John Colin et Kenneth Keith Forbes, portraitistes officiels en série!

Par Geneviève Couture

Les carrières des peintres John Colin Forbes (1846-1925) et de son fils Kenneth Keith Forbes (1892-1980) illustrent brillamment en quoi certains premiers ministres ont été leurs muses et leurs mécènes. En effet, à eux deux, ils ont peint sept premiers ministres canadiens, deux gouverneurs généraux, cinq juges en chef de la Cour suprême, onze présidents de la Chambre des communes et quatorze présidents du Sénat. Ils ont également peint un roi et une reine d’Angleterre au nom du gouvernement canadien. On peut affirmer sans gêne que sur une période de plus de 90 ans, le père et le fils ont contribué à édifier le patrimoine artistique et visuel représentant les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire du gouvernement canadien.

John Colin Forbes

John Colin Forbes est né à Toronto en 1846. Dans les années 1860, il étudie la peinture à Paris et à Londres avant de revenir au Canada. Il est un membre fondateur de l’Ontario Society of Artists (1872) et de l’Académie royale des arts du Canada (1880).

Rapidement reconnu comme portraitiste, John Colin reçoit de nombreuses commandes. Il peint lord Dufferin et le marquis de Lansdowne, tous deux gouverneurs généraux du Canada. Entre 1878 et 1893, il réalise les portraits de sir John A. Macdonald, d’Alexander Mackenzie, de sir Charles Tupper et de Wilfrid Laurier. Aucun de ces tableaux ne sera un portrait officiel, mais celui de Tupper se trouve au Parlement du Canada, alors que celui de Macdonald et un portrait de Laurier se trouvent aujourd’hui au Musée des beaux-arts du Canada. On commande également à John Colin Forbes quatre portraits officiels de présidents de la Chambre des communes et six portraits officiels de présidents du Sénat.

L’artiste entretient une relation privilégiée avec sir Wilfrid Laurier, que ce dernier appelle son « ami ». Il le peint une première fois en 1885, d’après une photo prise vers 1882 par le studio de William Topley à Ottawa.

Photo noir et blanc d’un homme assis, vêtu d’un complet.

Wilfrid Laurier, député. Studio Topley, 1882. (a013133-v8 )

Le second tableau de Laurier peint par John Colin est offert au premier ministre par ses amis et admirateurs du Parti libéral le 15 mai 1902. Dans son discours à la Chambre des communes (en anglais), Laurier déclare : « C’est avec un cœur très sincère que j’accepte de la part d’amis inconnus, en mon propre nom et au nom de ma femme, ce souvenir, qui est l’œuvre d’un grand artiste canadien. »

Déplorant qu’à cette époque Forbes ait choisir d’aller exercer son art aux États-Unis, Laurier ajoute :

« Malheureusement, le Canada, qui est encore un jeune pays, n’a pas offert aux artistes toute l’aide qu’il aurait pu donner par le passé. J’espère qu’à l’avenir, les artistes et les talents canadiens seront davantage encouragés par la population canadienne qu’ils ne l’ont été jusqu’à présent. Pour ma part, je reconnais avec un certain regret que le gouvernement aurait peut-être pu en faire davantage pour encourager les talents artistiques du Canada. » [Traduction]

Enfin, regrettant ne pas avoir d’enfant à qui léguer ce tableau, Laurier fait le vœu suivant : « J’espère qu’un jour, ce tableau sera conservé dans un musée national, non pour me rappeler à la postérité, mais pour la gloire de M. Forbes, l’artiste qui l’a peint. » [Traduction] Quelques années plus tard, en 1906, Laurier offre lui-même le tableau au Musée des beaux-arts du Canada.

Une commande royale

C’est grâce à ses bonnes relations avec le premier ministre Laurier que John Colin Forbes obtient sa commande la plus prestigieuse : peindre le roi Edward VII et la reine Alexandra. Forbes sera le premier peintre canadien à obtenir une séance de pose avec un souverain britannique, et les portraits officiels d’Edward VII orneront la Chambre des communes.

