Le Groupe des Sept et moi : quelques degrés de séparation

Par Ellen Bond

Le voyage en autobus qui m’a menée de Barrie à Kleinburg, en Ontario, en 1972, n’a pas été long. Nous sommes arrivés à la galerie d’art McMichael, qui abrite la collection d’art canadien McMichael, par une belle journée de printemps ensoleillée. Je me souviens d’un grand espace dégagé avec de longs sentiers bordés de petits arbres partant du stationnement et menant à un superbe édifice en bois orné d’imposants piliers de pierre.

À cette époque, ma famille et moi passions une partie de nos étés à Wymbolwood Beach, sur la baie Georgienne (lac Huron), et à Terrace Bay, sur la rive nord du lac Supérieur. En entrant dans la galerie McMichael, j’ai eu l’impression de voir défiler mes étés et les lieux qui m’ont apporté tant de bonheur. J’ai immédiatement succombé aux couleurs, aux traits, aux larges coups de pinceau et à la manière dont les peintures représentaient les rochers, les arbres balayés par le vent et les majestueux paysages.

Aquarelle représentant deux personnes dans un canot rouge avec des arbres colorés et balayés par le vent à l’arrière-plan.

Le canot rouge, peint par J. E. H. MacDonald, 1915 (e003894355)

Il y a cent ans, le 7 mai 1920, le Groupe des Sept présentait sa première exposition officielle au Musée des beaux-arts de Toronto (maintenant le Musée des beaux-arts de l’Ontario). C’est la première fois que le public a la chance de voir plus de 120 œuvres du Groupe au même endroit. Selon le site Web de la galerie McMichael, seulement six peintures sont vendues lors de cette exposition. Une seule d’entre elles vaudrait aujourd’hui beaucoup plus que le montant total payé pour les six œuvres d’art.

En 1920, le Groupe des Sept se compose de Franklin Carmichael, Lawren Harris, A. Y. Jackson, Frank Johnston, Arthur Lismer, J. E. H. MacDonald et Frederick Varley. Johnston quitte le Groupe en 1920 pour s’installer à Winnipeg, et en 1926, A. J. Casson est invité à prendre sa place. Deux autres membres, Edwin Holgate et L. L. FitzGerald, se greffent respectivement au Groupe en 1930 et en 1932. Tom Thompson est parfois considéré comme un des membres fondateurs, mais c’est une erreur, car il est décédé tragiquement en 1917, avant même la formation du Groupe.

Photo noir et blanc de sept hommes vêtus de complets assis autour d’une table durant un repas.

Des membres du Groupe à l’Arts and Letters Club de Toronto. Sur la photo : Bertram Booker, A. Y. Jackson, Merrill Denison, J. E. H. MacDonald, Lawren Harris, Frederick B. Housser et un homme non identifié. (PA-196166)

Les membres du Groupe des Sept sont célèbres partout au Canada. Dans les écoles, les bibliothèques et les écoles d’art, leurs œuvres servent de modèles. Les étudiants apprennent souvent à peindre des paysages en imitant leur style. Ma nièce Emma l’a d’ailleurs fait à son école. Son tableau était accroché au mur dans l’escalier de sa maison; il avait une allure très professionnelle.

Le Groupe des Sept est extrêmement facile à trouver sur Google. Certaines œuvres y sont montrées et même offertes à la vente au Canada, d’un océan à l’autre. Récemment, en visitant la galerie d’art Thompson Landry dans le district Distillery, à Toronto, j’ai vu pour la première fois un tableau du Groupe des Sept à vendre. Je l’ai longuement regardé, émerveillée. Si j’avais disposé de 133 000 $, je n’aurais pas hésité un instant!

Selon la théorie des six degrés de séparation, toute personne est reliée à n’importe quelle autre sur la planète par l’entremise d’au plus six relations sociales. Deux de mes amis ont des liens étroits (deux ou moins) avec les membres du Groupe Arthur Lismer et A. Y. Jackson.

J’ai fait la connaissance de Ronna Mogelon grâce à un ami. Son habileté à décorer des gâteaux m’épatait. Quand j’ai réalisé qu’elle vivait dans l’ancienne cabane en bois rond que j’admirais tant, j’étais encore plus heureuse de la connaître. Puis, j’ai découvert le lien qui l’unissait à Lismer. Voici son histoire :

Mes parents étaient des passionnés d’art; ils étaient très engagés au sein de la communauté artistique montréalaise dans les années 1960. Ils organisaient des expositions dans leur résidence, avant que les artistes ne trouvent une galerie pour les représenter. Ma mère, Lila, est originaire de Saint John au Nouveau-Brunswick. Elle était très proche du peintre Fred Ross, son professeur à l’école d’art. (Plusieurs de ses œuvres sont présentées au Musée des beaux-arts du Canada, à Ottawa, en Ontario.) Avant d’avoir une galerie pour le représenter, Fred Ross exposait ses œuvres dans notre maison.

Mon père, Alex, rédigeait une chronique artistique mensuelle dans le magazine The Montrealer, publié dans les années 1960 et 1970. En général, ma mère interviewait les artistes et mon père écrivait l’histoire à partir des enregistrements. Un vrai travail d’équipe! Les arts occupaient une très grande place dans notre famille.

Quoi qu’il en soit, mes parents voulaient que nous ayons une bonne formation de base en art. Le samedi matin, ils nous envoyaient au Musée des beaux-arts de Montréal suivre des cours d’art avec Arthur Lismer. La plupart des enfants fréquentaient la maternelle, mais nous, nous allions à l’école d’Arthur Lismer.

Photo noir et blanc d’un homme debout, la main gauche reposant sur sa hanche avec une pipe dans la main

Portrait d’Arthur Lismer, photographié à Québec par Basil Zarov en 1953 (e011000857)

Comme j’étais très jeune, mes souvenirs sont assez vagues. Je me rappelle qu’il était très grand, mais je n’avais que six ans et j’étais plutôt petite à l’époque. Je crois me souvenir qu’il fumait la pipe. J’avais l’impression d’être une vraie artiste parce que nous devions peindre debout au chevalet. Ma sœur aînée, Marcia, qui avait suivi des cours quelques années avant moi, se souvient de la grande exposition de fin d’année où toutes les œuvres des artistes étaient présentées. Elle devait revêtir ses plus beaux atours pour la circonstance. Mon cousin Richard se rappelle les pipes de réglisse que nous recevions à la fin du cours pour le retour à la maison.

