Carrioles et tuppies métis

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À gauche, Tatânga Mânî [chef Walking Buffalo] [George McLean] monte à cheval et porte son costume traditionnel des Premières Nations. Au centre, Iggi et une fille échangent un « kunik », un baiser traditionnel dans la culture inuit. À droite, le guide métis Maxime Marion tient un fusil. À l’arrière-plan, il y a une carte du Haut et du Bas-Canada, ainsi qu’un texte de la collection Red River Settlement [colonie de la rivière Rouge].Ce blogue fait partie de notre programme De Nations à Nations : voix autochtones à Bibliothèque et Archives Canada.

De Nations à Nations : voix autochtones à Bibliothèque et Archives Canada est gratuit et peut être téléchargé sur Apple Books (format iBooks) ou sur le site Web de BAC (format EPUB). On peut aussi consulter une version en ligne au moyen d’un ordinateur, d’une tablette ou d’un navigateur Web mobile; aucun module d’extension n’est requis.

Par William Benoit

Le mot « carriole » désigne à l’origine un traîneau tiré par des chevaux, en particulier le traîneau léger et ouvert utilisé au Canada français. À l’époque de la traite des fourrures, cependant, les carrioles sont tirées par des chiens. Elles revêtent une importance particulière en hiver, car elles assurent le transport de personnes importantes, du courrier, de marchandises et de pelleteries.

Lithographie couleur de deux hommes marchant près d’un passager assis dans une carriole tirée par trois chiens.

Le gouverneur de la Compagnie de la Baie d’Hudson à bord d’une carriole tirée par des chiens, avec un guide des Premières Nations et un conducteur métis, rivière Rouge, 1825. (c001940k)

La carriole ressemble à un toboggan, avec des côtés en cuir et une ossature légère en planches de bouleau. Au début de l’hiver, on fait geler le cuir mouillé sur l’ossature; la carriole conserve ainsi sa forme pendant toute la saison froide. Après la fonte printanière, on retire le cuir, qui sert alors à d’autres fins. Au fil du temps, des motifs peints viendront orner les flancs des carrioles métisses.

Reproduction couleur montrant l’arrivée d’une carriole tirée par des chiens. Les voyageurs sont accueillis par un groupe d’hommes, de femmes et d’enfants rassemblés devant une maison.

Une carriole tirée par des chiens arrive au seuil d’une maison pour Noël, Manitoba, date inconnue. (e002291374)

La coutume consistant à pourvoir les chiens de traîneau de harnais ornementés et de couvertures brodées, appelées « tuppies » (du mitchif « tapi », lui-même dérivé du français « tapis »), voit le jour chez les Métis de la rivière Rouge dans la première moitié du 19e siècle. Les tuppies et les tiges en métal décorant les harnais sont ornés de gros grelots, de franges, de pampilles, de pompons et de plumes. On imagine facilement l’atmosphère de fête qui entoure l’arrivée des chiens de traîneau métis!


William Benoit est conseiller en engagement autochtone interne au bureau du bibliothécaire et archiviste du Canada adjoint à Bibliothèque et Archives Canada.

Fergie Jenkins : un long parcours semé d’embûches vers Cooperstown

English version

Par Kelly Anne Griffin

Dans des conditions favorables, il est possible de parcourir les 700 km qui séparent Chatham (en Ontario) à Cooperstown (dans l’État de New York) en à peine huit heures. Mais pour un jeune Canadien, ce trajet fut une longue lutte contre la discrimination raciale et les meilleurs frappeurs des ligues majeures de baseball. Ce n’est qu’après un long parcours semé d’embûches et rempli d’exploits que Fergie Jenkins a été intronisé au Temple de la renommée du baseball.

Enfant unique de Ferguson Jenkins père et de Delores Jackson, Ferguson Jenkins est né à Chatham en 1942. Son père a immigré au Canada de la Barbade. Quant à sa mère Delores, elle est une descendante d’esclaves qui ont fui le sud des États-Unis par le célèbre chemin de fer clandestin pour se rendre dans le sud-ouest de l’Ontario.

Il était naturel que le fils de deux parents qui ont fait de l’athlétisme durant leur enfance se passionne pour le sport. Son père, un boxeur amateur qui a aussi joué pour les Coloured All-Stars de Chatham, une équipe de baseball amateur, dans les années 1930, lui a servi de modèle. Pendant son enfance, Fergie Jenkins fils se démarque en athlétisme, au hockey et au basketball. Il est si polyvalent que, de 1967 à 1969, il fait partie de l’équipe de basketball des Harlem Globetrotters pendant la saison morte au baseball.

Ce n’est qu’à son adolescence qu’il commence à pratiquer le sport qui le rendra célèbre. Fergie joue d’abord au premier but, mais la force de son bras finit par attirer l’attention. Il décide alors de s’entraîner en lançant des morceaux de charbon dans un parc à charbon local. Pour travailler sa précision, il vise des cibles étroites comme une chute à glace ou l’espace entre deux wagons d’un train en marche. À 15 ans, il se fait remarquer par un recruteur des Phillies de Philadelphie, Gene Dziadura, avec qui il s’entraînera jusqu’à la fin de ses études secondaires.

Une ville avec des maisons et des bâtiments de chaque côté d'une rivière, avec un pont reliant les deux côtés.

Vue aérienne de Chatham, une ville multiculturelle du sud-ouest de l’Ontario, 1919. (a030462)

De Chatham aux ligues majeures

Comme beaucoup de jeunes Canadiens, Fergie Jenkins rêve de devenir joueur de hockey. Il faut dire que, dans les années 1960, les Canadiens sont rares dans les ligues majeures. Toutefois, après avoir terminé ses études et son travail avec Gene Dziadura, Jenkins est clairement destiné à faire carrière au baseball. Même les majeures semblent être un rêve atteignable. Il signe un contrat avec les Phillies de Philadelphie en 1962 et fait ses débuts dans les majeures en 1965, en tant que lanceur de relève. Il devient lanceur partant peu avant d’être échangé aux Cubs de Chicago, en avril 1966.

Fergie Jenkins n’avait que quatre ans lorsque, le 15 avril 1947, Jackie Robinson est devenu le premier joueur noir de l’ère moderne dans les ligues majeures, ouvrant ainsi la voie à de futures vedettes comme Jenkins. Dans les années 1960, la situation s’était nettement améliorée, mais il restait beaucoup de chemin à faire. Ainsi, quand Jenkins est cédé aux mineures, il doit jouer dans des États du Sud où la ségrégation est appliquée dans les toilettes, et même dans les stades. L’artilleur canadien vit alors un véritable choc culturel, ayant grandi dans un pays que la femme de Jackie Robinson a qualifié de paradis après avoir passé un an à Montréal en 1946.

Fergie Jenkins passe la plus grande partie de sa carrière de 19 ans avec les Cubs de Chicago. À la fin des années 1960 et au début des années 1970, il s’impose comme l’un des meilleurs partants des majeures. Il atteint le plateau des 20 victoires — le seuil d’excellence pour les lanceurs à l’époque — à sept reprises, dont six fois de suite de 1967 à 1972. Le lanceur droitier maîtrise parfaitement tous ses tirs, mais il possède surtout une qualité essentielle pour un partant : la constance. Sa balle rapide, très précise, terrorise les frappeurs adverses. Enfin, à l’instar de plusieurs lanceurs de son époque, il possède un bras très résistant selon les standards actuels, comme le montrent ses cinq saisons avec plus de 300 manches lancées.

Un lanceur noir en plein élan s’apprête à effectuer un tir. Il y a un tableau indicateur en arrière-plan.

Baseball. Ferguson Jenkins, lanceur des Cubs de Chicago, contre les Expos de Montréal.
Date : le 19 septembre 1970. Source : Montreal Star/Bibliothèque et Archives Canada. (Mikan 3195251)

En 1982, Fergie Jenkins est agent libre et décide de retourner à Chicago, après un brillant passage avec les Rangers du Texas. Il enregistre cette année-là son 3 000e retrait au bâton. Il devient ainsi le premier lanceur de l’histoire à retirer 3 000 frappeurs sur des prises tout en accordant moins de 1 000 buts sur balles. Au cours des 40 dernières années, seuls Greg Maddux, Curt Schilling, Pedro Martinez, Justin Verlander et Max Scherzer ont réussi l’exploit.

Encore aujourd’hui, Fergie Jenkins détient les records d’équipe chez les Cubs pour les retraits sur trois prises (2 038) et les départs (347).

Trophées et records

Fergie Jenkins a établi de nombreux records des majeures au cours de sa magnifique carrière. En 1971, il devient le premier lanceur canadien à remporter le Cy Young. Ce trophée, qui porte le nom d’un légendaire lanceur du début des années 1900 intronisé au panthéon du baseball, est décerné chaque année au meilleur lanceur de la Ligue américaine et à celui de la Ligue nationale. Le vainqueur est choisi à l’aide d’un vote de l’Association des chroniqueurs de baseball d’Amérique.

Fergie Jenkins domine sa ligue pour le nombre de victoires à deux reprises (la Nationale en 1971 et l’Américaine en 1974) et pour la moyenne de buts sur balles accordés par 9 manches à cinq occasions (trois fois dans l’Américaine et deux fois dans la Nationale). En 1969, il trône au sommet de la Ligue nationale avec un impressionnant total de 273 retraits au bâton. De 1967 à 1972, il enchaîne six saisons de suite avec au moins 20 victoires.

Fergie Jenkins est considéré comme le pilier des Black Aces, un groupe de lanceurs afro-américains ayant obtenu au moins 20 victoires en une saison. Aucun lanceur noir n’a remporté plus de parties que lui en carrière (284).

Un héritage digne d’être souligné

Le 3 mai 2009, les Cubs de Chicago ont hissé le numéro 31 de Fergie Jenkins au champ gauche du Wrigley Field, confirmant sa place parmi les grandes légendes de l’équipe fondée 138 ans plus tôt. En mai 2022, l’organisation a dévoilé une statue à l’effigie de Jenkins à l’extérieur du stade où il a obtenu tant de succès. Pat Hughes, commentateur des matchs de l’équipe à la radio depuis 1996, qualifie alors Jenkins de meilleur lanceur de la longue et légendaire histoire des Cubs de Chicago.

