Des images de boxe sur Flickr

La boxe est un sport qui se pratique avec des gants rembourrés dans une estrade carrée entourée de cordes (un ring). Les combats durent un certain nombre de rounds et sont bien réglementés.

Photographie en noir et blanc de deux boxeurs s’affrontant sur le pont du navire à vapeur Justicia, sous le regard attentif des autres soldats se trouvant à bord.

Membres des troupes canadiennes regardant un match de boxe à bord du navire à vapeur Justicia, en route vers Liverpool (Angleterre) (MIKAN 3384735)

Au Canada, toutefois, les premiers boxeurs ne portent pas de gants. C’est la norme au début du 19e siècle de se battre à poings nus, et certains combats durent jusqu’à 40 rounds. En dehors de l’armée et de quelques clubs pour hommes, la boxe n’est pas autorisée dans les provinces canadiennes, n’ayant pas une grande réputation de franc-jeu ou de promotion honnête. Le sport gagne peu à peu en respectabilité, et les opinions évoluent au cours des années 1890. Sa popularité ne cesse de croître au début du 20e siècle.

Photographie en noir et blanc de deux soldats qui s’affrontent à la boxe. L’un porte un short noir, et l’autre, un short blanc. Des soldats assis autour du ring assistent au combat.

Soldats s’affrontant à la boxe sur les terrains de l’exposition (MIKAN 3384740)

Photographie en noir et blanc du boxeur de la catégorie des poids moyens Edwin A. Harris (Canada), portant le short et les gants. Un autre soldat se tient debout à ses côtés.

Edwin A. Harris (Canada), boxeur finaliste de la catégorie des poids moyens, Jeux interalliés, stade Pershing, Paris (France) (MIKAN 3384730)

Aujourd’hui, l’Association canadienne de boxe amateur supervise le sport, en collaboration avec dix associations provinciales et trois associations territoriales. Certains athlètes se tournent vers la boxe professionnelle, alors que d’autres conservent leur statut d’amateur dans l’espoir de représenter le Canada lors d’événements internationaux, comme les Jeux olympiques ou les Jeux du Commonwealth.

Visitez l’album Flickr maintenant!

Conservateur invité : Scott Dickinson

Bannière pour la série Conservateurs invités. À gauche, on lit CANADA 150 en rouge et le texte « Canada: Qui sommes-nous? » et en dessous de ce texte « Série Conservateurs invités ».

Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

Joignez-vous à nous chaque mois de 2017! Des experts de BAC, de tout le Canada et d’ailleurs donnent des renseignements additionnels sur l’exposition. Chaque « conservateur invité » traite d’un article particulier et en ajoute un nouveau — virtuellement.

Ne manquez pas l’exposition Canada : Qui sommes-nous? présentée au 395, rue Wellington à Ottawa, du 5 juin 2017 au 1er mars 2018. L’entrée est gratuite.


Un portrait de mariage de Samuel Leonard Tilley et Julia Ann Hanford

Une photographie couleur d’une image en sépia dans un cadre de bois et d’or présentant un homme et une femme assis. L’homme porte un complet, un gilet et une cravate. La femme porte une charlotte, une robe et un châle à motifs.

Un daguerréotype de Samuel Leonard Tilley et Julia Ann Hanford, vers 1843 (MIKAN 3192569)

Bien que le Canada ne soit plus un dominion de la Grande-Bretagne, le terme faisait partie du premier nom officiel du pays. Tilley, un des Pères de la Confédération, l’aurait tiré d’un psaume.


Parlez-nous de vous.

J’ai commencé à m’intéresser à l’histoire ‒ en particulier à l’histoire de la technologie et de l’industrie ‒ lors de mon enfance à Brantford en Ontario, une ancienne ville manufacturière pas très loin d’Hamilton. Si Hamilton était connue pour fabriquer de l’acier, Brantford était connue pour fabriquer de l’équipement agricole. Lorsque j’y vivais, toutes les grandes entreprises agricoles canadiennes étaient parties, ne laissant rien d’autre que les vieux bâtiments d’usine et les souvenirs des générations précédentes. Explorer cette histoire a capté mon intérêt à l’égard des machines que les Canadiens inventaient, fabriquaient et utilisaient ‒ ainsi que des lieux où ils le faisaient. Cela a été le début de mon voyage dans l’histoire. Je n’habite plus à Brantford, mais partout où je vais, je me surprends à chercher des signes du passé industriel du Canada.

Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

Le premier processus photographique pratique a été inventé en 1839 par Louis-Jacques-Mandé Daguerre; c’est pourquoi ce type de photographie est appelé un daguerréotype. Bien que la photographie soit normale pour nous, la daguerréotypie ne l’est pas et nécessite probablement une explication.

La daguerréotypie utilisait une plaque de cuivre recouverte d’argent comme « film ». La surface de la plaque était traitée chimiquement afin de la rendre sensible à la lumière. Cette plaque sensible à la lumière était placée dans une boîte sombre ‒ l’appareil photo ‒ jusqu’à ce qu’elle soit exposée à la scène qu’elle devait capter. Après un autre traitement chimique, l’image à laquelle la plaque avait été exposée apparaissait clairement, très nette en noir et blanc. Les images des daguerréotypes semblent flotter au-dessus de leur plaque, donnant une illusion de profondeur, une propriété unique qu’aucune autre forme de photographie n’a réussi à reproduire.

Les expositions du daguerréotype ne sont pas instantanées. Il fallait se tenir sans bouger pendant deux minutes, sans quoi l’image finale serait floue. C’est pourquoi les plus anciennes photos sont des portraits officiels de personnes assises ou d’autres scènes immobiles. Le coût et le temps nécessaires signifiaient également que prendre une photographie était un événement pour lequel il valait la peine de mettre ses beaux habits.

Avez-vous déjà dû continuer à sourire pendant qu’une personne ajustait maladroitement son appareil photo? Sourire pendant plus de quelques secondes peut être douloureux. Imaginez maintenant d’essayer de sourire pendant deux minutes complètes. Les premières photographies comme celle-ci dépeignent nos ancêtres comme étant sévères, mais un froncement de sourcils est beaucoup plus facile à maintenir qu’un sourire!

Lorsque nous regardons des photographies historiques, nous devons penser non seulement au sujet, mais à la technologie utilisée pour saisir l’image. Les Tilley, apparaissant ici dans une pose guindée et conventionnelle, n’étaient pas nécessairement des personnes guindées et conventionnelles. Nous ne l’aurions jamais su à partir de ces daguerréotypes, car les limites de la technologie signifiaient que seulement certains types de scènes pouvaient être saisies. Lorsque nous regardons des photographies historiques, nous devons penser à ce que nous voyons ‒ et à ce que nous ne voyons pas.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

Une photo en noir et blanc de deux jeunes garçons portant des manteaux et des chapeaux de laine, assis sur un banc de bois. L’un s’est écroulé de sommeil; l’autre fixe l’appareil photo et tient une valise. Une foule floue est visible en arrière-plan.

Nouveaux arrivants à bord du S.S. Argentina attendant l’autorisation dans la salle d’interrogation de l’Immigration, Quai 21, mars 1952 (MIKAN 3212241)

Il y a un item de la collection de BAC qui complète très bien ce daguerréotype. Il s’agit d’une autre photographie, qui montre une scène très différente du contexte distingué de la photographie des Tilley.

Plus d’un siècle après le daguerréotype de Samuel Tilley, le Canada traversait l’un de ses booms périodiques d’immigration. La photographie était alors plus que suffisamment perfectionnée pour faire ce qu’il était impossible de réaliser avec le daguerréotype : des instantanés pris sur le vif. Qui plus est, les photographes souhaitaient maintenant prendre des photos de personnes ordinaires, comme celles de nouveaux immigrants, et plus tard de réfugiés. Les deux sont représentés dans cette exposition.