Je ne sais pas si ses cours m’ont influencé, mais je suppose que oui, car j’ai choisi d’étudier dans le domaine des arts et obtenu un baccalauréat en beaux-arts de l’Université Concordia, à Montréal. Certains de ses enseignements ont peut-être déteint sur moi finalement!

Comme je l’ai mentionné, j’ai passé plusieurs étés au lac Supérieur. Mes parents ont grandi dans le nord-ouest de l’Ontario. Je suis née à Terrace Bay et je me sens chez moi ici. Une amie de ma sœur, Johanna Rowe, a grandi à Wawa, en Ontario. Nous avons séjourné dans son camp situé à l’embouchure de la rivière Michipicoten, là où celle-ci se jette dans le lac Supérieur. C’est un des plus beaux endroits que je connaisse. Des plages de sable blanc, de magnifiques rochers, un énorme banc de sable – à l’embouchure de la rivière – qui disparaît parfois après une tempête, d’immenses billes de bois provenant de forêts inconnues… c’est vraiment spectaculaire!

Photo noir et blanc d’un homme en uniforme militaire.

A. Y. Jackson dans son uniforme de la Première Guerre mondiale, en 1915. (e002712910) Jetez un coup d’œil à son dossier militaire (PDF).

Johanna est une historienne de Wawa, membre de l’Association canadienne d’experts-conseils en patrimoine. Elle entretient une relation spéciale avec cette région où A. Y. Jackson a choisi de créer ses œuvres. Elle nous raconte à son tour son histoire :

J’ai grandi en écoutant les histoires de ma grand-mère à propos d’un membre du Groupe des Sept. Il avait un chalet à Wawa et faisait souvent des tours avec les propriétaires de bateaux du coin pour explorer le littoral du lac Supérieur et peindre ses tableaux.

Dans le cadre d’une formation sur Glenn Gould et le Groupe des Sept, en 2015, j’ai été présentée à Ken Ross, fils de Harry et Jennie Ross, des amis d’A. Y. Jackson. Ils avaient acheté un chalet avec lui à Sandy Beach en 1955.

De 1955 à 1966, Jackson a exploré la région à pied et en canot à partir de son modeste chalet de Sandy Beach. En compagnie de ses amis et d’autres explorateurs, il a réalisé des centaines de dessins et de peintures représentant des paysages du lac Supérieur, de la baie Batchawana jusqu’à Pukaskwa. Jackson a créé plusieurs œuvres dans les environs de Sandy Beach.

Lorsqu’ils revenaient de leurs expéditions à Wawa, Jackson et la famille Ross invitaient des amis et des voisins à une fête sur la plage, autour d’un feu de camp. Jackson exposait ses croquis sur de gros morceaux de bois flotté ou sur les rondins à l’extérieur du chalet.

Les gens pouvaient acheter une de ses créations pour 30 $ ou 50 $, ou commander une version plus grande, que Jackson réalisait dans son studio durant l’hiver pour 300 $ ou plus. On raconte que les œuvres invendues alimentaient parfois le feu de camp. Jackson était très généreux et faisait souvent cadeau de ses dessins à des résidents du coin qui le transportaient au lac Supérieur, l’invitaient à manger chez eux ou le laissaient s’asseoir pour peindre la vue depuis leur propriété.

En effectuant mes recherches, j’ai constaté qu’il n’existe aucun inventaire complet de ses

œuvres. Ses dessins se retrouvent maintenant dans des ventes aux enchères d’un bout à l’autre du continent. Au cours des cinq dernières années, on a vu surgir de nulle part au moins une trentaine de peintures qui, nous le savons, ont été peintes par Jackson dans la région de Wawa. Il écrivait souvent Wawa ou Michipicoten au dos de la peinture. Ceux qui connaissent bien ces paysages, l’ondulation des collines, l’échancrure du littoral, savent exactement où Jackson s’est assis pour peindre. C’est la chasse au trésor par excellence au Canada : découvrir le site qui a inspiré un des membres du Groupe des Sept à laisser sa créativité guider son pinceau sur la toile blanche. J’en frissonne chaque fois que j’y pense!

Photo noir et blanc d’un homme ramant dans un canot en bois.

A. Y. Jackson dans un canot, 1959 (e011177131)

Les moments passés à la baie Georgienne et au lac Supérieur m’ont laissé des souvenirs impérissables. Je peux encore sentir le vent des Grands Lacs ébouriffer mes cheveux, les vagues se briser et rugir dans mes oreilles, et le bleu étincelant de l’eau miroiter devant mes yeux. Je suis très heureuse d’avoir vécu ces expériences et de savoir que les artistes les plus reconnus au Canada s’en sont inspirés dans leurs œuvres. J’ai hâte de revivre de tels moments lors de mon prochain voyage.

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Ellen Bond est adjointe de projet au sein de l’équipe du contenu en ligne de Bibliothèque et Archives Canada.

John Colin et Kenneth Keith Forbes, portraitistes officiels en série!

Par Geneviève Couture

Les carrières des peintres John Colin Forbes (1846-1925) et de son fils Kenneth Keith Forbes (1892-1980) illustrent brillamment en quoi certains premiers ministres ont été leurs muses et leurs mécènes. En effet, à eux deux, ils ont peint sept premiers ministres canadiens, deux gouverneurs généraux, cinq juges en chef de la Cour suprême, onze présidents de la Chambre des communes et quatorze présidents du Sénat. Ils ont également peint un roi et une reine d’Angleterre au nom du gouvernement canadien. On peut affirmer sans gêne que sur une période de plus de 90 ans, le père et le fils ont contribué à édifier le patrimoine artistique et visuel représentant les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire du gouvernement canadien.

John Colin Forbes

John Colin Forbes est né à Toronto en 1846. Dans les années 1860, il étudie la peinture à Paris et à Londres avant de revenir au Canada. Il est un membre fondateur de l’Ontario Society of Artists (1872) et de l’Académie royale des arts du Canada (1880).

