Des portraits et des lieux : le fonds Gabor Szilasi

Par Jill Delaney

C’est avec plaisir que Bibliothèque et Archives Canada (BAC) annonce une importante acquisition, soit un lot de photographies de Gabor Szilasi représentant l’ensemble de son œuvre (1954-2016), dont approximativement 80 000 négatifs et 41 photographies. Cette acquisition contribuera à la préservation de son legs et permettra à la population canadienne et aux chercheurs étrangers de découvrir toute la profondeur et l’envergure de la carrière et de la vision de ce photographe d’exception. Le fonds Gabor Szilasi renferme maintenant ses premières images réalisées en Hongrie, les négatifs de tous ses projets personnels en terre canadienne, ainsi que les photographies prises lors de ses visites en Hongrie et de ses voyages à l’étranger, y compris en Italie, en Pologne, en France et aux États-Unis.

Gabor Szilasi voit le jour en 1928 à Budapest, en Hongrie. Sa mère est violoniste à l’Orchestre symphonique de Budapest, et le foyer et la société dans lequel il grandit valorisent la musique, les arts et la culture (Szilasi sera lui-même clarinettiste dans un orchestre amateur à Montréal pendant plusieurs années). Sa mère connaît une fin tragique dans un camp de concentration, et sa sœur et son frère meurent de maladie pendant la Deuxième Guerre mondiale.

La Hongrie est réputée pour produire d’excellents photographes, dont André Kertesz, Brassaï, Lászlō Moholy-Nagy et Robert Capa. Pourtant, pour Gabor Szilasi, le chemin vers la carrière de photographe est loin d’être tout tracé. En effet, il s’inscrit dans une école de médecine en 1948, mais doit interrompre ses études alors qu’il tente d’échapper au nouveau régime communiste en 1949. Il est emprisonné durant cinq mois et se voit interdire de poursuivre ses études universitaires et tout travail professionnel. Après sa libération, il travaille à la pièce et comme manœuvre, mais passe en même temps de nombreuses heures à l’Alliance Française (un réseau international de centres axés sur la promotion de la langue et de la culture françaises). Il obtient ainsi l’accès à une bibliothèque renfermant de nombreux livres de photographie. Il fait l’acquisition de son premier appareil photo en 1952 et commence alors à croquer sur le vif des scènes de ville et de ses vacances, ainsi qu’à photographier sa famille et ses amis. On peut sentir dans les premières images de Gabor Szilasi l’influence des photographes hongrois, mais aussi celle du cinéma néoréaliste italien qu’il affectionne, tout comme son intérêt pour la représentation des gens « ordinaires ».

Photo noir et blanc de trois femmes en maillot de bain, prenant la pose sur un quai.

Au lac Balaton, en Hongrie, vers 1954-1956. Photo : Gabor Szilasi (e011435661)

Gabor Szilasi tente à nouveau de fuir le pays, peu après la révolution hongroise de 1956. Le fonds détenu à BAC renferme les négatifs des photos qu’il a prises à Budapest pendant cette période de grand chaos, dont celles montrant l’intervention de l’armée soviétique pour réprimer les manifestations. Il se réfugie en Autriche quelques jours plus tard. Son père vient le rejoindre peu de temps après et fait passer clandestinement les négatifs en question dans la couche du bébé d’un ami.

Photo noir et blanc d’une foule entourant un monument renversé. Des hommes se tiennent debout sur le monument, regardant vers le bas.

Foule prenant d’assaut un monument en hommage à Staline, Budapest, 1956. Photo : Gabor Szilasi (e011313448)

En 1957, Gabor Szilasi et son père débarquent à Halifax en tant que réfugiés. L’artiste est alors envoyé directement dans un sanatorium afin d’y être traité pour la tuberculose. Au cours de l’année suivante, il profite de sa convalescence pour apprendre le français et l’anglais et se plonger dans les images et les photoreportages de revues telles que Life, Paris Match et Saturday Night. Son père, Sandor Szilasi, trouve du travail dans le secteur de la foresterie. Une fois rétabli, Gabor Szilasi décroche lui aussi un emploi et se remet à la photographie. Il fait alors la rencontre de divers photographes québécois, qui l’encouragent à poursuivre dans cette voie. En août 1958, à l’occasion de la 20e édition annuelle du concours national de photographie de journal, une photographie prise à Budapest lui vaut son premier prix canadien.

En janvier 1959, Gabor Szilasi obtient à Montréal son premier emploi en photographie en tant que technicien de chambre noire au Service de ciné-photographie du Québec, qui deviendra plus tard l’Office du film du Québec (OFQ). Il est rapidement promu photographe, et ses activités l’amènent à se déplacer fréquemment partout en province.

Il continue d’étudier les œuvres d’autres photographes, constituant au fil du temps une impressionnante bibliothèque personnelle sur le sujet. Au cours de cette période, il est influencé par des photographes comme Paul Stand et Walker Evans, dont les portraits de la « vie quotidienne de gens ordinaires » jouent un rôle de premier plan dans le développement du documentaire social du milieu du 20e siècle. Dans ses déplacements pour l’OFQ, l’artiste développe une fascination pour le parler provincial et pour les habitants et les lieux du Québec rural, et il y découvre une culture et un mode de vie qui n’ont rien de commun avec ce qu’il a connu à Budapest.

Au début des années 1970, il obtient son premier poste d’enseignant en photographie, au Cégep du Vieux-Montréal (1971-1979), puis il enseigne à l’Université Concordia (1980-1995). Au cours de cette période, l’artiste entreprend un projet personnel dans les régions et crée une série de portraits et de panoramas remarquables qui lui valent une reconnaissance nationale et internationale. S’armant d’un appareil 4×5 et d’un trépied, de sa curiosité (l’artiste se qualifie lui-même de « fouineur »), de son affabilité et de son charme discret, il se rend entre autres à l’Isle-aux-Coudres, dans Charlevoix et dans Lotbinière et obtient des habitants qu’ils lui ouvrent la porte de leurs maisons et de leurs commerces. Son travail attire alors l’attention du milieu canadien de la photographie et des archivistes des Archives publiques du Canada (aujourd’hui Bibliothèque et Archives Canada). En 1975 et en 1982, les Archives publiques du Canada font l’acquisition de 51 des photographies prises par Gabor Szilasi.

Photo noir et blanc d’un homme se tenant dans l’embrasure d’une porte, la main gauche appuyée sur la hanche. Il porte une casquette de baseball et des bretelles, et il sourit à l’objectif. Des fleurs et un drapeau du Québec encadrent la porte.

Portrait de Louis-Philippe Yergeau, 1977. Photo : Gabor Szilasi (e011435658)

La composition des photos de l’artiste est soignée et révélatrice de l’environnement dans lequel évoluent les personnes qu’il rencontre au fil des années. Les éléments entourant ses sujets font office d’iconographie vernaculaire, racontent leur vie et mettent en lumière leur place dans la vie culturelle et sociale d’un Québec rural en pleine transformation. Dans les années 1970, les excursions photographiques de Gabor Szilasi, p. ex. en Abitibi-Témiscamingue et à Rouyn-Noranda, commenceront plutôt à porter sur les villages eux-mêmes et révéleront son autre champ d’intérêt durable : la photographie d’architecture.

Photo noir et blanc d’un bâtiment de couleur blanche, situé au coin d’une rue et flanqué de deux escaliers menant à la porte d’entrée. Sur le bâtiment, on peut lire à quatre endroits l’inscription « Taverne du coin ». Un panneau d’arrêt se trouve devant le bâtiment.

Taverne du Coin, Rouyn, Québec, 1979. Photo : Gabor Szilasi (e010692454)

Ces deux thèmes – portrait et architecture – s’imposeront tout au long de sa carrière prolifique. En 1983, BAC fait l’acquisition de certaines photographies de commerces de la rue Sainte-Catherine, un projet que l’artiste avait entamé en 1979. Les prises de vue sur toute la longueur de la rue invitent le spectateur à réfléchir à l’histoire de ces bâtiments et de la rue elle-même, depuis les façades d’origine datant du 19e et du début du 20e siècle, jusqu’à la superposition ultérieure de nouvelles enseignes, de nouveaux revêtements ou d’autres travaux d’embellissement et de rénovation. Le travail de Gabor Szilasi est en grande partie orienté par sa conscience aiguë de la transformation constante qui imprègne et façonne notre culture moderne.

Photo noir et blanc d’un bâtiment à la façade blanche et foncée. Les mots « Molly McGuire’s Pub » (avec un petit trèfle) y sont inscrits. À l’avant-plan, on voit deux hommes et une voiture.

Molly McGuire’s Pub, 2204, rue Sainte-Catherine Ouest, Montréal, 1977. Photo : Gabor Szilasi (e010692455)

Le fonds Gabor Szilasi renferme des photos et des négatifs de deux autres projets de photographie d’architecture. Dans ses projets portant sur les intersections, l’artiste élargit, au sens littéral, sa vision des commerces de Montréal en privilégiant des prises de vues étendues des intersections caractéristiques de la ville. Sur ces images prises avec soin à l’aide d’un appareil grand angle, les bâtiments évoquent des îlots perdus au milieu du bitume et de la circulation routière. L’artiste présente ainsi un reflet sombre de cette ville nord-américaine.

