Pourquoi une équipe refuserait-elle la coupe Stanley?

Par J. Andrew Ross

L’an dernier, la Ligue nationale de hockey (LNH) a célébré le 125e anniversaire de la coupe Stanley. Il ne fait aucun doute que cette année de célébration a été retenue parce que l’année 2017 marquait aussi le centenaire de la LNH, car bien qu’on ait, 125 ans plut tôt (soit le 18 mars 1892), annoncé que le gouverneur général Frederick Arthur Stanley, 1er baron Stanley souhaitait faire don d’une coupe pour le championnat de hockey du Dominion du Canada, celle‑ci n’est arrivée au Canada que l’année suivante. D’autant, l’équipe qui devait recevoir la coupe Stanley l’a refusée; elle n’a été persuadée d’en prendre possession qu’en 1894.

Mis à part les anniversaires, l’histoire de la coupe Stanley, qui allait devenir l’emblème sportif le plus sacré au Canada, est racontée par la collection de Bibliothèques et Archives Canada.

Lorsque sa coupe est finalement arrivée au Canada, Stanley était déjà retourné en Angleterre. Il y était retourné avant la fin de son mandat en tant que gouverneur général, étant devenu le 16e comte de Derby après la mort de son frère. Stanley a nommé l’éditeur du Evening Journal d’Ottawa, Philip Dansken (« P.D. ») Ross, un des fiduciaires du trophée, le laissant dicter les règles de la compétition.

Sur la page du dimanche 23 avril 1893 du journal de Ross, il est noté qu’il s’est assis ce jour‑là pour rédiger les nouvelles règles, lesquelles ont été imprimées dans l’édition du 1er mai 1893 du Evening Journal.

Coupure de journal granuleuse d’un article portant le titre « “The Stanley Cup.” His Excellency’s gift to the hockey associations. »

Extrait de « The Stanley Cup », Evening Journal (Ottawa), le 1er mai 1893, page 5. (AMICUS 7655475)

Bien qu’il ait déjà été gravé « Dominion Hockey Challenge Cup » sur la coupe, Ross a immédiatement fait valoir qu’elle devrait s’appeler « coupe Stanley » en l’honneur de son donateur. Il a confirmé qu’elle serait pour la première fois remise aux vainqueurs en titre de la ligue de hockey élite de l’époque, la Amateur Hockey Association of Canada (AHAC), avec l’intention qu’ils tentent de la disputer contre les vainqueurs de l’Ontario Hockey Association. Ross a fait en sorte que la coupe Stanley soit présentée à l’équipe de l’Association des athlètes amateurs de Montréal (MAAA) en tant que vainqueur en titre de la AHAC, jusqu’au championnat de la AHAC devant avoir lieu l’année suivante (c.‑à‑d. en 1894), lorsque la coupe serait remise à l’équipe gagnante.

Le 15 mai 1893, le shérif John Sweetland d’Ottawa, l’autre fiduciaire de la coupe Stanley, s’est rendu à Montréal pour remettre le trophée à l’occasion de l’assemblée annuelle de la MAAA. Lorsqu’il est arrivé avec la coupe Stanley – qui n’était alors qu’un simple bol sur un socle en bois – il a appris que les hauts dirigeants de l’équipe de hockey avaient refusé d’assister à la cérémonie. Dans le procès‑verbal de la réunion, que l’on trouve dans le fonds MAAA (et qui est disponible en ligne), on note ce qui suit : « Le shérif Sweetland a alors procédé à la remise de la coupe, qui a été acceptée par M. Taylor [président de la MAAA] en raison de l’absence inévitable de M. Stewart, le président du Montreal Hockey Club, au nom de l’association et du club susmentionnés [TRADUCTION]. »

Note manuscrite expliquant qui a remis la Hockey Challenge Cup (qui allait devenir la coupe Stanley) et qui l’a acceptée et pourquoi.

Extrait du cahier de compte rendu de la MAAA de l’assemblée annuelle du 15 mai 1893, page 315, MG28 I 351, Bibliothèques et Archives Canada.

