Tunniit : la photographie des tatouages inuits, une histoire compliquée

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.

Par Heather Campbell

L’an dernier, j’ai discuté avec ma collègue Beth Greenhorn d’une photo sur laquelle elle était tombée. On y voyait deux femmes inuuk avec un enfant. Installées devant une toile, ces femmes sont vêtues d’un atigi (parka intérieur). L’une d’entre elles porte des mitaines dépareillées : une noire et l’autre carreautée. J’étais certaine d’avoir déjà vu cette femme.

J’effectue des recherches sur les tatouages inuits depuis plus de 10 ans dans le cadre de ma propre pratique artistique. Au départ, je collectionnais les images sans en noter la source, ce que je regrette amèrement depuis! Il y a quelques années, j’ai entrepris de créer une collection plus détaillée et je note maintenant le numéro de référence des images originales. Quand j’ai commencé à travailler à Bibliothèque et Archives Canada (BAC), en 2018, je me suis mise à chercher d’autres images dans notre collection et j’ai créé une liste pour consultation ultérieure. Dans cette liste, j’ai trouvé « Hattie ».

Photographie noir et blanc montrant deux femmes et un enfant vêtus de parkas devant une toile.
Deux femmes inuuk et un enfant. La femme à gauche se nomme Ooktook (Niviaqsarjuk, aussi appelée Uuttuq); elle fait partie des Qairnirmiut. Son nom signifie « couchée sur la glace ». Les photographes Geraldine et Douglas Moodie l’appelaient Hattie. Le garçon se nomme Harry Unainuk Gibbons. La femme à la droite se nomme Taptaqut; c’est la mère de Harry. Photo : George Comer, 1905 (e011310102). Les noms ont été fournis par Hassan Bosta par l’intermédiaire du projet Un visage, un nom.

Au moins quatre personnes ont photographié cette femme : George Comer, Geraldine Moodie, Albert Peter Low et J. E. Bernier. Je crois que, sur certaines photos, on l’a mal identifiée. Sur d’autres, une autre femme est appelée Hattie, Ooktook ou Niviaqsarjuk. C’est peut-être parce que les deux femmes ont un nom similaire ou se ressemblent, ou encore parce que le photographe s’est trompé en développant les photos, à son retour dans le sud.

J’ai aussi eu recours à une autre institution essentielle pour mes travaux : le musée Glenbow. Celui-ci abrite la collection Geraldine Moodie, qui comprend des photos de femmes ayant habité dans la même région à la même époque. Dans les descriptions du Glenbow et dans un commentaire sur la page Facebook du projet Un visage, un nom, la femme en question a été identifiée par le nom d’Ooktook. Dans le cadre de ce projet, les personnes photographiées sont identifiées par des membres de leur communauté. Je considère donc cette source comme la plus fiable.

Photographie noir et blanc de six femmes en parka arborant des tatouages faciaux, devant une toile.
Photographie de six femmes en parka qui arborent des tatouages faciaux, devant une toile. Niviaqsarjuk est assise au centre de la première rangée. De gauche à droite, deuxième rangée : femme non identifiée, Atunuck et Uckonuck; première rangée : une femme surnommée « Pikey », Niviaqsajuk/Shoofly (?) et Taptaqut, 8 mars 1905. Source : J. E. Bernier (C-001499).

Dans l’image ci-dessus, on aperçoit Ooktook/Niviaqsarjuk/Hattie au centre de la première rangée. Elle porte le même parka que dans la photo de Comer et la même mitaine à carreaux sur la main gauche. Sur cette photo, par contre, elle arbore un tatouage facial. Dans la photo originale que Beth m’a montrée, le visage n’est pas tatoué! Que doit-on en penser? S’agit-il bien de la même femme? Les tatouages ont-ils été dessinés? Est-ce que le tatoueur suivait des modèles préexistants ou créait-il de nouveaux motifs?

Je suis récemment tombée sur un article intéressant portant sur le travail du photographe Michael Bradley et son projet intitulé « Puaki », qui réunit des photos de Maoris. Ce peuple néo-zélandais est célèbre pour ses tatouages faciaux, appelés Tā moko. Pour ce projet, Bradley a utilisé le procédé du collodion humide, populaire dans les années 1800. Et sur les photos, les Tā moko ont disparu, car ce procédé ne rend pas correctement les bleus et les verts! Est-ce pour cela qu’on ne voit pas les tatouages des femmes inuites dans les photos du début des années 1900?

Avec l’aide de Joanne Rycaj Guillemette, archiviste du portefeuille autochtone aux Archives privées, à BAC, nous avons fait enquête pour savoir quel procédé avait été utilisé pour produire cette photo de Niviaqsarjuk. Nous n’avons pas trouvé de réponse dans MIKAN (le catalogue interne de BAC pour les recherches dans les archives) ni dans l’ancien système de classement en format papier.

Les photos de la collection Comer sont en fait des copies; les exemplaires originaux se trouvent au musée Mystic Seaport, au Connecticut. En fouillant ma collection personnelle, j’ai trouvé une photo qui m’était familière, après quoi j’ai déniché le numéro d’identification au Musée. J’ai ainsi pu identifier la femme que Comer appelait « Jumbo ». L’information que je cherchais figurait dans la description :

Négatif sur plaque de verre d’une photo prise par le capitaine George Comer au cap Fullerton, sur les rives de la baie d’Hudson, le 16 février 1904. La jeune fille, qui présente des tatouages typiques des Autochtones de l’île Southampton, s’appelle Jumbo, selon Comer. Il s’agit de l’une des photos qu’il a prises pour recenser les tatouages faciaux de différents groupes inuits de la baie d’Hudson. Il demandait aux femmes des Aivilik de se peindre le visage de sorte à imiter les tatouages de différents groupes. L’enveloppe originale indique qu’il s’agit de la photo 55, no 33. Le numéro « 30 » a été inscrit dans une couche d’émulsion sur la plaque. La diapositive sur verre 1966.339.15 a été créée à partir de ce négatif. Identique à la diapositive 1963.1767.112. La diapositive 1963.339.58 montre la même jeune femme dans une pose semblable.[Traduction]

J’avais ainsi la confirmation que les motifs étaient peints et non tatoués sur le visage, et qu’ils représentaient d’autres régions! Je ne sais pas si c’est arrivé souvent, mais le seul fait d’avoir trouvé des images similaires dans d’autres collections m’a amenée à douter de l’authenticité des motifs des tatouages sur les photographies prises entre cette période et les années 1950. En fouillant davantage dans la collection de Comer, j’ai trouvé plusieurs photographies de femmes avec et sans tatouage, dont celle d’une femme appelée « Shoofly », la « compagne » de Comer, Nivisanaaq de son vrai nom.

Photo noir et blanc de cinq femmes inuites arborant des tatouages faciaux, devant une toile blanche.
Femmes des Aivilik, 1903-1904. Photo : Albert Peter Low (a038271). Nivisanaaq (surnommée « Shoofly ») se trouve au centre; elle est vêtue d’un atigi perlé et arbore des tatouages. À noter la femme à sa droite, qu’on voit aussi dans la photo ci-dessous.
Photographie noir et blanc de 15 femmes accompagnées de deux bébés et réparties sur trois rangées.
Femmes et enfants d’Aivillik à bord du navire Era. Photo : Albert Peter Low, 1888-1909, lieu inconnu (a053565). On peut encore voir Nivisanaaq, cinquième à partir de la droite dans la deuxième rangée, portant son atigi perlé à motif de bottes. À noter que la femme à sa droite dans l’image précédente est maintenant devant elle, au centre. Ni l’une ni l’autre n’a de tatouage sur cette photo.

