Un nouveau départ : 150 ans d’infrastructures fédérales en Colombie-Britannique – Région de Thompson-Okanagan : La ferme expérimentale de Summerland

Par Caitlin Webster

La Colombie-Britannique s’est jointe au Canada en 1871, il y a 150 ans. Dans les années qui ont suivi, les infrastructures fédérales se sont répandues dans toute la province. Ce processus est bien documenté dans les collections de Bibliothèque et Archives Canada. La présente série de huit blogues met en lumière des bâtiments, des services et des programmes, ainsi que leur impact sur les diverses régions de la Colombie-Britannique.

Les techniques agricoles évoluent constamment depuis des millénaires. Au tournant du 20e siècle, l’intérêt pour la science de l’agriculture est particulièrement marqué au Canada. Par exemple, le gouvernement fédéral crée un réseau de sites de recherche en 1886 afin d’étudier et de promouvoir les méthodes agricoles modernes. Les fermes expérimentales mènent des recherches sur l’élevage, les soins du bétail et divers sujets horticoles, dont la gestion des sols et les cultures.

La diversité des paysages et du climat en Colombie-Britannique favorise une grande variété d’activités agricoles. Des fermes expérimentales sont donc établies dans toute la province, notamment à Summerland, sur la rive ouest du lac Okanagan. Le ministère de l’Agriculture achète un terrain aux SnPink’tn (bande de Penticton) et établit un contrat d’irrigation avec la ville de Summerland pour établir la ferme.

Photographie en noir et blanc de la ferme expérimentale de Summerland, avec de jeunes arbres fruitiers au premier plan, et le lac Okanagan et des pâturages en arrière-plan.

Summerland, Colombie-Britannique (a020963)

Les premières tâches consistent à défricher la terre, à enlever les pierres du sol et à construire des bâtiments et un canal d’irrigation. Comme le climat semi-aride se prête bien à la culture des arbres fruitiers, un verger est rapidement planté. Le personnel ajoute des cultures basses entre les rangées d’arbres au fur et à mesure que ceux-ci mûrissent.

Au cours des premières années, le personnel étudie également les soins aux animaux : volailles, vaches laitières, bovins et moutons. Des jardins ornementaux sont créés en 1916; ils demeurent à ce jour un attrait touristique très apprécié.

En 1935, des professionnels du Conseil national de recherches se rendent à la ferme. L’équipe doit étudier l’hypothèse selon laquelle la pollution provenant d’une fonderie de plomb et de zinc située à Trail, en Colombie-Britannique, endommagerait les cultures dans l’État de Washington. Elle utilise le laboratoire de transformation alimentaire pour étudier le problème et détermine que les mauvaises récoltes s’expliquent par une carence en bore dans le sol, fréquente dans la région.

Photographie en noir et blanc de trois hommes à côté d’une serre. Un d’entre eux tient une masse d’herbe qui cache tout le haut de son corps.

Station expérimentale pour les fumées de fonderie à la ferme expérimentale de Summerland, septembre 1935 (a014567-v8)

Par la suite, la ferme concentre ses recherches sur la culture des fruits de verger et des raisins, car les vergers, les vignobles et les établissements vinicoles jouent un rôle important dans l’économie de l’Okanagan. Tout au long de son histoire, elle contribue au développement de nombreuses variétés de fruits, notamment les pommes Spartan, les raisins Coronation et les cerises Stella.

La ferme expérimentale est devenue le Centre de recherche et de développement de Summerland. Ses recherches aident le secteur horticole à s’adapter aux changements climatiques et à d’autres défis environnementaux, à réagir aux maladies des plantes et à d’autres menaces biologiques, et à accroître sa contribution à l’économie et à la communauté. Le groupe à but non lucratif des Amis des jardins ornementaux de Summerland gère désormais les jardins publics historiques.


Caitlin Webster est archiviste principale à la Division des services de référence au bureau de Vancouver de Bibliothèque et Archives Canada.

Un nouveau départ : 150 ans d’infrastructures fédérales en Colombie-Britannique – Côte nord : Le phare de Dryad Point

Par Caitlin Webster

La Colombie-Britannique s’est jointe au Canada en 1871, il y a 150 ans. Dans les années qui ont suivi, les infrastructures fédérales se sont répandues dans toute la province. Ce processus est bien documenté dans les collections de Bibliothèque et Archives Canada. La présente série de huit blogues met en lumière des bâtiments, des services et des programmes, ainsi que leur impact sur les diverses régions de la Colombie-Britannique.

Le Canada comprend de longues côtes et d’innombrables lacs navigables. Les phares sont donc présents au pays depuis des siècles. Après l’entrée de la Colombie-Britannique dans la Confédération, en 1871, un système étendu d’aides à la navigation sur la côte ouest, souvent dangereuse, devient de plus en plus nécessaire. Le nouveau ministère fédéral de la Marine et des Pêcheries entreprend alors un ambitieux programme de construction. En 1914, le nombre de phares au Canada a triplé.

La plupart des nouveaux phares sont en bois, comme celui de Dryad Point, construit en 1899. Celui-ci comprend un logement pour le gardien relié à une tour carrée en bois. Reconstruit en 1919, le phare actuel est une tour en béton armé de plus de 7 m de hauteur.

Photographie en noir et blanc d’une tour de phare et de la maison attenante. Il y a quelques petites cabanes rudimentaires au premier plan et l’océan à l’arrière-plan.

Tour et habitation du phare, Dryad Point, Colombie-Britannique, 1929 (a148037-v8)

En 1930, un nouveau logement et un hangar à bateaux sont construits. Le phare comprend actuellement un certain nombre de bâtiments annexes : logements, serres, entrepôts de carburant et hangars pour le matériel.

Photographie en noir et blanc montrant un phare, une résidence, un hangar à bateaux et d’autres bâtiments, avec le rivage au premier plan.

Phare à Dryad Point, 1935 (a149341-v8)

Situé à l’angle nord-est de l’île Campbell, près de Bella Bella, le phare se trouve sur le territoire traditionnel de la nation Heiltsuk. Son premier gardien fut le capitaine Richard Carpenter (1841-1931). Le chef Heiltsuk, à la fois artiste et constructeur de bateaux, occupe ce poste jusqu’en 1930.

Depuis sa construction, le phare guide les navires dans les virages serrés et les terres basses, potentiellement périlleux, du passage principal et du chenal Seaforth. En 2015, Dryad Point reçoit la désignation de phare patrimonial pour que son cachet particulier et son environnement exceptionnel soient préservés.

Pour en savoir plus sur les phares et leurs gardiens en Colombie-Britannique, consultez les ressources suivantes :


Caitlin Webster est archiviste principale à la Division des services de référence au bureau de Vancouver de Bibliothèque et Archives Canada.

Cinq mythes sur les armoiries du Canada

Cet article renferme de la terminologie et des contenus à caractère historique que certains pourraient considérer comme offensants, notamment au chapitre du langage utilisé pour désigner des groupes raciaux, ethniques et culturels. Pour en savoir plus, consultez notre Mise en garde — terminologie historique.

Par Forrest Pass

Le 21 novembre 2021 marque le centenaire des armoiries du Canada. Emblème officiel du gouvernement fédéral, elles figurent sur les passeports, les billets de banque, les insignes militaires et les bâtiments publics canadiens. Certains éléments des armoiries ont influencé la conception d’autres emblèmes, dont le drapeau national adopté en 1964.

Peinture en couleur représentant des armoiries. L’écu au centre est divisé en cinq sections. La première a un fond rouge et trois lions dorés. La deuxième a un fonds doré avec un lion rouge dessiné dans un cadre rouge orné de fleurs de lys. La troisième est de couleur bleu pâle avec une harpe dorée. La quatrième, de couleur bleu royal, comporte trois fleurs de lys dorées. La cinquième, en bas, est de couleur argent et représente une branche à trois feuilles d’érable vertes. Au-dessus de l’écu se trouve un cimier composé d’un lion doré couronné, tenant une feuille d’érable rouge dans sa patte droite. Le lion se tient sur une couronne torsadée de soie rouge et blanc, au-dessus d’un heaume royal de couleur or. La devise « A mari usque ad mare » est inscrite sur un listel bleu placé sous l’écu. Le listel repose sur des roses, des chardons, des trèfles et des lys. L’écu est soutenu par un lion et une licorne. Le lion tient une lance à laquelle est attaché un drapeau britannique. La licorne tient une lance à laquelle est attaché un drapeau bleu chargé de trois fleurs de lys dorées, la bannière de la France prérévolutionnaire.

Le dessin final des armoiries du Canada, 1921. Illustration d’Alexander Scott Carter. (e008319450) Les signatures des membres du comité, dont celle de l’archiviste fédéral Arthur Doughty, apparaissent dans le coin inférieur droit.

