Hockey féminin : elle lance… et compte!

Par Ellen Bond

Remporter une compétition internationale et entendre son hymne national dans l’aréna, c’est le rêve de bien des hockeyeurs canadiens. En janvier 2020, le Canada s’est couvert d’or en défaisant la Russie en finale du Championnat mondial junior de la Fédération internationale de hockey sur glace (IIHF). Chaudement disputé, le tournoi masculin a été suivi par des millions de personnes dans le monde entier. Pourtant, à peine quelques jours plus tôt, c’est un auditoire beaucoup plus petit qui a regardé le duel entre le Canada et les États-Unis au Championnat du monde de hockey sur glace féminin des moins de 18 ans.

Contrairement au basketball, où l’on réduit la taille du ballon pour les femmes, et au volleyball, où l’on abaisse le filet, le hockey se pratique de la même façon chez les deux sexes. Certes, les femmes jouent « sans contact », mais on ne change ni le format de la patinoire, ni les dimensions des buts, ni la taille ou le poids de la rondelle. D’ailleurs, si le hockey a vu le jour au début des années 1870, les femmes ont adopté ce sport à peine deux décennies plus tard. Une question s’impose donc : comment se fait-il que le hockey féminin, après des débuts prometteurs, n’ait pas progressé comme le hockey masculin?

: Photographie noir et blanc, prise à l’extérieur, montrant des femmes en jupe longue.

Groupe de femmes réunies pour jouer au hockey, Ottawa (Ontario), 1906. (PA-042256)

Enfant, tout ce que je voulais faire, c’était de jouer au hockey. Je me souviens d’avoir regardé mon frère jouer sur la glace avec plein d’autres garçons. Ils installaient de longs boyaux sur les lignes rouge et bleues pour diviser la patinoire en trois petites surfaces de jeu. Je voulais me joindre à eux, mais on ne laissait pas les filles jouer. Les choses ont toutefois changé dans les années 1970, quand nous avons déménagé à Campbellford, en Ontario. Un jour, au début de l’automne, un homme s’est présenté chez moi et a demandé à mon père s’il voulait être l’entraîneur de l’équipe des filles. Mon père a dit oui, et au début de ma huitième année scolaire, j’ai commencé à jouer dans une ligue.

Photographie sépia d’une équipe de jeunes hockeyeuses portant un chandail où l’on peut lire « Campbellford Minor Hockey ».

Mon équipe la première année où j’ai eu le droit de jouer au hockey. Nous avons remporté le championnat. Je suis la troisième à partir de la gauche dans la rangée du haut; on voit mon père à droite et mon frère accroupi devant lui. (Photo fournie par l’auteure)

Une question m’est donc venue en tête : si les femmes et les hommes ont commencé à pratiquer ce sport à la fin du 19e siècle, pourquoi n’avais-je pas eu le droit de jouer avant mon arrivée à Campbellford, même si j’ai grandi dans une ville relativement grande?

Photographie noir et blanc d’une femme vêtue d’une jupe pour une partie de hockey en plein air.

« La reine de la glace ». Une femme en patins de figure sur une patinoire avec un bâton de hockey dans les mains, 1903. (C-3192610)

Selon l’Association de hockey féminin de l’Ontario, la première partie opposant des femmes a eu lieu en 1891 à Ottawa, en Ontario. À l’époque, l’Université de Toronto, l’Université Queen’s et l’Université McGill avaient des équipes féminines, mais celles-ci étaient tenues de jouer à l’abri des regards masculins. En effet, mis à part les arbitres, aucun homme ne pouvait assister à la partie. En 1914, le premier championnat provincial féminin s’est déroulé à Picton, en Ontario. Il a mis aux prises six équipes, dont certaines représentaient des universités. Ensuite, en 1921, l’Université de Toronto a vaincu l’Université McGill pour remporter le premier championnat universitaire féminin au Canada. Grâce à ces équipes et à d’autres, le sport a continué de croître, bien que de façon irrégulière, pendant les années 1920 et 1930.

Puis, tout s’est arrêté net. Peut-être était-ce parce qu’on jugeait le hockey trop violent pour les filles, comme l’a affirmé Clarence Campbell, président de la Ligue nationale de hockey, en 1946. Ou parce qu’à certains endroits, il était interdit de regarder les femmes jouer. Ou parce qu’on trouvait la chose frivole, ou les joueuses trop passionnées. Ou encore, comme l’avance Wayne Norton dans le livre Women on Ice : The Early Years of Women’s Hockey in Western Canada, parce qu’à l’issue d’un vote en 1923, l’Association canadienne de hockey amateur s’est opposée à la reconnaissance officielle du hockey féminin. Dans le livre Too Many Men on the Ice : Women’s Hockey in North America, Joanna Avery et Julie Stevens soutiennent que la participation du Canada à la Seconde Guerre mondiale a entraîné le déclin du hockey féminin. Quand la majorité des hommes sont partis combattre, beaucoup de femmes se sont mises à travailler dans les usines, ce qui leur laissait peu de temps pour s’amuser. Bref, quelle que fût la raison, notre sport de prédilection a été difficilement accessible aux femmes et aux filles pendant plusieurs décennies, et bon nombre d’entre elles n’ont jamais eu l’occasion de jouer au hockey.

Photographie noir et blanc d’une hockeyeuse professionnelle.

Mademoiselle Eva Ault. Quand la Première Guerre mondiale a conduit les hommes en Europe, les femmes ont eu leur première chance de jouer au hockey dans un contexte professionnel. Eva Ault est devenue une favorite de la foule, mais la fin de la guerre a marqué la fin de la carrière des pionnières du hockey professionnel féminin. (PA-043029)

Photographie noir et blanc d’une équipe de hockey féminin. Les huit joueuses, en uniforme, sont placées côte à côte et tiennent leur bâton la palette vers le haut.

Une équipe de hockey féminin de Gore Bay, sur l’île Manitoulin (Ontario), 1921. Le nom des joueuses figure dans la notice. (PA-074583)

J’ai pu jouer au hockey de la huitième à la treizième année, aussi bien dans un cadre communautaire que scolaire à Peterborough, en Ontario. J’ai aussi eu la chance de faire partie des équipes universitaires à McMaster et à Queen’s. C’est le plus près que je me suis approchée du niveau professionnel. On nous fournissait l’équipement, une patinoire pour les entraînements et les parties, et le transport pour chaque affrontement. À l’Université McMaster, le budget total de mon équipe était inférieur à ce que l’équipe masculine dépensait juste pour les bâtons, mais je me considérais chanceuse de pouvoir représenter mon université et de jouer avec et contre certaines des meilleures hockeyeuses au monde.

Parmi ces athlètes d’exception, il y avait Margot (Verlaan) Page et Andria Hunter. Toutes deux ont représenté le Canada aux championnats du monde. J’ai joué avec Margot pendant trois ans à l’Université McMaster. C’était la capitaine et la meilleure sur la glace. À l’époque, c’était le plus haut niveau qu’il lui était possible d’atteindre. Elle a par la suite défendu les couleurs du Canada aux championnats du monde de l’IIHF de 1987 (événement non sanctionné), 1990, 1992 et 1994. Puis, de 2000 à 2007, elle a dirigé les équipes féminines canadiennes aux championnats de l’IIHF et aux Jeux olympiques. Aujourd’hui, Margot est entraîneuse en chef de l’équipe féminine des Badgers de l’Université Brock. Quant à Andria, je l’ai rencontrée lorsque nous vivions toutes deux à Peterborough. Je travaillais comme monitrice au camp Quin-Mo-Lac alors qu’elle était campeuse. Comme nous vivions dans une petite ville, nous nous croisions souvent. J’ai demandé à Andria comment se sont déroulés ses débuts au hockey. Voici son histoire, traduite en français :

J’ai commencé à jouer au hockey en 1976. C’était plutôt rare, à l’époque, de voir des filles pratiquer ce sport. J’ai eu la chance de me trouver à Peterborough au moment où le hockey féminin commençait à se développer. À ce moment-là, bien des petites villes n’avaient aucune équipe féminine. La première année, j’ai joué avec des garçons dans une ligue locale, mais par la suite, j’ai toujours pu jouer avec des filles.

