Ernst Neumann

Par Judith Enright-Smith

L’artiste et graveur Ernst Neumann naît à Budapest, en Hongrie, en 1907. Sa famille émigre au Canada cinq ans plus tard et s’établit à Montréal, au Québec.

Dessin au plomb et au crayon Conté d’un jeune homme assis à une table à dessin, le regard tourné vers nous. L’œuvre est signée « EN31 ».

Autoportrait d’Ernst Neumann, 1931 (MIKAN 3028626)

Après ses études collégiales, Ernst Neumann entre à l’École des beaux-arts, puis à l’Association d’art de Montréal. Il y étudie auprès d’Edwin Holgate, célèbre graveur et peintre montréalais de l’époque (MIKAN 3929083), qui cultive l’intérêt de son élève envers la gravure et la gravure sur bois.

Eau-forte montrant une femme nue assise, vue de profil. Ses coudes sont posés sur ses genoux repliés, et elle tient son visage entre ses mains.

Femme nue assise, 1935 (MIKAN 3025069)

Ernst Neumann mène une carrière stable et inspirante. Il crée et vend des gravures commerciales montrant les rues de Montréal et d’autres scènes urbaines, ainsi que des portraits de l’élite de la ville. Toutefois, sa véritable passion consiste à représenter les personnes marginalisées pendant la grande dépression. Ses gravures de chômeurs et de personnes sans le sou paraissent dans des journaux et des périodiques montréalais à tirage restreint, en particulier dans des publications de gauche.

En 1936, avec son confrère William Goodridge Roberts (lui aussi diplômé de l’École des beaux-arts de Montréal), Ernst Neumann ouvre l’école d’art Roberts-Neumann. On y enseigne la peinture, le dessin et la compréhension des arts. L’établissement n’est ouvert que trois ans.

Eau-forte représentant une personne qui descend un chemin enneigé, vers une ville dont les édifices sont visibles à travers les arbres.

Descente du mont Royal, signé « E. Neumann », 1951 (MIKAN 3025050)

Ernst Neumann fait également partie d’un collectif non officiel d’artistes montréalais, plus tard appelé « les peintres juifs de Montréal » par l’historienne de l’art Esther Trépanier. Dans son ouvrage Les peintres juifs de Montréal : Témoins de leur époque, 1930-1948, celle-ci mentionne que ce groupe (dont sont aussi membres Harry Mayerovitch et Ghitta Caisserman-Roth, entre autres) dépeint le réalisme social du Montréal des années 1930 et 1940.

Lithographie d’un port sur laquelle on voit des mâts, des édifices et de la construction.

Port de Montréal, 1935 (MIKAN 3024945)

Bibliothèque et Archives Canada a acquis le fonds Ernst Neumann auprès d’un donateur privé, en 2005 et en 2010. Ce fonds comprend 156 eaux-fortes et lithographies, 49 dessins, 5 aquarelles et 36 plaques. Parmi les documents textuels figurent quelques lettres personnelles de Neumann ainsi que des catalogues.

Au début de 1956, Ernst Neumann se rend en Europe grâce à une bourse universitaire. En mars, alors qu’il visite un confrère en France, il est victime d’une crise cardiaque qui l’emporte. Il n’a que 49 ans. Ses restes sont rapatriés à Montréal et mis en terre grâce à la générosité de ses pairs.


Judith Enright est archiviste adjointe à la Section des affaires autochtones et sociales de la Direction générale des archives privées, à Bibliothèque et Archives Canada.

Des images de la collection Peter Winkworth maintenant sur Flickr

La collection Peter Winkworth de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) est composée d’une sélection  d’œuvres d’art importantes, rares et précieuses sur le plan national, qui illustrent plus de quatre siècles d’histoire du Canada. Imposante, cette collection témoigne de la volonté de Peter Winkworth de préserver les premières formes d’art et le patrimoine du Canada.