Rapidement reconnu comme portraitiste, John Colin reçoit de nombreuses commandes. Il peint lord Dufferin et le marquis de Lansdowne, tous deux gouverneurs généraux du Canada. Entre 1878 et 1893, il réalise les portraits de sir John A. Macdonald, d’Alexander Mackenzie, de sir Charles Tupper et de Wilfrid Laurier. Aucun de ces tableaux ne sera un portrait officiel, mais celui de Tupper se trouve au Parlement du Canada, alors que celui de Macdonald et un portrait de Laurier se trouvent aujourd’hui au Musée des beaux-arts du Canada. On commande également à John Colin Forbes quatre portraits officiels de présidents de la Chambre des communes et six portraits officiels de présidents du Sénat.

L’artiste entretient une relation privilégiée avec sir Wilfrid Laurier, que ce dernier appelle son « ami ». Il le peint une première fois en 1885, d’après une photo prise vers 1882 par le studio de William Topley à Ottawa.

Photo noir et blanc d’un homme assis, vêtu d’un complet.

Wilfrid Laurier, député. Studio Topley, 1882. (a013133-v8 )

Le second tableau de Laurier peint par John Colin est offert au premier ministre par ses amis et admirateurs du Parti libéral le 15 mai 1902. Dans son discours à la Chambre des communes (en anglais), Laurier déclare : « C’est avec un cœur très sincère que j’accepte de la part d’amis inconnus, en mon propre nom et au nom de ma femme, ce souvenir, qui est l’œuvre d’un grand artiste canadien. »

Déplorant qu’à cette époque Forbes ait choisir d’aller exercer son art aux États-Unis, Laurier ajoute :

« Malheureusement, le Canada, qui est encore un jeune pays, n’a pas offert aux artistes toute l’aide qu’il aurait pu donner par le passé. J’espère qu’à l’avenir, les artistes et les talents canadiens seront davantage encouragés par la population canadienne qu’ils ne l’ont été jusqu’à présent. Pour ma part, je reconnais avec un certain regret que le gouvernement aurait peut-être pu en faire davantage pour encourager les talents artistiques du Canada. » [Traduction]

Enfin, regrettant ne pas avoir d’enfant à qui léguer ce tableau, Laurier fait le vœu suivant : « J’espère qu’un jour, ce tableau sera conservé dans un musée national, non pour me rappeler à la postérité, mais pour la gloire de M. Forbes, l’artiste qui l’a peint. » [Traduction] Quelques années plus tard, en 1906, Laurier offre lui-même le tableau au Musée des beaux-arts du Canada.

Une commande royale

C’est grâce à ses bonnes relations avec le premier ministre Laurier que John Colin Forbes obtient sa commande la plus prestigieuse : peindre le roi Edward VII et la reine Alexandra. Forbes sera le premier peintre canadien à obtenir une séance de pose avec un souverain britannique, et les portraits officiels d’Edward VII orneront la Chambre des communes.

Les échanges de correspondance entre Forbes et Laurier à ce sujet font partie du fonds sir Wilfrid Laurier  conservé à Bibliothèque et Archives Canada. On y constate que Forbes demande la commande à Laurier, avec qui il en a préalablement discuté.

Photo noir et blanc d’une page dactylographiée.

Lettre de John Colin Forbes à Wilfrid Laurier datée du 14 avril 1904, dans laquelle il lui demande d’obtenir la commande pour peindre le roi et la reine au nom du gouvernement canadien. (Fonds Wilfrid Laurier, MG26 G 1(A), vol. 312, page 84516, microfilm C-810)

Laurier accepte, après avoir reçu une pétition à cet effet signée par 92 des 214 députés fédéraux.

Image noir et blanc d’une page numérisée tirée d’un microfilm.

Première des trois pages de la pétition adressée par des députés de la Chambre des communes au premier ministre Wilfrid Laurier, afin qu’une commande soit faite au peintre John Colin Forbes pour réaliser un portrait du roi destiné à la Chambre des communes. (Fonds Wilfrid Laurier, MG26 G 1(A), vol. 312, page 84518, microfilm C-810)

Il fait suivre la requête au gouverneur général, lord Minto, qui facilitera l’accès de Forbes aux souverains.

Image noir et blanc d’une page numérisée tirée d’un microfilm.

Lettre du premier ministre Wilfrid Laurier au gouverneur général lord Minto, recommandant que la commande soit faite au peintre John Colin Forbes et que des démarches soient entreprises à cet effet auprès du roi. (Fonds Wilfrid Laurier, MG26 G 1(A), vol. 326, page 87632, microfilm C-813)

La séance de pose est accordée, et John Colin Forbes se rend en Angleterre afin de peindre les tableaux. Malheureusement, ceux-ci seront détruits lors de l’incendie du Parlement en 1916, moins de douze ans après leur création. Cependant, les quatre portraits officiels des présidents de la Chambre des communes et les six portraits officiels des présidents du Sénat peints par Forbes échappent à l’incendie.

Photo noir et blanc d’un édifice en proie aux flammes.

La partie Est de l’Édifice du Centre en proie aux flammes, Ottawa, 1916. (a052822-v8 )

Sir John A. Macdonald et sir Wilfrid Laurier : des portraits inspirants

Deux des portraits de premiers ministres peints par John Colin Forbes seront à leur tour une source d’inspiration pour leurs successeurs. En effet, dans un article du Winnipeg Free Press publié le 20 mars 1965 (en anglais), le journaliste Peter C. Newman relate que chaque nouveau premier ministre en poste à Ottawa s’empresse de faire installer, dans son bureau de l’édifice de l’Est, soit le tableau de sir John A. Macdonald, soit le tableau de sir Wilfrid Laurier – dépendamment de ses allégeances politiques. Cette pratique change toutefois sous Lester B. Pearson, alors que le premier ministre demande à ce que les deux tableaux ornent les murs de son bureau.

Quelques photographies prises par Duncan Cameron (dont nous avons récemment parlé dans un billet de blogue sur les photographes de presse et les premiers ministres) confirment que John Diefenbaker, Lester B. Pearson et Pierre E. Trudeau ont eu des tableaux de Forbes dans leurs bureaux. Le bureau de Paul Martin, quant à lui, était orné du premier tableau de Laurier par Forbes, datant de 1885.

Photo noir et blanc d’un homme en train de photographier un photographe qui le photographie en retour.