Toute mon enfance, j’ai rêvé de jouer au niveau universitaire, parce que c’était le plus haut niveau à l’époque. Il n’y avait pas d’équipe nationale, donc il fallait évidemment oublier les championnats du monde et les Jeux olympiques. J’ai toutefois été très chanceuse que le hockey féminin connaisse des changements majeurs au bon moment pour moi.

Je me suis retrouvée dans une équipe universitaire américaine grâce à une bourse d’études; c’était seulement la deuxième fois aux États-Unis qu’une femme étrangère recevait une bourse pour jouer au hockey. J’ai aussi pu faire partie d’Équipe Canada en 1992 et en 1994! Je me suis toujours dit que si j’étais née à peine cinq ans plus tôt, je n’aurais possiblement pas vécu ces merveilleuses expériences.

De 1990 à 1996, j’ai joué à l’Université de Toronto, où je faisais mes études supérieures. C’était une période de transition tumultueuse pour le programme. À ma première année, nous rangions notre équipement dans un petit casier. Les parties se divisaient en trois périodes de seulement quinze minutes, et la surfaceuse passait une seule fois. Puis, pendant la saison 1993-1994 (j’étais alors partie jouer en Suisse), le programme de hockey féminin a failli être éliminé, mais de nombreuses personnes se sont ralliées pour le sauver. À mon retour à l’Université de Toronto, l’année suivante, le hockey féminin était devenu un sport de haute performance. Nous avions maintenant quatre entraînements de deux heures par semaine, et nous ne rangions plus notre équipement dans des casiers!

J’ai aussi joué dans la Ligue nationale de hockey féminin (LNHF) à ses débuts. Quand je portais le chandail des Ice Bears de Mississauga, notre propriétaire enthousiaste a trouvé le moyen de nous faire jouer au Hershey Centre [aujourd’hui le Paramount Centre], où nous avions même notre propre vestiaire. Malheureusement, nous n’attirions pas assez de spectateurs pour rester dans un aréna aussi cher, ce qui a entraîné notre déménagement à Oakville après deux saisons.

Depuis que j’ai quitté la LNHF, en 2001, le hockey féminin a poursuivi sa croissance. Aujourd’hui, la société voit assurément le sport féminin d’un bien meilleur œil que lorsque j’étais enfant. Le niveau de jeu est rehaussé parce que les filles ont plus d’occasions de se développer. La qualité des entraîneurs, le degré de compétitivité et le temps de glace au niveau amateur y sont certainement aussi pour quelque chose. Il y a également plus d’équipes universitaires au Canada et aux États-Unis, et plus de ressources pour les joueuses. Malheureusement, on a encore de la difficulté à attirer les foules, et les débouchés professionnels sont limités. Heureusement, il y a de plus en plus de place pour les femmes derrière les bancs.

Photographie noir et blanc d’une équipe de hockey féminin. Les joueuses portent des chandails d’équipe et tiennent chacune un bâton.

Photographie de l’équipe de hockey féminin de l’Université Queen’s, 1917. Certains noms figurent dans la notice. (PA-127274)

Comme l’a dit Andria, les filles qui veulent jouer au hockey aujourd’hui ont maintes possibilités. Il y a beaucoup d’équipes partout au Canada. Les jeunes hockeyeuses peuvent viser de nombreuses équipes universitaires, la première division de la National Collegiate Athletic Association (NCAA), aux États-Unis, et des équipes dans plusieurs pays d’Europe. Elles peuvent rêver de représenter leur pays aux Jeux olympiques et aux championnats du monde. Des millions de téléspectateurs ont pu voir l’élite des joueuses canadiennes et américaines s’affronter à 3 contre 3 pendant le week-end des étoiles de la LNH à Saint-Louis, au Missouri. À mesure que le hockey féminin poursuivra sa croissance, les rivalités entre pays se développeront. Et qui sait, la LNH lancera peut-être un jour une division féminine?

Dans tous les cas, l’avenir s’annonce prometteur pour les jeunes filles qui rêvent de jouer au hockey. Margot, Andria et moi avons tiré bien des leçons de vie de ce sport dans notre jeunesse, et nous sommes enchantées pour les filles d’aujourd’hui quand nous voyons toutes les perspectives que leur réserve le merveilleux sport qu’est le hockey.


Ellen Bond est assistante de projet à la Division du contenu en ligne de Bibliothèque et Archives Canada.

Tommy Burns, le héros de Hanover

Par Isabel Larocque

En 1906, alors que les boxeurs américains s’échangeaient à tour de rôle le titre de champion du monde poids lourds, personne n’aurait pu prédire la victoire du Canadien Tommy Burns. Du haut de ses 170 cm, ce boxeur fut non seulement le plus petit à remporter le titre de champion du monde, mais également le seul Canadien à y parvenir. Souvent sous-estimé par ses adversaires à cause de sa taille, Burns possédait pourtant une technique exemplaire qui lui permettait d’écraser le plus costaud des opposants.

Né Noah Brusso, cet athlète originaire de Hanover, en Ontario, était le douzième d’une famille de treize enfants. Il grandit dans un milieu modeste et, très jeune, se voit retiré de l’école par sa mère à la suite d’une bagarre contre un camarade de classe.

Celle-ci désapprouve totalement la boxe. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’à l’âge adulte, après un combat qui met l’un de ses adversaires dans le coma, Noah choisit de changer de nom. Il croit qu’ainsi, sa mère ne pourra pas suivre ses exploits. Puisque les boxeurs irlandais ont une excellente réputation, il choisit un nom à consonance irlandaise, Tommy Burns, dans l’espoir de propulser sa carrière.

Photo noir et blanc d’un homme portant des gants, un short et des chaussures de boxe.

Le boxeur Tommy Burns, date inconnue. (c014091)

Photo noir et blanc d’un homme portant des gants, un short et des chaussures de boxe.

Le boxeur Tommy Burns, 1912. (c014094)

Dans le ring, Tommy Burns use de stratégie; chacun de ses gestes est calculé. Il insulte ses adversaires afin de les déstabiliser, évite les coups, puis, lorsqu’il passe à l’attaque, parvient à les éliminer grâce à sa rapidité et à son crochet. Ses nombreuses années d’entraînement au hockey et à la crosse lui ont légué de fortes jambes, tandis que ses longs bras lui procurent une portée qui surprend ses adversaires. Sa technique irréprochable lui vaut de nombreuses victoires, puisque la majorité de ses compétiteurs misent seulement sur la force physique.

Burns considère d’ailleurs la technique de la boxe comme une science en soi. Il rédige même un bouquin à ce sujet, intitulé Scientific Boxing and Self Defence (Science de la boxe et de l’autodéfense). Publié en 1908, l’ouvrage fait partie de la collection de Bibliothèque et Archives Canada.

Photo noir et blanc d’une main tenant un livre ouvert à la page de titre.

L’ouvrage rédigé par Tommy Burns, Scientific Boxing and Self Defence (Science de la boxe et de l’autodéfense). Photo : David Knox

Mais ce qui distingue réellement Tommy Burns des boxeurs de son époque, c’est sa volonté d’affronter des adversaires de toutes les nationalités. Alors que la majorité des boxeurs refusent de compétitionner contre des athlètes de différentes origines, Burns voit plutôt cela comme une occasion de prendre de l’expérience et de prouver qu’il est le meilleur de tous. Il sera d’ailleurs le premier champion du monde des poids lourds à défendre son titre contre un Afro-américain.

