Jean Talon, intendant de la Nouvelle-France, 1665-1672

Au début des années 1660, la Nouvelle-France connaît une situation difficile, affaiblie par les luttes qui durent depuis 20 ans contre les Iroquois et le pouvoir très étendu du gouverneur. Il est temps de réorganiser la Nouvelle-France et Louis XIV et son ministre responsable des colonies, Jean-Baptiste Colbert, décident d’intervenir. En 1663, la Nouvelle-France devient une propriété royale, les pouvoirs du gouverneur sont réduits et l’administration de la colonie est réorganisée. Un rôle important est confié à l’intendant comme représentant du roi, pour l’administration de la justice, de la police et des finances.

Le 23 mars 1665, Louis XIV nomme Jean Talon au poste d’intendant. Âgé de près de 40 ans, cet homme instruit chez les Jésuites à Paris, a une excellente réputation comme administrateur ayant occupé différents postes dans l’administration militaire française avant de devenir intendant du comté du Hainaut en 1655.

Talon va occuper le poste de 1665 à 1668 et de 1670 à 1672; les nombreuses mesures qu’il met en place vont améliorer grandement la situation de la colonie. Il vise tout d’abord à accroître la population en favorisant l’immigration, en encourageant et soutenant les familles nombreuses, en forçant les célibataires à se marier, en faisant venir les filles du roi, en incitant les soldats à s’établir dans la colonie après leur service militaire, etc.

Une aquarelle montrant une scène intérieure. Plusieurs personnes sont debout au tour d’un personnage centrale (Jean Talon). Dans l’arrière-plan, on voit une cheminée avec feu et une marmite, une femme et son bébé, ainsi qu’un vieillard assis sur un banc.

Jean Talon visitant les colons, peint par Lawrence Batchelor en 1931 (MIKAN 2896077)

Il essaie de sédentariser la population en facilitant l’accès aux terres mais aussi en obligeant les colons à les occuper. Les contrats de concession vont désormais comporter des clauses précises comme de défricher et de « tenir feu et lieu » dans un délai de 12 mois et l’interdiction de vendre avant qu’il n’y ait une maison de bâtie et deux arpents de défrichés.

Talon voit aussi à la réorganisation du système judiciaire; il diminue le nombre de procès en privilégiant les accommodements, les règlements à l’amiable et demande que les causes de première instance lui soient directement présentées.

Sur le plan économique, Talon est un visionnaire : il rêve de manufactures en Nouvelle-France produisant des textiles, du cordage, du goudron, de la potasse, du savon, etc. Il fait de l’exploration minière dans la région de Trois-Rivières, prélude aux forges du Saint-Maurice du XVIIIe siècle, s’efforce de créer un réseau d’alliances pour la traite des fourrures, sans parler de la brasserie qu’il construit à Québec pour la production de bière locale. À son départ, le visage de la Nouvelle-France avait grandement changé!

Bibliothèque et Archives Canada conserve plusieurs copies de documents historiques rédigés par Talon, notamment ses mémoires et observations sur l’état de la colonie, correspondances, ainsi que les recensements tenus en 1666 et 1667.

Le 200e anniversaire de sir George-Étienne Cartier, éminent père de la Confédération

Aujourd’hui, nous soulignons le 200e anniversaire d’un des plus importants personnages historiques du Canada, sir George-Étienne Cartier, une tête de file parmi les pères de la Confédération. Sir Cartier est né le 6 septembre 1814 à Saint-Antoine-sur-Richelieu, dans la province du Bas Canada. Il étudie le droit et amorce la pratique en 1835; toutefois, la politique devient vite sa passion. Son entrée dans le monde de la politique s’inscrit à une époque fort mouvementée, alors qu’il joue un rôle dans la rébellion du Bas Canada de 1837 et qu’il participe à la bataille de Saint-Denis. Sir Cartier s’exilera ensuite pendant un an au Vermont, mais il plaide l’indulgence et retourne à Montréal en 1839.

