Un visage, un nom : célébration du passé et regard vers l’avenir

Par Julie Dobbin

Depuis ses débuts, en 2012, le projet Un visage, un nom, axé sur les Inuits, a été étendu afin que l’ensemble des Autochtones participent à l’identification des photographies de la collection de Bibliothèque et Archives Canada (BAC).

La majorité des personnes sur les images faisant partie de la collection n’ont jamais été identifiées; elles sont anonymes. De plus, les descriptions archivistiques liées aux événements et aux activités sont absentes ou doivent être mises à jour (noms de lieux, noms de bandes ou terminologie). L’information est fondée sur les légendes et les inscriptions originales se trouvant dans les dossiers, elle reflète donc les préjugés et les attitudes des non-Autochtones de l’époque. Depuis 2002, environ 10 000 images ont été numérisées, et approximativement 2 500 activités, lieux et Inuits (principalement) ont été identifiés.

Pour souligner le 15e anniversaire du projet, un événement a eu lieu pendant trois jours en mars 2017. Il a été tenu à BAC et à l’Université Carleton, à Ottawa, et des Inuits, des membres des Premières Nations, des Métis ainsi que le grand public y ont participé.

L’événement soulignant le 15e anniversaire d’Un visage, un nom ne visait pas seulement à célébrer l’identification des personnes et les partenariats avec les communautés inuites, mais il se voulait aussi une célébration des cultures autochtones ainsi qu’une occasion de jeter un regard sur le passé pour bâtir un avenir meilleur. Pendant les trois jours, les aînés inuits, métis et des Premières Nations ont fait part de leurs connaissances et formulé des recommandations importantes sur l’orientation future d’Un visage, un nom et sur l’avenir d’un pays où les Autochtones ont désormais une identité, peuvent s’exprimer et ne sont plus oubliés.

Photographie en couleurs d’un homme de la Nation métisse portant une veste ornée de broderies et se tenant sur un podium.

Clément Chartier, président du Ralliement national des Métis, à @visage_nom sur Twitter pour l’événement soulignant le 15e anniversaire d’Un visage, un nom, le 3 mars 2017.

Même si Un visage, un nom a fait de grands pas pour corriger les erreurs du passé, il reste encore bien du travail à accomplir. Pour souligner le 15e anniversaire du projet, de nouvelles pages officielles ont été lancées sur Facebook et sur Twitter. Cette plus grande présence dans les médias sociaux fournit une nouvelle plateforme aux peuples autochtones et aux Canadiens non autochtones pour relater leurs récits, raconter leur histoire et continuer le travail important entrepris par Un visage, un nom.

Photographie en couleurs de deux femmes inuites regardant attentivement une photographie. La femme la plus âgée tient la photographie alors que la plus jeune prend une photo de celle-ci avec son téléphone. Derrière elles, des gens parlent et des tables sont couvertes de photos.

Manitok Thompson (à gauche) et Kathleen Ivaluarjuk Merrit (à droite) identifiant des photographies à la galerie d’art de l’Université Carleton, à Ottawa, le 2 mars 2017.

« Voir ces photographies, c’est comme rentrer à la maison », a déclaré l’aîné inuit Piita Irniq pendant l’événement. Sa déclaration montre tout le pouvoir d’une photographie. Par conséquent, le projet Un visage, un nom ne consiste pas simplement à identifier des personnes, des lieux et des objets; il aide à regagner ce qui était perdu, à se retrouver et à rentrer chez soi. L’événement a permis bien plus que trouver des noms. Il a permis de faire part de connaissances, qu’elles concernent les vêtements, les traits physiques, la chasse, la pêche, le trappage, les familles ou les modes de vie traditionnels. Surtout, chaque photographie donnait la possibilité de faire part d’un récit ou d’un souvenir.

Photographie en couleurs d’un aîné inuit qui porte une veste traditionnelle inuite, se tient devant un moniteur et pointe une image à l’écran. Deux jeunes inuits regardent et écoutent attentivement.

L’aîné Piita Irniq (à droite) et les étudiants du collège Nunavut Sivuniksavut Gabe Klengenberg (à gauche) et Aislyn Gizelle (au centre) lors d’une séance tenue à BAC pour le 15e anniversaire d’Un visage, un nom, le 1er mars 2017.