Le 17 décembre 1979, Fergie Jenkins est décoré de l’Ordre du Canada. En 1987, il est intronisé au Temple de la renommée du baseball canadien, à St. Marys (Ontario). En 1991, il obtient enfin l’honneur suprême pour un joueur de baseball : l’intronisation au Temple de la renommée à Cooperstown. Il était le seul Canadien au Temple jusqu’à ce que Larry Walker le rejoigne en 2020.

En décembre 2010, Postes Canada annonce qu’un timbre à l’effigie de Fergie Jenkins sortira au mois de février suivant pour souligner le Mois de l’histoire des Noirs. En 2011, Jenkins se rend dans 46 villes du Canada pour faire la promotion du timbre auprès des Canadiens et parler des projets visant à mettre en valeur l’histoire des Noirs.

Timbre montrant un joueur de baseball qui lance une balle, à gauche, et un homme qui regarde en direction de l’appareil photo, à droite.

Timbre commémoratif de Fergie Jenkins émis par Postes Canada à l’occasion du Mois de l’histoire des Noirs. (e011047401)

Après sa retraite en 1983, Fergie Jenkins est demeuré très actif dans le milieu du baseball au Canada. En 1999, il a établi la fondation Fergie Jenkins à St. Catharines, en Ontario. Celle-ci a inauguré le Fergie Jenkins Baseball and Black History Museum en 2011. Toujours active, elle recueille des millions de dollars au profit d’organismes de bienfaisance de partout en Amérique du Nord.

Fergie Jenkins est toujours présent pendant la fin de semaine des intronisations au Temple de la renommée du baseball canadien. Il en profite pour discuter avec les partisans et les jeunes joueurs canadiens qu’il a su inspirer, en partie grâce à ses exploits sur le terrain. Il demeure un grand pilier de la promotion du baseball au Canada.

Autres ressources


Kelly Anne Griffin est archiviste adjointe pour l’équipe Médias spécialisés et description à la Division des archives gouvernementales de Bibliothèque et Archives Canada.

Histoires cachées

À gauche, Tatânga Mânî [chef Walking Buffalo] [George McLean] monte à cheval et porte son costume traditionnel des Premières Nations. Au centre, Iggi et une fille échangent un « kunik », un baiser traditionnel dans la culture inuit. À droite, le guide métis Maxime Marion tient un fusil. À l’arrière-plan, il y a une carte du Haut et du Bas-Canada, ainsi qu’un texte de la collection Red River Settlement [colonie de la rivière Rouge].Ce blogue fait partie de notre programme De Nations à Nations : voix autochtones à Bibliothèque et Archives Canada.

De Nations à Nations : voix autochtones à Bibliothèque et Archives Canada est gratuit et peut être téléchargé sur Apple Books (format iBooks) ou sur le site Web de BAC (format EPUB). On peut aussi consulter une version en ligne au moyen d’un ordinateur, d’une tablette ou d’un navigateur Web mobile; aucun module d’extension n’est requis.

Par Ryan Courchene

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) détient une collection d’archives et de documents publiés si vaste et incroyable que vous ne pourrez jamais la consulter dans sa totalité. Chaque jour, on peut trouver des perles cachées en consultant le site Web de BAC ou en visitant l’un des divers édifices abritant des fonds d’archives répartis partout au Canada.

Le bureau de Winnipeg, où je travaille, contient à lui seul près de 9 150 m (30 000 pi) linéaires d’archives. Lors d’un voyage professionnel à Ottawa en 2016, j’ai eu l’occasion d’observer le travail d’employés des Services de référence du 395, rue Wellington. Sur place, j’ai constaté trois meubles à compartiments près du comptoir d’accueil et j’ai demandé ce qu’ils contenaient.

Photo couleur, prise depuis un corridor, d’une salle de référence que l’on voit à travers une paroi et deux portes vitrées.

La salle de référence de BAC, à Ottawa, vue depuis le corridor. À gauche, on voit les tiroirs des meubles à compartiments contenant des fiches de recherche avec des copies de photographies. Source : Tom Thompson

Photo couleur de quatre étagères en métal dotées de huit tiroirs coulissants contenant des fiches et des exemplaires de photographies ainsi que des renseignements de référence connexes.

Tiroirs des meubles à compartiments se trouvant dans la salle de référence, organisés par vedettes-matières et lieux géographiques et contenant des fiches de recherche avec des copies de photographies conservées dans les collections de BAC, à Ottawa. Source : Tom Thompson

On m’a alors indiqué qu’ils renfermaient de petites fiches qui illustraient des images de la collection, copiées de microfilms et de microfiches. Intrigué, j’ai décidé de jeter un coup d’œil aux fiches pendant la pause du dîner. Je suis bien vite tombé sur la collection Birth of the West [la naissance de l’Ouest], un ensemble comprenant des centaines de remarquables photos de l’Ouest canadien, la majorité étant des images autochtones d’Ernest Brown. Petites et de mauvaise qualité, les photos de ces tiroirs n’étaient en fait que des copies de leurs versions originales. Tout chercheur vous dira que cela peut être à la fois frustrant et utile au moment d’effectuer une recherche sur place. De nombreuses photographies répertoriées dans les fiches catalographiques n’ont jamais été numérisées, comme c’est le cas pour cette image de l’orignal. Dans de telles situations, les fiches fournissent un accès immédiat aux images sans avoir à commander le matériel original entreposé ailleurs.

Les photos de cette prestigieuse collection ne sont pas seulement saisissantes sur le plan visuel, mais exceptionnelles pour la mine de renseignements à caractère historique qu’elles représentent sur le Canada et les peuples de Premières Nations de l’Ouest. Même si la collection compte des centaines d’images, l’une d’entre elles a réellement retenu mon attention. Chaque fois que je la regarde, elle raconte une histoire qui évolue sans cesse.

Photo couleur d’une fiche catalographique au ton crème. La partie gauche comprend de l’information dactylographiée en noir et organisée selon diverses catégories. Une copie d’une photo noir et blanc présentée sur le côté montre un orignal équipé d’un harnais fixé à un travois, l’animal se tenant devant un tipi.

Fiche catalographique d’une copie d’une photo d’un jeune orignal équipé d’un harnais fixé à un travois et qui se tient devant un tipi, lieu inconnu, vers 1870-1910. Source : Tom Thompson

Cette photo montre une petite maison qui pourrait appartenir à une famille de Métis ou de Premières Nations, des couvertures suspendues pour sécher, quelques arbustes nus, un chaudron de nourriture près d’un feu de camp, un beau tipi et, bien sûr, un jeune orignal domestiqué équipé d’un harnais fixé à un travois. Un élément n’a pas capté mon attention au premier coup d’œil, mais est sans doute le plus important de la photo : on voit une main agrippant la corde attachée à l’orignal. Mon grand-père me racontait comment il avait défriché sa propre terre pour la cultiver et y élever du bétail. Est-ce que c’est ce qui se passe sur la photo? Sinon, que nous raconte-t-elle? Chaque fois que je regarde cette photo, diverses possibilités s’offrent à moi et soulèvent toujours plus de questions.

Détail d’une photo noir et blanc montrant la main d’une personne tenant une corde.

Détail de la photo d’un jeune orignal équipé d’un harnais fixé à un travois et qui se tient devant un tipi, lieu inconnu, vers 1870-1910. Source : Tom Thompson

Après avoir vu la photo de ce jeune orignal, j’en voulais un exemplaire. Comme je travaillais à rebours, il me fallait trouver l’image dans la collection pour savoir si elle avait déjà été numérisée, et dans le cas contraire, vérifier si l’obtention d’un exemplaire faisait l’objet de restrictions. Malheureusement pour moi, la photo n’était pas numérisée et j’ai préféré ne pas insister pour en obtenir un exemplaire.

Finalement, en 2019, il est venu à mon attention que l’on procédait à la numérisation de la collection d’Ernest Brown dans le cadre de l’initiative Nous sommes là : Voici nos histoires. La photo de l’orignal est l’une des 126 images de l’album intitulé Birth of the West [la naissance de l’Ouest]. Datant de la période 1870-1910, l’album comprend des photos prises dans les Territoires du Nord-Ouest (aujourd’hui le Manitoba, la Saskatchewan, l’Alberta et le Nunavut) et la Colombie-Britannique. En plus de numériser et de décrire entièrement cet album, l’équipe de l’initiative Nous sommes là : Voici nos histoires a numérisé plus de 450 000 images, y compris des enregistrements photographiques, des documents textuels et des cartes, dans le but de fournir un accès en ligne gratuit aux sources primaires. Aucun déplacement requis!

En octobre 2019, j’ai finalement pu commander un exemplaire. Je me réjouis de savoir que je possède le premier exemplaire imprimé de cette splendide photo numérisée. Aujourd’hui, elle est accrochée à l’un des murs de mon bureau.

Photo noir et blanc entourée d’une large bordure blanche et présentée sur une page gris foncé d’un album. La photo illustre un orignal équipé d’un harnais fixé à un travois, l’animal se tenant devant un tipi.

Jeune orignal équipé d’un harnais fixé à un travois, lieu inconnu, vers 1870-1910. Cette photo apparaît à la page 28 de l’album Birth of the West [la naissance de l’Ouest]. (e011303100-028)


Ryan Courchene est archvisite à la Direction des initiatives autochtones à Bibliothèque et Archives Canada.

Explorer l’histoire des peuples autochtones dans un livrel multilingue – Partie 2

À gauche, Tatânga Mânî [chef Walking Buffalo] [George McLean] monte à cheval et porte son costume traditionnel des Premières Nations. Au centre, Iggi et une fille échangent un « kunik », un baiser traditionnel dans la culture inuit. À droite, le guide métis Maxime Marion tient un fusil. À l’arrière-plan, il y a une carte du Haut et du Bas-Canada, ainsi qu’un texte de la collection Red River Settlement [colonie de la rivière Rouge].

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) a lancé De Nations à Nations : voix autochtones à Bibliothèque et Archives Canada pour coïncider avec la première Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, le 30 septembre 2021. Les essais contenus dans la première édition de ce livre électronique interactif et multilingue présentent une large sélection de documents d’archives et de publications, comme des revues, des cartes, des journaux, des œuvres d’art, des photographies, des enregistrements sonores et cinématographiques, ainsi que des publications. Les biographies des auteurs sont également incluses. Bon nombre de ces derniers ont enregistré des salutations audio personnalisées sur la page de leur biographie, dont certaines dans leur langue ancestrale. Les essais sont variés et, dans certains cas, très personnels. Les histoires que racontent les auteurs remettent en question le récit dominant. Nous avons inclus, outre les biographies, des notices biographiques des traducteurs en reconnaissance de leur expertise et de leurs contributions.