Bibliothèque et Archives Canada conserve les documents du comité qui a conçu les armoiries. Ce comité, créé par le cabinet fédéral en 1919, comprenait notamment l’archiviste fédéral Arthur Doughty.

Contrairement au débat sur le drapeau qui s’est déroulé environ 40 ans plus tard, la question des armoiries n’a donné lieu à aucun débat parlementaire ou discussion publique de grande ampleur. Par conséquent, peu de Canadiens connaissent bien les délibérations qui ont mené à l’adoption des armoiries. Des mythes populaires sur l’histoire et la signification de l’emblème ont comblé ce vide. Voici cinq idées fausses, démenties par des sources primaires.

Mythe no 1 : Les trois feuilles d’érable sur une seule tige représentent le multiculturalisme canadien.

Les trois feuilles d’érable présentes sur l’écu sont la caractéristique canadienne par excellence sur les armoiries. Depuis les années 1960, certains suggèrent que cette disposition des feuilles représente l’unité des Canadiens de différentes origines. Par exemple, dans sa ballade Three Red Leaves, composée pendant le grand débat sur le drapeau de 1964, la chanteuse country et western Diane Leigh chante un éloge que l’on pourrait traduire ainsi :

Trois feuilles rouges jointes ensemble
Liant trois nationalités dans l’unité
Anglais, Français et nouveaux Canadiens
Vivant dans cette terre d’opportunités

Jusqu’à tout récemment, quelques publications officielles affirmaient elles aussi que les feuilles symbolisent les Canadiens de toutes origines, y compris les Premières Nations, les Inuit et la Nation Métisse, qui ne sont nullement mentionnés par Mme Leigh.

La signification d’un emblème évolue avec le pays qu’il représente. Si « l’unité dans la diversité » a la cote aujourd’hui, rien ne prouve que le comité a voulu représenter cet idéal canadien. En réalité, la tige à trois feuilles d’érable devient un emblème populaire bien avant 1921. Elle apparaît pour la première fois sur une affiche de la Saint-Jean-Baptiste en 1850. Elle figure également sur les armoiries provinciales du Québec et de l’Ontario, conçues par les hérauts du Collège d’armes à Londres, en 1868. À cette époque, comme en 1921, les trois feuilles sont probablement choisies pour des raisons esthétiques plutôt que symboliques : trois feuilles remplissent mieux qu’une la base triangulaire d’un écu héraldique.

Une page dactylographiée comportant une tige à trois feuilles d’érable. Plusieurs éléments d’un défilé, dans une variété de polices de caractères, sont énumérés sous le titre « Association Saint-Jean-Baptiste » : Drapeau britannique; Les pompiers canadiens; La Société mercantile d’économie; La Société de tempérance; et Bannière du commerce.

Affiche annonçant la procession annuelle de l’Association Saint Jean-Baptiste, Montréal, 24 juin 1850. (OCLC 1007829742) Il s’agit peut-être de la plus ancienne utilisation de trois feuilles d’érable sur une seule tige.

Mythe no 2 : Le roi George V a choisi le rouge et le blanc comme couleurs nationales du Canada.

Dans les années 1940, le colonel Archer Fortescue Duguid, historien militaire passionné d’héraldique, affirme que le roi George V a choisi le rouge et le blanc comme couleurs nationales du Canada parce que ce sont les couleurs de la torque et du lambrequin (le tissu flottant autour du heaume) sur les armoiries du Canada. Par conséquent, soutient M. Duguid, le futur drapeau canadien doit également être rouge et blanc.

L’idée selon laquelle le dessin des armoiries serait à l’origine des couleurs nationales du Canada apparaît pour la première fois en 1918. Selon le sous-ministre de la Défense Eugène Fiset, le rouge évoque la Grande-Bretagne, le sacrifice militaire et la splendeur de l’automne, tandis que le blanc représente les froids hivers canadiens. Le premier dessin proposé par le comité des armoiries comprend les feuilles d’érable rouges sur fond blanc proposées par M. Fiset, ainsi qu’une torque rouge et blanc au sommet de l’écu.

Peinture en couleur représentant des armoiries. L’écu au centre est divisé en cinq sections. La première est blanche et ornée d’une tige à trois feuilles d’érable rouges. La deuxième est rouge avec trois lions dorés. La troisième, de couleur or, comprend un lion rouge dans un cadre rouge orné de fleurs de lys. La quatrième est bleue avec une harpe dorée. La cinquième, bleue elle aussi, comporte trois fleurs de lys dorées. L’écu est surmonté d’un cimier composé d’un lion couronné de couleur or tenant une feuille d’érable dans sa patte droite et se tenant sur un carré d’herbe verte, le tout reposant sur une couronne torsadée de soie rouge et blanc. Sous l’écu, la devise « A mari usque ad mare » est inscrite sur un listel gris. L’écu est soutenu par un lion et une licorne.

La première proposition du comité, illustrée par Alexander Scott Carter, 1920. (e011313790) Dans la version finale, les feuilles d’érable rouges sont devenues vertes, mais la torque est restée rouge et blanche, tout comme le lambrequin ajouté plus tard.

Cette proposition ne fait pas l’unanimité. Sir Joseph Pope, sous-secrétaire d’État aux affaires extérieures, préférerait que les feuilles d’érable soient vertes plutôt que rouges, cette dernière couleur évoquant pour lui la mort et la pourriture. C’est finalement sir Pope qui aura gain de cause, mais le lambrequin rouge et blanc est resté, probablement par accident.

Personne, à commencer par le roi, ne se soucie des lambrequins en 1921. Lorsqu’un citoyen fait valoir en 1922 que ceux-ci devraient être rouge et or — les couleurs principales de l’écu — les membres du comité répondent avec indifférence qu’il est trop tard pour faire des changements. Les couleurs nationales ne sont mentionnées, ni dans la proclamation royale, ni dans la brochure officielle publiée en 1922 pour expliquer le symbolisme des armoiries.

En 1946, au cours d’audiences parlementaires sur un nouveau drapeau canadien, la thèse de M. Duguid est contestée par un passionné d’héraldique, Hugh Savage : c’est généralement le drapeau, et non les armoiries, qui détermine les couleurs nationales d’un pays. Pourtant, la théorie de M. Duguid convainc de nombreuses personnes et contribue au choix du rouge et du blanc pour le drapeau canadien en 1964.

Mythe no 3 : La licorne enchaînée commémore la conquête britannique de la Nouvelle-France.

Le lion et la licorne qui soutiennent l’écu sont empruntés aux armoiries royales du Royaume-Uni, ce qui montre les loyautés impériales du comité. À l’époque, la licorne représente l’Écosse. Sa chaîne rappelle peut-être les légendes médiévales sur la difficulté de dompter cet animal mythique.

Comme la licorne enchaînée des armoiries canadiennes tient une bannière royale française, certains y ont vu un symbole de la domination britannique sur le Canada français. Or, rien ne prouve que le comité ait voulu, ou même envisagé, cette interprétation.

Il est cependant vrai que les trois fleurs de lys dorées mises sur l’écu par les membres du comité soulèvent des inquiétudes parmi les conseillers héraldiques du roi. Le Collège d’armes craint en effet que les fleurs de lys, destinées à honorer les Canadiens français, laissent croire que le Canada revendique la souveraineté sur la France! Le commissaire général du Canada à Paris consulte discrètement des responsables français pour s’assurer que le dessin ne déclenchera pas de tensions diplomatiques.

Peinture en couleur représentant des armoiries. L’écu au centre est divisé en sept sections. La première et la quatrième sont rouges et comprennent trois lions dorés. La deuxième est de couleur or, avec un lion rouge dans un cadre rouge orné de fleurs de lys. La troisième est bleue et renferme une harpe dorée. Les cinquième et septième sections sont blanches et comportent chacune une seule feuille d’érable verte. La sixième est bleue avec trois fleurs de lys dorées. Au-dessus de l’écu se trouve un cimier composé d’un lion couronné de couleur or, tenant une feuille d’érable rouge dans sa patte droite. Le lion se tient sur une torque torsadée de soie rouge et blanc. Sous l’écu, la devise « A mari usque ad mare » est inscrite sur un listel bleu. L’écu est soutenu par un lion et une licorne. Le lion tient une lance à laquelle est attaché un drapeau britannique. La licorne tient une lance à laquelle est attaché un drapeau bleu chargé de trois fleurs de lys dorées, la bannière de la France prérévolutionnaire.

Contre-proposition du Collège d’armes, Londres, septembre 1921. (e011313801) Le Collège d’armes a suggéré de déplacer les fleurs de lys pour éviter de laisser entendre que le Canada règne sur la France. Les Canadiens ont rejeté cette idée.