Pierre Elliott Trudeau prenant une photographie avec l’appareil du journaliste de presse Duncan Cameron, 28 juin 1968. Photo : Duncan Cameron (a175919 )

Kenneth Keith Forbes

Le fils de John Colin, Kenneth Keith Forbes, devient également un portraitiste de renom. Né à Toronto en 1892, il commence à dessiner dès l’âge de quatre ans sous la gouverne de son père. Entre 1908 et 1913, il étudie les arts en Angleterre et en Écosse. Au déclenchement de la Première Guerre mondiale, en 1914, Kenneth Keith s’enrôle dans l’armée britannique comme simple soldat. Il combat en France, où il est blessé et gazé. Promu capitaine, il est transféré en 1918 au sein de l’armée canadienne (plus précisément au Bureau canadien des archives de guerre) en tant que peintre de guerre. Il y peint des scènes de batailles ainsi que quelques portraits d’officiers canadiens, comme celui du brigadier général D. Draper.

BAC détient le dossier militaire récemment numérisé de Kenneth Keith Forbes.

Peinture à l’huile réalisée par Kenneth Keith Forbes en 1918. La scène montre la défense du Bois du Sanctuaire par les militaires canadiens, près d’Ypres, en Belgique, en 1916.

La défense du Bois du Sanctuaire (1916), Kenneth K. Forbes, 1918. (e010751163-v8 )

Portraitiste officiel

Quelques années plus tard, Kenneth Keith revient s’établir à Toronto où, poursuivant la tradition familiale, il réalise principalement des portraits.

Il peint, entre autres, les portraits officiels de sept présidents de la Chambre des communes, de huit présidents du Sénat et de cinq juges en chef de la Cour suprême.

Il effectuera également les portraits des premiers ministres Robert Borden, Richard B. Bennett et John Diefenbaker. Le premier tableau de R. B. Bennett peint en 1938 par Kenneth Keith sera d’ailleurs offert au premier ministre par les députés, les sénateurs et les membres du Parti conservateur à son départ de la vie politique. Il se trouve aujourd’hui au Musée du Nouveau-Brunswick, à qui R. B. Bennett l’a légué par testament.

Par la suite, Kenneth Keith réalise le portrait officiel de sir Robert Borden pour la Chambre des communes. Le tableau est commandé par le président de la Chambre, Gaspard Fauteux, dont Forbes avait peint le portrait l’année précédente. L’objectif est de compléter la collection de tableaux officiels représentant les premiers ministres du Canada à la Chambre des communes. Ce tableau est dévoilé au Parlement le 11 juin 1947, dix ans après le décès de Borden, en même temps que lui de William Lyon Mackenzie King et en présence du président américain Harry Truman.

Dans son journal intime (en anglais), Mackenzie King explique comment il en est venu à suggérer que l’on dévoile son portrait ainsi que celui de Borden, tous deux premiers ministres lors des grandes guerres, à l’occasion d’une même cérémonie.

Image noir et blanc d’une page dactylographiée du journal intime de William Lyon Mackenzie King datée du 19 mai 1947.

Extrait du journal intime de William Lyon Mackenzie King daté du 19 mai 1947, dans lequel il explique comment il en est venu à suggérer qu’on dévoile son portrait ainsi que celui de Borden, tous deux premiers ministres lors des grandes guerres, à l’occasion d’une même cérémonie. (Fonds William Lyon Mackenzie King, MG 26 J 13, 19 mai 1947)

Une décennie plus tard, Forbes peint deux portraits de John Diefenbaker. Le premier est offert au politicien par les membres de son conseil des ministres et orne les murs du 24, Sussex, puis de Stornoway, la résidence officielle du chef de l’opposition. Le second est commandé par des francs-maçons de Washington et se trouve à Arlington, en Virginie.

En 1962, Kenneth Keith peint le portrait officiel de Bennett pour la Chambre des communes. La commande survient près de 25 ans après qu’il ait réalisé un premier tableau du politicien, et 15 ans après le décès de celui-ci. Elle émane du premier ministre John Diefenbaker et du président de la Chambre, Roland Michener. Une fois encore, on cherche à combler les lacunes de la collection de tableaux officiels représentant les premiers ministres du Canada à la Chambre.

Conclusion

Les carrières de portraitistes de John Colin et de Kenneth Keith Forbes révèlent les liens parfois insoupçonnés entre les arts et la politique. Les Forbes ont clairement tiré profit de leurs bonnes relations avec les parlementaires, particulièrement avec les premiers ministres, en obtenant de nombreuses commandes très prestigieuses.

Les premiers ministres ont également bénéficié du travail de peintres tels que les Forbes, dont les tableaux ont aidé à commémorer et à glorifier ces hommes qui ont détenu la plus haute fonction politique au pays ainsi qu’à inspirer leurs successeurs. Aussi, on l’a vu, c’est sans égard à la couleur politique qu’on a demandé aux Forbes de contribuer à cette entreprise de mémoire en produisant les portraits de premiers ministres en fonction ainsi que de leurs prédécesseurs. Ce faisant, ils ont contribué à asseoir la fonction de premier ministre dans la mémoire politique du pays.

Par ailleurs, le talent pour le portrait ne s’est pas arrêté à John Colin et à son fils Kenneth Keith. En effet, la fille de Kenneth, Laura June McCormack (1921-1961), dont la mère Jean Mary Edgell est également peintre, a réalisé quelques portraits qui se retrouvent à l’Assemblée législative de l’Ontario, et notamment un tableau représentant Louis-Hippolyte La Fontaine.

Pour en savoir plus sur les portraits de premiers ministres, voyez la thèse d’Andrew Kear, Governing Likenesses: The Production History of the Official Portraits of Canadian Prime Ministers, 1889-2002.


Geneviève Couture est archiviste au sein du projet des Archives du premier ministre, à la Division des archives privées du monde de la science et de la gouvernance de Bibliothèque et Archives Canada.

Images de gravures de mode maintenant sur Flickr

Dessin noir et blanc d’une femme vêtue d’une robe avec une jupe unie bordée de cinq rangées de velours le long de l’ourlet avec un corset à plis drapé comme un tablier sur le devant. Elle porte un chapeau orné de plumes et tient un parapluie.

