Images de chiens de travail maintenant sur Flickr

Qu’ils soient de race ou croisés, les chiens de travail sont dressés pour effectuer des tâches précises, afin d’aider – et parfois d’amuser – leurs propriétaires.

Photo noir et blanc d’un garçon avec son chien; l’animal est attelé à une charrette à deux roues remplie de morue séchée.

Charette à chien transportant de la morue prête à vendre au marché, Gaspé (Québec) [e010861908]

Photo noir et blanc d’un chien de cirque sautant d’une plateforme au sommet d’un très long poteau; au sol, quatre hommes tendent une grande couverture pour l’attraper.

Le chien du professeur Gentry sautant d’une plate-forme, foire industrielle de Toronto (Ontario) [PA-068465]

Ils peuvent par exemple tirer des charrettes ou des traîneaux, garder du bétail, chasser, ou encore offrir de précieux services à la communauté : qu’on songe aux chiens policiers, aux chiens entraînés pour la recherche et le sauvetage, aux chiens de thérapie ou aux chiens de garde.

Photo noir et blanc montrant onze chiens tirant un traîneau dans la neige. Le traîneau transporte un grand canot, que deux hommes tentent de maintenir en équilibre.

Attelage de chiens sur la baie Gordon, détroit d’Hudson (Nunavut) [PA-121599]

Photo noir et blanc d’un homme et de ses quatre chiens; les bêtes portent des paquets sur leur dos.

Chiens portant des sacs, prêts à prendre la route, vallée de la rivière Firth (Yukon) [PA-044646]

Les races choisies dépendent souvent des tâches à effectuer. Cela dit, la plupart des chiens de travail partagent certains traits : force, discipline, intelligence et loyauté.

Photo noir et blanc d’un chien attelé à une petite charrette à deux roues; une fillette, assise sur la charrette, tient les rênes.

Fillette conduisant une charrette à chien, Harvey, Toronto (Ontario) [PA-069924]

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Cartes de visite maintenant sur Flickr

La carte de visite – une photographie collée sur un papier cartonné – était en vogue du milieu jusqu’à la fin du 19e siècle.

Photo noir et blanc du profil gauche de Napoléon Bourassa.

Napoléon Bourassa [e008302188]

C’était un objet peu coûteux, facile à produire, et dont la taille variait très peu. On avait coutume de remettre une carte de visite à ses proches et à ses amis pendant les Fêtes ou lors d’événements spéciaux. Les collectionneurs, qui conservaient leurs cartes dans des albums, ne s’intéressaient pas seulement à celles de leur entourage, mais aussi à celles des célébrités de l’époque.

Photolithographie noir et blanc montrant deux chiens (un gros et un petit) dans leur niche, regardant vers l’extérieur.

Deux chiens [e011196678]

Portrait noir et blanc de 27 jeunes filles, médaille au cou, assises autour d’une religieuse.

Groupe de filles arborant des médailles, assises autour d’une religieuse [e010969237]

Photo noir et blanc montrant un homme, fusil à la main, debout aux côtés d’un garçon; près d’eux, un chien est couché sur une chaise.

Chasseur avec un garçon et un chien [e011196672]

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Images de chandails, de blousons et de manteaux maintenant sur Flickr

Photo noir et blanc d’une femme assise à l’extérieur, qui tricote un chandail traditionnel Cowichan. Deux enfants (un garçon et une fille) sont assis dans l’herbe à ses pieds.

Mme Pat Charlie tricotant un chandail Cowichan (Colombie-Britannique) [e011176278]

Vaste pays à géographie variable, le Canada connaît diverses saisons entre lesquelles le mercure peut passer de 40 degrés Celsius à moins 50. Pas surprenant, alors, que les Canadiens aiment parler du temps qu’il fait!

Tailleur ajustant un pardessus sur un buste de couture, Montréal (Québec) [e004666235]

Photo noir et blanc d’une femme se tenant droite, vêtue d’ un uniforme militaire composé d’une veste Norfolk, d’une jupe et de chaussures noires.

Femme vêtue d’une veste Norfolk, d’une jupe et de chaussures noires [PA-063849]

Au retour des saisons froides, en automne et en hiver, ils aiment aussi discuter vêtements : c’est le temps de ressortir chandails chauds, blousons et manteaux, qu’on porte d’abord seuls, puis superposés.

Photo noir et blanc d’une femme vêtue d’un manteau, debout devant sa voiture en bordure de la route.

