La Bataille de la crête de Vimy
Tout était en place à l’heure du déclenchement de l’assaut, à 5 h 30 le 9 avril 1917.
Les heures de noirceur précédant l’attaque et la couverture nuageuse permirent à l’infanterie de se rendre discrètement à leurs postes d’attaque, plusieurs de ces postes étant bien visibles pour l’ennemi en plein jour. Si les Allemands avaient eu connaissance de cette manœuvre, ils auraient sans doute formé un tir de barrage et ainsi freiné l’onde d’assaut tout en causant de sérieux dommages. Tel ne fut pas le cas et les postes d’offensive furent occupés en catimini.
Dans la pénombre à l’heure zéro, sous un ciel froid et couvert, lorsque la manœuvre était encore en grande partie ignorée par l’ennemi, le bombardement intense commença avec une fureur soudaine et l’avance de l’infanterie fut alors entamée.
Lisez notre série sur la Bataille de la crête de Vimy créé dans le cadre d’une entente de collaboration entre The National Archives et Bibliothèque et Archives Canada :
Écoutez notre balado, Au-delà de Vimy : La montée de la puissance aérienne : première et deuxième partie.
Consultez notre album de photo sur Flickr.
Et finalement, visitez la page avec les ressources de Bibliothèque et Archives Canada sur la Première Guerre mondiale :
Images de tartans et de kilts maintenant sur Flickr

Betty Chan, Jeux écossais, Winnipeg (Manitoba). [MIKAN 4314336]

Tissage d’un tartan, St. Ann’s, île du Cap-Breton (Nouvelle-Écosse). [MIKAN 4950258]

Deux fillettes vêtues de kilts, Jeux écossais, Antigonish (Nouvelle-Écosse). [MIKAN 4315734]
Titres de propriété délivrés par le Bureau du registraire général avant la Confédération
Par Rebecca Murray
Les Services de référence reçoivent souvent des demandes relatives aux titres de propriété délivrés au Canada. Nous nous concentrerons ici sur les titres antérieurs à la Confédération; les autres feront l’objet de notre prochain billet. Notre article « Titres de propriétés de la couronne : vente de terres indiennes » vous donnera aussi plus de détails sur ce sujet.
Qu’est-ce qu’un titre de propriété?
Un titre de propriété est un document délivré par la Couronne pour octroyer une terre ou confirmer à qui celle-ci appartient. Il prouve que la Couronne a cédé au propriétaire la terre en question. (On utilise parfois aussi le terme « lettres patentes ».)
Comment trouver un titre de propriété?
Ce type de recherche est difficile, même pour les archivistes expérimentés! Voici un exemple pour vous aider. Notez que ces recherches peuvent être faites à partie de la maison ou dans les locaux de Bibliothèque et Archives Canada.
Note : La majorité des documents de cette époque sont en anglais. Par conséquent, nous vous suggérons d’utiliser les termes anglais pour maximiser vos résultats de recherche. Dans l’exemple ci-dessous, les termes anglais sont indiqués en italique et entre parenthèses après leur équivalent français.
Étape 1 :
Commencez avec l’information dont vous disposez : une date (précise ou approximative), un emplacement (précis ou approximatif), et le nom de la personne ou de l’organisation (le titulaire) détenant le titre que vous cherchez. Votre recherche sera plus facile si vous avez tous ces renseignements – surtout la date –, mais vous pourrez y arriver même si vous n’en avez qu’un ou deux.
Exemple :
- Date : 7 juin 1856
- Emplacement : lot 8, rang 3, à l’est du chemin Plank, canton de Seneca
(Lot 8, Range 3, east of Plank Road, Township of Seneca) - Titulaire : David Patterson
Étape 2 :
Si vous connaissez le nom du titulaire et la date, ou la date et l’emplacement, cherchez dans le répertoire anglais Indexes to Indian and Ordnance Land Patents. Vous y trouverez des répertoires par noms et par lieux pour la période allant de 1845 à 1867 (RG68, vol. 911, bobine de microfilm M-1638).
Si vous connaissez plutôt le nom du titulaire et l’emplacement, mais sans la date, vous pouvez quand même consulter ce document, mais vous devrez faire une recherche plus poussée dans l’index général (General Index).
Avec notre exemple, nous trouvons dans le registre Indexes to Indian and Ordnance Land Patents une entrée pour David Patterson (RG68, vol. 911, bobine de microfilm M-1638). Nous voyons que les renseignements correspondants se trouvent dans le registre EO, à la page 172 (liber EO, folio 172). À noter : les registres sont identifiés parfois par des lettres, parfois par des numéros.
Étape 3 :
Vous devez maintenant trouver le registre (liber) parmi les documents du fonds RG68. Deux options s’offrent à vous : la recherche sur le Web ou dans les locaux de Bibliothèque et Archives Canada.
Recherche sur le Web
- Commencez avec Recherche dans la Collection avec la chaine de recherche suivante : RG68 68-2 terres (ou land)
- Selectionnez l’onglet « Archives » et filtrer par date (menu du côté-gauche)
Plusieurs documents datant de cette période ont été numérisés et sont offerts sur microfilm. Faites une recherche sur le site Héritage pour savoir si la bobine qui vous intéresse a été numérisée.
Recherche dans les locaux de Bibliothèque et Archives Canada
Dans nos locaux du 395, rue Wellington, à Ottawa, utilisez l’instrument de recherche 68-2 pour trouver le numéro du registre (liber) ainsi que les numéros du volume et de la bobine de microfilm correspondants. Vous pouvez visionner les microfilms dans la salle 354.

