Émancipation des Premières Nations

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.Par Jasmine Charette

Le concept de l’identité dans le contexte canadien m’a toujours fascinée. J’adore me renseigner sur la façon dont les gens se servent de leur identité pour nouer des relations dans leur communauté ou pour rompre ces mêmes liens afin d’être perçus différemment. Toutefois, cela ne s’est pas toujours fait de manière juste ou volontaire. Vous voulez un exemple frappant? L’émancipation des Premières Nations.

De quoi s’agit-il?

L’émancipation signifiait, aux yeux du gouvernement, la perte du statut légal d’Indien en vue de l’obtention de la citoyenneté canadienne et de tous les droits et privilèges s’y rattachant. Ce processus a été entériné dans la Loi sur les Indiens de 1876, qui regroupait plusieurs parties de lois coloniales en vigueur à cette époque

Page dactylographiée en noir et blanc tirée du texte d’une loi.

Une page de la Loi sur les Indiens publiée dans les Statuts du Canada, 1876 (Notre mémoire en ligne)

L’émancipation pouvait être demandée par n’importe quel Autochtone, pourvu qu’il respecte certaines exigences : âge, sexe et compétence en français ou en anglais. Une personne ne faisant pas partie de la bande, comme un prêtre ou un agent des Indiens, devait déterminer l’aptitude de l’Autochtone souhaitant être émancipé. Certains documents révèlent que des Autochtones — selon leurs propres mots ou la correspondance des agents des Indiens — souhaitaient être émancipés pour les titres fonciers et les fonds des bandes. La perte du statut légal voulait dire qu’ils n’étaient plus assujettis à la Loi sur les Indiens.

De nombreuses personnes ont été émancipées contre leur gré, dont certaines en raison de leur carrière (avocats, médecins ou membres du clergé). D’autres l’ont été parce qu’ils ont fréquenté une université ou participé à la Première ou à la Deuxième Guerre mondiale, ou tout simplement parce qu’un agent des Indiens les jugeait suffisamment « civilisés ». Puis, l’émancipation obligatoire a visé les femmes autochtones mariées à un homme sans statut d’Indien (voir ci-dessous les modifications apportées à la Loi sur les Indiens, en 1985).

Qu’est-ce que cela veut dire pour les Autochtones?

La Loi sur les Indiens était et est toujours perçue comme étant véritablement contraignante pour les Autochtones. La perte d’identité a eu diverses répercussions, y compris l’inadmissibilité aux services sociaux, la perte des droits de chasse et des droits fonciers et, pour nombre d’entre eux, la distance physique et intangible les séparant de leurs demeures et de leurs cultures. Il existe des exemples dans les dossiers des Conseils des chefs où l’émancipation d’individus a été refusée, car les chefs ne croient pas que l’Acte du cens électoral s’applique à ces personnes, par crainte que des terres puissent être vendues et que la communauté soit perdue.

Pour certains, l’émancipation constituait une violation directe d’accords précédents. Une pétition provenant des membres mohawks de la Confédération des Cinq Nations (aujourd’hui,Six Nations of the Grand River) révèle l’existence d’un traité avec les Britanniques selon lequel ces derniers n’essaieraient jamais de faire des Autochtones des sujets britanniques. L’émancipation brisait cette promesse.

Reproduction noir et blanc d’une pétition manuscrite adressée à Son Excellence le très honorable lord Stanley, gouverneur général du Dominion du Canada.

: Organisation des Six Nations — Correspondance concernant une pétition provenant des Indiens des Six Nations visant à ce qu’ils soient exemptés des dispositions de l’Acte du cens électoral de 1885. (e006183352)

Cette mesure visait-elle uniquement les personnes?

Dans un cas, une bande complète a été émancipée : la bande de Michel dans le nord de l’Alberta. Un décret prévoyait l’émancipation de tous les membres admissibles de la bande de Michel, le 31 mars 1958.

Texte dactylographié en noir et blanc décrivant l’affectation des fonds de la bande de Michel et des terres de la réserve indienne de Michel n° 132.

Légende : Annexe B du plan pour l’affectation des fonds de la bande de Michel et des terres de la réserve indienne de Michel n° 132, 31 mars 1958. RG2-A-1-a. Volume 2215. Création 1958-375. (Notre mémoire en ligne)

Cet ordre d’émancipation a partagé les terres de la réserve entre les membres émancipés, ce qui a provoqué le démantèlement complet de la bande. Trois ans plus tard seulement, cette émancipation obligatoire a été révoquée. Certains membres de l’ancienne bande de Michel tentent toujours aujourd’hui de retrouver leur statut de bande (en anglais seulement).

Pourquoi cela est-il pertinent aujourd’hui?

Lorsque les articles sur l’émancipation de la Loi sur les Indiens ont été révoqués en 1985, ils ont été remplacés par ce que nous appelons aujourd’hui le statut d’Indien. Il était alors impossible d’abandonner son statut, et de nombreux Autochtones émancipés ont retrouvé leur statut au moyen de diverses dispositions figurant dans l’abrogation de 1985, et de modifications subséquentes apportées à la Loi sur les Indiens. La discrimination fondée sur le sexe se trouvant dans la Loi a été éliminée et le statut d’Indien a été redonné aux femmes l’ayant perdu en raison de leur mariage à un non-Autochtone ou de la disposition « mère grand-mère » de 1951 (leur statut était perdu à l’âge de 21 ans si la mère et la grand-mère paternelle avaient acquis le statut d’Indien par mariage).

Vous avez des questions sur l’émancipation?

Les Services de référence peuvent répondre à vos questions et vous aider à trouver des archives et des publications, y compris des documents sur l’émancipation. Posez-nous une question; nous y répondrons avec plaisir!

Sources

Ce blogue fait partie d’une série portant sur les Initiatives du patrimoine documentaire autochtone. Apprenez-en plus sur la façon dont Bibliothèque et Archives Canada (BAC) améliore l’accès aux collections en lien avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Voyez aussi comment BAC appuie les communautés en matière de préservation d’enregistrements de langue autochtone.  


Jasmine Charette est archiviste de référence à la Division des services de référence, Direction générale des services au public, Bibliothèque et Archives Canada.

Une colonie française de pêcheurs à Plaisance (Terre-Neuve)

Par Valerie Casbourn

Saviez-vous que Bibliothèque et Archives Canada (BAC) conserve des documents sur les débuts de la période coloniale française au Canada? Certains peuvent être consultés en ligne, dont ceux sur la colonie française de Plaisance à Terre-Neuve (1662-1713) et sur les pêcheurs de morue français établis dans la région de l’Atlantique.

Au fil du 17e siècle, la pêche terre-neuvienne à la morue gagne en importance pour l’industrie européenne de la pêche. La France est l’un des nombreux pays à lutter pour sa part de marché. En 1662, elle fonde une ville de garnison à Plaisance, sur la rive ouest de la péninsule d’Avalon, à Terre-Neuve. Elle souhaite ainsi faciliter l’accès de sa flotte marchande au secteur.

Le site de Plaisance est choisi pour sa proximité avec les richesses halieutiques, son port abrité et relativement libre de glace, et son emplacement stratégique. Au fil du temps, la colonie se dote de fortifications militaires et sert de base aux pêcheurs français, hébergeant même une petite population permanente.

