Images de pipes autochtones maintenant sur Flickr

Portrait rapproché d’un homme fumant la pipe et portant une casquette plate et des lunettes rondes.

Portrait d’Angmarlik, chef inuit respecté de Qikiqtat (Kekerten) (PA-166470)

Tant les hommes que les femmes autochtones fument la pipe.

Femme fumant la pipe vêtue d’une robe, d’un châle et d’un bandana; elle tient les rênes d’un cheval tirant une charrette de la rivière Rouge.

Femme autochtone avec une charrette de la rivière Rouge dans un camp (e011156555)

Les fourneaux de pipe sont fabriqués en céramique ou sculptés dans des matériaux durs comme la pierre de pipe, la pierre à savon, le bois ou les épis de maïs. Le tuyau de pipe est habituellement façonné dans un morceau de bois creux. On fume la pipe, bourrée de tabac ou d’un mélange de plantes ou d’écorces aromatiques, à des fins récréatives, pour des occasions politiques ou dans le cadre de cérémonies. Parfois, des pipes métalliques uniques en forme de hache sont offertes aux chefs et aux dirigeants autochtones.

Panier en écorce de bouleau orné d’une broderie représentant un homme des Premières Nations fumant la pipe (e010948522)

La pipe n’est plus aussi répandue qu’avant, mais comme le montrent certaines des photos suivantes, son usage et sa puissance symbolique perdurent.

Portrait d’une femme portant un châle en tartan et fumant la pipe.

Femme inuite portant un châle en tartan et fumant la pipe (e010692540)

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Judith-Pauline White, photographe du Nunatsiavut

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.

Par Heather Campbell

Photographie noir et blanc d’une Inuite faisant face à l’appareil photo. La jeune fille porte un amauti blanc (un manteau de femme ou de fille muni d’un grand capuchon) et se tient devant un bâtiment, tandis qu’une femme regarde par une fenêtre derrière elle.

Jeune Inuite devant un bâtiment; une femme regarde par une fenêtre derrière elle, entre 1900 et 1950. (e011307844)

Judith-Pauline White (née Hunter) est une Inuite née en 1905 à Hebron, Terre-Neuve (maintenant Terre-Neuve-et-Labrador), environ 200 kilomètres au nord de Nain, au Labrador. En 1922, elle épouse un propriétaire de poste de traite bien connu, Richard White, et devient ainsi la belle-mère de la fille de White. Le couple aura cinq enfants. Le poste de traite Richard (Dick) White, qui est devenu un édifice patrimonial, est situé à Kauk, environ 4 kilomètres au sud de Nain et 34 kilomètres au nord de la baie de Voisey.

Mme White, une photographe amateur, prend des photos dans la région à partir des années 1920. Dans les années 1950, elle rencontre l’anthropologue Alika Podolinsky Webber, venue au Labrador pour mener des recherches dans le cadre de sa thèse sur l’art des Innus Mushuau (de la Nation innue). Podolinsky Webber se rend à Kauk, car ce poste de traite est un lieu de rencontre pour les Innus et les Inuits sur la côte nord du Labrador.

Mme White expédie des documents à Podolinsky Webber après le décès de Richard White, en 1960. Ces documents comprennent des photographies et des négatifs de plus de 200 scènes de la vie quotidienne et des environs du poste de traite. Les photographies prises par White (voir les niveaux hiérarchiques inférieurs) représentent des Innus et des Inuits, et constituent des documents visuels authentiques de la vie au Labrador des années 1920 aux années 1950. Cette mine d’information, bien dissimulée pendant des décennies avant d’être offerte à Bibliothèque et Archives Canada en 2007, est maintenant accessible au public.

Une photographie noir et blanc d’un Innu regardant l’appareil photo, vêtu de vêtements traditionnels et assis sur une pile de provisions. À l’arrière-plan, plusieurs personnes se tiennent debout devant une maison de couleur foncée percée de deux petites fenêtres.

Innus en déplacement entre 1925 et 1940. (e011305800)

Étant moi-même une Inuite du Nunatsiavut, une artiste et une ancienne conservatrice, je m’intéresse beaucoup à la vie et à l’œuvre de cette photographe. Je ne peux m’empêcher de penser au célèbre photographe inuit Peter Pitseolak, de Cape Dorset. Avec ses instantanés de la vie inuite pris dans les années 1940 et 1950, il fut l’un des premiers Inuits à tourner l’appareil photo vers sa propre communauté, au lieu de faire lui-même l’objet d’études ethnographiques. À l’insu de Pitseolak et de ceux qui ont suivi ses traces, quelque part au Nunatsiavut, une femme inuite prenait elle aussi des photos de la vie quotidienne. Pourquoi n’avons-nous jamais entendu parler d’elle?

La chercheuse inuite Heather Igloliorte explique dans le numéro automne-hiver 2015 de la revue Inuit Art Quarterly que, lorsque Terre-Neuve a joint la Confédération en 1949, la Loi sur les Indiens excluait les Inuits du Nunatsiavut :

Les artistes inuits du Labrador ont malheureusement été exclus de presque tous les projets découlant des efforts concertés de James Houston (qui a « découvert » l’art inuit moderne), du gouvernement, de la Canadian Guild of Crafts, de la Compagnie de la Baie d’Hudson et de bien d’autres intervenants, car il a fallu attendre des décennies avant que le gouvernement fédéral ne reconnaisse officiellement qu’il y avait des Inuits au Labrador. Nous n’avons établi aucun studio ou coopérative, ni tissé de relations avec le milieu des arts dans le sud du Canada, ni développé de marchés nationaux ou internationaux pour vendre nos œuvres. Avant 1991, nous n’avions même pas le droit d’utiliser la très répandue « étiquette L’Igloo » pour authentifier nos œuvres. [Traduction]

Une photographie noir et blanc d’une femme debout à la fenêtre d’un bâtiment en bois, portant une robe avec un collet blanc et une chaîne ornée d’une grande croix. Dans le coin inférieur gauche de la fenêtre, un enfant regarde en direction de l’appareil photo.

Femme debout à la fenêtre, vers 1900-1950. (e011307849)

White prenait encore des photos lorsque Terre-Neuve a joint la Confédération. Mais à l’époque, les musées et les expositions ne présentaient pas d’artistes inuits du Nunatsiavut. Ces derniers vendaient leurs œuvres de porte à porte, dans des boutiques d’artisanat locales ou à des visiteurs occasionnels. Nous ne pouvons qu’imaginer comment le milieu de l’art inuit aurait réagi à l’œuvre de White si les gouvernements provincial et fédéral de l’époque avaient soutenu et reconnu les artistes inuits du Nunatsiavut.

