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Chef Poundmaker : réhabiliter la mémoire d’un artisan de la paix

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À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.

Par Anna Heffernan

Cet article renferme de la terminologie et des contenus à caractère historique qui pourraient être considérés comme offensants, notamment au chapitre du langage utilisé pour désigner des groupes raciaux, ethniques et culturels. Pour en savoir plus, consultez notre Mise en garde – terminologie historique.

Pîhtokahanapiwiyin était un chef des Cris des Plaines connu sous le nom de « Chief Poundmaker » en anglais. En 1885, il fut jugé et condamné pour trahison après son implication présumée dans la rébellion/résistance du Nord-Ouest. Le 23 mai 2019, soit 134 ans plus tard, le gouvernement canadien l’a innocenté à titre posthume et a présenté des excuses officielles à la Nation crie Poundmaker de la Saskatchewan, dont font partie un grand nombre de ses descendants. Son peuple ainsi que d’autres Premières Nations des Plaines ayant entretenu sa mémoire gardent le souvenir d’un dirigeant qui a toujours œuvré pour la paix, même dans l’adversité. Après avoir été portée pendant des décennies par sa communauté, l’histoire de Poundmaker est maintenant connue du reste des Canadiens, grâce à la reconnaissance de son innocence. Bibliothèque et Archives Canada possède de nombreux documents et photographies qui relatent son histoire.

Poundmaker naît vers 1842 d’un père de la Nation des Stoneys-Nakodas et d’une mère métisse d’ascendance canadienne-française et crie, près de Battleford, dans l’actuelle Saskatchewan. Au début des années 1870, un chef pied-noir influent, Isapo-Muxika (Pied-de-Corbeau), adopte Poundmaker et lui donne le nom de Makoyi-koh-kin (Loup-aux-Jambes-Frêles), en souvenir d’un fils perdu au combat. Poundmaker retourne chez les Cris après avoir vécu quelque temps parmi les Pieds-Noirs, tout en continuant à entretenir une amitié avec son père adoptif.

Photographie en noir et blanc de Poundmaker debout devant un tipi avec un bonnet de fourrure, une chemise, une veste, une couverture autour de la taille et des mocassins. Sa femme se tient à ses côtés, vêtue d’une robe et d’une couverture jetée sur les épaules

Pîhtokahanapiwiyin (Poundmaker, à droite, avec sa femme, vers 1884. (a066596)

Photographie en noir et blanc d’Isapo-Muxika (Pied-de-Corbeau) assis, tenant un éventail en plumes d’aigle et portant une chemise de peau ornée de fourrure et de perles ou de plumes.

Isapo-Muxika (Pied-de-Corbeau) en 1886. (c001871)

En août 1876, Poundmaker devenu chef participe aux négociations du Traité no 6. Il réussit à faire ajouter au traité une clause sur la famine, par laquelle le gouvernement canadien s’engage à fournir des rations aux nations signataires en cas de pénurie alimentaire. Après avoir établi que la majorité de sa bande était en faveur d’un traité, Poundmaker signe l’accord le 23 août 1876. En 1879, il s’installe avec les siens dans une réserve à environ 65 kilomètres (40 milles) à l’ouest de Battleford.

Malgré les colonies qui ne cessaient de s’étendre dans l’Ouest, amenuisant d’autant les terres et le gibier dont dépendaient les Premières Nations pour survivre, Poundmaker exhorte son peuple à demeurer pacifique. Il fait valoir que la guerre n’est plus une option viable et déclare que « notre unique ressource est notre travail, notre industrie, nos fermes ». En 1883, le gouvernement canadien réduit les rations qu’il fournissait aux Premières Nations, et nombre d’entre elles dénoncent le non-respect des promesses faites dans le traité.

En juin 1884, plusieurs bandes se rendent dans la réserve de Poundmaker pour discuter de la situation, notamment Mistahimaskwa (Big Bear) et ses partisans. Plus de 2 000 Cris réunis tiennent alors une danse de la soif (ou danse du soleil), une cérémonie sacrée dans les traditions de nombreuses Nations des Plaines. La Police à cheval du Nord-Ouest tente de disperser les Cris et d’empêcher la danse de la soif. Poundmaker et Big Bear parviennent à maintenir une paix temporaire, mais il est clair que les tensions entre les Premières Nations et les forces policières sont vives et qu’il est de plus en plus difficile de maîtriser les jeunes guerriers des bandes.