On ne peut clairement établir si Sweetland s’est rendu compte que la coupe et lui‑même avaient été rejetés, mais l’absence des membres du club de hockey n’était pas « inévitable ». Ces derniers ont délibérément boycotté l’événement lorsqu’ils ont appris que la coupe allait être décernée à la direction de la MAAA, et non à l’équipe – et que la mention « Montreal AAA/1893 » avait été gravée sur un anneau autour du socle en bois du bol. Le conflit aurait découlé du ressentiment que nourrissaient les membres du club de hockey à l’idée d’être connus sous le nom « MAAA », plutôt que Montreal Hockey Club (Montreal HC). C’était un point d’honneur plutôt mesquin puisque les joueurs du club de hockey portaient l’emblème de la MAAA – la roue ailée – sur leurs uniformes. Toutefois, c’était clairement un point d’honneur de grande importance pour ces fiers joueurs de hockey.

Photographie en noir et blanc montrant un groupe d’hommes debout, assis ou allongés. La plupart portent un uniforme d’équipe et des patins de hockey.

MAAA 1890 (Montreal Hockey Club) (Temple de la renommée du hockey/Bibliothèques et Archives Canada/PA 050689). Crédit : Temple de la renommée du hockey.

Ce n’est qu’après près d’un an de négociations litigieuses – la MAAA a éventuellement menacé de retourner la coupe aux fiduciaires! – que le Montreal HC a, en mars 1894, finalement accepté de prendre possession de la coupe Stanley. Quelques semaines plus tard, le club a remporté le championnat de la AHAC, ce qui a fait d’eux les premiers vainqueurs (par opposition à de simples détenteurs) de la coupe. Cette fois, l’équipe s’est chargée elle-même de faire graver la coupe, prenant soin d’y faire inscrire « Montreal 1894 ». Comme il n’y avait aucune référence à la MAAA, leur honneur était préservé.

La saison suivante, le Montreal HC est devenu la première équipe à défendre le trophée avec succès lors de la première série de la coupe Stanley. On pourrait arguer que son acharnement à y faire graver son nom en valait la peine, même si son refus prolongé d’accepter le trophée a bien failli estomper toute son importance. Mais la coupe Stanley a enfin été décernée, et le reste appartient à l’histoire.


Andrew Ross est archiviste à la Division des archives gouvernementales et auteur de Joining the Clubs: The Business of the National Hockey League to 1945.

Le baseball majeur conquiert le nord

Par Kelly Anne Griffin

Il y a belle lurette que des Canadiens évoluent dans les ligues majeures de baseball : depuis les années 1870, en fait. Bill Phillips, originaire du Nouveau-Brunswick, ouvre la voie en devenant joueur de premier but à Cleveland. Puis, en 1883, l’Ontarien Tip O’Neill – le plus grand joueur canadien avant 1900 – fait son entrée dans la Ligue majeure de baseball (MLB). Plusieurs Canadiens lui emboîteront le pas, notamment Ferguson Jenkins, né à Chatham, en Ontario. Jenkins est le seul Canadien inscrit au Temple de la renommée du baseball américain, un musée situé à Cooperstown, dans l’État de New York. Sa carrière de lanceur est remarquable : il a remporté 284 victoires.

Photo noir et blanc d’un lanceur en train de lancer une balle à partir du monticule. On voit derrière lui un grand tableau de pointage indiquant les résultats, ainsi que des joueurs de champ extérieur se préparant à suivre la balle.

Ferguson Jenkins, inscrit au Temple de la renommée, lance pour les Cubs de Chicago lors d’une partie contre les Expos de Montréal le 19 septembre 1970. Jenkins est aujourd’hui un philanthrope actif, notamment par l’intermédiaire de sa fondation Fergie Jenkins, établie à St. Catharines (Ontario). Crédit: Montreal Star (MIKAN 3628671)

Le Canada compte lui aussi son Temple de la renommée du baseball. Situé à Saint Marys (Ontario), il rend hommage aux Canadiens qui ont contribué à ce sport, tant sur le terrain qu’à l’extérieur. Enfin, depuis l’expansion de la Ligue nationale en 1968, deux équipes canadiennes ont joué au sein de la MLB.

Les Expos de Montréal : « nos amours »

La toute première semaine des Expos est exaltante. Le 8 avril 1969, alors qu’ils affrontent les Mets au stade Shea de New York, l’Ô Canada retentit pour la première fois lors d’une partie de la MLB. Le propriétaire de l’équipe, Charles Bronfman, ne peut retenir ses larmes. Au terme d’une partie enlevante, les Expos l’emportent par la marque de 11 à 10. Leurs partisans les surnomment « nos amours », un surnom qui leur restera.