Le fonds Donald Benjamin Marsh, aussi conservé par BAC, fournit un autre exemple de tatouages peints. Les deux photographies de M. Benjamin Marsh ci-dessous montrent probablement la même femme non identifiée de la communauté d’Arviat. Pour s’en convaincre, il suffit de comparer les traits, surtout la dent brisée ou manquante du côté gauche de la bouche. La photographie de droite nous la montre sans tatouage, alors qu’ils sont proéminents sur celle de gauche, avec de longues lignes foncées. Il est facile de constater la différence si on compare ces images à des photographies de femmes arborant des tatouages authentiques. Ici, les lignes sont plus fines et discrètes.

À gauche – Photographie couleur d’une femme inuk arborant des tatouages faciaux et portant un parka blanc avec des courroies rouges. À droite – Photographie noir et blanc d’une femme inuk debout dans la neige, portant un parka orné.
À gauche – Femme inuk arborant des tatouages faciaux et des tresses. Fonds Donald Benjamin Marsh, Arviat, date inconnue (e007914459). À droite – Femme inuk souriante, habillée d’un amauti perlé. Légende originale : Femme inuite souriante, habillée d’un amauti orné. Fonds Donald Benjamin Marsh, lieu inconnu, Territoires du Nord-Ouest (Nunavut), vers 1926-1943 (e004922736).
À gauche – Photographie noir et blanc d’une Inuk arborant des tatouages sur le visage et les bras, tressant ses cheveux en souriant. À droite – Photographie noir et blanc d’une Inuk portant un parka de fourrure.
À gauche – Mary Edetoak, une patiente, qui arbore toujours les tatouages inuits traditionnels, 1958 (e011176882). À droite – Femme inuk d’un certain âge aux cheveux détachés, 1929. Légende originale : Veille Esquimaude dont les nombreux tatouages ne paraissent pas sur la photo. Photo : G. H. Blanchet (e004665345).

Cette découverte n’est pas sans rappeler les méthodes d’Edward S. Curtis, un photographe bien connu qui parcourait l’Amérique du Nord pour photographier des Autochtones. Il manipulait souvent la mise en scène en habillant les sujets de vêtements d’une autre époque, éliminant tout caractère contemporain et ajoutant des accessoires, ce qui tendait à fausser et à romancer la réalité. Ce type de manipulation déshumanisante perpétue la désinformation.

En contrepoids aux politiques de colonisation et d’assimilation, la culture des Autochtones connaît aujourd’hui une résurgence. Ceux d’entre nous qui souhaitent s’en réapproprier certains pans, comme le tatouage, voient ces images et présument que les motifs viennent de la région d’origine des sujets. Par exemple, si une personne d’Arviat voit une photo de son arrière-grand-mère, elle pourrait vouloir porter les mêmes marques, sans savoir qu’elles peuvent appartenir à une tout autre famille ou région. Il est facile d’imaginer le bouleversement que pourrait provoquer une telle révélation.

L’initiative Nous sommes là : Voici nos histoires vise à mettre à jour les descriptions de façon à ce qu’elles soient exactes et adaptées aux réalités culturelles. Nous comptons donc actualiser les descriptions des collections en corrigeant les noms des femmes, si nous les connaissons, et en ajoutant une note explicative sur la signification des tatouages. Cette note décrit aussi les pratiques de certains photographes de l’époque afin d’expliquer pourquoi les motifs des tatouages ne correspondent peut-être pas à ceux de la région d’où venaient les femmes qui les arboraient. Nous ne pouvons rien changer au passé, mais mon souhait est que cette démarche rectifie dorénavant les faits pour les chercheurs et les membres des communautés. Nakurmiik (merci).

Photographie noir et blanc d’une femme inuk qui sourit. Elle porte des tatouages au visage.
Kila, une femme inuk tatouée, secteur du détroit Dolphin et Union, golfe Coronation, Territoires du Nord-Ouest (Nunavut), 1916 (a165665).

Ce blogue fait partie d’une série portant sur les Initiatives du patrimoine documentaire autochtone. Apprenez-en plus sur la façon dont Bibliothèque et Archives Canada (BAC) améliore l’accès aux collections en lien avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Voyez aussi comment BAC appuie les communautés en matière de préservation d’enregistrements de langue autochtone.


Heather Campbell, Nunatsiavummiuk, est archiviste pour Nous sommes là : Voici nos histoires, un projet de Bibliothèque et Archives Canada visant à numériser le contenu autochtone de ses collections.

Noël dans les archives

Par Jennifer Anderson

En ce mois de décembre, bon nombre de nos clients, donateurs et lecteurs se préparent pour Noël. Le temps des Fêtes est riche en traditions, souvent liées au sentiment d’anticipation : préparer des surprises pour nos êtres chers, rêver de projets à accomplir après le Nouvel An, et offrir des moments de réconfort à notre famille, nos amis et, pourquoi pas, des étrangers.

Photo noir et blanc montrant des clients devant de grandes vitrines décorées pour Noël et se dirigeant vers l’entrée principale d’un magasin Simpson’s. Des enseignes au-dessus des portes indiquent « Simpson’s » et « The Christmas Tree Store » (Boutique d’arbres de Noël).

Simpson’s, la boutique d’arbres de Noël, vers 1955 (e011172111)

Ce sentiment d’anticipation est courant chez les archivistes. L’ambiance est toujours un peu festive dans les archives : on ouvre des boîtes, on fait des découvertes et on prévoit l’intérêt du public pour les articles de la collection. Le travail d’un archiviste de référence ressemble au service à la clientèle puisque nous aidons les chercheurs avec un grand plaisir. Le traitement archivistique inspire également un sentiment de gratitude auprès de nos collègues, qui collaborent avec nous pour faire de belles choses.

Photo noir et blanc montrant des enfants et trois femmes autour d’un père Noël. Tout le monde sourit, même si certains enfants semblent nerveux.

« Secrets du père Noël », 1952 (e011172113)

À titre d’exemple, les journées où mes collègues et moi avons travaillé sur le fonds de Sears Canada nous ont procuré beaucoup de joie. La collection inclut des documents sur les magasins Sears de l’ensemble du pays ainsi que sur les sociétés mères de Sears Canada, toutes très connues dans notre pays : Simpson’s, Simpsons-Sears et Sears-Roebuck. Le fonds comprend des documents textuels, des photos, des albums de coupures, des documents audiovisuels, des dessins et des plans architecturaux. On y trouve aussi 200 boîtes de catalogues publiés qui s’ajouteront à la riche et populaire collection de catalogues que Bibliothèque et Archives Canada possède déjà.

Photo noir et blanc montrant des clients, surtout des femmes, avec des manteaux d’hiver et des chapeaux. Elles consultent des catalogues pendant que des employés se tiennent derrière le comptoir. Une inscription sur le mur, entourée de décorations de Noël, dit : « Catalogue Shopping Centre » (Centre de ventes par catalogue).

Achats par catalogue dans le temps des Fêtes, vers 1955 (e011172120)

Une surprise très intéressante se trouve dans ce fonds : plusieurs milliers de photos d’archives d’une qualité et d’un intérêt incroyables. Les photos, qui documentent le plaisir du magasinage ainsi que les éléments pratiques de l’économie de détail et du travail des employés, intéresseront certainement le public. En plus, elles sont amusantes! Elles donnent aussi un aperçu des activités sociales et culturelles organisées par l’entreprise, dont des parties de curling et de quilles, des soirées de danse et des concerts.

