Des soldats au front et des travailleurs aux usines

Par Lucie Paquet

En août 1914, les pays européens s’engagent dans une guerre qui, prévoit-on alors, sera de courte durée. Comme plusieurs pays occidentaux, le Canada se mobilise et envoie des troupes pour combattre auprès des Alliés lors de la Première Guerre mondiale. Privée en grande partie de son industrie lourde et de ses ressources minières, l’armée française manque rapidement de matériel, ce qui provoque une hausse marquée de la demande pour des produits de toutes sortes. De 1914 à 1918, le Canada intervient directement pour remédier à la situation en réquisitionnant près de 540 établissements industriels partout au pays, d’Halifax à Vancouver. Les usines métallurgiques jugées essentielles par le gouvernement sont reconverties dans la fabrication de matériel de guerre. Leurs activités sont étroitement encadrées par la Commission impériale des munitions pour soutenir l’armée, qui mandate et envoie plus de 2300 inspecteurs gouvernementaux dans les usines pour superviser, tester et évaluer l’assemblage des produits militaires. C’est dans ce contexte que The Steel Company of Canada (aujourd’hui Stelco) reconvertit une grande partie de sa production dans le matériel de guerre.

Liste manuscrite des commandes envoyées par la Commission impériale des munitions énumérant, en texte noir parfois souligné en rouge, le nombre d’obus produits par divers établissements industriels du Canada.

Liste manuscrite des commandes envoyées par la Commission impériale des munitions détaillant le nombre d’obus produits par divers établissements industriels du Canada. (e011198346)

Mais cette transformation ne se fait pas sans difficulté. Les usines n’étant pas préparées à fabriquer des armes rapidement et à assurer un haut rendement constant, les commandes sont livrées en retard et le matériel est maintes fois défectueux. La Stelco n’échappe pas à cette réalité et connaît, elle aussi, les mêmes problèmes.

Première page, de couleur rose, d’une lettre écrite en septembre 1916 par Ross H. McMaster, chef de l’usine de Montréal, à Robert Hobson, président de la Stelco, décrivant les difficultés à produire et à livrer les obus.

Lettre écrite en septembre 1916 par Ross H. McMaster, chef de l’usine de Montréal, à Robert Hobson, président de la Stelco, décrivant les difficultés à produire et à livrer les obus. (e011198359-001)

La plus grande difficulté qu’éprouve la Stelco est liée à l’approvisionnement en matière première. Il faut d’abord la découvrir et l’exploiter, puis transporter le minerai brut des mines aux usines, acquérir les machines et l’équipement requis et faire fonctionner les nouveaux hauts fourneaux, et enfin former les travailleurs à toutes les étapes de la fabrication des produits. Grâce à son usine de barres d’acier nouvellement alimentée par l’électricité, la Stelco peut commencer rapidement la production. Elle recrute des femmes pour remplacer la centaine d’ouvriers envoyés au front et achète des propriétés minières en Pennsylvanie et au Minnesota pour approvisionner ses usines en charbon et en fer. La Stelco procède aussi à la rénovation et à la modernisation de ses usines.

Tableau listant, en texte bleu et rouge, les dépenses en capital de la Stelco pour la construction de nouvelles usines et l’acquisition d’équipement additionnel.

Énoncé préparé par la Stelco faisant état des dépenses en capital pour la construction de nouvelles usines et l’acquisition d’équipement additionnel. (e011198354)

Des réseaux de transport sont construits pour acheminer les métaux bruts aux usines de transformation de la Stelco à Montréal, à Brantford, à Gananoque et à Hamilton. À cette époque, la plupart des grandes villes canadiennes sont reliées par les lignes ferroviaires du Canadien National et du Canadian Pacifique pour faciliter le transport des soldats et des produits militaires.

L’automne 1916 marque un tournant dans l’industrie sidérurgique, après deux années d’expérimentation et de production. Comme la guerre continue de faire rage en Europe, les métallurgistes et les industriels décident de tenir des rencontres stratégiques. Une première réunion de l’Association des métallurgistes a lieu à Montréal, le 25 octobre 1916; on y discute des progrès scientifiques réalisés dans la fabrication de matériel militaire. À cette occasion, la Stelco tient une exposition pour présenter ses produits.

Deux pages imprimées de la revue Canadian Mining Institute contenant des photographies noir et blanc d’obus produits par la Stelco.

Photos publiées dans la revue Canadian Mining Institute montrant des obus produits par la Stelco. (e011198345)

En 1917, la Stelco construit deux nouvelles usines à Hamilton. On y fabrique non seulement des pièces d’artillerie, mais également des panneaux d’acier pour la construction de bateaux, de wagons, de véhicules et de pièces d’avion.