En 1885, des représentants des Métis du district de la Saskatchewan, dans les Territoires du Nord-Ouest, écrivent à Louis Riel, qui vit à l’époque sur le territoire du Montana. Eux aussi souffrent de l’expansion des colonies blanches et du manque de reconnaissance de leurs droits par le gouvernement; ils demandent donc à Riel de revenir dans la région pour les aider. Les dirigeants des Cris et d’autres Premières Nations continuent de se rencontrer pour parler de la dégradation de leurs conditions. Vu le déclin des troupeaux de bisons, la chasse ne constitue plus une source fiable de nourriture. La transition vers l’agriculture est difficile, et tant les fermes des Autochtones que celles des colons de la région ne parviennent pas à produire assez de récoltes. De nombreux Cris sont affamés, et leurs chefs cherchent désespérément une solution.

Aux yeux de la presse coloniale blanche, les mouvements des Métis et des Premières Nations sont du pareil au même. Mais dans les faits, s’ils partagent de nombreux griefs, leurs dirigeants sont loin d’être unis. Poundmaker entend faire pression sur le gouvernement canadien par des moyens pacifiques pour qu’il honore les promesses faites dans le traité. Mais alors que la résistance s’organise parmi les Métis, certains membres de la bande de Poundmaker décident de combattre à leurs côtés. Dans des papiers de Louis Riel saisis à Batoche, on a trouvé les versions française et anglaise d’une lettre de Poundmaker en réponse à Riel. Le courrier de Poundmaker a vraisemblablement été traduit du cri au français à l’intention de Riel.

Lettre rédigée à la main en français.

Traductions de la lettre de Poundmaker à Riel, trouvées dans les papiers de Riel saisis à Batoche. (e011303061)

Lettre rédigée à la main en français.

Traductions de la lettre de Poundmaker à Riel, trouvées dans les papiers de Riel saisis à Batoche. (e011303061)

La lettre n’est pas datée. D’après son contenu, on présume qu’elle a été rédigée à la suite de la bataille de Duck Lake, le premier affrontement de la rébellion/résistance du Nord-Ouest, qui opposait la Police à cheval du Nord-Ouest et les forces métisses du commandant Gabriel Dumont. Dans sa lettre, Poundmaker témoigne son respect à Riel, mais il lui dit aussi clairement qu’il n’entend pas se joindre au combat et qu’il est prêt à négocier avec l’armée. La traduction dit ainsi : « Nous avons tous mis bas les armes et nous voulons que la guerre soit finie entre nous. Lorsque le Général sera arrivé, je suis prêt à m’entendre avec lui avec les plus sincères intentions et la plus entière soumission. »

Poundmaker voit une occasion dans la victoire des Métis à Duck Lake. Il veut tirer profit des conditions incertaines dans lesquelles le gouvernement canadien se trouve pour négocier des provisions et des rations. Son peuple en a désespérément besoin, et le gouvernement est obligé de lui en fournir selon le traité. La bande de Poundmaker ainsi qu’une bande de Stoneys-Nakodas qui campaient à ses côtés se rendent à Battleford pour ouvrir des négociations avec l’agent des Indiens. Les colons blancs avaient déserté la ville et s’étaient réfugiés dans le fort auprès de l’agent. Après une journée d’attente, les membres affamés de la bande pillent les maisons désertées de Battleford à la recherche de nourriture, malgré les tentatives de Poundmaker pour les en empêcher. Bien qu’il ait été largement exagéré par la presse à l’époque, le « pillage de Battleford » était un acte de désespoir, et non une action visant à déclencher un conflit.

Après que l’agent des Indiens eut refusé de rencontrer Poundmaker, la bande quitte la ville et installe son campement à Cut Knife Creek. Certains des guerriers érigent au campement un pavillon pour les combattants, signe que ces derniers ont pris le contrôle de la communauté. Pendant ce temps, le lieutenant-colonel William Otter et sa troupe de soldats se rendent à Battleford. Le 31 avril 1885, il met en branle plus de 300 hommes pour attaquer la bande de Poundmaker, en représailles à l’assaut supposé de Battleford. Ils arrivent à Cut Knife Creek le 2 mai. Poundmaker ne participe pas à la bataille qui dure sept heures, jusqu’au retrait d’Otter. Poundmaker convainc les guerriers de ne pas poursuivre l’armée qui bat en retraite, ce qui épargne bien des vies. À la suite de cette attaque, de nombreux guerriers du camp de Poundmaker rejoignent les rangs des forces métisses à Batoche. Le 12 mai, les forces de Riel sont défaites. Apprenant la nouvelle, Poundmaker envoie un message à Battleford pour offrir de négocier la paix. Le major général Frederick Middleton répond qu’il ne négociera pas et demande la capitulation sans condition de Poundmaker. Le 26 mai, Poundmaker accepte de se rendre et se présente à Battleford, où il est arrêté.

