Le Fonds Yves Baril de Bibliothèque et Archives Canada

Par James Bone

Les œuvres d’Yves Baril ont été, sans nul doute, reproduites plus souvent que celles de tout autre artiste canadien. Pourtant, à moins d’être féru de numismatique ou de philatélie canadiennes, il y a de fortes chances que vous n’ayez jamais entendu parler de lui. Connu pour ses magnifiques portraits riches en détails, Yves Baril est le maître graveur incontesté du Canada : il est l’auteur des gravures de plus de 146 timbres-poste canadiens, des billets de banque canadiens imprimés de la fin des années 1950 aux années 1990, de l’argent Canadian Tire, de certificats d’actions et d’obligations, d’étiquettes et de coupons. Comme des millions de ces produits sont imprimés et en circulation, en particulier les timbres et les billets de banque, le travail d’Yves Baril est passé entre les mains de bon nombre de Canadiens, voire de la plupart d’entre eux.

Né en 1932 à Verdun, au Québec, Yves Baril grandit dans le sud-ouest de Montréal. Il étudie les arts, notamment la peinture et la typographie, à l’école du Musée des beaux-arts de Montréal et à l’Institut des arts graphiques de Montréal. Après l’obtention de son diplôme, Baril devient graveur apprenti à la Compagnie canadienne des billets de banque limitée, à Ottawa, en 1953, une entreprise privée qui se spécialise dans l’impression de billets de banque et de documents de valeur. Élève du maître graveur Silas Robert Allen, Baril commence par imiter le travail de son professeur. Sa chance arrive en 1955, lorsque le ministère des Postes rejette la gravure d’Allen pour un timbre commémorant l’immigration de colons en Saskatchewan et en Alberta. Le cycle de production étant trop avancé pour recommencer à zéro, on soumet, en désespoir de cause, la gravure de Baril. À la surprise générale, et au déplaisir d’Allen, le ministère des Postes choisit la version de Baril. Sa carrière de graveur est lancée.

Enveloppe de la Compagnie canadienne des billets de banque limitée envoyée à Yves Baril, Esq.(maître), c/o (a/s) Compagnie canadienne des billets de banque limitée. Inscriptions : First Day Cover (pli Premier Jour), Day of Issue/Jour d’émission. L’enveloppe porte la signature du graveur, Yves Baril.

Pli Premier Jour autographié le 30 juin 1955 par Yves Baril, graveur du timbre-poste de 1955 commémorant l’immigration de colons en Saskatchewan et en Alberta (MIKAN 3951112). Droit d’auteur : Société canadienne des postes (timbre-poste), BAC (autographe).

Baril passera le reste de sa carrière à la Compagnie canadienne des billets de banque, perfectionnant son art au fil de formations supplémentaires reçues à la société mère, l’American Bank Note, à New York, et à sa filiale, la Bradbury, Wilkinson and Company, à Londres, en Angleterre. Outre son travail sur les timbres-poste canadiens, les billets de banque et les coupons de compagnies, il a gravé 6 timbres-poste pour les Nations Unies (utilisés au sein des bureaux des Nations Unies pour l’envoi de courrier) et de 11 timbres-poste pour les États-Unis. Ses œuvres les plus notables furent des portraits de la reine Elizabeth II ornant des timbres commémoratifs des visites royales de 1959 et de 1964, réalisés d’après une peinture de Pietro Annigoni et une photographie d’Anthony Buckley, respectivement. Ces œuvres ont exigé de l’artiste des centaines d’heures de travail ainsi que l’approbation du produit final par la reine elle-même.

Timbre rouge sur lequel figure la reine Elizabeth II drapée dans une cape. Gravure d’une couronne dans le coin supérieur gauche.

Matrice d’essai en couleur pour la visite royale de 1959 (MIKAN 2212875). Droit d’auteur : Société canadienne des postes.

Bloc de quatre timbres représentant la reine Elizabeth II assise pour un portrait officiel. Elle porte une robe de soirée et une couronne. De son épaule gauche part une écharpe placée en diagonale, serrée à la taille et ornée d’une épingle sertie de bijoux.

Bloc de quatre timbres-poste pour la visite royale de 1964 (MIKAN 2214233). Droit d’auteur : Société canadienne des postes.

En 2009 puis en 2015, Yves Baril fait don de ses archives à Bibliothèque et Archives Canada. Celles-ci comprennent des registres dans lesquels sont notés les jours et le nombre d’heures passées à travailler sur chaque gravure, ses commentaires sur son travail, des plis Premier Jour commémoratifs pour l’émission de timbres-poste qu’il a gravés et un album de trésors philatéliques compilé à partir de matériel dont la Compagnie canadienne des billets de banque voulait se dessaisir. Il est possible de consulter ces documents dans le fonds Yves Baril de Bibliothèque et Archives Canada ainsi que des centaines d’autres ayant trait à son travail contenus dans le fonds du ministère des Postes (RG3/R169) que possède BAC. Parmi ces documents figurent notamment des centaines d’épreuves imprimées à partir de ses gravures et beaucoup de matrices en acier originales qu’il a gravées et qui ont servi à faire des plaques d’imprimerie pour les timbres-poste.

Entrée manuscrite dans un journal expliquant la production d’un timbre.

Entrée dans le cahier de notes d’Yves Baril sur les timbres-poste de l’émission « Caricatures » de 1973 (MIKAN 4868428). Droits d’auteur : Bibliothèque et Archives Canada.

Yves Baril a visité Bibliothèque et Archives Canada récemment pour parler de son fonds. Pendant sa visite, il a évoqué sa formation d’apprenti et sa formation générale, son travail et ses expériences comme francophone travaillant à Ottawa au cours de la seconde moitié du 20e siècle. Il a aussi présenté certains de ses autres objets personnels, notamment une matrice en acier gravée pour recréer le premier timbre-poste du Canada, le castor de trois pence, de même qu’un jeu d’outils de gravure qu’il avait conçus lui-même dans les années 1950 et qui fonctionnent encore aujourd’hui.

Timbre sur lequel apparaissent cinq générations de souverains britanniques.

Matrice d’essai pour un timbre-poste non émis se trouvant dans l’album d’Yves Baril. Y figurent la succession de monarques britanniques de la reine Victoria jusqu’au roi George VI, incluant le roi Edward VIII, dont l’image n’apparaît sur aucun timbre-poste canadien. (Détails tirés de R13163, vol. 5, page 13 – MIKAN 4877973 – droit d’auteur : Bibliothèque et Archives Canada.


James Bone est archiviste dans la division des Supports spécialisés privés, Archives privées, Direction générale des archives, Bibliothèque et Archives Canada.

Diplomate, premier ministre et érudit : souvenons-nous de Lester B. Pearson

English version

Par Mariam Lafrenie

Il va sans dire que le très honorable Lester B. Pearson a accompli bien des choses dans sa vie. Et il a toujours excellé sur les plans politique, académique et, même, athlétique. L’héritage et l’influence de Lester B. Pearson se sont fait sentir avant qu’il devienne le premier ministre du Canada (1963-1968), alors qu’il était président du conseil de l’OTAN (1951) et président de l’Assemblée générale des Nations Unies (1952), et quand il a reçu le prix Nobel de la paix (1957).

Après cinq ans, il laisse néanmoins un héritage impressionnant : un nouveau drapeau, le Régime de pensions du Canada, une assurance-maladie universelle, une nouvelle loi sur l’immigration, un fonds de développement économique rural et la Commission royale sur le bilinguisme et le biculturalisme, qui amènera la mise en place d’une fonction publique bilingue.

Photographie en noir et blanc d’un couple en tenue soignée. L’homme tient une boîte contenant une médaille.

Lester B. Pearson et son épouse, Maryon, à la cérémonie de remise du prix Nobel de la paix tenue à Oslo, en Norvège, en décembre 1957. Photographie par Duncan Cameron. (c094168)

Photographie en noir et blanc d’un homme debout devant une salle pleine de gens auxquels il s’adresse.