Une illustration en couleur, faite à la main qui montre la rive avec des personnes sur un échafaud en bois qui travaillent à nettoyer et à sécher la morue à Terre-Neuve.

Vue d’un échafaud et également de la façon de pêcher, de nettoyer et de sécher la morue à Terre-Neuve. (c003686) Une copie numérisée de la carte L’Amerique, divisee selon l’etendue de ses Principales Parties, et dont les Points Principaux sont placez sur les Observations de Messieurs de L’Academie Royale des Sciences. Dressee Par N. de Fer, Geographe de Monseigneur le Dauphin peut être consultée sur le site Web d’Osher Map Library (en anglais).

Cela dit, tant les Français que les Anglais établissent des colonies le long de la côte sud-est de Terre-Neuve, empiétant par le fait même sur le territoire autochtone des Béothuks et des Mi’kmaqs. On a consigné peu d’interactions entre Français et Béothuks, ces derniers s’éloignant du rivage et de ses ressources pour éviter les colons européens. Avant l’arrivée des colonies, les Mi’kmaq naviguaient en canot les eaux entre Cape Breton et Terre-Neuve. Ils nouent des relations amicales avec les Français, devenant des alliés militaires et des partenaires commerciaux de premier plan.

La petite colonie de Plaisance fait face à de nombreuses difficultés pendant ses premières décennies d’existence. Sa population est mal approvisionnée, et l’efficacité de ses premiers gouverneurs laisse à désirer. Mais elle prospère malgré tout et, dans les années 1690, attire l’attention de l’administration française, qui accorde alors une grande importance à la pêche dans l’Atlantique.

L’économie de Plaisance repose principalement sur la pêche à la morue. Un petit groupe de personnes (les « habitants-pêcheurs ») vit en permanence dans la colonie, dont la population croît temporairement chaque année avec l’arrivée, pendant la belle saison, de la flotte marchande en provenance des ports français. Car l’été est une saison très occupée : l’effectif saisonnier s’active pour pêcher et faire sécher les prises. En plus de cette main-d’œuvre supplémentaire, Plaisance dépend de la flotte marchande pour obtenir de la nourriture et divers produits, ainsi que pour acheminer et vendre le poisson en Europe.

À l’époque de la colonie, des conflits marquent les relations entre Français et Anglais, de même qu’entre Mi’kmaqs et Anglais. Au tournant du 18e siècle, les Français et les Mi’kmaqs mènent des raids, seuls ou ensemble, contre les colonies anglaises de la péninsule d’Avalon. Puis, en 1713, la guerre de Succession d’Espagne s’achève avec la signature du traité d’Utrecht, par lequel la France cède Terre-Neuve à l’Angleterre.

Les Anglais prennent alors possession de Plaisance, qu’ils renomment Placentia. La plupart des colons français quittent l’endroit et vont s’établir plus au sud, à Louisbourg, dans la colonie française d’Île Royale (de nos jours Cap-Breton). Là, ils continuent de travailler dans l’industrie de la pêche à la morue, les Français ayant conservé leurs droits de pêche au large de Terre-Neuve. Ils transforment et font sécher le poisson le long de la rive, qui prend le nom de « côte française ».

Carte marine sur papier vélin, à l’encre de couleur, montrant le littoral de Terre-Neuve, l’Acadie et le golfe du Saint-Laurent.

Carte marine du littoral de Terre-Neuve, de l’Acadie et du golfe du Saint-Laurent, réalisée après 1713; la carte montre Plaisance et Louisbourg (e011182107)

Documents conservés à Bibliothèque et Archives Canada

BAC conserve dans son fonds des colonies (MG1) de nombreux documents sur la colonie de Plaisance. On y trouve des copies et des transcriptions de textes portant sur les débuts de la période coloniale française au Canada : correspondance, rapports, journaux, directives, documents sur les fortifications et le commerce, registres de l’état civil et documents notariés. Les originaux sont conservés aux Archives nationales d’outre-mer, à Aix-en-Provence, en France.

BAC offre en ligne nombre de ces documents numérisés, que vous trouverez avec l’outil Recherche dans la collection. Utilisez des mots-clés, par exemple « MG1 Plaisance » ou « MG1 pêche » (sans les guillemets), puis sélectionnez « Archives » dans le menu déroulant. En précisant « MG1 », vous limiterez les résultats aux documents du fonds des colonies; vous trouverez davantage de résultats si vous ne l’incluez pas. Les mots-clés « pêche », « Terre-Neuve » et « morue » fonctionnent bien.

Ressources connexes


Valerie Casbourn est archiviste à Halifax, au sein des Services régionaux de Bibliothèque et Archives Canada.

De l’assimilation à la négociation : documents numérisés de la Commission des revendications des Indiens (années 1970)

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.

Par Marko Davidovic

La création de la Commission des revendications des Indiens, dans les années 1970, a l’effet d’un coup de tonnerre. Pourtant, elle est annoncée dans une simple note de bas de page du Livre blanc de 1969 rédigé par l’administration de Pierre Elliott Trudeau (intitulé La politique indienne du gouvernement du Canada). Ce document d’assimilation explosif décrit l’intention du gouvernement d’abolir le statut d’Indien, la Loi sur les Indiens et les réserves.

Sa publication soulève un tollé et mobilise la résistance d’un océan à l’autre. Soudainement, toutes les communautés des Premières nations au Canada, sans exception, font face à une menace concrète. Leur assimilation dans le système politique canadien est annoncée : il n’y aura plus de traitement spécial, ni de ministère des Indiens, ni de « problèmes de l’Indien ».

Les vagues soulevées par les organismes panautochtones se transforment en raz de marée qui balaye le Livre blanc sur son passage (la politique est retirée, non sans embarras, en 1970). Le mouvement ne s’arrête pas là, et les Inuits et les Métis unissent leurs voix à celles des Premières Nations.

Les événements de cette période ont encore des conséquences aujourd’hui. Par exemple, l’affaire Calder mène à la reconnaissance du titre foncier autochtone, et on assiste à la création d’organismes autochtones provinciaux et nationaux, dont les ancêtres de l’Assemblée des Premières Nations, de l’Inuit Tapiriit Kanatami et du Ralliement national des Métis. Ces années sont marquées par des mouvements de résistance, voire des conflits ouverts, découlant de l’opposition toujours croissante contre les politiques et les mesures gouvernementales.

Une note de service tapuscrite, datée du 12 mars 1973, rédigée par Andrew Rickard, président du Grand conseil du traité no 9, au nom de son peuple. L’auteur dévoile ses intentions et ses attentes relatives à une collaboration avec tous les ordres de gouvernement.

Une note de service d’Andrew Rickard, président du Grand conseil du traité no 9 (de nos jours la Nation nishnawbe-aski), datée du 12 mars 1973. Bibliothèque et Archives Canada, page 3 (e011267219)

Ironiquement, la Commission des revendications des Indiens, une simple procédure inscrite dans une note de bas de page pour régler des détails et mettre fin aux revendications des Autochtones, est possiblement le legs le plus important de la politique de 1969. Des sources primaires récemment numérisées décrivent la période tumultueuse des années 1970 et l’étonnant succès de la Commission. Celle-ci s’adapte au contexte politique et assume un rôle de médiateur entre l’État et les communautés autochtones, préparant ainsi le terrain pour les processus de revendication modernes au Canada.

La collection

La Commission est essentiellement le travail d’un seul homme.

