La Jamaican Canadian Association et les femmes

Par Christine Barrass

La Jamaican Canadian Association (JCA) [association jamaïcaine du Canada] a été fondée il y a 56 ans par des Jamaïcains qui habitaient à Toronto. En 1962, alors que la Jamaïque se prépare à obtenir son indépendance du Royaume-Uni, le groupe décide de se réunir pour manger, danser et célébrer. Cette activité organisée le 6 août, jour d’indépendance, connaît un succès retentissant. Les discussions tenues par la suite favorisent la création d’un organisme qui pourrait aider les immigrants des pays des Caraïbes à s’adapter à la vie à Toronto et défendre les citoyens canadiens d’origine caribéenne ou africaine de la ville. À cette fin, on met en place un comité constitutionnel composé de trois hommes et de trois femmes. Le 23 septembre 1962, les nombreux participants d’une réunion organisationnelle approuvent la composition de la JCA et élisent le premier comité de direction.

Vincent Conville, un membre de longue date de l’Association et président de 1977 à 1978, rédige sa thèse de doctorat sur la JCA. En 2008, il fait don à Bibliothèque et Archives Canada des documents qui composent maintenant le fonds de la Jamaican Canadian Association. On y trouve des transcriptions d’entrevues orales réalisées avec des membres fondateurs et influents du groupe ainsi que des copies du bulletin de nouvelles de la JCA, In Focus. Ces entrevues et articles du bulletin contiennent, entre autres, les commentaires sincères et pertinents de plusieurs femmes, dont Amy Nelson, Kamala-Jean Gopie et Erma Collins.

La JCA comptait davantage de femmes que d’hommes parmi ses membres, ce qui était inhabituel à l’époque. Ces femmes, soit un groupe diversifié d’universitaires, d’infirmières et de domestiques, s’étaient engagées dans l’Association puisqu’elles voulaient toutes aider d’autres membres de la communauté caribéenne de Toronto et du reste du Canada. Les femmes de la JCA ont joué divers rôles au fil des ans. Malgré leur grand nombre, elles n’ont occupé aucun poste de direction pendant les premières décennies de la JCA. Plutôt, elles ont agi à l’arrière-plan en organisant des collectes de fonds, en créant des comités et en appuyant l’objectif de l’association, soit offrir des services sociaux essentiels. Dans une entrevue réalisée par M. Conville, Amy Nelson, l’une des membres fondatrices de la JCA, reconnaît l’inégalité qui était présente dans l’organisation. Elle perçoit ce problème comme étant un produit de l’époque : les hommes se retrouvaient tout simplement plus souvent dans des rôles de direction, que ce soit dans la JCA ou dans la société en général.

La page principale d’un bulletin de nouvelles imprimé en noir et vert. Le titre principal est « …founder, Amy Nelson looking back on 40 years… » [...la fondatrice Amy Nelson revient sur les 40 dernières années…].

Bulletin de nouvelles In Focus, novembre 2002 (e011218459)

Kamala-Jean Gopie (auparavant Jean Gammage) est l’une des femmes ayant occupé un poste de direction à la JCA. Elle se joint à l’Association en 1974 et devient rapidement une membre très active. En 1974, elle occupe le poste de secrétaire administrative, puis, de 1978 à 1980, elle est la première femme à assurer la présidence de la JCA. Toutefois, malgré son rôle de leadership, elle affirme dans une entrevue du bulletin In Focus qu’elle a déjà assisté à une cérémonie de prix comme invitée plutôt qu’organisatrice. Plutôt inhabituel!

La page principale d’un bulletin de nouvelles imprimé. Le titre est : « Kamala-Jean Gopie: A woman with a mission » [Kamala-Jean Gopie : une femme investie d’une mission].

Bulletin de nouvelles In Focus, vol. 4, no 3, mai 1995 (e011218458)

Les contributions uniques des femmes de la JCA ont mené à la création de ce qui était le Groupe auxiliaire féminin, reformé plus tard sous le nom du Comité féminin. Mis sur pied au début des années 1970, le Groupe auxiliaire mettait l’accent sur les antécédents des femmes qui travaillaient dans les soins de santé pour appuyer certaines activités de la JCA. Cela change lors de sa renaissance sous le nom de Comité féminin. Erma Collins, première vice-présidente de l’association, et Pam Powell, ancienne membre du Conseil, se rappellent que ce comité comblait les lacunes liées aux programmes destinés aux femmes. Il s’occupait d’enjeux urgents, dont la santé des femmes; par exemple, il a organisé une foire de la santé pour les femmes noires de l’Ontario, en 1993. Le Comité a par la suite élargi son mandat pour aborder d’autres enjeux liés à l’égalité des sexes.

La page principale d’un bulletin de nouvelles imprimé. Le titre principal est : « JCA elects first female 1st Vice-President » [La JCA élit pour la première fois une femme comme première vice-présidente].

Bulletin de nouvelles In Focus, vol. 3, no 9, avril 1993 (e011218457)

C’est avec fierté que le Comité féminin poursuit ses activités encore de nos jours!


Christine Barrass est archiviste principale à la Division des archives privées sur la vie sociale et la culture, Direction générale des archives, à Bibliothèque et Archives Canada.

Les archives au service des droits de la personne

Par R. L. Gabrielle Nishiguchi

Au moment de nommer l’une des institutions démocratiques fondamentales du Canada, combien penseraient d’emblée à Bibliothèque et Archives Canada (BAC)? Pourtant, c’est dans les archives d’une nation que les preuves de sa gouvernance sont à jamais préservées.

L’histoire du redressement à l’égard des Canadiens japonais nous apprend que les documents conservés par BAC – et l’usage déterminant qu’en ont fait des citoyens engagés – ont contribué à tenir le gouvernement fédéral responsable d’actions qui sont désormais universellement condamnées.

Du silence au mouvement citoyen

Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, les survivants affligés n’ont d’autre choix que d’étouffer leur traumatisme pour se concentrer à refaire leur vie. Le mutisme enveloppe ainsi la communauté japonaise du Canada.

Ce n’est que vers la fin des années 1970 et le début des années 1980, lors de petites réunions privées où les survivants se sentent à l’aise de raconter leurs malheurs de guerre, qu’un mouvement de redressement local voit le jour.

