le globe à n’importe quelle carte moderne du Canada.

Mon autre raisonnement est un peu plus égoïste. En tant qu’anthropologue, je comprends et j’ai appris par l’expérience que la meilleure façon d’apprécier et de respecter une autre culture est d’en apprendre à son sujet, au sujet de ses gens, et lorsque c’est possible, d’y vivre également. En grandissant, je n’ai pas vraiment eu de contact avec les Premières Nations, leur culture et leur histoire. C’est pourquoi je n’ai pas développé de sensibilité à leur culture ou d’intérêt à en apprendre à leur sujet. En tant qu’anthropologue et que Canadienne, j’ai eu honte de ces sentiments et j’ai éprouvé de la tristesse lorsque d’autres Canadiens ont exprimé des opinions semblables. Au cours des dernières années, j’ai travaillé activement à m’éduquer. En ajoutant cette pièce, j’espère inspirer les autres à apprécier, à respecter leurs concitoyens canadiens et à en apprendre davantage à leur sujet. Cette question est particulièrement significative en cette période charnière pour le Canada, car il s’agit de l’année où nous devons célébrer le rassemblement et la création de liens plus forts entre les nations.

Une grande carte géographique en couleur de l’Amérique du Nord indiquant les territoires de diverses bandes autochtones avec des légendes dans les coins.

Carte de l’Amérique du Nord indiquant les frontières et l’emplacement de divers groupes autochtones. (MIKAN 183842)

 

Biographie

Colour photograph of a young woman with long hair and glasses looking towards the photographerAnnabelle Schattmann est une anthropologue en biologie. Elle est titulaire d’une maîtrise ès arts en anthropologie de l’Université McMaster (2015) et d’un baccalauréat ès arts en anthropologie de l’Université Trent (2012). Elle a participé à plusieurs projets de recherche, notamment une fouille archéologique au Pérou, une excavation de cimetière en Pologne et une recherche sur les carences en vitamines C et D au cours de diverses époques au Canada et en Europe.

Ressources connexes

McLeod, Donald W. “Chewett, William Cameron.” Dictionary of Canadian Biography.

Conservateur invité : Shane McCord

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Major John Norton, Teyoninhokarawen, peint par Mary Ann Knight , 1805

Portrait en miniature ovale du major John Norton, Teyoninhokarawen, portant une coiffe rouge et blanche dans laquelle est piquée une plume d’autruche. Il porte aussi de longues boucles d’oreilles composées d’étoiles encerclées, une chemise à motifs et une cape rouge.

Portrait en miniature du major John Norton, Teyoninhokarawen, le chef mohawk, peint par Mary Ann Knight, 1805 (MIKAN 2836984)

Le public britannique se faisait une idée romantique du Canada, surtout des Autochtones. Teyoninhokarawen s’est probablement amusé à accentuer les stéréotypes lorsqu’il a pris la pose dans cette tenue qu’il a personnalisée.


Parlez-nous de vous.

Je viens de la forêt Ganaraska. Techniquement, l’adresse du domicile familial est située dans le petit village de Campbellcroft, dans une région rurale de l’Ontario, mais le voisin le plus près se trouve à plus d’un kilomètre. Nous ne nous sentions pas dans un village. Pendant que nous habitions là, mes parents ont encouragé le développement d’un grand intérêt pour l’art et la culture. Malheureusement, même si la forêt Ganaraska, qui compte près de 12 000 acres, est un endroit merveilleux d’une grande diversité, une chose qui ne s’y trouve pas est une galerie d’art importante où il y a une collection connue à l’échelle internationale. Par conséquent, lorsque j’étais adolescente, j’ai visité les galeries du monde en regardant des reproductions comme celles qui figurent dans le livre Carnegie Art Reference Set for Colleges, maintenant rare. Le moyen d’expression me fascinait autant que le message. J’ai développé un intérêt pour les reproductions d’œuvres d’art et leur diffusion au Canada. J’ai suivi cet intérêt en faisant des détours pendant mes études et je me suis mise à écrire sur les ouvrages, ou les livres d’artistes, car ils sont connus dans mon domaine. Pour passer de l’étude des livres et des reproductions à la bibliothéconomie et aux archives, il n’y avait qu’un pas.

Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

Teyoninhokarawen (1760-1823 environ) est né sous le nom de John Norton à Salen, en Écosse, de parents écossais et cherokees. Selon les dossiers de l’armée, il est allé au Canada. Après sa démobilisation, en 1788, il a vécu avec les Mohawks de la rivière Grand. Plus tard, il est devenu le neveu adoptif de Joseph Brant. Son portrait a été peint par Mary Ann Knight, une miniaturiste anglaise, pendant la visite de John Norton en Angleterre comme émissaire des Mohawks de la rivière Grand. Il a été exposé à la Royal Academy en 1805.

Ce portrait constitue une porte d’entrée fantastique dans l’histoire du Canada de la fin du 18e siècle et du début du 19e siècle. J’ai choisi d’écrire sur cet article tout d’abord parce qu’il est très attrayant. Le portrait a été peint en Europe où le romantisme était beaucoup dans l’air du temps; cela transparaît dans la présentation de John Norton. Il n’était plus à la mode de représenter sur des portraits des gens portant des vêtements européens contemporains. Le point de comparaison qui me vient à l’esprit sans réfléchir est le portrait de Thomas Phillips qui montre George Gordon Byron portant un foulard albanien en guise de turban — bien que de nombreux brillants portraits de Jean-Etienne Liotard, le « peintre turc », peuvent aussi être intéressants pour la comparaison avec cette miniature.

La coiffe que porte John Norton pour ce portrait est fascinante en raison de la manière dont elle perpétue puis répand les mythologies orientales — établissant naturellement, à cette époque, des liens avec le concept du « bon sauvage » de Rousseau alors bien connu —, mais aussi de la façon dont elle représente véridiquement l’identité outre-atlantique de John Norton. La plume de la coiffe est celle d’une autruche. Ce n’est pas un oiseau que l’on voit fréquemment sur les rives des Grands Lacs, où John Norton a été adopté comme Mohawk, ou sur le territoire cherokee de son père, au Tennessee. Toutefois, la plume d’autruche était populaire comme élément des coiffes au Royaume-Uni, notamment en Écosse où, comme dans le portrait de Lord Mungo Murray fait par John Michael Wright, elle donne à la personne qui la porte une image d’aventurier. En même temps, la plume relie John Norton aux tropes visuels établis qui représentent les Autochtones d’Amérique du Nord portant des coiffes de cérémonie composées de plumes alors que l’inclusion européenne de la plume d’autruche importée fait ressortir le côté écossais de John Norton.

La coiffe de John Norton en détail. Elle est blanche et rouge. Une plume d’autruche y est piquée sur le devant.

La coiffe de John Norton en détail. (MIKAN 2836984)

Tout cela juste au sujet de la plume! Le reste de la garde-robe de John Norton est tout aussi intéressant de diverses manières. Ce portrait est si riche qu’il existe des livres remplis d’éléments que les Canadiens doivent connaître! En fait, je commencerai en recommandant littéralement davantage de lecture (après tout, nous sommes à Bibliothèque et Archives Canada). Le premier livre à lire est The Journal of Major John Norton. John Norton a terminé ce journal en 1815-1816 quand il se trouvait en Angleterre. Il traite d’une grande diversité de sujets, notamment de son voyage du Haut-Canada au Tennessee et à d’autres États du sud des États-Unis, ainsi que des guerres frontalières des années 1780 et 1790. Dans l’ensemble de ce journal, John Norton parle de façon intéressante et unique des Autochtones d’Amérique du Nord. Il faut souligner son étude de Joseph Brandt. Deux éditions du Journal ont été publiées, toutes deux par la société Champlain (The Champlain Society). La plus récente édition comprend une introduction et des notes supplémentaires de Carl Benn, un expert prééminent de John Norton dont les œuvres sont une excellente source pour obtenir plus d’information.

Un autre livre que je recommanderais à ceux que John Norton intrigue est The Valley of the Six Nations, également publié par la société Champlain. Ce livre, préparé par Charles M. Johnston, présente une collection de documents importants liés aux Six Nations dans la région où John Norton a passé la majeure partie de sa vie d’adulte. Il comprend de nombreux documents sur le conflit au sujet des terres entre les Mohawks des Six Nations ainsi que le gouvernement britannique et celui de la colonie. Certains des documents qui se trouvent dans ce livre sont de John Norton lui-même. Les originaux de beaucoup de ceux-ci font partie des archives conservées à BAC.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

Portrait en miniature ovale du colonel William Claus vêtu d’une veste noire et d’une cravate blanche. Le fond est bleu.

Le colonel William Claus peint par Andrew Plimer, vers 1792 (MIKAN 2895040)

J’ai choisi ce portrait de William Claus parce que son rôle dans l’histoire canadienne est diamétralement opposé à celui de John Norton. Huit ans après que ce portrait a été peint, William Claus a été nommé surintendant général adjoint du Haut-Canada au département des Affaires indiennes. Dans ce rôle, il était tout à fait l’adversaire de John Norton. D’ailleurs, dans l’entrée sur William Claus qu’a rédigée Robert Allen pour le Dictionnaire biographique du Canada, la relation entre ces deux personnages est décrite comme une « âpre dispute ».

Cette dispute avait trait aux revendications concernant les terres des Six Nations autour de la rivière Grand. Même si la correspondance montre que ces deux personnages se sont disputés plusieurs fois, William Claus a porté un dur coup à John Norton lorsqu’il l’a discrédité aux yeux des autorités coloniales, ce qui a causé l’échec du voyage de John Norton en Angleterre comme représentant des Six Nations. Les critiques de William Claus à l’endroit de John Norton ne sont pas complètement dénuées de fondement étant donné que John Norton n’a pas véritablement représenté les points de vue de tous les chefs des Six Nations.

Bien plus peut être dit et, de fait, a été mentionné, dans les sources ci-dessus et dans d’autres sources, sur la relation entre John Norton et William Claus, ainsi que sur la dispute concernant les Six Nations avec le département des Affaires indiennes. Les deux portraits sont un point d’entrée fascinant dans ce chapitre de l’histoire qui a toujours une incidence aujourd’hui.

