Conservatrice invitée : Andrea Kunard

Bannière pour la série Conservateurs invités. À gauche, on lit CANADA 150 en rouge et le texte « Canada: Qui sommes-nous? » et en dessous de ce texte « Série Conservateurs invités ».Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

Joignez-vous à nous chaque mois de 2017! Des experts de BAC, de tout le Canada et d’ailleurs donnent des renseignements additionnels sur l’exposition. Chaque « conservateur invité » traite d’un article particulier et en ajoute un nouveau — virtuellement.

Ne manquez pas l’exposition Canada : Qui sommes-nous? présentée au 395, rue Wellington à Ottawa, du 5 juin 2017 au 1er mars 2018. L’entrée est gratuite.


L’île Blacklead, dans le golfe de Cumberland, aux abords de l’île de Baffin, dans les Territoires du Nord-Ouest (le Nunavut actuel), par Albert Peter Low, vers 1903-1904

Panorama en noir et blanc d'un gros iceberg à proximité d'une île rocheuse, photographié depuis un bateau.

Entrée de l’île Blacklead, dans le golfe de Cumberland, aux abords de l’île de Baffin, dans les Territoires du Nord-Ouest (le Nunavut actuel), par Albert Peter Low, 1903-1904 (MIKAN 3203732)

En 1904, le Canada affirme sa souveraineté dans l’Arctique : les forces de l’ordre migrent vers le nord, accompagnées d’arpenteurs étudiant le territoire. Le Canada se définit de nouveau comme un pays nordique.


Parlez-nous de vous.

Lorsque j’ai commencé à effectuer de la recherche historique en photographie dans le cadre de mon programme de maîtrise à l’Université Carleton, j’ai pratiquement vécu à Bibliothèque et Archives Canada. La collection est fantastique, et c’était pour moi l’expérience la plus fascinante que celle de regarder des photographies prises il y a plus de 150 ans. J’ai ensuite poursuivi ma recherche sur les photographies historiques, tout en étant conservatrice de la photographie contemporaine au Musée canadien de la photographie contemporaine et, maintenant, au Musée des beaux-arts du Canada. Je me suis toujours intéressée à la photographie de l’exploration ou aux utilisations gouvernementales de cette technique. Les photographies de Humphrey Lloyd Hime sont particulièrement intéressantes en ce qu’elles sont les premières connues, sur support papier, qui représentent l’intérieur de l’Amérique du Nord. L’appareil photo était un outil utile pour divers intérêts, mais également une façon d’englober de nombreuses préoccupations de l’époque, en particulier les virages dans le domaine de la religion à la suite de découvertes scientifiques. Beaucoup de photographies dites objectives de l’époque reflètent également des croyances spirituelles et la moralité. En outre, les valeurs esthétiques de l’Ouest jouent un rôle dans la communication des idéaux, et les meilleurs photographes d’alors, comme Alexander Henderson, sont très compétents pour manier le ton, la ligne, la forme et la texture, afin de combiner le sublime du paysage et la foi fervente de la période avec les progrès scientifiques et technologiques.

Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

Bien que cette photographie présente un paysage aride et apparemment désert, l’endroit était loin de l’être. Albert Peter Low (1861-1942), agent principal de la Commission géologique du Canada, a pris cette photographie à l’entrée de l’île Blacklead lors d’une expédition en 1903-1904, financée par le gouvernement canadien. Il a publié le récit de son voyage dans son livre célèbre, The Cruise of the Neptune. Par le passé, l’île Blacklead était une importante station baleinière; toutefois, au temps de Low, la population de baleines avait presque complètement disparu du secteur. De plus, les stations baleinières avaient radicalement changé le style de vie, les cycles de chasse et l’économie des Inuits. La raison d’être de l’expédition de Low était d’établir la souveraineté canadienne dans le Nord, au moyen de proclamations et dans le respect de la primauté du droit. Toutefois, la photographie de Low ne révélait rien de ce programme politique. Elle présente plutôt un aperçu paisible, tirant avantage d’un panorama étendu et d’éléments classiques du paysage sublime. L’iceberg semble gigantesque et insurmontable, attrayant dans sa blancheur. Par contre, l’île est sombre et plus détaillée. Les deux sujets, glace et roc, semblent être en opposition, suspendus entre un ciel nuageux et une mer ondoyante et glacée.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

Représentation aux teintes sépia d'herbes des prairies qui s'élancent vers le ciel, avec un crâne et un os à l'avant-plan.

La Prairie regardant vers l’ouest par Humphrey Lloyd Hime, 1858 (MIKAN 4631344)

La prairie, regardant vers l’ouest (1858), de Humphrey Lloyd Hime, est une des images les plus énigmatiques de l’histoire de la photographie canadienne. Elle montre un paysage austère, dans lequel paraissent un crâne et un os (humains?). La photographie a été prise près de la colonie de la rivière Rouge, maintenant la ville de Winnipeg. Hime travaillait pour l’expédition de l’Assiniboine et de la Saskatchewan, envoyée par le gouvernement afin d’évaluer le potentiel agricole de la région ainsi que la pertinence de celle-ci pour le peuplement. Elle contient le territoire désert, qui attend apparemment l’occupation humaine. Toutefois, la présence du crâne est provocatrice. Hime a fort probablement organisé la photographie en se servant du crâne d’une femme autochtone, trouvé plus tôt dans un secteur du Sud manitobain. Comme il l’écrivait dans son journal le 28 juin 1858, « […] trouvé un crâne près d’une tombe de la prairie – il avait été sorti par des loups – conservé le crâne […] » Cette rencontre permet d’expliquer l’image de diverses façons. La photographie peut évoquer l’expérience vécue par Hime ou être une façon d’ajouter un élément dramatique à un paysage par ailleurs vague. La présence du crâne est également liée à la fascination de la société du XIXe siècle pour les méthodes d’inhumation autochtones. Toutefois, comme la légende n’explique pas qu’il s’agissait d’un crâne autochtone, les personnes qui regardent peuvent comprendre avec angoisse que le territoire comporte la possibilité de leurs propres épreuves et décès. L’intérieur du pays était alors en grande partie inconnu, et nombreux étaient ceux qui pensaient qu’il s’agissait d’un désert aux proportions bibliques.

Biographie

Photo en couleur d'une femme portant des lunettes regardant directement dans la caméra.Andrea Kunard est conservatrice associée des photographies au Musée des beaux-arts du Canada. Elle a présenté plusieurs expositions collectives et monographiques axées sur la photographie contemporaine, notamment Mouvance et mutation (2000), Susan McEachern : Multiplicité de sens (2004), Regards d’acier : Portraits par des artistes autochtones (2008), Scott McFarland : La réalité aménagée (2009), Fred Herzog (2011), Collision : Le conflit et ses conséquences (2012), et Michel Campeau : Icônes de l’obsolescence (2013). Elle est actuellement co-conservatrice d’une rétrospective majeure sur une artiste qui vit et travaille à Terre-Neuve, Marlene Creates, ainsi que d’une exposition bilan, La photographie au Canada : 1960-2000, pour 2017. Elle a enseigné l’histoire de la photographie, l’art canadien et la théorie culturelle à l’Université Carleton et à l’Université Queen’s. De plus, elle a codirigé The Cultural Work of Photography in Canada, ouvrage publié par McGill-Queen’s University Press. Elle a présenté des exposés sur la photographie au Canada et rédigé des articles sur la photographie contemporaine et historique dans diverses publications, dont The Journal of Canadian Art History, International Journal of Canadian Studies, Early Popular Visual Culture, Muse, BlackFlash, ETC Montréal. Elle travaille actuellement à un projet Web majeur portant sur la photographie documentaire, projet qui est centré sur la collection du Service de la photographie de l’Office national du film, au Musée des beaux-arts et à Bibliothèque et Archives Canada.

 

 

Conservateur invité : Adam Gaudry

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Traité de Selkirk, 1817

Image du Traité Selkirk, un grand document manuscrit au bas duquel figurent les signatures des Européens et les marques des chefs.

Le « Traité Selkirk », signé le 18 juillet 1817 par les chefs et guerriers soussignés Chippewa, ou nation des Saulteaux, les Kiltistino de la nation crie et le très honorable Thomas, comte de Selkirk, au nom du roi George III. (MIKAN 3972577)

Lord Selkirk entrevoyait un grand potentiel agricole pour le Canada, notamment grâce à l’apport des colons écossais et irlandais. Les Premières Nations et les Métis étaient exclus de cette vision.


Parlez-nous de vous.

Dans ma carrière universitaire, je fais de la recherche sur l’identité métisse et l’histoire politique. Cela signifie qu’une grande partie des documents que j’écris portent principalement sur les communautés métisses du 19e siècle. Je souhaite connaître la perception des Métis concernant les principales forces sociales, économiques et politiques qui ont façonné leurs vies et savoir de quelle manière ils s’organisaient pour influer sur des Prairies en évolution dans l’Ouest – et comment ils s’épanouissaient. Je suis Métis et professeur adjoint à la Faculté des études autochtones et au Département des sciences politiques de l’Université de l’Alberta.

Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

Photo noir et blanc de Thomas Douglas portant une veste noire, un gilet blanc et une cravate blanche.

Thomas Douglas, le 5e comte de Selkirk (1771-1820). (MIKAN 3526168)

Le Traité Selkirk de 1817 est un accord entre lord Selkirk — comte écossais pratiquant la spéculation foncière et actionnaire principal de la Compagnie de la Baie d’Hudson — et les Nehiyawak ainsi que les Anishinaabeg (Cris et Saulteux) de la vallée de la rivière Rouge (maintenant le sud du Manitoba). Il permettait à des colons écossais de s’établir au pays en échange d’une quantité substantielle de tabac à titre de « présent annuel » ou, comme le voyaient les Anishinaabe, de « redevance ».

Avant 1817, lord Selkirk avait essayé de coloniser les terres sans la permission des Autochtones de l’endroit en achetant celles-ci à la Compagnie de la Baie d’Hudson. Il est compréhensible que la prétention de posséder ce territoire de 116 000 milles carrés sur lequel il n’avait aucune présence ou influence ait fâché les propriétaires véritables des terres. De 1812 à 1816, de nombreux chefs autochtones ont formulé des plaintes importantes, soulignant l’absurdité qu’un étranger affirme posséder leur territoire et menaçant d’intervenir contre tout inconnu qui coloniserait leurs terres.

Cette opposition était plus prononcée parmi les Bois-Brûlés, la « nouvelle nation » du Nord-Ouest, qui s’appelleraient bientôt les Métis. Les communautés autochtones faisaient aussi partie d’un réseau complexe d’alliances qui les reliait à deux compagnies rivales de traite de fourrures —la Compagnie de la Baie d’Hudson, procolonisation, et la Compagnie du Nord-Ouest, anticolonisation. La dernière compagnie était composée de personnes étant aussi chefs des Bois-Brûlés. Au cours des étés 1815 et 1816, les soldats Bois-Brûlés ont dispersé les premiers colons de lord Selkirk et ont activement interdit aux colons étrangers de s’installer dans la vallée de la rivière Rouge. Le 19 juin 1816, les Bois-Brûlés sont sortis victorieux d’un affrontement spontané avec les employés de la Compagnie de la Baie d’Hudson, tuant 21 d’entre eux et s’emparant du fort puis, plus tard, de la colonie de lord Selkirk à la rivière Rouge. Même si les Métis n’avaient pas signé le traité avec lord Selkirk en 1817, l’agitation métisse de 1815–1816 a constitué un facteur de motivation important lors de la négociation de ce traité, lequel a néanmoins façonné les relations entre les Métis et la Compagnie de la Baie d’Hudson pour des générations à venir.

Aquarelle de la bataille montrant les deux côtés armés de fusils qui se font face dans un champ sous un ciel bleu partiellement nuageux. D’un côté, il y a surtout des employés blancs à pied de la Compagnie de la Baie d’Hudson, et de l’autre, il y a des Métis à cheval ainsi que des employés de la Compagnie du Nord-Ouest.