Je ne peux pas parler pour les autres, mais j’ai l’impression que les personnes qui ont participé à l’événement sont reparties avec plus de connaissances qu’à leur arrivée. C’était véritablement trois journées d’enseignement, un enseignement dont chaque Canadien tirerait parti, et un enseignement qu’Un visage, un nom a l’intention de favoriser. Chaque fois qu’un visage était identifié lors de l’événement, cela était ressenti comme une victoire et faisait une différence, car une identité était rendue. Avoir la chance de regarder les aînés identifier des personnes et des lieux était remarquable. Le plus incroyable, c’était l’énergie dans l’air, le sentiment de collaboration, de respect et de réconciliation. Un visage, un nom continuera le travail significatif accompli au cours des 15 dernières années; grâce aux nouveaux partenariats établis avec les Inuits, les membres des Premières Nations et les Métis, une différence positive continuera à être faite. Les personnes qui ne connaissent pas Un visage, un nom et ne savent pas comment aider sont invitées à visiter la page Web du projet et ses comptes dans les médias sociaux, à « aimer » la page, à publier les photographies et à contribuer à rendre le Canada meilleur, à en faire un pays où l’identité des personnes ne sera pas effacée, où elle sera plutôt célébrée et honorée.

Pour promouvoir Un visage, un nom et en savoir plus sur ce projet :

Photographie en couleurs d’un jeune Inuit regardant plusieurs grandes photographies sur des chevalets.

Curtis Kuumuaq Konek à BAC lors de l’événement soulignant le 15e anniversaire d’Un visage, un nom.


Julie Dobbin fait sa maîtrise ès arts en études autochtones et canadiennes à l’Université Carleton. Elle a écrit cet article pendant un stage à la Division sur les expositions et le contenu en ligne de Bibliothèque et Archives Canada.

Les femmes inuites et les phoques : une relation unique maintenant sur Flickr

Les phoques occupent une place centrale dans la vie des Inuits et constituent une source d’alimentation locale essentielle. De nombreuses traditions, coutumes, croyances et histoires transmises oralement concernent les phoques. Les Inuits ont toujours eu une relation importante et directe avec cet animal. Les chasseurs respectent énormément l’esprit du phoque, un animal dont ils dépendent grandement.

A black and white photograph of a woman standing in front of a tent and hanging seal boots on a a clothesline.

Inuit woman “Aasivak Evic” hangs kamiits (sealskin boots) to dry, Pangnirtuuq (Pangnirtung), Nunavut. George Hunter. Canada. National Film Board of Canada. Photothèque (MIKAN 3198727)

Chaque partie du phoque est utilisée, car l’exploitation doit être durable, respectueuse et réalisée sans cruauté. Plus important encore, le climat froid et rigoureux de l’Arctique oblige les habitants de la région à avoir un bon abri et de bons vêtements pour rester au chaud et au sec. La peau, la fourrure et l’huile des phoques répondent à ce besoin.

Les femmes inuites ont développé des techniques très perfectionnées pour traiter et utiliser les parties du phoque de diverses manières au fil des saisons. Après avoir enlevé la graisse avec un ulu (le couteau traditionnel des femmes à lame en forme de croissant).

Visitez l’album Flickr!

Transcription du rapport Coltman – Externalisation à Bibliothèque et Archives Canada

Par Beth Greenhorn

Au printemps de 2016, nous avons, à Bibliothèque et Archives Canada (BAC), numérisé A General Statement and Report relative to the Disturbances in the Indian Territories of British North America [un énoncé général et un rapport qui porte sur les perturbations dans les terres autochtones de l’Amérique du Nord britannique], communément désigné comme le « rapport Coltman ». Cette numérisation avait pour but d’appuyer les activités commémoratives liées au 200e anniversaire de la bataille de la Grenouillère organisées par la Fédération des Métis du Manitoba, en juin 2016.

Moitié supérieure de la première page du rapport de William Batchelor Coltman concernant la bataille de la Grenouillère. Pâlis, les mots ont été rédigés à la main à l’encre noire sur du papier de couleur crème. L’écriture commence à gauche de la feuille, avant la ligne rouge verticale délimitant la marge, et elle se poursuit à droite de celle-ci.