Photo noir et blanc montrant un grand magasin bondé et décoré pour Noël. Des clientes et des employées se trouvent au comptoir des bas, des collants et des accessoires.

Achats de Noël, Regina (Saskatchewan), vers 1950 (e011172152)

Merci à nos collègues de Bibliothèque et Archives Canada et aux autres organismes qui ont participé à l’acquisition, au classement, à la description et à la numérisation de ce fonds. C’est grâce à eux qu’il est maintenant possible d’effectuer des recherches dans le fonds de Sears Canada.

Photo noir et blanc montrant un grand groupe d’hommes, de femmes et d’enfants regardant un train électrique dans un magasin.

Une foule regarde un train électrique, Regina, vers 1950 (e011172147)

Au cours des prochaines années, nous pourrons utiliser ces documents pour produire de nouveaux résultats de recherche. N’hésitez pas à communiquer avec nous si vous avez besoin d’aide pour lancer votre propre recherche.

Photo noir et blanc montrant un garçon parlant avec le père Noël alors que d’autres enfants et de nombreux parents, vêtus pour affronter l’hiver, font la file à proximité. En arrière-plan, deux affiches disent « Trains » et « Meccano ».

Visite du père Noël, vers 1955 (e011172112)


Jennifer Anderson était archiviste à la Direction générale des services au public. Avant cela, elle a œuvré à la Section des sciences, de l’environnement et de l’économie de la Direction générale des archives à Bibliothèque et Archives Canada.

Brodie Macpherson, précurseur de la photographie couleur

par Samantha Shields

Biographie

Archibald Brodie Macpherson, alias « Handlebars » (vraisemblablement en référence à sa moustache en forme de guidon) est une figure connue du milieu canadien de la photographie en raison de son rôle durant l’essor de l’impression couleur.

Autoportrait couleur de Brodie Macpherson en uniforme militaire arborant une moustache en guidon. Le sujet est représenté jusqu’à la poitrine devant un arrière-plan vierge.

Autoportrait, vers 1945 (e010767976)

Né à Toronto (Ontario) le 26 novembre 1909, Brodie est l’aîné des trois enfants du professeur d’université Walter Ernest Macpherson et de son épouse Elsie Margaret, et le premier d’entre eux à fréquenter l’Université de Toronto. Il entre à la faculté de sciences appliquées et de génie en 1927 et obtient son diplôme en 1931. Durant la Seconde Guerre mondiale, il sert dans l’Aviation royale canadienne, avant de revenir chez lui pour fonder son studio de photographie au début de 1946. Sa formation en génie, combinée à ses années d’expérience ultérieures dans le monde de la lithographie, lui sera très utile dans le domaine de l’impression couleur.

L’essor de la photographie couleur

Au milieu des années 1930, la photographie couleur commence à prendre de l’ampleur grâce au perfectionnement des diapositives en couleurs. L’impression couleur existe déjà à l’époque, mais elle est beaucoup moins populaire que l’impression noir et blanc parmi les photographes. Le procédé consistant à fabriquer et à imprimer des négatifs de sélection est trop cher et trop complexe pour la plupart des amateurs, et le résultat en vaut rarement la chandelle pour les professionnels. Les photographes portraitistes et paysagistes n’ont aucun intérêt à dépenser une petite fortune pour produire des lithographies que les critiques qualifient régulièrement de criardes, vulgaires et artificielles.

Deux photographies couleur identiques d’un présentoir à étages contenant des produits Colgate et Palmolive, comme de la crème à raser, du shampooing, du dentifrice et de la poudre dentifrice. Le présentoir a été photographié en studio sur un fond bleu.

Un présentoir commercial de produits de toilette Colgate Palmolive (e011312591)

Malgré ses nombreux inconvénients, la photo couleur brille réellement dans le domaine publicitaire. Bien que les couleurs vives et contrastantes puissent parfois agresser l’œil, elles permettent aussi d’attirer l’attention. À cette époque, de plus en plus de photographies colorées ornent les pages des magazines, les affiches et le matériel promotionnel.

Le domaine publicitaire est parfaitement adapté à la photo couleur puisqu’on y fait souvent de grosses commandes. La production de nombreux exemplaires permet de répartir les coûts d’impression élevés de la photographie initiale et d’en rentabiliser la grande complexité.

Brodie Macpherson l’entrepreneur

En février 1946, plutôt que de reprendre son emploi d’avant-guerre chez Harris Lithography, Macpherson commence à prendre et à vendre des photographies couleur à l’aide de deux procédés d’Eastman Kodak légèrement remaniés : la reproduction par contact pour le relief et le transfert hydrotypique de colorants. L’expérience de Macpherson dans le domaine de la photo lithographique lui est fort utile en raison des similitudes entre ces techniques.

La stratégie commerciale de Macpherson est simple : fournir le meilleur produit possible au plus bas prix possible. Voici comment il procède :

  • Il ne vend que des photographies couleur. Il n’a donc pas besoin d’équipement et de matériel pour développer des photos noir et blanc, et il se spécialise dans la couleur.
  • Il ne vend que des photos en grandes quantités. Il optimise ainsi la durée de vie des produits chimiques et réduit ses dépenses. Puisque les produits se détériorent rapidement lorsqu’on les verse dans les bacs, il n’est pas très rentable de faire plusieurs petites commandes espacées dans le temps.
  • Il expérimente en créant ses propres produits chimiques. Brodie Macpherson réussit ainsi à simplifier son processus d’impression, à maintenir un niveau de qualité uniforme et à éviter les coûts élevés associés à l’achat de produits préparés. Ces économies sont transmises au consommateur.
  • Il fabrique et personnalise ses outils, de l’équipement de production (appareils photo et lampes) au matériel d’impression (ampoules et balance-cuvettes). Macpherson s’emploie constamment à concevoir de nouveaux outils, à expérimenter avec eux et à perfectionner ses processus.
  • Il communique et collabore avec des fournisseurs, des fabricants (dont Kodak), d’autres photographes et des laboratoires d’impression, offrant continuellement les fruits de ses recherches, de l’information et des ressources pour améliorer la photographie couleur.

Photographie noir et blanc de l’appareil photo de Brodie Macpherson.

Brodie Macpherson a fabriqué son propre appareil photo trichrome à prise unique, qui lui permet d’exposer simultanément trois plaques photographiques derrière plusieurs filtres couleur. Sans cet appareil, la même photo aurait dû être prise successivement avec chaque filtre. (e011312590)

Dès les débuts de Macpherson, les clients apprécient la qualité de ses tirages couleur et trouvent ses prix raisonnables, même s’ils sont tout de même plus élevés que ceux des photos noir et blanc ou colorées à la main. Ses tarifs sont systématiquement plus bas que ceux des autres imprimeurs couleur de la région, et ils n’augmenteront jamais. Pendant 18 ans, Macpherson honorera les commandes de clients partout au Canada et aux États-Unis.

Deux portraits studio identiques d’une femme blonde inconnue portant du rouge à lèvres et un tricot rouge. Les tarifs et les coordonnées de Brodie Macpherson sont superposés dans le coin inférieur gauche et sont aussi inscrits sous l’image.

Publicité pour les photographies couleur de Brodie Macpherson comprenant ses tarifs (e011312588)

Le studio de photographie couleur, situé dans le sous-sol de sa maison familiale au 172, rue Walmer Road à Toronto, sera officiellement ouvert jusqu’à la retraite de Macpherson, en 1964.

