Le récit de François-Hyacinthe Séguin, idéal pour un défi Co-Lab!

Aquarelle montrant deux grands arbres et une vaste maison en pierre au premier plan et, plus loin, une ville.

Terrebonne, 1810 (e000756681)

La généalogie est utile à bien des égards; elle est aussi bien un passe-temps qu’un moyen d’établir des liens avec ceux qui nous ont précédés. Elle nous aide aussi à renforcer notre identité au sein de notre communauté, à mesure que nous découvrons nos ancêtres et leurs origines. Mais attention, elle peut créer une dépendance!

Autant la recherche sur l’histoire de sa famille peut être amusante et importante, autant elle s’avère parfois très frustrante. Au sein de l’équipe de généalogie de Bibliothèque et Archives Canada, l’un des défis que j’ai rencontrés en répondant aux demandes du public était de trouver de l’information contextuelle sur des gens qui ont vécu dans le passé. S’il est raisonnablement facile d’obtenir l’information de base sur nos ancêtres, notamment les date et lieu de naissance ou les noms des témoins qui ont signé l’acte de mariage, ces renseignements ne révèlent pas grand-chose sur leur quotidien ou leur collectivité.

Par exemple, les certificats de naissance, de mariage et de décès donnent habituellement le nom complet, l’année et le lieu de naissance, ainsi que le nom des parents. Les recensements contiennent un peu plus de renseignements, notamment la confession religieuse, l’origine ethnique et la profession. Cette information est utile, mais elle ne complète pas le tableau. De même, un titre professionnel comme celui de manœuvre ou de domestique est certes intéressant, mais il n’indique ni le lieu de travail de la personne, ni le nombre d’heures qu’elle travaille par jour, ni ce qui l’attend à la maison le soir.

En faisant mes propres recherches, j’ai découvert qu’une vue d’ensemble est nécessaire pour comprendre pourquoi nos ancêtres ont pris certaines décisions. À cet égard, le journal du notaire François-Hyacinthe Séguin, de la région de Terrebonne, au Québec, s’est révélé une ressource généalogique inusitée, mais ô combien utile pour comprendre l’histoire canadienne de la première moitié du 19e siècle.

François-Hyacinthe Séguin reçoit sa commission de notaire le 15 octobre 1808 et ouvre un bureau à Terrebonne, où il sert la communauté toute sa vie. En plus de prendre des notes détaillées sur les naissances, les mariages et les décès qui surviennent dans la petite ville, il consigne des détails sur les activités sociales, politiques et environnementales de la région.

Le journal couvre la période du 7 février 1831 au 2 mars 1834. Il s’agit d’un récit fascinant de la vie religieuse et sociale à Terrebonne. M. Séguin y raconte une variété d’événements, comme les charivaris après les mariages locaux, l’épidémie de choléra dans la collectivité, une éclipse solaire et le premier orage de l’année.

Une page manuscrite tirée d’un journal.

Une page du journal de M. Séguin où il raconte que, à la suite du décès d’Antoine Collard et de Louis Turgeon, même les sceptiques doivent maintenant admettre qu’une épidémie de choléra sévit dans la collectivité. L’auteur décrit les deux hommes et n’hésite pas à poser des jugements à leur sujet, fournissant ainsi des données utiles pour les généalogistes. (e004158805)

Une autre partie importante du journal de M. Séguin est son récit du mouvement des patriotes. L’auteur relate avec diligence la situation politique de l’époque et parle des politiciens locaux qui n’ont pas été admis au sein de la Chambre d’assemblée après avoir été élus. Il décrit aussi le climat de tension au cours des dernières élections et la violence que les électeurs ont subie.

Séguin se penche également sur la vie dans la localité. Il exprime librement ses sentiments à l’égard de ses amis, de ses voisins et de sa famille en des termes qui ne sont pas toujours flatteurs. Dans l’une des entrées, il explique comment un de ses élèves a récemment été arrêté et précise qu’il n’a aucune compassion pour lui, même s’il devrait en avoir. Dans une entrée où il évoque la mort d’une veuve de la localité, il critique ses tendances frugales et son manque d’interactions sociales. En évoquant la mort du prêtre d’une ville voisine, il glisse une critique sur l’apparence de l’ecclésiastique.

Une page manuscrite tirée d’un journal.

Une page du journal de M. Séguin, où les sujets varient d’un orage hivernal au décès de résidents locaux. (e004158841)

Vous voulez en savoir plus sur les bons et moins bons côtés de Terrebonne en 1831? Participez à notre défi Co-Lab, consacré au fascinant journal de François-Hyacinthe Séguin. Chaque page est remplie d’observations captivantes et souvent critiques, qui nous aident à mieux comprendre à quoi ressemblait la vie dans une petite ville du Québec au milieu du 19e siècle. Vous pouvez aider à transcrire ou à traduire le journal de M. Séguin pour que tout le monde puisse en savourer les récits sans compromis.

Pour en savoir plus sur vos propres ancêtres, visitez nos pages sur la généalogie et l’histoire familiale.


Sara Chatfield est chef de projet à la Division des expositions et du contenu en ligne à Bibliothèque et Archives Canada.

Tommy Burns, le héros de Hanover

Par Isabel Larocque

En 1906, alors que les boxeurs américains s’échangeaient à tour de rôle le titre de champion du monde poids lourds, personne n’aurait pu prédire la victoire du Canadien Tommy Burns. Du haut de ses 170 cm, ce boxeur fut non seulement le plus petit à remporter le titre de champion du monde, mais également le seul Canadien à y parvenir. Souvent sous-estimé par ses adversaires à cause de sa taille, Burns possédait pourtant une technique exemplaire qui lui permettait d’écraser le plus costaud des opposants.

Né Noah Brusso, cet athlète originaire de Hanover, en Ontario, était le douzième d’une famille de treize enfants. Il grandit dans un milieu modeste et, très jeune, se voit retiré de l’école par sa mère à la suite d’une bagarre contre un camarade de classe.

Celle-ci désapprouve totalement la boxe. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’à l’âge adulte, après un combat qui met l’un de ses adversaires dans le coma, Noah choisit de changer de nom. Il croit qu’ainsi, sa mère ne pourra pas suivre ses exploits. Puisque les boxeurs irlandais ont une excellente réputation, il choisit un nom à consonance irlandaise, Tommy Burns, dans l’espoir de propulser sa carrière.

Photo noir et blanc d’un homme portant des gants, un short et des chaussures de boxe.

Le boxeur Tommy Burns, date inconnue. (c014091)

Photo noir et blanc d’un homme portant des gants, un short et des chaussures de boxe.

Le boxeur Tommy Burns, 1912. (c014094)

Dans le ring, Tommy Burns use de stratégie; chacun de ses gestes est calculé. Il insulte ses adversaires afin de les déstabiliser, évite les coups, puis, lorsqu’il passe à l’attaque, parvient à les éliminer grâce à sa rapidité et à son crochet. Ses nombreuses années d’entraînement au hockey et à la crosse lui ont légué de fortes jambes, tandis que ses longs bras lui procurent une portée qui surprend ses adversaires. Sa technique irréprochable lui vaut de nombreuses victoires, puisque la majorité de ses compétiteurs misent seulement sur la force physique.

Burns considère d’ailleurs la technique de la boxe comme une science en soi. Il rédige même un bouquin à ce sujet, intitulé Scientific Boxing and Self Defence (Science de la boxe et de l’autodéfense). Publié en 1908, l’ouvrage fait partie de la collection de Bibliothèque et Archives Canada.

Photo noir et blanc d’une main tenant un livre ouvert à la page de titre.

L’ouvrage rédigé par Tommy Burns, Scientific Boxing and Self Defence (Science de la boxe et de l’autodéfense). Photo : David Knox

Mais ce qui distingue réellement Tommy Burns des boxeurs de son époque, c’est sa volonté d’affronter des adversaires de toutes les nationalités. Alors que la majorité des boxeurs refusent de compétitionner contre des athlètes de différentes origines, Burns voit plutôt cela comme une occasion de prendre de l’expérience et de prouver qu’il est le meilleur de tous. Il sera d’ailleurs le premier champion du monde des poids lourds à défendre son titre contre un Afro-américain.

Durant son ascension vers le sommet, Burns affronte des champions des quatre coins du globe. Devenir le meilleur boxeur blanc ou canadien ne lui suffit pas : il veut être le meilleur au monde. C’est ce qui le pousse à affronter en 1908 Jack Johnson, un boxeur à la stature imposante. Burns perd ce combat, et Johnson devient le premier boxeur noir de l’histoire à remporter le titre de champion du monde. La performance audacieuse de Burns lui vaut une ovation debout lorsqu’il quitte l’arène.