Cet instantané représente deux jeunes immigrants attendant d’être reçus au Quai 21 à Halifax. Nous sommes en 1952, et ces deux enfants aux yeux fatigués débarquaient tout juste du S.S. Argentina. Leur visage illustre de l’épuisement, de l’appréhension et peut-être un peu d’agacement en raison de l’attente.

Laquelle de ces photographies représente une meilleure image du Canada? Selon moi, les versions du Canada que ces photographies illustrent sont toutes deux valables. Les deux photographies présentent des histoires qu’il vaut la peine de raconter.

Cette photographie ne montre pas un père fondateur du Canada. Les noms de ces deux enfants ne sont pas consignés. Mais ce sont tout de même des Canadiens. Leur expérience du Canada est très différente de l’expérience de Samuel Tilley, mais les deux ont été importantes pour la croissance de notre nation. La photographie est devenue un grand facteur de nivellement social. Elle n’est plus l’apanage des bien nantis. Nous avons une dette envers les premiers utilisateurs du daguerréotype pour avoir montré les visages des premiers Canadiens, mais ils n’auraient pas pu illustrer la réalité à l’extérieur du studio. Les photographes plus modernes nous ont ouvert une fenêtre sur ce à quoi les Canadiens ressemblaient vraiment.

Biographie

Une photo couleur d'un jeune homme debout devant une balustrade tenant un diplome.Scott Dickinson est un jeune spécialiste de musée ayant un grand intérêt pour l’histoire de la technologie que les Canadiens utilisent tous les jours. Il détient un diplôme spécialisé en histoire de l’Université Western Ontario (2014) et une maîtrise en histoire publique, également de l’Université Western Ontario (2015). Il est actuellement inscrit comme étudiant au programme de gestion de musée et de conservation du collège Fleming.

Conservatrice invitée : Katie Cholette

Bannière pour la série Conservateurs invités. À gauche, on lit CANADA 150 en rouge et le texte « Canada: Qui sommes-nous? » et en dessous de ce texte « Série Conservateurs invités ».Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

Joignez-vous à nous chaque mois de 2017! Des experts de BAC, de tout le Canada et d’ailleurs donnent des renseignements additionnels sur l’exposition. Chaque « conservateur invité » traite d’un article particulier et en ajoute un nouveau — virtuellement.

Ne manquez pas l’exposition Canada : Qui sommes-nous? présentée au 395, rue Wellington à Ottawa, du 5 juin 2017 au 1er mars 2018. L’entrée est gratuite.


Texte norvégien en rouge et en noir sur fond crème indiquant que le prix est décerné à Lester Bowles Pearson. Le texte est surmonté d’un lion rouge qui tient une hache au sommet d’une montagne bleue et ceinturé de vagues bleues comportant une étoile encerclée au sommet.

Le prix Nobel de la paix attribué au premier ministre Lester B. Pearson pour son rôle dans la création des Casques bleus de l’ONU, 1957. Conçu par Gerhard Munthe pour le Comité Nobel (MIKAN 4900031)

Pearson a remporté le prix Nobel pour avoir créé une force militaire neutre chargée de stabiliser les zones de conflit. Bien des Canadiens considèrent que le maintien de la paix est une caractéristique fondamentalement canadienne.


Parlez‑nous de vous.

Le graphisme m’a toujours intéressée. J’ai d’abord occupé un poste de graphiste et de typographe. Je me suis ultérieurement dirigée vers l’histoire de l’art, puis l’enseignement et maintenant l’archivistique. Bien que les documents textuels constituent l’essentiel de mon travail ces jours‑ci, je suis fréquemment fascinée par la gamme d’éléments attrayants sur le plan esthétique dans la collection de BAC.

Y a‑t‑il autre chose que, selon vous, les Canadiens devraient savoir à propos de cet élément?

Lester B. Pearson a remporté le prix Nobel pour son rôle dans la négociation du règlement pacifique de la Crise du canal de Suez en 1956. Cette crise est survenue lorsque Gamel Abdel Nasser, président de l’Égypte, a saisi puis nationalisé le canal de Suez (lequel à cette époque appartenait conjointement à la France et à la Grande-Bretagne), ce qui menaçait l’approvisionnement de l’Europe en pétrole. En représailles, la France, la Grande-Bretagne et Israël ont collaboré en secret pour attaquer la péninsule du Sinaï. Les États‑Unis et l’Union soviétique ont ensuite été entraînés dans le conflit, l’Union soviétique menaçant de recourir aux armes nucléaires contre les assaillants. M. Pearson, alors secrétaire d’État pour les Affaires extérieures et chef de la délégation du Canada aux Nations Unies, est intervenu pour contribuer à la création de la Force d’urgence des Nations Unies, laquelle a joué un rôle fondamental dans la désescalade du conflit.

Au cours de la cérémonie de remise le 10 décembre 1957 à Oslo (Norvège), le président du Comité Nobel Gunnar Jahn a déclaré que le prix était décerné à M. Pearson en raison de son sens de l’initiative, de sa vigueur et de sa persévérance dans les tentatives d’empêcher ou de limiter les opérations de guerre et de rétablir la paix dans des situations où il fallait agir avec rapidité, tact et sagesse pour empêcher l’agitation de se répandre et de dégénérer en une conflagration mondiale.

Bien que M. Pearson ait reçu le prix Nobel en 1957, le graphisme du certificat date du milieu du XXe siècle. Outre la calligraphie à la main, ce prix montre une lithographie réalisée par Gerhard Munthe en 1901, première année à laquelle le prix Nobel de la paix a été décerné. Peintre, dessinateur d’ornement et illustrateur norvégien, M. Munthe s’est inspiré d’un grand nombre des motifs artistiques de son pays natal. Ses œuvres s’inscrivent dans le Style romantique national, la version scandinave de l’Art nouveau de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Le Style romantique national, né en réaction contre l’industrialisation, a favorisé l’expression d’un nationalisme nordique fondé sur un intérêt renouvelé envers la mythologie nordique et les sagas norvégiennes. L’illustration au haut du certificat montre un lion qui tient une hache, symbole de pouvoir et de courage apparu dans l’art folklorique norvégien dès le XIIIe siècle. Ce symbole figure également dans les armoiries de la Norvège. Au sommet d’une frise ornementale de sapins stylisés, le lion se dresse fièrement au milieu d’un paysage nordique sauvage. Des aurores boréales tournoient au-dessus de sa tête, et l’image est surmontée de l’étoile Polaire. Le graphisme dans l’ensemble témoigne d’une délicatesse et d’une retenue, mais l’image n’en demeure pas moins très évocatrice.

Détail du certificat montrant un lion rouge qui tient une hache, au sommet d’une montagne bleue et ceinturé de vagues bleues et d’une étoile dans un cercle.

Détail du prix Nobel de la paix décerné à M. Pearson, révélant le lion sur le certificat (MIKAN 4900031)

Parlez‑nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

Pearson porte un complet avec nœud papillon et tient un crayon dans sa main levée.

Lester B. Pearson tient un crayon prise le 11 août 1944 (MIKAN 3607934)

Un homme souriant, s’entretient avec un autre homme devant une fenêtre avec rideaux, les stores tirés. Les deux hommes sont en complet cravate.

