Costumes : bals costumés et carnavals de patinage d’Ottawa (1876-1896)

Par : Emma Hamilton-Hobbs

Aimez-vous vous costumer après avoir passé des heures à choisir, à rechercher et à créer une tenue impressionnante pour une activité costumée unique? Eh bien, de nombreux Canadiens de la fin du dix-neuvième siècle adorent cela!

Les bals costumés sont des soirées costumées privées dont les organisateurs et les invités sont surtout des membres privilégiés de la société. Leur popularité ne cesse de croître au cours du dix-neuvième siècle. Les hommes et les femmes invités à ces soirées passent des semaines à choisir avec soin leur déguisement. Ils étudient de près des revues et des livres portant sur les costumes, jetant même un coup d’œil à des livres et à des peintures historiques pour y puiser leur inspiration. Parmi les idées populaires, on observe des vêtements historiques, des personnages mythologiques et allégoriques ainsi que des personnages de terres « exotiques ».

Les journaux d’Ottawa, de Toronto et de Montréal publient de longs articles sur les bals costumés organisés au Canada, fournissant des descriptions détaillées des divers costumes portés par les invités de marque. De nombreux participants se massent rapidement dans les studios de photographie dans les jours ou les mois suivants ces occasions spéciales pour y obtenir un portrait costumé. Parfois, ces portraits servent à créer des photographies multiples impressionnantes, y compris celle réalisée par le photographe ottavien William James Topley (1845–1930) du Grand bal costumé organisé par le gouverneur général lord Dufferin et sa femme lady Dufferin dans la salle de bal de Rideau Hall le 23 février 1876.

Un groupe de photos de centaines d’invités costumés à un bal costumé. Une peinture de la salle de bal de Rideau Hall se trouve à l’arrière-plan.

Photographies multiples du Grand bal costumé de Dufferin à Rideau Hall le 23 février 1876. La photographie finale est terminée en mai ou en juin. (e008295343)

Cette photographie multiple est réalisée en collant des centaines de portraits individuels pris dans le Studio Topley sur une scène peinte de la salle de bal de Rideau Hall, puis en prenant une nouvelle photo du résultat. Topley apprend l’art de la photographie multiple de son ancien mentor et employeur William Notman (1826–1891), qui possède un studio de photographie populaire à Montréal. Topley, comme Notman, est un homme d’affaires astucieux qui exploite de façon optimale ces activités vice-royales. En effet, les invités ne peuvent s’empêcher de préserver leurs costumes dans un format photographique qu’ils peuvent ensuite montrer à leur famille et à leurs amis, ou coller dans leurs albums personnels comme souvenir mémorable.

De nombreuses personnes mettent leur personnage en valeur dans le studio de photographie en prenant plusieurs poses et en utilisant divers accessoires dans leurs faux portraits. M. Campbell, costumé en fou du Roi, prend une pause théâtrale lorsqu’il visite le Studio Topley peu après le grand bal costumé des Dufferin. William Campbell est le secrétaire particulier de lord Dufferin et un membre apprécié du personnel.

Photo noir et blanc d’un homme costumé en fou du Roi prenant la pose dans un studio de photographie. Il tient une marionnette sur pied dans sa main droite.

William Campbell, secrétaire particulier de lord Dufferin, costumé en fou du Roi, par William Topley, mars 1876. (e011091709)

Mlles Maggie Jones et Zaidee Cockburn, toutes les deux costumées en « Bonnie Fishwives of New Haven [poissonnières de New Haven] » au grand bal costumé des Dufferin. Elles attirent l’attention pendant la soirée, probablement en raison de la longueur de leurs jupes, beaucoup plus courtes que celles des robes victoriennes acceptables de l’époque.

Photo noir et blanc d’une jeune femme costumée en poissonnière et prenant la pose dans un studio de photographie. Sa main gauche est posée sur sa hanche, sa main droite tenant un poisson en papier mâché et son pied droit soulevé, appuyé sur un baril en bois.

Mlle Maggie Jones costumée en « Bonnie Fishwife of New Haven [poissonnière de New Haven] » au grand bal costumé des Dufferin. (e011091718)

Les carnavals de patinage costumés sont aussi très populaires à cette époque et, contrairement aux bals costumés, sont beaucoup plus accessibles pour les citoyens canadiens ordinaires. Dans son studio, Topley recrée les scènes extérieures de patinage pour ses modèles à l’aide d’un arrière-plan enneigé, de neige artificielle et d’une surface réfléchissante imitant la glace. Les femmes aiment porter des robes paysannes ou pastorales lors des carnavals de patinage puisqu’elles peuvent patiner plus librement avec des jupes plus courtes.

Photo noir et blanc d’une femme costumée en bergère chaussée de patins à glace dans un studio de photographie. L’arrière-plan est un paysage enneigé peint.

Mlle Fraser en bergère par William Topley, février 1889 (a138398)

Des personnages allégoriques sont aussi souvent représentés à l’occasion des bals costumés et des carnavals de patinage. Les femmes se costument en la « Nuit », la « Guêpe », l’« Alphabet » ou encore le « Dominion du Canada » comme le fait Mme Juschereau de St. Denis LeMoine au bal des Dufferin.

Photo noir et blanc d’une femme costumée en Dominion du Canada dans un studio de photographie. Sur le devant de sa robe, on aperçoit les armes du Dominion entourées de feuilles d’érable brodées. Des raquettes miniatures se trouvent sur la traîne de sa robe.

Mme Juschereau de St. Denis LeMoine costumée en Dominion du Canada par William Topley, mars 1876. (e011091705)

Photo noir et blanc d’un homme costumé en l’explorateur Jacques Cartier dans un studio de photographie.

M. Juschereau de St. Denis LeMoine costumé en l’explorateur Jacques Cartier, mars 1876. (e011091707)

Le bal costumé historique tenu le 17 février 1896 par le gouverneur général, le comte d’Aberdeen, et sa femme, lady Aberdeen, dans la salle du Sénat du Parlement original est un autre événement médiatisé. Ce bal éducatif met en scène neuf périodes de l’histoire canadienne, des Vikings aux loyalistes. Deux cent cinquante personnes exécutent une série de danses à cette occasion.