Lester B. Pearson à la Conférence des Nations Unies sur l’Organisation internationale, San Francisco, Californie, États-Unis, 1945. (c018532)

Grimpant les échelons rapidement et passant d’un portefeuille à un autre, Lester B. Pearson montre qu’il est talentueux et digne d’être diplomate. Après 20 ans de carrière aux Affaires étrangères, il poursuit son chemin jalonné de réussites en devenant chef du Parti libéral (1958-1968) au cours de la décennie suivante. Sans aucun doute, il accomplit certaines de ses réalisations les plus formidables – sinon les plus importantes – alors qu’il est premier ministre.

Un drapeau pour le Canada

La quête d’un drapeau canadien – représentant ce que le Canada est devenu au cours du siècle écoulé et ce que Lester B. Pearson espère qu’il deviendra – suscite la controverse et d’âpres débats. De fait, comme plusieurs s’en souviendront, le débat sur le drapeau occupe une bonne partie de l’année 1964, année au cours de laquelle des Canadiens jeunes et vieux soumettent environ 3 000 suggestions de drapeau.

« Puisse ce drapeau inspirer à nos jeunes un sentiment nouveau de loyauté envers le Canada, un patriotisme fondé, non pas sur le nationalisme mesquin et étroit, mais sur l’égale et profonde fierté de tous les Canadiens pour chaque région de ce beau pays. » – Discours prononcé à l’occasion de l’inauguration du drapeau national du Canada,
le 15 février 1965 (Traduction)

Ces mots, prononcés par Lester B. Pearson lors de l’inauguration de l’unifolié (en anglais), le 15 février 1965, sur la colline du Parlement, mettent précisément l’accent sur ce qu’il souhaite réaliser : une identité uniquement canadienne. Peu de premiers ministres ont laissé un héritage aussi grand que Lester B. Pearson, créateur d’un tout nouveau symbole culturel pour son pays.

Photographie en noir et blanc d’un homme tenant une illustration de l’unifolié.

Conférence de presse de Lester B. Pearson sur le nouveau drapeau, décembre 1964. Photographie par Duncan Cameron. (a136153)

Une année de célébration

Non seulement Lester B. Pearson est-il responsable de plaider pour un nouveau drapeau canadien, mais il est assez chanceux pour conserver son poste pendant l’année du centenaire du Canada. Dans le discours qu’il prononce le 1er juillet 1967, à l’occasion de la fête du Dominion, il demande aux Canadiens de célébrer leur passé et leurs accomplissements, mais il leur demande aussi de songer à l’avenir et à l’héritage qu’ils pourraient laisser à la prochaine génération de Canadiens. L’année 1967 a été remplie de célébrations, un peu comme 2017 : nous célébrons le 150e anniversaire de la Confédération et pensons à l’avenir de notre nation.

Les célébrations du centenaire ont deux objectifs : organiser des activités mémorables pour les Canadiens et laisser un héritage tangible dont les générations actuelle et future pourront jouir. De fait, les gouvernements provincial et fédéral encouragent les Canadiens à célébrer en créant leurs propres projets pour le centenaire – films, défilés et festivals, tatouages, centres récréatifs, stades – et ils acceptent de leur donner plus de financement. L’une des célébrations les plus mémorables est celle de l’Exposition universelle de 1967 ou Expo 67, son diminutif. Expo 67, ouverte du 27 avril au 29 octobre, est l’une des expositions universelles les plus réussies. Elle marque un tournant pour le Canada.

Photographie en couleurs d’un groupe d’hommes debout devant l’agrandissement d’une carte de la Nouvelle-France.

Jour d’ouverture à Expo 67 avec le commissaire général, Pierre Dupuy; le gouverneur général du Canada, Roland Michener; le premier ministre du Canada, Lester Bowles Pearson; le premier ministre du Québec, Daniel Johnson père; et le maire de Montréal, Jean Drapeau. (e000990918)

Pour beaucoup de Canadiens, le summum de la nostalgie constitue l’une des caractéristiques de l’année 1967, mais cette année est aussi remplie d’optimisme. Grâce à cet optimisme et aux dépenses gouvernementales plus élevées, la popularité de Lester B. Pearson augmente rapidement, ce qui renforce ses réalisations comme premier ministre et permet d’étendre le soutien des Canadiens au Parti libéral.

Conclusion

Le 27 décembre 1972, il y a 45 ans, après une carrière politique longue et réussie, Lester B. Pearson s’éteint. Son décès touche de nombreux Canadiens : plus de 1 200 personnes assistent à son service funèbre pour lui rendre un dernier hommage. Lester B. Pearson est toujours présent de nos jours grâce aux multiples prix et édifices portant son nom. Ayant jeté les bases de ce que de nombreux Canadiens et la collectivité internationale aiment au sujet du Canada, il a contribué à façonner le Canada actuel.

Photographie en noir et blanc d’un homme debout près d’un édifice doté d’une architecture intéressante.

Le premier ministre du Canada Lester B. Pearson devant le Katimavik (lieu de réunion) du pavillon du Canada, à Expo 67. (e000996593)

Le fonds Lester B. Pearson conservé par Bibliothèque et Archives Canada comprend 435,71 mètres de documents textuels, plus de 3 500 photographies, 315 enregistrements audio de divers formats, trois films totalisant 47 minutes, 54 œuvres documentaires et 98 médailles.

Liens connexes


Mariam Lafrenie est une étudiante de premier cycle et chercheuse attachée à l’Université Queen’s qui a travaillé à la Direction générale des archives privées de Bibliothèque et Archives Canada à l’été 2017.

Explosion d’Halifax : documents conservés à Bibliothèque et Archives Canada

English version

Par Valerie Casbourn

Le matin du 6 décembre 1917, deux navires, le Imo et le Mont-Blanc, entrent en collision dans la partie la plus étroite du port d’Halifax. Le Mont-Blanc est un navire de munitions en route pour rejoindre un convoi naviguant vers l’Europe déchirée par la guerre. La cargaison du Mont-Blanc prend feu et le navire explose 20 minutes plus tard. La déflagration pulvérise une partie de la ville, tuant près de 2 000 personnes, en blessant des milliers et provoquant des dégâts considérables à Halifax, à Dartmouth et dans la communauté micmaque de Turtle Grove. « L’explosion d’Halifax », comme on l’a surnommée, amène au Canada le danger et la destruction de la Première Guerre mondiale, et marque à jamais la ville d’Halifax.

Photographie en noir et blanc de quelques personnes marchant au milieu d’une rue dont les bâtiments sont détruits.

Dévastation causée par l’explosion d’Halifax. L’édifice à gauche était la fonderie Hillis & Sons (MIKAN 3624172)

Guide pour les documents sur l’explosion d’Halifax

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) possède divers documents témoignant de l’explosion d’Halifax, de ses conséquences, ainsi que des secours apportés aux victimes et des enquêtes menées après le désastre. Le premier outil de recherche à consulter est le guide thématique de BAC Explosion d’Halifax. Certains des documents listés dans ce guide ont été numérisés à partir de microfilms et sont accessibles sur le site Web Héritage. D’autres documents peuvent être consultés sur place à BAC.

Le guide présente d’abord la liste des documents relatifs au désastre et à ses conséquences, conservés par le gouvernement fédéral canadien. Cette liste comprend des documents tels que ceux de l’enquête officielle sur la collision entre le Mont-Blanc et l’Imo menée par le commissaire aux sinistres maritimes du Dominion (RG42, vol. 596 et RG42, vol. 597). On y trouve aussi la correspondance du censeur en chef de la presse en temps de guerre, Ernest J. Chambers (RG6, vol. 621, dossier 350, microfilm T-102), laquelle décrit l’urgent besoin de communiquer les nouvelles relatives au désastre avec exactitude, mais sans révéler aucune information sur les défenses du port d’Halifax.