Anthony Eden. Photo prise par le Studio Alexandra (MIKAN 3215249)

Une photographie de Lester B. Pearson en compagnie d’un autre des principaux protagonistes de la crise de Suez – sir Anthony Eden, premier ministre de la Grande-Bretagne – m’a tout particulièrement fascinée. Cette photo a été prise le 6 février 1956 à l’extérieur des édifices du Parlement à Ottawa par Duncan Cameron, un photographe d’Ottawa au service de Capital Press Limited (et le seul photographe contractuel canadien de Time Life Inc.). Le premier ministre Eden, qui connaissait M. Pearson depuis les années 1930, était en visite au Canada et venait tout juste de prononcer un discours à la Chambre des communes. Politicien de longue date réputé pour ses compétences dans les affaires publiques, M. Eden a succédé à Winston Churchill comme premier ministre du Royaume-Uni en 1955. Sur la photographie, les deux hommes semblent détendus et heureux; rien ne laisse présager l’éclosion d’un désaccord entre le Canada et la Grande-Bretagne quelques mois plus tard, après la collaboration de M. Eden avec la France et Israël pour envahir l’Égypte. Par la suite, M. Pearson allait remporter le prix Nobel de la paix, devenir le 14e premier ministre du Canada, et se forger une réputation en matière de diplomatie internationale, tandis que la popularité de M. Eden allait dégringoler, après quoi ce dernier, malade, remettrait sa démission en février 1957. Remarque intéressante : le photographe, Duncan Cameron, allait ultérieurement entrer au service des Archives publiques du Canada, où il est devenu conservateur des photographies de la collection de photographies des Archives nationales. BAC détient son fonds, lequel comporte 175 000 imprimés, négatifs et diapositives.

Biographie

Katie Cholette est archiviste à la section Gouvernance et affaires politiques. Elle œuvre actuellement dans les secteurs des établissements militaires privés et extérieurs à la Loi sur la Bibliothèque et les Archives du Canada. Elle possède un grade de premier cycle en histoire de l’art, un grade de maîtrise en histoire de l’art du Canada, et un grade de doctorat en études canadiennes. Auparavant, elle a occupé le poste de conservatrice des acquisitions et de la recherche et conservatrice des expositions au Musée du portrait du Canada (2007‑2008; 2011). Mme Cholette fut également titulaire de deux chaires de recherche en art canadien au Musée des beaux‑arts du Canada (2006; 2012‑2013), puis elle a donné des cours en histoire de l’art et en études canadiennes au Collège des sciences humaines de l’Université Carleton (depuis 2003). Elle a rédigé et publié des articles sur divers aspects de l’art, de l’architecture, de la culture et de l’identité; de plus, elle a collaboré à plusieurs projets de conservation et de recherche en tant que pigiste. Durant ses études à l’Université Carleton, Mme Cholette allait souvent au pub Mike’s Place, fréquenté par les étudiants de cycle supérieur et nommé en l’honneur de Lester B. Pearson.

Portraits sur fer: ferrotypes de Bibliothèque et Archives Canada – une exposition au Musée des beaux-arts du Canada

Par Jennifer Roger

Mise au point en 1855, la ferrotypie est rapidement devenue un procédé photographique incontournable grâce auquel les gens pouvaient vivre l’expérience de la photographie.

Les ferrotypes sont des images positives directes, ce qui signifie qu’il n’y a pas de négatifs. Réalisés sur une mince feuille de métal recouverte d’un vernis ou d’un émail noir, puis enduite d’une émulsion de collodion, les ferrotypes constituent l’un des procédés photographiques les plus durables. Largement répandus dans les musées et les collections personnelles, ils sont des témoins privilégiés de la vie au XIXe siècle.

Beaucoup moins dispendieux que les daguerréotypes, les ferrotypes sont devenus le choix privilégié des personnes qui souhaitaient se voir immortaliser sur un portrait. Les studios de photographie offraient des ferrotypes pour, tout au plus, quelques sous. La facilité de leur traitement augmentait leur portabilité. Ainsi, de nombreux studios mobiles ont vu le jour et ont pu étendre leurs services dans les foires extérieures et les destinations touristiques. Les ferrotypes étaient utilisés pour illustrer des scènes et événements de la vie à l’extérieur. Ce nouveau support offrait au public un moyen accessible de saisir les ressemblances, et il a servi de catalyseur pour faire entrer la photographie dans la culture populaire.

Portrait en noir et blanc, coloré à la main, d’une femme en position assise.

Portrait d’une femme assise, possiblement de la famille Boivin, milieu du XIXe siècle (MIKAN 3262334)

En raison de leur coût abordable et de leur facilité de production, les ferrotypes étaient attrayants pour la classe moyenne et la classe ouvrière. La transition de l’environnement contrôlé des studios vers les paysages extérieurs a donné lieu à une prolifération de photographies de scènes inédites de la vie au XIXe siècle, y compris des gens au travail, des rues, des immeubles et des structures, et même des images illustrant des scènes de bataille.

Une photographie en noir et blanc montrant cinq hommes en train d’assembler des boîtes en bois à l’intérieur d’un moulin.

Des hommes assemblant des boîtes à fromage à l’intérieur d’un moulin à Maberly (Ontario), milieu du XIXe siècle (MIKAN 3316695)

Une nouvelle exposition au Musée des beaux-arts du Canada présente une sélection de ces objets intrigants. Tirés de la collection de Bibliothèque et Archives Canada, les ferrotypes ont été réalisés tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de studios et offrent un aperçu fidèle de la vie au Canada au XIXe siècle.

L’exposition comporte plusieurs portraits réalisés en studio, notamment celui d’une femme non identifiée prenant la pose devant une toile de fond représentant les chutes Niagara. Les toiles de fond et les accessoires étaient largement utilisés au XIXe siècle dans les studios de photographie, bien sûr pour des raisons esthétiques, mais aussi comme moyens d’expression.

Comme les chutes Niagara étaient l’une des destinations touristiques les plus prisées au XIXe siècle, leur emploi comme toile de fond pouvait servir à exprimer le prestige ou un intérêt personnel à l’égard de l’attraction touristique. Si une personne ne pouvait se rendre sur le site convoité, la toile de fond pouvait représenter une solution de rechange acceptable. Par ailleurs, les toiles de fond nous donnent parfois des indices sur l’identité du studio de photographie.

Portrait en noir et blanc, réalisé en studio, d’une femme non identifiée se tenant debout à côté d’une clôture avec les chutes Niagara en toile de fond.

Portrait en studio d’une femme non identifiée se tenant debout à côté d’une clôture avec les chutes Niagara en toile de fond, milieu du XIXe siècle (MIKAN 3210905)

Les gens prenaient souvent la pose avec des objets personnels ayant une valeur sentimentale ou une importance professionnelle, de manière à refléter leur personnalité ou à bien exprimer ce qui était important à leurs yeux. Les modèles choisissaient des éléments qui, selon eux, les représentaient bien : des outils associés à leur métier, des instruments de musique, du matériel photographique, ou d’autre équipement. Connues sous le nom de portraits de métier, ces images sont des témoins révélateurs et intimes des visages d’autrefois.

Portrait en noir et blanc de deux jeunes hommes en position assise. L’un d’eux tient dans ses mains un violon et l’autre, un violoncelle.

Deux jeunes hommes assis, l’un tenant dans ses mains un violon et l’autre, un violoncelle, milieu du XIXe siècle (MIKAN 3262290)

Pour découvrir d’autres ferrotypes intrigants, visitez l’exposition Portraits sur fer: ferrotypes de Bibliothèque et Archives Canada présentée dans les salles d’art canadien et autochtone du Musée des beaux-arts du Canada à Ottawa, du 12 décembre 2017 au 6 juillet 2018.


Jennifer Roger est conservatrice au sein de la section des expositions et des prêts de Bibliothèque et Archives Canada.

Conservatrice invitée : Jill Delaney

Bannière pour la série Conservateurs invités. À gauche, on lit CANADA 150 en rouge et le texte « Canada: Qui sommes-nous? » et en dessous de ce texte « Série Conservateurs invités ».Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

Joignez-vous à nous chaque mois de 2017! Des experts de BAC, de tout le Canada et d’ailleurs donnent des renseignements additionnels sur l’exposition. Chaque « conservateur invité » traite d’un article particulier et en ajoute un nouveau — virtuellement.

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Temples of Today, John Vanderpant, vers 1934

Photographie noir et blanc d’un silo à grains; de hautes tours circulaires se dressent devant un immeuble rectangulaire encore plus haut.

Temples of Today, John Vanderpant, 1934. (MIKAN 3784205)

Pour le photographe John Vanderpant, les silos à grains du Canada n’étaient rien de moins que des temples. Ils s’inscrivaient dans sa vision utopique du pays, dont l’avenir reposait sur le commerce et l’industrie.