La guerre s’intensifie et la demande de munitions atteint des proportions considérables. Le niveau de production augmente, ce qui provoque une réorganisation du monde du travail. Pour accélérer la production, on attribue dorénavant aux ouvriers un salaire basé sur le temps alloué à la fabrication de chaque pièce. On accorde aussi des primes aux ouvriers les plus rapides.

Tableau montrant le nombre moyen de minutes que les ouvriers consacrent à l’exécution de chaque étape de la fabrication d’une pièce d’obus de 9,2 pouces, ainsi que le nombre estimatif de minutes normalement requises pour effectuer chaque tâche.

Tableau montrant le nombre moyen de minutes que les ouvriers consacrent à l’exécution de chaque étape de la fabrication d’une pièce d’obus de 9,2 pouces, ainsi que le nombre estimatif de minutes normalement requises pour effectuer chaque tâche. (e011198358)

Photographie noir et blanc montrant l’intérieur d’une usine de fabrication de munitions et de fils barbelés, en 1916.

Vue de l’intérieur d’une usine de fabrication de munitions et de fils barbelés, en 1916. (e011198375)

Cet effort de guerre fait naître un grand sentiment de fraternité et de patriotisme, et les ouvriers remettent à plus tard leurs revendications. Un message écrit par le surintendant du département des obus est prononcé le 4 janvier 1917; il montre bien la pression exercée dans les usines et le rôle déterminant des ouvriers.

Lettre manuscrite écrite par E. Frankland, surintendant, à l’intention des employés du département des obus de la Stelco.

Lettre manuscrite rédigée par E. Frankland, surintendant, à l’intention des employés du département des obus de la Stelco. (e011198368; une version anglaise de cette lettre est aussi disponible : e011198367)

Plus d’une centaine d’ouvriers de l’aciérie vont combattre dans les tranchées; la plupart d’entre eux sont envoyés en France. Cette liste datée du 16 novembre 1918 donne le nom et le grade de chaque ouvrier envoyé au combat, le nom de son bataillon ou régiment, ainsi que son dernier point d’attache connu.

Quatre pages dactylographiées listant les ouvriers de la Stelco envoyés au combat pendant la Première Guerre mondiale, de 1914 à 1918.

Liste des ouvriers de la Stelco envoyés au combat pendant la Première Guerre mondiale, de 1914 à 1918. (e011198365)

Les campagnes de financement s’organisent pendant la guerre, pour venir en aide aux soldats et à leurs familles. Les ouvriers y contribuent en versant une partie de leur salaire au Fonds patriotique canadien.

Page couverture, en noir et blanc, et pages 23 et 24, en noir et rouge, d’un registre indiquant les sommes versées au Fonds patriotique canadien.

Page couverture et pages 23 et 24 d’un registre des sommes versées au Fonds patriotique canadien. (e0111983867 et e011198385)

Le travail des ouvriers en usine est très exigeant. Même si elles nécessitent une grande précision, les tâches sont répétitives et doivent être effectuées rapidement à la chaîne.

À gauche, photographie noir et blanc d’ouvriers travaillant dans une chaîne de fabrication d’obus. À droite, formulaire bleu de la Commission impériale des munitions montrant les progrès réalisés par une chaîne de production au cours d’une semaine donnée.

À gauche, des ouvriers de la Stelco travaillant dans une chaîne de fabrication d’obus de 9,2 pouces. À droite, un formulaire de la Commission impériale des munitions décrivant les progrès réalisés par une chaîne de production au cours d’une semaine donnée. (e011198374 et e011198362)

Les produits sont lourds et leur manipulation est dangereuse. Les ouvriers fondent l’acier dans les hauts fourneaux, puis le coule dans des moules rectangulaires. Munis de pinces, ils retirent les lingots d’acier encore brûlants et les déposent sur des wagonnets. Les lingots sont ensuite transportés à la forge, où ils sont roulés en barres rondes selon les dimensions requises pour former les différents tubes d’obus.

Photographie noir et blanc montrant un ouvrier manipulant un lingot d’acier brûlant à l’aide de longues pinces.

Reproduction d’une photographie d’un ouvrier retirant d’une presse de 500 tonnes, à l’aide de longues pinces, un lingot d’acier brûlant de 80 livres. (e01118391)

Photographie noir et blanc montrant des ouvriers debout près de centaines de cylindres d’obus.

Des ouvriers de la Stelco posent fièrement près de centaines de cylindres d’obus fabriqués à partir d’acier fondu. (e01118373)

Une quantité considérable de barres d’acier est produite pour fabriquer des obus de 9,2 pouces, de 8 pouces, de 6,45 pouces et de 4,5 pouces.

Photographie noir et blanc montrant l’intérieur d’une usine d’obus, à Montréal, le 12 mai 1916.