Photo noir et blanc d’un grand bâtiment d’usine à une intersection routière. Un viaduc reliant le bâtiment à une route se trouve du côté droit de l’image. Du côté gauche, on peut voir une file de voitures garées.

Coin du boulevard Saint-Laurent et de l’avenue Van Horne, Montréal, 1981. Photo : Gabor Szilasi (e010692453)

Dans son projet LUX, le photographe s’intéresse à la qualité de la lumière autant qu’à l’architecture, alors qu’il dépeint le langage visuel et les motifs de la culture de consommation. Muni de son appareil, il s’aventure dans le crépuscule estival pour immortaliser les enseignes au néon des commerces de détail de Montréal à ce moment magique qui sépare le jour de la nuit, lorsque le ciel semble briller avec la même intensité que les néons, conférant au spectateur un sentiment de ravissement et d’intimité.

Photo couleur d’une enseigne lumineuse de restaurant se trouvant sur un bâtiment de brique orné de grandes arches. On peut y voir les mots « Frites dorées » et les images d’un hamburger, d’une poutine et d’un hot-dog.

LUX : Frites Dorées, Montréal, vers 1982-1985. Photo : Gabor Szilasi (e011435666)

Le fonds détenu à BAC fait également ressortir la polyvalence et la nature évolutive de l’art du portrait de Gabor Szilasi au fil du temps. En effet, au cours de sa carrière, le photographe joue avec différentes approches et divers appareils afin d’explorer la notion même du portrait. Parmi les négatifs se trouvent ses premiers projets de photographie dans les rues de Budapest, des portraits du milieu rural, des diptyques de portraits de la fin des années 1970, des portraits collaboratifs à recadrage serré pris avec un Polaroid 55 à partir de 1992, ainsi que son projet d’autoportrait avec les clients de l’institut Les Impatients, à Montréal, en 2003-2004.

Entre deux projets d’envergure, Gabor Szilasi s’affaire à représenter la scène artistique, les artistes et les écrivains de Montréal, mais aussi des Montréalais de tous genres. C’est alors qu’il produit ce portrait inoubliable d’un vendeur de voitures au Salon de l’auto de 1973. Il s’emploie également à dépeindre la diversité de sa ville adoptive, depuis la prise d’une photographie de rue illustrant ses concitoyens pendant les célébrations de la Saint-Jean-Baptiste en 1970, jusqu’à ce projet documentaire sur les habitants du quartier immigrant de Saint-Michel qu’il entreprend en 1996.

Photo noir et blanc d’un homme en complet, portant un œillet blanc au revers de sa poche et s’appuyant sur le capot d’un modèle de voiture des années 1970. L’homme a les bras croisés et sourit à l’objectif.

Vendeur chez Ford/Mercury, Salon de l’automobile, Place Bonaventure, Montréal, 1973. Photo : Gabor Szilasi (e011435663)

Ces négatifs témoignent du profond engagement de Gabor Szilasi envers les milieux de la photographie et des arts à Montréal. Comme le font la plupart de ses pairs, l’artiste transporte son appareil presque partout. Il en résulte un corpus d’œuvres hétérogène, mais considérable, illustrant ses amis et de nombreux autres photographes, artistes, écrivains et musiciens. En 2017, une grande exposition (Gabor Szilasi : Le monde de l’art à Montréal, 1960-1980) réunissant les photographies des innombrables vernissages auxquels il a assisté depuis 1960 est présentée au Musée McCord, à Montréal. D’autres images moins connues de la collection proviennent de ses nombreuses commandes, y compris pour le Cirque du Soleil, le Centre Canadien d’Architecture et le Musée des beaux-arts de Montréal (photographies prises à Giverny, en France), mais aussi des visites de retour à Budapest et des voyages à l’étranger accomplis pendant sa longue carrière.

Photo noir et blanc d’un ancien grand immeuble couvert de publicités faisant la promotion du logo de Canada Dry, et montrant une femme blonde ainsi que les jambes d’une femme portant des talons hauts. Devant l’immeuble, on peut voir des passants et des arbustes.

Budapest (Canada Dry), Budapest, Hongrie, 1995. Photo : Gabor Szilasi (e011435665)

Photo noir et blanc d’un homme portant une chemise à rayures boutonnée et un pantalon foncé, le regard tourné vers l’objectif. Il est assis à l’envers sur une chaise à roulettes, à côté d’un bureau sur lequel on peut voir une lampe, des papiers et des livres.

Sam Tata dans son appartement, Ville Saint-Laurent, juin 1988. Photo : Gabor Szilasi (e011435660)

Photo noir et blanc d’un homme portant une chemise boutonnée, un chandail jeté sur ses épaules. L’homme se tient debout derrière un appareil photo reposant sur un trépied.

Gabor Szilasi [le photographe Gabor Szilasi prenant des photos dans l’appartement de Sam Tata], Ville Saint-Laurent, 1979. Photo : Sam Tata (e010977793)

Enfin, la plus récente acquisition de BAC au titre de ce fonds concerne un certain nombre de tirages d’autoportraits de Szilasi. On y trouve de tout : une œuvre de jeunesse où le photographe, désinvolte, tient l’appareil à bout de bras; un portrait énigmatique pris dans la chaleur d’une chambre de motel à Cocoa Beach, en Floride, sa femme et sa fille se tenant derrière lui dans l’embrasure de la porte; de même qu’une photographie plus récente (2014) de lui dans un miroir, entouré de centaines des livres de photographie qu’il affectionnait tant.

Photo couleur de Gabor Szilasi regardant vers l’objectif, à travers un miroir, entouré d’étagères remplies de livres.

Autoportrait, Westmount, 2014. Photo : Gabor Szilasi (e011435667)

Ces images reflètent d’autant plus la passion de Gabor Szilasi pour l’expérimentation du support auquel il a été exposé pour la première fois à la bibliothèque de l’Alliance Française à Budapest. Les négatifs et les photographies du fonds détenu à BAC constituent autant d’images des personnes et des endroits qui sont devenus sa communauté et son foyer à Montréal et partout au Québec.

Ressources additionnelles:


Jill Delaney est archiviste principale en photographie dans la Section des supports spécialisés de la Division des archives privées, à Bibliothèque et Archives Canada.

Un nouveau départ : 150 ans d’infrastructures fédérales en Colombie-Britannique – Région du Lower Mainland : L’entrepôt de vérification des douanes

Par Caitlin Webster

La Colombie-Britannique s’est jointe au Canada en 1871, il y a 150 ans. Dans les années qui ont suivi, les infrastructures fédérales se sont répandues dans toute la province. Ce processus est bien documenté dans les collections de Bibliothèque et Archives Canada. La présente série de huit blogues met en lumière des bâtiments, des services et des programmes, ainsi que leur impact sur les diverses régions de la Colombie-Britannique.

De nombreux résidents et touristes admirent la tour de l’horloge caractéristique de l’ancien bureau de poste de Vancouver, à l’angle des rues Hastings et Granville. Par contre, rares sont ceux qui font quelques pas de plus pour admirer l’architecture classique de l’entrepôt de vérification des douanes, sur la rue Howe

Photographie en noir et blanc de l’extérieur de l’entrepôt de vérification des douanes à Vancouver. Un trottoir en bois se trouve au premier plan. Des charrettes tirées par des chevaux livrent des marchandises à l’entrée du bâtiment.

L’entrepôt de vérification des douanes à Vancouver, en Colombie-Britannique (a046650-v8)

En raison de l’augmentation des échanges commerciaux pendant les années de prospérité qui précèdent la Première Guerre mondiale, les villes canadiennes ont besoin d’entrepôts plus grands. En 1908, le gouvernement fédéral approuve l’achat d’un site à Vancouver pour 75 000 $. Situé sur le territoire traditionnel des Premières Nations Musqueam, Squamish et Tsleil-Waututh, le bâtiment sert d’annexe au bureau de poste. C’est l’un des quatre bâtiments appartenant au gouvernement fédéral sur le site.

Document décrivant la décision d’acheter un terrain pour construire un entrepôt de vérification à Vancouver. Le document est signé par le premier ministre Wilfrid Laurier.

Décret de 1908 pour l’achat d’un terrain où sera construit un entrepôt de vérification à Vancouver (e010701436)

L’entrepôt de Vancouver, l’un des huit nouveaux postes de douane construits au pays, partage de nombreux éléments architecturaux avec ses homologues de Montréal, Calgary, Edmonton, Winnipeg et Port Arthur. L’architecte en chef des Travaux publics David Ewart et son équipe choisissent une façade d’inspiration classique avec une base en pierre rustiquée, des fenêtres rectangulaires, une lourde corniche à la ligne de toit et des pilastres ornementaux en brique donnant l’apparence de colonnes de soutien. Construit de 1911 à 1913, le bâtiment est l’une des premières structures de Vancouver munies d’une charpente métallique moderne et de planchers en béton armé.

