Réflexions sur le Rwanda

Par Alison Harding-Hlady

En février 2020, après quatre semaines de travail et 33 heures de voyage (à cause d’un vol retardé et d’une correspondance manquée), mon collègue Karl-Xavier Thomas et moi-même sommes finalement rentrés sains et saufs au Canada. Notre affectation à la Rwanda Archives and Library Services Authority (RALSA), à Kigali, nous a procuré une foule d’anecdotes à raconter à nos collègues, nos familles et nos amis!

La question qu’on me pose le plus souvent, après celle qui porte sur la nourriture (tout le monde est intrigué par la gastronomie) est la suivante : qu’est-ce que j’ai rapporté de cette expérience pour Bibliothèque et Archives Canada?

Le but de l’affectation et mes objectifs personnels étaient très bien définis, soit d’offrir quatre semaines de formation en description bibliographique et en catalogage. Je crois que tous les participants conviendront que les objectifs ont été atteints. Les effets à long terme, au point de vue personnel et professionnel, sont par contre un peu moins tangibles. Il y a bien sûr les bénéfices liés au fait de voyager, de vivre et de travailler dans un autre pays, même pendant une courte période. Une telle expérience permet d’élargir votre compréhension du monde, de découvrir de nouvelles perspectives et de mieux apprécier certaines choses tenues pour acquises.

Sur le plan professionnel, j’ai constaté plusieurs retombées positives, comme l’amélioration de mes compétences en enseignement. Même si j’ai formé de nombreux collègues au fil des ans, dans un rôle officiel ou non, c’était la première fois que je devais élaborer un programme et des plans d’apprentissage, et enseigner aussi intensivement. J’ai appris à m’adapter à mesure que je découvrais de nouveaux besoins et à intégrer ceux-ci dans mes plans d’apprentissage. La capacité d’adaptation est toujours essentielle!

J’ai aussi approfondi ma connaissance d’outils et de normes de catalogage que j’utilise pourtant chaque jour. Enseigner nous oblige à prendre du recul pour mieux saisir comment une chose est structurée et comment s’articulent ses différentes parties. J’ai dû revenir aux fondamentaux et rafraîchir mes notions de base en ce qui concerne les outils et les concepts, une démarche très bénéfique qui va m’aider lorsque je reprendrai mon travail de catalogage.

Photo couleur de personnes réunies dans une salle de conférence.

Formation sur le système de classification décimal Dewey offerte à des bibliothécaires rwandais. Source : Bibliothèque et Archives Canada

Vivre et travailler au Rwanda, même pendant un mois seulement, a changé ma vie personnelle et professionnelle. C’était un énorme défi à relever, qui m’a fait sortir de ma zone de confort de bien des manières. Je resterai à jamais marquée par cette expérience. Je suis fière du travail accompli et heureuse que Bibliothèque et Archives Canada s’engage résolument dans ce type de partenariat et dans le développement des professions de bibliothécaire et d’archiviste, au Canada comme à l’étranger. Je suis très reconnaissante d’avoir eu la chance de partager mes connaissances et mon expertise avec des bibliothécaires d’un autre pays.

Pour en savoir plus sur cette affectation spéciale et avoir une idée de la formation que mon collègue et moi-même avons donnée au personnel de la RALSA, je vous invite à lire mes deux blogues précédents : Prête pour le Rwanda! et Des nouvelles de Kigali!

Une photo couleur d’un groupe de personnes réunies autour d’une table.

La fête organisée par le personnel de la RALSA pour notre départ, lors de notre dernière journée au bureau.


Alison Harding-Hlady est bibliothécaire principale au catalogage, responsable des livres rares et des collections spéciales, à la Direction générale du patrimoine publié de Bibliothèque et Archives Canada.  Ses articles de blogue décrivant son voyage de travail au Rwanda ont été écrits avant le contexte de la pandémie COVID-19.

 

Les publications rétrospectives : mieux vaut tard que jamais

Par Euphrasie Mujawamungu

Le mandat de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) consiste entre autres à acquérir tous les documents publiés au Canada, sans restriction de format, de sujet ou de langue. S’y ajoutent les œuvres étrangères dont les auteurs, les éditeurs, les traducteurs, les illustrateurs ou les interprètes sont Canadiens, ou dont le sujet a un lien avec le Canada. Nous appelons ces publications « Canadiana ».

La collection rétrospective Canadiana englobe divers types de documents publiés entre 1867 et cinq ans avant l’année courante, soit :

  • les documents publiés avant l’établissement du dépôt légal, en 1953;
  • les documents publiés depuis l’adoption du dépôt légal, mais n’ayant pas été acquis au moment de leur publication;
  • les documents non assujettis au dépôt légal, comme les œuvres publiées à l’étranger par des auteurs canadiens ou portant sur des sujets canadiens.

Puisque BAC se veut une source de savoir permanent accessible à tous, il doit, pour accomplir cette mission, se doter d’une collection aussi exhaustive que possible.

Un passé qui nous façonne

Le présent est tributaire du passé : à chaque époque, son histoire… une histoire aussi vaste que riche en événements. Pensons par exemple à la première Coupe Stanley, au premier premier ministre canadien-français, à la ruée vers l’or du Klondike, à la première députée, à l’obtention du droit de vote pour les femmes, aux deux guerres mondiales ou au roman à succès Anne… La maison aux pignons verts, de l’auteure prince-édouardienne Lucy Maud Montgomery.