Nous sommes reconnaissants envers la succession d’Alika Podolinsky Webber pour son précieux don. Ce témoignage visuel de la passion de Judith-Pauline White pour la photographie, et de sa volonté de documenter la culture des Innus et des Inuits du Labrador, est maintenant accessible en ligne pour le grand public.

Une photographie noir et blanc d’un Innu avec trois membres de sa famille. Les hommes et un jeune garçon portent un manteau et des mitaines en fourrure. Il y a une tente et des arbres à l’arrière-plan.

Un Innu nommé Pasna et sa famille, vers 1920-1940. (e008299593)

Allez visiter le site Flickr pour voir une plus grande sélection des photos de Judith-Pauline White.

Ce blogue fait partie d’une série portant sur les Initiatives du patrimoine documentaire autochtone. Apprenez-en plus sur la façon dont Bibliothèque et Archives Canada (BAC) améliore l’accès aux collections en lien avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Voyez aussi comment BAC appuie les communautés en matière de préservation d’enregistrements de langue autochtone.


Heather Campbell travaille comme archiviste à la Direction générale des services au public de Bibliothèque et Archives Canada.

Images de boulangeries maintenant sur Flickr

Qui n’aime pas les boulangeries? L’odeur du beurre et du sucre, la vue des miches de pain et des pâtisseries alignées derrière les comptoirs vitrés sont incroyablement alléchantes.

Quatre vitrines garnies de produits de boulangerie-pâtisserie forment un long comptoir. De grandes tablettes en bois avec un miroir au milieu sont recouvertes de boîtes. Le plancher présente un motif en damier.

Boulangerie Hunts, Toronto (Ontario) (a068155)

Il y a eu des boulangeries tout au fil de l’histoire. Les armées avaient des boulangeries de campagne, et des boulangeries étaient prévues dans les plans des forts. Un peu partout, les familles avaient accès à des fours à pain extérieurs ou communautaires. Beaucoup de nouveaux immigrants ont ouvert des boulangeries et apporté avec eux des recettes de leur pays d’origine.

Trois enfants regardent leur mère qui retire un pain d’un four extérieur en brique. À l’arrière-plan, on peut voir une maison et un champ.

Du pain cuisant dans un four en extérieur (e011175772)

Dans une rue résidentielle, un cheval tire un chariot sur lequel figurent les mots « Quality », « Wonder Bakeries Limited » et l’image d’une miche de pain Wonder Bread.

Chariot de livraison, Wonder Bakeries Limited (PA-060334)

La boulange a énormément changé au cours du siècle dernier, de grandes quantités de pain sont aujourd’hui produites en usine grâce à la mécanisation. Mais les petites boulangeries de quartier existent toujours et font partie du paysage urbain. Un boulanger favori ou une grande usine peut être emblématique. Ces photos racontent la petite histoire de l’immigration, des boulangeries familiales, des petites entreprises et des grandes usines.

Un bâtiment en bois porte la mention « Café Royal and Bakery ». Trois serveurs et quatre clients se tiennent debout sur le trottoir de bois, devant le bâtiment.

Café Royal & Bakery (PA-013518)

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Le jour J et la campagne de Normandie : 6 juin – 30 août 1944

Par Alex Comber

Photo couleur d’une péniche de débarquement s’approchant d’une plage. Sur la rive, on distingue un village d’où s’élève de la fumée. Dans le ciel, des dirigeables assurent la défense aérienne.

Péniche de débarquement d’infanterie, 6 juin 1944, jour J. (e010777287)

Il y a 75 ans jour pour jour, soldats, matelots, pilotes et membres d’équipage canadiens participent en France à l’une des plus importantes opérations militaires de l’histoire : l’opération Neptune. Mieux connue sous le nom de jour J, elle est la première étape d’une campagne terrestre menée en Normandie, ayant pour nom de code « opération Overlord ».

Les Alliés déploient des efforts considérables pour établir un nouveau théâtre d’opérations en Europe de l’Ouest. Les soldats de la 3e Division d’infanterie canadienne sont là pour les appuyer. Leur mission : partir à l’assaut de la côte française pour conquérir un périmètre (en jargon militaire, une tête de pont) sur une section de la plage appelée « Juno Beach ».

Cette affectation est considérée comme un honneur, puisque les quatre autres plages (noms de code « Utah », « Omaha », « Gold » et « Sword ») attendent le débarquement d’unités appartenant à des Alliés plus puissants : les États-Unis et la Grande-Bretagne.

Photo noir et blanc d’un officier montrant la carte d’un village à un petit groupe de sous-officiers.

Le lieutenant R. R. Smith montre aux sous-officiers du Regina Rifles Regiment un plan de leur objectif, Courseulles-sur-Mer, France. (e011084119)

Le haut commandement allié et les planificateurs militaires du Quartier général suprême de la Force expéditionnaire alliée ont tiré des leçons de leurs opérations précédentes, notamment de leur défaite à Dieppe, deux ans auparavant, et de leurs débarquements réussis en Sicile, en juillet 1943. Ce nouvel effort visant à ouvrir un deuxième front exige une approche coordonnée entre forces terrestres, navales et aériennes, une planification exhaustive, une attention particulière à la logistique, un rassemblement massif d’équipement et de personnel, des ruses et des leurres pour déstabiliser l’ennemi et, enfin, la transmission régulière et exacte de renseignements sur les effectifs et les dispositifs allemands.

Une flotte de navires escorte les forces d’invasion à travers la Manche pendant que des escadrons alliés patrouillent l’espace aérien. Divers engins de débarquement transportent les hommes, les chars et l’artillerie. Dans le secteur canadien, ils s’arrêtent près des villages de Courseulles-sur-Mer, Bernières-sur-Mer et Saint-Aubin-sur-Mer.

Photo couleur de soldats chargés d’armes et d’équipement, marchant dans de l’eau peu profonde en direction d’un village français.

L’infanterie canadienne approche de Bernières-sur-Mer, en Normandie (France). (e010750646)

Les chars de la 2e Brigade blindée du Canada atteignent péniblement le rivage, où ils appuient la progression des soldats d’infanterie en tirant sur les positions retranchées de l’ennemi (des positions déjà bombardées par des unités de l’Artillerie royale canadienne depuis leurs péniches de débarquement).

