Les infirmières militaires décédées en service pendant la Première Guerre mondiale, deuxième partie

Par Alex Comber

Les infirmières militaires du Canada devaient s’acquitter de leurs tâches dans des circonstances pénibles et dangereuses. Quelque 40 infirmières membres du Corps expéditionnaire canadien (CEC) sont mortes à la Première Guerre mondiale de maladies contractées durant leur service actif. D’autres sont décédées après l’Armistice de maladies attribuables à ce service. Ce qui a toutefois révolté le plus les Canadiens, c’est le sort des 21 infirmières tuées directement par l’ennemi. Le présent billet décrit brièvement ces événements et aide les lecteurs à explorer une sélection d’archives sur les infirmières militaires.

Photo noir et blanc d’un cortège funèbre de soldats et d’infirmières militaires marchant derrière un chariot-brancard sur lequel est déposé un cercueil drapé d’un drapeau, au milieu d’un grand cimetière hérissé de croix tombales temporaires.

Les funérailles de l’infirmière militaire G.M.M. Wake, qui a succombé à ses blessures à la suite d’un raid aérien allemand sur l’hôpital où elle travaillait,  (a002562)

Les infirmières militaires servaient dans les hôpitaux du Corps médical de l’armée canadienne (CMAC) et les postes d’évacuation sanitaire, et dans d’autres installations censées être hors de portée de l’artillerie ennemie. Cependant, l’introduction d’une artillerie de précision à longue portée et de nouvelles techniques, comme les guerres aérienne et sous-marine, exposent directement ces femmes au feu de l’ennemi. Plusieurs fois, à compter de mai 1918, des infirmières sont tuées dans l’exercice de leurs fonctions lors d’attaques ennemies. Au Canada, les médias s’empressent d’exploiter ces terribles événements pour mousser la propagande en faveur de l’effort de guerre et promouvoir de nouvelles campagnes de recrutement.

Affiche couleur représentant un soldat en uniforme avec « Canada » brodé sur une épaulette, qui soutient dans la mer une infirmière militaire inconsciente, habillée d’un tablier arborant une grande croix rouge. Le soldat lève le poing en signe de colère contre un sous-marin allemand, sur lequel des marins semblent tirer dans d’autres directions. Une bouée de sauvetage portant l’inscription « Llandovery Castle » flotte tout près. On peut lire « VICTORY BONDS WILL HELP STOP THIS » dans le haut de l’affiche et « Kultur vs. Humanity », dans le bas de celle-ci.

Affiche d’obligations de la Victoire illustrant de manière saisissante les suites du naufrage du navire-hôpital Llandovery Castle (e010697267)

En mai 1918, deux hôpitaux canadiens sont bombardés par l’aviation allemande. Katherine Macdonald, de Brantford, en Ontario, devient la première infirmière militaire canadienne à périr aux mains de l’ennemi pendant la Grande Guerre, lors du bombardement par un avion allemand de l’Hôpital général canadien no 1 situé à Étaples, en France, le 19 mai 1918. Deux de ses collègues blessées meurent peu après.

Photo noir et blanc d’infirmières militaires et de soldats en uniforme dégageant les débris d’un hôpital endommagé.

Vue de l’Hôpital général canadien no 1, à Étaples, en France, après le bombardement qui a coûté la vie à trois infirmières militaires canadiennes, (a003747)

Des photographes officiels ont capté les scènes de dévastation et les sinistres cortèges funèbres derrière les cercueils d’infirmières et d’autres membres du personnel médical et de patients tués lors des raids. À la fin du mois, l’Hôpital militaire fixe canadien no 3, à Doullens, en France, est à son tour bombardé. Trois autres infirmières meurent. Deux d’entre elles, les infirmières Agnes MacPherson et Eden Pringle sont tuées ainsi que des médecins, des préposés aux soins médicaux et un patient lors d’une intervention chirurgicale.

Photo noir et blanc de soldats en uniforme travaillant au milieu des décombres d’un grand bâtiment de briques lourdement endommagé par un bombardement.