Durant son ascension vers le sommet, Burns affronte des champions des quatre coins du globe. Devenir le meilleur boxeur blanc ou canadien ne lui suffit pas : il veut être le meilleur au monde. C’est ce qui le pousse à affronter en 1908 Jack Johnson, un boxeur à la stature imposante. Burns perd ce combat, et Johnson devient le premier boxeur noir de l’histoire à remporter le titre de champion du monde. La performance audacieuse de Burns lui vaut une ovation debout lorsqu’il quitte l’arène.

Tommy Burns livrera quelques combats par la suite, mais il ne réussira jamais à reconquérir son titre de champion du monde. Après sa carrière en boxe, il devient promoteur et entraîneur, avant de se tourner vers la religion et de se convertir à l’évangélisme. Il décède en 1955 à Vancouver, des suites d’un malaise cardiaque. Sa confiance et son audace légendaires font de lui l’un des boxeurs les plus renommés de tous les temps.

Si les exploits de Tommy Burns vous intéressent, consultez Le boxeur Tommy Burns : un champion du monde légendaire.


Isabel Larocque est agente de projet pour l’équipe du Contenu en ligne à Bibliothèque et Archives Canada.

La vie et l’héritage de Tom Cogwagee Longboat

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.Par Elizabeth Kawenaa Montour

Vitesse, athlétisme, détermination, courage et persévérance : voilà les mots qui viennent à l’esprit lorsqu’on pense à Tom Cogwagee Longboat, dont le nom onondaga (Cogwagee) signifie « Tout ». Au cours du siècle dernier, de nombreux faits, récits et photographies ont été compilés pour tenter de mieux connaître et comprendre l’homme derrière le mythe.

Thomas Charles Cogwagee Longboat, fils de George Longboat et d’Elizabeth Skye, est né le 4 juillet 1886 (certaines sources mentionnent le 4 juin 1887). Membre du clan du Loup de la Nation onondaga du Territoire des Six Nations, il adopte le mode de vie traditionnel des Haudenosaunee (mot qui signifie « peuple de la maison longue »).

À l’âge de 12 ou 13 ans, Longboat est envoyé de force au pensionnat indien de l’Institut mohawk, une école anglaise de confession anglicane qui fut active de 1823 à 1970. C’est un choc pour ses camarades et lui, obligés d’abandonner leur langue et leurs croyances pour parler anglais et pratiquer le christianisme.

Décidé à rentrer chez lui, Longboat s’enfuit du pensionnat, mais on le rattrape et il est puni. Il tente de nouveau sa chance, se réfugiant cette fois à la ferme de son oncle, espérant ainsi mieux dissimuler ses traces. La stratégie fonctionne et met fin à son éducation officielle. Longboat travaillera ensuite comme ouvrier agricole à plusieurs endroits, ce qui l’obligera à se déplacer à pied sur de longues distances.

C’est en 1905 que Tom Longboat entame son parcours de coureur amateur. À peine deux ans plus tard, le 19 avril 1907, il remporte le marathon de Boston – le plus prestigieux au monde – en 2 heures, 24 minutes et 24 secondes, retranchant presque 5 minutes du record précédent. Cet exploit est source de grande fierté et d’inspiration pour les Autochtones et les Canadiens. Le lendemain, on peut lire dans le Boston Globe :

« Bravant la pluie et le froid, les milliers de personnes massées le long des rues, d’Ashland au B.A.A [Boston Athletic Association], ont été largement récompensées lors du passage de Tom Longboat, le plus admirable coureur ayant traversé notre ville. Il a franchi la ligne d’arrivée tout sourire. Rien n’indiquait que ce jeune homme venait de parcourir, en quelques heures, plus de kilomètres qu’une personne n’en marche en une semaine. Gagnant en vitesse à chaque foulée, porté par les acclamations de la foule, le jeune homme au teint de bronze, aux cheveux et aux yeux de jais, au corps long et souple et aux jambes élancées, a volé vers la victoire.

Assourdi par le plus grand vacarme entendu depuis des années, Longboat a franchi la ligne d’arrivée, déchirant le ruban alors que les chronométreurs arrêtaient leur montre et que retentissaient les déclics de dizaines d’appareils photo. Il venait de remporter le plus important des marathons modernes. Des bras se sont tendus, prêts à soutenir le gagnant, mais Longboat n’en a pas eu besoin.

Repoussant ceux qui souhaitaient l’étreindre, il a embrassé la foule du regard et remercié tous ses supporteurs. De nombreuses personnes se sont avancées pour lui serrer la main; si ce n’était du fait que les policiers avaient installé de solides cordons pour retenir le public, il aurait reçu de longues accolades. Il s’est ensuite élancé vers le club d’un pas solide et robuste. »

The Boston Globe, 20 avril 1907 [Traduction]

Un an après cette éclatante victoire, Longboat participe au marathon des Jeux olympiques de Londres, en Angleterre. La course totalise 42,2 km, mais il ne peut la compléter, s’effondrant au 32e kilomètre. Il bifurque alors vers la course professionnelle, décrochant en 1909 le titre de champion professionnel du monde lors de la course du Madison Square Garden à New York.

Page noir et blanc du Recensement de 1911, avec du texte dans chacune des 38 colonnes. Les renseignements recueillis se divisent en plusieurs catégories : nom, lieu du domicile, renseignements sur la personne, pays ou lieu de naissance, emploi principal ou métier, citoyenneté, langue et scolarité.

Page du Recensement de 1911 sur laquelle figurent Thomas C. Longboat et sa femme Loretta [Lauretta], comté de York (Ontario). Sous la catégorie « Emploi principal ou métier », on peut lire « Runner » (Coureur). (e002039395)

Photo noir et blanc de deux militaires portant un uniforme de la Première Guerre mondiale. Assis, sourire aux lèvres, ils achètent un journal d’un jeune garçon. Le militaire à droite prend le journal d’une main et donne l’argent au garçon de l’autre.

Le soldat Tom Longboat, coureur de fond onondaga, achète un journal d’un garçon français, juin 1917. (a001479)

En 1916, alors que la Première Guerre mondiale fait rage, Longboat est envoyé outre-mer avec le Corps expéditionnaire canadien. Ses aptitudes physiques hors du commun lui sont d’un grand secours pour accomplir ses fonctions d’estafette, qui l’amènent régulièrement à se déplacer à la course.

Mais après un bombardement intensif en Belgique, Longboat se retrouve prisonnier des décombres. À tort, on le croit décédé; une méprise qui ne sera pas sans conséquence puisque, se croyant veuve, son épouse kanienkenha:ka (mohawk), Lauretta Maracle, se remarie. Le couple avait convolé en justes noces en 1908.

Après la guerre, Tom Longboat se remariera lui aussi, épousant Martha Silversmith, une femme onondaga avec qui il aura quatre enfants.

La carrière militaire de Tom Longboat se poursuit lors de la Deuxième Guerre mondiale, plus précisément au sein de la Garde des anciens combattants, située dans un camp militaire près de Brantford (Ontario). La famille Longboat s’établit ensuite à Toronto, où Tom occupe un poste dans la fonction publique municipale. À sa retraite, il retourne vivre sur le Territoire des Six Nations. Il décède le 9 janvier 1949.

En 1951, on crée à titre posthume un prestigieux prix destiné à perpétuer la mémoire de ce grand athlète : le trophée Tom Longboat, remis chaque année à des athlètes autochtones qui incarnent le travail acharné et la détermination. Le trophée est conservé au Panthéon des sports canadiens, à Calgary; une réplique se trouve actuellement au Cercle autochtone des sports, à Ottawa.