Instantané d’écran de la première page du rapport Coltman, 1818 (MIKAN 114974)

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Bibliothèque et Archives Canada souligne le 20e anniversaire de la Commission royale sur les peuples autochtones au moyen d’un nouveau projet de numérisation

Par Benjamin Ellis, conseiller stratégique à la Direction générale des services au public de Bibliothèque et Archives Canada.

La Fédération des sciences humaines a rédigé le présent billet dans le cadre du forum national Partager la terre, partager un avenir.

Instituée en 1991, la Commission royale sur les peuples autochtones (CRPA) a sillonné le pays afin de répertorier les enjeux et les défis auxquels sont confrontés les Autochtones canadiens et leurs communautés. En 1996, la CRPA remettait son rapport, composé à partir de milliers d’heures d’enregistrement de témoignages et de centaines de milliers de pages de documentation amassées au cours de son mandat de six ans. On y trouve une série de recommandations préconisant l’instauration de nouvelles relations entre les Autochtones et les non-Autochtones au Canada.

Par la suite, l’ensemble des archives de la CRPA fut transmis aux Archives nationales du Canada, maintenant Bibliothèque et Archives Canada (BAC). Ces archives constituent une riche collection de travaux scientifiques, de mémoires écrits, de transcriptions orales, de photographies, d’enregistrements audio et vidéo, et de copies de fichiers numériques sur disquettes. Ces documents pouvaient être consultés dans les bureaux de BAC à Ottawa ou en soumettant une demande de reproduction.

Vers la fin de 2015, les responsables du forum Partager la terre, partager un avenir, organisé pour souligner le 20e anniversaire de la CRPA en novembre 2016, ont demandé à BAC de créer une base de données numériques des documents de la Commission.

En conséquence, BAC a lancé une base de données interrogeable contenant une sélection de documents de la CRPA lors du forum commémoratif national. La base de données contient les transcriptions de plus de 175 jours d’audiences, près de 200 rapports de recherche, plus de 100 mémoires déposés par divers conseils tribaux, organisations et groupes d’intérêt, ainsi que les publications de la Commission et son rapport final.

Le personnel de BAC a sélectionné le contenu à verser dans la base de données au cours de la dernière année. Pour ce faire, il a passé au peigne fin les archives de la CRPA, choisi les documents à numériser et procédé à un examen de ces documents en vertu de la Loi sur l’accès à l’information, afin de s’assurer qu’ils pouvaient être rendus publics. Plusieurs des documents conservés sur disquettes ont été récupérés à l’aide d’équipements et de logiciels des années 1990.

BAC souhaite que cette nouvelle base de données stimule l’intérêt du public envers le travail de la Commission, lequel demeure très pertinent aujourd’hui.

Voix du passé

Par Harriett Mathews

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) possède environ 30 millions de photos dans ses collections, et bon nombre d’entre elles portent sur les Autochtones. Le Programme fédéral d’expérience de travail étudiant (PFETE) m’a donné la chance de contribuer au projet Un visage, un nom et de fouiller dans la base de données pour trouver des photos extraordinaires prises dans des communautés autochtones de partout au Canada.

Corriger le dossier historique

Si les photos sont tout simplement magnifiques, leurs descriptions laissent souvent à désirer. Les légendes de nombreuses images d’Autochtones comprennent des termes désuets ou offensants, ou au mieux restent vagues. Il est donc crucial de les mettre à jour à l’aide de la technologie moderne et de l’information recueillie dans les communautés où les photos ont été prises. La participation des Autochtones est essentielle, car ces documents racontent leurs histoires et décrivent leurs cultures, leurs familles. Ce sont leurs voix qui ont été tues et perdues. Étant moi-même Autochtone, j’étais ravie d’actualiser les documents pour faire connaître ma culture et donner une voix aux personnes photographiées.