Le livrel De Nations à Nations a été créé dans le cadre de deux initiatives autochtones à BAC : Nous sommes là : Voici nos histoires et Écoutez pour entendre nos voix. Les essais ont été rédigés par Heather Campbell (Inuk), Anna Heffernan (Nishnaabe), Karyne Holmes (Anishinaabekwe), Elizabeth Kawenaa Montour (Kanien’kehá:ka), William Benoit (Nation Métisse) et Jennelle Doyle (Inuk) du bureau de BAC de la région de la capitale nationale. Ryan Courchene (Métis-Anichinabe), du bureau régional de BAC à Winnipeg, ainsi que Delia Chartrand (Nation Métisse), Angela Code (Dénée) et Samara mîkiwin Harp (nêhiyawak), archivistes de l’initiative Écoutez pour entendre nos voix, se sont joints à eux.

Cette édition comprend les langues ou dialectes autochtones suivants : anishinaabemowin, anishinabemowin, denesųłiné, kanien’kéha, mi’kmaq, nêhiyawêwin et nishnaabemowin. Les essais relatifs au patrimoine inuit sont présentés en inuttut et en inuktitut. En outre, le contenu du patrimoine inuit est présenté en inuktut qaliujaaqpait (orthographe romaine) et en inuktut qaniujaaqpait (syllabique inuktitut). Le livrel présente des enregistrements audio en mitchif patrimonial d’images sélectionnées dans des essais relatifs à la Nation Métisse.

Préparer un tel type de publication est une entreprise complexe en raison de défis techniques et linguistiques qui font appel à la créativité et à la flexibilité. Les avantages d’un contenu dirigé par des Autochtones l’emportent cependant sur toutes les complications. Avec l’espace et le temps dont ils ont bénéficié, les auteurs ont récupéré des documents pertinents pour leurs histoires et offert de nouvelles perspectives grâce à leurs interprétations. Les traducteurs ont donné un sens nouveau aux documents, en décrivant la plupart d’entre eux, sinon tous, pour la première fois dans les langues des Premières Nations, l’inuktut et le mitchif.

L’archiviste Anna Heffernan décrit ainsi l’expérience vécue lors de la recherche et de la rédaction de son essai concernant la tradition manoominikewin (récolte du riz sauvage) des Michi Saagiig Nishnaabeg (Ojibwas de Mississauga) : « J’espère que les gens de Hiawatha, de Curve Lake et des autres collectivités Michi Saagiig seront heureux et fiers de voir leurs ancêtres sur ces photos, et de les voir représentés en tant que Michi Saagiig, pas seulement en tant qu’ »Indiens ». »

Une page du livre électronique contenant trois images noir et blanc de personnes et montrant les différentes étapes de la récolte du riz sauvage.

Page tirée de l’essai d’Anna Heffernan, « Manoominikewin : la récolte du riz sauvage, tradition des Nishnaabeg », traduit en nishnaabemowin par Maanii Taylor. Image de gauche : homme des Michi Saagiig Nishnaabeg piétinant le manoomin, Pimadashkodeyong (lac Rice), Ontario, 1921 (e011303090). En haut à droite : femme des Michi Saagiig Nishnaabeg vannant du manoomin, Pimadashkodeyong (lac Rice), Ontario, 1921 (e011303089). En bas à droite : extraits de films muets montrant des hommes et des femmes ojibwas d’une collectivité non identifiée récoltant du manoomin, Manitoba, 1920-1929 (MIKAN 192664).

En réfléchissant à son expérience, l’archiviste Heather Campbell décrit ainsi l’incidence positive du processus :

« Lorsque l’on écrit sur nos collectivités, c’est rarement du point de vue d’une personne qui en fait partie. C’est un honneur d’avoir été invitée à écrire sur la culture inuit pour le livre électronique. J’ai pu choisir le thème de mon article, et on m’a fait confiance pour effectuer les recherches appropriées. En tant que personne originaire du Nunatsiavut, il était très important pour moi d’avoir la possibilité d’écrire sur ma propre région, en sachant que d’autres Nunatsiavummiut y trouveraient leur écho. »

Une page du livre électronique qui montre les pages d’un livre d’images, avec du texte écrit en inuktut qaliujaaqpait et en français.

Page tirée de l’essai de Heather Campbell, « Publications en inuktut », traduit en inuktut qaliujaaqpait par Eileen Kilabuk-Weber. On y voit des pages sélectionnées du livre Angutiup ânguanga / Anguti’s Amulet, 2010, écrit par le Central Coast of Labrador Archaeology Partnership, illustré par Cynthia Colosimo et traduit par Sophie Tuglavina (OCLC 651119106).

William Benoit, conseiller autochtone interne à BAC, a rédigé un certain nombre d’essais plus courts sur la langue et le patrimoine de la Nation Métisse. Chacun de ses textes peut être lu séparément; toutefois, collectivement, ils donnent un aperçu de divers aspects de la culture métisse. Il affirme ce qui suit : « Bien que la Nation Métisse soit le plus grand groupe autochtone au Canada, nous sommes incompris ou mal représentés dans le récit national général. Je suis reconnaissant d’avoir la possibilité de raconter quelques histoires sur mon héritage. »

Une page du livre électronique avec, à gauche, un texte en français, et à droite, une lithographie d’un paysage enneigé avec un homme assis dans une carriole (traîneau) tirée par trois chiens portant des manteaux colorés. À gauche, un homme vêtu d’une couverture et chaussé de raquettes marche devant les chiens. Un homme tenant un fouet et portant des vêtements typiques de la culture métisse (long manteau bleu, jambières rouges et chapeau décoré) marche à la droite du traîneau.

Page tirée de l’essai de William Benoit, « Carrioles et tuppies métis », avec un enregistrement audio en mitchif par Verna De Montigny, aînée métisse. Image représentant le gouverneur de la Compagnie de la Baie d’Hudson voyageant en carriole à chiens, avec un guide des Premières Nations et un meneur de chiens de la Nation Métisse, Rivière Rouge, 1825 (c001940k).

La création du livrel De Nations à Nations a été une entreprise importante et une expérience d’apprentissage positive. Ayant nécessité deux ans et demi d’élaboration, le livrel est véritablement le fruit d’un travail collectif qui a fait appel à l’expertise et à la collaboration d’auteurs des Premières Nations, des Inuit et de la Nation Métisse, des traducteurs en langues autochtones et des conseillers autochtones.

Je suis reconnaissante d’avoir eu l’occasion de collaborer avec tant de personnes formidables et dévouées. Un grand merci aux membres du Cercle consultatif autochtone, qui ont offert leurs connaissances et leurs conseils tout au long de la préparation de cette publication.

Dans le cadre du travail continu visant à soutenir les initiatives autochtones à BAC, nous présenterons les essais du livrel De Nations à Nations sous forme de billets de blogue. Nous sommes heureux d’amorcer cette série avec l’essai de Ryan Courchene, « Histoires cachées ».

De Nations à Nations : voix autochtones à Bibliothèque et Archives Canada est gratuit et peut être téléchargé sur Apple Books (format iBooks) ou sur le site Web de BAC (format EPUB). On peut aussi consulter une version en ligne au moyen d’un ordinateur, d’une tablette ou d’un navigateur Web mobile; aucun module d’extension n’est requis.


Beth Greenhorn est gestionnaire principale de projet à la Division des expositions et du contenu en ligne, à Bibliothèque et Archives Canada.

Tom Thompson est spécialiste en production multimédia à la Division des expositions et du contenu en ligne, à Bibliothèque et Archives Canada.

Explorer l’histoire des peuples autochtones dans un livrel multilingue – Partie 1

À gauche, Tatânga Mânî [chef Walking Buffalo] [George McLean] monte à cheval et porte son costume traditionnel des Premières Nations. Au centre, Iggi et une fille échangent un « kunik », un baiser traditionnel dans la culture inuit. À droite, le guide métis Maxime Marion tient un fusil. À l’arrière-plan, il y a une carte du Haut et du Bas-Canada, ainsi qu’un texte de la collection Red River Settlement [colonie de la rivière Rouge].Beth Greenhorn, en collaboration avec Tom Thompson

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) a récemment publié le livre électronique interactif et multilingue De Nations à Nations : voix autochtones à Bibliothèque et Archives Canada. Ce livrel est le fruit de deux initiatives touchant le patrimoine documentaire autochtone, Nous sommes là : Voici nos histoires et Écoutez pour entendre nos voix. Il contient des essais rédigés par des collègues à BAC faisant partie des Premières Nations, des Inuit et de la Nation Métisse. Le processus de création de cette publication a été bien différent de tout ce que BAC a réalisé auparavant.

Au début, l’équipe du projet ne comptait que deux personnes : Tom Thompson, un spécialiste de la production multimédia, et moi-même. On m’avait demandé de coordonner un livre électronique (livrel) portant sur les documents autochtones conservés à BAC. Nous avions déterminé qu’il s’agissait d’un excellent moyen de présenter le contenu nouvellement numérisé et de la meilleure plateforme pour incorporer du matériel interactif, comme des documents audiovisuels. Un livrel offrait également la possibilité de présenter les langues et les dialectes autochtones.

Les travaux commencent peu de temps après que les Nations Unies déclarent 2019 Année internationale des langues autochtones. C’est dans cet esprit que nous amorçons alors des consultations auprès de nos collègues autochtones; les discussions sont aussitôt encourageantes.

À ce moment, notre intention de départ est de présenter du contenu d’archives et d’autres documents historiques créés par des Autochtones dans leurs langues ancestrales et conservés à BAC. Après plusieurs mois de recherches infructueuses, nous constatons qu’à l’exception d’un petit nombre de documents, il existe peu de contenu écrit dans les langues des Premières Nations ou en inuktut, la langue des Inuit. En ce qui concerne le mitchif, la langue de la Nation Métisse, il n’y a aucun document connu dans la collection préservée à BAC.