Peinture à l’huile d’une foule de membres des Premières Nations, certains debout et d’autres assis, en demi-cercle, avec des tipis en arrière-plan. Le chef Poundmaker est assis sur le sol au centre, une pipe de cérémonie devant lui. Le général Middleton est assis sur une chaise sur la droite, plusieurs soldats debout à ses côtés.

Poundmaker rendant les armes au major général Middleton à Battleford, Saskatchewan, le 26 mai 1885. Peinture à l’huile de R. W. Rutherford, 1887. (e011165548_s1)

Le 17 août 1885, le procès pour trahison de Poundmaker commence à Regina. Il dure deux jours. Nous possédons dans notre collection un compte rendu écrit du témoignage que livra alors Poundmaker. Ces notes ont été retrouvées parmi divers documents, dans une boîte appartenant au fonds du ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien. Malheureusement, l’auteur de ce compte rendu est inconnu.

Page rédigée à la main en anglais.

Compte rendu du témoignage de Poundmaker lors de son procès en 1885. (e011303044)

Poundmaker s’adresse à la cour en cri, mais un interprète traduit ses propos en anglais. Le compte rendu présente ainsi ses mots : « J’ai fait tout ce que j’ai pu pour empêcher un bain de sang. Si j’avais voulu la guerre, je ne serais pas ici maintenant, mais dans la prairie. Vous ne m’avez pas arrêté, je me suis rendu. Vous me détenez parce que je voulais la paix. » Le jury délibère pendant une demi-heure avant de prononcer un verdict de culpabilité. Le juge condamne Poundmaker à trois ans de prison. La décision a un effet immédiatement visible chez ce dernier. Selon l’auteur du compte rendu, après avoir entendu le prononcé de sa peine, Poundmaker déclare : « Pendez-moi maintenant. Je préfère mourir plutôt que d’être enfermé. »

Chez cet homme qui a passé sa vie au grand air à chasser et à guider son peuple, l’incarcération a des conséquences désastreuses. Après seulement une année à la prison de Stony Mountain, Poundmaker est libéré, sa santé s’étant gravement détériorée. Quatre mois plus tard, il meurt d’une hémorragie pulmonaire alors qu’il rend visite à son père adoptif Pied-de-Corbeau dans la réserve des Siksikas.

Rien ne pourra réparer l’injustice de l’emprisonnement de Poundmaker, ni effacer les dommages subis par sa bande et les Cris des Plaines à qui on a ôté un chef. Toutefois, la reconnaissance de cette injustice est une étape vers une meilleure entente entre les peuples autochtones et le reste des Canadiens.

Ce blogue fait partie d’une série portant sur les Initiatives du patrimoine documentaire autochtone. Apprenez-en plus sur la façon dont Bibliothèque et Archives Canada (BAC) améliore l’accès aux collections en lien avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Voyez aussi comment BAC appuie les communautés en matière de préservation d’enregistrements de langue autochtone.


Anna Heffernan est archiviste et chercheure pour Nous sommes là : Voici nos histoires, une initiative de Bibliothèque et Archives Canada visant à numériser le contenu autochtone de ses collections.

Le 50e anniversaire de la Loi sur les langues officielles au Canada

Par Normand Laplante

La Loi sur les langues officielles au Canada célèbre ses 50 ans en juillet 2019! Bibliothèque et Archives Canada possède de nombreux documents d’archives sur la genèse et l’évolution de cette loi importante pour la reconnaissance de la dualité linguistique au Canada.