Une page de texte tapuscrit avec une photo de Lloyd I. Barber en haut au centre. C’est un homme d’âge moyen avec les cheveux coupés en brosse, portant un complet-cravate et parlant au téléphone.

Notice biographique et photo de Lloyd I. Barber pour un discours prononcé lors d’une conférence. Bibliothèque et Archives Canada, page 77 (e011267331)

Le chercheur Lloyd I. Barber est né à Regina et vit à Saskatoon. Quand il prend ses fonctions de commissaire des revendications des Indiens, son mandat a déjà changé. Plutôt que de traiter et conclure des revendications, il étudie des histoires, évalue des griefs et établit des relations. Il écrit constamment à Ottawa ainsi qu’aux chefs autochtones les plus éminents.

Dans bon nombre de ses lettres, il montre qu’une partie importante de son travail consiste à limiter les dégâts. Sa relative indépendance face à Ottawa lui offre une marge de manœuvre pour faire entendre les demandes de justice et d’équité formulées par les communautés autochtones, un rôle qu’il assume sans hésiter.

Lettre tapuscrite datée du 22 novembre 1974 envoyée par le commissaire des revendications des Indiens, Lloyd I. Barber, au sous-ministre des Affaires indiennes et du Nord canadien, Judd Buchanan. L’auteur demande au gouvernement fédéral de défendre les droits autochtones issus de traités contre les violations provinciales.

Lettre du commissaire Lloyd I. Barber à Judd Buchanan, sous-ministre des Affaires indiennes et du Nord canadien, portant sur les droits de chasse, de pêche et de trappe des Premières Nations des Prairies. Bibliothèque et Archives Canada, page 35 (e011267232)

Barber, un professeur de commerce expérimenté, adopte dans toutes ses lettres un ton patient, calme, rassurant et souvent contrit. Il incarne la sensibilité et la sympathie, prenant soin d’utiliser un langage simple qui se démarque de celui des bureaucrates et des fonctionnaires. Sa personnalité ressort de tous les documents du fonds; elle est intimement liée aux réussites de la Commission.

Une coupure de journal du Native Press, datée du 18 novembre 1974, portant sur un discours prononcé par Lloyd Barber à Yellowknife. La démarche d’assimilation du gouvernement envers les Autochtones y est décrite comme insuffisante et dangereuse.

Coupure de journal du Native Press datée du 18 novembre 1974, portant sur un discours prononcé par Lloyd Barber à Yellowknife. Bibliothèque et Archives Canada, page 59 (e011267332)

La réussite de la Commission repose sur les dialogues établis par Barber. À cet égard, les documents de recherche et de référence sont révélateurs. La Commission a recueilli de nombreux documents classés par province, par bande et par revendication : des sources historiques remontant jusqu’au début du 19e siècle, des transcriptions de débats parlementaires et d’innombrables coupures de journaux, provenant souvent de quotidiens autochtones locaux.

Ces coupures offrent un aperçu des enjeux qui entourent les relations houleuses entre les Autochtones et les non-Autochtones dans les années 1970. Elles reflètent également une autre fonction de la Commission : celle-ci ne se contente pas d’évaluer les politiques et la logistique liées aux revendications territoriales; elle examine aussi la perception de ces enjeux au sein du public, en particulier dans les communautés autochtones. Les articles publiés dans les médias montrent dans quel contexte s’inscrivent les recommandations générales de la Commission et ses interventions concrètes dans le cadre de certains griefs.

Un exemple de coupure de journal recueillie par le commissaire Barber dans des médias locaux.

Coupure de journal portant sur la Déclaration des Dénés de 1975. Bibliothèque et Archives Canada, page 21 (e011267159)

En 1977, la Commission des revendications des Indiens dépose un rapport percutant résumant ses constatations et ses recommandations. Elle est ensuite remplacée par la Commission des droits des Indiens du Canada, qui poursuit le travail de Barber et renforce les relations établies.

La Commission Barber, entourée de conflits et de contradictions, parvient non seulement à gérer la situation précaire entre le gouvernement et les communautés autochtones, mais aussi à transformer les protestations des années 1970 en occasions de dialogue et de négociation. Elle demeure un facteur déterminant dans cette période cruciale des relations entre l’État et les Autochtones.

Ce blogue fait partie d’une série portant sur les Initiatives du patrimoine documentaire autochtone. Apprenez-en plus sur la façon dont Bibliothèque et Archives Canada (BAC) améliore l’accès aux collections en lien avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Voyez aussi comment BAC appuie les communautés en matière de préservation d’enregistrements de langue autochtone.


Marko Davidovic est adjoint aux archives pour l’initiative de numérisation du patrimoine autochtone Nous sommes là : Voici nos histoires au sein de la Direction générale des services au public à Bibliothèque et Archives Canada.

Ulus des Inuits : diversité, force et spiritualité

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.

Par Ellen Bond

 

Photo couleur d’une femme inuk coupant de la viande à l’aide d’un ulu.

Rynee Flaherty nettoyant une peau d’animal avec un ulu (un petit couteau à lame en forme de croissant utilisé par les femmes inuites) sur une surface rocheuse à Ausuittuq (Nunavut) (e002394465)

Le terme ulu veut dire « couteau de la femme » en inuttut (une langue inuite); il désigne un couteau muni d’une lame semi-circulaire. Les ulus existent depuis environ 4 500 ans (2 500 avant J.-C.). La lame de ceux qui ont été fabriqués en 1880 et découverts sur l’île de Baffin adhérait au manche grâce à un composé d’argile, de poils de chien et de sang de phoque. Dans les années 1890, la lame et le manche de certains ulus fabriqués par les Inuits de l’Ouest étaient perforés. Les deux pièces étaient unies à l’aide de cuir brut, de fanon de baleine et de racine de pin. Les Inuits du cuivre de l’île Victoria (la huitième plus grande île du monde, faisant partie du Nunavut et des Territoires du Nord-Ouest) se servaient du cuivre qu’ils exploitaient pour fabriquer les lames. Si l’ardoise et le cuivre se faisaient rares, certains Inuits utilisaient plutôt des fanons de baleine ou de l’ivoire.

La lame en forme de croissant, autrefois en ardoise, est maintenant en acier, métal disponible depuis 1719 grâce à la Compagnie de la Baie d’Hudson. Les lames semi-circulaires ou triangulaires étaient attachées au manche avec une seule tige, éventuellement trouée au milieu. Les manches de l’ulu étaient parfois décorés de dessins et de gravures ayant une signification particulière pour la propriétaire. Ils étaient habituellement faits de bois, plus rarement d’os, de panache ou d’ivoire.

Photo noir et blanc d’une femme inuk se servant d’un ulu.

Taktu retirant la graisse de la peau d’un phoque à l’aide d’un ulu à Kinngait (Nunavut) (e010836269)

La taille de l’ulu dépend de la préférence de sa propriétaire ou de la région où il est fabriqué. C’est un outil qui peut être donné par un mari ou un proche parent, ou transmis de génération en génération.

Photo noir et blanc d’une femme inuk se servant de son ulu.