Compte tenu de cette réalité, l’équipe chargée du livrel doit alors adopter une nouvelle stratégie pour créer une publication qui appuie les langues autochtones, bien que les documents publiés et archivés aient été créés en grande partie par la société colonisatrice. Après plusieurs séances de remue-méninges, la réponse devient claire et s’avère étonnamment simple. Au lieu de mettre l’accent sur les documents historiques écrits en langue autochtone, les auteurs doivent d’abord choisir des éléments de la collection qu’ils trouvent significatifs, peu importe le média, puis en discuter dans leurs essais. L’étape suivante est de traduire chaque essai dans la langue autochtone représentée par les personnes décrites dans chaque section. Le contenu traduit dans une langue autochtone doit être présenté comme le texte principal, tandis que les versions française et anglaise deviennent secondaires.

Choisi par les auteurs, le titre De Nations à Nations : voix autochtones à Bibliothèque et Archives Canada souligne le caractère distinct de chaque nation et la diversité des voix. En plaçant la voix des auteurs au premier plan, les histoires offrent une compréhension plus riche du monde grâce à la prise en compte des connaissances et des perspectives autochtones.

Puisque de nombreuses collectivités autochtones ne disposent que d’une connectivité Internet limitée, l’équipe de projet prend soin d’intégrer dans le livrel un contenu dynamique, chaque fois que cela est possible. Il s’agit notamment d’images en haute résolution, d’épisodes de baladodiffusion, de clips audio et de séquences de films. Une connexion Internet demeure nécessaire pour télécharger le livrel et accéder à certains contenus, dont les enregistrements de la base de données, les billets de blogue et les liens externes.

Une carte de l’Amérique du Nord avec des symboles placés d’un bout à l’autre du Canada.

Carte montrant l’Amérique du Nord avant l’arrivée des Européens, sans frontières géopolitiques. Les icônes font référence aux biographies et aux essais des auteurs du livrel. Image : Eric Mineault, BAC

À la suite d’une recommandation du Cercle consultatif autochtone à BAC, l’équipe de projet engage des experts en langues autochtones et des gardiens du savoir pour traduire les essais et les textes connexes dans le livrel. De toutes les tâches liées à la création de ce livre électronique, la recherche de traducteurs qualifiés restera l’une des plus difficiles, certes, mais aussi l’une des plus gratifiantes. Beaucoup de ces langues sont en péril; dans certains cas, elles sont même sur le point de disparaître. Alors que le travail de revitalisation de la langue commence dans de nombreuses collectivités pour créer des lexiques et des dictionnaires normalisés, on se rend vite compte que de nombreux mots en anglais sont sans équivalent dans les langues autochtones. Très souvent, les traducteurs doivent consulter les aînés de leur collectivité pour confirmer la terminologie et trouver un mot ou une expression transmettant le même sens, le même message.

En créant le livrel, BAC adopte un important changement de paradigme, soit celui de présenter la langue autochtone en tant que contenu principal, et de proposer le français et l’anglais comme textes secondaires. Pour souligner ce changement, les auteurs intègrent dans leurs essais des mots dans leurs langues ancestrales pour dépeindre les lieux, donner des noms propres et fournir des descriptions. La première occurrence d’un de ces mots s’accompagne de traductions en français ou en anglais entre parenthèses. Par la suite, seuls les mots autochtones sont utilisés pour toute référence ultérieure.

De Nations à Nations : voix autochtones à Bibliothèque et Archives Canada est gratuit et peut être téléchargé sur Apple Books (format iBooks) ou sur le site Web de BAC (format EPUB). On peut aussi consulter une version en ligne au moyen d’un ordinateur, d’une tablette ou d’un navigateur Web mobile; aucun module d’extension n’est requis.


Beth Greenhorn est gestionnaire principale de projet à la Division des expositions et du contenu en ligne, à Bibliothèque et Archives Canada.

Tom Thompson est spécialiste en production multimédia à la Division des expositions et du contenu en ligne, à Bibliothèque et Archives Canada.

Amélioration de votre expérience en ligne : le nouveau site de BAC, ça promet!

Par Andrea Eidinger

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) prend les commentaires de ses utilisateurs très au sérieux. Au fil des ans, un constat est ressorti clair comme de l’eau de roche : notre site Web ne répondait pas aux besoins du public. Nous sommes donc ravis d’annoncer que nous lancerons un tout nouveau site plus tard cet été : bibliotheque-archives.canada.ca. Nous nous faisons un devoir d’améliorer constamment notre présence Dans ce blogue, je survolerai ce nouveau site et indiquerai comment les changements bonifieront l’expérience des utilisateurs.

Nouveau site Web

Concrètement, qu’est-ce que ça veut dire? Nous avons passé beaucoup de temps à recueillir les commentaires du public, des chercheurs spécialisés et du personnel pour axer notre site Web sur les utilisateurs. Dans cette optique, nous avons mis sur pied plusieurs groupes de travail et demandé à des utilisateurs de tester différentes possibilités pour notre site. Nous avons également tenu compte des études les plus récentes sur l’utilisation réelle du Web.

Une grande partie de ce chantier visait à permettre à tous les utilisateurs de trouver et de comprendre facilement le contenu de notre site. C’est pourquoi nous avons intégré deux caractéristiques très importantes : un système de navigation cohérent et le langage simple. Tout le contenu est organisé de la même manière pour que les utilisateurs connaissent le chemin à suivre. Le langage a été simplifié pour le rendre plus clair et facile à comprendre, quelles que soient les capacités de chacun.

Enfin, notre site Web est dynamique : nous voulions qu’il soit vivant et vibrant. Fini le temps où des pages étaient publiées, puis laissées à l’abandon! La refonte de notre site s’accompagnait d’une volonté de constamment le mettre à jour en y ajoutant du contenu et en l’améliorant à la lumière de la rétroaction des utilisateurs. Par ailleurs, nous suivons ce qu’on appelle une « approche itérative ». En gros, nous commencerons par lancer une version réduite du site qui nous servira de point de départ. Nous bâtirons le nouveau site autour de ce noyau.

Saisie d’écran de la page « Collection de livres rares » du site Web de BAC.

Exemple d’un guide thématique sur le nouveau site Web de BAC.

Nouvelle structure

L’un des changements qui frapperont le plus les utilisateurs, c’est l’allure du site Web. Pour faciliter l’accès au contenu, nous avons créé une nouvelle structure reposant sur des tâches, des sujets et des thèmes correspondant aux besoins des utilisateurs. Autrement dit, nous avons analysé minutieusement l’utilisation de notre site par le public et les recherches qui sont faites (tâches). Nous avons ensuite rassemblé ces tâches dans de grandes catégories (sujets), elles-mêmes regroupées par thèmes.

La nouvelle structure du site s’articule autour de ces thèmes, qui cadrent avec le Système de conception de Canada.ca du gouvernement du Canada. Ce système fournit une expérience en ligne plus pratique, cohérente et fiable aux utilisateurs des services numériques de l’administration fédérale.

Le premier thème – L’organisation – renferme tous les renseignements sur BAC : mandats, politiques, initiatives, partenaires, etc. Vous y trouverez aussi de l’information sur la transparence organisationnelle ainsi que des rapports et plans sur nos activités.

Le nom du deuxième thème – Services – dit tout. C’est là que les utilisateurs peuvent accéder à nos services ou réaliser une tâche liée à l’un de nos programmes. Les utilisateurs prendront connaissance de la marche à suivre pour visiter nos locaux, commander des documents, demander des numéros ISBN, présenter une demande d’accès à l’information et de protection des renseignements personnels, etc. On y trouve aussi des renseignements sur les divers services que nous offrons aux professionnels des bibliothèques, archives et musées, aux éditeurs, aux fonctionnaires ainsi qu’aux communautés et personnes autochtones. Cette section présente également de l’information sur nos programmes de financement.

Le dernier thème – Collection – a été remanié dans le but de rendre les utilisateurs autonomes et de favoriser la découverte. Cette section comportera toutes sortes d’éléments qui permettront aux Canadiens d’accéder au patrimoine documentaire sous la responsabilité de BAC. Vous y trouverez nos bases de données, des guides de recherche sur différents sujets, des publications et des balados, ainsi qu’une présentation des rudiments de la recherche. Cette section comprend en outre bon nombre des fonctionnalités plus interactives de BAC, comme notre programme de transcription Co-Lab.

Nouveau système de navigation

La plus grande difficulté sur notre site était de trouver l’information recherchée, surtout pour le contenu du thème « Collection ». Souvent, les utilisateurs n’arrivaient pas à se retrouver après avoir commencé leur exploration. Nous avons rectifié la situation en créant un tout nouveau système de navigation reposant sur des tableaux qui répertorient toutes les pages par sujet, sous-sujet et type. Par exemple, notre page sur les dossiers du personnel de la Première Guerre mondiale apparaîtra comme suit :

Dossiers du personnel de la Première Guerre mondiale – Histoire militaire – Première Guerre mondiale (1914-1918) – Guide thématique

Plus important encore : les utilisateurs pourront filtrer les données du tableau et y faire des recherches. Ainsi, ils pourront facilement voir toutes les ressources que nous avons sur un sujet et revenir aisément sur leurs pas.

Nouveau contenu

Le dernier changement, mais non le moindre, est le remaniement du contenu. Le site actuel, avec ses 7 000 pages, est gigantesque. La majeure partie de son contenu ne satisfait pas aux normes actuelles du Web et de la science historique. Nous sommes aussi conscients que beaucoup de pages sont difficiles à déchiffrer, en particulier pour les néophytes, et parfois déroutantes. Pour préparer le nouveau site Web, nous avons passé les 7 000 pages au peigne fin. Le contenu désuet ou ne répondant pas aux normes actuelles a été archivé (et demeurera accessible au public). Les autres pages ont été remaniées. Toute l’information du nouveau site est présentée en langage simple et facile à comprendre. Nous espérons ainsi attirer de nouveaux utilisateurs voulant en savoir plus sur le patrimoine documentaire du Canada.

En raison de la quantité colossale de contenu sur notre site, nous nous sommes concentrés, pour le lancement, sur les trois sujets les plus populaires : la généalogie et l’histoire familiale; l’histoire des Autochtones; et l’histoire militaire. Nous continuerons d’ajouter du contenu pendant les mois à venir, notamment sur ces sujets. Nous actualiserons régulièrement notre site à la lumière des commentaires des utilisateurs et de l’information la plus récente disponible.