Scène après le bombardement de l’Hôpital militaire fixe canadien no 3 à Doullens, en France, dans lequel trois infirmières militaires canadiennes ont trouvé la mort,  (a003746)

Moins d’un mois plus tard, le 27 juin, au large de la côte méridionale d’Irlande, le sous-marin allemand U-86 torpille le navire-hôpital canadien Llandovery Castle, qui rentre en Angleterre avec seulement du personnel médical à bord. Cet ancien paquebot naviguait de nuit avec des feux spéciaux pour illuminer sa coque blanche et ses grandes croix rouges distinctives, signes manifestes d’un navire-hôpital et donc, d’une cible interdite à tout belligérant. Après avoir été frappé, le navire gîte dangereusement, ce qui gêne la mise à l’eau des bateaux de sauvetage. Un grand nombre d’infirmières dormaient au moment de l’impact, et elles ont du mal à évacuer le navire en train de sombrer. Tout le groupe d’infirmières monte à bord d’un bateau de sauvetage en compagnie du sergent Arthur Knight, du CMAC. Tragiquement, le tourbillon causé par la violence du naufrage engloutit leur bateau. Seul Knight réussit tant bien que mal à gagner un autre bateau de sauvetage.

Photo noir et blanc d’un patient en uniforme de convalescence allongé sur un lit d’hôpital.

Le sergent A. Knight, du Corps médical de l’armée canadienne, se rétablit sur un lit d’hôpital après le naufrage du NHSM Llandovery Castle, (a007471)

Les agissements de l’équipage du sous-marin ont aggravé cette tragédie. Des survivants ont témoigné avoir vu le sous-marin poursuivre des bateaux de sauvetage et tirer sur leurs occupants, tuant encore plus de membres d’équipage et de personnel médical. Un seul bateau a pu échapper aux événements de la nuit. Les corps des 14 infirmières militaires n’ont jamais été retrouvés, et aujourd’hui, le monument commémoratif de Halifax rend hommage à ces femmes courageuses. Des documents contenus dans leurs dossiers de service militaire révèlent que certaines infirmières, par exemple Christina Campbell, de Victoria, en Colombie-Britannique, étaient des infirmières d’expérience qui avaient été soignées auparavant pour des problèmes de neurasthénie (choc consécutif à un bombardement), de débilité nerveuse, d’insomnie et d’épuisement général à la suite de leur service près des lignes de front.

Portrait noir et blanc de studio d’une infirmière militaire en uniforme coiffée d’un chapeau, s’appuyant contre une table.

L’infirmière militaire Christina Campbell, qui a péri avec le reste du contingent d’infirmières dans le torpillage du Llandovery Castle le 27 juin 1918 (a008112)

Canada ainsi que des inscriptions dans les Livres du Souvenir qu’abrite la Tour de la Paix, à Ottawa, rendent hommage aux infirmières de la Première Guerre mondiale qui ont perdu la vie au service du Canada en soignant les blessés.

Découvrez la vie des infirmières militaires canadiennes de la Première Guerre mondiale

Grâce à la numérisation des dossiers de service du Corps expéditionnaire canadien (CEC), les visiteurs du site Web de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) peuvent consulter rapidement et facilement une mine de renseignements généalogiques et historiques, et se faire une idée par eux-mêmes du service de ces femmes et de tous les membres du CEC durant la Première Guerre mondiale. Les liens ci-dessous vous permettront de consulter les dossiers de service récemment rendus accessibles en ligne. Ils s’accompagnent, le cas échéant, du lien vers les registres de circonstances du décès.

Tableau d’honneur : infirmières militaires du CMAC tuées par l’ennemi durant la Première Guerre mondiale

Hôpital général canadien no 1, Étaples, France, bombardé le 19 mai 1918

Hôpital militaire fixe canadien no 3, Doullens, France, bombardé le 30 mai 1918

Navire-hôpital de Sa Majesté Llandovery Castle, coulé le 27 juin 1918

Navire de la poste royale Leinster, coulé le 10 octobre 1918

  • Henrietta Mellett, de London, en Ontario, est décédée en mer le 10 octobre 1918 lors du naufrage du NPR Leinster alors qu’elle retournait à l’Hôpital général canadien no 15 au terme d’une permission militaire. Infirmière militaire d’expérience, elle avait auparavant servi avec la Croix-Rouge en France, en Égypte et en Angleterre. Elle a péri avec plus de 500 autres passagers en mer d’Irlande lors du torpillage du Leinster par le sous-marin allemand UB-123.

