John Colin et Kenneth Keith Forbes, portraitistes officiels en série!

Par Geneviève Couture

Les carrières des peintres John Colin Forbes (1846-1925) et de son fils Kenneth Keith Forbes (1892-1980) illustrent brillamment en quoi certains premiers ministres ont été leurs muses et leurs mécènes. En effet, à eux deux, ils ont peint sept premiers ministres canadiens, deux gouverneurs généraux, cinq juges en chef de la Cour suprême, onze présidents de la Chambre des communes et quatorze présidents du Sénat. Ils ont également peint un roi et une reine d’Angleterre au nom du gouvernement canadien. On peut affirmer sans gêne que sur une période de plus de 90 ans, le père et le fils ont contribué à édifier le patrimoine artistique et visuel représentant les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire du gouvernement canadien.

John Colin Forbes

John Colin Forbes est né à Toronto en 1846. Dans les années 1860, il étudie la peinture à Paris et à Londres avant de revenir au Canada. Il est un membre fondateur de l’Ontario Society of Artists (1872) et de l’Académie royale des arts du Canada (1880).

Rapidement reconnu comme portraitiste, John Colin reçoit de nombreuses commandes. Il peint lord Dufferin et le marquis de Lansdowne, tous deux gouverneurs généraux du Canada. Entre 1878 et 1893, il réalise les portraits de sir John A. Macdonald, d’Alexander Mackenzie, de sir Charles Tupper et de Wilfrid Laurier. Aucun de ces tableaux ne sera un portrait officiel, mais celui de Tupper se trouve au Parlement du Canada, alors que celui de Macdonald et un portrait de Laurier se trouvent aujourd’hui au Musée des beaux-arts du Canada. On commande également à John Colin Forbes quatre portraits officiels de présidents de la Chambre des communes et six portraits officiels de présidents du Sénat.

L’artiste entretient une relation privilégiée avec sir Wilfrid Laurier, que ce dernier appelle son « ami ». Il le peint une première fois en 1885, d’après une photo prise vers 1882 par le studio de William Topley à Ottawa.

Photo noir et blanc d’un homme assis, vêtu d’un complet.

Wilfrid Laurier, député. Studio Topley, 1882. (a013133-v8 )

Le second tableau de Laurier peint par John Colin est offert au premier ministre par ses amis et admirateurs du Parti libéral le 15 mai 1902. Dans son discours à la Chambre des communes (en anglais), Laurier déclare : « C’est avec un cœur très sincère que j’accepte de la part d’amis inconnus, en mon propre nom et au nom de ma femme, ce souvenir, qui est l’œuvre d’un grand artiste canadien. »

Déplorant qu’à cette époque Forbes ait choisir d’aller exercer son art aux États-Unis, Laurier ajoute :

« Malheureusement, le Canada, qui est encore un jeune pays, n’a pas offert aux artistes toute l’aide qu’il aurait pu donner par le passé. J’espère qu’à l’avenir, les artistes et les talents canadiens seront davantage encouragés par la population canadienne qu’ils ne l’ont été jusqu’à présent. Pour ma part, je reconnais avec un certain regret que le gouvernement aurait peut-être pu en faire davantage pour encourager les talents artistiques du Canada. » [Traduction]

Enfin, regrettant ne pas avoir d’enfant à qui léguer ce tableau, Laurier fait le vœu suivant : « J’espère qu’un jour, ce tableau sera conservé dans un musée national, non pour me rappeler à la postérité, mais pour la gloire de M. Forbes, l’artiste qui l’a peint. » [Traduction] Quelques années plus tard, en 1906, Laurier offre lui-même le tableau au Musée des beaux-arts du Canada.

Une commande royale

C’est grâce à ses bonnes relations avec le premier ministre Laurier que John Colin Forbes obtient sa commande la plus prestigieuse : peindre le roi Edward VII et la reine Alexandra. Forbes sera le premier peintre canadien à obtenir une séance de pose avec un souverain britannique, et les portraits officiels d’Edward VII orneront la Chambre des communes.

Les échanges de correspondance entre Forbes et Laurier à ce sujet font partie du fonds sir Wilfrid Laurier  conservé à Bibliothèque et Archives Canada. On y constate que Forbes demande la commande à Laurier, avec qui il en a préalablement discuté.

Photo noir et blanc d’une page dactylographiée.

Lettre de John Colin Forbes à Wilfrid Laurier datée du 14 avril 1904, dans laquelle il lui demande d’obtenir la commande pour peindre le roi et la reine au nom du gouvernement canadien. (Fonds Wilfrid Laurier, MG26 G 1(A), vol. 312, page 84516, microfilm C-810)

Laurier accepte, après avoir reçu une pétition à cet effet signée par 92 des 214 députés fédéraux.