En 1963, le gouvernement de Lester B. Pearson met sur pied la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme pour « faire enquête et rapport sur l’état présent du bilinguisme et du biculturalisme au Canada et recommander les mesures à prendre pour que la Confédération canadienne se développe d’après le principe de l’égalité entre les deux peuples qui l’ont fondée, compte tenu de l’apport des autres groupes ethniques à l’enrichissement culturel du Canada, ainsi que les mesures à prendre pour sauvegarder cet apport ». Les archives de la Commission témoignent des rencontres des deux coprésidents, André Laurendeau et Davidson Dunton, avec les gouvernements provinciaux, et des audiences publiques tenues en 1964 et 1965 à travers le Canada, dans lesquelles sont présentés plus de 400 mémoires d’individus et d’organisations. Un vaste programme de recherche est également mis en place pour documenter les principaux éléments de discussion. Dans le premier volume de leur rapport final déposé à Chambre des communes en décembre 1967, les membres de la Commission recommandent la création d’une loi fédérale sur les langues officielles, qui serait « la pièce maîtresse de tout programme général de bilinguisme au Canada ».

Une photo en noir et blanc montre deux hommes avec un microphone entre les deux.

André Laurendeau et Davidson Dunton, coprésidents de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme. © Bibliothèque et Archives Canada (a209871).

Dans sa réunion du 26 mars 1968, le Cabinet fédéral approuve la proposition du premier ministre Pearson de faire suite à la recommandation de la Commission et de rédiger un projet de loi sur les langues officielles à être introduit au Parlement au cours de la session parlementaire suivante. Avec pour objectif de renforcer l’unité nationale, cette proposition est l’un des derniers actes de Lester B. Pearson, qui quitte la vie politique en avril 1968, remplacé à la tête du Parti libéral et comme premier ministre du Canada par Pierre Elliott Trudeau. Les délibérations du Cabinet Trudeau sur le nouveau projet de loi sont bien documentées dans les Conclusions du Cabinet pour la période s’étalant d’août 1968 jusqu’à l’entrée en vigueur de la loi en septembre 1969.

Deux pages dactylographiées intitulées « Official Languages Bill ».

Conclusions du Cabinet, réunion du 14 août 1968, pages 6 et 7 (à noter que les conclusions du Cabinet étaient à l’époque rédigées seulement en anglais). © Gouvernement du Canada (e000836640 et e000836641).

Ces documents révèlent certains des enjeux d’envergure nationale pris en considération par le gouvernement dans la formulation du projet de loi, y compris le besoin d’amendements possibles à la Constitution canadienne, la définition de « première langue officielle parlée comme langue maternelle » comme critère pour la création de districts bilingues, et l’utilisation des langues officielles dans le cadre de l’administration de la justice dans les Cours provinciales. Le Cabinet de l’époque se penche également sur les rôles et responsabilités d’un nouveau commissaire aux langues officielles et sur la période de mise en œuvre des provisions de la loi dans la fonction publique fédérale.

La nouvelle Loi sur les langues officielles, qui entre en vigueur le 7 septembre 1969, confirme le statut de l’anglais et du français en tant que deux langues officielles du Canada. Elle reflète l’endossement par le gouvernement Trudeau de plusieurs recommandations de la Commission royale d’enquête. Tous les décrets, règlements, lois, ordonnances et autres documents publics du Parlement canadien et du gouvernement fédéral doivent maintenant être produits dans les deux langues officielles, et il incombe aux ministères, départements et organismes judiciaires ou quasi judiciaires de veiller à ce que le public puisse communiquer avec eux et obtenir leurs services dans les deux langues officielles. Dans le même esprit, toute personne témoignant devant un organisme judiciaire ou quasi judiciaire peut être entendue dans la langue officielle de son choix.

La Loi institue également le poste de commissaire aux langues officielles, redevable directement au Parlement, qui a pour rôle de faire reconnaître le statut de chacune des langues officielles et de faire respecter l’esprit de la loi dans l’administration des affaires du Parlement et du gouvernement canadien. Le commissaire a l’autorité d’enquêter sur les plaintes du public concernant l’application de la loi, de mener des études qu’il juge nécessaire, et il doit faire un rapport annuel sur le statut de la loi au Parlement. Keith Spicer devient, en 1970, le premier commissaire aux langues officielles, pour un mandat de sept ans.

Une reproduction en couleur d’une page de la trousse d’étude sur le bilinguisme avec une histoire de deux enfants apprenant le français / anglais et un dessing de deux enfants en train de remercier M. Spicer.

Une page tiré de la trousse d’étude « Oh Canada » parut en 1971. © Gouvernement du Canada (e011163973)

Maxwell Yalden (1977-1984), D’Iberville Fortier (1984-1991), Victor Goldbloom (1991-1999), Dyane Adam (1999-2006), Graham Fraser (2006-2016), Ghislaine Saikaley (par intérim, 2016-2018) et Raymond Théberge (depuis 2018) lui succéderont au poste de commissaire.