Vue de l’intérieur de l’usine d’obus de la Stelco sur la rue Notre-Dame, à Montréal, le 12 mai 1916. (e01118377)

En 1915, les usines de la Stelco de Brantford, en Ontario, et de la rue Notre-Dame, à Montréal, forgent quelque 119 000 obus. La production combinée de ces deux usines passe à 537 555 obus en 1917, puis atteint 1 312 616 obus en 1918. C’est sous grande pression que les usines du Canada continuent de transformer des millions de tonnes d’acier en matériel militaire jusqu’à la signature, en novembre 1918, de l’Armistice qui met fin à la Première Guerre mondiale.


Lucie Paquet est archiviste principale à la Division Science, gouvernance et politique de Bibliothèque et Archives Canada.

Les timbres d’assurance-chômage et la collection Danny Leong

Par James Bone

Le gouvernement canadien met en place au début des années 1940, durant la Seconde Guerre mondiale, les premières composantes du filet de sécurité sociale que nous connaissons aujourd’hui. Le gouvernement cherche à éviter, ou du moins à atténuer, l’accroissement du chômage vécu au Canada lorsque les soldats sont rentrés au pays après la Première Guerre mondiale, en particulier dans le secteur manufacturier, touché par la fin de la production de guerre et la baisse de la demande qui en est résultée. Une des pièces maîtresses de ce programme est l’assurance-chômage : un programme obligatoire auquel les employés et les employeurs doivent contribuer en fonction du salaire de l’employé; ainsi, une personne qui perd son emploi pourra bénéficier d’un revenu continu durant une période déterminée. La loi établissant le programme reçoit la sanction royale en août 1940 et entre en vigueur le 1er juillet 1941. L’assurance-chômage a été modifiée et réformée depuis, mais l’actuel programme d’assurance-emploi est resté le même pour l’essentiel.

Une photographie couleur d’un timbre brun-rouge portant le texte suivant : Canada. Unemployment Insurance. Assurance-chômage. 1/6 27¢. Insured 0 Assuré.

Timbre d’assurance-chômage de 27 cents non oblitéré datant de 1941 (MIKAN 4933817)

Une photographie couleur d’un timbre d’assurance-chômage vert.

Timbre d’assurance-chômage de 51 cents datant de 1941 (MIKAN 4933828)

À l’époque, bien entendu, il n’y avait pas de gestion de documents informatisée; il fallait concevoir un moyen permettant de montrer non seulement que les cotisations avaient bien été versées, mais aussi qu’un employé donné était admissible au programme. La méthode la plus courante, à la fin du 19e et au début du 20e siècle, pour prouver que les taxes ou impôts ont été payés pour les services gouvernementaux consiste à utiliser des timbres fiscaux. Comme les timbres postaux, les timbres fiscaux précisent le montant payé pour acheter le timbre et la taxe ou l’impôt qu’il sert à payer. Après usage, les timbres fiscaux sont oblitérés par un agent responsable pour indiquer que leur valeur a été utilisée aux fins prévues. Les timbres d’assurance-chômage sont vendus dans les bureaux de poste; pour acheter ces timbres, les employeurs doivent retenir un certain pourcentage du salaire de leurs employés, tout en versant leur propre contribution. Les timbres sont ensuite collés dans des carnets, généralement conservés au service des ressources humaines ou de gestion de l’entreprise, puis soumis annuellement au bureau local de la Commission de l’assurance-chômage du Canada. Les employés ont un carnet par année, conservé par leur employeur. Afin de garantir que les sommes retenues sur le salaire servent bien à l’achat de timbres d’assurance-chômage, la loi autorise les employés à vérifier leur carnet deux fois par mois.

Une photographie couleur d’une page d’un carnet d’assurance-chômage usagé sur laquelle sont collés sept timbres, datée de mai, juin et juillet 1949.

Carnet de la Commission de l’assurance-chômage usagé daté de mai à juillet 1949 (MIKAN 4937508)

Une photographie couleur d’une page d’un carnet d’assurance-chômage usagé sur laquelle sont collés plusieurs timbres, datée d’octobre et novembre 1949. Les timbres sont très colorés et il y a une note manuscrite indiquant une date et des initiales.

Carnet de la Commission de l’assurance-chômage usagé daté d’octobre et novembre 1949 (MIKAN 4937509)

Au lancement du programme d’assurance-chômage, plusieurs types d’emploi en sont exclus : l’agriculture, la pêche, la foresterie et l’exploitation forestière, la chasse et la trappe, les services de transport aérien et maritime, la médecine, les soins infirmiers, l’enseignement, l’armée, la police et la fonction publique. Avec le temps, le programme couvre un nombre grandissant d’emplois. Un pas important est franchi en 1957, alors que l’industrie de la pêche devient admissible, apportant ainsi une garantie de revenu indispensable dans la nouvelle province de Terre-Neuve et dans l’ensemble des Maritimes. Au début, l’image d’un poisson est imprimée sur le timbre afin d’indiquer son utilisation prévue dans l’industrie de la pêche. Dans les années suivantes, les timbres d’assurance-chômage pour le secteur des pêcheries sont émis sans cette image.