Biographie

Photo en couleur d'un jeune garçcon regardant un modèle réduit d'un navire.Shane McCord travaille comme archiviste en arts à Bibliothèque et Archives Canada depuis 2010, où son travail s’est étendu des plaques du 17e siècle à l’art contemporain. Il est titulaire d’une maîtrise en histoire de l’art de l’Université Concordia ainsi que d’une maîtrise en archivistique doublée d’une maîtrise en bibliothéconomie et sciences de l’information de l’Université de la Colombie-Britannique.

Conservatrice invitée : Anne Maheux

Bannière pour la série Conservateurs invités. À gauche, on lit CANADA 150 en rouge et le texte « Canada: Qui sommes-nous? » et en dessous de ce texte « Série Conservateurs invités ».Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

Joignez-vous à nous chaque mois de 2017! Des experts de BAC, de tout le Canada et d’ailleurs donnent des renseignements additionnels sur l’exposition. Chaque « conservateur invité » traite d’un article particulier et en ajoute un nouveau — virtuellement.

Ne manquez pas l’exposition Canada : Qui sommes-nous? présentée au 395, rue Wellington à Ottawa, du 5 juin 2017 au 1er mars 2018. L’entrée est gratuite.


 Mary Miles Minter dans Anne of Green Gables … tiré des quatre célèbres livres « Anne », Realart Pictures, 1919

Épreuve colorée d’Anne portant une tenue habillée contre un fond vert. Elle tient un parasol rouge et jaune, et porte des bottes noires, une jupe rouge sous une superbe jupe de dessus blanche et un châle marron. Le logo de Realart Pictures est situé dans le coin supérieur gauche, avec le nom de l’actrice et le titre du film en bas.

Une affiche de lithographie en couleurs de l’actrice Mary Miles Minter dans Anne of Green Gables de Realart Pictures, 1919 (AMICUS 27641454). « Anne of Green Gables » est une marque déposée et une marque officielle canadienne de Anne of Green Gables Licensing Authority Inc.

Avez-vous reconnu l’héroïne rousse de Lucy Maud Montgomery sur cette affiche d’un film américain? C’est l’une des premières images d’Anne imprimées en série. La célèbre fillette est depuis devenue un symbole réglementé du Canada.


Parlez-nous de vous.

Ma curiosité à l’égard des matériaux et des techniques des artistes a été l’objet de mes recherches sur de nombreux sujets, depuis les pastels d’Edgar Degas et d’autres artistes du XIXsiècle jusqu’aux techniques d’impression complexes de l’artiste canadienne Betty Goodwin. Je pratique la conservation du papier depuis plus de 30 ans, appliquant le traitement sur tout, des dessins des vieux maîtres jusqu’aux énormes dessins contemporains. De plus, j’ai un amour particulier pour le tissage, le violoncelle et les artefacts surdimensionnés, qui présentent de grands défis pour ce qui est du traitement et du montage.

Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

Notre affiche d’Anne of Green Gables est rare. Comme les journaux, les affiches de films sont des objets éphémères qui ne sont pas destinés à durer longtemps. Ces types d’objets sont généralement imprimés sur des papiers de mauvaise qualité qui n’ont jamais été conçus pour résister aux ravages du temps, ce qui rend la survie de notre affiche d’Anne of Green Gables tellement spéciale.

Trois sections distinctes de l’affiche ci-dessus. La première section montre la moitié supérieure du corps d’Anne; la seconde, la moitié inférieure de son corps; et la troisième, le nom de l’actrice et le titre du film.

Trois sections distinctes de l’affiche d’Anne of Green Gables (AMICUS 27641454). « Anne of Green Gables » est une marque déposée et une marque officielle canadienne de Anne of Green Gables Licensing Authority Inc.

Cette affiche de 1919 a été réalisée avec un procédé appelé lithographie, une méthode d’impression commune utilisée au tournant du siècle dernier pour produire en masse des produits commerciaux tels que des affiches, des cartes, des publicités et des emballages. La lithographie a été inventée en 1799 par Alois Senefelder et tire son nom de la surface d’impression sur pierre calcaire, du mot grec lithos, qui signifie « pierre ». Cette technique est devenue un moyen populaire et peu coûteux de créer des images colorées et lumineuses à la fin du XIXsiècle. Contrairement à d’autres procédés d’impression, la lithographie est basée sur un principe chimique : l’huile et l’eau ne se mélangent pas. Pour fabriquer une plaque lithographique, l’artiste dessine directement sur la surface de pierre spécialement traitée. Un procédé chimique rend le dessin graisseux réceptif à l’encre d’impression graisseuse, tandis que les zones en dehors de l’image restent humides pour repousser l’encre.

En raison de sa taille, notre affiche a été dessinée sur trois pierres distinctes, puis imprimée sur trois morceaux de papier (figure 1). Si l’on regarde les côtés de l’image, on peut voir les bords irréguliers des pierres lithographiques (figure 2). Les fines lignes blanches sur toute l’image sont des plis d’impression. La minceur et la taille du papier rendent le placement des feuilles sur la pierre difficile, d’où les rides fines qui s’ouvrent une fois que l’encre est sèche, laissant ces marques blanches caractéristiques (figure 3). Dans ce détail, nous pouvons voir que l’artiste a utilisé un crayon gras pour dessiner l’image sur la pierre lithographique, et a également appliqué l’encre grasse en fine pulvérisation. Les couleurs sont ajoutées en utilisant des pierres supplémentaires qui sont imprimées dans des encres transparentes superposées (figure 4). Les traits de coupe spéciaux aident à guider l’imprimante pour l’impression de chaque pierre consécutive (figure 5).

Seulement quatre couleurs superposées (rouge, jaune, bleu et noir) ont été utilisées pour produire cette image colorée d’Anne of Green Gables!

Un gros plan de la bordure montrant la ligne flou de la pierre lithographique

Figure 2. Détail du bord inégal de la pierre lithographique

Un gros plan des trois lignes blanches causé par le plis de l’imprimante.

Figure 3. Détail des plis de l’imprimante

Un détail des couleurs transparentes utilisé dans l'affiche.

Figure 4. Détail des couleurs transparentes et superposées

Gros plan des du coin droit de l'affiche montrant les répères pour les différentes couleurs.

Figure 5. Détail des marques d’impressions.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

Les quintuplées Dionne viennent à l’esprit comme un autre exemple d’icônes canadiennes célèbres (figures 6 et 7). En 1934, les « quintuplées » sont devenues des célébrités internationales, étant en fait les premiers nouveau-nés de naissance multiple survivants qui ont été documentés. Dans leurs premières années, elles ont fait l’objet de trois longs métrages et attiré des foules de touristes dans leur petite ville du nord de l’Ontario. Les quintuplées ont fourni des appuis lucratifs pour de nombreux produits, comme Quaker Oats, figurant sur cette affiche.

Comme l’affiche d’Anne of Green Gables, cette image des quintuplées (« Quins » sur l’affiche) a été produite en série en utilisant la méthode d’impression lithographique. L’affiche était destinée à être utilisée comme présentoir autoportant en trois dimensions et elle s’est usée en raison de la manipulation physique. Elle a été conservée récemment pour une exposition, et le traitement a été maintenu à un minimum pour préserver la preuve de son utilisation. L’affiche a été stabilisée en réparant les fissures et en remplaçant le support en carton abîmé par un matériau d’archives plus robuste. Les dommages causés par l’abrasion et l’utilisation ont été réduits par un virage soigneux avec de l’aquarelle pour rendre l’image plus lisible (figures 8 et 9).

Publicité plissée et déchirée représentant des estampes découpées en noir et blanc des petites filles portant des salopettes et des chemises blanches sur un fond rouge. Le logo se trouve sur le dessus des jambes de chaque fillette, avec le nom de l’entreprise en bas de l’affiche.

Figure 6. Publicité de Quaker Oats [Les quintuplées Dionne] Today our healthy Dionne Quins had Quaker Oats (Aujourd’hui nos quintuplées Dionne en bonne santé ont mangé des céréales Quaker)
Image complète, avant traitement (MIKAN 4169312)

La même affiche après le traitement, sans la plupart des fissures et des plis.

Figure 7. Today our healthy Dionne Quins had Quaker Oats (Aujourd’hui nos quintuplées Dionne en bonne santé ont mangé des céréales Quaker)
Image complète, après traitement (MIKAN 4169312)

La figure 8 (à gauche) est une vue de détail de la tête d’Émilie avec des trous et des plis. La figure 9 (à droite) est la même vue de détail après traitement, sans les trous ni les plis.

Figure 8. Détail d’Émilie, avant traitement.
Figure 9. Détail d’Émilie, après traitement.

Biographie

Photo noir et blanc d'une femme avec des cheveux foncé .Anne F. Maheux est titulaire d’un baccalauréat ès arts de l’Université de Guelph et d’une maîtrise en conservation de l’art de l’Université Queen’s ainsi que d’un certificat de conservation d’œuvres d’art sur papier au Centre de conservation et d’études techniques de Harvard University Art Museums. Elle est lauréate du prix de préservation et de conservation du patrimoine de l’Académie américaine de Rome. Elle est également membre accréditée de l’Association canadienne des conservateurs professionnels. Elle a été conservatrice des estampes et dessins au Musée des beaux-arts du Canada pendant plus de 25 années, et elle est maintenant chef de la conservation des œuvres sur papier, des cartes et des manuscrits à BAC. Elle s’intéresse particulièrement à la peinture pastel du XIXsiècle, en particulier les œuvres d’Edgar Degas et de Giuseppe De Nittis. Elle a publié de nombreux ouvrages sur les pastels et sur les techniques et les traitements de conservation novateurs.

Conservatrice invitée : Andrea Kunard

Bannière pour la série Conservateurs invités. À gauche, on lit CANADA 150 en rouge et le texte « Canada: Qui sommes-nous? » et en dessous de ce texte « Série Conservateurs invités ».Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

Joignez-vous à nous chaque mois de 2017! Des experts de BAC, de tout le Canada et d’ailleurs donnent des renseignements additionnels sur l’exposition. Chaque « conservateur invité » traite d’un article particulier et en ajoute un nouveau — virtuellement.