Les échanges de correspondance entre Forbes et Laurier à ce sujet font partie du fonds sir Wilfrid Laurier  conservé à Bibliothèque et Archives Canada. On y constate que Forbes demande la commande à Laurier, avec qui il en a préalablement discuté.

Photo noir et blanc d’une page dactylographiée.

Lettre de John Colin Forbes à Wilfrid Laurier datée du 14 avril 1904, dans laquelle il lui demande d’obtenir la commande pour peindre le roi et la reine au nom du gouvernement canadien. (Fonds Wilfrid Laurier, MG26 G 1(A), vol. 312, page 84516, microfilm C-810)

Laurier accepte, après avoir reçu une pétition à cet effet signée par 92 des 214 députés fédéraux.

Image noir et blanc d’une page numérisée tirée d’un microfilm.

Première des trois pages de la pétition adressée par des députés de la Chambre des communes au premier ministre Wilfrid Laurier, afin qu’une commande soit faite au peintre John Colin Forbes pour réaliser un portrait du roi destiné à la Chambre des communes. (Fonds Wilfrid Laurier, MG26 G 1(A), vol. 312, page 84518, microfilm C-810)

Il fait suivre la requête au gouverneur général, lord Minto, qui facilitera l’accès de Forbes aux souverains.

Image noir et blanc d’une page numérisée tirée d’un microfilm.

Lettre du premier ministre Wilfrid Laurier au gouverneur général lord Minto, recommandant que la commande soit faite au peintre John Colin Forbes et que des démarches soient entreprises à cet effet auprès du roi. (Fonds Wilfrid Laurier, MG26 G 1(A), vol. 326, page 87632, microfilm C-813)

La séance de pose est accordée, et John Colin Forbes se rend en Angleterre afin de peindre les tableaux. Malheureusement, ceux-ci seront détruits lors de l’incendie du Parlement en 1916, moins de douze ans après leur création. Cependant, les quatre portraits officiels des présidents de la Chambre des communes et les six portraits officiels des présidents du Sénat peints par Forbes échappent à l’incendie.

Photo noir et blanc d’un édifice en proie aux flammes.

La partie Est de l’Édifice du Centre en proie aux flammes, Ottawa, 1916. (a052822-v8 )

Sir John A. Macdonald et sir Wilfrid Laurier : des portraits inspirants

Deux des portraits de premiers ministres peints par John Colin Forbes seront à leur tour une source d’inspiration pour leurs successeurs. En effet, dans un article du Winnipeg Free Press publié le 20 mars 1965 (en anglais), le journaliste Peter C. Newman relate que chaque nouveau premier ministre en poste à Ottawa s’empresse de faire installer, dans son bureau de l’édifice de l’Est, soit le tableau de sir John A. Macdonald, soit le tableau de sir Wilfrid Laurier – dépendamment de ses allégeances politiques. Cette pratique change toutefois sous Lester B. Pearson, alors que le premier ministre demande à ce que les deux tableaux ornent les murs de son bureau.

Quelques photographies prises par Duncan Cameron (dont nous avons récemment parlé dans un billet de blogue sur les photographes de presse et les premiers ministres) confirment que John Diefenbaker, Lester B. Pearson et Pierre E. Trudeau ont eu des tableaux de Forbes dans leurs bureaux. Le bureau de Paul Martin, quant à lui, était orné du premier tableau de Laurier par Forbes, datant de 1885.

Photo noir et blanc d’un homme en train de photographier un photographe qui le photographie en retour.

Pierre Elliott Trudeau prenant une photographie avec l’appareil du journaliste de presse Duncan Cameron, 28 juin 1968. Photo : Duncan Cameron (a175919 )

Kenneth Keith Forbes

Le fils de John Colin, Kenneth Keith Forbes, devient également un portraitiste de renom. Né à Toronto en 1892, il commence à dessiner dès l’âge de quatre ans sous la gouverne de son père. Entre 1908 et 1913, il étudie les arts en Angleterre et en Écosse. Au déclenchement de la Première Guerre mondiale, en 1914, Kenneth Keith s’enrôle dans l’armée britannique comme simple soldat. Il combat en France, où il est blessé et gazé. Promu capitaine, il est transféré en 1918 au sein de l’armée canadienne (plus précisément au Bureau canadien des archives de guerre) en tant que peintre de guerre. Il y peint des scènes de batailles ainsi que quelques portraits d’officiers canadiens, comme celui du brigadier général D. Draper.