Le quotidien d’autrefois a laissé des empreintes sur de nombreux domaines : l’art, la littérature, la mode, le transport, la cuisine, et plus encore. Les publications rétrospectives de la collection de BAC en témoignent, ouvrant des fenêtres tantôt sur la belle époque, tantôt sur les périodes de vaches maigres, et abordant des sujets aussi variés que les voyages, les recettes de nos arrière-arrière-grand-mères, les épidémies, les famines, les coupes gagnées ou les matchs perdus.

Gardien de ce passé aussi bien que de l’histoire récente, BAC est une ressource incontournable pour tous les Canadiens. Il facilite leur recherche au sein de sa riche collection, les aide à y découvrir les documents les plus pertinents et leur permet d’y accéder. C’est là le cœur de son mandat.

Cela dit, les lacunes au sein de la collection nationale doivent être comblées afin de s’assurer qu’aucun aspect de notre histoire n’est négligé ou sous-estimé. Et ce n’est pas un travail d’un jour ni une activité ponctuelle. Au contraire : une attention et une vigilance perpétuelles sont requises pour repérer les occasions d’enrichir la collection.

Photo couleur d’une variété de livres à couvertures souples.

Quelques titres acquis rétrospectivement par BAC pendant l’automne 2019. Photo: David Knox

Les outils

De près ou de loin, l’histoire nous interpelle sans cesse, ce qui rend la recherche de publications vraiment excitante. À titre de bibliothécaire, je dispose de plusieurs ressources pour repérer les publications rétrospectives à acquérir :

  • les catalogues des vendeurs de livres d’occasion
  • les catalogues des antiquaires
  • les sites Web spécialisés dans la vente de livres d’occasion
  • les publications données à BAC (je cherche alors parmi les dons pour y trouver les documents qui manquent à la collection)

L’acquisition de publications d’époque est soumise à de rigoureuses conditions : chaque ouvrage doit être en son édition originale et en bon état. Cette exigence n’est pas un caprice, car des publications contaminées ou moisies vont non seulement se détériorer, mais aussi endommager les autres publications.

En outre, pour qu’un ouvrage garde toute sa valeur, il importe d’en conserver toutes les composantes originales, comme la couverture, les illustrations et les mentions d’édition.

Si BAC ne l’acquiert pas, qui le fera ?

BAC recueille le patrimoine documentaire canadien et assure sa pérennité, avec l’objectif ultime de répondre aux besoins de ses usagers.

Qu’il s’agisse de publications d’époque ou contemporaines, ce patrimoine constitue un héritage pour les générations actuelles et futures. Et il y a encore de la place dans le trousseau!

Véritable carrefour de connaissances, BAC dispose de professionnels compétents, au service de la population et dévoués à la collection. Chaque trésor acquis par l’institution est traité avec toute la délicatesse requise, et nos installations ultramodernes garantissent leur conservation dans des conditions optimales.

De plus, BAC se tient à la fine pointe de la technologie, ce qui facilite la collaboration avec d’autres organisations et les interactions avec la clientèle.

Le métier de bibliothécaire des collections en est un dynamique et gratifiant, qui demande un travail soutenu. En harmonie avec les services offerts à la collectivité, il évolue en suivant la cadence de cette société du savoir qui est la nôtre. Je peux affirmer que BAC, loin d’être un entrepôt de bouquins pêle-mêle, enrichit véritablement la mémoire collective. Chercheurs aguerris, étudiants, mélomanes ou tout simplement citoyens curieux et avides d’information : tous y trouvent leur compte.

Photo couleur d’une variété de livres à couvertures souples.

Quelques titres acquis rétrospectivement par BAC pendant l’automne 2019. Photo: David Knox


Euphrasie Mujawamungu est bibliothécaire au sein de l’équipe du dépôt légal à la Direction générale du patrimoine publié de Bibliothèque et Archives Canada.

Premiers ministres et grands lecteurs

Par Meaghan Scanlon

L’exposition Les premiers ministres et l’art : créateurs, collectionneurs et muses présentée par Bibliothèque et Archives Canada explore les liens que nos premiers ministres ont entretenus avec les arts, notamment à titre de collectionneurs et d’amateurs. On peut entre autres y découvrir la correspondance échangée entre sir Wilfrid Laurier et le peintre Marc-Aurèle de Foy Suzor-Coté, admirer un tableau tiré de la collection personnelle de William Lyon Mackenzie King et lire une missive élogieuse adressée à l’artiste Alma Duncan par nul autre que John Diefenbaker.

L’exposition fait aussi une grande place aux bibliothèques personnelles des premiers ministres canadiens. Si vous avez lu quelques-unes de leurs biographies, vous aurez remarqué que ceux-ci ont un point en commun : leur passion pour la lecture. Une biographie d’Alexander Mackenzie (no OCLC 20920624) nous apprend que l’homme était un insatiable lecteur, et que les membres de sa famille passaient les soirées d’hiver :

« (…) assis autour du feu qui crépitait dans l’âtre, lisant et discutant joyeusement de sujets littéraires et d’auteurs, surtout de Shakespeare et Byron. La stimulation et la vie intellectuelle qu’on y retrouvait furent une excellente préparation à ses fonctions d’homme d’État. Tous ceux qui ont pu entendre M. Mackenzie ont remarqué qu’il pouvait facilement citer des poètes et des auteurs contemporains. Ses discours étaient de la haute voltige; ils supposaient toujours que ses auditeurs étaient bien instruits. » [Traduction]

Selon ses biographes, sir John A. Macdonald était lui aussi connu pour citer de grands auteurs dans ses discours. Joseph Pope (no OCLC 2886256) affirme qu’il était un lecteur « omnivore », lisant de tout, mais ayant une préférence pour les mémoires d’hommes politiques.