Photographie en noir et blanc montrant l’entrepôt de vérification des douanes en construction, à Vancouver. La section inférieure est en pierre, tandis que la section supérieure a une structure en acier et une maçonnerie non finie.

L’entrepôt de vérification des douanes en construction, Vancouver, 5 août 1912 (a046662-v8)

En 1983, le gouvernement fédéral reconnaît officiellement l’entrepôt de vérification des douanes comme un bâtiment patrimonial, au même titre que le bureau de poste, l’édifice Winch et le bâtiment fédéral adjacent. Le ministère des Travaux publics lance ensuite un ambitieux projet de restauration et relie les quatre bâtiments par un atrium en verre. Achevé à temps pour l’exposition universelle de 1986, le complexe est désormais connu sous le nom de Centre Sinclair, en l’honneur du politicien et homme d’affaires James Sinclair (1908-1984). Le Centre abrite actuellement plusieurs bureaux du gouvernement fédéral et de nombreux commerces de détail et entreprises.

Ainsi se termine notre série sur les premières infrastructures fédérales en Colombie-Britannique. Les projets ont varié en fonction des besoins des diverses régions géographiques de la Colombie-Britannique, mais c’est généralement l’augmentation de la population qui est à l’origine de l’extension des services fédéraux. Les infrastructures fédérales ont eu des répercussions importantes et permanentes sur les Premières Nations et les Métis vivant dans la région. Elles ont également modifié le paysage des villages, des villes et des zones rurales de la province.


Caitlin Webster est archiviste principale à la Division des services de référence au bureau de Vancouver de Bibliothèque et Archives Canada.

Un nouveau départ : 150 ans d’infrastructures fédérales en Colombie-Britannique – Île de Vancouver : Le laboratoire fédéral d’astrophysique

Par Caitlin Webster

La Colombie-Britannique s’est jointe au Canada en 1871, il y a 150 ans. Dans les années qui ont suivi, les infrastructures fédérales se sont répandues dans toute la province. Ce processus est bien documenté dans les collections de Bibliothèque et Archives Canada. La présente série de huit blogues met en lumière des bâtiments, des services et des programmes, ainsi que leur impact sur les diverses régions de la Colombie-Britannique.

Bien que la recherche astronomique au Canada commence avant la Confédération, les premiers investissements fédéraux substantiels dans ce domaine sont faits au début du 20e siècle. Après la construction d’un observatoire à Ottawa, en 1905, l’astronome John Stanley Plaskett demande l’acquisition d’un télescope à réflexion sophistiqué. Cette requête mène à la construction de l’Observatoire fédéral d’astrophysique à Saanich, près de Victoria, en Colombie-Britannique. Celui-ci possède à l’époque le plus grand télescope du monde.

L’Observatoire est situé dans les territoires traditionnels des nations Xwsepsum (Esquimalt), Songhees, Tsartlip, Pauquachin, Tsawout, Tseycum et Malahat. Leurs représentants ont signé les traités de Douglas, également connus sous le nom de traités de Fort Victoria, dans les années 1850. Les différences entre le texte du traité et les récits oraux des Premières Nations signataires engendrent un débat permanent sur la nature des traités : s’agit-il de ventes de terres ou d’accords de paix?

Le défrichage et la construction commencent en 1914 et se poursuivent malgré les défis posés par la Première Guerre mondiale.

Photographie en noir et blanc d’un groupe d’hommes posant avec un attelage de chevaux attaché à un chariot transportant une partie d’un télescope.

Transport d’un axe polaire de 9,5 tonnes à l’Observatoire fédéral d’astrophysique, vers 1916-1917 (a149324-v8)

Les travaux de l’observatoire suscitent l’intérêt à l’échelle locale, mais aussi à l’étranger. Le chantier devient une destination touristique, les résidents venant observer les progrès et assister à l’inauguration officielle en 1918.

Photographie en noir et blanc d’un grand groupe de personnes à l’intérieur de l’Observatoire fédéral d’astrophysique pendant la cérémonie d’ouverture. Le groupe est rassemblé devant le télescope et sur la plateforme d’observation.

Cérémonie d’ouverture de l’Observatoire fédéral d’astrophysique; vue du télescope (a149323-v8)

Disposant du plus grand télescope fonctionnel du monde, Plaskett et ses collègues astronomes lancent immédiatement un ambitieux programme d’observation. Spécialisée dans les étoiles doubles, puis dans la Voie lactée, l’équipe contribue grandement à l’étude de l’astronomie. Des équipes successives ont poursuivi ce travail essentiel par la suite. De nos jours, l’Observatoire fédéral d’astrophysique est l’un des deux observatoires gérés par le Centre de recherche Herzberg en astronomie et en astrophysique.

Photographie en noir et blanc de l’extérieur de l’Observatoire fédéral d’astrophysique.

Observatoire fédéral d’astrophysique (a032169-v6)

L’Observatoire s’est toujours engagé auprès du public. Dans les années 1920 et 1930, le personnel rédige des chroniques dans les journaux locaux et participe à des émissions de radio sur les sujets astronomiques du jour. Aujourd’hui, l’organisation caritative des Amis de l’Observatoire promeut des activités publiques sur le site, notamment au Centre de l’univers.


Caitlin Webster est archiviste principale à la Division des services de référence au bureau de Vancouver de Bibliothèque et Archives Canada.

Les 260 ans de la carte de Murray : la vallée du Saint-Laurent à travers les yeux et la plume d’ingénieurs militaires britanniques

Par Isabelle Charron

Photo couleur d’une grande carte manuscrite, composée d’une quarantaine de feuilles, étalée sur un carrelage sombre. Une carte rectangulaire plus petite se trouve sur une table dans le coin supérieur gauche.

Plan of Canada or the province of Quebec from the uppermost settlements to the island of Coudre […], 1761-1763 (pièce 5446324). La carte a été assemblée avec toutes les précautions nécessaires sur le plancher du Centre de préservation de Bibliothèque et Archives Canada (BAC), à Gatineau. L’assemblage fait environ 8,8 m sur 15,5 m. La grande carte du Saint-Laurent de James Cook (e010691696) est étalée sur une table, dans le coin supérieur gauche. Photo : David Knox, BAC

En septembre 1760, l’armée britannique prend Montréal, mais elle n’est toujours pas assurée de conserver dans son giron la Nouvelle-France et le Canada (actuelle vallée du Saint-Laurent). Elle connaît mal le territoire qu’elle occupe, ainsi que les voies de communication fluviales et terrestres avec la Nouvelle-Angleterre, ce qui fragilise son emprise sur ces lieux. Pour contrer cette lacune, le général James Murray, gouverneur de Québec, entreprend de faire cartographier en détail la vallée du Saint-Laurent. Le contexte de l’occupation est favorable, car plusieurs ingénieurs militaires sont sur place, dont les talentueux John Montresor et Samuel Holland. Ce dernier s’installera d’ailleurs à Québec et aura un impact considérable sur l’histoire de la cartographie au Canada. Les cartes et les renseignements compilés lors de ce projet d’envergure seront ultimement transmis au roi d’Angleterre George III et aux officiers de haut rang afin d’améliorer leur connaissance du territoire et de ses habitants. Ces documents constitueront ainsi des outils essentiels dans l’éventualité d’une rétrocession à la France qui nécessiterait une nouvelle tentative d’invasion.

C’est ainsi que dès le printemps de 1761, il y a de cela 260 ans, des équipes arpentent le territoire compris entre Les Cèdres et l’île aux Coudres. Sur leur passage, elles consignent tous les éléments de la géographie physique et humaine : relief, terres cultivées, boisées ou marécageuses, rivières, routes, noyaux villageois, incluant les maisons, les églises et les moulins, ainsi que bien d’autres observations. Elles recensent aussi les communautés des Premières Nations de Kahnawake, Kanesatake, Wendake, Odanak et Wôlinak. Les fortifications et les positions des troupes britanniques y sont également représentées. Le général Murray exige également que l’on recense, dans chaque village, le nombre de familles et le nombre d’hommes aptes à porter les armes, et que l’on intègre ces données à la carte. Fait à noter, les carnets de terrain des arpenteurs ayant participé à ce vaste projet de cartographie semblent à ce jour toujours introuvables.

Carte en couleurs affichant une rivière et des îles avec les mots St. Rose écrits au centre, vers le bas.

Sainte-Rose (Laval). À l’époque, les arpenteurs notent que Sainte-Rose compte 85 familles et 95 hommes aptes à porter les armes. Les localités de Boisbriand et de Rosemère se trouvent sur la rive nord de la rivière des Mille Îles, illustrée ci-dessus. Détails de la feuille no 9. (e010944374_9)

Carte en couleurs montrant une rivière et un village avec les mots New Lorrette écrits au centre, vers le haut.