BAC détient le dossier militaire récemment numérisé de Kenneth Keith Forbes.

Peinture à l’huile réalisée par Kenneth Keith Forbes en 1918. La scène montre la défense du Bois du Sanctuaire par les militaires canadiens, près d’Ypres, en Belgique, en 1916.

La défense du Bois du Sanctuaire (1916), Kenneth K. Forbes, 1918. (e010751163-v8 )

Portraitiste officiel

Quelques années plus tard, Kenneth Keith revient s’établir à Toronto où, poursuivant la tradition familiale, il réalise principalement des portraits.

Il peint, entre autres, les portraits officiels de sept présidents de la Chambre des communes, de huit présidents du Sénat et de cinq juges en chef de la Cour suprême.

Il effectuera également les portraits des premiers ministres Robert Borden, Richard B. Bennett et John Diefenbaker. Le premier tableau de R. B. Bennett peint en 1938 par Kenneth Keith sera d’ailleurs offert au premier ministre par les députés, les sénateurs et les membres du Parti conservateur à son départ de la vie politique. Il se trouve aujourd’hui au Musée du Nouveau-Brunswick, à qui R. B. Bennett l’a légué par testament.

Par la suite, Kenneth Keith réalise le portrait officiel de sir Robert Borden pour la Chambre des communes. Le tableau est commandé par le président de la Chambre, Gaspard Fauteux, dont Forbes avait peint le portrait l’année précédente. L’objectif est de compléter la collection de tableaux officiels représentant les premiers ministres du Canada à la Chambre des communes. Ce tableau est dévoilé au Parlement le 11 juin 1947, dix ans après le décès de Borden, en même temps que lui de William Lyon Mackenzie King et en présence du président américain Harry Truman.

Dans son journal intime (en anglais), Mackenzie King explique comment il en est venu à suggérer que l’on dévoile son portrait ainsi que celui de Borden, tous deux premiers ministres lors des grandes guerres, à l’occasion d’une même cérémonie.

Image noir et blanc d’une page dactylographiée du journal intime de William Lyon Mackenzie King datée du 19 mai 1947.

Extrait du journal intime de William Lyon Mackenzie King daté du 19 mai 1947, dans lequel il explique comment il en est venu à suggérer qu’on dévoile son portrait ainsi que celui de Borden, tous deux premiers ministres lors des grandes guerres, à l’occasion d’une même cérémonie. (Fonds William Lyon Mackenzie King, MG 26 J 13, 19 mai 1947)

Une décennie plus tard, Forbes peint deux portraits de John Diefenbaker. Le premier est offert au politicien par les membres de son conseil des ministres et orne les murs du 24, Sussex, puis de Stornoway, la résidence officielle du chef de l’opposition. Le second est commandé par des francs-maçons de Washington et se trouve à Arlington, en Virginie.

En 1962, Kenneth Keith peint le portrait officiel de Bennett pour la Chambre des communes. La commande survient près de 25 ans après qu’il ait réalisé un premier tableau du politicien, et 15 ans après le décès de celui-ci. Elle émane du premier ministre John Diefenbaker et du président de la Chambre, Roland Michener. Une fois encore, on cherche à combler les lacunes de la collection de tableaux officiels représentant les premiers ministres du Canada à la Chambre.

Conclusion

Les carrières de portraitistes de John Colin et de Kenneth Keith Forbes révèlent les liens parfois insoupçonnés entre les arts et la politique. Les Forbes ont clairement tiré profit de leurs bonnes relations avec les parlementaires, particulièrement avec les premiers ministres, en obtenant de nombreuses commandes très prestigieuses.