Image d’un télégramme qui se lit comme suit : [traduction] « 15 h 45. Télégramme envoyé à Geo. D. Perry? dir. gén. G.N.W. Telegraph Co, Toronto ON. Télégramme envoyé à J. McMillan, dir. C.P. Ry. Telegraphs, Montréal. Ottawa ON, 6 déc. 1917. Compte tenu des reportages contradictoires à l’étranger sur l’explosion d’Halifax, j’espère que le maximum est fait pour faciliter une transmission de tous les rapports de presse. Cela est plus que souhaitable d’un point de vue national. Ernest J. Chambers, censeur en chef de la presse. »

Message d’Ernest J. Chambers, censeur en chef de la presse, à G.N.W. Telegraph Co. et C.P. Ry. Telegraphs (T-102, Image 119)

Image d’un télégramme qui se lit comme suit : [traduction] « Ottawa, 7 décembre 1917. C.O. Knowles, Toronto. En ce qui concerne les rapports sur le désastre d’Halifax, il est important que rien ne soit publié révélant des renseignements sur les défenses, la force et la disposition de la garnison, etc. Aucune information ne devra non plus être donnée sur les activités navales et les activités de transport au port durant la guerre. Aucune photographie d’Halifax et des environs prise depuis le début de la guerre ne devra être publiée. Il est souhaitable que les correspondants spéciaux envoyés à Halifax s’informent des exigences de la censure locale. Ernest J. Chambers. »

Message d’Ernest J. Chambers, censeur en chef de la presse, à C.O. Knowles, Canadian Press Limited (T-102, Image 136)

Si vous cherchez des images, consultez l’album Flickr de BAC pour y découvrir des photographies numérisées, prises après l’explosion d’Halifax. BAC a également publié une description plus détaillée de l’explosion sur la page concernant la tragédie sur le front intérieur : explosion d’Halifax le 6 décembre 1917 (en anglais seulement).

 

Photographie en noir et blanc montrant une rangée de personnes fouillant les décombres des bâtiments détruits.

Conséquences de l’explosion d’Halifax (MIKAN 3624170)

Recherche d’autres documents

Vous trouverez d’autres documents relatifs à l’explosion d’Halifax en interrogeant la base de données des fonds d’archives à l’aide des mots-clés Halifax ET explosion OU désastre, ou en utilisant d’autres mots-clés associés au désastre. Vous pouvez ensuite limiter vos résultats de recherche par date ou par genre de document (photographies ou documents textuels).

Les documents conservés à BAC proviennent du gouvernement fédéral canadien ainsi que de personnes et d’organismes privés. Certains documents sont accessibles en ligne, d’autres peuvent être consultés sur place lors de visites en personne ou en commandant des reproductions.

Correspondance sur l’explosion d’Halifax : fonds Sir Robert Borden

Il y a beaucoup trop de documents relatifs à l’explosion d’Halifax pour les mentionner tous ici, mais la correspondance contenue dans le fonds Sir Robert Borden (MG26-H) raconte une petite partie de l’histoire. Sir Robert Borden était premier ministre du Canada et député d’Halifax au moment de l’explosion; ses archives comprennent des télégrammes transmettant entre autres des nouvelles du désastre, des messages de sympathie aux habitants d’Halifax et des offres d’assistance.

Pour trouver les documents sur l’explosion d’Halifax dans le fonds Sir Robert Borden, interrogez la base de données des fonds d’archives à l’aide des mots-clés MG26-H ET Halifax ET explosion. Vous pouvez aussi consulter les instruments de recherche du fonds Borden, accessibles en format PDF dans la section Instrument de recherche de la description du fonds (défiler vers le bas).

La majeure partie de la correspondance sur l’explosion se trouve dans le dossier « Désastre d’Halifax 1917-1918 » (MG26-H, vol. 89-90, pages 46309-47016, microfilm C-4325, disponible sur le site Web Héritage, à partir de l’image 301).

Télégramme de la Great North Western Telegraph Company of Canada, qui se lit comme suit : [traduction] « Moncton, N.-B., 6 déc. 1917. J.D. Reid, Ottawa. On signale qu’un navire chargé d’explosifs au quai six qui s’éloignait, vers 8 h 30 ce matin, a été percuté par un navire qui s’avançait, et il a pris feu. On a tenté de le couler avant qu’il n’explose mais on a échoué. Il a explosé à 9 h. On signale que la ville est en très mauvais état et qu’il y a beaucoup de dommages mais, les câbles télégraphiques et téléphoniques étant coupés, impossible d’obtenir des détails. Je donnerai plus d’information dès que j’en aurai. Le directeur général adjoint Brown se dirige vers Halifax par le « Special ». C.A. Hayes. »

Ce premier rapport sur le désastre a été envoyé à Ottawa à partir de Moncton parce que l’explosion avait endommagé les câbles télégraphiques et téléphoniques à Halifax et interrompu les communications avec la ville. (microfilm C-4325, image 321)

Télégramme de la Western Union qui se lit comme suit : [traduction] « RM Boston Mass. 7 déc. via Ottawa ON 8 1917. Robert Borden, premier ministre, Halifax, N.-É. D’après ce que vous savez des conditions à Halifax, que pouvons-nous faire immédiatement pour aider à soulager la détresse des habitants d’Halifax? La nuit dernière, un train de secours est parti d’ici à 10 h et devrait arriver à 20 h ce soir. Nous avons un bateau ici à votre disposition qui peut partir dimanche matin et arriverait à Halifax lundi matin. Peut-il s’amarrer? H.B. Endicot, président, Comité de secours Massachusetts-Halifax. »

Offre d’aide de Boston, envoyée à Sir Robert Borden par H.B. Endicott, président du comité de secours Massachusetts-Halifax. (microfilm C-4325, image 345)

Ressources connexes :


Valerie Casbourn est archiviste à la division Services régionaux et AIPRP de Bibliothèque et Archives Canada.

La préservation numérique à la croisée des chemins

 par Faye Lemay

Saviez-vous que Bibliothèque et Archives Canada (BAC) possède, en plus de photos, livres, peintures et manuscrits, toute une collection de matériel numérique? En effet, en tant que gardiens du patrimoine documentaire canadien, nous devons veiller à ce que notre contenu numérique et analogique soit accessible et utilisable.

Imaginez que vous avez créé un fichier en WordPerfect en 1996, que vous l’avez sauvegardé sur une disquette et que vous souhaitez ouvrir ce fichier aujourd’hui. Trois scénarios sont possibles : 1) vous n’avez pas de lecteur de disquette, 2) vous avez un lecteur de disquette, mais il ne fonctionne plus, ou 3) vous n’avez pas le logiciel nécessaire pour ouvrir le fichier en WordPerfect. Maintenant, imaginez cela à une échelle bien plus grande, soit des milliers de types de fichiers créés par des fonctionnaires du gouvernement fédéral, de simples citoyens canadiens, des éditeurs, etc., qui ont été sauvegardés sur une multitude de types de systèmes, disquettes et ordinateurs.

Photographie en couleur d’une enveloppe contenant divers types de disquettes.

Disquettes de la collection Patrimoine publié.

C’est le lot quotidien de BAC.

Les collections numériques sont vulnérables par nature à la dégradation et à la décomposition, à un rythme bien plus rapide que le papier. Pour garantir que le matériel durera des centaines d’années, les spécialistes de la préservation numérique doivent surveiller le matériel numérique utilisé et intervenir pour prévenir les pertes. Ils surveillent les types de formats de fichier qu’utilisent les gens (PDF ou WPD, par exemple), planifient en vue des changements de technologie et créent de multiples copies qui sont sauvegardées dans des chambres fortes à température ambiante contrôlée. Nous vérifions également que le contenu des fichiers n’a pas changé au fil du temps. Étant donné la rapidité des changements technologiques, nous devons toujours prévoir bien à l’avance afin de prévenir la perte de ces collections précieuses.