La bataille des Sept-Chênes, 19 juin 1816, par Charles William Jefferys. (MIKAN 2835228)

En raison de l’échec de la mission de lord Selkirk visant à gagner l’appui des instances politiques en place à la rivière Rouge au plus tard en 1816, lord Selkirk a entrepris le long voyage vers la région pour résoudre d’une certaine façon les hostilités. Puis, il a négocié avec les Nehiyawak et les Anishinaabeg locaux afin d’obtenir la permission d’installer des familles écossaises à la colonie de la rivière Rouge, en échange de présents annuels substantiels qu’il appelait « redevances ». Même si, pour toutes les parties, le traité permettait à des étrangers de s’établir paisiblement, les avis sur la signification du traité en termes de propriété des terres divergeaient. Pendant des années par la suite, lord Selkirk et la Compagnie de la Baie d’Hudson ont affirmé que le traité assurait la cession des terres des Autochtones à lord Selkirk et à la Compagnie. Pour les Autochtones, il établissait une entente de location à long terme les reconnaissant comme les propriétaires tout en amenant de nouvelles personnes dans leur pays, il fournissait des cadeaux annuels généreux aux Nehiyawak et aux Anishinaabeg et il renforçait une nouvelle alliance avec un aristocrate puissant. Le Traité Selkirk est important parce qu’il montre que, lorsque les dirigeants britanniques tentaient de devenir propriétaires des bassins des rivières Rouge et Assiniboine, ils devaient composer avec les titres qu’avaient obtenus les Autochtones par traité s’ils souhaitaient installer leurs sujets à cet endroit.

La description du traité rédigée par l’entourage de lord Selkirk est en soi fascinante de par la terminologie confuse et le langage contradictoire qu’elle contient. En effet, les deux interprétations ci-dessus peuvent être tirées de ce texte. Toutefois, je suis d’avis qu’en lisant ce traité d’un œil critique, nous voyons qu’il reconnaît les Autochtones comme les « propriétaires » de la vallée de la rivière Rouge, en se fondant sur le langage féodal pour décrire une relation de location qui aurait sauté aux yeux d’un noble écossais.

Le document semble contenir des contradictions. D’un côté, il affirme que les chefs des Nehiyawak et des Anishinaabe se sont entendus avec lord Selkirk [traduction] « pour céder à Notre Majesté le Roi toutes les terres adjacentes aux rivières Rouge et Assiniboyne pour l’usage du comte de Selkirk et des colons établis à cet endroit ». D’un autre côté, il mentionne que lord Selkirk, ses héritiers ou ses successeurs « paieraient chaque année aux chefs et aux guerriers un présent annuel ou redevance de 100 livres de bon tabac commercialisable ».

Pour moi, ce qui est particulièrement révélateur à cet égard, ce sont les termes indiquant que cet échange est une relation de location. La redevance, coutume courante à l’époque de lord Selkirk, était une pratique féodale par laquelle un locataire fermier payait un loyer fixe sur les terres occupées par un paysan fermier, ce qui le libérait de toutes les autres obligations envers ce lord. De plus anciennes conventions du système féodal obligeaient les paysans à participer aux travaux publics et aux fonctions militaires définis par leur lord. Cependant, au 19e siècle, afin de maximiser leur rentabilité, de nombreux propriétaires de terres ont regroupé les diverses obligations du système féodal en redevances fixes ou en paiements réguliers remplaçant toutes les autres obligations. La redevance, système de l’époque féodale, reconnaissait explicitement que le seigneur était propriétaire des terres et donnait un caractère officiel à une relation précise entre le lord et le locataire. Au 19e siècle, on savait généralement que la redevance ne transférait pas le titre de propriété au locataire et que la terre demeurait la propriété du seigneur. Eux-mêmes nobles et propriétaires terriens en Écosse, lord Selkirk et ses associés comprenaient intuitivement le langage lié aux redevances. Ainsi, lord Selkirk décrit également une relation dans le cadre de laquelle il donnait une redevance annuelle, 100 livres de tabac commercialisable, à ses propriétaires en échange du droit d’installer des fermiers écossais locataires sur les terres entourant les rivières Rouge et Assiniboine.

Une telle interprétation cadre aussi avec la manière dont les chefs Anishinaabe comprenaient le Traité. Le chef Peguis, l’un des signataires du Traité, maintenait catégoriquement que celui-ci décrivait une entente de location annuelle des terres. En 1859, le chef Peguis a fait une déclaration officielle dans laquelle il racontait que [traduction] « aucun marché officiel n’a été conclu; il s’agissait simplement d’un prêt […]; je l’affirme : les terres n’ont jamais été vendues ». De plus, selon l’historien manitobain J.M. Bumsted, le fils du chef Peguis, Henry Prince, aurait aussi mentionné, lors d’une assemblée métisse tenue en 1869, que « la terre a seulement été louée et la « prime » maintenant payée […] par la Compagnie de la Baie d’Hudson fait partie de l’entente de location ». Du point de vue du chef Peguis et de son fils, le Traité n’a changé en rien la propriété des terres de la vallée de la rivière Rouge, qui ont continué à appartenir aux Autochtones plutôt qu’à lord Selkirk, à la Compagnie ou à la Couronne. En effet, puisque lord Selkirk payait une redevance annuelle, il était le locataire; en d’autres termes, les Autochtones étaient les propriétaires.

En essayant d’obtenir par traité la propriété et le titre des terres appartenant aux Autochtones, lord Selkirk s’est trouvé, intentionnellement ou non, à renforcer la propriété par ceux-ci du territoire qu’il voulait coloniser. C’était probablement tout ce qu’il pouvait faire à une époque d’ascendance militaire et politique des Autochtones dans l’Ouest. Ses compatriotes ayant été dirigés par un membre des Bois-Brûlés l’été précédent, il n’était pas tout à fait dans une position lui permettant de demander le contrôle des terres des Autochtones. De plus, les Autochtones n’ont jamais voulu se départir de leurs terres et de leur indépendance. Par conséquent, le Traité Selkirk constitue un important rappel du pouvoir politique des Autochtones au début du 19e siècle. C’est le pouvoir des Bois-Brûlés qui a forcé lord Selkirk à négocier et ce sont les Nehiyawak et les Anishinaabeg qui l’ont guidé en ce qui concerne la diplomatie et le pouvoir autochtones. En raison du rôle joué par les propriétaires du pays, lord Selkirk n’a pu qu’obtenir la permission d’établir ses compatriotes sur les terres des Autochtones en échange d’une redevance annuelle. Ce traité est donc un document sur les négociations qui visait au départ la cession des terres des Autochtones, mais lord Selkirk n’a réussi qu’à renforcer la primauté territoriale et politique des Autochtones en reconnaissant que les terres qu’il voulait posséder appartenaient à d’autres.

Une ligne fine délimite le lotissement de lord Selkirk sur la carte d’Assiniboia.

Carte de 1817 montrant le lotissement de 116 000 milles carrés de lord Selkirk connu sous le nom d’ « Assiniboia ». Les forts des Cinq forts de Winnipeg (vers 1885), de George Bryce, y figurent. (AMICUS 5279616)

Carte de la colonie de la rivière Rouge représentant la voie ferroviaire, les colonies et les forts. Au bas, une légende énumère les différents points sur la carte.

Fac-similé d’une partie de la carte de 1818 représentant la colonie de la rivière Rouge se trouvant dans Lord Selkirk’s Colonists: the Romantic Settlement of the Pioneers of Manitoba, de George Bryce, vers 1909-1910 (AMICUS 5614009)

En général, on enseigne aux Canadiens à voir les traités comme des documents dont le but est d’inciter les Autochtones à céder leurs droits et leurs titres, par exemple la tentative de lord Selkirk en 1817. Mais l’histoire de la diplomatie sur ce continent est à la fois ancienne et complexe. Les Autochtones ont rarement (voire jamais) perçu les traités avec les empires européens comme un moyen de leur retirer des terres ou des pouvoirs. Les traités, comme celui-ci, cherchaient plutôt à trouver de nouvelles manières pour différentes personnes de tirer parti de la présence des autres sur le même territoire. Lord Selkirk et ses colons étaient accueillis favorablement à un nouvel endroit à partager avec d’autres au sein des Prairies — un cadeau qui a un prix. Cela comprenait aussi une reconnaissance permanente des premiers habitants du territoire : il fallait veiller à ce qu’eux aussi tirent parti de la plus grande présence d’Européens. Ce traité doit nous rappeler que les Autochtones qui ont négocié l’entente étaient des diplomates puissants et astucieux qui pouvaient forcer les négociateurs européens à accepter les normes des systèmes diplomatiques des Autochtones.

En outre, le point de vue selon lequel la conclusion de traités entre les Autochtones et les Anglais est principalement ancrée dans la cession de terres et l’aliénation des Autochtones comporte des pièges. Les traités ont été négociés en public et devant de grands auditoires grâce à des méthodes qui assuraient la reddition de comptes pour l’avenir. Les personnes présentes pouvaient se souvenir des sujets abordés, des accords et, bien sûr, des désaccords. Dans la plupart des cas, les Autochtones n’ont pas discuté de la cession permanente de leurs terres, et ils y ont encore moins consenti. Comme le chef Peguis et Henry Prince, ils se rappellent seulement avoir accepté de partager leurs terres avec de nouveaux alliés. Les traités comme celui-ci cherchaient à conférer des avantages mutuels, et non à restructurer les relations politiques en se fondant sur d’énormes inégalités sur ce plan. Si nous percevons les traités comme des documents de cession — et non comme des accords évolutifs —, nous passons à côté de leur but. C’est pourquoi le Traité Selkirk — en fait, tous les traités conclus entre les Autochtones et la Couronne — est si mal compris. La plupart des historiens des Prairies de l’Ouest ont pendant longtemps échoué dans leurs tentatives visant à comprendre les motivations des Autochtones et le contexte diplomatique dans lequel les négociations avaient lieu. En commençant par écouter les voix des Autochtones — passées et actuelles — qui comprennent les choses différemment, puis en donnant à leurs voix le pouvoir de narrer nos propres histoires et relations politiques, nous obtiendrons une vision plus exacte et plus complète de l’histoire.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

La même question ressort lorsque nous essayons de comprendre les traités entre les Autochtones et la Couronne qui ont suivi le Traité Selkirk dans l’Ouest. Il est aussi mentionné que les traités numérotés (traités 1-11, négociés de 1871 à 1921) ont retiré les titres de propriété des terres aux Autochtones, les remettant à la Couronne. Les Autochtones nient cette affirmation, faisant valoir qu’aucune discussion de ce genre n’a eu lieu et que leurs ancêtres n’ont jamais consenti à céder leurs terres. Une grande partie des éléments dont il est question semble découler de la mentalité impériale selon laquelle les Autochtones sont trop primitifs et pas assez intelligents pour avoir compris ce qui était négocié ou ils se sont fait avoir par des représentants de la Couronne plus astucieux. Ces suppositions sont sans fondement et trouvent leur origine dans un racisme normalisé renforcé par des générations de pratique coloniale canadienne. Comme le montre le Traité Selkirk, les Autochtones savaient tout à fait ce que les Européens voulaient et ils ont pu exercer leur propre influence sur les événements, ce qui signifie que les négociations pour la signature d’un traité ont été juste cela : des négociations.

Pour les traités conclus ensuite, les Autochtones ont aussi réussi à orienter les négociations dans le cadre de leurs traditions diplomatiques bien établies. Ils ont négocié l’arrivée de nouveaux colons sur leur territoire en échange de présents annuels continus reconnaissant leurs intérêts permanents dans le territoire. Bien que les gouvernements fédéral et provincial perçoivent toujours les traités numérotés comme des documents de cession, les intellectuels autochtones ont un point de vue différent (ils sont presque unanimes) : ces accords établissaient une relation durable reconnaissant les droits et les titres des Autochtones, plutôt que d’y mettre fin. Comme les Canadiens commencent à poser un œil plus critique sur ces accords, il est primordial d’élaborer un meilleur cadre pour aborder les relations entre les Autochtones et le Canada ainsi qu’entre les Autochtones et la Couronne.