Sheouak Petaulassie se servant d’un ulu à Kinngait (Nunavut) (e010868997)

La puissance de coupe de l’ulu provient du manche, qui transfère la force de la lame sur l’objet à trancher. Les femmes parviennent ainsi à couper du matériel dur et dense, comme des os. Grâce à sa forme, l’ulu est facile à utiliser avec une seule main. Les ulus sont des outils multifonctionnels dont la forme varie selon les besoins. Les plus gros coupent le gibier ou le poisson alors que les petits sont utilisés pour retirer la graisse et raser la peau. D’autres, encore plus petits, peuvent couper la peau, tailler du poil ou trancher de petits morceaux. Les plus minuscules servent à coudre ou à tailler des pièces ornées incrustées dans les vêtements en peau de phoque.

Photo noir et blanc d’une femme inuk se servant de son ulu pour trancher de la viande.

Noanighok, mère de William Kakolak, Kugluktuk (Nunavut) (a143915)

Parmi tous les outils conçus par les humains, l’ulu est spécial : c’est l’un des seuls qui appartient à la femme et il s’agit d’un symbole culturel important. Les médailles de certaines compétitions, comme les Jeux d’hiver de l’Arctique, sont façonnées à leur image. C’est aussi un motif répandu dans l’art contemporain, les métiers d’arts et la mode inuits. De nos jours, les ulus sont exposés bien en vue dans de nombreuses résidences, comme des œuvres d’art. Utilisés depuis des milliers d’années dans les régions nordiques de l’Amérique du Nord, les ulus sont toujours fonctionnels, puissants et variés.


Ellen Bond est adjointe de projet au sein de l’équipe du contenu en ligne de Bibliothèque et Archives Canada.

Louis Riel à Ottawa : un séjour difficile

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.Par Anna Heffernan

De son vivant, Louis David Riel était un personnage controversé. Chef de deux rébellions, il était perçu soit comme un héros, soit comme un traître. De nos jours, il est reconnu pour sa contribution au développement de la Nation métisse, du Manitoba et du Canada. En 1992, il est désigné comme l’un des fondateurs du Manitoba. Près de 25 ans plus tard, en 2016, il est reconnu comme le premier dirigeant de la province. En 2008, le troisième lundi de février devient le jour de Louis Riel au Manitoba.

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) possède une vaste gamme de documents concernant Louis Riel et les mouvements qu’il dirige. Dans le cadre du projet Nous sommes là : Voici nos histoires, qui vise à numériser les documents relatifs aux Autochtones dans les collections de BAC, une de nos priorités consiste à numériser l’héritage documentaire de Riel pour que les communautés de la Nation métisse et les chercheurs y aient accès plus facilement.

Bien que Riel soit l’un des plus célèbres personnages de l’histoire du Canada, certaines facettes de sa vie sont peu connues. La plupart des Canadiens savent que Louis Riel dirige la résistance de la rivière Rouge en 1869-1870. La Compagnie de la Baie d’Hudson vient de vendre ses droits sur la Terre de Rupert au Dominion du Canada, droits qui lui ont été octroyés par la Couronne britannique. Mais la Nation métisse et les Premières Nations qui habitent cette région ne reconnaissent pas les droits de la Compagnie de la Baie d’Hudson sur ce territoire et considèrent la vente de leurs terres ancestrales comme illégitime. Louis Riel et ses compatriotes réagissent en mettant sur pied un gouvernement provisoire dont les membres sont représentés dans la photo ci-dessous, prise à Fort Garry.

Une photographie noir et blanc de 14 hommes disposés en trois rangées (assis dans les deux premières et debout dans la dernière). Louis Riel est assis au centre.

Louis Riel (au centre) avec les membres du gouvernement provisoire en 1870 (a012854)

Cependant, le gouvernement provisoire de Riel ne fait pas l’unanimité. Ses forces capturent un groupe de colons ontariens qui se prépare à attaquer Fort Garry. Un des membres du groupe, Thomas Scott, est exécuté pour insubordination le 4 mars 1870. Malgré cet incident, les pourparlers avec le Canada se poursuivent, et Riel négocie avec succès les conditions de l’entrée du Manitoba dans la Confédération. Une fois les négociations terminées, une expédition militaire est lancée à partir de l’Ontario pour renforcer le contrôle du Canada sur le Manitoba. Après l’exécution de Thomas Scott, nombreux sont les Ontariens qui voient en Riel un traître et un assassin. Craignant pour sa vie, Riel se réfugie à Saint Paul, au Minnesota.

Un événement moins connu de la vie de Louis Riel est son séjour difficile à Ottawa. Riel est élu député de Provencher (Manitoba) à la Chambre des communes en 1873, puis réélu à deux reprises en 1874. Il se rend à Ottawa pour occuper son siège, mais son passage en politique fédérale sera de courte durée. Notre collection contient des documents intéressants sur l’aventure de Riel à la Chambre des communes. Le premier est un registre que tout député doit signer lors de son assermentation; il porte la signature de Louis Riel (voir l’image ci-dessous).

Page avec six colonnes de signatures. La signature de Louis Riel est visible en bas à droite.

Image de la page d’un registre d’assermentation de la Chambre des communes signée par Louis Riel (e010771238)

Riel court d’énormes risques en se rendant en Ontario à ce moment-là. L’exécution de Thomas Scott a provoqué la colère des Ontariens, surtout des protestants, car Scott était membre de la fraternité protestante de l’ordre d’Orange. Le premier ministre de l’Ontario offre 5 000 $ de récompense pour la capture de Riel, et un mandat d’arrêt est lancé contre lui. Au Parlement, l’orangiste ontarien Mackenzie Bowell présente une motion visant à expulser Riel. Celle-ci est adoptée et Riel ne reviendra pas à la Chambre des communes, bien qu’il soit réélu une troisième fois. Le document ci-dessous témoigne du passage de Riel dans la capitale. Avant de partir précipitamment, il se fait prendre en photo à Ottawa; la photographie porte l’inscription « Louis Riel, MP » (c’est-à-dire Louis Riel, député fédéral).

Photographie de couleur sépia montrant Louis Riel face à l’objectif; elle porte l’inscription manuscrite « Louis Riel, MP ».

Portrait réalisé en studio à Ottawa après l’élection de Riel comme député de Provencher (Manitoba) (e003895129)

En 1875, Riel s’exile aux États-Unis. À partir de 1879, il vit dans le territoire du Montana, où il épouse Marguerite Monet, dite Bellehumeur, en 1881. Le couple aura trois enfants. Riel chasse le bison et exerce divers métiers : agent, marchand, bûcheron, puis instituteur. Il retourne au Canada, à Batoche, dans l’actuelle Saskatchewan, en juillet 1884.

Le registre d’assermentation et la photographie de Riel prise à Ottawa le montrent bien : même des documents en apparence anodins peuvent en dire long sur certains épisodes de l’histoire canadienne. L’exploration et la numérisation du patrimoine documentaire autochtone conservé dans nos collections visent à faire connaître l’histoire de personnages célèbres comme Louis Riel, mais aussi celle de nombreux Autochtones au Canada.

Ce blogue fait partie d’une série portant sur les Initiatives du patrimoine documentaire autochtone. Apprenez-en plus sur la façon dont Bibliothèque et Archives Canada (BAC) améliore l’accès aux collections en lien avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Voyez aussi comment BAC appuie les communautés en matière de préservation d’enregistrements de langue autochtone.


Anna Heffernan est archiviste et recherchiste du projet Nous sommes là : voici nos histoires, qui consiste à numériser le contenu relatif aux Autochtones à Bibliothèque et Archives Canada.