Wendake. Détail de la feuille no 33. (e010944374_33)

Sept immenses cartes manuscrites de la vallée du Saint-Laurent (appelées communément les « cartes de Murray ») seront dessinées dans le cadre de ce projet, chacune comprenant de nombreuses feuilles. Trois dessinateurs, Charles Blaskowitz, Digby Hamilton et Charles McDonnell, traceront les versions définitives rehaussées à l’aquarelle, afin qu’elles plaisent à leurs prestigieux destinataires. Deux de ces cartes se trouvent à BAC : celle du Board of Ordnance (pièce 5506021), chargé de l’approvisionnement de l’armée et des ingénieurs militaires, et celle de James Murray (pièce 5446324). Deux autres cartes se trouvent à la British Library, à Londres : celle de William Pitt, ministre de la guerre et futur premier ministre, et celle du roi George III. Une autre carte, peut-être destinée au gouverneur de Montréal Thomas Gage, est conservée à la William L. Clements Library de l’Université du Michigan, à Ann Arbor. Les deux dernières cartes, dont celle du commandant en chef Jeffery Amherst, sont manquantes. Peut-être referont-elles surface un jour? Puisque les cartes de Murray relèvent à l’époque du renseignement militaire elles n’ont jamais été gravées afin d’être publiées. L’étendue du territoire représenté, la forme et le style de dessin diffèrent quelque peu d’une carte à l’autre. Ainsi, celle du Board of Ordnance, dont le dessin est plus artistique, couvre un territoire un peu plus restreint, de Les Cèdres jusqu’au cap Tourmente. Elle se présente en 23 feuilles de dimensions variables réparties en quatre sections. La carte destinée à James Murray compte 44 feuilles sensiblement de la même grandeur et s’étend jusqu’à l’île aux Coudres.

Carte en couleurs montrant une rivière et un village avec les mots Château Richer écrits près du centre.

Château-Richer. Détail de la feuille no 36. (e010944374_36)

Aucune carte aussi détaillée de ce vaste territoire, à cette grande échelle, n’avait été dessinée sous le Régime français. La production cartographique avait pourtant été fort prolifique : pensons aux cartes de Jean-Baptiste Franquelin, de Gédéon de Catalogne et de Jean-Baptiste de Couagne, ou encore aux cartes dressées par Jacques-Nicolas Bellin (p. ex. pièce 3693313) au Dépôt des cartes et plans de la Marine, à Paris, à partir d’informations en provenance de la colonie. Les cartes de Murray constituent donc une représentation unique de la vallée du Saint-Laurent à la veille de la cession officielle de la Nouvelle-France à l’Angleterre par le traité de Paris de 1763. C’est également l’un des projets cartographiques les plus importants entrepris par l’armée britannique au 18e siècle, au même titre que ceux menés en Écosse (Roy, 1747-1755), en Floride (De Brahm, 1765-1771), au Bengale (Rennell, 1765-1777) et en Irlande (Vallancey, 1778-1790).

Carte en couleurs montrant un bassin formé par l’élargissement d’une rivière. Un archipel composé d’une quinzaine de petites îles borde le côté droit du bassin. On peut lire les mots Bason of Chambly près du haut de la carte.

Chambly, le fort Chambly et Saint-Mathias-sur-Richelieu. Détail de la feuille no 11. (e010944374_11)

Cet album Flickr contient les 44 feuilles de l’exemplaire personnel de la carte de James Murray qui a été restaurée, puis renumérisée. L’instrument de recherche comprend la carte index sur laquelle on a inscrit les numéros de copies électroniques de chacune des feuilles et une liste exhaustive qui facilite la recherche et l’identification des lieux (notez que l’on emploie les toponymes d’aujourd’hui). Vous pouvez aisément repérer les feuilles qui vous intéressent et télécharger les images à l’aide de l’outil Recherche dans la collection de BAC.

Une grande partie du patrimoine bâti qui figure sur la carte de Murray a disparu, le paysage a subi d’importantes transformations et la représentation des éléments n’est pas parfaite. Néanmoins, vous réussirez peut-être à repérer la maison de vos ancêtres, votre quartier, l’église ou le joli moulin que vous avez visités lors de vos vacances, ou encore des routes que vous avez sillonnées au fil des ans. La comparaison des feuilles de la carte de Murray avec des images actuelles, comme celles que l’on trouve dans Google Maps, s’avère aussi un exercice fort intéressant. Vous pouvez également utiliser Co-Lab, l’outil de production participative de BAC, pour contribuer à documenter davantage ce trésor cartographique. Les possibilités sont immenses; à vous de les explorer!

Bon voyage au 18e siècle… à travers les yeux et la plume d’ingénieurs militaires britanniques!

Carte en couleurs montrant une rivière, des maisons, une église et une route. On peut voir les mots Pointe du Lac écrits au bas.

Pointe-du-Lac (Trois-Rivières). Détail de la feuille no 22. (e010944374_22)

Pour en savoir plus:


Ce billet de blogue a été écrit par Isabelle Charron, archiviste en cartographie ancienne au sein de la section des supports spécialisés de la Direction des archives privées à Bibliothèque et Archives Canada

Un nouveau départ : 150 ans d’infrastructures fédérales en Colombie-Britannique – Région de Kootenay : Le bureau de poste de Rossland

Par Caitlin Webster

La Colombie-Britannique s’est jointe au Canada en 1871, il y a 150 ans. Dans les années qui ont suivi, les infrastructures fédérales se sont répandues dans toute la province. Ce processus est bien documenté dans les collections de Bibliothèque et Archives Canada. La présente série de huit blogues met en lumière des bâtiments, des services et des programmes, ainsi que leur impact sur les diverses régions de la Colombie-Britannique.

Pendant la période d’avant-guerre, entre 1900 et 1914, la population canadienne augmente de 64 %! La hausse de la demande de services gouvernementaux qui en découle fait tripler la taille du parc immobilier fédéral.

Une grande partie de cette croissance a lieu dans de nouvelles villes comme Rossland, une ville minière du sud-est de la Colombie-Britannique. Comme dans beaucoup de petites villes au Canada, un bureau de poste y est construit au début des années 1900. En raison du boom de la construction dans l’ensemble du pays, bon nombre de ces bâtiments partagent des éléments architecturaux communs. Le bureau de poste de Rossland de 1903 suit le modèle standard : toit fortement incliné et tronqué, ouvertures en arc de cercle et pignons ornés de parapets.

Photographie en noir et blanc de l’extérieur du bureau de poste. De petits groupes d’hommes et d’enfants se tiennent devant l’entrée inachevée du bâtiment et l’une des fenêtres toujours en construction.

Bureau de poste en construction, Rossland, Colombie-Britannique (a046453-v8)

Le déclenchement de la Première Guerre mondiale interrompt brutalement la croissance économique. En conséquence, de nombreux bâtiments fédéraux acquièrent une importance inattendue dans les petites villes. Certains deviennent des bâtiments municipaux (par exemple des hôtels de ville) tandis que d’autres, comme le bureau de poste de Rossland, conservent leur vocation initiale.

Les immeubles fédéraux de cette époque se distinguent par la qualité de leur construction et les matériaux choisis. En général, le ministère des Travaux publics évite le bois, préférant le fer, la pierre, la brique et d’autres matériaux durables. L’objectif consiste à protéger les biens fédéraux contre les incendies et d’autres risques, en plus de servir d’exemple de construction de qualité dans les collectivités.

Malheureusement, ces matériaux n’offrent qu’une protection partielle au bureau de poste de Rossland. Le 1er mars 1929, un grand incendie balaie le quartier des affaires de la ville. Le feu détruit tous les bâtiments à charpente de bois situés entre la Banque de Montréal et le bureau de poste. Les pompiers utilisent de la dynamite sur certaines structures pour tenter de créer un coupe-feu, ce qui détruit toutes les fenêtres du bureau de poste et aggrave les dégâts causés à la structure.

Photographie en noir et blanc montrant la section du quartier des affaires de Rossland détruite par l’incendie. De la fumée s’élève du site. Il y a des badauds sur le trottoir et des hommes sur les fils électriques environnants.

Le grand incendie de Rossland, les 1er et 2 mars 1929 (a046410-v8)

En fin de compte, le Bureau de poste de Rossland perd son toit distinctif et ses pignons ornés. Cependant, la construction en pierre et en brique permet de restaurer les deux étages restants. L’imposante structure sert toujours de bureau de poste et fait désormais partie du patrimoine officiel de Rossland.

Pour en savoir plus sur les styles architecturaux des bâtiments fédéraux, voir Crown Assets : The Architecture of the Department of Public Works, 1867–1967, par Janet Wright, 1997 (OCLC 1017536309).


Caitlin Webster est archiviste principale à la Division des services de référence au bureau de Vancouver de Bibliothèque et Archives Canada.

Un nouveau départ : 150 ans d’infrastructures fédérales en Colombie-Britannique – Région de Thompson-Okanagan : La ferme expérimentale de Summerland

Par Caitlin Webster

La Colombie-Britannique s’est jointe au Canada en 1871, il y a 150 ans. Dans les années qui ont suivi, les infrastructures fédérales se sont répandues dans toute la province. Ce processus est bien documenté dans les collections de Bibliothèque et Archives Canada. La présente série de huit blogues met en lumière des bâtiments, des services et des programmes, ainsi que leur impact sur les diverses régions de la Colombie-Britannique.