Le groupe d’impression couleur du Toronto Camera Club (TCC)

Selon le président du Toronto Camera Club, Frank E. Hessin, Macpherson est sans l’ombre d’un doute le membre du Club qui fait le plus progresser l’impression couleur. En 1946, Macpherson propose la création du groupe d’impression couleur du Club, dont il deviendra le président. Dans les années qui suivent, c’est dans les installations du Club qu’il enseigne le processus de séparation des couleurs à tous ceux qui s’y intéressent.

Photographie noir et blanc de Brodie Macpherson faisant semblant de prendre en photo Miss 1948, Lialla Raymes, alors qu’elle est allongée.

Brodie Macpherson et Miss 1948, Lialla Raymes, illustrant l’évolution des tendances en photographie dans le cadre du 60e anniversaire du Toronto Camera Club. (e011310464)

Everett Roseborough, un autre membre du Club, dresse un portrait du personnage qui correspond à ce que l’on peut lire dans les lettres et les articles du fonds Brodie Macpherson (R791). En voici une traduction :

« Pendant les rencontres de sociétés de photographie, il est assis à la dernière rangée et caresse sa moustache. Ses opinions sont tranchées; il trouve toujours le moyen de s’opposer à quelque chose. Après un grognement collectif dans l’auditoire, on se rend souvent compte qu’il a raison. » (Photographic Historical Society of Canada, 1994)

Le digne fils d’un bibliothécaire qui enseigne à l’université

D’une intelligence remarquable, Brodie Macpherson transmet volontiers ses connaissances, ses points de vue et ses conseils. Il représente une ressource inestimable pour les photographes de l’époque, qui le considèrent comme le meilleur photographe et imprimeur couleur de la ville.

Au fil du temps, alors que la technologie de photographie couleur gagne en vitesse et en précision, on continue de faire appel au talent de Macpherson et à sa connaissance des particularités de l’impression couleur. Il fait régulièrement part des résultats de ses recherches et appelle au dialogue dans plusieurs publications et lettres privées, au sein de clubs de photo, ainsi que lors de conférences publiques et de soirées dans son studio (rehaussées de musique et d’excellent scotch!).

Photo d’un gâteau rond coupé sur une assiette noire, placé sur une boîte portant la matrice d’impression et le numéro de créateur C363.

Une des premières photos couleur de Brodie Macpherson, qui présente la superposition de jaune, magenta et cyan nécessaire pour réaliser un tirage en couleurs. (e011312589)

Retraite

En 1964, alors qu’il passe déjà la majeure partie de l’hiver à la Barbade, Macpherson prend sa semi-retraite du monde de l’impression, à l’âge de 55 ans. Même s’il n’accepte plus de nouveaux clients, il réimprime encore des négatifs existants d’anciens clients lorsqu’il est à Toronto.

Photo publicitaire montrant huit variétés de biscuits et de petits gâteaux Purity dans des sacs transparents sur fond blanc.

Série de photos publicitaires commandées par Purity Factories Ltd, de Saint John’s, à Terre-Neuve-et-Labrador. L’entreprise fait souvent affaire avec Brodie Macpherson et continue de lui demander des réimpressions jusqu’en 1970. (e011312592)

À la fin des années 1960, les procédés photographiques utilisés par Brodie Macpherson sont en grande partie remplacés par la nouvelle gamme Ektacolor de Kodak, beaucoup plus simple d’utilisation. Il devient donc de plus en plus difficile de se procurer le matériel nécessaire au Canada, et Macpherson abandonne complètement la réimpression.

Photo noir et blanc de Brodie Macpherson avec son appareil photo à prise unique de marque Devin.

Portrait de Brodie Macpherson à l’œuvre (e011310471)

De nature plutôt solitaire, Macpherson ferme discrètement son studio et vend sa maison dans les années 1970. Selon certaines sources, il aurait déménagé en Floride sans laisser de traces (Roseborough, 1994). Les recherches pour le retrouver à Toronto, en Floride et aux Bermudes après les années 1970 restent vaines.

La grande carrière de Brodie Macpherson dans le monde de la photographie couleur, qui se déroule de surcroît à une époque de développement technologique accéléré, témoigne de son excellent esprit d’entrepreneuriat, de son dévouement et de la grande maîtrise de son art.


Samantha Shields travaille comme archiviste en photographie au sein de la Division de la vie sociale et de la culture à Bibliothèque et Archives Canada.

Madge Macbeth, ou l’écriture sous toutes ses formes

Par Vasanthi Pendakur

Photographie de type portrait d’une femme portant un chemisier en dentelle, un collier de perles de jade et une broche en diamant, et regardant l’appareil photo.

Portrait de Madge Macbeth (e010935318)

Madge Macbeth, prolifique auteure canadienne d’origine américaine, écrit un grand nombre de nouvelles, de romans, de pièces de théâtre, de livres de voyage, d’articles de journaux et d’entrevues tout au long de la première moitié du 20e siècle. Elle s’engage à fond dans les associations d’auteurs et dans le monde du théâtre : membre fondatrice de l’Ottawa Little Theatre, elle est aussi la première femme à occuper la présidence de la Canadian Authors Association, où elle assure trois mandats.

Madge Macbeth, née Madge Hamilton Lyons le 6 novembre 1878 à Philadelphie, est la fille de Bessie Maffitt et d’Hymen Hart Lyons. Enfant, elle écrit des pièces de théâtre et produit même ses propres journaux. Elle marche sans doute sur les traces de sa grand-mère, Louisa Hart Maffitt, une suffragette et l’une des premières femmes américaines à faire carrière dans la presse.

La famille s’installe à Baltimore, et Madge Lyons est envoyée au Collège Hellmuth de London, en Ontario, pour y poursuivre ses études. Dans son mémoire intitulé Boulevard Career, l’auteure mentionne que dans les années 1890, on n’y enseignait pas la littérature canadienne; on se concentrait plutôt sur les classiques. Après ses études, elle passe quelques années à travailler comme mandoliniste et comédienne de vaudeville, avant d’épouser Charles Macbeth en 1901.

Le couple déménage d’abord à Détroit, puis s’installe à Ottawa, ville dont Madge Macbeth s’éprend instantanément, écrivant que « l’endroit lui donne l’occasion d’apaiser son amour inné et insatiable pour les gens ». Aucun doute ne subsiste à cet égard : elle se fait de nombreux amis parmi les grands noms d’Ottawa, dont le photographe Yousuf Karsh et la mairesse Charlotte Whitton.

Vue de profil de Madge Macbeth portant une robe noire avec une veste de dentelle et un chapeau orné de plumes.

Portrait de Madge Macbeth dans les jeunes années de sa vie adulte à Ottawa (e008406101)

Le malheur frappe vers 1908 : le mari de Madge Macbeth contracte la tuberculose et en meurt, son jeune fils tombe malade, et sa mère perd tout son argent. L’écriture est l’une des seules avenues professionnelles ouvertes aux femmes à l’époque. L’auteure en parlera plus tard dans une entrevue accordée au magazine Maclean’s : « J’ai commencé à écrire […] avec l’illusion que je pourrais le faire à la maison. J’ai compris depuis longtemps que s’il y a un endroit où l’on ne peut écrire en paix, c’est bien chez soi » [traduction]. À l’époque, le marché canadien de la littérature est restreint. Les maisons d’édition recherchent des auteurs américains ou britanniques. Bien souvent, leurs collègues canadiens sont affectés à la rédaction de publicités ou relégués au deuxième rang.

