La bataille de la crête de Vimy – l’assaut

Bannière avec deux photos: une montrant une photo de la bataille de la crête de Vimy qui transitione vers une image plus contemporaine montrant le mémorial de VimyPar George Hay

L’aube du lundi 9 avril 1917 marque le début de la bataille de la crête de Vimy. Sans doute aidées par le temps froid et couvert, les vagues de soldats canadiens chargées de donner l’assaut prennent position sans se faire remarquer. À 5 h 30 exactement, elles sonnent la charge, bombardant l’ennemi et faisant exploser des mines préalablement enfouies par les ingénieurs.

Les soldats d’infanterie, formant un barrage mobile, avancent vers les lignes allemandes. Le terrain, transformé en véritable bourbier par quelques jours de mauvais temps, est parsemé de cratères en raison des nombreuses mines que les deux camps ont fait exploser au cours des mois précédents. Les Canadiens doivent également progresser au milieu d’un labyrinthe de tranchées affaissées et de barbelés enchevêtrés, ce qui ralentit encore plus leur progression. À 6 h, un vent du nord-ouest se lève, qui apportera neige et grésil par intermittence pendant toute la journée.

En dépit de ces conditions difficiles, à 7 h 10, la 3e Division canadienne du Corps d’armée canadien indique au quartier général qu’elle a réussi à sécuriser la ligne noire (son principal objectif). L’information est confirmée à 7 h 20 par les 4e et 5e Brigades de la 2e Division, et à 8 h 25 par la 3e Brigade de la 1re Division.

Les événements continuent de s’enchaîner, à un rythme tel que le quartier général peut difficilement suivre. À 9 h 25, la 1re Division indique qu’elle a sécurisé les objectifs de la ligne rouge – ses objectifs secondaires –, ce que confirme rapidement la 2e Division. L’offensive en vue d’atteindre les derniers objectifs (les lignes bleue et brune) ne rencontre que peu de résistance, et les soldats avancent selon le plan établi. Enfin, les bataillons à l’avant-garde des deux divisions gravissent la crête par le versant est. Ce sont les premiers alliés à contempler la plaine de Douai depuis 1915, date de sa reprise par les Allemands. Au début de l’après-midi, les 1re, 2e et 3e Divisions rapportent la réussite complète de leurs opérations.

Les premiers rapports de la 4e Division sont eux aussi positifs. Mais alors que la matinée s’achève, il devient évident que des soldats allemands continuent de défendre le secteur : une poche de résistance a probablement été contournée. Ailleurs, la ligne allemande s’est aussi reformée après le passage de la force offensive : l’ennemi est ressorti des galeries et des tunnels, et se trouve maintenant derrière les Canadiens.

La colline 145 – la plus élevée et la plus importante de la crête, où se dresse aujourd’hui le mémorial de Vimy – est toujours aux mains des Allemands. Ceux-ci maintiennent un feu nourri contre les troupes de la 4e Division, tant sur le flanc droit que gauche. La 4e Division doit aussi essuyer les tirs ennemis en provenance d’une zone appelée le « Bourgeon », située plus au nord. En raison de leur importance pour la défense allemande, ces deux positions sont défendues avec acharnement et au prix de grands sacrifices.

Malgré des tentatives aussi intenses que courageuses, la colline 145 et le Bourgeon échappent toujours aux Canadiens en fin d’après-midi, et on décide de suspendre temporairement les opérations. En cette première journée de combats, malgré des avancées inégales, les Canadiens ont conquis la crête sur un front large de 6,4 km, avec des avancées dépassant par endroits les 3,6 km. Ils ont aussi capturé plus de 3 000 soldats allemands et se sont emparés d’importantes quantités d’artillerie et de matériel militaire. Bref, en dépit de lourdes pertes, cette première journée est un succès incontestable.

Photo noir et blanc d’un groupe de soldats creusant une tranchée pour consolider leur position.

Des soldats canadiens consolident leur position sur la crête de Vimy, en avril 1917. (Bibliothèque et Archives Canada, MIKAN 3521877)

La nuit suivante, les forces allemandes s’abstiennent de contre-attaquer, offrant un répit bienvenu aux soldats canadiens. Le travail de consolidation des 1re, 2e et 3e Divisions progresse bien; par contre, pour la 4e Division, la principale tâche reste à compléter. Tôt le matin du mardi 10 avril, la 10e Brigade canadienne reçoit l’ordre de s’emparer de la colline 145 et de sécuriser sa position. Quant à la 11e Brigade canadienne, elle doit aussi se lancer à l’assaut de la colline et tenter de s’installer au sommet le même jour.

Une tempête de neige sévit lorsque, à 14 h 30, le 44e Bataillon (du Manitoba) et le 50e Bataillon (de Calgary) prennent leur position. Ils attaquent en barrage à 15 h 15, montant vers la crête. À la tombée du jour, ils y sont; seul le Bourgeon échappe encore aux Canadiens. Mais l’assaut a prélevé un lourd tribut : les deux bataillons ont perdu plus de 300 hommes. En revanche, ils ont fait 200 prisonniers et se sont emparés de quatre mitrailleuses et d’un mortier de tranchée. La 4e Division a maintenant sécurisé tous ses principaux objectifs. Ailleurs, tout le long de la ligne, les divisions canadiennes repoussent les défenses ennemies et consolident leurs positions. Leur travail se poursuit dans la nuit, ainsi que le jour suivant, le mercredi 11 avril.