Aujourd’hui, l’Entente de redressement énonce qu’entre 1941 et 1949, « les Canadiens d’origine japonaise, dont la majorité étaient citoyens du pays, ont souffert d’actions sans précédent menées par le gouvernement du Canada à l’encontre de leur communauté » [traduction]. Ces actions étaient la privation du droit de vote, la détention dans des camps d’internement, la confiscation et la vente des biens personnels et communautaires, la déportation et l’entrave à la liberté de mouvement. Exercées par l’administration fédérale jusqu’en 1949, ces actions témoignent de l’attitude discriminatoire adoptée à l’endroit d’une communauté entière sur la seule base de l’origine ethnique de ses membres.

Photographie en noir et blanc montrant un Canadien japonais, en position accroupie, avec quatre enfants devant un commerce.

Sutekichi Miyagawa et ses quatre enfants, Kazuko, Mitsuko, Michio et Yoshiko, devant son épicerie, le Davie Confectionary, à Vancouver, en Colombie-Britannique, en mars 1933. (a103544)

Photographie en noir et blanc montrant douze Canadiens japonais déchargeant un camion.

Arrivée d’internés canadiens japonais à Slocan, en Colombie-Britannique, en 1942. Source : Tak Toyota (c047396)

L’action citoyenne et la déclassification de documents gouvernementaux

En 1981, Ann Gomer Sunahara épluche les dossiers récemment déclassifiés du gouvernement du Canada, rendus publics par ce qui s’appelait alors les Archives publiques du Canada. Dans son livre The Politics of Racism, Sunahara documente les décisions destructives et pratiquement incontestées qui ont été prises à l’égard de la communauté canadienne japonaise par le premier ministre Mackenzie King, son cabinet et certains fonctionnaires influents.

Photographie en noir et blanc montrant deux hommes debout près d’une haute clôture en fer. Un agent de police londonien est visible derrière eux.

Le très honorable W. L. Mackenzie King (à droite) et Norman Robertson (à gauche) à la Conférence des premiers ministres du Commonwealth, à Londres, en Angleterre, le 1er mai 1944. C’est à cette époque que Norman Robertson, alors sous-secrétaire d’État aux Affaires extérieures, et son adjoint spécial, Gordon Robertson (aucun lien de parenté), élaborent le plan qui mènera à la déportation au Japon de 3 964 Canadiens japonais en 1946. (c015134)

La National Association of Japanese Canadians (NAJC), qui en vient à représenter l’opinion de la communauté sur le redressement, reconnaît avec perspicacité l’importance cruciale de l’accès aux documents gouvernementaux des années 1940, qui peuvent servir de preuve tangible des fautes du gouvernement.

Le 4 décembre 1984, le journal canado-japonais The New Canadian rapporte que la NAJC a passé des mois à fouiller les archives gouvernementales pour produire un rapport intitulé Democracy Betrayed. Selon le résumé de ce rapport : « Le gouvernement a affirmé que le non-respect des droits de la personne [des Canadiens japonais] était nécessaire pour des motifs de sécurité. Les documents gouvernementaux montrent que cette affirmation est complètement fausse » [traduction].

L’action citoyenne et les registres du Bureau du séquestre des biens ennemis

En 1942, tous les Canadiens japonais de plus de 15 ans sont forcés par le gouvernement fédéral de déclarer leurs avoirs financiers à un représentant du Bureau du séquestre des biens ennemis. Les formulaires « JP », qui dressent la liste détaillée des possessions des internés, forment le noyau des 17 135 dossiers des Canadiens japonais.

Pour poursuivre les négociations avec le gouvernement fédéral en vue d’arriver à une entente, la NAJC a besoin d’une estimation crédible et vérifiable des pertes financières subies par la communauté japonaise canadienne. Le 16 mai 1985, elle annonce que le cabinet comptable Price Waterhouse accepte d’effectuer cette étude, par la suite publiée sous le titre Economic losses of Japanese Canadians after 1941: a study.

L’échantillonnage des dossiers du séquestre en 1985

Une équipe de chercheurs d’Ottawa, principalement issus de la communauté japonaise du Canada, est engagée par Bob Elton de Price Waterhouse pour faire l’échantillonnage statistique de 15 630 dossiers du séquestre ayant été conservés par les Archives publiques du Canada. Ces documents gouvernementaux contiennent des informations protégées en vertu de la Loi sur la protection des renseignements personnels (L.R.C. 1985, ch. P-21), mais l’alinéa 8(2)j) autorise l’équipe à y accéder pour des « travaux de recherche ou de statistique ».

Le 20 septembre 1985, le journal Ottawa Citizen cite Art Miki, alors président de la NAJC, qui soutient que « les dossiers du séquestre sont la matière première la plus précieuse pour l’étude des pertes financières, car chaque transaction y est méticuleusement inscrite, qu’il s’agisse de la vente d’une ferme, d’un bateau de pêche, d’une maison ou d’une voiture » [traduction].

Photographie en noir et blanc, portrait en buste d’Art Miki.

Art Miki, éducateur, militant pour les droits de la personne et président de la National Association of Japanese Canadians (NAJC) de 1984 à 1992. Il était stratège et négociateur en chef pendant la campagne de redressement, dont le point culminant a été l’Entente de redressement à l’égard des Canadiens japonais, signée le 22 septembre 1988 par la NAJC et le gouvernement du Canada. En 1991, il a été décoré de l’Ordre du Canada. Photographe : Andrew Danson (e010944697)

Molly et Akira Watanabe, des citoyens engagés

Pour le dernier échantillonnage, 1 482 dossiers doivent être examinés : un éreintant travail de moine que certains chercheurs sont incapables de mener à bien, souffrant de nausée et de fatigue oculaire en raison des nombreuses heures passées à scruter des microformes, parfois de piètre qualité.

Un brillant exemple d’action citoyenne est celui d’Akira Watanabe, président du comité de redressement d’Ottawa, et de son épouse Molly. Voyant que des centaines de dossiers doivent encore être traités, que les effectifs fondent et qu’il ne reste que quatre semaines pour finir le travail, ces deux chercheurs dévoués d’Ottawa se rendent aux Archives publiques du Canada, après le travail, pour un total de 20 soirées. Molly Watanabe décédera en 2007.