Ressources connexes

En avril dernier, Bibliothèque et Archives Canada a lancé le nouvel outil de collaboration Co-Lab qui vous permet de contribuer en transcrivant, étiquetant et interagissant avec des documents historiques. Voici maintenant un nouveau défi, où l’on met en lumière les dossiers personnels de quelques-unes des infirmières militaires ayant servi lors de la Première Guerre mondiale. Commencez dès maintenant!


Alex Comber est un archiviste militaire au sein de la Division des archives gouvernementales.

 

Première partie : Les infirmières militaires du Corps médical de l’armée canadienne (CMAC) pendant la Première Guerre mondiale

Par Laura Brown

Alice Isaacson, 41 ans, a déjà une feuille de route bien remplie lorsqu’elle se joint au Corps médical de l’armée canadienne (CMAC) du Corps expéditionnaire canadien (CEC) en 1916. Née en Irlande et formée aux États-Unis, Alice possède alors huit années d’expérience comme infirmière surveillante et une année de service à l’Hôpital général n° 23 de la British Expeditionary Force (BEF) à Étaples, en France. Une lettre de recommandation rédigée par un médecin militaire, vraisemblablement en vue de sa mutation du BEF au CEC, la décrit comme une personne « compétente, dynamique et fiable », qui ne se laisse pas intimider par l’ampleur d’une tâche. Il lui est arrivé de veiller presque seule sur 120 patients gravement malades. L’une des rares choses qu’elle ne sait faire, c’est d’aller à vélo, une lacune qu’elle cherchera à combler avec détermination avant son retour au bercail, à la fin de la guerre.

Alice tient plusieurs journaux personnels pendant son service outre-mer, y compris pendant ses affectations en France, à l’Hôpital général canadien n° 2 à Le Tréport et à l’Hôpital général canadien n° 6 à Troyes. Ses écrits et son album photo particulièrement révélateur font maintenant partie de son fonds, conservé à Bibliothèque et Archives Canada (BAC). Ces documents ainsi que d’autres collections privées et gouvernementales, dont le fonds du ministère de la Défense nationale, sont quelques exemples des précieuses ressources archivistiques de BAC qui documentent l’histoire militaire des femmes au Canada.

Photo noir et blanc d’hommes et de femmes en uniforme faisant du vélo. Les femmes sont vêtues d’uniformes de couleur pâle avec des ceintures foncées et des chapeaux alors que les hommes portent des uniformes militaires et des chapeaux. Ils pédalent le long d’une route bordée à gauche par un grand mur de briques. Un grand bâtiment aux façades fenêtrées est bien visible à l’arrière-plan. La légende « Cycle Parade » (Défilé à vélo) est inscrite au bas de l’image.

Membres du personnel à vélo, Hôpital général canadien n° 6, Troyes (France), le 2 juin 1917. Album photo d’Alice E. Isaacson, R11203-01-E (e002283123)

Seules quelques infirmières font partie du Corps médical de l’armée canadienne en 1914, au début de la Première Guerre mondiale. Leur nombre augmente toutefois rapidement, puisque les infirmières civiles sont impatientes de mettre à profit leurs compétences dans un contexte militaire. En tout, plus de 3 000 infirmières se joignent au CMAC, y compris 2 504 dans des régions d’outre-mer, soit en Angleterre, en France, ainsi qu’en Méditerranée orientale (dans la péninsule de Gallipoli, à Alexandrie et à Salonique).

La pratique des soins infirmiers est la seule porte d’entrée offerte aux femmes voulant servir sous le drapeau pendant la Première Guerre mondiale. Pour s’enrôler, une infirmière doit être célibataire, sujet britannique (ce qui est le cas des Canadiens à cette époque) et en bonne santé; son âge doit se situer entre 21 et 38 ans, et elle doit être diplômée d’une école de sciences infirmières reconnue. Si elles sont acceptées, les recrues sont nommées officiers avec le grade de lieutenant, un fait notable puisque le Canada est alors le seul pays du monde à considérer les infirmières comme des officiers. Les infirmières canadiennes portent le titre traditionnel d’infirmières militaires et elles profitent de plusieurs avantages liés à leur poste, dont un bon salaire et des congés. Toutes les infirmières relèvent de l’infirmière en chef de leur service, surnommée la matrone en chef. Margaret Macdonald, du CMAC, obtient ce titre, ce qui fait d’elle la première femme à être élevée au grade de major dans tout l’Empire britannique.

