Pas besoin de gants blancs

Par Alison Harding-Hlady

On nous demande souvent pourquoi nos restaurateurs et nos bibliothécaires ne mettent pas de gants lorsqu’ils manipulent des livres rares ou fragiles. Question pertinente puisque, dans les films et les séries télévisées, les restaurateurs de livres rares portent toujours des gants blancs pour manipuler des artéfacts inestimables. C’en est devenu une scène emblématique! Mais la réponse à cette question est simple : c’est mieux pour les livres!

Il faut bel et bien se servir de gants protecteurs pour travailler avec certaines archives, dont des œuvres d’art ou des photographies. Toutefois, pour les livres rares, les normes de l’industrie recommandent les mains nues, propres et sèches. Les guides (en anglais seulement) publiés par la Bibliothèque nationale britannique et la Bibliothèque du Congrès ne se contentent pas de préconiser la manipulation des documents à mains nues : ils déconseillent les gants, qui peuvent être plus nuisibles qu’utiles.

Avez-vous déjà essayé de lire un livre ou d’accomplir une tâche de motricité fine avec des gants? C’est impossible! Il est beaucoup plus difficile de contrôler ses mouvements ou de tourner les pages. Vous avez donc plus de chance d’échapper le volume, de déchirer une page ou de causer d’autres dommages. Lorsqu’un restaurateur effectue une réparation délicate et complète, il faut absolument qu’il puisse toucher au papier et faire preuve d’une grande dextérité.

Photo couleur d’une personne se tenant debout devant une table dans le laboratoire de restauration des livres, réparant le dos d’un volume.

Manise Marston, restauratrice de livres en chef, travaillant dans le laboratoire des livres de BAC.

Les gants ne sont pas toujours propres et peuvent laisser des peluches ou de la saleté sur les livres. Ils peuvent aussi réchauffer les mains, et leur coton mince ne bloque habituellement pas la sueur. De plus, la reliure et les pages d’un livre sont robustes et conçues pour être touchées. N’oubliez pas que les livres rares ajoutés à la collection sont fréquemment manipulés depuis des siècles. Avec un peu de soin et de
prudence, d’innombrables personnes pourront en faire autant pendant des centaines d’années encore!

Photo couleur en gros plan montrant des mains qui tiennent un livre somptueusement décoré.

Détail d’une édition de 1758 de Paradise Lost conservée dans la collection des livres rares de BAC. No OCLC : 228137

Bien entendu, des précautions sont nécessaires pour manipuler des livres rares. Les mains doivent être propres et sèches; les crèmes et tout autre produit sont à éviter. Il faut se servir de porte-livres ou de supports adéquats, tourner les pages lentement et ne jamais ouvrir un volume au point de faire forcer sa reliure et son dos. Il est important de manipuler le livre le moins possible, toujours avec le plus grand soin.

Faut-il parfois mettre des gants? Oui. Si l’ouvrage comprend des œuvres d’art ou des photos originales, si la reliure contient des éléments en métal ou d’autres matériaux inhabituels, ou s’il semble y avoir un contaminant quelconque, comme de la moisissure, le port de gants peut être conseillé. Cependant, la pratique courante à BAC et dans les institutions semblables ailleurs dans le monde consiste à ne pas porter de gants pour manipuler ces articles à la fois magnifiques, précieux et fascinants de notre collection.

Photo couleur de deux pages de texte illustrées dans un ouvrage ancien.

Un exemplaire de 1482 du livre Elementa d’Euclide, conservé dans la collection des livres rares de BAC. No OCLC : 1007591701


Alison Harding-Hlady est bibliothécaire principale au catalogage et responsable des livres rares et des collections spéciales à la Direction générale du patrimoine publié de Bibliothèque et Archives Canada.

C’est une question de point de vue

Par Kristen Ann Coulas

Pour paraphraser l’héroïne d’Aminata, roman primé de Lawrence Hill, on sollicite rarement notre imagination pour essayer de comprendre les autres. La plupart d’entre nous seront sans doute d’accord : même quand on tente de se mettre dans la peau d’autrui, il est difficile de saisir des concepts que l’on ne connaît pas ou ne comprend pas. C’est pourquoi il est si important d’avoir une littérature riche alimentée par des auteurs de tous horizons.

La magie qui opère quand on se plonge dans leurs univers change notre point de vue sur le monde. Tout à coup, on voit les choses en profondeur et les nuances se multiplient. Élargir sa vision du monde, c’est s’enrichir soi-même, devenir de meilleurs amis et de meilleurs voisins.

Voici quelques œuvres récentes d’auteurs qui ont ajouté leur voix au catalogue collectif national.

Essai

I’ve Been Meaning to Tell You: A Letter to My Daughter, David John Chariandy

ISBN : 978-0-771018-07-7

https://bac-lac.on.worldcat.org/oclc/1027055103

https://bac-lac.on.worldcat.org/oclc/1027055103?lang=fr

Fils d’immigrants noire et sud-asiatique de Trinité, David Chariandy laisse de côté les récits qui lui ont valu plusieurs prix pour se pencher sur son histoire personnelle et ancestrale. Dans cet essai touchant qu’il dédie à sa fille, l’auteur parle de ce qu’il fait pour rester fidèle à son identité culturelle et la cultiver tout en vivant au Canada.

A Mind Spread Out on the Ground, Alicia Elliott

ISBN : 978-0-385692-38-0

Audacieuse, l’auteure tuscarora Alicia Elliott ouvre son cœur et met au jour des détails intimes de sa propre vie et de son expérience des traumatismes intergénérationnels pour livrer un point de vue qui lui est propre dans le livre A Mind Spread Out on the Ground. Elle examine la vie sous toutes ses facettes, prenant de front les questions difficiles et des sujets comme l’héritage du colonialisme.

Forgiveness, Mark Sakamoto

ISBN : 978-1-443417-97-6

L’auteur invite les lecteurs à découvrir le passé de sa famille, de l’expérience de son grand-père, qui fut un prisonnier de guerre canadien par l’armée japonaise, à celle de sa grand-mère, qui vécut l’internement des Canadiens d’origine japonaise par le gouvernement du Canada durant la Deuxième Guerre mondiale. Il y découvre un fil conducteur, le pardon, dont il retrace le parcours jusqu’à sa propre vie. Gagnant d’un Combat des livres en 2018, Forgiveness est une histoire familiale décryptée.

Étienne Boulay : le parcours d’un battant, Marc-André Chabot

ISBN : 978-2-764812-82-2

Cette œuvre récente de Marc-André Chabot décrit le tortueux combat de son ami Étienne Boulay contre la dépendance. Mais loin de se focaliser sur la toxicomanie, le livre jette un regard franc sur la manière dont la vie de cet ami a façonné l’homme qu’il est devenu, montrant au passage l’importance de pouvoir compter sur une équipe solide.