L’honorable sir George-Étienne Cartier, baronnet

L’honorable sir George-Étienne Cartier, baronnet (MIKAN 3476630)

En 1848, Sir Cartier est élu à l’Assemblée législative de la Province du Canada et, peu de temps après, il est nommé au Cabinet. De 1857 à 1862, il occupe la fonction de co-premier ministre de la Province du Canada en compagnie de sir John A. Macdonald après avoir établi une coalition avec les conservateurs du Haut Canada. C’est à cette époque que commence la collaboration entre Macdonald et Cartier et qu’ils entreprennent de rechercher des appuis pour la Confédération dans une tentative de mettre fin à l’instabilité politique.

Sir George-Étienne Cartier

Sir George-Étienne Cartier (MIKAN 3213760)

George Étienne Cartier joue un rôle central afin de convaincre les Canadiens français de soutenir la Confédération. Il fait valoir que les intérêts des francophones seraient bien mieux servis dans une fédération composée de provinces. Lorsque la Confédération aboutit enfin le 1er juillet 1867, John A. Macdonald devient le tout premier premier ministre et Cartier, le tout premier Ministre de la Milice et de la Défense.

Parmi leurs pairs, on reconnaît l’honorable sir John A. Macdonald, l’honorable sir George-Étienne Cartier et le lieutenant-colonel John G. Irvine

Parmi leurs pairs, on reconnaît l’honorable sir John A. Macdonald, l’honorable sir George-Étienne Cartier et le lieutenant-colonel John G. Irvine (MIKAN 3192010)

Le décès de M. Cartier survient le 20 mai 1873 et touche profondément son grand ami, John A. Macdonald, qui propose qu’on érige une statue en hommage au politicien décédé. Celle-ci sera sculptée par Louis‑Philippe Hébert et inaugurée en 1885. Il s’agit de la première statue à être installée sur la Colline du Parlement, elle s’y trouve encore d’ailleurs. M. Cartier aura influencé plusieurs générations de Canadiens. Le centenaire de son anniversaire en 1914 a été souligné par d’importantes célébrations et on a alors érigé un autre monument, cette fois-ci à Montréal. La résidence de M. Cartier à Montréal a été désignée lieu historique national.

Sir George-Étienne Cartier

Sir George-Étienne Cartier (MIKAN 2837680)

Bien que la majorité des documents de Cartier aient été détruits, Bibliothèque et Archives Canada possède plusieurs objets importants, y compris un album de photos de famille, des cartes postales et des lettres écrites à l’époque qu’il était ministre de la Milice et de la Défense. Nous avons également plusieurs lettres rédigées par M. Cartier à l’attention de M. Macdonal; elles sont conservées dans la collection Sir John A. Macdonald (contenu archivé).

Pour en apprendre plus sur sir George-Étienne Cartier et le rôle qu’il a joué dans la Confédération :

Un paradis des généalogistes : la tenue des registres de l’état civil au Québec

Parlez-en à n’importe quel généalogiste – tous vous diront que les chercheurs qui ont des ancêtres ayant vécu au Québec sont privilégiés. Grâce à la grande proportion de registres qui ont survécu et à la façon dont les registres catholiques et protestants au Québec ont été tenus, les chercheurs peuvent compter sur une ressource précieuse. En fait, le Québec est considéré comme le « paradis des généalogistes! ».

On doit l’excellente tenue des registres au Québec à une série d’ordonnances et de règlements religieux et civils d’origine française.

L’influence française

L’année 2014 marque le 475e anniversaire de la première ordonnance, soit celle de Villers-Cotterêts, signée au mois d’août 1539 dans le département actuel de l’Aisne par le roi de France, François 1er. On oblige alors les curés à enregistrer les baptêmes et les sépultures. En 1579, l’ordonnance signée à Blois prescrit l’enregistrement des mariages dans un registre.

De plus, en deux occasions, soit lors du concile de Trente (1545-1563) et de la publication du Rituel Romain de 1614, l’église catholique romaine renforce l’importance de la tenue de registres. On précise la façon d’enregistrer les informations, telles que les noms du parrain et de la marraine, des témoins, des parents, etc.