Madge Macbeth commence par écrire de courts textes pour des magazines et connaît un certain succès en début de carrière avec deux romans, The Changeling (1909) et The Winning Game (1910). Vient ensuite une période creuse. Marjorie MacMurchy, l’une des premières femmes dans le domaine de la presse au Canada, joue alors un précieux rôle de sage conseillère. Elle suggère à la jeune écrivaine d’essayer d’obtenir des entrevues avec des députés, parce que les magazines s’intéressent davantage aux politiciens qu’à la fiction.

La chance vient à tourner : une maison d’édition canadienne accepte un texte de Madge Macbeth, et d’autres commandes suivent bientôt. L’auteure écrit tout ce qu’elle peut : publicités, dépliants et brochures pour le Chemin de fer Canadien Pacifique, publications en série, romans, livres de voyage, pièces de théâtre, feuilletons radiophoniques, propagande (pendant la Deuxième Guerre mondiale), articles de journaux et chroniques. Elle signe de son propre nom et utilise divers pseudonymes masculins et féminins. Son style et les sujets qu’elle aborde varient d’un livre à l’autre, mais la plupart de ses textes exploitent un filon humoristique ou satirique, et ses personnages principaux sont généralement des femmes. Elle aborde divers thèmes : mariage, sexualité, voyages, aventure, religion, complots politiques. Plus tard dans sa carrière, elle voyage beaucoup, principalement seule, pour donner des séries de conférences et trouver matière à écrire de nouveaux livres.

Madge Macbeth tenant un document, le regard tourné vers le côté.

Madge Macbeth tenant un document (e010935329)

Madge Macbeth consacre beaucoup de ses romans aux classes moyenne et supérieure. De fait, certains de ses romans de satire politique populaires, comme The Kinder Bees (1935) et The Land of Afternoon (1924), se basent sur sa connaissance de la haute société d’Ottawa. Tous deux sont publiés sous un pseudonyme, Gilbert Knox, dont le secret est bien gardé. L’un des plus célèbres romans de l’auteure, Shackles (1926), présente la pensée de la première vague féministe en racontant l’histoire de Naomi Lennox, une femme de la classe moyenne qui lutte pour le respect en tant qu’écrivaine et défend sa liberté au sein de la religion et du mariage. Le livre est encensé par certains et condamné par d’autres, en raison de sa représentation des rapports sexuels dans le mariage.

Les articles de Madge Macbeth portent sur des thèmes similaires et présentent des femmes dans les domaines de l’art, des affaires, de l’éducation et du militantisme pour le vote des femmes. Dans un article publié en 1947, « How much sex should be put into novels? » (Quelle importance devrait-on accorder à la sexualité dans les romans?), l’auteure soutient que les écrivains sont des reporters qui décrivent leur monde. Elle est critique à l’égard de ceux qui donnent trop de poids à la sexualité dans leurs romans, mais affirme néanmoins que de l’ignorer est un manque de respect pour la réalité et la littérature. Elle relate un échange avec un réformiste [traduction] : « “Pourquoi vous, les écrivains, ne traitez-vous pas de belles choses?”, se plaignit-il. […] “Aimez-vous personnellement les livres édifiants, lui lançai-je, ou ne sont-ils bons que pour les autres?” »

Tout au long de sa carrière, Madge Macbeth s’implique beaucoup auprès des associations d’auteurs et dans le monde du théâtre. Première femme à la présidence de la Canadian Authors Association, elle cumule en plus trois mandats dans ces fonctions, un record à l’époque. Elle en profite pour faire la promotion de la littérature canadienne et offre un appui sans faille aux jeunes auteurs. Qui plus est, son intérêt pour le théâtre mène à la création de l’Ottawa Drama League, qui deviendra l’Ottawa Little Theatre. Dans ce projet, elle se fixe l’objectif de sevrer les enfants des films bas de gamme, pour leur faire découvrir et aimer la littérature dramatique de qualité. Elle insiste sans relâche auprès des députés pour obtenir du financement, jusqu’à la réalisation du projet. Aujourd’hui, la compagnie de théâtre est l’une des plus vieilles du Canada.

Grand groupe de femmes et d’hommes debout devant la porte d’entrée d’un bâtiment.

Portrait de groupe de la Canadian Authors Association (e008406116)

L’œuvre de Madge Macbeth est très progressiste, mais des éléments de son écriture trahissent son éducation victorienne. Si les sujets qu’elle aborde sont visionnaires, ses livres ont toutefois tendance à suivre les conventions de l’époque. Elle soutient les écrivains émergents, et elle est fière de ne dépendre financièrement de personne et d’ouvrir cette même possibilité à d’autres femmes. Néanmoins, elle signe des articles où elle soutient que les femmes ont oublié leurs responsabilités domestiques et qualifie le célibat de vie à moitié vécue. Madge Macbeth écrit comme une femme de son milieu, et une partie du langage qu’elle utilise serait désuet aujourd’hui. Ces contradictions représentent bien sa longue carrière et les changements qui ont secoué la société entre son enfance dans l’univers victorien et sa mort dans les années 1960. D’ailleurs, Boulevard Career se termine sur une réflexion sur l’évolution de la société – celle d’Ottawa tout particulièrement – au fil de sa carrière, surtout pour les femmes. Son écriture et sa vie s’inscrivent dans ces changements : un pied dans l’avenir et l’autre dans le passé.

L’auteure a fait don de ses archives aux Archives nationales du Canada en 1958. Le fonds Madge Macbeth contient les manuscrits de bon nombre de ses livres, des renseignements sur le droit d’auteur, et de la correspondance sur divers sujets, y compris les conférences de l’auteure et ses activités au sein de l’Ottawa Drama League et de la Canadian Authors Association. Le fonds comprend également des journaux intimes, des albums de coupures et une grande collection de photos représentant Madge Macbeth à divers moments de sa vie et montrant son côté théâtral et son amour de la scène. Le fonds Madge Macbeth permet de mieux comprendre la longue carrière de l’auteure et d’assurer que son œuvre ne sera pas oubliée.

Portrait de Madge Macbeth vue de profil, vêtue d’une cape à motifs de couleur pâle.

Portrait de Madge Macbeth portant une cape (e010935313)

Autres ressources :


Vasanthi Pendakur est gestionnaire de projet à la Division du contenu en ligne, à Bibliothèque et Archives Canada.

George Mully : fixer sur pellicule le quotidien des Autochtones

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.Par Annabelle Schattmann

George Mully (1926-1999) est un dramaturge et un réalisateur de films documentaires américain. Il débute sa carrière comme dramaturge en contribuant à des spectacles Off-Broadway, à des productions itinérantes et à des opéras, tant aux États-Unis qu’en Europe. Il est tour à tour machiniste, régisseur, éclairagiste, metteur en scène et même marionnettiste. Après son mariage, il s’établit en Angleterre avec sa femme Ann et délaisse la scène pour se tourner vers la production audiovisuelle, mettant sur pied son propre studio de production éducative. Il écrit, réalise et produit des documentaires sur des sujets et des enjeux qui le passionnent. En 1979, la famille immigre au Canada et s’installe à Ottawa.

La collection George Mully, conservée à Bibliothèque et Archives Canada, se compose de photographies personnelles et de photos documentaires professionnelles que Mully a prises vers la fin de sa carrière. Celles-ci témoignent de la diversité de ses intérêts : le développement international, l’environnement, l’histoire, les questions socioculturelles, la musique et l’art. Au Canada, Mully a étroitement collaboré avec l’Office national du film et plusieurs musées de la région de la capitale nationale, réalisant de nombreux documentaires, dont le remarquable film Une pluie acide du ciel (1981), qui fait partie de la collection George Mully.