Poésie

heft, Doyali Islam

ISBN : 978-0-771005-59-6

À la fois lyrique et novateur, heft, deuxième recueil de la poète primée Doyali Islam, comprend des œuvres conçues dans le style de « poésie parallèle » qui lui est propre. Les poèmes ont notamment été publiés dans la Kenyon Review Online et The Fiddlehead, et certains d’entre eux ont remporté des concours et des prix d’envergure nationale.

This Wound is a World, Billy-Ray Belcourt

ISBN : 978-1-927823-64-4

Lauréat de plusieurs prix, le poète Billy-Ray Belcourt figurait en 2016 sur la liste des auteurs autochtones à surveiller de CBC Books. Ce recueil éblouissant aborde avec brio les thèmes de l’identité queer, du désir et de la survivance. En 2018, This Wound is a World a remporté le prix Griffin pour la poésie et le prix littéraire Robert-Kroetsch de la ville d’Edmonton.

Fiction

Things Are Good Now, Djamila Ibrahim

ISBN : 978-1-487001-88-9

Things are Good Now est le premier recueil de nouvelles de Djamila Ibrahim, auteure d’origine éthiopienne arrivée au Canada en 1990. Elle y explore des thèmes comme le remords, la race, l’espoir, l’amitié, les relations humaines et le pouvoir de la mémoire, tout cela à travers la lunette de l’immigration. Chacune des histoires du recueil, aussi enlevantes que poignantes, dégage une authenticité qui fait douter de sa nature fictionnelle.

Saints and Misfits, S. K. Ali

ISBN : 978-1-481499-24-8

Saints and Misfits est l’émouvant récit d’une jeune musulmane et de son passage à l’âge adulte. Ce roman pour jeunes adultes s’attaque à des problèmes bien concrets et difficiles : agression sexuelle et abus de pouvoir s’y mêlent à l’exploration des thèmes de l’anxiété et de l’identité à l’adolescence. Respirant l’espoir et le dévouement, le premier roman de S. K. Ali mérite amplement la place qu’il a occupée sur la liste préliminaire du Combat des livres en 2018.

Thelma, Louise et moi, Martine Delvaux

ISBN : 978-2-924666-55-5

Dans ce saisissant portrait du féminisme, Martine Delvaux se penche sur l’influence du film Thelma et Louise. Elle explore l’évolution de sa propre perspective sur l’œuvre en racontant des anecdotes du film et en dévoilant ses réflexions personnelles. Thelma, Louise et moi nous rappelle l’importance de s’affirmer face à une société qui est toujours là pour nous faire douter de nous-mêmes.

Jeunesse

Takannaaluk, Herve Paniaq, illustrations de Germaine Arnaktauyok

ISBN : 978-1-772271-81-2

Ce magnifique album raconte les origines de Takannaaluk, mère des mammifères marins et plus importante figure de la mythologie inuite. La verve saisissante d’Herve Paniaq, aîné respecté, s’anime à travers les illustrations de la célèbre artiste inuite Germaine Arnaktauyok.

Visitez une bibliothèque près de chez vous pour emprunter ces livres, ou consultez le nouveau catalogue de Bibliothèque et Archives Canada, Aurora.


Kristen Ann Coulas est bibliothécaire responsable des acquisitions à Bibliothèque et Archives Canada

Les couvertures dans les traditions des Premières Nations

English version

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.

Par Elizabeth Kawenaa Montour

Pour les Premières Nations, les couvertures sont des symboles riches de sens et de traditions liés à la culture, à la naissance, à la vie et à la mort. Elles sont le signe de croyances et de luttes pour la survie qui transcendent le temps et l’espace. Elles ont aussi un côté sombre, car elles sont parfois utilisées pour décimer les populations des Premières Nations. Ainsi, le chef de l’armée britannique sir Jeffrey Amherst suggère en 1763 d’introduire la variole chez les Premières Nations ennemies en leur remettant des couvertures infectées.

Avant l’arrivée des matériaux tissés et industriels, les Premières Nations fabriquent les couvertures à l’aide de ressources naturelles. Les peaux de plusieurs animaux, surtout ceux de grande taille comme le cerf, le wapiti, l’ours, le caribou, le phoque, l’orignal et le bison, servent de couvertures. Il faut plusieurs jours et beaucoup de travail pour chasser les animaux, préparer leur peau et la tanner. La fourrure de l’animal peut être récupérée selon l’usage que l’on veut faire de sa peau. La peau tannée peut également être décorée si on dispose des matériaux nécessaires.

Une aquarelle sur crayon représentant deux hommes des Premières Nations en costume d’apparat qui se tiennent debout devant une rivière et un canot monté sur la rive.

Deux chefs Anishinaabek (Odawa) faisant partie d’un groupe venu de Michillimackinac, au lac Huron, pour discuter avec leur Grand Père le roi ou son représentant, vers 1813-1820. (c114384k)

On applique parfois de la résine de pin ou d’épinette sur la couche externe de la peau pour la rendre plus étanche à l’eau. Cette couverture est idéale pour recouvrir les habitations, comme les bâtiments en appentis et les tipis.

Lavis gris d’aquarelle sur crayon représentant un homme des Premières Nations, assis sur un billot, près d’un tipi muni d’une couverture placée au-dessus de l’ouverture. Il y a aussi un foyer et une bouilloire, ainsi qu’un canot accosté sur la rive d’une rivière.

Île Sugar, au nord de la baie Georgienne. Date inconnue. (e000996344)

Les Premières Nations ont mis au point leurs propres techniques de tissage; ils utilisent de l’écorce d’arbres ou des parties de plantes fibreuses, comme les quenouilles. Il faut au moins un an pour fabriquer une couverture chilkat de la côte Nord-Ouest, une importante couverture de cérémonie et de danse faite de poils de chèvre mélangés à de l’écorce de cèdre.

Photographie en noir et blanc d’une femme, drapée d’une couverture d’écorce, dont on ne voit que le visage.

Femme Nuu-chah-nult (Nootka) portant une couverture en écorce de cèdre, 1916 (a039478)

À l’arrivée des colons européens, les peuples des Premières Nations adaptent rapidement les nouveaux biens obtenus à leur mode de vie. Les artistes qui participent aux expéditions dans l’Ouest et le Nord consignent dans leurs dessins les nombreuses utilisations des couvertures. Certains membres des Premières Nations s’en servent comme manteau ou comme châle. Les capotes à capuchon sont fabriquées à partir de couvertures de troc dont on coud des pièces en forme de bloc à l’aide de tendons.

Photographie en noir et blanc d’un homme portant un manteau de la Baie d’Hudson.