Les premiers ministres ont également bénéficié du travail de peintres tels que les Forbes, dont les tableaux ont aidé à commémorer et à glorifier ces hommes qui ont détenu la plus haute fonction politique au pays ainsi qu’à inspirer leurs successeurs. Aussi, on l’a vu, c’est sans égard à la couleur politique qu’on a demandé aux Forbes de contribuer à cette entreprise de mémoire en produisant les portraits de premiers ministres en fonction ainsi que de leurs prédécesseurs. Ce faisant, ils ont contribué à asseoir la fonction de premier ministre dans la mémoire politique du pays.

Par ailleurs, le talent pour le portrait ne s’est pas arrêté à John Colin et à son fils Kenneth Keith. En effet, la fille de Kenneth, Laura June McCormack (1921-1961), dont la mère Jean Mary Edgell est également peintre, a réalisé quelques portraits qui se retrouvent à l’Assemblée législative de l’Ontario, et notamment un tableau représentant Louis-Hippolyte La Fontaine.

Pour en savoir plus sur les portraits de premiers ministres, voyez la thèse d’Andrew Kear, Governing Likenesses: The Production History of the Official Portraits of Canadian Prime Ministers, 1889-2002.


Geneviève Couture est archiviste au sein du projet des Archives du premier ministre, à la Division des archives privées du monde de la science et de la gouvernance de Bibliothèque et Archives Canada.

Solidarité féminine : la lutte pour les droits de la femme au Canada

« Les femmes formeront une chaîne, le monde n’aura jamais connu pareille solidarité féminine. » Nellie McClung, 1916

En 2016, nous commémorons une étape importante dans la lutte pour les droits de la femme : le 100e anniversaire du droit de vote des femmes au Canada. Pour souligner cette avancée sur la voie de l’égalité et mettre en lumière les obstacles surmontés par les Canadiennes au cours du dernier siècle, Bibliothèque et Archives Canada, en partenariat avec Patrimoine canadien, lance une exposition extérieure intitulée Solidarité féminine : la lutte pour les droits de la femme au Canada.

Cet événement succède à une autre exposition organisée par Bibliothèque et Archives Canada l’hiver dernier, Laissez-les hurler : 100 ans de lutte pour les droits de la femme. Pour l’occasion, des portraits de femmes étaient présentés sur le canal Rideau, à Ottawa, ainsi qu’au Fort Gibraltar, à Winnipeg. Cette fois, l’exposition Solidarité féminine met à l’affiche des reproductions de portraits et de photographies documentaires mettant en vedette des personnes et des groupes de femmes d’influence. Toutes ont dû briser des barrières pour pouvoir participer pleinement à la vie économique, politique et sociale du Canada, et contribuer du même coup à en faire un pays plus inclusif et plus démocratique.

Photographie en noir et blanc d’un groupe d’infirmières militaires faisant la file pour déposer leur bulletin de vote à un bureau de scrutin installé à l’extérieur d’un campement. Quatre officiers supervisent les procédures, pendant qu’une infirmière remplit son bulletin derrière un paravent. On voit des tentes à l’arrière-plan.

Des infirmières militaires du Canada affectées dans un hôpital canadien déposent leur bulletin de vote lors des élections fédérales, en décembre 1917. (MIKAN 3623046)

Pendant la Première Guerre mondiale, plus de 2 000 infirmières, supervisées par Margaret Macdonald, « matrone » en chef des soins infirmiers, ont servi outre-mer au sein de l’Armée canadienne. En accordant à tous les militaires, y compris les infirmières, le droit de vote aux élections fédérales, la Loi des électeurs militaires (1917) a permis que ce droit s’étende à toutes les femmes en 1918.

Syndicaliste québécoise et membre fondatrice de la Confédération des syndicats canadiens, Madeleine Parent a œuvré pour que les ouvrières de l’industrie du textile obtiennent de meilleures conditions de travail. Cofondatrice du Comité pour l’égalité des femmes au Canada, Mme Parent a aussi défendu les droits des femmes autochtones.

Photographie en noir et blanc d’une femme marchant dans la rue; derrière elle, un homme tient une affiche arborant le slogan « L’union fait la force ».