Il est essentiel de recourir à son esprit critique en lisant les documents relatifs aux traités ainsi que les notes sur les négociations, de même qu’en étudiant la tradition orale. Comme pour le traité Selkirk, il est possible de lire une ligne d’un document officiel et de supposer qu’elle retirait les droits et les titres aux Autochtones pour toujours, mais nous devons aller beaucoup plus en profondeur et comprendre les nouvelles relations complexes imaginées par toutes les parties. Les historiens en particulier ont l’obligation d’adopter une vue d’ensemble de ces relations et de faire intervenir un plus vaste éventail de sources archivistiques, certaines desquelles n’ont peut-être pas été consignées. Dans une ère de réconciliation, les intellectuels doivent voir au-delà des récits courants et des approches habituelles de narration de ces récits. Les Autochtones ont longtemps raconté différemment ces événements; les intellectuels canadiens doivent les prendre au sérieux. Un examen critique des événements nous permettra d’aller au-delà du contexte colonial contemporain afin de voir les différentes relations imaginées par nos ancêtres concernant la manière de vivre ensemble. Les traités, comme le Traité Selkirk, fournissent tous des lignes directrices sur la coexistence et les relations justes – il nous faut simplement les étudier plus attentivement afin de réaliser cette vision.

Biographie

Une photo couleur montrant un jeunne homme portant une chemise blanche et une cravate assis dans un champs.

Adam Gaudry
crédit Amanda Laliberté

Adam Gaudry, titulaire d’un doctorat, est Métis et professeur adjoint à la Faculté des études autochtones du Département des sciences politiques de l’Université de l’Alberta. Ses recherches portent sur la pensée politique des Métis au 19e siècle, la formation des relations entre les Métis et le Canada pour la conclusion de traités en 1870 et l’absence de mise en œuvre de l’accord subséquente. Le projet d’Adam Gaudry soutient l’existence d’un « traité du Manitoba » entre les Métis et le Canada qui requiert le maintien d’une relation politique bilatérale et respectueuse entre les partenaires du traité. Ses travaux sont révisés pour la publication d’un livre. Il a obtenu son doctorat dans le cadre du Programme de gouvernance autochtone de l’Université de Victoria et sa maîtrise ès arts en sociologie ainsi que son baccalauréat spécialisé en études politiques de l’Université Queen’s. Pour sa recherche doctorale sur les relations historiques entre les Métis et le Canada, il a reçu la bourse Henry Roe Cloud de l’université Yale récompensant une dissertation. Il est aussi coenquêteur pour le projet de recherche sur les traités concernant les Métis financé par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada. Il a publié des articles dans Native American and Indigenous Studies, le Wicazo Sa Review, aboriginal policy studies et le Canadian Journal of Native Education ainsi que des chapitres dans des collections sur l’identité métisse, la méthodologie et l’éthique en matière de recherche.

Ressources connexes

  • Bibliothèque et Archives Canada. Traités, cessions et ententes.
  • J.M. Bumsted. Fur Trade Wars: The Founding of Western Canada. Winnipeg, Great Plains Publications, vers 1999. AMICUS 20975923
  • J. M. Bumsted. The Red River Rebellion. Winnipeg, Watson & Dwyer, vers 1996. AMICUS 15446457
  • Sharon Venne. Aboriginal and Treaty Rights in Canada: Essays on Law, Equity, and Respect for Difference, « Understanding Treaty 6: An Indigenous Perspective », pp. 173–207, Michael Asch, Presses de l’Université de la Colombie-Britannique, vers 1997. AMICUS 15883635
  • Michael Asch. On Being Here to Stay: Treaties and Aboriginal Rights in Canada. Presses de l’Université de Toronto, 2014. AMICUS 42148617

Conservateur invité : Jeff Thomas

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Fête du Canada 2005, Brandon, Manitoba, au Canada, Jeff Thomas, 2005

Figurine d’un membre des Premières Nations placée devant un train. On voit l’inscription « Canada » et des graffitis sur le côté d’un wagon à grains.

Fête du Canada 2005, Brandon (Manitoba), au Canada, tiré de la série « The Delegate on Tour » (le « délégué » en tournée) par Jeff Thomas (MIKAN 4171016) ©Jeff Thomas

Jeff Thomas, un artiste iroquois, estime que le Canada a toujours marginalisé son peuple. Ces œuvres symbolisent le retour des siens sur la scène nationale. Chaque photographie met en scène un important symbole du pays.


Parlez-nous de vous.

Je suis né et j’ai grandi à Buffalo, dans l’État de New York, et je suis membre de la réserve des Six­ Nations près de Brantford, en Ontario. Je suis photographe autodidacte et conservateur. Ma carrière dans le domaine de la photographie a commencé après un accident en 1979 qui m’a presque coûté la vie et laissé avec une invalidité permanente résultant d’une blessure à la colonne vertébrale. Afin de reconstruire ma vie, je me suis tourné vers la photographie, mon centre d’intérêt. J’ai commencé ma carrière en ayant deux objectifs en tête : combler l’absence des photographes autochtones contemporains et du passé dans les collections archivistiques. Mon objectif premier était de remédier à l’absence et à l’invisibilité des Iroquois vivant en milieu urbain, comme moi.

En 1990, je vivais à Winnipeg, au Manitoba, lorsque je fis la découverte, dans le cadre d’un projet de recherche au musée du Manitoba, que BAC possédait la série complète des 20 volumes de The North American Indian (Les Indiens d’Amérique du Nord) d’Edward Curtis. Au tout début de ma carrière, Curtis jouait pour moi le rôle d’antagoniste, surtout en raison de ses photographies mettant en scène une vie tribale autochtone qui avait disparu depuis des décennies. On connaissait peu de choses à son sujet. Désirant en savoir plus, je suis déménagé à Ottawa en 1993, où j’ai entrepris l’étape suivante de ma carrière.

Qu’est-ce que les Canadiens devraient savoir d’autre à ce sujet selon vous?

En 1999, mon fils Bear déménageait sur la côte Ouest; je perdais ma muse. Bear avait commencé à poser pour moi en 1984. Environ à l’époque où mon fils me quittait, j’ai reçu par la poste un colis du cinéaste Ali Kazimi. Il avait tourné un documentaire sur mon œuvre qui s’intitulait Shooting Indians: A Journey with Jeff Thomas (photographier des Indiens : un voyage avec Jeff Thomas). Le film commençait sur un plan d’Ali tenant en main des figurines en plastique représentant un cow-boy et un Indien. En ouvrant la boîte, je vis les figurines en plastique, avec une note d’Ali qui disait : « Vous trouverez quelque chose d’intéressant à faire avec ces figurines ».

La série Indians on Tour (Indiens en tournée) a commencé à l’été 2000 lors d’une promenade aux alentours de la Colline du Parlement, à Ottawa. J’avais une figurine d’Indien en plastique dans le sac de mon appareil photo. Quand je me suis arrêté pour photographier une statue représentant un chasseur indien, j’ai placé le jouet devant la statue en bronze et j’ai pris un cliché des deux. Quand j’ai vu cette photographie, j’ai pris conscience des toutes nouvelles possibilités qui s’offraient à moi pour pallier l’absence de la représentation autochtone dans la vie quotidienne. À partir de ce moment, j’ai emporté avec moi les figurines en plastique partout où j’allais. J’ai ensuite ajouté de nouvelles figurines d’Indiens que je découvrais dans les magasins pour touristes. Afin d’être moins tributaire des surfaces planes où poser les figurines, j’ai commencé à faire des dioramas portables, où les figurines sont montées sur un support
portable et léger.

Petite figurine marron clair d’un membre des Premières Nations placée devant la statue d’un chasseur indien. En arrière-plan, on peut voir de grands immeubles à bureaux et des arbres.

Indien exécutant une danse de guerre et statue représentant un chasseur indien, par Jeff Thomas, Ottawa, 2000 © Jeff Thomas

En 2005, je me trouvais à Brandon, au Manitoba, à l’occasion de l’ouverture d’une exposition de mon travail. Le lendemain étant la fête du Canada, je parcourais la ville en voiture à la recherche d’un endroit intéressant où placer mon « délégué ». Lorsque je vis le wagon à grains avec l’inscription « Canada » et quelques graffitis sur le côté, je savais que j’avais trouvé l’emplacement pour ma photographie de la fête du Canada.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

Photo en noir et blanc d’une femme de la Première Nation des Dakota portant une robe rayée sous un long plastron à perles. Elle porte également des tresses, un collier et de longues boucles d’oreilles.

Portrait en studio d’une femme de la Première Nation des Dakota (Sioux) (MIKAN 3258922)

En 1994, BAC m’a engagé pour rédiger de nouvelles légendes pour les photographies représentant des Autochtones, les anciennes légendes contenant des mots dénigrants à l’égard de la culture autochtone. Une photographie ressort particulièrement de ce projet. Je rédigeais une nouvelle légende pour une photographie en pied représentant une femme autochtone. Il s’agissait probablement d’une mère, épouse, grand-mère et Aînée représentant sa communauté. La légende indiquait « Squaw sioux »; le mot « squaw » est considéré comme particulièrement rabaissant. J’ai écrit simplement « Femme Dakota ».

Il est important de préciser que la légende originale n’a pas été supprimée; les chercheurs pourront voir les deux légendes dans la base de données. La nouvelle légende a interpellé un chercheur, qui a essayé d’identifier la femme. Les nouveaux renseignements qu’il a trouvés ont été ensuite ajoutés à la légende dans la base de données. C’était étonnant de voir les répercussions du changement de deux mots désignant une photographie. Je suppose que lorsque plus d’Autochtones utiliseront la base de données, un membre de sa communauté ajoutera son nom dans la légende.

Biographie

Photo couleur d'une homme avec un grand barbu avec un grand sourire.

Jeff Thomas
Crédit Justin Wonnacott

Jeff Thomas est un artiste iroquois urbain, photographe autodidacte, écrivain, orateur public et conservateur. Il vit à Ottawa, en Ontario. Ses œuvres font partie de collections importantes au Canada, aux États-Unis et en Europe. Ses expositions individuelles les plus récentes sont les suivantes : Mapping Iroquoia: Cold City Frieze (cartographier l’Iroquoisie : frise de la cité du froid), Musée d’art McMaster, Hamilton (Ontario); Resistance Is NOT Futile (la résistance N’EST PAS vaine), galerie Stephen Bulger, Toronto (Ontario) et The Dancing Grounds (des raisons de danser), parc du patrimoine Wanuskewin, Saskatoon (Saskatchewan).

Jeff Thomas a également participé à de nombreuses expositions collectives, notamment : I:ke – Toronto: Tributes + Tributaries (hommages et autres), 19711989, Musée des beaux-arts de l’Ontario, Toronto (Ontario); Land/Slide: Possible Futures (glissements de terrain : futurs possibles), Markham (Ontario); SAKAHÀN, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa (Ontario); UNMASKING: Arthur Renwick, Adrian Stimson, Jeff Thomas, Centre culturel canadien, Paris (France). En 1998, il a reçu le prestigieux Prix du duc et de la duchesse d’York en photographie du Conseil des arts du Canada. Il a été admis à l’Académie royale des arts du Canada en 2003. En 2008, il a obtenu le Prix Karsh en photographie.

Ressources connexes

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Conservatrice invitée : Sarah Hurford

Bannière pour la série Conservateurs invités. À gauche, on lit CANADA 150 en rouge et le texte « Canada: Qui sommes-nous? » et en dessous de ce texte « Série Conservateurs invités ».

Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

Joignez-vous à nous chaque mois de 2017! Des experts de BAC, de tout le Canada et d’ailleurs donnent des renseignements additionnels sur l’exposition. Chaque « conservateur invité » traite d’un article particulier et en ajoute un nouveau — virtuellement.