Une photographie couleur d’un bloc de 50 spécimens de timbres d’assurance-chômage rouges.

Timbres d’assurance-chômage de 1959 (MIKAN 4933286)

Parmi les divers types de timbres fiscaux utilisés par les gouvernements fédéral et provinciaux, les timbres d’assurance-chômage sont relativement rares. C’est qu’en vertu de la loi et des règlements de ce programme, il est illégal de vendre des timbres non oblitérés; seuls un employeur ou le service des ressources humaines d’un employeur peuvent légalement posséder des timbres non oblitérés. En outre, la plupart des carnets et timbres oblitérés ayant été soumis à la Commission de l’assurance-chômage, ainsi que la majeure partie des timbres non oblitérés sont détruits volontairement après leurs cinq années de conservation prévues. Enfin, les timbres non vendus sont retournés par les bureaux de poste à la Commission de l’assurance-chômage pour être détruits quand ils ne peuvent plus être vendus, ce qui se produit lorsque des modifications aux cotisations à l’assurance-chômage exigent l’émission de nouveaux timbres.

La collection Danny Leong

Fort heureusement, Bibliothèque et Archives Canada a pu acquérir la collection de timbres d’assurance-chômage Danny Leong (R15771), laquelle comprend plus de 11 000 timbres, ainsi que des carnets d’assurance-chômage de toutes les années où ils ont été utilisés, en plus de divers documents connexes. Danny Leong et sa veuve, Violet Anne Leong, étaient des employés de la Commission de l’assurance-chômage en Colombie-Britannique. Grâce à cet emploi, monsieur Leong a pu collectionner des spécimens de timbres et des carnets qui n’étaient plus nécessaires pour le travail, la formation ou la référence dans le bureau.

La plupart des timbres de cette collection sont des spécimens préoblitérés, imprimés par la Compagnie canadienne des billets de banque à Ottawa et expédiés à la Commission de l’assurance-chômage à titre d’exemples de timbres à émettre et à vendre dans les bureaux de poste. La collection comprend également des spécimens de carnets d’assurance et des carnets utilisés que l’on conservait peut-être aux fins de formation. La pièce la plus originale est une épreuve gravée d’un timbre unique datant de mars 1959. Cette remarquable épreuve a été réalisée pour un timbre d’assurance-chômage dédié à l’agriculture, mais qui n’a jamais été émis; comme mentionné plus haut, le secteur de l’agriculture n’était pas couvert par l’assurance-chômage à cette époque. De toute évidence, on réfléchissait à la possibilité d’inclure le travail agricole dans le programme, et cette réflexion était suffisamment sérieuse pour concevoir et graver un timbre à cette fin. Consulté à propos de cette pièce, Yves Baril attribue très probablement le travail à Donald Mitchell, graveur de lettres pour la Compagnie canadienne des billets de banque, alors que le concept semble être celui de Harvey Prosser, sous la supervision de John Francis Mash.

Une photographie couleur d’une épreuve d’un timbre orange pour l’agriculture.

Épreuve d’un timbre d’assurance-chômage pour l’agriculture, jamais émis, daté du 12 mars 1959 (MIKAN 4933808)

L’utilisation des timbres fiscaux et des carnets d’assurance-chômage pour enregistrer le versement des cotisations se poursuit jusqu’au début des années 1970. Par la suite, le programme est remanié avec l’introduction des dossiers informatiques et l’apparition des formulaires de Relevé d’emploi, encore utilisés aujourd’hui. Mais surtout, la modification de la Loi sur l’assurance-chômage en 1971 élargit son application à presque tous les secteurs d’activité. La dernière émission de timbres d’assurance-chômage, imprimés en 1968, a très peu servi; seuls quelques rares timbres oblitérés ont été retrouvés par des collectionneurs. La collection de timbres d’assurance-chômage Danny Leong intéressera autant ceux qui étudient la philatélie que l’histoire du travail au Canada; elle peut être consultée à Bibliothèque et Archives Canada. Pour plus d’informations sur les timbres fiscaux canadiens, dont les timbres d’assurance-chômage, nous vous invitons à consulter la remarquable monographie Canada Revenues d’Edward Zaluski.

Une photographie couleur d’une feuille de timbres d’assurance-chômage couleur or sur lesquels est imprimé le mot SPECIMEN.