En 1955, Tom Longboat est introduit au Panthéon des sports canadiens et au Indian Hall of Fame.

Plaque rouge rectangulaire arborant un texte doré, surmonté de l’emblème du Canada et de l’inscription « Tom Longboat 1886-1949 ».

Plaque de la Commission des lieux et monuments historiques du Canada créée en l’honneur de Tom Longboat. On peut la voir sur la 4th Line Road, dans la réserve des Six Nations de la rivière Grand, à Ohsweken, en Ontario. (Photo : Gracieuseté de Parcs Canada)

Les exploits de Longboat sont honorés encore de nos jours. En 1976, le gouvernement du Canada installe une plaque en son honneur sur la 4th Line Road, dans la réserve des Six Nations de la rivière Grand, à Ohsweken (Ontario). En 1999, le magazine Maclean’s nomme Tom Longboat plus grand athlète canadien du 20e siècle. En 2000, Postes Canada émet un timbre soulignant ses victoires. Puis, en 2008, l’Ontario adopte une loi provinciale faisant du 4 juin le Jour Tom Longboat. Ce jour-là, la course Tom Longboat se tient aux Six Nations, tandis qu’en septembre on organise à Toronto la course Longboat Toronto Island Run.

Plusieurs endroits portent également le nom de Tom Longboat: une intersection aux Six Nations, un sentier à Brantford (Ontario), une voie à Toronto et une école élémentaire publique à Scarborough (Ontario). Au 1087, rue Queens Ouest, à Toronto, on retrouve un Longboat Hall au YMCA où l’athlète s’entraînait.

On peut aussi admirer au Centre culturel Woodland des Six Nations une statue de Longboat intitulée « Challenge and Triump » (Défis et triomphe) réalisée par le sculpteur David General, et visiter une exposition consacrée à l’athèlte. Plus récemment, en 2019, on a publié un livre jeunesse sur sa vie : Voici Tom Longboat.

Le destin et les exploits de Tom Cogwagee Longboat sont aussi fascinants qu’inspirants. Pour en savoir plus à son sujet, écoutez notre balado Il s’appelait Tom Longboat, Cogwagee, Tout.  Jetez aussi un coup d’œil à l’album Tom Longboat sur Flickr.

Ce blogue fait partie d’une série portant sur les Initiatives du patrimoine documentaire autochtone. Apprenez-en plus sur la façon dont Bibliothèque et Archives Canada (BAC) améliore l’accès aux collections en lien avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Voyez aussi comment BAC appuie les communautés en matière de préservation d’enregistrements de langue autochtone.


Elizabeth Kawenaa Montour est archiviste de projet à la Division des expositions et du contenu en ligne de la Direction générale des services au public à Bibliothèque et Archives Canada.

Le hockey et la Première Guerre mondiale

Par Ellen Bond

Au début des années 1900, le hockey forge des soldats. Les qualités du bon hockeyeur – force, endurance, patience et robustesse – sont recherchées par l’armée. Ce sport rude et intense est donc perçu comme une préparation au combat. De nombreux hockeyeurs se portent volontaires pour aller au front pendant la Grande Guerre et deviennent souvent des soldats d’exception.

Allan McLean « Scotty » Davidson est de ceux-là. Né le 6 mars 1891 à Kingston, en Ontario, il entreprend son parcours de hockeyeur avec l’équipe junior des Frontenacs, dans sa ville natale. Il remporte le championnat junior de l’Association de hockey de l’Ontario en 1910 et 1911 à titre de capitaine. Il déménage ensuite à Calgary pour rallier l’équipe senior Athletic Club. Celle-ci gagne la Coupe de l’Alberta en 1911-1912 et accède au Championnat canadien de hockey senior, mais ne parvient pas à ravir la Coupe Allan aux Victorias de Winnipeg.

En 1912, Davidson fait ses débuts professionnels avec les Blueshirts de Toronto (qui deviendront les Maple Leafs) dans l’Association nationale de hockey. L’année suivante, il est capitaine et premier marqueur de son équipe. Puis, en 1914, il mène ses troupes à leur premier sacre de la Coupe Stanley. En deux saisons avec les Blueshirts, Davidson inscrit 46 buts en 44 rencontres. Aux dires d’Edward Allan, chroniqueur de hockey pour le journal torontois The Mail and Empire, il patine plus vite à reculons que la plupart des joueurs vers l’avant.

Photographie en noir et blanc des Blueshirts de Toronto en 1914.

Les Blueshirts de Toronto, champions de la Coupe Stanley en 1914. Scotty Davidson est assis au centre de la première rangée. Source : Musée McCord

En tant que joueur étoile, Davidson a toutes les qualités que l’armée recherche. En septembre 1914, il devient possiblement le premier hockeyeur professionnel à s’enrôler dans le Corps expéditionnaire canadien. Il se porte volontaire comme « lanceur de bombes » (le soldat chargé d’envoyer les grenades sur l’ennemi). Des journaux racontent son séjour dans l’armée et font état de sa bravoure devant le danger.

Scotty Davidson tombe au combat le 16 juin 1915. Son dossier de service indique qu’il a été tué instantanément par un obus qui a atterri dans sa tranchée et l’a pratiquement réduit en charpie. Un journal qui rapporte sa mort affirme que Davidson se serait vu décerner la Médaille de conduite distinguée ou la Croix de Victoria s’il avait survécu à la bataille. Le capitaine George Richardson, son frère d’armes habitant lui aussi à Kingston, le présente comme l’un des hommes les plus braves de sa compagnie. C’est un soldat courageux et dévoué, toujours prêt à secourir ses camarades. Le nom de Davidson est gravé à jamais sur le Mémorial national du Canada à Vimy, en France.

Une page du dossier de service de Scotty Davidson décrivant sa mort au combat.

Une page du dossier de service numérisé de Scotty Davidson décrivant sa mort au combat (Bibliothèque et Archives Canada, CEC 280738).

Scotty Davidson est un patineur fluide, un excellent marqueur et un grand meneur d’hommes; le type d’athlète que j’aurais beaucoup aimé voir jouer. En 1925, la revue Maclean’s le choisit comme premier ailier droit de son équipe de rêve. Ernie Hamilton, l’entraîneur d’une équipe adverse, affirme que Davidson possède le tir le plus puissant qu’il a jamais vu. Si nous jouissons aujourd’hui de la liberté, c’est grâce à des héros comme lui, un athlète illustre dont la vie a été fauchée beaucoup trop tôt.

Scotty Davidson est intronisé au Temple de la renommée du hockey en 1950. Le Mémorial virtuel de guerre du Canada honore son sacrifice.


Ellen Bond est adjointe de projet au sein de l’équipe du contenu en ligne de Bibliothèque et Archives Canada.

Des images de rugby maintenant sur Flickr

Photo noir et blanc de deux équipes de rugby en pleine mêlée. Deux arbitres surveillent la séquence de jeu.

Deuxième match de rugby à Godalming, en Angleterre, entre les équipes de Seaford et Witley [MIKAN 3385967]

Ce sont probablement les colons et les militaires britanniques qui ont importé le rugby au Canada, au début du XIXe siècle. Ce sport semble être pratiqué de manière informelle jusqu’en 1864, année où F. Barlow Cumberland et Fred A. Bethune, du Trinity College, à Toronto, codifient des règles pour le Canada. Le premier match joué selon ces règles a lieu à Montréal; il oppose des officiers d’un régiment anglais à des civils de l’Université McGill.