Titre de propriété délivré à David Patterson, comté de Haldimand, 8 juin 1856. (RG68, registre 231, volume EO, p. 172)
Comment utiliser les documents Key to the General Index et General Index
Si votre date ne se situe pas entre 1845 et 1867, ou si vous n’êtes pas certain de la date, vous pouvez utiliser les documents anglais Key to the General Index couvrant les années 1651 à 1867 pour y repérer les données du document General Index qui correspondent au propriétaire du titre.
- RG68, volume 893, Key to the General Index (1651-1841) – bobine de microfilm C-2883
- RG68, volumes 894 et 895, General Index (1651-1841) – bobine de microfilm C-2883
- RG68, volume 896, Key to the General Index (1841-1867) – bobine de microfilm C-2884
- RG68, volumes 897 et 898, General Index (1841-1867) – bobine de microfilm C-2884
Vous pouvez également consulter des versions papier de ces documents dans la salle de référence du 2e étage au 395, rue Wellington. Rappelez-vous que le General Index ne se limite pas aux document fonciers : il s’applique à tous les types de documents délivrés par le Bureau du registraire général, d’où l’importance de consulter son complément (Key to the General Index) pour accélérer votre recherche.
Par exemple, le document Key to the General Index pour 1841-1867 se trouve dans le fonds RG68, vol. 896, que vous pouvez voir sur la bobine de microfilm C-2884. Les renseignements y sont classés par noms. Trouvez la personne recherchée et copiez toutes les paires de chiffres figurant à côté de son nom : elles vous permettront de trouver les entrées pertinentes dans le General Index. Chaque paire de chiffres est associée à deux colonnes : « No. », qui indique le numéro de ligne, et « Folio », qui indique la page.
Grâce à ces renseignements, vous pouvez vous rendre directement à la page appropriée du General Index et trouver l’entrée correspondante. Vous y trouverez alors d’autres renseignements, dont les numéros de volume (liber) et de page (folio) nécessaires pour trouver le titre de propriété. Par exemple, sur l’image qui suit, remarquez la première paire de chiffres associée au révérend James Cochlan et à son épouse : « 4 » et « 680 ».
![Reproduction noir et blanc d’un index nominal comportant quelques colonnes : « Name » [Nom], « No. » [Numéro], « Folio » [Page] « No. », « Folio », etc.](https://ledecoublogue.com/wp-content/uploads/2018/04/rg68-cropped.jpg?w=584&h=158)
Extrait du document Key to the General Index pour 1651-1841 (RG68, volume 893). On y voit les numéros de registre (« No. ») et de page (« Folio ») associés à chaque nom. Notez, à la deuxième ligne, la première paire de chiffres associés au révérend James Cochlan et à son épouse : « 4 » et « 680 ».
![Reproduction noir et blanc d’une page d’un grand livre comportant cinq colonnes : « No. » [Numéro], « Lib » [Registre], « Folio » [Page], « Date » et « Surrenders » [Personnes cédant la terre].](https://ledecoublogue.com/wp-content/uploads/2018/04/c-2883.jpg?w=584&h=218)
Page 680 du document General Index (RG68, volumes 894 et 895) montrant l’entrée à la ligne 4. Le registre (liber) et le numéro de page (folio) pour le document en question sont « KM » et « 6 ».
Comme vous le voyez, ce type de recherche peut s’avérer très difficile. Nous vous encourageons à essayer, mais n’hésitez surtout pas à communiquer avec nous si vous avez besoin d’aide!
Rebecca Murray est archiviste de référence aux Services de référence de Bibliothèque et Archives Canada.
Lieutenant Gordon Muriel Flowerdew, VC
Par Emily Monks-Leeson
Aujourd’hui, dans la série Centenaire de la Première Guerre mondiale – hommage aux récipiendaires canadiens de la Croix de Victoria, nous rendons hommage au lieutenant Gordon Muriel Flowerdew. Il a reçu la Croix de Victoria, décoration militaire la plus prestigieuse du Commonwealth reconnaissant la bravoure devant l’ennemi, pour ses actions lors de la bataille du bois de Moreuil qui se déroulait en ce jour il y a 100 ans.