Mythe no 4 : Le comité qui a conçu les armoiries n’a pas songé à inclure des symboles autochtones.

Les symboles de deux puissances colonisatrices, la Grande-Bretagne et la France, dominent les armoiries du Canada. Celles-ci ne comportent aucune référence aux peuples autochtones. Pourtant, sur l’une des propositions, des figures des Premières Nations soutiennent l’écu. Ce dessin a été soumis par Edward Marion Chadwick, un avocat de Toronto qui s’intéresse à la fois à l’héraldique et aux cultures des Premières Nations.

Dessin noir et blanc représentant des armoiries. L’écu central présente un lion entouré de deux feuilles d’érable, en haut, et d’une fleur de lys, en bas. Au sommet de l’écu se trouve un cimier composé d’un orignal, le sabot droit levé, debout sur une torque torsadée et des lambrequins en tissu. Le cimier repose sur un heaume d’écuyer marqué d’une croix. Sous l’écu, un listel dit « Dieu Protege Le Roy ». Deux hommes des Premières Nations soutiennent l’écu. Ils portent des coiffes à plumes et des vêtements en peau de daim à franges. Celui de gauche tient un tomahawk, et celui de droite, un calumet, c’est-à-dire une pipe de cérémonie.

Proposition d’armoiries canadiennes soumise par Edward Marion Chadwick, 1917. (e011313794) Les figures qui soutiennent l’écu dans la version de M. Chadwick représentent les Premières Nations de l’est et de l’ouest du Canada.

Ce n’est pas la première fois que des personnages et emblèmes autochtones figurent dans l’héraldique coloniale. Sur les armoiries séculaires de la Nouvelle-Écosse et de Terre-Neuve-et-Labrador, des membres des Premières Nations soutiennent l’écu. Le sceau du Haut-Canada, avant la Confédération, comprend un calumet (une pipe de cérémonie) commémorant les traités et les alliances.

Cependant, selon sir Joseph Pope, qui s’exprime souvent au nom du comité des armoiries, les peuples autochtones constituent une partie négligeable du passé. « Pour ma part, je ne vois pas du tout la nécessité de commémorer les Indiens », écrit sir Pope en rejetant la proposition de M. Chadwick. Cette réponse raciste reflète l’opinion de nombreux Canadiens blancs de l’époque.

Aujourd’hui, rares sont les personnes qui approuveraient la proposition de M. Chadwick, mais pour des raisons très différentes. À son crédit, M. Chadwick s’est efforcé de représenter les vêtements et les insignes avec précision. Par contre, à notre époque, sa proposition serait perçue comme un stéréotype et une appropriation culturelle. Les Autochtones qui soutiennent l’écu sont de « nobles sauvages » donnant une idée romancée de l’apparence d’un membre des Premières Nations.

De plus, ces figures représentent des régions du pays; elles ne constituent pas une inclusion significative des peuples autochtones, qui n’ont d’ailleurs pas été consultés. De nos jours, de nombreux Autochtones s’opposent à juste titre à la manière dont ils apparaissent dans l’héraldique. En conséquence, le gouvernement provincial de Terre-Neuve-et-Labrador, par exemple, est en train de revoir ses armoiries dessinées en 1635. Le Canada ferait sans doute de même si la conception de M. Chadwick avait prévalu.

Mythe no 5 : Les armoiries du Canada ne peuvent être modifiées.

Le gouvernement canadien pourrait-il changer les armoiries du pays pour les rendre plus représentatives d’un pays diversifié? Les armoiries sont des symboles qui nous rattachent au passé, mais même les emblèmes très anciens peuvent évoluer.

Par exemple, les armoiries royales du Royaume-Uni, qui ont servi de modèle aux armoiries du Canada, ont été modifiées une demi-douzaine de fois depuis l’union des couronnes anglaise et écossaise, en 1603. Le dernier changement remonte à 1837.

Depuis 1921, des artistes ont réinterprété les armoiries officielles du Canada à deux reprises, en 1957 et en 1994, dans le but de moderniser leur apparence sans en modifier les éléments essentiels.

Si le gouvernement du Canada souhaite modifier ses armoiries un jour, il aura besoin de la collaboration de l’Autorité héraldique du Canada, la division du Bureau du secrétaire du gouverneur général chargée de concéder et d’enregistrer les armoiries au Canada. Il ne sera pas nécessaire de consulter les autorités héraldiques britanniques, mais la reine (ou le roi) devra approuver le projet final.

Un processus lancé à notre époque, que ce soit dans le but de modifier les armoiries actuelles ou d’en concevoir de nouvelles, serait sans aucun doute plus participatif — et transparent — que celui du siècle dernier.


Forrest Pass est conservateur au sein de l’équipe des expositions de Bibliothèque et Archives Canada.

Un nouveau départ : 150 ans d’infrastructures fédérales en Colombie-Britannique – Région de Peace River : L’aéroport de l’Aviation royale du Canada à Fort St. John

Par Caitlin Webster

La Colombie-Britannique s’est jointe au Canada en 1871, il y a 150 ans. Dans les années qui ont suivi, les infrastructures fédérales se sont répandues dans toute la province. Ce processus est bien documenté dans les collections de Bibliothèque et Archives Canada. La présente série de huit blogues met en lumière des bâtiments, des services et des programmes, ainsi que leur impact sur les diverses régions de la Colombie-Britannique.

Les premiers aéroports publics font leur apparition au Canada dans les années 1920. À cette époque, ils remplacent les terrains d’aviation et les pistes d’atterrissage rudimentaires aménagés pendant les balbutiements de l’aviation. Puis, la Seconde Guerre mondiale entraîne une forte augmentation de la construction d’aéroports civils et militaires.

À la fin des années 1930, le ministère des Transports construit un petit aérodrome à Fort St. John, en Colombie-Britannique. Situé sur les territoires traditionnels des Premières Nations signataires du Traité no 8, l’aérodrome fait partie d’un parcours passant par Grande Prairie, Fort St. John, Fort Nelson, Watson Lake et Whitehorse.

Lorsque les États-Unis entrent dans la Seconde Guerre mondiale, en 1941, cette route offre un emplacement stratégique pour les transports vers l’Alaska et la construction de la route de l’Alaska. Par conséquent, en 1943, l’armée de l’air américaine reconstruit entièrement l’aéroport de Fort St. John, rénovant les pistes et aménageant des entrepôts de carburant, des hangars, des casernes et d’autres bâtiments.

Photographie en noir et blanc du bâtiment administratif de l’ARC à Fort St. John, en Colombie-Britannique. Plusieurs personnes sont au garde-à-vous tandis que des hommes hissent un drapeau. Plusieurs bâtiments se trouvent à l’arrière-plan.

Bâtiment administratif de l’Aviation royale du Canada à Fort St. John, en Colombie-Britannique (e011309348)

L’aéroport de l’Aviation royale du Canada (ARC) à Fort St. John amorce ses activités en 1943. Le personnel entretient les pistes et les bâtiments, assiste les aviateurs entrants et sortants et surveille les conditions météorologiques. En 1949, le personnel du détachement effectue des vols pour aider la Première Nation de Halfway River lors d’une éclosion de diphtérie. Il parachute des fournitures d’antitoxine et transporte par avion des malades vers des centres médicaux.

Le personnel participe également à des activités de plein air populaires dans la région : pique-niques, natation, chasse et pêche. En outre, il forme des équipes de sport amateur pour des ligues locales, notamment de baseball et de hockey. Cependant, au cours de l’été 1948, une épidémie de polio dans la région contraint la station à annuler bon nombre de ces activités. Certaines parties de l’aéroport sont même mises en quarantaine de juillet à septembre, en raison d’éclosions parmi le personnel.

Une page d’un registre de l’Aviation royale canadienne, avec des colonnes indiquant le lieu, la date, l’heure et la référence aux annexes. Les entrées sur la page concernent l’aéroport de l’ARC à Fort St. John; elles datent du 9 au 20 juin 1948.

Une page des registres de l’ARC. Une note signale l’annulation de la Journée de l’aviation en raison d’une épidémie de polio. (RG24-E-7; image trouvée sur Héritage Canadiana)

En 1950, les activités diminuent. Le 1er octobre, l’aéroport est officiellement abandonné. L’ARC financera son entretien jusqu’au 31 mars 1951. En avril, elle en transfère la responsabilité au ministère des Transports. Aujourd’hui, l’aéroport régional de North Peace est une plaque tournante pour les affaires et le tourisme dans la région.

Pour en savoir plus sur l’aéroport de l’ARC à Fort St. John, consultez les registres de l’Aviation royale du Canada, qui contiennent des détails sur les tâches quotidiennes, les vols, les événements et les activités sociales de diverses unités. Des microfilms de ces documents sont en ligne, y compris les entrées concernant l’aéroport sur les bobines C-12185 et C-12399.

