Bibliothèque et Archives Canada célèbre aujourd’hui sa naissance, survenue en 2004!

Il y a 15 ans jour pour jour, le 21 mai 2004, le Conseil privé adoptait le décret mettant en vigueur la Loi constituant Bibliothèque et Archives Canada (BAC). Ce faisant, la volonté des législateurs devenait réalité et ouvrait de nouvelles perspectives à une organisation originale à de multiples égards.

Page noire et blanche de la Partie II de la Gazette du Canada, enregistrement TR/2004-58, 2 juin 2004, Loi sur la Bibliothèque et les Archives du Canada. « Le décret fixant au 21 mai 2004 la date d'entrée en vigueur de certains articles de la Loi » est écrit en caractères gras.

Extrait de la Gazette du Canada (vol. 138, no 11) annonçant l’entrée en vigueur de la Loi constituant Bibliothèque et Archives Canada, 21 mai 2004.

Cette naissance est tout à la fois reflet du passé – fruit d’une gestation d’une dizaine d’années – et porteuse d’avenir, tant par les défis auxquels l’organisation est appelée à répondre que par les traits originaux qui vont la caractériser et soutenir son développement futur.

L’idée fait son chemin

Revenons d’abord quelque peu en arrière. Au cours des années 1990, alors que la société canadienne connaît d’importants changements, la pression s’accentue sur les deux institutions qui précèdent BAC, les Archives nationales du Canada et la Bibliothèque nationale du Canada.

D’une part, elles sont confrontées à une expansion des besoins, associés à l’explosion des ressources documentaires ainsi qu’à l’arrivée des technologies de l’information, ces dernières transformant leurs pratiques et leurs rôles. D’autre part, le gouvernement du Canada, face à un déficit élevé, lance un examen des programmes qui réduit considérablement leurs moyens.

Alors que le numérique émerge comme nouvelle voie de diffusion et d’accès aux archives et aux publications, une question se pose avec acuité : comment mieux répondre aux attentes des Canadiens? Dès 1994, l’idée de fusionner les Archives et la Bibliothèque nationales est dans l’air. Elle sera examinée en 1999 par l’historien John English, mais rejetée au profit d’une concertation plus étroite entre les deux institutions.

Parallèlement, une commission parlementaire se penche sur le rôle du gouvernement du Canada en matière de patrimoine. Son rapport, déposé à l’aube du nouveau millénaire, fait une large place au numérique en favorisant l’accès des Canadiens aux ressources documentaires requises pour créer une société du savoir. En outre, les dirigeants récemment nommés à la tête des deux institutions entendent favoriser davantage les activités communes.

Sous cette double poussée, intégrer les deux institutions dans une seule structure devient une possibilité réelle, qui est annoncée dans le discours du Trône de 2002. Le cheminement législatif ne sera complété qu’en mai 2004, obtenant en cours de route le soutien des principales associations professionnelles et organisations du milieu.

Capture d'écran du site Web de BAC avec « Bibliothèque et Archives Canada » écrit en rouge en haut de l'écran, suivi du titre « Quoi de neuf? Proclamation de la Loi constituant Bibliothèque et Archives Canada ».

Annonce de la proclamation de la Loi constituant Bibliothèque et Archives Canada, publiée sur le site Internet de BAC.

Fruit de ce cheminement, la nouvelle institution se donne comme leitmotiv d’être une « institution du savoir » qui favorise l’accès des Canadiens à leur patrimoine documentaire. Cette approche est soutenue visuellement par un logo associant un inukshuk avec le slogan « Ici le savoir ».

Quatre caractéristiques majeures d’une institution unique : Bibliothèque et Archives Canada

Au cours de ce processus de gestation, quatre caractéristiques de la nouvelle institution vont émerger pour lui permettre d’affronter les futurs défis.

Les deux premières sont de nature politique. Il y a d’abord l’intégration, en vertu de la Loi, des deux institutions en une seule, un phénomène rare dans le domaine du patrimoine documentaire. C’est également le fruit de la volonté affirmée par Ian E. Wilson, l’archiviste national, et par Roch Carrier, administrateur général de la Bibliothèque nationale, de regrouper les fonctions dans une structure interne intégrée, une approche encore inédite.

Deux photographies couleur côte à côte. La photo de gauche montre un homme, Ian Wilson, debout derrière un podium, ainsi qu’une affiche sur laquelle on peut lire « Ici le savoir » derrière lui. La photo de droite montre également un homme, Roch Carrier, au podium.

À gauche, Ian E. Wilson en 2005. L’affiche « Ici le savoir » est bien visible. Crédit : David Knox, Bibliothèque et Archives Canada. À droite, Roch Carrier, administrateur général de la Bibliothèque nationale du Canada. Crédit : David Barbour, Bibliothèque nationale du Canada.

Vient ensuite l’insertion, dans la loi, d’un concept novateur : le patrimoine documentaire. Fruit d’une évolution internationale, ce concept est une clé de voûte faisant le pont entre les archives et les bibliothèques. En permettant l’intégration des pratiques professionnelles, notamment numériques, il constitue un appel à collaborer pour préserver le patrimoine documentaire et y donner accès.

Les deux autres traits sont de nature organisationnelle et visent à consolider l’organisation. À l’interne, d’abord, un programme intitulé Transformation vise l’aménagement des deux univers professionnels pour générer un espace commun et, comme le mentionne Ian Wilson, « rechercher les points communs plutôt que les différences ». Ensuite, à l’externe, tant les Archives que la Bibliothèque nationales s’engagent dès les années 1990 dans la voie de la collaboration avec les autres institutions du pays. Dans la foulée des changements qui s’opèrent, plusieurs consultations sont organisées avec les partenaires, qu’il s’agisse d’associations professionnelles ou de regroupements d’organismes. En somme, le milieu lui-même est convié à cheminer et à soutenir la nouvelle institution tout au long du processus. Ces échanges permettent au projet d’avancer relativement harmonieusement, ce qui contribue certainement à la réussite de la métamorphose.

Bref, en 2004, une voie nouvelle s’ouvrait pour l’institution chargée de préserver la mémoire canadienne. Si les défis étaient nombreux, et le sont toujours, non seulement Bibliothèque et Archives Canada s’est taillé une place unique dans le monde, mais il est mieux outillé pour aller de l’avant.

« En tant qu’institution unique, nous démontrons qu’en réunissant nos collections et notre expertise, et en élaborant des services et des programmes qui répondent aux besoins des Canadiens, nous avons adopté des mesures pour apporter la meilleure contribution possible au progrès et à la qualité de vie des Canadiens. Nous partageons tous une même responsabilité : aider BAC à réaliser son plein potentiel. » [Traduction]

         Ian E. Wilson, premier bibliothécaire et archiviste du Canada, lors de la        rencontre de tout le personnel (quelques jours après la proclamation de la Loi), 8 juin 2004

Pour en savoir plus, consultez l’article intitulé « La naissance d’une institution unique » paru dans le numéro printemps-été 2019 de Signatures.