Documents du ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien : dossiers de succession

Par Rebecca Murray

Lorsqu’on fait des recherches généalogiques sur les Premières Nations, les dossiers de succession peuvent être une source d’information précieuse. Ces dossiers sont détenus par Bibliothèque et Archives Canada (BAC) dans le fonds du ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien (MAINC), ou RG10.

Qu’est-ce qu’un dossier de succession?

Le ministère, connu aujourd’hui sous les appellations Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord Canada et Services aux Autochtones Canada, continue d’administrer « les successions des Indiens décédés » en vertu de la Loi sur les Indiens. Les dossiers de succession ont un contenu varié. Les formulaires qui s’y trouvent fournissent de précieux renseignements démographiques sur la personne décédée, des inventaires de propriétés foncières et de biens personnels, des sommaires de dettes et d’autres renseignements importants sur les héritiers et les proches parents.

Ces dossiers contiennent de l’information qui peut être très utile aux recherches généalogiques. Avant d’entamer vos recherches, consignez les renseignements que vous avez déjà dans un tableau généalogique ou une fiche de famille; ces formulaires se trouvent sur notre site Web. Vous pouvez inscrire dans les cases vides les renseignements trouvés dans les dossiers de succession.

Comment puis-je reconnaître les dossiers de succession détenus par BAC?

Le titre du fichier au nom de la personne décédée indique les dossiers de succession que détient BAC. Voici quelques exemples de références complètes de dossiers de succession dans nos fonds :

RG10, 1996-97/816, boîte 91, dossier « Estate of Clifford Leonard – Kamloops », 1928-1948.

RG10, volume 11266, dossier 37-2-8, « ESTATE NELSON, JOB », 1928-1929.

2017-00390-5, boîte 4, dossier 411/37-2-179-48, partie 1, « Estates – P. Meneweking – Spanish River », 1946-1967.

Ces exemples montrent les différents formats de titres que peuvent porter les dossiers de succession. Il est possible de faire des recherches par nom de famille, avec ou sans le prénom. Il arrive que le nom de la bande soit indiqué.

L’ancien MAINC a utilisé divers systèmes de classification des dossiers au fil des années. Les numéros suivants indiquent qu’un dossier a été classé comme dossier de succession :

Système numérique duplex modifié (des années 1950 aux années 1980) : 37-2
Série « Thousand » : 16000
Système numérique par blocs : E5090

À part les classifications de dossiers, ce type de recherche est l’un des rares cas où la recherche à partir du nom d’une personne est la meilleure façon de trouver un dossier pertinent. Il est préférable de commencer vos recherches dans notre base de données d’archives, Recherche dans la collection(bêta). Si vous n’arrivez pas à trouver de dossier pour une personne décrite dans notre base de données, ne vous inquiétez pas, car bien des dossiers n’y sont pas décrits individuellement.

Pour trouver ces dossiers, essayez de rechercher avec le mot-clé « estate » ou « succession » ET le nom de la bande ou de la réserve de la personne décédée. Par exemple, faites une recherche par mots-clés avec « estate » ET « Sudbury » dans deux champs distincts. La longue liste de résultats peut être filtrée par niveau hiérarchique à l’aide du menu de gauche; dans ce cas, sélectionnez « Acquisition ».

Un des résultats, 2017-00390-5 « Estate Files of the Sudbury District Office », 1900-1983, est un exemple d’un ensemble de 18 boîtes de dossiers contenant presque exclusivement des dossiers de succession, sans descriptions des dossiers individuels. Dans un tel cas, consultez l’instrument de recherche pour savoir comment accéder à la liste de dossiers. Ici, l’instrument de recherche (ou la liste de dossiers) n’est pas lié à la description, mais il peut être consulté en personne au 395, rue Wellington, à Ottawa. Vous pouvez aussi nous écrire pour nous demander de vérifier si un nom en particulier s’y trouve. En faisant cette étape supplémentaire après la recherche par mots-clés du nom de la personne décédée, et en incluant votre travail dans votre demande écrite, vous pouvez aider le personnel des Services de référence à trier et à traiter votre demande plus facilement.

Comment puis-je accéder aux dossiers de succession détenus par BAC?

Comme vous pourrez le constater, l’accès à la plupart des dossiers de succession détenus à BAC est restreint pour des raisons de protection de la vie privée. Veuillez soumettre une demande d’accès en ligne. Certains dossiers anciens sont ouverts. Parmi ceux-ci, certains sont accessibles sur microfilm numérisé, par exemple : RG10, volume 2918, dossier 186,900, « CARADOC AGENCY – ESTATE OF THE LATE DOLLY NICHOLAS OF THE ONEIDA BAND », 1897-1898.

Si un dossier ouvert n’est pas accessible en ligne, vous pouvez demander l’original pour un retrait ou une consultation.

Une page blanche portant du texte manuscrit noir.

La première des deux pages d’une lettre de RG10, volume 2918, dossier 186,900 (e007575915)

Une deuxième page blanche portant du texte manuscrit noir.

La deuxième et dernière page d’une lettre de RG10, volume 2918, dossier 186,900 (e007575916)

Ces renseignements devraient vous aider à trouver des dossiers de succession détenus à BAC et à y accéder. Si vous avez des questions sur les dossiers de succession ou tout autre sujet, écrivez-nous!

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Rebecca Murray est archiviste à la Division des services de référence de Bibliothèque et Archives Canada.

La patrouille de l’Arctique de l’Est (1945)

Par Mathieu Rompré

Des années 1920 à 1940, la Compagnie de la Baie d’Hudson utilise son propre navire, le R.M.S. Nascopie, pour ravitailler ses postes nordiques et transporter ses employés. Chaque été, tant que les conditions le permettent, la patrouille de l’Arctique de l’Est – comme on appelle alors le voyage annuel du Nascopie – livre des provisions fraîches et offre des soins de santé de base. Le navire transporte aussi les gens et les marchandises (surtout des fourrures) hors des communautés. Fait intéressant : de 1933 à 1941, il accepte aussi les touristes qui souhaitent faire une croisière estivale dans l’Arctique!

Le Nascopie transporte habituellement du personnel pouvant offrir des soins de base : médecin, dentiste, optométriste, etc. En 1945, le Dr Roy Gordon Hemmerich, un dentiste de Kitchener (Ontario), est ainsi embauché par la Compagnie de la Baie d’Hudson pour fournir des soins dentaires aux employés de l’entreprise ainsi qu’à leur famille. D’autres habitants du Nord, surtout des Inuits et des agents de la Gendarmerie royale du Canada, peuvent également recevoir des soins dentaires « selon le temps disponible », comme le précise une lettre du 16 avril 1945 adressée au Dr Hemmerich par la Compagnie, qui ajoute que les services fournis seront payés au « tarif modéré de la ville ». Contrairement aux dentistes précédents, qui traitaient leurs patients à bord du navire, le Dr Hemmerich met pied à terre pour offrir ses services. Près d’une centaine d’Inuits reçoivent ses soins pendant l’été 1945.

Photo noir et blanc de quatre enfants assis sur des sacs de farine.

Un groupe d’enfants observent le déchargement de provisions du R.M.S. Nascopie. (e002213356) Facebook.