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Caitlin Webster est archiviste principale à la Division des services de référence au bureau de Vancouver de Bibliothèque et Archives Canada.

Découvrir le 2e Bataillon de construction

Par Andrew Horrall

Comme il est décrit dans le billet de blogue, « Servir malgré la ségrégation », le 2e Bataillon de construction a été la première et la seule unité ségrégée du Corps expéditionnaire canadien (CEC) pendant la Première Guerre mondiale. Bibliothèque et Archives Canada (BAC) a répertorié et numérisé les documents relatifs à l’unité afin de faciliter l’exploration et la compréhension de son histoire et des histoires individuelles des hommes qui en faisaient partie.

Formulaire imprimé rempli par les hommes s’engageant dans le Corps expéditionnaire canadien. Le formulaire comprend 12 questions sur la personne, y compris son nom, sa date de naissance et son plus proche parent. En bas, on trouve une déclaration et un serment prêtés et signés par l’homme, ainsi que la déclaration et la signature d’un magistrat confirmant son engagement.

Page d’attestation pour Arthur Bright, RG 150, versement 1992-93/166, boîte 1066 – 39

Expériences individuelles

Les documents d’archives contiennent des détails sur les personnes ayant servi dans le 2e Bataillon de construction. Chaque histoire est unique et évocatrice.

Vous pouvez trouver les dossiers individuels des hommes en recherchant leur nom, ou en entrant « No. 2 Construction Battalion » (note : il faut insérer les mots-clés en anglais) dans le champ « Unité » de notre base de données, dans le menu déroulant Afficher les options de recherche avancées. Chaque dossier a été entièrement numérisé et comprend des renseignements détaillés sur la vie de la personne, sa famille et son service militaire.

Des amis et des familles servant ensemble

Les dossiers du personnel peuvent également raconter des histoires collectives. Nous savons que les hommes se sont souvent engagés en petits groupes de famille, d’amis ou de collègues de travail dans l’espoir de servir ensemble.

Voici deux stratégies pour trouver et explorer ces petits groupes au sein de l’unité. Commencez par déterminer l’identité de tous les hommes, en entrant « No. 2 Construction Battalion » (note : il faut insérer les mots-clés en anglais) dans le champ « Unité » de notre Base de données, dans le menu déroulant Afficher les options de recherche avancées. Par la suite :

  • Trier la liste par ordre alphabétique. Vous verrez que de nombreux noms de famille apparaissent plus d’une fois. Ouvrez les dossiers individuels des hommes portant le même nom et examinez leur lieu de naissance, leur adresse et leur parent le plus proche (souvent un parent) pour déterminer leur lien de parenté, le cas échéant.

Par exemple, nous pouvons voir que ces deux hommes étaient frères :

Tableau répertoriant 2 soldats avec le nom de famille Bright.

  • Trier la liste par matricule. Ces numéros ont été attribués aux hommes dans l’ordre numérique. En triant la liste de cette façon, on peut recréer les lignes d’hommes au moment de leur enrôlement dans une station de recrutement. Ouvrez les dossiers individuels pour voir si un homme s’est engagé seul ou avec un groupe.

Par exemple, nous savons que les frères Bright se sont engagés ensemble parce qu’on leur a attribué des matricules séquentiels. Nous découvrons également que les hommes portant les matricules précédents et suivants — qui se seraient trouvés à côté d’eux dans le bureau de recrutement en 1916 — avaient tous à peu près le même âge, exerçaient des métiers similaires et vivaient à moins d’un kilomètre les uns des autres à St. Catharines. Comment se connaissaient-ils?

Tableau répertoriant 5 soldats avec des numéros de régiment allant de 931537-931541

Suivez les hommes dans la vie civile

Pour explorer plus largement l’histoire des Canadiens noirs, vous pouvez également découvrir la vie civile de bon nombre de ces hommes en entrant leurs noms dans d’autres bases de données de BAC dans la section « Recherche d’ancêtres » de notre site Web :

  • Les Recensements canadiens de 1911, 1916 et 1921. Par exemple, le recensement de 1921 indique qu’Arthur et Norman Bright vivent ensemble comme locataires au 3 Brown’s Lane, dans le centre-ville de Toronto. Ni l’un ni l’autre n’est alors marié, et tous deux travaillent comme ouvriers.
  • Les Listes de passagers montrent quand, où et avec qui les personnes ont immigré au Canada.
  • Les Dossiers du personnel de la Première Guerre mondiale peuvent ouvrir la voie à l’exploration de la communauté noire du Canada du début du 20esiècle et de ce que signifiait servir dans le 2e Bataillon de construction.
Deux pages d’un journal personnel. La date est imprimée en haut de chaque page, les 30 et 31 octobre. En dessous, le capitaine White a écrit des observations générales sur le temps, les lettres qu’il a écrites et reçues, et la vie au camp.

Deux pages du journal personnel du capitaine William « Andrew » White, l’aumônier de l’unité (e011183038)

La vie quotidienne au sein de l’unité

Deux documents numérisés vous permettent d’explorer les activités quotidiennes de l’unité :

  • Journal personnel de William « Andrew » White; l’aumônier du 2eBataillon de construction; nous pensons qu’il s’agit du seul récit personnel et témoignage direct écrit par un membre de l’unité.
  • Journal de guerre; les unités en service actif devaient tenir un compte rendu quotidien de leurs activités. Bien que les journaux de guerre ne se concentrent pas sur les personnes, ils décrivent les événements qui se sont déroulés chaque jour.

Comment l’armée canadienne a géré l’unité

BAC a numérisé environ la moitié des documents administratifs, organisationnels et historiques relatifs au 2e Bataillon de construction. Ces documents donnent une idée de la façon dont l’armée canadienne gérait l’unité et les hommes qui en faisaient partie.

Ressources numérisées documentant la 2e Compagnie de construction conservées à BAC

Renseignements de base sur l’unité

Autres photographies représentant des soldats noirs

Notez que BAC détient de nombreuses autres photos montrant des soldats noirs. Ces photos ne peuvent toutefois pas être trouvées lors d’une simple recherche, car cette information n’était pas incluse dans le titre original.

Affiche de recrutement

Documents textuels

Documents pouvant être consultés à BAC (non disponibles en format numérique)

Ministère de la Milice et de la Défense

Ministère de la Défense nationale


Andrew Horrall, archiviste à Bibliothèque et Archives Canada, a rédigé le billet de blogue. Il a aussi recensé les documents relatifs au bataillon, avec l’aide d’Alexander Comber et de Mary Margaret Johnston-Miller.

Servir malgré la ségrégation : 2e Bataillon de construction

Par Andrew Horrall

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) détient la plus grande collection de documents sur le 2e Bataillon de construction, une unité ségrégée du Corps expéditionnaire canadien (CEC). Pendant la Première Guerre mondiale, plus de 800 hommes noirs serviront dans cette unité. Ils veulent alors se battre, mais les attitudes racistes des dirigeants politiques et militaires – ainsi que de la société en général – les empêchent de servir en première ligne. Au lieu de cela, le 2e Bataillon de construction est affecté au Corps forestier canadien. Les hommes passent la guerre dans les Alpes françaises, où ils abattent des arbres, transforment des troncs bruts en bois fini et transportent le bois jusqu’au chemin de fer. À l’époque, le travail est vital, puisque d’énormes quantités de bois sont nécessaires pour construire et renforcer les défenses de première ligne, mais il est loin du type de service que les hommes avaient espéré.

Dessin noir et blanc d’un insigne en forme de bouclier. Au sommet se trouvent une couronne royale et une bannière indiquant « Canada Overseas ». En dessous se trouvent les mots « No. 2 » au-dessus d’une autre bannière avec le mot « Construction ». Des feuilles d’érable ornent les côtés de l’insigne. Un pont en bois sous la couronne et un outil sous la deuxième bannière symbolisent que les membres de l’unité étaient des bâtisseurs.

Le badge de casquette du 2e Bataillon de construction (e011395922)

BAC a répertorié quelque 830 hommes ayant servi dans cette unité à un moment ou à un autre de la guerre, soit environ 200 noms de plus que ce qui y est généralement associé. Cette divergence vient du fait que la plupart des études se sont basées sur la « liste nominative » compilée le jour où l’unité a quitté le Canada pour l’Angleterre, en mars 1917. En réexaminant les documents de la collection, les experts de BAC ont découvert que de nombreux hommes ont servi dans l’unité après son départ du Canada. Leurs noms ne figurent pas sur la liste nominative, car ils ne faisaient pas partie de l’unité le jour où elle a quitté le pays. Nous pensons que tous les hommes qui ont servi dans cette unité ont été recensés, mais on pourrait en découvrir d’autres.