Sir Robert Borden, quant à lui, avait étudié les langues classiques. La Bibliothèque de livres rares Thomas-Fisher de l’Université de Toronto conserve quelques anciens ouvrages grecs et latins lui ayant appartenu et comportant son ex-libris. On y retrouve notamment une édition des écrits de Cicéron publiée en 1725 et prêtée à Bibliothèque et Archives Canada pour l’exposition.

Mackenzie King, pour sa part, commentait régulièrement ses nombreuses lectures dans son journal intime. Nous conservons une bonne partie de sa bibliothèque personnelle dans notre collection; on peut également en admirer une partie dans son bureau de la maison Laurier.

Bien entendu, chaque premier ministre avait des livres et des auteurs préférés. Macdonald était un fervent amateur des romans d’Anthony Trollope, et Mackenzie King admirait Matthew Arnold au point de se procurer les mêmes livres que ce poète.

Livre ouvert montrant l’intérieur de la page couverture. Collé sur le côté gauche, on aperçoit l’ex-libris de Matthew Arnold. La page de droite est vierge et retenue par un poids.

Ex-libris de Matthew Arnold à l’intérieur de la page couverture de la Sainte Bible (Oxford, Clarendon Press, 1828) conservée dans la collection de livres de la bibliothèque de William Lyon Mackenzie King (no OCLC 1007776528). Source : Bibliothèque et Archives Canada

Arthur Meighen était particulièrement attaché à l’œuvre de William Shakespeare, pouvant en réciter de longs passages de mémoire. En 1934, alors qu’il naviguait vers l’Australie, il composa un discours sur le célèbre écrivain, intitulé « The Greatest Englishman of History » (Le plus grand Anglais de tous les temps). Il l’apprit par cœur et le prononça à quelques reprises, notamment au Canadian Club de Toronto, en février 1936, où sa prestation fut enregistrée. L’allocution fut ensuite offerte sur disque vinyle (no OCLC 981934627), faisant de Meighen le premier premier ministre canadien à lancer un album.

Disque vinyle noir de 12 pouces (30 cm) avec étiquette jaune.

Photo du disque vinyle d’Arthur Meighen, « The Greatest Englishman of History » (Le plus grand Anglais de tous les temps). (OCLC 270719760) Source : Bibliothèque et Archives Canada

Vous pouvez entendre un extrait de ce discours dans le balado de Bibliothèque et Archives Canada intitulé « Les premiers ministres et l’art ».

L’exposition Les premiers ministres et l’art : créateurs, collectionneurs et muses est à l’affiche au 395, rue Wellington, à Ottawa, jusqu’au 3 décembre 2019.


Meaghan Scanlon est bibliothécaire principale des collections spéciales à la Direction générale du patrimoine publié de Bibliothèque et Archives Canada.

Bibliothèque et Archives Canada célèbre aujourd’hui sa naissance, survenue en 2004!

Il y a 15 ans jour pour jour, le 21 mai 2004, le Conseil privé adoptait le décret mettant en vigueur la Loi constituant Bibliothèque et Archives Canada (BAC). Ce faisant, la volonté des législateurs devenait réalité et ouvrait de nouvelles perspectives à une organisation originale à de multiples égards.

Page noire et blanche de la Partie II de la Gazette du Canada, enregistrement TR/2004-58, 2 juin 2004, Loi sur la Bibliothèque et les Archives du Canada. « Le décret fixant au 21 mai 2004 la date d'entrée en vigueur de certains articles de la Loi » est écrit en caractères gras.

Extrait de la Gazette du Canada (vol. 138, no 11) annonçant l’entrée en vigueur de la Loi constituant Bibliothèque et Archives Canada, 21 mai 2004.

Cette naissance est tout à la fois reflet du passé – fruit d’une gestation d’une dizaine d’années – et porteuse d’avenir, tant par les défis auxquels l’organisation est appelée à répondre que par les traits originaux qui vont la caractériser et soutenir son développement futur.

L’idée fait son chemin

Revenons d’abord quelque peu en arrière. Au cours des années 1990, alors que la société canadienne connaît d’importants changements, la pression s’accentue sur les deux institutions qui précèdent BAC, les Archives nationales du Canada et la Bibliothèque nationale du Canada.

D’une part, elles sont confrontées à une expansion des besoins, associés à l’explosion des ressources documentaires ainsi qu’à l’arrivée des technologies de l’information, ces dernières transformant leurs pratiques et leurs rôles. D’autre part, le gouvernement du Canada, face à un déficit élevé, lance un examen des programmes qui réduit considérablement leurs moyens.

Alors que le numérique émerge comme nouvelle voie de diffusion et d’accès aux archives et aux publications, une question se pose avec acuité : comment mieux répondre aux attentes des Canadiens? Dès 1994, l’idée de fusionner les Archives et la Bibliothèque nationales est dans l’air. Elle sera examinée en 1999 par l’historien John English, mais rejetée au profit d’une concertation plus étroite entre les deux institutions.

Parallèlement, une commission parlementaire se penche sur le rôle du gouvernement du Canada en matière de patrimoine. Son rapport, déposé à l’aube du nouveau millénaire, fait une large place au numérique en favorisant l’accès des Canadiens aux ressources documentaires requises pour créer une société du savoir. En outre, les dirigeants récemment nommés à la tête des deux institutions entendent favoriser davantage les activités communes.