La passion de collectionner de Peter Winkworth venait de sa famille. Il possédait tous les talents nécessaires pour devenir un grand collectionneur : les connaissances, un œil d’expert, des ressources et un enthousiasme indéfectible. À la suite d’un grave accident en raison duquel il a perdu une jambe, Winkworth s’est lancé dans l’étude sérieuse des œuvres d’art canadiennes. Il a consacré les 50 années suivantes à créer l’une des plus grandes collections privées de ces œuvres. Il est décédé en 2005, à l’âge de 76 ans.

En 2002, à l’aide de fonds du gouvernement du Canada, les Archives nationales du Canada ont acheté plus de 700 aquarelles et dessins, plus de 3 300 gravures et neuf tableaux de la collection Winkworth à Londres. En 2008, BAC a acquis 1 200 autres œuvres d’art de la collection, gardant ainsi intacte la majeure partie de ce trésor unique. Désormais préservées par BAC, ces œuvres pourront être découvertes par les générations à venir.

Visitez l’album Flickr !

Empire Marketing Board

Par Judith Enright

L’Empire Marketing Board (Conseil publicitaire de l’Empire, EMB) a produit plus de 800 affiches au début du XXe siècle. Bibliothèque et Archives Canada en conserve 379 dans sa collection. Il s’agit d’un échantillon extraordinaire de cette audacieuse et magnifique campagne publicitaire britannique.

En 1926, le secrétaire d’État aux colonies Leopold Amery crée l’EMB et lui confie un mandat très clair : favoriser le libre-échange entre la Grande-Bretagne et ses colonies et inciter le peuple britannique à acheter des produits de l’Empire plutôt que de l’extérieur.

Affiche en couleur montrant deux hommes en train de scier le tronc d’un arbre abattu, à gauche, pendant que trois autres hommes, à droite, plantent des arbres. L’affiche a pour titre : Coupe du bois au Canada.

Coupe du bois au Canada (MIKAN 2845125)

Affiche en couleur intitulée Notre acier pour l’Australie, montrant une grue métallique et deux hommes qui chargent une remorque.

Notre acier pour l’Australie (MIKAN 2845006)

L’EMB utilise des campagnes publicitaires dans les journaux, des dépliants, des prospectus, des films, des émissions de radio et des affiches pour atteindre son but : faire rayonner l’Empire, en Grande-Bretagne comme dans les colonies. Pour créer ses affiches, l’EMB a recours aux services des artistes les plus réputés de l’époque, dont le Manitobain Austin Cooper.

Photo noir et blanc d’un homme en tenue de soirée, debout à côté d’une affiche posée sur un mur.

Photo d’Austin Cooper prise par Sydney Carter (MIKAN 3245241)

L’EMB choisit de gros caractères et des couleurs vives pour attirer les regards. Certaines affiches font des distinctions entre les sexes; les hommes étant présentés comme les bâtisseurs de l’Empire, et les femmes, comme des consommatrices. En Grande-Bretagne, les affiches sont posées sur des babillards spéciaux et dans les étalages de plus de 450 villes et villages. La campagne n’est pas aussi intensive dans les colonies, où les affiches se trouvent surtout dans les lieux achalandés, comme les magasins et les usines. Certaines affiches sont indépendantes, tandis que d’autres se lisent par séquence de trois à cinq images, comme une bande dessinée.

Affiche en couleur d’une épicerie annonçant que de nombreux produits sont Canadiens. À l’avant du magasin, une femme discute avec l’épicier. L’affiche a pour titre : Consommatrice avisée et bonne ménagère.

Consommatrice avisée et bonne ménagère (MIKAN 2844979)

Affiche en couleur d’une femme portant une longue robe et tenant une tasse de thé à la main, debout à côté d’un plateau de thé posé sur une table. Le titre est : Boire du thé cultivé dans l’Empire.

Boire du thé cultivé dans l’Empire (MIKAN 2844932)

Bibliothèque et Archives Canada a reçu ces affiches entre 1926 et 1933. Elles forment une sous-série du fonds du ministère canadien de l’Industrie et du Commerce. La plupart des affiches portent sur des sujets et des biens canadiens, mais d’autres colonies sont représentées.