Finalement, en 1667, l’ordonnance de Saint-Germain-en-Laye introduit la pratique de tenir les registres en deux copies; la première est conservée par le curé et la seconde est déposée à la fin de l’année en cours auprès des autorités civiles. Cela permet de sauvegarder bien des registres qui auraient pu être perdus ou détruits à jamais si une seule copie avait existé.

Leurs applications en Nouvelle-France et de nos jours

Ces règlements entrent en vigueur en 1621 en Nouvelle-France et sont appliqués par les autorités locales. De plus, suite à la Conquête de 1760, les autorités britanniques, reconnaissant la grande valeur de ce système, le conservent.

Au Québec, les registres d’état des personnes présentent les caractéristiques suivantes :

  • Il existe trois types d’actes : le baptême, le mariage et la sépulture.
  • Les actes sont rédigés par des prêtres au niveau paroissial.
  • Ils se présentent par ordre chronologique, habituellement à l’intérieur d’un seul registre.
  • Leur rédaction est soumise à deux réglementations distinctes, ecclésiastiques et civiles.

Consultez la page État civil : naissances, mariages et décès pour en savoir plus sur ces documents et sur la façon de les consulter.

Bonne recherche!

Le 375e anniversaire de l’arrivée des Ursulines à Québec

L’année 2014 est fertile en anniversaires pour la ville de Québec. En effet, on célèbre à la fois le 350e anniversaire de la fondation de la paroisse de Notre-Dame de Québec, et le 375e anniversaire de l’arrivée des religieuses ursulines – pionnières de l’enseignement au Québec – et des religieuses augustines.

La fondation des Ursulines en Europe

En 1535, à Brescia en Italie, Angèle de Mérici fonde la Compagnie de Sainte-Ursule pour faire la promotion des valeurs chrétiennes dans la famille, la société et l’Église. Suite au Concile de Trente, la Compagnie est réformée et devient cloîtrée, et s’occupe désormais essentiellement de l’éducation des jeunes filles. Des monastères sont alors fondés dans plusieurs pays d’Europe, notamment en France.

L’établissement des Ursulines en Nouvelle-France

En 1639, Madame de La Peltrie finance la fondation d’un monastère et d’une première école pour jeunes filles en Nouvelle-France. Elle accompagne alors trois religieuses ursulines du monastère de Tours (France), soit Marie (Guyart) de l’Incarnation, canonisée en 2014 par le pape François, Marie de Saint-Joseph et Cécile de Sainte-Croix. La longue et pénible traversée de trois mois a lieu sur le navire Saint-Joseph en compagnie des religieuses augustines.

Premières religieuses ursulines avec des étudiantes amérindiennes, à Québec.

Premières religieuses ursulines avec des étudiantes amérindiennes, à Québec. (MIKAN 2895625)

La première école des Ursulines est située dans la Basse-Ville de Québec; on y compte environ 18 pensionnaires françaises et amérindiennes. Tout comme leurs consœurs augustines, les Ursulines s’établissent en 1642 dans la Haute-Ville, à l’emplacement qu’elles occupent encore aujourd’hui. Les Ursulines ont hébergé les Filles du Roy, à leur arrivée à Québec, ainsi que des captives anglaises au début du XVIIIe siècle. L’une d’entre elles, Esther Wheelwright, sera supérieure de la communauté. Depuis la ville de Québec, les Ursulines se propagent en fondant d’autres monastères et écoles, au Québec, au Nouveau-Brunswick, au Japon et au Pérou.

Pour en savoir plus

Bibliothèque et Archives Canada conserve plusieurs documents sur la communauté des Ursulines, notamment le Fonds de la Congrégation de Sainte-Ursule et le Fonds Marie de l’Incarnation. Vous pouvez aussi faire une recherche de fonds d’archives pour trouver d’autres documents ou images. Pour en savoir plus sur l’histoire des Ursulines, nous vous suggérons l’ouvrage Les Ursulines de Québec 1639-1953 par Dom Guy-Marie Oury.

