L’armée de zombies du Canada

Par Andrew Horrall

Le 24 octobre 1944 en matinée, une semaine avant l’Halloween, le premier ministre Mackenzie King rêve à des amis proches. Fasciné par le spiritisme, il croit y voir une signification précise : « Des personnes intéressées par des questions qui me touchent souhaitent me faire ressentir leur présence. » [Traduction du journal de William Lyon Mackenzie King, p. 1]. La journée passe, et King remarque d’autres signes lui faisant croire qu’il est guidé par l’autre monde.

À l’époque, King tente de résoudre un problème qui divise non seulement son gouvernement, mais le Canada tout entier. Au début de la Deuxième Guerre mondiale, en septembre 1939, il avait promis de ne pas imposer la conscription. Toutefois, cinq années ont passé, et l’armée canadienne a désespérément besoin de renforts en Europe. L’après-midi du 24 octobre 1944, King préside une discussion animée du Cabinet sur l’enrôlement obligatoire. Il devient particulièrement irrité lorsque Thomas Crerar, ministre des Mines et des Ressources, insiste pour que « les zombies soient envoyés à l’étranger » pour tenter de mettre un terme à la guerre. [Traduction du journal de William Lyon Mackenzie King, p. 8]

Affiche couleur d’un soldat souriant, avec la légende « Come On, pal … ENLIST! » [Allez, mon ami... ENRÔLE-TOI!].

Affiche de recrutement : « Come On, pal … ENLIST! » [Allez, mon ami… ENRÔLE-TOI!], vers 1942. (c087427k)

Vous vous demandez sans doute pourquoi le gouvernement parlait d’envoyer au front des morts-vivants cannibales! Mais la discussion du Cabinet reflète une toute autre réalité : le terme « zombie » était alors populaire au Canada, et la guerre lui avait donné un tout nouveau sens.

Bien que les zombies apparaissent aujourd’hui dans de nombreux films, livres et émissions télévisées, ils étaient beaucoup moins connus dans les années 1940, et faisaient surtout partie du folklore haïtien. Le terme désigne un automate sans cervelle et sans voix, ressuscité des morts pour effectuer des tâches manuelles.

La plupart des Nord-Américains découvrent les zombies pour la première fois dans L’Île magique : Les mystères du vaudou, un succès de librairie de 1929 dans lequel l’auteur affirme avoir rencontré de véritables zombies en Haïti. Trois ans plus tard, Hollywood adapte ce roman pour en faire un film intitulé Les Morts-vivants. Les barmans de l’époque, suivant la tendance, concotent des « zombies » : des cocktails à base de rhum, qui rendent les buveurs aussi confus que ces créatures d’outre-tombe.

L’histoire des zombies dans l’armée canadienne est plus complexe. Comme nous le disions, King avait promis en 1939 de ne pas imposer la conscription, un enjeu qui avait déjà divisé le pays en 1917, lors de la Première Guerre mondiale. Son gouvernement commence donc par recruter des volontaires pour combattre outre-mer.

En 1940, cependant, l’adoption de la Loi sur la mobilisation des ressources nationales permet d’imposer la conscription, mais seulement pour servir au Canada. Les soldats enrôlés peuvent alors demander, s’ils le souhaitent, de faire partie du service général et d’aller combattre en Europe.

Dans les camps d’entraînement militaires partout au Canada, les tensions entre les hommes du service général et les autres deviennent rapidement apparentes. Ceux qui refusent de servir à l’étranger sont ridiculisés, et surnommés « les merveilles de la feuille d’érable » (les Maple Leaf Wonders) puisqu’ils refusent de faire face au danger : ils s’occupent plutôt de tâches administratives et de la protection des côtes canadiennes.

Photo couleur de trois hommes franchissant une palissade en bois, vêtus de casques, de chemises à manches courtes, de culottes courtes, de longues chaussettes et de bottes, et portant des fusils.

Des troupes à l’entraînement, parc Lansdowne, Ottawa. (e010778708)

Les tensions politiques, sociales et militaires entourant la conscription mènent à un référendum national sur la question en avril 1942. Les Canadiens anglais votent pour, alors que les Canadiens français s’y opposent en aussi grand nombre. King, percevant cette profonde division, essaie de trouver un terrain d’entente avec le slogan « La conscription si nécessaire, mais pas nécessairement la conscription ».