Madge Macbeth, vêtue d’un manteau, debout devant sa voiture « Amaryllis » en bordure de la route [e008406104]

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Des images d’automobiles maintenant sur Flickr 

Photo noir et blanc d’une ancienne automobile garée à l’extérieur d’une grange.

Une ancienne automobile [PA-a013110]

Henry Seth Taylor construit la première automobile au Canada en 1867. À l’époque, toutes les automobiles, qu’elles soient produites au pays ou importées des États-Unis, sont des biens de luxe uniques extrêmement coûteux, peu abordables.

Photo noir et blanc d’un homme, d’une femme et de six enfants dans une voiture décapotable garée devant une maison.

Un homme, une femme et six enfants posant dans une automobile garée devant la maison de David Gillies à Carleton Place (Ontario) [PA-a059307]

En 1904, Ford du Canada Limitée entre en exploitation. En 1913, on compte environ 50 000 automobiles sur les routes du Canada. Imitant Ford, General Motors et Chrysler ouvrent ensuite des usines canadiennes pour fabriquer des automobiles.

Photo noir et blanc d’une automobile sortant d’une ligne de production d’usine; des groupes d’hommes se tiennent debout de chaque côté du véhicule.

La dernière automobile pour passagers civils construite à l’usine General Motors, Oshawa (Ontario) [e000760672]

Les constructeurs automobiles canadiens, ne pouvant faire concurrence aux fabricants américains, finissent par être achetés ou faire faillite. Toutefois, les filiales canadiennes des constructeurs américains prospèrent, si bien qu’en 1923, le Canada devient le deuxième constructeur et exportateur d’automobiles et de pièces connexes au monde.

Photo couleur de deux hommes guidant la carrosserie d’une voiture familiale rouge sur une ligne de production en mouvement.

Une automobile est abaissée sur une ligne de production, Ford du Canada Limitée [e010975565]

De nos jours, le Canada est toujours un important constructeur d’automobiles et de pièces connexes ainsi qu’un exportateur à l’échelle mondiale.

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Des images de restaurants maintenant sur Flickr 

Photographie noir et blanc de l’extérieur d’un restaurant situé sur un chemin de terre dans une région éloignée.

Restaurant à Entrance (Alberta) [PA-100223]

L’essor des restaurants est directement relié à la croissance des villes. Alors que les routes commerciales s’étendent dans la Chine ancienne et l’Empire romain, les marchands ambulants qui se rendent dans les villes pour y vendre leurs produits font souvent halte dans des lieux de restauration publics, comme les auberges, pour se reposer et se restaurer. À l’intérieur des villes en pleine expansion, les tavernes et les auberges deviennent les principaux endroits où les gens peuvent trouver de quoi manger simplement, boire et se loger.

Photographie noir et blanc d’une femme sortant de la cuisine d’un restaurant en portant un plateau avec une théière et des tasses.

Une serveuse sortant de la cuisine du Diana Sweets et apportant un plateau avec une théière et des tasses, Toronto (Ontario) [PA-068091]

Photographie stéréoscopique noir et blanc montrant des dizaines de serveurs debout près de deux rangées de tables avec un lustre suspendu au plafond, Hôtel Windsor, Montréal (Québec).

Des dizaines de serveurs debout près de deux rangées de tables avec un lustre suspendu au plafond, Hôtel Windsor, Montréal (Québec) [e011093681]

Ce n’est qu’à partir du 18e siècle en France que l’on assiste à l’ouverture de restaurants de luxe ou spécialisés à l’intention de ceux qui en ont les moyens. Ces premiers restaurants proposent des menus composés d’un vaste choix de viandes, de légumes et de boissons, préparés selon des recettes plus élaborées. D’autres pays emboîtent le pas, et la culture de la restauration se répand partout en Europe et bien au-delà.

Photographie noir et blanc de l’extérieur du restaurant Nick's Chicken Barbecue. Une enseigne au néon dans la fenêtre annonce « Good Food » [bonne nourriture] et « Beer & Wine » [bière et vin].

Le restaurant Nick’s Chicken Barbecue, Québec (Québec) [PA-080674]

Aujourd’hui, les villes canadiennes offrent un vaste choix de restaurants servant des spécialités culinaires du monde entier dans une large gamme de prix.

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Images de l’industrie sidérurgique (acier) maintenant sur Flickr

Photographie en noir et blanc d’ouvriers qui supervisent le coulage d’acier en fusion dans des moules.