Nous avons très hâte de vous montrer tout notre nouveau contenu! Nous espérons que ces changements amélioreront votre expérience sur notre site Web (même si vous devrez mettre à jour vos favoris). Et ce n’est que le début; le meilleur reste à venir!

Nous aimerions savoir ce que vous en pensez. N’oubliez pas de nous faire part de vos commentaires et idées après le lancement!

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Andrea Eidinger est chef d’équipe à la Division de l’expérience en ligne de Bibliothèque et Archives Canada.

De modestes débuts

English version

Par Forrest Pass

Bibliothèque et Archives Canada conserve de nombreux traités, chartes et proclamations, mais son propre document fondateur est bien modeste! Il y a 150 ans, le cabinet fédéral faisait de Douglas Brymner le commis principal des nouvelles archives publiques, gérées par le ministère de l’Agriculture. Le décret manuscrit du 20 juin 1872 annonçant la nomination de M. Brymner n’a pas l’air de grand-chose. Pourtant, il marque le point de départ d’un siècle et demi de collecte et de préservation du patrimoine documentaire canadien.

La décision d’établir un service national d’archives résulte d’une pétition lancée en 1871 par la Société littéraire et historique de Québec. Soulignant la situation très désavantageuse dans laquelle se trouvaient les historiens canadiens qui voulaient accéder aux documents historiques, les signataires réclamaient la création d’un répertoire national. Le gouvernement fédéral, bien qu’en accord avec le principe, ne pouvait débloquer de fonds dans l’immédiat; le projet dut donc attendre l’année suivante.

Page rédigée à la main en anglais, avec le texte suivant [traduction] : « Dans une note de service datée du 18 juin 1872, l’honorable ministre de l’Agriculture recommande que M. Douglas Brymner, 42 ans, soit inscrit sur le rôle du personnel du ministère de l’Agriculture en qualité de commis principal aux documents, au salaire de 1 200 $ par année. Il recommande aussi que, durant la présente année, le salaire de M. Brymner soit prélevé en partie par des crédits du Parlement pour la collecte d’archives publiques, au montant de 600 $, car il propose d’employer M. Brymner pour… »

Copie certifiée du décret no 1872-0712, fait le 20 juin 1872, autorisant la nomination de Douglas Brymner au poste de commis principal de deuxième classe, responsable des archives publiques et de la collecte d’informations au sujet de l’agriculture. (e011408984-001)

Journaliste montréalais, Douglas Brymner n’était pas le candidat tout désigné pour devenir le premier archiviste du pays. Certes, il s’intéressait à l’histoire, mais il ne fréquentait pas les cercles d’historiens. Or, il ne fut pas seulement engagé comme archiviste :  il devait aussi réaliser une enquête préliminaire sur l’agriculture. (Les recherches sur l’état des cultures et du bétail au pays n’étaient pas moins pressantes que la création d’un service d’archives.) Ancien agriculteur, M. Brymner semblait tout désigné pour remplir ces fonctions.

Portrait d’un homme barbu vêtu d’une chemise blanche et d’un veston noir.

Portrait à l’huile de Douglas Brymner, premier archiviste du Canada, réalisé par son fils William en 1886 (e008299814-v6)

Quelle que fût l’intention de départ, M. Brymner réalisa bien vite que la mise sur pied des archives nationales était un travail à temps plein. Comme il le dit plus tard : « Tout était à faire ab ovo [à partir du début]; il n’y avait rien, pas un seul document dans la salle de conservation des archives. » En quelques semaines, il prit la route et écuma les palais de justice et les édifices gouvernementaux de la cave au grenier, sans oublier de recueillir les archives privées d’illustres pionniers.

Cette stratégie témoigne du mandat limité des Archives et de la façon dont M. Brymner concevait l’histoire canadienne. Avant 1903, il ne recueillit pas les documents récents du gouvernement. Il s’intéressa plutôt aux archives d’avant la Confédération, en particulier aux documents politiques et militaires sur l’histoire coloniale. Et bien que ses écrits témoignent parfois d’un certain intérêt pour ce qu’on appelait alors les « affaires indiennes » dans la politique coloniale, il ne fit que peu de place, voire pas du tout, aux voix et aux expériences autochtones.

Brymner consacra plutôt ses efforts à transcrire les documents canadiens conservés aux archives britanniques et françaises. Il reprit en cela le travail que la Société littéraire et historique de Québec avait accompli en coulisse pendant quelques décennies. Ses recherches le menèrent jusqu’à Londres, tandis que l’historien Hospice-Anthelme Verreau se rendit à Paris.

C’étaient d’ambitieux projets, vu les ressources limitées des Archives fédérales. Pour sa première année, l’institution reçut un maigre budget de 4 000 $ (environ 94 000 $ en dollars de 2022). Le sous-ministre de l’Agriculture dut argumenter avec le ministère des Postes pour que M. Brymner obtienne trois salles dans le sous-sol de l’édifice de l’Ouest, sur la Colline du Parlement, afin d’y installer ses bureaux et d’entreposer les archives.

Photo d’un imposant édifice de pierre surmonté de tours. Devant, on voit un chemin de terre, bordé d’un muret en pierre et en fer forgé.

L’édifice de l’Ouest, sur la Colline du Parlement, vu de la rue Wellington, tel qu’il était vers 1872 lorsque les Archives fédérales emménagèrent dans son sous-sol. L’aile nord-ouest de l’édifice, ainsi que son imposante tour, n’ont été achevées qu’en 1879. Photo : Studio William Topley (a012386-v6)

Le sous-financement des Archives causa parfois des embarras. En 1880, le député néo-brunswickois Gilbert-Anselme Girouard suggéra à M. Brymner d’engager Pascal Poirier, un historien acadien, pour retranscrire les registres paroissiaux de l’Acadie. La réponse de M. Brymner le força à décliner, car il ne pouvait recommander les services de M. Poirier (ni d’aucun autre copiste compétent) en raison du salaire dérisoire offert par les Archives.

Plus choquant encore, les Archives voulurent embaucher des mineurs pour économiser. En 1878, Frederic J. Dore, agent général du Canada à Londres, demanda au British Museum (au nom de M. Brymner) l’autorisation de transcrire les documents de sir Frederick Haldimand, gouverneur du Québec pendant la Révolution américaine. À regret, il dut informer M. Brymner qu’il fallait avoir 21 ans ou plus pour travailler dans le musée. « Sans cela, écrivit-il, nous aurions pu engager de très jeunes copistes pour faire le travail à un tarif très inférieur à celui demandé. » À l’époque, l’embauche de copistes adolescents était pratique courante en Angleterre comme au Canada. Néanmoins, cette idée d’employer de jeunes personnes inexpérimentées en dit long sur la disette budgétaire des Archives naissantes.

Malgré toutes ces difficultés, M. Brymner enchaîna les réalisations pendant les dix premières années de son mandat. Les transcriptions faites en Angleterre commencèrent à arriver au Canada dès le début des années 1880. En 1884, les fonds documentaires catalogués remplissaient quelque 1 300 volumes, et des milliers de pages attendaient d’être indexées et reliées. La transcription d’archives européennes, quant à elle, perdura longtemps au 20e siècle.

Bon dactylographié avec notes manuscrites, signé par William Blackwood. On voit une estampe dans le coin supérieur droit. Sur le côté gauche, on peut lire des notes écrites à la main à l’encre rouge.

Reçu de livraison pour une caisse d’archives qui faisait probablement partie des premiers arrivages des transcriptions de Haldimand (1881). (e011408984-001)

Brymner acquit également des originaux. Sa première acquisition importante à cet égard concerne des documents de la citadelle d’Halifax. Ces archives, principalement de nature militaire, traitaient de nombreux aspects des débuts de l’époque coloniale. M. Brymner en fit l’acquisition en 1873, à l’issue de négociations avec le British War Office.

Toutefois, avant même l’arrivée des archives d’Halifax, un don modeste présagea du futur rôle des Archives fédérales, à la fois comme bibliothèque et centre d’archives. À l’été 1872, M. Brymner s’était rendu au Séminaire de Québec, un établissement d’enseignement religieux fondé plus de deux siècles auparavant et dirigé par une congrégation de prêtres catholiques. Le Séminaire refusait alors de transférer son riche fonds d’archives à Ottawa. Mais M. Brymner ne repartit pas les mains vides : il revint avec un lot de numéros de L’Abeille, le journal étudiant du Séminaire, dont certains comportaient des transcriptions de documents historiques.

Reliés en cuir et en toile rouges, ces numéros de L’Abeille figurent toujours dans la collection de Bibliothèque et Archives Canada. Plusieurs portent l’estampille embossée « Dominion Archives – Library », qui remonte au temps de M. Brymner. Un volume d’une nouvelle édition de L’Abeille, paru entre 1877 et 1881, porte l’inscription « Archives du Canada » apposée par un directeur du Séminaire, preuve de la relation suivie entre M. Brymner et l’établissement.

Dans un chariot en bois se trouvent cinq livres reliés en cuir rouge, avec des signets blancs qui dépassent en haut.

Lot de numéros de L’Abeille donné aux Archives fédérales. Les trois volumes de gauche, plus minces, furent remis à M. Brymner en 1872; c’est sa toute première acquisition attestée. Le volume à l’extrême droite fut donné en 1885. (No OCLC 300305563) Crédit : Forrest Pass

Page dactylographiée de L’Abeille, Petit Séminaire de Québec, vol. 1, no 12, 11 décembre 1848.

Première page d’un numéro de L’Abeille paru en 1848, qui contient la transcription d’une lettre rédigée en 1690 par François de Laval, premier évêque de Québec. (No OCLC 300305563) Crédit : Forrest Pass

Douglas Brymner ne pouvait qu’imaginer l’ampleur que la collection naissante allait prendre pendant les 150 ans qui suivirent. Sous la direction de son successeur, sir Arthur Doughty, les Archives fédérales devinrent les Archives publiques du Canada. Le mandat de l’institution s’élargit : recueillir des documents gouvernementaux, des archives privées, des cartes, des œuvres d’art et des photographies. En outre, avant la création du premier musée d’histoire nationale, les Archives publiques recueillirent aussi des artefacts, qu’elles conservaient dans un musée.

La Bibliothèque nationale du Canada, fondée en 1953, vint compléter le travail des Archives en recueillant et en préservant notre patrimoine publié. Puis, en 2004, les deux institutions fusionnèrent pour devenir Bibliothèque et Archives Canada.