Photo noir et blanc d’un homme debout derrière un lutrin, devant une foule de travailleurs. Le lutrin est recouvert d’un drapeau de l’Union royale. Des policiers font face à la foule.

James S. Duncan, président-directeur général de l’entreprise Massey-Harris, incite les travailleurs à voter en faveur de la conscription lors du référendum national, en 1942. (a164429)

Et c’est ici que nous revenons à nos morts-vivants. Au début de 1943, le terme « zombie » prend un tout nouveau sens : les hommes du service général, les femmes en uniforme et la population en général l’utilisent pour se moquer des hommes qui refusent d’aller se battre à l’étranger. On les fait passer pour des personnes lâches, passives et incapables de penser par elles-mêmes. L’image est reprise par les journaux et les magazines canadiens-anglais, qui publient des articles et des blagues sur les zombies en les associant aux éléments prétendument subversifs de la société canadienne, et qui affirment que les femmes refusent de sortir avec eux.

Une photo publiée dans le Toronto Star en janvier 1943 montre toutefois un groupe de soudeurs, sur un chantier naval, qui ont peint des visages de zombie sur leurs masques. Leur geste suggère que certains assumaient avec fierté leur décision de ne pas aller au front, et qu’ils avaient fait leur ce terme dégradant. (« Shots behind scenes in Canada’s war factories » [Photos des coulisses de l’industrie canadienne de la guerre], Toronto Star, 13 janvier 1943, p. 17).

Au Canada, les zombies s’inscrivent dans l’imaginaire collectif en juillet 1943, lorsqu’éclate une émeute sur une base militaire de Calgary. Des hommes du service général se moquent alors d’eux avec la chanson « Salute to a Zombie » [Remerciements à un zombie], une rengaine populaire dans tout le Canada. Les esprits s’échauffent, et une bataille s’ensuit. Bibliothèque et Archives Canada conserve la copie de la chanson envoyée au colonel J. L. Ralston, ministre de la Défense nationale (qui, pour sa part, recommandait vivement d’envoyer les zombies outre-mer).

Poème dactylographié, avec l’empreinte d’un timbre de caoutchouc sur le côté et du texte manuscrit au bas.

Salute to a Zombie » [Remerciements à un zombie], RG24, vol. 2197, dossier AC 54-27-63-38.

Au moment où King préside la réunion du Cabinet, une semaine avant l’Halloween de 1944, il fait face à d’intenses pressions de la part des ministres, des commandants militaires et d’une grande partie de la population. Tous veulent qu’il envoie les zombies au combat, puisque les volontaires ne suffisent pas à remplacer les soldats tombés. King résiste jusqu’en novembre, puis décide d’envoyer outre-mer 17 000 zombies. Sa décision entraîne une désertion massive, de même qu’une courte mutinerie en Colombie-Britannique. Au bout du compte, environ 2 500 zombies seront envoyés en Europe, et 69 d’entre eux y perdront la vie.

Pour toute une génération de Canadiens, surtout au Canada anglais, les zombies sont associés à une amère division sociale causée par la Deuxième Guerre mondiale. La signification moderne du terme et la présence de la créature dans la culture populaire ne feront leur apparition qu’en 1968, à la sortie du film La Nuit des morts-vivants.


Andrew Horrall est archiviste principal à la Division des archives privées de Bibliothèque et Archives Canada.

La première déclaration de guerre du Canada

Par J. Andrew Ross

Les documents signés par les souverains du Canada sont parmi les archives les plus rares conservées à Bibliothèque et Archives Canada, et témoignent de certains moments clés de l’histoire du pays. Dans le cadre de notre programme de numérisation, nous avons récemment traité l’un de ces documents, tiré du fonds Ernest Lapointe : une simple feuille de papier qui marque l’entrée du Canada dans la Deuxième Guerre mondiale.

Document dactylographié d’une page, daté du 10 septembre 1939 et demandant au roi d’autoriser le Canada à émettre une proclamation pour déclarer la guerre au Reich allemand.

Lettre demandant l’approbation du roi pour émettre une proclamation déclarant l’état de guerre avec le Reich allemand, 10 septembre 1939. (Fonds Ernest Lapointe, e011202191)

Le premier ministre William Lyon Mackenzie King y demande au roi l’autorisation d’émettre une proclamation afin que le Canada déclare la guerre au Reich allemand. On peut voir, directement sur la lettre, la réponse du roi : il a inscrit de sa main le mot “ Approved  » (Approuvé), puis signé “ George R[ex]. I[mperator]  ».