Le 8 mai 1986, l’étude est rendue publique. Price Waterhouse estime les pertes financières de la communauté canadienne japonaise à 443 millions de dollars (de 1986).

À elles seules, les archives ne protègent pas les droits de la personne

Ce ne sont pas les papiers empilés dans des boîtes de carton sur les tablettes qui protègent les droits de la personne, ni les microfilms rangés dans des contenants dans les tiroirs, mais bien les individus. L’histoire du redressement à l’égard des Canadiens japonais l’illustre bien : il faut des citoyens engagés et motivés à poser des gestes concrets pour repérer ces archives et les exploiter.

C’est ainsi que les archives gouvernementales et privées des années 1940 conservées par BAC, puis utilisées par des citoyens, ont pu jouer un rôle déterminant en faveur des Canadiens japonais demandant un redressement. En préservant les documents qui prouvent la responsabilité de notre gouvernement devant l’injustice, BAC demeure l’une des grandes institutions démocratiques de notre pays.


R.L. Gabrielle Nishiguchi est archiviste à la section Société, emploi, affaires autochtones et gouvernementales de la Division des archives gouvernementales, à Bibliothèque et Archives Canada.

Un registre de déportation et l’histoire d’un déporté canadien japonais

Par R. L. Gabrielle Nishiguchi

Photo noir et blanc d’un groupe de femmes et d’un enfant, se tenant debout devant des bagages et des caisses.

Après leur internement durant la Deuxième Guerre mondiale, des Canadiens japonais attendent d’être déportés par train puis par bateau vers le Japon. Slocan City, Colombie-Britannique, 1946. Source : Tak Toyota (c047398)

Le 20 septembre prochain, Bibliothèque et Archives Canada (BAC) exposera, le temps d’une soirée seulement, un ouvrage bien spécial : un registre datant de 1946, à la reliure bleue usée par le temps. L’exposition se tiendra dans le cadre de l’événement Retour sur le redressement à l’égard des Canadiens japonais : Conférence sur le 30e anniversaire de l’Entente, organisé conjointement par BAC et l’Association communautaire japonaise d’Ottawa.

Mais pourquoi ce registre est-il aussi important? Parce que ses pages roses, imprimées à l’encre violette Gestetner, renferment les noms de 3 964 Canadiens d’origine japonaise déportés en 1946 vers le Japon, un pays ravagé par la guerre; parmi eux, près de 2 000 enfants nés au Canada. Ensemble, ils représentent un cinquième des 20 000 Canadiens d’origine japonaise expulsés de la côte Ouest en 1942.

Pour chaque personne inscrite au registre, on peut aussi voir les renseignements suivants : numéro d’inscription, date de naissance, sexe, état matrimonial, nationalité et lieu de départ, auxquels s’ajoutent une note indiquant si la personne a signé ou non le formulaire de recensement (un aspect dont nous reparlerons plus loin), ainsi que des observations comme mental hospital (hôpital psychiatrique), mentally unbalanced [and] unable to sign (mentalement déséquilibré [et] incapable de signer), New Denver Sanitorium (Sanatorium de New Denver), illeg[itimate] (illégitime), adopted (adopté), common law (union libre) et Canadian Army (armée canadienne).

La couverture du registre porte l’inscription Repatriates (rapatriés) tracée à la plume. Mais le terme Repatriation (rapatriement), utilisé par le gouvernement canadien, ne désignait ni plus ni moins qu’une véritable déportation, comme l’ont démontré universitaires et chercheurs; il était souvent jumelé au mot « volontaire », ce qui n’était pas le cas, comme nous le verrons aussi plus loin. Par ailleurs, on ne pouvait parler de véritable « rapatriement » pour les enfants nés au Canada, et dont le seul lien avec le Japon était leur origine raciale.

Lorsqu’on feuillette les pages à l’encre pâlissante, on peut voir que certains noms sont accompagnés d’annotations manuscrites au stylo ou à la plume. BAC possède d’autres registres semblables, mais ce sont ces annotations qui confèrent à cet exemplaire une telle importance : elles semblent faire référence à des extraits de lois ou de décrets (p. ex., décret P.C. 7356, 15 décembre 1945) précisant comment les agents d’immigration pourraient empêcher certains déportés de revenir au Canada.

Conscient de l’importance historique du registre, BAC a immédiatement numérisé son contenu pour en assurer la préservation, veillant en même temps à ce que le pouvoir évocateur de ces noms demeure dans notre mémoire collective. Couchés sur le papier, les noms des 3 964 déportés et les informations connexes apportent un témoignage silencieux mais puissant des souffrances endurées par ces hommes, ces femmes et ces enfants qui se sont retrouvés au Japon, un pays vaincu et affamé, empêchés de revenir au Canada uniquement en raison de leur origine raciale.

Photo noir et blanc de trois hommes soulevant une caisse.

Trois Canadiens japonais en train de charger une caisse. L’un deux pourrait être Ryuichi Hirahara, 42 ans (no d’inscription 02553). M. Hirahara et sa femme Kazu, âgée de 40 ans (no d’inscription 02554 ), étaient tous deux de nationalité japonaise et ont été internés à Slocan City, en Colombie-Britannique. L’étiquette d’expédition sur la caisse porte le nom de « Ryuichi Hirahara » ainsi qu’une adresse à Wakayama City, au Japon. Ne sachant si sa maison ancestrale avait survécu à la guerre, M. Hirahara avait demandé que ses effets personnels soient retenus en son nom à la gare de Wakayama. Il savait que les gares compteraient parmi les premiers bâtiments à être remis en état, les trains étant essentiels à la reconstruction du Japon. Les Hirahara ont été déportés au Japon en 1946. Source : Tak Toyota [Traduction originale : Henry Shibata, retraduit en français par Bibliothèque et Archives Canada] (c047391)

L’histoire d’un déporté : Henry Shibata

Les participants à la conférence « Retour sur le redressement à l’égard des Canadiens japonais », le 20 septembre prochain, pourront non seulement voir le registre, mais aussi rencontrer l’une des personnes qui y sont inscrites : Henry Shibata. Canadien de naissance, M. Shibata a été déporté au Japon en 1946. Il est aujourd’hui âgé de 88 ans.