Photographie en couleur d’un tiroir de classeur contenant des centaines de boîtiers de CD.

Un petit échantillon de la collection de musique sur CD, qui compte plus de 70 000 titres.

Pour BAC, la croisée des chemins numériques a lieu maintenant. Nous vivons dans une ère où la taille des collections numériques dépasse celle des collections analogiques. Un inventaire récent de notre matériel numérique a révélé que nous avions une collection vaste et variée, tant en ligne que sur des supports matériels tels que des disquettes, des CD et des DVD. Cet inventaire nous a aussi appris que le nombre de copies numériques de thèses universitaires détenues par BAC est similaire à celui des copies analogiques, bien que nous n’ayons commencé à acquérir ces thèses en formats numériques PDF qu’en 1998. Depuis 2014, BAC acquiert ces thèses seulement en format numérique. Les publications fédérales officielles sont également principalement en format numérique, puisque la réglementation gouvernementale sur la publication n’autorise que les formats en ligne depuis 2013. De plus, pour la première fois dans toute son histoire, BAC a reçu en don une collection privée formée à 90 % de fichiers en format numérique.

La division des archives numériques au Centre de préservation sert de dépôt central pour les collections numériques de BAC. Nous préservons à l’heure actuelle plus de cinq (5) pétaoctets de matériel numérique, composé principalement de matériel audiovisuel, des Archives du Web du gouvernement du Canada, et de copies numérisées de dossiers papier. Si l’on empilait des DVD équivalent à cinq pétaoctets de données, ils formeraient une tour de 1 338 mètres de hauteur (4 390 pieds)!

En dépit du travail considérable entrepris pour préserver le contenu numérique aujourd’hui, nous reconnaissons que d’encore plus grands efforts sont nécessaires pour garantir que toutes les collections numériques de BAC soient protégées.
Le 30 novembre 2017 marquera la première Journée internationale de la préservation numérique. En tant que membre de la Digital Preservation Coalition, nous célébrons cette journée en lançant la Stratégie pour un programme de préservation numérique. Cette stratégie décrit les étapes supplémentaires nécessaires pour continuer de préserver les trésors numériques de BAC pour les générations futures et garantir que nous sommes sur la bonne voie.

Photographie en couleur d’une longue étagère blanche contenant des milliers de bandes magnétiques sur la gauche et d’éléments de stockage à haute densité à droite.

Bandes magnétiques au format ouvert de la bibliothèque du patrimoine documentaire numérique, qui sont préservées à la division des archives numériques de BAC au Centre de préservation.


Faye Lemay est gestionnaire de la préservation numérique à la Direction générale des opérations numériques et de la préservation de Bibliothèque et Archives Canada.

Cœurs battants : John Alexander Hopps et le stimulateur cardiaque

Par Rebecca Meunier

Pensez à cinq inventions qui ont révolutionné nos vies.

Et maintenant, pensez à cinq inventions médicales d’origine canadienne. Moins évident, n’est-ce pas?

Tandis que de grandes découvertes universelles – comme la roue – nous viennent spontanément à l’esprit, nous peinons à trouver ne serait-ce que deux exemples de la seconde catégorie. Et pourtant, le Canada est depuis longtemps un chef de file mondial dans l’amélioration des soins de santé. Songeons à la découverte de l’insuline par sir Frederick Banting, à l’invention des céréales pour nourrissons Pablum et à la cobaltothérapie, toutes des inventions canadiennes.

Mais l’une d’elles les surpasse toutes. Elle a le pouvoir de faire battre votre cœur de façon régulière quand vous faites de l’exercice, et même quand vous êtes amoureux. Cette invention, c’est le stimulateur cardiaque externe (aussi connu sous le nom de stimulateur-défibrillateur), mis au point par l’ingénieur électricien John Alexander Hopps. Et grâce aux travaux qu’il a menés avec les chirurgiens Wilfred Bigelow et John Callaghan, son nouvel appareil a véritablement commencé à sauver des vies.

Photo noir et blanc d’une salle d’opération où quatre hommes portant des sarraus et des masques entourent un patient caché à la vue.

John Hopps (à l’arrière-plan) observe une chirurgie dans une salle d’opération. Photo non datée (a207051)

John Alexander Hopps naît à Winnipeg le 21 mai 1919. Après des études en génie électrique, il obtient son diplôme de l’Université du Manitoba en 1941. Alors que la guerre sévit outre-Atlantique, il travaille au Centre national de recherches, à Ottawa, où il prend part aux travaux pour développer le radar. En 1949, on l’envoie travailler à Toronto avec le Dr Wilfred Bigelow, qui vient de faire une importante découverte : les chirurgies à cœur ouvert entraînent moins de complications lorsque le patient est maintenu en hypothermie.

La collaboration entre ces deux hommes et un autre chirurgien, le Dr John Callaghan, mène à l’invention du stimulateur cardiaque externe dans les années 1950. Hopps ne le sait pas encore, mais cet appareil contribuera plus tard à prolonger sa propre vie. En 1957 et 1958, il œuvre au Sri Lanka, où il aide à fonder la première unité coloniale de génie en Asie du Sud-Est. Quinze ans plus tard, en 1973, on le retrouve au Conseil national de recherches à titre de chef de la nouvelle section du génie médical. Il continue de travailler à diverses innovations et s’emploie à promouvoir les normes de sécurité dans les hôpitaux, se préoccupant particulièrement de la prévention des risques de décharge électrique dans les salles d’opération.

Étant donné ses connaissances poussées en technologie et en médecine, Hopps est confronté à toutes sortes de situations au cours de sa carrière. On lui demande même de rédiger un rapport sur les dangers potentiels d’un four à micro-ondes utilisé par le personnel de l’hôpital Riverside! Sa conclusion : aucun effet néfaste notable n’en découle.

Hopps est aussi le fondateur et premier président de la Société canadienne de génie biomédical. À ce titre, il continue de préconiser l’utilisation du génie dans la sphère médicale.

Le stimulateur cardiaque que nous connaissons aujourd’hui a certes beaucoup évolué depuis son invention, alors qu’il avait la taille d’un four à micro-ondes! Au fil des ans, médecins et inventeurs ont contribué à en réduire la taille, jusqu’à ce qu’il soit assez petit pour être installé à l’intérieur du corps au moyen d’une chirurgie moins invasive.

Photo noir et blanc d’une petite machine équipée de boutons et de cadrans, à laquelle sont branchés un cathéter et deux manettes.

Stimulateur-défibrillateur externe utilisé en salle d’opération (e011200816-v8)

Cet appareil est rapidement devenu indispensable dans les hôpitaux, qui l’ont intégré à leurs unités mobiles de cardiologie.

Photo noir et blanc d’un homme portant un sarrau, un masque et un bonnet de chirurgien. Il regarde sa montre, debout à côté d’un gros appareil sur roulettes équipé de nombreux tiroirs, boutons et fils, au sommet duquel un écriteau indique « Mobile Cardiac Resuscitator » (réanimateur cardiaque mobile).

Appareil mobile de réanimation cardiaque (e011200817-v8)

Photo noir et blanc d’un jeune homme portant des lunettes et un nœud papillon et un veston.

John A. Hopps, vers 1945 (e011200817-v8)

En 1986, Hopps est nommé officier de l’Ordre du Canada. Il décède en 1998, après avoir transformé à tout jamais les interactions entre la médecine et la technologie.

Pour en savoir plus sur John Alexander Hopps et le stimulateur cardiaque externe, consultez le fonds John Alexander Hopps conservé à Bibliothèque et Archives Canada. Vous y trouverez diverses ressources, allant de photographies de chirurgie cardiaque à des documents textuels liés à son travail, en passant par des images qui contribuent à faire la lumière sur l’évolution de sa célèbre invention.


Rebecca Meunier est étudiante et travaille comme technicienne en orientation à Bibliothèque et Archives Canada.

