Conservatrice invitée : Jill Delaney

Bannière pour la série Conservateurs invités. À gauche, on lit CANADA 150 en rouge et le texte « Canada: Qui sommes-nous? » et en dessous de ce texte « Série Conservateurs invités ».Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

Joignez-vous à nous chaque mois de 2017! Des experts de BAC, de tout le Canada et d’ailleurs donnent des renseignements additionnels sur l’exposition. Chaque « conservateur invité » traite d’un article particulier et en ajoute un nouveau — virtuellement.

Ne manquez pas l’exposition Canada : Qui sommes-nous? présentée au 395, rue Wellington à Ottawa, du 5 juin 2017 au 1er mars 2018. L’entrée est gratuite.


Temples of Today, John Vanderpant, vers 1934

Photographie noir et blanc d’un silo à grains; de hautes tours circulaires se dressent devant un immeuble rectangulaire encore plus haut.

Temples of Today, John Vanderpant, 1934. (MIKAN 3784205)

Pour le photographe John Vanderpant, les silos à grains du Canada n’étaient rien de moins que des temples. Ils s’inscrivaient dans sa vision utopique du pays, dont l’avenir reposait sur le commerce et l’industrie.


Parlez‑nous de vous.

Je travaille à BAC depuis presque 20 ans! Mon travail à la Section de la photographie est aussi diversifié que les collections elles‑mêmes, et le temps a filé incroyablement vite depuis mon arrivée.

J’ai une formation en histoire de l’art, mais je me suis toujours intéressée au contexte de l’œuvre, et non seulement à ses qualités esthétiques. En étudiant le contexte social, culturel et historique d’une photo, on peut saisir sa raison d’être. Pourquoi telle photo a-t-elle été prise? Qui l’a demandée?  Comment a-t-elle été diffusée par la suite? Toutes ces questions me fascinent. J’imagine que ça explique pourquoi je suis devenue archiviste : parce que les notions de contexte et de provenance sont à la base de toute collection d’archives.

Les photos anciennes de notre collection m’obligent à jouer au détective, ce que j’adore, tout comme ma collaboration avec des photographes contemporains pour trouver les motivations derrière la création d’une œuvre.

J’ai écrit et j’ai fait des exposés sur plusieurs photographes et collections de BAC. J’ai entre autres étudié les photos prises par John Vanderpant et Yousuf Karsh lors de leurs voyages au Canada, dans les années 1930 et au début des années 1950. Ces voyages m’intriguent vraiment. Encore aujourd’hui, ils me font penser à un rite de passage canadien; ils sont aussi très représentatifs de la notion toujours changeante d’identité canadienne.

Y a‑t‑il autre chose que, selon vous, les Canadiens devraient savoir à propos de cet élément?

L’œuvre de John Vanderpant, étudiée par plusieurs historiens de l’art depuis 30 ou 40 ans, a gagné en prestige. Et maintenant, le fonds John Vanderpant est l’un des plus importants fonds photographiques de BAC. Sa photo « Temples of Today » a été prise vers 1934 dans le secteur du port de Vancouver. Vanderpant était l’un des grands photographes pictorialistes du Canada; il pratiquait ce qu’on appelle la photographie pure (c’est-à-dire sans retouches). Sa série de photos sur des silos à grains de Vancouver est devenue emblématique.

John Vanderpant a quitté la Hollande pour s’établir au Canada en 1911. À ses yeux comme à ceux des autres Européens d’alors, notre pays était une vaste étendue sauvage. À l’époque où il a pris la photo « Temples of Today », en 1934, il croyait que l’énorme potentiel du Canada et toutes ses ressources inexploitées en feraient une grande puissance industrielle. Et il n’était pas le seul à penser ainsi : l’entre‑deux‑guerres a été marqué par une forte expansion urbaine et industrielle au pays.

Au fil du temps, Vanderpant a délaissé les effets de peinture et le flou artistique propres au pictorialisme au profit de la photographie pure, non retouchée. La photo « Temples of Today » en est un exemple éloquent. Le style de l’œuvre reflète une esthétique moderne et dépouillée; et, tout aussi important, le sujet devient représentatif d’une profonde conviction, celle que l’avenir serait dominé par la vie urbaine et industrielle.

« Temples of Today » met délibérément de côté la beauté, et insiste plutôt sur le caractère imposant des silos émergeant de l’ombre vers la pleine lumière. Au premier plan, les poteaux électriques viennent rappeler le concept des industries. La photo illustre à merveille l’émergence d’une philosophie populaire selon laquelle l’industrialisation permet la progression naturelle de l’humanité. Vanderpant souscrivait fermement à cette idée, et a écrit des articles et donné maintes conférences sur la question.

Mais Vanderpant, comme tant d’autres Canadiens à l’époque, envisageait le futur en faisant complètement abstraction des peuples autochtones. Il voyait le Canada comme une sorte de terra nullius, une terre inoccupée prête à être exploitée et mise en valeur au gré de la colonisation. Ses photos sont aujourd’hui reconnues, car elles témoignent à merveille d’un aspect de la vie canadienne jusqu’alors jugé inintéressant. Toutefois, elles ignorent complètement l’importance des premiers habitants du pays.

Parlez‑nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

C’est très intéressant de comparer les idées que Vanderpant se faisait du Canada à celles du photographe allemand Felix Man, qui a visité notre pays au moment où la photo « Temples of Today » a été prise.

Man est un pionnier du photojournalisme et de l’essai photographique. En 1933, il a parcouru le Canada pendant six mois à la demande du magazine allemand Berliner Illustrirte. Sa mission : visiter le Canada et en photographier les choses les plus importantes. En 1985, BAC a acquis environ 200 photos de Felix Man pour documenter la façon dont les Européens percevaient le Canada pendant l’entre‑deux‑guerres. Tout comme Vanderpant, Man a été renversé et inspiré par l’étendue du pays. Il l’a sillonné de long en large, particulièrement charmé par les Prairies et les régions du Nord, allant jusqu’à Churchill (au Manitoba) et au Grand lac de l’Ours, dans les Territoires du Nord‑Ouest.

Toutefois, à bien des égards, la perception qu’avait Man du Canada différait beaucoup de celle de Vanderpant, même si les deux hommes partageaient une perspective romantique de notre pays.