Le chef cri Pi-a-pot, vers 1885. (c003863)

Les couvertures de troc les plus réputées sont celles de la Compagnie de la Baie d’Hudson, fournies et échangées pour la première fois en 1779. Les premières photos de rassemblements des Premières Nations sur la côte du Nord-Ouest montrent des couvertures de troc empilées pour symboliser la prospérité.

Lithographie en couleur représentant un homme des Premières Nations vêtu d’une capote et d’une couverture, trois femmes et un chien en hiver.

Homme, femmes et bébé des Premières Nations au Bas-Canada, 1848. (c041043k)

Les couvertures à boutons sont faites de couvertures de laine de qualité provenant de manufactures britanniques. Elles sont habituellement de couleur foncée et décorées d’écussons rouges qui ont un sens symbolique. Des lignes de boutons faits de nacre ou de coquille d’ormier encadrent les dessins. Les familles et les communautés utilisent ces couvertures pour les cérémonies et les danses.

Photographie en noir et blanc d’un homme des Premières Nations enveloppé dans une couverture à boutons et portant une parure de tête.

Couverture à boutons haïda portée par Tom Price, vers 1910. (a060009)

Photographie en noir et blanc d’une femme des Premières Nations à cheval devant un tipi.

Femme d’une Première Nation des Plaines à cheval, vers 1920-1930. (a041367)

Les membres des Premières Nations continuent d’utiliser des couvertures dans leurs pratiques traditionnelles et de leur accorder beaucoup de valeur. Par exemple, selon les croyances, vos ancêtres sont avec vous lorsque vous vous enveloppez dans une courtepointe en étoile conçue par les peuples dakota, lakota ou nakota. Des couvertures sont offertes en cadeau lors de mariages et à la naissance d’un enfant, ou pour récompenser les aînés et les personnes qui participent à des projets louables.

Certaines couvertures utilisées pour les pow-wow sont transformées en châles par l’ajout d’appliqués et de rubans de satin. L’utilisation des couvertures chez les peuples des Premières Nations revêt plusieurs dimensions façonnées par leurs expériences, et cette pratique pourra être transmise aux générations futures.

Découvrez d’autres images de couvertures dans la collection de photos et d’œuvres d’art de Bibliothèque et Archives Canada.

Ce blogue fait partie d’une série portant sur les Initiatives du patrimoine documentaire autochtone. Apprenez-en plus sur la façon dont Bibliothèque et Archives Canada (BAC) améliore l’accès aux collections en lien avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Voyez aussi comment BAC appuie les communautés en matière de préservation d’enregistrements de langue autochtone.


Elizabeth Kawenaa Montour est archiviste de projet à la Division des expositions et du contenu en ligne de Bibliothèque et Archives Canada.

A. P. Low et les multiples expressions de l’amour dans la culture inuite

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.Par Heather Campbell

Albert Peter Low est géologue et explorateur. Ses expéditions au Québec et au Labrador, de 1893 à 1895, contribuent à tracer les frontières de ces territoires. Low cartographie l’intérieur du Labrador et y découvre d’importants gisements de fer menant à l’exploitation de la mine située près de l’actuelle ville de Labrador City. Sa carte du Labrador influence les expéditions suivantes, notamment celle de Mina Hubbard en 1905.

Portrait noir et blanc d’un homme debout dans un studio de photographie.

Portrait d’Albert Peter Low par William Topley, 1897. (a214276)

Low dirige deux expéditions en 1903 et 1904, longeant la côte ouest de la baie d’Hudson à bord du vapeur Neptune. Il prend officiellement possession de l’île Southampton, de l’île d’Ellesmere et d’autres îles environnantes au nom du Canada. Il décrira ses voyages dans Cruise of the Neptune, un rapport sur l’expédition du gouvernement du Dominion effectuée en 1903-1904 dans la baie d’Hudson et les îles de l’Arctique. Ses travaux de recherche contiennent des renseignements inestimables sur la culture inuite au Québec, au Nunavut et à Terre-Neuve-et-Labrador.

Le fonds Albert Peter Low comprend des photographies, des proclamations, deux journaux rédigés lors d’un voyage de prospection sur la côte est de la baie d’Hudson (aujourd’hui le territoire inuit du Nunavik, au Québec), et un carnet de notes tenu de 1901 à 1907. Ce carnet contient 40 pages dressant la liste des nombreux temps et terminaisons correspondantes du verbe aimer en inuktitut.

Dans la photo ci-dessous, nous voyons une page du carnet commençant par des accords simples du verbe aimer. Low conjugue ensuite, de façon moins détaillée, le verbe enseigner. À la fin, il énumère d’autres verbes transitifs, des verbes passifs et des adverbes, dont plusieurs sont liés au christianisme.

Une page manuscrite d’un carnet notant les conjugaisons en inuktitut du verbe aimer.

Page du carnet de notes tenu par Low durant ses expéditions le long des côtes de la baie d’Hudson. (e011304604)

En 1886, Low épouse Isabella Cunningham; ils auront trois enfants. Malheureusement, leur fils aîné décède à un très jeune âge, en 1898, et son frère meurt à 19 ans, victime de l’épidémie de grippe espagnole. Seule leur fille Estelle, née en 1901, atteint l’âge adulte; elle prendra soin de son père malade jusqu’à son décès en 1942.

En 1943, Estelle offre la collection de Low aux Archives publiques du Canada. Celle-ci est ensuite transférée au Musée de l’Homme (qui deviendra le Musée canadien de l’histoire) en 1962. Elle comprend des œuvres d’art inuit, principalement des sculptures en ivoire représentant des scènes de chasse. La majorité d’entre elles sont des miniatures en ivoire réalisées par Harry Teseuke, chef des Aivilingmiuts et ami du capitaine Comer.

Le bateau de Comer, l’Era, a passé l’hiver à Fullerton Harbour (près de Chesterfield Inlet, au Nunavut actuel) en 1903-1904. Low a sans doute consulté Teseuke, qui a possiblement recruté d’autres personnes pour l’aider dans ses recherches.

Bien que le journal de Low soit une étude approfondie de la structure des phrases et de la grammaire inuktitutes, il éclaire aussi certaines facettes de la culture inuite. Remarquons que les participes passés ne s’accordent pas en genre, et que les pronoms personnels ne sont ni masculins ni féminins. Cette particularité découle du mode d’attribution des noms aux enfants : chez les Inuits, les noms traditionnels sont unisexes.

Cette coutume est reliée à une autre, un peu complexe, qui consiste à établir une relation spéciale entre homonymes (sauniq). Par exemple, si un garçon reçoit le nom d’une mère décédée, les enfants de celle-ci appelleront le garçon ma mère ou ma petite mère, reconnaissant ainsi cette relation. Cela permet de tisser des liens entre des personnes qui ne sont pas apparentées, une belle façon de renforcer le sentiment d’appartenance et les relations au sein d’une communauté. Les Inuits croient que certains traits de caractère propres à une personne décédée peuvent se transmettre à son homonyme. Bien entendu, tous ces concepts se ramènent à l’amour.