Photo noir et blanc de joueurs de rugby blessés. Un joueur assis sur une chaise reçoit des soins pour une blessure à la tête. Un deuxième joueur est étendu au sol, une couverture sur le corps. Des spectateurs se tiennent près des joueurs, derrière la ligne de côté.

Joueurs blessés et spectateurs sur la ligne de côté lors d’un match de rugby entre les joueurs canadiens de Seaford et de Witley à Godalming, en Angleterre [MIKAN 3385975]

Photo noir et blanc de l’équipe de rugby de l’Université McGill lors de la saison 1884-1885. James Naismith est assis avec ses coéquipiers (2e rangée, premier à gauche).

Équipe de rugby de l’Université McGill de la saison 1884-1885, y compris James Naismith que l’on voit assis avec ses coéquipiers (2e rangée, premier à gauche), à Montréal, au Québec [MIKAN 3650079]

Des clubs provinciaux de rugby se forment peu après aux quatre coins du pays. On organise d’abord des rencontres interprovinciales, puis des compétitions internationales. La première, en 1874, met évidemment aux prises le Canada (Université McGill) et les États-Unis (Université Harvard)!

Photo noir et blanc d’une équipe senior de rugby universitaire, en Ontario. Les membres se tiennent en rangée, de biais, la main gauche sur la hanche et la main droite sur l’épaule de la personne devant.

Équipe senior de rugby universitaire, en Ontario [MIKAN 3715584]

Au XXe siècle, le sport connaît une croissance constante. Des équipes étrangères viennent disputer des matchs au Canada, et des équipes canadiennes vont jouer à l’étranger, notamment au Japon, en Angleterre, en Irlande, en Argentine et en Australie. L’arrivée des femmes marque en outre un jalon important dans l’histoire du sport. À partir du début des années 1980, on forme des équipes féminines pour disputer des matchs tant locaux qu’internationaux. On en compte aujourd’hui plus de 30 au pays.

Visitez l’album Flickr maintenant!

Des images de courses maintenant sur Flickr

Course (nom) – compétition entre des coureurs, des chevaux, des véhicules, des bateaux, etc., pour déterminer qui est le plus rapide à effectuer un parcours donné.

Une photographie noir et blanc de cinq hommes alignés sur une route, prêts pour le départ d’une course. Des soldats debout de chaque côté de la route les regardent.

Course à relais lors d’une compétition d’athlétisme, Whitley (Angleterre) [MIKAN 3387500]

Une photographie noir et blanc d’un homme sautant dans les airs entre deux autos, agitant un drapeau pour donner le signal de départ d’une course.

Le juge de départ Jack Williams donnant le signal sur la piste d’accélération d’un quart de mille à la B.C. Custom Car Association, Abbotsford (Colombie-Britannique) [MIKAN 4313700]

Oui, les Canadiens courent par tous les temps et dans les situations les plus diverses!

Une photographie noir et blanc de deux fillettes observant un garçon mettre à l’eau un voilier miniature.

Voilier de course miniature, plage Sunnyside, Toronto (Ontario) [MIKAN 3624441]

Une photographie noir et blanc de huit équipes poussant leur canot sur les glaces du fleuve en direction de l’eau libre.

Course en canot à glace, Québec (Québec) [MIKAN 4951652]

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Pourquoi une équipe refuserait-elle la coupe Stanley?

Par J. Andrew Ross

L’an dernier, la Ligue nationale de hockey (LNH) a célébré le 125e anniversaire de la coupe Stanley. Il ne fait aucun doute que cette année de célébration a été retenue parce que l’année 2017 marquait aussi le centenaire de la LNH, car bien qu’on ait, 125 ans plut tôt (soit le 18 mars 1892), annoncé que le gouverneur général Frederick Arthur Stanley, 1er baron Stanley souhaitait faire don d’une coupe pour le championnat de hockey du Dominion du Canada, celle‑ci n’est arrivée au Canada que l’année suivante. D’autant, l’équipe qui devait recevoir la coupe Stanley l’a refusée; elle n’a été persuadée d’en prendre possession qu’en 1894.

Mis à part les anniversaires, l’histoire de la coupe Stanley, qui allait devenir l’emblème sportif le plus sacré au Canada, est racontée par la collection de Bibliothèques et Archives Canada.

Lorsque sa coupe est finalement arrivée au Canada, Stanley était déjà retourné en Angleterre. Il y était retourné avant la fin de son mandat en tant que gouverneur général, étant devenu le 16e comte de Derby après la mort de son frère. Stanley a nommé l’éditeur du Evening Journal d’Ottawa, Philip Dansken (« P.D. ») Ross, un des fiduciaires du trophée, le laissant dicter les règles de la compétition.

Sur la page du dimanche 23 avril 1893 du journal de Ross, il est noté qu’il s’est assis ce jour‑là pour rédiger les nouvelles règles, lesquelles ont été imprimées dans l’édition du 1er mai 1893 du Evening Journal.

Coupure de journal granuleuse d’un article portant le titre « “The Stanley Cup.” His Excellency’s gift to the hockey associations. »

Extrait de « The Stanley Cup », Evening Journal (Ottawa), le 1er mai 1893, page 5. (AMICUS 7655475)

Bien qu’il ait déjà été gravé « Dominion Hockey Challenge Cup » sur la coupe, Ross a immédiatement fait valoir qu’elle devrait s’appeler « coupe Stanley » en l’honneur de son donateur. Il a confirmé qu’elle serait pour la première fois remise aux vainqueurs en titre de la ligue de hockey élite de l’époque, la Amateur Hockey Association of Canada (AHAC), avec l’intention qu’ils tentent de la disputer contre les vainqueurs de l’Ontario Hockey Association. Ross a fait en sorte que la coupe Stanley soit présentée à l’équipe de l’Association des athlètes amateurs de Montréal (MAAA) en tant que vainqueur en titre de la AHAC, jusqu’au championnat de la AHAC devant avoir lieu l’année suivante (c.‑à‑d. en 1894), lorsque la coupe serait remise à l’équipe gagnante.

Le 15 mai 1893, le shérif John Sweetland d’Ottawa, l’autre fiduciaire de la coupe Stanley, s’est rendu à Montréal pour remettre le trophée à l’occasion de l’assemblée annuelle de la MAAA. Lorsqu’il est arrivé avec la coupe Stanley – qui n’était alors qu’un simple bol sur un socle en bois – il a appris que les hauts dirigeants de l’équipe de hockey avaient refusé d’assister à la cérémonie. Dans le procès‑verbal de la réunion, que l’on trouve dans le fonds MAAA (et qui est disponible en ligne), on note ce qui suit : « Le shérif Sweetland a alors procédé à la remise de la coupe, qui a été acceptée par M. Taylor [président de la MAAA] en raison de l’absence inévitable de M. Stewart, le président du Montreal Hockey Club, au nom de l’association et du club susmentionnés [TRADUCTION]. »

Note manuscrite expliquant qui a remis la Hockey Challenge Cup (qui allait devenir la coupe Stanley) et qui l’a acceptée et pourquoi.

Extrait du cahier de compte rendu de la MAAA de l’assemblée annuelle du 15 mai 1893, page 315, MG28 I 351, Bibliothèques et Archives Canada.

On ne peut clairement établir si Sweetland s’est rendu compte que la coupe et lui‑même avaient été rejetés, mais l’absence des membres du club de hockey n’était pas « inévitable ». Ces derniers ont délibérément boycotté l’événement lorsqu’ils ont appris que la coupe allait être décernée à la direction de la MAAA, et non à l’équipe – et que la mention « Montreal AAA/1893 » avait été gravée sur un anneau autour du socle en bois du bol. Le conflit aurait découlé du ressentiment que nourrissaient les membres du club de hockey à l’idée d’être connus sous le nom « MAAA », plutôt que Montreal Hockey Club (Montreal HC). C’était un point d’honneur plutôt mesquin puisque les joueurs du club de hockey portaient l’emblème de la MAAA – la roue ailée – sur leurs uniformes. Toutefois, c’était clairement un point d’honneur de grande importance pour ces fiers joueurs de hockey.