Sur l’une des pages du registre, à côté des noms de M. Shibata et de ses six frères et sœurs – tous nés au Canada –, se trouvent des annotations manuscrites qui semblent être des extraits de loi faisant référence au décret 7356 du Conseil privé (qui interdisait le retour des Canadiens japonais naturalisés ayant été déportés). Si tel est bien le cas, cela signifie que le gouvernement canadien avait bel et bien l’intention d’empêcher Henry et ses frères et sœurs de revenir au pays.

Photo noir et blanc de deux hommes debout devant un portail en fer. On aperçoit derrière eux un agent de police londonien.

L’honorable W. L. Mackenzie King et Norman Robertson à la conférence des premiers ministres du Commonwealth, Londres (Angleterre), 1er mai 1944. C’est à cette époque que Norman Robertson, sous-secrétaire d’État aux Affaires extérieures, et son adjoint spécial Gordon Robertson (avec qui il n’a aucun lien de parenté) ont élaboré le plan de déportation approuvé par le premier ministre Mackenzie King. (c015134)

Le recensement qui pouvait faire basculer une vie

Au cours du printemps 1945, le gouvernement du Canada dresse la liste de tous les Canadiens d’origine japonaise âgés de 16 ans et plus (incluant les personnes internées dans des camps et celles traitées à l’hôpital psychiatrique). Ce vaste recensement comprend également un formulaire où les Canadiens japonais doivent choisir le lieu où ils seront supposément « relocalisés » : au Japon ou à l’est des Rocheuses. Mais ce qu’ils ignorent, c’est que ce choix peut faire basculer leur vie.

En effet, les personnes qui décident d’aller au Japon signent en réalité – et à leur insu – leur demande de déportation. Le gouvernement considérant qu’ils sont déloyaux envers le Canada, il en fait un motif automatique de ségrégation et de déportation. Plusieurs annotations du registre arborent même la mention app[lication] for deportation (demande de déportation) écrite par un fonctionnaire.

Le recensement est mené par la Gendarmerie royale du Canada, alors que les Canadiens japonais sont découragés et inquiets pour leur avenir. Plusieurs d’entre eux viennent de survivre à trois longues années dans des camps d’internement dont ils ne pouvaient sortir sans laissez-passer : forcés de travailler sur des fermes de betteraves à sucre dans les Prairies pour éviter que leurs familles soient dispersées; obligés de travailler dans des camps routiers isolés; ou internés dans des camps de prisonniers de guerre parce qu’ils se plaignaient d’être séparés de leur femme et de leurs enfants.

Photo noir et blanc d’un agent de la Gendarmerie royale du Canada assis à une table et examinant des documents, entouré de plusieurs hommes.

Agent de la Gendarmerie royale du Canada vérifiant les documents de Canadiens japonais forcés d’abandonner leur maison et d’aller dans des camps d’internement, 1942. Source : Tak Toyota (c047387)

Photo noir et blanc de rangées de baraques dans un camp d’internement.Pourquoi les déportés ont-ils signé pour aller au Japon?

Camp d’internement pour les Canadiens japonais, Lemon Creek (Colombie-Britannique), juin 1945. (a142853)

Pourquoi les déportés ont-ils signé pour aller au Japon?  

Les pressions commencent à s’exercer sur les Canadiens japonais lorsque la communauté est forcée de quitter la côte Ouest, en 1942, pour aller en camp d’internement. Dès l’année suivante, leurs biens, retenus en fiducie par le Bureau du séquestre des biens ennemis, sont vendus aux enchères sans leur consentement. Les internés doivent vivre du produit de ces ventes, dont l’essentiel sert à payer leur propre internement. De plus, les superviseurs des camps sont évalués en fonction du nombre de formulaires signés qu’ils arrivent à obtenir.

De tous les internés, les Canadiens japonais qui acceptent finalement de signer le formulaire sont les plus vulnérables : il s’agit de personnes ayant des familles piégées au Japon, de familles monoparentales ou de patients en psychiatrie (dont certains sont trop malades pour signer). Certains, maîtrisant mal l’anglais, se sentent trop vieux ou trop démunis pour recommencer leur vie dans les collectivités typiquement hostiles de l’est du pays. Quelques enfants plus âgés, nés au Canada, se sentent obligés d’accompagner au Japon leurs parents malades ou vieillissants.

La famille du jeune Henry Shibata est internée à Lemon Creek, en Colombie-Britannique. Ses parents, Hatsuzo et Tomiko, ont de la famille à Hiroshima, mais ignorent si la bombe atomique a laissé des survivants. À 52 ans, Hatsuzo pense que sa méconnaissance de l’anglais écrit ne lui permettrait pas de recommencer sa vie dans l’est du Canada. Depuis l’arrivée de son dernier-né Hisashi, qui a vu le jour dans le camp d’internement de Lemon Creek, il a maintenant une femme et sept enfants à faire vivre.

Durant l’événement « Retour sur le redressement à l’égard des Canadiens japonais », le 20 septembre, le registre des déportations sera ouvert à la page 394, où se trouve l’inscription concernant la famille Shibata. À cette occasion, M. Shibata, un éminent chirurgien-oncologiste de 88 ans, verra pour la première fois son nom dans ce registre – 62 ans après s’être embarqué à bord du S.S. General Meigs pour être déporté au Japon avec sa famille.

À Hiroshima, une ville réduite en cendres par l’explosion de la première bombe atomique, Henry et sa famille sont confrontés à des épreuves inimaginables. Malgré tout, Henry réussit à obtenir son diplôme de l’École de médecine de Hiroshima. Il passe ensuite quatre ans aux États-Unis, le temps de se spécialiser en chirurgie, et revient au Canada en 1961. Son expertise a permis de sauver la vie de nombreux Canadiens. Professeur émérite à l’Université McGill, il a pris sa retraite en 2015.

Le registre mentionné ci-dessus était un moyen pratique d’empêcher le retour des déportés, particulièrement en raison des annotations qu’il comportait. Leur intention ne fait aucun doute dans cette lettre écrite par Arthur MacNamara, sous-ministre du Travail, à son ministre Humphrey Mitchell le 4 mai 1950 : « Le ministère des Affaires extérieures semble enclin à penser que les hommes nés au Canada et qui (…) ont été envoyés au Japon devraient maintenant être autorisés à revenir. Quant à moi, je suis d’avis que cette affaire devrait être traitée avec une magistrale lenteur; même dans le cas des hommes ou des femmes nés au Canada, il me semble qu’ils devraient ‘souffrir pour leurs péchés’. Après tout, ce sont eux qui ont choisi d’aller au Japon; ils n’y ont pas été forcés. » [Traduction]

Photo noir et blanc de trois hommes debout devant un bateau.