Sous cette double poussée, intégrer les deux institutions dans une seule structure devient une possibilité réelle, qui est annoncée dans le discours du Trône de 2002. Le cheminement législatif ne sera complété qu’en mai 2004, obtenant en cours de route le soutien des principales associations professionnelles et organisations du milieu.

Capture d'écran du site Web de BAC avec « Bibliothèque et Archives Canada » écrit en rouge en haut de l'écran, suivi du titre « Quoi de neuf? Proclamation de la Loi constituant Bibliothèque et Archives Canada ».

Annonce de la proclamation de la Loi constituant Bibliothèque et Archives Canada, publiée sur le site Internet de BAC.

Fruit de ce cheminement, la nouvelle institution se donne comme leitmotiv d’être une « institution du savoir » qui favorise l’accès des Canadiens à leur patrimoine documentaire. Cette approche est soutenue visuellement par un logo associant un inukshuk avec le slogan « Ici le savoir ».

Quatre caractéristiques majeures d’une institution unique : Bibliothèque et Archives Canada

Au cours de ce processus de gestation, quatre caractéristiques de la nouvelle institution vont émerger pour lui permettre d’affronter les futurs défis.

Les deux premières sont de nature politique. Il y a d’abord l’intégration, en vertu de la Loi, des deux institutions en une seule, un phénomène rare dans le domaine du patrimoine documentaire. C’est également le fruit de la volonté affirmée par Ian E. Wilson, l’archiviste national, et par Roch Carrier, administrateur général de la Bibliothèque nationale, de regrouper les fonctions dans une structure interne intégrée, une approche encore inédite.

Deux photographies couleur côte à côte. La photo de gauche montre un homme, Ian Wilson, debout derrière un podium, ainsi qu’une affiche sur laquelle on peut lire « Ici le savoir » derrière lui. La photo de droite montre également un homme, Roch Carrier, au podium.

À gauche, Ian E. Wilson en 2005. L’affiche « Ici le savoir » est bien visible. Crédit : David Knox, Bibliothèque et Archives Canada. À droite, Roch Carrier, administrateur général de la Bibliothèque nationale du Canada. Crédit : David Barbour, Bibliothèque nationale du Canada.

Vient ensuite l’insertion, dans la loi, d’un concept novateur : le patrimoine documentaire. Fruit d’une évolution internationale, ce concept est une clé de voûte faisant le pont entre les archives et les bibliothèques. En permettant l’intégration des pratiques professionnelles, notamment numériques, il constitue un appel à collaborer pour préserver le patrimoine documentaire et y donner accès.

Les deux autres traits sont de nature organisationnelle et visent à consolider l’organisation. À l’interne, d’abord, un programme intitulé Transformation vise l’aménagement des deux univers professionnels pour générer un espace commun et, comme le mentionne Ian Wilson, « rechercher les points communs plutôt que les différences ». Ensuite, à l’externe, tant les Archives que la Bibliothèque nationales s’engagent dès les années 1990 dans la voie de la collaboration avec les autres institutions du pays. Dans la foulée des changements qui s’opèrent, plusieurs consultations sont organisées avec les partenaires, qu’il s’agisse d’associations professionnelles ou de regroupements d’organismes. En somme, le milieu lui-même est convié à cheminer et à soutenir la nouvelle institution tout au long du processus. Ces échanges permettent au projet d’avancer relativement harmonieusement, ce qui contribue certainement à la réussite de la métamorphose.

Bref, en 2004, une voie nouvelle s’ouvrait pour l’institution chargée de préserver la mémoire canadienne. Si les défis étaient nombreux, et le sont toujours, non seulement Bibliothèque et Archives Canada s’est taillé une place unique dans le monde, mais il est mieux outillé pour aller de l’avant.

« En tant qu’institution unique, nous démontrons qu’en réunissant nos collections et notre expertise, et en élaborant des services et des programmes qui répondent aux besoins des Canadiens, nous avons adopté des mesures pour apporter la meilleure contribution possible au progrès et à la qualité de vie des Canadiens. Nous partageons tous une même responsabilité : aider BAC à réaliser son plein potentiel. » [Traduction]

         Ian E. Wilson, premier bibliothécaire et archiviste du Canada, lors de la        rencontre de tout le personnel (quelques jours après la proclamation de la Loi), 8 juin 2004

Pour en savoir plus, consultez l’article intitulé « La naissance d’une institution unique » paru dans le numéro printemps-été 2019 de Signatures.


Alain Roy est conseiller en politique à Bibliothèque et Archives Canada.

C’est une question de point de vue

Par Kristen Ann Coulas

Pour paraphraser l’héroïne d’Aminata, roman primé de Lawrence Hill, on sollicite rarement notre imagination pour essayer de comprendre les autres. La plupart d’entre nous seront sans doute d’accord : même quand on tente de se mettre dans la peau d’autrui, il est difficile de saisir des concepts que l’on ne connaît pas ou ne comprend pas. C’est pourquoi il est si important d’avoir une littérature riche alimentée par des auteurs de tous horizons.

La magie qui opère quand on se plonge dans leurs univers change notre point de vue sur le monde. Tout à coup, on voit les choses en profondeur et les nuances se multiplient. Élargir sa vision du monde, c’est s’enrichir soi-même, devenir de meilleurs amis et de meilleurs voisins.

Voici quelques œuvres récentes d’auteurs qui ont ajouté leur voix au catalogue collectif national.