Quelques heures plus tôt, des hommes du 1er Bataillon canadien de parachutistes ont atterri loin derrière les lignes ennemies dans le cadre de l’opération Tonga (le nom donné aux débarquements de la 6e Division aéroportée britannique). Leur mission : détruire des ponts, prendre le contrôle de positions sécurisées, soutenir l’assaut des parachutistes britanniques et, de façon plus générale, semer le chaos et empêcher l’ennemi de contre-attaquer.

Photo noir et blanc montrant un soldat assis sur un vélo dans une clairière. Il porte une vareuse de parachutiste et tient une mitraillette Sten.

Le soldat Tom J. Phelan, du 1er Bataillon canadien de parachutistes, sur un vélo pliant pouvant être aéroporté. Il fut blessé à Le Mesnil le 16 juin 1944. On le voit ici au camp de renforts du Bataillon, en Angleterre, en 1944. (a204971)

Photo noir et blanc d’une file de soldats marchant dans une rue au milieu d’un village touché par les combats.

Des fantassins du Régiment de la Chaudière marchent dans le village de Bernières-sur-Mer, en France, le 6 juin 1944. (a131436)

Les Canadiens servant dans les forces navales et aériennes participent également aux attaques au sol. Les pilotes et les membres d’équipage des nombreux escadrons de l’Aviation royale du Canada et de la Royal Air Force britannique défendent l’espace aérien en appui aux opérations navales et terrestres, patrouillent les côtes, attaquent les troupes et les blindés ennemis, effectuent des reconnaissances photo et participent aux missions de bombardement pour appuyer les débarquements.

Photo noir et blanc d’un escadron de l’Aviation royale canadienne posant autour d’un chasseur-bombardier équipé d’une grosse bombe.

Des membres du 440e Escadron de l’Aviation royale canadienne posent autour d’un Hawker Typhoon en Normandie (France). (e010775786)

Le jour J, le personnel de la Marine royale canadienne est réparti dans plus de 70 navires de guerre : des engins de débarquement, des contre-torpilleurs bombardant la côte et des dragueurs de mines qui dégagent la voie pour la force d’invasion. Après le débarquement, début juillet, un commando viendra diriger les forces et maintenir l’ordre sur les plages.

Photo noir et blanc de matelots en tenues de combat. Ceux du premier rang sont agenouillés tandis que leurs collègues au deuxième rang sont debout, devant une fortification en béton endommagée.

Personnel du Commando W-2 de la Marine royale du Canada devant une fortification allemande dans le périmètre conquis de Juno Beach, Normandie (France), 20 juillet 1944. (a180831)

Les premiers militaires canadiens à fouler le sol français sont rejoints à la mi-juillet par une armée entière : la Première Armée canadienne, qui deviendra la plus importante formation d’hommes et de femmes en uniforme de l’histoire du pays. Des combats acharnés font rage alors que les forces terrestres alliées résistent aux contre-attaques et avancent à l’intérieur des terres. Les unités canadiennes conquièrent des objectifs militaires à Carpiquet, près de Caen, et lors de leur avancée vers Falaise, mais au prix de nombreuses vies.

Environ 350 militaires canadiens sont tués lors du jour J. Au total, les forces terrestres, navales et aériennes du Canada perdront environ 5 000 hommes lors des opérations en sol français. Fin août, l’opération Overlord se termine quand les dernières unités allemandes, mises en déroute, se retirent de Normandie.

Photo noir et blanc montrant une longue file de soldats allemands marchant sur une plage, dirigés par des soldats alliés. On aperçoit à l’arrière-plan des véhicules, une digue et une grosse maison.

Des militaires allemands capturés lors du jour J se préparent à embarquer pour l’Angleterre. (a132474)

Revenez le 4 juillet pour lire la deuxième partie de notre série sur le 75e anniversaire du Jour J, celui-ci explorera certaines des collections uniques de BAC sur ces événements.


Alex Comber est un archiviste militaire au sein de la Division des archives                      gouvernementales.

Les premiers ministres canadiens dans l’objectif des photographes de presse

Par Maude-Emmanuelle Lambert

L’exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) Les premiers ministres et l’art explore les liens parfois inusités entre différentes expressions artistiques et nos premiers ministres canadiens. On y découvre notamment les photographies d’éléments architecturaux de Pierre Elliott Trudeau (1958), le selfie cabotin de Jean Chrétien (Andrew Danson, Unofficial Portraits, 1985) ou bien encore la grande toile en tons jaune et orangé de l’artiste Carl Beam (2000) inspirée par Lester B. Pearson.

Ces œuvres permettent d’entrevoir une sensibilité artistique — parfois insoupçonnée — chez nos premiers ministres, mais aussi de quelle manière la fonction, voire la personnalité d’un premier ministre a inspiré, sans égard à sa couleur politique, un ou plusieurs artistes. Le portraitiste Yousuf Karsh par exemple, dont les photographies sont conservées par BAC, a vu défiler devant son objectif des premiers ministres d’allégeances et de générations différentes comme William Lyon Mackenzie King, Robert Borden, Pierre Elliott Trudeau et Joe Clark.

Photographie en noir et blanc montrant le premier ministre William Lyon Mackenzie King à son bureau. À l’arrière-plan, par une fenêtre, on aperçoit un des édifices du Parlement.

William Lyon Mackenzie King à son bureau, 15 mars 1947. King a été le mécène de Yousuf Karsh à partir de 1936. Photographie de Yousuf Karsh (e010752289).

Toutefois, les photographies les plus célèbres, voire « iconiques » de nos premiers ministres ne sont pas que l’œuvre de photographes portraitistes. Plusieurs d’entre elles ont été prises par des photographes de presse dont le nom est moins bien connu du grand public. Contrairement aux portraitistes qui ont tout le temps voulu pour planifier la composition de leur arrière-plan ou pour étudier leur sujet, les photographes de presse doivent faire preuve à la fois de patience et de rapidité. En effet, il n’est pas rare qu’ils doivent faire le pied de grue pendant des heures afin de prendre « le cliché » qui permettra de raconter un événement, de transmettre une émotion ou encore de croquer sur le vif un aspect de la personnalité d’un premier ministre.