Tommy Burns livrera quelques combats par la suite, mais il ne réussira jamais à reconquérir son titre de champion du monde. Après sa carrière en boxe, il devient promoteur et entraîneur, avant de se tourner vers la religion et de se convertir à l’évangélisme. Il décède en 1955 à Vancouver, des suites d’un malaise cardiaque. Sa confiance et son audace légendaires font de lui l’un des boxeurs les plus renommés de tous les temps.

Si les exploits de Tommy Burns vous intéressent, consultez Le boxeur Tommy Burns : un champion du monde légendaire.


Isabel Larocque est agente de projet pour l’équipe du Contenu en ligne à Bibliothèque et Archives Canada.

La mort d’Albert « Ginger » Goodwin

par Sarah Bellefleur Bondu

L’histoire du Canada est remplie de personnages fascinants. En tant qu’archivistes de référence, nous découvrons certains d’entre eux ou de nouveaux faits historiques chaque fois que des chercheurs demandent notre aide pour trouver et localiser des documents d’archives sur un sujet ou une personne. Ce fut le cas pour moi avec l’histoire d’Albert « Ginger » Goodwin.

Albert Goodwin est né le 10 mai 1887 dans le petit village de Treeton, en Angleterre. Il commence à travailler dans les mines de charbon à l’âge de 15 ans, suivant les traces de son père Walter. En 1906, Albert quitte son pays natal pour émigrer au Canada. Il travaille alors pour la Dominion Coal Company Limited à Glace Bay, en Nouvelle-Écosse.

En 1909, les difficiles conditions de travail poussent les travailleurs de nombreuses mines du Cap-Breton à déclarer une grève, à laquelle participe Albert Goodwin. C’est le début pour lui d’une implication soutenue auprès des syndicats de mineurs. Le rouquin est alors connu de ses collègues comme « Ginger » ou « Red » Goodwin.

Photo noir et blanc d’un document dactylographié.

Chronologie du conflit à la Dominion Coal Company, à Glace Bay, en Nouvelle-Écosse. RG 27, volume 296, dossier 3163, contenant T-2686

L’année suivante, en 1910, il s’installe en Colombie-Britannique où il deviendra rapidement une figure emblématique des mouvements ouvriers. Il sera, entre autres, délégué local pour la United Mine Workers of America et participera au forum de la British Columbia Federation of Labour en 1914. Son implication l’amène à participer à d’autres grèves, à publier des textes d’opinion sur les conditions de travail dans le Western Clarion (le journal du Parti socialiste du Canada), puis à devenir organisateur pour ce parti politique.

Vue générale de la mine no 5 montrant un culbuteur de wagon et une sous-station, Cumberland (Colombie-Britannique) (a017472)

Quelques mois avant la fin de la Première Guerre mondiale, ce sont fort probablement ses positions et idéaux qui poussent Albert Goodwin à soumettre une demande d’exemption contre la conscription. La Loi du Service Militaire a été promulguée, non sans remous sur la scène politique nationale et dans l’opinion publique, à l’été 1917. Le tribunal refuse provisoirement la demande de « Ginger » Goodwin en janvier 1918, puis il la rejette définitivement en avril. Goodwin décide alors de se cacher dans les montagnes de Cumberland, sur l’île de Vancouver, avec d’autres opposants à la conscription.

Le 27 juillet 1918, alors que des officiers de la Police du Dominion effectuent des recherches pour trouver les déserteurs, l’agent Daniel Campbell tombe face à face avec Albert Goodwin dans la forêt. Les rapports de l’événement racontent que le policier, ayant à peine le temps de sortir son arme, fait feu sur le déserteur, le tuant sur le coup. Les circonstances nébuleuses entourant la mort de Goodwin entraînent un procès contre l’agent Campbell, qui est finalement acquitté du meurtre.

La mort soudaine et tragique de Goodwin déclenche, dans les jours qui suivent, ce qui est considéré par plusieurs comme la première grève générale des travailleurs de la Colombie-Britannique. En effet, un « congé » est déclaré pour tous les syndicats associés au Metal Trades Council le 2 août 1918. Les journaux de l’époque soulignent que près de 200 hommes, dont plusieurs soldats revenus au pays, saccagent les bureaux des organisateurs syndicaux pour protester contre cette journée de grève en l’honneur d’un contestataire.

Même si cette grève fut controversée, l’histoire fascinante d’Albert « Ginger » Goodwin aura marqué les esprits et son implication syndicale aura contribué à la mise en place de la journée de travail de huit heures pour les travailleurs de fonderie de la province.

 

Autres ressources (en anglais) détenues par BAC :


Sarah Bellefleur Bondu est archiviste à la Division des services de référence de Bibliothèque et Archives Canada.

Votre ancêtre était un volontaire canadien pendant la guerre civile espagnole?

Par Nicole Watier

Notre service de généalogie doit parfois répondre à une question des plus complexes : « Par où dois-je commencer pour trouver les dossiers de service de mon ancêtre qui a participé à la guerre civile espagnole? »

Les Canadiens en savent un peu sur la guerre civile espagnole (1936-1939) grâce entre autres au tableau de Pablo Picasso représentant la destruction de la ville de Guernica, au célèbre roman d’Ernest Hemingway Pour qui sonne le glas, ou à l’un des films sur le Dr Norman Bethune montrant son unité mobile de transfusion sanguine et l’Instituto Hispano Canadiense de Transfusión de Sangre.

Photographie noir et blanc d’un homme et d’une femme debout devant une camionnette dont l’arrière est marqué d’une marqué d’une croix.

Unité mobile canadienne de transfusion sanguine pendant la guerre civile espagnole; à droite, le Dr Norman Bethune. (a117423)

La guerre civile espagnole débute le 18 juillet 1936, et le Canada, comme beaucoup d’autres pays, n’intervient pas officiellement. Bien qu’il soit illégal pour un Canadien de participer à ce conflit en vertu de la Loi sur l’enrôlement à l’étranger adoptée par le gouvernement du Canada, plus de 1 400 Canadiens se portent volontaires pour défendre le gouvernement espagnol. Plus de 40 000 combattants volontaires de partout dans le monde se battent en faveur du gouvernement démocratique républicain (soutenu par l’Union soviétique et le Mexique), contre les officiers de l’armée espagnole dirigés par le général Francisco Franco (soutenus par l’Allemagne et l’Italie). C’est le Parti communiste du Canada qui organise la campagne de recrutement au Canada.

Il est difficile, pour diverses raisons, d’établir le nombre exact de volontaires canadiens et d’en retrouver la trace après la fin de la guerre.

Alors qu’un nombre croissant de volontaires canadiens arrivent en Espagne, on met sur pied le bataillon Mackenzie-Papineau (ou les « Mac-Paps »), ainsi nommé en l’honneur de Louis-Joseph Papineau et de William Lyon Mackenzie, chefs des rébellions de 1837 et 1838. Les Canadiens intègrent aussi les rangs d’autres bataillons des brigades internationales, dont le bataillon Abraham Lincoln et le bataillon Washington.

Ceux qui veulent servir en Espagne recourent à divers moyens pour quitter le Canada. Ils sont nombreux à se rendre à New York ou dans d’autres pays pour s’embarquer à bord de navires. Certains utilisent de faux noms. Il y a aussi le problème habituel dû aux variations d’orthographe dans les noms inscrits sur les documents qui complique toujours la recherche. Comme de nombreux volontaires canadiens sont originaires d’Europe, certains ont déjà modifié ou simplifié leur nom. Enfin, l’absence d’une gestion des documents adéquate de part et d’autre pose à elle seule d’énormes défis aux chercheurs.

Pour vous aider dans vos recherches, voici quelques ensembles documentaires à explorer dans la remarquable collection de Bibliothèque et Archives Canada (BAC). La collection du bataillon Mackenzie-Papineau (MG30-E-173) pourra sûrement vous intéresser. Elle contient des documents recueillis par l’association des vétérans du bataillon, The Friends of the Mackenzie-Papineau Battalion, et d’autres personnes qui ont rassemblé l’information. On y compte de nombreux documents concernant des Canadiens qui ont servi dans les brigades internationales, de la correspondance avec des vétérans, des articles, des documents d’information, des souvenirs, des listes de noms et des photographies. On y trouve certaines photographies individuelles de volontaires, comme le Canadien Elias Aviezer, membre du bataillon Abraham Lincoln de 1936 à 1938 pendant la guerre civile espagnole, tué à Jarama. Certaines de ces photos ont été numérisées et peuvent être consultées au moyen de l’outil Recherche dans la collection.