Photographie noir et blanc d’un bateau entouré de neige et de glace, avec des gens construisant un abri de neige à proximité.

L’expédition du Neptune dans ses quartiers d’hiver à Cape Fullerton, baie d’Hudson, Territoires du Nord-Ouest. (a053569)

Je ne peux m’empêcher de me demander pourquoi ce mot exerçait une telle fascination sur Albert Peter Low. Avec ses intérêts variés, dont la géologie, la botanique, la photographie et le hockey, il apparaît comme un homme cultivé, un esprit curieux. Est-ce uniquement la curiosité qui motive sa soif de connaître la nature de l’amour inuit?

Même s’il étudie beaucoup les mots inuktituts associés au christianisme, il sait que les Inuits pratiquent la polygamie. Dans son rapport, Cruise of the Neptune, Low défend cette coutume, faisant valoir que les missionnaires font fausse route en essayant de l’abolir. Tout ceci donne l’idée d’un homme libéral, allié des Inuits. Aucune correspondance ni aucun écrit personnel de Low n’a survécu; par conséquent, nous ne saurons jamais ce qui lui a inspiré cette fascination pour la culture inuite et ses multiples expressions de l’amour.

Photo noir et blanc d’une femme cousant des bottes en peau, alors qu’une enfant joue avec ses tresses.

Rosie Iggi, aussi appelée Niakrok (à gauche), et Kablu (à droite). Kablu coud des kamiks (bottes) pendant que Niakrok joue avec ses tresses. Photographie de Richard Harrington, 1950. (a147246)

Ce blogue fait partie d’une série portant sur les Initiatives du patrimoine documentaire autochtone. Apprenez-en plus sur la façon dont Bibliothèque et Archives Canada (BAC) améliore l’accès aux collections en lien avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Voyez aussi comment BAC appuie les communautés en matière de préservation d’enregistrements de langue autochtone.


Heather Campbell est chercheuse pour le projet Nous sommes là : Voici nos histoires à Bibliothèque et Archives Canada.

Les qimmiit : les chiens de traîneau inuits

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.Par Laura Johnston

Les quimmiit – les chiens de traîneau – ont longtemps été au cœur du mode de vie des Inuits. Particulièrement utiles pour le transport, la chasse et la sécurité, ils symbolisaient également la relation de ce peuple avec la terre. Mais les choses ont bien changé, notamment avec le déclin abrupt de la population canine et la sédentarisation des Inuits. De nos jours, les quimmiit sont un trait d’union avec la culture du passé.

Photo noir et blanc d’un attelage de chiens tirant un traîneau sur une vaste étendue de neige.

Qimuksiqtut (attelage de chiens tirant plusieurs personnes), Kugluktuk, Nunavut (anciennement Coppermine, Territoires du Nord-Ouest), 1949 (a129937)

Photo noir et blanc d’un chien de traîneau sur une vaste étendue glacée, sautant au-dessus d’une large craque remplie d’eau. Un homme tient son attelage.

Phillip Napacherkadiak et son qimuksiqtuq (attelage de chiens avec un conducteur), Taloyoak, Nunavut (anciennement Spence Bay, Territoires du Nord-Ouest), 1949-1950 (a129590)

Le qimuksiqtuq (attelage de chiens) était le principal moyen de transport sur les terres et les étendues d’eau gelées avant que la motoneige ne soit introduite dans le Nord, au cours des années 1960. Certains ont toutefois continué à leur préférer les quimmiit, appréciant le silence et le calme de ce mode de déplacement.

Photo noir et blanc d’un chien de traîneau allongé sur la neige.

Un qimmiq (chien de traîneau) se repose pendant un voyage de Moose Factory Island, en Ontario, à Kuujjuarapik (anciennement Great Whale), au Québec, 1946 (e010692583)

Les déplacements en qimuksiqtuq offraient aussi des avantages côté sécurité et protection. Grâce à leurs sens affinés, les qimmiit savaient retrouver leur chemin dans la tempête et repérer des abris pour les voyageurs surpris par le blizzard. Les quimmiit permettaient aussi aux Inuits de se déplacer en toute sécurité sur les étendues d’eau gelées : ils devinaient instinctivement l’épaisseur de la glace et pouvaient répartir adéquatement leur poids, réduisant ainsi les risques qu’un traîneau plonge dans l’eau. (Il faut savoir que si un chien tombait à l’eau, il ne mettait pas nécessairement son maître ou tout l’attelage en danger.)

Photo noir et blanc d’un homme tenant un chien de traîneau chaussé de bottillons.

Possiblement Ulaajuk et son qimmiq Taloyoak, Nunavut (anciennement Spence Bay, Territoires du Nord-Ouest) (a114721)

Les qimmiit protégeaient également les Inuits d’une autre menace : les ours polaires. Ces animaux, parfois très agressifs envers les humains, représentaient un réel danger pour les communautés inuites, en particulier les voyageurs. Les qimmiit étaient le moyen de protection idéal puisqu’ils les avertissaient dès qu’un ours approchait du camp et repoussaient celui-ci sans y avoir été entraînés. Les voyageurs inuits pouvaient donc dormir sur leurs deux oreilles.

Photo noir et blanc de gens venant de capturer un phoque et le hissant hors de l’eau à travers un trou pratiqué dans la glace. On voit un attelage de chiens à l’arrière-plan.

De gauche à droite, Aqaatsiaq, Ipeelie Inuksuk, Felix Alaralak et Uqaliq avec leur qimuksiqtut (attelage de chiens), Iglulik, Nunavut (anciennement Igloolik, Territoires du Nord-Ouest) (a146059)

Les qimmiit jouaient également un rôle important dans la chasse aux phoques, une activité traditionnelle au cœur de la vie des Inuits. Même sans dressage, les chiens se servaient de leur odorat développé pour trouver les trous pratiqués par les phoques dans la glace, et pour trouver les phoques eux-mêmes, bien entendu.

Photo noir et blanc d’un homme avec un chien.