Le 14 avril, les Expos présentent à Montréal la première partie de la MLB jouée à l’extérieur des États-Unis. Ils triomphent au parc Jarry devant des milliers de partisans. Trois jours plus tard, le lanceur Bill Stoneman réussit un match sans point ni coup sûr contre les Phillies de Philadelphie. Les Montréalais sont captivés; c’est le début d’une longue aventure.

Affiche couleur conçue pour les Jeux olympiques de 1976. Elle illustre trois vues différentes du stade olympique, bâti pour les Jeux olympiques d’été tenus cette année-là à Montréal.

Le stade olympique de Montréal est construit pour les Jeux olympiques d’été de 1976; les Expos y jouent pour la première fois l’année suivante. Toutefois, l’endroit n’est pas conçu pour le baseball : la structure du toit, notamment, est problématique, et la mince pelouse artificielle occasionne des problèmes de genoux aux joueurs. Depuis 2014, les Blue Jays y tiennent des rencontres hors-concours Crédit: Paul Taillefer/Bibliothèque et Archives Canada (MIKAN 3929420)

Malgré leur excellent réseau d’équipes-écoles et leur talent exceptionnel, les Expos ne prennent part qu’une seule fois aux séries éliminatoires, en 1981. Cette saison-là, sous la gouverne de leur gérant Jim Fanning (un membre du Temple de la renommée du baseball canadien), Warren Cromartie, Andre Dawson et Gary Carter obtiennent tous une moyenne au bâton de plus de .300 ; quant à Tim Raines, aussi intronisé au Temple de la renommée, il vole 71 buts, un record dans la ligue. Les Expos sont alors champions de la division Est de la Ligue nationale, mais la saison est interrompue par une grève. À une victoire seulement de la Série mondiale, ils perdent contre les Dodgers lorsque Rick Monday frappe un coup de circuit pendant la 9e manche. Les partisans n’oublieront jamais ce jour, connu sous le nom de « Lundi bleu ».

Caricature noir et blanc montrant de grosses voitures défilant devant un stade de baseball. Des personnages brandissent des affiches par les fenêtres des véhicules; on peut y lire différents slogans, dont « Unfair » [Injustice] , « We want rights » [Nous voulons des droits] et « Major League on Strike » [Grève de la Ligue majeure].

Caricature montrant les joueurs des Expos faisant la grève devant le stade olympique de Montréal, en 1981. À l’échelle de la Ligue majeure, la grève avait entraîné l’annulation de 713 parties en plein milieu de la saison. Crédit: Rusins Kaufmanis (MIKAN 2841681)

L’histoire se répète en 1994, alors qu’une deuxième grève réduit à néant les espoirs des partisans. Pendant cette saison magique, les Expos, dirigés par Felipe Alou, étaient demeurés au sommet de la ligue grâce à un record de 74 victoires et 40 défaites. Mais les 232 jours de grève forcent le commissaire Bud Selig à annuler la Série mondiale, empêchant ainsi l’équipe d’accéder aux séries éliminatoires.

La franchise ne se remettra jamais de cette grève, tant sur le terrain que dans les gradins. En 2004, après 36 ans d’existence, les Expos disputent leur dernière partie au stade olympique. Le premier joueur canadien-français de l’équipe, Claude Raymond, qui avait participé à la saison inaugurale en 1969, prononce devant les partisans un émouvant discours d’adieu.

Les Blue Jays de Toronto

Les Blue Jays sont fondés en 1977, alors que la Ligue américaine prend de l’expansion. L’équipe remportera six titres de la division Est de la Ligue nationale, deux championnats de la Ligue américaine et deux titres de la Série mondiale.

La première partie des Blue Jays se tient au stade de l’Exposition nationale le 7 avril 1977. Les partisans bravent des températures anormalement froides pour vivre ce moment historique, qui culmine par une victoire de 9 à 5 contre les White Sox de Chicago. Un joueur de premier but jusque là inconnu, Doug Ault, frappe deux coups de circuit et devient le premier héros des Jays.

Photo noir et blanc d’une partie de baseball. Un homme vient de frapper la balle. Derrière lui, on aperçoit un receveur accroupi, dos à un arbitre, lui aussi accroupi. Des joueurs de baseball en uniforme et un policier observent la scène en retrait. Derrière eux, les gradins sont remplis de spectateurs.