Photographie noir et blanc d’un homme en complet-cravate fixant l’appareil photo.

Le Canadien Elias Aviezer, membre du bataillon Abraham Lincoln de 1936 à 1938 pendant la guerre civile espagnole, tué à Jarama. (a066954-v8)

BAC possède également le fonds du bataillon Mackenzie-Papineau (MG10-K2). Il est constitué de copies d’une sélection de documents sur microfilm des brigades internationales provenant de l’Internationale communiste, ou Komintern, un organisme fondé en 1919 sous l’égide des Soviétiques pour coordonner le renversement du capitalisme par la révolution dans le monde entier. Lorsque les forces républicaines sont défaites, les responsables soviétiques (les commissaires) quittent l’Espagne en 1939, emportant avec eux leurs documents, dont ceux du bataillon Mackenzie-Papineau. Ces documents comprennent divers dossiers administratifs, des données statistiques, des ordres quotidiens, des listes (nominatives, soldats blessés, tués, ayant déserté, rapatriés), de la correspondance et des biographies. Les originaux et d’autres documents sont conservés à Moscou au Centre russe de conservation et d’étude des documents en histoire contemporaine. Aucun document ne peut être reproduit sans l’autorisation préalable du Centre.

D’autres documents faisant mention des volontaires canadiens se retrouvent dans plusieurs fonds d’archives conservés à BAC. Dans les fonds du ministère des Affaires étrangères (RG25) et de la direction générale de l’Immigration (RG76), on trouvera des documents concernant le rapatriement des volontaires à partir de février 1939, et plus tard des prisonniers de guerre canadiens. Plus de 700 volontaires sont revenus au Canada, de nombreux autres sont restés en Europe, plus de 200 ont été tués au combat, et quelques-uns sont portés disparus.

Certains des volontaires avaient déjà servi pendant la Première Guerre mondiale ou participeront à la Deuxième Guerre mondiale. En ce qui concerne Elias Aviezer, tué au combat en 1937, on le retrouve dans la base de données des dossiers du personnel de la Première Guerre mondiale sous le nom d’Elias Achiezer, car il avait déjà servi dans le Corps expéditionnaire canadien.

BAC possède diverses sources publiées permettant de retrouver des volontaires, dont The Daily Clarion, le journal du Parti communiste du Canada. On peut y lire des reportages de Jean Watts, correspondante à l’étranger, une des rares femmes dans le domaine. Des journaux de partout au Canada ont publié des articles sur les volontaires, et certains journaux locaux ont décrit leur départ et leur retour dans leur collectivité respective.

Dans le numéro du 5 septembre 1938 de la Gazette de Montréal, à la page 9, l’article ci-dessous annonce le retour à Edmonton de James Wilson et rapporte ses commentaires prémonitoires.

Une colonne de texte d’un journal ayant pour titre « Edmonton Man Returns ».

« Edmonton Man Returns », Gazette de Montréal, 5 septembre 1938, p. 9. (no OCLC 1035398537).

Pour plus d’information, veuillez consulter le catalogue Aurora. Vous y trouverez des livres contenant des listes de volontaires et permettant de contextualiser les événements, y compris :

  • William C. Beaching, Canadian Volunteers: Spain 1936-1939 (noOCLC 19517663)
  • Victor Howard, The Mackenzie-Papineau Battalion: Canadian Participation in the Spanish Civil War (noOCLC 79017)
  • Myron Momryk, « Ukrainian Volunteers from Canada in the International Brigades, Spain, 1936-39: A Profile », Journal of Ukrainian Studies, vol. 16, nos1-2, été-hiver 1991 (no OCLC 6744531)
  • Michael Petrou, Renégats : les Canadiens engagés dans la guerre civile espagnole (noOCLC 1007098925), traduction française de Renegades: Canadians in the Spanish Civil War (no OCLC 185078047)

Les sites suivants contiennent des index en ligne de volontaires canadiens ainsi que d’autres renseignements :

Si vous avez besoin d’aide pour ce sujet, ou pour toute autre question d’ordre généalogique, n’hésitez pas à contacter l’équipe de généalogie en remplissant le formulaire en ligne Posez-nous une question en généalogie.


Nicole Watier est conseillère en généalogie à la Direction générale des services au public, à Bibliothèque et Archives Canada.

 

La vie et l’héritage de Tom Cogwagee Longboat

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.Par Elizabeth Kawenaa Montour

Vitesse, athlétisme, détermination, courage et persévérance : voilà les mots qui viennent à l’esprit lorsqu’on pense à Tom Cogwagee Longboat, dont le nom onondaga (Cogwagee) signifie « Tout ». Au cours du siècle dernier, de nombreux faits, récits et photographies ont été compilés pour tenter de mieux connaître et comprendre l’homme derrière le mythe.

Thomas Charles Cogwagee Longboat, fils de George Longboat et d’Elizabeth Skye, est né le 4 juillet 1886 (certaines sources mentionnent le 4 juin 1887). Membre du clan du Loup de la Nation onondaga du Territoire des Six Nations, il adopte le mode de vie traditionnel des Haudenosaunee (mot qui signifie « peuple de la maison longue »).

À l’âge de 12 ou 13 ans, Longboat est envoyé de force au pensionnat indien de l’Institut mohawk, une école anglaise de confession anglicane qui fut active de 1823 à 1970. C’est un choc pour ses camarades et lui, obligés d’abandonner leur langue et leurs croyances pour parler anglais et pratiquer le christianisme.

Décidé à rentrer chez lui, Longboat s’enfuit du pensionnat, mais on le rattrape et il est puni. Il tente de nouveau sa chance, se réfugiant cette fois à la ferme de son oncle, espérant ainsi mieux dissimuler ses traces. La stratégie fonctionne et met fin à son éducation officielle. Longboat travaillera ensuite comme ouvrier agricole à plusieurs endroits, ce qui l’obligera à se déplacer à pied sur de longues distances.

C’est en 1905 que Tom Longboat entame son parcours de coureur amateur. À peine deux ans plus tard, le 19 avril 1907, il remporte le marathon de Boston – le plus prestigieux au monde – en 2 heures, 24 minutes et 24 secondes, retranchant presque 5 minutes du record précédent. Cet exploit est source de grande fierté et d’inspiration pour les Autochtones et les Canadiens. Le lendemain, on peut lire dans le Boston Globe :

« Bravant la pluie et le froid, les milliers de personnes massées le long des rues, d’Ashland au B.A.A [Boston Athletic Association], ont été largement récompensées lors du passage de Tom Longboat, le plus admirable coureur ayant traversé notre ville. Il a franchi la ligne d’arrivée tout sourire. Rien n’indiquait que ce jeune homme venait de parcourir, en quelques heures, plus de kilomètres qu’une personne n’en marche en une semaine. Gagnant en vitesse à chaque foulée, porté par les acclamations de la foule, le jeune homme au teint de bronze, aux cheveux et aux yeux de jais, au corps long et souple et aux jambes élancées, a volé vers la victoire.

Assourdi par le plus grand vacarme entendu depuis des années, Longboat a franchi la ligne d’arrivée, déchirant le ruban alors que les chronométreurs arrêtaient leur montre et que retentissaient les déclics de dizaines d’appareils photo. Il venait de remporter le plus important des marathons modernes. Des bras se sont tendus, prêts à soutenir le gagnant, mais Longboat n’en a pas eu besoin.

Repoussant ceux qui souhaitaient l’étreindre, il a embrassé la foule du regard et remercié tous ses supporteurs. De nombreuses personnes se sont avancées pour lui serrer la main; si ce n’était du fait que les policiers avaient installé de solides cordons pour retenir le public, il aurait reçu de longues accolades. Il s’est ensuite élancé vers le club d’un pas solide et robuste. »

The Boston Globe, 20 avril 1907 [Traduction]

Un an après cette éclatante victoire, Longboat participe au marathon des Jeux olympiques de Londres, en Angleterre. La course totalise 42,2 km, mais il ne peut la compléter, s’effondrant au 32e kilomètre. Il bifurque alors vers la course professionnelle, décrochant en 1909 le titre de champion professionnel du monde lors de la course du Madison Square Garden à New York.

Page noir et blanc du Recensement de 1911, avec du texte dans chacune des 38 colonnes. Les renseignements recueillis se divisent en plusieurs catégories : nom, lieu du domicile, renseignements sur la personne, pays ou lieu de naissance, emploi principal ou métier, citoyenneté, langue et scolarité.