Image noir et blanc d’une page numérisée tirée d’un microfilm.

Première des trois pages de la pétition adressée par des députés de la Chambre des communes au premier ministre Wilfrid Laurier, afin qu’une commande soit faite au peintre John Colin Forbes pour réaliser un portrait du roi destiné à la Chambre des communes. (Fonds Wilfrid Laurier, MG26 G 1(A), vol. 312, page 84518, microfilm C-810)

Il fait suivre la requête au gouverneur général, lord Minto, qui facilitera l’accès de Forbes aux souverains.

Image noir et blanc d’une page numérisée tirée d’un microfilm.

Lettre du premier ministre Wilfrid Laurier au gouverneur général lord Minto, recommandant que la commande soit faite au peintre John Colin Forbes et que des démarches soient entreprises à cet effet auprès du roi. (Fonds Wilfrid Laurier, MG26 G 1(A), vol. 326, page 87632, microfilm C-813)

La séance de pose est accordée, et John Colin Forbes se rend en Angleterre afin de peindre les tableaux. Malheureusement, ceux-ci seront détruits lors de l’incendie du Parlement en 1916, moins de douze ans après leur création. Cependant, les quatre portraits officiels des présidents de la Chambre des communes et les six portraits officiels des présidents du Sénat peints par Forbes échappent à l’incendie.

Photo noir et blanc d’un édifice en proie aux flammes.

La partie Est de l’Édifice du Centre en proie aux flammes, Ottawa, 1916. (a052822-v8 )

Sir John A. Macdonald et sir Wilfrid Laurier : des portraits inspirants

Deux des portraits de premiers ministres peints par John Colin Forbes seront à leur tour une source d’inspiration pour leurs successeurs. En effet, dans un article du Winnipeg Free Press publié le 20 mars 1965 (en anglais), le journaliste Peter C. Newman relate que chaque nouveau premier ministre en poste à Ottawa s’empresse de faire installer, dans son bureau de l’édifice de l’Est, soit le tableau de sir John A. Macdonald, soit le tableau de sir Wilfrid Laurier – dépendamment de ses allégeances politiques. Cette pratique change toutefois sous Lester B. Pearson, alors que le premier ministre demande à ce que les deux tableaux ornent les murs de son bureau.

Quelques photographies prises par Duncan Cameron (dont nous avons récemment parlé dans un billet de blogue sur les photographes de presse et les premiers ministres) confirment que John Diefenbaker, Lester B. Pearson et Pierre E. Trudeau ont eu des tableaux de Forbes dans leurs bureaux. Le bureau de Paul Martin, quant à lui, était orné du premier tableau de Laurier par Forbes, datant de 1885.

Photo noir et blanc d’un homme en train de photographier un photographe qui le photographie en retour.

Pierre Elliott Trudeau prenant une photographie avec l’appareil du journaliste de presse Duncan Cameron, 28 juin 1968. Photo : Duncan Cameron (a175919 )

Kenneth Keith Forbes

Le fils de John Colin, Kenneth Keith Forbes, devient également un portraitiste de renom. Né à Toronto en 1892, il commence à dessiner dès l’âge de quatre ans sous la gouverne de son père. Entre 1908 et 1913, il étudie les arts en Angleterre et en Écosse. Au déclenchement de la Première Guerre mondiale, en 1914, Kenneth Keith s’enrôle dans l’armée britannique comme simple soldat. Il combat en France, où il est blessé et gazé. Promu capitaine, il est transféré en 1918 au sein de l’armée canadienne (plus précisément au Bureau canadien des archives de guerre) en tant que peintre de guerre. Il y peint des scènes de batailles ainsi que quelques portraits d’officiers canadiens, comme celui du brigadier général D. Draper.

BAC détient le dossier militaire récemment numérisé de Kenneth Keith Forbes.

Peinture à l’huile réalisée par Kenneth Keith Forbes en 1918. La scène montre la défense du Bois du Sanctuaire par les militaires canadiens, près d’Ypres, en Belgique, en 1916.

La défense du Bois du Sanctuaire (1916), Kenneth K. Forbes, 1918. (e010751163-v8 )

Portraitiste officiel

Quelques années plus tard, Kenneth Keith revient s’établir à Toronto où, poursuivant la tradition familiale, il réalise principalement des portraits.

Il peint, entre autres, les portraits officiels de sept présidents de la Chambre des communes, de huit présidents du Sénat et de cinq juges en chef de la Cour suprême.

Il effectuera également les portraits des premiers ministres Robert Borden, Richard B. Bennett et John Diefenbaker. Le premier tableau de R. B. Bennett peint en 1938 par Kenneth Keith sera d’ailleurs offert au premier ministre par les députés, les sénateurs et les membres du Parti conservateur à son départ de la vie politique. Il se trouve aujourd’hui au Musée du Nouveau-Brunswick, à qui R. B. Bennett l’a légué par testament.