Malgré la simplicité du document, sa date – le 10 septembre 1939 – pose cependant problème : c’est bien celle où le Canada a déclaré la guerre à l’Allemagne, mais comme l’observait Lester Pearson, alors en poste au haut-commissariat du Canada à Londres : “ Certains historiens du futur se demanderont comment George VI et Mackenzie King pouvaient être ensemble le 10 septembre 1939.  » [Traduction, d’après Lester B. Pearson, Memoirs, p. 139]

En effet, à cette époque qui ne connaissait ni les vols transatlantiques en avion supersonique, ni la transmission sans fil, il était impossible pour Mackenzie King (alors à Ottawa) et le roi George VI (à Londres) de signer le même document le même jour!

La réponse à cette énigme se trouve dans les collections de Bibliothèque et Archives Canada : une recherche plus poussée révèle que la lettre fait partie d’une série de documents qui ont dû être créés pour résoudre une situation jusque-là inédite pour les fonctionnaires canadiens, soit déclarer la guerre.

En 1939, la perspective de voir l’Allemagne envahir ses voisins se dessine. Le Canada s’attend à jouer un rôle dans le conflit qui en résultera. Le pays peut maintenant prendre ses propres décisions, ce qui n’était pas le cas lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale : les dominions britanniques –dont le Canada – s’étaient alors retrouvés automatiquement inclus dans la déclaration de guerre faite par l’Angleterre aux Empires centraux. La situation change en 1926, la Déclaration Balfour établissant l’autonomie des dominions du Royaume-Uni en matière de questions internes et externes. (Cette autonomie sera par la suite officiellement enchâssée dans le Statut de Westminster de 1931.)

Mais revenons au mois de septembre 1939. Le blitzkrieg déferle sur la Pologne, poussant le Royaume-Uni à déclarer la guerre au Reich allemand le 3 septembre. Le Canada doit maintenant prendre sa propre décision : participer au conflit ou rester neutre. La plupart des Canadiens comprennent que leur pays jouera un rôle dans ce conflit, sinon sur le plan militaire, du moins sur le plan économique. Cependant, le premier ministre William Lyon Mackenzie King souhaite que le Parlement entérine officiellement la décision d’entrer en guerre. Ce sera chose faite le samedi 9 septembre.

Les décisions politiques d’une telle importance exigent l’émission d’une proclamation officielle par le gouverneur général. Mais ce dernier doit d’abord recevoir une requête du Cabinet du Canada, elle aussi officielle et signée par un ministre. Or, dans le cas qui nous intéresse ici, deux obstacles se posent.

Tout d’abord, malgré l’autonomie dont jouit le Canada depuis le Statut de Westminster, il s’avère que le gouverneur général n’a pas le pouvoir d’autoriser la déclaration de guerre : le gouvernement doit obtenir l’accord de George VI, souverain du Canada. Après le vote à la Chambre des Communes, le 9 septembre, le ministère des Affaires extérieures demande donc à Vincent Massey, haut-commissaire du Canada pour la Grande-Bretagne, de solliciter une audience auprès du roi afin d’obtenir sa signature pour approuver l’émission de la proclamation annonçant l’entrée en guerre du Canada.

Le matin du 10 septembre, Massey prend place dans la voiture sport de son fils Hart et va rencontrer George VI au Royal Lodge, sa maison de campagne dans le parc du château de Windsor. Il y obtient la signature royale et transmet la nouvelle par télégramme à Ottawa, où Mackenzie King attend la réponse avec impatience, craignant que l’ennemi n’ait détruit le câble transatlantique permettant les communications entre le Canada et l’Angleterre. (Source : Journal de William Lyon Mackenzie King)

Se pose ensuite un autre obstacle : le document de deux pages approuvé par le roi est une transcription manuscrite d’un télégramme. Il n’est donc pas signé par un ministre, comme l’exige la procédure. Par conséquent, le ministère des Affaires extérieures le considère comme un document officieux seulement. Il promet toutefois de faire suivre rapidement la version officielle signée.

Par ailleurs, une déclaration avait déjà été rédigée et signée par le gouverneur général lord Tweedsmuir au nom du roi, ainsi que par le premier ministre Mackenzie King et le ministre de la Justice, Ernest Lapointe, avant même que le roi n’ait retourné le document approuvé et signé de sa main.