Des ouvriers surveillent le coulage d’acier fondu à l’Atlas Steel Company, Welland (Ontario) [e000760732]

L’acier est un alliage composé principalement de minerai de fer et d’un peu de carbone. Sa production constitue une grande industrie au Canada, actuellement concentrée en Ontario et au Québec.

Photographie en noir et blanc de trois ouvrières du rail, portant des gants et de lourds vêtements de travail, et posant avec leurs pelles.

Portrait de trois ouvrières du rail posant avec leur pelle, Stelco Steel Company of Canada, Hamilton (Ontario) [e000762848]

Photographie en noir et blanc d’un ouvrier, debout à côté d’un four, qui dirige le coulage d’acier en fusion dans une poche de coulée.

Un ouvrier se tient à côté d’un four et oriente le coulage d’acier fondu dans une poche de coulée, Stelco Steel Company of Canada, Hamilton (Ontario) [e000760223]

L’acier est matériau polyvalent employé dans la fabrication d’un éventail de produits, comme des barils, des fermoirs, des structures, des électroménagers, des pièces automobiles et même des contenants alimentaires. Comme l’aluminium, l’acier se recycle facilement. Bon nombre d’aciéries canadiennes fabriquent leur acier à partir de ferraille.

Photographie en noir et blanc d’un ouvrier qui regarde dans un pyromètre pour mesurer la température de l’acier en fusion.

Un ouvrier mesure la température de l’acier fondu à l’aide d’un pyromètre à l’aciérie Sorel Steel (Québec) [e000760214]

Des brames (tôles), des bandes et des billettes d’acier semi-finies sont façonnées par laminage ou par forgeage pour la production commerciale ou industrielle. Au Canada, la production d’acier a commencé dans les années 1880. Au début des années 1900, des centres de fabrication étaient déjà établis à Hamilton et à Sault Ste. Marie, en Ontario, ainsi qu’à Sydney, en Nouvelle-Écosse. La production a augmenté pendant la Deuxième Guerre mondiale, puis a connu une croissance rapide après la guerre.

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Images de poules maintenant sur Flickr

Photo noir et blanc d’un jeune garçon. À sa gauche se trouve un coq blanc sur un piédestal.

Portrait d’Henri Groulx, Lachine (Québec) [MIKAN 3630060]

Les poules sont des oiseaux domestiques élevés pour leurs œufs et leur chair. On trouve de nombreux producteurs de poulet et couvoirs de poules pondeuses dans chaque province. Selon Agriculture et Agroalimentaire Canada, l’Ontario et le Québec possèdent la plus forte concentration de producteurs, suivis par la Colombie-Britannique et l’Alberta, respectivement.

Photo couleur d’un homme plaçant de l’eau dans des plats à l’intérieur d’un enclos pour poussins.

Un homme donnant de l’eau à des poussins dans l’un des couvoirs du Marshall Chicken Ranch, Toronto (Ontario) [MIKAN 4313936]

Photo noir et blanc de deux femmes inspectant des œufs qui défilent sur un transporteur à courroie et les plaçant dans des boîtes.

Mme Hines et Mme Dominey préparant des œufs pour les consommateurs, Port Williams (Nouvelle-Écosse) [MIKAN 4950331]

Les poules ne sont pas des oiseaux migrateurs. Elles occupent un petit territoire et peuvent difficilement nager ou voler. Les gens pouvaient facilement capturer ces oiseaux et les emmener avec eux quand ils déménageaient. La domestication des poules s’est faite rapidement. Que ce soit pour une production familiale ou pour nourrir de grandes populations urbaines, les poules se sont avérées extrêmement polyvalentes sur le plan des soins et de la reproduction.

Photo noir et blanc d’un homme nourrissant des poules à côté d’un poulailler.

Élevage de volaille, Oromocto (Nouveau-Brunswick) [MIKAN 3643515]

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Des images d’enregistrements pour enfants : disques 78 tours, 1918-1962 maintenant sur Flickr

Ces disques colorés et ludiques représentent quelques-uns des plus anciens enregistrements pour enfants au Canada. Certains sont tout simplement des enregistrements de comptines ou de chansons connues en anglais et en français.