C’est en juillet 1916 que l’unité est mobilisée à Truro, en Nouvelle-Écosse. Elle recrute alors dans les communautés noires établies dans les Maritimes et le sud-ouest de l’Ontario, ainsi qu’ailleurs au Canada, dans les Caraïbes et aux États-Unis. Au moins deux membres viennent de beaucoup plus loin, soit Cowasjee Karachi (matricule 931759), originaire de l’actuel Yémen, et Valdo Schita (matricule 931643), né près de Johannesburg, en Afrique du Sud.

Photo noir et blanc montrant 21 soldats posant en toute décontraction, en plein air, assis ou debout sur une pile de longues planches de bois. Huit des hommes semblent porter des uniformes russes, et les autres – dont deux Noirs – sont des Canadiens.

Le lieutenant F. N.  Ritchie, le lieutenant Courtney et quelques-uns des hommes enrôlés du Corps forestier canadien en France. Il s’agit de la seule photo de l’unité conservée dans la collection à BAC (a022752).

Si l’unité est composée d’hommes noirs, les officiers sont Blancs, à l’exception de l’aumônier, le capitaine William « Andrew » White.

L’unité est désignée à la fois par les termes « bataillon » et « compagnie » dans les documents d’archives et les sources publiées. Créée à l’origine comme un bataillon dans le Corps expéditionnaire canadien, elle est composée d’environ 1 000 hommes. Lorsque seulement quelque 600 hommes arrivent en Angleterre en 1917, les autorités militaires la renomme « compagnie », ce qui reflète mieux sa taille.

L’unité rentre au Canada à la fin de la guerre et est officiellement dissoute en septembre 1920. Au fil du temps, l’histoire du 2e Bataillon de construction s’estompe jusqu’à ce que les familles, les membres de la communauté et les historiens commencent à la faire renaître au début des années 1980. Il ne reste alors plus qu’une poignée de membres survivants.

Note sur les termes utilisés dans les documents

De nombreux documents relatifs à la 2e Compagnie de construction contiennent des termes qui étaient couramment utilisés pendant la Première Guerre mondiale, mais qui ne sont plus acceptables aujourd’hui. BAC a remplacé ces termes dans les descriptions, mais on les trouve encore dans de nombreux documents originaux. L’utilisation de ces termes par les autorités militaires est une preuve du racisme subi par les hommes de l’unité.


Andrew Horrall, archiviste à Bibliothèque et Archives Canada, a rédigé le billet de blogue. Il a aussi recensé les documents relatifs au 2e Bataillon de construction, avec l’aide d’Alexander Comber et de Mary Margaret Johnston-Miller.

Un nouveau départ : 150 ans d’infrastructures fédérales en Colombie-Britannique – Région du nord-ouest : La ligne télégraphique du Yukon du Service télégraphique du gouvernement fédéral

Par Caitlin Webster

La Colombie-Britannique s’est jointe au Canada en 1871, il y a 150 ans. Dans les années qui ont suivi, les infrastructures fédérales se sont répandues dans toute la province. Ce processus est bien documenté dans les collections de Bibliothèque et Archives Canada. La présente série de huit blogues met en lumière des bâtiments, des services et des programmes, ainsi que leur impact sur les diverses régions de la Colombie-Britannique.

Lorsque la Colombie-Britannique négocie son adhésion à la Confédération, l’une des conditions est l’établissement du télégraphe. Le Service télégraphique du gouvernement fédéral du Canada, qui fait partie du ministère des Travaux publics, est chargé de fournir ce service. Il gère des lignes télégraphiques dans des zones éloignées non couvertes par les systèmes télégraphiques ferroviaires ou les entreprises privées. En Colombie-Britannique, le gouvernement fédéral exploite des lignes dans le sud et sur l’île de Vancouver. Lorsqu’il étend sa présence dans le nord de la Colombie-Britannique et au Yukon, dans les années 1890, il lance les travaux de la ligne télégraphique du Yukon.

En 1899, le Bureau du Conseil privé approuve la construction d’une ligne télégraphique entre Dawson City, dans ce qui est maintenant le Yukon, et Bennett, en Colombie-Britannique. Aujourd’hui une ville fantôme, Bennett était autrefois un centre prospère grâce à la ruée vers l’or du Klondike.

En 1899, le Bureau du Conseil privé approuve la construction d’une ligne télégraphique entre Dawson City, dans ce qui est maintenant le Yukon, et Bennett, en Colombie-Britannique. Aujourd’hui une ville fantôme, Bennett était autrefois un centre prospère grâce à la ruée vers l’or du Klondike.

Photographie en noir et blanc de la ville de Bennett, en Colombie-Britannique, au bord du lac Bennett. Il y a des bâtiments et des structures temporaires le long du rivage, avec un flanc de montagne en arrière-plan et un pont en bois au premier plan.

Une partie de Bennett, en Colombie-Britannique (a016295-v8)

Peu après l’achèvement de la ligne jusqu’à Bennett, les travaux commencent sur une ligne secondaire vers Atlin, puis sur une extension d’Atlin à la ligne transcontinentale, à Quesnel. Ces travaux se terminent en 1901, mais la construction de plusieurs lignes secondaires se poursuit au cours de la décennie suivante. Pendant que les travaux progressent, le ministère des Travaux publics construit des bureaux et des stations télégraphiques à intervalles réguliers le long de la ligne. Les stations situées dans les villes et les établissements abritent souvent d’autres services du gouvernement fédéral, tels que les bureaux de poste et les douanes. Les exploitants de ces stations travaillent aux heures normales de bureau pour que les clients puissent envoyer et recevoir des télégrammes.

Photographie en noir et blanc du bureau de poste à trois étages d’Atlin, en Colombie-Britannique. Un panneau sur le bâtiment porte la mention « Dominion Government Telegraph Office ».

Bureau de poste d’Atlin, en Colombie-Britannique (a046672-v8)

Afin que la tension soit suffisante pour transmettre les télégrammes entre les stations, les équipes construisent également des stations de répéteurs le long des tronçons les plus isolés. Au début, ces « stations de brousse » étaient de simples cabanes à une pièce, abritant à la fois le télégraphiste et le monteur de lignes. Comme ces sites reçoivent rarement des clients voulant envoyer des télégrammes, les télégraphistes et les monteurs de lignes s’emploient à maintenir les fils télégraphiques en bon état. Au cours de l’été 1905, les équipes construisent des cabanes secondaires dans ces stations isolées afin de rendre un peu plus agréable la vie dans un espace aussi restreint.

Photographie en noir et blanc d’un jeune homme assis avec son chien devant une cabane en bois rond d’une pièce.

Cabane télégraphique du gouvernement fédéral, au nord de Hazelton. Le télégraphiste Jack Wrathall est assis avec son chien devant la cabane. (a095734-v8)

Les refuges, où les monteurs de lignes passent la nuit en cas de mauvais temps, sont encore plus petits. Espacées d’environ 16 kilomètres, ces petites cabanes de 2,4 x 3 mètres contiennent un poêle, une couchette et des réserves de nourriture limitées.

Les lignes télégraphiques perturbent les Premières Nations locales : Lhtako Dene, Nazko, Lhoosk’uz Dene et ?Esdilagh, près de Quesnel, et la Nation Taku River Tlingit, à Atlin. Les premiers travaux sur les lignes télégraphiques, au 19e siècle, sont souvent réalisés sans leur accord. Des confrontations surgissent lorsque des équipes de travail entrent sans autorisation sur leurs terres.

De nombreuses Premières Nations se serviront des matériaux laissés sur les lignes télégraphiques abandonnées, utilisant le fil pour faire des ponts ou des pièges. Certains Autochtones travaillent sur les lignes télégraphiques, en tant que travailleurs de la construction, monteurs de lignes et chefs de trains.

Le plus célèbre d’entre eux, Simon Peter Gunanoot, participe à la construction de la ligne avant de devenir livreur dans les stations de brousse. Accusé de meurtre en 1906, il échappe aux recherches pendant 13 ans avant de se rendre. À l’issue de son procès, en 1919, le jury l’acquitte en seulement 15 minutes. Sa remarquable histoire a depuis inspiré des livres, des documentaires et des courts métrages.

Dans les années 1920 et 1930, le gouvernement fédéral commence à remplacer le télégraphe par la radio et le téléphone. Parallèlement, l’intérêt pour la ligne en tant que sentier de randonnée d’aventure s’accroît. Bien que le gouvernement fédéral ait vendu ou abandonné les dernières portions de la ligne télégraphique du Yukon en 1951, les guides en utilisent encore certaines parties de nos jours.