L’image ci-dessous, montrant une femme inuite et son enfant souffrant de malnutrition, est un excellent exemple. La légende fournie est « Dirty Daisy et son bébé ». Cette femme ne s’appelle pas Daisy; il s’agit probablement d’un surnom attribué par un fonctionnaire. En l’affublant d’un sobriquet, l’auteur de la légende porte atteinte à la dignité de cette femme et la condamne à l’anonymat. Espérons que le projet Un visage, un nom permettra de découvrir un jour le nom de cette femme et du nourrisson. En attendant, la nouvelle légende dit désormais : « Femme inuite (Daisy) nourrissant son bébé, assise dans une tente à Chesterfield Inlet (Igluligaarjuk), au Nunavut ».

Photo noir et blanc d’une femme inuite amaigrie assise dans une petite tente avec son bébé, devant des provisions. La femme nourrit son bébé à l’aide d’un biberon rectangulaire.

Femme inuite (Daisy) nourrissant son bébé, assise dans une tente à Chesterfield Inlet (Igluligaarjuk), au Nunavut (MIKAN 3855414)

Améliorer l’accès, une photo à la fois

Depuis le début du projet, en 2002, plus de 2 000 photos ont été identifiées, et des milliers d’autres ont vu des termes inexacts ou offensants être retirés du titre et placés dans une note décrivant le contexte historique. L’identification de noms, de lieux, d’événements et d’objets culturels aide à faire connaître la culture et l’histoire autochtones à ceux qui font des recherches dans les archives.

Les histoires concernant des politiciens autochtones, comme le sénateur inuit Charlie Watt, du Québec, en sont un exemple. J’ai eu le plaisir de travailler avec l’album 38 du ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien, qui comprend plusieurs photos du jeune Charlie Watt avec ses parents, Daisy et Johnny. Les photos ont été prises pendant une fête à Kuujjuaq (anciennement Fort Chimo), au Québec. Même en noir et blanc, elles montrent le dynamisme de la communauté inuite.

Photo d’une page verte sur laquelle sont collées trois photos noir et blanc (no 154, 156, et 157) ainsi que des légendes dactylographiées sur du papier blanc. La photo en haut à gauche montre une femme inuite vêtue d’une robe unie et d’un châle à carreaux, debout sur une galerie avec une petite fille dans une parka qui boit un verre de lait. La photo dans le coin supérieur droit montre deux femmes inuites vêtues de châles à carreaux et de bandeaux, assises devant des caisses de bois. Une d’entre elles tient un accordéon. Un bébé est assis à l’avant-plan, à gauche, et un petit garçon en tenue est debout à côté de la joueuse d’accordéon. La photo du bas représente une femme vêtue d’une veste et d’un bandeau, dansant avec un homme en habit; la femme à gauche tient la main d’un homme dont on ne voit que l’avant-bras. Trois femmes situées de part et d’autre d’une lampe à l’huile sont visibles à l’arrière-plan.

Page 53 de l’album sur laquelle on trouve trois photos : une femme et une fille inuites (Daisy Watt, possiblement avec Harriat Ruston); un groupe de femmes et d’enfants inuits – Daisy Watt joue de l’accordéon, Christina Gordon est à droite et Charlie Watt, fils de Daisy, est debout à gauche; S. J. Bailey et H. Lamberton dansant avec deux femmes inuites – Daisy Watt est à droite avec S. J. Bailey, la femme derrière elle s’appelle Susie, et Hannah (la sœur de Susie) est à gauche, tenant la main de H. Lamberton. La fête se déroule à Kuujjuaq (anciennement Fort Chimo), au Québec. (MIKAN 4326945)

Photo noir et blanc de cinq femmes. Quatre sont assises, et une autre, à l’extrême droite, est debout avec un bébé enroulé dans un châle à carreaux. La femme au centre joue de l’accordéon, et la femme à sa gauche a un jeune garçon sur ses genoux. Des caisses de bois portant l’inscription « Marven’s Biscuits » sont empilées derrière elles, et une autre caisse dit « H.B.C. Wholesale Vancouver ».