Canadiens japonais déportés vers le Japon après la Deuxième Guerre mondiale à bord du S.S. General Meigs, un navire de l’armée américaine, au quai A du Chemin de fer Canadien Pacifique, Vancouver (Colombie-Britannique). Au premier plan, de gauche à droite : le caporal R. A. Davidson de la Gendarmerie royale du Canada, C. W. Fisher, et T. B. Pickersgill, commissaire au placement des Japonais, ministère du Travail, 16 juin 1946. (a119024)

Défi Co-Lab

Co-Lab, notre nouvel outil de production participative, offre aux Canadiens la chance de collaborer avec BAC à partir de leur ordinateur personnel. Au cours des prochains mois, BAC lancera un défi Co-Lab portant sur les images du registre. Les Canadiens touchés par l’histoire de ces déportations et qui veulent aider à garder vivants les noms des déportés pourront retranscrire les 3 964 noms et renseignements connexes. BAC espère ainsi offrir une version numérisée et consultable du registre, afin que les chercheurs puissent accéder à ses importantes annotations manuscrites et compiler d’autres statistiques sur les déportés. D’ici là, vous pouvez voir dès maintenant les pages du registre en utilisant notre outil Recherche dans la collection(bêta).

Nous ne pouvons pas réécrire l’histoire afin d’empêcher ces déportations, mais nous pouvons résoudre le mystère des annotations du registre. Et nous pouvons aussi veiller à ce que chaque inscription demeure accessible aux déportés, à leurs familles et aux chercheurs du monde entier, afin que tous puissent ressentir le pouvoir évocateur de ces noms et ne jamais oublier le lot de souffrances qu’ils portent, ainsi que tout le talent et le potentiel dont le Canada n’a pas su profiter.

En attendant le défi Co-Lab sur le registre, BAC vous lance un autre défi : il a réuni des photos de l’internement des Canadiens japonais. Nous sollicitons votre aide pour rédiger des descriptions et ajouter des mots-clés qui permettront de mieux mettre en contexte ces images historiques et de les rendre ainsi plus repérables. Participez au défi dès maintenant!

Pour en savoir plus sur Co-Lab et l’outil Recherche dans la collection(bêta), consultez notre précédent billet de blogue : Voici Co-Lab : l’outil qui vous permettra de donner un coup de pouce à l’histoire!

Pour d’autres informations sur le site Web de BAC

Approfondissez vos connaissances sur les déportations vécues par les Canadiens japonais, les camps d’internement au Canada et la campagne de redressement, ou consultez notre vaste collection. en visitant notre page Web sur les Canadiens japonais.


R. L. Gabrielle Nishiguchi est archiviste à la section Société, emploi, affaires autochtones et gouvernementales de la Division des archives gouvernementales à Bibliothèque et Archives Canada.

Images de tartans et de kilts maintenant sur Flickr

Photo en couleurs d’une fillette souriant, portant un béret écossais et une pièce d’étoffe en tartan à l’épaule.

Betty Chan, Jeux écossais, Winnipeg (Manitoba). [MIKAN 4314336]

Le tartan est une étoffe de tissu multicolore dont les lignes horizontales et verticales sont entrecroisées. Traditionnellement, le tartan était composé de laine, mais il était parfois fait à partir d’autres tissus. L’Écosse et les kilts sont particulièrement associés au tartan. Toutefois, l’immigration constante d’Écossais au Canada a créé un environnement spécial pour le tartan au pays. Des activités culturelles, dont les Jeux écossais qui se déroulent partout au Canada, mettent en valeur les divers motifs des kilts, des vestes, des couvertures et des accessoires de mode. Dans le cas des vêtements non traditionnels, on parle plus souvent de tissu à carreaux. Il existe des tartans canadiens uniques, dont les motifs provinciaux et territoriaux; la plupart sont inscrits auprès de la cour du lord Lyon. Cette cour réglemente l’art héraldique de l’Écosse, notamment les motifs de tartan. Le tartan vert, or, rouge et brun du Canada, connu sous le nom de « feuille d’érable », est devenu un symbole national officiel en 2011.

Photo noir et blanc de deux femmes devant un métier à tisser. La femme assise à gauche tient la navette. La femme debout à droite examine le motif et le tissage d’un tartan.

Tissage d’un tartan, St. Ann’s, île du Cap-Breton (Nouvelle-Écosse). [MIKAN 4950258]

Photo noir et blanc de deux fillettes debout, portant des bérets écossais ainsi que des kilts et des vestes assortis.

Deux fillettes vêtues de kilts, Jeux écossais, Antigonish (Nouvelle-Écosse). [MIKAN 4315734]

Visitez l’album Flickr maintenant!

Le Canada et les mercenaires allemands de la révolution américaine

Par Anik Laflèche

Si votre nom de famille est Schneider, Sigman, Henry ou André, ou s’il contient la particule « von », vous avez peut-être des ancêtres allemands.

En 1776, les Treize colonies déclarent l’indépendance des États-Unis d’Amérique face à la Grande-Bretagne. Plusieurs raisons motivent cette déclaration, notamment des impôts excessifs et le manque de représentation au Parlement. La guerre civile éclate dans le centre de l’Amérique du Nord, opposant George Washington à Benedict Arnold, et John Adams à Samuel Adams. Cette terrible guerre civile prend fin en 1783 lorsque la Grande-Bretagne accepte l’indépendance de ses anciennes colonies. Les États-Unis d’Amérique deviendront un pays et la Grande-Bretagne conservera ses colonies nordiques, aujourd’hui le Canada. Cet événement déclenche une vague d’immigration massive (près de 70 000 personnes, dont des citoyens britanniques, des membres des Premières Nations et des esclaves libérés) vers ce qui constitue aujourd’hui les provinces de Québec, de l’Ontario, du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse.

Une reproduction couleur d’un tableau de John David Kelly représentant un groupe de personnes, dont certains s’affairent à construire une maison.