La Loi donne par ailleurs au gouvernement fédéral le pouvoir de désigner des districts bilingues, concept suggéré par la Commission, au sein desquels des bureaux fédéraux doivent offrir des services bilingues. Les démarcations de ces régions devaient être déterminées par le Conseil consultatif des districts bilingues. Cette section de la Loi n’a cependant jamais été mise en application. Malgré les recommandations de deux itérations du Conseil en 1971 et en 1975, le gouvernement abandonne le concept de districts bilingues, le considérant comme non viable dans un contexte où un consensus sur les délimitations de ces territoires s’avère impossible à recueillir.

La proclamation de la nouvelle Loi constitutionnelle de 1982 et de sa Charte canadienne des droits et libertés mènera à une modernisation de la Loi sur les langues officielles. La Charte enchâsse les droits linguistiques des Canadiens. Elle garantit la protection du français et de l’anglais en tant que langues officielles du Canada et du Nouveau-Brunswick ainsi que le droit à l’instruction dans la langue de la minorité aux communautés francophones hors Québec et à la communauté anglophone du Québec. En 1988, le gouvernement canadien adopte la nouvelle Loi sur les langues officielles qui définit plus précisément les garanties linguistiques constitutionnelles de même que le rôle et les responsabilités du gouvernement fédéral pour soutenir ces droits, y compris les services offerts à la population canadienne et les recours judiciaires possibles pour non-respect de la loi, et l’usage effectif des deux langues officielles dans le milieu de travail de la fonction publique fédérale.

Une reproduction couleur de la Charte avec un morceau de ruban gommé dans le coin gauche. Les armoiries du Canada figurent au centre dans le haut de la page, avec en dessous le titre et le drapeau canadien flanqué de silhouettes des deux côtés. Au bas, on voit une illustration de l’édifice du Parlement. Le texte de la Charte est affiché sur quatre colonnes.

Charte canadienne des droits et libertés, fonds Robert Stacey. © Gouvernement du Canada (e010758222_s1).

La partie VII de la nouvelle Loi énonce l’engagement du gouvernement fédéral, par des mesures positives, à favoriser l’épanouissement des communautés de langue officielle en situation minoritaire et à appuyer leur développement, ainsi qu’à promouvoir de façon importante le français et l’anglais dans la société canadienne.

Pour en connaître plus sur…

La Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme :

Les Conclusions du Cabinet :

La Loi sur les langues officielles :


Normand Laplante est archiviste principal à la Division des archives privées de la vie sociale et de la culture de la Direction générale des archives de Bibliothèque et Archives Canada.

Judith-Pauline White, photographe du Nunatsiavut

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.Par Heather Campbell

Photographie noir et blanc d’une Inuite faisant face à l’appareil photo. La jeune fille porte un amauti blanc (un manteau de femme ou de fille muni d’un grand capuchon) et se tient devant un bâtiment, tandis qu’une femme regarde par une fenêtre derrière elle.

Jeune Inuite devant un bâtiment; une femme regarde par une fenêtre derrière elle, entre 1900 et 1950. (e011307844)

Judith-Pauline White (née Hunter) est une Inuite née en 1905 à Hebron, Terre-Neuve (maintenant Terre-Neuve-et-Labrador), environ 200 kilomètres au nord de Nain, au Labrador. En 1922, elle épouse un propriétaire de poste de traite bien connu, Richard White, et devient ainsi la belle-mère de la fille de White. Le couple aura cinq enfants. Le poste de traite Richard (Dick) White, qui est devenu un édifice patrimonial, est situé à Kauk, environ 4 kilomètres au sud de Nain et 34 kilomètres au nord de la baie de Voisey.

Mme White, une photographe amateur, prend des photos dans la région à partir des années 1920. Dans les années 1950, elle rencontre l’anthropologue Alika Podolinsky Webber, venue au Labrador pour mener des recherches dans le cadre de sa thèse sur l’art des Innus Mushuau (de la Nation innue). Podolinsky Webber se rend à Kauk, car ce poste de traite est un lieu de rencontre pour les Innus et les Inuits sur la côte nord du Labrador.

