A. P. Low et les multiples expressions de l’amour dans la culture inuite

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.Par Heather Campbell

Albert Peter Low est géologue et explorateur. Ses expéditions au Québec et au Labrador, de 1893 à 1895, contribuent à tracer les frontières de ces territoires. Low cartographie l’intérieur du Labrador et y découvre d’importants gisements de fer menant à l’exploitation de la mine située près de l’actuelle ville de Labrador City. Sa carte du Labrador influence les expéditions suivantes, notamment celle de Mina Hubbard en 1905.

Portrait noir et blanc d’un homme debout dans un studio de photographie.

Portrait d’Albert Peter Low par William Topley, 1897. (a214276)

Low dirige deux expéditions en 1903 et 1904, longeant la côte ouest de la baie d’Hudson à bord du vapeur Neptune. Il prend officiellement possession de l’île Southampton, de l’île d’Ellesmere et d’autres îles environnantes au nom du Canada. Il décrira ses voyages dans Cruise of the Neptune, un rapport sur l’expédition du gouvernement du Dominion effectuée en 1903-1904 dans la baie d’Hudson et les îles de l’Arctique. Ses travaux de recherche contiennent des renseignements inestimables sur la culture inuite au Québec, au Nunavut et à Terre-Neuve-et-Labrador.

Le fonds Albert Peter Low comprend des photographies, des proclamations, deux journaux rédigés lors d’un voyage de prospection sur la côte est de la baie d’Hudson (aujourd’hui le territoire inuit du Nunavik, au Québec), et un carnet de notes tenu de 1901 à 1907. Ce carnet contient 40 pages dressant la liste des nombreux temps et terminaisons correspondantes du verbe aimer en inuktitut.

Dans la photo ci-dessous, nous voyons une page du carnet commençant par des accords simples du verbe aimer. Low conjugue ensuite, de façon moins détaillée, le verbe enseigner. À la fin, il énumère d’autres verbes transitifs, des verbes passifs et des adverbes, dont plusieurs sont liés au christianisme.

Une page manuscrite d’un carnet notant les conjugaisons en inuktitut du verbe aimer.

Page du carnet de notes tenu par Low durant ses expéditions le long des côtes de la baie d’Hudson. (e011304604)

En 1886, Low épouse Isabella Cunningham; ils auront trois enfants. Malheureusement, leur fils aîné décède à un très jeune âge, en 1898, et son frère meurt à 19 ans, victime de l’épidémie de grippe espagnole. Seule leur fille Estelle, née en 1901, atteint l’âge adulte; elle prendra soin de son père malade jusqu’à son décès en 1942.

En 1943, Estelle offre la collection de Low aux Archives publiques du Canada. Celle-ci est ensuite transférée au Musée de l’Homme (qui deviendra le Musée canadien de l’histoire) en 1962. Elle comprend des œuvres d’art inuit, principalement des sculptures en ivoire représentant des scènes de chasse. La majorité d’entre elles sont des miniatures en ivoire réalisées par Harry Teseuke, chef des Aivilingmiuts et ami du capitaine Comer.

Le bateau de Comer, l’Era, a passé l’hiver à Fullerton Harbour (près de Chesterfield Inlet, au Nunavut actuel) en 1903-1904. Low a sans doute consulté Teseuke, qui a possiblement recruté d’autres personnes pour l’aider dans ses recherches.

Bien que le journal de Low soit une étude approfondie de la structure des phrases et de la grammaire inuktitutes, il éclaire aussi certaines facettes de la culture inuite. Remarquons que les participes passés ne s’accordent pas en genre, et que les pronoms personnels ne sont ni masculins ni féminins. Cette particularité découle du mode d’attribution des noms aux enfants : chez les Inuits, les noms traditionnels sont unisexes.

Cette coutume est reliée à une autre, un peu complexe, qui consiste à établir une relation spéciale entre homonymes (sauniq). Par exemple, si un garçon reçoit le nom d’une mère décédée, les enfants de celle-ci appelleront le garçon ma mère ou ma petite mère, reconnaissant ainsi cette relation. Cela permet de tisser des liens entre des personnes qui ne sont pas apparentées, une belle façon de renforcer le sentiment d’appartenance et les relations au sein d’une communauté. Les Inuits croient que certains traits de caractère propres à une personne décédée peuvent se transmettre à son homonyme. Bien entendu, tous ces concepts se ramènent à l’amour.