Aujourd’hui, la collection de Bibliothèque et Archives Canada comprend plus de 20 millions de livres, 250 kilomètres de documents textuels, plus de 30 millions de photographies et près d’un demi-million d’œuvres d’art. Nous sommes loin de l’archiviste à temps partiel qui travaillait dans un sous-sol de la Colline du Parlement, faisant de son mieux avec son budget famélique!


Forrest Pass est conservateur au sein de l’équipe des expositions de Bibliothèque et Archives Canada.

Affiches de voyage de la collection Marc Choko – un défi Co-Lab

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Par Andrew Elliott

La collection Marc Choko offre un fantastique échantillon des affiches de voyage canadiennes entre 1900 et les années 1950. Comme l’a écrit Henry Miller pendant son voyage en Grèce dans les années 1930, une destination n’est jamais un lieu, mais une nouvelle façon de voir les choses. En fait, tout le mouvement moderniste de l’époque vise à voir les choses anciennes sous un nouveau jour. Les affiches aident les compagnies de chemin de fer, puis les compagnies aériennes, à se faire connaître au plus grand nombre. En plus de promouvoir des services rapides et efficaces, elles présentent aux voyageurs une vision raffinée et romantique des voyages à destination et à l’intérieur du Canada.

Entre 1900 et 1930, surtout dans les années 1920, les habitudes de voyage changent beaucoup. Les touristes de la classe moyenne et les voyageurs immigrants se disputent les places à bord des trains. Le tourisme devient une sorte d’expérience théâtrale de la culture de masse, ce qui engendre la commercialisation des loisirs.

Les services de publicité de la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada (CN) et du Chemin de fer Canadien Pacifique nouent des liens étroits avec des artistes canadiens et américains. Ceux-ci produisent des affiches ainsi que des œuvres d’art pour d’autres produits de marketing, comme des magazines et des guides horaires. Par exemple, en 1927, le CN fait appel à des membres du Groupe des Sept pour créer un guide panoramique de 33 pages. L’objectif est de promouvoir la beauté sauvage, naturelle et romantique du parc national de Jasper. Ce guide, comportant quelques pages numérisées, se trouve dans la série du train-musée du fonds du CN.

Les compagnies de chemin de fer et les artistes n’évoluent pas en vase clos. Ils sont influencés par l’expansion de l’industrie du voyage et par les mouvements artistiques qui se propagent partout dans le monde au début du 20e siècle. On observe une convergence remarquable : les voitures, les trains, les avions, les zeppelins et les paquebots se livrent concurrence pour attirer la clientèle. Pour vendre leurs services, les entreprises utilisent des affiches vantant notamment leur rapidité et leur expérience.

La collection Marc Choko de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) comprend des affiches de voyage commandées à divers artistes par des sociétés de transport. Marc Choko, professeur émérite à l’École de design de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), a fait don de cette collection au début des années 1990. Il a donné des cours de design à l’UQAM de 1977 à 2018. Il est aussi l’auteur de nombreux livres sur le design, dont Destination Québec : Une histoire illustrée du tourisme (2013), Canadien Pacifique : Affiches 1883-1963 (2004) et Canadian Pacific: Creating a Brand, Building a Nation (2016).

Parmi les artistes connus ayant créé des affiches, on relève les noms de Peter Ewart et Roger Couillard. Peter Ewart (1918-2001) est né à Kisbey, en Saskatchewan, mais a grandi à Montréal. Au terme de sa formation scolaire, il étudie l’art à Montréal, puis à New York. Ses peintures sont exposées à l’Académie royale de Londres (Angleterre), à l’Académie royale des arts du Canada, à l’Exposition nationale canadienne et à l’exposition de peintures canadiennes au milieu du siècle.

À la fin des années 1940, Ewart aide à établir, puis à intensifier une campagne publicitaire mémorable du Canadien Pacifique, sur le thème du plus grand réseau de transport du monde. Il reçoit des commandes de nombreuses sociétés pour plusieurs événements, comme les Lignes aériennes Canadien Pacifique, la Banque de Montréal, l’Imperial Oil Company, la B.C. Telephone Company, les Jeux olympiques d’hiver de Calgary, Ocean Cement et bien d’autres.

La collection Marc Choko contient plusieurs magnifiques affiches créées par Peter Ewart pour le Canadien Pacifique.

Orignal dans l’eau avec des arbres au loin et un petit blason de la société.

Affiche du Canadien Pacifique : Chassez cet automne – voyagez avec Canadien Pacifique (e000983752-v8) Crédit : CRHA/Exporail, Canadian Pacific Railway Company Fonds

Gros poisson dans l’eau et un petit blason de la société.

Affiche du Canadien Pacifique : « Pour information s’adresser au Pacifique Canadien » (e000983750-v8) Crédit : CRHA/Exporail, Canadian Pacific Railway Company Fonds

Roger Couillard (1910-1999) est un autre artiste bien représenté dans la collection Marc Choko. Il est né à Montréal et a étudié à l’École des beaux-arts de Montréal. En 1935, l’Institute of Foreign Travel organise un concours d’affiches sur le thème « See Europe Next » (L’Europe est votre prochaine destination). Une affiche de Couillard est choisie pour être exposée dans le grand magasin montréalais Ogilvy. En 1937, Couillard ouvre un studio dans l’édifice Drummond, sur la rue Sainte-Catherine à Montréal. Il travaille ensuite comme inspecteur hôtelier pour le ministère du Tourisme du Québec de 1966 à 1975. (Il n’y a pas beaucoup d’information sur Roger Couillard sur Internet. Les renseignements présentés ici proviennent de la page Web d’un cours sur la théorie et l’histoire du design canadien offert à l’Université d’art et de design Emily Carr. On trouve aussi des exemples d’œuvres produites par Couillard sur le site artnet.)

Les saisissantes affiches ci-dessous montrent la polyvalence de Couillard. Celui-ci travaille pour une vaste gamme d’entreprises, dont le Canadien Pacifique, le CN, les Lignes aériennes Trans-Canada et l’ancêtre de la Société maritime CSL. Les affiches montrent très bien ce que les voyages peuvent représenter pour les touristes de l’époque.

« Télégraphe – Quand la vitesse est un facteur » (e010780461-v8)

Un avion vole au-dessus d’un message écrit en anglais disant : « Ne coûte que trois sous de plus, n’importe où au Canada »

Lignes aériennes Trans-Canada : Courrier aérien (e010780458-v8)

La collection Marc Choko comprend aussi des œuvres d’artistes moins célèbres :

On y trouve aussi des œuvres d’artistes inconnus. Par exemple, une affiche remarquable pour le CN a été reproduite sur de nombreuses cartes postales, mais l’artiste n’a jamais été identifié. Pouvez-vous nous donner un coup de main?

C’est ici que Co-Lab intervient. Un nouveau défi sur les affiches de voyage a été créé. Aidez-nous à identiqueter et décrire les affiches, mais aussi à identifier les artistes! C’est un excellent moyen d’admirer les affiches de la collection Marc Choko.


Andrew Elliott est archiviste à la Direction générale des archives de Bibliothèque et Archives Canada.

Des portraits et des lieux : le fonds Gabor Szilasi

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Par Jill Delaney

C’est avec plaisir que Bibliothèque et Archives Canada (BAC) annonce une importante acquisition, soit un lot de photographies de Gabor Szilasi représentant l’ensemble de son œuvre (1954-2016), dont approximativement 80 000 négatifs et 41 photographies. Cette acquisition contribuera à la préservation de son legs et permettra à la population canadienne et aux chercheurs étrangers de découvrir toute la profondeur et l’envergure de la carrière et de la vision de ce photographe d’exception. Le fonds Gabor Szilasi renferme maintenant ses premières images réalisées en Hongrie, les négatifs de tous ses projets personnels en terre canadienne, ainsi que les photographies prises lors de ses visites en Hongrie et de ses voyages à l’étranger, y compris en Italie, en Pologne, en France et aux États-Unis.

Gabor Szilasi voit le jour en 1928 à Budapest, en Hongrie. Sa mère est violoniste à l’Orchestre symphonique de Budapest, et le foyer et la société dans lequel il grandit valorisent la musique, les arts et la culture (Szilasi sera lui-même clarinettiste dans un orchestre amateur à Montréal pendant plusieurs années). Sa mère connaît une fin tragique dans un camp de concentration, et sa sœur et son frère meurent de maladie pendant la Deuxième Guerre mondiale.

La Hongrie est réputée pour produire d’excellents photographes, dont André Kertesz, Brassaï, Lászlō Moholy-Nagy et Robert Capa. Pourtant, pour Gabor Szilasi, le chemin vers la carrière de photographe est loin d’être tout tracé. En effet, il s’inscrit dans une école de médecine en 1948, mais doit interrompre ses études alors qu’il tente d’échapper au nouveau régime communiste en 1949. Il est emprisonné durant cinq mois et se voit interdire de poursuivre ses études universitaires et tout travail professionnel. Après sa libération, il travaille à la pièce et comme manœuvre, mais passe en même temps de nombreuses heures à l’Alliance Française (un réseau international de centres axés sur la promotion de la langue et de la culture françaises). Il obtient ainsi l’accès à une bibliothèque renfermant de nombreux livres de photographie. Il fait l’acquisition de son premier appareil photo en 1952 et commence alors à croquer sur le vif des scènes de ville et de ses vacances, ainsi qu’à photographier sa famille et ses amis. On peut sentir dans les premières images de Gabor Szilasi l’influence des photographes hongrois, mais aussi celle du cinéma néoréaliste italien qu’il affectionne, tout comme son intérêt pour la représentation des gens « ordinaires ».

Photo noir et blanc de trois femmes en maillot de bain, prenant la pose sur un quai.

Au lac Balaton, en Hongrie, vers 1954-1956. Photo : Gabor Szilasi (e011435661)

Gabor Szilasi tente à nouveau de fuir le pays, peu après la révolution hongroise de 1956. Le fonds détenu à BAC renferme les négatifs des photos qu’il a prises à Budapest pendant cette période de grand chaos, dont celles montrant l’intervention de l’armée soviétique pour réprimer les manifestations. Il se réfugie en Autriche quelques jours plus tard. Son père vient le rejoindre peu de temps après et fait passer clandestinement les négatifs en question dans la couche du bébé d’un ami.