Parlez‑nous de vous.

Je travaille à BAC depuis presque 20 ans! Mon travail à la Section de la photographie est aussi diversifié que les collections elles‑mêmes, et le temps a filé incroyablement vite depuis mon arrivée.

J’ai une formation en histoire de l’art, mais je me suis toujours intéressée au contexte de l’œuvre, et non seulement à ses qualités esthétiques. En étudiant le contexte social, culturel et historique d’une photo, on peut saisir sa raison d’être. Pourquoi telle photo a-t-elle été prise? Qui l’a demandée?  Comment a-t-elle été diffusée par la suite? Toutes ces questions me fascinent. J’imagine que ça explique pourquoi je suis devenue archiviste : parce que les notions de contexte et de provenance sont à la base de toute collection d’archives.

Les photos anciennes de notre collection m’obligent à jouer au détective, ce que j’adore, tout comme ma collaboration avec des photographes contemporains pour trouver les motivations derrière la création d’une œuvre.

J’ai écrit et j’ai fait des exposés sur plusieurs photographes et collections de BAC. J’ai entre autres étudié les photos prises par John Vanderpant et Yousuf Karsh lors de leurs voyages au Canada, dans les années 1930 et au début des années 1950. Ces voyages m’intriguent vraiment. Encore aujourd’hui, ils me font penser à un rite de passage canadien; ils sont aussi très représentatifs de la notion toujours changeante d’identité canadienne.

Y a‑t‑il autre chose que, selon vous, les Canadiens devraient savoir à propos de cet élément?

L’œuvre de John Vanderpant, étudiée par plusieurs historiens de l’art depuis 30 ou 40 ans, a gagné en prestige. Et maintenant, le fonds John Vanderpant est l’un des plus importants fonds photographiques de BAC. Sa photo « Temples of Today » a été prise vers 1934 dans le secteur du port de Vancouver. Vanderpant était l’un des grands photographes pictorialistes du Canada; il pratiquait ce qu’on appelle la photographie pure (c’est-à-dire sans retouches). Sa série de photos sur des silos à grains de Vancouver est devenue emblématique.

John Vanderpant a quitté la Hollande pour s’établir au Canada en 1911. À ses yeux comme à ceux des autres Européens d’alors, notre pays était une vaste étendue sauvage. À l’époque où il a pris la photo « Temples of Today », en 1934, il croyait que l’énorme potentiel du Canada et toutes ses ressources inexploitées en feraient une grande puissance industrielle. Et il n’était pas le seul à penser ainsi : l’entre‑deux‑guerres a été marqué par une forte expansion urbaine et industrielle au pays.

Au fil du temps, Vanderpant a délaissé les effets de peinture et le flou artistique propres au pictorialisme au profit de la photographie pure, non retouchée. La photo « Temples of Today » en est un exemple éloquent. Le style de l’œuvre reflète une esthétique moderne et dépouillée; et, tout aussi important, le sujet devient représentatif d’une profonde conviction, celle que l’avenir serait dominé par la vie urbaine et industrielle.

« Temples of Today » met délibérément de côté la beauté, et insiste plutôt sur le caractère imposant des silos émergeant de l’ombre vers la pleine lumière. Au premier plan, les poteaux électriques viennent rappeler le concept des industries. La photo illustre à merveille l’émergence d’une philosophie populaire selon laquelle l’industrialisation permet la progression naturelle de l’humanité. Vanderpant souscrivait fermement à cette idée, et a écrit des articles et donné maintes conférences sur la question.

Mais Vanderpant, comme tant d’autres Canadiens à l’époque, envisageait le futur en faisant complètement abstraction des peuples autochtones. Il voyait le Canada comme une sorte de terra nullius, une terre inoccupée prête à être exploitée et mise en valeur au gré de la colonisation. Ses photos sont aujourd’hui reconnues, car elles témoignent à merveille d’un aspect de la vie canadienne jusqu’alors jugé inintéressant. Toutefois, elles ignorent complètement l’importance des premiers habitants du pays.

Parlez‑nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

C’est très intéressant de comparer les idées que Vanderpant se faisait du Canada à celles du photographe allemand Felix Man, qui a visité notre pays au moment où la photo « Temples of Today » a été prise.

Man est un pionnier du photojournalisme et de l’essai photographique. En 1933, il a parcouru le Canada pendant six mois à la demande du magazine allemand Berliner Illustrirte. Sa mission : visiter le Canada et en photographier les choses les plus importantes. En 1985, BAC a acquis environ 200 photos de Felix Man pour documenter la façon dont les Européens percevaient le Canada pendant l’entre‑deux‑guerres. Tout comme Vanderpant, Man a été renversé et inspiré par l’étendue du pays. Il l’a sillonné de long en large, particulièrement charmé par les Prairies et les régions du Nord, allant jusqu’à Churchill (au Manitoba) et au Grand lac de l’Ours, dans les Territoires du Nord‑Ouest.

Toutefois, à bien des égards, la perception qu’avait Man du Canada différait beaucoup de celle de Vanderpant, même si les deux hommes partageaient une perspective romantique de notre pays.

Ainsi, Vanderpant dépeignait de façon romancée un futur Canada industrialisé et urbain, alors que Man, d’une façon typiquement européenne, voyait plutôt un Canada figé dans un passé idéalisé. Il faut dire que Man avait été très influencé par son compatriote allemand Karl May, un auteur connu pour n’avoir visité l’Amérique du Nord qu’après la publication de ses livres, et dont les récits fantaisistes et idéalisés à propos des « nobles Sauvages » sont encore populaires de nos jours, tant en Europe centrale que de l’Ouest. Les photos de Man dépeignent clairement cette vision du Canada.

De plus, alors que les œuvres de Vanderpant mettent l’accent sur le développement du Canada, celles de Man, comme l’a souligné l’historienne de la photographie Joan Schwartz, font largement abstraction du Canada urbain. Sa caméra s’est plutôt attardée ailleurs, par exemple sur les immenses étendues de neige et de glace autour de Churchill, en hiver; ou encore sur les « Banff Indian Days », une populaire attraction touristique lors de laquelle les Autochtones, moyennant rétribution, portaient des costumes traditionnels, construisaient des wigwams et démontraient leurs talents de chasseur et de cavalier.

Femme à cheval, tenant une petite fille à ses côtés. La femme porte une tunique unie avec une ceinture à motif; ses cheveux tressés sont ornés d’une coiffe de plumes.

« Une femme et un enfant indiens » [traduction de la légende originale], Felix Man; photo prise pendant les « Banff Indian Days, Banff (Alberta), 1933. (MIKAN 3333566)

Nous en avons un excellent exemple avec sa photo d’une femme et d’une fillette autochtones à cheval. La femme, qui porte une coiffe de plumes élaborée (très rarement utilisée dans les faits), se penche pour enlacer la jeune enfant. L’œuvre, au fini granuleux, symbolise la Madone et l’enfant : toutes les qualités sont réunies pour construire un récit stéréotypé et généralisé, laissant croire que les peuples autochtones du XXe siècle avaient encore un mode de vie traditionnel. Il faut savoir que les images des « Banff Indian Days » étaient très populaires auprès de la presse européenne.

Cette exclusion des Autochtones – ignorés dans l’œuvre de Vanderpant sur le Canada industrialisé et urbain, relégués à un passé mythique dans l’œuvre de Felix Man – trouve un écho dans d’autres photos de l’exposition Canada : Qui sommes-nous? : celles du photographe iroquois Jeff Thomas.