Inuit non identifié avec son qimmiq, Kugluktuk, Nunavut (anciennement Coppermine, Territoires du Nord-Ouest) (a146586)

Bref, qu’il s’agisse de transport, de sécurité ou de chasse, de tout temps, les quimmiit ont amélioré la vie des habitants de l’Arctique. Toutefois, la relocalisation forcée des Inuits dans des communautés permanentes ainsi que le massacre des chiens de traîneau survenu dans les années 1950 et 1960 ont entraîné leur déclin marqué. Pour en savoir plus à ce sujet, consultez le site (en anglais) de la Commission de vérité du Qikiqtani. Par ailleurs, en août 2011, le gouvernement du Québec a présenté ses excuses officielles pour les torts infligés aux communautés inuites en raison de l’abattage massif de chiens de traîneau survenu au Nunavik, dans le Nord du Québec. Ce brusque déclin de la population canine dans l’Arctique a profondément changé la relation entre les Inuits et les qimmiit. Aujourd’hui, ces animaux sont surtout utilisés pour la course, un sport exigeant et difficile devenu une nouvelle tradition populaire dans de nombreuses communautés inuites.

Photo couleur de deux hommes avec un attelage de chiens tirant un traîneau vers le sommet d’une colline.

Qimuksiqtut au lieu historique national Inuksuk, situé soit à la péninsule Foxe, à l’île de Baffin soit à la pointe Inukshuk (aussi écrit pointe Enukso), Nunavut, 1958-1966. Photo : Charles Gimpel (e011211980)

Ce blogue fait partie d’une série portant sur les Initiatives du patrimoine documentaire autochtone. Apprenez-en plus sur la façon dont Bibliothèque et Archives Canada (BAC) améliore l’accès aux collections en lien avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Voyez aussi comment BAC appuie les communautés en matière de préservation d’enregistrements de langue autochtone.


Laura Johnston, de l’École des arts et de la culture de l’Université Carleton, est une stagiaire de premier cycle à la Direction générale des services au public de Bibliothèque et Archives Canada.

Documents du ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien : dossiers de succession

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.Cet article renferme de la terminologie et des contenus à caractère historique que certains pourraient considérer comme offensants, notamment au chapitre du langage utilisé pour désigner des groupes raciaux, ethniques et culturels. Pour en savoir plus, consultez notre Mise en garde — terminologie historique.

Par Rebecca Murray

Lorsqu’on fait des recherches généalogiques sur les Premières Nations, les dossiers de succession peuvent être une source d’information précieuse. Ces dossiers sont détenus par Bibliothèque et Archives Canada (BAC) dans le fonds du ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien (MAINC), ou RG10.

Qu’est-ce qu’un dossier de succession?

Le ministère, connu aujourd’hui sous les appellations Relations Couronne-Autochtones et Affaires du Nord Canada et Services aux Autochtones Canada, continue d’administrer « les successions des Indiens décédés » en vertu de la Loi sur les Indiens. Les dossiers de succession ont un contenu varié. Les formulaires qui s’y trouvent fournissent de précieux renseignements démographiques sur la personne décédée, des inventaires de propriétés foncières et de biens personnels, des sommaires de dettes et d’autres renseignements importants sur les héritiers et les proches parents.

Ces dossiers contiennent de l’information qui peut être très utile aux recherches généalogiques. Avant d’entamer vos recherches, consignez les renseignements que vous avez déjà dans un tableau généalogique ou une fiche de famille; ces formulaires se trouvent sur notre site Web. Vous pouvez inscrire dans les cases vides les renseignements trouvés dans les dossiers de succession.

Comment puis-je reconnaître les dossiers de succession détenus par BAC?

Le titre du fichier au nom de la personne décédée indique les dossiers de succession que détient BAC. Voici quelques exemples de références complètes de dossiers de succession dans nos fonds :

RG10, 1996-97/816, boîte 91, dossier « Estate of Clifford Leonard – Kamloops », 1928-1948.

RG10, volume 11266, dossier 37-2-8, « ESTATE NELSON, JOB », 1928-1929.

2017-00390-5, boîte 4, dossier 411/37-2-179-48, partie 1, « Estates – P. Meneweking – Spanish River », 1946-1967.

Ces exemples montrent les différents formats de titres que peuvent porter les dossiers de succession. Il est possible de faire des recherches par nom de famille, avec ou sans le prénom. Il arrive que le nom de la bande soit indiqué.

L’ancien MAINC a utilisé divers systèmes de classification des dossiers au fil des années. Les numéros suivants indiquent qu’un dossier a été classé comme dossier de succession :

Système numérique duplex modifié (des années 1950 aux années 1980) : 37-2
Série « Thousand » : 16000
Système numérique par blocs : E5090

À part les classifications de dossiers, ce type de recherche est l’un des rares cas où la recherche à partir du nom d’une personne est la meilleure façon de trouver un dossier pertinent. Il est préférable de commencer vos recherches dans notre base de données d’archives, Recherche dans la collection. Si vous n’arrivez pas à trouver de dossier pour une personne décrite dans notre base de données, ne vous inquiétez pas, car bien des dossiers n’y sont pas décrits individuellement.

Pour trouver ces dossiers, essayez de rechercher avec le mot-clé « estate » ou « succession » ET le nom de la bande ou de la réserve de la personne décédée. Par exemple :  estate Sudbury . La longue liste de résultats peut être filtrée en premier lieu par l’onglet Archives (menu du haut) et ensuite par niveau hiérarchique à l’aide du menu de gauche; dans ce cas, sélectionnez « Acquisition ».

Un des résultats, 2017-00390-5 « Estate Files of the Sudbury District Office », 1900-1983, est un exemple d’un ensemble de 18 boîtes de dossiers contenant presque exclusivement des dossiers de succession, sans descriptions des dossiers individuels. Dans un tel cas, consultez l’instrument de recherche pour savoir comment accéder à la liste de dossiers. Ici, l’instrument de recherche (ou la liste de dossiers) n’est pas lié à la description, mais il peut être consulté en personne au 395, rue Wellington, à Ottawa. Vous pouvez aussi nous écrire pour nous demander de vérifier si un nom en particulier s’y trouve. En faisant cette étape supplémentaire après la recherche par mots-clés du nom de la personne décédée, et en incluant votre travail dans votre demande écrite, vous pouvez aider le personnel des Services de référence à trier et à traiter votre demande plus facilement.

Comment puis-je accéder aux dossiers de succession détenus par BAC?

Comme vous pourrez le constater, l’accès à la plupart des dossiers de succession détenus à BAC est restreint pour des raisons de protection de la vie privée. Veuillez soumettre une demande d’accès en ligne. Certains dossiers anciens sont ouverts. Parmi ceux-ci, certains sont accessibles sur microfilm numérisé, par exemple : RG10, volume 2918, dossier 186,900, « CARADOC AGENCY – ESTATE OF THE LATE DOLLY NICHOLAS OF THE ONEIDA BAND », 1897-1898.

Si un dossier ouvert n’est pas accessible en ligne, vous pouvez demander l’original pour un retrait ou une consultation.

Une page blanche portant du texte manuscrit noir.

La première des deux pages d’une lettre de RG10, volume 2918, dossier 186,900 (e007575915)

Une deuxième page blanche portant du texte manuscrit noir.