Tenue de ville de Charneville, de la revue Le Moniteur de mode (C-115935k)

Les gravures de mode, ou illustrations de tendances vestimentaires populaires, existent depuis longtemps. C’est toutefois au cours du 19e siècle qu’elles sont devenues courantes grâce aux avancées technologiques de l’imprimerie, à l’alphabétisation accrue et à la hausse du nombre de magazines. Les revues de mode — tant adressées aux femmes qu’aux hommes — abordent le savoir-vivre, la littérature et les nouvelles tendances. De plus en plus de revues produisent leurs propres gravures de mode ou les empruntent à d’autres magazines. Certaines proposent même des patrons de couture. Les gravures figurant dans cet album proviennent de revues publiées en Angleterre (The Lady’s Cabinet), en France (Le Bon Ton : Journal des modes, Journal des dames et des modes, Le Moniteur de la mode et Le Follet : Courrier des Salons) et aux États-Unis (The Season et Peterson’s Magazine).

Gravure en couleur d’une femme vêtue d’une robe de soirée avec un corset à plis laissant les épaules dénudées et des ruches le long de l’ourlet. Elle porte un filet orné de perles sur la tête et tient un éventail dans sa main gantée.

Robe de soirée, de la revue Ladies’ Cabinet of Fashion, Music and Romance (e010863096)

Les gravures sont elles-mêmes des œuvres d’art. Elles représentent les changements artistiques du 19e siècle, du romantisme à l’art déco. La production de gravures pour une revue nécessite souvent le travail d’un artiste pour le dessin et d’un graveur pour l’impression. Les revues populaires sont en mesure d’embaucher les meilleurs illustrateurs du moment. Certaines gravures sont en noir et blanc tandis que d’autres, de grande qualité, ont été coloriées à la main après leur impression. Les techniques d’impression s’améliorent elles aussi : les couleurs sont plus vives et les lignes plus précises.

Gravure en couleur d’une femme assise. Elle porte une longue jupe crème et un chandail vert avec des motifs ovales crème. Le chandail est ceinturé d’un foulard rouge. Elle porte également des chaussures à talons hauts vertes, un long collier de perles et des bagues aux doigts.

Robe d’intérieur, du Journal des dames et des modes (C-115396k)

De nombreuses gravures ont été retirées des magazines puis vendues séparément à des collectionneurs d’œuvres d’art et à d’autres acheteurs intéressés. C’est probablement de cette façon qu’elles se sont retrouvées intégrées à notre collection. La plupart des gravures ont été trouvées dans des collections de particuliers ou de créateurs de costumes.

Gravure en couleur de deux femmes debout dans un salon. L’une porte une robe bleue avec des ruches sur les manches et l’ourlet. L’autre porte une robe ornée de rayures noires et grises, avec une longue tournure et des ruches le long de l’ourlet.

Illustrirte Frauen-Zeitung [Journal illustré des femmes] (C-115400k)

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Images d’icebergs maintenant sur Flickr

Photo noir et blanc d’un iceberg arrondi avec affleurement en bloc au milieu de l’océan.

Vidéastes de l’Office national du film s’installant près d’un iceberg. (e011175885)

Les icebergs, ces gros blocs de glace qui se détachent des glaciers et partent à la dérive sur l’océan, sont tantôt d’un blanc pur, tantôt veinés de bleu ou de brun. Le bleu apparaît lorsque l’eau de fonte gèle dans les stries du glacier. Quant au brun, il s’agit de particules qui se sont déposées sur la glace ou qui ont été emprisonnées lorsque l’iceberg, en se séparant du glacier, a frotté le sol.

Photo noir et blanc d’un iceberg arrondi avec affleurement en bloc au milieu de l’océan.

Iceberg dans le détroit d’Hudson (a045191)

La forme et la taille d’un iceberg varient selon le type de fracture et la fonte, mais les vagues, la température et la banquise environnante jouent également un rôle. Les icebergs sont le plus souvent tabulaires, en bloc, biseautés, pointus, en dôme ou érodés.

Page d’album avec cinq photos noir et blanc montrant différents types d’icebergs en gros plan et un coucher de soleil sur l’océan. Légendes, de gauche à droite : « Coucher de soleil, baie de Baffin » et « Photo prise en mer, sur le bras Scott, au large de l’île de Baffin ».

Photos d’icebergs prises en mer, sur le bras Scott, au large de l’île de Baffin. (e010863534)

Les tabulaires, soit des morceaux de banquise plats qui se détachent pour former des îles de glace, sont assez stables pour servir de plateformes de recherche mobiles, alors que ceux de forme plus irrégulière peuvent se désagréger à tout moment. Selon Iceberg Finder, le plus gros iceberg jamais répertorié dans l’Arctique a été observé en 1882, près de l’île de Baffin.

Six petits croquis légèrement colorés montrant divers types d’icebergs, avec la légende « Vanille, fraise, framboise – boum, servez froid! »

Vanille, fraise, framboise – boum, servez froid! (e008444012)

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Images de pipes autochtones maintenant sur Flickr

Portrait rapproché d’un homme fumant la pipe et portant une casquette plate et des lunettes rondes.

Portrait d’Angmarlik, chef inuit respecté de Qikiqtat (Kekerten) (PA-166470)

Tant les hommes que les femmes autochtones fument la pipe.

Femme fumant la pipe vêtue d’une robe, d’un châle et d’un bandana; elle tient les rênes d’un cheval tirant une charrette de la rivière Rouge.

Femme autochtone avec une charrette de la rivière Rouge dans un camp (e011156555)

Les fourneaux de pipe sont fabriqués en céramique ou sculptés dans des matériaux durs comme la pierre de pipe, la pierre à savon, le bois ou les épis de maïs. Le tuyau de pipe est habituellement façonné dans un morceau de bois creux. On fume la pipe, bourrée de tabac ou d’un mélange de plantes ou d’écorces aromatiques, à des fins récréatives, pour des occasions politiques ou dans le cadre de cérémonies. Parfois, des pipes métalliques uniques en forme de hache sont offertes aux chefs et aux dirigeants autochtones.

Panier en écorce de bouleau orné d’une broderie représentant un homme des Premières Nations fumant la pipe (e010948522)

La pipe n’est plus aussi répandue qu’avant, mais comme le montrent certaines des photos suivantes, son usage et sa puissance symbolique perdurent.

Portrait d’une femme portant un châle en tartan et fumant la pipe.