À l’aide de figurines photographiées dans divers décors (ici, devant les édifices du Parlement, ou devant un wagon de chemin de fer arborant le mot « Canada »), Thomas cherche à réintroduire les peuples autochtones dans la trame du Canada contemporain et passé. Ses photos soulèvent d’importantes interrogations sur le rôle que les peuples autochtones ont joué dans la construction du chemin de fer et de la nation‑État qu’est le Canada. Quant à ses figurines, elles jouent sur les stéréotypes perpétués par des photographes comme Man, et témoignent de l’omission des peuples autochtones dans les récits sur le Canada d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

À première vue, il n’existe pas de lien entre la photo de Vanderpant et celle de Man présentées plus haut. Mais chacune reflète une vision stéréotypée du Canada, et lorsqu’on s’intéresse à leur contexte historique et à celui de leur création, on peut mieux les comprendre et comprendre le passé et le présent de notre pays.

Figurine d’un membre des Premières Nations placée devant un train. On voit l’inscription « Canada » et des graffitis sur le côté d’un wagon à grains.

Fête du Canada 2005, Brandon (Manitoba), au Canada, tiré de la série « The Delegate on Tour » (le « délégué » en tournée) par Jeff Thomas (MIKAN 4171016) ©Jeff Thomas

Figurine d’Autochtone sur la rive opposée à la Colline du Parlement.

Colline parlementaire, Ottawa (Ontario), 2007. Photo tirée de la série « The Delegate on Tour » (le « délégué » en tournée), Jeff Thomas. (MIKAN 3932081) ©Jeff Thomas

Biographie

L’archiviste Jill Delaney travaille à la Direction générale des archives privées, où elle est chargée de l’acquisition des photographies à la Section des archives visuelles, sonores et du paysage. Elle a également œuvré à la Section des documents sur l’architecture. Titulaire d’une maîtrise en études canadiennes de l’Université Carleton (1991) et d’un doctorat en histoire et en théorie de l’art et de l’architecture de la State University of New York à Binghamton (1997), elle s’est jointe à BAC en 1998 à titre d’archiviste des documents photographiques.

Conservatrice invitée : Andrea Kunard

Bannière pour la série Conservateurs invités. À gauche, on lit CANADA 150 en rouge et le texte « Canada: Qui sommes-nous? » et en dessous de ce texte « Série Conservateurs invités ».Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

Joignez-vous à nous chaque mois de 2017! Des experts de BAC, de tout le Canada et d’ailleurs donnent des renseignements additionnels sur l’exposition. Chaque « conservateur invité » traite d’un article particulier et en ajoute un nouveau — virtuellement.

Ne manquez pas l’exposition Canada : Qui sommes-nous? présentée au 395, rue Wellington à Ottawa, du 5 juin 2017 au 1er mars 2018. L’entrée est gratuite.


L’île Blacklead, dans le golfe de Cumberland, aux abords de l’île de Baffin, dans les Territoires du Nord-Ouest (le Nunavut actuel), par Albert Peter Low, vers 1903-1904

Panorama en noir et blanc d'un gros iceberg à proximité d'une île rocheuse, photographié depuis un bateau.

Entrée de l’île Blacklead, dans le golfe de Cumberland, aux abords de l’île de Baffin, dans les Territoires du Nord-Ouest (le Nunavut actuel), par Albert Peter Low, 1903-1904 (MIKAN 3203732)

En 1904, le Canada affirme sa souveraineté dans l’Arctique : les forces de l’ordre migrent vers le nord, accompagnées d’arpenteurs étudiant le territoire. Le Canada se définit de nouveau comme un pays nordique.


Parlez-nous de vous.

Lorsque j’ai commencé à effectuer de la recherche historique en photographie dans le cadre de mon programme de maîtrise à l’Université Carleton, j’ai pratiquement vécu à Bibliothèque et Archives Canada. La collection est fantastique, et c’était pour moi l’expérience la plus fascinante que celle de regarder des photographies prises il y a plus de 150 ans. J’ai ensuite poursuivi ma recherche sur les photographies historiques, tout en étant conservatrice de la photographie contemporaine au Musée canadien de la photographie contemporaine et, maintenant, au Musée des beaux-arts du Canada. Je me suis toujours intéressée à la photographie de l’exploration ou aux utilisations gouvernementales de cette technique. Les photographies de Humphrey Lloyd Hime sont particulièrement intéressantes en ce qu’elles sont les premières connues, sur support papier, qui représentent l’intérieur de l’Amérique du Nord. L’appareil photo était un outil utile pour divers intérêts, mais également une façon d’englober de nombreuses préoccupations de l’époque, en particulier les virages dans le domaine de la religion à la suite de découvertes scientifiques. Beaucoup de photographies dites objectives de l’époque reflètent également des croyances spirituelles et la moralité. En outre, les valeurs esthétiques de l’Ouest jouent un rôle dans la communication des idéaux, et les meilleurs photographes d’alors, comme Alexander Henderson, sont très compétents pour manier le ton, la ligne, la forme et la texture, afin de combiner le sublime du paysage et la foi fervente de la période avec les progrès scientifiques et technologiques.

Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

Bien que cette photographie présente un paysage aride et apparemment désert, l’endroit était loin de l’être. Albert Peter Low (1861-1942), agent principal de la Commission géologique du Canada, a pris cette photographie à l’entrée de l’île Blacklead lors d’une expédition en 1903-1904, financée par le gouvernement canadien. Il a publié le récit de son voyage dans son livre célèbre, The Cruise of the Neptune. Par le passé, l’île Blacklead était une importante station baleinière; toutefois, au temps de Low, la population de baleines avait presque complètement disparu du secteur. De plus, les stations baleinières avaient radicalement changé le style de vie, les cycles de chasse et l’économie des Inuits. La raison d’être de l’expédition de Low était d’établir la souveraineté canadienne dans le Nord, au moyen de proclamations et dans le respect de la primauté du droit. Toutefois, la photographie de Low ne révélait rien de ce programme politique. Elle présente plutôt un aperçu paisible, tirant avantage d’un panorama étendu et d’éléments classiques du paysage sublime. L’iceberg semble gigantesque et insurmontable, attrayant dans sa blancheur. Par contre, l’île est sombre et plus détaillée. Les deux sujets, glace et roc, semblent être en opposition, suspendus entre un ciel nuageux et une mer ondoyante et glacée.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

Représentation aux teintes sépia d'herbes des prairies qui s'élancent vers le ciel, avec un crâne et un os à l'avant-plan.

La Prairie regardant vers l’ouest par Humphrey Lloyd Hime, 1858 (MIKAN 4631344)

La prairie, regardant vers l’ouest (1858), de Humphrey Lloyd Hime, est une des images les plus énigmatiques de l’histoire de la photographie canadienne. Elle montre un paysage austère, dans lequel paraissent un crâne et un os (humains?). La photographie a été prise près de la colonie de la rivière Rouge, maintenant la ville de Winnipeg. Hime travaillait pour l’expédition de l’Assiniboine et de la Saskatchewan, envoyée par le gouvernement afin d’évaluer le potentiel agricole de la région ainsi que la pertinence de celle-ci pour le peuplement. Elle contient le territoire désert, qui attend apparemment l’occupation humaine. Toutefois, la présence du crâne est provocatrice. Hime a fort probablement organisé la photographie en se servant du crâne d’une femme autochtone, trouvé plus tôt dans un secteur du Sud manitobain. Comme il l’écrivait dans son journal le 28 juin 1858, « […] trouvé un crâne près d’une tombe de la prairie – il avait été sorti par des loups – conservé le crâne […] » Cette rencontre permet d’expliquer l’image de diverses façons. La photographie peut évoquer l’expérience vécue par Hime ou être une façon d’ajouter un élément dramatique à un paysage par ailleurs vague. La présence du crâne est également liée à la fascination de la société du XIXe siècle pour les méthodes d’inhumation autochtones. Toutefois, comme la légende n’explique pas qu’il s’agissait d’un crâne autochtone, les personnes qui regardent peuvent comprendre avec angoisse que le territoire comporte la possibilité de leurs propres épreuves et décès. L’intérieur du pays était alors en grande partie inconnu, et nombreux étaient ceux qui pensaient qu’il s’agissait d’un désert aux proportions bibliques.