Pour en savoir plus sur la ligne télégraphique du Yukon, consultez les ressources suivantes :

  • « A socio-cultural case study of the Canadian Government’s telegraph service in western Canada, 1870–1904 », thèse de John Rowlandson, 1991 (OCLC 721242422)
  • Wires in the Wilderness: The Story of the Yukon Telegraph, Bill Miller, 2004 (OCLC 54500962)
  • Pinkerton’s and the Hunt for Simon Gunanoot: Double Murder, Secret Agents and an Elusive Outlaw, Geoff Mynett, 2021 (OCLC 1224118570)

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Caitlin Webster est archiviste principale à la Division des services de référence au bureau de Vancouver de Bibliothèque et Archives Canada.

Services de référence au-delà des frontières

Par Virtue Tran

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) a une clientèle diversifiée aux besoins variés. Aux Services de référence, nous recevons de nombreuses demandes d’un peu partout dans le monde. Même si les services offerts à la communauté internationale ressemblent beaucoup à ceux que reçoivent les demandeurs canadiens, nos réponses doivent tenir compte des problèmes associés à l’accès à notre collection au-delà des frontières. Le présent blogue offre un aperçu de nos clients internationaux, des questions intéressantes que nous avons reçues et des techniques utilisées par nos spécialistes pour aider cette communauté d’usagers à consulter notre collection.

Nos clients

Nous avons des clients dans le monde entier! Entre 2018 et 2020, des demandes nous sont parvenues de nombreux pays et régions :

  • Afrique : Côte d’Ivoire, Djibouti, Maroc, Tunisie
  • Amériques : Brésil, États-Unis, Martinique, Trinité-et-Tobago
  • Asie : Inde, Japon, Taïwan
  • Europe : Allemagne, Belgique, France, Irlande, Italie, Portugal, Royaume-Uni, Russie, Suisse
  • Moyen-Orient : Émirats arabes unis, Israël
  • Océanie : Australie

Cette liste n’est qu’un petit échantillon des demandes que nous recevons de l’étranger. Nombre de demandeurs sont des professeurs et des étudiants réalisant des recherches sur un sujet canadien précis, ou sur un sujet comprenant un volet canadien (p. ex. des groupes ethniques ayant immigré au Canada, des politiques gouvernementales ou la culture canadienne). Les étudiants en science de l’information qui s’intéressent à BAC en tant qu’institution, ou à l’état de la bibliothéconomie et des archives au Canada, occupent une place particulière dans cette clientèle.

Bien entendu, il y a aussi des archivistes, des bibliothécaires et des généalogistes. Ces clients sont des spécialistes de l’information; ils possèdent habituellement des outils leur permettant d’effectuer des recherches très approfondies. Leurs questions portent donc surtout sur des recherches pour leurs propres clients ou pour des travaux personnels.

Récemment, par exemple, nous avons reçu des messages de la Bibliothèque du patrimoine naturel écossais et du Direção-Geral do Livro, dos Arquivos e das Bibliotecas (le ministère portugais des livres, des archives et des bibliothèques). Enfin, les demandes provenant du public peuvent être extrêmement variées. Elles sont souvent posées par curiosité, ou dans le cadre d’un passe-temps ou d’une recherche généalogique.

Voici trois exemples de sujets qui ont suscité l’intérêt de nos clients étrangers.

De la Martinique : Employés de maison de la Guadeloupe en 1910-1911

Un client a demandé de l’information sur le service d’immigration du Canada en 1910-1911, ainsi que les biographies de divers fonctionnaires de l’immigration ayant travaillé sur le dossier des employés de maison de la Guadeloupe. Ces renseignements se trouvent surtout dans des livres portant sur l’histoire des lois en matière d’immigration et sur les politiques canadiennes. À l’époque, c’est le ministère de l’Intérieur qui était responsable de l’immigration. Puisque l’immigration des Noirs n’était pas recommandée (tout comme celle d’autres groupes ethniques d’ailleurs), les agents d’immigration trouvaient des motifs pour les déporter en vertu de l’Acte d’immigration de 1910.

Sources supplémentaires :

Base de données de BAC : Immigrants pour le Canada, porteurs et domestiques, 1899-1949

Calliste, A. (1991). « Canada’s immigration policy and domestics from the Caribbean: The second domestic scheme ». Dans S. Brickey et E. Comack (directeurs de publication), The social basis of law: Critical readings in the sociology of law (2e édition, p. 95-121). Halifax : Garamond Press.   OCLC 24743137   Ce chapitre cite plusieurs sources d’archives disponibles à BAC.

Kelley, N. et J. T. Michael, 2010. The Making of the Mosaic: A History of Canadian Immigration Policy. 2e édition. Toronto : Presses de l’Université de Toronto. OCLC 531018353

Le chapitre 4 de ce livre porte sur l’industrialisation, l’immigration et les fondements de la politique d’immigration de 1896 à 1914. Les auteurs abordent la discrimination contre les immigrants asiatiques qui est pratiquée en vertu de l’admission sélective. Le traitement discriminatoire des immigrants noirs y est aussi discuté, mais dans une moindre mesure.

Macklin, A. (1992). Foreign domestic worker: Surrogate housewife or mail order servant. Revue de droit de McGill, 37(3), p. 681-760.  ISSN : 0024-9041 – OCLC 768130032

Yarhi, E. (2016). Décret C.P. 1911-1324, la proposition d’interdiction de l’immigration noire au Canada. L’Encyclopédie canadienne. Historica Canada.

Une page tapuscrite (formulaire B de l’Acte d’immigration de 1910, utilisé pour les expulsions).

Formulaire B — Ordonnance d’expulsion (bobine C-10411 sur Héritage).

De la France : La chanson Les belles-mères de La Bolduc

Nous avons reçu une demande d’information sur la chanson Les belles-mères de la célèbre chanteuse populaire surnommée La Bolduc. Cette chanson empruntait la mélodie de Red River Valley [Vallée de la rivière Rouge], comme le précise notre biographie de la chanteuse. Elle est disponible sur le Gramophone virtuel, avec d’autres chansons numérisées de La Bolduc, tandis que des livres, des articles et des partitions sont accessibles dans notre catalogue Aurora.

Photo couleur de l’étiquette de la chanson Les belles-mères, avec un lettrage doré sur un disque bleu marin.

Étiquette de la chanson Les belles-mères, publiée par la Compo Company Limited (OCLC 1007640213)

Du Royaume-Uni : Enregistrements de Stephen Leacock

Quelqu’un voulait obtenir une liste d’enregistrements sonores portant sur les œuvres écrites de Stephen Leacock. Plus précisément, le demandeur voulait connaître le nom des personnes qui parlaient dans les enregistrements. BAC possède de nombreux enregistrements sonores, accessibles dans son catalogue Aurora. L’information sur les lecteurs se trouve dans les notices bibliographiques, que ce soit dans la section des interprètes, dans les notes ou même dans le titre.

Photo noir et blanc de Christopher Plummer en complet, debout à gauche, avec les bras croisés. Une grande peinture encadrée, montrant une femme vêtue d’une robe et tenant un éventail, est accrochée sur la droite.

Le célèbre acteur Christopher Plummer a lu et adapté des écrits de Stephen Leacock. (a182414) pour un exemple, voir OCLC 3589995).

Accès à la collection : options de recherche

Nous orientons souvent les clients qui ne vivent pas près d’Ottawa, en Ontario, vers des institutions qui se trouvent à proximité de chez eux afin qu’ils puissent avoir accès aux documents pertinents. Si cela est impossible, nous avons recours à trois autres techniques :

1.Internet

Les ressources en ligne sont très nombreuses. Nous en présentons ici quelques-unes parmi les plus utilisées par les bibliothécaires de référence.

BAC tient à jour diverses ressources qui peuvent servir de point de départ pour des recherches. Elles sont accompagnées d’une page d’explication où figurent un résumé du sujet et, parfois, une liste de suggestions de lecture. Le portail des publications du gouvernement du Canada et les collections des bibliothèques canadiennes sur Internet Archive, qui hébergent une quantité impressionnante de publications officielles et les collections de bibliothèques ministérielles, sont également utiles. Enfin, le site Canadiana est idéal pour trouver du contenu canadien antérieur à 1921.

2. Prêts entre bibliothèques

BAC n’offre pas de service de prêts entre bibliothèques. Par conséquent, les bibliothécaires de référence comptent sur les bibliothèques locales pour offrir ce service qui permet aux clients d’obtenir les publications désirées. Aux États-Unis, de nombreuses universités détiennent des fonds canadiens, et certaines bibliothèques publiques offrent des prêts à leurs homologues canadiennes.

Les chances de trouver une publication dans une institution outremer sont nettement moins élevées, mais cela n’est pas impossible. On peut trouver des collections spécialisées dans les universités qui offrent des programmes d’études canadiennes et dans les bibliothèques et musées nationaux, entre autres.