Les techniques agricoles évoluent constamment depuis des millénaires. Au tournant du 20e siècle, l’intérêt pour la science de l’agriculture est particulièrement marqué au Canada. Par exemple, le gouvernement fédéral crée un réseau de sites de recherche en 1886 afin d’étudier et de promouvoir les méthodes agricoles modernes. Les fermes expérimentales mènent des recherches sur l’élevage, les soins du bétail et divers sujets horticoles, dont la gestion des sols et les cultures.

La diversité des paysages et du climat en Colombie-Britannique favorise une grande variété d’activités agricoles. Des fermes expérimentales sont donc établies dans toute la province, notamment à Summerland, sur la rive ouest du lac Okanagan. Le ministère de l’Agriculture achète un terrain aux SnPink’tn (bande de Penticton) et établit un contrat d’irrigation avec la ville de Summerland pour établir la ferme.

Photographie en noir et blanc de la ferme expérimentale de Summerland, avec de jeunes arbres fruitiers au premier plan, et le lac Okanagan et des pâturages en arrière-plan.

Summerland, Colombie-Britannique (a020963)

Les premières tâches consistent à défricher la terre, à enlever les pierres du sol et à construire des bâtiments et un canal d’irrigation. Comme le climat semi-aride se prête bien à la culture des arbres fruitiers, un verger est rapidement planté. Le personnel ajoute des cultures basses entre les rangées d’arbres au fur et à mesure que ceux-ci mûrissent.

Au cours des premières années, le personnel étudie également les soins aux animaux : volailles, vaches laitières, bovins et moutons. Des jardins ornementaux sont créés en 1916; ils demeurent à ce jour un attrait touristique très apprécié.

En 1935, des professionnels du Conseil national de recherches se rendent à la ferme. L’équipe doit étudier l’hypothèse selon laquelle la pollution provenant d’une fonderie de plomb et de zinc située à Trail, en Colombie-Britannique, endommagerait les cultures dans l’État de Washington. Elle utilise le laboratoire de transformation alimentaire pour étudier le problème et détermine que les mauvaises récoltes s’expliquent par une carence en bore dans le sol, fréquente dans la région.

Photographie en noir et blanc de trois hommes à côté d’une serre. Un d’entre eux tient une masse d’herbe qui cache tout le haut de son corps.

Station expérimentale pour les fumées de fonderie à la ferme expérimentale de Summerland, septembre 1935 (a014567-v8)

Par la suite, la ferme concentre ses recherches sur la culture des fruits de verger et des raisins, car les vergers, les vignobles et les établissements vinicoles jouent un rôle important dans l’économie de l’Okanagan. Tout au long de son histoire, elle contribue au développement de nombreuses variétés de fruits, notamment les pommes Spartan, les raisins Coronation et les cerises Stella.

La ferme expérimentale est devenue le Centre de recherche et de développement de Summerland. Ses recherches aident le secteur horticole à s’adapter aux changements climatiques et à d’autres défis environnementaux, à réagir aux maladies des plantes et à d’autres menaces biologiques, et à accroître sa contribution à l’économie et à la communauté. Le groupe à but non lucratif des Amis des jardins ornementaux de Summerland gère désormais les jardins publics historiques.


Caitlin Webster est archiviste principale à la Division des services de référence au bureau de Vancouver de Bibliothèque et Archives Canada.

Un nouveau départ : 150 ans d’infrastructures fédérales en Colombie-Britannique – Côte nord : Le phare de Dryad Point

Par Caitlin Webster

La Colombie-Britannique s’est jointe au Canada en 1871, il y a 150 ans. Dans les années qui ont suivi, les infrastructures fédérales se sont répandues dans toute la province. Ce processus est bien documenté dans les collections de Bibliothèque et Archives Canada. La présente série de huit blogues met en lumière des bâtiments, des services et des programmes, ainsi que leur impact sur les diverses régions de la Colombie-Britannique.

Le Canada comprend de longues côtes et d’innombrables lacs navigables. Les phares sont donc présents au pays depuis des siècles. Après l’entrée de la Colombie-Britannique dans la Confédération, en 1871, un système étendu d’aides à la navigation sur la côte ouest, souvent dangereuse, devient de plus en plus nécessaire. Le nouveau ministère fédéral de la Marine et des Pêcheries entreprend alors un ambitieux programme de construction. En 1914, le nombre de phares au Canada a triplé.

La plupart des nouveaux phares sont en bois, comme celui de Dryad Point, construit en 1899. Celui-ci comprend un logement pour le gardien relié à une tour carrée en bois. Reconstruit en 1919, le phare actuel est une tour en béton armé de plus de 7 m de hauteur.

Photographie en noir et blanc d’une tour de phare et de la maison attenante. Il y a quelques petites cabanes rudimentaires au premier plan et l’océan à l’arrière-plan.

Tour et habitation du phare, Dryad Point, Colombie-Britannique, 1929 (a148037-v8)

En 1930, un nouveau logement et un hangar à bateaux sont construits. Le phare comprend actuellement un certain nombre de bâtiments annexes : logements, serres, entrepôts de carburant et hangars pour le matériel.

Photographie en noir et blanc montrant un phare, une résidence, un hangar à bateaux et d’autres bâtiments, avec le rivage au premier plan.

Phare à Dryad Point, 1935 (a149341-v8)

Situé à l’angle nord-est de l’île Campbell, près de Bella Bella, le phare se trouve sur le territoire traditionnel de la nation Heiltsuk. Son premier gardien fut le capitaine Richard Carpenter (1841-1931). Le chef Heiltsuk, à la fois artiste et constructeur de bateaux, occupe ce poste jusqu’en 1930.

Depuis sa construction, le phare guide les navires dans les virages serrés et les terres basses, potentiellement périlleux, du passage principal et du chenal Seaforth. En 2015, Dryad Point reçoit la désignation de phare patrimonial pour que son cachet particulier et son environnement exceptionnel soient préservés.

Pour en savoir plus sur les phares et leurs gardiens en Colombie-Britannique, consultez les ressources suivantes :


Caitlin Webster est archiviste principale à la Division des services de référence au bureau de Vancouver de Bibliothèque et Archives Canada.

Cinq mythes sur les armoiries du Canada

Cet article renferme de la terminologie et des contenus à caractère historique que certains pourraient considérer comme offensants, notamment au chapitre du langage utilisé pour désigner des groupes raciaux, ethniques et culturels. Pour en savoir plus, consultez notre Mise en garde — terminologie historique.

Par Forrest Pass

Le 21 novembre 2021 marque le centenaire des armoiries du Canada. Emblème officiel du gouvernement fédéral, elles figurent sur les passeports, les billets de banque, les insignes militaires et les bâtiments publics canadiens. Certains éléments des armoiries ont influencé la conception d’autres emblèmes, dont le drapeau national adopté en 1964.

Peinture en couleur représentant des armoiries. L’écu au centre est divisé en cinq sections. La première a un fond rouge et trois lions dorés. La deuxième a un fonds doré avec un lion rouge dessiné dans un cadre rouge orné de fleurs de lys. La troisième est de couleur bleu pâle avec une harpe dorée. La quatrième, de couleur bleu royal, comporte trois fleurs de lys dorées. La cinquième, en bas, est de couleur argent et représente une branche à trois feuilles d’érable vertes. Au-dessus de l’écu se trouve un cimier composé d’un lion doré couronné, tenant une feuille d’érable rouge dans sa patte droite. Le lion se tient sur une couronne torsadée de soie rouge et blanc, au-dessus d’un heaume royal de couleur or. La devise « A mari usque ad mare » est inscrite sur un listel bleu placé sous l’écu. Le listel repose sur des roses, des chardons, des trèfles et des lys. L’écu est soutenu par un lion et une licorne. Le lion tient une lance à laquelle est attaché un drapeau britannique. La licorne tient une lance à laquelle est attaché un drapeau bleu chargé de trois fleurs de lys dorées, la bannière de la France prérévolutionnaire.

Le dessin final des armoiries du Canada, 1921. Illustration d’Alexander Scott Carter. (e008319450) Les signatures des membres du comité, dont celle de l’archiviste fédéral Arthur Doughty, apparaissent dans le coin inférieur droit.

Bibliothèque et Archives Canada conserve les documents du comité qui a conçu les armoiries. Ce comité, créé par le cabinet fédéral en 1919, comprenait notamment l’archiviste fédéral Arthur Doughty.

Contrairement au débat sur le drapeau qui s’est déroulé environ 40 ans plus tard, la question des armoiries n’a donné lieu à aucun débat parlementaire ou discussion publique de grande ampleur. Par conséquent, peu de Canadiens connaissent bien les délibérations qui ont mené à l’adoption des armoiries. Des mythes populaires sur l’histoire et la signification de l’emblème ont comblé ce vide. Voici cinq idées fausses, démenties par des sources primaires.

Mythe no 1 : Les trois feuilles d’érable sur une seule tige représentent le multiculturalisme canadien.