Essai

I’ve Been Meaning to Tell You: A Letter to My Daughter, David John Chariandy

ISBN : 978-0-771018-07-7

https://bac-lac.on.worldcat.org/oclc/1027055103

https://bac-lac.on.worldcat.org/oclc/1027055103?lang=fr

Fils d’immigrants noire et sud-asiatique de Trinité, David Chariandy laisse de côté les récits qui lui ont valu plusieurs prix pour se pencher sur son histoire personnelle et ancestrale. Dans cet essai touchant qu’il dédie à sa fille, l’auteur parle de ce qu’il fait pour rester fidèle à son identité culturelle et la cultiver tout en vivant au Canada.

A Mind Spread Out on the Ground, Alicia Elliott

ISBN : 978-0-385692-38-0

Audacieuse, l’auteure tuscarora Alicia Elliott ouvre son cœur et met au jour des détails intimes de sa propre vie et de son expérience des traumatismes intergénérationnels pour livrer un point de vue qui lui est propre dans le livre A Mind Spread Out on the Ground. Elle examine la vie sous toutes ses facettes, prenant de front les questions difficiles et des sujets comme l’héritage du colonialisme.

Forgiveness, Mark Sakamoto

ISBN : 978-1-443417-97-6

L’auteur invite les lecteurs à découvrir le passé de sa famille, de l’expérience de son grand-père, qui fut un prisonnier de guerre canadien par l’armée japonaise, à celle de sa grand-mère, qui vécut l’internement des Canadiens d’origine japonaise par le gouvernement du Canada durant la Deuxième Guerre mondiale. Il y découvre un fil conducteur, le pardon, dont il retrace le parcours jusqu’à sa propre vie. Gagnant d’un Combat des livres en 2018, Forgiveness est une histoire familiale décryptée.

Étienne Boulay : le parcours d’un battant, Marc-André Chabot

ISBN : 978-2-764812-82-2

Cette œuvre récente de Marc-André Chabot décrit le tortueux combat de son ami Étienne Boulay contre la dépendance. Mais loin de se focaliser sur la toxicomanie, le livre jette un regard franc sur la manière dont la vie de cet ami a façonné l’homme qu’il est devenu, montrant au passage l’importance de pouvoir compter sur une équipe solide.

Poésie

heft, Doyali Islam

ISBN : 978-0-771005-59-6

À la fois lyrique et novateur, heft, deuxième recueil de la poète primée Doyali Islam, comprend des œuvres conçues dans le style de « poésie parallèle » qui lui est propre. Les poèmes ont notamment été publiés dans la Kenyon Review Online et The Fiddlehead, et certains d’entre eux ont remporté des concours et des prix d’envergure nationale.

This Wound is a World, Billy-Ray Belcourt

ISBN : 978-1-927823-64-4

Lauréat de plusieurs prix, le poète Billy-Ray Belcourt figurait en 2016 sur la liste des auteurs autochtones à surveiller de CBC Books. Ce recueil éblouissant aborde avec brio les thèmes de l’identité queer, du désir et de la survivance. En 2018, This Wound is a World a remporté le prix Griffin pour la poésie et le prix littéraire Robert-Kroetsch de la ville d’Edmonton.

Fiction

Things Are Good Now, Djamila Ibrahim

ISBN : 978-1-487001-88-9

Things are Good Now est le premier recueil de nouvelles de Djamila Ibrahim, auteure d’origine éthiopienne arrivée au Canada en 1990. Elle y explore des thèmes comme le remords, la race, l’espoir, l’amitié, les relations humaines et le pouvoir de la mémoire, tout cela à travers la lunette de l’immigration. Chacune des histoires du recueil, aussi enlevantes que poignantes, dégage une authenticité qui fait douter de sa nature fictionnelle.

Saints and Misfits, S. K. Ali

ISBN : 978-1-481499-24-8

Saints and Misfits est l’émouvant récit d’une jeune musulmane et de son passage à l’âge adulte. Ce roman pour jeunes adultes s’attaque à des problèmes bien concrets et difficiles : agression sexuelle et abus de pouvoir s’y mêlent à l’exploration des thèmes de l’anxiété et de l’identité à l’adolescence. Respirant l’espoir et le dévouement, le premier roman de S. K. Ali mérite amplement la place qu’il a occupée sur la liste préliminaire du Combat des livres en 2018.

Thelma, Louise et moi, Martine Delvaux

ISBN : 978-2-924666-55-5

Dans ce saisissant portrait du féminisme, Martine Delvaux se penche sur l’influence du film Thelma et Louise. Elle explore l’évolution de sa propre perspective sur l’œuvre en racontant des anecdotes du film et en dévoilant ses réflexions personnelles. Thelma, Louise et moi nous rappelle l’importance de s’affirmer face à une société qui est toujours là pour nous faire douter de nous-mêmes.

Jeunesse

Takannaaluk, Herve Paniaq, illustrations de Germaine Arnaktauyok

ISBN : 978-1-772271-81-2

Ce magnifique album raconte les origines de Takannaaluk, mère des mammifères marins et plus importante figure de la mythologie inuite. La verve saisissante d’Herve Paniaq, aîné respecté, s’anime à travers les illustrations de la célèbre artiste inuite Germaine Arnaktauyok.

Visitez une bibliothèque près de chez vous pour emprunter ces livres, ou consultez le nouveau catalogue de Bibliothèque et Archives Canada, Aurora.