Par la suite, Kenneth Keith réalise le portrait officiel de sir Robert Borden pour la Chambre des communes. Le tableau est commandé par le président de la Chambre, Gaspard Fauteux, dont Forbes avait peint le portrait l’année précédente. L’objectif est de compléter la collection de tableaux officiels représentant les premiers ministres du Canada à la Chambre des communes. Ce tableau est dévoilé au Parlement le 11 juin 1947, dix ans après le décès de Borden, en même temps que lui de William Lyon Mackenzie King et en présence du président américain Harry Truman.

Dans son journal intime (en anglais), Mackenzie King explique comment il en est venu à suggérer que l’on dévoile son portrait ainsi que celui de Borden, tous deux premiers ministres lors des grandes guerres, à l’occasion d’une même cérémonie.

Image noir et blanc d’une page dactylographiée du journal intime de William Lyon Mackenzie King datée du 19 mai 1947.

Extrait du journal intime de William Lyon Mackenzie King daté du 19 mai 1947, dans lequel il explique comment il en est venu à suggérer qu’on dévoile son portrait ainsi que celui de Borden, tous deux premiers ministres lors des grandes guerres, à l’occasion d’une même cérémonie. (Fonds William Lyon Mackenzie King, MG 26 J 13, 19 mai 1947)

Une décennie plus tard, Forbes peint deux portraits de John Diefenbaker. Le premier est offert au politicien par les membres de son conseil des ministres et orne les murs du 24, Sussex, puis de Stornoway, la résidence officielle du chef de l’opposition. Le second est commandé par des francs-maçons de Washington et se trouve à Arlington, en Virginie.

En 1962, Kenneth Keith peint le portrait officiel de Bennett pour la Chambre des communes. La commande survient près de 25 ans après qu’il ait réalisé un premier tableau du politicien, et 15 ans après le décès de celui-ci. Elle émane du premier ministre John Diefenbaker et du président de la Chambre, Roland Michener. Une fois encore, on cherche à combler les lacunes de la collection de tableaux officiels représentant les premiers ministres du Canada à la Chambre.

Conclusion

Les carrières de portraitistes de John Colin et de Kenneth Keith Forbes révèlent les liens parfois insoupçonnés entre les arts et la politique. Les Forbes ont clairement tiré profit de leurs bonnes relations avec les parlementaires, particulièrement avec les premiers ministres, en obtenant de nombreuses commandes très prestigieuses.

Les premiers ministres ont également bénéficié du travail de peintres tels que les Forbes, dont les tableaux ont aidé à commémorer et à glorifier ces hommes qui ont détenu la plus haute fonction politique au pays ainsi qu’à inspirer leurs successeurs. Aussi, on l’a vu, c’est sans égard à la couleur politique qu’on a demandé aux Forbes de contribuer à cette entreprise de mémoire en produisant les portraits de premiers ministres en fonction ainsi que de leurs prédécesseurs. Ce faisant, ils ont contribué à asseoir la fonction de premier ministre dans la mémoire politique du pays.

Par ailleurs, le talent pour le portrait ne s’est pas arrêté à John Colin et à son fils Kenneth Keith. En effet, la fille de Kenneth, Laura June McCormack (1921-1961), dont la mère Jean Mary Edgell est également peintre, a réalisé quelques portraits qui se retrouvent à l’Assemblée législative de l’Ontario, et notamment un tableau représentant Louis-Hippolyte La Fontaine.

Pour en savoir plus sur les portraits de premiers ministres, voyez la thèse d’Andrew Kear, Governing Likenesses: The Production History of the Official Portraits of Canadian Prime Ministers, 1889-2002.


Geneviève Couture est archiviste au sein du projet des Archives du premier ministre, à la Division des archives privées du monde de la science et de la gouvernance de Bibliothèque et Archives Canada.

Premiers ministres et grands lecteurs

Par Meaghan Scanlon

L’exposition Les premiers ministres et l’art : créateurs, collectionneurs et muses présentée par Bibliothèque et Archives Canada explore les liens que nos premiers ministres ont entretenus avec les arts, notamment à titre de collectionneurs et d’amateurs. On peut entre autres y découvrir la correspondance échangée entre sir Wilfrid Laurier et le peintre Marc-Aurèle de Foy Suzor-Coté, admirer un tableau tiré de la collection personnelle de William Lyon Mackenzie King et lire une missive élogieuse adressée à l’artiste Alma Duncan par nul autre que John Diefenbaker.

