Conservateur invité : Jeff Thomas

Bannière pour la série Conservateurs invités. À gauche, on lit CANADA 150 en rouge et le texte « Canada: Qui sommes-nous? » et en dessous de ce texte « Série Conservateurs invités ».Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

Joignez-vous à nous chaque mois de 2017! Des experts de BAC, de tout le Canada et d’ailleurs donnent des renseignements additionnels sur l’exposition. Chaque « conservateur invité » traite d’un article particulier et en ajoute un nouveau — virtuellement.

Ne manquez pas l’exposition Canada : Qui sommes-nous? présentée au 395, rue Wellington à Ottawa, du 5 juin 2017 au 1er mars 2018. L’entrée est gratuite.


Fête du Canada 2005, Brandon, Manitoba, au Canada, Jeff Thomas, 2005

Figurine d’un membre des Premières Nations placée devant un train. On voit l’inscription « Canada » et des graffitis sur le côté d’un wagon à grains.

Fête du Canada 2005, Brandon (Manitoba), au Canada, tiré de la série « The Delegate on Tour » (le « délégué » en tournée) par Jeff Thomas (MIKAN 4171016) ©Jeff Thomas

Jeff Thomas, un artiste iroquois, estime que le Canada a toujours marginalisé son peuple. Ces œuvres symbolisent le retour des siens sur la scène nationale. Chaque photographie met en scène un important symbole du pays.


Parlez-nous de vous.

Je suis né et j’ai grandi à Buffalo, dans l’État de New York, et je suis membre de la réserve des Six­ Nations près de Brantford, en Ontario. Je suis photographe autodidacte et conservateur. Ma carrière dans le domaine de la photographie a commencé après un accident en 1979 qui m’a presque coûté la vie et laissé avec une invalidité permanente résultant d’une blessure à la colonne vertébrale. Afin de reconstruire ma vie, je me suis tourné vers la photographie, mon centre d’intérêt. J’ai commencé ma carrière en ayant deux objectifs en tête : combler l’absence des photographes autochtones contemporains et du passé dans les collections archivistiques. Mon objectif premier était de remédier à l’absence et à l’invisibilité des Iroquois vivant en milieu urbain, comme moi.

En 1990, je vivais à Winnipeg, au Manitoba, lorsque je fis la découverte, dans le cadre d’un projet de recherche au musée du Manitoba, que BAC possédait la série complète des 20 volumes de The North American Indian (Les Indiens d’Amérique du Nord) d’Edward Curtis. Au tout début de ma carrière, Curtis jouait pour moi le rôle d’antagoniste, surtout en raison de ses photographies mettant en scène une vie tribale autochtone qui avait disparu depuis des décennies. On connaissait peu de choses à son sujet. Désirant en savoir plus, je suis déménagé à Ottawa en 1993, où j’ai entrepris l’étape suivante de ma carrière.

Qu’est-ce que les Canadiens devraient savoir d’autre à ce sujet selon vous?

En 1999, mon fils Bear déménageait sur la côte Ouest; je perdais ma muse. Bear avait commencé à poser pour moi en 1984. Environ à l’époque où mon fils me quittait, j’ai reçu par la poste un colis du cinéaste Ali Kazimi. Il avait tourné un documentaire sur mon œuvre qui s’intitulait Shooting Indians: A Journey with Jeff Thomas (photographier des Indiens : un voyage avec Jeff Thomas). Le film commençait sur un plan d’Ali tenant en main des figurines en plastique représentant un cow-boy et un Indien. En ouvrant la boîte, je vis les figurines en plastique, avec une note d’Ali qui disait : « Vous trouverez quelque chose d’intéressant à faire avec ces figurines ».

La série Indians on Tour (Indiens en tournée) a commencé à l’été 2000 lors d’une promenade aux alentours de la Colline du Parlement, à Ottawa. J’avais une figurine d’Indien en plastique dans le sac de mon appareil photo. Quand je me suis arrêté pour photographier une statue représentant un chasseur indien, j’ai placé le jouet devant la statue en bronze et j’ai pris un cliché des deux. Quand j’ai vu cette photographie, j’ai pris conscience des toutes nouvelles possibilités qui s’offraient à moi pour pallier l’absence de la représentation autochtone dans la vie quotidienne. À partir de ce moment, j’ai emporté avec moi les figurines en plastique partout où j’allais. J’ai ensuite ajouté de nouvelles figurines d’Indiens que je découvrais dans les magasins pour touristes. Afin d’être moins tributaire des surfaces planes où poser les figurines, j’ai commencé à faire des dioramas portables, où les figurines sont montées sur un support
portable et léger.