Photographie en noir et blanc montrant un groupe d’hommes debout, assis ou allongés. La plupart portent un uniforme d’équipe et des patins de hockey.

MAAA 1890 (Montreal Hockey Club) (Temple de la renommée du hockey/Bibliothèques et Archives Canada/PA 050689). Crédit : Temple de la renommée du hockey.

Ce n’est qu’après près d’un an de négociations litigieuses – la MAAA a éventuellement menacé de retourner la coupe aux fiduciaires! – que le Montreal HC a, en mars 1894, finalement accepté de prendre possession de la coupe Stanley. Quelques semaines plus tard, le club a remporté le championnat de la AHAC, ce qui a fait d’eux les premiers vainqueurs (par opposition à de simples détenteurs) de la coupe. Cette fois, l’équipe s’est chargée elle-même de faire graver la coupe, prenant soin d’y faire inscrire « Montreal 1894 ». Comme il n’y avait aucune référence à la MAAA, leur honneur était préservé.

La saison suivante, le Montreal HC est devenu la première équipe à défendre le trophée avec succès lors de la première série de la coupe Stanley. On pourrait arguer que son acharnement à y faire graver son nom en valait la peine, même si son refus prolongé d’accepter le trophée a bien failli estomper toute son importance. Mais la coupe Stanley a enfin été décernée, et le reste appartient à l’histoire.


Andrew Ross est archiviste à la Division des archives gouvernementales et auteur de Joining the Clubs: The Business of the National Hockey League to 1945.

Le baseball majeur conquiert le nord

Par Kelly Anne Griffin

Il y a belle lurette que des Canadiens évoluent dans les ligues majeures de baseball : depuis les années 1870, en fait. Bill Phillips, originaire du Nouveau-Brunswick, ouvre la voie en devenant joueur de premier but à Cleveland. Puis, en 1883, l’Ontarien Tip O’Neill – le plus grand joueur canadien avant 1900 – fait son entrée dans la Ligue majeure de baseball (MLB). Plusieurs Canadiens lui emboîteront le pas, notamment Ferguson Jenkins, né à Chatham, en Ontario. Jenkins est le seul Canadien inscrit au Temple de la renommée du baseball américain, un musée situé à Cooperstown, dans l’État de New York. Sa carrière de lanceur est remarquable : il a remporté 284 victoires.

Photo noir et blanc d’un lanceur en train de lancer une balle à partir du monticule. On voit derrière lui un grand tableau de pointage indiquant les résultats, ainsi que des joueurs de champ extérieur se préparant à suivre la balle.

Ferguson Jenkins, inscrit au Temple de la renommée, lance pour les Cubs de Chicago lors d’une partie contre les Expos de Montréal le 19 septembre 1970. Jenkins est aujourd’hui un philanthrope actif, notamment par l’intermédiaire de sa fondation Fergie Jenkins, établie à St. Catharines (Ontario). Crédit: Montreal Star (MIKAN 3628671)

Le Canada compte lui aussi son Temple de la renommée du baseball. Situé à Saint Marys (Ontario), il rend hommage aux Canadiens qui ont contribué à ce sport, tant sur le terrain qu’à l’extérieur. Enfin, depuis l’expansion de la Ligue nationale en 1968, deux équipes canadiennes ont joué au sein de la MLB.

Les Expos de Montréal : « nos amours »

La toute première semaine des Expos est exaltante. Le 8 avril 1969, alors qu’ils affrontent les Mets au stade Shea de New York, l’Ô Canada retentit pour la première fois lors d’une partie de la MLB. Le propriétaire de l’équipe, Charles Bronfman, ne peut retenir ses larmes. Au terme d’une partie enlevante, les Expos l’emportent par la marque de 11 à 10. Leurs partisans les surnomment « nos amours », un surnom qui leur restera.

Le 14 avril, les Expos présentent à Montréal la première partie de la MLB jouée à l’extérieur des États-Unis. Ils triomphent au parc Jarry devant des milliers de partisans. Trois jours plus tard, le lanceur Bill Stoneman réussit un match sans point ni coup sûr contre les Phillies de Philadelphie. Les Montréalais sont captivés; c’est le début d’une longue aventure.

Affiche couleur conçue pour les Jeux olympiques de 1976. Elle illustre trois vues différentes du stade olympique, bâti pour les Jeux olympiques d’été tenus cette année-là à Montréal.

Le stade olympique de Montréal est construit pour les Jeux olympiques d’été de 1976; les Expos y jouent pour la première fois l’année suivante. Toutefois, l’endroit n’est pas conçu pour le baseball : la structure du toit, notamment, est problématique, et la mince pelouse artificielle occasionne des problèmes de genoux aux joueurs. Depuis 2014, les Blue Jays y tiennent des rencontres hors-concours Crédit: Paul Taillefer/Bibliothèque et Archives Canada (MIKAN 3929420)

Malgré leur excellent réseau d’équipes-écoles et leur talent exceptionnel, les Expos ne prennent part qu’une seule fois aux séries éliminatoires, en 1981. Cette saison-là, sous la gouverne de leur gérant Jim Fanning (un membre du Temple de la renommée du baseball canadien), Warren Cromartie, Andre Dawson et Gary Carter obtiennent tous une moyenne au bâton de plus de .300 ; quant à Tim Raines, aussi intronisé au Temple de la renommée, il vole 71 buts, un record dans la ligue. Les Expos sont alors champions de la division Est de la Ligue nationale, mais la saison est interrompue par une grève. À une victoire seulement de la Série mondiale, ils perdent contre les Dodgers lorsque Rick Monday frappe un coup de circuit pendant la 9e manche. Les partisans n’oublieront jamais ce jour, connu sous le nom de « Lundi bleu ».

Caricature noir et blanc montrant de grosses voitures défilant devant un stade de baseball. Des personnages brandissent des affiches par les fenêtres des véhicules; on peut y lire différents slogans, dont « Unfair » [Injustice] , « We want rights » [Nous voulons des droits] et « Major League on Strike » [Grève de la Ligue majeure].

Caricature montrant les joueurs des Expos faisant la grève devant le stade olympique de Montréal, en 1981. À l’échelle de la Ligue majeure, la grève avait entraîné l’annulation de 713 parties en plein milieu de la saison. Crédit: Rusins Kaufmanis (MIKAN 2841681)

L’histoire se répète en 1994, alors qu’une deuxième grève réduit à néant les espoirs des partisans. Pendant cette saison magique, les Expos, dirigés par Felipe Alou, étaient demeurés au sommet de la ligue grâce à un record de 74 victoires et 40 défaites. Mais les 232 jours de grève forcent le commissaire Bud Selig à annuler la Série mondiale, empêchant ainsi l’équipe d’accéder aux séries éliminatoires.

La franchise ne se remettra jamais de cette grève, tant sur le terrain que dans les gradins. En 2004, après 36 ans d’existence, les Expos disputent leur dernière partie au stade olympique. Le premier joueur canadien-français de l’équipe, Claude Raymond, qui avait participé à la saison inaugurale en 1969, prononce devant les partisans un émouvant discours d’adieu.

Les Blue Jays de Toronto

Les Blue Jays sont fondés en 1977, alors que la Ligue américaine prend de l’expansion. L’équipe remportera six titres de la division Est de la Ligue nationale, deux championnats de la Ligue américaine et deux titres de la Série mondiale.

