La naissance du Canada à travers les yeux de lady Susan Macdonald

Par Ayla Maud

Comme le dit le vieil adage, « derrière chaque grand homme, il y a une grande femme ». Mais quand avons-nous la chance de connaître ces grandes femmes? Nous les voyons, debout à côté de leurs illustres époux, mais savons-nous vraiment quelle a été leur contribution à l’ombre des regards? Cet été, Bibliothèque et Archives Canada nous a proposé de découvrir les pensées intimes de l’une de ces grandes dames : lady Susan Agnes Macdonald (née Susan Agnes Bernard).

Susan Bernard épouse en 1867 sir John Alexander Macdonald, le premier titulaire du poste de premier ministre du Canada (ou Dominion du Canada, comme le pays s’appelait à l’époque). Cinq jours après l’entrée en fonction de sir John Macdonald, son épouse entreprend de documenter leur nouvelle vie. Le journal manuscrit de Susan Macdonald a été entièrement numérisé cet été pour souligner le 150e anniversaire du Canada et mis en ligne aux fins de transcription par le grand public. En plus d’offrir un regard inédit sur l’arrivée d’une nouvelle venue dans la haute société de l’époque, lady Susan Macdonald livre ses réflexions concernant la formation du Dominion du Canada. Elle apporte un témoignage de première main sur de grands moments de l’histoire que plusieurs d’entre nous avons étudiés à l’école.

Page d’un journal intime écrite à l’encre en lettres cursives.

Une page manuscrite montrant le premier texte écrit par lady Susan Macdonald dans son journal, daté du vendredi 5 juillet 1867 (MIKAN 129069)

Ce qui frappe d’abord à la lecture des premières réflexions et expériences de lady Macdonald, c’est l’amour qu’elle voue à son mari. À de nombreuses occasions, elle parle avec enthousiasme de la patience de sir John, de son amour et de sa capacité à toujours donner le meilleur de lui-même. Susan Macdonald est une alliée indéfectible de son mari, autant dans sa carrière que dans sa vie personnelle. Par amour, elle n’hésite pas à l’accompagner dans ses nombreux voyages, missions de travail pour
l’édification de la confédération, activités sociales et autres événements.

Une photographie en noir et blanc d’une femme qui regarde légèrement vers la gauche. Ses cheveux sont séparés par une raie au milieu et attachés derrière la nuque; elle porte une robe du soir dégageant les épaules.

Macdonald of Earnscliffe, Agnes Macdonald, baronne. Photographiée par William Topley, septembre 1873 (MIKAN 3624847)

Parce qu’elle s’intéresse vivement à la carrière politique de son mari, Susan Macdonald est en mesure de témoigner d’une multitude d’événements considérés comme des moments charnières dans la plupart des cours d’histoire aujourd’hui. Ainsi, on trouve dans son journal plusieurs passages rédigés après l’assassinat de Thomas D’Arcy McGee, un des Pères de la Confédération, et le procès qui a suivi. Lady Susan y note plusieurs informations précises concernant la mort de McGee (par exemple, qu’il a été tué alors qu’il déverrouillait la porte de sa maison en rentrant chez lui un soir), les opinions qui circulaient dans la population à l’époque et les méthodes utilisées pour recueillir des preuves contre Patrick Whelan, le présumé assassin.

Le journal de Susan Agnes Macdonald offre aux lecteurs la chance de remonter dans le temps jusqu’à la fin des années 1860 et de découvrir (bien qu’il s’agisse du point de vue d’une personne en particulier) tout un pan de la société canadienne d’autrefois. Ce n’est pas seulement en faisant connaître l’opinion du public sur certains événements que lady Macdonald brosse un tableau de sa vie à l’intention des générations futures, c’est aussi dans sa manière de décrire Ottawa à chaque époque de l’année, nous permettant de comparer la ville d’alors avec ce qu’elle est devenue aujourd’hui. Susan Macdonald relate en détail certains repas et les coutumes observées à l’occasion, dont quelques-unes diffèrent passablement des pratiques actuelles. La foi religieuse est un thème récurrent dans son journal. Qu’elle mentionne avoir assisté à un service religieux ou documente des prières qu’elle souhaite voir exaucer,
chacun de ces passages illustre des moments de sa vie spirituelle et de celle de son mari.