Page du Recensement de 1911 sur laquelle figurent Thomas C. Longboat et sa femme Loretta [Lauretta], comté de York (Ontario). Sous la catégorie « Emploi principal ou métier », on peut lire « Runner » (Coureur). (e002039395)

Photo noir et blanc de deux militaires portant un uniforme de la Première Guerre mondiale. Assis, sourire aux lèvres, ils achètent un journal d’un jeune garçon. Le militaire à droite prend le journal d’une main et donne l’argent au garçon de l’autre.

Le soldat Tom Longboat, coureur de fond onondaga, achète un journal d’un garçon français, juin 1917. (a001479)

En 1916, alors que la Première Guerre mondiale fait rage, Longboat est envoyé outre-mer avec le Corps expéditionnaire canadien. Ses aptitudes physiques hors du commun lui sont d’un grand secours pour accomplir ses fonctions d’estafette, qui l’amènent régulièrement à se déplacer à la course.

Mais après un bombardement intensif en Belgique, Longboat se retrouve prisonnier des décombres. À tort, on le croit décédé; une méprise qui ne sera pas sans conséquence puisque, se croyant veuve, son épouse kanienkenha:ka (mohawk), Lauretta Maracle, se remarie. Le couple avait convolé en justes noces en 1908.

Après la guerre, Tom Longboat se remariera lui aussi, épousant Martha Silversmith, une femme onondaga avec qui il aura quatre enfants.

La carrière militaire de Tom Longboat se poursuit lors de la Deuxième Guerre mondiale, plus précisément au sein de la Garde des anciens combattants, située dans un camp militaire près de Brantford (Ontario). La famille Longboat s’établit ensuite à Toronto, où Tom occupe un poste dans la fonction publique municipale. À sa retraite, il retourne vivre sur le Territoire des Six Nations. Il décède le 9 janvier 1949.

En 1951, on crée à titre posthume un prestigieux prix destiné à perpétuer la mémoire de ce grand athlète : le trophée Tom Longboat, remis chaque année à des athlètes autochtones qui incarnent le travail acharné et la détermination. Le trophée est conservé au Panthéon des sports canadiens, à Calgary; une réplique se trouve actuellement au Cercle autochtone des sports, à Ottawa.

En 1955, Tom Longboat est introduit au Panthéon des sports canadiens et au Indian Hall of Fame.

Plaque rouge rectangulaire arborant un texte doré, surmonté de l’emblème du Canada et de l’inscription « Tom Longboat 1886-1949 ».

Plaque de la Commission des lieux et monuments historiques du Canada créée en l’honneur de Tom Longboat. On peut la voir sur la 4th Line Road, dans la réserve des Six Nations de la rivière Grand, à Ohsweken, en Ontario. (Photo : Gracieuseté de Parcs Canada)

Les exploits de Longboat sont honorés encore de nos jours. En 1976, le gouvernement du Canada installe une plaque en son honneur sur la 4th Line Road, dans la réserve des Six Nations de la rivière Grand, à Ohsweken (Ontario). En 1999, le magazine Maclean’s nomme Tom Longboat plus grand athlète canadien du 20e siècle. En 2000, Postes Canada émet un timbre soulignant ses victoires. Puis, en 2008, l’Ontario adopte une loi provinciale faisant du 4 juin le Jour Tom Longboat. Ce jour-là, la course Tom Longboat se tient aux Six Nations, tandis qu’en septembre on organise à Toronto la course Longboat Toronto Island Run.

Plusieurs endroits portent également le nom de Tom Longboat: une intersection aux Six Nations, un sentier à Brantford (Ontario), une voie à Toronto et une école élémentaire publique à Scarborough (Ontario). Au 1087, rue Queens Ouest, à Toronto, on retrouve un Longboat Hall au YMCA où l’athlète s’entraînait.

On peut aussi admirer au Centre culturel Woodland des Six Nations une statue de Longboat intitulée « Challenge and Triump » (Défis et triomphe) réalisée par le sculpteur David General, et visiter une exposition consacrée à l’athèlte. Plus récemment, en 2019, on a publié un livre jeunesse sur sa vie : Voici Tom Longboat.

Le destin et les exploits de Tom Cogwagee Longboat sont aussi fascinants qu’inspirants. Pour en savoir plus à son sujet, écoutez notre balado Il s’appelait Tom Longboat, Cogwagee, Tout.  Jetez aussi un coup d’œil à l’album Tom Longboat sur Flickr.

Ce blogue fait partie d’une série portant sur les Initiatives du patrimoine documentaire autochtone. Apprenez-en plus sur la façon dont Bibliothèque et Archives Canada (BAC) améliore l’accès aux collections en lien avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Voyez aussi comment BAC appuie les communautés en matière de préservation d’enregistrements de langue autochtone.


Elizabeth Kawenaa Montour est archiviste de projet à la Division des expositions et du contenu en ligne de la Direction générale des services au public à Bibliothèque et Archives Canada.

Délices sucrés d’ailleurs… des mandarines du Japon pour Noël!

Par Caitlin Webster

Cette année, de nombreux enfants trouveront une mandarine au fond de leur bas de Noël. Peu sauront qu’il s’agissait autrefois d’une rare gâterie.

Nous vivons à une époque où les accords commerciaux multinationaux, les conteneurs d’expédition à grande échelle et l’entreposage frigorifique moderne sont omniprésents. Les Canadiens ont donc l’habitude de trouver des produits étrangers sur les tablettes de leur épicerie à longueur d’année. Toutefois, pour une bonne partie du 20e siècle, un grand nombre de denrées étaient un luxe disponible uniquement en saison. C’est sans surprise que leur arrivée annuelle suscitait autant d’enthousiasme et de promotion que les nouveaux gadgets technologiques de nos jours.

Les oranges d’outre-mer ont été un ajout particulièrement exquis pour le marché canadien. Pour les consommateurs du Nord, habitués aux produits locaux, ces spécialités gastronomiques avaient un charme exotique qui les différenciait des denrées de base qu’ils conservaient dans leur cave à légumes. Certaines des premières affiches promotionnelles pour les oranges ressemblaient même à des feuillets éducatifs.

Affiche montrant le dessin en couleurs d’une orange entourée des mots « Oranges de l’Afrique du Sud ». Il y est également inscrit : « Lorsque c’était l’hiver ici, c’était l’été en Afrique du Sud. Les fruits ont mûri et sont prêts à manger aujourd’hui. Goûtez-y. »

Oranges de l’Afrique du Sud — Goûtez-y (e010758837)

Alors que n’importe quel fruit frais était le bienvenu pendant l’hiver canadien, l’introduction des mandarines du Japon dans le temps des Fêtes est devenue une tradition de Noël ainsi qu’un symbole du commerce moderne. À partir des années 1880, l’arrivée annuelle des mandarines satsumas du Japon a suscité l’excitation. Chaque hiver, les Britanno-Colombiens attendaient avec impatience les premiers envois. Des célébrations et des activités médiatiques étaient organisées au port de Vancouver pour accueillir les navires transportant les mandarines.

Photo montrant les dirigeants d’un port tenant des cageots de mandarines, deux femmes japonaises en costume traditionnel à côté d’une palette de cageots de mandarines ainsi que d’autres personnes et de l’équipement sur la jetée située à côté d’un navire.

Des dirigeants du port et deux Japonaises en costume traditionnel avec des cageots de mandarines au port de Vancouver. Source : M. Toddington (e011435438).

Photo de deux femmes japonaises en costume traditionnel. L’une d’elles tient une mandarine pelée. On aperçoit des cageots de mandarines et un navire à l’arrière-plan.

Deux Japonaises en costume traditionnel posent avec une mandarine. Source : M. Toddington (e011435437).

Les mandarines étaient ensuite chargées dans des trains et des camions spéciaux en vue du transport vers l’est.

Photo de travailleurs avec des centaines de cageots de mandarines sur le pont d’un navire.

Cageots de mandarines japonaises sur un navire. Source : Leonard Frank (e011435435).

Des travailleurs portuaires déchargent des cageots de mandarines d’un navire à l’aide de grues et de chariots.

Déchargement de mandarines japonaises d’un navire. Source : Leonard Frank (e011435434).