Ô Canada! Une histoire bilingue

English version

Par Jessica Di Laurenzio

Bibliothèque et Archives Canada a récemment fait l’acquisition des dossiers de la maison de disques Frederick Harris, un grand éditeur canadien de musique souvent associé au Conservatoire royal de musique de Toronto. Tôt dans l’histoire de l’entreprise, dans les années 1910, Frederick Harris s’est vaillamment efforcé d’obtenir les droits d’auteur canadiens d’un aussi grand nombre de pièces que possible. Une des chansons qu’il a éditées à cette époque est la version en anglais d’Ô Canada. Toutefois, sa version n’est pas celle qui constitue aujourd’hui l’hymne national officiel connu des Canadiens.

Ô Canada a acquis ce statut en 1980, exactement 100 ans après que la musique en a été composée par Calixa Lavallée. C’est le lieutenant-gouverneur du Québec, Théodore Robitaille, qui lui commande cette pièce. Le juge Adolphe-Basile Routhier compose les paroles en français de l’hymne à la même époque, et l’œuvre est chantée pour la première fois en public le jour de la Saint-Jean-Baptiste, à Québec, en 1880. Le Chant national (nom original d’Ô Canada) se veut l’hymne du peuple canadien-français et est créé en partie en réaction à la popularité de God Save the Queen au Canada anglais.

Photo noir et blanc d’un homme à la moustache proéminente portant un veston et un nœud papillon. La photo de forme ovale est placée sur un carton de montage mat de couleur grise.

Portrait de Calixa Lavallée (e010900310).

La population canadienne-anglaise aime tant la musique de Lavallée que quelques décennies plus tard, une version anglaise voit le jour. Toutefois, plutôt que de simplement traduire les paroles de Routhier en anglais, plusieurs paroliers anglophones rédigent leurs propres versions, ce qui explique en partie la grande différence de sens entre les paroles d’Ô Canada en anglais et en français.

Couverture de la partition. Au centre, il y a une photo d'un homme en pardessus et en pantalons tenant à la main un haut-de-forme et une canne. Les noms du compositeur et du parolier se trouvent en bas entre un croquis représentant la ville de Québec et un arbre qui va jusqu'au haut de la page recouvrant le titre de feuilles d'érable.

Couverture de la première édition de « Ô Canada » (OCLC 1007545258).
L.N. Dufresne, couverture « Ô Canada » (Québec : Arthur Lavigne, 1880).
Musée de la civilisation, bibliothèque du Séminaire de Québec. Fonds ancien, 204, SQ047145.

Paroles originales en français par Routhier

Ô Canada! Terre de nos aïeux,
Ton front est ceint de fleurons glorieux!
Car ton bras sait porter l’épée,
Il sait porter la croix!

Ton histoire est une épopée
Des plus brillants exploits.

Et ta valeur, de foi trempée, 

Protègera nos foyers et nos droits.
Protègera nos foyers et nos droits.
 

Traduction anglaise

O Canada! Land of our ancestors,
Glorious deeds circle your brow.
For your arm knows how to wield the sword,
Your arm knows how to carry the cross.

Your history is an epic
Of brilliant deeds.
And your valour steeped in faith

Will protect our homes and our rights,
Will protect our homes and our rights.

Les paroliers anglophones adoptent un point de vue différent dans leurs versions et, dans plusieurs cas, mettent l’accent sur la beauté naturelle du Canada plutôt que sur l’histoire empreinte de bravoure et d’héroïsme du pays. Leur approche est dans certains cas trop semblable, et des accusations de plagiat sont même lancées. Robert Stanley Weir et Edward Teschemacher, deux anglophones ayant chacun écrit leur propre version anglaise, utilisent tous deux la phrase « Our home and native land ». En raison de ces similitudes, l’établissement des droits d’auteur cause des tensions entre Delmar Music Co. et Frederick Harris, éditeurs respectifs des versions de Weir et de Teschemacher, qui datent toutes deux de 1910 environ.

Couverture de la partition d’O Canada!, hymne national du Canada, par C. Lavallée.

Couverture de la partition d’O Canada! par la maison de disques Frederick Harris, en 1914, paroles d’Edward Teschemacher (OCLC 1007512736).

En plus de Weir et Teschemacher, des gens des quatre coins du pays proposent leur propre version anglaise d’Ô Canada. En 1927, la version de Weir est devenue la plus chantée, et c’est d’elle que l’on fait la chanson officielle du jubilé de diamant de la Confédération. Toutefois, étant donné le nombre de versions existantes, il allait encore falloir un certain temps avant que l’œuvre obtienne le statut d’hymne national.

Le premier ministre Lester B. Pearson tente, en 1967, de déposer un projet de loi en faisant la version officielle, mais ce n’est qu’en 1980, lors du centenaire de la musique de Lavallée, qu’Ô Canada devient l’hymne national officiel du pays. La version française est constituée des paroles originales de Routhier, datant de 1880, alors que la version de Weir obtient la reconnaissance officielle en tant que version anglaise, même si le sens des paroles dans les deux langues est passablement différent.

Photo d’un timbre-poste rectangulaire comportant des dessins colorés de trois hommes dont le nom est inscrit à côté de chacun : Calixa Lavallée, Adolphe-Basile Routhier et Robert Stanley Weir. On peut lire sur le timbre « Canada Postes-Postage, O Canada! 1880-1980 ».

Timbre commémoratif, 1980, montrant Lavallée, Routhier et Weir (s000844k).


Jessica Di Laurenzio est archiviste adjointe en littérature, musique et arts de la scène à la Division des archives privées de Bibliothèque et Archives Canada.

Faits saillants des journaux personnels de sir Sandford Fleming

Par Andrew Elliott

Comme je l’ai mentionné dans un billet antérieur, sir Sandford Fleming, inventeur de l’heure normale internationale, créateur du tout premier timbre-poste du Canada, arpenteur et cartographe, est un membre productif de la société canadienne au 19e siècle. Il a le temps de faire bien des choses, notamment de consigner ses activités dans divers journaux personnels. C’est un écrivain passionné. Il n’écrit peut-être pas de roman, mais il note tout ce qu’il voit et vit dans ce monde. Il combine observations écrites et esquisses au crayon faites à l’occasion en s’inspirant de paysages, de personnes, de tâches quotidiennes et de travaux d’ingénierie.

Fait remarquable, sir Fleming tient ces journaux pendant la majeure partie de sa longue vie, de l’âge de 15 ans, en 1843, à son décès, en 1914. Sir Fleming pense également à la perception qu’on aura de lui dans l’avenir. Vers la fin de sa vie, il transcrit donc les parties les plus importantes de ses journaux personnels dans trois journaux condensés. En outre, il tient différents carnets pour consigner les nombreux voyages spéciaux qu’il fait au Canada, en Angleterre et aux États-Unis. Tous ces récits figurent dans le fonds d’archives de sir Sandford Fleming, à Bibliothèque et Archives Canada. Consultez en particulier ses journaux personnels, ses carnets de voyage et divers autres journaux et cahiers.

Les journaux personnels de sir Fleming, surtout ceux qu’il a écrits au début de sa vie, contiennent beaucoup d’éléments intéressants. Dans l’un de ceux-ci remontant à 1843, il inscrit ses pensées et ses observations sur la vie d’un écolier à Kirkcaldy, en Écosse. S’y trouvent aussi de nombreuses esquisses de navires et d’une église ainsi qu’un diagramme de patins à roulettes anciens.

Deux autres journaux personnels illustrent le voyage fait par sir Fleming en 1845 – principalement par navire – de Kirkcaldy, en Écosse, à Peterborough dans le Haut-Canada. Le premier journal comprend des notes manuscrites datant de la fin avril au début juin 1845. Le deuxième journal, lequel présente le reste du parcours, couvre la période de juin à août 1845. Ce journal décrit le voyage au moyen d’images, car il s’agit d’un périple effectué avant l’arrivée de la photographie. On y trouve l’Écosse vue à partir du navire, des esquisses de navires passant tout près, des esquisses de la cabine de sir Fleming et d’autres passagers, la première terre ferme aperçue en Amérique du Nord, la ville de Québec, une esquisse des écluses de Bytown (maintenant Ottawa), les chutes Niagara et plusieurs esquisses de bâtiments de Peterborough.