Proclamation portant le Grand sceau du Canada, annonçant que le Canada est en guerre contre le Reich allemand.

Déclaration de guerre au Reich allemand, 10 septembre 1939. Le jour (“ tenth », soit le dixième jour) y est écrit à la main. (Sous-fonds du Registraire général, e011202192)

L’imprimerie du gouvernement a quant à elle publié une proclamation dans une édition spéciale de la Gazette du Canada, l’organe officiel de diffusion des annonces gouvernementales. Pour garantir le secret, un huis clos complet a été imposé au personnel, qui a travaillé le samedi 9 et le dimanche 10 septembre et n’a été libéré qu’une fois la Gazette livrée aux bureaux des Affaires extérieures (alors situés dans l’édifice de l’Est, sur la colline du Parlement). Cette livraison ayant été effectuée à 12 h 35, heure normale de l’Est (une autre source indique 12 h 40), ce moment est considéré comme celui où le Canada est officiellement entré en guerre contre le Reich allemand.

Mais est-ce bien le cas?

Déclaration de guerre au Reich allemand, imprimée et bilingue, avec trois signatures manuscrites.

Édition spéciale de la Gazette du Canada, 10 septembre 1939 (version publiée de la déclaration de guerre au Reich allemand). Fait étrange, cet exemplaire porte les signatures de Tweedsmuir, Lapointe et Mackenzie King. (Fonds Arnold Danford Patrick Heeney, e011198135)

Le 24 octobre, soit six semaines plus tard, la lettre officielle signée par un ministre se fait toujours attendre. Massey envoie donc un télégramme aux Affaires extérieures pour savoir quand elle arrivera. Le secrétaire particulier du roi, sir Alexander Harding, lui avait déjà confié sa crainte que le document signé par le roi et basé sur des déclarations télégraphiées n’ait aucune validité constitutionnelle parce qu’il ne portait pas – et ne pouvait pas porter – la signature du ministre. La question se posait : techniquement, le Canada était-il en guerre ou non?

Pour remédier à la situation, les Affaires extérieures expédient un document signé par le premier ministre, avec effet rétroactif à la date du 10 septembre. Le roi George VI le signe le 27 novembre et le renvoie au Canada. Il aura fallu attendre deux mois et demi après l’entrée en guerre du Canada pour que les documents officiels reflètent la réalité!

Au bout du compte, il existe quatre documents importants qui témoignent de cette première déclaration de guerre du Canada : l’approbation non officielle rédigée à partir d’un télégramme et signée par le roi George VI; la proclamation émise par le gouverneur général; l’édition spéciale de la Gazette du Canada; et la demande officielle à effet rétroactif signée par Mackenzie King et le roi. Trois de ces documents sont conservés dans les collections de Bibliothèque et Archives Canada et sont reproduits ci-dessus. On ignore toutefois ce qui est advenu du premier (l’approbation non officielle du roi.) Mais un indice subsiste : nous savons qu’au cours de l’automne 1939 et de l’hiver 1940, Massey a refusé plusieurs fois de renvoyer le document au Canada, répondant que le Palais de Buckingham ne voulait pas qu’il soit “ intégré dans les documents du gouvernement canadien  » en raison de sa validité constitutionnelle incertaine (Lester B. Pearson, Memoirs, p. 140). Pearson, alors numéro deux après Massey, écrira plus tard qu’il avait compris que le document était demeuré à Londres, “ entre les mains de Sa Majesté ou du haut-commissaire canadien, je ne l’ai jamais su  ». [Traduction, ibid.]


Par J. Andrew Ross, archiviste à la Division des archives gouvernementales, avec la contribution de Geneviève Couture, adjointe en archivistique à la Direction générale des archives privées, Bibliothèque et Archives Canada.

Bibliothèque et Archives Canada diffuse sa plus récente émission de baladodiffusion, « Mackenzie King : contre sa volonté »

Bibliothèque et Archives Canada diffuse sa plus récente émission de baladodiffusion, « Mackenzie King : contre sa volonté ».

Photo noir et blanc de William Lyon Mackenzie King assis sur son perron.

William Lyon Mackenzie King est le premier ministre du Canada qui est demeuré le plus longtemps en poste. De plus en plus, on s’entend aussi pour dire qu’il fut l’un des plus grands premiers ministres de notre histoire. Les réalisations de King ne se sont pas limitées au domaine de la politique. Correspondant prolifique, il a aussi tenu un journal presque quotidien, de 1893 jusqu’aux jours ayant précédé sa mort en 1950. King y fait un compte rendu minutieux de sa vie en politique, en plus d’y consigner des détails fascinants sur sa vie personnelle.