L’exposition fait aussi une grande place aux bibliothèques personnelles des premiers ministres canadiens. Si vous avez lu quelques-unes de leurs biographies, vous aurez remarqué que ceux-ci ont un point en commun : leur passion pour la lecture. Une biographie d’Alexander Mackenzie (no OCLC 20920624) nous apprend que l’homme était un insatiable lecteur, et que les membres de sa famille passaient les soirées d’hiver :

« (…) assis autour du feu qui crépitait dans l’âtre, lisant et discutant joyeusement de sujets littéraires et d’auteurs, surtout de Shakespeare et Byron. La stimulation et la vie intellectuelle qu’on y retrouvait furent une excellente préparation à ses fonctions d’homme d’État. Tous ceux qui ont pu entendre M. Mackenzie ont remarqué qu’il pouvait facilement citer des poètes et des auteurs contemporains. Ses discours étaient de la haute voltige; ils supposaient toujours que ses auditeurs étaient bien instruits. » [Traduction]

Selon ses biographes, sir John A. Macdonald était lui aussi connu pour citer de grands auteurs dans ses discours. Joseph Pope (no OCLC 2886256) affirme qu’il était un lecteur « omnivore », lisant de tout, mais ayant une préférence pour les mémoires d’hommes politiques.

Sir Robert Borden, quant à lui, avait étudié les langues classiques. La Bibliothèque de livres rares Thomas-Fisher de l’Université de Toronto conserve quelques anciens ouvrages grecs et latins lui ayant appartenu et comportant son ex-libris. On y retrouve notamment une édition des écrits de Cicéron publiée en 1725 et prêtée à Bibliothèque et Archives Canada pour l’exposition.

Mackenzie King, pour sa part, commentait régulièrement ses nombreuses lectures dans son journal intime. Nous conservons une bonne partie de sa bibliothèque personnelle dans notre collection; on peut également en admirer une partie dans son bureau de la maison Laurier.

Bien entendu, chaque premier ministre avait des livres et des auteurs préférés. Macdonald était un fervent amateur des romans d’Anthony Trollope, et Mackenzie King admirait Matthew Arnold au point de se procurer les mêmes livres que ce poète.

Livre ouvert montrant l’intérieur de la page couverture. Collé sur le côté gauche, on aperçoit l’ex-libris de Matthew Arnold. La page de droite est vierge et retenue par un poids.

Ex-libris de Matthew Arnold à l’intérieur de la page couverture de la Sainte Bible (Oxford, Clarendon Press, 1828) conservée dans la collection de livres de la bibliothèque de William Lyon Mackenzie King (no OCLC 1007776528). Source : Bibliothèque et Archives Canada

Arthur Meighen était particulièrement attaché à l’œuvre de William Shakespeare, pouvant en réciter de longs passages de mémoire. En 1934, alors qu’il naviguait vers l’Australie, il composa un discours sur le célèbre écrivain, intitulé « The Greatest Englishman of History » (Le plus grand Anglais de tous les temps). Il l’apprit par cœur et le prononça à quelques reprises, notamment au Canadian Club de Toronto, en février 1936, où sa prestation fut enregistrée. L’allocution fut ensuite offerte sur disque vinyle (no OCLC 981934627), faisant de Meighen le premier premier ministre canadien à lancer un album.

Disque vinyle noir de 12 pouces (30 cm) avec étiquette jaune.

Photo du disque vinyle d’Arthur Meighen, « The Greatest Englishman of History » (Le plus grand Anglais de tous les temps). (OCLC 270719760) Source : Bibliothèque et Archives Canada

Vous pouvez entendre un extrait de ce discours dans le balado de Bibliothèque et Archives Canada intitulé « Les premiers ministres et l’art ».

L’exposition Les premiers ministres et l’art : créateurs, collectionneurs et muses est à l’affiche au 395, rue Wellington, à Ottawa, jusqu’au 3 décembre 2019.


Meaghan Scanlon est bibliothécaire principale des collections spéciales à la Direction générale du patrimoine publié de Bibliothèque et Archives Canada.

Exposition des trésors de Bibliothèque et Archives Canada sur Sir John A. Macdonald. Deuxième partie : Les emplettes de Sir John

Dans le cadre des célébrations entourant le 200e anniversaire de naissance de Sir John A. Macdonald, le premier des premiers ministres du Canada, Bibliothèque et Archives Canada présente une exposition à la Villa-Bellevue — un lieu historique national de Parcs Canada situé à Kingston, en Ontario, et consacré à Macdonald.

Les visiteurs pourront y voir de véritables trésors, comme cette page d’une version préliminaire de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique qui a – supposément rédigé de la main même de Sir John A. Macdonald.

Page écrite à la main à l’encre très pâle.