Esquisse au crayon montrant une personne qui lit sur le pont d’un navire, et un autre navire en arrière-plan.

Esquisse d’une partie d’un navire, 1845. (MIKAN 4938907)

À son arrivée au Canada, sir Fleming a des compétences précieuses (dessin, dessin technique, arpentage et gravure) dont il se sert pour gagner sa vie. Pour lui, le journal personnel constitue une façon de consigner ses déplacements, les principaux événements vécus et, en particulier, ses activités familiales. Souvent, il n’inscrit rien si la journée est routinière. Ses journaux personnels renferment des notes brèves et irrégulières sur les réunions d’un conseil, des activités sociales, l’arrivée et le départ de personnages importants, la santé et la fortune de membres de sa famille et d’amis, de même que des voyages au Canada et à l’étranger. Le récit de ses voyages est particulièrement marquant. Au départ, sir Fleming s’établit à Toronto, mais il doit voyager énormément pour son travail. Ainsi, dans les années 1840 et 1850, il couvre une région presque aussi grande que le Grand Toronto même s’il voyage en diligence, en traîneau et en navire à vapeur. Plus tard, lorsqu’il s’installe à Halifax et à Ottawa, il fait de nombreux voyages en train pour se rendre dans des régions éloignées de l’Ontario, du Québec, des Maritimes et de l’Ouest canadien.

Deux pages d’un journal. Sur la première page figure l’esquisse d’un campement dans une vallée fluviale avec une forêt et des montagnes en arrière-plan, ainsi qu’un texte manuscrit en dessous. Sur la deuxième page se trouve l’esquisse d’une tente devant laquelle une personne, assise, entretient un feu.

Extrait du journal traitant de l’arpentage du chemin de fer Intercolonial, 1864. (MIKAN 107736)

Au début des années 1870, sir Fleming et d’autres personnes effectuent une expédition d’arpentage. Le dossier numérisé de cette expédition se trouve dans Master-Works of Canadian Authors: Ocean to Ocean.

Un journal personnel de 1885 comprend une pochette dans laquelle il y a un récit manuscrit de six pages sur un voyage en train effectué en novembre, au Canada. Sir Fleming y donne ses impressions sur la cérémonie du 7 novembre tenue à Craigellachie, en Colombie-Britannique. Cette cérémonie vise à souligner la pose du « dernier crampon », laquelle marque la fin de la construction du chemin de fer du Canadien Pacifique.

Sir Fleming tient aussi une liste de ses voyages en navire dans l’océan Atlantique. Ci-dessous se trouve une liste de ses voyages des années 1840 aux années 1880, comme celui du 17 mai 1863 vers l’Angleterre à bord du navire à vapeur United Kingdom.

Liste manuscrite de dates, de destinations et de noms de navires, collée sur du papier ligné.

Liste des voyages effectués par sir Fleming de 1845 à 1883, laquelle inclut la destination et le nom des navires. (MIKAN 107736)

Sir Fleming raconte aussi sa vie personnelle et familiale. Voici des exemples de phrases figurant dans ses journaux des années 1850 et 1860 (l’orthographe est celle qu’il a utilisée) :

[Traduction]

  • 31 décembre 1859 : « Une autre année est sur le point de finir. Me voici au sein de la famille de M. Halls, à Peterboro, avec ma tendre épouse tout près, deux mignons petits garçons et une petite fille qui dort profondément dans un lit […]. »
  • 6 juin 1861 : Sir Fleming écrit que son épouse « a donné naissance à [leur] deuxième petite fille aujourd’hui vers 12 h (midi), à Davenport. Elle ne se sentait pas très bien au petit déjeuner, et j’ai pensé que je devais à tout prix aller chercher l’infirmière et le médecin. »
  • 9 septembre 1863 : « Messieurs Tilly et Tupper m’ont informé avoir décidé (à la condition que leur gouvernement approuve leur décision) de me nommer arpenteur au nom de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick […], afin que je fasse immédiatement les travaux d’arpentage. » Voici une image numérisée d’un texte que sir Fleming a écrit sur l’arpentage du chemin de fer Intercolonial :
Textes écrits au crayon sur deux jours.

Extrait de deux textes que sir Fleming a écrits dans son journal les 14 et 15 décembre 1863. Ces textes décrivent les activités réalisées dans le cadre de l’arpentage du chemin de fer Intercolonial. (MIKAN 107736)

[Traduction]

  • 1er janvier 1864 : « Train du matin pour Collingwood, diligence vers Craigleith — père et mère étaient avec tous leurs enfants […]. Ils pensaient que j’étais au Nouveau-Brunswick, alors ils ont été très étonnés et contents de me voir […]. Le temps était très froid et une tempête faisait rage. »
  • 28 février 1866 : Sir Fleming raconte le décès de son fils de trois mois : « Ce matin, vers 4 h, après avoir pris un peu le dessus […], notre enfant chéri s’est enfin doucement éteint […]. C’est le premier décès qui me touche vraiment de près – une partie de nous est vraiment rendue dans un autre monde. »
  • 29 juin 1867 : « Je me prépare à la célébration de la Confédération des provinces qui aura lieu lundi prochain. »
  • 1er juillet 1867 (fête du Dominion) : « J’étais debout à 5 h. Le temps était très nuageux et pluvieux […]. On a hissé les drapeaux, etc. Le ciel s’est dégagé. Halifax était très joyeuse; il y avait une mer parfaite de drapeaux. C’était une belle journée. La démonstration s’est très bien déroulée. »

Sir Fleming a été au cœur de la modernisation du Canada, mais les centaines de détails banals qu’il a consignés révèlent également certaines facettes du monde dans lequel il a vécu. Un large éventail de renseignements sont fournis pour quiconque souhaite les lire et déchiffrer l’écriture de sir Fleming.


Andrew Elliott est archiviste à la division Science, Gouvernance et Politique de Bibliothèque et Archives Canada.

Stony Mountain Penitentiary

Par Anne Brazeau

Le Manitoba a obtenu le statut de province en 1870 et le Manitoba Penitentiary and Asylum, aujourd’hui connu sous le nom d’Établissement de Stony Mountain, a été fondé en 1871. Le pénitencier a été présent pendant toute l’histoire du Manitoba. Construit par la Compagnie de la Baie d’Hudson, il se trouvait à l’origine dans le Lower Fort Garry. De nombreux personnages historiques importants y ont été incarcérés dont Poundmaker et Big Bear, qui ont pris part à la Résistance du Nord-Ouest en 1885, ainsi que plusieurs des dirigeants de la grève générale de Winnipeg de 1919.

Les archives

Bibliothèque et Archives Canada – Winnipeg abrite une collection de plus de deux cents documents d’archives portant sur le Stony Mountain Penitentiary qui remontent jusqu’à 1871. Parmi ceux-ci se trouvent des dossiers médicaux, des registres des présences, des dossiers d’admission et d’antécédents des détenus, des lettres administratives et des journaux personnels. Ces documents, dont certains sont à diffusion restreinte, font la lumière sur les circonstances entourant les intervenants du système correctionnel de la fin du XIXe siècle jusqu’au milieu du XXe siècle.

Une photo signalétique en noir et blanc montrant un homme avec un peu de calvitie et une moustache vue de profile et de l’avant. Il tient une affiche avec le numéro 1567.

Détenu No. 1567 (e011202727)

Une photo signalétique en noir et blanc montrant un très jeune homme vu de profile et de l’avant. Il tient une affiche avec le numéro 1585.