La deuxième et dernière page d’une lettre de RG10, volume 2918, dossier 186,900 (e007575916)

Ces renseignements devraient vous aider à trouver des dossiers de succession détenus à BAC et à y accéder. Si vous avez des questions sur les dossiers de succession ou tout autre sujet, écrivez-nous!

Ce blogue fait partie d’une série portant sur les Initiatives du patrimoine documentaire autochtone. Apprenez-en plus sur la façon dont Bibliothèque et Archives Canada (BAC) améliore l’accès aux collections en lien avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Voyez aussi comment BAC appuie les communautés en matière de préservation d’enregistrements de langue autochtone.

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Rebecca Murray est archiviste à la Division des services de référence de Bibliothèque et Archives Canada.

Bill Miner : le légendaire voleur de train et évadé de prison

Par Caitlin Webster

Surnommé le « gentleman cambrioleur » et le « renard gris », Bill Miner est un criminel notoire au Canada et aux États-Unis. Bien qu’il soit l’auteur de dizaines de vols et se soit évadé à maintes reprises, une grande partie de la population le perçoit comme un héros généreux qui s’en prend uniquement aux entreprises représentant le côté sombre du capitalisme. Bibliothèque et Archives Canada possède de nombreux enregistrements sonores, publications, vidéos et autres documents sur Miner. Des centaines d’entre eux sont sur Co-Lab, accompagnés de défis de production participative.

Page de journal contenant du texte, une illustration de deux hommes armés à cheval s’approchant d’un train, un portrait de l’auteur et des photographies de Bill Miner, Shorty Dunn et Lewis Colquhoun.

Article du journal The Province du 18 janvier 1958 : « Bill Miner — last of the train robbers » [Bill Miner – le dernier voleur de trains] (e011201062-019-v8).

Né le 27 décembre 1846, Ezra Allan Miner entame sa carrière criminelle pendant son adolescence en volant des chevaux et des biens appartenant à des commerçants dans le nord de la Californie. Plus tard, il se met à cambrioler des résidences et à voler des diligences en Californie et au Colorado. Lui et ses complices s’enfuient souvent avec des milliers de dollars en espèces, en poussière d’or, en obligations et en autres types de biens. Ses bonnes manières pendant ses vols lui valent le surnom de gentleman cambrioleur. Les services de police finissent par attraper Miner et, malgré ses multiples tentatives d’évasion, il passe des décennies derrière les barreaux de la prison d’État de San Quentin.

Relâché en 1901, Miner se retrouve dans l’Ouest américain du 20e siècle, un paysage qui lui est inconnu. Après avoir tenté sa chance dans l’élevage d’huîtres, il reprend rapidement ses activités criminelles. Puisque les diligences ont été remplacées par des chemins de fer de plus en plus longs, Miner se lance dans les attaques de trains. Par deux fois, ses tentatives échouent sur les trains express de l’Oregon.

Il décide alors de s’enfuir de l’autre côté de la frontière pour s’établir à Princeton, en Colombie-Britannique. Sous le nom de George Edwards, il devient commerçant de bétail et employé de ranch. Les habitants de la petite ville l’aiment bien en raison de sa générosité.

En 1904, Miner recrute de nouveaux complices pour attaquer un autre train, cette fois-ci au Canada. Le 10 septembre, avec ses partenaires Jake Terry et Shorty Dunn, le gentleman cambrioleur s’en prend à un train du Chemin de fer Canadien Pacifique à Mission Junction (Colombie-Britannique). Les criminels s’emparent de milliers de dollars en espèces, en or, en obligations et en titres de placement. Ils échappent aux autorités pendant un an et demi.

Le 8 mai 1906, Miner, Dunn et un nouveau complice, Louis Colquhoun, braquent un train du Canadien Pacifique à Ducks (maintenant Monte Creek), près de Kamloops. Cette opération tourne au désastre : les trois hommes ne prennent que 15,50 $ avant de s’enfuir à pied et d’être capturés cinq jours plus tard. Toutefois, grâce à sa popularité dans la région et au ressentiment des citoyens contre le Canadien Pacifique, une foule de défenseurs accueille Miner lorsque la Royale gendarmerie à cheval du Nord-Ouest le transporte à Kamloops.

Le 1er juin 1906, les trois hommes sont jugés et condamnés. Le lendemain, Miner commence à purger sa peine à perpétuité au pénitencier de la Colombie-Britannique, à New Westminster. Pendant son incarcération, Miner n’exprime aucun regret. Il aurait même dit au révérend A. D. E. Owen : « Je suis qui je suis et j’ai fait ce que j’ai fait, mais je peux regarder Dieu et les hommes en face sans ressentir la moindre honte. » L’ecclésiastique remarque par la suite que Miner a réussi à charmer les autres prisonniers et le personnel du pénitencier. Il avertit le directeur par intérim qu’il faut « garder le vieux Bill à l’œil ».

Deux photos de Bill Miner, une de face et l’autre de profil. Les cheveux et la moustache de Miner sont rasés.

Photos signalétiques de Bill Miner, le visage et le crâne rasés, au début de sa peine purgée au pénitencier de la Colombie-Britannique (e011201061-128-v8).

Formulaire comprenant une description physique de Miner et les détails de la déclaration de culpabilité.

Le formulaire d’accueil de Bill Miner au pénitencier de la Colombie-Britannique (e011201060-009-v8).

Cet avertissement s’avère prophétique : Miner s’évade le 8 août 1907. Les gardiens et les policiers fouillent le secteur environnant, puis la région de Vancouver, mais sans succès. Des rumeurs disent qu’il aurait reçu de l’aide de l’extérieur pour s’évader en échange des obligations et des titres de placement volés en 1904 dans le train du Canadien Pacifique. De plus, les journaux rapportent une grande sympathie du public pour Miner. De nombreux citoyens espèrent que le fugitif ne sera jamais repris.

Carte sur fond bleu indiquant l’emplacement du pénitencier, d’un asile, des rues environnantes, d’un parc et du fleuve Fraser. Des notes montrent la clôture par où Miner s’est évadé et fournissent d’autres détails sur les environs.

Plan détaillé du pénitencier de la Colombie-Britannique montrant l’endroit où Bill Miner s’est échappé ainsi que le secteur environnant (e011201060-210-v8)

Affiche montrant la photo de Bill Miner et annonçant une récompense de 500 $ pour sa recapture. Elle donne des détails sur son évasion et son apparence physique.

Promesse de récompense pour la recapture de Bill Miner envoyée aux services de police, à des publications et à des agences de détectives privés (e011201060-210-v8).