Lieutenant Gordon M. Flowerdew, récipiendaire de la Croix de Victoria (MIKAN 3521609)
Flowerdew naît à Billingford, en Angleterre, le 2 janvier 1885. Il immigre en Saskatchewan en 1903, puis devient éleveur en Colombie-Britannique. Il s’enrôle dans le Lord Strathcona’s Horse, une brigade de cavalerie, en septembre 1914 et reçoit sa commission d’officier en 1916. En 1918, Flowerdew est lieutenant (capitaine par intérim) de l’Escadron « C » du Lord Strathcona’s Horse. Les brigades de cavalerie, qui ne participent presque plus au combat direct vu la nature stationnaire des guerres de tranchées, reprennent du travail au printemps 1918 grâce au retour des mesures de guerre ouvertes et rapides. Le 30 mars 1918, les Strathconas s’engagent dans de violents affrontements dans le bois de Moreuil, en France. Les soldats doivent empêcher les Allemands de traverser la rivière Avre et de s’approcher d’Amiens.
Alors que des soldats allemands gagnent le bois de Moreuil, le capitaine par intérim Flowerdew aperçoit deux lignes de position d’infanterie allemandes soutenues par des mitrailleuses. Il ordonne une charge de cavalerie. Son escadron franchit les deux lignes allemandes, donnant des coups d’épée, puis fait demi-tour, se ruant de nouveau sur l’ennemi. Les Allemands sont forcés de battre en retraite. Selon la citation de la Croix de Victoria de Flowerdew, l’escadron avait alors perdu soixante-dix pour cent de ses hommes, morts ou blessés, et lui-même était gravement blessé aux deux cuisses. Néanmoins, Flowerdew ne cesse d’encourager ses hommes, leur ordonnant de mettre pied à terre.
Les survivants, menant maintenant un combat corps à corps, réussissent à conserver les positions allemandes jusqu’à l’arrivée de l’unité du lieutenant Frederick Maurice Watson Harvey, venu à leur rescousse. Harvey avait reçu la Croix de Victoria en 1917 pour son rôle dans l’attaque contre les Allemands à Guyencourt, en France. Flowerdew et ses hommes empêchent l’armée allemande de prendre le bois de Moreuil et d’obtenir une position stratégique importante.