Détenu No. 1585 (e011202728)

Les dossiers médicaux dressent la liste des affections dont souffraient les détenus, ainsi que les remèdes qui leur ont été donnés. Certaines des maladies nous paraissent tout droit sorties du passé, comme les écrouelles (un type de tuberculose) et la dyspepsie (trouble digestif), sans compter plusieurs des antidotes qui font vieille école : couches de moutarde, cigarettes et alcool.

Les registres de bibliothèque de la fin des années 1800 dressent la liste des ouvrages que pouvaient emprunter les détenus, ce qui nous donne un aperçu du type de livres qui plaisaient aux criminels à la fin du siècle dernier (des livres à suspense, ce qui n’est guère surprenant, mais aussi des livres militaires et des ouvrages sur l’histoire naturelle). Chaque détenu recevait deux pages blanches qu’il pouvait remplir de titres qu’il désirait emprunter.

Cours, bonne conduite et zèle au travail

Toutefois, certains détenus étaient analphabètes et ne pouvaient pas prendre des ouvrages de la bibliothèque; ils s’inscrivaient plutôt à des cours. Parmi les ouvrages que l’on remettait aux détenus qui suivaient des cours se trouvaient des dictionnaires, des livres de rédaction en anglais et des livres de géographie. Les cours étaient donnés presque tous les jours (sauf les jours fériés et ceux où l’enseignant n’était pas disponible) et les présences étaient consignées dans un registre. Des commentaires étaient aussi inscrits en marge du crochet indiquant la présence des détenus. Ces commentaires révèlent des écarts énormes en ce qui a trait aux compétences des détenus de Stony Mountain. En effet, certains étaient complètement analphabètes tandis que d’autres avaient déjà fait des études en algèbre. On y indique aussi que plusieurs détenus ne savaient que lire et écrire dans leur langue maternelle.

La collection compte plusieurs volumes de registres de bonne conduite et de zèle au travail, soit des livres dans lesquels étaient consignés les inconduites des détenus et les châtiments qui leur étaient infligés. On trouve dans la liste des inconduites le fait de parler tout en prenant son bain et de faire de la danse traditionnelle dans sa cellule. Certaines inconduites qui sont clairement inacceptables, comme d’avoir un couteau en sa possession, n’étaient suivies que d’une faible punition, dans le cas présent une simple réprimande. Cependant, un autre détenu qui a quitté son poste de travail sans permission et qui a parlé alors que ce n’était pas son tour a été condamné à 21 jours consécutifs n’ayant pour seule nourriture que du pain et de l’eau et a été confiné à sa cellule les mains liées aux barreaux de la prison. Un autre, qui a tenté de s’évader a reçu le même traitement en plus d’être mis au fer.

Antécédents des détenus

Les éléments principaux des dossiers du Stony Mountain Penitentiary sont les antécédents des détenus. On y indique le nom, la religion, la profession, l’état civil, le crime et la sentence des détenus. Les rares femmes à y être incarcérées avaient toutes la mention « femelle » comme profession. Un jeune prisonnier anglais d’origine juive condamné à l’emprisonnement à perpétuité pour tentative de meurtre est décrit comme étant un cowboy.

Même si les registres des antécédents des détenus débutent dans les années 1870, ceux qui ont été préparés à compter des années 1920 fournissent tous les mêmes renseignements, ainsi que des descriptions physiques et des photos signalétiques. De telles images nous rappellent de manière saisissante à quel point la plupart de ces personnes étaient jeunes au début de leur peine (généralement entre 18 et 22 ans). Les antécédents plus récents et les photos qui les accompagnent renferment des renseignements pertinents pour diverses personnes qui pourraient être toujours en vie, qui sont décédées il y a moins de vingt ans, ou qui sont nées il y a moins de cent dix ans. Pour protéger la vie privée de ces personnes, ces dossiers sont interdits au public.

L’établissement est tissé dans l’histoire du Manitoba et ses dossiers pourraient facilement être utilisés dans l’étude du système correctionnel et peut-être dans le cadre de la réforme du système carcéral. Ils sont un excellent exemple des documents archivistiques exceptionnels entreposés à Bibliothèque et Archives Canada – Winnipeg.

Liens connexes


Anne Brazeau est une étudiante participant au PFETE qui travaille à Bibliothèque et Archives Canada – Winnipeg.

Tiré de la collection Jacob M. Lowy : se souvenir d’un don remis lors du centenaire

Michael Kent

Jusqu’à présent, 2017 est une excellente année pour le Canada. Outre les innombrables événements, activités, entretiens et rassemblements publics, bon nombre d’importants projets patrimoniaux ont été entrepris pour célébrer le 150e anniversaire de la Confédération canadienne. Il y a eu entre autres l’ouverture du Centre mondial du pluralisme et la réouverture du Musée des sciences et de la technologie du Canada. En voyant ces projets patrimoniaux se réaliser, il convient de se rappeler que 2017 marque aussi le 50e anniversaire de milliers de projets similaires réalisés pendant l’année du centenaire du Canada, en 1967.

Photographie en noir et blanc d’une grande salle où des livres sont exposés dans des présentoirs vitrés.

Livres donnés par le Congrès juif canadien qui étaient exposés à la Bibliothèque nationale, en 1967. Source : Archives juives canadiennes Alex Dworkin

À Bibliothèque et Archives Canada (BAC), nous savons trop bien à quel point les projets patrimoniaux de 1967 sont importants. Notre édifice du 395, rue Wellington, situé le long d’une rue où se trouvent aussi le Parlement et la Cour suprême, a ouvert ses portes en 1967. Il s’agissait d’un projet patrimonial pour le centenaire. Nous avons le bonheur d’en célébrer le 50e anniversaire cette année et de réfléchir à la manière dont cet espace nous a permis de recueillir, de préserver et de raconter l’histoire du Canada. Bien que l’édifice ait certainement été un projet patrimonial important pour Bibliothèque et Archives Canada, ce n’est pas le seul auquel notre institution a participé.

Un don de la communauté juive du Canada

Comme conservateur de la collection Jacob M. Lowy d’ouvrages judaïques rares, je suis exposé jour après jour à l’un de ces projets patrimoniaux du centenaire, puisque je consulte régulièrement la collection d’ouvrages judaïques donnés à la Bibliothèque nationale de l’époque par le Congrès juif canadien d’alors, au nom de la communauté juive du Canada. C’est un don qui me revient à l’esprit constamment lorsque je consulte des ouvrages de référence et que je vois l’ex-libris bleu, blanc et rouge indiquant que le volume que je tiens entre les mains fait partie de ce don.

À la lecture de documents d’archives du Congrès juif canadien faisant partie des archives juives canadiennes Alex Dworkin, il était clairement primordial pour la communauté juive canadienne de contribuer au centenaire en redonnant aux Canadiens. W. Kaye Lamb, le premier bibliothécaire national, était très reconnaissant de ce don, car il estimait qu’il répondait à un besoin établi depuis longtemps au sein de la Bibliothèque nationale. Il a d’ailleurs souligné que beaucoup d’autres bibliothèques nationales possédaient des collections similaires.

Contenu du don

Ce don d’environ 7 000 volumes (un mélange d’ouvrages rédigés en anglais, en français, en yiddish et en hébreu) englobe tous les domaines du savoir juif. Il comprend des livres rabbiniques, des ouvrages sur la philosophie juive et l’histoire des Juifs, les classiques yiddish, des ouvrages hébreux, des choix représentant la contribution des Juifs aux arts et à la science, ainsi que des encyclopédies et des livres de référence importants. Parmi les principaux ouvrages, citons une encyclopédie générale en yiddish, l’Encyclopedia Talmudit, ainsi que Jewish Art de Cecil Roth. Tous les livres ont été choisis, catalogués et remis à temps pour l’ouverture du nouvel édifice. À ce jour, ce don représente l’assise des fonds judaïques et constitue un outil de référence important dont se servent constamment les clients et le personnel de BAC. Les utilisateurs peuvent demander et consulter ces pièces ainsi que d’autres pièces des fonds de BAC à l’édifice principal du 395, rue Wellington, à Ottawa.