Feuille de timbres d’assurance-chômage non oblitérés datant de 1948 (MIKAN 4933742)


James Bone est archiviste à la Division des archives privées de la vie sociale et de la culture, Direction générale des archives, Bibliothèque et Archives Canada

Des découvertes onctueuses à Bibliothèque et Archives Canada

Par Rebecca Murray

C’est meilleur avec du beurre! Nul besoin de chercher bien loin, ni trop fort, pour trouver une source d’inspiration quand on travaille avec le patrimoine documentaire du Canada. Il suffit de penser aux documents revêtant une grande importance historique, aux photographies et œuvres artistiques à valeur iconique et aux objets associés à des récits que nous n’imaginons que dans nos rêves les plus fous. Surprise, nous parlons d’emballages de beurre. Sans blague? Ces emballages ragoûtants en papier ciré, plus difficiles à manipuler que des draps-housses? Très utiles pour mesurer la quantité de beurre requise dans nos recettes. Sans quoi, ils n’ont pas d’autre emploi et se retrouvent à la poubelle, dès que l’on a réussi à en détacher la livre de beurre. Néanmoins, un jour que je consultais un instrument de recherche, je suis tombée sur un dossier intitulé « Collection of butter wrappers and boxes used in retailing » (Collection de boîtes et d’emballages de beurre utilisés dans le commerce au détail). Croyez-moi, c’était impressionnant de voir tout ce qui se trouvait dans ce dossier.

Allons droit au but : en effet, il regorgeait d’emballages de beurre, tout aussi mignons les uns que les autres. Ils n’étaient ni cireux, ni graisseux, ni froissés. Ils étaient bien plats et lustrés, assez bien préservés d’ailleurs. À un point tel que je doute qu’ils aient déjà servi à emballer une quelconque livre de beurre graisseuse.

En ma qualité d’archiviste de référence, je consulte beaucoup d’instruments de recherche et j’ouvre d’innombrables boîtes d’archives. J’ai la chance de pouvoir tenir l’histoire entre mes mains. Chacune de ces trois étiquettes faisait la promotion d’un produit agricole provenant de la campagne si généreuse, des gens qui y vivent et y travaillent. Reconnaissez-vous une de ces étiquettes?

Un emballage de papier ciré polychrome illustrant une ferme avec des arbres. Au-dessus de l’image, on peut lire : « Marshall’s Brand. Creamery Butter. Pasteurized. Canada First Grade » (Marque Marshall. Beurre de crémerie. Pasteurisé. Canada Première Catégorie). Dans un autre encadré (sur la partie du papier qui s’enroule autour du beurre), il est écrit : « Reg. No. 1018. Only butter that conforms to Government standards for first grade are allowed to display on the wrapper CANADA FIRST GRADE » (No d’homologation 1018. On ne peut apposer la mention CANADA PREMIÈRE CATÉGORIE que sur le beurre qui répond aux normes de la première catégorie).

Emballage d’une livre de beurre provenant de Jarvis (Ontario) (MIKAN 156294)

Un emballage de papier métallisé polychrome arborant une image de vaches en train de paître dans un pré. On peut y lire : « Co-op. First Grade. Creamery Butter. Reg. No. 4054 » (Co-op. Première Catégorie. Beurre de crémerie. No d’homologation 4054). Sur l’un des autres pans de l’emballage, il est écrit : « Saskatchewan Co-Operative Creamery Association Limited. One lb net weight » (Saskatchewan Co-Operative Creamery Association Limited. Poids net : une livre).

Un emballage de beurre provenant de la Saskatchewan (MIKAN 156294)

Un emballage de papier métallisé avec le texte suivant: “Crapaud Creamery Butter. Canada First Grade. Pasteurized” (Beurre de crémerie Crapaud. Canada, Première Catégorie. Pasteurisé) Le texte est dans un petit médaillon ovale avec des petites fleurs rouges dans chaque coin.

Un emballage de beurre provenant de “Crapaud Creamery Company » de l’Île du Prince Edouard(MIKAN 156294)

Alors que j’examinais les emballages, j’ai été frappée par leur symbolique : ils transmettent la riche et longue tradition des fermes laitières de notre pays. Les emballages comme ceux-ci se retrouvaient dans les cuisines et les chambres froides, tant dans les grandes villes que dans les petits villages, ils réunissaient les Canadiens autour d’un rituel quotidien, quand ils consommaient du beurre.

Chacun de ces emballages de beurre constitue un point de repère auquel on peut rattacher des documents d’archives ou des publications. De fait, les chercheurs peuvent découvrir l’histoire de l’entreprise ou de l’industrie propre à la région.