Une page du journal de guerre du Lord Strathcona’s Horse, comprenant une description des actions de Flowerdew ce jour-là. Page 422 (MIKAN 2004721)
Le lieutenant Gordon Muriel Flowerdew succombe à ses blessures le 31 mars 1918. Il est enterré au cimetière britannique Namps-au-Val, en France. Bibliothèque et Archives Canada possède le dossier de service numérisé du lieutenant Gordon Muriel Flowerdew.
Emily Monks-Leeson est archiviste pour le service des Opérations numériques à Bibliothèque et Archives Canada.
Nouveau balado! Écoutez notre plus récente émission, « Gratien Gélinas : de chez nous »
Notre plus récente émission de baladodiffusion est maintenant en ligne. Écoutez « Gratien Gélinas : de chez nous ».
Dramaturge, metteur en scène, acteur, cinéaste et administrateur d’organismes culturels, Gratien Gélinas est l’un des fondateurs du théâtre et du cinéma modernes au Canada. Ses œuvres ont donné une voix aux gens du peuple et fait rayonner la culture et la société canadiennes-françaises tant chez nous qu’à l’étranger, pavant le chemin aux plus grands scénaristes québécois. Dans l’émission d’aujourd’hui, nous nous rendons à Saint-Bruno, près de Montréal, pour discuter avec Anne-Marie Sicotte, petite-fille de Gratien Gélinas, qui nous parle de la vie et de l’héritage de son célèbre grand-père.
Abonnez-vous à nos émissions de baladodiffusion sur notre fil RSS, iTunes ou Google Play, ou écoutez-les sur notre site Web à Balados – Découvrez Bibliothèque et Archives Canada : votre histoire, votre patrimoine documentaire.
Pour en savoir plus, écrivez-nous à bac.balados-podcasts.lac@canada.ca.
La petite histoire : les récits cachés des enfants, une exposition au Musée canadien de l’histoire
Trop souvent, nos livres d’histoire présentent une vision romancée de la vie et de la contribution des enfants, quand ils ne les ignorent pas carrément. Pourtant, la vie des moins puissants, même si elle laisse bien peu de traces, peut s’avérer très révélatrice – à condition d’être préservée!
L’exposition La petite histoire : les récits cachés des enfants, tenue au Musée canadien de l’histoire, met en lumière les expériences uniques de certains enfants, retrouvées parmi les archives. On peut y admirer des documents, des photos, des œuvres d’art et des artéfacts rares tirés des collections du Musée et de Bibliothèque et Archives Canada.
Les enfants écrivent rarement leurs propres récits et anecdotes, que l’on découvre plutôt par bribes dans du matériel produit par des adultes, comme des portraits officiels tirés de collections familiales ou des documents gouvernementaux ou institutionnels. Ces fragments d’existences révèlent l’attitude des adultes à l’égard des enfants et les répercussions que les lois et politiques ont eues sur eux au fil du temps.

Céline et Rosalvina Pelletier. Attribuée à James Bowman, vers 1838. Huile sur toile (MIKAN 2837219)
Avant l’avènement de la photographie, les individus étaient représentés au moyen de portraits peints. Les enfants pauvres y figuraient rarement, ce qui témoigne de l’élitisme de cette forme d’art. Dans ce portrait des sœurs Pelletier, tout reflète la richesse et le statut social de leur famille. Représentées à l’image d’adultes en miniature, elles portent une tenue empesée; l’une tient un teckel nain, symbole de fidélité, et toutes deux arborent un collier de corail, censé repousser les maladies infantiles.

The children we seek to help [Ces enfants que l’on cherche à secourir]. Photographe inconnu, vers 1900. Épreuve à la gélatine argentique (MIKAN 3351178)
Les récits du passé négligent parfois la présence des enfants, quand ils ne l’occultent pas complètement. Pourtant, ces derniers ont eux aussi participé à des événements marquants de l’histoire du Canada ou en ont ressenti les effets.

Jean-Louis et Marie-Angélique Riel. Steele & Wing, vers 1888. Impression à l’albumine (MIKAN 3195233)
Jean-Louis et Marie-Angélique sont nés au Montana alors que leur père, le chef métis Louis Riel, y était exilé en raison de son rôle dans la Résistance de la rivière Rouge en 1869-1870. Après l’exécution de leur père en 1885, Marie-Angélique est allée vivre à Winnipeg auprès d’un oncle; elle a succombé à la tuberculose en 1896. Après avoir adopté le nom de sa mère, Jean-Louis est déménagé à Montréal et est décédé à l’âge de 25 ans des suites d’un accident de charrette.