Le 12 août 1977, lors de leur saison inaugurale, les Blue Jays de Toronto affrontent les Royals de Kansas City au stade de l’Exposition nationale, à Toronto. Ils y joueront jusqu’en 1989, année de l’ouverture du Skydome (aujourd’hui le Centre Rogers). Crédit: Toronto Star/Frank Lennon (MIKAN 3796691)

Après un long parcours tumultueux, les Blue Jays décrochent le gros lot en 1992 : ils remportent leur premier championnat de la Ligue américaine et sont les premiers champions hors États-Unis de la Série mondiale. Par respect pour l’équipe canadienne leur ayant ouvert la voie, les Blue Jays demandent au premier propriétaire des Expos, Charles Bronfman, d’effectuer le lancer protocolaire lors de la troisième partie de la Série mondiale. Le sixième match se conclut par le circuit intérieur victorieux de Dave Winfield lors de la 11e manche. Le receveur Pat Borders reçoit quant à lui le titre de joueur le plus utile des séries.

Le succès des Blue Jays se poursuit pendant la saison 1993, alors que l’équipe défend son titre de champion de la Ligue américaine. John Olerud devient alors le premier champion frappeur au sein des Jays, qui remportent une deuxième fois la Série mondiale en battant les Phillies de Philadelphie en six matchs. Joe Carter, dans un moment qui restera gravé dans les mémoires, frappe un spectaculaire court de circuit à la fin de la 9e manche, scellant le sort de la partie. C’est la deuxième fois seulement qu’une Série mondiale se conclut par un coup de circuit.

L’élan victorieux des Blue Jays se termine deux ans plus tard, alors qu’ils finissent bons derniers de la division Est de la Ligue américaine. En 2015, après 22 saisons sans participation aux séries éliminatoires, les Jays remportent leur sixième titre de la division Est sous la direction de leur gérant John Gibbons, réussissant à combler un retard de deux victoires pour vaincre les Rangers du Texas. C’est là que Jose Bautista frappe son célèbre coup de circuit avant de lancer son bâton dans les airs. Mais l’équipe perd ensuite le championnat de la Ligue américaine contre les Royals de Kansas City, qui remporteront la Série mondiale.

En 2016, après une saison régulière en dents de scie, les Blue Jays se retrouvent en deuxième place de la division Est. Ils participent au match de meilleur deuxième de la Ligue américaine contre les Orioles de Baltimore, qu’ils remporteront en prolongation. Dans un match serré disputé au Centre Rogers, devant une foule de Canadiens en délire, Edwin Encarnacion frappe un coup de circuit spectaculaire qui fait passer le résultat à 5-2. Une nouvelle génération d’adeptes du baseball canadien vient de naître.

Même si la relation des Canadiens avec le baseball a connu des hauts et des bas, ce sport leur a néanmoins fait vivre des moments exaltants. C’est sans compter qu’au fil de l’histoire, il a tour à tour diverti les soldats en temps de guerre, enseigné l’esprit d’équipe aux enfants et cimenté nos liens dans la défaite et la victoire.

Photo noir et blanc de cinq hommes debout devant un comptoir. Deux d’entre eux sont vêtus d’un uniforme de baseball orné d’un grand « C » sur la poitrine; les autres portent un complet et un chapeau. Un des hommes en uniforme tient une boisson dans sa main et regarde l’objectif.

Des joueurs prennent un rafraîchissement après une partie, Cobden (Ontario), 1909 (MIKAN 3379777)

Levons donc nos verres à nos prochains souvenirs et aux grands moments qui attendent le baseball canadien!

Autres ressources


Kelly Anne Griffin est technicienne en archivistique à la Section des sciences, de l’environnement et de l’économie (Division des archives) de Bibliothèque et Archives Canada.

Après de modestes débuts, le baseball marque l’histoire à Montréal

Par Kelly Anne Griffin

Le baseball était déjà solidement implanté au Canada bien avant de faire vivre à ses amateurs des moments inoubliables, comme le coup de circuit gagnant de Joe Carter dans la Série mondiale, l’émotion et la fierté des Canadiens quand leur hymne national a été entonné pour la première fois lors d’une partie de la Ligue majeure de baseball, ou le célèbre lancer du bâton de José Bautista. Même s’il est considéré par plusieurs comme un sport nord-américain, le baseball tire en fait son origine d’un sport de balle et bâton appelé « rounders », pratiqué par les écoliers britanniques. Des variantes du baseball étaient déjà jouées au Canada une trentaine d’années avant la Confédération. Le premier compte rendu documenté d’une partie de baseball provient de Beachville, en Ontario, le 4 juin 1838; c’est dans le sud-ouest de l’Ontario que le sport était le plus populaire à cette époque.