Première page de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique (MIKAN 456819)

L’exposition met aussi en vedette d’autres documents moins connus mais tout aussi captivants, dont plusieurs reçus pour des achats effectués par Macdonald tout au long de sa vie. Bien que modestes, ces documents, pour la plupart écrits à la main et ornés d’élégantes fioritures typiques du 19e siècle, apportent un éclairage inédit sur la vie privée de Macdonald. Ils témoignent souvent d’achats à la fois amusants et touchants.

Par exemple, le 23 décembre 1862, Macdonald a acheté un traîneau de la célèbre entreprise montréalaise John Henderson & Company (« spécialisée dans l’importation, la confection et la vente de chapeaux, fourrures, mocassins indiens, raquettes, etc. »). Peut-être voulait-il l’offrir en cadeau à son jeune fils Hugh John pour Noël? Ou peut-être a-t-il lui-même cédé à l’engouement pour la glissade, une activité hivernale en vogue dans les milieux aisés au 19e siècle?

Reçu écrit à la main du marchand de fourrures montréalais John Henderson & Company décrivant les achats effectués à différentes dates par Sir John A. Macdonald, notamment un traîneau acheté le 23 décembre 1862.

Les historiens se sont aussi interrogés sur la dispendieuse cravache pour dames achetée à la boutique spécialisée Swaine Adeney de Londres par un jeune Macdonald veuf, en voyage en Grande-Bretagne. Bien qu’il y fût à titre officiel pour promouvoir des projets de son gouvernement, il a pris le temps de se procurer ce présent de luxe. L’identité de la dame à qui il était destiné demeure un mystère.

Les reçus de Macdonald témoignent de sa fascination durable pour les beaux vêtements et les accessoires élégants. Ainsi, au cours d’un autre voyage, il rendit visite à des parents en Écosse et en profita pour s’acheter une tenue vestimentaire complète du clan Macdonald (un clan des Highlands) : un kilt, des bas et le veston en velours de soie généralement porté par les gentilshommes. La   où il a acheté ces articles lui a fourni un étui hermétique pour les entreposer, ainsi que des instructions sur la bonne manière de les porter.

Image d’un reçu détaillé pour l’achat d’un ensemble complet de vêtements et d’accessoires du clan Macdonald (des Highlands), incluant un kilt et un veston Par ailleurs, Macdonald a souffert pendant des années de problèmes de santé dus en partie à son alcoolisme. La collection de Bibliothèque et Archives Canada comporte plusieurs reçus intrigants concernant des ordonnances ainsi que des remèdes en usage au 19e siècle. Ainsi, cette ordonnance pour « Le fortifiant ferrugineux » témoigne d’une croyance générale de l’époque, à savoir que la teinture de fer pouvait améliorer le fonctionnement du système digestif. Macdonald aurait terriblement souffert de fréquentes indigestions, et on lui a prescrit cette mixture durant les dix dernières années de sa vie.

Image d’une ordonnance de 1883 du « chimiste et pharmacien » d’Ottawa John Roberts, pour un fortifiant visant à soulager les problèmes gastriques de Sir John A. Macdonald.Venez voir les reçus personnels de Sir John A. Macdonald au lieu historique national de la Villa-Bellevue du 16 mai au 12 octobre 2015.

Exposition des trésors de Bibliothèque et Archives Canada sur sir John A. Macdonald. Première partie : célèbres épreuves rejetées

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) possède la collection canadienne la plus exhaustive de documents sur le premier des premiers ministres du pays, sir John A. Macdonald. En cette année de commémoration du bicentenaire de la naissance de Macdonald, BAC présente une exposition à la Villa‑Bellevue de Kingston (Ontario), lieu historique national de Parcs Canada consacré à Macdonald.

Les Canadiens pourront y admirer des trésors rares, comme un cahier d’écolier de Macdonald et le premier portrait connu de lui :

Image d’un cahier d’écolier de sir John A. Macdonald; le cahier est ouvert à une page d’exercices de géométrie.

Cahier d’exercices de sir John A. Macdonald (MIKAN 122162)

Image du premier portrait connu de sir John A. Macdonald, un portrait à l’huile de style romantique.

Premier portrait à l’huile de sir John A. Macdonald, vers 1842 1843 (MIKAN 2837236)

L’exposition présente aussi des articles moins connus, mais particulièrement intéressants. La collection de BAC comprend la plupart des négatifs sur plaque de verre d’origine produits par le célèbre photographe William James Topley (1845‑1930) au cours d’une séance de photos réalisée à la demande de Macdonald. En voici quelques exemples :

Images de sir John A. Macdonald, debout, portant un pardessus. Il adopte plusieurs poses dans un décor des studios Topley, tenant parfois un chapeau et une canne. Images de sir John A. Macdonald, debout, portant un pardessus. Il adopte plusieurs poses dans un décor des studios Topley, tenant parfois un chapeau et une canne.