Photographie noir et blanc d’un bateau entouré de neige et de glace, avec des gens construisant un abri de neige à proximité.

L’expédition du Neptune dans ses quartiers d’hiver à Cape Fullerton, baie d’Hudson, Territoires du Nord-Ouest. (a053569)

Je ne peux m’empêcher de me demander pourquoi ce mot exerçait une telle fascination sur Albert Peter Low. Avec ses intérêts variés, dont la géologie, la botanique, la photographie et le hockey, il apparaît comme un homme cultivé, un esprit curieux. Est-ce uniquement la curiosité qui motive sa soif de connaître la nature de l’amour inuit?

Même s’il étudie beaucoup les mots inuktituts associés au christianisme, il sait que les Inuits pratiquent la polygamie. Dans son rapport, Cruise of the Neptune, Low défend cette coutume, faisant valoir que les missionnaires font fausse route en essayant de l’abolir. Tout ceci donne l’idée d’un homme libéral, allié des Inuits. Aucune correspondance ni aucun écrit personnel de Low n’a survécu; par conséquent, nous ne saurons jamais ce qui lui a inspiré cette fascination pour la culture inuite et ses multiples expressions de l’amour.

Photo noir et blanc d’une femme cousant des bottes en peau, alors qu’une enfant joue avec ses tresses.

Rosie Iggi, aussi appelée Niakrok (à gauche), et Kablu (à droite). Kablu coud des kamiks (bottes) pendant que Niakrok joue avec ses tresses. Photographie de Richard Harrington, 1950. (a147246)

Ce blogue fait partie d’une série portant sur les Initiatives du patrimoine documentaire autochtone. Apprenez-en plus sur la façon dont Bibliothèque et Archives Canada (BAC) améliore l’accès aux collections en lien avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Voyez aussi comment BAC appuie les communautés en matière de préservation d’enregistrements de langue autochtone.


Heather Campbell est chercheuse pour le projet Nous sommes là : Voici nos histoires à Bibliothèque et Archives Canada.

Les femmes inuites et les phoques : une relation unique

Par Julie Dobbin

Les phoques occupent une place centrale dans la vie des Inuits et constituent une source d’alimentation locale essentielle. De nombreuses traditions, coutumes, croyances et histoires transmises oralement concernent les phoques. Les Inuits ont toujours eu une relation importante et directe avec cet animal. Les chasseurs respectent énormément l’esprit du phoque, un animal dont ils dépendent grandement. Chaque partie du phoque est utilisée, car l’exploitation doit être durable, respectueuse et réalisée sans cruauté. Plus important encore, le climat froid et rigoureux de l’Arctique oblige les habitants de la région à avoir un bon abri et de bons vêtements pour rester au chaud et au sec. La peau, la fourrure et l’huile des phoques répondent à ce besoin.

Photo noir et blanc d’une femme inuite dans un igloo qui porte une parka à motif floral et manipule une lampe à l’huile de phoque. Un jeune inuit portant une parka en fourrure se trouve près d’elle.

Femme manipulant une lampe à l’huile de phoque dans un igloo, dans l’ouest de l’Arctique, probablement au Nunavut, en 1949 (MIKAN 3202745)

Les femmes inuites ont développé des techniques très perfectionnées pour traiter et utiliser les parties du phoque de diverses manières au fil des saisons. Après avoir enlevé la graisse avec un ulu (le couteau traditionnel des femmes à lame en forme de croissant), elles étirent et sèchent les peaux, comme le fait Taktu sur cette photo.

Photo en couleurs d’une femme inuite portant un manteau rouge. Elle est accroupie sur un littoral rocheux et retire la graisse de la peau d’un phoque avec un ulu (le couteau des femmes).

Taktu retirant la graisse de la peau d’un phoque, Kinngait (Cape Dorset), Nunavut, été 1960 (MIKAN 4324655)

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