Miner finit par retourner aux États-Unis et vit au Colorado jusqu’à ce qu’il soit à court d’argent. En 1911, il attaque un train en Géorgie. Ses complices et lui sont capturés quelques jours plus tard. Maintenant âgé de 64 ans, Miner est condamné à 20 ans de prison. Après de nouvelles évasions en 1911 et en 1912, il meurt en prison le 2 septembre 1913.

Les fonds de Bibliothèque et Archives Canada comprennent des documents du pénitencier de la Colombie-Britannique qui offrent des détails fascinants sur Bill Miner et son évasion. Ces documents sont maintenant sur Co-Lab. Allez relever des défis! Vous y trouverez des formulaires d’accueil et des photographies signalétiques de Miner, des rapports de dirigeants de prison, des coupures de journaux ainsi que des lettres de personnes affirmant avoir aperçu le gentleman cambrioleur, parfois des années après sa mort.

Co-Lab est un outil de production participative qui invite le public à transcrire, traduire, étiqueter et décrire des documents. Les contributions du public sont ensuite intégrées aux métadonnées en vue d’améliorer nos outils de recherche et la consultation de nos documents historiques.

 


Caitlin Webster est archiviste à la Division des services de référence au bureau de Vancouver de Bibliothèque et Archives Canada.

Accéder aux plans et aux profils des chemins de fer grâce à l’Index sur les chemins de fer

Par Rebecca Murray

Plus tôt cette année, j’ai répondu à une demande d’un chercheur qui m’a obligée à passer beaucoup de temps de qualité en compagnie de l’acquisition RG12M 77803/17 – Index sur les chemins de fer. Il s’agit d’une série de 30 000 fiches offrant des listes détaillées et individuelles des plans et des profils des chemins de fer de l’ensemble du Canada, pour la période allant de 1866 à 1937. Bien que je travaille quotidiennement avec des acquisitions de documents cartographiques et leurs instruments de recherche, cette demande représentait un défi particulier. Elle révèle bien à quel point il peut être difficile d’organiser et de comprendre des séries de documents aussi vastes.

Pourquoi m’aventurer dans de telles recherches, me demanderez-vous? Pourquoi ne pas se fier à des sources publiées? Je prône toujours le recours aux sources primaires pour faire des recherches. En consultant les documents originaux et leur classement parmi les autres documents, vous pouvez tirer vos propres conclusions. Le plan que vous cherchez pourrait laisser transparaître un moment particulier qui échapperait à une source secondaire. Ou encore, vous pourriez étudier l’évolution d’une section précise d’un chemin de fer. Peu importe la raison, il est temps d’enfiler des gants blancs et de plonger dans nos archives!

Étape 1

D’abord, il faut consulter les fiches qui se trouvent sur des microfilms numérisés. Les fiches sont classées par ordre alphabétique, par compagnie de chemin de fer et par endroit.

Lorsque vous trouvez des plans intéressants, notez leur numéro. Par exemple, si vous vous intéressez au « Plan & profile showing the approach of the Bridge in the city of Montreal P.Q. as located », qui est énuméré sur la fiche ci-dessous, notez le numéro de plan 7457.

Fiche lignée avec du texte noir.

Extrait d’une fiche alphabétique d’une compagnie de chemin de fer tirée de la bobine C 6823 du fonds RG12.

Étape 2

Lorsque vous travaillez au 395, rue Wellington, à Ottawa (Ontario), vous pouvez consulter une série de fiches papier dans la salle de référence. Une fois que vous avez trouvé les numéros des plans que vous voulez consulter ou copier, utilisez une autre série de fiches. Celles-ci se trouvent avec les autres instruments de recherche liés aux cartes et aux plans et sont classées par numéro de plan. Vous pourrez ainsi découvrir le numéro d’article de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) pour chacun des plans. Un membre de l’équipe de la salle de référence peut vous aider avec ces étapes, au besoin.

Photo couleur des tiroirs en métal contenant les fiches de l’acquisition RG12M 77803/17.

Photo des tiroirs contenant les fiches sur les chemins de fer de l’acquisition RG12M 77803/17, dans l’annexe de la salle de référence.

Photo couleur d’un tiroir de fiches; la fiche du plan 7457 est sortie.

Photo d’un tiroir de fiches montrant la fiche du plan 7457.

Photo couleur d’une fiche dont les numéros d’article sont encerclés en rouge.

Photo d’une fiche comprenant tous les renseignements de référence (dont les numéros d’article) pour le plan 7457.

Étape 3

Si vous n’êtes pas sur place, vous pouvez nous écrire au moyen de notre formulaire en ligne et nous demander de trouver les références relatives à chaque article. Par exemple, vous pourriez mentionner le plan 7457 de l’acquisition RG12M 77803/17 et nous demander de trouver le numéro d’article afin de compléter la référence. Un membre de notre équipe consultera alors les fiches pour confirmer le numéro d’article, puis trouvera le code à barres du contenant afin de simplifier votre demande de consultation ou de reproduction.

Bon nombre de ces articles se trouvent aussi sur microfiche, ce qui en facilite la consultation. Si vous êtes sur place, vous pouvez vous rendre directement à la salle de consultation des microformes, au troisième étage. Demandez de l’aide au personnel de BAC (pendant les heures de service) ou utilisez le tiroir de microfiches libre-service étiqueté RG12M 77803/17. N’oubliez pas de mettre des gants!

Saviez-vous que la salle de consultation des microformes contient de nouveaux numériseurs à plat qui produisent des copies de microfiches de grande qualité? Apportez votre clé USB!

Ce type d’instruments de recherche peut être intimidant, car il faut recueillir des renseignements à plusieurs endroits. Il est impossible de trouver toute l’information pertinente dans une seule ligne de texte. Il s’agit d’un bon défi pour les chercheurs (ou archivistes!) expérimentés, et la courbe d’apprentissage est abrupte pour les nouveaux chercheurs. N’hésitez surtout pas à demander de l’aide à notre équipe pour des recherches de ce type ou de toute autre nature. Nous sommes là pour vous aider à naviguer dans les fonds de BAC et notre passion consiste à faire des découvertes tous les jours!


Rebecca Murray est archiviste à la Division des services de référence de Bibliothèque et Archives Canada.

Le patrimoine journalistique du Canada à BAC

À consulter les numéros du Ha-Shilth-Sa et du Windspeaker – deux journaux autochtones nouvellement numérisés lancés respectivement en 1974 et de 1986 –, on ne peut manquer d’être attiré par l’actualité des nouvelles sociales et politiques, des éditoriaux et des courriers des lecteurs, qui côtoient des nouvelles sportives locales, l’annonce de concerts communautaires et d’activités culturelles, les avis de naissance ou de décès, les innombrables photos ainsi que les publicités qui illustrent des décennies de changements de mode, de style de commerce et de tendances sociales. Cet amalgame d’information utile et d’éléments rétro fait des journaux une source d’information historique abondante et essentielle.