United Empire Loyalists Landing at the Site of the Present City of Saint John, New Brunswick, 1783 par John David Kelly, reproduit dans le calendrier 1935 de l’association Confederation Life (MIKAN 2904397)

De très nombreuses familles arrivent durant cette vague de colonisation massive; cependant, les ancêtres de plusieurs Canadiens immigrent plutôt à l’occasion d’un mouvement de population simultané, mais plus petit et moins perceptible, qui emmène au pays non pas des Français, des Américains, des Anglais ou des membres des Premières Nations, mais étonnamment des mercenaires allemands, aussi connus sous le nom de Hessois.

Mais revenons un peu en arrière dans notre histoire des rebelles américains et des loyalistes britanniques. De la fin des années 1770 au début des années 1780, le roi George III d’Angleterre, confronté à la guerre dans ses colonies, embauche 30 000 soldats allemands (ce qui représente un soldat allemand pour 22 Québécois!) et les envoie dans le Nouveau Monde combattre les colonies rebelles. Si plusieurs de ces régiments de mercenaires s’en vont directement dans les Treize colonies pour livrer bataille, certains, comme le régiment Hesse-Hanau, sont déployés au Canada pour protéger la frontière; ils participent activement au conflit à partir des forts de l’Ontario et du Québec.

Une image montrant des ordres et des réponses manuscrits pour le régiment de Lossberg.

Transcription d’une lettre du War Office provenant de l’officier de Looz à propos des mouvements du régiment Lossberg, 1783 (MG13 WO28, vol. 8, p. 224, microfilm C-10861)

Bien que les mercenaires allemands et les loyalistes se battent vaillamment, la balance du pouvoir penche finalement en faveur des patriotes américains. Après la guerre, les mercenaires allemands se voient offrir le choix de retourner chez eux en Allemagne ou de s’établir au Canada. Plusieurs soldats décident de rester au Canada; ils s’établissent dans le Bas et le Haut-Canada et en Nouvelle-Écosse; ils apprennent le français ou l’anglais, épousent des jeunes filles de la région et s’intègrent à leur société d’accueil.

Mais pourquoi tant de familles canadiennes ont-elles oublié leurs ancêtres allemands? N’est-il pas facile d’identifier un nom allemand dans un arbre généalogique? Pas nécessairement, car au 18e et au 19e siècle, le nom d’une personne pouvait changer plusieurs fois au cours de sa vie. Les noms, en particulier lorsqu’ils étaient dans une langue étrangère, étaient écrits au son et, par conséquent, pouvaient varier énormément. Dans le cas des mercenaires, c’était les prêtres français ou anglais dans les paroisses locales, qui enregistraient les noms lors des mariages, des naissances et des décès. Lorsqu’ils entendaient un nom allemand, il leur arrivait de le franciser ou de l’angliciser selon ce qu’ils avaient compris. Ainsi, Heinrich Kristof Sieckmann, un mercenaire allemand né à Vlotho en Allemagne, qui servait dans le régiment Hesse-Kassel, est devenu Henry Christopher Sigman et André Christophe Sicman. Quelques générations plus tard, d’autres variations orthographiques sont apparues, telles que Ciegman, Sicman, Sickman, Sigman, Sickamen, Silchman et même Tieckman. Avec cette nouvelle orthographe, Heinrich Sieckmann, maintenant Henry Sigman, pouvait facilement être confondu sur papier avec un immigrant britannique.

Une image d’une page manuscrite énumérant les membres du 1er bataillon Hesse-Hanau.

War Office 28 : liste nominative du 1er bataillon Hesse-Hanau, janvier 1783 (MG13 WO28, vol. 8, p. 205, microfilm C-10861)

Alors si votre nom est Henry ou André (Heinrich), Sigman (Sieckmann) ou Schneider, ou si vous êtes simplement curieux d’en apprendre davantage sur les soldats allemands qui sont apparus tout à coup dans la série Turn diffusée sur Netflix, venez à Bibliothèque et Archives Canada. Nos collections comprennent une quantité surprenante de documents d’archives relatifs aux mercenaires allemands ayant combattu durant la révolution américaine. Nous avons des listes nominatives de plusieurs régiments dans les groupes de manuscrits MG11 et MG13, des lettres écrites par des officiers allemands dans les papiers Haldimand (MG21), ainsi que des ordres, de la correspondance et des journaux dans le MG23. Plusieurs rouleaux de microfilms contenant ces documents ont été numérisés et peuvent être consultés librement sur le site Héritage. Nous possédons également des sources publiées sur nos ancêtres allemands accompagnées d’analyses historiques, de listes de soldats et de courtes biographies; la plupart sont dans notre section Généalogie. Pour en savoir plus sur nos fonds documentaires relatifs aux mercenaires allemands, veuillez consulter le site Immigration : Allemand.


Anik Laflèche est assistante étudiante de projet dans la division des  services aux publiques.

« Le nouvel Eldorado » – Attirer les colons dans l’Ouest

Par Vasanthi Pendakur

Affiche sur laquelle apparaissent en majuscules les mots « Canada » et « Lecture » (conférence). La taille des autres mots varie, et ils sont tous imprimés en bleu sur un fond sépia.

Affiche annonçant une conférence à Glasgow, en Écosse, sur le Canada et les avantages de s’y établir (MIKAN 1437596)

« 160-ACRE FARMS IN WESTERN CANADA – FREE! » (FERMES DE 160 ACRES DANS L’OUEST DU CANADA – GRATUIT!) C’est ce que claironne l’une des nombreuses affiches imprimées par le ministère de l’Intérieur du Canada pour attirer les immigrants dans l’Ouest canadien. De 1886 au début des années 1930, le ministère de l’Intérieur mène une vaste campagne publicitaire pour inciter les familles immigrantes d’agriculteurs à s’établir dans les Prairies. Des expositions sont organisées et des affiches, des brochures et des dépliants sont distribués – tout cela en diverses langues – partout en Europe et aux États-Unis pour recruter le plus d’immigrants possible. La colonisation liée directement à cette campagne comprend 500 familles ukrainiennes qui sont arrivées à Dauphin, au Manitoba, en mai 1897, et la colonie de Barr, des colons anglais qui sont arrivés dans la ville actuelle de Lloydminster, en Alberta, en mai 1903.