Mme White expédie des documents à Podolinsky Webber après le décès de Richard White, en 1960. Ces documents comprennent des photographies et des négatifs de plus de 200 scènes de la vie quotidienne et des environs du poste de traite. Les photographies prises par White (voir les niveaux hiérarchiques inférieurs) représentent des Innus et des Inuits, et constituent des documents visuels authentiques de la vie au Labrador des années 1920 aux années 1950. Cette mine d’information, bien dissimulée pendant des décennies avant d’être offerte à Bibliothèque et Archives Canada en 2007, est maintenant accessible au public.

Une photographie noir et blanc d’un Innu regardant l’appareil photo, vêtu de vêtements traditionnels et assis sur une pile de provisions. À l’arrière-plan, plusieurs personnes se tiennent debout devant une maison de couleur foncée percée de deux petites fenêtres.

Innus en déplacement entre 1925 et 1940. (e011305800)

Étant moi-même une Inuite du Nunatsiavut, une artiste et une ancienne conservatrice, je m’intéresse beaucoup à la vie et à l’œuvre de cette photographe. Je ne peux m’empêcher de penser au célèbre photographe inuit Peter Pitseolak, de Cape Dorset. Avec ses instantanés de la vie inuite pris dans les années 1940 et 1950, il fut l’un des premiers Inuits à tourner l’appareil photo vers sa propre communauté, au lieu de faire lui-même l’objet d’études ethnographiques. À l’insu de Pitseolak et de ceux qui ont suivi ses traces, quelque part au Nunatsiavut, une femme inuite prenait elle aussi des photos de la vie quotidienne. Pourquoi n’avons-nous jamais entendu parler d’elle?

La chercheuse inuite Heather Igloliorte explique dans le numéro automne-hiver 2015 de la revue Inuit Art Quarterly que, lorsque Terre-Neuve a joint la Confédération en 1949, la Loi sur les Indiens excluait les Inuits du Nunatsiavut :

Les artistes inuits du Labrador ont malheureusement été exclus de presque tous les projets découlant des efforts concertés de James Houston (qui a « découvert » l’art inuit moderne), du gouvernement, de la Canadian Guild of Crafts, de la Compagnie de la Baie d’Hudson et de bien d’autres intervenants, car il a fallu attendre des décennies avant que le gouvernement fédéral ne reconnaisse officiellement qu’il y avait des Inuits au Labrador. Nous n’avons établi aucun studio ou coopérative, ni tissé de relations avec le milieu des arts dans le sud du Canada, ni développé de marchés nationaux ou internationaux pour vendre nos œuvres. Avant 1991, nous n’avions même pas le droit d’utiliser la très répandue « étiquette L’Igloo » pour authentifier nos œuvres. [Traduction]

Une photographie noir et blanc d’une femme debout à la fenêtre d’un bâtiment en bois, portant une robe avec un collet blanc et une chaîne ornée d’une grande croix. Dans le coin inférieur gauche de la fenêtre, un enfant regarde en direction de l’appareil photo.

Femme debout à la fenêtre, vers 1900-1950. (e011307849)

White prenait encore des photos lorsque Terre-Neuve a joint la Confédération. Mais à l’époque, les musées et les expositions ne présentaient pas d’artistes inuits du Nunatsiavut. Ces derniers vendaient leurs œuvres de porte à porte, dans des boutiques d’artisanat locales ou à des visiteurs occasionnels. Nous ne pouvons qu’imaginer comment le milieu de l’art inuit aurait réagi à l’œuvre de White si les gouvernements provincial et fédéral de l’époque avaient soutenu et reconnu les artistes inuits du Nunatsiavut.

Nous sommes reconnaissants envers la succession d’Alika Podolinsky Webber pour son précieux don. Ce témoignage visuel de la passion de Judith-Pauline White pour la photographie, et de sa volonté de documenter la culture des Innus et des Inuits du Labrador, est maintenant accessible en ligne pour le grand public.

Une photographie noir et blanc d’un Innu avec trois membres de sa famille. Les hommes et un jeune garçon portent un manteau et des mitaines en fourrure. Il y a une tente et des arbres à l’arrière-plan.

Un Innu nommé Pasna et sa famille, vers 1920-1940. (e008299593)

Allez visiter le site Flickr pour voir une plus grande sélection des photos de Judith-Pauline White.

Ce blogue fait partie d’une série portant sur les Initiatives du patrimoine documentaire autochtone. Apprenez-en plus sur la façon dont Bibliothèque et Archives Canada (BAC) améliore l’accès aux collections en lien avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Voyez aussi comment BAC appuie les communautés en matière de préservation d’enregistrements de langue autochtone.