Lettre de Louis Riel à sa femme et à ses enfants, 1885. Encre sur papier (MIKAN 126629)
Cette ultime lettre de Louis Riel à son épouse et à ses enfants donne une perspective personnelle du chef métis. Riel l’a rédigée le 16 novembre 1885, le jour de sa pendaison à Regina. Il y parle de ses enfants, demande à sa femme de les faire prier pour lui, et la termine ainsi : « Gardez courage. Je vous bénis. Votre père, Louis ‟David” Riel ».
Les objets créés par des enfants ont une vie éphémère et se retrouvent rarement dans des collections. Et lorsque c’est le cas, ils sont bien cachés, souvent intégrés au patrimoine des familles et des communautés; en outre, l’identité de leurs jeunes auteurs n’est pas toujours mentionnée. Néanmoins, ils sont plus susceptibles de resurgir si leurs auteurs ont grandi au sein de familles célèbres ou le sont eux-mêmes devenus.

Journal intime de Sandford Fleming, 1843. Crayon et papier (MIKAN 4938908)
Ce journal, tenu par Sandford Fleming à l’âge de 16 ans, laisse présager sa réussite à titre d’ingénieur et d’inventeur. Rempli de dessins architecturaux, de formules scientifiques et d’inventions, le document illustre le bouillonnement intellectuel de Fleming.
Peu communs, les lettres et les journaux d’enfants ouvrent une fenêtre sur leur univers, révélant leurs façons uniques de parler, de penser et d’appréhender le monde. Intimes, candides et parfois fantaisistes, les journaux intimes, les lettres et les dessins créés par des enfants nous invitent à voir l’histoire autrement.

Portrait d’Arthur Wendell Phillip Lawson. Photographe inconnu, 1918. Épreuve sur collodion mat (MIKAN 187937)

Journal intime d’Arthur Wendell Phillip Lawson, 1914. Encre, papier, cuir (MIKAN 129683)
Dans ce journal, Arthur Lawson, alors âgé de 16 ans, livre ses états d’âme ainsi que sa vision du monde, d’un point de vue d’adolescent. Rédigé au début de la Première Guerre mondiale, il entremêle les mentions des batailles faisant rage outre-mer et des remarques anodines sur la météo, les événements familiaux (comme l’anniversaire du frère de Lawson) et les résultats de la série mondiale du baseball majeur en cours, opposant les Braves de Boston aux Athletics de Philadelphie. Arthur Lawson s’est enrôlé avant la fin de la guerre.
Pour découvrir d’autres récits captivants, visitez l’exposition La petite histoire : les récits cachés des enfants, présentée du 30 mars 2018 au 27 janvier 2019 au Musée canadien de l’histoire, dans la salle « Les trésors de Bibliothèque et Archives Canada ».
Le trésor d’un grand artiste de la scène : le fonds Gratien Gélinas
Par Théo Martin
Il faudra à Bibliothèque et Archives Canada (BAC) plus de vingt ans pour acquérir les archives de l’homme de théâtre et du créateur canadien Gratien Gélinas. En effet, entre 1973 et 1997, plusieurs archivistes nationaux et archivistes des Archives publiques du Canada travailleront avec énergie pour convaincre Gélinas d’offrir ses documents. Ce dernier, demeurant actif jusqu’à la fin de sa vie, n’avait simplement pas le temps de se consacrer pleinement au don de ses archives.
Les documents du fonds Gratien Gélinas ont finalement été acquis en 1997 par les Archives nationales du Canada, soit deux ans avant le décès de l’artiste, par l’intermédiaire d’un de ses fils, Michel Gélinas. Il faut mentionner que c’est aussi un des membres de la famille de Gratien Gélinas qui a assuré un premier classement de ses archives. On les a donc reçues à BAC dans un ordre et une organisation qui étaient à la fois logiques et qui permettaient un accès rapide pour les chercheurs. Le travail final de traitement, de description et de l’établissement des conditions d’accès s’est effectué entre les années 1999 et 2004 par les archivistes de BAC.