Une photographie d’un groupe représentant les voyages des Vikings à l’occasion du bal des Aberdeen illustre l’évolution de l’art photographique depuis le bal des Dufferin, tenu vingt ans plus tôt. Topley, qui photographie encore une fois les groupes dans son studio après le bal, peut enfin prendre une photo d’un groupe entier grâce aux durées d’exposition rapides. La scène est également illuminée par la lumière naturelle provenant de la fenêtre de toit aperçue dans le coin supérieur gauche de l’image.

Photo noir et blanc d’un groupe de dix-sept hommes, femmes et filles vêtus de costumes de Vikings dans un studio de photographie.

Un groupe historique représentant les voyages des Vikings en direction du Nord-Est de l’Amérique du Nord photographié au Studio Topley. Il est le premier groupe à danser — une polka énergétique — à l’occasion du bal costumé historique organisé par lord et lady Aberdeen en février 1896. La jeune fille assise au milieu est lady Marjorie Gordon, fille des hôtes vice-royaux, portant une robe blanche et dorée ainsi que les bijoux celtiques de sa mère. (a137981)

Un album souvenir est par la suite produit et vendu aux invités. Il comprend les photos des groupes historiques prises par Topley (à l’exception d’une photo) et les textes rédigés par l’historien et fonctionnaire John George Bourinot. Ce dernier avait fourni des conseils et des recommandations à lady Aberdeen dans les mois ayant précédé l’événement. Bibliothèque et Archives Canada possède une copie de cet album souvenir dans sa collection.

Toutes les images numérisées ci-dessus ont été reproduites à partir des négatifs originaux sur plaque de verre du fonds Studio Topley de BAC. Ces images, et de nombreuses autres photos prises par Topley des invités ayant pris part aux bals costumés et aux carnavals de patinage d’Ottawa, sont disponibles sur le site Web de BAC.

Les reproductions de ces négatifs originaux sur plaque de verre sont exposées dans les salles d’art canadien et autochtone du Musée des beaux-arts du Canada.


Emma Hamilton-Hobbs est archiviste en photographie à la Division des archives gouvernementales de Bibliothèque et Archives Canada.

Images de gares maintenant sur Flickr

Photo noir et blanc de l’extérieur d’une gare du Chemin de fer Intercolonial; un train est arrêté sur la gauche et un groupe de personnes se tient sur le quai, Pictou (Nouvelle-Écosse)

Gare du Chemin de fer Intercolonial, Pictou (Nouvelle-Écosse) [PA-029397]

Le Canada a déjà compté environ 1 300 gares, allant des grandes gares urbaines aux petits arrêts sur demande situés le long des rails, dans les régions éloignées ou entre deux villes.

Photo noir et blanc d’un groupe d’immigrants sur le quai de la gare Union, Toronto (Ontario)

Arrivée d’immigrants à la gare Union, Toronto (Ontario) [C-047042]

À la fois points d’arrivée et de départ, les gares sont le tout premier endroit que découvrent les voyageurs en posant le pied hors du train, et le tout dernier qu’ils voient avant de partir.

Photo noir et blanc de cinq hommes avec leurs bagages, debout à l’extérieur d’une petite gare du Chemin de fer Canadien Pacifique, Leanchoil (Colombie-Britannique)

Gare du Chemin de fer Canadien Pacifique, Leanchoil (Colombie-Britannique) [PA-023198]

Situées au cœur des communautés, elles sont un point de rassemblement pour la population, qu’elles relient aux régions environnantes.
Au tournant du 20e siècle, les compagnies de chemin de fer (comme les Chemins de fer nationaux du Canada et le Chemin de fer Canadien Pacifique) construisent des gares attirantes, à l’architecture aussi unique que distinctive.

Photo noir et blanc d’un tramway, de chevaux et de calèches à l’extérieur de la gare Windsor, Montréal (Québec)

Gare Windsor, Montréal (Québec) [PA-008678]

Visitez l’album Flickr maintenant!

Pourquoi est-ce écrit là? Découvrez le Recensement de Manitoba, Saskatchewan et Alberta, 1926 : instructions aux commissaires et énumérateurs.

Par Sara Chatfield

Pour tirer le maximum d’information d’un recensement canadien, lisez d’abord les instructions aux commissaires et énumérateurs. À première vue, cette publication peut sembler t rès aride, mais il n’en est rien! En prenant connaissance des instructions qui étaient données aux commissaires et aux recenseurs, les généalogistes pourront en apprendre davantage sur leurs ancêtres, recueillir d’autres indices et comprendre pourquoi leurs ancêtres ont répondu comme ils l’ont fait. N’oubliez pas qu’il y aura toujours des exceptions à la règle, car les recenseurs n’interprétaient pas tous les instructions de la même manière.

En voici quelques exemples intéressants :

Colonne 3 – Nom de chaque personne dans la famille, le ménage ou l’institution

Tableau de recensement intitulé « Bureau fédéral de la statistique : Recensement de Manitoba, Saskatchewan et Alberta, 1er juin 1926 » comprenant des inscriptions manuscrites dans chacune des 25 colonnes. Les colonnes contiennent des renseignements tels que le nom et le lieu de résidence, des informations personnelles, le lieu de naissance, la race et la citoyenneté, la langue et le niveau d’instruction.

Une page pour Saint-Boniface (Manitoba), tirée du recensement de 1926 du Manitoba, de la Saskatchewan et de l’Alberta. Remarquez l’inscription pour Jules Vinckier, identifié comme chef d’un ménage comprenant une domestique et une locataire. (e011228052)

Le Recensement des provinces des prairies de 1926 énumère « les noms de chaque personne qui habitait, à la date du 1er juin, 1926 avec la famille ou dans la demeure dont le recensement est à se faire… » Ce qu’il faut remarquer dans cette phrase, c’est que la personne doit désigner la résidence faisant l’objet du recensement comme son « domicile habituel ». Les généalogistes devraient garder cela à l’esprit lorsqu’ils font des recherches sur des familles ayant des enfants plus âgés, ces derniers pouvant avoir quitté le foyer familial en 1926. Cela inclut également les locataires et les personnes employées comme domestiques ou serviteurs.