Peut-être avez-vous déjà vu la photographie de Pierre Elliott Trudeau glissant comme un enfant sur une rampe d’escalier? Prise en 1968, lors du congrès à la chefferie du Parti libéral du Canada, elle est l’une des photos marquantes de la carrière du photographe de presse Ted Grant. Dans un livre consacré à son œuvre, signé Thelma Fayle, le photographe précise que s’il n’avait pas entendu les rires des gens sur place, il aurait probablement raté ce moment : « Je me suis retourné, car des éclats de rire ont attiré mon attention. J’ai pu prendre rapidement trois clichés avant que Trudeau n’atterrisse presque sur moi » [traduction] (Thelma Fayle, Ted Grant: Sixty Years of Legendary Photojournalism, Victoria, Heritage House Publishing, 2013, p. 67-68).

Né en 1929 à Toronto, Ted Grant entreprend sa carrière de photographe au milieu des années 1950. Vu par plusieurs comme un véritable pionnier de la photographie de presse au Canada (certains le présentent même comme le « père du photojournalisme canadien »), il travaille, entre autres, comme contractuel pour différents imprimés (dont l’Ottawa Citizen), l’Office national du film et l’Office de tourisme du gouvernement canadien. Au cours de sa carrière, il photographie plusieurs courses à la direction, élections (tant fédérales que provinciales) et conférences des premiers ministres. Invité à suivre sur la route Robert Stanfield, chef du Parti progressiste-conservateur, il en vient à tisser des liens étroits avec le jeune et futur premier ministre Joe Clark, son entourage politique et sa famille. Conservées dans le fonds Joe Clark et dans le fonds Ted Grant, de nombreuses photographies en noir et blanc nous montrent Joe Clark lors de ses apparitions publiques telles que sa cérémonie d’assermentation ou encore dans des moments plus privés comme des réunions de travail avec ses principaux conseillers.

Photographie en noir et blanc de Joe Clark, debout, prêtant serment à titre de premier ministre du Canada. On peut voir à ses côtés, assis, le gouverneur général Edward Schreyer.

Assermentation de Joe Clark à titre de 16e premier ministre du Canada, 4 juin 1979. Photographie de Ted Grant (e010764766).

La relation privilégiée qu’entretient Ted Grant avec les Clark lui donne accès à la vie privée et familiale du premier ministre. Celui qui a pris les tout premiers clichés de Catherine, seule enfant du couple, est aussi des fêtes familiales en plein air et dans l’intimité du salon. Bien que Ted Grant soit dans la pièce avec eux, les Clark semblent ne pas remarquer sa présence. Selon l’épouse de Joe Clark, Maureen McTeer, le photographe était patient et discret : « Si vous étiez conscient de sa présence, il attendait que vous ne le soyez plus [avant de prendre une photo] » [traduction] (Fayle, p. 75). Mais à ces moments joyeux où le photographe regarde à travers sa lentille le premier ministre détendu, assis sur le plancher du 24 Sussex avec sa fille et son épouse, se greffent des instants où la déception est manifeste sur les visages, comme à l’occasion de la soirée électorale de 1980.

Photographie en noir et blanc sur laquelle on voit le premier ministre Joe Clark, son épouse et sa fille assis par terre dans le salon devant le foyer.

Le premier ministre Joe Clark et sa famille (son épouse Maureen McTeer et sa fille Catherine) à la résidence du 24 Sussex (e002712822). Cette photographie est un bon exemple de la relation exceptionnelle et de la confiance qui se sont établies entre la famille Clark et le photographe Ted Grant. Ce dernier a documenté de nombreux moments importants de la carrière de Joe Clark, mais aussi des moments intimes de la famille sur plusieurs décennies.

Puisque les photographes de presse sont appelés à saisir l’instant, il n’est guère surprenant de voir dans leurs collections des clichés montrant les premiers ministres dans le feu de l’action politique. On pense notamment à la photographie réalisée par Louis Jaques d’un jeune John Diefenbaker intervenant en chambre alors qu’il est député et aspire à devenir le chef du Parti conservateur, ou bien à celle prise par Robert Cooper de John Turner qui s’adresse à une foule pendant la course à la chefferie du Parti libéral du Canada.

Photographie en noir et blanc qui montre le député John Diefenbaker, debout, s’adressant à la Chambre des communes. Autour de lui, on peut voir des députés assis à leurs pupitres.

John Diefenbaker, député, intervenant en chambre en 1948. Photographie de Louis Jaques (C-080883).

Photographie en noir et blanc montrant John Turner qui s’exprime au micro devant une foule. On peut apercevoir le drapeau du Canada.

John Turner s’adressant à la foule à Ottawa, lors du congrès à la chefferie du Parti libéral du Canada en 1984. Photographie de Robert Cooper (a152415).

Fait intéressant, près de la moitié des photographies conservées par BAC font partie de collections photojournalistiques. À elle seule, la collection du photographe Ted Grant comprend près de 216 000 photographies en noir et blanc et en couleurs, négatifs et planches-contacts, alors que celle de Duncan Cameron en compte 175 000. Tout comme Ted Grant, Duncan Cameron a commencé sa carrière de journaliste de presse dans les années 1950. Né à Glasgow en Écosse, il a immigré au Canada en 1954 et a couvert la Colline parlementaire pendant de nombreuses années, photographiant différentes personnalités politiques et nouant des liens avec elles. Duncan Cameron a aussi été photographe contractuel pour Time Life Inc. de 1963 à 1976 et a terminé sa carrière aux Archives publiques du Canada, auxquelles il a fait don de sa collection.

Photographie en noir et blanc sur laquelle on peut voir quatre anciens premiers ministres canadiens, soit Pierre Elliott Trudeau, John Turner, Jean Chrétien et Lester B. Pearson.

Pierre Elliott Trudeau, John Turner, Jean Chrétien et le premier ministre Lester B. Pearson après un remaniement ministériel, 4 avril 1967. Photographie de Duncan Cameron (a117107).

En somme, les collections constituées par les photographes de presse documentent de manière exceptionnelle l’histoire politique canadienne, mais aussi des facettes plus intimes des premiers ministres canadiens dans l’exercice de leur fonction. En les photographiant dans le feu de l’action ou dans leurs moments de détente, en pleine ascension ou en situation d’échec, ces artistes ont réussi à capter un ou plusieurs aspects de la personnalité des premiers ministres.

Photographie en noir et blanc du premier ministre Pierre Elliott Trudeau en train de prendre une photographie.