Une image en couleur d’une étiquette de disque de la Canadian Music Corp., Ltd. La face 2 montre le contour du Canada avec en superposition le mot Dominion. Le titre de la chanson est « Ma mère m'envoit-au marché » suivi du nom des artistes Hélène Baillargeon, chant, et Gilbert Lacombe, guitare.

La mère Michel, Face 2 [Ma_Mere.jpg]

Certains de ces disques font partie d’un ensemble d’objets. Ainsi, la compagnie Dee & Cee qui a produit les disques « Pretty Baby » n’était pas une maison de disques, mais plutôt un fabricant de poupées. Dee & Cee a vraisemblablement ajouté des disques à certaines de ses poupées, sans doute dans le but d’augmenter les ventes.

Une image en couleur d’une étiquette de disque de la compagnie de jouets Dee & Cee. La face 1 montre une petite fille assise tenant un livre ouvert. Le nom de la compagnie et le titre de l’enregistrement « Pretty Baby » apparaissent sur la couverture du livre.

« Pretty Baby », face 1 [Pretty_Baby_1.jpg]

Ces magnifiques disques ont attiré l’attention et amusé de nombreux enfants au début du 20e siècle lorsqu’ils ont été lancés.

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Des images de homards maintenant sur Flickr

Photo noir et blanc d’un homme tenant un gros homard dans sa main gauche.

Dougal Doucette tient le premier gros homard de la saison, Miminegash (Île-du-Prince-Édouard) [MIKAN 4953614]

Saviez-vous que le terme « homard » désigne en fait une variété de crustacés? Ceux-ci comprennent le homard que l’on connaît, bien sûr, mais aussi la langouste, le homard récifal, la cigale de mer, le homard à fourrure et la galathée.

Photo noir et blanc d’un village côtier. On voit des homardiers à l’arrière-plan, des casiers à homard au centre, et des balises flottantes au premier plan.

Casiers à homard et balises flottantes sur le rivage, Sandford (comté de Yarmouth, Nouvelle-Écosse) [MIKAN 3629555]

Photo noir et blanc de deux hommes, deux femmes et un enfant en train d’examiner quelques homards autour de casiers.

Deux hommes, deux femmes et un enfant debout autour de casiers à homard, parc national Fundy (Nouveau-Brunswick) [MIKAN 4317581]

L’espèce de homard la plus connue des Canadiens – le Homarus americanus – vit le long des côtes de l’Atlantique et dans les eaux du plateau continental, du Labrador à la Caroline du Nord. C’est la seule espèce que l’on retrouve au Canada. Le plus gros spécimen répertorié ici a été capturé au large de la Nouvelle-Écosse en 1977; il pesait plus de 20 kilos!

Photo noir et blanc d’un homme aidant une fillette attablée devant son repas de homard.

Jane Petrie devant son repas de homard (Île-du-Prince-Édouard) [MIKAN 4949865]

Le homard est un mets recherché et un important produit d’exportation pour le Canada, qui l’expédie partout dans le monde, en particulier aux États-Unis, au Japon, en Chine et dans les pays de l’Union européenne.

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Un registre de déportation et l’histoire d’un déporté canadien japonais

Par R. L. Gabrielle Nishiguchi

Photo noir et blanc d’un groupe de femmes et d’un enfant, se tenant debout devant des bagages et des caisses.

Après leur internement durant la Deuxième Guerre mondiale, des Canadiens japonais attendent d’être déportés par train puis par bateau vers le Japon. Slocan City, Colombie-Britannique, 1946. Source : Tak Toyota (c047398)

Le 20 septembre prochain, Bibliothèque et Archives Canada (BAC) exposera, le temps d’une soirée seulement, un ouvrage bien spécial : un registre datant de 1946, à la reliure bleue usée par le temps. L’exposition se tiendra dans le cadre de l’événement Retour sur le redressement à l’égard des Canadiens japonais : Conférence sur le 30e anniversaire de l’Entente, organisé conjointement par BAC et l’Association communautaire japonaise d’Ottawa.

Mais pourquoi ce registre est-il aussi important? Parce que ses pages roses, imprimées à l’encre violette Gestetner, renferment les noms de 3 964 Canadiens d’origine japonaise déportés en 1946 vers le Japon, un pays ravagé par la guerre; parmi eux, près de 2 000 enfants nés au Canada. Ensemble, ils représentent un cinquième des 20 000 Canadiens d’origine japonaise expulsés de la côte Ouest en 1942.