Alain Roy est conseiller en politique à Bibliothèque et Archives Canada.

Émancipation des Premières Nations

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.Par Jasmine Charette

Le concept de l’identité dans le contexte canadien m’a toujours fascinée. J’adore me renseigner sur la façon dont les gens se servent de leur identité pour nouer des relations dans leur communauté ou pour rompre ces mêmes liens afin d’être perçus différemment. Toutefois, cela ne s’est pas toujours fait de manière juste ou volontaire. Vous voulez un exemple frappant? L’émancipation des Premières Nations.

De quoi s’agit-il?

L’émancipation signifiait, aux yeux du gouvernement, la perte du statut légal d’Indien en vue de l’obtention de la citoyenneté canadienne et de tous les droits et privilèges s’y rattachant. Ce processus a été entériné dans la Loi sur les Indiens de 1876, qui regroupait plusieurs parties de lois coloniales en vigueur à cette époque

Page dactylographiée en noir et blanc tirée du texte d’une loi.

Une page de la Loi sur les Indiens publiée dans les Statuts du Canada, 1876 (Notre mémoire en ligne)

L’émancipation pouvait être demandée par n’importe quel Autochtone, pourvu qu’il respecte certaines exigences : âge, sexe et compétence en français ou en anglais. Une personne ne faisant pas partie de la bande, comme un prêtre ou un agent des Indiens, devait déterminer l’aptitude de l’Autochtone souhaitant être émancipé. Certains documents révèlent que des Autochtones — selon leurs propres mots ou la correspondance des agents des Indiens — souhaitaient être émancipés pour les titres fonciers et les fonds des bandes. La perte du statut légal voulait dire qu’ils n’étaient plus assujettis à la Loi sur les Indiens.

De nombreuses personnes ont été émancipées contre leur gré, dont certaines en raison de leur carrière (avocats, médecins ou membres du clergé). D’autres l’ont été parce qu’ils ont fréquenté une université ou participé à la Première ou à la Deuxième Guerre mondiale, ou tout simplement parce qu’un agent des Indiens les jugeait suffisamment « civilisés ». Puis, l’émancipation obligatoire a visé les femmes autochtones mariées à un homme sans statut d’Indien (voir ci-dessous les modifications apportées à la Loi sur les Indiens, en 1985).

Qu’est-ce que cela veut dire pour les Autochtones?

La Loi sur les Indiens était et est toujours perçue comme étant véritablement contraignante pour les Autochtones. La perte d’identité a eu diverses répercussions, y compris l’inadmissibilité aux services sociaux, la perte des droits de chasse et des droits fonciers et, pour nombre d’entre eux, la distance physique et intangible les séparant de leurs demeures et de leurs cultures. Il existe des exemples dans les dossiers des Conseils des chefs où l’émancipation d’individus a été refusée, car les chefs ne croient pas que l’Acte du cens électoral s’applique à ces personnes, par crainte que des terres puissent être vendues et que la communauté soit perdue.

Pour certains, l’émancipation constituait une violation directe d’accords précédents. Une pétition provenant des membres mohawks de la Confédération des Cinq Nations (aujourd’hui,Six Nations of the Grand River) révèle l’existence d’un traité avec les Britanniques selon lequel ces derniers n’essaieraient jamais de faire des Autochtones des sujets britanniques. L’émancipation brisait cette promesse.

Reproduction noir et blanc d’une pétition manuscrite adressée à Son Excellence le très honorable lord Stanley, gouverneur général du Dominion du Canada.

: Organisation des Six Nations — Correspondance concernant une pétition provenant des Indiens des Six Nations visant à ce qu’ils soient exemptés des dispositions de l’Acte du cens électoral de 1885. (e006183352)

Cette mesure visait-elle uniquement les personnes?

Dans un cas, une bande complète a été émancipée : la bande de Michel dans le nord de l’Alberta. Un décret prévoyait l’émancipation de tous les membres admissibles de la bande de Michel, le 31 mars 1958.

Texte dactylographié en noir et blanc décrivant l’affectation des fonds de la bande de Michel et des terres de la réserve indienne de Michel n° 132.

Légende : Annexe B du plan pour l’affectation des fonds de la bande de Michel et des terres de la réserve indienne de Michel n° 132, 31 mars 1958. RG2-A-1-a. Volume 2215. Création 1958-375. (Notre mémoire en ligne)

Cet ordre d’émancipation a partagé les terres de la réserve entre les membres émancipés, ce qui a provoqué le démantèlement complet de la bande. Trois ans plus tard seulement, cette émancipation obligatoire a été révoquée. Certains membres de l’ancienne bande de Michel tentent toujours aujourd’hui de retrouver leur statut de bande (en anglais seulement).

Pourquoi cela est-il pertinent aujourd’hui?

Lorsque les articles sur l’émancipation de la Loi sur les Indiens ont été révoqués en 1985, ils ont été remplacés par ce que nous appelons aujourd’hui le statut d’Indien. Il était alors impossible d’abandonner son statut, et de nombreux Autochtones émancipés ont retrouvé leur statut au moyen de diverses dispositions figurant dans l’abrogation de 1985, et de modifications subséquentes apportées à la Loi sur les Indiens. La discrimination fondée sur le sexe se trouvant dans la Loi a été éliminée et le statut d’Indien a été redonné aux femmes l’ayant perdu en raison de leur mariage à un non-Autochtone ou de la disposition « mère grand-mère » de 1951 (leur statut était perdu à l’âge de 21 ans si la mère et la grand-mère paternelle avaient acquis le statut d’Indien par mariage).

Vous avez des questions sur l’émancipation?

Les Services de référence peuvent répondre à vos questions et vous aider à trouver des archives et des publications, y compris des documents sur l’émancipation. Posez-nous une question; nous y répondrons avec plaisir!

Sources

Ce blogue fait partie d’une série portant sur les Initiatives du patrimoine documentaire autochtone. Apprenez-en plus sur la façon dont Bibliothèque et Archives Canada (BAC) améliore l’accès aux collections en lien avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Voyez aussi comment BAC appuie les communautés en matière de préservation d’enregistrements de langue autochtone.  


Jasmine Charette est archiviste de référence à la Division des services de référence, Direction générale des services au public, Bibliothèque et Archives Canada.

Une colonie française de pêcheurs à Plaisance (Terre-Neuve)

Par Valerie Casbourn

Saviez-vous que Bibliothèque et Archives Canada (BAC) conserve des documents sur les débuts de la période coloniale française au Canada? Certains peuvent être consultés en ligne, dont ceux sur la colonie française de Plaisance à Terre-Neuve (1662-1713) et sur les pêcheurs de morue français établis dans la région de l’Atlantique.