Pendant son voyage, le Dr Hemmerich vit une situation hors de l’ordinaire : il siège au jury d’un procès criminel mené sur le Nascopie. Une femme inuite, Miktaeyout, est accusée du meurtre de son mari, survenu en juillet 1942. Il faut attendre le 3 septembre 1945 pour la tenue du procès : en 1943 et 1944, le Nascopie n’avait pu briser la glace pour se rendre à Fort Ross (de nos jours, un poste de traite déserté sur l’île Somerset). Miktaeyout, obligée d’épouser un homme violent après que son premier mari ait trouvé une autre femme, plaide non coupable. Elle est condamnée à un an de travaux forcés pour homicide involontaire, une peine qu’elle purgera sous la surveillance de la GRC à Pangniqtuuq (à l’époque, Pangnirtung), sur l’île de Baffin. Pour en savoir plus sur ce procès, consultez The Ottawa Journal (en anglais), 24 mai 1946, p. 6 et The Living Legend: The Story of the Royal Canadian Mounted Police [La légende vivante : l’histoire de la Gendarmerie royale du Canada, en anglais] par Alan Philips (Boston/Toronto, Little Brown and Company, 1957 [1954], pp. 266
-268).

Photo noir et blanc d’une femme avec un enfant dans un amauti, se faisant examiner les dents par un dentiste.

Le Dr Roy Hemmerich effectue un examen dentaire sur une femme lors d’un arrêt du R.M.S. Nascopie pendant son voyage d’Inlet Pond à Fort Ross. (a184875) Facebook.

Bien que le Nascopie ait sombré en juillet 1947 après être entré en collision avec un récif non cartographié près de Cape Dorset, le Dr Hemmerich se rend deux autres fois dans le Nord : en 1949 et en 1954-1955. Son voyage de 1945 demeure néanmoins le mieux documenté, et de loin. Le Dr Hemmerich était en effet accompagné du Dr Arthur H. Tweedle, un optométriste et photographe amateur, et les deux hommes ont laissé des documents textuels, des photographies, des images en mouvement et des cartes liés à leur voyage. Même s’ils ne proviennent pas d’Autochtones, les fonds Roy Gordon Hemmerich (R15580) et Arthur H. Tweedle (R848) contiennent des témoignages intéressants sur la vie dans l’Arctique vers 1945.

Reconnaissez-vous quelqu’un sur ces photos?

Dites-le-nous! Envoyez-nous un courriel ou cliquez sur le lien Facebook sous chaque photo. Vous pouvez également visiter la page Facebook ou le site Web du projet Un visage, un nom pour voir d’autres photos non identifiées de la collection de Bibliothèque et Archives Canada.


Mathieu Rompré est archiviste de référence à la Direction générale des services au public de Bibliothèque et Archives Canada.

Une journée dans la vie d’un archiviste de référence

Par Alix McEwen

J’ai toujours pensé qu’il fallait posséder certaines qualités pour être un bon archiviste de référence à Bibliothèque et Archives Canada (BAC). Il faut très bien connaître l’histoire et la culture du Canada. Il faut comprendre ce qui constitue un fonds et comment les documents sont recueillis et classés. Il faut aussi aimer travailler avec les autres. Cependant, il est également très utile d’aimer les casse-tête et d’être prêt à se creuser les méninges pour aider à les résoudre.

Récemment, un ancien collègue m’a posé une question sur une copie d’un document particulier, prétendument un décret antérieur à la Confédération. Il voulait savoir si le Cabinet fédéral de l’époque avait vraiment approuvé ce décret. Griffonnée dans la marge du document se trouvait l’inscription en anglais « 12 July 1856 OIC pp. 220-221 Vol. 10019 » [12 juillet 1856 décret p. 220-221 vol. 10019]. On pouvait lire une référence presque identique au bas du document : LAC RG 10 Vol. 10019 pp. 220-221. Le texte portait sur la création du Indian Land Fund [fonds des terres indiennes].

La copie des décrets antérieurs à la Confédération se trouve dans le RG 1 E-8 (RG 1 : Documents du Conseil exécutif de la province du Canada). Cependant, la référence de BAC mentionnée renvoyait à un document du ministère des Affaires indiennes (RG 10). Une brève recherche dans notre base de données Recherche de fonds d’archives a révélé que le volume 10019 du RG 10 correspondait aux Dossiers bleus de Matheson, ce qui ne prouvait en rien l’exactitude de la copie du décret.

Retour à la case départ : j’ai alors cherché dans les index et les registres du RG 1 E-7 volumes 72 à 93. Ces sources aident les chercheurs à trouver les décrets antérieurs à la Confédération. Le problème, c’est qu’elles sont manuscrites et difficiles à déchiffrer. J’ai cherché les entrées suivantes : Indian Land Fund, puis Fund, puis Land – pas de chance!

J’ai donc poursuivi ma recherche à l’aide de Google Livres (eh oui, on utilise Google!). Cette recherche m’a confirmé qu’un décret en lien avec les Affaires indiennes avait été signé ce jour-là. Encore plus important, elle m’a permis de trouver le rapport de recherche non publié des Affaires indiennes, intitulé « The Indian Land Management Fund [Le fonds de gestion des terres indiennes] » et rédigé par David Shanahan. Mes collègues de la section des Archives autochtones de BAC ont pu me fournir une copie de ce rapport.

Ce fut un moment décisif dans mes recherches. Dans l’introduction, M. Shanahan mentionne qu’il n’y a aucune preuve satisfaisante de la création du fonds par un décret, comme on le croyait auparavant. Il consacre ensuite un chapitre entier sur les origines du fonds de gestion. À mon avis, le fait le plus important était qu’il existait en effet un décret daté du 12 juillet 1856. Toutefois, il visait à fonder la Commission Pennefather, dont le mandat était de trouver la « meilleure façon d’administrer les biens des Indiens » [Traduction].

Pourquoi m’était-il donc impossible de trouver ce décret? Cette fois-ci, je suis retournée examiner le microfilm des décrets au lieu des index et des registres. Il est beaucoup plus facile qu’avant d’accéder à de nombreuses bobines de microfilm sans restriction, en raison de leur numérisation et de leur diffusion sur Héritage. J’ai cherché la section portant sur la date en question, puis j’ai feuilleté les pages jusqu’à trouver l’information voulue. Ma référence finale? RG1 E 8 vol. 60 p. 443, 12 juillet 1856 (bobine de microfilm H-1795). Le décret ne visait effectivement pas à créer le fonds de gestion des terres indiennes.

Une page microfilmée avec du texte manuscrit du RG1 E 8 volume 60, page 443.

Décret daté du 12 juillet 1856, RG1 E 8 volume 60 page 443 (bobine de microfilm H-1795).

Je me demandais toujours pourquoi je ne trouvais aucune mention de ce décret dans les index et les registres. J’y suis donc retournée, me promettant d’y aller plus lentement. J’ai commencé par la lettre « I », cherchant tout ce qui était en lien avec les Indiens. J’ai rapidement trouvé ma réponse. Le décret était mentionné dans l’index sous « Indiens, civilisation des », un rappel embarrassant qu’il faut toujours être conscient de la terminologie et des croyances de l’époque lorsqu’on effectue des recherches dans des documents historiques.

Avez-vous un casse-tête à résoudre qui nécessite le travail d’un archiviste ou d’un bibliothécaire curieux? Envoyez-nous votre question par écrit dès aujourd’hui.


Alix McEwen est une archiviste de référence de la Division des services de référence.