La première partie des Blue Jays se tient au stade de l’Exposition nationale le 7 avril 1977. Les partisans bravent des températures anormalement froides pour vivre ce moment historique, qui culmine par une victoire de 9 à 5 contre les White Sox de Chicago. Un joueur de premier but jusque là inconnu, Doug Ault, frappe deux coups de circuit et devient le premier héros des Jays.

Photo noir et blanc d’une partie de baseball. Un homme vient de frapper la balle. Derrière lui, on aperçoit un receveur accroupi, dos à un arbitre, lui aussi accroupi. Des joueurs de baseball en uniforme et un policier observent la scène en retrait. Derrière eux, les gradins sont remplis de spectateurs.

Le 12 août 1977, lors de leur saison inaugurale, les Blue Jays de Toronto affrontent les Royals de Kansas City au stade de l’Exposition nationale, à Toronto. Ils y joueront jusqu’en 1989, année de l’ouverture du Skydome (aujourd’hui le Centre Rogers). Crédit: Toronto Star/Frank Lennon (MIKAN 3796691)

Après un long parcours tumultueux, les Blue Jays décrochent le gros lot en 1992 : ils remportent leur premier championnat de la Ligue américaine et sont les premiers champions hors États-Unis de la Série mondiale. Par respect pour l’équipe canadienne leur ayant ouvert la voie, les Blue Jays demandent au premier propriétaire des Expos, Charles Bronfman, d’effectuer le lancer protocolaire lors de la troisième partie de la Série mondiale. Le sixième match se conclut par le circuit intérieur victorieux de Dave Winfield lors de la 11e manche. Le receveur Pat Borders reçoit quant à lui le titre de joueur le plus utile des séries.

Le succès des Blue Jays se poursuit pendant la saison 1993, alors que l’équipe défend son titre de champion de la Ligue américaine. John Olerud devient alors le premier champion frappeur au sein des Jays, qui remportent une deuxième fois la Série mondiale en battant les Phillies de Philadelphie en six matchs. Joe Carter, dans un moment qui restera gravé dans les mémoires, frappe un spectaculaire court de circuit à la fin de la 9e manche, scellant le sort de la partie. C’est la deuxième fois seulement qu’une Série mondiale se conclut par un coup de circuit.

L’élan victorieux des Blue Jays se termine deux ans plus tard, alors qu’ils finissent bons derniers de la division Est de la Ligue américaine. En 2015, après 22 saisons sans participation aux séries éliminatoires, les Jays remportent leur sixième titre de la division Est sous la direction de leur gérant John Gibbons, réussissant à combler un retard de deux victoires pour vaincre les Rangers du Texas. C’est là que Jose Bautista frappe son célèbre coup de circuit avant de lancer son bâton dans les airs. Mais l’équipe perd ensuite le championnat de la Ligue américaine contre les Royals de Kansas City, qui remporteront la Série mondiale.

En 2016, après une saison régulière en dents de scie, les Blue Jays se retrouvent en deuxième place de la division Est. Ils participent au match de meilleur deuxième de la Ligue américaine contre les Orioles de Baltimore, qu’ils remporteront en prolongation. Dans un match serré disputé au Centre Rogers, devant une foule de Canadiens en délire, Edwin Encarnacion frappe un coup de circuit spectaculaire qui fait passer le résultat à 5-2. Une nouvelle génération d’adeptes du baseball canadien vient de naître.

Même si la relation des Canadiens avec le baseball a connu des hauts et des bas, ce sport leur a néanmoins fait vivre des moments exaltants. C’est sans compter qu’au fil de l’histoire, il a tour à tour diverti les soldats en temps de guerre, enseigné l’esprit d’équipe aux enfants et cimenté nos liens dans la défaite et la victoire.

Photo noir et blanc de cinq hommes debout devant un comptoir. Deux d’entre eux sont vêtus d’un uniforme de baseball orné d’un grand « C » sur la poitrine; les autres portent un complet et un chapeau. Un des hommes en uniforme tient une boisson dans sa main et regarde l’objectif.

Des joueurs prennent un rafraîchissement après une partie, Cobden (Ontario), 1909 (MIKAN 3379777)

Levons donc nos verres à nos prochains souvenirs et aux grands moments qui attendent le baseball canadien!

Autres ressources


Kelly Anne Griffin est technicienne en archivistique à la Section des sciences, de l’environnement et de l’économie (Division des archives) de Bibliothèque et Archives Canada.

Après de modestes débuts, le baseball marque l’histoire à Montréal

Par Kelly Anne Griffin

Le baseball était déjà solidement implanté au Canada bien avant de faire vivre à ses amateurs des moments inoubliables, comme le coup de circuit gagnant de Joe Carter dans la Série mondiale, l’émotion et la fierté des Canadiens quand leur hymne national a été entonné pour la première fois lors d’une partie de la Ligue majeure de baseball, ou le célèbre lancer du bâton de José Bautista. Même s’il est considéré par plusieurs comme un sport nord-américain, le baseball tire en fait son origine d’un sport de balle et bâton appelé « rounders », pratiqué par les écoliers britanniques. Des variantes du baseball étaient déjà jouées au Canada une trentaine d’années avant la Confédération. Le premier compte rendu documenté d’une partie de baseball provient de Beachville, en Ontario, le 4 juin 1838; c’est dans le sud-ouest de l’Ontario que le sport était le plus populaire à cette époque.

Une photographie noir et blanc d’un terrain de baseball extérieur où une partie est en cours. Une foule compacte y assiste dans les gradins. Des édifices de la ville se dessinent à l’arrière-plan.

Une partie de baseball de la Ligue internationale au parc Tecumseh en 1878, entre les Tecumsehs de London et les Stars de Syracuse. Ce parc, inauguré le 3 mai 1877, porte maintenant le nom de Labatt; c’est le plus ancien terrain de baseball au monde à avoir connu une activité ininterrompue. Il a été désigné site historique en 1994 (MIKAN 3261769)

Une photographie noir et blanc d’une partie de baseball prise de l’arrière du marbre. Un joueur est au marbre, prêt à recevoir un lancer. L’arbitre est debout derrière le receveur pour rendre sa décision.

Le stade de Hanlan’s Point sur l’île de Toronto en 1917, premier foyer du club de baseball les Maple Leafs de Toronto de la Ligue internationale. C’est là que Babe Ruth a frappé son premier coup de circuit professionnel alors qu’il jouait pour les Grays de Providence (MIKAN 3384487)

Une photographie noir et blanc d’un stade de baseball, prise de la tribune du champ droit. On aperçoit les gradins et le terrain, incluant le losange et le champ extérieur.

Vue de la tribune du champ extérieur au stade Maple Leaf à Toronto, construit en 1927 pour les Maple Leafs de Toronto de la Ligue internationale afin de remplacer le stade de Hanlan’s Point (MIKAN 3327476)

La première équipe officielle de baseball au Canada est mise sur pied grâce aux efforts de William Shuttleworth, connu comme le père du baseball canadien. Cette équipe pionnière, formée d’ouvriers des environs de Hamilton, s’appelle les Young Canadians. Pendant les vingt années qui suivent, on voit apparaître partout au Canada des équipes obéissant à toutes sortes de règles. Voyant la popularité du sport monter en flèche, des hommes d’affaires commencent à commanditer leurs équipes favorites pour mousser leurs produits. On assiste aussi à la création de la Canadian Association of Baseball Players. À l’époque, plutôt que de compétitionner entre eux, bon nombre de clubs de baseball canadiens préfèrent jouer contre leurs voisins américains, de l’autre côté de la frontière. En 1913, il y avait 24 équipes de ligues mineures au Canada.