Jeune fille regardant l’appareil photo

Une jeune Inuite portant des lunettes de soleil jaunes, un manteau rouge et des mitaines multicolores. Crédit : George Mully (e011218259)

La collection contient 363 photographies, prises de 1978 à 1988, qui présentent un intérêt particulier pour le projet Nous sommes là : Voici nos histoires. Les photos mettent en scène des membres de Premières Nations et des Inuits de partout au Canada, ainsi que des membres des Nations Diné (Navajo) et Indé (Apache), aux États-Unis. Les œuvres de Mully documentent les modes de vie et les habitudes de travail des Autochtones. La plupart montrent des personnes dans leur vie quotidienne, souvent en train d’accomplir une tâche. Il s’agit parfois d’une activité traditionnelle, comme la chasse, la cueillette, la création artistique ou l’artisanat, ou d’une activité contemporaine, comme le travail dans une industrie. Certaines photos montrent la superposition de la tradition et de la modernité.

Photographie couleur montrant quatre hommes assis sur des chaises de bois, entourés de microphones et se faisant face. Ils chantent et jouent du tambour.

Quatre membres des Premières Nations non identifiés jouant du tambour sous une tente. Crédit : George Mully (e011218157)

L’intérêt de Mully pour les droits de la personne apparaît clairement dans une série de photos prises en juillet 1979, au moment où la marche pour les droits des femmes autochtones arrive à Ottawa. Cette marche, menée par les Malécites Sandra Lovelace et Caroline Ennis, vise à dénoncer la discrimination subie par les femmes qui perdent leur statut d’Autochtone en mariant un homme non inscrit. En juin 1985, le projet de loi C-31 modifie la Loi sur les Indiens, notamment en retirant les dispositions concernées et en rétablissant le statut de ceux et celles qui l’avaient perdu. Ces modifications ont été critiquées parce qu’elles ne réglaient pas adéquatement le problème.

Photographie couleur d’une personne assise sur une pelouse verte derrière une pancarte où sont écrits les mots « Save our sisters », ou « Sauvez nos sœurs ».

Personne non identifiée assise sur la pelouse de la Colline du Parlement, à Ottawa, tenant une pancarte pour protester. Crédit : George Mully (e011218140)

Dans certains cas, il est difficile de comprendre pourquoi les photos ont été prises ou à quoi elles auraient pu servir. Ces clichés ont peut-être été pris en vue d’un éventuel documentaire ou dans le cadre d’une recherche pour un projet. Le nom des personnes représentées, le lieu et la date sont inconnus. Aucune légende détaillée n’est fournie et très peu de documents textuels accompagnent la collection.

Pour tenter de pallier ces lacunes, une sélection de plus de 300 photographies sera intégrée à un défi Co-Lab sur George Mully et à un album Flickr. Si vous reconnaissez une personne ou un endroit, ou si vous savez quand l’événement a eu lieu, allez étiqueter les photos sur le défi Co-Lab. Vous aiderez ainsi d’autres personnes à trouver des images de leurs parents et amis ou de leur communauté. Grâce à vous, ces personnes et ces lieux ne tomberont pas dans l’oubli! Merci de partager vos connaissances et de nous aider dans ce travail.

Photographie d’un homme portant des vêtements bleu foncé et des lunettes de soleil. Il est assis sur un banc de bois et sculpte un vase.

Artiste inuit non identifié sculptant un motif abstrait sur un vase en céramique lors d’un événement artistique. Crédit : George Mully (e011218140)

Ce blogue fait partie d’une série portant sur les Initiatives du patrimoine documentaire autochtone. Apprenez-en plus sur la façon dont Bibliothèque et Archives Canada (BAC) améliore l’accès aux collections en lien avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Voyez aussi comment BAC appuie les communautés en matière de préservation d’enregistrements de langue autochtone.


Annabelle Schattmann est adjointe en archivistique pour le projet Nous sommes là : Voici nos histoires, qui vise à numériser les documents relatifs aux Autochtones conservés à Bibliothèque et Archives Canada.

Images d’icebergs maintenant sur Flickr

Photo noir et blanc d’un iceberg arrondi avec affleurement en bloc au milieu de l’océan.

Vidéastes de l’Office national du film s’installant près d’un iceberg. (e011175885)

Les icebergs, ces gros blocs de glace qui se détachent des glaciers et partent à la dérive sur l’océan, sont tantôt d’un blanc pur, tantôt veinés de bleu ou de brun. Le bleu apparaît lorsque l’eau de fonte gèle dans les stries du glacier. Quant au brun, il s’agit de particules qui se sont déposées sur la glace ou qui ont été emprisonnées lorsque l’iceberg, en se séparant du glacier, a frotté le sol.

Photo noir et blanc d’un iceberg arrondi avec affleurement en bloc au milieu de l’océan.

Iceberg dans le détroit d’Hudson (a045191)

La forme et la taille d’un iceberg varient selon le type de fracture et la fonte, mais les vagues, la température et la banquise environnante jouent également un rôle. Les icebergs sont le plus souvent tabulaires, en bloc, biseautés, pointus, en dôme ou érodés.

Page d’album avec cinq photos noir et blanc montrant différents types d’icebergs en gros plan et un coucher de soleil sur l’océan. Légendes, de gauche à droite : « Coucher de soleil, baie de Baffin » et « Photo prise en mer, sur le bras Scott, au large de l’île de Baffin ».

Photos d’icebergs prises en mer, sur le bras Scott, au large de l’île de Baffin. (e010863534)

Les tabulaires, soit des morceaux de banquise plats qui se détachent pour former des îles de glace, sont assez stables pour servir de plateformes de recherche mobiles, alors que ceux de forme plus irrégulière peuvent se désagréger à tout moment. Selon Iceberg Finder, le plus gros iceberg jamais répertorié dans l’Arctique a été observé en 1882, près de l’île de Baffin.

Six petits croquis légèrement colorés montrant divers types d’icebergs, avec la légende « Vanille, fraise, framboise – boum, servez froid! »

Vanille, fraise, framboise – boum, servez froid! (e008444012)

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Images de pipes autochtones maintenant sur Flickr

Portrait rapproché d’un homme fumant la pipe et portant une casquette plate et des lunettes rondes.

Portrait d’Angmarlik, chef inuit respecté de Qikiqtat (Kekerten) (PA-166470)

Tant les hommes que les femmes autochtones fument la pipe.

Femme fumant la pipe vêtue d’une robe, d’un châle et d’un bandana; elle tient les rênes d’un cheval tirant une charrette de la rivière Rouge.

Femme autochtone avec une charrette de la rivière Rouge dans un camp (e011156555)

Les fourneaux de pipe sont fabriqués en céramique ou sculptés dans des matériaux durs comme la pierre de pipe, la pierre à savon, le bois ou les épis de maïs. Le tuyau de pipe est habituellement façonné dans un morceau de bois creux. On fume la pipe, bourrée de tabac ou d’un mélange de plantes ou d’écorces aromatiques, à des fins récréatives, pour des occasions politiques ou dans le cadre de cérémonies. Parfois, des pipes métalliques uniques en forme de hache sont offertes aux chefs et aux dirigeants autochtones.

Panier en écorce de bouleau orné d’une broderie représentant un homme des Premières Nations fumant la pipe (e010948522)

La pipe n’est plus aussi répandue qu’avant, mais comme le montrent certaines des photos suivantes, son usage et sa puissance symbolique perdurent.

Portrait d’une femme portant un châle en tartan et fumant la pipe.