Les trois feuilles d’érable présentes sur l’écu sont la caractéristique canadienne par excellence sur les armoiries. Depuis les années 1960, certains suggèrent que cette disposition des feuilles représente l’unité des Canadiens de différentes origines. Par exemple, dans sa ballade Three Red Leaves, composée pendant le grand débat sur le drapeau de 1964, la chanteuse country et western Diane Leigh chante un éloge que l’on pourrait traduire ainsi :

Trois feuilles rouges jointes ensemble
Liant trois nationalités dans l’unité
Anglais, Français et nouveaux Canadiens
Vivant dans cette terre d’opportunités

Jusqu’à tout récemment, quelques publications officielles affirmaient elles aussi que les feuilles symbolisent les Canadiens de toutes origines, y compris les Premières Nations, les Inuit et la Nation Métisse, qui ne sont nullement mentionnés par Mme Leigh.

La signification d’un emblème évolue avec le pays qu’il représente. Si « l’unité dans la diversité » a la cote aujourd’hui, rien ne prouve que le comité a voulu représenter cet idéal canadien. En réalité, la tige à trois feuilles d’érable devient un emblème populaire bien avant 1921. Elle apparaît pour la première fois sur une affiche de la Saint-Jean-Baptiste en 1850. Elle figure également sur les armoiries provinciales du Québec et de l’Ontario, conçues par les hérauts du Collège d’armes à Londres, en 1868. À cette époque, comme en 1921, les trois feuilles sont probablement choisies pour des raisons esthétiques plutôt que symboliques : trois feuilles remplissent mieux qu’une la base triangulaire d’un écu héraldique.

Une page dactylographiée comportant une tige à trois feuilles d’érable. Plusieurs éléments d’un défilé, dans une variété de polices de caractères, sont énumérés sous le titre « Association Saint-Jean-Baptiste » : Drapeau britannique; Les pompiers canadiens; La Société mercantile d’économie; La Société de tempérance; et Bannière du commerce.

Affiche annonçant la procession annuelle de l’Association Saint Jean-Baptiste, Montréal, 24 juin 1850. (OCLC 1007829742) Il s’agit peut-être de la plus ancienne utilisation de trois feuilles d’érable sur une seule tige.

Mythe no 2 : Le roi George V a choisi le rouge et le blanc comme couleurs nationales du Canada.

Dans les années 1940, le colonel Archer Fortescue Duguid, historien militaire passionné d’héraldique, affirme que le roi George V a choisi le rouge et le blanc comme couleurs nationales du Canada parce que ce sont les couleurs de la torque et du lambrequin (le tissu flottant autour du heaume) sur les armoiries du Canada. Par conséquent, soutient M. Duguid, le futur drapeau canadien doit également être rouge et blanc.

L’idée selon laquelle le dessin des armoiries serait à l’origine des couleurs nationales du Canada apparaît pour la première fois en 1918. Selon le sous-ministre de la Défense Eugène Fiset, le rouge évoque la Grande-Bretagne, le sacrifice militaire et la splendeur de l’automne, tandis que le blanc représente les froids hivers canadiens. Le premier dessin proposé par le comité des armoiries comprend les feuilles d’érable rouges sur fond blanc proposées par M. Fiset, ainsi qu’une torque rouge et blanc au sommet de l’écu.

Peinture en couleur représentant des armoiries. L’écu au centre est divisé en cinq sections. La première est blanche et ornée d’une tige à trois feuilles d’érable rouges. La deuxième est rouge avec trois lions dorés. La troisième, de couleur or, comprend un lion rouge dans un cadre rouge orné de fleurs de lys. La quatrième est bleue avec une harpe dorée. La cinquième, bleue elle aussi, comporte trois fleurs de lys dorées. L’écu est surmonté d’un cimier composé d’un lion couronné de couleur or tenant une feuille d’érable dans sa patte droite et se tenant sur un carré d’herbe verte, le tout reposant sur une couronne torsadée de soie rouge et blanc. Sous l’écu, la devise « A mari usque ad mare » est inscrite sur un listel gris. L’écu est soutenu par un lion et une licorne.

La première proposition du comité, illustrée par Alexander Scott Carter, 1920. (e011313790) Dans la version finale, les feuilles d’érable rouges sont devenues vertes, mais la torque est restée rouge et blanche, tout comme le lambrequin ajouté plus tard.

Cette proposition ne fait pas l’unanimité. Sir Joseph Pope, sous-secrétaire d’État aux affaires extérieures, préférerait que les feuilles d’érable soient vertes plutôt que rouges, cette dernière couleur évoquant pour lui la mort et la pourriture. C’est finalement sir Pope qui aura gain de cause, mais le lambrequin rouge et blanc est resté, probablement par accident.

Personne, à commencer par le roi, ne se soucie des lambrequins en 1921. Lorsqu’un citoyen fait valoir en 1922 que ceux-ci devraient être rouge et or — les couleurs principales de l’écu — les membres du comité répondent avec indifférence qu’il est trop tard pour faire des changements. Les couleurs nationales ne sont mentionnées, ni dans la proclamation royale, ni dans la brochure officielle publiée en 1922 pour expliquer le symbolisme des armoiries.

En 1946, au cours d’audiences parlementaires sur un nouveau drapeau canadien, la thèse de M. Duguid est contestée par un passionné d’héraldique, Hugh Savage : c’est généralement le drapeau, et non les armoiries, qui détermine les couleurs nationales d’un pays. Pourtant, la théorie de M. Duguid convainc de nombreuses personnes et contribue au choix du rouge et du blanc pour le drapeau canadien en 1964.

Mythe no 3 : La licorne enchaînée commémore la conquête britannique de la Nouvelle-France.

Le lion et la licorne qui soutiennent l’écu sont empruntés aux armoiries royales du Royaume-Uni, ce qui montre les loyautés impériales du comité. À l’époque, la licorne représente l’Écosse. Sa chaîne rappelle peut-être les légendes médiévales sur la difficulté de dompter cet animal mythique.

Comme la licorne enchaînée des armoiries canadiennes tient une bannière royale française, certains y ont vu un symbole de la domination britannique sur le Canada français. Or, rien ne prouve que le comité ait voulu, ou même envisagé, cette interprétation.

Il est cependant vrai que les trois fleurs de lys dorées mises sur l’écu par les membres du comité soulèvent des inquiétudes parmi les conseillers héraldiques du roi. Le Collège d’armes craint en effet que les fleurs de lys, destinées à honorer les Canadiens français, laissent croire que le Canada revendique la souveraineté sur la France! Le commissaire général du Canada à Paris consulte discrètement des responsables français pour s’assurer que le dessin ne déclenchera pas de tensions diplomatiques.

Peinture en couleur représentant des armoiries. L’écu au centre est divisé en sept sections. La première et la quatrième sont rouges et comprennent trois lions dorés. La deuxième est de couleur or, avec un lion rouge dans un cadre rouge orné de fleurs de lys. La troisième est bleue et renferme une harpe dorée. Les cinquième et septième sections sont blanches et comportent chacune une seule feuille d’érable verte. La sixième est bleue avec trois fleurs de lys dorées. Au-dessus de l’écu se trouve un cimier composé d’un lion couronné de couleur or, tenant une feuille d’érable rouge dans sa patte droite. Le lion se tient sur une torque torsadée de soie rouge et blanc. Sous l’écu, la devise « A mari usque ad mare » est inscrite sur un listel bleu. L’écu est soutenu par un lion et une licorne. Le lion tient une lance à laquelle est attaché un drapeau britannique. La licorne tient une lance à laquelle est attaché un drapeau bleu chargé de trois fleurs de lys dorées, la bannière de la France prérévolutionnaire.

Contre-proposition du Collège d’armes, Londres, septembre 1921. (e011313801) Le Collège d’armes a suggéré de déplacer les fleurs de lys pour éviter de laisser entendre que le Canada règne sur la France. Les Canadiens ont rejeté cette idée.

Mythe no 4 : Le comité qui a conçu les armoiries n’a pas songé à inclure des symboles autochtones.

Les symboles de deux puissances colonisatrices, la Grande-Bretagne et la France, dominent les armoiries du Canada. Celles-ci ne comportent aucune référence aux peuples autochtones. Pourtant, sur l’une des propositions, des figures des Premières Nations soutiennent l’écu. Ce dessin a été soumis par Edward Marion Chadwick, un avocat de Toronto qui s’intéresse à la fois à l’héraldique et aux cultures des Premières Nations.

Dessin noir et blanc représentant des armoiries. L’écu central présente un lion entouré de deux feuilles d’érable, en haut, et d’une fleur de lys, en bas. Au sommet de l’écu se trouve un cimier composé d’un orignal, le sabot droit levé, debout sur une torque torsadée et des lambrequins en tissu. Le cimier repose sur un heaume d’écuyer marqué d’une croix. Sous l’écu, un listel dit « Dieu Protege Le Roy ». Deux hommes des Premières Nations soutiennent l’écu. Ils portent des coiffes à plumes et des vêtements en peau de daim à franges. Celui de gauche tient un tomahawk, et celui de droite, un calumet, c’est-à-dire une pipe de cérémonie.

Proposition d’armoiries canadiennes soumise par Edward Marion Chadwick, 1917. (e011313794) Les figures qui soutiennent l’écu dans la version de M. Chadwick représentent les Premières Nations de l’est et de l’ouest du Canada.