Pour chaque personne inscrite au registre, on peut aussi voir les renseignements suivants : numéro d’inscription, date de naissance, sexe, état matrimonial, nationalité et lieu de départ, auxquels s’ajoutent une note indiquant si la personne a signé ou non le formulaire de recensement (un aspect dont nous reparlerons plus loin), ainsi que des observations comme mental hospital (hôpital psychiatrique), mentally unbalanced [and] unable to sign (mentalement déséquilibré [et] incapable de signer), New Denver Sanitorium (Sanatorium de New Denver), illeg[itimate] (illégitime), adopted (adopté), common law (union libre) et Canadian Army (armée canadienne).

La couverture du registre porte l’inscription Repatriates (rapatriés) tracée à la plume. Mais le terme Repatriation (rapatriement), utilisé par le gouvernement canadien, ne désignait ni plus ni moins qu’une véritable déportation, comme l’ont démontré universitaires et chercheurs; il était souvent jumelé au mot « volontaire », ce qui n’était pas le cas, comme nous le verrons aussi plus loin. Par ailleurs, on ne pouvait parler de véritable « rapatriement » pour les enfants nés au Canada, et dont le seul lien avec le Japon était leur origine raciale.

Lorsqu’on feuillette les pages à l’encre pâlissante, on peut voir que certains noms sont accompagnés d’annotations manuscrites au stylo ou à la plume. BAC possède d’autres registres semblables, mais ce sont ces annotations qui confèrent à cet exemplaire une telle importance : elles semblent faire référence à des extraits de lois ou de décrets (p. ex., décret P.C. 7356, 15 décembre 1945) précisant comment les agents d’immigration pourraient empêcher certains déportés de revenir au Canada.

Conscient de l’importance historique du registre, BAC a immédiatement numérisé son contenu pour en assurer la préservation, veillant en même temps à ce que le pouvoir évocateur de ces noms demeure dans notre mémoire collective. Couchés sur le papier, les noms des 3 964 déportés et les informations connexes apportent un témoignage silencieux mais puissant des souffrances endurées par ces hommes, ces femmes et ces enfants qui se sont retrouvés au Japon, un pays vaincu et affamé, empêchés de revenir au Canada uniquement en raison de leur origine raciale.

Photo noir et blanc de trois hommes soulevant une caisse.

Trois Canadiens japonais en train de charger une caisse. L’un deux pourrait être Ryuichi Hirahara, 42 ans (no d’inscription 02553). M. Hirahara et sa femme Kazu, âgée de 40 ans (no d’inscription 02554 ), étaient tous deux de nationalité japonaise et ont été internés à Slocan City, en Colombie-Britannique. L’étiquette d’expédition sur la caisse porte le nom de « Ryuichi Hirahara » ainsi qu’une adresse à Wakayama City, au Japon. Ne sachant si sa maison ancestrale avait survécu à la guerre, M. Hirahara avait demandé que ses effets personnels soient retenus en son nom à la gare de Wakayama. Il savait que les gares compteraient parmi les premiers bâtiments à être remis en état, les trains étant essentiels à la reconstruction du Japon. Les Hirahara ont été déportés au Japon en 1946. Source : Tak Toyota [Traduction originale : Henry Shibata, retraduit en français par Bibliothèque et Archives Canada] (c047391)

L’histoire d’un déporté : Henry Shibata

Les participants à la conférence « Retour sur le redressement à l’égard des Canadiens japonais », le 20 septembre prochain, pourront non seulement voir le registre, mais aussi rencontrer l’une des personnes qui y sont inscrites : Henry Shibata. Canadien de naissance, M. Shibata a été déporté au Japon en 1946. Il est aujourd’hui âgé de 88 ans.

Sur l’une des pages du registre, à côté des noms de M. Shibata et de ses six frères et sœurs – tous nés au Canada –, se trouvent des annotations manuscrites qui semblent être des extraits de loi faisant référence au décret 7356 du Conseil privé (qui interdisait le retour des Canadiens japonais naturalisés ayant été déportés). Si tel est bien le cas, cela signifie que le gouvernement canadien avait bel et bien l’intention d’empêcher Henry et ses frères et sœurs de revenir au pays.

Photo noir et blanc de deux hommes debout devant un portail en fer. On aperçoit derrière eux un agent de police londonien.