Femme inuite portant un châle en tartan et fumant la pipe (e010692540)

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Charles Gimpel et l’Arctique canadien – 1958-1968

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.par Miranda Virginillo

Photographe et collectionneur d’œuvres d’art anglais, Charles Gimpel s’est souvent rendu dans l’Arctique canadien, entre 1958 et 1968, pour immortaliser la vie inuite. En 1958, la Compagnie de la Baie d’Hudson a financé ses déplacements de Winnipeg à Churchill, au Manitoba, et vers différents ports dans le bassin Foxe et au nord de la baie d’Hudson. En contrepartie, l’artiste a pris pour la Compagnie des photographies de ses magasins et des produits utilisés à Kangiqtiniq (Rankin Inlet), à Igluligaarjuk (Chesterfield Inlet), à Pangnirtung et ailleurs. Le ministère des Affaires du Nord et des Ressources naturelles du Canada a ensuite subventionné, à divers degrés, d’autres séjours de l’artiste en Arctique.

Les commanditaires de Gimpel déterminaient largement la nature de ses activités dans les Territoires du Nord-Ouest (aujourd’hui le Nunavut). La correspondance, les articles, les journaux, les carnets et les nombreuses diapositives composant le fonds Charles Gimpel témoignent du début d’une ère de production artistique dans l’Arctique canadien. Les carnets du premier voyage de Gimpel, en 1958, décrivent en détail ses activités, mais aussi les personnes et les choses qui influenceront le reste de sa carrière. Les carnets et les photographies de Gimpel décrivent les endroits visités, les personnes rencontrées et ses conversations avec elles.

Photographie couleur de Kove, un Inuit, et de Charles Gimpel, tous deux vêtus d’une parka en fourrure brun et blanc. La photo est très floue à cause d’une tempête de neige.

: Charles Gimpel (à droite), dont le surnom inuit était « Ukjuk », accompagné de Kove, son ami et guide, pendant une tempête de neige près d’Inuksugalait (Inuksuk Point, Enukso Point), ou possiblement Kinngait (Cape Dorset), en mai 1968. (e011212607)

Dans le cadre d’un stage étudiant à l’Université Carleton, j’ai relevé les lieux où Gimpel s’est rendu et les personnes qu’il a rencontrées durant ses périples, déchiffré ses carnets rédigés selon sa sténographie personnelle et identifié l’endroit que représentait une carte dessinée à la main. La première tâche n’était pas une mince affaire. Le trajet en train de Gimpel entre Winnipeg et Churchill a duré cinq jours et le voyageur s’intéressait à tous ceux qu’il croisait. Lors de son premier voyage en solo, il a noté des renseignements de diverses natures sur environ 40 personnes dont il a cité le nom, et sur beaucoup d’autres restées anonymes.

En m’attardant aux notes de Gimpel, j’ai constaté qu’elles suivaient toujours le même modèle : date, lieu, détails sur le film, sujets et – ajouté plus tard – le code à quatre chiffres attribué au rouleau de pellicule dans sa collection. Par exemple, « 6241 » signifie « rouleau 41 de l’année 1962 ».

La carte indique un ensemble d’inukshuks à Inuksugalait (Inuksuk Point, Enukso Point). Les inukshuks sont des cairns marquant un endroit pour autrui ou pour soi-même. Ils ont plusieurs fonctions, servant notamment à se repérer dans les déplacements ou à indiquer un bon coin de pêche ou une cache de nourriture.

Gimpel a consigné en pieds la taille des inukshuks et la distance entre eux. Il a aussi nommé ces empilements de pierres d’après ses amis et compagnons. Ainsi, les plus petits ont reçu le nom d’enfants qu’il a rencontrés dans ses aventures : Nuvuolia (Nuvuoliak, Nuvoalia), Irhalook, son frère adoptif, et Iali, le fils de Kove. Quant aux plus grands, Gimpel leur a donné le nom de ses interprètes – Pingwartok et Johanessie – et d’un sculpteur, Tunu. Le photographe a même donné son propre surnom inuit, « Ukjuk » ou « phoque barbu », à un des inukshuks.

Carte dessinée à la main, sur papier blanc dans un carnet à spirale, composée de points rouges reliés par des traits noirs. Il y a les noms des inukshuks, des chiffres entre parenthèses, ainsi qu’une boussole indiquant les points cardinaux.

Carte indiquant les inukshuks à Inuksuk Point, à la page 10 d’un carnet daté de 1964. (e011307430)

À la fin de son journal de 1958, Gimpel note sa rencontre avec James (Jim) Houston, rencontre qui a raffermi son intérêt pour l’Arctique canadien jusqu’à la fin de sa vie. Au cours de la décennie qui a suivi, les deux hommes ont travaillé de concert avec Terry Ryan, de la West Baffin Island Eskimo Co-operative (WBIEC), ainsi qu’avec les dirigeants d’autres coopératives dans l’Arctique, pour développer le potentiel économique de la filière artistique chez les Inuits.

Gimpel a fourni à différents lieux d’exposition, comme le musée d’art Gimpel Fils (Londres), la Smithsonian Institution (Washington) et le musée national Bezalel (Jérusalem), des œuvres d’art provenant de Kinngait (Cape Dorset), d’Iqaluit (anciennement Frobisher Bay) et de campements environnants. Les photographies de Gimpel, prises lors de ses séjours de 1964 et 1968, montrent des sculpteurs sur pierre au travail, à Iqaluit et à la WBIEC.

Photographie couleur d’un homme inuit portant une veste et une casquette foncées, en train de sculpter des statues blanches.

Henry Evaluardjuk en train de sculpter, Iqaluit, avril 1964. (e011212063)

Photographie couleur montrant un homme inuit assis derrière une sculpture de pierre et des outils.

Sculpteur anonyme à Iqaluit, en avril 1964. (e011212065)

Gimpel a fait ses voyages dans l’Arctique au moment où de nombreuses personnes dans le sud du Canada et ailleurs dans le monde découvrent l’art et la culture uniques des Inuits. Ses journaux et ses photographies de cette époque sont désormais accessibles en ligne. Le fonds Rosemary Gilliat Eaton, le fonds James Houston et la série Conseil canadien des arts esquimaux, qui font partie du fonds du ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien, rendent compte de ce moment important de l’histoire.

Ce blogue fait partie d’une série portant sur les Initiatives du patrimoine documentaire autochtone. Apprenez-en plus sur la façon dont Bibliothèque et Archives Canada (BAC) améliore l’accès aux collections en lien avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Voyez aussi comment BAC appuie les communautés en matière de préservation d’enregistrements de langue autochtone.