Biographie

Photo en couleur d'une femme portant des lunettes regardant directement dans la caméra.Andrea Kunard est conservatrice associée des photographies au Musée des beaux-arts du Canada. Elle a présenté plusieurs expositions collectives et monographiques axées sur la photographie contemporaine, notamment Mouvance et mutation (2000), Susan McEachern : Multiplicité de sens (2004), Regards d’acier : Portraits par des artistes autochtones (2008), Scott McFarland : La réalité aménagée (2009), Fred Herzog (2011), Collision : Le conflit et ses conséquences (2012), et Michel Campeau : Icônes de l’obsolescence (2013). Elle est actuellement co-conservatrice d’une rétrospective majeure sur une artiste qui vit et travaille à Terre-Neuve, Marlene Creates, ainsi que d’une exposition bilan, La photographie au Canada : 1960-2000, pour 2017. Elle a enseigné l’histoire de la photographie, l’art canadien et la théorie culturelle à l’Université Carleton et à l’Université Queen’s. De plus, elle a codirigé The Cultural Work of Photography in Canada, ouvrage publié par McGill-Queen’s University Press. Elle a présenté des exposés sur la photographie au Canada et rédigé des articles sur la photographie contemporaine et historique dans diverses publications, dont The Journal of Canadian Art History, International Journal of Canadian Studies, Early Popular Visual Culture, Muse, BlackFlash, ETC Montréal. Elle travaille actuellement à un projet Web majeur portant sur la photographie documentaire, projet qui est centré sur la collection du Service de la photographie de l’Office national du film, au Musée des beaux-arts et à Bibliothèque et Archives Canada.

 

 

Conservateur invité : Jeff Thomas

Bannière pour la série Conservateurs invités. À gauche, on lit CANADA 150 en rouge et le texte « Canada: Qui sommes-nous? » et en dessous de ce texte « Série Conservateurs invités ».Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

Joignez-vous à nous chaque mois de 2017! Des experts de BAC, de tout le Canada et d’ailleurs donnent des renseignements additionnels sur l’exposition. Chaque « conservateur invité » traite d’un article particulier et en ajoute un nouveau — virtuellement.

Ne manquez pas l’exposition Canada : Qui sommes-nous? présentée au 395, rue Wellington à Ottawa, du 5 juin 2017 au 1er mars 2018. L’entrée est gratuite.


Fête du Canada 2005, Brandon, Manitoba, au Canada, Jeff Thomas, 2005

Figurine d’un membre des Premières Nations placée devant un train. On voit l’inscription « Canada » et des graffitis sur le côté d’un wagon à grains.

Fête du Canada 2005, Brandon (Manitoba), au Canada, tiré de la série « The Delegate on Tour » (le « délégué » en tournée) par Jeff Thomas (MIKAN 4171016) ©Jeff Thomas

Jeff Thomas, un artiste iroquois, estime que le Canada a toujours marginalisé son peuple. Ces œuvres symbolisent le retour des siens sur la scène nationale. Chaque photographie met en scène un important symbole du pays.


Parlez-nous de vous.

Je suis né et j’ai grandi à Buffalo, dans l’État de New York, et je suis membre de la réserve des Six­ Nations près de Brantford, en Ontario. Je suis photographe autodidacte et conservateur. Ma carrière dans le domaine de la photographie a commencé après un accident en 1979 qui m’a presque coûté la vie et laissé avec une invalidité permanente résultant d’une blessure à la colonne vertébrale. Afin de reconstruire ma vie, je me suis tourné vers la photographie, mon centre d’intérêt. J’ai commencé ma carrière en ayant deux objectifs en tête : combler l’absence des photographes autochtones contemporains et du passé dans les collections archivistiques. Mon objectif premier était de remédier à l’absence et à l’invisibilité des Iroquois vivant en milieu urbain, comme moi.

En 1990, je vivais à Winnipeg, au Manitoba, lorsque je fis la découverte, dans le cadre d’un projet de recherche au musée du Manitoba, que BAC possédait la série complète des 20 volumes de The North American Indian (Les Indiens d’Amérique du Nord) d’Edward Curtis. Au tout début de ma carrière, Curtis jouait pour moi le rôle d’antagoniste, surtout en raison de ses photographies mettant en scène une vie tribale autochtone qui avait disparu depuis des décennies. On connaissait peu de choses à son sujet. Désirant en savoir plus, je suis déménagé à Ottawa en 1993, où j’ai entrepris l’étape suivante de ma carrière.

Qu’est-ce que les Canadiens devraient savoir d’autre à ce sujet selon vous?

En 1999, mon fils Bear déménageait sur la côte Ouest; je perdais ma muse. Bear avait commencé à poser pour moi en 1984. Environ à l’époque où mon fils me quittait, j’ai reçu par la poste un colis du cinéaste Ali Kazimi. Il avait tourné un documentaire sur mon œuvre qui s’intitulait Shooting Indians: A Journey with Jeff Thomas (photographier des Indiens : un voyage avec Jeff Thomas). Le film commençait sur un plan d’Ali tenant en main des figurines en plastique représentant un cow-boy et un Indien. En ouvrant la boîte, je vis les figurines en plastique, avec une note d’Ali qui disait : « Vous trouverez quelque chose d’intéressant à faire avec ces figurines ».

La série Indians on Tour (Indiens en tournée) a commencé à l’été 2000 lors d’une promenade aux alentours de la Colline du Parlement, à Ottawa. J’avais une figurine d’Indien en plastique dans le sac de mon appareil photo. Quand je me suis arrêté pour photographier une statue représentant un chasseur indien, j’ai placé le jouet devant la statue en bronze et j’ai pris un cliché des deux. Quand j’ai vu cette photographie, j’ai pris conscience des toutes nouvelles possibilités qui s’offraient à moi pour pallier l’absence de la représentation autochtone dans la vie quotidienne. À partir de ce moment, j’ai emporté avec moi les figurines en plastique partout où j’allais. J’ai ensuite ajouté de nouvelles figurines d’Indiens que je découvrais dans les magasins pour touristes. Afin d’être moins tributaire des surfaces planes où poser les figurines, j’ai commencé à faire des dioramas portables, où les figurines sont montées sur un support
portable et léger.

Petite figurine marron clair d’un membre des Premières Nations placée devant la statue d’un chasseur indien. En arrière-plan, on peut voir de grands immeubles à bureaux et des arbres.

Indien exécutant une danse de guerre et statue représentant un chasseur indien, par Jeff Thomas, Ottawa, 2000 © Jeff Thomas

En 2005, je me trouvais à Brandon, au Manitoba, à l’occasion de l’ouverture d’une exposition de mon travail. Le lendemain étant la fête du Canada, je parcourais la ville en voiture à la recherche d’un endroit intéressant où placer mon « délégué ». Lorsque je vis le wagon à grains avec l’inscription « Canada » et quelques graffitis sur le côté, je savais que j’avais trouvé l’emplacement pour ma photographie de la fête du Canada.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

Photo en noir et blanc d’une femme de la Première Nation des Dakota portant une robe rayée sous un long plastron à perles. Elle porte également des tresses, un collier et de longues boucles d’oreilles.

Portrait en studio d’une femme de la Première Nation des Dakota (Sioux) (MIKAN 3258922)

En 1994, BAC m’a engagé pour rédiger de nouvelles légendes pour les photographies représentant des Autochtones, les anciennes légendes contenant des mots dénigrants à l’égard de la culture autochtone. Une photographie ressort particulièrement de ce projet. Je rédigeais une nouvelle légende pour une photographie en pied représentant une femme autochtone. Il s’agissait probablement d’une mère, épouse, grand-mère et Aînée représentant sa communauté. La légende indiquait « Squaw sioux »; le mot « squaw » est considéré comme particulièrement rabaissant. J’ai écrit simplement « Femme Dakota ».