Ainsi, Vanderpant dépeignait de façon romancée un futur Canada industrialisé et urbain, alors que Man, d’une façon typiquement européenne, voyait plutôt un Canada figé dans un passé idéalisé. Il faut dire que Man avait été très influencé par son compatriote allemand Karl May, un auteur connu pour n’avoir visité l’Amérique du Nord qu’après la publication de ses livres, et dont les récits fantaisistes et idéalisés à propos des « nobles Sauvages » sont encore populaires de nos jours, tant en Europe centrale que de l’Ouest. Les photos de Man dépeignent clairement cette vision du Canada.

De plus, alors que les œuvres de Vanderpant mettent l’accent sur le développement du Canada, celles de Man, comme l’a souligné l’historienne de la photographie Joan Schwartz, font largement abstraction du Canada urbain. Sa caméra s’est plutôt attardée ailleurs, par exemple sur les immenses étendues de neige et de glace autour de Churchill, en hiver; ou encore sur les « Banff Indian Days », une populaire attraction touristique lors de laquelle les Autochtones, moyennant rétribution, portaient des costumes traditionnels, construisaient des wigwams et démontraient leurs talents de chasseur et de cavalier.

Femme à cheval, tenant une petite fille à ses côtés. La femme porte une tunique unie avec une ceinture à motif; ses cheveux tressés sont ornés d’une coiffe de plumes.

« Une femme et un enfant indiens » [traduction de la légende originale], Felix Man; photo prise pendant les « Banff Indian Days, Banff (Alberta), 1933. (MIKAN 3333566)

Nous en avons un excellent exemple avec sa photo d’une femme et d’une fillette autochtones à cheval. La femme, qui porte une coiffe de plumes élaborée (très rarement utilisée dans les faits), se penche pour enlacer la jeune enfant. L’œuvre, au fini granuleux, symbolise la Madone et l’enfant : toutes les qualités sont réunies pour construire un récit stéréotypé et généralisé, laissant croire que les peuples autochtones du XXe siècle avaient encore un mode de vie traditionnel. Il faut savoir que les images des « Banff Indian Days » étaient très populaires auprès de la presse européenne.

Cette exclusion des Autochtones – ignorés dans l’œuvre de Vanderpant sur le Canada industrialisé et urbain, relégués à un passé mythique dans l’œuvre de Felix Man – trouve un écho dans d’autres photos de l’exposition Canada : Qui sommes-nous? : celles du photographe iroquois Jeff Thomas.

À l’aide de figurines photographiées dans divers décors (ici, devant les édifices du Parlement, ou devant un wagon de chemin de fer arborant le mot « Canada »), Thomas cherche à réintroduire les peuples autochtones dans la trame du Canada contemporain et passé. Ses photos soulèvent d’importantes interrogations sur le rôle que les peuples autochtones ont joué dans la construction du chemin de fer et de la nation‑État qu’est le Canada. Quant à ses figurines, elles jouent sur les stéréotypes perpétués par des photographes comme Man, et témoignent de l’omission des peuples autochtones dans les récits sur le Canada d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

À première vue, il n’existe pas de lien entre la photo de Vanderpant et celle de Man présentées plus haut. Mais chacune reflète une vision stéréotypée du Canada, et lorsqu’on s’intéresse à leur contexte historique et à celui de leur création, on peut mieux les comprendre et comprendre le passé et le présent de notre pays.

Figurine d’un membre des Premières Nations placée devant un train. On voit l’inscription « Canada » et des graffitis sur le côté d’un wagon à grains.

Fête du Canada 2005, Brandon (Manitoba), au Canada, tiré de la série « The Delegate on Tour » (le « délégué » en tournée) par Jeff Thomas (MIKAN 4171016) ©Jeff Thomas

Figurine d’Autochtone sur la rive opposée à la Colline du Parlement.

Colline parlementaire, Ottawa (Ontario), 2007. Photo tirée de la série « The Delegate on Tour » (le « délégué » en tournée), Jeff Thomas. (MIKAN 3932081) ©Jeff Thomas

Biographie

L’archiviste Jill Delaney travaille à la Direction générale des archives privées, où elle est chargée de l’acquisition des photographies à la Section des archives visuelles, sonores et du paysage. Elle a également œuvré à la Section des documents sur l’architecture. Titulaire d’une maîtrise en études canadiennes de l’Université Carleton (1991) et d’un doctorat en histoire et en théorie de l’art et de l’architecture de la State University of New York à Binghamton (1997), elle s’est jointe à BAC en 1998 à titre d’archiviste des documents photographiques.

Conservatrice invitée : Andrea Kunard

Bannière pour la série Conservateurs invités. À gauche, on lit CANADA 150 en rouge et le texte « Canada: Qui sommes-nous? » et en dessous de ce texte « Série Conservateurs invités ».Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

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L’île Blacklead, dans le golfe de Cumberland, aux abords de l’île de Baffin, dans les Territoires du Nord-Ouest (le Nunavut actuel), par Albert Peter Low, vers 1903-1904

Panorama en noir et blanc d'un gros iceberg à proximité d'une île rocheuse, photographié depuis un bateau.

Entrée de l’île Blacklead, dans le golfe de Cumberland, aux abords de l’île de Baffin, dans les Territoires du Nord-Ouest (le Nunavut actuel), par Albert Peter Low, 1903-1904 (MIKAN 3203732)

En 1904, le Canada affirme sa souveraineté dans l’Arctique : les forces de l’ordre migrent vers le nord, accompagnées d’arpenteurs étudiant le territoire. Le Canada se définit de nouveau comme un pays nordique.


Parlez-nous de vous.

Lorsque j’ai commencé à effectuer de la recherche historique en photographie dans le cadre de mon programme de maîtrise à l’Université Carleton, j’ai pratiquement vécu à Bibliothèque et Archives Canada. La collection est fantastique, et c’était pour moi l’expérience la plus fascinante que celle de regarder des photographies prises il y a plus de 150 ans. J’ai ensuite poursuivi ma recherche sur les photographies historiques, tout en étant conservatrice de la photographie contemporaine au Musée canadien de la photographie contemporaine et, maintenant, au Musée des beaux-arts du Canada. Je me suis toujours intéressée à la photographie de l’exploration ou aux utilisations gouvernementales de cette technique. Les photographies de Humphrey Lloyd Hime sont particulièrement intéressantes en ce qu’elles sont les premières connues, sur support papier, qui représentent l’intérieur de l’Amérique du Nord. L’appareil photo était un outil utile pour divers intérêts, mais également une façon d’englober de nombreuses préoccupations de l’époque, en particulier les virages dans le domaine de la religion à la suite de découvertes scientifiques. Beaucoup de photographies dites objectives de l’époque reflètent également des croyances spirituelles et la moralité. En outre, les valeurs esthétiques de l’Ouest jouent un rôle dans la communication des idéaux, et les meilleurs photographes d’alors, comme Alexander Henderson, sont très compétents pour manier le ton, la ligne, la forme et la texture, afin de combiner le sublime du paysage et la foi fervente de la période avec les progrès scientifiques et technologiques.

Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

Bien que cette photographie présente un paysage aride et apparemment désert, l’endroit était loin de l’être. Albert Peter Low (1861-1942), agent principal de la Commission géologique du Canada, a pris cette photographie à l’entrée de l’île Blacklead lors d’une expédition en 1903-1904, financée par le gouvernement canadien. Il a publié le récit de son voyage dans son livre célèbre, The Cruise of the Neptune. Par le passé, l’île Blacklead était une importante station baleinière; toutefois, au temps de Low, la population de baleines avait presque complètement disparu du secteur. De plus, les stations baleinières avaient radicalement changé le style de vie, les cycles de chasse et l’économie des Inuits. La raison d’être de l’expédition de Low était d’établir la souveraineté canadienne dans le Nord, au moyen de proclamations et dans le respect de la primauté du droit. Toutefois, la photographie de Low ne révélait rien de ce programme politique. Elle présente plutôt un aperçu paisible, tirant avantage d’un panorama étendu et d’éléments classiques du paysage sublime. L’iceberg semble gigantesque et insurmontable, attrayant dans sa blancheur. Par contre, l’île est sombre et plus détaillée. Les deux sujets, glace et roc, semblent être en opposition, suspendus entre un ciel nuageux et une mer ondoyante et glacée.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

Représentation aux teintes sépia d'herbes des prairies qui s'élancent vers le ciel, avec un crâne et un os à l'avant-plan.

La Prairie regardant vers l’ouest par Humphrey Lloyd Hime, 1858 (MIKAN 4631344)

La prairie, regardant vers l’ouest (1858), de Humphrey Lloyd Hime, est une des images les plus énigmatiques de l’histoire de la photographie canadienne. Elle montre un paysage austère, dans lequel paraissent un crâne et un os (humains?). La photographie a été prise près de la colonie de la rivière Rouge, maintenant la ville de Winnipeg. Hime travaillait pour l’expédition de l’Assiniboine et de la Saskatchewan, envoyée par le gouvernement afin d’évaluer le potentiel agricole de la région ainsi que la pertinence de celle-ci pour le peuplement. Elle contient le territoire désert, qui attend apparemment l’occupation humaine. Toutefois, la présence du crâne est provocatrice. Hime a fort probablement organisé la photographie en se servant du crâne d’une femme autochtone, trouvé plus tôt dans un secteur du Sud manitobain. Comme il l’écrivait dans son journal le 28 juin 1858, « […] trouvé un crâne près d’une tombe de la prairie – il avait été sorti par des loups – conservé le crâne […] » Cette rencontre permet d’expliquer l’image de diverses façons. La photographie peut évoquer l’expérience vécue par Hime ou être une façon d’ajouter un élément dramatique à un paysage par ailleurs vague. La présence du crâne est également liée à la fascination de la société du XIXe siècle pour les méthodes d’inhumation autochtones. Toutefois, comme la légende n’explique pas qu’il s’agissait d’un crâne autochtone, les personnes qui regardent peuvent comprendre avec angoisse que le territoire comporte la possibilité de leurs propres épreuves et décès. L’intérieur du pays était alors en grande partie inconnu, et nombreux étaient ceux qui pensaient qu’il s’agissait d’un désert aux proportions bibliques.

Biographie

Photo en couleur d'une femme portant des lunettes regardant directement dans la caméra.Andrea Kunard est conservatrice associée des photographies au Musée des beaux-arts du Canada. Elle a présenté plusieurs expositions collectives et monographiques axées sur la photographie contemporaine, notamment Mouvance et mutation (2000), Susan McEachern : Multiplicité de sens (2004), Regards d’acier : Portraits par des artistes autochtones (2008), Scott McFarland : La réalité aménagée (2009), Fred Herzog (2011), Collision : Le conflit et ses conséquences (2012), et Michel Campeau : Icônes de l’obsolescence (2013). Elle est actuellement co-conservatrice d’une rétrospective majeure sur une artiste qui vit et travaille à Terre-Neuve, Marlene Creates, ainsi que d’une exposition bilan, La photographie au Canada : 1960-2000, pour 2017. Elle a enseigné l’histoire de la photographie, l’art canadien et la théorie culturelle à l’Université Carleton et à l’Université Queen’s. De plus, elle a codirigé The Cultural Work of Photography in Canada, ouvrage publié par McGill-Queen’s University Press. Elle a présenté des exposés sur la photographie au Canada et rédigé des articles sur la photographie contemporaine et historique dans diverses publications, dont The Journal of Canadian Art History, International Journal of Canadian Studies, Early Popular Visual Culture, Muse, BlackFlash, ETC Montréal. Elle travaille actuellement à un projet Web majeur portant sur la photographie documentaire, projet qui est centré sur la collection du Service de la photographie de l’Office national du film, au Musée des beaux-arts et à Bibliothèque et Archives Canada.

 

 

Conservateur invité : Jeff Thomas

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Fête du Canada 2005, Brandon, Manitoba, au Canada, Jeff Thomas, 2005

Figurine d’un membre des Premières Nations placée devant un train. On voit l’inscription « Canada » et des graffitis sur le côté d’un wagon à grains.

Fête du Canada 2005, Brandon (Manitoba), au Canada, tiré de la série « The Delegate on Tour » (le « délégué » en tournée) par Jeff Thomas (MIKAN 4171016) ©Jeff Thomas

Jeff Thomas, un artiste iroquois, estime que le Canada a toujours marginalisé son peuple. Ces œuvres symbolisent le retour des siens sur la scène nationale. Chaque photographie met en scène un important symbole du pays.


Parlez-nous de vous.