Un article intitulé « Japanese Oranges for Canadian Christmas [Mandarines japonaises pour un Noël canadien] » paru dans plusieurs journaux canadiens, dont The Granby Leader-Mail le 30 décembre 1927, décrit parfaitement le phénomène :

« Plus de quatre mandarines pour chaque homme, femme et enfant au Canada, soit 482 000 cageots de ces fruits parfumés, sont arrivées au quai B-C du Chemin de fer Canadien Pacifique à Vancouver en décembre, puis ont été rapidement expédiées à travers les Prairies jusque dans l’est du Canada pour Noël. […] En tout, sept trains spéciaux sont requis pour transporter cette quantité importante de marchandises. Il est donc très probable que de nombreuses mandarines que vous apercevrez, accrochées aux sapins de Noël ou sorties des bas de Noël, proviendront du pays du Soleil levant. Elles sont aussi la preuve du commerce avantageux qui passe par le port de Vancouver. » [Traduction]

Photo d’un train à un quai avec une bannière indiquant qu’il transporte un envoi spécial de mandarines japonaises

Mandarines japonaises au quai B-C du CFCP. Source : Leonard Frank (e011435433).

À partir des années 1980, les consommateurs n’ont plus considéré les mandarines comme des produits de luxe rares, seulement disponibles lors d’occasions spéciales. Grâce à l’amélioration des conteneurs d’expédition modernes ainsi qu’à l’afflux d’oranges de la Chine et de la Californie, ces fruits étaient maintenant offerts en grande quantité, à petits prix, et ce, pour de plus longues périodes. Pourtant, les mandarines de Noël continuent toujours de trouver leur place chaque année au temps des Fêtes dans les bas de Noël, les paniers cadeaux et les bols de fruits.

Jetez un coup d’œil à l’album Flickr sur les Oranges!

Photo de quatre garçons vêtus du même pyjama rayé accrochant leurs bas de Noël sur le manteau de la cheminée.

De jeunes garçons accrochent leurs bas de Noël. Source : Malak Karsh (e011177219).


Caitlin Webster est archiviste principale à la Division des services de référence au bureau de Vancouver de Bibliothèque et Archives Canada.

George Mully : fixer sur pellicule le quotidien des Autochtones

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.Par Annabelle Schattmann

George Mully (1926-1999) est un dramaturge et un réalisateur de films documentaires américain. Il débute sa carrière comme dramaturge en contribuant à des spectacles Off-Broadway, à des productions itinérantes et à des opéras, tant aux États-Unis qu’en Europe. Il est tour à tour machiniste, régisseur, éclairagiste, metteur en scène et même marionnettiste. Après son mariage, il s’établit en Angleterre avec sa femme Ann et délaisse la scène pour se tourner vers la production audiovisuelle, mettant sur pied son propre studio de production éducative. Il écrit, réalise et produit des documentaires sur des sujets et des enjeux qui le passionnent. En 1979, la famille immigre au Canada et s’installe à Ottawa.

La collection George Mully, conservée à Bibliothèque et Archives Canada, se compose de photographies personnelles et de photos documentaires professionnelles que Mully a prises vers la fin de sa carrière. Celles-ci témoignent de la diversité de ses intérêts : le développement international, l’environnement, l’histoire, les questions socioculturelles, la musique et l’art. Au Canada, Mully a étroitement collaboré avec l’Office national du film et plusieurs musées de la région de la capitale nationale, réalisant de nombreux documentaires, dont le remarquable film Une pluie acide du ciel (1981), qui fait partie de la collection George Mully.

Jeune fille regardant l’appareil photo

Une jeune Inuite portant des lunettes de soleil jaunes, un manteau rouge et des mitaines multicolores. Crédit : George Mully (e011218259)

La collection contient 363 photographies, prises de 1978 à 1988, qui présentent un intérêt particulier pour le projet Nous sommes là : Voici nos histoires. Les photos mettent en scène des membres de Premières Nations et des Inuits de partout au Canada, ainsi que des membres des Nations Diné (Navajo) et Indé (Apache), aux États-Unis. Les œuvres de Mully documentent les modes de vie et les habitudes de travail des Autochtones. La plupart montrent des personnes dans leur vie quotidienne, souvent en train d’accomplir une tâche. Il s’agit parfois d’une activité traditionnelle, comme la chasse, la cueillette, la création artistique ou l’artisanat, ou d’une activité contemporaine, comme le travail dans une industrie. Certaines photos montrent la superposition de la tradition et de la modernité.

Photographie couleur montrant quatre hommes assis sur des chaises de bois, entourés de microphones et se faisant face. Ils chantent et jouent du tambour.

Quatre membres des Premières Nations non identifiés jouant du tambour sous une tente. Crédit : George Mully (e011218157)

L’intérêt de Mully pour les droits de la personne apparaît clairement dans une série de photos prises en juillet 1979, au moment où la marche pour les droits des femmes autochtones arrive à Ottawa. Cette marche, menée par les Malécites Sandra Lovelace et Caroline Ennis, vise à dénoncer la discrimination subie par les femmes qui perdent leur statut d’Autochtone en mariant un homme non inscrit. En juin 1985, le projet de loi C-31 modifie la Loi sur les Indiens, notamment en retirant les dispositions concernées et en rétablissant le statut de ceux et celles qui l’avaient perdu. Ces modifications ont été critiquées parce qu’elles ne réglaient pas adéquatement le problème.

Photographie couleur d’une personne assise sur une pelouse verte derrière une pancarte où sont écrits les mots « Save our sisters », ou « Sauvez nos sœurs ».

Personne non identifiée assise sur la pelouse de la Colline du Parlement, à Ottawa, tenant une pancarte pour protester. Crédit : George Mully (e011218140)

Dans certains cas, il est difficile de comprendre pourquoi les photos ont été prises ou à quoi elles auraient pu servir. Ces clichés ont peut-être été pris en vue d’un éventuel documentaire ou dans le cadre d’une recherche pour un projet. Le nom des personnes représentées, le lieu et la date sont inconnus. Aucune légende détaillée n’est fournie et très peu de documents textuels accompagnent la collection.

Pour tenter de pallier ces lacunes, une sélection de plus de 300 photographies sera intégrée à un défi Co-Lab sur George Mully et à un album Flickr. Si vous reconnaissez une personne ou un endroit, ou si vous savez quand l’événement a eu lieu, allez étiqueter les photos sur le défi Co-Lab. Vous aiderez ainsi d’autres personnes à trouver des images de leurs parents et amis ou de leur communauté. Grâce à vous, ces personnes et ces lieux ne tomberont pas dans l’oubli! Merci de partager vos connaissances et de nous aider dans ce travail.

Photographie d’un homme portant des vêtements bleu foncé et des lunettes de soleil. Il est assis sur un banc de bois et sculpte un vase.

Artiste inuit non identifié sculptant un motif abstrait sur un vase en céramique lors d’un événement artistique. Crédit : George Mully (e011218140)

Ce blogue fait partie d’une série portant sur les Initiatives du patrimoine documentaire autochtone. Apprenez-en plus sur la façon dont Bibliothèque et Archives Canada (BAC) améliore l’accès aux collections en lien avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Voyez aussi comment BAC appuie les communautés en matière de préservation d’enregistrements de langue autochtone.


Annabelle Schattmann est adjointe en archivistique pour le projet Nous sommes là : Voici nos histoires, qui vise à numériser les documents relatifs aux Autochtones conservés à Bibliothèque et Archives Canada.

John Colin et Kenneth Keith Forbes, portraitistes officiels en série!

Par Geneviève Couture

Les carrières des peintres John Colin Forbes (1846-1925) et de son fils Kenneth Keith Forbes (1892-1980) illustrent brillamment en quoi certains premiers ministres ont été leurs muses et leurs mécènes. En effet, à eux deux, ils ont peint sept premiers ministres canadiens, deux gouverneurs généraux, cinq juges en chef de la Cour suprême, onze présidents de la Chambre des communes et quatorze présidents du Sénat. Ils ont également peint un roi et une reine d’Angleterre au nom du gouvernement canadien. On peut affirmer sans gêne que sur une période de plus de 90 ans, le père et le fils ont contribué à édifier le patrimoine artistique et visuel représentant les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire du gouvernement canadien.

John Colin Forbes

John Colin Forbes est né à Toronto en 1846. Dans les années 1860, il étudie la peinture à Paris et à Londres avant de revenir au Canada. Il est un membre fondateur de l’Ontario Society of Artists (1872) et de l’Académie royale des arts du Canada (1880).

Rapidement reconnu comme portraitiste, John Colin reçoit de nombreuses commandes. Il peint lord Dufferin et le marquis de Lansdowne, tous deux gouverneurs généraux du Canada. Entre 1878 et 1893, il réalise les portraits de sir John A. Macdonald, d’Alexander Mackenzie, de sir Charles Tupper et de Wilfrid Laurier. Aucun de ces tableaux ne sera un portrait officiel, mais celui de Tupper se trouve au Parlement du Canada, alors que celui de Macdonald et un portrait de Laurier se trouvent aujourd’hui au Musée des beaux-arts du Canada. On commande également à John Colin Forbes quatre portraits officiels de présidents de la Chambre des communes et six portraits officiels de présidents du Sénat.