 Images de sir John A. Macdonald, debout, portant un pardessus. Il adopte plusieurs poses dans un décor des studios Topley, tenant parfois un chapeau et une canne.

Épreuves rejetées de photos de sir John A. Macdonald prises par William Topley, vers 1875 (MIKAN 3218747, MIKAN 3499179, MIKAN 3499181)

Topley était l’un des portraitistes les plus reconnus de son époque; des citoyens connus et inconnus de partout au pays lui demandaient de les photographier. Son studio, toujours situé près de la colline du Parlement, attirait bon nombre des premiers députés du nouveau Dominion. Topley avait même été nommé photographe officiel de la cour pour le gouverneur général du Canada, le marquis de Lorne (1845‑1914).

Les photos de Macdonald prises au studio Topley n’ont pas toutes survécu, mais la plupart des négatifs de chaque séance sont parvenus jusqu’à nous. On y trouve souvent des images rejetées qui s’avèrent fascinantes et surprenantes. Produites sur de minces plaques de verre (la technologie du XIXe siècle qui a précédé le développement de films photographiques), elles sont fragiles et encombrantes, et ne fournissent que des images négatives. Pour faciliter la consultation, des reproductions positives sont généralement tirées de ces négatifs, comme c’est le cas pour cette exposition.

Plusieurs prises rejetées et une épreuve produites pendant la séance chez Topley sont montrées une à la suite de l’autre. Ces photos inédites ne sont pas aussi formelles que les portraits développés produits dans un studio, mais elles donnent une idée du déroulement des séances de photographie au XIXe siècle. Prises dans leur ensemble, elles donnent une impression de mouvement et semblent ramener Macdonald à la vie.

BAC est le seul dépôt d’archives au Canada qui possède les documents officiels du studio Topley, dont les albums de comptoir d’origine, des épreuves photographiques et des négatifs. Les épreuves photographiques de Macdonald, comme tant d’autres documents, prouvent que la collection compte parmi les plus importantes documentations visuelles sur le Canada des cinquante premières années de la Confédération.

Image d’un reçu remis à sir John A. Macdonald après une séance de photographie chez William James Topley, en juin 1885.

Reçu d’une séance de photographie chez Topley (MIKAN 122162)

Venez voir les épreuves rejetées de Macdonald au lieu historique national de la Villa‑Bellevue, entre le 16 mai et le 12 octobre 2015.

Une icône canadienne : célébrer le bicentenaire de la naissance de Sir John A. Macdonald

Déjà 200 ans se sont écoulés depuis la naissance du tout premier des premiers ministres du Canada et l’intérêt porté à sa vie politique et personnelle n’a pas diminué. Bibliothèque et Archives Canada (BAC) possède une collection documentaire variée et de grande envergure sur Sir John Alexander Macdonald, notamment une exposition virtuelle composée de documents personnels, de photos, d’illustrations et de publications. La collection comprend plus de 100 000 pièces de correspondance entre sa famille, ses amis proches et lui-même, ce qui permet aux chercheurs d’avoir un regard privilégié sur sa vie personnelle.

Photographie en noir et blanc de Sir John A. Macdonald assis sur une chaise, avec les jambes et les bras croisés.

Sir John A. Macdonald, 1872, par William Topley (MIKAN 3333452)

En plus de dévoiler quelques informations sur la vie familiale de Sir John A., la collection de BAC contient également des illustrations et des objets qui présentent l’image de l’ancien premier ministre comme symbole politique, et parfois, comme caricature comique. À partir de caricatures politiques qui désapprouvent la politique nationale et les relations canado-américaines jusqu’à un graphique phrénologique de la tête de Macdonald, l’image de Sir John A. fait désormais partie de l’iconographie canadienne.

Lithographie démontrant Sir John A. Macdonald vêtu en soldat britannique devant une porte verrouillée. Derrière lui, oncle Sam ramasse des sacs d'argent d'hommes d'affaires enfourchant la clôture.

Affiche électorale où l’on peut lire, « We can’t undo the lock, Sir John is on guard. Hand it over the fence? » [« Nous ne pouvons pas ouvrir la serrure, Sir John A. monte la garde. Passez-le-moi par-dessus la clôture. »] (MIKAN 2847973)


Au-delà des caricatures politiquement chargées, l’image de Sir John A. Macdonald a aussi été utilisée de façon commerciale dans des publicités de bière, une promotion de chutney aux tomates et il a même été transformé en figurine (en anglais seulement).