Portrait de Gratien Gélinas par Yousuf Karsh, 1942. Crédit: Yousuf Karsh. (MIKAN 3591652)

Gratien Gélinas par Yousuf Karsh, 29 mars 1945. Crédit: Yousuf Karsh. (MIKAN 3916385)
Dans le fonds Gélinas, on retrouve seize séries à consulter en lien avec divers aspects de la carrière de Gratien Gélinas, mais aussi de sa vie personnelle.
On y trouve par exemple la série qui concerne ses œuvres littéraires, contenant plusieurs mètres de textes manuscrits ou tapuscrits. Il y a les textes des émissions radiophoniques écrites par Gélinas qui vont divertir toute une génération de Canadiens français durant les années trente telles que le Carrousel de la gaieté, le Train de plaisir sur les ondes de CKAC et de Radio-Canada, desquels émergera son personnage mythique de Fridolin. Ce même Fridolin sera au cœur des Fridolinons, revues de fin d’année produites par Gélinas et son équipe entre 1938 et 1946 (puis reprises en 1956) au Monument National, à Montréal.

Gratien Gélinas jouant Fridolin dans une scène des « Fridolinons », mars 1945. Photo : Ronny Jacques pour l’Office national du film. (MIKAN 4318078)
Le fonds contient les manuscrits des œuvres phares de théâtre de Gratien Gélinas : Tit-Coq, Bousille et les justes, Hier, les enfants dansaient, La passion de Narcisse Mondoux, sa dernière création dramatique, écrite en 1985, essentiellement pour lui et la comédienne Huguette Oligny (dont le fonds se trouve aussi à BAC).
À cela s’ajoutent des dossiers complets de carnets de notes, d’ébauches annotées qui illustrent parfaitement la manière dont Gélinas concevait et écrivait ses pièces. On y lit tous les ajouts, ratures, impressions, gribouillages d’un artiste sans cesse en création et qui se remet constamment en question.

« Tit-Coq » – Notes personnelles pendant la rédaction, vers 1946-1947. (MIKAN 2402016)
Comme Gratien Gélinas assurait le plus souvent lui-même la production et la mise en scène de ses pièces, il a aussi accumulé plusieurs écrits qui documentent son processus créatif. En plus de retrouver ses carnets de production, les chercheurs peuvent aussi découvrir plusieurs versions de textes d’adaptation de ses pièces pour le cinéma, la radio et la télévision et traduites en anglais aussi.
Le fonds comporte une quantité considérable de documents multisupports dont des films très rares, des premiers courts-métrages de production canadienne tels que La dame aux camélias, la vraie (réalisée par Gélinas en 1942) et le long métrage Tit-Coq (réalisé en 1953). BAC a d’ailleurs réussi à transférer la plupart des films de ce fonds sur support numérique. On retrouve aussi plusieurs enregistrements sonores datant d’aussi loin que les années trente, des revues et des émissions radiophoniques ainsi que les spectacles produits par Gratien Gélinas. C’est une véritable mine d’informations pour n’importe quel chercheur qui s’intéresse au théâtre et au cinéma au Canada.

Tournage du film Tit-Coq vers 1952-1953. (MIKAN 3919038)
À ce corpus s’ajoutent plus de 4000 photographies dont certaines documentent les débuts de Gélinas à la radio et sur la scène ainsi que des photos de presque toutes les productions théâtrales dans lesquelles il a participé en plus de soixante ans de carrière. Il y a notamment des photos exceptionnelles de Gratien dans le rôle de Fridolin prises par l’Office national du film en 1945, de belles photos de lui lors de sa participation au Festival de Stratford au courant des années cinquante ainsi que de multiples photographies de sa vie privée et de son univers personnel.
Ce qui est aussi remarquable dans le fonds Gélinas, ce sont les documents d’art visuel : les dessins et les aquarelles de costumes, de maquettes de décors, les dessins publicitaires et les collages qui ajoutent un élément vibrant et visuel à l’ensemble du fonds. On réalise à quel point Gélinas s’est entouré de plusieurs artistes pour produire et promouvoir ses spectacles tout au long de sa carrière. Nous n’avons qu’à penser, par exemple, au dessin très coloré et imagé de Robert LaPalme qui a servi de maquette de décor pour Fridolinons ‘45.