Au fil du 17e siècle, la pêche terre-neuvienne à la morue gagne en importance pour l’industrie européenne de la pêche. La France est l’un des nombreux pays à lutter pour sa part de marché. En 1662, elle fonde une ville de garnison à Plaisance, sur la rive ouest de la péninsule d’Avalon, à Terre-Neuve. Elle souhaite ainsi faciliter l’accès de sa flotte marchande au secteur.

Le site de Plaisance est choisi pour sa proximité avec les richesses halieutiques, son port abrité et relativement libre de glace, et son emplacement stratégique. Au fil du temps, la colonie se dote de fortifications militaires et sert de base aux pêcheurs français, hébergeant même une petite population permanente.

Une illustration en couleur, faite à la main qui montre la rive avec des personnes sur un échafaud en bois qui travaillent à nettoyer et à sécher la morue à Terre-Neuve.

Vue d’un échafaud et également de la façon de pêcher, de nettoyer et de sécher la morue à Terre-Neuve. (c003686) Une copie numérisée de la carte L’Amerique, divisee selon l’etendue de ses Principales Parties, et dont les Points Principaux sont placez sur les Observations de Messieurs de L’Academie Royale des Sciences. Dressee Par N. de Fer, Geographe de Monseigneur le Dauphin peut être consultée sur le site Web d’Osher Map Library (en anglais).

Cela dit, tant les Français que les Anglais établissent des colonies le long de la côte sud-est de Terre-Neuve, empiétant par le fait même sur le territoire autochtone des Béothuks et des Mi’kmaqs. On a consigné peu d’interactions entre Français et Béothuks, ces derniers s’éloignant du rivage et de ses ressources pour éviter les colons européens. Avant l’arrivée des colonies, les Mi’kmaq naviguaient en canot les eaux entre Cape Breton et Terre-Neuve. Ils nouent des relations amicales avec les Français, devenant des alliés militaires et des partenaires commerciaux de premier plan.

La petite colonie de Plaisance fait face à de nombreuses difficultés pendant ses premières décennies d’existence. Sa population est mal approvisionnée, et l’efficacité de ses premiers gouverneurs laisse à désirer. Mais elle prospère malgré tout et, dans les années 1690, attire l’attention de l’administration française, qui accorde alors une grande importance à la pêche dans l’Atlantique.

L’économie de Plaisance repose principalement sur la pêche à la morue. Un petit groupe de personnes (les « habitants-pêcheurs ») vit en permanence dans la colonie, dont la population croît temporairement chaque année avec l’arrivée, pendant la belle saison, de la flotte marchande en provenance des ports français. Car l’été est une saison très occupée : l’effectif saisonnier s’active pour pêcher et faire sécher les prises. En plus de cette main-d’œuvre supplémentaire, Plaisance dépend de la flotte marchande pour obtenir de la nourriture et divers produits, ainsi que pour acheminer et vendre le poisson en Europe.

À l’époque de la colonie, des conflits marquent les relations entre Français et Anglais, de même qu’entre Mi’kmaqs et Anglais. Au tournant du 18e siècle, les Français et les Mi’kmaqs mènent des raids, seuls ou ensemble, contre les colonies anglaises de la péninsule d’Avalon. Puis, en 1713, la guerre de Succession d’Espagne s’achève avec la signature du traité d’Utrecht, par lequel la France cède Terre-Neuve à l’Angleterre.

Les Anglais prennent alors possession de Plaisance, qu’ils renomment Placentia. La plupart des colons français quittent l’endroit et vont s’établir plus au sud, à Louisbourg, dans la colonie française d’Île Royale (de nos jours Cap-Breton). Là, ils continuent de travailler dans l’industrie de la pêche à la morue, les Français ayant conservé leurs droits de pêche au large de Terre-Neuve. Ils transforment et font sécher le poisson le long de la rive, qui prend le nom de « côte française ».

Carte marine sur papier vélin, à l’encre de couleur, montrant le littoral de Terre-Neuve, l’Acadie et le golfe du Saint-Laurent.

Carte marine du littoral de Terre-Neuve, de l’Acadie et du golfe du Saint-Laurent, réalisée après 1713; la carte montre Plaisance et Louisbourg (e011182107)

Documents conservés à Bibliothèque et Archives Canada

BAC conserve dans son fonds des colonies (MG1) de nombreux documents sur la colonie de Plaisance. On y trouve des copies et des transcriptions de textes portant sur les débuts de la période coloniale française au Canada : correspondance, rapports, journaux, directives, documents sur les fortifications et le commerce, registres de l’état civil et documents notariés. Les originaux sont conservés aux Archives nationales d’outre-mer, à Aix-en-Provence, en France.

BAC offre en ligne nombre de ces documents numérisés, que vous trouverez avec l’outil Recherche dans la collection. Utilisez des mots-clés, par exemple « MG1 Plaisance » ou « MG1 pêche » (sans les guillemets), puis sélectionnez « Archives » dans le menu déroulant. En précisant « MG1 », vous limiterez les résultats aux documents du fonds des colonies; vous trouverez davantage de résultats si vous ne l’incluez pas. Les mots-clés « pêche », « Terre-Neuve » et « morue » fonctionnent bien.

Ressources connexes


Valerie Casbourn est archiviste à Halifax, au sein des Services régionaux de Bibliothèque et Archives Canada.

Pas besoin de gants blancs

Par Alison Harding-Hlady

On nous demande souvent pourquoi nos restaurateurs et nos bibliothécaires ne mettent pas de gants lorsqu’ils manipulent des livres rares ou fragiles. Question pertinente puisque, dans les films et les séries télévisées, les restaurateurs de livres rares portent toujours des gants blancs pour manipuler des artéfacts inestimables. C’en est devenu une scène emblématique! Mais la réponse à cette question est simple : c’est mieux pour les livres!

Il faut bel et bien se servir de gants protecteurs pour travailler avec certaines archives, dont des œuvres d’art ou des photographies. Toutefois, pour les livres rares, les normes de l’industrie recommandent les mains nues, propres et sèches. Les guides (en anglais seulement) publiés par la Bibliothèque nationale britannique et la Bibliothèque du Congrès ne se contentent pas de préconiser la manipulation des documents à mains nues : ils déconseillent les gants, qui peuvent être plus nuisibles qu’utiles.

Avez-vous déjà essayé de lire un livre ou d’accomplir une tâche de motricité fine avec des gants? C’est impossible! Il est beaucoup plus difficile de contrôler ses mouvements ou de tourner les pages. Vous avez donc plus de chance d’échapper le volume, de déchirer une page ou de causer d’autres dommages. Lorsqu’un restaurateur effectue une réparation délicate et complète, il faut absolument qu’il puisse toucher au papier et faire preuve d’une grande dextérité.