Photo noir et blanc d’une foule entourant un monument renversé. Des hommes se tiennent debout sur le monument, regardant vers le bas.

Foule prenant d’assaut un monument en hommage à Staline, Budapest, 1956. Photo : Gabor Szilasi (e011313448)

En 1957, Gabor Szilasi et son père débarquent à Halifax en tant que réfugiés. L’artiste est alors envoyé directement dans un sanatorium afin d’y être traité pour la tuberculose. Au cours de l’année suivante, il profite de sa convalescence pour apprendre le français et l’anglais et se plonger dans les images et les photoreportages de revues telles que Life, Paris Match et Saturday Night. Son père, Sandor Szilasi, trouve du travail dans le secteur de la foresterie. Une fois rétabli, Gabor Szilasi décroche lui aussi un emploi et se remet à la photographie. Il fait alors la rencontre de divers photographes québécois, qui l’encouragent à poursuivre dans cette voie. En août 1958, à l’occasion de la 20e édition annuelle du concours national de photographie de journal, une photographie prise à Budapest lui vaut son premier prix canadien.

En janvier 1959, Gabor Szilasi obtient à Montréal son premier emploi en photographie en tant que technicien de chambre noire au Service de ciné-photographie du Québec, qui deviendra plus tard l’Office du film du Québec (OFQ). Il est rapidement promu photographe, et ses activités l’amènent à se déplacer fréquemment partout en province.

Il continue d’étudier les œuvres d’autres photographes, constituant au fil du temps une impressionnante bibliothèque personnelle sur le sujet. Au cours de cette période, il est influencé par des photographes comme Paul Stand et Walker Evans, dont les portraits de la « vie quotidienne de gens ordinaires » jouent un rôle de premier plan dans le développement du documentaire social du milieu du 20e siècle. Dans ses déplacements pour l’OFQ, l’artiste développe une fascination pour le parler provincial et pour les habitants et les lieux du Québec rural, et il y découvre une culture et un mode de vie qui n’ont rien de commun avec ce qu’il a connu à Budapest.

Au début des années 1970, il obtient son premier poste d’enseignant en photographie, au Cégep du Vieux-Montréal (1971-1979), puis il enseigne à l’Université Concordia (1980-1995). Au cours de cette période, l’artiste entreprend un projet personnel dans les régions et crée une série de portraits et de panoramas remarquables qui lui valent une reconnaissance nationale et internationale. S’armant d’un appareil 4×5 et d’un trépied, de sa curiosité (l’artiste se qualifie lui-même de « fouineur »), de son affabilité et de son charme discret, il se rend entre autres à l’Isle-aux-Coudres, dans Charlevoix et dans Lotbinière et obtient des habitants qu’ils lui ouvrent la porte de leurs maisons et de leurs commerces. Son travail attire alors l’attention du milieu canadien de la photographie et des archivistes des Archives publiques du Canada (aujourd’hui Bibliothèque et Archives Canada). En 1975 et en 1982, les Archives publiques du Canada font l’acquisition de 51 des photographies prises par Gabor Szilasi.

Photo noir et blanc d’un homme se tenant dans l’embrasure d’une porte, la main gauche appuyée sur la hanche. Il porte une casquette de baseball et des bretelles, et il sourit à l’objectif. Des fleurs et un drapeau du Québec encadrent la porte.

Portrait de Louis-Philippe Yergeau, 1977. Photo : Gabor Szilasi (e011435658)

La composition des photos de l’artiste est soignée et révélatrice de l’environnement dans lequel évoluent les personnes qu’il rencontre au fil des années. Les éléments entourant ses sujets font office d’iconographie vernaculaire, racontent leur vie et mettent en lumière leur place dans la vie culturelle et sociale d’un Québec rural en pleine transformation. Dans les années 1970, les excursions photographiques de Gabor Szilasi, p. ex. en Abitibi-Témiscamingue et à Rouyn-Noranda, commenceront plutôt à porter sur les villages eux-mêmes et révéleront son autre champ d’intérêt durable : la photographie d’architecture.

Photo noir et blanc d’un bâtiment de couleur blanche, situé au coin d’une rue et flanqué de deux escaliers menant à la porte d’entrée. Sur le bâtiment, on peut lire à quatre endroits l’inscription « Taverne du coin ». Un panneau d’arrêt se trouve devant le bâtiment.

Taverne du Coin, Rouyn, Québec, 1979. Photo : Gabor Szilasi (e010692454)

Ces deux thèmes – portrait et architecture – s’imposeront tout au long de sa carrière prolifique. En 1983, BAC fait l’acquisition de certaines photographies de commerces de la rue Sainte-Catherine, un projet que l’artiste avait entamé en 1979. Les prises de vue sur toute la longueur de la rue invitent le spectateur à réfléchir à l’histoire de ces bâtiments et de la rue elle-même, depuis les façades d’origine datant du 19e et du début du 20e siècle, jusqu’à la superposition ultérieure de nouvelles enseignes, de nouveaux revêtements ou d’autres travaux d’embellissement et de rénovation. Le travail de Gabor Szilasi est en grande partie orienté par sa conscience aiguë de la transformation constante qui imprègne et façonne notre culture moderne.

Photo noir et blanc d’un bâtiment à la façade blanche et foncée. Les mots « Molly McGuire’s Pub » (avec un petit trèfle) y sont inscrits. À l’avant-plan, on voit deux hommes et une voiture.

Molly McGuire’s Pub, 2204, rue Sainte-Catherine Ouest, Montréal, 1977. Photo : Gabor Szilasi (e010692455)

Le fonds Gabor Szilasi renferme des photos et des négatifs de deux autres projets de photographie d’architecture. Dans ses projets portant sur les intersections, l’artiste élargit, au sens littéral, sa vision des commerces de Montréal en privilégiant des prises de vues étendues des intersections caractéristiques de la ville. Sur ces images prises avec soin à l’aide d’un appareil grand angle, les bâtiments évoquent des îlots perdus au milieu du bitume et de la circulation routière. L’artiste présente ainsi un reflet sombre de cette ville nord-américaine.

Photo noir et blanc d’un grand bâtiment d’usine à une intersection routière. Un viaduc reliant le bâtiment à une route se trouve du côté droit de l’image. Du côté gauche, on peut voir une file de voitures garées.

Coin du boulevard Saint-Laurent et de l’avenue Van Horne, Montréal, 1981. Photo : Gabor Szilasi (e010692453)

Dans son projet LUX, le photographe s’intéresse à la qualité de la lumière autant qu’à l’architecture, alors qu’il dépeint le langage visuel et les motifs de la culture de consommation. Muni de son appareil, il s’aventure dans le crépuscule estival pour immortaliser les enseignes au néon des commerces de détail de Montréal à ce moment magique qui sépare le jour de la nuit, lorsque le ciel semble briller avec la même intensité que les néons, conférant au spectateur un sentiment de ravissement et d’intimité.

Photo couleur d’une enseigne lumineuse de restaurant se trouvant sur un bâtiment de brique orné de grandes arches. On peut y voir les mots « Frites dorées » et les images d’un hamburger, d’une poutine et d’un hot-dog.

LUX : Frites Dorées, Montréal, vers 1982-1985. Photo : Gabor Szilasi (e011435666)

Le fonds détenu à BAC fait également ressortir la polyvalence et la nature évolutive de l’art du portrait de Gabor Szilasi au fil du temps. En effet, au cours de sa carrière, le photographe joue avec différentes approches et divers appareils afin d’explorer la notion même du portrait. Parmi les négatifs se trouvent ses premiers projets de photographie dans les rues de Budapest, des portraits du milieu rural, des diptyques de portraits de la fin des années 1970, des portraits collaboratifs à recadrage serré pris avec un Polaroid 55 à partir de 1992, ainsi que son projet d’autoportrait avec les clients de l’institut Les Impatients, à Montréal, en 2003-2004.

Entre deux projets d’envergure, Gabor Szilasi s’affaire à représenter la scène artistique, les artistes et les écrivains de Montréal, mais aussi des Montréalais de tous genres. C’est alors qu’il produit ce portrait inoubliable d’un vendeur de voitures au Salon de l’auto de 1973. Il s’emploie également à dépeindre la diversité de sa ville adoptive, depuis la prise d’une photographie de rue illustrant ses concitoyens pendant les célébrations de la Saint-Jean-Baptiste en 1970, jusqu’à ce projet documentaire sur les habitants du quartier immigrant de Saint-Michel qu’il entreprend en 1996.

Photo noir et blanc d’un homme en complet, portant un œillet blanc au revers de sa poche et s’appuyant sur le capot d’un modèle de voiture des années 1970. L’homme a les bras croisés et sourit à l’objectif.

Vendeur chez Ford/Mercury, Salon de l’automobile, Place Bonaventure, Montréal, 1973. Photo : Gabor Szilasi (e011435663)

Ces négatifs témoignent du profond engagement de Gabor Szilasi envers les milieux de la photographie et des arts à Montréal. Comme le font la plupart de ses pairs, l’artiste transporte son appareil presque partout. Il en résulte un corpus d’œuvres hétérogène, mais considérable, illustrant ses amis et de nombreux autres photographes, artistes, écrivains et musiciens. En 2017, une grande exposition (Gabor Szilasi : Le monde de l’art à Montréal, 1960-1980) réunissant les photographies des innombrables vernissages auxquels il a assisté depuis 1960 est présentée au Musée McCord, à Montréal. D’autres images moins connues de la collection proviennent de ses nombreuses commandes, y compris pour le Cirque du Soleil, le Centre Canadien d’Architecture et le Musée des beaux-arts de Montréal (photographies prises à Giverny, en France), mais aussi des visites de retour à Budapest et des voyages à l’étranger accomplis pendant sa longue carrière.

Photo noir et blanc d’un ancien grand immeuble couvert de publicités faisant la promotion du logo de Canada Dry, et montrant une femme blonde ainsi que les jambes d’une femme portant des talons hauts. Devant l’immeuble, on peut voir des passants et des arbustes.

Budapest (Canada Dry), Budapest, Hongrie, 1995. Photo : Gabor Szilasi (e011435665)

Photo noir et blanc d’un homme portant une chemise à rayures boutonnée et un pantalon foncé, le regard tourné vers l’objectif. Il est assis à l’envers sur une chaise à roulettes, à côté d’un bureau sur lequel on peut voir une lampe, des papiers et des livres.