Pierre Elliott Trudeau prenant une photographie avec l’appareil du journaliste de presse Duncan Cameron, 28 juin 1968. Photographie de Duncan Cameron (a175919).


Maude-Emmanuelle Lambert est archiviste à la Division des archives privées du monde de la science et de la gouvernance à Bibliothèque et Archives Canada.

Costumes : bals costumés et carnavals de patinage d’Ottawa (1876-1896)

Par : Emma Hamilton-Hobbs

Aimez-vous vous costumer après avoir passé des heures à choisir, à rechercher et à créer une tenue impressionnante pour une activité costumée unique? Eh bien, de nombreux Canadiens de la fin du dix-neuvième siècle adorent cela!

Les bals costumés sont des soirées costumées privées dont les organisateurs et les invités sont surtout des membres privilégiés de la société. Leur popularité ne cesse de croître au cours du dix-neuvième siècle. Les hommes et les femmes invités à ces soirées passent des semaines à choisir avec soin leur déguisement. Ils étudient de près des revues et des livres portant sur les costumes, jetant même un coup d’œil à des livres et à des peintures historiques pour y puiser leur inspiration. Parmi les idées populaires, on observe des vêtements historiques, des personnages mythologiques et allégoriques ainsi que des personnages de terres « exotiques ».

Les journaux d’Ottawa, de Toronto et de Montréal publient de longs articles sur les bals costumés organisés au Canada, fournissant des descriptions détaillées des divers costumes portés par les invités de marque. De nombreux participants se massent rapidement dans les studios de photographie dans les jours ou les mois suivants ces occasions spéciales pour y obtenir un portrait costumé. Parfois, ces portraits servent à créer des photographies multiples impressionnantes, y compris celle réalisée par le photographe ottavien William James Topley (1845–1930) du Grand bal costumé organisé par le gouverneur général lord Dufferin et sa femme lady Dufferin dans la salle de bal de Rideau Hall le 23 février 1876.

Un groupe de photos de centaines d’invités costumés à un bal costumé. Une peinture de la salle de bal de Rideau Hall se trouve à l’arrière-plan.

Photographies multiples du Grand bal costumé de Dufferin à Rideau Hall le 23 février 1876. La photographie finale est terminée en mai ou en juin. (e008295343)

Cette photographie multiple est réalisée en collant des centaines de portraits individuels pris dans le Studio Topley sur une scène peinte de la salle de bal de Rideau Hall, puis en prenant une nouvelle photo du résultat. Topley apprend l’art de la photographie multiple de son ancien mentor et employeur William Notman (1826–1891), qui possède un studio de photographie populaire à Montréal. Topley, comme Notman, est un homme d’affaires astucieux qui exploite de façon optimale ces activités vice-royales. En effet, les invités ne peuvent s’empêcher de préserver leurs costumes dans un format photographique qu’ils peuvent ensuite montrer à leur famille et à leurs amis, ou coller dans leurs albums personnels comme souvenir mémorable.

De nombreuses personnes mettent leur personnage en valeur dans le studio de photographie en prenant plusieurs poses et en utilisant divers accessoires dans leurs faux portraits. M. Campbell, costumé en fou du Roi, prend une pause théâtrale lorsqu’il visite le Studio Topley peu après le grand bal costumé des Dufferin. William Campbell est le secrétaire particulier de lord Dufferin et un membre apprécié du personnel.

Photo noir et blanc d’un homme costumé en fou du Roi prenant la pose dans un studio de photographie. Il tient une marionnette sur pied dans sa main droite.

William Campbell, secrétaire particulier de lord Dufferin, costumé en fou du Roi, par William Topley, mars 1876. (e011091709)

Mlles Maggie Jones et Zaidee Cockburn, toutes les deux costumées en « Bonnie Fishwives of New Haven [poissonnières de New Haven] » au grand bal costumé des Dufferin. Elles attirent l’attention pendant la soirée, probablement en raison de la longueur de leurs jupes, beaucoup plus courtes que celles des robes victoriennes acceptables de l’époque.

Photo noir et blanc d’une jeune femme costumée en poissonnière et prenant la pose dans un studio de photographie. Sa main gauche est posée sur sa hanche, sa main droite tenant un poisson en papier mâché et son pied droit soulevé, appuyé sur un baril en bois.

Mlle Maggie Jones costumée en « Bonnie Fishwife of New Haven [poissonnière de New Haven] » au grand bal costumé des Dufferin. (e011091718)

Les carnavals de patinage costumés sont aussi très populaires à cette époque et, contrairement aux bals costumés, sont beaucoup plus accessibles pour les citoyens canadiens ordinaires. Dans son studio, Topley recrée les scènes extérieures de patinage pour ses modèles à l’aide d’un arrière-plan enneigé, de neige artificielle et d’une surface réfléchissante imitant la glace. Les femmes aiment porter des robes paysannes ou pastorales lors des carnavals de patinage puisqu’elles peuvent patiner plus librement avec des jupes plus courtes.

Photo noir et blanc d’une femme costumée en bergère chaussée de patins à glace dans un studio de photographie. L’arrière-plan est un paysage enneigé peint.

Mlle Fraser en bergère par William Topley, février 1889 (a138398)

Des personnages allégoriques sont aussi souvent représentés à l’occasion des bals costumés et des carnavals de patinage. Les femmes se costument en la « Nuit », la « Guêpe », l’« Alphabet » ou encore le « Dominion du Canada » comme le fait Mme Juschereau de St. Denis LeMoine au bal des Dufferin.

Photo noir et blanc d’une femme costumée en Dominion du Canada dans un studio de photographie. Sur le devant de sa robe, on aperçoit les armes du Dominion entourées de feuilles d’érable brodées. Des raquettes miniatures se trouvent sur la traîne de sa robe.

Mme Juschereau de St. Denis LeMoine costumée en Dominion du Canada par William Topley, mars 1876. (e011091705)

Photo noir et blanc d’un homme costumé en l’explorateur Jacques Cartier dans un studio de photographie.

M. Juschereau de St. Denis LeMoine costumé en l’explorateur Jacques Cartier, mars 1876. (e011091707)

Le bal costumé historique tenu le 17 février 1896 par le gouverneur général, le comte d’Aberdeen, et sa femme, lady Aberdeen, dans la salle du Sénat du Parlement original est un autre événement médiatisé. Ce bal éducatif met en scène neuf périodes de l’histoire canadienne, des Vikings aux loyalistes. Deux cent cinquante personnes exécutent une série de danses à cette occasion.