Image en couleur d’un homme marchant devant une épicerie bien éclairée qui fait la promotion des produits de l’Empire. Des hommes et des femmes entrent dans le magasin et en sortent.

Panneau de gauche de la publicité intitulée John Bull, fils et filles (MIKAN 2845188)

Affiche en couleur montrant des hommes qui chargent des tonneaux de bois dans un bateau. Le texte dit : Des pommes canadiennes pour le Royaume-Uni.

Des pommes canadiennes pour le Royaume-Uni (MIKAN 2844965)

En 1932, Ottawa a organisé la Conférence impériale visant à discuter des conséquences économiques de la grande dépression. À la suite de cette rencontre, des tarifs douaniers privilégiés sont établis au sein de l’Empire britannique, tandis que les tarifs augmentent pour les pays à l’extérieur de l’Empire. L’EMB ayant perdu son utilité, il est dissous en 1933.

Affiche en couleur montrant un tigre au-dessus de l’inscription Achetez des ananas de Singapour en conserve.

Achetez des ananas de Singapour en conserve (MIKAN 2845035)

Affiche en couleur montrant les emblèmes de l’Inde, de l’Afrique du Sud et du Canada, avec la légende Fumez du tabac de l’Empire.

Fumez du tabac de l’Empire (MIKAN 2844917)

Pour admirer ces affiches, consultez l’album Flickr ou les descriptions de niveau inférieur des archives de l’Empire Marketing Board.


Judith Enright est archiviste adjointe dans la section Archives sociales et autochtones de la Direction générale des archives privées à Bibliothèque et Archives Canada.

Bibliothèque et Archives Canada présente sa toute dernière émission de baladodiffusion, « Peter Rindisbacher : La beauté sur commande »

Bibliothèque et Archives Canada présente sa toute dernière émission de baladodiffusion, « Peter Rindisbacher : La beauté sur commande ».

Dans cet épisode, nous nous attardons sur la vie de Peter Rindisbacher, un artiste qui a quitté la Suisse en compagnie de sa famille lorsqu’il n’avait que 15 ans pour immigrer au Canada. Établi dans la Colonie de la Rivière-Rouge de 1821 à 1826, il est devenu le premier artiste à dessiner et à peindre l’Ouest canadien.

Nous rencontrons Gilbert Gignac, ancien gestionnaire des collections à Bibliothèque et Archives Canada, pour aborder la transition de Rindisbacher de l’Europe vers le Canada ainsi que son influence sur la culture visuelle canadienne.

Abonnez-vous à nos émissions de baladodiffusion sur notre fil RSS ou iTunes, ou écoutez-les sur notre site Web à Balados – Découvrez Bibliothèque et Archives Canada : votre histoire, votre patrimoine documentaire.

Pour en savoir plus, écrivez-nous à bac.balados-podcasts.lac@canada.ca.

Images de Jean-Joseph Girouard maintenant sur Flickr

Jean-Joseph Girouard (1794-1855) était notaire et artiste amateur. Durant la première moitié du 19e siècle, il fut aussi membre du Parti patriote du Bas-Canada, fondé pour obtenir des réformes politiques et défendre le patrimoine, les droits et les intérêts des Canadiens français.

Girouard fut emprisonné à deux reprises pour sa participation à la rébellion. Fait surprenant : pendant son incarcération à Montréal, il réussit à conserver son étude de notaire ainsi qu’un atelier d’art.

« Si mon travail a un peu suscité l’intérêt envers l’histoire de notre pays, il a déjà trouvé sa récompense. » Charles William Jefferys

Charles William Jefferys (25 août 1869 – 8 octobre 1951) considérait que le Canada avait besoin d’une histoire visuelle et d’une mythologie nationale. Il a donc entrepris de représenter les découvertes, les exemples de courage, les conflits militaires et les grands projets d’édification de la nation. Ses images donnent une importance presque mythique aux événements historiques de notre pays.