Une photographie noir et blanc d’un terrain de baseball extérieur où une partie est en cours. Une foule compacte y assiste dans les gradins. Des édifices de la ville se dessinent à l’arrière-plan.

Une partie de baseball de la Ligue internationale au parc Tecumseh en 1878, entre les Tecumsehs de London et les Stars de Syracuse. Ce parc, inauguré le 3 mai 1877, porte maintenant le nom de Labatt; c’est le plus ancien terrain de baseball au monde à avoir connu une activité ininterrompue. Il a été désigné site historique en 1994 (MIKAN 3261769)

Une photographie noir et blanc d’une partie de baseball prise de l’arrière du marbre. Un joueur est au marbre, prêt à recevoir un lancer. L’arbitre est debout derrière le receveur pour rendre sa décision.

Le stade de Hanlan’s Point sur l’île de Toronto en 1917, premier foyer du club de baseball les Maple Leafs de Toronto de la Ligue internationale. C’est là que Babe Ruth a frappé son premier coup de circuit professionnel alors qu’il jouait pour les Grays de Providence (MIKAN 3384487)

Une photographie noir et blanc d’un stade de baseball, prise de la tribune du champ droit. On aperçoit les gradins et le terrain, incluant le losange et le champ extérieur.

Vue de la tribune du champ extérieur au stade Maple Leaf à Toronto, construit en 1927 pour les Maple Leafs de Toronto de la Ligue internationale afin de remplacer le stade de Hanlan’s Point (MIKAN 3327476)

La première équipe officielle de baseball au Canada est mise sur pied grâce aux efforts de William Shuttleworth, connu comme le père du baseball canadien. Cette équipe pionnière, formée d’ouvriers des environs de Hamilton, s’appelle les Young Canadians. Pendant les vingt années qui suivent, on voit apparaître partout au Canada des équipes obéissant à toutes sortes de règles. Voyant la popularité du sport monter en flèche, des hommes d’affaires commencent à commanditer leurs équipes favorites pour mousser leurs produits. On assiste aussi à la création de la Canadian Association of Baseball Players. À l’époque, plutôt que de compétitionner entre eux, bon nombre de clubs de baseball canadiens préfèrent jouer contre leurs voisins américains, de l’autre côté de la frontière. En 1913, il y avait 24 équipes de ligues mineures au Canada.

Une photographie noir et blanc de 10 enfants vêtus d’un uniforme de baseball. Les chandails portent l’inscription « Pages » sur le devant. Certains des garçons sont assis et d’autres debout avec des bâtons, des gants et d’autres équipements de baseball. Un homme adulte, portant un costume et un chapeau, se tient debout derrière les garçons. L’arrière-plan est une toile de fond montrant des arbres.

Équipe de baseball des « pages » de la Chambre des communes, vers 1900. Au Canada, le baseball attirait des gens de tout âge. Ce sport était considéré comme un excellent moyen de développer l’esprit d’équipe, et il était fréquent que des entreprises et leur personnel forment des équipes, comme ces jeunes garçons qui travaillaient sur la colline du Parlement (MIKAN 3549043)

Première Guerre mondiale

Les sports occupent une place importante dans la vie quotidienne des soldats canadiens basés en Europe durant la Première Guerre mondiale. Ils leur permettent de rompre la monotonie des tâches et de diminuer le stress. Les chefs militaires voyaient dans le sport un bon moyen d’aider les hommes à s’éviter les ennuis et à garder le moral tout en demeurant en forme. Le baseball acquiert une telle popularité auprès des soldats qu’il est même subventionné par le gouvernement. En avril 1916, le gouvernement organise une collecte de fonds dont les profits servent à acquérir des équipements de baseball.

Une photographie noir et blanc d’un joueur glissant vers le marbre. Le receveur se tient derrière le marbre alors que l’arbitre rend sa décision. Une foule composée de soldats les encourage.