Les résidences peuvent aussi être des établissements tels que « les hôpitaux, les refuges pour les pauvres, les asiles d’aliénés, les prisons, les pénitenciers, les écoles, les camps militaires, les refuges pour les vieillards, les maisons de refuge, etc. »

 Colonne 16 – Origine selon la race ou la tribu

Tableau de recensement intitulé « Bureau fédéral de la statistique : Recensement de Manitoba, Saskatchewan et Alberta, 1er juin 1926 » comprenant des inscriptions manuscrites dans chacune des 25 colonnes. Les colonnes contiennent des renseignements tels que le nom et le lieu de résidence, des informations personnelles, le lieu de naissance, la race et la citoyenneté, la langue et le niveau d’instruction.

Une page pour la réserve indienne de Jackhead (Manitoba), tirée du recensement de 1926 du Manitoba, de la Saskatchewan et de l’Alberta (e011226423)

La plupart des généalogistes trouvent extrêmement utile la colonne relative à l’origine selon la race ou la tribu. Bien que ces informations fournissent aux chercheurs des renseignements précieux sur les origines de leurs ancêtres, il faut tenir compte des instructions que recevaient les recenseurs pour bien interpréter la réponse à cette question. Selon la publication, « la race ou la tribu se retrace ordinairement par le père, soit Anglais, Ecossais, Irlandais, Gallois, Français, Allemand, Italien, Danois, Suédois, Norvégien, Bohémien, Ruthène, Bucovinien, Galicien, Bulgare, Chinois, Japonais, Polonais, Juif, etc. Une personne dont le père est Anglais mais dont la mère est Ecossaise, Irlandaise, Française ou d’autre race sera classée comme Anglaise, et ainsi pour toutes les autres races. »

Ce raisonnement ne s’applique pas aux familles autochtones. En effet, selon les instructions, « dans le cas des Indiens l’origine se retrace par la mère, et le nom de la tribu doit être donné, soit « Chippewa », « Cree », etc.

Colonne 17 – Année d’immigration au Canada

Tableau de recensement intitulé « Bureau fédéral de la statistique : Recensement de Manitoba, Saskatchewan et Alberta, 1er juin 1926 » comprenant des inscriptions manuscrites dans chacune des 25 colonnes. Les colonnes contiennent des renseignements tels que le nom et le lieu de résidence, des informations personnelles, le lieu de naissance, la race et la citoyenneté, la langue et le niveau d’instruction.

Une page pour North Battleford (Saskatchewan), tirée du recensement de 1926 du Manitoba, de la Saskatchewan et de l’Alberta (e011242806). Remarquez l’inscription pour Frank Madon et son épouse, qui semblent être nés au Canada, avoir émigré aux États-Unis où ils ont été naturalisés, puis être revenus au Canada en tant qu’immigrants en 1920.

Il pourrait sembler étonnant pour un chercheur de voir inscrite une année d’immigration pour un ancêtre né au Canada. Cette inscription s’explique probablement par les instructions données aux recenseurs selon lesquelles la colonne 17 « s’applique à toutes les personnes, sans distinction d’âge et de sexe, qui sont nées à l’étranger, et aussi aux personnes nées au Canada qui ont autrefois établi leur domicile dans un pays étranger, mais qui sont revenues au Canada. » La publication précise plus loin : « pour celles de naissance canadienne, [le recenseur donnera] l’année de leur retour au pays pour y demeurer en permanence. »

Colonne 18 – Année de naturalisation

Census chart titled “Dominion Bureau of Statistics: Census of Manitoba, Saskatchewan and Alberta, June 1, 1926” with handwritten entries for each of 25 columns. The columns include such information as name and residence, personal description, place of birth, race and citizenship, language and education.

A page for Regina, Saskatchewan, from the 1926 census of Manitoba, Saskatchewan and Alberta. Note the notation of “pa” in column 18 for Andrew Susylinski (e011245054)

Les instructions aux recenseurs précisent que l’annotation « pa » dans la colonne 18 sert à indiquer  « si une personne a demandé sa naturalisation, mais n’a pas encore son titre parfait de citoyen. » Une annotation « pa » indique au chercheur qu’il trouvera possiblement  d’autres renseignements sur son ancêtre dans les dossiers de naturalisation.

Si vous avez la curiosité de rechercher vos ancêtres dans d’autres années de recensement, nous vous invitons à consulter la page Recensements de Bibliothèque et Archives Canada.


Sara Chatfield est gestionnaire de projet à la Division des expositions et du contenu en ligne de Bibliothèque et Archives Canada.

Des images de poupées maintenant sur Flickr

Carte postale en couleur représentant une poupée, un ours en peluche et un chat dans un panier.

Carte postale de vœux de Noël [e008299729]

Les poupées peuvent représenter des figures humaines, ou parfois des animaux. Elles ont été utilisées dans des rituels magiques, lors de cérémonies religieuses et comme jouets pour les enfants. Les poupées sont présentes dans tous les pays, toutes les cultures et à toutes les époques.

On fabrique des poupées depuis de nombreuses générations dans les communautés autochtones du Canada. Ce qui différencie ces poupées, ce sont les matières utilisées pour les confectionner, notamment la fourrure, le bois, le cuir et les matériaux séchés. De 1900 à 1994, les détaillants canadiens, dont la compagnie Eaton, ont vendu des poupées importées ou fabriquées localement. D’autres commerçants vendent encore des poupées aujourd’hui.

Photographie noir et blanc d’une femme aidant un jeune enfant portant des orthèses aux jambes à marcher en se tenant à des barres parallèles. Une petite poupée est placée à l’extrémité du parcours pour motiver l’enfant.

Mme E. Parr, physiothérapeute, aide Gifford, âgé de 2 ans et demi, à marcher entre des barres parallèles à la clinique de polio de l’Hôpital général de Sudbury (Ontario) [e011175909]

Photographie noir et blanc d’un garçon et d’une fille tenant et examinant trois poupées.

Enfants examinant les poupées de Mme Betsy Howard à l’extérieur de son atelier en bordure de la route, Nanoose Bay (Colombie-Britannique) [e011176293]

L’industrie canadienne de la poupée connaît un essor remarquable du début des années 1910 jusque vers 1930. Elle rivalise avec les fabricants de jouets des États-Unis et d’autres pays dans le monde. Au cours de cette période, des entreprises comme la Dominion Toy Company, la Commercial Toy et la Bisco Doll Company ont graduellement fermé leurs portes pour diverses raisons liées à la concurrence. Le fabricant canadien qui a duré le plus longtemps est la Reliable Toy Company, qui mettra fin à ses activités dans les années 1990. De nouveaux matériaux pouvant servir à la confection des poupées, dont le plastique et le vinyle, font leur apparition dans les années 1930 à 1950. Ils sont encore utilisés aujourd’hui pour fabriquer des poupées jouets ou des poupées artistiques.