Une aquarelle représentant un voilier orange sur l’eau près d’une plage. Il y a de petites vagues le long du rivage. Derrière le voilier se dresse une falaise qui descend vers une vallée. Les couleurs utilisées sont l’orange, le brun, le vert et le bleu.

Aquarelle réalisée par lady Susan Macdonald, non datée (MIKAN 161120)

On peut facilement se reconnaître dans certains passages du journal de lady Macdonald où elle parle de ses inquiétudes face à ses nouvelles responsabilités en tant qu’épouse de premier ministre. Tout comme vous et moi pouvons éprouver certaines appréhensions en abordant un nouveau chapitre de notre vie, elle se dit nerveuse et craint de ne pas savoir comment se comporter. À un moment, elle se décrit comme « une novice » dans sa nouvelle vie.

Une photographie en noir et blanc d’une femme portant une robe longue de couleur foncée. Ses cheveux sont blancs et coiffés en chignon.

Macdonald of Earnscliffe, Agnes Macdonald, baronne. Photographie prise par William Topley, non datée (MIKAN 3623447)

La transcription du journal de lady Susan Agnes Macdonald est maintenant terminée, mais le journal numérisé est toujours disponible en ligne. Il offre un bon aperçu non seulement du genre de femme qu’était madame Macdonald, mais aussi de ce qu’était le Canada à ses débuts.


Ayla Maud est étudiante assistante de projet à la Division des services régionaux et de l’AIPRP, à la Direction générale des services au public de Bibliothèque et Archives Canada

Faits saillants des journaux personnels de sir Sandford Fleming

Par Andrew Elliott

Comme je l’ai mentionné dans un billet antérieur, sir Sandford Fleming, inventeur de l’heure normale internationale, créateur du tout premier timbre-poste du Canada, arpenteur et cartographe, est un membre productif de la société canadienne au 19e siècle. Il a le temps de faire bien des choses, notamment de consigner ses activités dans divers journaux personnels. C’est un écrivain passionné. Il n’écrit peut-être pas de roman, mais il note tout ce qu’il voit et vit dans ce monde. Il combine observations écrites et esquisses au crayon faites à l’occasion en s’inspirant de paysages, de personnes, de tâches quotidiennes et de travaux d’ingénierie.

Fait remarquable, sir Fleming tient ces journaux pendant la majeure partie de sa longue vie, de l’âge de 15 ans, en 1843, à son décès, en 1914. Sir Fleming pense également à la perception qu’on aura de lui dans l’avenir. Vers la fin de sa vie, il transcrit donc les parties les plus importantes de ses journaux personnels dans trois journaux condensés. En outre, il tient différents carnets pour consigner les nombreux voyages spéciaux qu’il fait au Canada, en Angleterre et aux États-Unis. Tous ces récits figurent dans le fonds d’archives de sir Sandford Fleming, à Bibliothèque et Archives Canada. Consultez en particulier ses journaux personnels, ses carnets de voyage et divers autres journaux et cahiers.

Les journaux personnels de sir Fleming, surtout ceux qu’il a écrits au début de sa vie, contiennent beaucoup d’éléments intéressants. Dans l’un de ceux-ci remontant à 1843, il inscrit ses pensées et ses observations sur la vie d’un écolier à Kirkcaldy, en Écosse. S’y trouvent aussi de nombreuses esquisses de navires et d’une église ainsi qu’un diagramme de patins à roulettes anciens.

Deux autres journaux personnels illustrent le voyage fait par sir Fleming en 1845 – principalement par navire – de Kirkcaldy, en Écosse, à Peterborough dans le Haut-Canada. Le premier journal comprend des notes manuscrites datant de la fin avril au début juin 1845. Le deuxième journal, lequel présente le reste du parcours, couvre la période de juin à août 1845. Ce journal décrit le voyage au moyen d’images, car il s’agit d’un périple effectué avant l’arrivée de la photographie. On y trouve l’Écosse vue à partir du navire, des esquisses de navires passant tout près, des esquisses de la cabine de sir Fleming et d’autres passagers, la première terre ferme aperçue en Amérique du Nord, la ville de Québec, une esquisse des écluses de Bytown (maintenant Ottawa), les chutes Niagara et plusieurs esquisses de bâtiments de Peterborough.