Est-ce que l’histoire de la production et de la consommation des produits laitiers au Canada piquent votre curiosité? Pourquoi ne pas consulter certaines des collections suivantes :

Par ailleurs, vous pouvez lancer des recherches en utilisant des mots-clés comme « produits laitiers », « beurre » ou « fromage » à partir de la fonction Recherche de fonds d’archives et vous pourriez bien être étonné! On ne sait jamais ce qu’on va trouver dans les collections de Bibliothèque et Archives Canada.


Rebecca Murray est archiviste de référence au sein de la Division des services de référence à Bibliothèque et Archives Canada.

L’expansion de la Montreal Rolling Mills Co.

Par Lucie Paquet, archiviste séniore

En 1900, Montréal est une ville industrialisée. On y aperçoit de nombreux bâtiments logeant des complexes industriels. Parmi les plus importants, il y a la Dominion Bridge Company (R5607) qui élabore de superstructures de ponts et chaussées. La Montreal Rolling Mills Co. quant à elle, transforme le fer et l’acier en de multiples produits de construction. Chacun de ses ateliers possède sa propre fonction. Les mécanismes de fonctionnement des machineries à l’intérieur des usines sont de plus en plus ingénieux, plus puissants et plus rapides. De l’artisan-forgeron, l’ouvrier salarié s’installe au service de la machine. À l’aide d’immenses moteurs équipés de courroies à transmission hydraulique, les ouvriers s’activent aux commandes des fournaises, déplacent les chaudières, chauffent et coulent le fer brûlant dans des moules, le modèlent, le martèlent et le coupent. Tout cela avec la chaleur intense, la fumée, le bruit, la poussière et les gaz dégagés par les machines.

Dessin noir et blanc montrant un complexe industriel en 1900.

Dessin de la Montreal Rolling Mills Co. provenant d’un entête de lettre, 1900, vol. 278, dossier 1 (MIKAN 4932178)

Les ouvriers produisent des clous, des vis, des boulons, des scies, des haches, des tuyaux, des fers à cheval, des rails de chemins de fer et diverses structures pour les besoins en agriculture, en transport et en construction.

Images couleur montrant la couverture et deux pages du catalogue des produits en 1908.

Couverture du catalogue et liste des produits, 1908, vol. 252, dossier 3 (MIKAN 4932171)

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Les archives de la Stelco maintenant acquises

Par Lucie Paquet

Bibliothèque et Archives Canada est fier d’annoncer l’acquisition des archives de la Steel Company of Canada, plus connue sous le nom de la Stelco. Ce fonds d’archives fait maintenant partie de notre patrimoine national. Il comprend plus de cent mètres de documents textuels, des milliers de photographies, des dessins techniques et architecturaux et plus de deux cents pièces de documents sonores et audiovisuels. Le fonds d’archives de la Steel Company of Canada Limited en cours de traitement archivistique documente tous les aspects de l’évolution de l’industrie de l’acier depuis le début de sa mécanisation durant les années 1880 jusqu’aux années 1980.

Photographie noir et blanc montrant un complexe industriel servant à la production et à la transformation de l’acier.

Vue aérienne des usines de la Steel Company of Canada Limited (Stelco) à Hamilton vers 1952 (MIKAN 4915715)

La Steel Company of Canada Limited a été créée en 1910 à la suite de l’amalgamation de cinq compagnies qui avaient auparavant englobé une quarantaine d’autres plus petites, opérant dans différentes régions au Québec et en Ontario : la Hamilton Steel and Iron Company Ltd., la Montreal Rolling Mills Company, la Canada Screw Company, la Dominion Wire Manufacturing Company et la Canada Bolt and Nut Company. Chacune avait sa spécialisation, de la production première d’acier pour l’industrie ferroviaire, agricole et maritime jusqu’aux produits quotidiens de consommation. Ce regroupement en une nouvelle et grande entreprise a permis à l’industrie canadienne de l’acier de faire face à l’imposante concurrence américaine et européenne.

Les livres de comptes, la correspondance, les procès-verbaux des dirigeants de l’entreprise, les brevets d’invention et les photographies relatent d’une façon détaillée le début de cette industrie, son développement et ses difficultés.

Photographie noir et blanc montrant une usine aux abords d’un canal. On y aperçoit en arrière-plan d’autres usines ainsi que les voies ferrées servant au transport des matériaux d’acier.

L’usine d’acier de Saint-Henri, un des départements de la Stelco à Montréal, 17 mai 1946 (MIKAN 4915716)

Le fonds d’archives documente non seulement l’expansion de l’entreprise, mais le développement de plusieurs villes, villages et quartiers entiers.

Photographie noir et blanc montrant en gros plan des hauts fourneaux d’un site industriel.

Les hauts fourneaux de la Steel Company of Canada Limited (Stelco) à Hamilton vers 1948 (MIKAN 4915717)

Des villes comme celle de Hamilton deviennent rapidement de grands centres industriels que l’on surnomme « villes de l’acier ».