Au début du XXe siècle, les Canadiens ont du mal à se définir en tant que pays et à exprimer leur sentiment de nationalisme qui est en train de naître. Les œuvres de Jefferys témoignent de cet état d’esprit, car ses dessins historiques manifestent un nationalisme grandissant. Elles représentent les valeurs de l’époque, qui ne correspondent pas nécessairement à celles d’aujourd’hui.

Dessin noir et blanc réalisé à la plume représentant quatre hommes debout. Une vignette comprend les bustes de quatre autres hommes vêtus d’un chapeau.

Prisonniers métis – Résistance du Nord-Ouest, 1885 (MIKAN 2834663)

Certaines de ses illustrations sont des reproductions fidèles de photos ou de portraits. D’autres sont le fruit de recherches historiques rigoureuses sur les costumes d’une certaine époque. Dans tous les cas, Jefferys cherche à représenter fidèlement tous les aspects de la vie canadienne de son époque. Lire la suite

Voyage à la Rivière-Rouge, 1821—Peter Rindisbacher

By William Benoit

Peter Rindisbacher était âgé de 15 ans lorsqu’il émigra dans la colonie de la Rivière-Rouge, en 1821. Déjà un artiste accompli à son arrivée en Amérique du Nord, il produisit une série d’aquarelles documentant le voyage à destination de la Terre de Rupert et la vie dans la colonie. Ses aquarelles de la région de la rivière Rouge comptent parmi les images les plus anciennes de l’Ouest canadien. Peter Rindisbacher est considéré comme le premier artiste pionnier de l’ouest du Canada et des États-Unis.

Bibliothèque et Archives Canada possède possiblement la plus importante collection d’œuvres de Rindisbacher. En regardant les aquarelles de Rindisbacher en ordre chronologique, les Canadiens peuvent constater les difficultés du voyage à destination de la rivière Rouge.

Aquarelle sur papier vélin illustrant un trois-mâts à l'ancre entouré de trois petites embarcations amenant passagers et provisions.

Le départ de Dordrecht sous le commandement du capitaine James Falbister, le 30 mai 1821. Le navire britannique Wellington de 415 tonnes transportant des colons (MIKAN 2895360)

Le 30 mai 1821, Rindisbacher et sa famille quittèrent Dordrecht, aux Pays-Bas, avec un contingent composé principalement d’émigrants suisses, et montèrent à bord du Lord Wellington à destination de York Factory dans la baie d’Hudson, dans ce qui est aujourd’hui le Manitoba. Au cours de ce voyage en mer, Rindisbacher dessina des icebergs, des Inuits et d’autres embarcations. La route amènerait les colons au-delà des Orcades et du Groenland.

Aquarelle sur papier vélin illustrant, au deuxième plan, le côté bâbord d'un voilier accompagné d'une petite embarcation à rames. Plusieurs îles se trouvent à l'arrière-plan.

Court séjour autour des Orcades, le 3 juin 1821 (MIKAN 2895361)

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Un peuple dans l’ombre : À la découverte de la Nation métisse dans la collection de Bibliothèque et Archives Canada

Qui sont les Métis?

La Nation métisse s’est formée aux XVIIIe et XIXe siècles. Sur les trois peuples autochtones du Canada, elle vient au deuxième rang en termes de population. Les citoyens de la Nation métisse sont les descendants de couples formés d’une mère autochtone et d’un père européen actif dans le commerce des fourrures.

Les communautés métisses sont très répandues au Manitoba, en Saskatchewan, en Alberta et dans les Territoires du Nord‑Ouest. On en retrouve aussi en plus petit nombre en Colombie‑Britannique, en Ontario, au Minnesota, au Montana et au Dakota du Nord.

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) possède toute une gamme de documents sur la Nation métisse : des documents textuels, des photographies, des œuvres d’art, des cartes, des timbres, des enregistrements sonores, etc. Toutefois, les découvrir n’est pas toujours une mince tâche!