L’artiste entretient une relation privilégiée avec sir Wilfrid Laurier, que ce dernier appelle son « ami ». Il le peint une première fois en 1885, d’après une photo prise vers 1882 par le studio de William Topley à Ottawa.

Photo noir et blanc d’un homme assis, vêtu d’un complet.

Wilfrid Laurier, député. Studio Topley, 1882. (a013133-v8 )

Le second tableau de Laurier peint par John Colin est offert au premier ministre par ses amis et admirateurs du Parti libéral le 15 mai 1902. Dans son discours à la Chambre des communes (en anglais), Laurier déclare : « C’est avec un cœur très sincère que j’accepte de la part d’amis inconnus, en mon propre nom et au nom de ma femme, ce souvenir, qui est l’œuvre d’un grand artiste canadien. »

Déplorant qu’à cette époque Forbes ait choisir d’aller exercer son art aux États-Unis, Laurier ajoute :

« Malheureusement, le Canada, qui est encore un jeune pays, n’a pas offert aux artistes toute l’aide qu’il aurait pu donner par le passé. J’espère qu’à l’avenir, les artistes et les talents canadiens seront davantage encouragés par la population canadienne qu’ils ne l’ont été jusqu’à présent. Pour ma part, je reconnais avec un certain regret que le gouvernement aurait peut-être pu en faire davantage pour encourager les talents artistiques du Canada. » [Traduction]

Enfin, regrettant ne pas avoir d’enfant à qui léguer ce tableau, Laurier fait le vœu suivant : « J’espère qu’un jour, ce tableau sera conservé dans un musée national, non pour me rappeler à la postérité, mais pour la gloire de M. Forbes, l’artiste qui l’a peint. » [Traduction] Quelques années plus tard, en 1906, Laurier offre lui-même le tableau au Musée des beaux-arts du Canada.

Une commande royale

C’est grâce à ses bonnes relations avec le premier ministre Laurier que John Colin Forbes obtient sa commande la plus prestigieuse : peindre le roi Edward VII et la reine Alexandra. Forbes sera le premier peintre canadien à obtenir une séance de pose avec un souverain britannique, et les portraits officiels d’Edward VII orneront la Chambre des communes.

Les échanges de correspondance entre Forbes et Laurier à ce sujet font partie du fonds sir Wilfrid Laurier  conservé à Bibliothèque et Archives Canada. On y constate que Forbes demande la commande à Laurier, avec qui il en a préalablement discuté.

Photo noir et blanc d’une page dactylographiée.

Lettre de John Colin Forbes à Wilfrid Laurier datée du 14 avril 1904, dans laquelle il lui demande d’obtenir la commande pour peindre le roi et la reine au nom du gouvernement canadien. (Fonds Wilfrid Laurier, MG26 G 1(A), vol. 312, page 84516, microfilm C-810)

Laurier accepte, après avoir reçu une pétition à cet effet signée par 92 des 214 députés fédéraux.

Image noir et blanc d’une page numérisée tirée d’un microfilm.

Première des trois pages de la pétition adressée par des députés de la Chambre des communes au premier ministre Wilfrid Laurier, afin qu’une commande soit faite au peintre John Colin Forbes pour réaliser un portrait du roi destiné à la Chambre des communes. (Fonds Wilfrid Laurier, MG26 G 1(A), vol. 312, page 84518, microfilm C-810)

Il fait suivre la requête au gouverneur général, lord Minto, qui facilitera l’accès de Forbes aux souverains.

Image noir et blanc d’une page numérisée tirée d’un microfilm.

Lettre du premier ministre Wilfrid Laurier au gouverneur général lord Minto, recommandant que la commande soit faite au peintre John Colin Forbes et que des démarches soient entreprises à cet effet auprès du roi. (Fonds Wilfrid Laurier, MG26 G 1(A), vol. 326, page 87632, microfilm C-813)

La séance de pose est accordée, et John Colin Forbes se rend en Angleterre afin de peindre les tableaux. Malheureusement, ceux-ci seront détruits lors de l’incendie du Parlement en 1916, moins de douze ans après leur création. Cependant, les quatre portraits officiels des présidents de la Chambre des communes et les six portraits officiels des présidents du Sénat peints par Forbes échappent à l’incendie.

Photo noir et blanc d’un édifice en proie aux flammes.

La partie Est de l’Édifice du Centre en proie aux flammes, Ottawa, 1916. (a052822-v8 )

Sir John A. Macdonald et sir Wilfrid Laurier : des portraits inspirants

Deux des portraits de premiers ministres peints par John Colin Forbes seront à leur tour une source d’inspiration pour leurs successeurs. En effet, dans un article du Winnipeg Free Press publié le 20 mars 1965 (en anglais), le journaliste Peter C. Newman relate que chaque nouveau premier ministre en poste à Ottawa s’empresse de faire installer, dans son bureau de l’édifice de l’Est, soit le tableau de sir John A. Macdonald, soit le tableau de sir Wilfrid Laurier – dépendamment de ses allégeances politiques. Cette pratique change toutefois sous Lester B. Pearson, alors que le premier ministre demande à ce que les deux tableaux ornent les murs de son bureau.

Quelques photographies prises par Duncan Cameron (dont nous avons récemment parlé dans un billet de blogue sur les photographes de presse et les premiers ministres) confirment que John Diefenbaker, Lester B. Pearson et Pierre E. Trudeau ont eu des tableaux de Forbes dans leurs bureaux. Le bureau de Paul Martin, quant à lui, était orné du premier tableau de Laurier par Forbes, datant de 1885.

Photo noir et blanc d’un homme en train de photographier un photographe qui le photographie en retour.

Pierre Elliott Trudeau prenant une photographie avec l’appareil du journaliste de presse Duncan Cameron, 28 juin 1968. Photo : Duncan Cameron (a175919 )

Kenneth Keith Forbes

Le fils de John Colin, Kenneth Keith Forbes, devient également un portraitiste de renom. Né à Toronto en 1892, il commence à dessiner dès l’âge de quatre ans sous la gouverne de son père. Entre 1908 et 1913, il étudie les arts en Angleterre et en Écosse. Au déclenchement de la Première Guerre mondiale, en 1914, Kenneth Keith s’enrôle dans l’armée britannique comme simple soldat. Il combat en France, où il est blessé et gazé. Promu capitaine, il est transféré en 1918 au sein de l’armée canadienne (plus précisément au Bureau canadien des archives de guerre) en tant que peintre de guerre. Il y peint des scènes de batailles ainsi que quelques portraits d’officiers canadiens, comme celui du brigadier général D. Draper.

BAC détient le dossier militaire récemment numérisé de Kenneth Keith Forbes.

Peinture à l’huile réalisée par Kenneth Keith Forbes en 1918. La scène montre la défense du Bois du Sanctuaire par les militaires canadiens, près d’Ypres, en Belgique, en 1916.

La défense du Bois du Sanctuaire (1916), Kenneth K. Forbes, 1918. (e010751163-v8 )

Portraitiste officiel

Quelques années plus tard, Kenneth Keith revient s’établir à Toronto où, poursuivant la tradition familiale, il réalise principalement des portraits.

Il peint, entre autres, les portraits officiels de sept présidents de la Chambre des communes, de huit présidents du Sénat et de cinq juges en chef de la Cour suprême.

Il effectuera également les portraits des premiers ministres Robert Borden, Richard B. Bennett et John Diefenbaker. Le premier tableau de R. B. Bennett peint en 1938 par Kenneth Keith sera d’ailleurs offert au premier ministre par les députés, les sénateurs et les membres du Parti conservateur à son départ de la vie politique. Il se trouve aujourd’hui au Musée du Nouveau-Brunswick, à qui R. B. Bennett l’a légué par testament.

Par la suite, Kenneth Keith réalise le portrait officiel de sir Robert Borden pour la Chambre des communes. Le tableau est commandé par le président de la Chambre, Gaspard Fauteux, dont Forbes avait peint le portrait l’année précédente. L’objectif est de compléter la collection de tableaux officiels représentant les premiers ministres du Canada à la Chambre des communes. Ce tableau est dévoilé au Parlement le 11 juin 1947, dix ans après le décès de Borden, en même temps que lui de William Lyon Mackenzie King et en présence du président américain Harry Truman.