Photo couleur d’une personne se tenant debout devant une table dans le laboratoire de restauration des livres, réparant le dos d’un volume.

Manise Marston, restauratrice de livres en chef, travaillant dans le laboratoire des livres de BAC.

Les gants ne sont pas toujours propres et peuvent laisser des peluches ou de la saleté sur les livres. Ils peuvent aussi réchauffer les mains, et leur coton mince ne bloque habituellement pas la sueur. De plus, la reliure et les pages d’un livre sont robustes et conçues pour être touchées. N’oubliez pas que les livres rares ajoutés à la collection sont fréquemment manipulés depuis des siècles. Avec un peu de soin et de
prudence, d’innombrables personnes pourront en faire autant pendant des centaines d’années encore!

Photo couleur en gros plan montrant des mains qui tiennent un livre somptueusement décoré.

Détail d’une édition de 1758 de Paradise Lost conservée dans la collection des livres rares de BAC. No OCLC : 228137

Bien entendu, des précautions sont nécessaires pour manipuler des livres rares. Les mains doivent être propres et sèches; les crèmes et tout autre produit sont à éviter. Il faut se servir de porte-livres ou de supports adéquats, tourner les pages lentement et ne jamais ouvrir un volume au point de faire forcer sa reliure et son dos. Il est important de manipuler le livre le moins possible, toujours avec le plus grand soin.

Faut-il parfois mettre des gants? Oui. Si l’ouvrage comprend des œuvres d’art ou des photos originales, si la reliure contient des éléments en métal ou d’autres matériaux inhabituels, ou s’il semble y avoir un contaminant quelconque, comme de la moisissure, le port de gants peut être conseillé. Cependant, la pratique courante à BAC et dans les institutions semblables ailleurs dans le monde consiste à ne pas porter de gants pour manipuler ces articles à la fois magnifiques, précieux et fascinants de notre collection.

Photo couleur de deux pages de texte illustrées dans un ouvrage ancien.

Un exemplaire de 1482 du livre Elementa d’Euclide, conservé dans la collection des livres rares de BAC. No OCLC : 1007591701


Alison Harding-Hlady est bibliothécaire principale au catalogage et responsable des livres rares et des collections spéciales à la Direction générale du patrimoine publié de Bibliothèque et Archives Canada.

C’est une question de point de vue

Par Kristen Ann Coulas

Pour paraphraser l’héroïne d’Aminata, roman primé de Lawrence Hill, on sollicite rarement notre imagination pour essayer de comprendre les autres. La plupart d’entre nous seront sans doute d’accord : même quand on tente de se mettre dans la peau d’autrui, il est difficile de saisir des concepts que l’on ne connaît pas ou ne comprend pas. C’est pourquoi il est si important d’avoir une littérature riche alimentée par des auteurs de tous horizons.

La magie qui opère quand on se plonge dans leurs univers change notre point de vue sur le monde. Tout à coup, on voit les choses en profondeur et les nuances se multiplient. Élargir sa vision du monde, c’est s’enrichir soi-même, devenir de meilleurs amis et de meilleurs voisins.

Voici quelques œuvres récentes d’auteurs qui ont ajouté leur voix au catalogue collectif national.

Essai

I’ve Been Meaning to Tell You: A Letter to My Daughter, David John Chariandy

ISBN : 978-0-771018-07-7

https://bac-lac.on.worldcat.org/oclc/1027055103

https://bac-lac.on.worldcat.org/oclc/1027055103?lang=fr

Fils d’immigrants noire et sud-asiatique de Trinité, David Chariandy laisse de côté les récits qui lui ont valu plusieurs prix pour se pencher sur son histoire personnelle et ancestrale. Dans cet essai touchant qu’il dédie à sa fille, l’auteur parle de ce qu’il fait pour rester fidèle à son identité culturelle et la cultiver tout en vivant au Canada.

A Mind Spread Out on the Ground, Alicia Elliott

ISBN : 978-0-385692-38-0

Audacieuse, l’auteure tuscarora Alicia Elliott ouvre son cœur et met au jour des détails intimes de sa propre vie et de son expérience des traumatismes intergénérationnels pour livrer un point de vue qui lui est propre dans le livre A Mind Spread Out on the Ground. Elle examine la vie sous toutes ses facettes, prenant de front les questions difficiles et des sujets comme l’héritage du colonialisme.

Forgiveness, Mark Sakamoto

ISBN : 978-1-443417-97-6

L’auteur invite les lecteurs à découvrir le passé de sa famille, de l’expérience de son grand-père, qui fut un prisonnier de guerre canadien par l’armée japonaise, à celle de sa grand-mère, qui vécut l’internement des Canadiens d’origine japonaise par le gouvernement du Canada durant la Deuxième Guerre mondiale. Il y découvre un fil conducteur, le pardon, dont il retrace le parcours jusqu’à sa propre vie. Gagnant d’un Combat des livres en 2018, Forgiveness est une histoire familiale décryptée.

Étienne Boulay : le parcours d’un battant, Marc-André Chabot

ISBN : 978-2-764812-82-2

Cette œuvre récente de Marc-André Chabot décrit le tortueux combat de son ami Étienne Boulay contre la dépendance. Mais loin de se focaliser sur la toxicomanie, le livre jette un regard franc sur la manière dont la vie de cet ami a façonné l’homme qu’il est devenu, montrant au passage l’importance de pouvoir compter sur une équipe solide.

Poésie

heft, Doyali Islam

ISBN : 978-0-771005-59-6

À la fois lyrique et novateur, heft, deuxième recueil de la poète primée Doyali Islam, comprend des œuvres conçues dans le style de « poésie parallèle » qui lui est propre. Les poèmes ont notamment été publiés dans la Kenyon Review Online et The Fiddlehead, et certains d’entre eux ont remporté des concours et des prix d’envergure nationale.

This Wound is a World, Billy-Ray Belcourt

ISBN : 978-1-927823-64-4

Lauréat de plusieurs prix, le poète Billy-Ray Belcourt figurait en 2016 sur la liste des auteurs autochtones à surveiller de CBC Books. Ce recueil éblouissant aborde avec brio les thèmes de l’identité queer, du désir et de la survivance. En 2018, This Wound is a World a remporté le prix Griffin pour la poésie et le prix littéraire Robert-Kroetsch de la ville d’Edmonton.

Fiction

Things Are Good Now, Djamila Ibrahim

ISBN : 978-1-487001-88-9

Things are Good Now est le premier recueil de nouvelles de Djamila Ibrahim, auteure d’origine éthiopienne arrivée au Canada en 1990. Elle y explore des thèmes comme le remords, la race, l’espoir, l’amitié, les relations humaines et le pouvoir de la mémoire, tout cela à travers la lunette de l’immigration. Chacune des histoires du recueil, aussi enlevantes que poignantes, dégage une authenticité qui fait douter de sa nature fictionnelle.