Les défis de la recherche sur les Métis dans les collections d’art et de photographie

Certains portraits de politiciens et de dirigeants célèbres de la Nation métisse sont faciles à identifier, comme ceux de Louis Riel et de Gabriel Dumont. Par contre, les images représentant des Métis moins connus sont plus difficiles à repérer. Les titres d’origine révèlent le manque de connaissances historiques de ceux qui décrivaient le contenu sur les Métis. Souvent, les Métis n’y sont pas mentionnés, ou sont confondus avec des membres des Premières Nations. La légende de la photo ci‑dessous en est un bon exemple.

Photo noir et blanc montrant un homme vêtu à l’européenne, debout à gauche devant une charrette de la rivière Rouge. À droite, un groupe d’hommes, de femmes et d’enfants portant des vêtements traditionnels des Premières Nations sont debout devant une autre charrette de la rivière Rouge.

Indiens chippaouais et charrettes de la rivière Rouge à Dufferin [traduction de la légende originale], Manitoba, 1873 (no MIKAN 4848365)

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For Better or For Worse : la collection des bandes dessinées iconiques de Lynn Johnston de Bibliothèque et Archives Canada

Lynn Johnston est connue pour la création et l’illustration de la bande dessinée publiée For Better or For Worse (« pour le meilleur et pour le pire ») parue dans plus de 2 000 journaux dans 160 pays. Inspirée par sa propre expérience familiale, Lynn Johnston offre dans cette bande dessinée des interprétations humoristiques, touchantes et réfléchies de la vie de la famille fictive des Patterson : John et Elly, leurs enfants Michael, Elizabeth et April et leur chien adoré, Farley, alors qu’ils traversent les défis et les joies de la vie.

Cet été, la Galerie d’art de Sudbury présentera une exposition itinérante des œuvres de Johnston intitulée For Better or For Worse: The Comic Art of Lynn Johnston (« pour le pire et pour le meilleur : les bandes dessinées de Lynn Johnston »). Cette exposition célébrera le 30e anniversaire de la bande dessinée en explorant la vie de l’artiste, son procédé créatif et les réactions des lecteurs à travers les années. Bibliothèque et Archives Canada (BAC) prêtera plus de 50 panneaux de bandes dessinées originales dessinées par Johnston de sa collection pour l’exposition.

Des premières bandes dessinées de Johnston en 1979 à certaines de ses œuvres plus récentes de 1995, la sélection de bandes dessinées de BAC couvre un éventail de sujets réels et humoristiques dont la plupart traitent des expériences d’Elly Patterson en tant que femme au foyer.

La collection Lynn Johnston à BAC contient d’autres objets qui font preuve de la popularité de la bande dessinée de Johnston. Elle comprend une collection de poupées à l’effigie d’April Patterson, la cadette de la famille Patterson. BAC possède aussi des objets souvenir de la Fondation Farley, un organisme dédié à offrir une aide financière aux gens qui ont besoin d’aide pour prendre soin de leurs animaux domestiques. L’organisme porte son nom en l’honneur de Farley Patterson, le berger anglais bien-aimé de la famille Patterson, qui décède dans la bande dessinée.

Finalement, la collection comprend une grande quantité de lettres d’admirateurs rédigées par les lecteurs de Johnston. Les plus notables sont les deux sous-séries de la collection qui portent sur deux événements majeurs qui ont eu lieu dans la bande dessinée. Par exemple, suite à sa décision d’incorporer un personnage ouvertement homosexuel dans la bande dessinée, Johnston a reçu une énorme quantité de réponses de lecteurs à travers l’Amérique du Nord. De façon similaire, le décès de la mère d’Elly Patterson a suscité des réactions de nombreux lecteurs qui ont envoyé des témoignages de sympathie à Johnston alors qu’ils vivaient eux-mêmes le deuil d’un être cher.

Ne manquez pas l’exposition à la Galerie d’art de Sudbury du 11 juillet au 1er novembre 2015 pour en apprendre davantage sur le travail et le procédé créatif de Lynn Johnston!