Madeleine Parent participe à la parade du mois de mai à Valleyfield (Québec), vers 1949. (MIKAN 3257043)

Buffy Sainte-Marie a consacré ses 50 années de carrière comme auteure-compositrice-interprète à la situation des peuples autochtones. Son œuvre artistique et son implication comme éducatrice et militante lui ont valu une large reconnaissance et de très nombreux prix. En 1997, elle a fondé le Cradleboard Teaching Project (en anglais seulement), qui contribue à la création de programmes d’enseignement de base qui intègrent les conceptions autochtones.

Photographie en noir et blanc d’une femme aux longs cheveux foncés qui regarde l’objectif.

Buffy Sainte-Marie. Photographie prise par Robert Taillefer, 1975 © Robert Taillefer (MIKAN 4167090)

Ne manquez pas l’exposition extérieure Solidarité féminine : la lutte pour les droits de la femme au Canada ! Pour la voir, rendez-vous sur le pont Plaza en face du Château Laurier, sur la rue Rideau, à Ottawa. L’exposition tiendra l’affiche jusqu’à la fin de semaine de l’Action de grâce.

Vous pouvez aussi vous renseigner sur l’obtention du droit de vote des femmes au Canada ou lire nos autres articles de blogue sur le sujet.

Un peuple dans l’ombre : À la découverte de la Nation métisse dans la collection de Bibliothèque et Archives Canada

Qui sont les Métis?

La Nation métisse s’est formée aux XVIIIe et XIXe siècles. Sur les trois peuples autochtones du Canada, elle vient au deuxième rang en termes de population. Les citoyens de la Nation métisse sont les descendants de couples formés d’une mère autochtone et d’un père européen actif dans le commerce des fourrures.

Les communautés métisses sont très répandues au Manitoba, en Saskatchewan, en Alberta et dans les Territoires du Nord‑Ouest. On en retrouve aussi en plus petit nombre en Colombie‑Britannique, en Ontario, au Minnesota, au Montana et au Dakota du Nord.

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) possède toute une gamme de documents sur la Nation métisse : des documents textuels, des photographies, des œuvres d’art, des cartes, des timbres, des enregistrements sonores, etc. Toutefois, les découvrir n’est pas toujours une mince tâche!

Les défis de la recherche sur les Métis dans les collections d’art et de photographie

Certains portraits de politiciens et de dirigeants célèbres de la Nation métisse sont faciles à identifier, comme ceux de Louis Riel et de Gabriel Dumont. Par contre, les images représentant des Métis moins connus sont plus difficiles à repérer. Les titres d’origine révèlent le manque de connaissances historiques de ceux qui décrivaient le contenu sur les Métis. Souvent, les Métis n’y sont pas mentionnés, ou sont confondus avec des membres des Premières Nations. La légende de la photo ci‑dessous en est un bon exemple.

Photo noir et blanc montrant un homme vêtu à l’européenne, debout à gauche devant une charrette de la rivière Rouge. À droite, un groupe d’hommes, de femmes et d’enfants portant des vêtements traditionnels des Premières Nations sont debout devant une autre charrette de la rivière Rouge.

Indiens chippaouais et charrettes de la rivière Rouge à Dufferin [traduction de la légende originale], Manitoba, 1873 (no MIKAN 4848365)

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On a tout ! Exemples fascinants dans la collection de portraits de Bibliothèque et Archives Canada

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) possède des artefacts historiques uniques qui ont un lien direct avec certains portraits de sa collection.

Dans certains cas, BAC a pu réunir des pièces qui avaient été séparées au fil du temps. Parfois, il a eu la chance de prendre possession d’un ensemble soigneusement préservé. Dans tous les cas, ces ressources documentaires parfois surprenantes fournissent un contexte inestimable pour mieux comprendre les portraits auxquels ils sont associés.

Plaque de cuivre illustrant le capitaine George Cartwright en train d’inspecter ses pièges à renard pendant l’hiver, au Labrador. Il est chaussé de raquettes, transporte un fusil sur une épaule et tient un chien en laisse, attaché à sa ceinture.