Ne manquez pas l’exposition Canada : Qui sommes-nous? présentée au 395, rue Wellington à Ottawa, du 5 juin 2017 au 1er mars 2018. L’entrée est gratuite.


L’île Blacklead, dans le golfe de Cumberland, aux abords de l’île de Baffin, dans les Territoires du Nord-Ouest (le Nunavut actuel), par Albert Peter Low, vers 1903-1904

Panorama en noir et blanc d'un gros iceberg à proximité d'une île rocheuse, photographié depuis un bateau.

Entrée de l’île Blacklead, dans le golfe de Cumberland, aux abords de l’île de Baffin, dans les Territoires du Nord-Ouest (le Nunavut actuel), par Albert Peter Low, 1903-1904 (MIKAN 3203732)

En 1904, le Canada affirme sa souveraineté dans l’Arctique : les forces de l’ordre migrent vers le nord, accompagnées d’arpenteurs étudiant le territoire. Le Canada se définit de nouveau comme un pays nordique.


Parlez-nous de vous.

Lorsque j’ai commencé à effectuer de la recherche historique en photographie dans le cadre de mon programme de maîtrise à l’Université Carleton, j’ai pratiquement vécu à Bibliothèque et Archives Canada. La collection est fantastique, et c’était pour moi l’expérience la plus fascinante que celle de regarder des photographies prises il y a plus de 150 ans. J’ai ensuite poursuivi ma recherche sur les photographies historiques, tout en étant conservatrice de la photographie contemporaine au Musée canadien de la photographie contemporaine et, maintenant, au Musée des beaux-arts du Canada. Je me suis toujours intéressée à la photographie de l’exploration ou aux utilisations gouvernementales de cette technique. Les photographies de Humphrey Lloyd Hime sont particulièrement intéressantes en ce qu’elles sont les premières connues, sur support papier, qui représentent l’intérieur de l’Amérique du Nord. L’appareil photo était un outil utile pour divers intérêts, mais également une façon d’englober de nombreuses préoccupations de l’époque, en particulier les virages dans le domaine de la religion à la suite de découvertes scientifiques. Beaucoup de photographies dites objectives de l’époque reflètent également des croyances spirituelles et la moralité. En outre, les valeurs esthétiques de l’Ouest jouent un rôle dans la communication des idéaux, et les meilleurs photographes d’alors, comme Alexander Henderson, sont très compétents pour manier le ton, la ligne, la forme et la texture, afin de combiner le sublime du paysage et la foi fervente de la période avec les progrès scientifiques et technologiques.

Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

Bien que cette photographie présente un paysage aride et apparemment désert, l’endroit était loin de l’être. Albert Peter Low (1861-1942), agent principal de la Commission géologique du Canada, a pris cette photographie à l’entrée de l’île Blacklead lors d’une expédition en 1903-1904, financée par le gouvernement canadien. Il a publié le récit de son voyage dans son livre célèbre, The Cruise of the Neptune. Par le passé, l’île Blacklead était une importante station baleinière; toutefois, au temps de Low, la population de baleines avait presque complètement disparu du secteur. De plus, les stations baleinières avaient radicalement changé le style de vie, les cycles de chasse et l’économie des Inuits. La raison d’être de l’expédition de Low était d’établir la souveraineté canadienne dans le Nord, au moyen de proclamations et dans le respect de la primauté du droit. Toutefois, la photographie de Low ne révélait rien de ce programme politique. Elle présente plutôt un aperçu paisible, tirant avantage d’un panorama étendu et d’éléments classiques du paysage sublime. L’iceberg semble gigantesque et insurmontable, attrayant dans sa blancheur. Par contre, l’île est sombre et plus détaillée. Les deux sujets, glace et roc, semblent être en opposition, suspendus entre un ciel nuageux et une mer ondoyante et glacée.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

Représentation aux teintes sépia d'herbes des prairies qui s'élancent vers le ciel, avec un crâne et un os à l'avant-plan.

La Prairie regardant vers l’ouest par Humphrey Lloyd Hime, 1858 (MIKAN 4631344)

La prairie, regardant vers l’ouest (1858), de Humphrey Lloyd Hime, est une des images les plus énigmatiques de l’histoire de la photographie canadienne. Elle montre un paysage austère, dans lequel paraissent un crâne et un os (humains?). La photographie a été prise près de la colonie de la rivière Rouge, maintenant la ville de Winnipeg. Hime travaillait pour l’expédition de l’Assiniboine et de la Saskatchewan, envoyée par le gouvernement afin d’évaluer le potentiel agricole de la région ainsi que la pertinence de celle-ci pour le peuplement. Elle contient le territoire désert, qui attend apparemment l’occupation humaine. Toutefois, la présence du crâne est provocatrice. Hime a fort probablement organisé la photographie en se servant du crâne d’une femme autochtone, trouvé plus tôt dans un secteur du Sud manitobain. Comme il l’écrivait dans son journal le 28 juin 1858, « […] trouvé un crâne près d’une tombe de la prairie – il avait été sorti par des loups – conservé le crâne […] » Cette rencontre permet d’expliquer l’image de diverses façons. La photographie peut évoquer l’expérience vécue par Hime ou être une façon d’ajouter un élément dramatique à un paysage par ailleurs vague. La présence du crâne est également liée à la fascination de la société du XIXe siècle pour les méthodes d’inhumation autochtones. Toutefois, comme la légende n’explique pas qu’il s’agissait d’un crâne autochtone, les personnes qui regardent peuvent comprendre avec angoisse que le territoire comporte la possibilité de leurs propres épreuves et décès. L’intérieur du pays était alors en grande partie inconnu, et nombreux étaient ceux qui pensaient qu’il s’agissait d’un désert aux proportions bibliques.

Biographie

Photo en couleur d'une femme portant des lunettes regardant directement dans la caméra.Andrea Kunard est conservatrice associée des photographies au Musée des beaux-arts du Canada. Elle a présenté plusieurs expositions collectives et monographiques axées sur la photographie contemporaine, notamment Mouvance et mutation (2000), Susan McEachern : Multiplicité de sens (2004), Regards d’acier : Portraits par des artistes autochtones (2008), Scott McFarland : La réalité aménagée (2009), Fred Herzog (2011), Collision : Le conflit et ses conséquences (2012), et Michel Campeau : Icônes de l’obsolescence (2013). Elle est actuellement co-conservatrice d’une rétrospective majeure sur une artiste qui vit et travaille à Terre-Neuve, Marlene Creates, ainsi que d’une exposition bilan, La photographie au Canada : 1960-2000, pour 2017. Elle a enseigné l’histoire de la photographie, l’art canadien et la théorie culturelle à l’Université Carleton et à l’Université Queen’s. De plus, elle a codirigé The Cultural Work of Photography in Canada, ouvrage publié par McGill-Queen’s University Press. Elle a présenté des exposés sur la photographie au Canada et rédigé des articles sur la photographie contemporaine et historique dans diverses publications, dont The Journal of Canadian Art History, International Journal of Canadian Studies, Early Popular Visual Culture, Muse, BlackFlash, ETC Montréal. Elle travaille actuellement à un projet Web majeur portant sur la photographie documentaire, projet qui est centré sur la collection du Service de la photographie de l’Office national du film, au Musée des beaux-arts et à Bibliothèque et Archives Canada.

 

 

Conservateur invité : Adam Gaudry

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Traité de Selkirk, 1817

Image du Traité Selkirk, un grand document manuscrit au bas duquel figurent les signatures des Européens et les marques des chefs.

Le « Traité Selkirk », signé le 18 juillet 1817 par les chefs et guerriers soussignés Chippewa, ou nation des Saulteaux, les Kiltistino de la nation crie et le très honorable Thomas, comte de Selkirk, au nom du roi George III. (MIKAN 3972577)

Lord Selkirk entrevoyait un grand potentiel agricole pour le Canada, notamment grâce à l’apport des colons écossais et irlandais. Les Premières Nations et les Métis étaient exclus de cette vision.


Parlez-nous de vous.

Dans ma carrière universitaire, je fais de la recherche sur l’identité métisse et l’histoire politique. Cela signifie qu’une grande partie des documents que j’écris portent principalement sur les communautés métisses du 19e siècle. Je souhaite connaître la perception des Métis concernant les principales forces sociales, économiques et politiques qui ont façonné leurs vies et savoir de quelle manière ils s’organisaient pour influer sur des Prairies en évolution dans l’Ouest – et comment ils s’épanouissaient. Je suis Métis et professeur adjoint à la Faculté des études autochtones et au Département des sciences politiques de l’Université de l’Alberta.

Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

Photo noir et blanc de Thomas Douglas portant une veste noire, un gilet blanc et une cravate blanche.

Thomas Douglas, le 5e comte de Selkirk (1771-1820). (MIKAN 3526168)

Le Traité Selkirk de 1817 est un accord entre lord Selkirk — comte écossais pratiquant la spéculation foncière et actionnaire principal de la Compagnie de la Baie d’Hudson — et les Nehiyawak ainsi que les Anishinaabeg (Cris et Saulteux) de la vallée de la rivière Rouge (maintenant le sud du Manitoba). Il permettait à des colons écossais de s’établir au pays en échange d’une quantité substantielle de tabac à titre de « présent annuel » ou, comme le voyaient les Anishinaabe, de « redevance ».

Avant 1817, lord Selkirk avait essayé de coloniser les terres sans la permission des Autochtones de l’endroit en achetant celles-ci à la Compagnie de la Baie d’Hudson. Il est compréhensible que la prétention de posséder ce territoire de 116 000 milles carrés sur lequel il n’avait aucune présence ou influence ait fâché les propriétaires véritables des terres. De 1812 à 1816, de nombreux chefs autochtones ont formulé des plaintes importantes, soulignant l’absurdité qu’un étranger affirme posséder leur territoire et menaçant d’intervenir contre tout inconnu qui coloniserait leurs terres.