Une petite carte en norvégien sur laquelle les caractères et le fond sont en alternance bleus ou sépia.

Une carte norvégienne annonçant des terres gratuites au Canada (MIKAN 2945660)

Comme gardien des documents du gouvernement, Bibliothèque et Archives Canada possède une grande collection de matériel promotionnel utilisé pendant cette campagne publicitaire. Le matériel visait à promouvoir une vision idéalisée de l’Ouest. Des images montrant des paysages présentant une verdure luxuriante, du bétail bien nourri et des récoltes de céréales dorées étaient souvent utilisées. Les aspects négatifs des Prairies, comme le temps froid et l’isolement, étaient minimisés.

Affiche aux couleurs vives sur laquelle figure un homme qui transporte un paquet de blé sous un bras et un garçon dans l’autre. Un panier de pommes de terre, de tomates et d’ail se trouve à ses pieds. En arrière-plan : des poules, des cochons, un troupeau de bétail et une maison.

« Canada – The New Homeland » (Canada – la nouvelle patrie) (MIKAN 2958967)

Des sociétés privées participaient aussi à la campagne. Les entreprises d’expédition et du domaine ferroviaire se servaient de ces mêmes images publiées par le gouvernement pour encourager les colons à venir s’établir au Canada.

Affiche colorée montrant un paysage montagneux divisé par une frontière internationale. Deux hommes représentant chaque pays se tiennent de chaque côté de la frontière. L’image est placée entre un slogan de recrutement et de l’information sur les déplacements d’un pays à l’autre.

« 40,000 Men Needed in Western Canada… » (Besoin de 40 000 hommes dans l’Ouest canadien…) (MIKAN 2897527)

Les stratégies de recrutement changent au fur et à mesure que les Prairies se développent et que les techniques d’impression s’améliorent. La plupart des premières affiches remontant aux années 1880 et 1890 (comme la première image) ne comprennent que du texte et de petites images. Ces affiches présentent de l’information sur l’Ouest et moussent les avantages des terres gratuites. Différentes couleurs et tailles de caractères ainsi que de petits symboles sont utilisés pour attirer l’attention des gens. Au fur et à mesure que les techniques d’impression s’améliorent, de grandes photos en couleur remplacent les mots. Pour certaines affiches, un mélange de texte et d’images est utilisé, et chaque section est encadrée pour créer un effet de mosaïque.

Affiche colorée montrant des scènes sur des fermes dans l’Ouest canadien avec, en toile de fond décorative, du blé doré et des feuilles d’érable. Les slogans entourant les images fournissent de l’information et des conseils.

Affiche annonçant une conférence à Glasgow, en Écosse, sur le Canada et les avantages de s’y établir (MIKAN 1437596)
« Western Canada: The New Eldorado » (L’Ouest canadien : le nouvel Eldorado) (MIKAN 2945432)

Pour d’autres affiches, surtout des exemples ultérieurs, on a recours à des photos aux couleurs vives accompagnées de courts slogans et du nom du ministère ou de l’entreprise.

Affiche aux couleurs vives au haut de laquelle figurent le mot « Canada » en gros caractères rouges, des oiseaux qui volent au-dessus de champs dorés dans un cercle ainsi qu’un slogan et, au bas, de l’espace pour indiquer où obtenir de l’information ou des documents.

« Build Your Nest in Western Canada » (Faites votre nid dans l’Ouest canadien) (MIKAN 1433941)

La campagne a fonctionné. L’immigration de colons ukrainiens et de Barr n’était qu’un début; des milliers d’autres colons se sont établis dans les Prairies, motivés par la promesse de terres gratuites et d’une nouvelle vie. Ils sont beaucoup à ne pas l’avoir réussie. Les nouveaux venus, attirés par la vision idéalisée de l’Ouest dépeinte dans le cadre de la campagne, n’étaient pas préparés à la réalité de leur nouvelle patrie. Cependant, les immigrants qui ont réussi leur nouvelle vie ont changé la société et contribué à façonner les Prairies pour en faire ce qu’elles sont aujourd’hui.

Ressources connexes


Vasanthi Pendakur est assistante aux expositions à la Division Expositions et contenu en ligne de Bibliothèque et Archives Canada.

Un document d’intérêt : une lettre de 1818 à propos du traitement d’immigrants irlandais atteints de la fièvre typhoïde

par Martin Lanthier

Au début du 19e siècle, l’arrivée de navires transportant des immigrants parfois atteints de maladies soulève la crainte de voir s’étendre au Bas-Canada des épidémies. L’élite de la colonie prend conscience de la situation et y va d’initiatives pour gérer ce problème.

La correspondance du secrétaire civil du gouverneur du Bas-Canada (RG4-A1, MIKAN 105377) renferme des documents qui témoignent de ces préoccupations et aussi des situations auxquelles devaient faire face les médecins de l’époque. Un exemple parmi d’autres est une lettre du docteur William Hacket du 29 juillet 1818 dans laquelle il décrit son intervention pour guérir des colons irlandais atteints de la fièvre typhoïde.

Ils arrivent à Québec le 21 juillet à bord du Royal Edward. Plusieurs d’entre eux sont malades et, après quelques jours, on décide de les soigner. Puisqu’aucun hôpital n’existe pour accueillir un si grand nombre de personnes (119) et que les conditions à bord sont insalubres, on ordonne la mise en quarantaine et le traitement des malades sur l’île au Ruau [ou île aux Ruaux], près de Grosse-Île dans le fleuve Saint-Laurent. On confie la tâche au docteur Hacket, assisté de deux confrères : les docteurs Wright et Holmes.

Dans sa lettre, écrite six jours après l’arrivée des passagers sur l’île, il explique d’abord la difficulté qu’il a eue pour les convaincre de quitter le navire — certains affirmaient qu’on ne pourrait les en faire débarquer que par la force. Il s’étend ensuite sur le fait que sans l’aide des militaires, qui ont installé un camp, il n’aurait pu les accueillir et les traiter.

Première page d’une lettre manuscrite, à l’encre noire sur papier blanc.

Lettre du docteur William Hacket à A. W. Cochrane, secrétaire civil, Québec, 29 juillet 1818 (RG4-A1, volume 180 MIKAN 126122) e011181012.