Ne manquez pas l’exposition Canada : Qui sommes-nous? présentée au 395, rue Wellington à Ottawa, du 5 juin 2017 au 1er mars 2018. L’entrée est gratuite.


Aperçu du kiosque de Bibliothèque et Archives Canada lors de l’événement national de la Commission de vérité et réconciliation, à Edmonton, en Alberta, par Sarah Hurford, 2014

Photo d’un kiosque présentant de nombreuses photos et un ordinateur sur le bord d’une table. Une dame aux cheveux bruns qui travaille au kiosque trouve une photo pour un couple. Un autre kiosque est visible à l’arrière-plan.

Le kiosque de Bibliothèque et Archives Canada lors de l’événement national de la Commission de vérité et réconciliation, à Edmonton, en Alberta par Sarah Hurford, 2014. © Sarah Hurford, 2014

En 1870, la politique des pensionnats indiens était largement appuyée. De nos jours, elle est jugée répugnante. La Commission de vérité et réconciliation a grandement contribué à sensibiliser le public à cette question.


Parlez-nous de vous.

Je m’intéresse aux documents sur le patrimoine autochtone depuis mon stage d’été à BAC, en 1998. J’ai alors vu de mes yeux la différence que les documents historiques pouvaient faire dans la vie des gens.

Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

Cette photo a été prise dans un énorme centre de conférence où s’entassaient des milliers de personnes et les kiosques de nombreux ministères, cercles de partage d’églises et vendeurs. Il y avait aussi une quantité impressionnante de visiteurs. C’était vraiment un espace commun, idéal pour un lieu de réconciliation. Il s’agissait d’une expérience très particulière; l’odeur de la sauge qui brûle embaumait l’air chargé d’émotion. Les gens s’arrêtaient au kiosque de BAC pour raconter leur histoire, poser des questions et regarder nos photos. Le tout avait une signification particulière pour moi parce que c’était le dernier événement prévu. Je pensais que je n’aurais plus jamais la chance de me trouver dans un tel contexte.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

Je voudrais ajouter cette photo d’un groupe de garçons qui vivaient trop loin du pensionnat d’Aklavik pour retourner chez eux pendant l’été. Durant l’événement à Edmonton, j’ai vu le petit-fils d’un de ces garçons, qui a immédiatement reconnu son grand-père. Chaque fois que je vois cette photo, je me souviens de cette rencontre. Je prends alors conscience de l’importance de notre présence aux événements nationaux. Nous devions être là pour entendre ces histoires et comprendre que les documents historiques de notre collection ont encore une incidence à notre époque.

Groupe d’enfants inuits vêtus de combinaisons ou de salopettes, debout sur un sol sablonneux et herbeux, avec l’école en arrière-plan.

Enfants inuits qui devaient demeurer à l’école de la mission anglicane pendant l’été parce qu’ils vivaient trop loin de celle-ci. Photo de M. Meikle (MIKAN 3193915)

Biographie

Photo en couleur d'une femme arborant un grand sourire.Sarah Hurford est archiviste à BAC depuis 2009. Elle se spécialise dans les documents et instruments de recherche se rapportant au patrimoine autochtone. Elle a occupé des postes aux Services de référence et aux Archives privées. Mme Hurford a offert des services de référence dans le cadre de deux projets de divulgation de documents réalisés par la Commission. Elle travaille actuellement à la Direction générale des documents gouvernementaux (portefeuille Affaires autochtones et du Nord Canada).

Conservateur invité : J. Andrew Ross

Bannière pour la série Conservateurs invités. À gauche, on lit CANADA 150 en rouge et le texte « Canada: Qui sommes-nous? » et en dessous de ce texte « Série Conservateurs invités ».

Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

Joignez-vous à nous chaque mois de 2017! Des experts de BAC, de tout le Canada et d’ailleurs donnent des renseignements additionnels sur l’exposition. Chaque « conservateur invité » traite d’un article particulier et en ajoute un nouveau — virtuellement.

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Une page sur Joliette, au Québec – premier recensement du Canada, 1871

Vous avez remarqué l’entrée d’Adolphe Perrault? En 1871, être voyageur est un gagne-pain! Au fil du temps, les recensements sont devenus la base de la politique sociale et de nombreux programmes qui définissent l’identité canadienne.


Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

Depuis l’intendant Jean Talon, qui ordonne le premier recensement de la population européenne en Nouvelle-France en 1665-1666, les fondateurs du Canada moderne veulent connaître les aspects démographiques, sociaux et économiques des populations. BAC possède de nombreux documents sur les recensements, notamment une collection de microfilms presque complète des formulaires remplis à la main par chacun des énumérateurs (comme on appelait les recenseurs à l’époque) ayant fait du porte-à-porte, en 1871, pour recueillir de l’information dans le cadre du premier recensement après la Confédération.

Les énumérateurs devaient remplir jusqu’à neuf tableaux portant sur les caractéristiques de la population, les décès, les activités économiques, etc. Le recensement canadien se distingue par une question du tableau 1 (Dénombrement des vivants) demandant de l’information sur les origines, une question importante dans un pays composé de quatre provinces et d’une grande diversité de cultures, où il y a des tensions politiques entre deux groupes linguistiques majeurs.

Qu’entendait-on par « origines »? Le manuel donnant les directives pour les énumérateurs ne fournit pas beaucoup de détails, seulement quelques exemples : « L’origine des familles et des individus doit‑être inscrite telle que donnée par le chef de famille ou la personne interrogée comme suit : Anglaise, Irlandaise, Écossaise, Africaine, Sauvage, Allemande, Française etc. ». Sauf quelques exceptions (Sauvages, Métis, Indous et Juifs), les réponses acceptées correspondent aux pays d’origine plutôt qu’aux cultures.

Ironiquement, lors du premier recensement national, la réponse « Canadien » ne constitue pas une option parce que les auteurs des questions veulent distinguer clairement les Français, les Anglais et les autres groupes. Permettre de répondre « Canadien » aurait pu réduire la taille d’un groupe et avoir des conséquences néfastes pour la représentation politique et la fierté culturelle.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

Cette caricature astucieuse tirée du Canadian Illustrated News du 6 mai 1871, que BAC possède dans sa collection, montre comment la question sur les origines pourrait donner lieu à des conversations plutôt comiques :

Énumérateur : « De quelles origines êtes-vous, Madame? »

Dame : « Nous sommes Canadiens, bien sûr! »

Énumérateur : « L’origine canadienne ne fait pas partie des options. »

Dame : « Alors suivez la théorie de Darwin et inscrivez que nous descendons des singes! »

Caricature en noir et blanc montrant un énumérateur qui parle à une femme assise à un bureau.

Caricature du Canadian Illustrated News (AMICUS 133120) représentant une conversation possible sur le premier recensement (numéro du 6 mai 1871, page 288, e011180501)

Il ne s’agit pas seulement d’une bonne blague, mais aussi d’une observation perspicace. Après tout, que sont les origines d’une personne? Jusqu’où faut-il remonter? Puisque le lieu de naissance n’est pas pris en compte (il est consigné séparément), s’agit-il de l’héritage culturel du père ou de la mère? Pourquoi les personnes dont la famille réside au pays depuis des siècles ne peuvent-elles pas être considérées comme Canadiennes dans le cadre du recensement?

Selon les directives, l’énumérateur de la caricature aurait été en droit d’inscrire « primate ». Dans la pratique toutefois, les entrées sont vérifiées avant le comptage, et changées lorsqu’elles sont jugées inappropriées. C’est ainsi que des milliers de personnes se décrivant comme Canadiennes (ou Américaines) se sont vu attribuer une autre origine, habituellement fondée sur leur nom de famille. Lorsque les résultats sur l’origine ont été publiés, à l’automne 1871, « Canadien » n’était pas une catégorie.

Au 20e siècle, l’origine commence à porter moins sur la nationalité d’une personne que sur sa culture, un concept qui a pris le nom d’« ethnicité ». Dans ce contexte, les questions sur l’origine incluses dans les recensements visaient à connaître l’ethnie du premier ancêtre paternel venu s’établir au Canada.

Cette idée ne convient pas à tout le monde. Par exemple, le 13e premier ministre du Canada, John George Diefenbaker, était fier de son héritage ethnique mixte et encore plus fier de ne pas l’avoir dévoilé aux recenseurs. Dans ses mémoires, il écrit (ne vous gênez pas pour ricaner) :

« Je ne me suis jamais inscrit comme le demandaient les recensements. Je suis Canadien, et c’est comme tel que je m’inscris. Quand j’étais premier ministre, je me suis assuré que le recensement de 1961 contenait la question “Êtes-vous Canadien?”. Même si les libéraux et les bureaucrates en place désapprouvaient le changement et l’ont annulé quand j’ai quitté le pouvoir, des centaines de milliers de Canadiens ont répondu affirmativement à cette question, avec une grande fierté. » [traduction]

La question de Diefenbaker n’a pas remplacé celle sur les origines, qui a continué d’être posée, mais elle pourrait avoir mené au changement officiel de politique survenu en 1971 – 100 ans après le premier recensement. Ce changement a permis de répondre « Canadien » à la question sur les origines (laissant le recenseur consigner cette réponse sans qu’elle soit changée). Seulement 71 000 personnes se sont dites Canadiennes cette année-là, mais ce nombre a crû rapidement au cours des quarante années suivantes. En 2011, plus de 10 millions de personnes ont répondu « Canadien », et 6 millions d’entre elles n’ont mentionné aucune autre origine. Le recensement de 2016 demandait : « Quelles étaient les origines ethniques ou culturelles des ancêtres de cette personne? » Nous saurons bientôt combien de personnes souhaitent maintenant être comptées parmi les Canadiens dans le cadre du recensement.

Biographie

Une photo en couleur d'un homme debout devant un tableau.J. Andrew Ross est archiviste à la Direction générale des documents gouvernementaux de BAC.

Conservatrice invitée : Caroline Forcier-Holloway

Bannière pour la série Conservateurs invités. À gauche, on lit CANADA 150 en rouge et le texte « Canada: Qui sommes-nous? » et en dessous de ce texte « Série Conservateurs invités ».

Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

Joignez-vous à nous chaque mois de 2017! Des experts de BAC, de tout le Canada et d’ailleurs donnent des renseignements additionnels sur l’exposition. Chaque « conservateur invité » traite d’un article particulier et en ajoute un nouveau — virtuellement.

Ne manquez pas l’exposition Canada : Qui sommes-nous? présentée au 395, rue Wellington à Ottawa, du 5 juin 2017 au 1er mars 2018. L’entrée est gratuite.


Photo tirée de Storm O’Brien, un épisode de la télésérie R.C.M.P réalisée par Crawley Films Ltd., en 1959

Vue fixe en noir et blanc d’un acteur vêtu d’un uniforme de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), appuyé contre un camion de marque Bombardier.

Photo tirée de Storm O’Brien, un épisode de la télésérie R.C.M.P., réalisée en 1959 par Crawley Films Ltd. (MIKAN 3563899) ©Michal Anne Crawley

La série visait à présenter une image plus réaliste des gendarmes canadiens. Des relations complexes et difficiles, par exemple avec les Autochtones, y sont évoquées. Mais dans l’ensemble, on y nage curieusement en pleine romance.


Parlez-nous de vous

Mes recherches sont axées sur les peuples nordiques du Canada et l’exploration de l’Arctique canadien documentés dans les films parrainés par le gouvernement, les films de cinéastes indépendants moins connus et les films amateurs non publiés, ainsi que les films de collections privées. Dès que j’en ai l’occasion, je me penche sur des films souvent oubliés et laissés à l’abandon qui requièrent toute notre attention, dans l’espoir de les rendre accessibles.