Femme inuite portant un châle en tartan et fumant la pipe (e010692540)

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Judith-Pauline White, photographe du Nunatsiavut

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.Par Heather Campbell

Photographie noir et blanc d’une Inuite faisant face à l’appareil photo. La jeune fille porte un amauti blanc (un manteau de femme ou de fille muni d’un grand capuchon) et se tient devant un bâtiment, tandis qu’une femme regarde par une fenêtre derrière elle.

Jeune Inuite devant un bâtiment; une femme regarde par une fenêtre derrière elle, entre 1900 et 1950. (e011307844)

Judith-Pauline White (née Hunter) est une Inuite née en 1905 à Hebron, Terre-Neuve (maintenant Terre-Neuve-et-Labrador), environ 200 kilomètres au nord de Nain, au Labrador. En 1922, elle épouse un propriétaire de poste de traite bien connu, Richard White, et devient ainsi la belle-mère de la fille de White. Le couple aura cinq enfants. Le poste de traite Richard (Dick) White, qui est devenu un édifice patrimonial, est situé à Kauk, environ 4 kilomètres au sud de Nain et 34 kilomètres au nord de la baie de Voisey.

Mme White, une photographe amateur, prend des photos dans la région à partir des années 1920. Dans les années 1950, elle rencontre l’anthropologue Alika Podolinsky Webber, venue au Labrador pour mener des recherches dans le cadre de sa thèse sur l’art des Innus Mushuau (de la Nation innue). Podolinsky Webber se rend à Kauk, car ce poste de traite est un lieu de rencontre pour les Innus et les Inuits sur la côte nord du Labrador.

Mme White expédie des documents à Podolinsky Webber après le décès de Richard White, en 1960. Ces documents comprennent des photographies et des négatifs de plus de 200 scènes de la vie quotidienne et des environs du poste de traite. Les photographies prises par White (voir les niveaux hiérarchiques inférieurs) représentent des Innus et des Inuits, et constituent des documents visuels authentiques de la vie au Labrador des années 1920 aux années 1950. Cette mine d’information, bien dissimulée pendant des décennies avant d’être offerte à Bibliothèque et Archives Canada en 2007, est maintenant accessible au public.

Une photographie noir et blanc d’un Innu regardant l’appareil photo, vêtu de vêtements traditionnels et assis sur une pile de provisions. À l’arrière-plan, plusieurs personnes se tiennent debout devant une maison de couleur foncée percée de deux petites fenêtres.

Innus en déplacement entre 1925 et 1940. (e011305800)

Étant moi-même une Inuite du Nunatsiavut, une artiste et une ancienne conservatrice, je m’intéresse beaucoup à la vie et à l’œuvre de cette photographe. Je ne peux m’empêcher de penser au célèbre photographe inuit Peter Pitseolak, de Cape Dorset. Avec ses instantanés de la vie inuite pris dans les années 1940 et 1950, il fut l’un des premiers Inuits à tourner l’appareil photo vers sa propre communauté, au lieu de faire lui-même l’objet d’études ethnographiques. À l’insu de Pitseolak et de ceux qui ont suivi ses traces, quelque part au Nunatsiavut, une femme inuite prenait elle aussi des photos de la vie quotidienne. Pourquoi n’avons-nous jamais entendu parler d’elle?

La chercheuse inuite Heather Igloliorte explique dans le numéro automne-hiver 2015 de la revue Inuit Art Quarterly que, lorsque Terre-Neuve a joint la Confédération en 1949, la Loi sur les Indiens excluait les Inuits du Nunatsiavut :

Les artistes inuits du Labrador ont malheureusement été exclus de presque tous les projets découlant des efforts concertés de James Houston (qui a « découvert » l’art inuit moderne), du gouvernement, de la Canadian Guild of Crafts, de la Compagnie de la Baie d’Hudson et de bien d’autres intervenants, car il a fallu attendre des décennies avant que le gouvernement fédéral ne reconnaisse officiellement qu’il y avait des Inuits au Labrador. Nous n’avons établi aucun studio ou coopérative, ni tissé de relations avec le milieu des arts dans le sud du Canada, ni développé de marchés nationaux ou internationaux pour vendre nos œuvres. Avant 1991, nous n’avions même pas le droit d’utiliser la très répandue « étiquette L’Igloo » pour authentifier nos œuvres. [Traduction]

Une photographie noir et blanc d’une femme debout à la fenêtre d’un bâtiment en bois, portant une robe avec un collet blanc et une chaîne ornée d’une grande croix. Dans le coin inférieur gauche de la fenêtre, un enfant regarde en direction de l’appareil photo.

Femme debout à la fenêtre, vers 1900-1950. (e011307849)

White prenait encore des photos lorsque Terre-Neuve a joint la Confédération. Mais à l’époque, les musées et les expositions ne présentaient pas d’artistes inuits du Nunatsiavut. Ces derniers vendaient leurs œuvres de porte à porte, dans des boutiques d’artisanat locales ou à des visiteurs occasionnels. Nous ne pouvons qu’imaginer comment le milieu de l’art inuit aurait réagi à l’œuvre de White si les gouvernements provincial et fédéral de l’époque avaient soutenu et reconnu les artistes inuits du Nunatsiavut.

Nous sommes reconnaissants envers la succession d’Alika Podolinsky Webber pour son précieux don. Ce témoignage visuel de la passion de Judith-Pauline White pour la photographie, et de sa volonté de documenter la culture des Innus et des Inuits du Labrador, est maintenant accessible en ligne pour le grand public.

Une photographie noir et blanc d’un Innu avec trois membres de sa famille. Les hommes et un jeune garçon portent un manteau et des mitaines en fourrure. Il y a une tente et des arbres à l’arrière-plan.

Un Innu nommé Pasna et sa famille, vers 1920-1940. (e008299593)

Allez visiter le site Flickr pour voir une plus grande sélection des photos de Judith-Pauline White.

Ce blogue fait partie d’une série portant sur les Initiatives du patrimoine documentaire autochtone. Apprenez-en plus sur la façon dont Bibliothèque et Archives Canada (BAC) améliore l’accès aux collections en lien avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Voyez aussi comment BAC appuie les communautés en matière de préservation d’enregistrements de langue autochtone.


Heather Campbell travaille comme archiviste à la Direction générale des services au public de Bibliothèque et Archives Canada.

Images de boulangeries maintenant sur Flickr

Qui n’aime pas les boulangeries? L’odeur du beurre et du sucre, la vue des miches de pain et des pâtisseries alignées derrière les comptoirs vitrés sont incroyablement alléchantes.

Quatre vitrines garnies de produits de boulangerie-pâtisserie forment un long comptoir. De grandes tablettes en bois avec un miroir au milieu sont recouvertes de boîtes. Le plancher présente un motif en damier.

Boulangerie Hunts, Toronto (Ontario) (a068155)

Il y a eu des boulangeries tout au fil de l’histoire. Les armées avaient des boulangeries de campagne, et des boulangeries étaient prévues dans les plans des forts. Un peu partout, les familles avaient accès à des fours à pain extérieurs ou communautaires. Beaucoup de nouveaux immigrants ont ouvert des boulangeries et apporté avec eux des recettes de leur pays d’origine.

Trois enfants regardent leur mère qui retire un pain d’un four extérieur en brique. À l’arrière-plan, on peut voir une maison et un champ.

Du pain cuisant dans un four en extérieur (e011175772)

Dans une rue résidentielle, un cheval tire un chariot sur lequel figurent les mots « Quality », « Wonder Bakeries Limited » et l’image d’une miche de pain Wonder Bread.