Le capitaine Cartwright inspectant ses pièges à renard (MIKAN 3986048)

Cette plaque de cuivre, par exemple, a été créée pour publier ce saisissant portrait à l’huile du capitaine George Cartwright (1739-1819), un officier de l’armée devenu, à sa retraite, trappeur et commerçant de fourrure au Labrador.

Peinture à l’huile illustrant le capitaine George Cartwright en train d’inspecter ses pièges à renard pendant l’hiver, au Labrador. Il est chaussé de raquettes, transporte un fusil sur une épaule et tient un chien en laisse, attaché à sa ceinture.

Le capitaine Cartwright inspectant ses pièges à renard (MIKAN 3964571)

Les plaques de cuivre étaient utilisées avant l’avènement de la photographie pour « convertir » les peintures en format imprimable afin qu’elles puissent être publiées. Le portrait a été peint pour servir de frontispice à une œuvre d’importance : les mémoires de Cartwright, publiées en 1792 et intitulées A journal of transactions and events, during a residence of nearly sixteen years on the coast of Labrador… (Journal des transactions et événements consignés pendant près de 16 années passées sur la côte du Labrador… [traduction]).

Même portrait que celui apparaissant plus haut, mais présenté cette fois sous sa forme imprimée, publiée en 1792 dans la première édition du livre.

Frontispice des mémoires du capitaine George Cartwright (AMICUS 4728079)

Des notes spéciales sur le frontispice, rédigées par Cartwright lui-même, soulignent l’importance qu’il accordait à chacun des détails de la peinture. Tout comme les mémoires, celle-ci s’adresse aux aventuriers amateurs. Elle inclut des trucs de survie novateurs inspirés du mode de vie autochtone, comme le port de raquettes pour inspecter les lignes de piégeage en hiver.

Le cuivre est un métal mou qui permettait aux graveurs de reproduire fidèlement les détails et certaines particularités de la peinture originale à l’huile. Ici, par exemple, les contours flous du paysage hivernal ont été réalisés en recouvrant de cire certaines zones de la plaque, permettant ainsi à l’acide de délaver les zones exposées.e

Il est rare qu’une même institution possède une peinture, la plaque en cuivre qui lui est associée et un exemplaire de la première édition du livre qui en a résulté; mais la collection de BAC inclut toutes ces pièces.

Un autre exemple : la collection de BAC renferme ce pendentif et ces boucles d’oreilles.

Photographie en couleurs d’un pendentif en or avec un motif stylisé en spirale, et des boucles d’oreilles assorties.

Pendentif et boucles d’oreilles ayant appartenu à Marie-Louise Aurélie Girard (MIKAN 3994256)

Ce sont les bijoux que portait Marie-Louise Aurélie Girard (vers 1868-?) quand elle a posé pour ce portrait peint par Alfred Boisseau (1823-1901), un artiste montréalais de renom :

Peinture à l’huile d’une femme vêtue d’une robe noire, qui regarde droit devant elle. Elle porte le pendentif et les boucles d’oreilles que l’on voit sur la photo précédente.

Marie-Louise Aurélie Girard (MIKAN 3993116)

Ces objets précieux nous rappellent l’intention qui se cache derrière le portrait. Les modèles connus et riches accordaient souvent une grande importance au choix des objets qu’ils portaient ou incluaient dans leur portrait, pas seulement pour des raisons sentimentales, mais aussi pour indiquer leur statut social. Dans ce cas-ci, le modèle était l’épouse d’un ancien premier ministre du Manitoba.

Les « faux » portraits de Bibliothèque et Archives Canada

Un faux portrait est le portrait imaginaire d’une personne, habituellement célèbre ou connue. D’ordinaire, il ne présente pas de ressemblance réelle et est produit bien après le décès de la personne.

Un très grand nombre de personnages historiques très importants n’ont pas posé de leur vivant, mais il y a toujours eu de la demande pour de « vrais » portraits d’eux.