Je suis né et j’ai grandi à Buffalo, dans l’État de New York, et je suis membre de la réserve des Six­ Nations près de Brantford, en Ontario. Je suis photographe autodidacte et conservateur. Ma carrière dans le domaine de la photographie a commencé après un accident en 1979 qui m’a presque coûté la vie et laissé avec une invalidité permanente résultant d’une blessure à la colonne vertébrale. Afin de reconstruire ma vie, je me suis tourné vers la photographie, mon centre d’intérêt. J’ai commencé ma carrière en ayant deux objectifs en tête : combler l’absence des photographes autochtones contemporains et du passé dans les collections archivistiques. Mon objectif premier était de remédier à l’absence et à l’invisibilité des Iroquois vivant en milieu urbain, comme moi.

En 1990, je vivais à Winnipeg, au Manitoba, lorsque je fis la découverte, dans le cadre d’un projet de recherche au musée du Manitoba, que BAC possédait la série complète des 20 volumes de The North American Indian (Les Indiens d’Amérique du Nord) d’Edward Curtis. Au tout début de ma carrière, Curtis jouait pour moi le rôle d’antagoniste, surtout en raison de ses photographies mettant en scène une vie tribale autochtone qui avait disparu depuis des décennies. On connaissait peu de choses à son sujet. Désirant en savoir plus, je suis déménagé à Ottawa en 1993, où j’ai entrepris l’étape suivante de ma carrière.

Qu’est-ce que les Canadiens devraient savoir d’autre à ce sujet selon vous?

En 1999, mon fils Bear déménageait sur la côte Ouest; je perdais ma muse. Bear avait commencé à poser pour moi en 1984. Environ à l’époque où mon fils me quittait, j’ai reçu par la poste un colis du cinéaste Ali Kazimi. Il avait tourné un documentaire sur mon œuvre qui s’intitulait Shooting Indians: A Journey with Jeff Thomas (photographier des Indiens : un voyage avec Jeff Thomas). Le film commençait sur un plan d’Ali tenant en main des figurines en plastique représentant un cow-boy et un Indien. En ouvrant la boîte, je vis les figurines en plastique, avec une note d’Ali qui disait : « Vous trouverez quelque chose d’intéressant à faire avec ces figurines ».

La série Indians on Tour (Indiens en tournée) a commencé à l’été 2000 lors d’une promenade aux alentours de la Colline du Parlement, à Ottawa. J’avais une figurine d’Indien en plastique dans le sac de mon appareil photo. Quand je me suis arrêté pour photographier une statue représentant un chasseur indien, j’ai placé le jouet devant la statue en bronze et j’ai pris un cliché des deux. Quand j’ai vu cette photographie, j’ai pris conscience des toutes nouvelles possibilités qui s’offraient à moi pour pallier l’absence de la représentation autochtone dans la vie quotidienne. À partir de ce moment, j’ai emporté avec moi les figurines en plastique partout où j’allais. J’ai ensuite ajouté de nouvelles figurines d’Indiens que je découvrais dans les magasins pour touristes. Afin d’être moins tributaire des surfaces planes où poser les figurines, j’ai commencé à faire des dioramas portables, où les figurines sont montées sur un support
portable et léger.

Petite figurine marron clair d’un membre des Premières Nations placée devant la statue d’un chasseur indien. En arrière-plan, on peut voir de grands immeubles à bureaux et des arbres.

Indien exécutant une danse de guerre et statue représentant un chasseur indien, par Jeff Thomas, Ottawa, 2000 © Jeff Thomas

En 2005, je me trouvais à Brandon, au Manitoba, à l’occasion de l’ouverture d’une exposition de mon travail. Le lendemain étant la fête du Canada, je parcourais la ville en voiture à la recherche d’un endroit intéressant où placer mon « délégué ». Lorsque je vis le wagon à grains avec l’inscription « Canada » et quelques graffitis sur le côté, je savais que j’avais trouvé l’emplacement pour ma photographie de la fête du Canada.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition.

Photo en noir et blanc d’une femme de la Première Nation des Dakota portant une robe rayée sous un long plastron à perles. Elle porte également des tresses, un collier et de longues boucles d’oreilles.

Portrait en studio d’une femme de la Première Nation des Dakota (Sioux) (MIKAN 3258922)

En 1994, BAC m’a engagé pour rédiger de nouvelles légendes pour les photographies représentant des Autochtones, les anciennes légendes contenant des mots dénigrants à l’égard de la culture autochtone. Une photographie ressort particulièrement de ce projet. Je rédigeais une nouvelle légende pour une photographie en pied représentant une femme autochtone. Il s’agissait probablement d’une mère, épouse, grand-mère et Aînée représentant sa communauté. La légende indiquait « Squaw sioux »; le mot « squaw » est considéré comme particulièrement rabaissant. J’ai écrit simplement « Femme Dakota ».

Il est important de préciser que la légende originale n’a pas été supprimée; les chercheurs pourront voir les deux légendes dans la base de données. La nouvelle légende a interpellé un chercheur, qui a essayé d’identifier la femme. Les nouveaux renseignements qu’il a trouvés ont été ensuite ajoutés à la légende dans la base de données. C’était étonnant de voir les répercussions du changement de deux mots désignant une photographie. Je suppose que lorsque plus d’Autochtones utiliseront la base de données, un membre de sa communauté ajoutera son nom dans la légende.

Biographie

Photo couleur d'une homme avec un grand barbu avec un grand sourire.

Jeff Thomas
Crédit Justin Wonnacott

Jeff Thomas est un artiste iroquois urbain, photographe autodidacte, écrivain, orateur public et conservateur. Il vit à Ottawa, en Ontario. Ses œuvres font partie de collections importantes au Canada, aux États-Unis et en Europe. Ses expositions individuelles les plus récentes sont les suivantes : Mapping Iroquoia: Cold City Frieze (cartographier l’Iroquoisie : frise de la cité du froid), Musée d’art McMaster, Hamilton (Ontario); Resistance Is NOT Futile (la résistance N’EST PAS vaine), galerie Stephen Bulger, Toronto (Ontario) et The Dancing Grounds (des raisons de danser), parc du patrimoine Wanuskewin, Saskatoon (Saskatchewan).

Jeff Thomas a également participé à de nombreuses expositions collectives, notamment : I:ke – Toronto: Tributes + Tributaries (hommages et autres), 19711989, Musée des beaux-arts de l’Ontario, Toronto (Ontario); Land/Slide: Possible Futures (glissements de terrain : futurs possibles), Markham (Ontario); SAKAHÀN, Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa (Ontario); UNMASKING: Arthur Renwick, Adrian Stimson, Jeff Thomas, Centre culturel canadien, Paris (France). En 1998, il a reçu le prestigieux Prix du duc et de la duchesse d’York en photographie du Conseil des arts du Canada. Il a été admis à l’Académie royale des arts du Canada en 2003. En 2008, il a obtenu le Prix Karsh en photographie.