Photographie noir et blanc d’une femme brossant les cheveux d’une poupée. La tête de la poupée est montée sur un piquet de bois.

Une tête de poupée [e011176357]

Visitez l’album Flickr maintenant!

Émancipation des Premières Nations

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.Par Jasmine Charette

Le concept de l’identité dans le contexte canadien m’a toujours fascinée. J’adore me renseigner sur la façon dont les gens se servent de leur identité pour nouer des relations dans leur communauté ou pour rompre ces mêmes liens afin d’être perçus différemment. Toutefois, cela ne s’est pas toujours fait de manière juste ou volontaire. Vous voulez un exemple frappant? L’émancipation des Premières Nations.

De quoi s’agit-il?

L’émancipation signifiait, aux yeux du gouvernement, la perte du statut légal d’Indien en vue de l’obtention de la citoyenneté canadienne et de tous les droits et privilèges s’y rattachant. Ce processus a été entériné dans la Loi sur les Indiens de 1876, qui regroupait plusieurs parties de lois coloniales en vigueur à cette époque

Page dactylographiée en noir et blanc tirée du texte d’une loi.

Une page de la Loi sur les Indiens publiée dans les Statuts du Canada, 1876 (Notre mémoire en ligne)

L’émancipation pouvait être demandée par n’importe quel Autochtone, pourvu qu’il respecte certaines exigences : âge, sexe et compétence en français ou en anglais. Une personne ne faisant pas partie de la bande, comme un prêtre ou un agent des Indiens, devait déterminer l’aptitude de l’Autochtone souhaitant être émancipé. Certains documents révèlent que des Autochtones — selon leurs propres mots ou la correspondance des agents des Indiens — souhaitaient être émancipés pour les titres fonciers et les fonds des bandes. La perte du statut légal voulait dire qu’ils n’étaient plus assujettis à la Loi sur les Indiens.

De nombreuses personnes ont été émancipées contre leur gré, dont certaines en raison de leur carrière (avocats, médecins ou membres du clergé). D’autres l’ont été parce qu’ils ont fréquenté une université ou participé à la Première ou à la Deuxième Guerre mondiale, ou tout simplement parce qu’un agent des Indiens les jugeait suffisamment « civilisés ». Puis, l’émancipation obligatoire a visé les femmes autochtones mariées à un homme sans statut d’Indien (voir ci-dessous les modifications apportées à la Loi sur les Indiens, en 1985).

Qu’est-ce que cela veut dire pour les Autochtones?

La Loi sur les Indiens était et est toujours perçue comme étant véritablement contraignante pour les Autochtones. La perte d’identité a eu diverses répercussions, y compris l’inadmissibilité aux services sociaux, la perte des droits de chasse et des droits fonciers et, pour nombre d’entre eux, la distance physique et intangible les séparant de leurs demeures et de leurs cultures. Il existe des exemples dans les dossiers des Conseils des chefs où l’émancipation d’individus a été refusée, car les chefs ne croient pas que l’Acte du cens électoral s’applique à ces personnes, par crainte que des terres puissent être vendues et que la communauté soit perdue.

Pour certains, l’émancipation constituait une violation directe d’accords précédents. Une pétition provenant des membres mohawks de la Confédération des Cinq Nations (aujourd’hui,Six Nations of the Grand River) révèle l’existence d’un traité avec les Britanniques selon lequel ces derniers n’essaieraient jamais de faire des Autochtones des sujets britanniques. L’émancipation brisait cette promesse.

Reproduction noir et blanc d’une pétition manuscrite adressée à Son Excellence le très honorable lord Stanley, gouverneur général du Dominion du Canada.

: Organisation des Six Nations — Correspondance concernant une pétition provenant des Indiens des Six Nations visant à ce qu’ils soient exemptés des dispositions de l’Acte du cens électoral de 1885. (e006183352)

Cette mesure visait-elle uniquement les personnes?

Dans un cas, une bande complète a été émancipée : la bande de Michel dans le nord de l’Alberta. Un décret prévoyait l’émancipation de tous les membres admissibles de la bande de Michel, le 31 mars 1958.

Texte dactylographié en noir et blanc décrivant l’affectation des fonds de la bande de Michel et des terres de la réserve indienne de Michel n° 132.

Légende : Annexe B du plan pour l’affectation des fonds de la bande de Michel et des terres de la réserve indienne de Michel n° 132, 31 mars 1958. RG2-A-1-a. Volume 2215. Création 1958-375. (Notre mémoire en ligne)

Cet ordre d’émancipation a partagé les terres de la réserve entre les membres émancipés, ce qui a provoqué le démantèlement complet de la bande. Trois ans plus tard seulement, cette émancipation obligatoire a été révoquée. Certains membres de l’ancienne bande de Michel tentent toujours aujourd’hui de retrouver leur statut de bande (en anglais seulement).

Pourquoi cela est-il pertinent aujourd’hui?

Lorsque les articles sur l’émancipation de la Loi sur les Indiens ont été révoqués en 1985, ils ont été remplacés par ce que nous appelons aujourd’hui le statut d’Indien. Il était alors impossible d’abandonner son statut, et de nombreux Autochtones émancipés ont retrouvé leur statut au moyen de diverses dispositions figurant dans l’abrogation de 1985, et de modifications subséquentes apportées à la Loi sur les Indiens. La discrimination fondée sur le sexe se trouvant dans la Loi a été éliminée et le statut d’Indien a été redonné aux femmes l’ayant perdu en raison de leur mariage à un non-Autochtone ou de la disposition « mère grand-mère » de 1951 (leur statut était perdu à l’âge de 21 ans si la mère et la grand-mère paternelle avaient acquis le statut d’Indien par mariage).

Vous avez des questions sur l’émancipation?

Les Services de référence peuvent répondre à vos questions et vous aider à trouver des archives et des publications, y compris des documents sur l’émancipation. Posez-nous une question; nous y répondrons avec plaisir!