Les cahiers de William Redver Stark : ordonner les pages

Dans notre dernier billet sur William Redver Stark, nous avons appris que les 14 cahiers de dessins, en plus d’être incomplets, montraient des signes d’usure structurelle et physique. Il manque aussi de nombreuses pages dans cinq d’entre eux. On ne sait pas si elles ont été enlevées par Stark lui-même ou par quelqu’un d’autre plus tard, mais quoi qu’il en soit, cela a plusieurs effets négatifs :

  • L’autre moitié de l’in‑folio est détachée du bloc de feuillets
  • L’orientation et l’ordre des pages sont modifiés
  • Les bords des pages détachées sont endommagés, car ils dépassent les couvertures des cahiers
  • Le dos et la reliure deviennent instables et se détériorent
Photographie en couleurs de deux pages. On voit, sur le bord droit de la page de gauche, une étroite ligne d’aquarelle qui est la suite du dessin.

Une petite ligne d’aquarelle sur le bord de la page de gauche correspond au dessin de la page de droite et révèle que ces pages se suivent.

Pour résoudre ces problèmes, l’équipe de restauration a revu chaque page des cahiers afin de déterminer leur orientation et leur ordre d’origine. Tous les détails ont été observés et consignés soigneusement : le support, l’aquarelle, l’encre ou le graphite, la reliure et les pages endommagées. L’équipe a examiné le papier sous plusieurs sources de lumière et différents angles, scruté les plus menus détails au microscope et mesuré chaque page avec précision.

Photo en couleur d’un cahier de dessins ouvert montrant une aquarelle à gauche et la matière transférée à droite.

Transfert de matière : la page a été tournée avant que l’aquarelle soit sèche. Des pigments verts et bruns de la page précédente ont donc été transférés sur la page suivante. La page détachée est replacée au bon endroit.

Voici les indices les plus concluants révélant l’ordre d’origine des pages :

  • Les transferts et le chevauchement de la matière
  • Les dommages subis par le papier, comme des taches, des déchirures et des bouts manquants qui se répètent sur plusieurs pages
  • Les traces laissées par les instruments de l’artiste et la reliure
  • Les dimensions et l’ondulation du papier ainsi que l’endroit où sont percés les trous pour la reliure
  • Les notes de l’artiste, dont la date et le lieu
Photographie en couleurs d’un cahier de dessins ouvert. La page de gauche comprend le dessin d’un lion qui a laissé des traces sur la page de droite.

Le lion dessiné au crayon à mine, à gauche, a laissé une image symétrique sur la page de droite, confirmant ainsi que les deux pages détachées se suivent.

Après avoir documenté les preuves établissant l’ordre des pages, on a pu commencer le long processus consistant à réordonner celles-ci. Chaque détail a été catalogué dans un tableau de correspondance, pour bien comprendre l’ordre des pages dans chaque cahier.

Image noir et blanc d’un tableau employé pour cataloguer les dispositions actuelle et originale des pages.

Le plan décrit l’ordre actuel des pages et la disposition d’origine probable des cahiers. Les documents précisent le nombre de pages par signature (des groupes de feuilles pliées et cousues ensemble); le numéro et l’emplacement des pages manquantes, déplacées ou blanches; la pagination; et le type de papier. Les notes de l’artiste sont également inscrites.

La première page du tableau de correspondance donne des exemples de transfert et de chevauchement de la matière. Le chevauchement s’est produit lorsque Stark, en dessinant ou en peignant, a dépassé la page ou la zone prévue pour son œuvre. Le transfert de matière a eu lieu quand l’artiste a terminé son travail : une fois le cahier refermé, les pages sont entrées en contact avec des pigments humides ou friables. Dans les deux cas, la matière est visible sur les pages précédentes ou suivantes, ce qui révèle l’ordre d’origine.

Dans le prochain blogue de cette série, nous examinerons comment les pages endommagées nous aident à déterminer l’ordre des pages.