Mon intérêt envers la collection de récits oraux de Bibliothèque et Archives Canada remonte à l’époque où j’étais archiviste de référence, intérêt qui s’est transformé en l’un de mes principaux portefeuilles d’acquisition. Vint ensuite le désir de mener des entrevues avec les donateurs dans le cadre du programme bien établi des récits oraux des Archives nationales du Canada. Depuis 2015, je suis coresponsable de la toute nouvelle initiative de BAC portant sur les histoires orales, un programme d’entrevues axé sur les récits oraux qui donne la parole aux donateurs et aux employés de BAC afin de souligner leurs contributions.

Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

Les paragraphes ci-dessous présentent des exemples du contenu datant des débuts de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) prélevé à même la vaste collection de documents audiovisuels de BAC. L’information y est disposée en trois catégories : les premières dramatiques télévisuelles de fiction; les premiers longs métrages de fiction; et les premiers documentaires et films amateurs.

La GRC dépeinte dans les premières dramatiques télévisuelles de fiction

Crawley Films Ltd., en partenariat avec la British Broadcasting Corporation (BBC), a réalisé la série R.C.M.P. en 1959-1960. Appuyés sur des faits réels tirés de dossiers de la GRC, les 39 épisodes d’une demi-heure ont été tournés en noir et blanc au format 35 mm et diffusés au Canada, en Angleterre et en Australie.

BAC a acquis le fonds Crawley Films en 1983. La collection renferme 38 837 bobines de film, 12 800 photographies, 42 mètres de documents textuels, ainsi que d’autres médias. Frank Radford « Budge » Crawley et Judith Crawley fondent officiellement Crawley Films en 1939, à Ottawa. Parmi les différentes catégories de films réalisés par Crawley Films — commandes de l’industrie, longs métrages, documentaires, films d’animation et messages publicitaires —, la télésérie dramatique R.C.M.P. positionne vraiment l’entreprise dans une classe à part des autres maisons de production.

La télévision entre dans les foyers canadiens en 1952, et en 1955, 23 stations de télévision sont en activité au Canada, alors que la demande de contenus à diffuser sur les ondes est croissante. En 1958, « Budge » conclut un partenariat avec la Société Radio-Canada (SRC) et la BBC afin de réaliser une série qui allait relater les « récits quotidiens des forces policières fédérales canadiennes » [traduction].

Munroe Scott, l’un des scénaristes de la série, explique le choix du thème par Crawley Films : « La GRC nous fascinait parce qu’elle faisait partie de presque tous les aspects de la vie au Canada. Les scénarios de chaque épisode étaient généralement conçus de manière à refléter la réalité, même si on y ajoutait des effets dramatiques pour la télévision » [traduction].

Afin de tourner les épisodes, Crawley Films a acheté une propriété de 40 acres près de Chelsea (Québec), où l’on a érigé un studio de 8 500 pieds carrés. Les villes d’Aylmer, de Québec et d’Outlook (Saskatchewan) ont servi à matérialiser la ville western fictive de Shamattawa. L’acteur francophone Gilles Pelletier jouait le rôle principal du caporal Jacques Gagnier, responsable du détachement. John Perkins incarnait le constable Frank Scott, tandis que Don Francks prêtait vie au constable Bill Mitchell, un collègue tout frais émoulu de l’académie. Des rôles de soutien revenaient régulièrement dans les épisodes, dont le constable spécial Ben Aputagen, joué par Angus Baptiste, et le maire Bill Cartwright, incarné par Bernard McManus.

BAC possède les 39 épisodes de la série, ainsi qu’une version de l’épisode 18, The Hunt, en allemand. Pour suivre la série, les téléspectateurs syntonisaient la SRC le mercredi à 20 h. Une liste de tous les épisodes a été compilée par The Classic TV Archive [en anglais].

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition

Avant R.C.M.P., une série américaine d’aventure dramatique de genre fiction connaissait déjà du succès chez les téléspectateurs et auditeurs, soit Sergeant Preston of the Yukon, dont les 78 épisodes ont été télédiffusés par la CBS de 1955 à 1958. La série relatait les péripéties du sergent William Preston, un gendarme canadien de la Police à cheval du Nord-Ouest [créée en 1873, cette entité a été renommée Gendarmerie à cheval du Nord-Ouest vers 1896, puis remplacée par la Royale Gendarmerie à cheval du Nord-Ouest en 1904] alors qu’il patrouillait dans les contrées sauvages du Yukon avec son cheval, Rex, et son fidèle chien, Yukon King. Ensemble, ils combattaient les malfaiteurs (evildoers) dans les régions nordiques pendant la ruée vers l’or des années 1890.

La télésérie était basée sur la populaire dramatique radio, Challenge of the Yukon, un feuilleton radiophonique de 15 minutes mettant en vedette le sergent Preston, d’abord radiodiffusé à Détroit de 1938 à 1947, puis repris par différentes stations radio jusqu’en 1955. Pour écrire la série, Tom Dougall s’était inspiré des poèmes de Robert W. Service. Les âmes nostalgiques qui aimeraient faire un retour en arrière peuvent écouter les 609 radioromans sur le site Web d’Old Time Radio Researchers Group [en anglais]. BAC conserve certains épisodes de Challenge of the Yukon et de Sergeant Preston of the Yukon.

La GRC mise en vedette dans les premiers longs métrages de fiction

Symbole emblématique du Canada, la GRC a été dépeinte dans plusieurs centaines d’ouvrages de fiction à Hollywood, inondant l’industrie cinématographique. Parmi les classiques, citons Rose-Marie [en anglais] (1936), un film musical réalisé par MGM, et Renfrew of the Royal Mounted [en anglais] (1937), une série de huit longs métrages réalisés par Criterion Pictures Corporation. Ces œuvres ont été distribuées partout en Amérique du Nord et ailleurs dans le monde.

Le tout premier long métrage de fiction traitant des gendarmes canadiens s’intitule The Cattle Thieves [en anglais] (1909), une réalisation de la Kalem Company, établie aux États-Unis. Ce studio a d’ailleurs innové en étant le premier à se rendre au Canada pour tourner une dramatique sur place. C’est ainsi que le public américain a découvert la Royale Gendarmerie à cheval du Nord-Ouest [entité ayant remplacé la Police à cheval du Nord-Ouest en 1904]. D’autres maisons de production américaines ont aussi réalisé des films dont l’intrigue se déroulait au Canada, mais qui étaient tournés aux États-Unis, un style qui se maintiendra jusque tard dans les années 1950. À l’époque, on mettait l’accent sur la romance des vastes étendues sauvages du Canada. Habituellement, la distribution des personnages comprenait un trappeur ou un bûcheron canadien-français dans le rôle du méchant, quelques Autochtones, des mineurs, des prospecteurs, des contrebandiers de whisky et, bien entendu, un « noble gendarme canadien ».

Sous la direction d’A.J. Edwards, On the King’s Highway [en anglais] (1915) est l’une des premières dramatiques à être tournées sur les gendarmes canadiens par la Conness Till Film Company de Toronto. Quant à la nouvelle de James Oliver Curwood, Wapi the Walrus, devenue Back to God’s Country [L’instinct qui veille] (1919), elle donnera naissance au tout premier long métrage canadien portant sur la survie. Historien du cinéma, Peter Morris décrit le récit comme un « triangle mélodramatique mettant en vedette, dans un décor sauvage du Nord canadien, une héroïne, un héros et un méchant, de même qu’un chien — tout aussi héroïque — et des ours qui vivent dans un environnement nordique naturel marqué par la froidure et la neige, sans oublier l’omniprésente [Royale] Gendarmerie à cheval du Nord-Ouest » [traduction].

Image en couleurs d’un homme et d’une femme à cheval dans une clairière, devant des arbres verts majestueux et des montagnes aux cimes enneigées. L’homme porte une chemise jaune déboutonnée pour exposer sa poitrine. Il est penché vers la femme qui porte un bonnet blanc et une mante rouge. Découpée et apposée en bas à gauche, une autre image, en noir et blanc, illustre un gendarme en uniforme qui dirige son cheval vers un feu de camp; un grand arbre se dresse en arrière-plan. Le titre du film est écrit en bas à droite, sur l’affiche.

Affiche publicitaire du film Cameron of the Royal Mounted, 1921, par Winnipeg Productions Ltd. (MIKAN 199330)

Cameron of the Royal Mounted (1921) est un long métrage d’aventure de fiction muet avec des intertitres en anglais, produit par Winnipeg Productions Ltd. et inspiré du livre de Ralph Connor, Corporal Cameron of the North West Mounted Police [en anglais]. On y raconte l’histoire d’un jeune homme qui se sauve au Canada pour éviter l’emprisonnement pour un chèque contrefait. Il tombe en amour, mais il sera la cible d’un rival jaloux. L’occasion s’offre à lui de se joindre à la Royale Gendarmerie à cheval du Nord-Ouest. Il se portera au secours de sa petite amie kidnappée, et sera blanchi de l’accusation initiale qui planait sur lui. Ce film se distingue des autres, car on a fait appel à de vrais gendarmes du poste de Fort McLeod de la Royale Gendarmerie, en Alberta, pour jouer comme figurants dans leurs propres rôles, une décision pleine d’aplomb. BAC dispose d’une version incomplète du film, soit deux bobines sur les six composant le film.

Entre autres films, mentionnons Policing the Plains [en anglais] (1927), une production d’A.D. Kean de la maison Canadian Historic Features Ltd. de Vancouver, et His Destiny [en anglais] (1928), aussi connu sous le titre North of 49, produit par British Canadian Pictures Ltd., de Calgary. Le dernier film a été tourné sur place, en Alberta, et comprend des images du stampede de Calgary de 1928. BAC en possède deux versions incomplètes.

La GRC dépeinte dans les premiers documentaires et films amateurs

De nombreux films ont été tournés sur les gendarmes canadiens, mais cette institution en a réalisés très peu sur elle-même. BAC a plus de 1 230 images en mouvement et enregistrements sonores liés à des collections tant gouvernementales que privées et documentant des activités de la GRC. Les documentaires font état d’activités et d’événements, dont le film Through the Northwest Passage [en anglais] qui nous entraîne dans l’histoire de la navigation. Le documentaire tourné par le caporal F.S. Farrar raconte les péripéties du capitaine Henry Larsen et des huit membres de son équipage qui, à bord de la goélette de bois St. Roch, ont navigué de Vancouver (Colombie-Britannique) jusqu’à Halifax (Nouvelle-Écosse), en empruntant le passage du Nord-Ouest, et ce, de 1940 à 1942.

Photographie en noir et blanc d’un homme portant des vêtements d’hiver à bord d’un bateau; on voit l’eau glacée en arrière-plan.

Le capitaine Henry Larsen à bord du St. Roch, une goélette de patrouille de la GRC, dans les Territoires du Nord-Ouest, vers 1944. (MIKAN 3191981)

Les films amateurs jouent un rôle important pour documenter l’histoire, la culture, la vie et les activités personnelles. Bon nombre d’archives visent à promouvoir cette valeur ou importance plus globale, car on estime que ce sont des documents de source primaire dans le contexte des documents historiques, notamment compte tenu de la demande croissante des chercheurs qui y voient une utilité inestimable aux fins de productions, d’études sociologiques, de préparation de sites Web et d’expositions, et bien plus encore.

Les films amateurs racontent aussi des histoires sur les gendarmes canadiens, basées sur des faits. Pendant ses expéditions dans le Nord dans les années 1930 à 1950, Henry Larsen a documenté, sur sept bobines de films amateurs, des activités variées, des personnes et des lieux.

En 1932, Doug Betts devient constable au sein de la GRC et suit une formation à la caserne Fairmont, à Vancouver. Peu de temps après, il est affecté à Dawson et à Whitehorse, au Yukon, et sera promu au grade de caporal à la fin des années 1940.