Saints and Misfits, S. K. Ali

ISBN : 978-1-481499-24-8

Saints and Misfits est l’émouvant récit d’une jeune musulmane et de son passage à l’âge adulte. Ce roman pour jeunes adultes s’attaque à des problèmes bien concrets et difficiles : agression sexuelle et abus de pouvoir s’y mêlent à l’exploration des thèmes de l’anxiété et de l’identité à l’adolescence. Respirant l’espoir et le dévouement, le premier roman de S. K. Ali mérite amplement la place qu’il a occupée sur la liste préliminaire du Combat des livres en 2018.

Thelma, Louise et moi, Martine Delvaux

ISBN : 978-2-924666-55-5

Dans ce saisissant portrait du féminisme, Martine Delvaux se penche sur l’influence du film Thelma et Louise. Elle explore l’évolution de sa propre perspective sur l’œuvre en racontant des anecdotes du film et en dévoilant ses réflexions personnelles. Thelma, Louise et moi nous rappelle l’importance de s’affirmer face à une société qui est toujours là pour nous faire douter de nous-mêmes.

Jeunesse

Takannaaluk, Herve Paniaq, illustrations de Germaine Arnaktauyok

ISBN : 978-1-772271-81-2

Ce magnifique album raconte les origines de Takannaaluk, mère des mammifères marins et plus importante figure de la mythologie inuite. La verve saisissante d’Herve Paniaq, aîné respecté, s’anime à travers les illustrations de la célèbre artiste inuite Germaine Arnaktauyok.

Visitez une bibliothèque près de chez vous pour emprunter ces livres, ou consultez le nouveau catalogue de Bibliothèque et Archives Canada, Aurora.


Kristen Ann Coulas est bibliothécaire responsable des acquisitions à Bibliothèque et Archives Canada

Documents du ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien : dossiers de succession

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.

Par Rebecca Murray

Lorsqu’on fait des recherches généalogiques sur les Premières Nations, les dossiers de succession peuvent être une source d’information précieuse. Ces dossiers sont détenus par Bibliothèque et Archives Canada (BAC) dans le fonds du ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien (MAINC), ou RG10.

Qu’est-ce qu’un dossier de succession?

Le ministère, connu aujourd’hui sous les appellations Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord Canada et Services aux Autochtones Canada, continue d’administrer « les successions des Indiens décédés » en vertu de la Loi sur les Indiens. Les dossiers de succession ont un contenu varié. Les formulaires qui s’y trouvent fournissent de précieux renseignements démographiques sur la personne décédée, des inventaires de propriétés foncières et de biens personnels, des sommaires de dettes et d’autres renseignements importants sur les héritiers et les proches parents.

Ces dossiers contiennent de l’information qui peut être très utile aux recherches généalogiques. Avant d’entamer vos recherches, consignez les renseignements que vous avez déjà dans un tableau généalogique ou une fiche de famille; ces formulaires se trouvent sur notre site Web. Vous pouvez inscrire dans les cases vides les renseignements trouvés dans les dossiers de succession.

Comment puis-je reconnaître les dossiers de succession détenus par BAC?

Le titre du fichier au nom de la personne décédée indique les dossiers de succession que détient BAC. Voici quelques exemples de références complètes de dossiers de succession dans nos fonds :

RG10, 1996-97/816, boîte 91, dossier « Estate of Clifford Leonard – Kamloops », 1928-1948.

RG10, volume 11266, dossier 37-2-8, « ESTATE NELSON, JOB », 1928-1929.

2017-00390-5, boîte 4, dossier 411/37-2-179-48, partie 1, « Estates – P. Meneweking – Spanish River », 1946-1967.

Ces exemples montrent les différents formats de titres que peuvent porter les dossiers de succession. Il est possible de faire des recherches par nom de famille, avec ou sans le prénom. Il arrive que le nom de la bande soit indiqué.

L’ancien MAINC a utilisé divers systèmes de classification des dossiers au fil des années. Les numéros suivants indiquent qu’un dossier a été classé comme dossier de succession :

Système numérique duplex modifié (des années 1950 aux années 1980) : 37-2
Série « Thousand » : 16000
Système numérique par blocs : E5090

À part les classifications de dossiers, ce type de recherche est l’un des rares cas où la recherche à partir du nom d’une personne est la meilleure façon de trouver un dossier pertinent. Il est préférable de commencer vos recherches dans notre base de données d’archives, Recherche dans la collection(bêta). Si vous n’arrivez pas à trouver de dossier pour une personne décrite dans notre base de données, ne vous inquiétez pas, car bien des dossiers n’y sont pas décrits individuellement.

Pour trouver ces dossiers, essayez de rechercher avec le mot-clé « estate » ou « succession » ET le nom de la bande ou de la réserve de la personne décédée. Par exemple, faites une recherche par mots-clés avec « estate » ET « Sudbury » dans deux champs distincts. La longue liste de résultats peut être filtrée par niveau hiérarchique à l’aide du menu de gauche; dans ce cas, sélectionnez « Acquisition ».

Un des résultats, 2017-00390-5 « Estate Files of the Sudbury District Office », 1900-1983, est un exemple d’un ensemble de 18 boîtes de dossiers contenant presque exclusivement des dossiers de succession, sans descriptions des dossiers individuels. Dans un tel cas, consultez l’instrument de recherche pour savoir comment accéder à la liste de dossiers. Ici, l’instrument de recherche (ou la liste de dossiers) n’est pas lié à la description, mais il peut être consulté en personne au 395, rue Wellington, à Ottawa. Vous pouvez aussi nous écrire pour nous demander de vérifier si un nom en particulier s’y trouve. En faisant cette étape supplémentaire après la recherche par mots-clés du nom de la personne décédée, et en incluant votre travail dans votre demande écrite, vous pouvez aider le personnel des Services de référence à trier et à traiter votre demande plus facilement.

Comment puis-je accéder aux dossiers de succession détenus par BAC?

Comme vous pourrez le constater, l’accès à la plupart des dossiers de succession détenus à BAC est restreint pour des raisons de protection de la vie privée. Veuillez soumettre une demande d’accès en ligne. Certains dossiers anciens sont ouverts. Parmi ceux-ci, certains sont accessibles sur microfilm numérisé, par exemple : RG10, volume 2918, dossier 186,900, « CARADOC AGENCY – ESTATE OF THE LATE DOLLY NICHOLAS OF THE ONEIDA BAND », 1897-1898.

Si un dossier ouvert n’est pas accessible en ligne, vous pouvez demander l’original pour un retrait ou une consultation.

Une page blanche portant du texte manuscrit noir.