« Bon voyage » (Robert LaPalme), pour Fridolinons ’45. (MIKAN 3926980)

« Tit-Coq » dessin-maquette de Robert LaPalme – Dessin original qui a servi pour l’affiche et le programme de la pièce. (MIKAN 3010586)
Il y a par ailleurs bien des documents qui illustrent sa carrière dans les arts et la culture au Canada. On peut de plus retrouver des contrats d’engagement, de la correspondance, plusieurs documents promotionnels. D’autres documents portent sur son travail d’activiste du monde des arts et de la culture, notamment son implication au niveau de l’Union des artistes ou sa carrière d’administrateur d’institutions culturelles telles que la Comédie Canadienne qu’il a fondée en 1957 ou la Société du développement de l’industrie cinématographique canadienne dont il est nommé le président en 1969.
Ce qui ajoute beaucoup de richesse à ce fonds ce sont les documents en lien avec sa vie personnelle. On découvre un côté plus intime de l’artiste multidisciplinaire : carnets de notes, journaux de voyage, correspondance diverse, photographies, œuvres d’art qui permettent de mieux saisir davantage l’être humain et ses liens avec sa famille et ses amis. En plus de sa correspondance avec sa famille, on retrouve plusieurs lettres envoyées ou reçues de personnalités du monde des arts et de la politique telles que Jean-Louis Roux, Lionel Daunais, Émile Legault, Jean Despréz, Robert LaPalme, Jean Drapeau et bien d’autres encore.
Enfin, il faut souligner le fait que BAC possède le fonds de la petite-fille de Gratien Gélinas, la romancière Anne-Marie Sicotte, qui a écrit plusieurs biographies sur Gratien Gélinas (La ferveur et le doute – Éditions Québec/Amérique 1995-1996; Gratien Gélinas, du naïf Fridolin à l’ombrageux Tit-Coq – XYZ éditeur, 2001; Un p’tit comique à la stature de géant – VLB éditeur, 2009) en se servant notamment des archives trouvées à BAC. Lors de ses recherches, Anne-Marie Sicotte a non seulement transcrit plusieurs documents d’archives, mais a produit plusieurs enregistrements sonores et transcriptions d’entrevues avec son grand-père.
Le fonds Gratien Gélinas et les fonds connexes conservés à BAC témoignent de la vie et de l’œuvre d’un des pionniers du théâtre canadien et de la radio-télédiffusion au Canada. C’est un véritable trésor de documents riches et variés, accumulés tout au long de la vie d’un artiste et créateur hors pair. Ce joyau documentaire conservé à BAC appelle à être découvert et redécouvert par les chercheurs et les passionnés des arts de la scène et du spectacle d’ici et d’ailleurs.
Ressources connexes
- Fonds Gratien Gélinas
- Fonds Anne-Marie Sicotte
- Fonds Huguette Oligny
- Sicotte, Anne-Marie. Gratien Gélinas – La ferveur et le doute. Typo Essai, 2009.
- Sicotte, Anne-Marie. Gratien Gélinas en Images : Un p’tit comique à la stature de géant. VLB éditeur, 2009.
- Album Flickr sur Gratien Gélinas
- Balado – « Gratien Gélinas : de chez nous »
Théo Martin est archiviste dans la Section de la littérature, de la musique et des arts de la scène [des archives privées] de Bibliothèque et Archives Canada.
Lieutenant Alan Arnett McLeod
Par Emily Monks-Leeson
Aujourd’hui, dans sa série d’articles du Centenaire de la Première Guerre mondiale : hommage aux récipiendaires canadiens de la Croix de Victoria, Bibliothèque et Archives Canada se souvient du lieutenant Alan Arnett McLeod, récipiendaire de la Croix de Victoria pour ses actes de bravoure.
McLeod naît en 1899 à Stonewall, au Manitoba. En 1913, à l’âge de 14 ans, il tente de s’enrôler dans le 34e Régiment Fort Garry Horse. À la suite de la déclaration de la guerre, il essaie plusieurs fois de s’engager dans l’armée à Winnipeg, puis dans le Royal Flying Corps (RFC) à Toronto. Il est toutefois rejeté à maintes reprises. Dès qu’il célèbre son dix-huitième anniversaire, il s’enrôle dans le RFC et suit une formation de pilote à Long Branch, en Ontario. Il termine son cours avec 50 heures d’expérience de vol et part pour la France le 20 août 1917.