Cette opposition était plus prononcée parmi les Bois-Brûlés, la « nouvelle nation » du Nord-Ouest, qui s’appelleraient bientôt les Métis. Les communautés autochtones faisaient aussi partie d’un réseau complexe d’alliances qui les reliait à deux compagnies rivales de traite de fourrures —la Compagnie de la Baie d’Hudson, procolonisation, et la Compagnie du Nord-Ouest, anticolonisation. La dernière compagnie était composée de personnes étant aussi chefs des Bois-Brûlés. Au cours des étés 1815 et 1816, les soldats Bois-Brûlés ont dispersé les premiers colons de lord Selkirk et ont activement interdit aux colons étrangers de s’installer dans la vallée de la rivière Rouge. Le 19 juin 1816, les Bois-Brûlés sont sortis victorieux d’un affrontement spontané avec les employés de la Compagnie de la Baie d’Hudson, tuant 21 d’entre eux et s’emparant du fort puis, plus tard, de la colonie de lord Selkirk à la rivière Rouge. Même si les Métis n’avaient pas signé le traité avec lord Selkirk en 1817, l’agitation métisse de 1815–1816 a constitué un facteur de motivation important lors de la négociation de ce traité, lequel a néanmoins façonné les relations entre les Métis et la Compagnie de la Baie d’Hudson pour des générations à venir.

Aquarelle de la bataille montrant les deux côtés armés de fusils qui se font face dans un champ sous un ciel bleu partiellement nuageux. D’un côté, il y a surtout des employés blancs à pied de la Compagnie de la Baie d’Hudson, et de l’autre, il y a des Métis à cheval ainsi que des employés de la Compagnie du Nord-Ouest.

La bataille des Sept-Chênes, 19 juin 1816, par Charles William Jefferys. (MIKAN 2835228)

En raison de l’échec de la mission de lord Selkirk visant à gagner l’appui des instances politiques en place à la rivière Rouge au plus tard en 1816, lord Selkirk a entrepris le long voyage vers la région pour résoudre d’une certaine façon les hostilités. Puis, il a négocié avec les Nehiyawak et les Anishinaabeg locaux afin d’obtenir la permission d’installer des familles écossaises à la colonie de la rivière Rouge, en échange de présents annuels substantiels qu’il appelait « redevances ». Même si, pour toutes les parties, le traité permettait à des étrangers de s’établir paisiblement, les avis sur la signification du traité en termes de propriété des terres divergeaient. Pendant des années par la suite, lord Selkirk et la Compagnie de la Baie d’Hudson ont affirmé que le traité assurait la cession des terres des Autochtones à lord Selkirk et à la Compagnie. Pour les Autochtones, il établissait une entente de location à long terme les reconnaissant comme les propriétaires tout en amenant de nouvelles personnes dans leur pays, il fournissait des cadeaux annuels généreux aux Nehiyawak et aux Anishinaabeg et il renforçait une nouvelle alliance avec un aristocrate puissant. Le Traité Selkirk est important parce qu’il montre que, lorsque les dirigeants britanniques tentaient de devenir propriétaires des bassins des rivières Rouge et Assiniboine, ils devaient composer avec les titres qu’avaient obtenus les Autochtones par traité s’ils souhaitaient installer leurs sujets à cet endroit.

La description du traité rédigée par l’entourage de lord Selkirk est en soi fascinante de par la terminologie confuse et le langage contradictoire qu’elle contient. En effet, les deux interprétations ci-dessus peuvent être tirées de ce texte. Toutefois, je suis d’avis qu’en lisant ce traité d’un œil critique, nous voyons qu’il reconnaît les Autochtones comme les « propriétaires » de la vallée de la rivière Rouge, en se fondant sur le langage féodal pour décrire une relation de location qui aurait sauté aux yeux d’un noble écossais.

Le document semble contenir des contradictions. D’un côté, il affirme que les chefs des Nehiyawak et des Anishinaabe se sont entendus avec lord Selkirk [traduction] « pour céder à Notre Majesté le Roi toutes les terres adjacentes aux rivières Rouge et Assiniboyne pour l’usage du comte de Selkirk et des colons établis à cet endroit ». D’un autre côté, il mentionne que lord Selkirk, ses héritiers ou ses successeurs « paieraient chaque année aux chefs et aux guerriers un présent annuel ou redevance de 100 livres de bon tabac commercialisable ».

Pour moi, ce qui est particulièrement révélateur à cet égard, ce sont les termes indiquant que cet échange est une relation de location. La redevance, coutume courante à l’époque de lord Selkirk, était une pratique féodale par laquelle un locataire fermier payait un loyer fixe sur les terres occupées par un paysan fermier, ce qui le libérait de toutes les autres obligations envers ce lord. De plus anciennes conventions du système féodal obligeaient les paysans à participer aux travaux publics et aux fonctions militaires définis par leur lord. Cependant, au 19e siècle, afin de maximiser leur rentabilité, de nombreux propriétaires de terres ont regroupé les diverses obligations du système féodal en redevances fixes ou en paiements réguliers remplaçant toutes les autres obligations. La redevance, système de l’époque féodale, reconnaissait explicitement que le seigneur était propriétaire des terres et donnait un caractère officiel à une relation précise entre le lord et le locataire. Au 19e siècle, on savait généralement que la redevance ne transférait pas le titre de propriété au locataire et que la terre demeurait la propriété du seigneur. Eux-mêmes nobles et propriétaires terriens en Écosse, lord Selkirk et ses associés comprenaient intuitivement le langage lié aux redevances. Ainsi, lord Selkirk décrit également une relation dans le cadre de laquelle il donnait une redevance annuelle, 100 livres de tabac commercialisable, à ses propriétaires en échange du droit d’installer des fermiers écossais locataires sur les terres entourant les rivières Rouge et Assiniboine.

Une telle interprétation cadre aussi avec la manière dont les chefs Anishinaabe comprenaient le Traité. Le chef Peguis, l’un des signataires du Traité, maintenait catégoriquement que celui-ci décrivait une entente de location annuelle des terres. En 1859, le chef Peguis a fait une déclaration officielle dans laquelle il racontait que [traduction] « aucun marché officiel n’a été conclu; il s’agissait simplement d’un prêt […]; je l’affirme : les terres n’ont jamais été vendues ». De plus, selon l’historien manitobain J.M. Bumsted, le fils du chef Peguis, Henry Prince, aurait aussi mentionné, lors d’une assemblée métisse tenue en 1869, que « la terre a seulement été louée et la « prime » maintenant payée […] par la Compagnie de la Baie d’Hudson fait partie de l’entente de location ». Du point de vue du chef Peguis et de son fils, le Traité n’a changé en rien la propriété des terres de la vallée de la rivière Rouge, qui ont continué à appartenir aux Autochtones plutôt qu’à lord Selkirk, à la Compagnie ou à la Couronne. En effet, puisque lord Selkirk payait une redevance annuelle, il était le locataire; en d’autres termes, les Autochtones étaient les propriétaires.

En essayant d’obtenir par traité la propriété et le titre des terres appartenant aux Autochtones, lord Selkirk s’est trouvé, intentionnellement ou non, à renforcer la propriété par ceux-ci du territoire qu’il voulait coloniser. C’était probablement tout ce qu’il pouvait faire à une époque d’ascendance militaire et politique des Autochtones dans l’Ouest. Ses compatriotes ayant été dirigés par un membre des Bois-Brûlés l’été précédent, il n’était pas tout à fait dans une position lui permettant de demander le contrôle des terres des Autochtones. De plus, les Autochtones n’ont jamais voulu se départir de leurs terres et de leur indépendance. Par conséquent, le Traité Selkirk constitue un important rappel du pouvoir politique des Autochtones au début du 19e siècle. C’est le pouvoir des Bois-Brûlés qui a forcé lord Selkirk à négocier et ce sont les Nehiyawak et les Anishinaabeg qui l’ont guidé en ce qui concerne la diplomatie et le pouvoir autochtones. En raison du rôle joué par les propriétaires du pays, lord Selkirk n’a pu qu’obtenir la permission d’établir ses compatriotes sur les terres des Autochtones en échange d’une redevance annuelle. Ce traité est donc un document sur les négociations qui visait au départ la cession des terres des Autochtones, mais lord Selkirk n’a réussi qu’à renforcer la primauté territoriale et politique des Autochtones en reconnaissant que les terres qu’il voulait posséder appartenaient à d’autres.

Une ligne fine délimite le lotissement de lord Selkirk sur la carte d’Assiniboia.

Carte de 1817 montrant le lotissement de 116 000 milles carrés de lord Selkirk connu sous le nom d’ « Assiniboia ». Les forts des Cinq forts de Winnipeg (vers 1885), de George Bryce, y figurent. (AMICUS 5279616)

Carte de la colonie de la rivière Rouge représentant la voie ferroviaire, les colonies et les forts. Au bas, une légende énumère les différents points sur la carte.

Fac-similé d’une partie de la carte de 1818 représentant la colonie de la rivière Rouge se trouvant dans Lord Selkirk’s Colonists: the Romantic Settlement of the Pioneers of Manitoba, de George Bryce, vers 1909-1910 (AMICUS 5614009)

En général, on enseigne aux Canadiens à voir les traités comme des documents dont le but est d’inciter les Autochtones à céder leurs droits et leurs titres, par exemple la tentative de lord Selkirk en 1817. Mais l’histoire de la diplomatie sur ce continent est à la fois ancienne et complexe. Les Autochtones ont rarement (voire jamais) perçu les traités avec les empires européens comme un moyen de leur retirer des terres ou des pouvoirs. Les traités, comme celui-ci, cherchaient plutôt à trouver de nouvelles manières pour différentes personnes de tirer parti de la présence des autres sur le même territoire. Lord Selkirk et ses colons étaient accueillis favorablement à un nouvel endroit à partager avec d’autres au sein des Prairies — un cadeau qui a un prix. Cela comprenait aussi une reconnaissance permanente des premiers habitants du territoire : il fallait veiller à ce qu’eux aussi tirent parti de la plus grande présence d’Européens. Ce traité doit nous rappeler que les Autochtones qui ont négocié l’entente étaient des diplomates puissants et astucieux qui pouvaient forcer les négociateurs européens à accepter les normes des systèmes diplomatiques des Autochtones.