Ressources connexes

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Conservatrice invitée : Tania Passafiume

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Canada : Qui sommes-nous? est une nouvelle exposition de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui marque le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Une série de blogues est publiée à son sujet tout au long de l’année.

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Temples of Today, John Vanderpant, 1934

 Photographie noir et blanc d’un silo à grains; de hautes tours circulaires se dressent devant un immeuble rectangulaire encore plus haut.

Temples of Today, John Vanderpant, 1934. (MIKAN 3784205)

Le photographe John Vanderpant voyait les silos à grains du Canada comme de véritables temples. Ceux-ci reflétaient sa vision utopique du pays, fondée sur sa confiance envers le commerce et l’industrie. À ses yeux, l’industrie était l’avenir de la nation.


Parlez-nous de vous.

Dès l’âge de 13 ans, j’ai su que je voulais devenir restauratrice. Mon oncle avait épousé une femme formidable du nom de Janice, qui était restauratrice en beaux-arts; elle restaurait des peintures, des œuvres d’art sur papier et des photographies. Elle m’a beaucoup influencée. J’ai travaillé dans son laboratoire privé pendant mes études à l’université. J’ai ainsi pu acquérir de l’expérience avant même de commencer mes études supérieures en conservation. Quand j’ai obtenu mon diplôme, les emplois se faisaient rares au Canada; cette année-là, ma tante avait fermé son laboratoire pour voyager. Sur un coup de tête, je me suis retrouvée à la George Eastman House. Je devais y rester seulement trois mois, mais finalement, ça s’est transformé en trois ans et trois mois! C’est là que j’ai développé ma passion pour la photographie, et en particulier pour les procédés historiques. J’avais souvent les mains noircies à cause de tout le nitrate d’argent que je manipulais. Et maintenant que je suis à Bibliothèque et Archives Canada, je vois parfois le nom de ma tante sur quelques rapports, puisqu’elle a déjà été stagiaire ici, bien avant mon arrivée.

Les Canadiens devraient-ils savoir autre chose à ce sujet selon vous?

La collection de photographies de BAC est très diversifiée : on y trouve tout un éventail de procédés et d’images. Dans cette exposition, mon œuvre préférée s’intitule Temples of Today, de John Vanderpant. Comme je suis restauratrice de photographies, je regarde souvent au-delà de l’image pour examiner de près les matériaux, voir comment la photo a été prise, tenter de déterminer si elle a été altérée… Alors souvent, pour ne pas me laisser distraire par l’image, je place la photo tête en bas; elle devient moins distrayante, et je peux mieux me concentrer sur les matériaux.

Pour cette photo, je n’ai eu qu’à me pencher et à examiner la surface avec un éclairage de côté, presque à hauteur des yeux. Comme ça, on peut vraiment « voir » un objet; ça fait ressortir toutes les marques et les déformations qui découlent de sa manipulation.

Si vous observez la photo de Vanderpant de cette façon, vous verrez les empreintes d’un chat! Nous croyons qu’un chat a marché dans les deux sens sur la photo, alors qu’elle était déjà montée sur le support papier. Ses empreintes se retrouvent à la fois sur la photo et le support. Vanderpant avait peut-être un chat qui lui rendait visite dans le studio? J’aime bien trouver ce genre de secret bien caché sur une œuvre! J’ai essayé d’enlever ou d’atténuer les empreintes, mais elles sont bien incrustées dans l’émulsion. Je n’ai donc pas pu faire grand-chose comme traitement, et on les voit encore.

Une photographie placée sur une table, sous un puissant éclairage de côté, révèle la présence d’empreintes de chat.

Vue de la photographie Temples of Today sous un éclairage de côté, révélant la présence d’empreintes de chat. Photo prise par Tom Thompson.

Parlez-nous d’un élément connexe que vous aimeriez ajouter à l’exposition

J’aime beaucoup montrer aux gens un daguerréotype datant de juillet 1858 qui montre la Brasserie Molson, à Montréal, après un incendie. C’est une demi-plaque encore en bon état. L’image est sombre, car l’incendie n’a rien épargné. On voit un homme debout au milieu des ruines; une femme est assise à sa gauche, avec un jeune enfant qui a bougé quand la photo a été prise, parce que l’image est floue. C’est émouvant quand on pense que le daguerréotypiste était sur les lieux à ce moment.

Il y a quelques années, ce daguerréotype a été choisi pour faire partie d’une exposition. J’ai donc eu la chance de pouvoir ouvrir son étui pour l’examiner. Le ruban d’étanchéité d’origine avait déjà été enlevé. Quand j’ai retiré le passe-partout de cuivre, j’ai tout de suite vu la marque d’un doigt dans le coin supérieur gauche. C’est peut-être l’empreinte du daguerréotypiste, dont on ne connaît pas l’identité. Il l’a sans doute laissée involontairement quand il a développé la plaque ou qu’il l’a placée dans son étui. Ce mystère du passé crée un pont, un lien entre nous, ces gens sur la photo et la personne invisible derrière l’appareil photo.

Coin d’un daguerréotype montrant une empreinte digitale sur le bord de la plaque. La photo montre un gros plan de la Brasserie Molson après un incendie. Une femme avec un bébé est assise au bas de l’image.

Détail d’un daguerréotype montrant une empreinte digitale sur le bord de la plaque. Photo prise par Jennie Woodley. (MIKAN 3623957)

Image noir et blanc des décombres de la brasserie à l’avant-plan, avec un immeuble endommagé en en arrière-plan. Une femme et un bébé sont assis au centre, à la gauche d’un homme debout.

Image pleine grandeur de la Brasserie Molson après l’incendie de 1858. (MIKAN 3623957)

Pour rester dans le thème des animaux et des photos, j’aimerais vous parler d’un chien bien spécial que nous appelons, au Centre de préservation, le « Décadog ». C’est l’exemple parfait d’un animal qui agit comme tel, peu importent les circonstances!