Bibliothèque et Archives Canada diffuse son onzième balado : Le Canada sous-marin : Enquêtes sur les naufrages

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) publie sa plus récente émission de baladodiffusion intitulée Le Canada sous-marin : Enquêtes sur les naufrages.

Pour souligner le 100e anniversaire du naufrage de l’Empress of Ireland, Marc-André Bernier, chef du Service d’archéologie subaquatique de Parcs Canada, se joint à nous pour discuter des naufrages, de leur importance dans l’histoire du Canada, et du rôle considérable que joue BAC dans les enquêtes sur les naufrages ainsi que dans la recherche et la découverte des épaves.

Abonnez vous à nos émissions de baladodiffusion sur notre fil RSS ou iTunes, ou consultez le site : Balado – Découvrez Bibliothèque et Archives Canada : votre histoire, votre patrimoine documentaire.

Pour obtenir de plus amples renseignements, veuillez communiquer avec nous par courriel à balados@bac-lac.gc.ca.

Sir John Coape Sherbrooke : héros militaire, gouverneur général et… médium?

En 2013, Bibliothèque et Archives Canada (BAC) a fait l’acquisition d’une importante collection de documents sur la carrière de Sir John Coape Sherbrooke (1764‑1830) au Canada. Durant la guerre de 1812, il joue un rôle clé dans la défense des colonies britanniques qui deviendront les provinces de l’Atlantique. Ses succès sont tels qu’il est nommé gouverneur général de l’Amérique du Nord britannique en 1816. Toutefois, il était déjà venu au Canada avant son arrivée en Nouvelle‑Écosse en octobre 1811.

Portrait de Sir John Coape Sherbrooke

Portrait de Sir John Coape Sherbrooke (Mikan 4310479)

L’esprit et le capitaine Sherbrooke
En 1785, Sherbrooke est officier du 33e Régiment de fantassins qui combat aux côtés de l’Armée britannique au cours de la Révolution américaine. À la fin d’octobre, le 33e Régiment s’installe dans ses quartiers d’hiver à Sydney, sur l’île du Cap Breton. À cette époque, une étroite amitié le lie au lieutenant George West Wynyard. Le soir du 15 octobre, Sherbrooke et Wynyard sont assis dans les quartiers de ce dernier lorsqu’ils sont éberlués par l’apparition soudaine d’un esprit. Le premier choc passé, Wynyard s’exclame qu’il s’agit de son grand frère John. Sherbrooke et Wynyard fouillent immédiatement les lieux sans trouver d’autre preuve de l’apparition. Après avoir discuté de l’événement avec un autre officier, le lieutenant Ralph Gore, Sherbrooke et Wynyard notent la date et l’heure de l’apparition.

Le 6 juin 1786, des navires arrivent d’Angleterre pour livrer des marchandises et de la correspondance. Sherbrooke reçoit une courte lettre d’un chirurgien militaire lui demandant d’informer Wynyard que son frère John est décédé dans l’appartement familial à Kensington Palace, le 15 octobre. Il est mort le jour et à l’heure où Sherbrooke et Wynyard ont été témoins de l’apparition sur l’île du Cap Breton.

Depuis plus de 200 ans, le récit de l’apparition de Wynyard fascine des auteurs et des lecteurs. C’est l’une des histoires d’esprit les plus connues en Grande Bretagne. Certains pensent que les officiers étaient ivres ou malades au moment de l’incident; d’autres croient à la véracité de l’événement. La renommée de Sherbrooke et les succès qu’il a remportés en tant qu’officier militaire et administrateur de la colonie ont incité beaucoup de personnes à accepter le récit comme véridique.

La collection Sherbrooke à BAC
Si vous souhaitez en savoir plus sur la carrière de Sherbrooke au Canada, consultez le fonds Sir John Coape Sherbrooke (MIKAN 104985). Vous aurez accès à des exemplaires numérisés de documents textuels, de cartes, de plans, d’œuvres d’art et d’objets documentant le passage de Sherbrooke en tant que gouverneur de la Nouvelle Écosse et gouverneur général du Canada ainsi que ses activités à titre de commandant des forces de l’Atlantique au cours de la guerre de 1812.