Photo noir et blanc d’infirmières militaires portant des tabliers et des voiles blancs, soignant de nombreux patients dans une tente. Une des infirmières est assise sur une chaise, les pieds et les mains croisés, fixant l’appareil photo. Les deux autres infirmières sont debout, en train de panser les blessures de soldats. Les patients sont pour la plupart vêtus en civil, mais certains sont en uniforme. Du matériel médical, dont des pansements et des seaux, est visible au premier plan et au centre de la photo.

Infirmières militaires soignant des soldats dans une tente de campagne de l’Hôpital général canadien n° 7 à Étaples, en France, vers 1917. Collection W. L. Kidd (e002712847)

Les infirmières sont exposées à bon nombre d’expériences militaires qui contrastent avec leur travail au civil : dormir sous la tente, changer d’affectations à court préavis ou s’accommoder de matériel limité. Elles doivent pouvoir improviser et s’adapter à des circonstances changeantes, que ce soit une journée tranquille à l’infirmerie suivie le lendemain d’un déferlement de patients qui entrent et sortent. Ces femmes voient directement le genre de blessures corporelles qu’infligent les nouvelles armes de cette guerre moderne, que ce soit les shrapnels ou les gaz toxiques, et elles sont témoins de pertes humaines d’une ampleur que peu auraient pu soupçonner au moment de leur enrôlement.

Il est interdit aux infirmières de servir dans les tranchées. Si la plupart d’entre elles sont affectées loin des lignes de front, dans des hôpitaux généraux ou des centres pour convalescents, certaines se retrouvent toutefois plus près du feu de l’ennemi. Alice Isaacson évoque en septembre 1917 les affectations convoitées dans les postes d’évacuation sanitaire (les unités avancées situées le long des routes d’évacuation entre les lignes de front et les hôpitaux) dans son journal alors qu’elle est en poste à l’Hôpital général canadien n° 2 : « Quel après-midi excitant aujourd’hui! […] Les IM Jean Johnston, S.P. Johnson et Riddle se rendront au poste d’évacuation sanitaire demain matin! Les IM Hally et Villeneuve sont chagrinées à l’idée de rester ici. Mais nous sommes toutes ravies que ces infirmières militaires puissent enfin avoir la chance d’aller travailler dans ce poste. » [traduction]

Photo noir et blanc de trois personnes assises sur les marches d’une baraque en bois. Deux hommes portant des chemises légères et des pantalons dont le bas est roulé sont assis de chaque côté d’une infirmière en uniforme. Tous sourient pour la photo.

L’infirmière Lillias Morden avec des patients à l’extérieur d’une baraque médicale de l’Hôpital général canadien n° 2 à Le Tréport, en France, 1917. Album photo d’Alice E. Isaacson, R11203-01-E. (e007150684)

Les infirmières contribuent largement à l’effort de guerre en soignant les soldats malades et blessés, une tâche qui se prolonge après l’armistice du 11 novembre 1918. La pandémie de « grippe espagnole » qui éclate à la fin de la guerre et se propage dans les camps militaires occupe énormément les infirmières. Près de 1 500 infirmières militaires servent toujours dans le CMAC au milieu de l’année 1919. Lillias Morden, une infirmière de Hamilton, en Ontario, en fait partie. Elle se joint au CMAC en 1916, sert en Angleterre et en France, et contribue aux efforts de démobilisation à la fin de la guerre. Morden ne quittera son poste militaire qu’en novembre 1920.

Alors que des infirmières comme Alice Isaacson et Lillias Morden reviennent au Canada après la Première Guerre mondiale, d’autres n’auront pas cette chance. La deuxième partie de ce billet de blogue portera sur les conditions parfois dangereuses dans lesquelles travaillaient les infirmières militaires en temps de guerre, alors que certaines y feront le sacrifice de leur vie.

Ressources connexes

En avril dernier, Bibliothèque et Archives Canada a lancé le nouvel outil de collaboration Co-Lab qui vous permet de contribuer en transcrivant, étiquetant et interagissant avec des documents historiques. Voici maintenant un nouveau défi, où l’on met en lumière les dossiers personnels de quelques-unes des infirmières militaires ayant servi lors de la Première Guerre mondiale. Commencez dès maintenant!


Laura Brown est une archiviste des affaires militaires au sein de la Division des archives gouvernementales.