Le fonds Norman Betts comprend 23 bobines de films familiaux muets tournés en noir et blanc au format 8 mm. Le caporal Doug Betts était un caméraman passionné qui apportait sa caméra lors de ses diverses affectations, de même que pendant ses permissions de loisirs et de détente. Il a ainsi documenté, entre autres, l’exploitation de placers, les patrouilles en traîneau à chiens, une enquête menée sur le site d’un écrasement d’avion, ainsi que sa participation à des parties de chasse. En outre, BAC a mené une entrevue avec le donateur Norman Betts, fils de Doug Betts, afin de mieux comprendre le contexte des films muets.

Photographie en noir et blanc d’un homme portant des vêtements d’hiver assis sur un traîneau avec six chiens attelés.

Doug Betts assis avec Kluane, son chien de traîneau de tête, extrait de Doug Betts No. 8: home movie, vers 1935-1939. (MIKAN 188444)

Photographie en couleurs d’un emballage de film jaune arborant des notes servant à identifier le film.

Boîte de film Kodak qui contenait une bobine 16 mm de 100 pieds utilisée par le constable Doug Betts. (Les renseignements, comme les annotations, l’oblitération du timbre-poste et la date de péremption du film, fournissent des données importantes afin de déterminer le contenu et les dates d’un film.)

Biographie

Photo couleur d'une femme arborant un grand sourire.Caroline Forcier-Holloway est archiviste audiovisuelle à Bibliothèque et Archives Canada. Depuis qu’elle a amorcé sa carrière à BAC en 1989, elle a rempli diverses fonctions à titre d’archiviste de référence spécialisée en audiovisuel, d’archiviste de référence générale, de chercheuse à la cinématographie et, en dernier lieu, d’archiviste audiovisuelle. Depuis 2000, elle a procédé à l’acquisition de collections et de fonds audiovisuels renfermant du contenu lié à l’histoire orale, aux Autochtones et au Nord, ainsi que des documents en français et en anglais, provenant du secteur privé et du gouvernement, de diffuseurs et de cinéastes, tant professionnels qu’amateurs.

Ressources connexes

Brian Thompson : conservateur invité

Bannière pour la série Conservateurs invités. À gauche, on lit CANADA 150 en rouge et le texte « Canada: Qui sommes-nous? » et en dessous de ce texte « Série Conservateurs invités ».Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

Joignez-vous à nous chaque mois de 2017! Des experts de BAC, de tout le Canada et d’ailleurs donnent des renseignements additionnels sur l’exposition. Chaque « conservateur invité » traite d’un article particulier et en ajoute un nouveau — virtuellement.

Ne manquez pas l’exposition Canada : Qui sommes-nous? présentée au 395, rue Wellington à Ottawa, du 5 juin 2017 au 1er mars 2018. L’entrée est gratuite.


Ouverture d’« Une Couronne de Lauriers » par Calixa Lavallée, vers 1864

Page en papier sépia des notations musicales écrites à la main signées C. Lavallée.

Partition de « Une Couronne de Lauriers » par Calixa Lavallée, v. 1864 (MIKAN 4903777)

Calixa Lavallée ne croyait pas à la nation canadienne; il aurait même composé des œuvres contre la Confédération. Certains journaux de l’époque parlent d’un « radical » célèbre pour sa couronne et ses lauriers.


Parlez-nous de vous.

Lorsque j’étais enfant, j’étais fasciné par le hockey, la musique, l’histoire et la politique. Je partageais la même passion pour le hockey et la musique que les autres enfants de mon âge. L’histoire et la politique étaient moins populaires. Toutefois, en tant que musicologue, la musique, l’histoire et la politique font partie de mon travail. Alors que je rédigeais un article sur Calixa Lavallée, le compositeur de « Ô Canada », je me suis rendu compte que j’avais trouvé une manière d’intégrer le hockey dans mon canevas — l’hymne national, chanté par le grand Roger Doucet, faisait partie de mes soirées du samedi, de l’automne au printemps. Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

Calixa Lavallée est né en 1842 dans les proches environs de Montréal. Au milieu de son adolescence, il était déjà un musicien professionnel; il était directeur musical de troupes de ménestrels ambulants et il se produisait comme pianiste. Il allait devenir un pédagogue réputé, tant au Canada qu’aux États-Unis, et un compositeur d’œuvres dans pratiquement tous les styles en vogue à cette époque. Parmi les œuvres qu’il a publiées, on compte des chansons, de la musique sacrée, des ouvertures de concert, des opéras, de nombreuses pièces pour piano et l’hymne « Ô Canada » qu’il composa en 1880.

Lavallée revint des États-Unis en 1863 et resta à Montréal jusqu’à la fin de 1865. Des événements marquants se déroulaient alors des deux côtés de la frontière. En 1864, les États-Unis entraient dans la troisième année de la guerre de Sécession, alors que les Canadiens commençaient à débattre des avantages de la Confédération. À Montréal, les opinions étaient partagées quant à la création d’un nouveau pays. Par ses contributions aux journaux nationalistes La Presse et l’Union nationale, Lavallée, alors âgé de 22 ans, prenait le parti des opposants à la Confédération qui en revenait pour eux à l’assimilation des Canadiens français. Sur scène, il jouait un rôle de premier plan; il donnait de nombreux concerts à la tête d’un groupe de jeunes chanteurs et d’instrumentistes. Il consacrait la majorité de son temps à recueillir des fonds pour des œuvres de bienfaisance.

Le 19 février 1864, il donna un concert dans l’Édifice Nordheimer, à Montréal, où il interpréta « Une Couronne de Lauriers » pour la première fois en public. La société locale Laurent, Laforce et cie publia l’œuvre à l’été de cette même année; en août La Presse en publia une recension signée par le pianiste Gustave Smith qui déclara que c’était « le premier morceau d’importance qui ait paru chez un éditeur de musique de Montréal ». Selon toute vraisemblance, c’est à ce moment que Lavallée a rédigé les premières mesures du morceau « Une Couronne de Lauriers ».

Deux pages comprenant les signatures des chanteurs d'opéra les plus réputés.

Feuilles d’autographes comprenant les signatures des chanteurs d’opéra les plus célèbres de l’époque (MIKAN 4936765)

Ce document fascinant soulève de nombreuses questions. BAC en a fait l’acquisition en même temps qu’un document de deux pages intitulé « Autographes des dames et messieurs de l’Opéra Italien ». Les annotations indiquent clairement que la première feuille, comprenant un fragment musical, provenait du même livre que la seconde, qui est une page d’autographes. BAC a fait l’acquisition des deux documents chez un marchand de livres rares. Nous ne pouvons qu’émettre des spéculations quant à leur origine et leur utilité.

La feuille d’autographes comprend les signatures de nombreux grands noms de l’opéra de l’époque, dont l’imprésario Max Strakosch et la mezzo-soprano Amalia Patti Strakosch. La plupart de ces artistes, si ce n’est tous, se produisaient à New York au milieu des années 1860. La page contient un message nébuleux : « Que sera l’avenir pour nous deux? Montréal, 5 nov. 1866 »

La question qui se pose : à qui appartenaient ces deux feuilles? Je ne peux que spéculer. Une des possibilités est qu’elles étaient la propriété de Lavallée lui-même; elles ont peut-être été transmises à sa veuve, après son décès survenu à Boston en 1891, et ensuite à une autre personne. Lavallée travaillait souvent avec des chanteurs d’opéra et peut avoir recueilli leurs autographes. Un album de photographies qui lui appartenait a survécu et contient de nombreuses photos d’autres artistes signées de leur main. Cependant, cela aurait été inhabituel de sa part d’avoir inséré un court morceau de musique dans son livre d’autographes.

Il est plus plausible de penser que ces pages appartenaient au pianiste Gustave Smith. C’était un collègue de Lavallée à Montréal dans les années 1860, et, lui aussi, travaillait souvent avec des chanteurs d’opéra. Il se rendit également aux États-Unis vers la fin 1865 ou au début de 1866, où il séjourna brièvement à New York avant de s’établir à La Nouvelle-Orléans. Il rentra au Canada plus tard au cours de la décennie et occupa un poste d’organiste à la cathédrale Notre-Dame d’Ottawa.

Une troisième possibilité est que ces documents appartenaient à un autre collaborateur de Lavallée, le violoniste Frantz Jehin-Prume. Ce musicien belge faisait un séjour prolongé à Montréal en 1865, période au cours de laquelle il s’est produit au moins une fois en compagnie de Lavallée. Les deux musiciens sont devenus des amis proches et se produisaient fréquemment ensemble. Il participa à plusieurs tournées avec une compagnie qui comptait dans ses rangs Amalia Patti Strakosch. Il a séjourné à New York à l’automne 1865 et est revenu à Montréal en 1866.

Le manuscrit a encore des secrets à révéler. Il lève un petit pan du passé, nous donnant un aperçu de la vie culturelle à une époque qui vit la naissance du Canada ainsi que de la vie du musicien dont la musique contribuait à définir un pays à la création duquel il s’opposait initialement.

Compte tenu de leur formation et de leur expérience, les historiens et les archivistes, tout comme les musicologues, connaissent l’importance potentielle d’un document manuscrit. Ils savent qu’une lettre, un mémo ou quelques notes de musique rapidement jetées sur un morceau de papier peuvent nous aider à mieux comprendre les époques passées et peuvent avoir bien plus de valeur qu’il n’y paraît à première vue. L’étude de l’histoire peut porter sur l’analyse des événements historiques et politiques importants, mais cela peut être aussi un travail de détective. Ceux qui explorent notre époque peuvent s’appuyer dans une large mesure sur des renseignements en format électronique : des images numériques, des courriels, des publications ou des blogues. L’exposition est l’occasion pour le public d’admirer et de découvrir des documents originaux, comme ceux-ci, des documents créés de main d’homme et par des personnes qui ont laissé quelque chose d’eux-mêmes et de leur époque à la postérité.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

Couverture de la partition. Au centre, il y a une photo d'un homme en pardessus et en pantalons tenant à la main un haut-de-forme et une canne. Les noms du compositeur et du parolier se trouvent en bas entre un croquis représentant la ville de Québec et un arbre qui va jusqu'au haut de la page recouvrant le titre de feuilles d'érable.

Couverture de la première édition de « Ô Canada » (AMICUS 5281119)
L.N. Dufresne, couverture « Ô Canada » (Québec : Arthur Lavigne, 1880). Musée de la civilisation, bibliothèque du Séminaire de Québec. Fonds ancien, 204, SQ047145.

La couverture de la première édition de « Ô Canada » (« Chant national ») est un document rare d’une grande importance historique. L’hymne a été composé à l’occasion du Congrès catholique canadien-français de 1880, un rassemblement d’intellectuels, de politiciens et de milliers de membres du grand public qui avait pour but de célébrer la culture canadienne-française et de réfléchir à l’avenir. L’événement comprenait de nombreuses prestations musicales. C’était aussi l’occasion de créer un chant national qui avait la dignité du « God Save the Queen », l’hymne qui était alors entonné lors de tous les événements publics au Canada à l’époque.

Le comité organisateur du Congrès avait choisi Calixa Lavallée comme compositeur, et le juge Adolphe-Basile Routhier comme poète, pour produire le nouvel hymne. Les deux hommes vivaient alors au Québec et se connaissaient, car ils évoluaient au minimum dans les mêmes sphères. Ils achevèrent la production de l’œuvre en avril 1880 et les journaux annoncèrent qu’elle serait publiée par le détaillant en musique local Arthur Lavigne. Le concepteur de la couverture était L.N. Dufresne, un peintre et illustrateur. Il souhaitait que son œuvre saisisse visuellement l’essence même de la musique. Le titre est indiqué en haut, entouré de guirlandes de feuilles d’érable. Sur la droite, on peut voir la Citadelle de Québec, sur la gauche un castor et en bas, le fleuve Saint-Laurent. Au centre de la page se trouve une photographie du lieutenant-gouverneur Théodore Robitaille. Le fait qu’il occupe la place de choix sur la couverture vise à témoigner du rôle qu’il joue en tant que mécène et fervent défenseur de la création d’un nouveau chant national, un chant qui pourrait représenter le peuple du Québec et les Canadiens français où qu’ils se trouvent.