Un membre de l’équipe canadienne glisse vers le marbre sous les acclamations des soldats en 1917. Le baseball était immensément populaire au sein des troupes, et on organisait régulièrement des parties durant les temps morts (MIKAN 3384451)

Seconde Guerre mondiale

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le baseball demeure un des passe-temps favoris des soldats. Lorsque les Américains arrivent en 1942, il y a soudainement une multitude d’équipes à affronter. Comme c’était le cas dans les premières années du sport au pays, les parties Canada–États-Unis sont fréquentes. Une des plus mémorables a lieu au stade de Wembley le 3 août 1942, devant 6 000 amateurs enthousiastes massés dans les gradins. Les soldats canadiens remportent la victoire sur l’équipe de l’armée américaine au compte de 5 à 3.

Une photographie noir et blanc d’une partie de baseball. Le frappeur est debout levant un bâton et, derrière lui, le receveur et un arbitre. À l’arrière-plan, on aperçoit des joueurs guettant le jeu et des spectateurs dans les gradins.

Un match entre des soldats canadiens et américains en août 1942 au stade de Wembley à Londres (Angleterre), où se disputent de nombreuses parties de baseball durant la Seconde Guerre mondiale (MIKAN 3211157)

Une photographie noir et blanc d’une femme portant des vêtements de travail et un foulard noué sur la tête s’apprête à frapper une balle avec son bâton. Elle est debout dans la cour arrière d’un bâtiment industriel, et l’on voit d’autres structures à l’arrière-plan.

Ce n’était pas seulement les soldats participant aux opérations militaires outre-mer qui aimaient le baseball durant les années de guerre. Ici, une travailleuse d’une usine de munitions à Toronto profite de sa pause pour jouer au baseball (MIKAN 3626863)

De retour au Canada, plusieurs soldats évoquent leurs parties de baseball avec émotion; ils continuent à jouer au baseball et à assister à des parties, chez eux. Bien que les Canadiens aient pratiqué plusieurs sports durant les périodes de guerre, aucun ne l’a été aussi souvent et devant un public aussi enthousiaste que le baseball.

Jackie Robinson

En 1945, le jeune joueur des Negro Leagues Jackie Robinson est approché par Branch Rickey, le directeur général des Dodgers de Brooklyn. Peu de temps après cette première rencontre secrète, on annonce que Robinson a signé un contrat avec l’organisation. Le plan était de faciliter son entrée dans les ligues majeures en empruntant une voie où il rencontrerait le moins d’intolérance raciale. Robinson est d’abord envoyé dans un camp d’entraînement de printemps en Floride, avant de passer comme joueur professionnel à Montréal avec un club de la ligue Triple-A affilié aux Dodgers. Montréal n’a pas été choisie au hasard; c’est une ville où, croit Rickey, Robinson pourra s’acclimater au baseball tout en vivant une expérience moins négative que dans bien des villes américaines. Au cours de ce premier printemps, en 1946, Robinson est exposé à un racisme impitoyable. À Sanford, en Floride, le shérif fait irruption sur le terrain et annule une partie hors concours en déclarant que les Afro-Américains n’ont pas le droit de compétitionner avec des joueurs blancs.

Montréal est beaucoup plus accueillante pour Jackie et sa femme Rachel. Malgré quelques incidents, la ville et les amateurs des Royaux l’adoptent d’emblée. Durant sa première et unique saison à Montréal, Jackie mène l’équipe vers un record exceptionnel de 100 victoires contre seulement 54 défaites.

Découvrez d’autres facettes de la carrière exceptionnelle de Jackie Robinson.

Une photographie noir et blanc d’un joueur de baseball courant entre les buts alors qu’un joueur de l’équipe adverse essaie de le rattraper.

Jackie Robinson en Floride lors du camp d’entraînement du printemps 1946. Les amateurs adoraient sa façon de courir autour du losange devant des foules médusées; il a volé un nombre remarquable de 40 buts durant son unique saison dans les ligues mineures, dont bon nombre au marbre (MIKAN 3574533)

Après de modestes débuts dans le sud-ouest de l’Ontario, le baseball devient une activité populaire en temps de guerre et marque l’histoire de Montréal en accueillant Jackie Robinson. Au milieu du 20e siècle, le baseball avait conquis le coeur de la nation. Mais l’amour du baseball allait atteindre de nouveaux sommets : avec l’arrivée d’équipes canadiennes au sein de la Ligue majeure de baseball, les Canadiens seront de plus en plus nombreux à s’éprendre de ce sport.