Petite figurine marron clair d’un membre des Premières Nations placée devant la statue d’un chasseur indien. En arrière-plan, on peut voir de grands immeubles à bureaux et des arbres.

Indien exécutant une danse de guerre et statue représentant un chasseur indien, par Jeff Thomas, Ottawa, 2000 © Jeff Thomas

En 2005, je me trouvais à Brandon, au Manitoba, à l’occasion de l’ouverture d’une exposition de mon travail. Le lendemain étant la fête du Canada, je parcourais la ville en voiture à la recherche d’un endroit intéressant où placer mon « délégué ». Lorsque je vis le wagon à grains avec l’inscription « Canada » et quelques graffitis sur le côté, je savais que j’avais trouvé l’emplacement pour ma photographie de la fête du Canada.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

Photo en noir et blanc d’une femme de la Première Nation des Dakota portant une robe rayée sous un long plastron à perles. Elle porte également des tresses, un collier et de longues boucles d’oreilles.

Portrait en studio d’une femme de la Première Nation des Dakota (Sioux) (MIKAN 3258922)

En 1994, BAC m’a engagé pour rédiger de nouvelles légendes pour les photographies représentant des Autochtones, les anciennes légendes contenant des mots dénigrants à l’égard de la culture autochtone. Une photographie ressort particulièrement de ce projet. Je rédigeais une nouvelle légende pour une photographie en pied représentant une femme autochtone. Il s’agissait probablement d’une mère, épouse, grand-mère et Aînée représentant sa communauté. La légende indiquait « Squaw sioux »; le mot « squaw » est considéré comme particulièrement rabaissant. J’ai écrit simplement « Femme Dakota ».

Il est important de préciser que la légende originale n’a pas été supprimée; les chercheurs pourront voir les deux légendes dans la base de données. La nouvelle légende a interpellé un chercheur, qui a essayé d’identifier la femme. Les nouveaux renseignements qu’il a trouvés ont été ensuite ajoutés à la légende dans la base de données. C’était étonnant de voir les répercussions du changement de deux mots désignant une photographie. Je suppose que lorsque plus d’Autochtones utiliseront la base de données, un membre de sa communauté ajoutera son nom dans la légende.

Biographie

Photo couleur d'une homme avec un grand barbu avec un grand sourire.

Jeff Thomas
Crédit Justin Wonnacott

Jeff Thomas est un artiste iroquois urbain, photographe autodidacte, écrivain, orateur public et conservateur. Il vit à Ottawa, en Ontario. Ses œuvres font partie de collections importantes au Canada, aux États-Unis et en Europe. Ses expositions individuelles les plus récentes sont les suivantes : Mapping Iroquoia: Cold City Frieze (cartographier l’Iroquoisie : frise de la cité du froid), Musée d’art McMaster, Hamilton (Ontario); Resistance Is NOT Futile (la résistance N’EST PAS vaine), galerie Stephen Bulger, Toronto (Ontario) et The Dancing Grounds (des raisons de danser), parc du patrimoine Wanuskewin, Saskatoon (Saskatchewan).

Jeff Thomas a également participé à de nombreuses expositions collectives, notamment : I:ke – Toronto: Tributes + Tributaries (hommages et autres), 19711989, Musée des beaux-arts de l’Ontario, Toronto (Ontario); Land/Slide: Possible Futures (glissements de terrain : futurs possibles), Markham (Ontario); SAKAHÀN, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa (Ontario); UNMASKING: Arthur Renwick, Adrian Stimson, Jeff Thomas, Centre culturel canadien, Paris (France). En 1998, il a reçu le prestigieux Prix du duc et de la duchesse d’York en photographie du Conseil des arts du Canada. Il a été admis à l’Académie royale des arts du Canada en 2003. En 2008, il a obtenu le Prix Karsh en photographie.

Ressources connexes

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s