En outre, le point de vue selon lequel la conclusion de traités entre les Autochtones et les Anglais est principalement ancrée dans la cession de terres et l’aliénation des Autochtones comporte des pièges. Les traités ont été négociés en public et devant de grands auditoires grâce à des méthodes qui assuraient la reddition de comptes pour l’avenir. Les personnes présentes pouvaient se souvenir des sujets abordés, des accords et, bien sûr, des désaccords. Dans la plupart des cas, les Autochtones n’ont pas discuté de la cession permanente de leurs terres, et ils y ont encore moins consenti. Comme le chef Peguis et Henry Prince, ils se rappellent seulement avoir accepté de partager leurs terres avec de nouveaux alliés. Les traités comme celui-ci cherchaient à conférer des avantages mutuels, et non à restructurer les relations politiques en se fondant sur d’énormes inégalités sur ce plan. Si nous percevons les traités comme des documents de cession — et non comme des accords évolutifs —, nous passons à côté de leur but. C’est pourquoi le Traité Selkirk — en fait, tous les traités conclus entre les Autochtones et la Couronne — est si mal compris. La plupart des historiens des Prairies de l’Ouest ont pendant longtemps échoué dans leurs tentatives visant à comprendre les motivations des Autochtones et le contexte diplomatique dans lequel les négociations avaient lieu. En commençant par écouter les voix des Autochtones — passées et actuelles — qui comprennent les choses différemment, puis en donnant à leurs voix le pouvoir de narrer nos propres histoires et relations politiques, nous obtiendrons une vision plus exacte et plus complète de l’histoire.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

La même question ressort lorsque nous essayons de comprendre les traités entre les Autochtones et la Couronne qui ont suivi le Traité Selkirk dans l’Ouest. Il est aussi mentionné que les traités numérotés (traités 1-11, négociés de 1871 à 1921) ont retiré les titres de propriété des terres aux Autochtones, les remettant à la Couronne. Les Autochtones nient cette affirmation, faisant valoir qu’aucune discussion de ce genre n’a eu lieu et que leurs ancêtres n’ont jamais consenti à céder leurs terres. Une grande partie des éléments dont il est question semble découler de la mentalité impériale selon laquelle les Autochtones sont trop primitifs et pas assez intelligents pour avoir compris ce qui était négocié ou ils se sont fait avoir par des représentants de la Couronne plus astucieux. Ces suppositions sont sans fondement et trouvent leur origine dans un racisme normalisé renforcé par des générations de pratique coloniale canadienne. Comme le montre le Traité Selkirk, les Autochtones savaient tout à fait ce que les Européens voulaient et ils ont pu exercer leur propre influence sur les événements, ce qui signifie que les négociations pour la signature d’un traité ont été juste cela : des négociations.

Pour les traités conclus ensuite, les Autochtones ont aussi réussi à orienter les négociations dans le cadre de leurs traditions diplomatiques bien établies. Ils ont négocié l’arrivée de nouveaux colons sur leur territoire en échange de présents annuels continus reconnaissant leurs intérêts permanents dans le territoire. Bien que les gouvernements fédéral et provincial perçoivent toujours les traités numérotés comme des documents de cession, les intellectuels autochtones ont un point de vue différent (ils sont presque unanimes) : ces accords établissaient une relation durable reconnaissant les droits et les titres des Autochtones, plutôt que d’y mettre fin. Comme les Canadiens commencent à poser un œil plus critique sur ces accords, il est primordial d’élaborer un meilleur cadre pour aborder les relations entre les Autochtones et le Canada ainsi qu’entre les Autochtones et la Couronne.

Il est essentiel de recourir à son esprit critique en lisant les documents relatifs aux traités ainsi que les notes sur les négociations, de même qu’en étudiant la tradition orale. Comme pour le traité Selkirk, il est possible de lire une ligne d’un document officiel et de supposer qu’elle retirait les droits et les titres aux Autochtones pour toujours, mais nous devons aller beaucoup plus en profondeur et comprendre les nouvelles relations complexes imaginées par toutes les parties. Les historiens en particulier ont l’obligation d’adopter une vue d’ensemble de ces relations et de faire intervenir un plus vaste éventail de sources archivistiques, certaines desquelles n’ont peut-être pas été consignées. Dans une ère de réconciliation, les intellectuels doivent voir au-delà des récits courants et des approches habituelles de narration de ces récits. Les Autochtones ont longtemps raconté différemment ces événements; les intellectuels canadiens doivent les prendre au sérieux. Un examen critique des événements nous permettra d’aller au-delà du contexte colonial contemporain afin de voir les différentes relations imaginées par nos ancêtres concernant la manière de vivre ensemble. Les traités, comme le Traité Selkirk, fournissent tous des lignes directrices sur la coexistence et les relations justes – il nous faut simplement les étudier plus attentivement afin de réaliser cette vision.

Biographie

Une photo couleur montrant un jeunne homme portant une chemise blanche et une cravate assis dans un champs.

Adam Gaudry
crédit Amanda Laliberté

Adam Gaudry, titulaire d’un doctorat, est Métis et professeur adjoint à la Faculté des études autochtones du Département des sciences politiques de l’Université de l’Alberta. Ses recherches portent sur la pensée politique des Métis au 19e siècle, la formation des relations entre les Métis et le Canada pour la conclusion de traités en 1870 et l’absence de mise en œuvre de l’accord subséquente. Le projet d’Adam Gaudry soutient l’existence d’un « traité du Manitoba » entre les Métis et le Canada qui requiert le maintien d’une relation politique bilatérale et respectueuse entre les partenaires du traité. Ses travaux sont révisés pour la publication d’un livre. Il a obtenu son doctorat dans le cadre du Programme de gouvernance autochtone de l’Université de Victoria et sa maîtrise ès arts en sociologie ainsi que son baccalauréat spécialisé en études politiques de l’Université Queen’s. Pour sa recherche doctorale sur les relations historiques entre les Métis et le Canada, il a reçu la bourse Henry Roe Cloud de l’université Yale récompensant une dissertation. Il est aussi coenquêteur pour le projet de recherche sur les traités concernant les Métis financé par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada. Il a publié des articles dans Native American and Indigenous Studies, le Wicazo Sa Review, aboriginal policy studies et le Canadian Journal of Native Education ainsi que des chapitres dans des collections sur l’identité métisse, la méthodologie et l’éthique en matière de recherche.

Ressources connexes

  • Bibliothèque et Archives Canada. Traités, cessions et ententes.
  • J.M. Bumsted. Fur Trade Wars: The Founding of Western Canada. Winnipeg, Great Plains Publications, vers 1999. AMICUS 20975923
  • J. M. Bumsted. The Red River Rebellion. Winnipeg, Watson & Dwyer, vers 1996. AMICUS 15446457
  • Sharon Venne. Aboriginal and Treaty Rights in Canada: Essays on Law, Equity, and Respect for Difference, « Understanding Treaty 6: An Indigenous Perspective », pp. 173–207, Michael Asch, Presses de l’Université de la Colombie-Britannique, vers 1997. AMICUS 15883635
  • Michael Asch. On Being Here to Stay: Treaties and Aboriginal Rights in Canada. Presses de l’Université de Toronto, 2014. AMICUS 42148617

Conservateur invité : Jeff Thomas

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Fête du Canada 2005, Brandon, Manitoba, au Canada, Jeff Thomas, 2005

Figurine d’un membre des Premières Nations placée devant un train. On voit l’inscription « Canada » et des graffitis sur le côté d’un wagon à grains.

Fête du Canada 2005, Brandon (Manitoba), au Canada, tiré de la série « The Delegate on Tour » (le « délégué » en tournée) par Jeff Thomas (MIKAN 4171016) ©Jeff Thomas

Jeff Thomas, un artiste iroquois, estime que le Canada a toujours marginalisé son peuple. Ces œuvres symbolisent le retour des siens sur la scène nationale. Chaque photographie met en scène un important symbole du pays.


Parlez-nous de vous.

Je suis né et j’ai grandi à Buffalo, dans l’État de New York, et je suis membre de la réserve des Six­ Nations près de Brantford, en Ontario. Je suis photographe autodidacte et conservateur. Ma carrière dans le domaine de la photographie a commencé après un accident en 1979 qui m’a presque coûté la vie et laissé avec une invalidité permanente résultant d’une blessure à la colonne vertébrale. Afin de reconstruire ma vie, je me suis tourné vers la photographie, mon centre d’intérêt. J’ai commencé ma carrière en ayant deux objectifs en tête : combler l’absence des photographes autochtones contemporains et du passé dans les collections archivistiques. Mon objectif premier était de remédier à l’absence et à l’invisibilité des Iroquois vivant en milieu urbain, comme moi.

En 1990, je vivais à Winnipeg, au Manitoba, lorsque je fis la découverte, dans le cadre d’un projet de recherche au musée du Manitoba, que BAC possédait la série complète des 20 volumes de The North American Indian (Les Indiens d’Amérique du Nord) d’Edward Curtis. Au tout début de ma carrière, Curtis jouait pour moi le rôle d’antagoniste, surtout en raison de ses photographies mettant en scène une vie tribale autochtone qui avait disparu depuis des décennies. On connaissait peu de choses à son sujet. Désirant en savoir plus, je suis déménagé à Ottawa en 1993, où j’ai entrepris l’étape suivante de ma carrière.

Qu’est-ce que les Canadiens devraient savoir d’autre à ce sujet selon vous?

En 1999, mon fils Bear déménageait sur la côte Ouest; je perdais ma muse. Bear avait commencé à poser pour moi en 1984. Environ à l’époque où mon fils me quittait, j’ai reçu par la poste un colis du cinéaste Ali Kazimi. Il avait tourné un documentaire sur mon œuvre qui s’intitulait Shooting Indians: A Journey with Jeff Thomas (photographier des Indiens : un voyage avec Jeff Thomas). Le film commençait sur un plan d’Ali tenant en main des figurines en plastique représentant un cow-boy et un Indien. En ouvrant la boîte, je vis les figurines en plastique, avec une note d’Ali qui disait : « Vous trouverez quelque chose d’intéressant à faire avec ces figurines ».