Kristen Ann Coulas est bibliothécaire responsable des acquisitions à Bibliothèque et Archives Canada

Coup d’œil au travail accompli en coulisses par le bibliothécaire au catalogage

Arouce Wasty

Octobre, le Mois des bibliothèques, est une occasion de célébrer celles-ci et le travail accompli par les bibliothécaires, les bibliotechniciens et les autres employés afin que tout le monde puisse accéder aux connaissances et aux ressources documentaires qui s’y trouvent. Dans l’esprit de ce mois, penchons-nous sur un aspect des bibliothèques que les usagers et le personnel ne voient habituellement pas : le travail effectué en coulisses par le bibliothécaire au catalogage.

Photographie en noir et blanc de deux femmes dans une bibliothèque. L’une examine un catalogue sur fiches et l’autre tient un livre et regarde l’autre femme travailler.

Image de bibliothécaires s’occupant de livres, mars 1941. (MIKAN 3571070)

Vous verrez rarement, voire jamais, un bibliothécaire au catalogage au service de référence de votre bibliothèque locale. Souvent, il travaille dans un autre immeuble, un endroit où il y a autant de livres, sinon plus, qu’à la bibliothèque! Avec l’aide de techniciens au catalogage, il prépare les diverses ressources (livres, CD, DVD, jeux vidéo) à placer à la bibliothèque principale. De plus, le bibliothécaire et les techniciens au catalogage entrent les renseignements bibliographiques de ces articles dans le système informatique de la bibliothèque. Le catalogage vise principalement à saisir des renseignements bibliographiques exacts sur un article, ce qui le rend facile à trouver dans le catalogue de la bibliothèque.

Cela semble assez simple, pas vrai? En réalité, le catalogage peut s’avérer plutôt complexe. Il se compose essentiellement de deux étapes : le catalogage descriptif et l’analyse documentaire.

Le catalogage descriptif consiste à trouver et à entrer les renseignements décrivant l’article conformément aux normes de catalogage. Les données descriptives comprennent des renseignements comme le nom de l’auteur, le titre, le nom de l’éditeur, le nombre de pages et le type de fichier. Ces renseignements sont entrés dans la notice bibliographique de l’article.

Vient ensuite l’analyse documentaire de l’article. Le bibliothécaire au catalogage établit alors le sujet principal de l’article. C’est là que les choses deviennent assez compliquées. Même si le bibliothécaire au catalogage établit le sujet de l’article, il doit se servir d’outils comme les vedettes-matières de la Bibliothèque du Congrès (Library of Congress Subject Headings ou LCSH) ou les vedettes-matières canadiennes (Canadian Subject Headings) pour trouver les termes ou les vedettes-matière appropriés qui sont liés au sujet. Par exemple, pour un livre sur les voitures, la vedette-matière appropriée, selon la LCSH, serait « automobiles » et non « voitures ». Il arrive parfois que des termes multiples soient groupés pour créer une vedette-matière. Par exemple, la vedette-matière d’un livre sur les conditions sociales dans les pays africains, dans les années 1990, serait probablement « Afrique – conditions sociales – 20e siècle ». Certains articles ont de multiples vedettes-matières pour couvrir la gamme des sujets principaux touchés ou tous les aspects du sujet.

Un autre élément de l’analyse documentaire est l’assignation d’une cote à l’article. Une cote regroupe l’article avec d’autres sur le même sujet. Il se peut que vous connaissiez le système décimal Dewey utilisé dans les bibliothèques publiques; les bibliothèques universitaires utilisent le système de classification de la Bibliothèque du Congrès. Un bibliothécaire au catalogage assigne un de ces types de cotes ou les deux à un article. Les cotes et les vedettes-matières sont aussi entrées dans la notice bibliographique.

Copie écran en couleurs d’une entrée de catalogue fournissant les données descriptives et les données analytiques.

Figure 1 : Exemple de notice bibliographique

Rappelez-vous que le catalogage ne concerne pas seulement la description d’un article ou l’établissement de son sujet. Il vise principalement à permettre aux usagers de la bibliothèque de trouver des articles dans le catalogue de la bibliothèque et d’y accéder. Grâce au catalogage descriptif, les usagers les trouvent en cherchant par mot-clé et en utilisant les options de recherche avancée, comme le titre et l’auteur. L’analyse documentaire permet aux usagers de trouver des articles sur un sujet précis en cherchant par sujet dans le catalogue de leur bibliothèque locale. Et, bien sûr, grâce aux cotes, les usagers trouvent les articles sur les tablettes de la bibliothèque.

Il s’agit juste d’un aperçu du travail accompli par les bibliothécaires et les techniciens au catalogage. Même si vous ne les rencontrerez peut-être jamais, le travail qu’ils effectuent a une grande incidence sur le fonctionnement d’une bibliothèque et l’expérience des usagers de celle-ci.


Arouce Wasty est bibliothécaire au catalogage, Division de la description, Direction générale du patrimoine publié.

Les BD à Bibliothèque et Archives Canada

Vous ne serez pas surpris d’apprendre que Bibliothèque et Archives Canada (BAC), le gardien du patrimoine documentaire national, conserve une gamme de publications canadiennes. Mais saviez-vous qu’il possède aussi une grande collection de bandes dessinées publiées au Canada et à l’étranger par des auteurs canadiens?

C’est généralement grâce au dépôt légal que BAC acquiert les BD publiées au pays, mais deux donateurs privés lui ont aussi confié d’importantes collections.