Sam Tata dans son appartement, Ville Saint-Laurent, juin 1988. Photo : Gabor Szilasi (e011435660)

Photo noir et blanc d’un homme portant une chemise boutonnée, un chandail jeté sur ses épaules. L’homme se tient debout derrière un appareil photo reposant sur un trépied.

Gabor Szilasi [le photographe Gabor Szilasi prenant des photos dans l’appartement de Sam Tata], Ville Saint-Laurent, 1979. Photo : Sam Tata (e010977793)

Enfin, la plus récente acquisition de BAC au titre de ce fonds concerne un certain nombre de tirages d’autoportraits de Szilasi. On y trouve de tout : une œuvre de jeunesse où le photographe, désinvolte, tient l’appareil à bout de bras; un portrait énigmatique pris dans la chaleur d’une chambre de motel à Cocoa Beach, en Floride, sa femme et sa fille se tenant derrière lui dans l’embrasure de la porte; de même qu’une photographie plus récente (2014) de lui dans un miroir, entouré de centaines des livres de photographie qu’il affectionnait tant.

Photo couleur de Gabor Szilasi regardant vers l’objectif, à travers un miroir, entouré d’étagères remplies de livres.

Autoportrait, Westmount, 2014. Photo : Gabor Szilasi (e011435667)

Ces images reflètent d’autant plus la passion de Gabor Szilasi pour l’expérimentation du support auquel il a été exposé pour la première fois à la bibliothèque de l’Alliance Française à Budapest. Les négatifs et les photographies du fonds détenu à BAC constituent autant d’images des personnes et des endroits qui sont devenus sa communauté et son foyer à Montréal et partout au Québec.

Ressources additionnelles:


Jill Delaney est archiviste principale en photographie dans la Section des supports spécialisés de la Division des archives privées, à Bibliothèque et Archives Canada.

Les 260 ans de la carte de Murray : la vallée du Saint-Laurent à travers les yeux et la plume d’ingénieurs militaires britanniques

Par Isabelle Charron

Photo couleur d’une grande carte manuscrite, composée d’une quarantaine de feuilles, étalée sur un carrelage sombre. Une carte rectangulaire plus petite se trouve sur une table dans le coin supérieur gauche.

Plan of Canada or the province of Quebec from the uppermost settlements to the island of Coudre […], 1761-1763 (pièce 5446324). La carte a été assemblée avec toutes les précautions nécessaires sur le plancher du Centre de préservation de Bibliothèque et Archives Canada (BAC), à Gatineau. L’assemblage fait environ 8,8 m sur 15,5 m. La grande carte du Saint-Laurent de James Cook (e010691696) est étalée sur une table, dans le coin supérieur gauche. Photo : David Knox, BAC

En septembre 1760, l’armée britannique prend Montréal, mais elle n’est toujours pas assurée de conserver dans son giron la Nouvelle-France et le Canada (actuelle vallée du Saint-Laurent). Elle connaît mal le territoire qu’elle occupe, ainsi que les voies de communication fluviales et terrestres avec la Nouvelle-Angleterre, ce qui fragilise son emprise sur ces lieux. Pour contrer cette lacune, le général James Murray, gouverneur de Québec, entreprend de faire cartographier en détail la vallée du Saint-Laurent. Le contexte de l’occupation est favorable, car plusieurs ingénieurs militaires sont sur place, dont les talentueux John Montresor et Samuel Holland. Ce dernier s’installera d’ailleurs à Québec et aura un impact considérable sur l’histoire de la cartographie au Canada. Les cartes et les renseignements compilés lors de ce projet d’envergure seront ultimement transmis au roi d’Angleterre George III et aux officiers de haut rang afin d’améliorer leur connaissance du territoire et de ses habitants. Ces documents constitueront ainsi des outils essentiels dans l’éventualité d’une rétrocession à la France qui nécessiterait une nouvelle tentative d’invasion.

C’est ainsi que dès le printemps de 1761, il y a de cela 260 ans, des équipes arpentent le territoire compris entre Les Cèdres et l’île aux Coudres. Sur leur passage, elles consignent tous les éléments de la géographie physique et humaine : relief, terres cultivées, boisées ou marécageuses, rivières, routes, noyaux villageois, incluant les maisons, les églises et les moulins, ainsi que bien d’autres observations. Elles recensent aussi les communautés des Premières Nations de Kahnawake, Kanesatake, Wendake, Odanak et Wôlinak. Les fortifications et les positions des troupes britanniques y sont également représentées. Le général Murray exige également que l’on recense, dans chaque village, le nombre de familles et le nombre d’hommes aptes à porter les armes, et que l’on intègre ces données à la carte. Fait à noter, les carnets de terrain des arpenteurs ayant participé à ce vaste projet de cartographie semblent à ce jour toujours introuvables.

Carte en couleurs affichant une rivière et des îles avec les mots St. Rose écrits au centre, vers le bas.

Sainte-Rose (Laval). À l’époque, les arpenteurs notent que Sainte-Rose compte 85 familles et 95 hommes aptes à porter les armes. Les localités de Boisbriand et de Rosemère se trouvent sur la rive nord de la rivière des Mille Îles, illustrée ci-dessus. Détails de la feuille no 9. (e010944374_9)

Carte en couleurs montrant une rivière et un village avec les mots New Lorrette écrits au centre, vers le haut.

Wendake. Détail de la feuille no 33. (e010944374_33)

Sept immenses cartes manuscrites de la vallée du Saint-Laurent (appelées communément les « cartes de Murray ») seront dessinées dans le cadre de ce projet, chacune comprenant de nombreuses feuilles. Trois dessinateurs, Charles Blaskowitz, Digby Hamilton et Charles McDonnell, traceront les versions définitives rehaussées à l’aquarelle, afin qu’elles plaisent à leurs prestigieux destinataires. Deux de ces cartes se trouvent à BAC : celle du Board of Ordnance (pièce 5506021), chargé de l’approvisionnement de l’armée et des ingénieurs militaires, et celle de James Murray (pièce 5446324). Deux autres cartes se trouvent à la British Library, à Londres : celle de William Pitt, ministre de la guerre et futur premier ministre, et celle du roi George III. Une autre carte, peut-être destinée au gouverneur de Montréal Thomas Gage, est conservée à la William L. Clements Library de l’Université du Michigan, à Ann Arbor. Les deux dernières cartes, dont celle du commandant en chef Jeffery Amherst, sont manquantes. Peut-être referont-elles surface un jour? Puisque les cartes de Murray relèvent à l’époque du renseignement militaire elles n’ont jamais été gravées afin d’être publiées. L’étendue du territoire représenté, la forme et le style de dessin diffèrent quelque peu d’une carte à l’autre. Ainsi, celle du Board of Ordnance, dont le dessin est plus artistique, couvre un territoire un peu plus restreint, de Les Cèdres jusqu’au cap Tourmente. Elle se présente en 23 feuilles de dimensions variables réparties en quatre sections. La carte destinée à James Murray compte 44 feuilles sensiblement de la même grandeur et s’étend jusqu’à l’île aux Coudres.

Carte en couleurs montrant une rivière et un village avec les mots Château Richer écrits près du centre.

Château-Richer. Détail de la feuille no 36. (e010944374_36)

Aucune carte aussi détaillée de ce vaste territoire, à cette grande échelle, n’avait été dessinée sous le Régime français. La production cartographique avait pourtant été fort prolifique : pensons aux cartes de Jean-Baptiste Franquelin, de Gédéon de Catalogne et de Jean-Baptiste de Couagne, ou encore aux cartes dressées par Jacques-Nicolas Bellin (p. ex. pièce 3693313) au Dépôt des cartes et plans de la Marine, à Paris, à partir d’informations en provenance de la colonie. Les cartes de Murray constituent donc une représentation unique de la vallée du Saint-Laurent à la veille de la cession officielle de la Nouvelle-France à l’Angleterre par le traité de Paris de 1763. C’est également l’un des projets cartographiques les plus importants entrepris par l’armée britannique au 18e siècle, au même titre que ceux menés en Écosse (Roy, 1747-1755), en Floride (De Brahm, 1765-1771), au Bengale (Rennell, 1765-1777) et en Irlande (Vallancey, 1778-1790).

Carte en couleurs montrant un bassin formé par l’élargissement d’une rivière. Un archipel composé d’une quinzaine de petites îles borde le côté droit du bassin. On peut lire les mots Bason of Chambly près du haut de la carte.

Chambly, le fort Chambly et Saint-Mathias-sur-Richelieu. Détail de la feuille no 11. (e010944374_11)

Cet album Flickr contient les 44 feuilles de l’exemplaire personnel de la carte de James Murray qui a été restaurée, puis renumérisée. L’instrument de recherche comprend la carte index sur laquelle on a inscrit les numéros de copies électroniques de chacune des feuilles et une liste exhaustive qui facilite la recherche et l’identification des lieux (notez que l’on emploie les toponymes d’aujourd’hui). Vous pouvez aisément repérer les feuilles qui vous intéressent et télécharger les images à l’aide de l’outil Recherche dans la collection de BAC.

Une grande partie du patrimoine bâti qui figure sur la carte de Murray a disparu, le paysage a subi d’importantes transformations et la représentation des éléments n’est pas parfaite. Néanmoins, vous réussirez peut-être à repérer la maison de vos ancêtres, votre quartier, l’église ou le joli moulin que vous avez visités lors de vos vacances, ou encore des routes que vous avez sillonnées au fil des ans. La comparaison des feuilles de la carte de Murray avec des images actuelles, comme celles que l’on trouve dans Google Maps, s’avère aussi un exercice fort intéressant. Vous pouvez également utiliser Co-Lab, l’outil de production participative de BAC, pour contribuer à documenter davantage ce trésor cartographique. Les possibilités sont immenses; à vous de les explorer!

Bon voyage au 18e siècle… à travers les yeux et la plume d’ingénieurs militaires britanniques!

Carte en couleurs montrant une rivière, des maisons, une église et une route. On peut voir les mots Pointe du Lac écrits au bas.

Pointe-du-Lac (Trois-Rivières). Détail de la feuille no 22. (e010944374_22)

Pour en savoir plus:


Ce billet de blogue a été écrit par Isabelle Charron, archiviste en cartographie ancienne au sein de la section des supports spécialisés de la Direction des archives privées à Bibliothèque et Archives Canada