Une photographie noir et blanc de 10 enfants vêtus d’un uniforme de baseball. Les chandails portent l’inscription « Pages » sur le devant. Certains des garçons sont assis et d’autres debout avec des bâtons, des gants et d’autres équipements de baseball. Un homme adulte, portant un costume et un chapeau, se tient debout derrière les garçons. L’arrière-plan est une toile de fond montrant des arbres.

Équipe de baseball des « pages » de la Chambre des communes, vers 1900. Au Canada, le baseball attirait des gens de tout âge. Ce sport était considéré comme un excellent moyen de développer l’esprit d’équipe, et il était fréquent que des entreprises et leur personnel forment des équipes, comme ces jeunes garçons qui travaillaient sur la colline du Parlement (MIKAN 3549043)

Première Guerre mondiale

Les sports occupent une place importante dans la vie quotidienne des soldats canadiens basés en Europe durant la Première Guerre mondiale. Ils leur permettent de rompre la monotonie des tâches et de diminuer le stress. Les chefs militaires voyaient dans le sport un bon moyen d’aider les hommes à s’éviter les ennuis et à garder le moral tout en demeurant en forme. Le baseball acquiert une telle popularité auprès des soldats qu’il est même subventionné par le gouvernement. En avril 1916, le gouvernement organise une collecte de fonds dont les profits servent à acquérir des équipements de baseball.

Une photographie noir et blanc d’un joueur glissant vers le marbre. Le receveur se tient derrière le marbre alors que l’arbitre rend sa décision. Une foule composée de soldats les encourage.

Un membre de l’équipe canadienne glisse vers le marbre sous les acclamations des soldats en 1917. Le baseball était immensément populaire au sein des troupes, et on organisait régulièrement des parties durant les temps morts (MIKAN 3384451)

Seconde Guerre mondiale

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le baseball demeure un des passe-temps favoris des soldats. Lorsque les Américains arrivent en 1942, il y a soudainement une multitude d’équipes à affronter. Comme c’était le cas dans les premières années du sport au pays, les parties Canada–États-Unis sont fréquentes. Une des plus mémorables a lieu au stade de Wembley le 3 août 1942, devant 6 000 amateurs enthousiastes massés dans les gradins. Les soldats canadiens remportent la victoire sur l’équipe de l’armée américaine au compte de 5 à 3.

Une photographie noir et blanc d’une partie de baseball. Le frappeur est debout levant un bâton et, derrière lui, le receveur et un arbitre. À l’arrière-plan, on aperçoit des joueurs guettant le jeu et des spectateurs dans les gradins.

Un match entre des soldats canadiens et américains en août 1942 au stade de Wembley à Londres (Angleterre), où se disputent de nombreuses parties de baseball durant la Seconde Guerre mondiale (MIKAN 3211157)

Une photographie noir et blanc d’une femme portant des vêtements de travail et un foulard noué sur la tête s’apprête à frapper une balle avec son bâton. Elle est debout dans la cour arrière d’un bâtiment industriel, et l’on voit d’autres structures à l’arrière-plan.

Ce n’était pas seulement les soldats participant aux opérations militaires outre-mer qui aimaient le baseball durant les années de guerre. Ici, une travailleuse d’une usine de munitions à Toronto profite de sa pause pour jouer au baseball (MIKAN 3626863)

De retour au Canada, plusieurs soldats évoquent leurs parties de baseball avec émotion; ils continuent à jouer au baseball et à assister à des parties, chez eux. Bien que les Canadiens aient pratiqué plusieurs sports durant les périodes de guerre, aucun ne l’a été aussi souvent et devant un public aussi enthousiaste que le baseball.

Jackie Robinson

En 1945, le jeune joueur des Negro Leagues Jackie Robinson est approché par Branch Rickey, le directeur général des Dodgers de Brooklyn. Peu de temps après cette première rencontre secrète, on annonce que Robinson a signé un contrat avec l’organisation. Le plan était de faciliter son entrée dans les ligues majeures en empruntant une voie où il rencontrerait le moins d’intolérance raciale. Robinson est d’abord envoyé dans un camp d’entraînement de printemps en Floride, avant de passer comme joueur professionnel à Montréal avec un club de la ligue Triple-A affilié aux Dodgers. Montréal n’a pas été choisie au hasard; c’est une ville où, croit Rickey, Robinson pourra s’acclimater au baseball tout en vivant une expérience moins négative que dans bien des villes américaines. Au cours de ce premier printemps, en 1946, Robinson est exposé à un racisme impitoyable. À Sanford, en Floride, le shérif fait irruption sur le terrain et annule une partie hors concours en déclarant que les Afro-Américains n’ont pas le droit de compétitionner avec des joueurs blancs.

Montréal est beaucoup plus accueillante pour Jackie et sa femme Rachel. Malgré quelques incidents, la ville et les amateurs des Royaux l’adoptent d’emblée. Durant sa première et unique saison à Montréal, Jackie mène l’équipe vers un record exceptionnel de 100 victoires contre seulement 54 défaites.

Découvrez d’autres facettes de la carrière exceptionnelle de Jackie Robinson.

Une photographie noir et blanc d’un joueur de baseball courant entre les buts alors qu’un joueur de l’équipe adverse essaie de le rattraper.

Jackie Robinson en Floride lors du camp d’entraînement du printemps 1946. Les amateurs adoraient sa façon de courir autour du losange devant des foules médusées; il a volé un nombre remarquable de 40 buts durant son unique saison dans les ligues mineures, dont bon nombre au marbre (MIKAN 3574533)

Après de modestes débuts dans le sud-ouest de l’Ontario, le baseball devient une activité populaire en temps de guerre et marque l’histoire de Montréal en accueillant Jackie Robinson. Au milieu du 20e siècle, le baseball avait conquis le coeur de la nation. Mais l’amour du baseball allait atteindre de nouveaux sommets : avec l’arrivée d’équipes canadiennes au sein de la Ligue majeure de baseball, les Canadiens seront de plus en plus nombreux à s’éprendre de ce sport.

Autres ressources :


 

Kelly Anne Griffin est technicienne en archivistique dans la section Science, environnement et économie de la Division des archives à Bibliothèque et Archives Canada.

 

Images de l’équipe de hockey canadienne aux Jeux olympiques de 1948 maintenant sur Flickr

Ce passeport collectif comprend les photos de 19 membres des Flyers de l’Aviation royale canadienne ayant fait partie de l’équipe canadienne de hockey aux Jeux olympiques de 1948. Les photos sont accompagnées de renseignements sur les joueurs. Ceux-ci ont quitté le pays le 8 janvier 1948 à destination des États‑Unis, d’où ils sont allés en Belgique, puis en Tchécoslovaquie, en France, aux Pays-Bas, en Suède, en Suisse et au Royaume-Uni. Ils sont revenus au Canada le 8 avril 1948 avec la médaille d’or olympique.

Deuxième page du passeport collectif de l’équipe canadienne de hockey aux Jeux olympiques de 1948. Le passeport a été délivré par le ministère des Affaires extérieures. On voit les photos de Frank George Boucher, d’Hubert Brooks, de Bernard Francis Dunster et de Roy Austin Lowe Forbes, ainsi que des renseignements à leur sujet : nom, date et lieu de naissance et citoyenneté.

Certificat collectif pour les 19 membres de l’équipe olympique de hockey, de Boucher à Watson. Page 6, 1948 (MIKAN 4842035)

Page 6 du passeport collectif de l’équipe canadienne de hockey aux Jeux olympiques de 1948. Le passeport a été délivré par le ministère des Affaires extérieures. On voit les visas ainsi que les timbres d’entrée et de sortie de la France, de la Suède, des Pays Bas et des États Unis.

Certificat collectif pour les 19 membres de l’équipe olympique de hockey, de Boucher à Watson. Page 6, 1948 (MIKAN 4842035)

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