Lieutenant Alan Arnett McLeod, VC, 51e et 2e Escadrons du RAF (© Imperial War Museums, Q 67601)
McLeod est tout d’abord affecté au 82e Escadron, mais se voit confier des activités de défense territoriale de nuit, à bord d’un B.E. 12, dès que son commandant découvre qu’il n’a que 18 ans. En décembre 1917, il effectue son premier vol opérationnel au-dessus d’Hesdigneul, en France, au sein du 2e Escadron. En janvier 1918, McLeod et son artilleur détruisent un Fokker Dr.I et un ballon d’observation, actes qui lui valent une citation à l’ordre du jour.
Le 27 mars 1918, McLeod, maintenant sous-lieutenant, et son observateur, le lieutenant Arthur Hammond, survolent Albert (France) à bord d’un Armstrong Whitworth F.K.8. Ils détruisent un triplan allemand, puis sont immédiatement attaqués par une formation de huit autres aéronefs. McLeod et Hammond abattent trois d’entre eux avant que leur propre réservoir de carburant soit touché et s’enflamme. McLeod s’efforce d’éloigner les flammes de son observateur en effectuant une glissade abrupte alors que l’avion continue de tomber et qu’il ne cesse de tirer sur les aéronefs ennemis. Lorsque l’avion s’écrase en zone neutre, McLeod, blessé, traîne Hammond hors des flammes et le transporte jusque dans un endroit sûr en évitant les tirs nourris. Les deux hommes sont gravement blessés, mais survivent. Le lieutenant Hammond, atteint de six balles, perd sa jambe et reçoit une barrette pour sa Croix militaire.

Lieutenant Alan Arnett McLeod, VC, 1918 (MIKAN 3219066)
Ce jour même, le lieutenant Alan Arnett McLeod reçoit la Croix de Victoria pour ses actes. Après un séjour à l’hôpital, il retourne au Canada pour terminer sa convalescence. Le 6 novembre 1918, il succombe à la grippe espagnole à Winnipeg (Manitoba). La rue McLeod, à Stonewall (Manitoba), lui rend d’ailleurs hommage.
Bibliothèque et Archives Canada ne possède pas le dossier de service du lieutenant Alan Arnett McLeod, VC. Les hommes souhaitant faire partie du service aérien s’enrôlaient dans le Royal Flying Corps, le Royal Air Force ou le Royal Naval Air Service. Les dossiers du personnel de ces unités britanniques appartiennent aux Archives nationales de l’Angleterre.
Emily Monks-Leeson est archiviste pour le service des Opérations numériques à Bibliothèque et Archives Canada.
Images de ferrotypes maintenant sur Flickr
Procédé surtout utilisé de 1855 aux années 1860.

Cinq femmes, un bébé, un homme et un chien sur un balcon. (MIKAN 4955139)
Inventé par Adolphe-Alexandre Martin (1853) et Hamilton A. Smith (1856).

Trois femmes assises. (MIKAN 4958586)
Image négative monochrome qui, formée sur une fine plaque de métal recouverte d’un vernis noir, apparaît comme un positif. Elle est souvent coloriée à la main. Les ferrotypes sont présentés dans des montages en papier leur permettant d’être glissés dans des albums; ils peuvent aussi être montés sous verre dans des écrins « américains ».

Joueur de bugle (clairon) avec son instrument, portant l’uniforme de l’harmonie locale. (MIKAN 3511014)

Une mère, ses trois filles, son fils et un chien (MIKAN 3262041)