La série Indians on Tour (Indiens en tournée) a commencé à l’été 2000 lors d’une promenade aux alentours de la Colline du Parlement, à Ottawa. J’avais une figurine d’Indien en plastique dans le sac de mon appareil photo. Quand je me suis arrêté pour photographier une statue représentant un chasseur indien, j’ai placé le jouet devant la statue en bronze et j’ai pris un cliché des deux. Quand j’ai vu cette photographie, j’ai pris conscience des toutes nouvelles possibilités qui s’offraient à moi pour pallier l’absence de la représentation autochtone dans la vie quotidienne. À partir de ce moment, j’ai emporté avec moi les figurines en plastique partout où j’allais. J’ai ensuite ajouté de nouvelles figurines d’Indiens que je découvrais dans les magasins pour touristes. Afin d’être moins tributaire des surfaces planes où poser les figurines, j’ai commencé à faire des dioramas portables, où les figurines sont montées sur un support
portable et léger.

Petite figurine marron clair d’un membre des Premières Nations placée devant la statue d’un chasseur indien. En arrière-plan, on peut voir de grands immeubles à bureaux et des arbres.

Indien exécutant une danse de guerre et statue représentant un chasseur indien, par Jeff Thomas, Ottawa, 2000 © Jeff Thomas

En 2005, je me trouvais à Brandon, au Manitoba, à l’occasion de l’ouverture d’une exposition de mon travail. Le lendemain étant la fête du Canada, je parcourais la ville en voiture à la recherche d’un endroit intéressant où placer mon « délégué ». Lorsque je vis le wagon à grains avec l’inscription « Canada » et quelques graffitis sur le côté, je savais que j’avais trouvé l’emplacement pour ma photographie de la fête du Canada.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

Photo en noir et blanc d’une femme de la Première Nation des Dakota portant une robe rayée sous un long plastron à perles. Elle porte également des tresses, un collier et de longues boucles d’oreilles.

Portrait en studio d’une femme de la Première Nation des Dakota (Sioux) (MIKAN 3258922)

En 1994, BAC m’a engagé pour rédiger de nouvelles légendes pour les photographies représentant des Autochtones, les anciennes légendes contenant des mots dénigrants à l’égard de la culture autochtone. Une photographie ressort particulièrement de ce projet. Je rédigeais une nouvelle légende pour une photographie en pied représentant une femme autochtone. Il s’agissait probablement d’une mère, épouse, grand-mère et Aînée représentant sa communauté. La légende indiquait « Squaw sioux »; le mot « squaw » est considéré comme particulièrement rabaissant. J’ai écrit simplement « Femme Dakota ».

Il est important de préciser que la légende originale n’a pas été supprimée; les chercheurs pourront voir les deux légendes dans la base de données. La nouvelle légende a interpellé un chercheur, qui a essayé d’identifier la femme. Les nouveaux renseignements qu’il a trouvés ont été ensuite ajoutés à la légende dans la base de données. C’était étonnant de voir les répercussions du changement de deux mots désignant une photographie. Je suppose que lorsque plus d’Autochtones utiliseront la base de données, un membre de sa communauté ajoutera son nom dans la légende.

Biographie

Photo couleur d'une homme avec un grand barbu avec un grand sourire.

Jeff Thomas
Crédit Justin Wonnacott

Jeff Thomas est un artiste iroquois urbain, photographe autodidacte, écrivain, orateur public et conservateur. Il vit à Ottawa, en Ontario. Ses œuvres font partie de collections importantes au Canada, aux États-Unis et en Europe. Ses expositions individuelles les plus récentes sont les suivantes : Mapping Iroquoia: Cold City Frieze (cartographier l’Iroquoisie : frise de la cité du froid), Musée d’art McMaster, Hamilton (Ontario); Resistance Is NOT Futile (la résistance N’EST PAS vaine), galerie Stephen Bulger, Toronto (Ontario) et The Dancing Grounds (des raisons de danser), parc du patrimoine Wanuskewin, Saskatoon (Saskatchewan).

Jeff Thomas a également participé à de nombreuses expositions collectives, notamment : I:ke – Toronto: Tributes + Tributaries (hommages et autres), 19711989, Musée des beaux-arts de l’Ontario, Toronto (Ontario); Land/Slide: Possible Futures (glissements de terrain : futurs possibles), Markham (Ontario); SAKAHÀN, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa (Ontario); UNMASKING: Arthur Renwick, Adrian Stimson, Jeff Thomas, Centre culturel canadien, Paris (France). En 1998, il a reçu le prestigieux Prix du duc et de la duchesse d’York en photographie du Conseil des arts du Canada. Il a été admis à l’Académie royale des arts du Canada en 2003. En 2008, il a obtenu le Prix Karsh en photographie.

Ressources connexes

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Conservatrice invitée : Sarah Hurford

Bannière pour la série Conservateurs invités. À gauche, on lit CANADA 150 en rouge et le texte « Canada: Qui sommes-nous? » et en dessous de ce texte « Série Conservateurs invités ».

Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

Joignez-vous à nous chaque mois de 2017! Des experts de BAC, de tout le Canada et d’ailleurs donnent des renseignements additionnels sur l’exposition. Chaque « conservateur invité » traite d’un article particulier et en ajoute un nouveau — virtuellement.

Ne manquez pas l’exposition Canada : Qui sommes-nous? présentée au 395, rue Wellington à Ottawa, du 5 juin 2017 au 1er mars 2018. L’entrée est gratuite.


Aperçu du kiosque de Bibliothèque et Archives Canada lors de l’événement national de la Commission de vérité et réconciliation, à Edmonton, en Alberta, par Sarah Hurford, 2014

Photo d’un kiosque présentant de nombreuses photos et un ordinateur sur le bord d’une table. Une dame aux cheveux bruns qui travaille au kiosque trouve une photo pour un couple. Un autre kiosque est visible à l’arrière-plan.

Le kiosque de Bibliothèque et Archives Canada lors de l’événement national de la Commission de vérité et réconciliation, à Edmonton, en Alberta par Sarah Hurford, 2014. © Sarah Hurford, 2014

En 1870, la politique des pensionnats indiens était largement appuyée. De nos jours, elle est jugée répugnante. La Commission de vérité et réconciliation a grandement contribué à sensibiliser le public à cette question.


Parlez-nous de vous.

Je m’intéresse aux documents sur le patrimoine autochtone depuis mon stage d’été à BAC, en 1998. J’ai alors vu de mes yeux la différence que les documents historiques pouvaient faire dans la vie des gens.

Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

Cette photo a été prise dans un énorme centre de conférence où s’entassaient des milliers de personnes et les kiosques de nombreux ministères, cercles de partage d’églises et vendeurs. Il y avait aussi une quantité impressionnante de visiteurs. C’était vraiment un espace commun, idéal pour un lieu de réconciliation. Il s’agissait d’une expérience très particulière; l’odeur de la sauge qui brûle embaumait l’air chargé d’émotion. Les gens s’arrêtaient au kiosque de BAC pour raconter leur histoire, poser des questions et regarder nos photos. Le tout avait une signification particulière pour moi parce que c’était le dernier événement prévu. Je pensais que je n’aurais plus jamais la chance de me trouver dans un tel contexte.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

Je voudrais ajouter cette photo d’un groupe de garçons qui vivaient trop loin du pensionnat d’Aklavik pour retourner chez eux pendant l’été. Durant l’événement à Edmonton, j’ai vu le petit-fils d’un de ces garçons, qui a immédiatement reconnu son grand-père. Chaque fois que je vois cette photo, je me souviens de cette rencontre. Je prends alors conscience de l’importance de notre présence aux événements nationaux. Nous devions être là pour entendre ces histoires et comprendre que les documents historiques de notre collection ont encore une incidence à notre époque.

Groupe d’enfants inuits vêtus de combinaisons ou de salopettes, debout sur un sol sablonneux et herbeux, avec l’école en arrière-plan.

Enfants inuits qui devaient demeurer à l’école de la mission anglicane pendant l’été parce qu’ils vivaient trop loin de celle-ci. Photo de M. Meikle (MIKAN 3193915)

Biographie

Photo en couleur d'une femme arborant un grand sourire.Sarah Hurford est archiviste à BAC depuis 2009. Elle se spécialise dans les documents et instruments de recherche se rapportant au patrimoine autochtone. Elle a occupé des postes aux Services de référence et aux Archives privées. Mme Hurford a offert des services de référence dans le cadre de deux projets de divulgation de documents réalisés par la Commission. Elle travaille actuellement à la Direction générale des documents gouvernementaux (portefeuille Affaires autochtones et du Nord Canada).

Conservateur invité : J. Andrew Ross

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Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

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Une page sur Joliette, au Québec – premier recensement du Canada, 1871

Vous avez remarqué l’entrée d’Adolphe Perrault? En 1871, être voyageur est un gagne-pain! Au fil du temps, les recensements sont devenus la base de la politique sociale et de nombreux programmes qui définissent l’identité canadienne.


Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

Depuis l’intendant Jean Talon, qui ordonne le premier recensement de la population européenne en Nouvelle-France en 1665-1666, les fondateurs du Canada moderne veulent connaître les aspects démographiques, sociaux et économiques des populations. BAC possède de nombreux documents sur les recensements, notamment une collection de microfilms presque complète des formulaires remplis à la main par chacun des énumérateurs (comme on appelait les recenseurs à l’époque) ayant fait du porte-à-porte, en 1871, pour recueillir de l’information dans le cadre du premier recensement après la Confédération.

Les énumérateurs devaient remplir jusqu’à neuf tableaux portant sur les caractéristiques de la population, les décès, les activités économiques, etc. Le recensement canadien se distingue par une question du tableau 1 (Dénombrement des vivants) demandant de l’information sur les origines, une question importante dans un pays composé de quatre provinces et d’une grande diversité de cultures, où il y a des tensions politiques entre deux groupes linguistiques majeurs.