Groupe de femmes et d’enfants faisant la fête à Kuujjuaq (anciennement Fort Chimo), au Québec. Lizzie Suppa joue de l’accordéon. Daisy Watt et son fils Charlie sont à sa gauche. (MIKAN 3855585)

Photo d’une page verte sur laquelle sont collées trois photos noir et blanc (no 158 à 160) et des légendes sur du papier blanc. La photo en haut à gauche montre des femmes et des enfants assis devant des caisses de bois portant la mention « Marven’s Biscuits », et une autre, l’inscription « H.B.C. Wholesale Vancouver ». La photo en haut à droite montre deux couples dansant pendant qu’une femme joue de l’accordéon. Sur la photo du bas, un spermophile arctique (un écureuil vivant sur le sol) est debout dans un champ d’herbes avec un rocher à l’avant plan.

Page 54 de l’album portant trois photos : un groupe de femmes et d’enfants [Lizzie Suppa joue de l’accordéon, avec Daisy et Charlie Watt assis à sa gauche]; deux couples inuits dansant [Johnny et Daisy Watt sont à gauche tandis que Lizzie est au bout à droite, toujours avec son accordéon]; et un spermophile arctique (un écureuil vivant sur le sol). (MIKAN 4326946)

Redonner une voix aux Autochtones

Ces photos constituent des sources essentielles sur l’histoire du Canada puisqu’elles témoignent de la relation entre les Autochtones et le gouvernement canadien. Plus important encore, elles racontent la vie des personnes photographiées et diffusent leur culture. Pendant plusieurs décennies, les voix des Premières Nations, des Métis et des Inuits sont restées silencieuses dans ces documents. Un visage, un nom joue un rôle crucial en offrant une tribune aux Autochtones, leur permettant de se réapproprier leur histoire et leur identité. En tant que femme autochtone, je suis très heureuse d’avoir pu faire entendre ma voix dans ces documents. D’innombrables histoires restent à raconter, mais je suis convaincue que le partenariat entre BAC et les Autochtones nous permettra de les connaître un jour.


Harriett Mathews était une participante au PFETE qui a travaillé à la Division des expositions et du contenu en ligne à Bibliothèque et Archives Canada pendant l’été 2016.

Les Inuits : numéros de disque et projet Nom de famille

De nos jours, les Inuits s’identifient à l’aide d’une combinaison de prénoms d’origine euro chrétienne et de noms de famille inuits. Cela n’a pas toujours été le cas. Avant la première moitié du 20e siècle, les Inuits ne portaient pas de nom de famille. Les noms inuits traditionnels reflétaient ce qui avait de l’importance pour eux : la famille, les esprits, les animaux, l’environnement. Ces noms n’étaient pas spécifiques à un sexe en particulier; ce n’était pas non plus des patronymes reconnus et partagés.

Dans les années 1920, les missionnaires, les commerçants de fourrures et les fonctionnaires du gouvernement ont voulu identifier les Inuits conformément aux normes européennes et an modèle de société patriarcale. Ces groupes croyaient que l’absence de noms de famille et d’orthographe normalisée compliquait l’identification des Inuits dans les documents reliés au commerce, lors des recensements et dans bien d’autres occasions. Un système d’attribution de numéros de disque a alors été mis en place; il avait pour but, non seulement d’identifier les Inuits, mais aussi de gérer la distribution des allocations familiales et autres formes d’aide, ainsi que les soins de santé.

Une photographie en noir et blanc, prise dans un iglou, de deux hommes lisant un numéro de disque attaché au parka d’un jeune garçon.

Collecte des données de recensement et vérification de certaines questions reliées aux allocations familiales, Windy River, [T. du N.-O. (Nunavut)], 10 décembre 1950 (MIKAN 3380264)

À l’époque, plusieurs suggestions ont été formulées au gouvernement fédéral, telles que la mise sur pied d’un système d’appellation à deux noms comprenant un nom de famille, la normalisation de l’orthographe, la création de dossiers de la GRC et l’obtention des empreintes digitales de tous les Inuits. La GRC a commencé à relever les empreintes digitales, mais cette mesure a été mal accueillie, surtout en raison de son association avec la criminalité.

Finalement, en 1941, le gouvernement fédéral a choisi d’attribuer à chaque Inuit un identifiant numérique unique, lequel était estampillé sur un disque ou imprimé sur une carte. Ces identifiants étaient souvent appelés « numéro de disque esquimau » ou ujamiit (ujamik) en inuktitut. Les Inuits devaient toujours avoir ce numéro sur eux; il était souvent cousu sur un vêtement ou attaché à un lacet porté autour du cou. Ces numéros ont été utilisés jusqu’en 1972, sauf au Québec, où cette pratique a continué pendant quelques années.