Sources

Ce blogue fait partie d’une série portant sur les Initiatives du patrimoine documentaire autochtone. Apprenez-en plus sur la façon dont Bibliothèque et Archives Canada (BAC) améliore l’accès aux collections en lien avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Voyez aussi comment BAC appuie les communautés en matière de préservation d’enregistrements de langue autochtone.  


Jasmine Charette est archiviste de référence à la Division des services de référence, Direction générale des services au public, Bibliothèque et Archives Canada.

Une colonie française de pêcheurs à Plaisance (Terre-Neuve)

Par Valerie Casbourn

Saviez-vous que Bibliothèque et Archives Canada (BAC) conserve des documents sur les débuts de la période coloniale française au Canada? Certains peuvent être consultés en ligne, dont ceux sur la colonie française de Plaisance à Terre-Neuve (1662-1713) et sur les pêcheurs de morue français établis dans la région de l’Atlantique.

Au fil du 17e siècle, la pêche terre-neuvienne à la morue gagne en importance pour l’industrie européenne de la pêche. La France est l’un des nombreux pays à lutter pour sa part de marché. En 1662, elle fonde une ville de garnison à Plaisance, sur la rive ouest de la péninsule d’Avalon, à Terre-Neuve. Elle souhaite ainsi faciliter l’accès de sa flotte marchande au secteur.

Le site de Plaisance est choisi pour sa proximité avec les richesses halieutiques, son port abrité et relativement libre de glace, et son emplacement stratégique. Au fil du temps, la colonie se dote de fortifications militaires et sert de base aux pêcheurs français, hébergeant même une petite population permanente.

Une illustration en couleur, faite à la main qui montre la rive avec des personnes sur un échafaud en bois qui travaillent à nettoyer et à sécher la morue à Terre-Neuve.

Vue d’un échafaud et également de la façon de pêcher, de nettoyer et de sécher la morue à Terre-Neuve. (c003686) Une copie numérisée de la carte L’Amerique, divisee selon l’etendue de ses Principales Parties, et dont les Points Principaux sont placez sur les Observations de Messieurs de L’Academie Royale des Sciences. Dressee Par N. de Fer, Geographe de Monseigneur le Dauphin peut être consultée sur le site Web d’Osher Map Library (en anglais).

Cela dit, tant les Français que les Anglais établissent des colonies le long de la côte sud-est de Terre-Neuve, empiétant par le fait même sur le territoire autochtone des Béothuks et des Mi’kmaqs. On a consigné peu d’interactions entre Français et Béothuks, ces derniers s’éloignant du rivage et de ses ressources pour éviter les colons européens. Avant l’arrivée des colonies, les Mi’kmaq naviguaient en canot les eaux entre Cape Breton et Terre-Neuve. Ils nouent des relations amicales avec les Français, devenant des alliés militaires et des partenaires commerciaux de premier plan.

La petite colonie de Plaisance fait face à de nombreuses difficultés pendant ses premières décennies d’existence. Sa population est mal approvisionnée, et l’efficacité de ses premiers gouverneurs laisse à désirer. Mais elle prospère malgré tout et, dans les années 1690, attire l’attention de l’administration française, qui accorde alors une grande importance à la pêche dans l’Atlantique.

L’économie de Plaisance repose principalement sur la pêche à la morue. Un petit groupe de personnes (les « habitants-pêcheurs ») vit en permanence dans la colonie, dont la population croît temporairement chaque année avec l’arrivée, pendant la belle saison, de la flotte marchande en provenance des ports français. Car l’été est une saison très occupée : l’effectif saisonnier s’active pour pêcher et faire sécher les prises. En plus de cette main-d’œuvre supplémentaire, Plaisance dépend de la flotte marchande pour obtenir de la nourriture et divers produits, ainsi que pour acheminer et vendre le poisson en Europe.

À l’époque de la colonie, des conflits marquent les relations entre Français et Anglais, de même qu’entre Mi’kmaqs et Anglais. Au tournant du 18e siècle, les Français et les Mi’kmaqs mènent des raids, seuls ou ensemble, contre les colonies anglaises de la péninsule d’Avalon. Puis, en 1713, la guerre de Succession d’Espagne s’achève avec la signature du traité d’Utrecht, par lequel la France cède Terre-Neuve à l’Angleterre.

Les Anglais prennent alors possession de Plaisance, qu’ils renomment Placentia. La plupart des colons français quittent l’endroit et vont s’établir plus au sud, à Louisbourg, dans la colonie française d’Île Royale (de nos jours Cap-Breton). Là, ils continuent de travailler dans l’industrie de la pêche à la morue, les Français ayant conservé leurs droits de pêche au large de Terre-Neuve. Ils transforment et font sécher le poisson le long de la rive, qui prend le nom de « côte française ».

Carte marine sur papier vélin, à l’encre de couleur, montrant le littoral de Terre-Neuve, l’Acadie et le golfe du Saint-Laurent.

Carte marine du littoral de Terre-Neuve, de l’Acadie et du golfe du Saint-Laurent, réalisée après 1713; la carte montre Plaisance et Louisbourg (e011182107)

Documents conservés à Bibliothèque et Archives Canada

BAC conserve dans son fonds des colonies (MG1) de nombreux documents sur la colonie de Plaisance. On y trouve des copies et des transcriptions de textes portant sur les débuts de la période coloniale française au Canada : correspondance, rapports, journaux, directives, documents sur les fortifications et le commerce, registres de l’état civil et documents notariés. Les originaux sont conservés aux Archives nationales d’outre-mer, à Aix-en-Provence, en France.

BAC offre en ligne nombre de ces documents numérisés, que vous trouverez avec l’outil Recherche dans la collection. Utilisez des mots-clés, par exemple « MG1 Plaisance » ou « MG1 pêche » (sans les guillemets), puis sélectionnez « Archives » dans le menu déroulant. En précisant « MG1 », vous limiterez les résultats aux documents du fonds des colonies; vous trouverez davantage de résultats si vous ne l’incluez pas. Les mots-clés « pêche », « Terre-Neuve » et « morue » fonctionnent bien.

Ressources connexes


Valerie Casbourn est archiviste à Halifax, au sein des Services régionaux de Bibliothèque et Archives Canada.

Des images de stationnement maintenant sur Flickr

Photographie noir et blanc d’un double parcomètre en bordure d’une rue. En arrière-plan, on voit une charrette tirée par un cheval circulant dans la rue et des automobiles stationnées de biais près du trottoir.