La première des deux pages d’une lettre de RG10, volume 2918, dossier 186,900 (e007575915)

Une deuxième page blanche portant du texte manuscrit noir.

La deuxième et dernière page d’une lettre de RG10, volume 2918, dossier 186,900 (e007575916)

Ces renseignements devraient vous aider à trouver des dossiers de succession détenus à BAC et à y accéder. Si vous avez des questions sur les dossiers de succession ou tout autre sujet, écrivez-nous!

Ce blogue fait partie d’une série portant sur les Initiatives du patrimoine documentaire autochtone. Apprenez-en plus sur la façon dont Bibliothèque et Archives Canada (BAC) améliore l’accès aux collections en lien avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Voyez aussi comment BAC appuie les communautés en matière de préservation d’enregistrements de langue autochtone.

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Rebecca Murray est archiviste à la Division des services de référence de Bibliothèque et Archives Canada.

Bill Miner : le légendaire voleur de train et évadé de prison

Par Caitlin Webster

Surnommé le « gentleman cambrioleur » et le « renard gris », Bill Miner est un criminel notoire au Canada et aux États-Unis. Bien qu’il soit l’auteur de dizaines de vols et se soit évadé à maintes reprises, une grande partie de la population le perçoit comme un héros généreux qui s’en prend uniquement aux entreprises représentant le côté sombre du capitalisme. Bibliothèque et Archives Canada possède de nombreux enregistrements sonores, publications, vidéos et autres documents sur Miner. Des centaines d’entre eux sont sur Co-Lab, accompagnés de défis de production participative.

Page de journal contenant du texte, une illustration de deux hommes armés à cheval s’approchant d’un train, un portrait de l’auteur et des photographies de Bill Miner, Shorty Dunn et Lewis Colquhoun.

Article du journal The Province du 18 janvier 1958 : « Bill Miner — last of the train robbers » [Bill Miner – le dernier voleur de trains] (e011201062-019-v8).

Né le 27 décembre 1846, Ezra Allan Miner entame sa carrière criminelle pendant son adolescence en volant des chevaux et des biens appartenant à des commerçants dans le nord de la Californie. Plus tard, il se met à cambrioler des résidences et à voler des diligences en Californie et au Colorado. Lui et ses complices s’enfuient souvent avec des milliers de dollars en espèces, en poussière d’or, en obligations et en autres types de biens. Ses bonnes manières pendant ses vols lui valent le surnom de gentleman cambrioleur. Les services de police finissent par attraper Miner et, malgré ses multiples tentatives d’évasion, il passe des décennies derrière les barreaux de la prison d’État de San Quentin.

Relâché en 1901, Miner se retrouve dans l’Ouest américain du 20e siècle, un paysage qui lui est inconnu. Après avoir tenté sa chance dans l’élevage d’huîtres, il reprend rapidement ses activités criminelles. Puisque les diligences ont été remplacées par des chemins de fer de plus en plus longs, Miner se lance dans les attaques de trains. Par deux fois, ses tentatives échouent sur les trains express de l’Oregon.

Il décide alors de s’enfuir de l’autre côté de la frontière pour s’établir à Princeton, en Colombie-Britannique. Sous le nom de George Edwards, il devient commerçant de bétail et employé de ranch. Les habitants de la petite ville l’aiment bien en raison de sa générosité.

En 1904, Miner recrute de nouveaux complices pour attaquer un autre train, cette fois-ci au Canada. Le 10 septembre, avec ses partenaires Jake Terry et Shorty Dunn, le gentleman cambrioleur s’en prend à un train du Chemin de fer Canadien Pacifique à Mission Junction (Colombie-Britannique). Les criminels s’emparent de milliers de dollars en espèces, en or, en obligations et en titres de placement. Ils échappent aux autorités pendant un an et demi.

Le 8 mai 1906, Miner, Dunn et un nouveau complice, Louis Colquhoun, braquent un train du Canadien Pacifique à Ducks (maintenant Monte Creek), près de Kamloops. Cette opération tourne au désastre : les trois hommes ne prennent que 15,50 $ avant de s’enfuir à pied et d’être capturés cinq jours plus tard. Toutefois, grâce à sa popularité dans la région et au ressentiment des citoyens contre le Canadien Pacifique, une foule de défenseurs accueille Miner lorsque la Royale gendarmerie à cheval du Nord-Ouest le transporte à Kamloops.

Le 1er juin 1906, les trois hommes sont jugés et condamnés. Le lendemain, Miner commence à purger sa peine à perpétuité au pénitencier de la Colombie-Britannique, à New Westminster. Pendant son incarcération, Miner n’exprime aucun regret. Il aurait même dit au révérend A. D. E. Owen : « Je suis qui je suis et j’ai fait ce que j’ai fait, mais je peux regarder Dieu et les hommes en face sans ressentir la moindre honte. » L’ecclésiastique remarque par la suite que Miner a réussi à charmer les autres prisonniers et le personnel du pénitencier. Il avertit le directeur par intérim qu’il faut « garder le vieux Bill à l’œil ».

Deux photos de Bill Miner, une de face et l’autre de profil. Les cheveux et la moustache de Miner sont rasés.

Photos signalétiques de Bill Miner, le visage et le crâne rasés, au début de sa peine purgée au pénitencier de la Colombie-Britannique (e011201061-128-v8).

Formulaire comprenant une description physique de Miner et les détails de la déclaration de culpabilité.

Le formulaire d’accueil de Bill Miner au pénitencier de la Colombie-Britannique (e011201060-009-v8).

Cet avertissement s’avère prophétique : Miner s’évade le 8 août 1907. Les gardiens et les policiers fouillent le secteur environnant, puis la région de Vancouver, mais sans succès. Des rumeurs disent qu’il aurait reçu de l’aide de l’extérieur pour s’évader en échange des obligations et des titres de placement volés en 1904 dans le train du Canadien Pacifique. De plus, les journaux rapportent une grande sympathie du public pour Miner. De nombreux citoyens espèrent que le fugitif ne sera jamais repris.

Carte sur fond bleu indiquant l’emplacement du pénitencier, d’un asile, des rues environnantes, d’un parc et du fleuve Fraser. Des notes montrent la clôture par où Miner s’est évadé et fournissent d’autres détails sur les environs.

Plan détaillé du pénitencier de la Colombie-Britannique montrant l’endroit où Bill Miner s’est échappé ainsi que le secteur environnant (e011201060-210-v8)

Affiche montrant la photo de Bill Miner et annonçant une récompense de 500 $ pour sa recapture. Elle donne des détails sur son évasion et son apparence physique.

Promesse de récompense pour la recapture de Bill Miner envoyée aux services de police, à des publications et à des agences de détectives privés (e011201060-210-v8).