Il est important de préciser que la légende originale n’a pas été supprimée; les chercheurs pourront voir les deux légendes dans la base de données. La nouvelle légende a interpellé un chercheur, qui a essayé d’identifier la femme. Les nouveaux renseignements qu’il a trouvés ont été ensuite ajoutés à la légende dans la base de données. C’était étonnant de voir les répercussions du changement de deux mots désignant une photographie. Je suppose que lorsque plus d’Autochtones utiliseront la base de données, un membre de sa communauté ajoutera son nom dans la légende.

Biographie

Photo couleur d'une homme avec un grand barbu avec un grand sourire.

Jeff Thomas
Crédit Justin Wonnacott

Jeff Thomas est un artiste iroquois urbain, photographe autodidacte, écrivain, orateur public et conservateur. Il vit à Ottawa, en Ontario. Ses œuvres font partie de collections importantes au Canada, aux États-Unis et en Europe. Ses expositions individuelles les plus récentes sont les suivantes : Mapping Iroquoia: Cold City Frieze (cartographier l’Iroquoisie : frise de la cité du froid), Musée d’art McMaster, Hamilton (Ontario); Resistance Is NOT Futile (la résistance N’EST PAS vaine), galerie Stephen Bulger, Toronto (Ontario) et The Dancing Grounds (des raisons de danser), parc du patrimoine Wanuskewin, Saskatoon (Saskatchewan).

Jeff Thomas a également participé à de nombreuses expositions collectives, notamment : I:ke – Toronto: Tributes + Tributaries (hommages et autres), 19711989, Musée des beaux-arts de l’Ontario, Toronto (Ontario); Land/Slide: Possible Futures (glissements de terrain : futurs possibles), Markham (Ontario); SAKAHÀN, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa (Ontario); UNMASKING: Arthur Renwick, Adrian Stimson, Jeff Thomas, Centre culturel canadien, Paris (France). En 1998, il a reçu le prestigieux Prix du duc et de la duchesse d’York en photographie du Conseil des arts du Canada. Il a été admis à l’Académie royale des arts du Canada en 2003. En 2008, il a obtenu le Prix Karsh en photographie.

Ressources connexes

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Conservatrice invitée : Tania Passafiume

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Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

Joignez-vous à nous chaque mois de 2017! Des experts de BAC, de tout le Canada et d’ailleurs donnent des renseignements additionnels sur l’exposition. Chaque « conservateur invité » traite d’un article particulier et en ajoute un nouveau — virtuellement.

Ne manquez pas l’exposition Canada : Qui sommes-nous? présentée au 395, rue Wellington à Ottawa, du 5 juin 2017 au 1er mars 2018. L’entrée est gratuite.


Temples of Today, John Vanderpant, 1934

 Photographie noir et blanc d’un silo à grains; de hautes tours circulaires se dressent devant un immeuble rectangulaire encore plus haut.

Temples of Today, John Vanderpant, 1934. (MIKAN 3784205)

Le photographe John Vanderpant voyait les silos à grains du Canada comme de véritables temples. Ceux-ci reflétaient sa vision utopique du pays, fondée sur sa confiance envers le commerce et l’industrie. À ses yeux, l’industrie était l’avenir de la nation.


Parlez-nous de vous.

Dès l’âge de 13 ans, j’ai su que je voulais devenir restauratrice. Mon oncle avait épousé une femme formidable du nom de Janice, qui était restauratrice en beaux-arts; elle restaurait des peintures, des œuvres d’art sur papier et des photographies. Elle m’a beaucoup influencée. J’ai travaillé dans son laboratoire privé pendant mes études à l’université. J’ai ainsi pu acquérir de l’expérience avant même de commencer mes études supérieures en conservation. Quand j’ai obtenu mon diplôme, les emplois se faisaient rares au Canada; cette année-là, ma tante avait fermé son laboratoire pour voyager. Sur un coup de tête, je me suis retrouvée à la George Eastman House. Je devais y rester seulement trois mois, mais finalement, ça s’est transformé en trois ans et trois mois! C’est là que j’ai développé ma passion pour la photographie, et en particulier pour les procédés historiques. J’avais souvent les mains noircies à cause de tout le nitrate d’argent que je manipulais. Et maintenant que je suis à Bibliothèque et Archives Canada, je vois parfois le nom de ma tante sur quelques rapports, puisqu’elle a déjà été stagiaire ici, bien avant mon arrivée.

Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

La collection de photographies de BAC est très diversifiée : on y trouve tout un éventail de procédés et d’images. Dans cette exposition, mon œuvre préférée s’intitule Temples of Today, de John Vanderpant. Comme je suis restauratrice de photographies, je regarde souvent au-delà de l’image pour examiner de près les matériaux, voir comment la photo a été prise, tenter de déterminer si elle a été altérée… Alors souvent, pour ne pas me laisser distraire par l’image, je place la photo tête en bas; elle devient moins distrayante, et je peux mieux me concentrer sur les matériaux.

Pour cette photo, je n’ai eu qu’à me pencher et à examiner la surface avec un éclairage de côté, presque à hauteur des yeux. Comme ça, on peut vraiment « voir » un objet; ça fait ressortir toutes les marques et les déformations qui découlent de sa manipulation.

Si vous observez la photo de Vanderpant de cette façon, vous verrez les empreintes d’un chat! Nous croyons qu’un chat a marché dans les deux sens sur la photo, alors qu’elle était déjà montée sur le support papier. Ses empreintes se retrouvent à la fois sur la photo et le support. Vanderpant avait peut-être un chat qui lui rendait visite dans le studio? J’aime bien trouver ce genre de secret bien caché sur une œuvre! J’ai essayé d’enlever ou d’atténuer les empreintes, mais elles sont bien incrustées dans l’émulsion. Je n’ai donc pas pu faire grand-chose comme traitement, et on les voit encore.

Une photographie placée sur une table, sous un puissant éclairage de côté, révèle la présence d’empreintes de chat.

Vue de la photographie Temples of Today sous un éclairage de côté, révélant la présence d’empreintes de chat. Photo prise par Tom Thompson.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition

J’aime beaucoup montrer aux gens un daguerréotype datant de juillet 1858 qui montre la Brasserie Molson, à Montréal, après un incendie. C’est une demi-plaque encore en bon état. L’image est sombre, car l’incendie n’a rien épargné. On voit un homme debout au milieu des ruines; une femme est assise à sa gauche, avec un jeune enfant qui a bougé quand la photo a été prise, parce que l’image est floue. C’est émouvant quand on pense que le daguerréotypiste était sur les lieux à ce moment.

Il y a quelques années, ce daguerréotype a été choisi pour faire partie d’une exposition. J’ai donc eu la chance de pouvoir ouvrir son étui pour l’examiner. Le ruban d’étanchéité d’origine avait déjà été enlevé. Quand j’ai retiré le passe-partout de cuivre, j’ai tout de suite vu la marque d’un doigt dans le coin supérieur gauche. C’est peut-être l’empreinte du daguerréotypiste, dont on ne connaît pas l’identité. Il l’a sans doute laissée involontairement quand il a développé la plaque ou qu’il l’a placée dans son étui. Ce mystère du passé crée un pont, un lien entre nous, ces gens sur la photo et la personne invisible derrière l’appareil photo.

Coin d’un daguerréotype montrant une empreinte digitale sur le bord de la plaque. La photo montre un gros plan de la Brasserie Molson après un incendie. Une femme avec un bébé est assise au bas de l’image.

Détail d’un daguerréotype montrant une empreinte digitale sur le bord de la plaque. Photo prise par Jennie Woodley. (MIKAN 3623957)

Image noir et blanc des décombres de la brasserie à l’avant-plan, avec un immeuble endommagé en en arrière-plan. Une femme et un bébé sont assis au centre, à la gauche d’un homme debout.

Image pleine grandeur de la Brasserie Molson après l’incendie de 1858. (MIKAN 3623957)

Pour rester dans le thème des animaux et des photos, j’aimerais vous parler d’un chien bien spécial que nous appelons, au Centre de préservation, le « Décadog ». C’est l’exemple parfait d’un animal qui agit comme tel, peu importent les circonstances!