Les trois photographies suivantes, prises en ordre séquentiel, montrent les membres d’une même famille tenant leur numéro de disque écrit sur un tableau.

Une photographie en noir et blanc d’un homme inuit tenant un petit tableau sur lequel est écrit le numéro 6008.

Portrait d’un homme [David Arnatsiaq] tenant un petit tableau portant le numéro 6008, à Pond Inlet (Mittimatalik/Tununiq), Nunavut, août 1945 (MIKAN 3606623)

Une photographie en noir et blanc d’une femme inuite tenant un petit tableau sur lequel est écrit le numéro 6009.

Portrait d’une femme [Tuurnagaaluk] tenant un petit tableau portant le numéro 6009, à Pond Inlet (Mittimatalik/Tununiq), Nunavut, août 1945 (MIKAN 3606624)

Une photographie en noir et blanc d’une femme inuite tenant un petit tableau sur lequel est écrit le numéro 6010.

Portrait d’une femme [Tuurnagaaluk] tenant un petit tableau portant le numéro 6010, à Pond Inlet (Mittimatalik/Tununiq), Nunavut, août 1945 (MIKAN 3606625)

De 1968 à 1971, le gouvernement fédéral et le Conseil des Territoires du Nord-Ouest ont entrepris, dans le cadre du Projet Nom de famille, de modifier la façon d’identifier les Inuits, en abandonnant le système de numéros de disques pour le remplacer par l’utilisation de patronymes. Ce projet était dirigé par Abraham « Abe » Okpik qui a parcouru les Territoires du Nord-Ouest et le nord du Québec en compagnie d’un linguiste.

Bibliothèque et Archives Canada conserve des témoignages du système de numéros de disque sur des photographies et des documents, tels que des listes de personnes avec leur numéro de disque et des listes montrant la transition vers l’adoption du nom de famille et du numéro d’assurance sociale. Notez bien que ces documents ne peuvent être consultés, car ils contiennent des renseignements personnels.

Nommer les Autochtones Canadiens

Lorsqu’ils effectuent une recherche historique quelconque, les chercheurs doivent choisir une variété de termes de recherche. Ils espèrent qu’en utilisant le bon terme, ils pourront trouver et utiliser des sources primaires et secondaires. Choisir les bons termes de recherche est un défi dans le meilleur des cas, mais les problèmes inhérents à la recherche dans le contenu autochtone sont particulièrement importants. Plusieurs termes de recherche reflètent des préjugés historiques et des malentendus. Au fil du temps, les noms ou les termes changent complètement tandis que l’orthographe est modifiée en fonction de la période, du lieu et des circonstances.

Et les termes continuent de changer.

Rien ne semble indiquer que les Premières Nations, les Métis ou les Inuits, en tant que gardiens du savoir, aient participé à la création et au développement historique des documents que l’on retrouve à Bibliothèque et Archives Canada (BAC). Toutefois, les personnes ou les institutions qui ont créé les documents ont laissé sur eux une empreinte déterminante colorée par la raison, la période et l’endroit de leur création.

Le langage et l’imagerie utilisés dans le passé, même s’ils peuvent être problématiques, demeurent dans les descriptions de la base de données. Les termes comme « squaw », « sang-mêlé », « massacre », « sauvage » et « victoire » doivent être utilisés avec une attention toute particulière et dans un contexte approprié.

Aquarelle montrant une femme vêtue d’une robe rouge avec une couverture enroulée autour de la tête et des épaules. Elle porte des raquettes et regarde vers la gauche. Derrière elle, au loin, on aperçoit la silhouette d’une église et une montagne derrière elle.

Femme indienne dans ses beaux habits; vue de Montréal au loin. Peinture par Francis George Coleridge, 1866 (MIKAN 2836790)

Lithographie montrant un groupe de neuf personnes, probablement une famille, y compris un bébé et trois enfants assis devant un tipi. Une personne est debout et tient une carabine, et deux hommes métis fument la pipe.