Photographie noir et blanc montrant des hommes dans une usine. On peut y apercevoir en arrière-plan un nombre important de travailleurs faisant fonctionner manuellement les premières machines mécaniques.

Vue intérieure des travailleurs d’une des usines de transformation d’acier à Hamilton vers 1920 (MIKAN 4915719)

Au milieu du XXe siècle, les usines attirent de nombreux immigrants et la population des centres urbains double en l’espace de quelques décennies.

Photographie noir et blanc montrant des employés à l’intérieur d’une usine en train d’empaqueter des produits.

Vue intérieure des travailleurs du département de finition et d’empaquetage à Hamilton vers 1920 (MIKAN 4915720)

Les archives de la Stelco témoignent des conditions de travail des hommes et des femmes qui ont passé toute leur vie dans les usines.

Photographie noir et blanc montrant un regroupement de personnes tenant un drapeau orné d’un « V » signifiant Victoire.

Parade des dirigeants et des employés de la Stelco peu après la fin de la Deuxième Guerre mondiale en 1945. En avant-plan, on peut apercevoir, entre autres, H.G. Hilton, H.H. Champ, dirigeants de Stelco et un officier militaire (MIKAN 4915722)

La Stelco et ses travailleurs ont assumé d’importantes responsabilités durant les deux grandes guerres en répondant à la demande des gouvernements canadien et britannique en produits militaires. Ils ont contribué dans une certaine mesure à la victoire des alliés.

Mais le succès ne s’arrête pas là. Le développement phénoménal des centres urbains durant les années 1950, de l’immobilier, des ressources énergétiques, des moyens de transport et des produits de consommation divers provoquent une grande demande en acier.

Photographie noir et blanc montrant des travailleurs manœuvrant une machine servant à rouler l’acier et à le transformer en multiples panneaux.

Vue intérieure d’une usine plus moderne des années 1960 permettant de transformer l’acier en rouleaux et en panneaux.(MIKAN 4915723)

On assiste alors à l’élaboration de grands complexes industriels et la mise en place d’un centre de recherche équipé d’une haute technologie qui permet à la Stelco de développer de nouveaux produits d’acier, d’intensifier ses opérations et sa production dans tous les domaines autant résidentiel que commercial.

Ingénieur du laboratoire de métallurgie testant la qualité de la structure de l’acier avec un appareil appelé « photomicrographe » vers 1960 (MIKAN 4915724)

Ingénieur du laboratoire de métallurgie testant la qualité de la structure de l’acier avec un appareil appelé « photomicrographe » vers 1960 (MIKAN 4915724)

Un collage de publicités en couleurs. La première illustration montre différents produits résidentiels, dont un foyer au bois pour le salon, la deuxième montre la fabrication de panneaux d’acier et la troisième montre quelques dessins architecturaux pour la construction de bâtiments.

Collage de trois publicités provenant de la revue Steel in Homes 1967, « Stelco Plate Products » (novembre 1969) et « Expanding the Markets for Stelco Steel » vers 1970. (MIKAN 4915725)

La Steel Company of Canada Limited (Stelco) exporte ses produits partout dans le monde et devient ainsi l’une des plus importantes entreprises d’acier en Amérique du Nord. À titre d’exemple, elle prend part activement au design et à la construction du pavillon de l’acier à Expo 67.

Photographie noir et blanc montrant plusieurs édifices d’architecture moderne.

À l’arrière-plan, le pavillon canadien de l’acier à l’Exposition universelle de Montréal en 1967. Ce pavillon fut construit par les quatre plus grandes entreprises canadiennes de l’acier : Algoma, Stelco, Dofasco et Dosco. Elles ont reproduit en miniature toutes les composantes de la fabrication de l’acier. On peut apercevoir au centre de l’image le pavillon de l’industrie canadienne des pâtes et papiers. (MIKAN 4915727)

Au cours des prochains mois, nous vous ferons connaître l’univers de la Stelco, ses usines, ses dirigeants, ses employés, ses opérations, ses innovations, ses produits, ses difficultés ainsi que ses activités sociales, sportives et culturelles.


Lucie Paquet est archiviste à la Division Science, gouvernance et politique de Bibliothèque et Archives Canada.

Polysar ou l’aventure de la production du caoutchouc synthétique au Canada

Par François Larivée 

Les personnes nées avant 1980 se souviendront peut-être de l’image d’un important complexe industriel figurant au verso des billets de 10 dollars. Ce dessin représentait en fait l’usine Polysar (originellement Polymer) à Sarnia (Ontario) et il a figuré sur le billet violet entre 1971 et 1989. Or l’histoire de cette entreprise, qui fut créée en 1942 en tant que société de la Couronne par le gouvernement du Canada et dont Bibliothèque et Archives Canada possède le fonds d’archives, est assez fascinante.