Étudiante à l’École des arts et de la culture de l’Université Carleton, Miranda Virginillo est stagiaire de premier cycle à la Direction générale des services au public de Bibliothèque et Archives Canada.

Images de fleurs d’Agnes Chamberlin maintenant sur Flickr

Agnes Chamberlin (née Dunbar Moodie, auparavant Fitzgibbon) vient d’une famille d’écrivains. Sa mère Susanna Moodie et sa tante Catharine Parr Traill sont connues pour leurs textes sur la vie des pionniers en Ontario, ayant respectivement écrit les classiques Roughing it in the Bush et The Backwoods of Canada.

Deux nénuphars blancs (l’un ouvert, l’autre fermé) et deux jaunes (l’un ouvert, l’autre fermé) sur un lit de feuilles vertes.

Canadian Wild Flowers, lithographie VIII (e011308817)

 

Aidée de sa mère, Agnes Chamberlin apprend à peindre, avant de mettre son talent au service de la littérature : en 1863, elle commence à illustrer un livre sur les fleurs du Canada rédigé par sa tante.

Quatre roses blanches sauvages sur un lit de petites feuilles vertes, entourées de petites fleurs blanches.

Canadian Wild Flowers, lithographie VII (e008300821)

Après la mort de son premier mari, elle doit subvenir aux besoins de sa famille; en collaboration avec sa tante, elle publie alors Canadian Wildflowers, un ouvrage de botanique illustré combinant les textes de Catharine Parr Traill à ses propres lithographies colorées à la main.

Deux cypripède royaux dressés, entourés de larges feuilles vertes, d’un lis orange ouvert et d’un autre en bouton, et de petites campanules bleues à feuilles rondes.

Canadian Wild Flowers, lithographie V (e011183290)

Le livre, encensé pour la précision de ses illustrations, connaît un succès retentissant. Entre 1868 et 1895, le duo en publie quatre éditions, toutes illustrées par Agnes Chamberlin. Il s’agit d’un des premiers grands ouvrages illustrés entièrement imprimés et publiés au Canada.

Un trille rouge dressé, entouré de larges feuilles vertes, de petites fleurs violettes, de fleurs roses en forme de grains de maïs et de petites fleurs blanches étoilées.

Canadian Wild Flowers, lithographie IV (e011308814)

Par la suite, Chamberlin réalisera un autre livre avec sa tante, Studies of Plant Life, et exposera son travail à Philadelphie (États-Unis) ainsi qu’en Angleterre et au Canada.

Visitez l’album Flickr maintenant!


 

Nouveau balado! Écoutez notre plus récente émission, « Les premiers ministres et l’art »

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) présente sa toute dernière émission de baladodiffusion, « Les premiers ministres et l’art ».

Image en couleur d’un buste en tissu qui ressemble au premier ministre John Diefenbaker.

Bibliothèque et Archives Canada est le principal service d’archives pour tous les documents en lien avec les premiers ministres du Canada. En plus de leurs archives politiques, BAC possède plusieurs objets intrigants et insolites, de nature moins officielle.

L’exposition intitulée Les premiers ministres et l’art : créateurs, collectionneurs et muses, mise sur pied par Meaghan Scanlon, invitée pour la cinquième fois à notre balado, et Madeleine Trudeau, elle aussi employée de BAC, rassemble des œuvres d’art, des artefacts, des documents, des objets, des portraits et des photographies qui révèlent une facette peu connue, mais fascinante, de nos anciens premiers ministres.

L’exposition est en cours au 395, rue Wellington, à Ottawa, jusqu’au 3 décembre 2019.

Abonnez-vous à nos émissions de baladodiffusion sur notre fil RSS, iTunes ou Google Play, ou écoutez-les sur notre site Web à Balados – Découvrez Bibliothèque et Archives Canada : votre histoire, votre patrimoine documentaire.

Liens connexes :

Découvrez la collection : Art

Découvrez la collection : Biographies et gens

Découvrez la collection : Politique et gouvernement

Pour en savoir plus, écrivez-nous à bac.balados-podcasts.lac@canada.ca.

Nouveau balado! Écoutez notre plus récente émission, « L’œuvre de Mary Riter Hamilton réalisée sur les champs de bataille »

Notre plus récent balado est en ligne! Écoutez « L’œuvre de Mary Riter Hamilton réalisée sur les champs de bataille ».

Image en couleur d’un tableau représentant deux postes d’artilleurs devant une forêt calcinée. Deux sépultures, chacune surmontée d’une croix blanche, se trouvent à l’avant-plan. Le tableau porte une signature en bas à gauche : Mary Riter Hamilton 1919.

Bois de Farbus, emplacements de fusils, Plateau de Vimy [e000000656]

Qu’est-ce qui a bien pu pousser une artiste de renom à quitter sa vie confortable au Canada pour aller endurer des conditions pénibles sur les champs de bataille de France et de Belgique après la Première Guerre mondiale? Mary Riter Hamilton accepte une mission spéciale pour Les Amputés de guerre : de 1919 à 1922, elle peint les lieux ravagés où les soldats canadiens ont combattu et péri.

Ses toiles expriment la douleur de la guerre, mais aussi l’espoir et le renouveau. Sacrifiant sa santé, l’artiste crée l’une des rares séries de peintures authentiques qui représentent l’Europe déchirée par le conflit. C’est son cadeau au Canada. D’ailleurs, en 1926, elle donne la majorité de ses toiles aux Archives publiques du Canada, maintenant Bibliothèque et Archives Canada.

Nous discutons avec Kathryn Young, professeure adjointe d’histoire à l’Université du Manitoba, maintenant retraitée. Nous recevons aussi Sarah McKinnon, ancienne vice-présidente de l’École d’art et de design de l’Ontario et ancienne conservatrice à l’Université du Manitoba.

Pour voir les images associées à ce balado, voici un lien vers notre album Flickr.

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Vous avez des questions ou souhaitez obtenir plus d’information? Contactez-nous à bac.balados-podcasts.lac@canada.ca.

Reflets d’artistes : lancement d’une nouvelle exposition d’autoportraits d’artistes au musée Glenbow

Le 15 juin 2018, Bibliothèque et Archives Canada (BAC) et le musée Glenbow célébreront officiellement le début d’une nouvelle collaboration positive à Calgary, en Alberta. L’inauguration de la première des cinq expositions organisées conjointement a eu lieu le 10 mars. Toutes les expositions mettront en valeur des portraits de la collection de BAC. Dans certains cas, elles incluent également des œuvres de la collection du musée.