Épreuve d'une publicité de Molson's Ale montrant Sir John A. Macdonald assis et regardant vers le côté. Derrière lui se trouve une carte du Dominion du Canada. Au-dessous de l'image, on peut lire : « Fifty-six years ago when Sir John A. Macdonald was first Premier of the Dominion of Canada in 1867, Molson’s Ale was then 81 years old! The ale your great-grandfather drank. » [« Il y a 56 ans, en 1867, lorsque John A. Macdonald était le premier ministre du Dominion du Canada, Molson's Ale avait déjà 81 ans! La bière que votre arrière-grand-père buvait. »]

Molson’s Ale, Sir John A. Macdonald. (MIKAN 3000462)

Par contre, il ne faudrait pas que notre image mentale de Sir John A. Macdonald se transforme en caricature et ce bicentenaire nous offre la possibilité de nous pencher sur son histoire et sa vie personnelle, au-delà de l’icône. La collection de BAC portant sur Sir John A. Macdonald est un hommage à l’homme et à la légende, mais son legs s’étend au-delà de ces images, jusqu’à ses racines écossaises. En 1968, à l’extérieur du petit village de Rogart dans les hautes terres écossaises, un cairn commémoratif a été dédié à Sir John A. Macdonald et dévoilé par le 13e premier ministre du Canada, John Diefenbaker. Ce monument commémoratif a été érigé sur le site de la maison des grands-parents de Sir John et est construit de pierres provenant de la maison familiale originale. Une plaque accompagne le cairn et l’on peut y lire « a footnote to his greatness » [« une note complémentaire sur sa grandeur »]. Ce genre de note est utile pour étudier la vaste gamme de dossiers sur les réalisations et la vie célèbre de Sir John A. Macdonald.

Pour en apprendre davantage sur Sir John A. Macdonald et son legs :

Bibliothèque et Archives Canada présente sa 17e émission de baladodiffusion, Fiers d’être Canadiens : Sir John A. Macdonald

Bibliothèque et Archives Canada présente sa plus récente émission de baladodiffusion, Fiers d’être Canadiens : Sir John A. Macdonald.

Le 11 janvier 2015 marquera le 200e anniversaire de naissance du premier premier ministre du Canada, sir John A. Macdonald. Pour souligner cet événement, nous recevons Arthur Milnes, journaliste et historien de renom, et Madeleine Trudeau, archiviste d’art et conservatrice à Bibliothèque et Archives Canada. Ensemble, nous discuterons de la vie et de la carrière de cet important personnage politique et nous examinerons les ressources que possède Bibliothèque et Archives Canada à son sujet.

Abonnez-vous à nos émissions de baladodiffusion via notre fil RSS ou iTunes, ou écoutez-les sur notre site Web : Balados – Découvrez Bibliothèque et Archives Canada : votre histoire, votre patrimoine documentaire.

Pour en savoir plus, écrivez-nous à balados@bac-lac.gc.ca.

Le 200e anniversaire de sir George-Étienne Cartier, éminent père de la Confédération

Aujourd’hui, nous soulignons le 200e anniversaire d’un des plus importants personnages historiques du Canada, sir George-Étienne Cartier, une tête de file parmi les pères de la Confédération. Sir Cartier est né le 6 septembre 1814 à Saint-Antoine-sur-Richelieu, dans la province du Bas Canada. Il étudie le droit et amorce la pratique en 1835; toutefois, la politique devient vite sa passion. Son entrée dans le monde de la politique s’inscrit à une époque fort mouvementée, alors qu’il joue un rôle dans la rébellion du Bas Canada de 1837 et qu’il participe à la bataille de Saint-Denis. Sir Cartier s’exilera ensuite pendant un an au Vermont, mais il plaide l’indulgence et retourne à Montréal en 1839.

L’honorable sir George-Étienne Cartier, baronnet

L’honorable sir George-Étienne Cartier, baronnet (MIKAN 3476630)

En 1848, Sir Cartier est élu à l’Assemblée législative de la Province du Canada et, peu de temps après, il est nommé au Cabinet. De 1857 à 1862, il occupe la fonction de co-premier ministre de la Province du Canada en compagnie de sir John A. Macdonald après avoir établi une coalition avec les conservateurs du Haut Canada. C’est à cette époque que commence la collaboration entre Macdonald et Cartier et qu’ils entreprennent de rechercher des appuis pour la Confédération dans une tentative de mettre fin à l’instabilité politique.

Sir George-Étienne Cartier

Sir George-Étienne Cartier (MIKAN 3213760)

George Étienne Cartier joue un rôle central afin de convaincre les Canadiens français de soutenir la Confédération. Il fait valoir que les intérêts des francophones seraient bien mieux servis dans une fédération composée de provinces. Lorsque la Confédération aboutit enfin le 1er juillet 1867, John A. Macdonald devient le tout premier premier ministre et Cartier, le tout premier Ministre de la Milice et de la Défense.