Une nouvelle vocation pour le pensionnat autochtone de St. Eugene

Par Katrina Swift

Situé à moins de 10 kilomètres de Cranbrook, en Colombie-Britannique, le pensionnat autochtone de St. Eugene était le plus petit établissement du genre dans la province. Ouvert de 1898 à 1970, il a longtemps été dirigé par les Sœurs de la Providence de l’Institut de la Charité et les Oblats de Marie-Immaculée. Le bâtiment principal a été achevé en 1912.

Un peu d’histoire

Fruit d’une collaboration entre le gouvernement canadien et les Églises catholique, anglicane, unie et presbytérienne, le régime des pensionnats autochtones a existé de 1892 à 1969. Précisons néanmoins que les premiers pensionnats pour les enfants autochtones sont antérieurs à la Confédération, et que le tout dernier, administré par le gouvernement fédéral, a fermé ses portes en 1996.

Les enfants qui résidaient à St. Eugene étaient âgés de 6 à 15 ans. Issus des communautés et des réserves environnantes, ils étaient retirés de leurs familles, parfois de force, et retenus 10 mois par année au pensionnat, où bon nombre subissaient des violences physiques, émotionnelles, culturelles et sexuelles. Au plus fort de son activité, à la fin des années 1950, le pensionnat de St. Eugene hébergeait 150 enfants; lors de sa dernière année, il en comptait encore 56.

Photo noir et blanc légèrement floue, montrant le côté et la façade d’un bâtiment avec l’entrée principale.

Pensionnat autochtone de St. Eugene (Kootenay), bâtiment principal vu du sud, Cranbrook (Colombie-Britannique). Photo prise le 11 septembre 1948. (e011080318)

Les souffrances infligées par ce régime se perpétuent d’une génération à l’autre. La chef Sophie Pierre peut en témoigner, elle qui est entrée à St. Eugene à l’âge de 6 ans et qui y est restée jusqu’à ses 16 ans. Dans un article de Rick Hiebert publié en 2002 dans le Report Newsmagazine, et dont nous traduisons ici un extrait, elle raconte : « Tout le monde avait le goût de faire sauter le pensionnat. De le démolir. Nous voulions tous le voir disparaître. » Mais, ajoute-t-elle, l’aînée Mary Paul leur a transmis un puissant message, que sa communauté a entendu : « Elle nous a dit que c’est dans ce pensionnat que les Autochtones de Kootenay avaient été dépouillés de leur culture, et que c’est dans ce pensionnait qu’ils devaient se la réapproprier. »

Dessin technique d’un bâtiment de trois étages avec un haut toit à double pente. Un pignon coiffé d’une croix surplombe l’entrée principale au centre.

Dessin technique montrant la façade du pensionnat de St. Eugene à Cranbrook (Colombie-Britannique). (e010783622)

Cap sur l’avenir

En 1996, le Conseil tribal des Ktunaxa-Kinbasket a soumis une demande pour faire du pensionnat autochtone de St. Eugene un lieu historique national. Mais sa requête a été rejetée pour plusieurs raisons, comme nous l’apprend Geoffrey Carr dans un périodique universitaire de 2009 : tout d’abord, cela aurait exigé une transformation du site jugée excessive; ensuite, l’école ne répondait pas aux critères pour pouvoir être désignée lieu historique national; et finalement, on hésitait à honorer un endroit pouvant être perçu comme une source de honte pour le gouvernement canadien.

Deux ans plus tard, Coast Hotels & Resorts et les cinq bandes du Conseil tribal des Ktunaxa-Kinbasket (St. Mary’s, Columbia Lake, Lower Kootenay, Tobacco Plains et Shuswap) ont annoncé leur intention de convertir le site du pensionnat en centre de villégiature et d’en accorder le bail aux cinq bandes, qui contrôleraient la totalité des actions de la société d’aménagement – un investissement de 30 millions de dollars.

L’aînée Mary Paul a été une grande source d’inspiration pour cette initiative : « Tout ce que vous pensez avoir perdu à cet endroit, vous ne l’avez pas vraiment perdu. On perd quelque chose seulement lorsqu’on refuse de le retrouver. » Des paroles qui font écho aux souvenirs de la chef Sophie Pierre, principale coordonnatrice du projet, qui rappelle la grande solitude ayant marqué son séjour à St. Eugene : « Nous étions séparés de nos frères et sœurs et nous n’avions pas le droit de leur parler », raconte-t-elle dans un article d’Ian Cruickshank paru en 2003 dans le Toronto Star.

Se basant sur des études, le Conseil a déterminé la solution la plus rentable pour conserver le bâtiment de l’ancien pensionnat : le convertir en centre de villégiature. Bien que l’essentiel du financement soit venu de prêts et de subventions fédérales, le Conseil a déployé de grands efforts pour exploiter l’entreprise sans assistance gouvernementale.

Cette initiative est la seule du genre au Canada. Selon le site Web du centre de villégiature, c’est la première fois qu’une Première Nation transforme de la sorte un sombre vestige de son histoire en puissant moteur économique, et la rénovation de l’ancien pensionnat en fait une destination internationale qui profitera aux générations à venir.

Certains détracteurs avancent que le projet privilégie les intérêts économiques aux dépens de la mémoire collective. Selon Geoffrey Carr, St. Eugene symbolise la contrition nationale autant qu’il incarne la violence de la colonisation et ses répercussions aussi énormes que tenaces. Malgré tout, la chef Sophie Pierre se réjouit des effets positifs que le projet aura sur sa communauté à long terme.

En 2001, le terrain de golf du centre de villégiature a été classé troisième au pays par le Golf Digest Magazine. Selon les statistiques d’Aboriginal Tourism BC, la clientèle se compose majoritairement de baby-boomers de la classe moyenne supérieure.

En 2004, à la suite de difficultés financières, le projet a été repris par la Première Nation ontarienne de Mnjikaning, la Première Nation crie de Samson (en Alberta) et le Conseil tribal des Ktunaxa-Kinbasket, conformément à une ordonnance de la Cour suprême de la Colombie-Britannique. Le centre de villégiature continue donc d’être entièrement géré par des Premières Nations, même si le Conseil n’en est plus le propriétaire à part entière.

Bibliothèque et Archives Canada joue un rôle important dans la collecte et la préservation des documents sur les pensionnats autochtones du Canada. Ces documents sont essentiels aux chercheurs, qu’il s’agisse d’étudier des revendications, des plans architecturaux ou des rapports sur l’administration des pensionnats et leurs élèves. Ils démontrent que le régime des pensionnats autochtones a été instauré délibérément par le gouvernement canadien pour traiter ce qu’on désignait alors comme le « problème indien » dans de nombreux documents gouvernementaux de l’époque.

Sources connexes

Sources

  • Affaires autochtones et du Nord Canada. Pensionnats autochtones de la Colombie-Britannique : historiques d’une page, Gouvernement du Canada, 2013.
  • Carr, Geoffrey. « Atopoi of the Modern : Revisiting the Place of the Indian Residential School », English Studies in Canada, vol. 35, no 1 (mars 2009), p. 109-135. (En anglais)
  • Cruickshank, Ian. « Indian chief brains behind resort », Toronto Star, 5 juillet 2003, p. J16. (En anglais)
  • Hiebert, Rick. « Holidaying in Auschwitz : a BC indian band is turning an old residential school into a new resort casino [St. Eugene Mission residential school] », Report Newsmagazine, vol. 29, no 1 (7 janvier 2002), p. 54. (En anglais)
  • St. Eugene Golf Resort and Casino, www.steugene.ca. (En anglais)
  • Davis, Ted. « B.C.’s First Nations welcome the world; Baby boomers are now joining international travellers in exploring the province’s aboriginal-based attractions », CanWest News, 17 juin 2008. (En anglais)

Katrina Swift, étudiante à la maîtrise à l’École des études autochtones et canadiennes de l’Université Carleton, a fait un stage à la Division des archives gouvernementales de Bibliothèque et Archives Canada.