Avec les faux portraits, on ne cherchait pas nécessairement à tricher; dans bien des cas, leurs auteurs ou promoteurs étaient motivés par l’intérêt public. À partir du XIXe siècle, ce portrait célèbre de Samuel de Champlain, fondateur de la ville de Québec, a joué un rôle commémoratif et éducatif important.

Lithographie attribuée à Louis-César-Joseph Ducornet, 1854. Elle montre un homme légèrement de biais par rapport à la personne qui le regarde et portant un doublet noir dont les manches révèlent une chemise blanche. La ville de Québec est à l'arrière plan.

Faux portrait de Samuel de Champlain (MIKAN 2919672)

Un faux portrait nous en dit souvent beaucoup plus sur la société dont il provient que sur la figure historique qu’il cherche à représenter. Certains estiment que cette image d’allure pieuse a constitué un frontispice parfait aux récits de la Nouvelle-France au XIXe siècle écrits par des historiens également hommes d’Église. Il semble qu’il importait peu à ces derniers que le portrait ait été en fait la copie d’une gravure du XVIIe siècle représentant un fonctionnaire français à la moralité douteuse.

Les collections de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) contiennent d’autres faux portraits intrigants. Ainsi, BAC a acquis ce portrait miniature en cire, l’un des très rares portraits réalisés avec cette matière qui ait survécu.

Portrait miniature en cire réalisé par un artiste anonyme au début du XIXe siècle. Ce portrait plutôt générique montre un homme de profil portant un manteau britannique rouge doté de garnitures or, une cravate blanche et un gilet bleu, et dont les cheveux longs sont attachés. Il s'agit d'un portrait miniature assez sculptural.

Portrait de cire du général James Wolfe (MIKAN 3793977)

Malgré qu’on y indique qu’il s’agit d’un portrait du général James Wolfe, célèbre pour son rôle dans la décisive bataille de Québec (1759), cette miniature ne reproduit aucun des traits physiques connus de Wolfe. Pourtant, plusieurs portraits miniatures presque identiques se trouvent dans d’autres collections, et chacun d’eux indique également qu’il s’agit de Wolfe. On peut supposer que de nombreux moules de ce portrait ont été réalisés puisque de plusieurs exemplaires de ce fragile objet ont survécu.

La cire était une matière bon marché qui permettait de produire aisément de nombreux exemplaires. Le portrait de cet homme célèbre a vraisemblablement été créé en masse, pour satisfaire la grande demande pour des portraits de « Wolfe, le héros » qui a émergé dans le grand public au XIXe siècle. Probablement créé bien longtemps après la mort de Wolfe par un entrepreneur anonyme, il présente la vue de profil idéalisée et héroïque d’un jeune officier  ̶  exactement le genre d’image dont il était certain qu’elle ravirait le public.

Ouverture de deux expositions de Bibliothèque et Archives Canada

Bibliothèque et Archives Canada continue de mettre en lumière la richesse et la diversité de ses collections en annonçant l’ouverture de deux expositions.

En Saskatchewan, la Galerie d’art Mendel de Saskatoon est l’hôte de l’exposition Je vous connais par cœur : portraits en miniature jusqu’au 2 juin 2013. Cette exposition dévoile la nature intime et personnelle des portraits en miniature et les raisons pour lesquelles ces portraits étaient commandés et créés. Découvrez-en davantage au sujet de leur conservation en regardant la vidéo YouTube de Bibliothèque et Archives Canada.

Au Québec, le Musée canadien des civilisations de Gatineau présente jusqu’au 14 octobre 2013 Volte-face : portraits de Canadiens fascinants. Cette exposition met en vedette des Canadiens qui ont laissé — et qui continue de laisser — leur marque sur notre pays et notre culture. Écoutez le balado de Bibliothèque et Archives Canada pour avoir un aperçu des portraits de l’exposition et des histoires qu’ils recèlent.

Grâce à de telles expositions, Bibliothèque et Archives Canada peut présenter des œuvres originales du patrimoine documentaire, dans les galeries, les musées et d’autres espaces communautaires, aux Canadiens de partout au pays.

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