On peut voir ce chien sur une photo panoramique (un négatif en nitrate) du 7e détachement de la Batterie C de la Royal Canadian Horse Artillery. Ces militaires faisaient partie d’unités du Corps expéditionnaire canadien et de la Royal Air Force qui s’entraînaient dans divers camps, en Ontario. La photo qui nous intéresse a été prise à Kingston entre 1914 et 1918. Le négatif a été découvert en 2011, quand mes collègues Carla Klück et Louise Perrault ont passé en revue notre collection de clichés panoramiques au nitrate.

C’est un négatif de grandes dimensions : il fait 200 mm de hauteur sur 1060 mm de largeur! À première vue, c’est une simple photo de troupes militaires au tournant du siècle. Mais en la regardant de plus près, on aperçoit un chien à l’avant-plan. Et pas n’importe quel chien : un chien à onze pattes! Les observateurs sont toujours confus quand ils remarquent ce détail inhabituel. Quelqu’un avait déjà tracé dix des pattes à l’encre noire sur le négatif, d’où le surnom « Décadog ». (Sur l’épreuve positive, l’encre noire apparaît en blanc.) L’avant-dernière patte à gauche a été omise.

Maintenant, vous vous demandez sans doute comment un tel chien pouvait exister! La réponse est simple : la photo a été prise par une caméra panoramique appelée Cirkut. Cette caméra pouvait prendre des clichés panoramiques en pivotant horizontalement pendant qu’un rouleau de pellicule se déplaçait sur le plan du film. Le chien sur la photo a dû marcher pendant que la caméra tournait de gauche à droite, et la lente prise de vue a capté ses mouvements.

Pour prouver que ce chien était un ami à quatre pattes « normal », j’ai trouvé une autre photographie au nitrate où il apparaît. Cette fois, il s’agit du 8e détachement de la Batterie C de la Royal Canadian Horse Artillery. La photo a été prise au camp de Petawawa en juin 1916. Les signes distinctifs sur la tête du chien nous font croire qu’il s’agit du même animal sur les deux photos.

Prise de vue panoramique noir et blanc de deux rangées de soldats en uniforme, entre deux canons sur roues. Le « Décadog » se tient à l’avant. On aperçoit les casernes en arrière-plan.

Photo du 7e détachement de la Batterie C de la Royal Canadian Horse Artillery (Corps expéditionnaire canadien) avec le « Décadog », par Andrew Merrilees. (MIKAN 4474227)

Photo du 8e détachement de la Batterie C de la Royal Canadian Horse Artillery (Corps expéditionnaire canadien) au camp de Petawawa, avec un chien au centre, par Andrew Merrilees. (MIKAN 4473482)

Biographie

Photo en couleur d'une femme regardant le photographe.

Crédit Tom Thompson

Tania Passafiume est restauratrice en chef des documents photographiques à Bibliothèque et Archives Canada depuis 2005. Après avoir terminé sa maîtrise en restauration d’œuvres d’art à l’Université Queen’s avec une spécialisation en restauration de photographie, d’œuvres sur papier et de livres, elle a déménagé à Rochester, dans l’État de New York, où elle a passé plus de trois ans à la George Eastman House, d’abord pour suivre un programme de certificat sur la restauration photographique et la pratique de l’archivage, puis à titre de boursière du premier cycle du Programme de résidence avancé Andrew W. Mellon en restauration photographique. Pendant les trois années qui ont suivi, Tania a été boursière de la Fondation Andrew W. Mellon en restauration photographique à l’Art Institute of Chicago. Elle a aussi travaillé dans les établissements et laboratoires privés suivants : Jana Conservation, McMichael Canadian Art Collection, les Archives nationales du Canada, les Archives de la Ville de Vancouver et le Centre canadien d’architecture.

En collaboration avec l’Institut canadien de conservation, Tania a publié Silver Gelatin Paper Sample Sets, fondé sur sa thèse de la George Eastman House. Cet ouvrage a donné lieu à des travaux de recherches sur Hippolyte Bayard, un projet sur lequel elle travaille en ce moment avec le Centre de recherche sur la conservation des collections, à Paris. Plus récemment, elle a piloté un projet réunissant Bibliothèque et Archives Canada et la Direction des affaires culturelles de la Ville de Paris/Atelier de restauration et de conservation des photographies de la Ville de Paris. Cette collaboration a débouché sur le premier glossaire visuel français-anglais portant sur conservation photographique, intitulé Lingua Franca : Un langage commun pour les restaurateurs de documents photographiques. Publié sous forme de livre numérique enrichi, il est offert gratuitement sur iTunes.

 

Bibliothèque et Archives Canada présente sa toute dernière émission de baladodiffusion, « William Topley : Pleins feux sur Ottawa »

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) présente sa toute dernière émission de baladodiffusion, « William Topley : Pleins feux sur Ottawa ».

La collection photographique de William James Topley est l’une des plus imposantes au chapitre des documents visuels du Canada. Les photographies réalisées par le Studio Topley s’imposent comme documentation étayant les changements politiques, sociaux, culturels, économiques, technologiques et architecturaux survenus durant les 50 années qui ont suivi la Confédération du Canada. La collection documente la vie dans la région d’Ottawa — ainsi que des gens et des événements dans d’autres régions du pays — entre 1868 et 1923.

Dans le présent épisode, nous nous entretenons avec une archiviste de Bibliothèque et Archives Canada (BAC), Emma Hamilton-Hobbs, au sujet de la collection Topley, qui figure parmi les sources les plus largement consultées en ce qui a trait aux photographies datant de la fin du 19e siècle jusqu’au début du 20e siècle sous la garde de BAC.

Pour voir les images associées à ce balado, voici un lien vers notre album Flickr.

Abonnez-vous à nos émissions de baladodiffusion sur notre fil RSS, iTunes ou Google Play, ou écoutez-les sur notre site Web à Balados – Découvrez Bibliothèque et Archives Canada : votre histoire, votre patrimoine documentaire.

Pour en savoir plus, écrivez-nous à bac.balados-podcasts.lac@canada.ca.

Les femmes inuites et les phoques : une relation unique

Par Julie Dobbin

Les phoques occupent une place centrale dans la vie des Inuits et constituent une source d’alimentation locale essentielle. De nombreuses traditions, coutumes, croyances et histoires transmises oralement concernent les phoques. Les Inuits ont toujours eu une relation importante et directe avec cet animal. Les chasseurs respectent énormément l’esprit du phoque, un animal dont ils dépendent grandement. Chaque partie du phoque est utilisée, car l’exploitation doit être durable, respectueuse et réalisée sans cruauté. Plus important encore, le climat froid et rigoureux de l’Arctique oblige les habitants de la région à avoir un bon abri et de bons vêtements pour rester au chaud et au sec. La peau, la fourrure et l’huile des phoques répondent à ce besoin.