Charrette tirée par un cheval passant près d’un double parcomètre, Charlottetown (Île-du-Prince-Édouard) [e011176837]

The term “park” has its origins in Middle English, Old French, German and Latin. Its original use referred to land used by royalty to keep their game animals safe. “Park” was even used by the military to mean an area where vehicles, supplies and weapons were stored.

Today, the verb form of “park” has a different meaning: a driver stops a vehicle and leaves it temporarily in a “parking lot” or on the side of the road.

Photographie noir et blanc d’une rue bordée d’arbres avec une longue rangée d’autos stationnées de biais le long du trottoir.

Stationnement sur la rue Wellington, Ottawa (Ontario) [PA-034203]

If you live in a large urban setting, parking is easier said than done, and consumes many commuters’ time! It sometimes seems that there are more vehicles than parking spots in a city.

Photographie noir et blanc d’un grand parc de stationnement rempli à pleine capacité à l’Exposition nationale canadienne, à Toronto.

Parc de stationnement à l’Exposition nationale canadienne, Toronto (Ontario) [PA-052987]

Visitez l’album Flickr maintenant!

Pas besoin de gants blancs

Par Alison Harding-Hlady

On nous demande souvent pourquoi nos restaurateurs et nos bibliothécaires ne mettent pas de gants lorsqu’ils manipulent des livres rares ou fragiles. Question pertinente puisque, dans les films et les séries télévisées, les restaurateurs de livres rares portent toujours des gants blancs pour manipuler des artéfacts inestimables. C’en est devenu une scène emblématique! Mais la réponse à cette question est simple : c’est mieux pour les livres!

Il faut bel et bien se servir de gants protecteurs pour travailler avec certaines archives, dont des œuvres d’art ou des photographies. Toutefois, pour les livres rares, les normes de l’industrie recommandent les mains nues, propres et sèches. Les guides (en anglais seulement) publiés par la Bibliothèque nationale britannique et la Bibliothèque du Congrès ne se contentent pas de préconiser la manipulation des documents à mains nues : ils déconseillent les gants, qui peuvent être plus nuisibles qu’utiles.

Avez-vous déjà essayé de lire un livre ou d’accomplir une tâche de motricité fine avec des gants? C’est impossible! Il est beaucoup plus difficile de contrôler ses mouvements ou de tourner les pages. Vous avez donc plus de chance d’échapper le volume, de déchirer une page ou de causer d’autres dommages. Lorsqu’un restaurateur effectue une réparation délicate et complète, il faut absolument qu’il puisse toucher au papier et faire preuve d’une grande dextérité.

Photo couleur d’une personne se tenant debout devant une table dans le laboratoire de restauration des livres, réparant le dos d’un volume.

Manise Marston, restauratrice de livres en chef, travaillant dans le laboratoire des livres de BAC.

Les gants ne sont pas toujours propres et peuvent laisser des peluches ou de la saleté sur les livres. Ils peuvent aussi réchauffer les mains, et leur coton mince ne bloque habituellement pas la sueur. De plus, la reliure et les pages d’un livre sont robustes et conçues pour être touchées. N’oubliez pas que les livres rares ajoutés à la collection sont fréquemment manipulés depuis des siècles. Avec un peu de soin et de
prudence, d’innombrables personnes pourront en faire autant pendant des centaines d’années encore!

Photo couleur en gros plan montrant des mains qui tiennent un livre somptueusement décoré.

Détail d’une édition de 1758 de Paradise Lost conservée dans la collection des livres rares de BAC. No OCLC : 228137

Bien entendu, des précautions sont nécessaires pour manipuler des livres rares. Les mains doivent être propres et sèches; les crèmes et tout autre produit sont à éviter. Il faut se servir de porte-livres ou de supports adéquats, tourner les pages lentement et ne jamais ouvrir un volume au point de faire forcer sa reliure et son dos. Il est important de manipuler le livre le moins possible, toujours avec le plus grand soin.

Faut-il parfois mettre des gants? Oui. Si l’ouvrage comprend des œuvres d’art ou des photos originales, si la reliure contient des éléments en métal ou d’autres matériaux inhabituels, ou s’il semble y avoir un contaminant quelconque, comme de la moisissure, le port de gants peut être conseillé. Cependant, la pratique courante à BAC et dans les institutions semblables ailleurs dans le monde consiste à ne pas porter de gants pour manipuler ces articles à la fois magnifiques, précieux et fascinants de notre collection.

Photo couleur de deux pages de texte illustrées dans un ouvrage ancien.

Un exemplaire de 1482 du livre Elementa d’Euclide, conservé dans la collection des livres rares de BAC. No OCLC : 1007591701


Alison Harding-Hlady est bibliothécaire principale au catalogage et responsable des livres rares et des collections spéciales à la Direction générale du patrimoine publié de Bibliothèque et Archives Canada.

De l’assimilation à la négociation : documents numérisés de la Commission des revendications des Indiens (années 1970)

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.

Par Marko Davidovic

La création de la Commission des revendications des Indiens, dans les années 1970, a l’effet d’un coup de tonnerre. Pourtant, elle est annoncée dans une simple note de bas de page du Livre blanc de 1969 rédigé par l’administration de Pierre Elliott Trudeau (intitulé La politique indienne du gouvernement du Canada). Ce document d’assimilation explosif décrit l’intention du gouvernement d’abolir le statut d’Indien, la Loi sur les Indiens et les réserves.

Sa publication soulève un tollé et mobilise la résistance d’un océan à l’autre. Soudainement, toutes les communautés des Premières nations au Canada, sans exception, font face à une menace concrète. Leur assimilation dans le système politique canadien est annoncée : il n’y aura plus de traitement spécial, ni de ministère des Indiens, ni de « problèmes de l’Indien ».

Les vagues soulevées par les organismes panautochtones se transforment en raz de marée qui balaye le Livre blanc sur son passage (la politique est retirée, non sans embarras, en 1970). Le mouvement ne s’arrête pas là, et les Inuits et les Métis unissent leurs voix à celles des Premières Nations.