Parmi leurs pairs, on reconnaît l’honorable sir John A. Macdonald, l’honorable sir George-Étienne Cartier et le lieutenant-colonel John G. Irvine

Parmi leurs pairs, on reconnaît l’honorable sir John A. Macdonald, l’honorable sir George-Étienne Cartier et le lieutenant-colonel John G. Irvine (MIKAN 3192010)

Le décès de M. Cartier survient le 20 mai 1873 et touche profondément son grand ami, John A. Macdonald, qui propose qu’on érige une statue en hommage au politicien décédé. Celle-ci sera sculptée par Louis‑Philippe Hébert et inaugurée en 1885. Il s’agit de la première statue à être installée sur la Colline du Parlement, elle s’y trouve encore d’ailleurs. M. Cartier aura influencé plusieurs générations de Canadiens. Le centenaire de son anniversaire en 1914 a été souligné par d’importantes célébrations et on a alors érigé un autre monument, cette fois-ci à Montréal. La résidence de M. Cartier à Montréal a été désignée lieu historique national.

Sir George-Étienne Cartier

Sir George-Étienne Cartier (MIKAN 2837680)

Bien que la majorité des documents de Cartier aient été détruits, Bibliothèque et Archives Canada possède plusieurs objets importants, y compris un album de photos de famille, des cartes postales et des lettres écrites à l’époque qu’il était ministre de la Milice et de la Défense. Nous avons également plusieurs lettres rédigées par M. Cartier à l’attention de M. Macdonal; elles sont conservées dans la collection Sir John A. Macdonald (contenu archivé).

Pour en apprendre plus sur sir George-Étienne Cartier et le rôle qu’il a joué dans la Confédération :

Sir John A. Macdonald : Trésors rares et fascinants conservés dans les chambres fortes de Bibliothèque et Archives Canada

Bibliothèque et Archives Canada est propriétaire de la plus grande collection de documents concernant la vie, l’époque et le pouvoir d’attraction durable de Sir John A. Macdonald (1815 1891), un personnage charismatique qui soulève les passions. Il a été l’architecte de la Confédération canadienne et le premier des premiers ministres du Canada. Nous soulignerons en 2015 le bicentenaire de sa naissance. (Site Internet en anglais seulement)

Notre album Flickr permet de consulter une sélection de documents originaux, d’œuvres d’art et de documents éphémères historiques et modernes liés à Macdonald, qui ont été acquis auprès de sources variées au fil des ans. Ces ressources documentaires uniques fournissent des renseignements sur la vie publique, la vie privée et le pouvoir jamais démenti d’une des personnalités culturelles les plus connues du Canada.

Ces ressources ne constituent qu’une petite partie des fonds documentaires de Bibliothèque et Archives Canada relatifs aux Canadiens marquants et aux événements importants qui seront mis en valeur en vue du 150e anniversaire de la Confédération canadienne, en 2017.

Journal rapportant la naissance de Sir John A. Macdonald, et dans lequel est conservée une mèche de cheveux

Hugh Macdonald, 1820. Écriture manuscrite à gauche, page de garde marbrée et cheveux à la droite du journal. Bibliothèque et Archives Canada, e008295645.

Hugh Macdonald, 1820. Écriture manuscrite à gauche, page de garde marbrée et cheveux à la droite du journal. Bibliothèque et Archives Canada, e008295645.

Il s’agit d’un des objets personnels de son enfance que Macdonald a conservé toute sa vie. L’étrange contradiction entourant la date de naissance de Macdonald demeure une énigme historique : le journal indique le 11 janvier, alors que l’acte de naissance officiel indique le 10 janvier.

Caricature de Sir John A. Macdonald réalisée par son critique « favori »

J. W. Bengough pour le magazine Grip, 1887. Lithographie en couleur sur papier. Bibliothèque et Archives Canada, e010930930.

J. W. Bengough pour le magazine Grip, 1887. Lithographie en couleur sur papier. Bibliothèque et Archives Canada, e010930930.

Sir John A. Macdonald aurait dit : « Mon bon ami Bengough réussit à saisir mon tempérament à la perfection. » Bibliothèque et Archives Canada possède des centaines de caricatures de John Wilson Bengough, critique virulent de Macdonald et fondateur de Grip, un des premiers magazines satiriques du Canada.

Étiquette de « Canadian Tomato Chutnee » comprenant une image et un message favorable de Sir John A. Macdonald

Artiste anonyme de la fin du XIXe siècle. Impression photomécanique sur papier vélin. Bibliothèque et Archives Canada, e008072633.

Artiste anonyme de la fin du XIXe siècle. Impression photomécanique sur papier vélin. Bibliothèque et Archives Canada, e008072633.

Au fil des ans, de nombreuses entreprises ont profité de la notoriété et de la popularité de Sir John A. Macdonald pour vendre leurs produits. Cette pièce n’est qu’un exemple des publicités de ce type que l’on retrouve dans la collection de Bibliothèque et Archives Canada.