Photo noir et blanc d’une femme inuite dans un igloo qui porte une parka à motif floral et manipule une lampe à l’huile de phoque. Un jeune inuit portant une parka en fourrure se trouve près d’elle.

Femme manipulant une lampe à l’huile de phoque dans un igloo, dans l’ouest de l’Arctique, probablement au Nunavut, en 1949 (MIKAN 3202745)

Les femmes inuites ont développé des techniques très perfectionnées pour traiter et utiliser les parties du phoque de diverses manières au fil des saisons. Après avoir enlevé la graisse avec un ulu (le couteau traditionnel des femmes à lame en forme de croissant), elles étirent et sèchent les peaux, comme le fait Taktu sur cette photo.

Photo en couleurs d’une femme inuite portant un manteau rouge. Elle est accroupie sur un littoral rocheux et retire la graisse de la peau d’un phoque avec un ulu (le couteau des femmes).

Taktu retirant la graisse de la peau d’un phoque, Kinngait (Cape Dorset), Nunavut, été 1960 (MIKAN 4324655)

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Voix du passé

Par Harriett Mathews

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) possède environ 30 millions de photos dans ses collections, et bon nombre d’entre elles portent sur les Autochtones. Le Programme fédéral d’expérience de travail étudiant (PFETE) m’a donné la chance de contribuer au projet Un visage, un nom et de fouiller dans la base de données pour trouver des photos extraordinaires prises dans des communautés autochtones de partout au Canada.

Corriger le dossier historique

Si les photos sont tout simplement magnifiques, leurs descriptions laissent souvent à désirer. Les légendes de nombreuses images d’Autochtones comprennent des termes désuets ou offensants, ou au mieux restent vagues. Il est donc crucial de les mettre à jour à l’aide de la technologie moderne et de l’information recueillie dans les communautés où les photos ont été prises. La participation des Autochtones est essentielle, car ces documents racontent leurs histoires et décrivent leurs cultures, leurs familles. Ce sont leurs voix qui ont été tues et perdues. Étant moi-même Autochtone, j’étais ravie d’actualiser les documents pour faire connaître ma culture et donner une voix aux personnes photographiées.

L’image ci-dessous, montrant une femme inuite et son enfant souffrant de malnutrition, est un excellent exemple. La légende fournie est « Dirty Daisy et son bébé ». Cette femme ne s’appelle pas Daisy; il s’agit probablement d’un surnom attribué par un fonctionnaire. En l’affublant d’un sobriquet, l’auteur de la légende porte atteinte à la dignité de cette femme et la condamne à l’anonymat. Espérons que le projet Un visage, un nom permettra de découvrir un jour le nom de cette femme et du nourrisson. En attendant, la nouvelle légende dit désormais : « Femme inuite (Daisy) nourrissant son bébé, assise dans une tente à Chesterfield Inlet (Igluligaarjuk), au Nunavut ».

Photo noir et blanc d’une femme inuite amaigrie assise dans une petite tente avec son bébé, devant des provisions. La femme nourrit son bébé à l’aide d’un biberon rectangulaire.

Femme inuite (Daisy) nourrissant son bébé, assise dans une tente à Chesterfield Inlet (Igluligaarjuk), au Nunavut (MIKAN 3855414)

Améliorer l’accès, une photo à la fois

Depuis le début du projet, en 2002, plus de 2 000 photos ont été identifiées, et des milliers d’autres ont vu des termes inexacts ou offensants être retirés du titre et placés dans une note décrivant le contexte historique. L’identification de noms, de lieux, d’événements et d’objets culturels aide à faire connaître la culture et l’histoire autochtones à ceux qui font des recherches dans les archives.

Les histoires concernant des politiciens autochtones, comme le sénateur inuit Charlie Watt, du Québec, en sont un exemple. J’ai eu le plaisir de travailler avec l’album 38 du ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien, qui comprend plusieurs photos du jeune Charlie Watt avec ses parents, Daisy et Johnny. Les photos ont été prises pendant une fête à Kuujjuaq (anciennement Fort Chimo), au Québec. Même en noir et blanc, elles montrent le dynamisme de la communauté inuite.

Photo d’une page verte sur laquelle sont collées trois photos noir et blanc (no 154, 156, et 157) ainsi que des légendes dactylographiées sur du papier blanc. La photo en haut à gauche montre une femme inuite vêtue d’une robe unie et d’un châle à carreaux, debout sur une galerie avec une petite fille dans une parka qui boit un verre de lait. La photo dans le coin supérieur droit montre deux femmes inuites vêtues de châles à carreaux et de bandeaux, assises devant des caisses de bois. Une d’entre elles tient un accordéon. Un bébé est assis à l’avant-plan, à gauche, et un petit garçon en tenue est debout à côté de la joueuse d’accordéon. La photo du bas représente une femme vêtue d’une veste et d’un bandeau, dansant avec un homme en habit; la femme à gauche tient la main d’un homme dont on ne voit que l’avant-bras. Trois femmes situées de part et d’autre d’une lampe à l’huile sont visibles à l’arrière-plan.

Page 53 de l’album sur laquelle on trouve trois photos : une femme et une fille inuites (Daisy Watt, possiblement avec Harriat Ruston); un groupe de femmes et d’enfants inuits – Daisy Watt joue de l’accordéon, Christina Gordon est à droite et Charlie Watt, fils de Daisy, est debout à gauche; S. J. Bailey et H. Lamberton dansant avec deux femmes inuites – Daisy Watt est à droite avec S. J. Bailey, la femme derrière elle s’appelle Susie, et Hannah (la sœur de Susie) est à gauche, tenant la main de H. Lamberton. La fête se déroule à Kuujjuaq (anciennement Fort Chimo), au Québec. (MIKAN 4326945)

Photo noir et blanc de cinq femmes. Quatre sont assises, et une autre, à l’extrême droite, est debout avec un bébé enroulé dans un châle à carreaux. La femme au centre joue de l’accordéon, et la femme à sa gauche a un jeune garçon sur ses genoux. Des caisses de bois portant l’inscription « Marven’s Biscuits » sont empilées derrière elles, et une autre caisse dit « H.B.C. Wholesale Vancouver ».