Les événements de cette période ont encore des conséquences aujourd’hui. Par exemple, l’affaire Calder mène à la reconnaissance du titre foncier autochtone, et on assiste à la création d’organismes autochtones provinciaux et nationaux, dont les ancêtres de l’Assemblée des Premières Nations, de l’Inuit Tapiriit Kanatami et du Ralliement national des Métis. Ces années sont marquées par des mouvements de résistance, voire des conflits ouverts, découlant de l’opposition toujours croissante contre les politiques et les mesures gouvernementales.

Une note de service tapuscrite, datée du 12 mars 1973, rédigée par Andrew Rickard, président du Grand conseil du traité no 9, au nom de son peuple. L’auteur dévoile ses intentions et ses attentes relatives à une collaboration avec tous les ordres de gouvernement.

Une note de service d’Andrew Rickard, président du Grand conseil du traité no 9 (de nos jours la Nation nishnawbe-aski), datée du 12 mars 1973. Bibliothèque et Archives Canada, page 3 (e011267219)

Ironiquement, la Commission des revendications des Indiens, une simple procédure inscrite dans une note de bas de page pour régler des détails et mettre fin aux revendications des Autochtones, est possiblement le legs le plus important de la politique de 1969. Des sources primaires récemment numérisées décrivent la période tumultueuse des années 1970 et l’étonnant succès de la Commission. Celle-ci s’adapte au contexte politique et assume un rôle de médiateur entre l’État et les communautés autochtones, préparant ainsi le terrain pour les processus de revendication modernes au Canada.

La collection

La Commission est essentiellement le travail d’un seul homme.

Une page de texte tapuscrit avec une photo de Lloyd I. Barber en haut au centre. C’est un homme d’âge moyen avec les cheveux coupés en brosse, portant un complet-cravate et parlant au téléphone.

Notice biographique et photo de Lloyd I. Barber pour un discours prononcé lors d’une conférence. Bibliothèque et Archives Canada, page 77 (e011267331)

Le chercheur Lloyd I. Barber est né à Regina et vit à Saskatoon. Quand il prend ses fonctions de commissaire des revendications des Indiens, son mandat a déjà changé. Plutôt que de traiter et conclure des revendications, il étudie des histoires, évalue des griefs et établit des relations. Il écrit constamment à Ottawa ainsi qu’aux chefs autochtones les plus éminents.

Dans bon nombre de ses lettres, il montre qu’une partie importante de son travail consiste à limiter les dégâts. Sa relative indépendance face à Ottawa lui offre une marge de manœuvre pour faire entendre les demandes de justice et d’équité formulées par les communautés autochtones, un rôle qu’il assume sans hésiter.

Lettre tapuscrite datée du 22 novembre 1974 envoyée par le commissaire des revendications des Indiens, Lloyd I. Barber, au sous-ministre des Affaires indiennes et du Nord canadien, Judd Buchanan. L’auteur demande au gouvernement fédéral de défendre les droits autochtones issus de traités contre les violations provinciales.

Lettre du commissaire Lloyd I. Barber à Judd Buchanan, sous-ministre des Affaires indiennes et du Nord canadien, portant sur les droits de chasse, de pêche et de trappe des Premières Nations des Prairies. Bibliothèque et Archives Canada, page 35 (e011267232)

Barber, un professeur de commerce expérimenté, adopte dans toutes ses lettres un ton patient, calme, rassurant et souvent contrit. Il incarne la sensibilité et la sympathie, prenant soin d’utiliser un langage simple qui se démarque de celui des bureaucrates et des fonctionnaires. Sa personnalité ressort de tous les documents du fonds; elle est intimement liée aux réussites de la Commission.

Une coupure de journal du Native Press, datée du 18 novembre 1974, portant sur un discours prononcé par Lloyd Barber à Yellowknife. La démarche d’assimilation du gouvernement envers les Autochtones y est décrite comme insuffisante et dangereuse.

Coupure de journal du Native Press datée du 18 novembre 1974, portant sur un discours prononcé par Lloyd Barber à Yellowknife. Bibliothèque et Archives Canada, page 59 (e011267332)

La réussite de la Commission repose sur les dialogues établis par Barber. À cet égard, les documents de recherche et de référence sont révélateurs. La Commission a recueilli de nombreux documents classés par province, par bande et par revendication : des sources historiques remontant jusqu’au début du 19e siècle, des transcriptions de débats parlementaires et d’innombrables coupures de journaux, provenant souvent de quotidiens autochtones locaux.

Ces coupures offrent un aperçu des enjeux qui entourent les relations houleuses entre les Autochtones et les non-Autochtones dans les années 1970. Elles reflètent également une autre fonction de la Commission : celle-ci ne se contente pas d’évaluer les politiques et la logistique liées aux revendications territoriales; elle examine aussi la perception de ces enjeux au sein du public, en particulier dans les communautés autochtones. Les articles publiés dans les médias montrent dans quel contexte s’inscrivent les recommandations générales de la Commission et ses interventions concrètes dans le cadre de certains griefs.

Un exemple de coupure de journal recueillie par le commissaire Barber dans des médias locaux.

Coupure de journal portant sur la Déclaration des Dénés de 1975. Bibliothèque et Archives Canada, page 21 (e011267159)

En 1977, la Commission des revendications des Indiens dépose un rapport percutant résumant ses constatations et ses recommandations. Elle est ensuite remplacée par la Commission des droits des Indiens du Canada, qui poursuit le travail de Barber et renforce les relations établies.

La Commission Barber, entourée de conflits et de contradictions, parvient non seulement à gérer la situation précaire entre le gouvernement et les communautés autochtones, mais aussi à transformer les protestations des années 1970 en occasions de dialogue et de négociation. Elle demeure un facteur déterminant dans cette période cruciale des relations entre l’État et les Autochtones.

Ce blogue fait partie d’une série portant sur les Initiatives du patrimoine documentaire autochtone. Apprenez-en plus sur la façon dont Bibliothèque et Archives Canada (BAC) améliore l’accès aux collections en lien avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Voyez aussi comment BAC appuie les communautés en matière de préservation d’enregistrements de langue autochtone.


Marko Davidovic est adjoint aux archives pour l’initiative de numérisation du patrimoine autochtone Nous sommes là : Voici nos histoires au sein de la Direction générale des services au public à Bibliothèque et Archives Canada.