L’honorable W. L. Mackenzie King et Norman Robertson à la conférence des premiers ministres du Commonwealth, Londres (Angleterre), 1er mai 1944. C’est à cette époque que Norman Robertson, sous-secrétaire d’État aux Affaires extérieures, et son adjoint spécial Gordon Robertson (avec qui il n’a aucun lien de parenté) ont élaboré le plan de déportation approuvé par le premier ministre Mackenzie King. (c015134)

Le recensement qui pouvait faire basculer une vie

Au cours du printemps 1945, le gouvernement du Canada dresse la liste de tous les Canadiens d’origine japonaise âgés de 16 ans et plus (incluant les personnes internées dans des camps et celles traitées à l’hôpital psychiatrique). Ce vaste recensement comprend également un formulaire où les Canadiens japonais doivent choisir le lieu où ils seront supposément « relocalisés » : au Japon ou à l’est des Rocheuses. Mais ce qu’ils ignorent, c’est que ce choix peut faire basculer leur vie.

En effet, les personnes qui décident d’aller au Japon signent en réalité – et à leur insu – leur demande de déportation. Le gouvernement considérant qu’ils sont déloyaux envers le Canada, il en fait un motif automatique de ségrégation et de déportation. Plusieurs annotations du registre arborent même la mention app[lication] for deportation (demande de déportation) écrite par un fonctionnaire.

Le recensement est mené par la Gendarmerie royale du Canada, alors que les Canadiens japonais sont découragés et inquiets pour leur avenir. Plusieurs d’entre eux viennent de survivre à trois longues années dans des camps d’internement dont ils ne pouvaient sortir sans laissez-passer : forcés de travailler sur des fermes de betteraves à sucre dans les Prairies pour éviter que leurs familles soient dispersées; obligés de travailler dans des camps routiers isolés; ou internés dans des camps de prisonniers de guerre parce qu’ils se plaignaient d’être séparés de leur femme et de leurs enfants.

Photo noir et blanc d’un agent de la Gendarmerie royale du Canada assis à une table et examinant des documents, entouré de plusieurs hommes.

Agent de la Gendarmerie royale du Canada vérifiant les documents de Canadiens japonais forcés d’abandonner leur maison et d’aller dans des camps d’internement, 1942. Source : Tak Toyota (c047387)

Photo noir et blanc de rangées de baraques dans un camp d’internement.Pourquoi les déportés ont-ils signé pour aller au Japon?

Camp d’internement pour les Canadiens japonais, Lemon Creek (Colombie-Britannique), juin 1945. (a142853)

Pourquoi les déportés ont-ils signé pour aller au Japon?  

Les pressions commencent à s’exercer sur les Canadiens japonais lorsque la communauté est forcée de quitter la côte Ouest, en 1942, pour aller en camp d’internement. Dès l’année suivante, leurs biens, retenus en fiducie par le Bureau du séquestre des biens ennemis, sont vendus aux enchères sans leur consentement. Les internés doivent vivre du produit de ces ventes, dont l’essentiel sert à payer leur propre internement. De plus, les superviseurs des camps sont évalués en fonction du nombre de formulaires signés qu’ils arrivent à obtenir.

De tous les internés, les Canadiens japonais qui acceptent finalement de signer le formulaire sont les plus vulnérables : il s’agit de personnes ayant des familles piégées au Japon, de familles monoparentales ou de patients en psychiatrie (dont certains sont trop malades pour signer). Certains, maîtrisant mal l’anglais, se sentent trop vieux ou trop démunis pour recommencer leur vie dans les collectivités typiquement hostiles de l’est du pays. Quelques enfants plus âgés, nés au Canada, se sentent obligés d’accompagner au Japon leurs parents malades ou vieillissants.

La famille du jeune Henry Shibata est internée à Lemon Creek, en Colombie-Britannique. Ses parents, Hatsuzo et Tomiko, ont de la famille à Hiroshima, mais ignorent si la bombe atomique a laissé des survivants. À 52 ans, Hatsuzo pense que sa méconnaissance de l’anglais écrit ne lui permettrait pas de recommencer sa vie dans l’est du Canada. Depuis l’arrivée de son dernier-né Hisashi, qui a vu le jour dans le camp d’internement de Lemon Creek, il a maintenant une femme et sept enfants à faire vivre.

Durant l’événement « Retour sur le redressement à l’égard des Canadiens japonais », le 20 septembre, le registre des déportations sera ouvert à la page 394, où se trouve l’inscription concernant la famille Shibata. À cette occasion, M. Shibata, un éminent chirurgien-oncologiste de 88 ans, verra pour la première fois son nom dans ce registre – 62 ans après s’être embarqué à bord du S.S. General Meigs pour être déporté au Japon avec sa famille.