Esquisse au crayon montrant une personne qui lit sur le pont d’un navire, et un autre navire en arrière-plan.

Esquisse d’une partie d’un navire, 1845. (MIKAN 4938907)

À son arrivée au Canada, sir Fleming a des compétences précieuses (dessin, dessin technique, arpentage et gravure) dont il se sert pour gagner sa vie. Pour lui, le journal personnel constitue une façon de consigner ses déplacements, les principaux événements vécus et, en particulier, ses activités familiales. Souvent, il n’inscrit rien si la journée est routinière. Ses journaux personnels renferment des notes brèves et irrégulières sur les réunions d’un conseil, des activités sociales, l’arrivée et le départ de personnages importants, la santé et la fortune de membres de sa famille et d’amis, de même que des voyages au Canada et à l’étranger. Le récit de ses voyages est particulièrement marquant. Au départ, sir Fleming s’établit à Toronto, mais il doit voyager énormément pour son travail. Ainsi, dans les années 1840 et 1850, il couvre une région presque aussi grande que le Grand Toronto même s’il voyage en diligence, en traîneau et en navire à vapeur. Plus tard, lorsqu’il s’installe à Halifax et à Ottawa, il fait de nombreux voyages en train pour se rendre dans des régions éloignées de l’Ontario, du Québec, des Maritimes et de l’Ouest canadien.

Deux pages d’un journal. Sur la première page figure l’esquisse d’un campement dans une vallée fluviale avec une forêt et des montagnes en arrière-plan, ainsi qu’un texte manuscrit en dessous. Sur la deuxième page se trouve l’esquisse d’une tente devant laquelle une personne, assise, entretient un feu.

Extrait du journal traitant de l’arpentage du chemin de fer Intercolonial, 1864. (MIKAN 107736)

Au début des années 1870, sir Fleming et d’autres personnes effectuent une expédition d’arpentage. Le dossier numérisé de cette expédition se trouve dans Master-Works of Canadian Authors: Ocean to Ocean.

Un journal personnel de 1885 comprend une pochette dans laquelle il y a un récit manuscrit de six pages sur un voyage en train effectué en novembre, au Canada. Sir Fleming y donne ses impressions sur la cérémonie du 7 novembre tenue à Craigellachie, en Colombie-Britannique. Cette cérémonie vise à souligner la pose du « dernier crampon », laquelle marque la fin de la construction du chemin de fer du Canadien Pacifique.

Sir Fleming tient aussi une liste de ses voyages en navire dans l’océan Atlantique. Ci-dessous se trouve une liste de ses voyages des années 1840 aux années 1880, comme celui du 17 mai 1863 vers l’Angleterre à bord du navire à vapeur United Kingdom.

Liste manuscrite de dates, de destinations et de noms de navires, collée sur du papier ligné.

Liste des voyages effectués par sir Fleming de 1845 à 1883, laquelle inclut la destination et le nom des navires. (MIKAN 107736)

Sir Fleming raconte aussi sa vie personnelle et familiale. Voici des exemples de phrases figurant dans ses journaux des années 1850 et 1860 (l’orthographe est celle qu’il a utilisée) :

[Traduction]

  • 31 décembre 1859 : « Une autre année est sur le point de finir. Me voici au sein de la famille de M. Halls, à Peterboro, avec ma tendre épouse tout près, deux mignons petits garçons et une petite fille qui dort profondément dans un lit […]. »
  • 6 juin 1861 : Sir Fleming écrit que son épouse « a donné naissance à [leur] deuxième petite fille aujourd’hui vers 12 h (midi), à Davenport. Elle ne se sentait pas très bien au petit déjeuner, et j’ai pensé que je devais à tout prix aller chercher l’infirmière et le médecin. »
  • 9 septembre 1863 : « Messieurs Tilly et Tupper m’ont informé avoir décidé (à la condition que leur gouvernement approuve leur décision) de me nommer arpenteur au nom de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick […], afin que je fasse immédiatement les travaux d’arpentage. » Voici une image numérisée d’un texte que sir Fleming a écrit sur l’arpentage du chemin de fer Intercolonial :
Textes écrits au crayon sur deux jours.