Dans son journal intime (en anglais), Mackenzie King explique comment il en est venu à suggérer que l’on dévoile son portrait ainsi que celui de Borden, tous deux premiers ministres lors des grandes guerres, à l’occasion d’une même cérémonie.

Image noir et blanc d’une page dactylographiée du journal intime de William Lyon Mackenzie King datée du 19 mai 1947.

Extrait du journal intime de William Lyon Mackenzie King daté du 19 mai 1947, dans lequel il explique comment il en est venu à suggérer qu’on dévoile son portrait ainsi que celui de Borden, tous deux premiers ministres lors des grandes guerres, à l’occasion d’une même cérémonie. (Fonds William Lyon Mackenzie King, MG 26 J 13, 19 mai 1947)

Une décennie plus tard, Forbes peint deux portraits de John Diefenbaker. Le premier est offert au politicien par les membres de son conseil des ministres et orne les murs du 24, Sussex, puis de Stornoway, la résidence officielle du chef de l’opposition. Le second est commandé par des francs-maçons de Washington et se trouve à Arlington, en Virginie.

En 1962, Kenneth Keith peint le portrait officiel de Bennett pour la Chambre des communes. La commande survient près de 25 ans après qu’il ait réalisé un premier tableau du politicien, et 15 ans après le décès de celui-ci. Elle émane du premier ministre John Diefenbaker et du président de la Chambre, Roland Michener. Une fois encore, on cherche à combler les lacunes de la collection de tableaux officiels représentant les premiers ministres du Canada à la Chambre.

Conclusion

Les carrières de portraitistes de John Colin et de Kenneth Keith Forbes révèlent les liens parfois insoupçonnés entre les arts et la politique. Les Forbes ont clairement tiré profit de leurs bonnes relations avec les parlementaires, particulièrement avec les premiers ministres, en obtenant de nombreuses commandes très prestigieuses.

Les premiers ministres ont également bénéficié du travail de peintres tels que les Forbes, dont les tableaux ont aidé à commémorer et à glorifier ces hommes qui ont détenu la plus haute fonction politique au pays ainsi qu’à inspirer leurs successeurs. Aussi, on l’a vu, c’est sans égard à la couleur politique qu’on a demandé aux Forbes de contribuer à cette entreprise de mémoire en produisant les portraits de premiers ministres en fonction ainsi que de leurs prédécesseurs. Ce faisant, ils ont contribué à asseoir la fonction de premier ministre dans la mémoire politique du pays.

Par ailleurs, le talent pour le portrait ne s’est pas arrêté à John Colin et à son fils Kenneth Keith. En effet, la fille de Kenneth, Laura June McCormack (1921-1961), dont la mère Jean Mary Edgell est également peintre, a réalisé quelques portraits qui se retrouvent à l’Assemblée législative de l’Ontario, et notamment un tableau représentant Louis-Hippolyte La Fontaine.

Pour en savoir plus sur les portraits de premiers ministres, voyez la thèse d’Andrew Kear, Governing Likenesses: The Production History of the Official Portraits of Canadian Prime Ministers, 1889-2002.


Geneviève Couture est archiviste au sein du projet des Archives du premier ministre, à la Division des archives privées du monde de la science et de la gouvernance de Bibliothèque et Archives Canada.

Le poids des mots : la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme

Par Deniz Çevik

La Loi sur les langues officielles célèbre ses 50 ans en 2019. Son adoption est une étape cruciale dans l’histoire du Canada, car elle confère au français et à l’anglais un même statut : celui de langues officielles du gouvernement canadien. Nous avons d’ailleurs publié un billet de blogue sur l’histoire de la Loi et l’évolution du bilinguisme vues à travers le prisme de nos archives.

La Loi sur les langues officielles fait suite à l’une des recommandations de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme. Cette dernière est mise sur pied en 1963 par le gouvernement de Lester B. Pearson en vue de « faire enquête et rapport sur l’état présent du bilinguisme et du biculturalisme ». Coprésidée par André Laurendeau et A. Davidson Dunton, elle tient plusieurs audiences publiques au cours de ses deux premières années.

Le Rapport préliminaire de la Commission, publié en 1965, souligne la dualité culturelle et linguistique de la société canadienne. La Commission elle-même est souvent surnommée « la Commission du B et B », en référence au bilinguisme et au biculturalisme. Or, si le bilinguisme est admis de la majorité, le biculturalisme soulève bien des controverses. Le Canada n’a-t-il pas plus de deux cultures? Dans les communautés n’ayant aucun ancêtre français ou anglais, l’idée de mettre sur un pied d’égalité les « deux peuples fondateurs » et leurs cultures ne soulève guère d’enthousiasme.

Photo noir et blanc de huit hommes en complets, souriant devant l’objectif, dans une salle de conférence aux murs clairs.

Personnel de recherche de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, 1965. (e011166427)

Le sénateur Paul Yuzyk, surnommé « le père du multiculturalisme », soulève lui aussi des préoccupations quant à l’exclusion des autres groupes ethniques. Dans son discours au Sénat du 3 mars 1964, il déclare :

« Tout d’abord, le mot biculturel, que je n’ai trouvé dans aucun dictionnaire, est inapproprié. Le Canada n’a jamais été biculturel. Les Amérindiens et les Esquimaux nous accompagnent depuis toujours. Même les Britanniques sont multiculturels : Anglais, Écossais, Irlandais et Gallois. Ensuite, d’autres groupes ethniques se sont établis au Canada; ils forment maintenant près du tiers de la population. Bref, notre pays est définitivement multiculturel. En fait, si le biculturalisme se concrétisait dans son sens premier, c’est-à-dire la coexistence de deux nations, il faudrait que tous les Canadiens deviennent français ou anglais. C’est chose impossible et, selon moi, c’est loin d’être le souhait de la population. » [Traduction]

Esquisse d’un timbre dessiné sur fond turquoise, avec, au centre, une grande feuille d’érable orange ornée d’un lis blanc en son centre. On peut y lire : « Unity in Canada/Unité au Canada » et « English–French Biculturalism/Anglais-Français Bi-culturalisme ».

Peinture d’un motif de timbre portant l’inscription « Unité au Canada; Anglais-Français; Bi-culturalisme ». (e001217565)

Yuzyk n’est pas le seul à s’opposer à la notion de biculturalisme. Bibliothèque et Archives Canada possède des fonds d’archives qui documentent la façon dont divers groupes ethniques ont accueilli les rapports et les recommandations de la Commission; mentionnons entre autres le fonds Jaroslav Bohdan Rudnyckyj.

Par ailleurs, la publication du Rapport définitif de la Commission et la sanction royale de la Loi sur les langues officielles, en 1969, donnent lieu à divers congrès et conférences un peu partout au Canada, dont le Mosaic Congress, tenu au Manitoba, et la conférence Canada: Multicultural.

Un livret du fonds Rudnyckyj, publié en 1970 dans la foulée d’une conférence tenue à l’Université de Toronto, offre un aperçu de la réaction des communautés ethniques quant au quatrième volume du Rapport de la Commission. En résumé, les débats publics entourant le biculturalisme démontrent que les participants voient plutôt le Canada comme un pays multiculturel.

Le président de l’Ukrainian Canadian University Students’ Union, Bohdan Krawchenko, présente un article à ce sujet au Congrès de l’organisme, en 1973. Il y décrit la différence de perception entre ces deux concepts que sont le bilinguisme et le biculturalisme.

« Imaginons les deux extrêmes : un pays composé d’un seul groupe ethnique homogène, ou un pays pluriethnique. Le Canada, à titre de nation multiculturelle, se situe quelque part au milieu. Il y a de nombreuses langues canadiennes. Il n’y a, toutefois, que deux langues officielles : le français et l’anglais. Le Canada n’est pas biculturel; il ne l’a jamais été et ne le sera jamais. En plus d’être une insulte à nos valeurs (comme l’est chaque tentative de réglementer des normes culturelles), la notion de biculturalisme au Canada ne reflète pas la réalité. Le Canada est multiculturel, et ce fait doit être reconnu dans toute discussion sur la constitution du pays. » [Traduction]

Petit à petit, le dialogue autour du biculturalisme est remplacé par un dialogue sur le multiculturalisme, jusqu’à ce que Pierre Elliott Trudeau intègre le concept aux politiques du gouvernement, en 1971.


Deniz Çevik est archiviste stagiaire à la Direction générale des archives de Bibliothèque et Archives Canada.