Photographie noir et blanc montrant, en avant-plan, trois grands réservoirs sphériques et un enchevêtrement complexe de tuyaux alors qu’en arrière-plan, se trouve une très haute cheminée d’où s’échappent une flamme et de la fumée. On y voit également un bâtiment équipé de cinq autres cheminées.

Vue de tuyaux et de trois réservoirs sphériques Horton contenant un mélange de butylène et de butadiène utilisé dans la fabrication de caoutchouc synthétique à l’usine Polymer Rubber Corporation, septembre 1944 (MIKAN 3627791)

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Annuaires d’entreprises canadiennes conservés à Bibliothèque et Archives Canada

Il y a plus d’un million d’entreprises au Canada. Ce sont, notamment, des banques, des épiceries, des pharmacies et de grands magasins, et nous interagissons avec ces entreprises sur une base quotidienne. Si vous cherchez de l’information sur les origines d’une entreprise ou sur sa structure à différentes époques, la collection de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) comprend des ressources publiées qui pourraient vous être utiles. Compte tenu des renseignements récents actuellement à la disposition des clients et souvent accessibles dans des annuaires et des documents des entreprises affichés en ligne, vous trouverez probablement que les ressources de BAC sont plus pratiques pour les recherches historiques. Le présent blogue est surtout axé sur les annuaires, une importante source de renseignements sur les entreprises.

Les annuaires d’entreprises, dont le titre peut changer souvent au cours de leur existence, fournissent des renseignements précis et accessibles au public et sont publiés chaque année à l’intérieur d’une seule ressource documentaire. Le contenu et l’exhaustivité peuvent aussi varier d’un annuaire à l’autre. Les annuaires sur papier couvrent habituellement une plus longue période de temps que les autres formats, tels que les ressources en ligne ou les microformes.

Parmi les annuaires réputés, mentionnons les pages blanches que les compagnies de téléphone publient. Les pages jaunes peuvent servir à localiser les entreprises par le nom ou le secteur d’activité. BAC, par ailleurs, a une collection historique d’annuaires téléphoniques sur microfilm, dont certains remontent au 19e siècle. Le microfilm comprend un index. On peut aussi consulter un index imprimé dans la salle de référence au deuxième étage de notre établissement situé au 395, rue Wellington.

La série des annuaires du Financial Post publiés par MacLean-Hunter Limited depuis la fin du 19e siècle constitue une autre ressource importante. Le FP Survey of Predecessor & Defunct Companies renferme de l’information sur la situation des entreprises, y compris la constitution en personne morale, les faillites et les dissolutions, ainsi que les dates et les territoires de compétence.

Autres annuaires publiés par le même éditeur :

Aussi dans cette collection, on retrouve le Financial Post, dont le nom a ensuite été changé pour National Post, un important journal canadien spécialisé. Un index de la première moitié du 20e siècle a été publié séparément.

Des annuaires de villes rassemblent des quantités imposantes de renseignements sur les entreprises et permettent d’effectuer des recherches selon l’adresse de l’entreprise, le nom et le secteur d’activité. Il s’y trouve aussi parfois le nom des directeurs des entreprises. Bon nombre des annuaires de villes renferment des sections où figurent des listes d’entreprises et des publicités. La bibliographie qui suit peut servir lorsqu’on effectue des recherches rétrospectives. BAC possède une collection bien garnie d’annuaires de villes que l’on peut consulter sur place. D’autres renseignements sur cette collection sont affichés sur le site Web de BAC.

Entre autres annuaires susceptibles d’être utiles, mentionnons la série d’annuaires de Dun & Bradstreet of Canada, les Scott’s Directories (divers titres portant sur le secteur manufacturier, les industries, etc.) et le Canadian Trade Index. En outre, l’ensemble de microfiches Annual reports and financial statements of Canadian companies (rapports annuels et états financiers d’entreprises canadiennes) renferme de l’information sur les entreprises, tant publiques que privées.

Si vous désirez poursuivre vos recherches en ligne sur une entreprise, voici quelques outils pratiques :

De plus, les registres provinciaux des sociétés, dont les données sont conservées dans la base de données des entreprises d’Innovation, Sciences et Développement économique (anciennement Industrie Canada), sont utiles pour trouver de l’information sur des entreprises difficiles à localiser.

Veuillez noter que beaucoup de sociétés de services financiers ont adapté leurs ressources à la réalité de l’électronique et ont numérisé leurs documents imprimés. Les rapports historiques sur les entreprises sont aussi conservés et ils sont disponibles, que ce soit en format numérique ou papier.

Si vous avez d’autres questions sur les entreprises canadiennes, nous serons heureux de vous aider dans vos recherches!