Une photographie d’un groupe représentant les voyages des Vikings à l’occasion du bal des Aberdeen illustre l’évolution de l’art photographique depuis le bal des Dufferin, tenu vingt ans plus tôt. Topley, qui photographie encore une fois les groupes dans son studio après le bal, peut enfin prendre une photo d’un groupe entier grâce aux durées d’exposition rapides. La scène est également illuminée par la lumière naturelle provenant de la fenêtre de toit aperçue dans le coin supérieur gauche de l’image.

Photo noir et blanc d’un groupe de dix-sept hommes, femmes et filles vêtus de costumes de Vikings dans un studio de photographie.

Un groupe historique représentant les voyages des Vikings en direction du Nord-Est de l’Amérique du Nord photographié au Studio Topley. Il est le premier groupe à danser — une polka énergétique — à l’occasion du bal costumé historique organisé par lord et lady Aberdeen en février 1896. La jeune fille assise au milieu est lady Marjorie Gordon, fille des hôtes vice-royaux, portant une robe blanche et dorée ainsi que les bijoux celtiques de sa mère. (a137981)

Un album souvenir est par la suite produit et vendu aux invités. Il comprend les photos des groupes historiques prises par Topley (à l’exception d’une photo) et les textes rédigés par l’historien et fonctionnaire John George Bourinot. Ce dernier avait fourni des conseils et des recommandations à lady Aberdeen dans les mois ayant précédé l’événement. Bibliothèque et Archives Canada possède une copie de cet album souvenir dans sa collection.

Toutes les images numérisées ci-dessus ont été reproduites à partir des négatifs originaux sur plaque de verre du fonds Studio Topley de BAC. Ces images, et de nombreuses autres photos prises par Topley des invités ayant pris part aux bals costumés et aux carnavals de patinage d’Ottawa, sont disponibles sur le site Web de BAC.

Les reproductions de ces négatifs originaux sur plaque de verre sont exposées dans les salles d’art canadien et autochtone du Musée des beaux-arts du Canada.


Emma Hamilton-Hobbs est archiviste en photographie à la Division des archives gouvernementales de Bibliothèque et Archives Canada.

Cartes de visite maintenant sur Flickr

La carte de visite – une photographie collée sur un papier cartonné – était en vogue du milieu jusqu’à la fin du 19e siècle.

Photo noir et blanc du profil gauche de Napoléon Bourassa.

Napoléon Bourassa [e008302188]

C’était un objet peu coûteux, facile à produire, et dont la taille variait très peu. On avait coutume de remettre une carte de visite à ses proches et à ses amis pendant les Fêtes ou lors d’événements spéciaux. Les collectionneurs, qui conservaient leurs cartes dans des albums, ne s’intéressaient pas seulement à celles de leur entourage, mais aussi à celles des célébrités de l’époque.

Photolithographie noir et blanc montrant deux chiens (un gros et un petit) dans leur niche, regardant vers l’extérieur.

Deux chiens [e011196678]

Portrait noir et blanc de 27 jeunes filles, médaille au cou, assises autour d’une religieuse.

Groupe de filles arborant des médailles, assises autour d’une religieuse [e010969237]

Photo noir et blanc montrant un homme, fusil à la main, debout aux côtés d’un garçon; près d’eux, un chien est couché sur une chaise.

Chasseur avec un garçon et un chien [e011196672]

Visitez l’album Flickr maintenant!

Reflets d’artistes : lancement d’une nouvelle exposition d’autoportraits d’artistes au musée Glenbow

Le 15 juin 2018, Bibliothèque et Archives Canada (BAC) et le musée Glenbow célébreront officiellement le début d’une nouvelle collaboration positive à Calgary, en Alberta. L’inauguration de la première des cinq expositions organisées conjointement a eu lieu le 10 mars. Toutes les expositions mettront en valeur des portraits de la collection de BAC. Dans certains cas, elles incluent également des œuvres de la collection du musée.

Cette collaboration stimulante permet à un plus grand nombre de Canadiens d’observer plusieurs de nos plus importants trésors nationaux. Toutes les expositions seront présentées au musée Glenbow, à Calgary, et exploreront un thème différent au sujet des portraits.

Photo couleur de l’entrée de l’exposition au musée Glenbow.

Photo de l’installation de l’exposition Reflets d’artistes au musée Glenbow. Gracieuseté du musée Glenbow.

Un portrait bien spécial

La première exposition de la série met l’accent sur l’un des types de portrait les plus fascinants : les images que les artistes créent d’eux-mêmes. La prolifération des miroirs au 15e siècle aurait contribué à la popularisation des autoportraits. Lorsque les artistes explorent leur reflet, il est difficile de détourner le regard.

Peinture d’un miroir et d’une composition de nature morte sur une coiffeuse avec de nombreux livres, une brosse, une radio et deux oranges sur une assiette placée au-dessus d’un journal. Le reflet du miroir montre l’artiste et une autre peinture.

Autoportrait dans un miroir, William Lewy Leroy Stevenson, vers 1928, e011200954.

Les autoportraits d’artistes sont particulièrement intrigants puisqu’ils nous offrent un regard privilégié sur leur processus de création. Leur éclectisme est également captivant. Au fil des ans, les artistes ont, entre autres, choisi diverses techniques pour expérimenter avec les autoportraits et affirmer leur identité créative.

L’exposition présente 17 autoportraits historiques et modernes d’artistes canadiens sélectionnés parmi la collection de BAC. Vous y trouverez des vidéos et des sculptures ainsi que des peintures, des dessins et des estampes.

Des visages, des récits

Un des autoportraits qui se démarque dans cette exposition est la sculpture de l’artiste inuit Floyd Kuptana.

Photo couleur du devant d’une sculpture stylisée d’un homme, la langue sortie.

Autoportrait, Floyd Kuptana, 2007, MIKAN 3922914.

Il est important d’observer cet autoportrait de plusieurs angles différents. Cette sculpture sur pierre espiègle sourit ou tire la langue, selon l’angle choisi.

Photo couleur du devant d’une sculpture stylisée d’un homme, la tête penchée.

Photo couleur du devant d’une sculpture stylisée d’un homme, la langue sortie.