La première page d’un journal imprimé en couleur titré: Wind Speaker avec le sous-titre AMMSA, l’éditeur canadien avec le plus de nouvelle autochtone [AMMSA, Canada’s largest publisher of Aboriginal news]. Les manchettes principales : Des noces traditionnelle le point culminant du powwow [Traditional wedding highlight of powwow] et la cour québécoise juge en faveur des Cris [Quebec court rules in favor of Crees].

Windspeaker, Volume 17 – No. 9 (2000-01-01) (AMICUS 6341213)

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) travaille sur de nombreux fronts pour appuyer l’acquisition et la préservation du patrimoine journalistique du Canada, tant à l’échelle locale que nationale, et en offrir l’accès. Par exemple, la numérisation du Ha-Shilth-Sa et du Windspeaker découle d’un partenariat créé dans le contexte de la Stratégie de numérisation du patrimoine documentaire, une initiative des institutions de mémoire du Canada vouée à la coordination des activités de numérisation. Ce groupe, dont BAC fait partie, a obtenu un financement de la fondation Salamander pour mener un projet de numérisation de journaux, en réponse à des clients et d’autres organismes culturels selon qui la numérisation de la collection de journaux de BAC constituait une priorité.

Un journal jauni titré Ha-Shilth-Sa avec le sous-titre : Nootka pour nouvelles intéressantes [Nootka for “interesting” news]. La manchette principale : Les Indiens de la C-B. demande de l’action du gouvernement provincial [B.C. Indians demand action provincial government].

Ha-Shilth-Sa, Volume 1 – No. 9 (1974-07-15) (AMICUS 4316697)

Cette collection, qui rassemble de grands quotidiens ainsi que des périodiques communautaires, régionaux et multiculturels, de même que des journaux étudiants et autochtones, comprend plus de 2 300 titres canadiens, environ 200 000 bobines de microfilm et 110 titres numériques. Cette vaste collection ne cesse de s’enrichir alors que BAC capte les nouvelles tendances qui influencent la fréquence, la diversité et le format des journaux actuellement produits au pays. Par exemple, BAC est à se forger une expertise en matière d’acquisition de contenu journalistique numérique et il met à l’essai de nouveaux modèles d’acquisition, en collaboration avec le Winnipeg Free Press, L’Acadie Nouvelle et les Northern News Services Online.

Parallèlement, BAC soutient les efforts continus déployés par Canadiana.org pour numériser environ 230 titres de journaux sur microfilm faisant partie de sa collection et en offrir l’accès en ligne. Qu’il s’agisse du Saskatchewan Labor’s Realm, du Toronto Patriot, du Canadian Farmer-Labor Advocate ou du Western Clarion, la numérisation de ces titres constituera une source précieuse d’information qui ne manquera pas de fasciner les Canadiens.

BAC travaille également à actualiser sa stratégie visant sa collection de journaux. Restez à l’affût!

Lisez notre blogue pour en apprendre davantage sur les journaux de la collection de BAC, dont Les journaux locaux au cœur de la vie canadienne, un billet rédigé par la bibliothécaire aux acquisitions Annie Wolfe, ou consultez la section Collection de journaux de notre site Web.

Le port de Montréal

English version

De la fondation de la ville de Montréal en 1642 jusqu’à l’arrivée des navires à vapeur au début du XIXe siècle, le port de Montréal est surtout utilisé par des trappeurs pour leur commerce de fourrures, puis par les vaisseaux français et anglais qui viennent ravitailler la colonie. L’arrivée des navires à vapeur marque un point tournant, en ouvrant de nouvelles routes commerciales avec le reste du monde grâce auxquelles le port de Montréal s’éloignera de ses origines modestes pour entrer dans une ère de croissance.

Une peinture à l’huile d’un port et d’un quai, avec une île verdoyante à droite.

Le port de Montréal, peint par Andrew Morris en 1847 (e008300982).

De la moitié à la fin du XIXe siècle, le port de Montréal connaît des changements et des progrès innombrables, à commencer par la création, en 1830, de la première Commission du Havre. En 1832, les docks construits font plus d’un kilomètre de long. En 1854, le chenal de navigation entre Montréal et Québec atteint désormais presque 5 mètres de profondeur à la suite de travaux de dragage. Pendant cette période apparaissent également l’acheminement des marchandises depuis les quais par chemin de fer, l’éclairage électrique et une liaison régulière de navires à vapeur entre le port de Montréal et Liverpool, sans compter un nouveau dragage du chenal qui lui permet d’atteindre plus de 7,5 mètres de profondeur.

Au début du XXe siècle, le port connaît de nouveaux travaux d’amélioration. La construction d’élévateurs à grains commence en 1902 et celle d’entrepôts de transit, en 1908. En 1910, les travaux de dragage pour que le chenal entre Montréal et Québec atteigne désormais plus de 10 mètres de profondeur sont bien avancés.

Une photographie en noir et blanc d’un quai sur lequel s’alignent diverses marchandises, ainsi que d’un grand édifice de style néoclassique et d’une église qui font face à la rive.

Le marché Bonsecours, les quais et une église photographiés par Alexander Henderson vers 1875 (c007943).

Jusqu’au début des années 1960, le port de Montréal n’est ouvert que sept mois par année en raison des rigueurs de l’hiver. Cependant, en 1962, sous l’autorité du Conseil des ports nationaux (responsable du port depuis la dissolution de la Commission du Havre), les brise-glaces font leur apparition sur la voie navigable entre Montréal et Québec. À partir de 1964, le port de Montréal sera ouvert toute l’année.

Une aquarelle représentant un amoncellement de glace près des installations portuaires d’une ville.

Peinture de George Henry Andrews représentant le bris des glaces sur le fleuve Saint-Laurent à Montréal, en 1864 (e000996176).

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) dispose de nombreux documents qui illustrent l’évolution du port de Montréal. Le plus ancien est une photographie d’Alexander Henderson prise en 1870 qui représente le navire à vapeur S.S. Quebec amarré au port de Montréal, avec des charrettes tirées par des chevaux à l’avant-plan. La collection comporte également des photographies du port par William Topley, Henry Joseph Woodside et par les Hayward Studios, ainsi qu’une magnifique peinture à l’huile, terminée en 1847 par Andrew Morris, qui représente le havre et le quai de Montréal vu selon l’angle inusité de la rive en face de l’île Sainte-Hélène.

Une photographie en noir et blanc d’un port animé, où l’on voit une rue bordée d’édifices et un quai où sont amarrés nombre de bateaux.

Le port de Montréal photographié par William Topley en septembre 1902 (a201779).

Une photographie en noir et blanc d’un chemin de fer longeant un quai où sont amarrés des bateaux.

Quai du port photographié à une date inconnue par William Topley (a008893).