Qu’entendait-on par « origines »? Le manuel donnant les directives pour les énumérateurs ne fournit pas beaucoup de détails, seulement quelques exemples : « L’origine des familles et des individus doit‑être inscrite telle que donnée par le chef de famille ou la personne interrogée comme suit : Anglaise, Irlandaise, Écossaise, Africaine, Sauvage, Allemande, Française etc. ». Sauf quelques exceptions (Sauvages, Métis, Indous et Juifs), les réponses acceptées correspondent aux pays d’origine plutôt qu’aux cultures.

Ironiquement, lors du premier recensement national, la réponse « Canadien » ne constitue pas une option parce que les auteurs des questions veulent distinguer clairement les Français, les Anglais et les autres groupes. Permettre de répondre « Canadien » aurait pu réduire la taille d’un groupe et avoir des conséquences néfastes pour la représentation politique et la fierté culturelle.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

Cette caricature astucieuse tirée du Canadian Illustrated News du 6 mai 1871, que BAC possède dans sa collection, montre comment la question sur les origines pourrait donner lieu à des conversations plutôt comiques :

Énumérateur : « De quelles origines êtes-vous, Madame? »

Dame : « Nous sommes Canadiens, bien sûr! »

Énumérateur : « L’origine canadienne ne fait pas partie des options. »

Dame : « Alors suivez la théorie de Darwin et inscrivez que nous descendons des singes! »

Caricature en noir et blanc montrant un énumérateur qui parle à une femme assise à un bureau.

Caricature du Canadian Illustrated News (AMICUS 133120) représentant une conversation possible sur le premier recensement (numéro du 6 mai 1871, page 288, e011180501)

Il ne s’agit pas seulement d’une bonne blague, mais aussi d’une observation perspicace. Après tout, que sont les origines d’une personne? Jusqu’où faut-il remonter? Puisque le lieu de naissance n’est pas pris en compte (il est consigné séparément), s’agit-il de l’héritage culturel du père ou de la mère? Pourquoi les personnes dont la famille réside au pays depuis des siècles ne peuvent-elles pas être considérées comme Canadiennes dans le cadre du recensement?

Selon les directives, l’énumérateur de la caricature aurait été en droit d’inscrire « primate ». Dans la pratique toutefois, les entrées sont vérifiées avant le comptage, et changées lorsqu’elles sont jugées inappropriées. C’est ainsi que des milliers de personnes se décrivant comme Canadiennes (ou Américaines) se sont vu attribuer une autre origine, habituellement fondée sur leur nom de famille. Lorsque les résultats sur l’origine ont été publiés, à l’automne 1871, « Canadien » n’était pas une catégorie.

Au 20e siècle, l’origine commence à porter moins sur la nationalité d’une personne que sur sa culture, un concept qui a pris le nom d’« ethnicité ». Dans ce contexte, les questions sur l’origine incluses dans les recensements visaient à connaître l’ethnie du premier ancêtre paternel venu s’établir au Canada.

Cette idée ne convient pas à tout le monde. Par exemple, le 13e premier ministre du Canada, John George Diefenbaker, était fier de son héritage ethnique mixte et encore plus fier de ne pas l’avoir dévoilé aux recenseurs. Dans ses mémoires, il écrit (ne vous gênez pas pour ricaner) :

« Je ne me suis jamais inscrit comme le demandaient les recensements. Je suis Canadien, et c’est comme tel que je m’inscris. Quand j’étais premier ministre, je me suis assuré que le recensement de 1961 contenait la question “Êtes-vous Canadien?”. Même si les libéraux et les bureaucrates en place désapprouvaient le changement et l’ont annulé quand j’ai quitté le pouvoir, des centaines de milliers de Canadiens ont répondu affirmativement à cette question, avec une grande fierté. » [traduction]

La question de Diefenbaker n’a pas remplacé celle sur les origines, qui a continué d’être posée, mais elle pourrait avoir mené au changement officiel de politique survenu en 1971 – 100 ans après le premier recensement. Ce changement a permis de répondre « Canadien » à la question sur les origines (laissant le recenseur consigner cette réponse sans qu’elle soit changée). Seulement 71 000 personnes se sont dites Canadiennes cette année-là, mais ce nombre a crû rapidement au cours des quarante années suivantes. En 2011, plus de 10 millions de personnes ont répondu « Canadien », et 6 millions d’entre elles n’ont mentionné aucune autre origine. Le recensement de 2016 demandait : « Quelles étaient les origines ethniques ou culturelles des ancêtres de cette personne? » Nous saurons bientôt combien de personnes souhaitent maintenant être comptées parmi les Canadiens dans le cadre du recensement.

Biographie

Une photo en couleur d'un homme debout devant un tableau.J. Andrew Ross est archiviste à la Direction générale des documents gouvernementaux de BAC.

Conservatrice invitée : Caroline Forcier-Holloway

Bannière pour la série Conservateurs invités. À gauche, on lit CANADA 150 en rouge et le texte « Canada: Qui sommes-nous? » et en dessous de ce texte « Série Conservateurs invités ».

Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

Joignez-vous à nous chaque mois de 2017! Des experts de BAC, de tout le Canada et d’ailleurs donnent des renseignements additionnels sur l’exposition. Chaque « conservateur invité » traite d’un article particulier et en ajoute un nouveau — virtuellement.

Ne manquez pas l’exposition Canada : Qui sommes-nous? présentée au 395, rue Wellington à Ottawa, du 5 juin 2017 au 1er mars 2018. L’entrée est gratuite.


Photo tirée de Storm O’Brien, un épisode de la télésérie R.C.M.P réalisée par Crawley Films Ltd., en 1959

Vue fixe en noir et blanc d’un acteur vêtu d’un uniforme de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), appuyé contre un camion de marque Bombardier.

Photo tirée de Storm O’Brien, un épisode de la télésérie R.C.M.P., réalisée en 1959 par Crawley Films Ltd. (MIKAN 3563899) ©Michal Anne Crawley

La série visait à présenter une image plus réaliste des gendarmes canadiens. Des relations complexes et difficiles, par exemple avec les Autochtones, y sont évoquées. Mais dans l’ensemble, on y nage curieusement en pleine romance.


Parlez-nous de vous

Mes recherches sont axées sur les peuples nordiques du Canada et l’exploration de l’Arctique canadien documentés dans les films parrainés par le gouvernement, les films de cinéastes indépendants moins connus et les films amateurs non publiés, ainsi que les films de collections privées. Dès que j’en ai l’occasion, je me penche sur des films souvent oubliés et laissés à l’abandon qui requièrent toute notre attention, dans l’espoir de les rendre accessibles.

Mon intérêt envers la collection de récits oraux de Bibliothèque et Archives Canada remonte à l’époque où j’étais archiviste de référence, intérêt qui s’est transformé en l’un de mes principaux portefeuilles d’acquisition. Vint ensuite le désir de mener des entrevues avec les donateurs dans le cadre du programme bien établi des récits oraux des Archives nationales du Canada. Depuis 2015, je suis coresponsable de la toute nouvelle initiative de BAC portant sur les histoires orales, un programme d’entrevues axé sur les récits oraux qui donne la parole aux donateurs et aux employés de BAC afin de souligner leurs contributions.

Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

Les paragraphes ci-dessous présentent des exemples du contenu datant des débuts de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) prélevé à même la vaste collection de documents audiovisuels de BAC. L’information y est disposée en trois catégories : les premières dramatiques télévisuelles de fiction; les premiers longs métrages de fiction; et les premiers documentaires et films amateurs.

La GRC dépeinte dans les premières dramatiques télévisuelles de fiction

Crawley Films Ltd., en partenariat avec la British Broadcasting Corporation (BBC), a réalisé la série R.C.M.P. en 1959-1960. Appuyés sur des faits réels tirés de dossiers de la GRC, les 39 épisodes d’une demi-heure ont été tournés en noir et blanc au format 35 mm et diffusés au Canada, en Angleterre et en Australie.

BAC a acquis le fonds Crawley Films en 1983. La collection renferme 38 837 bobines de film, 12 800 photographies, 42 mètres de documents textuels, ainsi que d’autres médias. Frank Radford « Budge » Crawley et Judith Crawley fondent officiellement Crawley Films en 1939, à Ottawa. Parmi les différentes catégories de films réalisés par Crawley Films — commandes de l’industrie, longs métrages, documentaires, films d’animation et messages publicitaires —, la télésérie dramatique R.C.M.P. positionne vraiment l’entreprise dans une classe à part des autres maisons de production.

La télévision entre dans les foyers canadiens en 1952, et en 1955, 23 stations de télévision sont en activité au Canada, alors que la demande de contenus à diffuser sur les ondes est croissante. En 1958, « Budge » conclut un partenariat avec la Société Radio-Canada (SRC) et la BBC afin de réaliser une série qui allait relater les « récits quotidiens des forces policières fédérales canadiennes » [traduction].

Munroe Scott, l’un des scénaristes de la série, explique le choix du thème par Crawley Films : « La GRC nous fascinait parce qu’elle faisait partie de presque tous les aspects de la vie au Canada. Les scénarios de chaque épisode étaient généralement conçus de manière à refléter la réalité, même si on y ajoutait des effets dramatiques pour la télévision » [traduction].

Afin de tourner les épisodes, Crawley Films a acheté une propriété de 40 acres près de Chelsea (Québec), où l’on a érigé un studio de 8 500 pieds carrés. Les villes d’Aylmer, de Québec et d’Outlook (Saskatchewan) ont servi à matérialiser la ville western fictive de Shamattawa. L’acteur francophone Gilles Pelletier jouait le rôle principal du caporal Jacques Gagnier, responsable du détachement. John Perkins incarnait le constable Frank Scott, tandis que Don Francks prêtait vie au constable Bill Mitchell, un collègue tout frais émoulu de l’académie. Des rôles de soutien revenaient régulièrement dans les épisodes, dont le constable spécial Ben Aputagen, joué par Angus Baptiste, et le maire Bill Cartwright, incarné par Bernard McManus.

BAC possède les 39 épisodes de la série, ainsi qu’une version de l’épisode 18, The Hunt, en allemand. Pour suivre la série, les téléspectateurs syntonisaient la SRC le mercredi à 20 h. Une liste de tous les épisodes a été compilée par The Classic TV Archive [en anglais].