Autres ressources :


 

Kelly Anne Griffin est technicienne en archivistique dans la section Science, environnement et économie de la Division des archives à Bibliothèque et Archives Canada.

 

Images de l’équipe de hockey canadienne aux Jeux olympiques de 1948 maintenant sur Flickr

Ce passeport collectif comprend les photos de 19 membres des Flyers de l’Aviation royale canadienne ayant fait partie de l’équipe canadienne de hockey aux Jeux olympiques de 1948. Les photos sont accompagnées de renseignements sur les joueurs. Ceux-ci ont quitté le pays le 8 janvier 1948 à destination des États‑Unis, d’où ils sont allés en Belgique, puis en Tchécoslovaquie, en France, aux Pays-Bas, en Suède, en Suisse et au Royaume-Uni. Ils sont revenus au Canada le 8 avril 1948 avec la médaille d’or olympique.

Deuxième page du passeport collectif de l’équipe canadienne de hockey aux Jeux olympiques de 1948. Le passeport a été délivré par le ministère des Affaires extérieures. On voit les photos de Frank George Boucher, d’Hubert Brooks, de Bernard Francis Dunster et de Roy Austin Lowe Forbes, ainsi que des renseignements à leur sujet : nom, date et lieu de naissance et citoyenneté.

Certificat collectif pour les 19 membres de l’équipe olympique de hockey, de Boucher à Watson. Page 6, 1948 (MIKAN 4842035)

Page 6 du passeport collectif de l’équipe canadienne de hockey aux Jeux olympiques de 1948. Le passeport a été délivré par le ministère des Affaires extérieures. On voit les visas ainsi que les timbres d’entrée et de sortie de la France, de la Suède, des Pays Bas et des États Unis.

Certificat collectif pour les 19 membres de l’équipe olympique de hockey, de Boucher à Watson. Page 6, 1948 (MIKAN 4842035)

Visitez l’album Flickr maintenant!

John Armstrong Howard, premier athlète olympique noir à représenter le Canada

Par Judith Enright-Smith

Les Jeux olympiques d’été de 1912, tenus du 5 mai au 27 juillet à Stockholm, en Suède, sont le théâtre de plusieurs « premières ». En effet, cette cinquième olympiade, qui rassemble 2 408 athlètes provenant de 28 pays, est la première à présenter des compétitions féminines de nage et de plongeon, ainsi que le pentathlon masculin. Ce sont les premières olympiades à faire appel au chronométrage électronique; c’est aussi la première fois qu’une équipe de l’Asie (le Japon) participe aux jeux. Pour le Canada, ces Olympiques d’été 1912 marquent l’histoire pour une autre raison : c’est la première fois qu’un athlète noir représente le Canada à des Jeux olympiques.

John Armstrong Howard est né à Winnipeg, au Manitoba, le 6 octobre 1888. Howard est un mécanicien spécialisé et un joueur de baseball pour le club Crescent Creamery de Winnipeg; avec ses 6 pieds 3 pouces, c’est aussi un remarquable sprinteur. Il se qualifie facilement pour les Olympiques de 1912 et on le considère, tant dans les milieux sportifs que les médias canadiens, comme le meilleur espoir du Canada pour remporter une médaille d’or.

Walter Knox est alors l’entraîneur de l’équipe olympique canadienne d’athlétisme. Pendant l’entraînement, Knox et Howard sont souvent en désaccord et se confrontent à plusieurs reprises. Knox disait d’Howard qu’il était emporté et désobéissant et, à une époque où la discrimination envers les athlètes noirs était courante, il recommande son expulsion de l’équipe pour « insubordination ». Ce n’est que grâce à l’intervention de l’Amateur Athletic Union of Canada qu’Howard a pu demeurer au sein de l’équipe.

En route pour la Suède, Howard est traité de manière discriminatoire et préjudiciable, un affront que subissaient régulièrement les personnes de couleur à l’époque. Avant de quitter Montréal par bateau, on lui interdit l’accès à l’hôtel où logeaient les autres athlètes, et lorsqu’il est à bord du navire, il doit prendre ses repas à l’écart de ses coéquipiers.