Cœurs battants : John Alexander Hopps et le stimulateur cardiaque

Par Rebecca Meunier

Pensez à cinq inventions qui ont révolutionné nos vies.

Et maintenant, pensez à cinq inventions médicales d’origine canadienne. Moins évident, n’est-ce pas?

Tandis que de grandes découvertes universelles – comme la roue – nous viennent spontanément à l’esprit, nous peinons à trouver ne serait-ce que deux exemples de la seconde catégorie. Et pourtant, le Canada est depuis longtemps un chef de file mondial dans l’amélioration des soins de santé. Songeons à la découverte de l’insuline par sir Frederick Banting, à l’invention des céréales pour nourrissons Pablum et à la cobaltothérapie, toutes des inventions canadiennes.

Mais l’une d’elles les surpasse toutes. Elle a le pouvoir de faire battre votre cœur de façon régulière quand vous faites de l’exercice, et même quand vous êtes amoureux. Cette invention, c’est le stimulateur cardiaque externe (aussi connu sous le nom de stimulateur-défibrillateur), mis au point par l’ingénieur électricien John Alexander Hopps. Et grâce aux travaux qu’il a menés avec les chirurgiens Wilfred Bigelow et John Callaghan, son nouvel appareil a véritablement commencé à sauver des vies.

Photo noir et blanc d’une salle d’opération où quatre hommes portant des sarraus et des masques entourent un patient caché à la vue.

John Hopps (à l’arrière-plan) observe une chirurgie dans une salle d’opération. Photo non datée (MIKAN 3588818)

John Alexander Hopps naît à Winnipeg le 21 mai 1919. Après des études en génie électrique, il obtient son diplôme de l’Université du Manitoba en 1941. Alors que la guerre sévit outre-Atlantique, il travaille au Centre national de recherches, à Ottawa, où il prend part aux travaux pour développer le radar. En 1949, on l’envoie travailler à Toronto avec le Dr Wilfred Bigelow, qui vient de faire une importante découverte : les chirurgies à cœur ouvert entraînent moins de complications lorsque le patient est maintenu en hypothermie.

La collaboration entre ces deux hommes et un autre chirurgien, le DJohn Callaghan, mène à l’invention du stimulateur cardiaque externe dans les années 1950. Hopps ne le sait pas encore, mais cet appareil contribuera plus tard à prolonger sa propre vie. En 1957 et 1958, il œuvre au Sri Lanka, où il aide à fonder la première unité coloniale de génie en Asie du Sud-Est. Quinze ans plus tard, en 1973, on le retrouve au Conseil national de recherches à titre de chef de la nouvelle section du génie médical. Il continue de travailler à diverses innovations et s’emploie à promouvoir les normes de sécurité dans les hôpitaux, se préoccupant particulièrement de la prévention des risques de décharge électrique dans les salles d’opération.

Étant donné ses connaissances poussées en technologie et en médecine, Hopps est confronté à toutes sortes de situations au cours de sa carrière. On lui demande même de rédiger un rapport sur les dangers potentiels d’un four à micro-ondes utilisé par le personnel de l’hôpital Riverside! Sa conclusion : aucun effet néfaste notable n’en découle.

Hopps est aussi le fondateur et premier président de la Société canadienne de génie biomédical. À ce titre, il continue de préconiser l’utilisation du génie dans la sphère médicale.

Le stimulateur cardiaque que nous connaissons aujourd’hui a certes beaucoup évolué depuis son invention, alors qu’il avait la taille d’un four à micro-ondes! Au fil des ans, médecins et inventeurs ont contribué à en réduire la taille, jusqu’à ce qu’il soit assez petit pour être installé à l’intérieur du corps au moyen d’une chirurgie moins invasive.

Photo noir et blanc d’une petite machine équipée de boutons et de cadrans, à laquelle sont branchés un cathéter et deux manettes.

Stimulateur-défibrillateur externe utilisé en salle d’opération (MIKAN 4997380)

Cet appareil est rapidement devenu indispensable dans les hôpitaux, qui l’ont intégré à leurs unités mobiles de cardiologie.

Photo noir et blanc d’un homme portant un sarrau, un masque et un bonnet de chirurgien. Il regarde sa montre, debout à côté d’un gros appareil sur roulettes équipé de nombreux tiroirs, boutons et fils, au sommet duquel un écriteau indique « Mobile Cardiac Resuscitator » (réanimateur cardiaque mobile).