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition

Avant R.C.M.P., une série américaine d’aventure dramatique de genre fiction connaissait déjà du succès chez les téléspectateurs et auditeurs, soit Sergeant Preston of the Yukon, dont les 78 épisodes ont été télédiffusés par la CBS de 1955 à 1958. La série relatait les péripéties du sergent William Preston, un gendarme canadien de la Police à cheval du Nord-Ouest [créée en 1873, cette entité a été renommée Gendarmerie à cheval du Nord-Ouest vers 1896, puis remplacée par la Royale Gendarmerie à cheval du Nord-Ouest en 1904] alors qu’il patrouillait dans les contrées sauvages du Yukon avec son cheval, Rex, et son fidèle chien, Yukon King. Ensemble, ils combattaient les malfaiteurs (evildoers) dans les régions nordiques pendant la ruée vers l’or des années 1890.

La télésérie était basée sur la populaire dramatique radio, Challenge of the Yukon, un feuilleton radiophonique de 15 minutes mettant en vedette le sergent Preston, d’abord radiodiffusé à Détroit de 1938 à 1947, puis repris par différentes stations radio jusqu’en 1955. Pour écrire la série, Tom Dougall s’était inspiré des poèmes de Robert W. Service. Les âmes nostalgiques qui aimeraient faire un retour en arrière peuvent écouter les 609 radioromans sur le site Web d’Old Time Radio Researchers Group [en anglais]. BAC conserve certains épisodes de Challenge of the Yukon et de Sergeant Preston of the Yukon.

La GRC mise en vedette dans les premiers longs métrages de fiction

Symbole emblématique du Canada, la GRC a été dépeinte dans plusieurs centaines d’ouvrages de fiction à Hollywood, inondant l’industrie cinématographique. Parmi les classiques, citons Rose-Marie [en anglais] (1936), un film musical réalisé par MGM, et Renfrew of the Royal Mounted [en anglais] (1937), une série de huit longs métrages réalisés par Criterion Pictures Corporation. Ces œuvres ont été distribuées partout en Amérique du Nord et ailleurs dans le monde.

Le tout premier long métrage de fiction traitant des gendarmes canadiens s’intitule The Cattle Thieves [en anglais] (1909), une réalisation de la Kalem Company, établie aux États-Unis. Ce studio a d’ailleurs innové en étant le premier à se rendre au Canada pour tourner une dramatique sur place. C’est ainsi que le public américain a découvert la Royale Gendarmerie à cheval du Nord-Ouest [entité ayant remplacé la Police à cheval du Nord-Ouest en 1904]. D’autres maisons de production américaines ont aussi réalisé des films dont l’intrigue se déroulait au Canada, mais qui étaient tournés aux États-Unis, un style qui se maintiendra jusque tard dans les années 1950. À l’époque, on mettait l’accent sur la romance des vastes étendues sauvages du Canada. Habituellement, la distribution des personnages comprenait un trappeur ou un bûcheron canadien-français dans le rôle du méchant, quelques Autochtones, des mineurs, des prospecteurs, des contrebandiers de whisky et, bien entendu, un « noble gendarme canadien ».

Sous la direction d’A.J. Edwards, On the King’s Highway [en anglais] (1915) est l’une des premières dramatiques à être tournées sur les gendarmes canadiens par la Conness Till Film Company de Toronto. Quant à la nouvelle de James Oliver Curwood, Wapi the Walrus, devenue Back to God’s Country [L’instinct qui veille] (1919), elle donnera naissance au tout premier long métrage canadien portant sur la survie. Historien du cinéma, Peter Morris décrit le récit comme un « triangle mélodramatique mettant en vedette, dans un décor sauvage du Nord canadien, une héroïne, un héros et un méchant, de même qu’un chien — tout aussi héroïque — et des ours qui vivent dans un environnement nordique naturel marqué par la froidure et la neige, sans oublier l’omniprésente [Royale] Gendarmerie à cheval du Nord-Ouest » [traduction].

Image en couleurs d’un homme et d’une femme à cheval dans une clairière, devant des arbres verts majestueux et des montagnes aux cimes enneigées. L’homme porte une chemise jaune déboutonnée pour exposer sa poitrine. Il est penché vers la femme qui porte un bonnet blanc et une mante rouge. Découpée et apposée en bas à gauche, une autre image, en noir et blanc, illustre un gendarme en uniforme qui dirige son cheval vers un feu de camp; un grand arbre se dresse en arrière-plan. Le titre du film est écrit en bas à droite, sur l’affiche.

Affiche publicitaire du film Cameron of the Royal Mounted, 1921, par Winnipeg Productions Ltd. (MIKAN 199330)

Cameron of the Royal Mounted (1921) est un long métrage d’aventure de fiction muet avec des intertitres en anglais, produit par Winnipeg Productions Ltd. et inspiré du livre de Ralph Connor, Corporal Cameron of the North West Mounted Police [en anglais]. On y raconte l’histoire d’un jeune homme qui se sauve au Canada pour éviter l’emprisonnement pour un chèque contrefait. Il tombe en amour, mais il sera la cible d’un rival jaloux. L’occasion s’offre à lui de se joindre à la Royale Gendarmerie à cheval du Nord-Ouest. Il se portera au secours de sa petite amie kidnappée, et sera blanchi de l’accusation initiale qui planait sur lui. Ce film se distingue des autres, car on a fait appel à de vrais gendarmes du poste de Fort McLeod de la Royale Gendarmerie, en Alberta, pour jouer comme figurants dans leurs propres rôles, une décision pleine d’aplomb. BAC dispose d’une version incomplète du film, soit deux bobines sur les six composant le film.

Entre autres films, mentionnons Policing the Plains [en anglais] (1927), une production d’A.D. Kean de la maison Canadian Historic Features Ltd. de Vancouver, et His Destiny [en anglais] (1928), aussi connu sous le titre North of 49, produit par British Canadian Pictures Ltd., de Calgary. Le dernier film a été tourné sur place, en Alberta, et comprend des images du stampede de Calgary de 1928. BAC en possède deux versions incomplètes.

La GRC dépeinte dans les premiers documentaires et films amateurs

De nombreux films ont été tournés sur les gendarmes canadiens, mais cette institution en a réalisés très peu sur elle-même. BAC a plus de 1 230 images en mouvement et enregistrements sonores liés à des collections tant gouvernementales que privées et documentant des activités de la GRC. Les documentaires font état d’activités et d’événements, dont le film Through the Northwest Passage [en anglais] qui nous entraîne dans l’histoire de la navigation. Le documentaire tourné par le caporal F.S. Farrar raconte les péripéties du capitaine Henry Larsen et des huit membres de son équipage qui, à bord de la goélette de bois St. Roch, ont navigué de Vancouver (Colombie-Britannique) jusqu’à Halifax (Nouvelle-Écosse), en empruntant le passage du Nord-Ouest, et ce, de 1940 à 1942.

Photographie en noir et blanc d’un homme portant des vêtements d’hiver à bord d’un bateau; on voit l’eau glacée en arrière-plan.

Le capitaine Henry Larsen à bord du St. Roch, une goélette de patrouille de la GRC, dans les Territoires du Nord-Ouest, vers 1944. (MIKAN 3191981)

Les films amateurs jouent un rôle important pour documenter l’histoire, la culture, la vie et les activités personnelles. Bon nombre d’archives visent à promouvoir cette valeur ou importance plus globale, car on estime que ce sont des documents de source primaire dans le contexte des documents historiques, notamment compte tenu de la demande croissante des chercheurs qui y voient une utilité inestimable aux fins de productions, d’études sociologiques, de préparation de sites Web et d’expositions, et bien plus encore.

Les films amateurs racontent aussi des histoires sur les gendarmes canadiens, basées sur des faits. Pendant ses expéditions dans le Nord dans les années 1930 à 1950, Henry Larsen a documenté, sur sept bobines de films amateurs, des activités variées, des personnes et des lieux.

En 1932, Doug Betts devient constable au sein de la GRC et suit une formation à la caserne Fairmont, à Vancouver. Peu de temps après, il est affecté à Dawson et à Whitehorse, au Yukon, et sera promu au grade de caporal à la fin des années 1940.

Le fonds Norman Betts comprend 23 bobines de films familiaux muets tournés en noir et blanc au format 8 mm. Le caporal Doug Betts était un caméraman passionné qui apportait sa caméra lors de ses diverses affectations, de même que pendant ses permissions de loisirs et de détente. Il a ainsi documenté, entre autres, l’exploitation de placers, les patrouilles en traîneau à chiens, une enquête menée sur le site d’un écrasement d’avion, ainsi que sa participation à des parties de chasse. En outre, BAC a mené une entrevue avec le donateur Norman Betts, fils de Doug Betts, afin de mieux comprendre le contexte des films muets.

Photographie en noir et blanc d’un homme portant des vêtements d’hiver assis sur un traîneau avec six chiens attelés.

Doug Betts assis avec Kluane, son chien de traîneau de tête, extrait de Doug Betts No. 8: home movie, vers 1935-1939. (MIKAN 188444)

Photographie en couleurs d’un emballage de film jaune arborant des notes servant à identifier le film.

Boîte de film Kodak qui contenait une bobine 16 mm de 100 pieds utilisée par le constable Doug Betts. (Les renseignements, comme les annotations, l’oblitération du timbre-poste et la date de péremption du film, fournissent des données importantes afin de déterminer le contenu et les dates d’un film.)

Biographie

Photo couleur d'une femme arborant un grand sourire.Caroline Forcier-Holloway est archiviste audiovisuelle à Bibliothèque et Archives Canada. Depuis qu’elle a amorcé sa carrière à BAC en 1989, elle a rempli diverses fonctions à titre d’archiviste de référence spécialisée en audiovisuel, d’archiviste de référence générale, de chercheuse à la cinématographie et, en dernier lieu, d’archiviste audiovisuelle. Depuis 2000, elle a procédé à l’acquisition de collections et de fonds audiovisuels renfermant du contenu lié à l’histoire orale, aux Autochtones et au Nord, ainsi que des documents en français et en anglais, provenant du secteur privé et du gouvernement, de diffuseurs et de cinéastes, tant professionnels qu’amateurs.

Ressources connexes