Groupe de femmes et d’enfants faisant la fête à Kuujjuaq (anciennement Fort Chimo), au Québec. Lizzie Suppa joue de l’accordéon. Daisy Watt et son fils Charlie sont à sa gauche. (MIKAN 3855585)

Photo d’une page verte sur laquelle sont collées trois photos noir et blanc (no 158 à 160) et des légendes sur du papier blanc. La photo en haut à gauche montre des femmes et des enfants assis devant des caisses de bois portant la mention « Marven’s Biscuits », et une autre, l’inscription « H.B.C. Wholesale Vancouver ». La photo en haut à droite montre deux couples dansant pendant qu’une femme joue de l’accordéon. Sur la photo du bas, un spermophile arctique (un écureuil vivant sur le sol) est debout dans un champ d’herbes avec un rocher à l’avant plan.

Page 54 de l’album portant trois photos : un groupe de femmes et d’enfants [Lizzie Suppa joue de l’accordéon, avec Daisy et Charlie Watt assis à sa gauche]; deux couples inuits dansant [Johnny et Daisy Watt sont à gauche tandis que Lizzie est au bout à droite, toujours avec son accordéon]; et un spermophile arctique (un écureuil vivant sur le sol). (MIKAN 4326946)

Redonner une voix aux Autochtones

Ces photos constituent des sources essentielles sur l’histoire du Canada puisqu’elles témoignent de la relation entre les Autochtones et le gouvernement canadien. Plus important encore, elles racontent la vie des personnes photographiées et diffusent leur culture. Pendant plusieurs décennies, les voix des Premières Nations, des Métis et des Inuits sont restées silencieuses dans ces documents. Un visage, un nom joue un rôle crucial en offrant une tribune aux Autochtones, leur permettant de se réapproprier leur histoire et leur identité. En tant que femme autochtone, je suis très heureuse d’avoir pu faire entendre ma voix dans ces documents. D’innombrables histoires restent à raconter, mais je suis convaincue que le partenariat entre BAC et les Autochtones nous permettra de les connaître un jour.


Harriett Mathews était une participante au PFETE qui a travaillé à la Division des expositions et du contenu en ligne à Bibliothèque et Archives Canada pendant l’été 2016.

Images de natation et de piscines maintenant sur Flickr

Savoir nager peut parfois sauver des vies. Cependant, la natation n’est pas considérée comme un sport ou un loisir jusqu’à ce que des compétitions soient organisées à divers endroits du monde, comme au Japon, au 17e siècle, puis en Europe, au 19e siècle. La nage masculine est au programme des Jeux olympiques de 1896, et l’épreuve féminine fait son apparition en 1912, consolidant la place de la natation parmi les sports. Des associations sont créées dans de nombreux pays pour faire la promotion de la natation en tant que sport et loisir. Le Canada ne fait pas exception.

Au fil du temps, des piscines ont fait leur apparition partout au Canada. Elles se trouvent près de plans d’eau naturels ou sont construites de toute pièce dans de grands centres urbains. Mentionnons, à titre d’exemples, la piscine de Vancouver près de la Baie English, celle sur Lakeshore Drive, à Toronto, et le bain Maisonneuve et le bain Généreux, à Montréal. Les endroits pour pratiquer la natation sont devenus des centres de mise en forme, d’hygiène, de loisir et de rassemblement communautaire.

Des images de dentistes et de dentisterie maintenant sur Flickr

Le Canada compte très peu de dentistes au début de sa période coloniale. Quelques individus prétendent posséder des compétences en la matière, mais ceux qui recourent à leurs services le font vraiment à leurs risques et périls. À l’époque, au Canada, la dentisterie est loin d’atteindre les standards professionnels et médicaux reconnus en Europe.

Durant les années 1800, le Canada bénéficie de l’arrivée de dentistes provenant des États-Unis. Ces professionnels amorcent un mouvement pour une amélioration de la formation, de l’apprentissage et des méthodes de travail au pays, donnant lieu à la publication, en 1815, d’un premier ouvrage sur dentisterie, The Summum Bonum, par L. S. Parmly de Montréal. Finalement, l’expertise médicale se développe au Canada et diverses associations voient le jour, notamment l’Ontario Dental Association (1867) et le Royal College of Dental Surgeons (1868).

À mesure que les normes de pratique et la formation évoluent, les écoles de médecine dentaire sont intégrées dans les universités, affirmant ainsi la place de la dentisterie au sein des professions médicales. Les soins et services dentaires continuent à s’étendre et deviennent de plus en plus accessibles dans les grandes et moyennes villes, d’un bout à l’autre du pays. Des soins dentaires sont également offerts à nos soldats à l’extérieur du pays en période de conflit, notamment durant la Première et la Deuxième Guerre mondiale.

Miroirs riches en souvenirs : restaurer les daguerréotypes de la collection de Bibliothèque et Archives Canada – Partie II

Par Tania Passafiume et Jennifer Roger

Détérioration du verre

Les matériaux qui composent un daguerréotype (le cuivre, l’argent, le papier, le laiton, le cuir, le velours, la soie et le verre) se détériorent à divers degrés selon leurs conditions de conservation. Les restaurateurs sont le plus souvent confrontés à la détérioration du verre.

Les daguerréotypes affectés par ce problème paraissent souvent ternes et flous, mais la photo n’est pas nécessairement touchée. C’est le cas de plusieurs daguerréotypes de la collection de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui ont été traités en vue d’une exposition.

La dégradation du verre découle de la variation de la température et du taux d’humidité, et peut se manifester de différentes façons. Ce sont parfois des craquelures qui prennent la forme de minuscules fissures à la surface du verre. Le verre ancien contenant une teneur élevée en oxyde de sodium, il peut aussi subir une décomposition chimique qui le rend flou ou voilé.

Il est toujours préférable de conserver les daguerréotypes sous leur verre d’origine. Si la détérioration n’en est qu’aux premiers stades, le verre semblera flou ou couvert d’un voile blanc; souvent, on peut alors le nettoyer et le réutiliser. Le procédé est relativement simple : il suffit d’enlever le verre, de le laver à l’aide d’eau distillée et d’un savon neutre, puis de le rincer à l’éthanol. On le laisse ensuite sécher à l’air libre avant de le remettre sur la photo. Résultat : celle-ci semble instantanément plus nette et lumineuse. Lire la suite