Tipi indien et sang-mêlé [Métis] rebelle, 1885 (MIKAN 2933963)

Aquarelle montrant trois figures debout près d'une étendue d’eau. De gauche à droite : une femme fumant la pipe portant un bébé sur le dos, un homme portant des jambières, une longue veste bleue et une ceinture fléchée métisse et tenant une carabine dans sa main droite et une autre femme vêtue d'une robe bleue avec un châle enroulé autour de la tête et du corps.

Un sang-mêlé [Métis] et ses deux épouses (MIKAN 2897207)

Le matériel dont la description n’est pas idéale est tout aussi problématique. Les descriptions ne sont pas toujours utiles. On obtient peu de détails lorsque des termes comme « type indigène » et « Peau-Rouge » sont utilisés. Parallèlement, la majorité des personnes représentées sur les images des collections de Bibliothèque et Archives Canada n’ont jamais été identifiées. De nombreuses descriptions archivistiques relatives à certains événements ou activités sont absentes ou contiennent des informations périmées (par exemple, les noms de lieu et de bande ou la terminologie). Par ailleurs, l’information est fondée sur des inscriptions et des légendes originales trouvées dans les documents et elle reflète donc les préjugés et les attitudes de la société non autochtone de l’époque.

Le très grand nombre de descriptions de ce type fait de la recherche d’une photographie ou d’un document particulier une tâche colossale.

BAC modifie les descriptions dans sa collection. Tout en assurant l’intégrité de la description originale, BAC s’efforce de clarifier les données incomplètes et de modifier le langage inapproprié lorsque des exemples sont portés à notre attention. Nous ne modifions jamais l’original d’un document ou d’une image, seulement la description qui a été créée pour le document ou l’image.

Photographie en noir et blanc d’un homme inuit vêtu d’une chemise et de bretelles et regardant directement le photographe.

[Gros plan d’un homme portant des bretelles, Chesterfield Inlet (Igluligaarjuk), Nunavut]. Titre original : Type indigène, Chesterfield Inlet (T.N.-O.), juillet 1926 (MIKAN 3379826)

Faut il absolument s’identifier comme Métis pour en être un?

Décrire les documents confiés à Bibliothèque et Archives Canada (BAC) est un travail qui demande beaucoup de rigueur. Des employés minutieux font tout en leur pouvoir pour rédiger des descriptions aussi utiles et complètes que possible à l’intention des chercheurs.

Les personnes qui cherchent des documents sur les Autochtones dans la collection de BAC s’attendent généralement à ce que le lieu, la date et le groupe visé soient mentionnés clairement pour tous les documents. Malheureusement, il n’est pas rare que ces renseignements manquent à l’appel lorsque BAC fait des acquisitions. L’institution s’efforce cependant de fournir des renseignements supplémentaires dans la mesure du possible.

Quand il s’agit des Métis, un autre défi se pose. Il est facile d’identifier un Louis Riel ou un Gabriel Dumont comme étant Métis, et de décrire les documents en conséquence. Mais qu’en est‑il des personnes qui ne déclarent pas ouvertement leurs origines?

De nos jours, l’auto‑identification est un des principaux moyens d’affirmer son identité métisse; elle fait même partie des démarches à accomplir pour obtenir une carte de Métis. Le recensement fédéral donne aux Métis une autre occasion de s’identifier comme tels. Celui de 2006 montre que la population métisse a crû plus rapidement que celle des autres groupes, autochtones ou non : leur nombre a presque doublé (en hausse de 91 %) entre 1996 et 2006. Cette croissance s’explique peut‑être par le fait que de nombreuses personnes ont décidé de s’identifier comme Métis.

À la lumière de ces faits, comment devrions‑nous décrire les documents pour les futurs chercheurs? La non‑affirmation de l’origine ethnique est un fait historique. À une certaine époque, s’afficher comme Métis entraînait son lot de difficultés. Les membres de la Nation métisse parlent d’une période sombre ayant débuté en 1870 et pendant laquelle ils ont subi de durs traitements de la part des autres Canadiens. La communauté a réagi en se repliant sur elle‑même, car l’auto‑identification pouvait limiter les perspectives économiques, voire menacer la sécurité des familles.