Cette collaboration stimulante permet à un plus grand nombre de Canadiens d’observer plusieurs de nos plus importants trésors nationaux. Toutes les expositions seront présentées au musée Glenbow, à Calgary, et exploreront un thème différent au sujet des portraits.

Photo couleur de l’entrée de l’exposition au musée Glenbow.

Photo de l’installation de l’exposition Reflets d’artistes au musée Glenbow. Gracieuseté du musée Glenbow.

Un portrait bien spécial

La première exposition de la série met l’accent sur l’un des types de portrait les plus fascinants : les images que les artistes créent d’eux-mêmes. La prolifération des miroirs au 15e siècle aurait contribué à la popularisation des autoportraits. Lorsque les artistes explorent leur reflet, il est difficile de détourner le regard.

Peinture d’un miroir et d’une composition de nature morte sur une coiffeuse avec de nombreux livres, une brosse, une radio et deux oranges sur une assiette placée au-dessus d’un journal. Le reflet du miroir montre l’artiste et une autre peinture.

Autoportrait dans un miroir, William Lewy Leroy Stevenson, vers 1928, e011200954.

Les autoportraits d’artistes sont particulièrement intrigants puisqu’ils nous offrent un regard privilégié sur leur processus de création. Leur éclectisme est également captivant. Au fil des ans, les artistes ont, entre autres, choisi diverses techniques pour expérimenter avec les autoportraits et affirmer leur identité créative.

L’exposition présente 17 autoportraits historiques et modernes d’artistes canadiens sélectionnés parmi la collection de BAC. Vous y trouverez des vidéos et des sculptures ainsi que des peintures, des dessins et des estampes.

Des visages, des récits

Un des autoportraits qui se démarque dans cette exposition est la sculpture de l’artiste inuit Floyd Kuptana.

Photo couleur du devant d’une sculpture stylisée d’un homme, la langue sortie.

Autoportrait, Floyd Kuptana, 2007, MIKAN 3922914.

Il est important d’observer cet autoportrait de plusieurs angles différents. Cette sculpture sur pierre espiègle sourit ou tire la langue, selon l’angle choisi.

Photo couleur du devant d’une sculpture stylisée d’un homme, la tête penchée.

Photo couleur du devant d’une sculpture stylisée d’un homme, la langue sortie.

L’humour transparaissant de cette œuvre dissimule, sur bien des plans, une exploration beaucoup plus sérieuse de sa personne. Kuptana a créé cet autoportrait avec une vision tout autant traditionnelle que moderne. Les multiples facettes et angles illustrent les croyances chamaniques liées à la transformation. Pourtant, l’existence de plusieurs personnalités au sein d’une même personne est aussi associée à la psychologie moderne.

Photo couleur du profil d’une sculpture stylisée d’un homme.

Autoportrait… ou portrait?

L’exposition vous donne la chance d’observer un portrait qui demeure au cœur de l’un des mystères non résolus les plus intéressants de l’histoire de l’art canadien. Certains érudits sont convaincus que ce dessin réalisé par Emily Carr, illustre artiste britanno-colombienne, est l’un de ses premiers autoportraits – une acquisition rare. Toutefois, d’autres affirment que ce dessin n’est qu’un portrait que Carr a réalisé d’une autre personne.

Dessin au fusain sur papier d’une jeune femme, les épaules nues, vue de dos, son visage de profil. Ses cheveux sont attachés en un chignon lâche, de courtes boucles encadrant son visage. Elle regarde vers la droite.

Autoportrait, possiblement d’Emily Carr, vers 1899, e006078795.

La plupart conviennent que le portrait a été créé alors que Carr étudiait l’art à Londres, au Royaume-Uni. Le dessin suit un style académique traditionnel, atypique des œuvres ultérieures de Carr, mais très courant chez les étudiants tentant de prouver leur maîtrise de l’art.

Ceux qui croient qu’il s’agit d’une image de Carr soulignent la forte ressemblance entre le dessin et les photographies contemporaines que nous avons d’elle. Ils conviennent que Carr était très connue pour sa pudeur et qu’il est peu probable qu’elle ait pris cette pose, les épaules dénudées. Néanmoins, ils mentionnent qu’il était très courant dans les cours pour femmes de cette époque de pratiquer le dessin du corps humain à partir d’anciennes sculptures classiques drapées de manière convenable. L’artiste pouvait ensuite placer sa propre tête sur le corps de l’une de ces nues incontournables.

Une partie du portrait d’Emily Carr montrant les lignes classiques des épaules et du menton du dessin.

Carr pourrait avoir tenté de se représenter dans un style particulier, soit une jeune femme à la mode.

Nous vous invitons à venir en juger par vous-mêmes.

Un lien avec l’Ouest

Cette exposition permet aussi à BAC de mettre en valeur des autoportraits ayant un lien particulier avec Calgary : par exemple, cette œuvre amusante de l’artiste Gary Olson, de Calgary.

Un dessin au crayon du visage d’un homme pressé contre un morceau de verre. La majorité de son profil gauche est indiscernable, mais son œil droit est extrêmement concentré.

I Am Up Against the Picture Plane Again [Je suis de nouveau contre le plan pictural], Gary Olson, 1877, e011195950. Source : Gary Olson.

Cette image fait partie d’une série créée par Olson alors qu’il était un professeur d’art au collège. Il a conçu ces dessins humoristiques pour expliquer à ses étudiants le plan pictural, un concept d’art théorique difficile à comprendre. Il y représente le plan de façon littérale, en pressant et en déformant son propre visage sur celui-ci. Par le fait même, Olson en profite pour se moquer de la théorie de l’art, dévoilant son propre désir irrévérencieux de repousser les limites.

Venez voir l’exposition!

Photo couleur d’une salle faiblement éclairée, diverses œuvres d’art sur les murs.

Photo de l’installation de l’exposition Reflets d’artistes au musée Glenbow. Gracieuseté du musée Glenbow.

Si vous vous rendez à Calgary, ne manquez pas Reflets d’artistes. L’exposition sera présentée quotidiennement du 10 mars 2018 au 6 janvier 2019. Pour en savoir plus, communiquez avec le musée Glenbow.

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