Biographie

Photo en couleur d'un homme avec une barbe.Brian Christopher Thompson est l’auteur du livre Anthems and Minstrel Shows: The Life and Times of Calixa Lavallée, 1842–1891 (Montréal et Kingston : McGill–Queen’s University Press, 2015); il a également rassemblé et publié Calixa Lavallée: L’œuvre pour piano seul / The Complete Works for Solo Piano (Vancouver: The Avondale Press, 2016). Après avoir obtenu des diplômes de l’Université Concordia, de l’Université de Victoria et de l’Université McGill, il a obtenu son doctorat en musicologie à l’Université de Hong Kong en 2001, sous la direction de Michael Noone et Katherine Preston. Il est actuellement chargé de cours sénior au Département de musique de l’Université chinoise de Hong Kong.

Ressources connexes

Conservateurs invités : Michael Smith et J. Andrew Ross

Bannière pour la série Conservateurs invités. À gauche, on lit CANADA 150 en rouge et le texte « Canada: Qui sommes-nous? » et en dessous de ce texte « Série Conservateurs invités ».

Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

Joignez-vous à nous chaque mois de 2017! Des experts de BAC, de tout le Canada et d’ailleurs donnent des renseignements additionnels sur l’exposition. Chaque « conservateur invité » traite d’un article particulier et en ajoute un nouveau — virtuellement.

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Signature de la proclamation de la Loi constitutionnelle de 1982 mettant en vigueur la Charte des droits et libertés, par Robert Cooper, 1982

Photographie de la signature de la proclamation de la Loi constitutionnelle de 1982, par Robert Cooper. (MIKAN 3206003) © Gouvernement du Canada

Photographie de la signature de la proclamation de la Loi constitutionnelle de 1982, par Robert Cooper. (MIKAN 3206003) © Gouvernement du Canada

Signature de la proclamation de la Loi constitutionnelle de 1982, photographiée par Robert Cooper en 1982.


Parlez-nous de vous.

Michael Smith a piloté un projet visant à concevoir et fabriquer des caissons d’entreposage sur mesure pour préserver deux des plus prestigieux documents de BAC, à savoir les deux exemplaires de la proclamation de la Loi constitutionnelle de 1982. J. Andrew Ross est chargé des documents du registraire général (RG68), l’entrepôt de toutes les proclamations du gouvernement du Canada.

Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

Document blanc-jaune pâle, rédigé à l’encre noire et rouge, orné des armoiries du Canada dans le haut.

Proclamation de la Loi constitutionnelle de 1982. (MIKAN 3782519) © Gouvernement du Canada

La proclamation de la Loi constitutionnelle de 1982 a été signée sur les marches du Parlement, à Ottawa, le 17 avril 1982 par la reine Elizabeth II, le premier ministre Pierre Trudeau, le procureur général (ministre de la Justice) Jean Chrétien et le registraire général (ministre de la Consommation et des Corporations) André Ouellet. La proclamation, seul document fondateur canadien signé par la reine, a permis l’entrée en vigueur de la Loi constitutionnelle de 1982 en modifiant la constitution canadienne et en adoptant la Charte canadienne des droits et libertés. La signature faisait suite à plusieurs années de négociations constitutionnelles au Canada qui ont abouti au rapatriement de la Constitution, c’est-à-dire la transmission des pleins pouvoirs de modification constitutionnelle du Royaume-Uni au Canada.

Il existe en fait deux exemplaires de la proclamation : celui signé à l’extérieur, qui a été endommagé par la pluie (voir plus haut) et est devenu ce qu’on appelle l’exemplaire « mouillé », et celui qui a été signé plus tard à l’intérieur du Parlement. Au départ intact, ce dernier a été abîmé par de la peinture rouge par un manifestant, en 1983, et on l’appelle dorénavant l’exemplaire « taché ». Les deux exemplaires de la proclamation sont conservés par BAC et ont très souvent été exposés depuis 1982. L’exemplaire mouillé a récemment été exposé au Musée canadien pour les droits de la personne à Winnipeg, et BAC l’a récupéré au début du mois de septembre. En 2017, il sera exposé à la Bibliothèque du Parlement à Ottawa.

Exemplaire de la proclamation de la Loi constitutionnelle de 1982 avec une grande tache rouge au milieu.

Exemplaire taché de la proclamation de la Loi constitutionnelle de 1982. © Gouvernement du Canada. (MIKAN 3782551)

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

BAC possède également les deux stylos utilisés pour signer la proclamation mouillée. Le premier ministre Jean Chrétien, qui entretenait un lien particulier avec ces stylos, en a fait don en 2000 aux Archives nationales du Canada. Plus tard, il a raconté ses échanges pleins d’humour avec la reine au moment de la signature :

« J’ai pris le stylo pour signer. Il ne fonctionnait pas, j’ai dit “merde” tout bas, et elle a éclaté de rire, relate-t-il. Tout le monde m’a demandé ce que j’avais bien pu lui raconter pour qu’elle se mette si spontanément à rire, mais j’ai gardé la raison pour moi pendant de nombreuses années. » (Source)

Vous pouvez voir le moment de la signature et la réaction de la reine ici, sur CBC (après 7 min 45 s), ou ici, sur Radio‑Canada (environ 0 min 47 s).

Deux stylos noir et or debout sur un socle noir et or posé sur un bloc en velours et présenté dans un coffret en bois.

Stylos utilisés par la reine Elizabeth II et les signataires de la proclamation de la Loi constitutionnelle de 1982. © Gouvernement du Canada. (MIKAN 4105375)

Bien que les stylos aient été achetés chez Birks, bijouterie haut de gamme d’Ottawa, on n’a apparemment pas pensé à la durabilité de l’encre, et les expositions fréquentes des proclamations à la lumière font craindre que les signatures pâlissent au fil du temps. On a estimé de façon prudente qu’il était possible d’exposer chaque document à des sources de lumière d’intensité et de sources variées pendant environ 4 000 heures. En 2011, le test de microvieillissement à la lumière effectué sur l’encre des signatures par l’Institut canadien de conservation a indiqué que les colorants synthétiques utilisés dans l’encre pouvaient pâlir et qu’ils avaient probablement pâli depuis 1982.

L’encre d’importantes signatures a pâli sur plusieurs documents historiques détenus par BAC, mais alors que certains restent très peu exposés, les deux exemplaires de la proclamation sont très importants. Il a donc fallu fabriquer un caisson d’entreposage sur mesure pour leur conservation ainsi qu’une vitrine sécurisée pour les expositions afin de prévenir toute dégradation ultérieure des documents.

On a décidé de concevoir et de construire deux caissons d’entreposage permanents, un pour chaque exemplaire de la proclamation. De plus, une vitrine sécurisée serait fabriquée pour les expositions (on a prévu qu’un seul exemplaire de la proclamation serait exposé à la fois). Les caissons d’entreposage peuvent être scellés de façon hermétique lorsque l’environnement est faible en oxygène (dispositif qui pourrait être ajouté à l’avenir pour ralentir le pâlissement de l’encre), et sont vitrés à l’aide de verre antireflet comportant des filtres UV. En plus des dispositifs de sécurité, la vitrine comprend également des éléments qui limitent et surveillent les niveaux d’exposition à la lumière. Avec ces nouvelles vitrines, les Canadiens pourront voir les proclamations en montre pendant de nombreuses années.

Proclamation dans son caisson monté sur quatre pieds et doté d’une vitrine en verre.

Caisson d’entreposage d’un exemplaire de la proclamation fabriqué en vue de sa préservation. © Gouvernement du Canada.

Gros plan du caisson de préservation exposant un exemplaire de la proclamation, sous verre dans un cadre noir.

Gros plan sur le caisson de préservation. © Gouvernement du Canada.

Le cas de la proclamation a également incité BAC à revoir son approche en ce qui concerne la préservation des signatures. Bien que bon nombre de documents du gouvernement du Canada soient dorénavant signés de façon numérique, la plupart des documents de prestige sont encore signés à l’encre. Les préoccupations relatives à la pérennité de ces signatures ont amené Guy Berthiaume, bibliothécaire et archiviste du Canada, à rédiger un courriel daté du 14 avril 2016 dans lequel il conseille aux ministères d’utiliser des stylos à encre pigmentée, indélébile et résistant à la lumière, pour signer les documents officiels et de prestige. Il a mentionné le cas de la proclamation de la Loi constitutionnelle de 1982 comme un parfait exemple du risque de pâlissement de l’encre, et conseillé d’être particulièrement méticuleux quant au choix des stylos utilisés pour signer les documents officiels, « surtout les documents d’importance nationale destinés à nos archives […] afin de s’assurer que les documents placés sous notre responsabilité restent lisibles pour les prochaines générations. »

Biographies


Michael Smith est le gestionnaire des collections textuelles et cartographiques (non reliées) de Bibliothèque et Archives Canada. J. Andrew Ross est un archiviste des Documents gouvernementaux à Bibliothèque et Archives Canada.

Ressources connexes

Conservatrice invitée : Arlene Gehmacher

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Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

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Bouquet de fleurs sauvages par Susanna Moodie, v. 1870

Un pissenlit jaune devant des fleurs sauvages bleues et roses mélangées à des feuilles, peint sur une carte sépia.

Bouquet de fleurs sauvages par Susanna Moodie, v. 1870 (MIKAN 2897949)

Susanna Moodie qualifiait les forêts canadiennes de prison. Peindre des fleurs était peut-être pour elle une façon de s’évader et d’instaurer un peu d’ordre et de raffinement dans la nature.


Parlez-nous de vous.

L’étude de la culture visuelle du Canada est un de mes intérêts depuis mon embauche pour faire des recherches sur les sources imprimées et archivistiques primaires en vue d’une exposition sur l’art historique produit au Canada. J’ai eu la piqûre — le matériel a comblé à la fois mon amour des beaux-arts et celui du contexte culturel. Je me sens privilégiée d’avoir pu en faire ma carrière.

Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

Les aquarelles, comme Bouquet de fleurs sauvages, n’étaient pas pour Moodie un simple passe­temps pour créer des cadeaux pour les membres de sa famille et ses amis, mais il s’agissait également d’une marchandise qui pouvait générer un revenu ou faire du commerce. En demandant entre 3 $ et 5 $, elle pouvait payer sa servante. William Notman, le célèbre photographe canadien, est reconnu pour avoir accepté — à sa suggestion — une aquarelle autographiée comme mode de paiement de ses photographies. (Moodie a ainsi peint un ensemble de roses pourpres, blanches, jaunes et roses.)

Les fleurs sauvages du bouquet — dont la pervenche, le pissenlit et la clématite — peuvent très bien avoir été cueillies par Moodie elle-même, mais leur illustration en aquarelle faisait partie de son économie familiale.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

Deux planches représentant des fleurs multicolores et des feuilles vertes. À gauche : lis de Philadelphie, campanule à feuilles rondes et cypripède royal. À droite : hépatique à lobes aigus, uvulaire grandiflore, anémone à cinq folioles et claytonie lancéolée.

Image de gauche : lis de Philadelphie, campanule à feuilles rondes et cypripède royal (MIKAN 2905466) Image de droite : hépatique à lobes aigus, uvulaire grandiflore, anémone à cinq folioles et claytonie lancéolée (MIKAN 2905471) Planches tirées de Canadian Wild Flowers par Agnes FitzGibbon, publié par John Lovell, Montréal, 1868 (AMICUS 49189)

Agnes FitzGibbon, fille de Susanna Moodie, a collaboré avec sa tante, Catharine Parr Traill (sœur de Susanna) à Canadian Wild Flowers, publié en 1868 et salué pour son exactitude scientifique. Le Bouquet de fleurs sauvages de Susanna Moodie exprime sa joie et sa passion pour la cueillette et l’arrangement esthétique des fleurs. Son talent artistique est immortalisé dans ses aquarelles. À l’opposé, les excellentes illustrations de FitzGibbon sont informatives; son tracé précis permet d’assurer la perceptibilité du spécimen.