Des connaissances en héritage

Même si bon nombre des projets patrimoniaux mis en œuvre à l’occasion du centenaire étaient axés sur les édifices, il est très approprié que la communauté juive du Canada ait choisi de dédier ses ressources à constituer la collection d’ouvrages judaïques à la Bibliothèque nationale. Les Juifs ont longtemps été les « gens du livre ». Leur histoire, leur culture et leurs pratiques religieuses ont été indissociables de l’écrit pendant des milliers d’années. Au-delà des pièces physiques, ce don a permis d’étendre l’information accessible aux Canadiens et il constitue un legs inestimable de connaissances. Bien que plusieurs des structures construites en 1967 finiront par disparaître un jour ou l’autre du paysage national, les connaissances acquises grâce à ce don de livres pourraient continuer à porter leurs fruits pendant des siècles.

Photographie en couleurs d’un ex-libris comportant une illustration d’un buisson en flammes. La description bilingue mentionne que le livre est un don du Congrès juif canadien au nom des communautés juives de l’ensemble du Canada. À côté de l’illustration figure un passage de l’Exode : « […] le buisson était en feu et cependant ne se consumait point » (3-2).

L’ex-libris personnalisé pour les livres judaïques donnés par le Congrès juif canadien à la Bibliothèque nationale du Canada en vue de célébrer le centenaire de la Confédération canadienne.

En 1965, en posant la première pierre du nouvel édifice, le gouverneur général Georges Vanier a affirmé qu’il allait devenir le dépôt du cœur et de l’âme de notre pays. En faisant son don au moment même de l’ouverture de l’édifice, la communauté juive canadienne a pu y déposer une partie de son cœur et de son âme sous forme de livres à faire connaître aux Canadiens.


Michael Kent est conservateur de la collection Jacob M. Lowy à Bibliothèque et Archives Canada.

« L’unité par le sport » : l’organisation des premiers Jeux du Canada à Québec en 1967

English version

Par Normand Laplante

-33 degrés Celsius (refroidissement éolien : -52) ! C’est par ce froid sibérien que débutent les compétitions des premiers Jeux d’hiver du Canada à Québec le 12 février 1967. Trois jours plus tard, les organisateurs et les athlètes font face à un autre événement météorologique : un blizzard déverse 76 cm de neige sur les installations où se déroulent les épreuves sportives. En dépit de ces intempéries, cette première rencontre nationale multisports rassemblant 1 800 athlètes des quatre coins du pays s’avère un grand succès. Cinquante ans plus tard, à l’aube de la 26e édition des Jeux à Winnipeg, la création de ces premiers Jeux du Canada demeure un événement important dans le développement du sport au Canada.

C’est en 1962 que le Conseil consultatif canadien des sports décide de créer une grande épreuve sportive nationale réunissant des athlètes amateurs provenant des toutes les provinces et les territoires. Cette compétition aura lieu tous les deux ans, alternant entre une édition d’hiver et une d’été. Me André Marceau, membre du nouvellement créé Conseil consultatif national de la Condition physique et du Sport amateur, propose que la ville de Québec accueille les premiers Jeux d’hiver du Canada. Cette proposition sera acceptée et, en 1963, un groupe de sportifs de la capitale québécoise forment la Corporation des premiers Jeux d’hiver du Canada, avec Georges Labrecque comme président et Marceau comme vice-président. Guy Rousseau assume le rôle de directeur général des Jeux.

En mars 1965, les gouvernements fédéral et québécois annoncent officiellement que les premiers Jeux d’hiver du Canada auront lieu durant le mois de février 1967 et feront partie des événements célébrant le centenaire de la Confédération. Les organisateurs des Jeux envisagent à l’époque l’inclusion de vingt disciplines sportives, incluant des sports olympiques d’hiver, des sports intérieurs, et des disciplines moins connues, telles le saut de barils, les courses à chien et le canotage sur glace. Cette liste est révisée à maintes reprises au cours des mois qui suivent, les organisateurs ayant à tenir compte, entre autres, des réalités logistiques. À l’automne 1966, la Corporation annonce les 13 disciplines sportives sélectionnées pour les premiers Jeux. On y retrouve le ski (rassemblant le ski alpin, ski de fond et saut à skis), le patinage de vitesse, le patinage artistique, le hockey, le curling, le basketball, le volleyball, le badminton, la lutte, la nage synchronisée, la gymnastique artistique, le tir et le tennis sur table.

Une photo en couleur d’un sauteur voltigeant au-dessus d’une foule de spectateurs.

Sauteur à skis au-dessus d’une foule de spectateurs lors des premiers Jeux d’hiver du Canada, Québec, 1967. (MIKAN 4743402)

Une photo noir et blanc montrant une femme agenouillée visant avec une carabine; des cartouches vides sont parsemées sur le sol autour d’elle.

Épreuves de tir lors des premiers Jeux d’hiver du Canada, à Québec. (MIKAN 4743394)

La sélection d’athlètes pour les délégations provinciales nécessite un travail de coordination jamais vu entre les gouvernements provinciaux, les associations nationales des disciplines sportives et les organisateurs des Jeux. Le Comité organisateur des Jeux à Québec estime qu’environ 75 000 personnes ont participé à la préparation des premiers Jeux d’hiver du Canada, incluant les athlètes des dix provinces et des deux territoires qui prennent part aux rondes éliminatoires pour la formation des équipes, les officiels, les organisateurs, les entraîneurs ainsi que les responsables provinciaux et nationaux des associations sportives. Cet exercice engendre, entre autres, la création d’entités administratives responsables des sports dans plusieurs organismes provinciaux.

Le premier ministre Lester B. Pearson, accompagné des premiers ministres provinciaux Jean Lesage (Québec), Louis Robichaud (Nouveau-Brunswick) et Alex Campbell (Île-du-Prince-Édouard), inaugure les Jeux le 11 février 1967 devant l’Assemblée législative du Québec, sous le thème de « L’unité par le sport ». Durant les neuf jours de compétition, 184 médailles sont décernées. La délégation ontarienne remporte le classement final des points, devançant les équipes de la Colombie-Britannique et de l’Alberta. Teresa McDonnell, gagnante de trois épreuves en gymnastique artistique, et Toller Cranston, médaillé d’or en patinage artistique et futur médaillé de bronze aux Jeux olympiques d’hiver, sont deux des athlètes qui s’illustrent au cours de ces premiers Jeux.

Photo noir et blanc montrant un podium avec trois jeunes femmes portant des médailles. Un homme serre la main de la médaillée d’or.

Le premier ministre du Canada, Lester B. Pearson, félicite Teresa McDonnell et les autres médaillées, Jennifer Diachun et Marie St-Jean, dans l’une des épreuves de gymnastique féminine lors des premiers Jeux d’hiver du Canada, à Québec, photographie de H. Leclair. (MIKAN 4743377)

Le succès des premiers Jeux encourage les responsables des organisations sportives nationales et le gouvernement fédéral à répéter l’expérience à Halifax-Dartmouth, en Nouvelle-Écosse, où se tiendront les premiers Jeux d’été en 1969. De plus, on verra naître, dans les années qui suivent cette première compétition nationale, l’inauguration de Jeux provinciaux d’hiver et d’été dans plusieurs provinces, calqués sur le modèle des Jeux du Canada.

Photo en couleur d’un homme portant un veston rouge et tenant un étendard du drapeau canadien pendant que des gens paradent à l’arrière-plan.

Harry Jerome portant le drapeau canadien lors des cérémonies d’ouverture des premiers Jeux d’été du Canada, à Halifax-Dartmouth. (MIKAN 4743415)

Source supplémentaire :

Étiez-vous là? Avez-vous des histoires à raconter?


Normand Laplante est archiviste principal à la Division société et culture de la Direction générale des archives privées de Bibliothèque et Archives Canada.