La plus grande, la collection de bandes dessinées canadiennes John Bell, provient d’un ancien archiviste de BAC et historien de la bande dessinée, John Bell. Elle compte environ 4 000 BD en tous genres, allant des histoires de superhéros de la Deuxième Guerre mondiale aux magazines du 21e siècle. Elle n’est pas cataloguée, mais la liste complète se trouve dans AMICUS.

Photographie en couleur montrant une boîte contenant des fichiers avec des étiquettes. Un fichier est à moitié sortie de la boîte et montre une BD avec une couverture rouge avec le prix modique de 10¢.

Une boîte de la collection Bell Features cataloguée et emboîtée

La collection Bell Features est elle aussi riche en BD canadiennes de la Deuxième Guerre mondiale. Elle compte pas moins de 382 bandes dessinées provenant des archives de la maison d’édition torontoise Bell Features, un des plus grands éditeurs canadiens de l’époque. Composée de BD anciennes extrêmement rares, elle compte parmi les plus importantes ressources sur les bandes dessinées. Tous les titres de cette collection ont été catalogués dans AMICUS.

Depuis quelques décennies, les bandes dessinées et les romans illustrés, à l’instar d’autres genres littéraires, font l’objet d’études sérieuses. Mais cela n’a pas toujours été le cas : dans les années 40, elles étaient plutôt perçues comme des livres jetables pour enfants, comme le démontrent les jeux publiés dans les BD de Bell Features. De nature éphémère, elles étaient imprimées sur du papier journal de piètre qualité, ce qui soulève des difficultés du point de vue de leur conservation. Heureusement, les conditions ambiantes sont optimales dans les chambres fortes ultramodernes du Centre de préservation de BAC.

Les BD de la collection Bell Features sont protégées de la lumière et de la saleté dans des boîtes fermées, sans acide. Chaque bande dessinée est placée dans une enveloppe de papier dont le haut et le côté se détachent; il est donc possible de la sortir sans l’accrocher ou la déchirer. En outre, la réserve alcaline des enveloppes ralentit la détérioration du papier causée par l’acide.

Pour découvrir le monde passionnant des bandes dessinées canadiennes, écoutez notre balado Protecteurs du Nord : les bandes dessinées au Canada.

Ressources connexes

Des vedettes-matière bien de chez nous

Les recherches par sujet dans la collection de Bibliothèque et Archives Canada se font principalement avec les vedettes-matière de la Bibliothèque du Congrès des États-Unis, dont la liste est continuellement mise à jour depuis 1898. (Elles sont connues sous l’acronyme LCSH, pour « Library of Congress Subject Headings ».) Toutefois, les thèmes typiquement canadiens figureront probablement dans le Répertoire de vedettes-matière publié par la Bibliothèque de l’Université Laval, ou dans son équivalent anglais, le Canadian Subject Headings.

Ces deux outils ont été conçus pour être utilisés de pair avec les vedettes-matières de la Bibliothèque du Congrès. Les sujets y sont classés selon la même structure, et la plupart des politiques correspondent à celles de la Bibliothèque du Congrès.

En 1968, l’ancienne Bibliothèque nationale du Canada a dressé une première liste d’accès à des sujets canadiens qui n’étaient pas traités par la Bibliothèque du Congrès. L’objectif : les aborder du point de vue du Canada. Depuis l’an 2000, le répertoire Canadian Subject Headings est affiché sur Internet avec AMICUS, le catalogue de Bibliothèque et Archives Canada. Il est sans cesse renouvelé pour refléter les sujets abordés dans une perspective canadienne, y compris les sujets d’actualité.

Le répertoire Canadian Subject Headings couvre principalement les domaines de la culture, de l’économie, de l’histoire, de la littérature, de la politique et de la société canadiennes. Parmi les sujets traités, mentionnons l’histoire économique et sociale du Canada, le gouvernement du Canada, la géographie du Canada, le système judiciaire canadien, l’approche du Canada à l’égard des langues secondes, le bilinguisme et le multiculturalisme, ainsi que les Autochtones.

Copie d’écran du résultat d’une recherche lancée dans la version française du Canadian Subject Heading avec la vedette-matière canadienne « couverture de la Baie d’Hudson ».

Résultat d’une recherche sur une vedette-matière propre au Canada (couverture de la Baie d’Hudson), lancée dans la version française du Canadian Subject Heading.

Voici quelques exemples illustrant notre identité unique :

 Native youth [Canadian Subject Headings, ou CSH]
Jeunesse autochtone [Répertoire des vedettes-matière, ou RVM]

Native peoples – Canada – Residential schools [CSH]
Pensionnats autochtones – Canada [RVM]

Hudson’s Bay blankets [CSH]
Couvertures de la Baie d’Hudson [RVM]

Canada – History – War of 1812 [CSH]
Canada – Histoire – 1812, Guerre de [RVM]

Italian Canadians [CSH]
Canadiens d’origine italienne [RVM]

European Canadian authors [CSH]
Auteurs canadiens d’origine européenne [RVM]

Voyageurs [CSH]
Coureurs des bois [RVM]

Habitants – Canada [CSH]
Agriculteurs – Canada – Histoire – 18e siècle [RVM]

Goods and services tax – Canada [CSH]
Taxe sur les produits et services [RVM]

Band membership [CSH]
Nationalité indienne [RVM]

Films for second language learners [CSH]
Films pour allophones [RVM]

Sugar bush—Canada [CSH]
Érablières [RVM]

Aimeriez-vous proposer une nouvelle vedette-matière pour le répertoire Canadian Subject Headings? Nous serons heureux de recevoir votre proposition! Envoyez-la au rédacteur du répertoire, à normes@bac-lac.gc.ca.