Le journal arctique de Rosemary Gilliat

Par Katie Kendall

En juin 1960, la photographe Rosemary Gilliat (connu plus tard sous le nom de Rosemary Gilliat Eaton), accompagnée de la journaliste Barbara Hinds, parcourt l’Arctique canadien avec le soutien financier du ministère du Nord canadien et des Ressources nationales et de l’Office national du film du Canada. Elle séjourne à Iqaluit (anciennement Frobisher Bay, Nunavut), Kuujjuaq (anciennement Fort Chimo, Québec), Kangiqsualujjuaq (anciennement George River, Québec), Killiniq (anciennement Port Burwell, Nunavut) et Cape Dorset (Nunavut) avec pour mission d’y documenter en photo la vie quotidienne dans le Grand Nord. Durant ce voyage, Gilliat tient un journal détaillé dans lequel elle décrit les habitants, les lieux, les modes de vie et les événements, de même que la flore et la faune qu’elle observe.

Photographie couleur de deux femmes en train de pêcher sur les rives d’un plan d’eau. Elles sont debout sur des roches, et des plaques de glace flottent sur l’eau.

Rosemary Gilliat (à gauche) et Barbara Hinds s’adonnant à la pêche (MIKAN 4731485)

Lors de mon stage étudiant à Bibliothèque et Archives Canada (BAC) durant la présente session, j’ai lu ce journal d’un couvert à l’autre, en notant les dates, les personnes, les lieux et les événements les plus importants. Ce travail permettra d’améliorer les descriptions archivistiques des photographies de Gilliat dans la collection de BAC. De nombreuses photos prises par Gilliat au cours de son voyage ont été intégrées dans Un visage, un nom, un projet de BAC qui permet aux Autochtones de participer à l’identification de personnes, de lieux et d’activités représentés sur des photos anciennes. Les 455 pages du journal de Gilliat et bon nombre des photos qu’elle a prises dans l’Arctique seront accessibles dans le nouvel outil Co-Lab, qui sera lancé prochainement, afin que le public puisse contribuer à transcrire, à étiqueter et à décrire ces documents!

Photographie couleur de deux enfants inuits portant un manteau traditionnel devant une tente blanche dans un paysage rocailleux.

Deux enfants vêtus d’un parka blanc dans l’Arctique (MIKAN 4324336)

Durant l’été de 1960, Gilliat décrit dans son journal, à l’occasion d’entrées quasi quotidiennes, plusieurs caractéristiques fascinantes de l’Arctique. Elle y brosse un tableau minutieux des spectaculaires paysages du Nord; au début de son voyage, alors qu’elle n’a pas encore fait beaucoup de rencontres, elle s’intéresse surtout aux fleurs arctiques. Elle relate aussi dans son journal certaines contrariétés occasionnelles éprouvées avec son amie et compagne de voyage Barbara Hinds et ses fréquentes mésaventures photographiques (par exemple, oublier de mettre une pellicule dans son appareil), lesquelles sont assez amusantes. Les bribes de nouvelles du monde extérieur qu’elle consigne dans son journal offrent au lecteur un aperçu des actualités de l’époque. Par exemple, à propos de la course à l’espace que se livrent alors la Russie et les États-Unis, Gilliat apprend que les chiennes russes Belka et Strelka ont orbité autour de la Terre et sont revenues de l’espace saines et sauves en août 1960, ce qui l’amène à se demander quand le monde verra le premier homme dans l’espace. L’exploit se produira moins d’un an plus tard, en avril 1961. Gilliat prend également note du rôle joué par les femmes dans le Nord, en faisant référence à la deuxième vague du mouvement féministe dans les années 1960.

Photographie couleur d’un groupe de maisons de bois sur les rives d’un plan d’eau. Il y a des fleurs sauvages au premier plan.

Paysage avec des maisons de bois près d’un plan d’eau (MIKAN 4731543)

Mais plus important encore, Gilliat partage le quotidien des Inuit dans les collectivités qu’elle visite, les accompagnant dans leurs activités de pêche à l’omble chevalier et de chasse aux phoques, et dans leurs déplacements d’un village à l’autre par bateau ou par avion. Gilliat a failli perdre la vie à quelques reprises lorsque son bateau a affronté des tempêtes et les banquises, et elle est restée coincée quelques fois, y compris sur une île pendant plusieurs jours. À la fin du mois d’août, alors qu’elle observait un magnifique ours polaire en train de nager, elle réalise que ses compagnons inuits, Eetuk, Isa, Sarpinak et Moshah, s’apprêtent à tuer l’animal pour nourrir les gens de leur village. Dans un style très expressif, elle témoigne avec vivacité des sentiments contradictoires qui l’animent à ce moment-là.

Photographie couleur d’un homme de profil tenant un fusil et ajustant son tir. Il porte un parka traditionnel au capuchon bordé de fourrure et aux manches ornées de galons verts et rouges.

Oshaneetuk, sculpteur et chasseur, lors d’une chasse au phoque à Cape Dorset, Nunavut (MIKAN 4731420)

Certes, les expéditions de chasse et les sorties mouvementées en bateau sont excitantes, mais les moments paisibles qu’a vécus Gilliat avec ses amis inuits sont encore plus mémorables. Par exemple, à Cape Dorset, elle rencontre Kingwatsiak, un des aînés les plus respectés de la communauté. Kingwatsiak invite Gilliat chez lui et lui demande de le photographier. Il souhaite aussi qu’elle écrive en son nom à la reine Elizabeth II pour lui demander un portrait de son plus jeune fils, le prince Andrew, parce qu’il porte le même prénom (en anglais) que lui. La lettre est insérée dans le journal; elle y raconte que Kingwatsiak a reçu une médaille au couronnement de la reine et que, jeune homme, il avait voyagé en Écosse et assisté au jubilé de la reine Victoria. Il demande à la reine de lui envoyer sans tarder la photo, car « il est maintenant un très vieil homme » et il ne lui reste sans doute pas beaucoup de temps à vivre.

Photographie couleur d’un aîné vêtu du manteau traditionnel aux manches ornées de galons verts et rouges. Sur son parka est épinglée une médaille gravée à l’effigie de la reine Victoria.

Kingwatsiak dans une tente, Cape Dorset, Nunavut (MIKAN 4324230)

Même si une bonne partie des termes qu’emploie Gilliat et sa façon de penser n’ont plus cours, ses anecdotes descriptives et observations directes font de son journal un document fort agréable à lire. L’auteure demeure objective, mais résolument optimiste, décrivant ce qu’elle voit sans jamais laisser quoi que soit altérer son regard sur les beautés de l’Arctique et la gentillesse et la détermination de son peuple.


Katie Kendall était une étudiante stagiaire (maîtrise en histoire de l’art, Université Carleton) à la Division des expositions et du contenu en ligne de Bibliothèque et Archives Canada.

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