L’humour transparaissant de cette œuvre dissimule, sur bien des plans, une exploration beaucoup plus sérieuse de sa personne. Kuptana a créé cet autoportrait avec une vision tout autant traditionnelle que moderne. Les multiples facettes et angles illustrent les croyances chamaniques liées à la transformation. Pourtant, l’existence de plusieurs personnalités au sein d’une même personne est aussi associée à la psychologie moderne.

Photo couleur du profil d’une sculpture stylisée d’un homme.

Autoportrait… ou portrait?

L’exposition vous donne la chance d’observer un portrait qui demeure au cœur de l’un des mystères non résolus les plus intéressants de l’histoire de l’art canadien. Certains érudits sont convaincus que ce dessin réalisé par Emily Carr, illustre artiste britanno-colombienne, est l’un de ses premiers autoportraits – une acquisition rare. Toutefois, d’autres affirment que ce dessin n’est qu’un portrait que Carr a réalisé d’une autre personne.

Dessin au fusain sur papier d’une jeune femme, les épaules nues, vue de dos, son visage de profil. Ses cheveux sont attachés en un chignon lâche, de courtes boucles encadrant son visage. Elle regarde vers la droite.

Autoportrait, possiblement d’Emily Carr, vers 1899, e006078795.

La plupart conviennent que le portrait a été créé alors que Carr étudiait l’art à Londres, au Royaume-Uni. Le dessin suit un style académique traditionnel, atypique des œuvres ultérieures de Carr, mais très courant chez les étudiants tentant de prouver leur maîtrise de l’art.

Ceux qui croient qu’il s’agit d’une image de Carr soulignent la forte ressemblance entre le dessin et les photographies contemporaines que nous avons d’elle. Ils conviennent que Carr était très connue pour sa pudeur et qu’il est peu probable qu’elle ait pris cette pose, les épaules dénudées. Néanmoins, ils mentionnent qu’il était très courant dans les cours pour femmes de cette époque de pratiquer le dessin du corps humain à partir d’anciennes sculptures classiques drapées de manière convenable. L’artiste pouvait ensuite placer sa propre tête sur le corps de l’une de ces nues incontournables.

Une partie du portrait d’Emily Carr montrant les lignes classiques des épaules et du menton du dessin.

Carr pourrait avoir tenté de se représenter dans un style particulier, soit une jeune femme à la mode.

Nous vous invitons à venir en juger par vous-mêmes.

Un lien avec l’Ouest

Cette exposition permet aussi à BAC de mettre en valeur des autoportraits ayant un lien particulier avec Calgary : par exemple, cette œuvre amusante de l’artiste Gary Olson, de Calgary.

Un dessin au crayon du visage d’un homme pressé contre un morceau de verre. La majorité de son profil gauche est indiscernable, mais son œil droit est extrêmement concentré.

I Am Up Against the Picture Plane Again [Je suis de nouveau contre le plan pictural], Gary Olson, 1877, e011195950. Source : Gary Olson.

Cette image fait partie d’une série créée par Olson alors qu’il était un professeur d’art au collège. Il a conçu ces dessins humoristiques pour expliquer à ses étudiants le plan pictural, un concept d’art théorique difficile à comprendre. Il y représente le plan de façon littérale, en pressant et en déformant son propre visage sur celui-ci. Par le fait même, Olson en profite pour se moquer de la théorie de l’art, dévoilant son propre désir irrévérencieux de repousser les limites.

Venez voir l’exposition!

Photo couleur d’une salle faiblement éclairée, diverses œuvres d’art sur les murs.

Photo de l’installation de l’exposition Reflets d’artistes au musée Glenbow. Gracieuseté du musée Glenbow.

Si vous vous rendez à Calgary, ne manquez pas Reflets d’artistes. L’exposition sera présentée quotidiennement du 10 mars 2018 au 6 janvier 2019. Pour en savoir plus, communiquez avec le musée Glenbow.

La mystérieuse affaire de la photo sur cuir verni : un pannotype de Bibliothèque et Archives Canada

Par Tania Passafiume, avec l’aide de Shannon Perry

J’ai découvert un trésor caché alors que je répertoriais plus de 300 objets emboîtés dans les fonds photographiques de Bibliothèque et Archives Canada. Une de ces images me semblait quelque peu étrange. Elle ne ressemblait ni à un daguerréotype, ni à un ambrotype, ni même à un ferrotype, soit le genre de photographies habituellement conservées dans de petits écrins de cuir, de papier ou de plastique.

Image couleur d’un coffret en papier tapissé de velours rouge. Sur le côté droit, une photo en noir et blanc encadrée par un passe-partout de cuivre représente un jeune homme vêtu d’un veston de couleur foncée.

Un pannotype d’un jeune homme inconnu, dans un coffret en papier (MIKAN 3255671)

Les questions n’ont pas tardé. De quoi s’agissait-il? Quel procédé photographique avait servi pour créer cet objet? Le premier indice m’indiquant qu’il s’agissait d’un objet insolite fut l’absence de scellant, ce qui signifiait qu’on n’avait pas apposé à l’origine de ruban de scellement. Traditionnellement, pour diverses raisons, un ruban de papier était utilisé pour sceller le paquet placé dans le coffret. N’ayant pas de ruban original à briser, j’ai décidé d’ouvrir le paquet.

Mes découvertes

Après avoir retiré le paquet de son écrin, j’ai immédiatement noté un fragment de papier épais posé au dos du paquet, qui semblait provenir d’une feuille plus grande. Dans le quadrant supérieur gauche apparaissaient des mots incomplets inscrits au crayon : « hol » et « acid ». La partie supérieure présentait une sorte de détérioration, sans doute une tache laissée par un liquide, à en juger par la décoloration du papier. Au début, je n’ai pas tellement porté attention à ce papier. Puisque le ruban de scellement original n’était plus là, il était vraisemblable qu’une personne eut placé ce morceau de papier derrière la photo après avoir retiré le sceau. Cette découverte en soi n’était pas surprenante, puisque les plaques photographiques étaient souvent retirées d’un coffret pour être placées dans un autre. Ce n’est que plus tard que je me suis rendu compte que le texte était en fait essentiel pour saisir la nature de la photo.