Notons également que de nombreux organismes internationaux sont situés en Europe. Ceux-ci ont souvent des bibliothèques qui acquièrent du contenu canadien lié à leurs activités. Si elles ne font généralement pas de prêts, elles sont souvent ouvertes au public et aux chercheurs.

3. Services de copie

Les services de copie sont toujours une option. BAC peut fournir des copies de documents, d’images, etc., dans divers formats, y compris numériques (PDF ou JPEG). La plupart des institutions offrent ce service moyennant certains frais, mais le véritable défi consiste à découvrir où se trouvent les copies papier. C’est ici que les ouvrages de référence, les bibliographies et les catalogues collectifs entrent en jeu. Même ancienne, une ressource peut aider à déterminer l’exactitude de certaines références et à identifier les institutions qui détenaient des copies. Ces parcelles d’information sont utiles pour retracer des publications, surtout les vieux documents qui sont souvent jetés lorsqu’ils ne répondent plus aux besoins des utilisateurs.

Grâce à leurs compétences et à leur persévérance, et avec une petite dose de chance, les employés des Services de référence de BAC vous aideront à découvrir notre patrimoine canadien. N’hésitez donc pas à nous envoyer vos demandes au moyen du formulaire Posez-nous une question. C’est avec plaisir que nous vous aiderons dans vos recherches!


Virtue Tran est bibliothécaire de référence à la Division des services de référence de Bibliothèque et Archives Canada.

Arthur Lismer et les cours d’art pour enfants : un défi Co-Lab

Par Brianna Fitzgerald

Depuis que les restrictions liées à la COVID-19 ont mis sur pause les programmes dédiés aux enfants, l’énergie, le bruit et la créativité qui animaient plusieurs musées des beaux-arts du pays, pendant les matinées de fin de semaine, semblent chose du passé. Comme les cours et les ateliers d’arts ont dû passer en mode virtuel pour s’adapter au contexte actuel, nous vivons une période de grand changement dans le domaine de l’éducation artistique des enfants. Susciter la créativité des jeunes en mode virtuel constitue en effet un beau défi.

Ce n’est pas la première fois que les méthodes d’éducation artistique des enfants sont bousculées. Dans les années 30, le peintre Arthur Lismer (1885-1969), membre du Groupe des Sept, a entrepris de réformer radicalement l’éducation artistique au Canada. Il voulait transformer les musées d’art en faisant de ces lieux formels des espaces communautaires animés.

Lorsque j’ai posé les yeux sur des images de cours d’art donnés par Lismer, dans le fonds Ronny Jaques conservé à Bibliothèque et Archives Canada, j’ai senti émerger en moi un flot de souvenirs de ma propre enfance passée dans les cours d’arts, et de l’enthousiasme frénétique des petites mains et des jeunes esprits au travail. Avant de trouver ces images, j’ignorais l’importance de l’enseignement dans la vie de Lismer, ainsi que ses efforts inlassables pour populariser l’éducation artistique et en faire reconnaître l’importance. J’ignorais également à quel point son modèle éducatif des années 30 ressemblait à celui que j’avais connu des décennies plus tard. Dans les années 30, les cours d’art dédiés aux enfants ont gagné en popularité partout au pays, en grande partie grâce au travail acharné et à l’innovation de Lismer.

Photographie noir et blanc d’une jeune fille aux tresses noires vêtue d’un tablier pâle et agenouillée sur le plancher avec un pinceau dans la main droite. On peut voir le bas d’un tableau encadré derrière elle.

Une jeune fille avec un pinceau pendant un cours d’art pour enfants donné par Arthur Lismer, Toronto (e010958789)

En 1929, Lismer est nommé directeur de l’éducation au Musée des beaux-arts de Toronto (maintenant le Musée des beaux-arts de l’Ontario). Il commence à mettre en place plusieurs programmes pour concrétiser son désir de rendre l’art accessible à tous, et ainsi faire du musée un espace communautaire.

Sa première réussite consiste à organiser des visites pour les écoles, visites qui feront partie intégrante de certains programmes au conseil scolaire de Toronto. Lismer lance ensuite les cours d’art pour enfants du samedi matin. Le personnel enseignant et la direction des écoles de la région sélectionnent leurs meilleurs artistes pour que ces enfants soient invités aux cours du Musée. Ces cours ne coûtent que quelques dollars pour l’achat du matériel, et les élèves ont la chance de remporter une bourse permettant de suivre un cours élémentaire à l’Ontario College of Art (maintenant l’Université de l’École d’art et de design de l’Ontario).

Accueillant environ 300 élèves chaque semaine, le Musée connaît des samedis matin animés. Les enfants sont autorisés à travailler librement et encouragés à explorer leurs idées et leurs pulsions créatrices. En plus de peindre et dessiner, ils pratiquent la sculpture à l’argile, créent des costumes et participent à des spectacles. Les cours ont lieu dans les musées. Les enfants, éparpillés sur le plancher, travaillent sur de multiples moyens d’expression, entourés d’œuvres d’art célèbres accrochées aux murs. Pendant les années 30 et 40, des expositions d’œuvres créées par les enfants pendant les cours du samedi matin figurent couramment dans le programme du Musée.

Photographie noir et blanc d’enfants agenouillés dans un musée d’art, au milieu du plancher, entourés de papier et de fournitures artistiques. Une enseignante debout au milieu de la pièce aide une élève. Les murs sont parsemés de peintures encadrées, et on peut voir une galerie adjacente derrière quatre colonnes foncées. De la scène émane l’énergie des enfants qui construisent des maisons en papier.

: Participants au cours d’art pour enfants organisé par Arthur Lismer (e010980053)

Les cours du samedi donneront finalement naissance au Centre d’art du Musée des beaux-arts de Toronto, qui appuiera les activités pédagogiques du Musée. Ce centre permettra la tenue de classes plus petites pour intensifier les interactions avec chacun des enfants, en plus d’ouvrir de nouvelles possibilités pour concrétiser les projets de Lismer.

Après plusieurs années de succès à la tête du programme du Centre d’art, Lismer est invité à faire une tournée de conférences dans l’ensemble du pays pour parler de l’art canadien et des cours d’art pour enfants. Lismer avait déjà présenté ses méthodes à des enseignants de Toronto pour que ceux-ci les intègrent dans leurs propres cours. Grâce à cette tournée de conférences, Lismer a maintenant la chance de changer la manière dont on enseigne l’art partout au pays.

Le Musée des beaux-arts de Toronto n’est ni la première ni la dernière aventure de Lismer dans le monde de l’éducation artistique pour enfants. En 1917, à Halifax, il organise des cours du samedi matin à la Victoria School of Art and Design (aujourd’hui le Nova Scotia College of Art and Design), dont il est le directeur. Après son poste à Toronto et sa tournée de conférences, Lismer est nommé, en 1940, directeur de l’éducation au Musée des beaux-arts de Montréal. Comme à Toronto, il met sur pied un centre d’art et un programme éducatif. Même après sa retraite en 1967, et jusqu’à sa mort en 1969, à l’âge de 83 ans, il poursuit son engagement auprès du Centre d’art de Montréal.

Photographie noir et blanc sur laquelle six garçons sont assis dans un musée d’art. Devant chacun d’eux, une chaise sert de chevalet. Deux toiles encadrées ornent le mur en arrière-plan et du papier journal recouvre le sol.

Garçons en train de dessiner dans un cours d’art pour enfants organisé par Arthur Lismer (e010980075)

Plus de cent images de ces enfants suivant des cours d’art peuvent être consultées en ligne. Elles témoignent de la grande variété d’activités créées par Lismer pour ses programmes éducatifs, et offrent un point de vue intéressant sur des cours tenus il y a plus de 80 ans. Elles montrent des scènes bien connues d’enfants éparpillés sur les planchers d’un musée, ramassant du matériel d’art, peignant devant des chevalets de fortune ou sculptant l’argile sur une table minutieusement recouverte de papier journal.

Bien que les cours d’art pour enfants donnés pendant la pandémie n’aient pas le même aspect, nous pouvons tous espérer que les musées d’art seront bientôt repris d’assaut par le bruit, le désordre et l’enthousiasme des cours du samedi matin.

BAC a créé un défi Co-Lab sur les cours d’art pour enfants de Lismer. Si vous reconnaissez une personne, un endroit dans le Musée ou une œuvre d’art sur les photographies, n’hésitez pas à ajouter une étiquette!


Brianna Fitzgerald est technicienne d’imagerie numérique à la Direction générale des opérations numériques et de la préservation de Bibliothèque et Archives Canada.