C’est une question de point de vue

Par Kristen Ann Coulas

Pour paraphraser l’héroïne d’Aminata, roman primé de Lawrence Hill, on sollicite rarement notre imagination pour essayer de comprendre les autres. La plupart d’entre nous seront sans doute d’accord : même quand on tente de se mettre dans la peau d’autrui, il est difficile de saisir des concepts que l’on ne connaît pas ou ne comprend pas. C’est pourquoi il est si important d’avoir une littérature riche alimentée par des auteurs de tous horizons.

La magie qui opère quand on se plonge dans leurs univers change notre point de vue sur le monde. Tout à coup, on voit les choses en profondeur et les nuances se multiplient. Élargir sa vision du monde, c’est s’enrichir soi-même, devenir de meilleurs amis et de meilleurs voisins.

Voici quelques œuvres récentes d’auteurs qui ont ajouté leur voix au catalogue collectif national.

Essai

I’ve Been Meaning to Tell You: A Letter to My Daughter, David John Chariandy

ISBN : 978-0-771018-07-7

https://bac-lac.on.worldcat.org/oclc/1027055103

https://bac-lac.on.worldcat.org/oclc/1027055103?lang=fr

Fils d’immigrants noire et sud-asiatique de Trinité, David Chariandy laisse de côté les récits qui lui ont valu plusieurs prix pour se pencher sur son histoire personnelle et ancestrale. Dans cet essai touchant qu’il dédie à sa fille, l’auteur parle de ce qu’il fait pour rester fidèle à son identité culturelle et la cultiver tout en vivant au Canada.

A Mind Spread Out on the Ground, Alicia Elliott

ISBN : 978-0-385692-38-0

Audacieuse, l’auteure tuscarora Alicia Elliott ouvre son cœur et met au jour des détails intimes de sa propre vie et de son expérience des traumatismes intergénérationnels pour livrer un point de vue qui lui est propre dans le livre A Mind Spread Out on the Ground. Elle examine la vie sous toutes ses facettes, prenant de front les questions difficiles et des sujets comme l’héritage du colonialisme.

Forgiveness, Mark Sakamoto

ISBN : 978-1-443417-97-6

L’auteur invite les lecteurs à découvrir le passé de sa famille, de l’expérience de son grand-père, qui fut un prisonnier de guerre canadien par l’armée japonaise, à celle de sa grand-mère, qui vécut l’internement des Canadiens d’origine japonaise par le gouvernement du Canada durant la Deuxième Guerre mondiale. Il y découvre un fil conducteur, le pardon, dont il retrace le parcours jusqu’à sa propre vie. Gagnant d’un Combat des livres en 2018, Forgiveness est une histoire familiale décryptée.

Étienne Boulay : le parcours d’un battant, Marc-André Chabot

ISBN : 978-2-764812-82-2

Cette œuvre récente de Marc-André Chabot décrit le tortueux combat de son ami Étienne Boulay contre la dépendance. Mais loin de se focaliser sur la toxicomanie, le livre jette un regard franc sur la manière dont la vie de cet ami a façonné l’homme qu’il est devenu, montrant au passage l’importance de pouvoir compter sur une équipe solide.

Poésie

heft, Doyali Islam

ISBN : 978-0-771005-59-6

À la fois lyrique et novateur, heft, deuxième recueil de la poète primée Doyali Islam, comprend des œuvres conçues dans le style de « poésie parallèle » qui lui est propre. Les poèmes ont notamment été publiés dans la Kenyon Review Online et The Fiddlehead, et certains d’entre eux ont remporté des concours et des prix d’envergure nationale.

This Wound is a World, Billy-Ray Belcourt

ISBN : 978-1-927823-64-4

Lauréat de plusieurs prix, le poète Billy-Ray Belcourt figurait en 2016 sur la liste des auteurs autochtones à surveiller de CBC Books. Ce recueil éblouissant aborde avec brio les thèmes de l’identité queer, du désir et de la survivance. En 2018, This Wound is a World a remporté le prix Griffin pour la poésie et le prix littéraire Robert-Kroetsch de la ville d’Edmonton.

Fiction

Things Are Good Now, Djamila Ibrahim

ISBN : 978-1-487001-88-9

Things are Good Now est le premier recueil de nouvelles de Djamila Ibrahim, auteure d’origine éthiopienne arrivée au Canada en 1990. Elle y explore des thèmes comme le remords, la race, l’espoir, l’amitié, les relations humaines et le pouvoir de la mémoire, tout cela à travers la lunette de l’immigration. Chacune des histoires du recueil, aussi enlevantes que poignantes, dégage une authenticité qui fait douter de sa nature fictionnelle.

Saints and Misfits, S. K. Ali

ISBN : 978-1-481499-24-8

Saints and Misfits est l’émouvant récit d’une jeune musulmane et de son passage à l’âge adulte. Ce roman pour jeunes adultes s’attaque à des problèmes bien concrets et difficiles : agression sexuelle et abus de pouvoir s’y mêlent à l’exploration des thèmes de l’anxiété et de l’identité à l’adolescence. Respirant l’espoir et le dévouement, le premier roman de S. K. Ali mérite amplement la place qu’il a occupée sur la liste préliminaire du Combat des livres en 2018.

Thelma, Louise et moi, Martine Delvaux

ISBN : 978-2-924666-55-5

Dans ce saisissant portrait du féminisme, Martine Delvaux se penche sur l’influence du film Thelma et Louise. Elle explore l’évolution de sa propre perspective sur l’œuvre en racontant des anecdotes du film et en dévoilant ses réflexions personnelles. Thelma, Louise et moi nous rappelle l’importance de s’affirmer face à une société qui est toujours là pour nous faire douter de nous-mêmes.

Jeunesse

Takannaaluk, Herve Paniaq, illustrations de Germaine Arnaktauyok

ISBN : 978-1-772271-81-2

Ce magnifique album raconte les origines de Takannaaluk, mère des mammifères marins et plus importante figure de la mythologie inuite. La verve saisissante d’Herve Paniaq, aîné respecté, s’anime à travers les illustrations de la célèbre artiste inuite Germaine Arnaktauyok.

Visitez une bibliothèque près de chez vous pour emprunter ces livres, ou consultez le nouveau catalogue de Bibliothèque et Archives Canada, Aurora.


Kristen Ann Coulas est bibliothécaire responsable des acquisitions à Bibliothèque et Archives Canada

%d blogueurs aiment cette page :