C’est alors qu’est transmis l’ordre de mener une attaque générale le 12 avril, afin d’empêcher les Allemands de redresser leurs lignes et de contre-attaquer. Dans l’intervalle, l’artillerie a maintenu un tir vigoureux contre les forces allemandes, tirant profit des postes d’observation établis le long de la crête pour se déplacer derrière les lignes ennemies et disperser les groupes de soldats. Fort de la victoire obtenue sur la crête, le lieutenant-général Julian Byng veut profiter de la position dominante de ses troupes. Il ordonne donc à la 10e Brigade de la 4e Division canadienne d’attaquer le dernier vestige de la ligne défensive allemande : le Bourgeon.

Cette zone n’était qu’un objectif secondaire lors de l’assaut initial, et faute de troupes disponibles, sa conquête avait été reportée en fonction de l’issue de la bataille. Sans être essentielle à la prise de la crête, elle risquait toutefois de nuire aux opérations si elle restait aux mains des Allemands.

À 5 h le matin du jeudi 12 avril, accompagnés d’un barrage mobile et du feu nourri de l’artillerie, les 44e et 50e Bataillons avancent vers le Bourgeon. Ce sont eux qui, la veille, ont mené avec succès la ligne jusqu’à la colline 145. Le Bourgeon est une position redoutable, constituée d’un labyrinthe de tranchées et d’abris. Cependant, la plus grande difficulté vient de la neige aveuglante et du terrain escarpé et boueux : le 50e Bataillon note qu’en certains endroits, les soldats pataugent dans la boue jusqu’à la taille.

La tempête a toutefois cela de bon qu’elle permet aux Canadiens d’avancer à moins de 27 mètres du Bourgeon avant d’être repérés. Commencent alors de violents combats rapprochés avec la garnison allemande. Peu après 8 h, le quartier général est informé que les bataillons canadiens ont atteint leur objectif.

Graphique quadrillé noir et blanc montrant l’approvisionnement et la consommation en munitions de la Première armée pendant le mois d’avril 1917. La ligne représentant l’approvisionnement est plus élevée et en dents de scie; la ligne représentant l’approvisionnement est plus basse et stable. Sur le tracé indiquant la consommation en munitions, on a noté les principales attaques d’avril; un pic particulièrement prononcé illustre l’assaut de la crête de Vimy, les 8 et 9 avril.

Graphique montrant l’approvisionnement et la consommation en munitions de la Première armée pendant le mois d’avril 1917. On remarque une hausse importante les 8 et le 9 avril, avec la mention « Attack on Vimy Ridge » (attaque de la crête de Vimy). The National Archives, WO 153/1284 (en anglais)

D’autres opérations sont prévues le jour suivant, mais le commandement allemand décide de battre en retraite, abandonnant la crête, les positions de soutien et de grandes quantités de matériel. Comme le précise le rapport sur les opérations rédigé pour le Corps d’armée canadien, « si le lundi 9 a été un jour de grande victoire dans la bataille, le vendredi 13 a représenté le jour où les fruits de la victoire ont été savourés, le jour où l’ennemi a accepté sa défaite. » [Traduction] Les villages de Thélus, Farbus, Givenchy, Willerval, Vimy et La Chaudière sont aux mains des Canadiens, de même que la crête de Vimy, la colline 145 et le Bourgeon. Plus de 4 000 soldats allemands ont été faits prisonniers, et plus de 60 canons sont saisis, en même temps qu’un grand nombre de mitrailleuses, de mortiers de tranchée et d’autres armes. Le général Henry Horne, commandant de la Première armée, écrit :

« La crête de Vimy était considérée comme une position d’une très grande force; les Allemands la pensaient imprenable. Le fait de l’avoir remportée avec si peu de pertes atteste de la solidité du plan, de la minutie des préparatifs, de la vitesse et de la détermination de l’exécution, ainsi que du dévouement de tous ceux qui ont participé à la bataille. Le 9 avril 1917 restera un jour historique dans les annales de l’Empire britannique. » [Traduction]

Lettre dactylographiée destinée au Corps d’armée canadien et signée par le général Horne, commandant de la Première armée.

Message du général Horne félicitant le Corps d’armée canadien pour la prise de la crête de Vimy, 12 avril 1917. The National Archives, WO 95/169/7 (en anglais)

Lettre dactylographiée destinée au Corps d’armée canadien et signée par le général Horne, commandant de la Première armée.

Lettre de félicitations du général Horne au Corps d’armée canadien, datée du 8 mai 1917 et soulignant l’engagement sans faille du Corps depuis le 9 avril. The National Archives, WO 95/169/7 (en anglais)

Lettre dactylographiée destinée au Royal Flying Corps et signée par le lieutenant-colonel Grand.

Message de remerciement à l’intention du Royal Flying Corps, signé par le lieutenant-colonel Grand, de l’état-major général de la Troisième armée, 18 avril 1917. The National Archives, WO 95/169/7 (en anglais)

Biographie

George Hay est spécialiste en chef des documents militaires à The National Archives. Titulaire d’un doctorat en histoire, il s’intéresse de près à l’histoire militaire amateur britannique.

Ce blogue a été créé dans le cadre d’une entente de collaboration entre The National Archives et Bibliothèque et Archives Canada.

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