Extrait de deux textes que sir Fleming a écrits dans son journal les 14 et 15 décembre 1863. Ces textes décrivent les activités réalisées dans le cadre de l’arpentage du chemin de fer Intercolonial. (MIKAN 107736)

[Traduction]

  • 1er janvier 1864 : « Train du matin pour Collingwood, diligence vers Craigleith — père et mère étaient avec tous leurs enfants […]. Ils pensaient que j’étais au Nouveau-Brunswick, alors ils ont été très étonnés et contents de me voir […]. Le temps était très froid et une tempête faisait rage. »
  • 28 février 1866 : Sir Fleming raconte le décès de son fils de trois mois : « Ce matin, vers 4 h, après avoir pris un peu le dessus […], notre enfant chéri s’est enfin doucement éteint […]. C’est le premier décès qui me touche vraiment de près – une partie de nous est vraiment rendue dans un autre monde. »
  • 29 juin 1867 : « Je me prépare à la célébration de la Confédération des provinces qui aura lieu lundi prochain. »
  • 1er juillet 1867 (fête du Dominion) : « J’étais debout à 5 h. Le temps était très nuageux et pluvieux […]. On a hissé les drapeaux, etc. Le ciel s’est dégagé. Halifax était très joyeuse; il y avait une mer parfaite de drapeaux. C’était une belle journée. La démonstration s’est très bien déroulée. »

Sir Fleming a été au cœur de la modernisation du Canada, mais les centaines de détails banals qu’il a consignés révèlent également certaines facettes du monde dans lequel il a vécu. Un large éventail de renseignements sont fournis pour quiconque souhaite les lire et déchiffrer l’écriture de sir Fleming.


Andrew Elliott est archiviste à la division Science, Gouvernance et Politique de Bibliothèque et Archives Canada.

Pourquoi consulter des journaux sur microfilm?

Nous vous avons déjà expliqué comment trouver un journal canadien sur microfilm; mais vous vous êtes peut-être demandé pourquoi il fallait, au départ, avoir recours à des microfilms. Ces journaux ne sont-ils pas accessibles en ligne?

En fait, seulement certains journaux le sont (*). La plupart des éditions de journaux mises en ligne gratuitement sont limitées dans leur contenu, et on n’y retrouve que les numéros publiés à partir des années 1980. Si vous recherchez du contenu pleine page et les mises en page d’origine, ou si vous avez besoin de numéros plus anciens, certains grands quotidiens, comme le Globe and Mail, le Toronto Star et le Winnipeg Free Press, offrent, moyennnant des frais, les versions originales en format PDF. Il se peut aussi que votre bibliothèque locale soit abonnée au quotidien concerné, ou vous pourriez également acheter un droit d’accès personnel.

En revanche, vous avez aussi la possibilité de consulter les journaux sur microfilms de Bibliothèque et Archives Canada. Grâce à notre vaste collection, vous aurez accès au matériel suivant :

  • de grands journaux, des journaux régionaux, ainsi que des journaux publiés par des syndicats, des groupes ethniques et des regroupements étudiants;
  • certains éléments tels que le graphisme, la mise en page et les publicités, qu’on ne retrouve pas dans les versions électroniques;
  • le contenu retiré des versions électroniques, y compris les photographies, les petites annonces et les notices nécrologiques.

Passez nous voir à Ottawa pour consulter nos journaux sur microfilms et découvrir notre collection, ou communiquez avec nous pour obtenir plus de renseignements.

* Voici quelques exemples de journaux numérisés que l’on peut consulter gratuitement :

Vous avez des questions ou des commentaires? N’hésitez pas à communiquer avec nous!

Résumé des commentaires reçus en anglais jusqu’au 30 septembre 2013

  • Un usager demande comment il pourra consulter les journaux sur microfilm autrement qu’en visitant BAC, une fois que le prêt entre bibliothèques ne sera plus disponible. BAC a indiqué que le prêt ne serait plus disponible après le 15 février 2013 et que diverses options seraient offertes. D’autres usagers ont exprimé leur désappointement sur la fermeture de ce service.