Charles Gimpel et l’Arctique canadien – 1958-1968

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.par Miranda Virginillo

Photographe et collectionneur d’œuvres d’art anglais, Charles Gimpel s’est souvent rendu dans l’Arctique canadien, entre 1958 et 1968, pour immortaliser la vie inuite. En 1958, la Compagnie de la Baie d’Hudson a financé ses déplacements de Winnipeg à Churchill, au Manitoba, et vers différents ports dans le bassin Foxe et au nord de la baie d’Hudson. En contrepartie, l’artiste a pris pour la Compagnie des photographies de ses magasins et des produits utilisés à Kangiqtiniq (Rankin Inlet), à Igluligaarjuk (Chesterfield Inlet), à Pangnirtung et ailleurs. Le ministère des Affaires du Nord et des Ressources naturelles du Canada a ensuite subventionné, à divers degrés, d’autres séjours de l’artiste en Arctique.

Les commanditaires de Gimpel déterminaient largement la nature de ses activités dans les Territoires du Nord-Ouest (aujourd’hui le Nunavut). La correspondance, les articles, les journaux, les carnets et les nombreuses diapositives composant le fonds Charles Gimpel témoignent du début d’une ère de production artistique dans l’Arctique canadien. Les carnets du premier voyage de Gimpel, en 1958, décrivent en détail ses activités, mais aussi les personnes et les choses qui influenceront le reste de sa carrière. Les carnets et les photographies de Gimpel décrivent les endroits visités, les personnes rencontrées et ses conversations avec elles.

Photographie couleur de Kove, un Inuit, et de Charles Gimpel, tous deux vêtus d’une parka en fourrure brun et blanc. La photo est très floue à cause d’une tempête de neige.

: Charles Gimpel (à droite), dont le surnom inuit était « Ukjuk », accompagné de Kove, son ami et guide, pendant une tempête de neige près d’Inuksugalait (Inuksuk Point, Enukso Point), ou possiblement Kinngait (Cape Dorset), en mai 1968. (e011212607)

Dans le cadre d’un stage étudiant à l’Université Carleton, j’ai relevé les lieux où Gimpel s’est rendu et les personnes qu’il a rencontrées durant ses périples, déchiffré ses carnets rédigés selon sa sténographie personnelle et identifié l’endroit que représentait une carte dessinée à la main. La première tâche n’était pas une mince affaire. Le trajet en train de Gimpel entre Winnipeg et Churchill a duré cinq jours et le voyageur s’intéressait à tous ceux qu’il croisait. Lors de son premier voyage en solo, il a noté des renseignements de diverses natures sur environ 40 personnes dont il a cité le nom, et sur beaucoup d’autres restées anonymes.

En m’attardant aux notes de Gimpel, j’ai constaté qu’elles suivaient toujours le même modèle : date, lieu, détails sur le film, sujets et – ajouté plus tard – le code à quatre chiffres attribué au rouleau de pellicule dans sa collection. Par exemple, « 6241 » signifie « rouleau 41 de l’année 1962 ».

La carte indique un ensemble d’inukshuks à Inuksugalait (Inuksuk Point, Enukso Point). Les inukshuks sont des cairns marquant un endroit pour autrui ou pour soi-même. Ils ont plusieurs fonctions, servant notamment à se repérer dans les déplacements ou à indiquer un bon coin de pêche ou une cache de nourriture.

Gimpel a consigné en pieds la taille des inukshuks et la distance entre eux. Il a aussi nommé ces empilements de pierres d’après ses amis et compagnons. Ainsi, les plus petits ont reçu le nom d’enfants qu’il a rencontrés dans ses aventures : Nuvuolia (Nuvuoliak, Nuvoalia), Irhalook, son frère adoptif, et Iali, le fils de Kove. Quant aux plus grands, Gimpel leur a donné le nom de ses interprètes – Pingwartok et Johanessie – et d’un sculpteur, Tunu. Le photographe a même donné son propre surnom inuit, « Ukjuk » ou « phoque barbu », à un des inukshuks.

Carte dessinée à la main, sur papier blanc dans un carnet à spirale, composée de points rouges reliés par des traits noirs. Il y a les noms des inukshuks, des chiffres entre parenthèses, ainsi qu’une boussole indiquant les points cardinaux.

Carte indiquant les inukshuks à Inuksuk Point, à la page 10 d’un carnet daté de 1964. (e011307430)

À la fin de son journal de 1958, Gimpel note sa rencontre avec James (Jim) Houston, rencontre qui a raffermi son intérêt pour l’Arctique canadien jusqu’à la fin de sa vie. Au cours de la décennie qui a suivi, les deux hommes ont travaillé de concert avec Terry Ryan, de la West Baffin Island Eskimo Co-operative (WBIEC), ainsi qu’avec les dirigeants d’autres coopératives dans l’Arctique, pour développer le potentiel économique de la filière artistique chez les Inuits.

Gimpel a fourni à différents lieux d’exposition, comme le musée d’art Gimpel Fils (Londres), la Smithsonian Institution (Washington) et le musée national Bezalel (Jérusalem), des œuvres d’art provenant de Kinngait (Cape Dorset), d’Iqaluit (anciennement Frobisher Bay) et de campements environnants. Les photographies de Gimpel, prises lors de ses séjours de 1964 et 1968, montrent des sculpteurs sur pierre au travail, à Iqaluit et à la WBIEC.

Photographie couleur d’un homme inuit portant une veste et une casquette foncées, en train de sculpter des statues blanches.

Henry Evaluardjuk en train de sculpter, Iqaluit, avril 1964. (e011212063)

Photographie couleur montrant un homme inuit assis derrière une sculpture de pierre et des outils.

Sculpteur anonyme à Iqaluit, en avril 1964. (e011212065)

Gimpel a fait ses voyages dans l’Arctique au moment où de nombreuses personnes dans le sud du Canada et ailleurs dans le monde découvrent l’art et la culture uniques des Inuits. Ses journaux et ses photographies de cette époque sont désormais accessibles en ligne. Le fonds Rosemary Gilliat Eaton, le fonds James Houston et la série Conseil canadien des arts esquimaux, qui font partie du fonds du ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien, rendent compte de ce moment important de l’histoire.

Ce blogue fait partie d’une série portant sur les Initiatives du patrimoine documentaire autochtone. Apprenez-en plus sur la façon dont Bibliothèque et Archives Canada (BAC) améliore l’accès aux collections en lien avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Voyez aussi comment BAC appuie les communautés en matière de préservation d’enregistrements de langue autochtone.


Étudiante à l’École des arts et de la culture de l’Université Carleton, Miranda Virginillo est stagiaire de premier cycle à la Direction générale des services au public de Bibliothèque et Archives Canada.

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