À Hiroshima, une ville réduite en cendres par l’explosion de la première bombe atomique, Henry et sa famille sont confrontés à des épreuves inimaginables. Malgré tout, Henry réussit à obtenir son diplôme de l’École de médecine de Hiroshima. Il passe ensuite quatre ans aux États-Unis, le temps de se spécialiser en chirurgie, et revient au Canada en 1961. Son expertise a permis de sauver la vie de nombreux Canadiens. Professeur émérite à l’Université McGill, il a pris sa retraite en 2015.

Le registre mentionné ci-dessus était un moyen pratique d’empêcher le retour des déportés, particulièrement en raison des annotations qu’il comportait. Leur intention ne fait aucun doute dans cette lettre écrite par Arthur MacNamara, sous-ministre du Travail, à son ministre Humphrey Mitchell le 4 mai 1950 : « Le ministère des Affaires extérieures semble enclin à penser que les hommes nés au Canada et qui (…) ont été envoyés au Japon devraient maintenant être autorisés à revenir. Quant à moi, je suis d’avis que cette affaire devrait être traitée avec une magistrale lenteur; même dans le cas des hommes ou des femmes nés au Canada, il me semble qu’ils devraient ‘souffrir pour leurs péchés’. Après tout, ce sont eux qui ont choisi d’aller au Japon; ils n’y ont pas été forcés. » [Traduction]

Photo noir et blanc de trois hommes debout devant un bateau.

Canadiens japonais déportés vers le Japon après la Deuxième Guerre mondiale à bord du S.S. General Meigs, un navire de l’armée américaine, au quai A du Chemin de fer Canadien Pacifique, Vancouver (Colombie-Britannique). Au premier plan, de gauche à droite : le caporal R. A. Davidson de la Gendarmerie royale du Canada, C. W. Fisher, et T. B. Pickersgill, commissaire au placement des Japonais, ministère du Travail, 16 juin 1946. (a119024)

Défi Co-Lab

Co-Lab, notre nouvel outil de production participative, offre aux Canadiens la chance de collaborer avec BAC à partir de leur ordinateur personnel. Au cours des prochains mois, BAC lancera un défi Co-Lab portant sur les images du registre. Les Canadiens touchés par l’histoire de ces déportations et qui veulent aider à garder vivants les noms des déportés pourront retranscrire les 3 964 noms et renseignements connexes. BAC espère ainsi offrir une version numérisée et consultable du registre, afin que les chercheurs puissent accéder à ses importantes annotations manuscrites et compiler d’autres statistiques sur les déportés. D’ici là, vous pouvez voir dès maintenant les pages du registre en utilisant notre outil Recherche dans la collection(bêta).

Nous ne pouvons pas réécrire l’histoire afin d’empêcher ces déportations, mais nous pouvons résoudre le mystère des annotations du registre. Et nous pouvons aussi veiller à ce que chaque inscription demeure accessible aux déportés, à leurs familles et aux chercheurs du monde entier, afin que tous puissent ressentir le pouvoir évocateur de ces noms et ne jamais oublier le lot de souffrances qu’ils portent, ainsi que tout le talent et le potentiel dont le Canada n’a pas su profiter.

En attendant le défi Co-Lab sur le registre, BAC vous lance un autre défi : il a réuni des photos de l’internement des Canadiens japonais. Nous sollicitons votre aide pour rédiger des descriptions et ajouter des mots-clés qui permettront de mieux mettre en contexte ces images historiques et de les rendre ainsi plus repérables. Participez au défi dès maintenant!

Pour en savoir plus sur Co-Lab et l’outil Recherche dans la collection(bêta), consultez notre précédent billet de blogue : Voici Co-Lab : l’outil qui vous permettra de donner un coup de pouce à l’histoire!

Pour d’autres informations sur le site Web de BAC

Approfondissez vos connaissances sur les déportations vécues par les Canadiens japonais, les camps d’internement au Canada et la campagne de redressement, ou consultez notre vaste collection. en visitant notre page Web sur les Canadiens japonais.


R. L. Gabrielle Nishiguchi est archiviste à la section Société, emploi, affaires autochtones et gouvernementales de la Division des archives gouvernementales à Bibliothèque et Archives Canada.