Miner finit par retourner aux États-Unis et vit au Colorado jusqu’à ce qu’il soit à court d’argent. En 1911, il attaque un train en Géorgie. Ses complices et lui sont capturés quelques jours plus tard. Maintenant âgé de 64 ans, Miner est condamné à 20 ans de prison. Après de nouvelles évasions en 1911 et en 1912, il meurt en prison le 2 septembre 1913.

Les fonds de Bibliothèque et Archives Canada comprennent des documents du pénitencier de la Colombie-Britannique qui offrent des détails fascinants sur Bill Miner et son évasion. Ces documents sont maintenant sur Co-Lab. Allez relever des défis! Vous y trouverez des formulaires d’accueil et des photographies signalétiques de Miner, des rapports de dirigeants de prison, des coupures de journaux ainsi que des lettres de personnes affirmant avoir aperçu le gentleman cambrioleur, parfois des années après sa mort.

Co-Lab est un outil de production participative qui invite le public à transcrire, traduire, étiqueter et décrire des documents. Les contributions du public sont ensuite intégrées aux métadonnées en vue d’améliorer nos outils de recherche et la consultation de nos documents historiques.

 


Caitlin Webster est archiviste à la Division des services de référence au bureau de Vancouver de Bibliothèque et Archives Canada.

Accéder aux plans et aux profils des chemins de fer grâce à l’Index sur les chemins de fer

Par Rebecca Murray

Plus tôt cette année, j’ai répondu à une demande d’un chercheur qui m’a obligée à passer beaucoup de temps de qualité en compagnie de l’acquisition RG12M 77803/17 – Index sur les chemins de fer. Il s’agit d’une série de 30 000 fiches offrant des listes détaillées et individuelles des plans et des profils des chemins de fer de l’ensemble du Canada, pour la période allant de 1866 à 1937. Bien que je travaille quotidiennement avec des acquisitions de documents cartographiques et leurs instruments de recherche, cette demande représentait un défi particulier. Elle révèle bien à quel point il peut être difficile d’organiser et de comprendre des séries de documents aussi vastes.

Pourquoi m’aventurer dans de telles recherches, me demanderez-vous? Pourquoi ne pas se fier à des sources publiées? Je prône toujours le recours aux sources primaires pour faire des recherches. En consultant les documents originaux et leur classement parmi les autres documents, vous pouvez tirer vos propres conclusions. Le plan que vous cherchez pourrait laisser transparaître un moment particulier qui échapperait à une source secondaire. Ou encore, vous pourriez étudier l’évolution d’une section précise d’un chemin de fer. Peu importe la raison, il est temps d’enfiler des gants blancs et de plonger dans nos archives!

Étape 1

D’abord, il faut consulter les fiches qui se trouvent sur des microfilms numérisés. Les fiches sont classées par ordre alphabétique, par compagnie de chemin de fer et par endroit.

Lorsque vous trouvez des plans intéressants, notez leur numéro. Par exemple, si vous vous intéressez au « Plan & profile showing the approach of the Bridge in the city of Montreal P.Q. as located », qui est énuméré sur la fiche ci-dessous, notez le numéro de plan 7457.

Fiche lignée avec du texte noir.

Extrait d’une fiche alphabétique d’une compagnie de chemin de fer tirée de la bobine C 6823 du fonds RG12.

Étape 2

Lorsque vous travaillez au 395, rue Wellington, à Ottawa (Ontario), vous pouvez consulter une série de fiches papier dans la salle de référence. Une fois que vous avez trouvé les numéros des plans que vous voulez consulter ou copier, utilisez une autre série de fiches. Celles-ci se trouvent avec les autres instruments de recherche liés aux cartes et aux plans et sont classées par numéro de plan. Vous pourrez ainsi découvrir le numéro d’article de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) pour chacun des plans. Un membre de l’équipe de la salle de référence peut vous aider avec ces étapes, au besoin.

Photo couleur des tiroirs en métal contenant les fiches de l’acquisition RG12M 77803/17.

Photo des tiroirs contenant les fiches sur les chemins de fer de l’acquisition RG12M 77803/17, dans l’annexe de la salle de référence.

Photo couleur d’un tiroir de fiches; la fiche du plan 7457 est sortie.

Photo d’un tiroir de fiches montrant la fiche du plan 7457.

Photo couleur d’une fiche dont les numéros d’article sont encerclés en rouge.

Photo d’une fiche comprenant tous les renseignements de référence (dont les numéros d’article) pour le plan 7457.

Étape 3

Si vous n’êtes pas sur place, vous pouvez nous écrire au moyen de notre formulaire en ligne et nous demander de trouver les références relatives à chaque article. Par exemple, vous pourriez mentionner le plan 7457 de l’acquisition RG12M 77803/17 et nous demander de trouver le numéro d’article afin de compléter la référence. Un membre de notre équipe consultera alors les fiches pour confirmer le numéro d’article, puis trouvera le code à barres du contenant afin de simplifier votre demande de consultation ou de reproduction.

Bon nombre de ces articles se trouvent aussi sur microfiche, ce qui en facilite la consultation. Si vous êtes sur place, vous pouvez vous rendre directement à la salle de consultation des microformes, au troisième étage. Demandez de l’aide au personnel de BAC (pendant les heures de service) ou utilisez le tiroir de microfiches libre-service étiqueté RG12M 77803/17. N’oubliez pas de mettre des gants!

Saviez-vous que la salle de consultation des microformes contient de nouveaux numériseurs à plat qui produisent des copies de microfiches de grande qualité? Apportez votre clé USB!

Ce type d’instruments de recherche peut être intimidant, car il faut recueillir des renseignements à plusieurs endroits. Il est impossible de trouver toute l’information pertinente dans une seule ligne de texte. Il s’agit d’un bon défi pour les chercheurs (ou archivistes!) expérimentés, et la courbe d’apprentissage est abrupte pour les nouveaux chercheurs. N’hésitez surtout pas à demander de l’aide à notre équipe pour des recherches de ce type ou de toute autre nature. Nous sommes là pour vous aider à naviguer dans les fonds de BAC et notre passion consiste à faire des découvertes tous les jours!


Rebecca Murray est archiviste à la Division des services de référence de Bibliothèque et Archives Canada.

Le patrimoine journalistique du Canada à BAC

À consulter les numéros du Ha-Shilth-Sa et du Windspeaker – deux journaux autochtones nouvellement numérisés lancés respectivement en 1974 et de 1986 –, on ne peut manquer d’être attiré par l’actualité des nouvelles sociales et politiques, des éditoriaux et des courriers des lecteurs, qui côtoient des nouvelles sportives locales, l’annonce de concerts communautaires et d’activités culturelles, les avis de naissance ou de décès, les innombrables photos ainsi que les publicités qui illustrent des décennies de changements de mode, de style de commerce et de tendances sociales. Cet amalgame d’information utile et d’éléments rétro fait des journaux une source d’information historique abondante et essentielle.