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Jour des petits immigrés britanniques : l’apport de plus de 100 000 enfants anglais à la population du Canada

Il y a cinq ans, Jim Brownell, alors député provincial de Stormont‑Dundas‑South Glengarry, a déposé le projet de loi 185 visant à proclamer le 28 septembre « Jour des petits immigrés britanniques ».

Brownell est un proche parent de deux petites immigrées anglaises: sa grand-mère paternelle et sa grand-tante. Les sœurs d’origine écossaise sont toutes deux arrivées au Canada par l’entremise du mouvement d’immigration d’enfants. De 1869 à la fin des années 1930, plus de 100 000 enfants ont été emmenés des îles Britanniques au Canada.

La grand-mère de M. Brownell, Mary Scott Pearson, est née en Écosse et est arrivée au Canada le 28 septembre 1891 à bord du navire SS Hibernian. Le foyer d’accueil Fairknowe, à Brockville (Ontario), a été sa première résidence en sol canadien.

Peut-être avez-vous découvert les traces d’un jeune immigré en provenance des îles britanniques au cours de recherches sur l’histoire de votre famille. Il semblerait que onze pour cent de la population canadienne comptent un petit immigré anglais parmi leurs ancêtres.

Par où dois-je entreprendre mes recherches pour retrouver mes ancêtres?

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) détient de nombreux documents susceptibles d’être utiles lors de vos recherches sur les petits immigrés anglais. Entre autres documents, il y a des listes de passagers, des dossiers de correspondance de la direction de l’immigration et des rapports d’inspection, des collections non gouvernementales et des fonds privés (comme le fonds Middlemore), ainsi que des index de quelques documents conservés au Royaume-Uni. Consultez la rubrique Les documents pour obtenir des conseils relativement aux recherches et des explications sur les documents gardés à BAC.

Les listes de passagers et autres documents liés à l’immigration sont souvent les premières sources consultées. Outre la liste de noms des enfants, il y a le nom du navire, les dates de départ et d’arrivée, le nom de l’organisation qui a envoyé l’enfant en partance des îles Britanniques et la destination de l’enfant au Canada. Tous ces détails sont des éléments clés pour retrouver nos ancêtres qui ont immigré au Canada.

Image en noir et blanc d’une maison entourée de neige fondante. Devant la maison, il y a deux traîneaux à chevaux et des personnes autour.

« Marchmont », la maison d’accueil située à Belleville (Ontario), où a habité Mlle Macpherson (résidence hébergeant des enfants immigrants de la Grande-Bretagne) (MIKAN 3591133)

Dans le Guide des organismes qui ont envoyé des enfants et des maisons d’accueil se trouve une liste et une description de lieux, de sociétés et d’institutions associés à l’organisme, au Royaume-Uni et en Irlande, et les lieux et maisons d’accueil associés à l’organisme, au Canada. Une quatrième colonne renferme le nom des personnes associées aux organismes souvent mentionnés dans les listes de passagers. Par exemple, Thomas Barnardo et John Hobday étaient associés aux Barnardo’s Homes. Agnes Burges et William et Mary Quarrier étaient associés aux Quarrier’s Orphan Homes of Scotland, dont le foyer d’accueil Fairknowe était sis à Brockville (Ontario). Les enfants qui avaient été baptisés dans la foi catholique étaient habituellement placés dans des familles ou des congrégations religieuses catholiques, souvent au Québec.

Sources militaires et états de recensement

Bon nombre de petits immigrés anglais ont grandi et se sont enrôlés dans les Forces canadiennes, tant durant la Première que la Seconde Guerre mondiale; certains ont décidé de rester au Royaume-Uni à la fin de la guerre. Consultez notre page sur le Patrimoine militaire pour effectuer des recherches dans les dossiers de service militaire et d’autres ressources militaires.

Si vous désirez vous renseigner sur le lieu de résidence d’un enfant, consultez les Recensements couvrant la période visée. Précisons que l’on peut faire des recherches sur les petits immigrés anglais en employant le même nom de famille que celui inscrit dans la liste de passagers. La plupart de ces enfants ont gardé leur nom d’origine et n’ont pas été officiellement adoptés par les familles chez qui ils ont résidé.

Si vous souhaitez nous poser une question, passez nous voir au comptoir de généalogie au 395, rue Wellington, à Ottawa, ou envoyez-nous un courriel au moyen du formulaire de demande d’aide en généalogie.

En dernier lieu, n’oubliez pas de lire les articles précédemment publiés sur les petits immigrés anglais : Introduction, Edward Brignall, Harold Mornington, Wallace Ford et l’honorable James Murdock.

Autres sources

Les petits immigrés anglais : guide des organismes qui ont envoyé des enfants et des maisons d’accueil

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) a le plaisir d’annoncer le lancement du Guide des organismes qui ont envoyé des enfants et des maisons d’accueil.

Ce guide est un point de départ essentiel pour effectuer une recherche dans les documents sur les petits immigrés anglais qui sont venus au Canada en provenance des îles britanniques entre 1869 et 1932. Grâce à ce guide, vous pouvez découvrir les documents qui sont conservés à BAC et dans d’autres institutions au Canada et dans les îles britanniques. Ce guide contient aussi des renseignements historiques sur les différents organismes et des liens utiles vers des sites Web pour de la recherche sur les petits immigrés anglais. Ce guide a été compilé sur une période de plusieurs années par le personnel de généalogie de BAC.

Commencez à consulter le guide maintenant!

Lancement de la base de données « Carleton Papers – Loyalistes et soldats britanniques, 1772-1784 »

Bibliothèque et Archives Canada a le plaisir d’annoncer le lancement d’une nouvelle base de données accessible en ligne : Carleton Papers – Loyalistes et soldats britanniques, 1772-1784.

Les chercheurs auront maintenant accès à des données sur plus de 54 000 loyalistes et soldats britanniques. Les noms sont tirés des British Headquarters Papers, New York, aussi connus comme les Carleton Papers, qui contiennent une variété de documents au sujet des soldats et des réfugiés civils loyalistes ainsi que des soldats britanniques et allemands qui se sont établis au Canada après la Révolution américaine (1776-1783).

Commencez vos recherches sur les loyalistes et les soldats britanniques maintenant!