Dans l’épisode d’aujourd’hui, nous discutons avec Christopher Dummitt, professeur et auteur dont le plus récent livre raconte l’histoire de ce journal et de sa publication.

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À la découverte d’une vie : la force des documents privés

Les documents privés sont un champ d’études fascinant. Qu’est ce que les gens choisissent de garder? Qu’est-ce qu’ils écartent au cours de leur vie? Et qu’est-ce qui reste pour leur postérité? Bibliothèque et Archives Canada (BAC) détient non seulement un grand nombre de documents, mais aussi de simples éléments, notamment des photos et des lettres. Le fonds Oscar Douglas Skelton présente un aperçu sur la vie privée d’un fonctionnaire public important. En 1992 et 1993, la fille de Skelton offre la majeure partie de cette collection à BAC. Depuis lors, les documents sont décrits et analysés, et l’instrument de recherche (en anglais seulement) est numérisé pour permettre un accès plus facile.

Photo en noir et blanc de trois personnes assises sur les marches d’escalier d’un chalet et regardant en direction du photographe.

Le très honorable William Lyon Mackenzie King avec sa sœur Jennie (Mme H.M. Lay) et O.D. Skelton, le 29 juillet 1923, à Kingsmere, Québec (MIKAN 3217554)

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William Lyon Mackenzie King : un juste équilibre

William Lyon Mackenzie King (1874-1950) fut premier ministre du Canada durant 22 ans − de 1921 à 1930 (à l’exception de quelques mois en 1926), et de 1935 à 1948. Spécialiste des relations industrielles, libéral héritier de la tradition lauriériste de son parti, ses dons de conciliateur et son habileté politique lui ont permis de se maintenir au pouvoir plus longtemps que quiconque dans l’histoire du Canada depuis la Confédération. Ces talents lui ont aussi permis de préserver l’unité du pays et de son parti malgré la menace que posaient à cet égard, durant son mandat, certains des moments les plus dramatiques de l’histoire canadienne, tels la crise économique des années 1930 et la Seconde Guerre mondiale.

Photo noir et blanc montrant W.L. Mackenzie King assis devant un bureau qui s’apprête à signer des papiers.

Le très honorable W.L. Mackenzie King (MIKAN 3217524)

Empruntant plusieurs idées à des adversaires politiques telle que la Fédération du Commonwealth coopératif, King a beaucoup contribué à transformer l’État canadien, lui faisant prendre le virage de l’État-providence. Sous sa direction, le pays a en outre accru de manière significative, quoique progressive et sans rupture radicale, son indépendance par rapport à la Grande-Bretagne.

Photo noir et blanc de W.L. Mackenzie King debout tenant sa veste.

Portrait du très honorable William L. Mackenzie King, premier ministre du Canada, 1921-1926; 1926-1930; 1935-1948 (MIKAN 3217560)

Homme politique d’une redoutable habileté, il était dans la vie privée un homme aux habitudes étranges et originales. Célibataire, adepte du spiritisme, il fréquentait des médiums et prétendait entretenir avec sa mère, décédée en 1917, une relation dans l’au-delà.

Photo noir et blanc d’un homme debout sur un podium décoré du drapeau de la Grande-Bretagne.

Photo noir et blanc montrant le très honorable Mackenzie King s’adressant à une foule à l’extérieur pendant sa tournée des provinces de l’Ouest, 1941 (MIKAN 3401452)

King a tenu, durant toute sa vie adulte, un journal personnel dans lequel il consignait quotidiennement, ou presque, ses impressions sur les événements, petits et grands, qui marquaient sa vie. Ce document exceptionnel offre un point de vue privilégié sur la personnalité complexe de l’homme, révélant les motifs fondamentaux de ses décisions, ses préoccupations personnelles et professionnelles, ainsi que ses impressions sur les relations interpersonnelles subtiles et nombreuses qu’est appelé à entretenir un homme politique de son rang. Bibliothèque et Archives Canada détient le fonds William Lyon Mackenzie King et a numérisé son journal personnel. La recherche plein texte permet un accès inégalé à ce document qui constitue l’une des plus remarquables sources d’information sur l’histoire politique canadienne de la première moitié du XXe siècle.

Voir aussi :