Un ajout récent à la collection de livres rares

Une collection de 500 livres publiés avant 1800 a été récemment relocalisée dans la chambre forte des livres rares à Bibliothèque et Archives Canada pour y être conservée en permanence. Cette chambre forte offre des conditions environnementales optimales garantissant la préservation adéquate de cette collection très spéciale au bénéfice des générations futures. Avant leur transfert à Bibliothèque et Archives Canada, ces livres appartenaient à la Bibliothèque du Parlement. La majeure partie de la collection est constituée d’ouvrages publiés en Angleterre ou en France, et beaucoup de ces oeuvres comprennent plusieurs volumes. Les sujets traités vont de la géographie à l’histoire, en passant par le théâtre et les essais.

Photographie couleur montrant des rangées de livres sur une étagère. Chaque livre est identifié par une bande de papier portant une cote topographique.

Emplacement permanent dans la chambre forte des livres rares.

À propos de la collection

La plupart des livres possèdent une reliure du 18e siècle, entièrement ou partiellement en cuir, fabriquée à la main. La collection comprend également certains ouvrages reliés en papier, en tissu ou en parchemin. Les livres sont ornés de dorures et de titres complexes, et sont souvent rehaussés de papier marbré aux motifs originaux et très étonnants, utilisé généralement comme page de garde.

Photographie couleur d’un livre ouvert montrant un somptueux papier marbré servant de page de garde.

Détail d’un papier marbré.

Collage photographique en couleur de quatre estampilles représentant un castor, illustrant les différents styles d’estampilles que l’on retrouve sur les livres.

Le « castor » de la Bibliothèque du Parlement estampillé sur le dos de plusieurs livres. Le style et les motifs complexes du castor ont évolué au fil des ans, mais la marque bien connue demeure facilement identifiable.

État de conservation des livres

Avant d’être ajoutés à la collection de livres rares, plusieurs de ces ouvrages ont subi des dommages dus à différents facteurs tels que l’humidité, la température, la lumière et la poussière. Quelques livres sont en excellent état, avec une reliure et un bloc de feuilles parfaitement intacts, mais plusieurs sont endommagés et montrent des signes de détérioration. Certains volumes ont été abimés par l’eau et le feu, ou contiennent des traces d’infestation d’insectes ou de rongeurs nuisibles, alors que d’autres sont affaiblis et détériorés par des siècles de manipulation.

Pourriture rouge et détérioration du cuir

Un fort pourcentage de la collection (environ 90 %) présente une détérioration du cuir plus ou moins grave. Dans certains cas extrêmes, les conservateurs l’identifient à de la pourriture rouge. Ce genre de détérioration est un problème qui touche fréquemment les cuirs de cette époque, car les tanins utilisés dans leur processus de fabrication contiennent des produits chimiques qui, avec le temps et au contact de l’oxygène, subissent une transformation chimique qui détruit la structure moléculaire du cuir. Ce phénomène provoque un affaiblissement du cuir qui s’effrite et se transforme en poudre.

Photographie couleur d’une main gantée tenant un livre portant des signes évidents de pourriture rouge. Le gant et la manche sont couverts d’une fine poussière brun-rouge.

Un exemple de pourriture rouge — cette expression décrit la poudre rougeâtre qui apparaît à la surface d’une reliure de cuir gravement endommagée.

Prochaines étapes pour cette collection

Il y a tant à apprendre de cette collection de magnifiques livres anciens. Ne manquez pas nos prochains billets portant sur l’inventaire physique de la collection, comprenant une description détaillée de son état de conservation, des divers traitements de conservation requis, de la composition matérielle des livres, des types de décorations, etc. Consultez aussi le blogue suivant, qui explique en détail les étapes à entreprendre pour préserver cette remarquable collection.

Une page dans chaque livre canadien : catalogage avant publication

Toujours pressés de plonger dans un nouveau livre, vous avez peut-être déjà remarqué le verso de la page titre — un amalgame étrange de mots et de chiffres portant le titre « Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada ».

Image montrant la première page rector d’un livre avec l’information de catalogage.

Exemple de l’information de catalogage avant publication pour le livre The Night Before Christmas (AMICUS 41951076)

Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi et comment Bibliothèque et Archives Canada (BAC) met son sceau sur votre matériel de lecture et sur presque toutes les publications publiées au Canada? La réponse est simple. Le catalogage avant publication (aussi connu sous l’acronyme CIP) est préparé par les bibliothécaires avant la date de lancement d’un livre. Le CIP permet aux bibliothèques canadiennes de précommander un livre, de le cataloguer et de le classer rapidement, ce qui signifie que les usagers des bibliothèques peuvent y avoir accès beaucoup plus vite que si chaque bibliothèque devait effectuer tout le travail de catalogage et de classement individuellement.

Presque 9 000 nouvelles publications canadiennes sont cataloguées annuellement par l’équipe de catalogage avant publication, un groupe d’environ dix bibliothécaires au catalogage qui travaillent au sein de la Division de la description des ressources de BAC. L’équipe travaille en étroite collaboration avec des dizaines d’éditeurs partout au Canada afin de partager les métadonnées de livres canadiens à l’échelle internationale. Le programme canadien de catalogage avant publication existe depuis les années 1970. Il s’agit d’une grande réussite dans l’histoire de BAC qui se répète à chaque livre.

Pour en apprendre davantage sur ce programme, veuillez consulter la page Catalogage avant publication.