Ce n’est pas la première fois que des personnages et emblèmes autochtones figurent dans l’héraldique coloniale. Sur les armoiries séculaires de la Nouvelle-Écosse et de Terre-Neuve-et-Labrador, des membres des Premières Nations soutiennent l’écu. Le sceau du Haut-Canada, avant la Confédération, comprend un calumet (une pipe de cérémonie) commémorant les traités et les alliances.

Cependant, selon sir Joseph Pope, qui s’exprime souvent au nom du comité des armoiries, les peuples autochtones constituent une partie négligeable du passé. « Pour ma part, je ne vois pas du tout la nécessité de commémorer les Indiens », écrit sir Pope en rejetant la proposition de M. Chadwick. Cette réponse raciste reflète l’opinion de nombreux Canadiens blancs de l’époque.

Aujourd’hui, rares sont les personnes qui approuveraient la proposition de M. Chadwick, mais pour des raisons très différentes. À son crédit, M. Chadwick s’est efforcé de représenter les vêtements et les insignes avec précision. Par contre, à notre époque, sa proposition serait perçue comme un stéréotype et une appropriation culturelle. Les Autochtones qui soutiennent l’écu sont de « nobles sauvages » donnant une idée romancée de l’apparence d’un membre des Premières Nations.

De plus, ces figures représentent des régions du pays; elles ne constituent pas une inclusion significative des peuples autochtones, qui n’ont d’ailleurs pas été consultés. De nos jours, de nombreux Autochtones s’opposent à juste titre à la manière dont ils apparaissent dans l’héraldique. En conséquence, le gouvernement provincial de Terre-Neuve-et-Labrador, par exemple, est en train de revoir ses armoiries dessinées en 1635. Le Canada ferait sans doute de même si la conception de M. Chadwick avait prévalu.

Mythe no 5 : Les armoiries du Canada ne peuvent être modifiées.

Le gouvernement canadien pourrait-il changer les armoiries du pays pour les rendre plus représentatives d’un pays diversifié? Les armoiries sont des symboles qui nous rattachent au passé, mais même les emblèmes très anciens peuvent évoluer.

Par exemple, les armoiries royales du Royaume-Uni, qui ont servi de modèle aux armoiries du Canada, ont été modifiées une demi-douzaine de fois depuis l’union des couronnes anglaise et écossaise, en 1603. Le dernier changement remonte à 1837.

Depuis 1921, des artistes ont réinterprété les armoiries officielles du Canada à deux reprises, en 1957 et en 1994, dans le but de moderniser leur apparence sans en modifier les éléments essentiels.

Si le gouvernement du Canada souhaite modifier ses armoiries un jour, il aura besoin de la collaboration de l’Autorité héraldique du Canada, la division du Bureau du secrétaire du gouverneur général chargée de concéder et d’enregistrer les armoiries au Canada. Il ne sera pas nécessaire de consulter les autorités héraldiques britanniques, mais la reine (ou le roi) devra approuver le projet final.

Un processus lancé à notre époque, que ce soit dans le but de modifier les armoiries actuelles ou d’en concevoir de nouvelles, serait sans aucun doute plus participatif — et transparent — que celui du siècle dernier.


Forrest Pass est conservateur au sein de l’équipe des expositions de Bibliothèque et Archives Canada.

Un nouveau départ : 150 ans d’infrastructures fédérales en Colombie-Britannique – Région de Cariboo : Le service postal ferroviaire entre Prince George et Prince Rupert

Par Caitlin Webster

La Colombie-Britannique s’est jointe au Canada en 1871, il y a 150 ans. Dans les années qui ont suivi, les infrastructures fédérales se sont répandues dans toute la province. Ce processus est bien documenté dans les collections de Bibliothèque et Archives Canada. La présente série de huit blogues met en lumière des bâtiments, des services et des programmes, ainsi que leur impact sur les diverses régions de la Colombie-Britannique.

La Colombie-Britannique entre dans la Confédération en 1871. Le service ferroviaire est ensuite prolongé jusqu’à la province pour que les personnes et les marchandises circulent plus librement en Colombie-Britannique et vers d’autres régions du Canada. Le courrier des particuliers, des organisations et des entreprises est acheminé. Les trains transportent du courrier depuis leur invention, mais c’est en 1897 que le gouvernement fédéral crée officiellement le Service postal ferroviaire, qui relève du ministère des Postes.

Arrêté ministériel du sous-ministre des Postes William White, daté du 22 février 1897. Il annonce la création de la Direction du service postal ferroviaire, précise les points de service initiaux et fournit d’autres détails concernant le service.

Arrêté ministériel no 38 : création de la Direction du service postal ferroviaire (e002151860)

Ce service utilise un système de bureaux de poste itinérants à bord des trains. Des commis spécialisés dans le courrier ferroviaire y travaillent. Ils effectuent les tâches habituelles : réception, tri, annulation et distribution du courrier, le tout à bord de trains se déplaçant de ville en ville. Les commis doivent être rapides, précis, vigoureux et dignes de confiance, car ils préparent souvent des objets précieux pour le service postal.

Le ramassage des sacs de courrier à la volée est particulièrement délicat. Le commis sort un bras du wagon pour saisir un sac au vol, tout en envoyant du pied un sac de livraison pour cet endroit. La manœuvre est particulièrement difficile si le train, en retard, file à pleine vitesse à travers la gare.

Les voitures postales ne sont pas toutes aménagées de la même manière, mais toutes sont équipées de tables de déchargement, de caisses de tri et d’autres meubles pour la préparation du courrier. On y trouve aussi des poêles, des toilettes et des éviers. Bien que les locaux soient exigus, cet équipement est absolument nécessaire pour les équipages qui vivent souvent à bord des voitures pendant de longs trajets.

Photographie en noir et blanc d’un jeune homme à côté de tables et de sacs postaux dans une voiture postale.

Portrait du commis à la poste des chemins de fer A. L. Robinson, pendant le premier trajet de la ligne Grand Trunk, de Prince George à Prince Rupert, en 1914 (s002386)

Dans la région de Cariboo, en Colombie-Britannique, les chemins de fer et le service postal ferroviaire qui les accompagne arrivent un peu plus tard qu’ailleurs dans la province. En 1914, le Grand Trunk Pacific Railway élargit son réseau et complète une ligne de Prince George à Prince Rupert. Le terminus de la ligne est situé sur les terres traditionnelles des Ts’msyen, à Prince Rupert. La compagnie achète 553 hectares de terres Lheidi T’enneh pour fonder la nouvelle ville de Prince George. Ses difficultés financières qui commencent en 1915 amèneront toutefois le gouvernement fédéral à nationaliser le chemin de fer et à l’intégrer aux Chemins de fer nationaux du Canada en 1920.

Carte en couleur du Canada et du nord des États-Unis, montrant les différentes lignes de chemin de fer qui traversent le continent.

Carte des lignes du réseau ferroviaire du Grand Trunk Pacific Railway au Canada, 1903. Est également représentée la position relative du chemin de fer du Grand Trunk Pacific par rapport aux trois lignes transcontinentales du nord déjà achevées : le Chemin de fer Canadien Pacifique, le Chemin de fer le Grand Nord et le Chemin de fer du Nord du Pacifique. (e01751895-v6)

Le Service postal ferroviaire atteint son apogée en 1950, lorsqu’il emploie 1 385 commis dans tout le pays. Son déclin commence au milieu des années 1960. Bien que du courrier soit encore transporté par rail jusque dans les années 1980, le service postal ferroviaire prend officiellement fin en 1971.

Pour en savoir plus sur le service postal ferroviaire, les chemins de fer en Colombie-Britannique et l’achat du territoire Lheidi T’enneh pour le site de la ville de Prince George, consultez les ressources suivantes :

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Caitlin Webster est archiviste principale à la Division des services de référence au bureau de Vancouver de Bibliothèque et Archives Canada.

Charlie Chaplin s’en va-t-en guerre, partie 2 : Aller au-delà d’un dossier de la Première Guerre mondiale pour vos recherches généalogiques

Par Emily Potter

Dans la première partie de ce billet de blogue, nous avons vu comment lancer une recherche généalogique à partir d’un dossier de la Première Guerre mondiale. Pour l’exercice, j’avais choisi au hasard le dossier de William Charles Chaplin dans la base de données Dossiers du personnel de la Première Guerre mondiale de Bibliothèque et Archives Canada. En le parcourant, nous avons trouvé les renseignements généalogiques suivants :

  • Date et lieu de naissance : 23 juin 1870, Chatham, Kent, Angleterre
  • Date et lieu du mariage : Inconnus
  • Date et lieu du décès : 5 octobre 1957, lieu inconnu
  • Nom de la mère : Inconnu
  • Nom du père : Inconnu
  • Nom de l’épouse : Eliza Agnes Turton, fille d’Agnes Eliza; décédée avant le 2 mars 1916
  • Noms des enfants : Miriam, James, Richard, George, Agnes, William et Celia

Voyons maintenant si nous pouvons combler certaines lacunes en cherchant dans d’autres sources généalogiques de Bibliothèque et Archives Canada.