La première page d’un journal imprimé en couleur titré: Wind Speaker avec le sous-titre AMMSA, l’éditeur canadien avec le plus de nouvelle autochtone [AMMSA, Canada’s largest publisher of Aboriginal news]. Les manchettes principales : Des noces traditionnelle le point culminant du powwow [Traditional wedding highlight of powwow] et la cour québécoise juge en faveur des Cris [Quebec court rules in favor of Crees].

Windspeaker, Volume 17 – No. 9 (2000-01-01) (AMICUS 6341213)

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) travaille sur de nombreux fronts pour appuyer l’acquisition et la préservation du patrimoine journalistique du Canada, tant à l’échelle locale que nationale, et en offrir l’accès. Par exemple, la numérisation du Ha-Shilth-Sa et du Windspeaker découle d’un partenariat créé dans le contexte de la Stratégie de numérisation du patrimoine documentaire, une initiative des institutions de mémoire du Canada vouée à la coordination des activités de numérisation. Ce groupe, dont BAC fait partie, a obtenu un financement de la fondation Salamander pour mener un projet de numérisation de journaux, en réponse à des clients et d’autres organismes culturels selon qui la numérisation de la collection de journaux de BAC constituait une priorité.

Un journal jauni titré Ha-Shilth-Sa avec le sous-titre : Nootka pour nouvelles intéressantes [Nootka for “interesting” news]. La manchette principale : Les Indiens de la C-B. demande de l’action du gouvernement provincial [B.C. Indians demand action provincial government].

Ha-Shilth-Sa, Volume 1 – No. 9 (1974-07-15) (AMICUS 4316697)

Cette collection, qui rassemble de grands quotidiens ainsi que des périodiques communautaires, régionaux et multiculturels, de même que des journaux étudiants et autochtones, comprend plus de 2 300 titres canadiens, environ 200 000 bobines de microfilm et 110 titres numériques. Cette vaste collection ne cesse de s’enrichir alors que BAC capte les nouvelles tendances qui influencent la fréquence, la diversité et le format des journaux actuellement produits au pays. Par exemple, BAC est à se forger une expertise en matière d’acquisition de contenu journalistique numérique et il met à l’essai de nouveaux modèles d’acquisition, en collaboration avec le Winnipeg Free Press, L’Acadie Nouvelle et les Northern News Services Online.

Parallèlement, BAC soutient les efforts continus déployés par Canadiana.org pour numériser environ 230 titres de journaux sur microfilm faisant partie de sa collection et en offrir l’accès en ligne. Qu’il s’agisse du Saskatchewan Labor’s Realm, du Toronto Patriot, du Canadian Farmer-Labor Advocate ou du Western Clarion, la numérisation de ces titres constituera une source précieuse d’information qui ne manquera pas de fasciner les Canadiens.

BAC travaille également à actualiser sa stratégie visant sa collection de journaux. Restez à l’affût!

Lisez notre blogue pour en apprendre davantage sur les journaux de la collection de BAC, dont Les journaux locaux au cœur de la vie canadienne, un billet rédigé par la bibliothécaire aux acquisitions Annie Wolfe, ou consultez la section Collection de journaux de notre site Web.

Le port de Montréal

De la fondation de la ville de Montréal en 1642 jusqu’à l’arrivée des navires à vapeur au début du XIXe siècle, le port de Montréal est surtout utilisé par des trappeurs pour leur commerce de fourrures, puis par les vaisseaux français et anglais qui viennent ravitailler la colonie. L’arrivée des navires à vapeur marque un point tournant, en ouvrant de nouvelles routes commerciales avec le reste du monde grâce auxquelles le port de Montréal s’éloignera de ses origines modestes pour entrer dans une ère de croissance.

Une peinture à l’huile d’un port et d’un quai, avec une île verdoyante à droite.

Le port de Montréal, peint par Andrew Morris en 1847 (e008300982).

De la moitié à la fin du XIXe siècle, le port de Montréal connaît des changements et des progrès innombrables, à commencer par la création, en 1830, de la première Commission du Havre. En 1832, les docks construits font plus d’un kilomètre de long. En 1854, le chenal de navigation entre Montréal et Québec atteint désormais presque 5 mètres de profondeur à la suite de travaux de dragage. Pendant cette période apparaissent également l’acheminement des marchandises depuis les quais par chemin de fer, l’éclairage électrique et une liaison régulière de navires à vapeur entre le port de Montréal et Liverpool, sans compter un nouveau dragage du chenal qui lui permet d’atteindre plus de 7,5 mètres de profondeur.

Au début du XXe siècle, le port connaît de nouveaux travaux d’amélioration. La construction d’élévateurs à grains commence en 1902 et celle d’entrepôts de transit, en 1908. En 1910, les travaux de dragage pour que le chenal entre Montréal et Québec atteigne désormais plus de 10 mètres de profondeur sont bien avancés.

Une photographie en noir et blanc d’un quai sur lequel s’alignent diverses marchandises, ainsi que d’un grand édifice de style néoclassique et d’une église qui font face à la rive.

Le marché Bonsecours, les quais et une église photographiés par Alexander Henderson vers 1875 (c007943).

Jusqu’au début des années 1960, le port de Montréal n’est ouvert que sept mois par année en raison des rigueurs de l’hiver. Cependant, en 1962, sous l’autorité du Conseil des ports nationaux (responsable du port depuis la dissolution de la Commission du Havre), les brise-glaces font leur apparition sur la voie navigable entre Montréal et Québec. À partir de 1964, le port de Montréal sera ouvert toute l’année.

Une aquarelle représentant un amoncellement de glace près des installations portuaires d’une ville.

Peinture de George Henry Andrews représentant le bris des glaces sur le fleuve Saint-Laurent à Montréal, en 1864 (e000996176).

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) dispose de nombreux documents qui illustrent l’évolution du port de Montréal. Le plus ancien est une photographie d’Alexander Henderson prise en 1870 qui représente le navire à vapeur S.S. Quebec amarré au port de Montréal, avec des charrettes tirées par des chevaux à l’avant-plan. La collection comporte également des photographies du port par William Topley, Henry Joseph Woodside et par les Hayward Studios, ainsi qu’une magnifique peinture à l’huile, terminée en 1847 par Andrew Morris, qui représente le havre et le quai de Montréal vu selon l’angle inusité de la rive en face de l’île Sainte-Hélène.

Une photographie en noir et blanc d’un port animé, où l’on voit une rue bordée d’édifices et un quai où sont amarrés nombre de bateaux.

Le port de Montréal photographié par William Topley en septembre 1902 (a201779).

Une photographie en noir et blanc d’un chemin de fer longeant un quai où sont amarrés des bateaux.

Quai du port photographié à une date inconnue par William Topley (a008893).

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