En retirant la feuille de papier, j’ai vu un morceau de cuir. Immédiatement, j’ai compris ce que je tenais entre les mains! Ce morceau de cuir n’était pas une autre couche ajoutée derrière la plaque photographique, c’était la photo elle-même gravée sur cuir! Ce procédé photographique est appelé pannotype (d’après le latin « pannos », qui signifie étoffe). J’avais lu à propos des pannotypes et vu des exemples modernes; toutefois, il est très rare de tomber sur des originaux, surtout en si bon état. J’ai retourné l’objet et retiré le passe-partout de laiton avec sa plaque de verre. Sous le verre détérioré et sale se trouvait une surface brillante en cuir sur laquelle était gravée l’image impeccable d’un homme. Le verre en mauvais état m’avait confondue et fait douter du procédé photographique utilisé. Grâce à mon analyse minutieuse et à un heureux hasard, Bibliothèque et Archives Canada venait de découvrir un pannotype du 19e siècle dans ses fonds!

L’histoire derrière ce procédé

Les pannotypes ont été à la mode de 1853 au début des années 1880. La méthode était semblable à celle utilisée pour les ambrotypes, à cette différence près qu’un morceau de tissu ou de cuir servait de support au lieu du verre. Fait intéressant, les pannotypes étaient réalisés en appliquant sur un ambrotype des gouttes d’une solution d’acide nitrique dilué dans l’alcool. Cela permettait au photographe de retirer l’émulsion (contenant l’image en tant que telle) du support en verre pour la placer sur un nouveau support, par exemple un morceau de cuir. J’ai alors repensé aux mots incomplets écrits à la main sur le morceau de papier trouvé derrière le cuir, « hol » et « acid ». Ces mots seraient-ils « alcohol » et « nitric acid » (alcool et acide nitrique), soit les ingrédients mêmes pour réaliser un pannotype?

Image couleur d’une feuille de papier tachée sur laquelle sont inscrits les mots incomplets « hol » et « acid ».

La feuille de papier trouvée au dos de la photo, avec le texte « hol » et « acid » inscrit au crayon.

Image couleur de mains gantées tenant un morceau de cuir dont la partie supérieure et les côtés sont tachés.

Le cuir au verso de la photo. Photo : Carla Klück.

Image couleur de mains gantées en train de séparer le portrait en noir et blanc d’un homme du passe-partout de cuivre avec plaque de verre qui le recouvrait.

La photo (cuir verni avec émulsion) et le passe-partout de cuivre avec sa plaque de verre. Photo : Carla Klück.

Le procédé photographique appelé pannotype a été présenté pour la première fois en 1853 à l’Académie des sciences de France par l’entreprise Wulff & Co, laquelle vendait les explications sur son procédé pour la somme de 100 francs. Les pannotypes se répandent rapidement, alors que de nombreux photographes professionnels les utilisent dans un contexte commercial, comme en témoignent des annonces et des articles de journaux ayant traversé le temps. À cette époque, les clients s’intéressaient à ce procédé puisqu’ils le croyaient plus durable : il ne se brisait pas comme les ambrotypes sur verre, ne s’égratignait pas comme les daguerréotypes et ne se déformait pas comme les ferrotypes. Nous ne savons presque rien de la diffusion et de l’utilisation du pannotype ici au Canada, mis à part le fait que plusieurs photographes réputés y ont eu recours, dont George Robinson Fardon (1807-1886), de Victoria, en Colombie-Britannique. Son album de photos « Portrait and Views on patent leather » (Portraits et vues sur cuir verni) a été présenté à l’Exposition universelle de 1862 à Londres, puis a été ajouté aux fonds du Victoria and Albert Museum.

Ici et maintenant

De nos jours, la découverte de pannotypes est chose rare, leur durée de vie étant très limitée en raison de leur fragilité intrinsèque. Or, ce pannotype nouvellement découvert sur cuir verni est en excellente condition. Son seul défaut est la détérioration du verre original dans le passe-partout de cuivre, ce à quoi quelques efforts de conservation ont su remédier. Il est maintenant temps de partager notre découverte avec le public et, peut-être, d’essayer d’élucider le prochain mystère : qui est l’homme sur la photo et qui était le photographe? Restez à l’affût!


Tania Passafiume est la restauratrice en chef des documents photographiques de la Division des soins de la collection au sein de la Direction générale des opérations numériques et de la préservation de Bibliothèque et Archives Canada.

Shannon Perry est une archiviste en photographie de la Division des archives gouvernementales de la Direction générale des archives de Bibliothèque et Archives Canada.

Des images de boxe sur Flickr

La boxe est un sport qui se pratique avec des gants rembourrés dans une estrade carrée entourée de cordes (un ring). Les combats durent un certain nombre de rounds et sont bien réglementés.

Photographie en noir et blanc de deux boxeurs s’affrontant sur le pont du navire à vapeur Justicia, sous le regard attentif des autres soldats se trouvant à bord.

Membres des troupes canadiennes regardant un match de boxe à bord du navire à vapeur Justicia, en route vers Liverpool (Angleterre) (MIKAN 3384735)

Au Canada, toutefois, les premiers boxeurs ne portent pas de gants. C’est la norme au début du 19e siècle de se battre à poings nus, et certains combats durent jusqu’à 40 rounds. En dehors de l’armée et de quelques clubs pour hommes, la boxe n’est pas autorisée dans les provinces canadiennes, n’ayant pas une grande réputation de franc-jeu ou de promotion honnête. Le sport gagne peu à peu en respectabilité, et les opinions évoluent au cours des années 1890. Sa popularité ne cesse de croître au début du 20e siècle.

Photographie en noir et blanc de deux soldats qui s’affrontent à la boxe. L’un porte un short noir, et l’autre, un short blanc. Des soldats assis autour du ring assistent au combat.

Soldats s’affrontant à la boxe sur les terrains de l’exposition (MIKAN 3384740)

Photographie en noir et blanc du boxeur de la catégorie des poids moyens Edwin A. Harris (Canada), portant le short et les gants. Un autre soldat se tient debout à ses côtés.

Edwin A. Harris (Canada), boxeur finaliste de la catégorie des poids moyens, Jeux interalliés, stade Pershing, Paris (France) (MIKAN 3384730)

Aujourd’hui, l’Association canadienne de boxe amateur supervise le sport, en collaboration avec dix associations provinciales et trois associations territoriales. Certains athlètes se tournent vers la boxe professionnelle, alors que d’autres conservent leur statut d’amateur dans l’espoir de représenter le Canada lors d’événements internationaux, comme les Jeux olympiques ou les Jeux du Commonwealth.

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