Cartes de décès des combattants

Commençons par la fin et voyons si nous pouvons trouver le lieu du décès de Chaplin dans les cartes de décès des combattants. Créées par Anciens Combattants Canada, ces fiches comprennent des renseignements sur les militaires décédés qui ont pris part à la Première Guerre mondiale, comme la date et le lieu du décès ainsi que le nom du plus proche parent. Habituellement, elles indiquent aussi si le décès de la personne découle d’une quelconque façon de son service militaire.

Quoique fort utile, cet outil a aussi des limites. Puisqu’Anciens Combattants Canada n’était pas toujours informé des décès, les vétérans n’ont pas tous une carte. De plus, il n’y a pas de cartes pour les décès survenus après le milieu des années 1960.

En suivant ces instructions et ces conseils, j’ai pu trouver la carte de décès de William Charles Chaplin :

Nous savons que c’est la bonne carte, puisque le numéro de régiment et la date du décès sont les mêmes que ceux indiqués sur l’enveloppe du dossier de Chaplin. (Nous avons vu cette enveloppe dans la première partie du blogue.)

On y apprend que Chaplin est décédé à Toronto. L’indication Death not [Décès : non] signifie que sa mort ne résulte pas de son service militaire.

Recensements

Explorons maintenant un autre outil important pour les recherches généalogiques : les dossiers des recensements. Ces documents du gouvernement dénombrent la population du pays et sont une source inestimable de renseignements. Pour chaque personne d’un ménage, on y trouve par exemple l’âge, le pays ou la province de naissance, l’origine ethnique, la profession, la religion et, parfois, l’année d’immigration.

Nous savons déjà que Chaplin, né en Angleterre, était au Canada au déclenchement de la Première Guerre mondiale. Le Recensement de 1911 peut nous aider à savoir quand il a immigré ici.

Après quelques tentatives, j’ai trouvé une référence à Chaplin et à sa famille en utilisant les termes de recherche qu’on peut voir dans l’image ci-dessous.

Écran de la base de données de Bibliothèque et Archives Canada pour le Recensement de 1911.

Écran de recherche de la base de données du Recensement de 1911.

Page des résultats pour « W Charles Chaplain », tirée de la base de données de Bibliothèque et Archives Canada pour le Recensement de 1911.

Base de données du Recensement de 1911, « W Charles Chaplain ».

Le nom de Chaplin y est orthographié « Chaplain » (« W Charles Chaplain »). C’est un bon exemple des variantes orthographiques qu’on retrouve souvent dans les vieux documents. Vous avez de la difficulté à trouver une référence à vos ancêtres dans un recensement? Consultez nos conseils de recherche par nom et par lieu.

Regardons de plus près l’image qui nous intéresse.

Formulaire de recensement, avec des colonnes et des entrées manuscrites.

Recensement de 1911, Toronto, quartier no 4, page 7. (e002028460)

On y apprend que la famille de Chaplin a immigré au Canada en 1904. Comme nous l’avons vu dans la partie 1 du blogue, l’aînée des enfants, Miriam (ou Marian), est née vers 1898. Or, le recensement fait plutôt référence à une enfant du nom d’Annie ou Amia. Si l’on se fie à l’année de naissance, il s’agit probablement de Miriam. Annie (ou Amia) aurait pu être un deuxième prénom, un surnom ou une erreur; et nous savons déjà à quel point il est courant de voir des variations de noms dans les anciens dossiers!

Quoi qu’il en soit, d’après ce recensement, nous constatons qu’Annie/Amia/Miriam/Marian est née en Angleterre, comme ses frères James et Richard. Agnes, William, Charles et George sont quant à eux nés en Ontario. Nous pouvons en déduire que William et Agnes se sont très probablement mariés en Angleterre. Comme leur premier enfant est vraisemblablement né en 1898, ils se sont sans doute mariés cette année-là ou avant.

Listes de passagers

Toujours selon le Recensement de 1911, la famille Chaplin a immigré au Canada en 1904. Pouvons-nous confirmer ce renseignement?

Bibliothèque et Archives Canada possède plusieurs bases de données sur l’immigration, toutes répertoriées sur sa page Web Recherche d’ancêtres. Ici, nous utiliserons la base de données Listes de passagers pour le port de Québec et pour d’autres ports, 1865-1922.

Sur l’écran de recherche, j’ai d’abord entré le premier prénom et le nom de famille de Chaplin. J’ai décidé de ne pas indiquer d’année d’arrivée, pour ratisser aussi large que possible.

Heureusement pour moi, il n’y avait que huit résultats, et le premier faisait référence à notre William Chaplin.

Écran montrant la fiche de William Chaplin, tirée de la base de données Listes de passagers pour le port de Québec et pour d’autres ports, Listes de passagers pour le port de Québec et pour d’autres ports, 1865-1922.

Page de référence pour William Chaplin, tirée de la base de données Listes de passagers pour le port de Québec et pour d’autres ports, 1865-1922.

Comme on peut le voir, la famille est arrivée en 1905 et non en 1904. Rien de surprenant : comme nous l’avons appris dans la partie 1 du blogue, c’est tout à fait normal de voir des différences d’un ancien dossier à l’autre.

Détail agrandi d’un écran où l’on voit la famille Chaplin sur une liste de passagers.

Extrait d’une liste de passagers où l’on voit l’arrivée de William Chaplin sur le S. S. Dominion à Halifax, fonds RG76, bobine de microfilm T-499.

On peut lire les noms de William Chaplin, de son épouse Agnes et de leurs trois enfants. Une fois de plus, on trouve une variante du nom de Miriam, qui ressemble à « Amy ». Amy serait née en 1898. Cela concorde avec ce que nous avons vu pour Miriam dans le Recensement de 1911 et dans le dossier de la Première Guerre mondiale de son père.

Mis à part la variante de nom supplémentaire, la liste des passagers n’a rien ajouté à notre liste de renseignements manquants. Elle a cependant confirmé la date à laquelle la famille a immigré.

  • Date et lieu de naissance : 23 juin 1870, Chatham, Kent, Angleterre
  • Date et lieu du mariage : Angleterre, probablement 1898 ou avant
  • Date et lieu du décès : 5 octobre 1957, Toronto (Ontario)
  • Nom de la mère : Inconnu
  • Nom du père : Inconnu
  • Nom de la conjointe : Eliza Agnes Turton, fille d’Agnes Eliza; décédée avant le 2 mars 1916
  • Noms des enfants : Miriam, James, Richard, George, Agnes, William et Celia

En revoyant notre liste de renseignements sur William Charles Chaplin, nous constatons que nous y avons ajouté son lieu de décès – Toronto, en Ontario – et qu’il s’est probablement marié en Angleterre, en 1898 ou avant. Nous en avons aussi appris davantage sur sa famille, notamment les dates de naissance approximatives, le pays et la province de naissance de chaque membre, ainsi que la date à laquelle la famille a immigré au Canada.

Cela dit, il nous manque encore des renseignements clés sur Chaplin, et notamment celui-ci : qui étaient ses parents?

Jusqu’ici, nous avons fouillé dans les principales sources généalogiques de Bibliothèque et Archives Canada. Cependant, d’autres institutions offrent plusieurs sources fort utiles. Nous ne ferons pas ces recherches ici, mais je vais vous expliquer comment vous pourriez procéder.

Registres de l’état civil

Pour connaître les noms des parents de Chaplin, je chercherais d’abord son dossier de mariage. En effet, les registres de l’état civil sont des sources généalogiques extrêmement utiles : les dossiers de naissance et de mariage indiquent habituellement ces informations.

Nous connaissons le nom de l’épouse de Chaplin, ce qui est fort utile : nous pourrons ainsi nous assurer que nous avons trouvé dossier du bon William Charles Chaplin (et non celui d’un autre homme ayant le même nom).

Nous savons que Chaplin s’est marié en Angleterre; nous devrions donc chercher dans les archives anglaises.

Les dossiers britanniques pour les naissances, les mariages et les décès sont conservés au General Register Office en Angleterre. Les index, classés par année, sont accessibles à la recherche sur différents sites Web, notamment FreeBMD.

Nous pourrions aussi trouver plus d’information en cherchant les dossiers de chaque membre de la famille Chaplin dans les registres de l’état civil. Au Canada, les dossiers de naissances, de mariages et de décès relèvent des provinces et des territoires. Bibliothèque et Archives Canada ne les conserve pas, puisqu’il est une institution fédérale. Pour savoir où trouver ces dossiers et comment y accéder, consultez notre page Lieux, où vous trouverez des sources pour chaque province et territoire.

Nous pourrions sûrement pousser plus loin les recherches généalogiques sur William Chaplin et sa famille. Mais après avoir lu ces deux billets de blogue, je parie que vous avez hâte de commencer les vôtres!

Prêt à donner le coup d’envoi à vos propres recherches généalogiques? Rendez-vous sur notre page Comment débuter.

Enfin, n’oubliez pas la base de données Dossiers du personnel de la Première Guerre mondiale : vous pourrez y chercher des références sur le service militaire de vos ancêtres au sein du Corps expéditionnaire canadien.

Merci d’avoir pris le temps de me lire!


Emily Potter est consultante en généalogie à la Direction générale des services au public de Bibliothèque et Archives Canada.