On peut voir ce chien sur une photo panoramique (un négatif en nitrate) du 7e détachement de la Batterie C de la Royal Canadian Horse Artillery. Ces militaires faisaient partie d’unités du Corps expéditionnaire canadien et de la Royal Air Force qui s’entraînaient dans divers camps, en Ontario. La photo qui nous intéresse a été prise à Kingston entre 1914 et 1918. Le négatif a été découvert en 2011, quand mes collègues Carla Klück et Louise Perrault ont passé en revue notre collection de clichés panoramiques au nitrate.

C’est un négatif de grandes dimensions : il fait 200 mm de hauteur sur 1060 mm de largeur! À première vue, c’est une simple photo de troupes militaires au tournant du siècle. Mais en la regardant de plus près, on aperçoit un chien à l’avant-plan. Et pas n’importe quel chien : un chien à onze pattes! Les observateurs sont toujours confus quand ils remarquent ce détail inhabituel. Quelqu’un avait déjà tracé dix des pattes à l’encre noire sur le négatif, d’où le surnom « Décadog ». (Sur l’épreuve positive, l’encre noire apparaît en blanc.) L’avant-dernière patte à gauche a été omise.

Maintenant, vous vous demandez sans doute comment un tel chien pouvait exister! La réponse est simple : la photo a été prise par une caméra panoramique appelée Cirkut. Cette caméra pouvait prendre des clichés panoramiques en pivotant horizontalement pendant qu’un rouleau de pellicule se déplaçait sur le plan du film. Le chien sur la photo a dû marcher pendant que la caméra tournait de gauche à droite, et la lente prise de vue a capté ses mouvements.

Pour prouver que ce chien était un ami à quatre pattes « normal », j’ai trouvé une autre photographie au nitrate où il apparaît. Cette fois, il s’agit du 8e détachement de la Batterie C de la Royal Canadian Horse Artillery. La photo a été prise au camp de Petawawa en juin 1916. Les signes distinctifs sur la tête du chien nous font croire qu’il s’agit du même animal sur les deux photos.

Prise de vue panoramique noir et blanc de deux rangées de soldats en uniforme, entre deux canons sur roues. Le « Décadog » se tient à l’avant. On aperçoit les casernes en arrière-plan.

Photo du 7e détachement de la Batterie C de la Royal Canadian Horse Artillery (Corps expéditionnaire canadien) avec le « Décadog », par Andrew Merrilees. (MIKAN 4474227)

Photo du 8e détachement de la Batterie C de la Royal Canadian Horse Artillery (Corps expéditionnaire canadien) au camp de Petawawa, avec un chien au centre, par Andrew Merrilees. (MIKAN 4473482)

Biographie

Photo en couleur d'une femme regardant le photographe.

Crédit Tom Thompson

Tania Passafiume est restauratrice en chef des documents photographiques à Bibliothèque et Archives Canada depuis 2005. Après avoir terminé sa maîtrise en restauration d’œuvres d’art à l’Université Queen’s avec une spécialisation en restauration de photographie, d’œuvres sur papier et de livres, elle a déménagé à Rochester, dans l’État de New York, où elle a passé plus de trois ans à la George Eastman House, d’abord pour suivre un programme de certificat sur la restauration photographique et la pratique de l’archivage, puis à titre de boursière du premier cycle du Programme de résidence avancé Andrew W. Mellon en restauration photographique. Pendant les trois années qui ont suivi, Tania a été boursière de la Fondation Andrew W. Mellon en restauration photographique à l’Art Institute of Chicago. Elle a aussi travaillé dans les établissements et laboratoires privés suivants : Jana Conservation, McMichael Canadian Art Collection, les Archives nationales du Canada, les Archives de la Ville de Vancouver et le Centre canadien d’architecture.

En collaboration avec l’Institut canadien de conservation, Tania a publié Silver Gelatin Paper Sample Sets, fondé sur sa thèse de la George Eastman House. Cet ouvrage a donné lieu à des travaux de recherches sur Hippolyte Bayard, un projet sur lequel elle travaille en ce moment avec le Centre de recherche sur la conservation des collections, à Paris. Plus récemment, elle a piloté un projet réunissant Bibliothèque et Archives Canada et la Direction des affaires culturelles de la Ville de Paris/Atelier de restauration et de conservation des photographies de la Ville de Paris. Cette collaboration a débouché sur le premier glossaire visuel français-anglais portant sur conservation photographique, intitulé Lingua Franca : Un langage commun pour les restaurateurs de documents photographiques. Publié sous forme de livre numérique enrichi, il est offert gratuitement sur iTunes.

 

Bibliothèque et Archives Canada présente sa toute dernière émission de baladodiffusion, « William Topley : Pleins feux sur Ottawa »

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) présente sa toute dernière émission de baladodiffusion, « William Topley : Pleins feux sur Ottawa ».

La collection photographique de William James Topley est l’une des plus imposantes au chapitre des documents visuels du Canada. Les photographies réalisées par le Studio Topley s’imposent comme documentation étayant les changements politiques, sociaux, culturels, économiques, technologiques et architecturaux survenus durant les 50 années qui ont suivi la Confédération du Canada. La collection documente la vie dans la région d’Ottawa — ainsi que des gens et des événements dans d’autres régions du pays — entre 1868 et 1923.

Dans le présent épisode, nous nous entretenons avec une archiviste de Bibliothèque et Archives Canada (BAC), Emma Hamilton-Hobbs, au sujet de la collection Topley, qui figure parmi les sources les plus largement consultées en ce qui a trait aux photographies datant de la fin du 19e siècle jusqu’au début du 20e siècle sous la garde de BAC.

Pour voir les images associées à ce balado, voici un lien vers notre album Flickr.

Abonnez-vous à nos émissions de baladodiffusion sur notre fil RSS, iTunes ou Google Play, ou écoutez-les sur notre site Web à Balados – Découvrez Bibliothèque et Archives Canada : votre histoire, votre patrimoine documentaire.

Pour en savoir plus, écrivez-nous à bac.balados-podcasts.lac@canada.ca.

Les femmes inuites et les phoques : une relation unique

Par Julie Dobbin

Les phoques occupent une place centrale dans la vie des Inuits et constituent une source d’alimentation locale essentielle. De nombreuses traditions, coutumes, croyances et histoires transmises oralement concernent les phoques. Les Inuits ont toujours eu une relation importante et directe avec cet animal. Les chasseurs respectent énormément l’esprit du phoque, un animal dont ils dépendent grandement. Chaque partie du phoque est utilisée, car l’exploitation doit être durable, respectueuse et réalisée sans cruauté. Plus important encore, le climat froid et rigoureux de l’Arctique oblige les habitants de la région à avoir un bon abri et de bons vêtements pour rester au chaud et au sec. La peau, la fourrure et l’huile des phoques répondent à ce besoin.

Photo noir et blanc d’une femme inuite dans un igloo qui porte une parka à motif floral et manipule une lampe à l’huile de phoque. Un jeune inuit portant une parka en fourrure se trouve près d’elle.

Femme manipulant une lampe à l’huile de phoque dans un igloo, dans l’ouest de l’Arctique, probablement au Nunavut, en 1949 (MIKAN 3202745)

Les femmes inuites ont développé des techniques très perfectionnées pour traiter et utiliser les parties du phoque de diverses manières au fil des saisons. Après avoir enlevé la graisse avec un ulu (le couteau traditionnel des femmes à lame en forme de croissant), elles étirent et sèchent les peaux, comme le fait Taktu sur cette photo.

Photo en couleurs d’une femme inuite portant un manteau rouge. Elle est accroupie sur un littoral rocheux et retire la graisse de la peau d’un phoque avec un ulu (le couteau des femmes).

Taktu retirant la graisse de la peau d’un phoque, Kinngait (Cape Dorset), Nunavut, été 1960 (MIKAN 4324655)

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