Le projet de FitzGibbon était dès le départ une activité commerciale, chacun des 500 exemplaires contenait 10 plaques lithographiées, toutes peintes à la main (avec de l’aide!), auxquelles étaient jointes les descriptions à la fois poétiques et naturalistes de Parr Trail. Réalisé en 1867 et 1868, Canadian Wild Flowers, en raison de son sujet et de la date de publication, a sans aucun doute présenté un intérêt national.

Biographie

Photographie en couleur d'une femme debout devant un mur turquoiseArlene Gehmacher, Ph. D., est conservatrice (peintures, estampes et dessins canadiens) au Musée royal de l’Ontario (MRO) à Toronto, en Ontario, où elle organise des expositions et effectue des recherches fondées sur les collections. Elle enseigne également. Son cours « Collecting Canada » porte sur l’acquisition, l’interprétation et la présentation de la collection des œuvres du MRO. Il est offert par le biais du Département d’histoire de l’art de l’Université de Toronto. Ses publications traitent d’artistes du XIXe au XXIe siècle : Ozias Leduc (1996), Cornelius Krieghoff (2003), Naoko Matsubara (2003, 2016), Paul Kane (2010, 2014), Arthur Heming (2013) et William Blair Bruce (1999, 2014).

Ressources connexes

Conservatrice invitée : Tania Passafiume

Bannière pour la série Conservateurs invités. À gauche, on lit CANADA 150 en rouge et le texte « Canada: Qui sommes-nous? » et en dessous de ce texte « Série Conservateurs invités ».

Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

Joignez-vous à nous chaque mois de 2017! Des experts de BAC, de tout le Canada et d’ailleurs donnent des renseignements additionnels sur l’exposition. Chaque « conservateur invité » traite d’un article particulier et en ajoute un nouveau — virtuellement.

Ne manquez pas l’exposition Canada : Qui sommes-nous? présentée au 395, rue Wellington à Ottawa, du 5 juin 2017 au 1er mars 2018. L’entrée est gratuite.


Temples of Today, John Vanderpant, 1934

 Photographie noir et blanc d’un silo à grains; de hautes tours circulaires se dressent devant un immeuble rectangulaire encore plus haut.

Temples of Today, John Vanderpant, 1934. (MIKAN 3784205)

Le photographe John Vanderpant voyait les silos à grains du Canada comme de véritables temples. Ceux-ci reflétaient sa vision utopique du pays, fondée sur sa confiance envers le commerce et l’industrie. À ses yeux, l’industrie était l’avenir de la nation.


Parlez-nous de vous.

Dès l’âge de 13 ans, j’ai su que je voulais devenir restauratrice. Mon oncle avait épousé une femme formidable du nom de Janice, qui était restauratrice en beaux-arts; elle restaurait des peintures, des œuvres d’art sur papier et des photographies. Elle m’a beaucoup influencée. J’ai travaillé dans son laboratoire privé pendant mes études à l’université. J’ai ainsi pu acquérir de l’expérience avant même de commencer mes études supérieures en conservation. Quand j’ai obtenu mon diplôme, les emplois se faisaient rares au Canada; cette année-là, ma tante avait fermé son laboratoire pour voyager. Sur un coup de tête, je me suis retrouvée à la George Eastman House. Je devais y rester seulement trois mois, mais finalement, ça s’est transformé en trois ans et trois mois! C’est là que j’ai développé ma passion pour la photographie, et en particulier pour les procédés historiques. J’avais souvent les mains noircies à cause de tout le nitrate d’argent que je manipulais. Et maintenant que je suis à Bibliothèque et Archives Canada, je vois parfois le nom de ma tante sur quelques rapports, puisqu’elle a déjà été stagiaire ici, bien avant mon arrivée.

Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

La collection de photographies de BAC est très diversifiée : on y trouve tout un éventail de procédés et d’images. Dans cette exposition, mon œuvre préférée s’intitule Temples of Today, de John Vanderpant. Comme je suis restauratrice de photographies, je regarde souvent au-delà de l’image pour examiner de près les matériaux, voir comment la photo a été prise, tenter de déterminer si elle a été altérée… Alors souvent, pour ne pas me laisser distraire par l’image, je place la photo tête en bas; elle devient moins distrayante, et je peux mieux me concentrer sur les matériaux.

Pour cette photo, je n’ai eu qu’à me pencher et à examiner la surface avec un éclairage de côté, presque à hauteur des yeux. Comme ça, on peut vraiment « voir » un objet; ça fait ressortir toutes les marques et les déformations qui découlent de sa manipulation.

Si vous observez la photo de Vanderpant de cette façon, vous verrez les empreintes d’un chat! Nous croyons qu’un chat a marché dans les deux sens sur la photo, alors qu’elle était déjà montée sur le support papier. Ses empreintes se retrouvent à la fois sur la photo et le support. Vanderpant avait peut-être un chat qui lui rendait visite dans le studio? J’aime bien trouver ce genre de secret bien caché sur une œuvre! J’ai essayé d’enlever ou d’atténuer les empreintes, mais elles sont bien incrustées dans l’émulsion. Je n’ai donc pas pu faire grand-chose comme traitement, et on les voit encore.

Une photographie placée sur une table, sous un puissant éclairage de côté, révèle la présence d’empreintes de chat.

Vue de la photographie Temples of Today sous un éclairage de côté, révélant la présence d’empreintes de chat. Photo prise par Tom Thompson.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition

J’aime beaucoup montrer aux gens un daguerréotype datant de juillet 1858 qui montre la Brasserie Molson, à Montréal, après un incendie. C’est une demi-plaque encore en bon état. L’image est sombre, car l’incendie n’a rien épargné. On voit un homme debout au milieu des ruines; une femme est assise à sa gauche, avec un jeune enfant qui a bougé quand la photo a été prise, parce que l’image est floue. C’est émouvant quand on pense que le daguerréotypiste était sur les lieux à ce moment.

Il y a quelques années, ce daguerréotype a été choisi pour faire partie d’une exposition. J’ai donc eu la chance de pouvoir ouvrir son étui pour l’examiner. Le ruban d’étanchéité d’origine avait déjà été enlevé. Quand j’ai retiré le passe-partout de cuivre, j’ai tout de suite vu la marque d’un doigt dans le coin supérieur gauche. C’est peut-être l’empreinte du daguerréotypiste, dont on ne connaît pas l’identité. Il l’a sans doute laissée involontairement quand il a développé la plaque ou qu’il l’a placée dans son étui. Ce mystère du passé crée un pont, un lien entre nous, ces gens sur la photo et la personne invisible derrière l’appareil photo.

Coin d’un daguerréotype montrant une empreinte digitale sur le bord de la plaque. La photo montre un gros plan de la Brasserie Molson après un incendie. Une femme avec un bébé est assise au bas de l’image.

Détail d’un daguerréotype montrant une empreinte digitale sur le bord de la plaque. Photo prise par Jennie Woodley. (MIKAN 3623957)

Image noir et blanc des décombres de la brasserie à l’avant-plan, avec un immeuble endommagé en en arrière-plan. Une femme et un bébé sont assis au centre, à la gauche d’un homme debout.

Image pleine grandeur de la Brasserie Molson après l’incendie de 1858. (MIKAN 3623957)

Pour rester dans le thème des animaux et des photos, j’aimerais vous parler d’un chien bien spécial que nous appelons, au Centre de préservation, le « Décadog ». C’est l’exemple parfait d’un animal qui agit comme tel, peu importent les circonstances!

On peut voir ce chien sur une photo panoramique (un négatif en nitrate) du 7e détachement de la Batterie C de la Royal Canadian Horse Artillery. Ces militaires faisaient partie d’unités du Corps expéditionnaire canadien et de la Royal Air Force qui s’entraînaient dans divers camps, en Ontario. La photo qui nous intéresse a été prise à Kingston entre 1914 et 1918. Le négatif a été découvert en 2011, quand mes collègues Carla Klück et Louise Perrault ont passé en revue notre collection de clichés panoramiques au nitrate.

C’est un négatif de grandes dimensions : il fait 200 mm de hauteur sur 1060 mm de largeur! À première vue, c’est une simple photo de troupes militaires au tournant du siècle. Mais en la regardant de plus près, on aperçoit un chien à l’avant-plan. Et pas n’importe quel chien : un chien à onze pattes! Les observateurs sont toujours confus quand ils remarquent ce détail inhabituel. Quelqu’un avait déjà tracé dix des pattes à l’encre noire sur le négatif, d’où le surnom « Décadog ». (Sur l’épreuve positive, l’encre noire apparaît en blanc.) L’avant-dernière patte à gauche a été omise.

Maintenant, vous vous demandez sans doute comment un tel chien pouvait exister! La réponse est simple : la photo a été prise par une caméra panoramique appelée Cirkut. Cette caméra pouvait prendre des clichés panoramiques en pivotant horizontalement pendant qu’un rouleau de pellicule se déplaçait sur le plan du film. Le chien sur la photo a dû marcher pendant que la caméra tournait de gauche à droite, et la lente prise de vue a capté ses mouvements.

Pour prouver que ce chien était un ami à quatre pattes « normal », j’ai trouvé une autre photographie au nitrate où il apparaît. Cette fois, il s’agit du 8e détachement de la Batterie C de la Royal Canadian Horse Artillery. La photo a été prise au camp de Petawawa en juin 1916. Les signes distinctifs sur la tête du chien nous font croire qu’il s’agit du même animal sur les deux photos.

Prise de vue panoramique noir et blanc de deux rangées de soldats en uniforme, entre deux canons sur roues. Le « Décadog » se tient à l’avant. On aperçoit les casernes en arrière-plan.

Photo du 7e détachement de la Batterie C de la Royal Canadian Horse Artillery (Corps expéditionnaire canadien) avec le « Décadog », par Andrew Merrilees. (MIKAN 4474227)

Photo du 8e détachement de la Batterie C de la Royal Canadian Horse Artillery (Corps expéditionnaire canadien) au camp de Petawawa, avec un chien au centre, par Andrew Merrilees. (MIKAN 4473482)

Biographie

Photo en couleur d'une femme regardant le photographe.

Crédit Tom Thompson

Tania Passafiume est restauratrice en chef des documents photographiques à Bibliothèque et Archives Canada depuis 2005. Après avoir terminé sa maîtrise en restauration d’œuvres d’art à l’Université Queen’s avec une spécialisation en restauration de photographie, d’œuvres sur papier et de livres, elle a déménagé à Rochester, dans l’État de New York, où elle a passé plus de trois ans à la George Eastman House, d’abord pour suivre un programme de certificat sur la restauration photographique et la pratique de l’archivage, puis à titre de boursière du premier cycle du Programme de résidence avancé Andrew W. Mellon en restauration photographique. Pendant les trois années qui ont suivi, Tania a été boursière de la Fondation Andrew W. Mellon en restauration photographique à l’Art Institute of Chicago. Elle a aussi travaillé dans les établissements et laboratoires privés suivants : Jana Conservation, McMichael Canadian Art Collection, les Archives nationales du Canada, les Archives de la Ville de Vancouver et le Centre canadien d’architecture.

En collaboration avec l’Institut canadien de conservation, Tania a publié Silver Gelatin Paper Sample Sets, fondé sur sa thèse de la George Eastman House. Cet ouvrage a donné lieu à des travaux de recherches sur Hippolyte Bayard, un projet sur lequel elle travaille en ce moment avec le Centre de recherche sur la conservation des collections, à Paris. Plus récemment, elle a piloté un projet réunissant Bibliothèque et Archives Canada et la Direction des affaires culturelles de la Ville de Paris/Atelier de restauration et de conservation des photographies de la Ville de Paris. Cette collaboration a débouché sur le premier glossaire visuel français-anglais portant sur conservation photographique, intitulé Lingua Franca : Un langage commun pour les restaurateurs de documents photographiques. Publié sous forme de livre numérique enrichi, il est offert gratuitement sur iTunes.