Charles Angus Cooke (Thawennensere) : gardien du savoir et de la langue

Par Elizabeth Kawenaa Montour

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.Remarque : Cet article fait appel à un langage et à un contenu historiques que certaines personnes peuvent considérer comme offensants, p. ex. la terminologie employée pour faire référence à des groupes raciaux, ethniques et culturels. Pour en savoir plus à ce sujet, veuillez consulter notre Mise en garde – terminologie historique.

Peinture illustrant un canot sur un lac. On aperçoit une maison en arrière-plan, et des arbres et des rPeinture illustrant un canot sur un lac. On aperçoit une maison en arrière-plan, et des arbres et des rochers au premier plan.ochers au premier plan.

Les ruines du fort Senneville, lac des Deux Montagnes, près de Sainte-Anne, Québec. Vue depuis le côté ouest de Tio’tia:ke (Montréal) en direction du nord-ouest, vers le village kanien’kehá:ka de Kanehsatà:ke (Oka), 1839. (c011891k)

Les documents d’archives du fonds Charles A. Cooke Thawennensere à Bibliothèque et Archives Canada (BAC) sont inestimables pour la revitalisation linguistique et culturelle du peuple kanien’kehá:ka (Mohawk). Charles Cooke, né Thawennensere (double nom), voit le jour en 1870 sur le territoire de Kanehsatà:ke (Oka), au Québec. À 11 ans, il déménage à Wahta (Gibson), en Ontario, puis il s’installe à Ottawa à l’âge de 23 ans. Ces documents sur son important travail sont fondés sur sa connaissance de sa langue ancestrale.

Page d’un journal à trois colonnes.

Le journal Onkweonwe, édition du 25 octobre 1900. Sous le nom du journal figure la mention « Aterientarajera naah ne Kasatstensera » (la connaissance est une force). (OCLC 1007186921)

BAC détient dans sa collection une première édition originale du vol. 1, no 1 du journal Onkweonwe de Charles Cooke, datée du 25 octobre 1900. Il s’agit de la seule copie restante connue de ce document. Ce journal est audacieux et avant-gardiste à l’époque : il est entièrement écrit en langue kanienʼkehá et est le premier à être produit dans une langue des Premières Nations au Canada. Les articles portent entre autres sur des événements d’actualités et des sujets variés comme les affaires étrangères, les affaires nationales, l’économie, les sports, la politique fédérale, les dates de la saison de chasse, et le prix des fruits et légumes et des animaux. Le journal est une ressource qui peut alors soutenir les lecteurs dans leurs entreprises économiques. Il est axé sur les Haudenosaunee (Iroquois) des Six Nations et distribué dans les communautés de la région jusqu’à Wendake, une communauté huronne-wendat de Loretteville, au Québec.

Carte montrant la grille du canton de Gibson, avec les étiquettes Medora et Wood en haut, et Baxter en bas à droite.

Plan d’une partie du canton de Gibson, en Ontario, aujourd’hui connu sous le nom de Wahta, vers 1887. (e008311360)

À son départ de Kanehsatà:ke en 1881, Charles Cooke ne parle que le kanienʼkehá, mais apprend l’anglais après sa première année à Wahta. Il y est enseignant avant d’être employé comme commis à la Georgian Bay Lumber Company. En 1893, à l’âge de 23 ans, il est engagé comme commis de bibliothèque pour ce qui s’appelle alors le ministère des Affaires indiennes, à Ottawa. Il y sera notamment interprète, traducteur et commis de bureau, chargé entre autres de la classification des documents. À l’époque, il est l’un des premiers – sinon le tout premier – fonctionnaires d’une Première Nation à être employé par le gouvernement fédéral.

Photo noir et blanc d’une rue en hiver. On voit un panneau indiquant un passage à niveau, des maisons, des poteaux de ligne électrique et une personne qui pousse un toboggan au milieu de la rue.

Scène de rue dans l’est d’Ottawa, vue vers le canal Rideau, 14 décembre 1895 (vue de l’est d’Ottawa à l’époque où Charles Cooke amorce ses 33 années de service au ministère des Affaires indiennes). (a134222)

Tout au long de sa carrière, Charles Cooke a des idées progressistes pour des projets qui pourraient bénéficier aux Premières Nations, mais ses tentatives sont contrecarrées par des superviseurs peu coopératifs. L’un de ces projets comprenant une bibliothèque dédiée aux Autochtones ne sera d’ailleurs jamais concrétisé. Outre son journal Onkweonwe, il réalise le Comparative and Synoptical Indian Dictionary (dictionnaire indien comparatif et synoptique).

Page manuscrite marquée de cachets, portant au bas la mention « Yours sincerely, Charles Cooke » (cordialement, Charles Cooke).

Agence Saint-François, correspondance relative au vocabulaire indien comparatif (liste de mots fréquemment utilisés par les Indiens), Charles A. Cooke, 1899-1902. (e007472965)

Des documents linguistiques supplémentaires de Charles Cooke sont conservés dans d’autres établissements. Un vaste répertoire de noms haudenosaunee est conservé à l’American Philosophical Society à Philadelphie, en Pennsylvanie [en anglais]. Une copie de ces documents est conservée au Musée canadien de l’histoire à Gatineau, au Québec, y compris un manuscrit d’un dictionnaire kanienʼkehá et d’autres notes.

En 1913, Charles Cooke aide Marius Barbeau, l’un des premiers ethnographes, à réaliser une étude grammaticale des langues mohawk, cayuga, onondaga et tuscarora. Marius Barbeau demandera à nouveau l’aide de Charles Cooke, bien plus tard dans la vie de ce dernier.

Charles Cooke sert également de recruteur pendant la Première Guerre mondiale, après avoir été détaché par le ministère des Affaires indiennes pour aider à former ce qui sera un régiment entièrement composé de soldats des Premières Nations, le 114e bataillon du Corps expéditionnaire canadien. Il mène ses activités de recrutement dans les communautés kanien’kehá:ka de Kanehsatà:ke, de Kahnawake et d’Akwesasne, en Ontario et au Québec.

Charles Cooke quitte le ministère des Affaires indiennes en 1926, après avoir atteint le poste de commis principal. Il passe les douze années suivantes à faire des tournées dans l’est du Canada et des États-Unis axées sur les traditions, les chansons et les danses des Haudenosaunee (Six Nations) et des Hurons-Wendat. En 1949 et en 1951, il aide de nouveau Marius Barbeau en tant qu’interprète auprès des Six Nations de la rivière Grand, en Ontario.

Il est sans doute incompréhensible pour le lecteur moderne que Charles Cooke ait travaillé dans un système politique qui ne lui aura jamais permis de recevoir le statut d’« Indien inscrit » en vertu de la Loi sur les Indiens, malgré toutes ses contributions et ses connaissances. Adulte, il a présenté des demandes d’inscription pour obtenir le statut de membre des Premières Nations, mais sans succès. L’examen des demandes semble indiquer qu’il n’a pas été enregistré aux termes de la Loi sur les Indiens alors qu’il était enfant. Charles Cooke est né en 1870, six ans avant la promulgation de la Loi sur les Indiens en 1876. Ainsi, sa naissance n’a peut-être pas été enregistrée pendant cette période de bouleversements pour tous les Onkweonwe (peuples des Premières Nations).

Entre 1911 et 1926, Charles Cooke a demandé à être reconnu, en vertu de la Loi sur les Indiens, comme membre de la Première Nation de Dokis, en tant que descendant d’un membre de la bande de Dokis, son grand-père ojibwa, Showandai. La bande de Dokis a refusé cette demande. En outre, il n’a jamais été admis dans la bande de Kanehsatà:ke (Oka) ni dans celle de Wahta (Gibson).

Charles Cooke a eu un parcours de vie exceptionnel, de ses origines à ses entreprises intellectuelles et politiques à Ottawa. Il a recruté ses frères des Onkweonwe dans les Forces armées pendant la Première Guerre mondiale, a servi de lien culturel pour les recherches de Marius Barbeau, puis a voyagé et présenté ses chants et ses danses kanien’kehá:ka partout au Canada et aux États-Unis. Aujourd’hui, les Onkweonwe n’oublient pas Charles Cooke et son immense héritage. Cet homme remarquable subsiste dans les mémoires grâce à l’important travail qu’il a accompli, rendu accessible au moyen d’efforts continus de revitalisation de la langue et de la culture.

Ce blogue fait partie d’une série portant sur les Initiatives du patrimoine documentaire autochtone. Apprenez-en plus sur la façon dont Bibliothèque et Archives Canada (BAC) améliore l’accès aux collections en lien avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Voyez aussi comment BAC appuie les communautés en matière de préservation d’enregistrements de langue autochtone.


Elizabeth Kawenaa Montour est archiviste de projet à la Division des expositions et du contenu en ligne de la Direction générale des services au public, à Bibliothèque et Archives Canada.