Louis Riel a écrit :

« Mon peuple s’endormira pendant 100 ans, mais il se réveillera, et ce sont les artistes qui lui redonneront vie. » [traduction]

Pour décrire les archives, il faut tenir compte des choix personnels des Canadiens. L’ajout de l’étiquette Métis à une description doit être un choix respectueux et réfléchi.

Capitaine James Peters : Correspondant de guerre et photographe

De nos jours, la photographie fait partie intégrante de nos vies; nos moindres gestes quotidiens sont captés, qu’il s’agisse d’exploits ou d’actes anodins. Dès les débuts, dans les années 1830, la photographie a servi à relater les faits de guerre. Les premiers photographes devaient déployer tout leur talent pour saisir les rapides mouvements de combat, car l’équipement photographique ne permettait pas d’enregistrer des mouvements. En conséquence, les images de guerre, à l’époque, étaient souvent des reconstitutions des véritables opérations militaires. En général, elles illustraient plutôt les éléments statiques de la guerre, comme des portraits de soldats, la vie dans des camps, les fortifications, l’emplacement de l’artillerie et les champs de bataille, avant et après le déroulement de l’action.

Le capitaine James Peters a capté les événements dramatiques de la Rébellion du Nord-Ouest en tant que photographe et correspondant pour le Quebec Morning Chronicle. La Rébellion du Nord-Ouest est une insurrection contre le gouvernement canadien qui aura duré cinq mois, mettant surtout en cause des citoyens de la nation métisse et leurs alliés des Premières Nations. Avant-gardiste, M. Peters a capté les événements qui se déroulaient dans le champ de bataille.

Le capitaine Peters et la batterie « A » de l’Artillerie canadienne ont quitté la ville de Québec le 28 mars 1885 en direction du nord-ouest. La batterie « A » allait fournir l’appui d’artillerie au major-général Frederick D. Middleton et à la Milice du Canada. M. Peters servira sous Middleton à Fish Creek et à Batoche, ainsi que durant les recherches menées par la milice afin de trouver le leader cri Mistahimaskwa (Big Bear). Lire la suite

Un peuple dans l’ombre : À la découverte de la Nation métisse dans la collection de Bibliothèque et Archives Canada

Qui sont les Métis?

La Nation métisse s’est formée aux XVIIIe et XIXe siècles. Sur les trois peuples autochtones du Canada, elle vient au deuxième rang en termes de population. Les citoyens de la Nation métisse sont les descendants de couples formés d’une mère autochtone et d’un père européen actif dans le commerce des fourrures.

Les communautés métisses sont très répandues au Manitoba, en Saskatchewan, en Alberta et dans les Territoires du Nord‑Ouest. On en retrouve aussi en plus petit nombre en Colombie‑Britannique, en Ontario, au Minnesota, au Montana et au Dakota du Nord.

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) possède toute une gamme de documents sur la Nation métisse : des documents textuels, des photographies, des œuvres d’art, des cartes, des timbres, des enregistrements sonores, etc. Toutefois, les découvrir n’est pas toujours une mince tâche!

Les défis de la recherche sur les Métis dans les collections d’art et de photographie

Certains portraits de politiciens et de dirigeants célèbres de la Nation métisse sont faciles à identifier, comme ceux de Louis Riel et de Gabriel Dumont. Par contre, les images représentant des Métis moins connus sont plus difficiles à repérer. Les titres d’origine révèlent le manque de connaissances historiques de ceux qui décrivaient le contenu sur les Métis. Souvent, les Métis n’y sont pas mentionnés, ou sont confondus avec des membres des Premières Nations. La légende de la photo ci‑dessous en est un bon exemple.

Photo noir et blanc montrant un homme vêtu à l’européenne, debout à gauche devant une charrette de la rivière Rouge. À droite, un groupe d’hommes, de femmes et d’enfants portant des vêtements traditionnels des Premières Nations sont debout devant une autre charrette de la rivière Rouge.

Indiens chippaouais et charrettes de la rivière Rouge à Dufferin [traduction de la légende originale], Manitoba, 1873 (no MIKAN 4848365)

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