Les cinq sujets qui suscitent le plus de questions à nos bibliothécaires de référence

Par Emily Dingwall

Les bibliothécaires de référence de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) répondent à des demandes de renseignements de clients qui portent sur une foule de sujets intéressants. Dans ce billet nous vous présentons les cinq sujets de référence pour lesquels les bibliothécaires se font poser le plus de questions, ainsi que des ressources pertinentes à consulter à leur propos.

Couverture de la publication Documents de la Session du Dominion du Canada, portant le titre « Comptes publics du Canada », publiée pour l’exercice financier terminé le 30 juin 1884.

Rapport intitulé « Comptes publics du Canada » se trouvant dans les Documents de la Session du Dominion du Canada, 1885, vol. 1, no 1. (No OCLC 1007491677, image de Canadiana)

  1. Documents du gouvernement fédéral

Rapports ministériels annuels. Bien des clients sont à la recherche de rapports ministériels annuels. Les rapports annuels datés de 1867 (année de la Confédération) à 1925 s’inscrivent dans les Documents parlementaires du Dominion du Canada. Pour en savoir plus, consultez le billet « Les documents parlementaires du Dominion du Canada, 1867-1925 ». Si vous êtes à Ottawa, vous pouvez accéder aux documents parlementaires dans les locaux de BAC en en faisant la demande au personnel dans la salle de référence du deuxième étage. Ces documents sont aussi consultables en ligne sur les sites Web suivants :

Les rapports ministériels d’après 1925 sont publiés séparément des autres documents parlementaires du gouvernement. Pour obtenir des rapports annuels pour la période de 1925 à 1930, passez par les employés de BAC ou par Archive Internet.

Pour les années après 1930, consultez notre catalogue de bibliothèque Aurora en indiquant le nom du ministère, tel qu’il était connu à l’époque, dont relèvent les rapports annuels que vous recherchez.

Pour 1995 et après, les rapports annuels se trouvent sur le site Rapport sur les résultats ministériels du gouvernement du Canada. Si vous cherchez un rapport récent, faites-le sur le site Web du ministère en question.

Documents du Parlement. Nous recevons aussi de nombreuses questions au sujet de recherches sur des débats, journaux et documents de comité de la Chambre des communes et du Sénat, par exemple sur le discours d’un premier ministre prononcé en Chambre. Ces documents se trouvent en ligne :

Page de texte dactylographié, en deux colonnes séparées par des armoiries. La colonne de gauche est en anglais; celle de droite est en français.

Première page de la Gazette du Canada, Partie II, vol. 137, no 23, 5 novembre 2003. (No OCLC 1082716964, image fournie par la Gazette du Canada)

  1. Recherches législatives

Les bibliothécaires reçoivent souvent des questions au sujet de textes législatifs imprimés ou qui se trouvent en ligne sur le Site Web de la législation.

Pour vos recherches législatives, voici les sources principales :

  • Les Lois du Canada comprennent toutes les lois et leurs modifications adoptées à chacune des sessions parlementaires.
  • Les Lois révisées du Canada (L.R.C.) sont des recueils des Lois du Canada dans lesquels sont intégrées les modifications et lois ajoutées depuis la dernière révision. Les L.R.C. ont été publiées pour les années 1886, 1906, 1927, 1952, 1970 et 1985.

Les Lois du Canada et les Lois révisées du Canada sont disponibles en édition imprimée dans la collection de référence de BAC, ainsi que dans de nombreuses bibliothèques publiques et universitaires. Elles peuvent aussi être consultées dans la base de données législative LLMC Digital (en anglais), accessible dans les locaux de BAC.

Pour en savoir plus à propos de ces lois et de la recherche législative, lisez le billet « Trouver une ancienne loi à Bibliothèque et Archives Canada ».

Vous trouverez les règlements et textes réglementaires officiels dans la Partie II de la Gazette du Canada, le journal officiel du gouvernement du Canada. Publiée en trois parties, la Gazette du Canada peut faire l’objet de recherches par mot-clé sur les sites Web suivants :

Si vous souhaitez en apprendre plus sur les trois parties de la Gazette du Canada, consultez la page Publications dans la Gazette du Canada.

Les lectures des projets de loi, notamment les premières et troisièmes lectures, se trouvent dans le catalogue Aurora.

LEGISinfo, l’outil de recherche de la Bibliothèque du Parlement, contient une mine d’information sur tous les projets de loi présentés au Sénat et à la Chambre des communes depuis le début de la 37e législature en 2001.

Image du journal Courrier canadien, rédigé en quatre colonnes.

Courrier canadien, 11 mars 1900. (No OCLC 109270836)

  1. Recherches dans les journaux

Il arrive souvent aux bibliothécaires d’aider des clients à trouver dans les journaux des renseignements sur des nouvelles locales, des articles sur une personnalité ou des détails d’une visite royale au Canada, par exemple.

Nous conservons les journaux en version papier et sur microfilm, le tout répertorié dans le catalogue Aurora. Nous sommes également abonnés à plusieurs bases de données journalistiques.

Sur la page Fonds sur microforme – Liste géographique sont indiqués tous les journaux que nous avons en format microfilm (cliquez sur le numéro OCLC correspondant), ainsi que les journaux accessibles en ligne. La liste est organisée par province ou territoire, puis par nom de ville en ordre alphabétique.

Les journaux à grand tirage comme Le Devoir, le Montreal Gazette et l’Ottawa Citizen sont consultables sur microforme dans notre salle de lecture libre-service.

Les bases de données journalistiques suivantes sont accessibles à partir des postes publics de notre salle de référence : The Globe and Mail, Toronto Star, Paper of Record et Newspaper Archive.

Voici quelques ressources journalistiques en ligne (certaines en anglais) :

Page couverture de la publication Histoire officielle de la participation de l’armée canadienne à la Seconde Guerre mondiale.

Couverture de la monographie du colonel C. P. Stacey intitulée Histoire officielle de la participation de l’armée canadienne à la Seconde Guerre mondiale, volume 1 – Six années de guerre : L’armée au Canada, en Grande-Bretagne et dans le Pacifique. (No OCLC 317352934, image fournie par Publications du gouvernement du Canada)

  1. Recherches sur l’histoire militaire

Les bibliothécaires se font poser des questions d’histoire militaire par des clients à la recherche de récits publiés sur tel régiment ou telle unité, de statistiques de recrutement par année ou d’information sur le déploiement des unités canadiennes en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale.

Voici des ressources pour les recherches sur l’histoire militaire :

Image d’un horaire de la Grand Trunk Railway Company daté de 1922.

Horaire des lignes ontariennes de la Grand Trunk Railway Company, daté de 1922. (e011297622)

  1. Histoire ferroviaire

Beaucoup de clients communiquent avec les services de référence pour trouver des renseignements sur l’histoire ferroviaire. Les questions concernent notamment l’histoire d’une gare en particulier, l’histoire d’une compagnie de chemin de fer (Chemin de fer Canadien Pacifique, Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada, Grand Trunk, etc.) et les tracés de telle ou telle ligne ferroviaire.

Nous avons des cartes ferroviaires et des horaires à l’intention des passagers et des employés en format papier, qui se trouvent à l’aide d’Aurora. De nombreux horaires appartiennent à la collection Merrilees sur les transports, laquelle renferme quelque 5 000 publications : livres, publications spécialisées, manuels techniques, horaires, dépliants grand format, périodiques et brochures.

Un historien ferroviaire de l’Ontario a aussi publié des horaires sur le site Charles Cooper’s Railway Pages (en anglais).

Les horaires de Chemin de fer Canadien Pacifique de 1930 à 1985 sont consultables en ligne (en anglais) dans la collection Chung à la bibliothèque de l’Université de la Colombie-Britannique.

Voici deux excellentes publications imprimées (en anglais) au sujet de l’histoire ferroviaire :

  • Andreae, C. et Matthews, G. Lines of Country: An Atlas of Railway and Waterway History in Canada, Erin (Ontario) : Boston Mills Press, 1997. Ce livre donne un aperçu complet de l’histoire des voies ferroviaires et maritimes au Canada et comprend des cartes des chemins de fer au pays, de leurs débuts à aujourd’hui. On peut le consulter dans notre salle de référence.
  • Ballantyne, B. et Bytown Railway Society. Canadian Railway Station Guide, Ottawa (Ontario) : Bytown Railway Society, 1998. Cet ouvrage présente des gares, des plans et des images.

 J’espère que ces ressources vous seront utiles dans vos recherches sur ces sujets. Bien entendu, n’hésitez pas à nous poser une question sur tout sujet qui vous intéresse; l’un de nos bibliothécaires de référence se fera un plaisir de vous aider!


Emily Dingwall est bibliothécaire de référence à la Division des services de référence de Bibliothèque et Archives Canada.