Une fois rendu à Stockholm, il souffre de graves maux d’estomac, sans doute causés par le stress accumulé en raison de sa relation difficile avec Knox. Pendant les Jeux, les problèmes de santé d’Howard compromettent sérieusement ses efforts et il est éliminé en demi-finale du 100 mètres et du 200 mètres. Cependant, de retour au pays, Howard se rachète lors des Canadian Outdoor Championships de 1913 : il remporte toutes les courses auxquelles il participe.

Après le déclenchement de la Première Guerre mondiale, Howard est envoyé outre-mer en 1917 au sein du Corps expéditionnaire canadien. Il travaille comme brancardier dans divers hôpitaux militaires britanniques. Son dossier de service montre qu’il a souffert d’affections pulmonaires chroniques. Lorsqu’il est en Europe, Howard fait la connaissance d’Edith Lipscomb. En 1920, ils rentrent ensemble à Winnipeg, où ils se marient. Ils tentent de s’établir à Sainte-Rose du Lac, mais ils se heurtent à beaucoup d’hostilité et de préjugés parce qu’ils forment un couple interracial. La petite-fille d’Howard, Valerie Jerome, raconte comment des gens lançaient des pierres sur leur automobile pour les faire partir. Ils finissent par s’installer près de la réserve indienne de Crane River, sur la rive nord-ouest du lac Manitoba. Le couple aura trois filles, mais leur mariage ne durera pas. Howard mourra d’une pneumonie à l’âge de 48 ans.

Une photographie noir et blanc d’un groupe de coureurs à la ligne de départ. Un d’entre eux porte un maillot blanc orné d’une feuille d’érable sur le devant.

John Armstrong Howard aux Jeux interalliés, stade Pershing, Paris, juillet 1919 (MIKAN 3387544)

Une photographie noir et blanc d’un homme portant une tenue d’athlétisme, entouré d’autres hommes vêtus de la même manière ou en uniformes, recevant une médaille d’un homme âgé vêtu d’un uniforme militaire.

Le roi du Monténégro remet à John Armstrong Howard la médaille de bronze qu’il a remportée à l’épreuve du 100 mètres aux Jeux interalliés, stade Pershing, Paris, juillet 1919 (MIKAN 3385453)

L’héritage sportif de John Armstrong Howard se perpétue. Deux de ses petits-enfants sont des athlètes canadiens. Valerie Jerome est une sprinteuse qui a participé aux Jeux olympiques d’été de 1960. Son frère, Harry Jerome, a participé aux Olympiques d’été de 1960, de 1964 et de 1968, remportant une médaille de bronze en 1964 à l’épreuve du 100 mètres.


Judith Enright-Smith est archiviste adjointe à la Division des affaires autochtones et sociales, Direction des archives privées, Bibliothèque et Archives Canada.

Des images de Nancy Greene maintenant sur Flickr

Photographie en noir et blanc de Nancy Greene, gagnante de la médaille d'or au slalom géant.

Nancy Greene, gagnante de la médaille d’or au slalom géant, aux Jeux olympiques d’hiver (MIKAN 5029732)

Mme Greene Raine est officière de l’Ordre du Canada et de l’Ordre de la Colombie-Britannique, et membre du Panthéon des sports de la Colombie-Britannique, et du Panthéon des sports canadiens. Elle est consacrée athlète féminine canadienne du 20e siècle par la Presse canadienne et Broadcast News. Elle a remporté des médailles d’or et d’argent en ski alpin aux Jeux olympiques de Grenoble en 1968 et la victoire aux Coupes du monde de 1967 et de 1968. Son total de 14 victoires en Coupe du monde (y compris aux Jeux olympiques) demeure un record canadien. Au cours de ses neuf années de carrière, elle a remporté 17 championnats canadiens.

Photographie en noir et blanc de groupe de l'équipe canadienne de ski aux Jeux olympiques d'hiver.

Photo de groupe de l’équipe canadienne de ski aux Jeux olympiques d’hiver (MIKAN 5029774)

Photographie en noir et blanc de Nancy Greene lors de sa descente pour la médaille d'or en slalom géant.

Nancy Greene lors de sa descente pour la médaille d’or en slalom géant lors des Jeux olympiques d’hiver (MIKAN 5029785)

Photographie en noir et blanc de Nancy Greene lors de sa descente pour la médaille d'argent en slalom.

Nancy Greene lors de sa descente pour la médaille d’argent en slalom lors des Jeux olympiques d’hiver (MIKAN 5029788)

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