Appareil mobile de réanimation cardiaque (MIKAN 4982761)

Photo noir et blanc d’un jeune homme portant des lunettes et un nœud papillon et un veston.

John A. Hopps, vers 1945 (MIKAN 4997379)

En 1986, Hopps est nommé officier de l’Ordre du Canada. Il décède en 1998, après avoir transformé à tout jamais les interactions entre la médecine et la technologie.

Pour en savoir plus sur John Alexander Hopps et le stimulateur cardiaque externe, consultez le fonds John Alexander Hopps conservé à Bibliothèque et Archives Canada. Vous y trouverez diverses ressources, allant de photographies de chirurgie cardiaque à des documents textuels liés à son travail, en passant par des images qui contribuent à faire la lumière sur l’évolution de sa célèbre invention.


Rebecca Meunier est étudiante et travaille comme technicienne en orientation à Bibliothèque et Archives Canada.

Images de thérapies et de traitements maintenant disponibles sur Flickr

De nos jours, de nombreux traitements médicaux au Canada se font par l’intermédiaire de médicaments ou de la chirurgie pour traiter les symptômes ou les signes d’une maladie. Cependant, historiquement au Canada, d’autres thérapies et traitements moins invasifs ont aussi été utilisés. Certaines de ces pratiques sont encore employées, tandis que d’autres paraissent étranges ou démodées. La radiation ou encore les thérapies physiques ou psychologiques par exemple sont toujours très populaires parmi les médecins praticiens, les thérapeutes et les patients pour traiter une vaste gamme de troubles médicaux. En revanche, l’utilisation de décharges électriques ou de l’éclairage ultraviolet est démodée.

Une photographie en noir et blanc d’une infirmière qui place un appareil de radiographie sur la joue droite d’un patient. Le patient est allongé sur un lit.

Une infirmière utilise un appareil de radiographie pour traiter un patient souffrant d’un cancer (MIKAN 3603337)

Une photographie en noir et blanc d’une infirmière prenant soin d’une patiente qui reçoit un traitement d’une lampe infrarouge. La patiente est allongée sur un lit.

Hôtel Château Laurier – une femme reçoit un traitement à rayons infrarouges, service thérapeutique, Ottawa (Ontario) (MIKAN 3337271)

Visitez l’album Flickr maintenant!

Un document d’intérêt : une lettre de 1818 à propos du traitement d’immigrants irlandais atteints de la fièvre typhoïde

par Martin Lanthier

Au début du 19e siècle, l’arrivée de navires transportant des immigrants parfois atteints de maladies soulève la crainte de voir s’étendre au Bas-Canada des épidémies. L’élite de la colonie prend conscience de la situation et y va d’initiatives pour gérer ce problème.

La correspondance du secrétaire civil du gouverneur du Bas-Canada (RG4-A1, MIKAN 105377) renferme des documents qui témoignent de ces préoccupations et aussi des situations auxquelles devaient faire face les médecins de l’époque. Un exemple parmi d’autres est une lettre du docteur William Hacket du 29 juillet 1818 dans laquelle il décrit son intervention pour guérir des colons irlandais atteints de la fièvre typhoïde.

Ils arrivent à Québec le 21 juillet à bord du Royal Edward. Plusieurs d’entre eux sont malades et, après quelques jours, on décide de les soigner. Puisqu’aucun hôpital n’existe pour accueillir un si grand nombre de personnes (119) et que les conditions à bord sont insalubres, on ordonne la mise en quarantaine et le traitement des malades sur l’île au Ruau [ou île aux Ruaux], près de Grosse-Île dans le fleuve Saint-Laurent. On confie la tâche au docteur Hacket, assisté de deux confrères : les docteurs Wright et Holmes.

Dans sa lettre, écrite six jours après l’arrivée des passagers sur l’île, il explique d’abord la difficulté qu’il a eue pour les convaincre de quitter le navire — certains affirmaient qu’on ne pourrait les en faire débarquer que par la force. Il s’étend ensuite sur le fait que sans l’aide des militaires, qui ont installé un camp, il n’aurait pu les accueillir et les traiter.

Première page d’une lettre manuscrite, à l’encre noire sur papier blanc.

Lettre du docteur William Hacket à A. W. Cochrane, secrétaire civil, Québec, 29 juillet 1818 (RG4-A1, volume 180 MIKAN 126122) e011181012.

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