Chariot de livraison, Wonder Bakeries Limited (PA-060334)

La boulange a énormément changé au cours du siècle dernier, de grandes quantités de pain sont aujourd’hui produites en usine grâce à la mécanisation. Mais les petites boulangeries de quartier existent toujours et font partie du paysage urbain. Un boulanger favori ou une grande usine peut être emblématique. Ces photos racontent la petite histoire de l’immigration, des boulangeries familiales, des petites entreprises et des grandes usines.

Un bâtiment en bois porte la mention « Café Royal and Bakery ». Trois serveurs et quatre clients se tiennent debout sur le trottoir de bois, devant le bâtiment.

Café Royal & Bakery (PA-013518)

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Le jour J et la campagne de Normandie : 6 juin – 30 août 1944

Par Alex Comber

Photo couleur d’une péniche de débarquement s’approchant d’une plage. Sur la rive, on distingue un village d’où s’élève de la fumée. Dans le ciel, des dirigeables assurent la défense aérienne.

Péniche de débarquement d’infanterie, 6 juin 1944, jour J. (e010777287)

Il y a 75 ans jour pour jour, soldats, matelots, pilotes et membres d’équipage canadiens participent en France à l’une des plus importantes opérations militaires de l’histoire : l’opération Neptune. Mieux connue sous le nom de jour J, elle est la première étape d’une campagne terrestre menée en Normandie, ayant pour nom de code « opération Overlord ».

Les Alliés déploient des efforts considérables pour établir un nouveau théâtre d’opérations en Europe de l’Ouest. Les soldats de la 3e Division d’infanterie canadienne sont là pour les appuyer. Leur mission : partir à l’assaut de la côte française pour conquérir un périmètre (en jargon militaire, une tête de pont) sur une section de la plage appelée « Juno Beach ».

Cette affectation est considérée comme un honneur, puisque les quatre autres plages (noms de code « Utah », « Omaha », « Gold » et « Sword ») attendent le débarquement d’unités appartenant à des Alliés plus puissants : les États-Unis et la Grande-Bretagne.

Photo noir et blanc d’un officier montrant la carte d’un village à un petit groupe de sous-officiers.

Le lieutenant R. R. Smith montre aux sous-officiers du Regina Rifles Regiment un plan de leur objectif, Courseulles-sur-Mer, France. (e011084119)

Le haut commandement allié et les planificateurs militaires du Quartier général suprême de la Force expéditionnaire alliée ont tiré des leçons de leurs opérations précédentes, notamment de leur défaite à Dieppe, deux ans auparavant, et de leurs débarquements réussis en Sicile, en juillet 1943. Ce nouvel effort visant à ouvrir un deuxième front exige une approche coordonnée entre forces terrestres, navales et aériennes, une planification exhaustive, une attention particulière à la logistique, un rassemblement massif d’équipement et de personnel, des ruses et des leurres pour déstabiliser l’ennemi et, enfin, la transmission régulière et exacte de renseignements sur les effectifs et les dispositifs allemands.

Une flotte de navires escorte les forces d’invasion à travers la Manche pendant que des escadrons alliés patrouillent l’espace aérien. Divers engins de débarquement transportent les hommes, les chars et l’artillerie. Dans le secteur canadien, ils s’arrêtent près des villages de Courseulles-sur-Mer, Bernières-sur-Mer et Saint-Aubin-sur-Mer.

Photo couleur de soldats chargés d’armes et d’équipement, marchant dans de l’eau peu profonde en direction d’un village français.

L’infanterie canadienne approche de Bernières-sur-Mer, en Normandie (France). (e010750646)

Les chars de la 2e Brigade blindée du Canada atteignent péniblement le rivage, où ils appuient la progression des soldats d’infanterie en tirant sur les positions retranchées de l’ennemi (des positions déjà bombardées par des unités de l’Artillerie royale canadienne depuis leurs péniches de débarquement).

Quelques heures plus tôt, des hommes du 1er Bataillon canadien de parachutistes ont atterri loin derrière les lignes ennemies dans le cadre de l’opération Tonga (le nom donné aux débarquements de la 6e Division aéroportée britannique). Leur mission : détruire des ponts, prendre le contrôle de positions sécurisées, soutenir l’assaut des parachutistes britanniques et, de façon plus générale, semer le chaos et empêcher l’ennemi de contre-attaquer.

Photo noir et blanc montrant un soldat assis sur un vélo dans une clairière. Il porte une vareuse de parachutiste et tient une mitraillette Sten.

Le soldat Tom J. Phelan, du 1er Bataillon canadien de parachutistes, sur un vélo pliant pouvant être aéroporté. Il fut blessé à Le Mesnil le 16 juin 1944. On le voit ici au camp de renforts du Bataillon, en Angleterre, en 1944. (a204971)

Photo noir et blanc d’une file de soldats marchant dans une rue au milieu d’un village touché par les combats.

Des fantassins du Régiment de la Chaudière marchent dans le village de Bernières-sur-Mer, en France, le 6 juin 1944. (a131436)

Les Canadiens servant dans les forces navales et aériennes participent également aux attaques au sol. Les pilotes et les membres d’équipage des nombreux escadrons de l’Aviation royale du Canada et de la Royal Air Force britannique défendent l’espace aérien en appui aux opérations navales et terrestres, patrouillent les côtes, attaquent les troupes et les blindés ennemis, effectuent des reconnaissances photo et participent aux missions de bombardement pour appuyer les débarquements.

Photo noir et blanc d’un escadron de l’Aviation royale canadienne posant autour d’un chasseur-bombardier équipé d’une grosse bombe.

Des membres du 440e Escadron de l’Aviation royale canadienne posent autour d’un Hawker Typhoon en Normandie (France). (e010775786)

Le jour J, le personnel de la Marine royale canadienne est réparti dans plus de 70 navires de guerre : des engins de débarquement, des contre-torpilleurs bombardant la côte et des dragueurs de mines qui dégagent la voie pour la force d’invasion. Après le débarquement, début juillet, un commando viendra diriger les forces et maintenir l’ordre sur les plages.

Photo noir et blanc de matelots en tenues de combat. Ceux du premier rang sont agenouillés tandis que leurs collègues au deuxième rang sont debout, devant une fortification en béton endommagée.

Personnel du Commando W-2 de la Marine royale du Canada devant une fortification allemande dans le périmètre conquis de Juno Beach, Normandie (France), 20 juillet 1944. (a180831)

Les premiers militaires canadiens à fouler le sol français sont rejoints à la mi-juillet par une armée entière : la Première Armée canadienne, qui deviendra la plus importante formation d’hommes et de femmes en uniforme de l’histoire du pays. Des combats acharnés font rage alors que les forces terrestres alliées résistent aux contre-attaques et avancent à l’intérieur des terres. Les unités canadiennes conquièrent des objectifs militaires à Carpiquet, près de Caen, et lors de leur avancée vers Falaise, mais au prix de nombreuses vies.

Environ 350 militaires canadiens sont tués lors du jour J. Au total, les forces terrestres, navales et aériennes du Canada perdront environ 5 000 hommes lors des opérations en sol français. Fin août, l’opération Overlord se termine quand les dernières unités allemandes, mises en déroute, se retirent de Normandie.

Photo noir et blanc montrant une longue file de soldats allemands marchant sur une plage, dirigés par des soldats alliés. On aperçoit à l’arrière-plan des véhicules, une digue et une grosse maison.

Des militaires allemands capturés lors du jour J se préparent à embarquer pour l’Angleterre. (a132474)

Revenez le 4 juillet pour lire la deuxième partie de notre série sur le 75e anniversaire du Jour J, celui-ci explorera certaines des collections uniques de BAC sur ces événements.


Alex Comber est un archiviste militaire au sein de la Division des archives                      gouvernementales.