Heather Campbell travaille comme archiviste à la Direction générale des services au public de Bibliothèque et Archives Canada.

Dave Heath : sexualité, mort et autres démons

Par Lisandra Cortina de la Noval

 « Ses thèmes de prédilection sont l’éros et Dieu, ou les mystères de la femme et de la mort. »

Cynthia Ozick

Séquence de deux photographies du visage de l’artiste Dave Heath portant des lunettes.

Diptyque de Dave Heath, 2005, par Michael Schreier (e008299923)

Qui est Dave Heath?

Le regretté David Martin Heath est né le 27 juin 1931 à Philadelphie, en Pennsylvanie. Abandonné par ses parents à l’âge de 4 ans et rejeté par le reste de sa famille, Heath grandit dans divers foyers d’accueil juifs avant d’être placé dans un orphelinat à l’âge de 12 ans. Trois ans plus tard, il commence à s’adonner à la photographie pour tromper l’ennui, amorçant une longue et brillante carrière qui fera de lui une figure marquante de la photographie moderne. En 1970, il immigre au Canada et s’installe à Toronto.

Un autodidacte en bonne partie, Heath a été photographe, graveur, écrivain, critique, éditeur et professeur. Surtout connu pour son livre A Dialogue with Solitude [Un dialogue avec la solitude] publié en 1965, il a expérimenté avec différentes formes d’expression artistique : la traditionnelle chambre noire, les diaporamas, la technologie Polaroid, la photographie couleur numérique et les journaux artistiques. Les journaux de Heath, échelonnés de 1974 à 2016, font maintenant partie de la collection de Bibliothèque et Archives Canada.

Marchant dans les traces de Walker Evans et Robert Frank, Heath considère la séquence photographique comme une forme d’art et place la relation entre les mots et les images au centre de son œuvre. Dans l’un de ses journaux, Heath compare la photographie à de la « poésie sans mots ». Bien qu’extrêmement personnel, son art demeure une exploration de la condition humaine.

Une âme douce mais tourmentée

D’une nature solitaire, Heath mènera sa vie comme un perpétuel combat. L’abandon vécu durant sa prime enfance, par sa mère en particulier, ouvre en lui une brèche qu’il sera incapable de combler, même à l’âge adulte. Adopter le prénom « Dave » a été pour lui une façon de se redonner la place, la présence et l’identité si essentielles qu’on lui a refusées lorsqu’il était enfant. Ce prénom deviendra son nom d’artiste.

Malgré ses blessures liées à l’abandon et son incapacité à communiquer avec les autres ou à entretenir des relations durables, Heath témoigne dans son art de son amour pour les femmes. Dans un de ses journaux, il se demande : « Cet intérêt récurrent pour la femme dans mon œuvre serait-il un moyen de fuir le traumatisme originel en cherchant à comprendre la femme, à dévoiler son mystère afin qu’elle devienne rassurante plutôt que dangereuse, la transformant ainsi en quelque chose de gratifiant en soi, une œuvre d’art? » Cette interrogation pourrait expliquer sa fascination pour le corps de la femme, les seins en particulier, perçus non seulement comme objets sexuels, mais aussi comme « source de chaleur aimante et cœur d’une femme — indulgents, réconfortants, consolants et vivifiants » (auto-entrevue par le peintre Paul Matthews, 26 septembre 2006, citée dans un de ses journaux). La sexualité est pour lui une étincelle artistique. Il crée et rassemble au fil des ans une impressionnante collection d’images érotiques. Son dernier livre, Eros and the Wounded Self [Éros et l’ego blessé], réunit une sélection de ses photos Polaroid de femmes.

Être solitaire, Heath compte très peu d’amis, qu’il aime toutefois profondément. Ses journaux laissent transparaître une âme douce, un homme qui n’hésite jamais à aider ses amis et collègues artistes, financièrement et psychologiquement. Comme il l’a écrit dans l’un de ses journaux, « il faut persévérer sans aucune garantie de reconnaissance, de célébrité, de fortune ou de postérité. Tel est le fardeau de celui qui est un véritable artiste et non une imitation trompeuse. »

“Waiting for the end, boys, waiting for the end” [« Attendre la fin, les gars, attendre la fin »]

(tiré de « Just A Smack At Auden », poème de William Empson cité dans un journal de Dave Heath)

« On vit, on meurt. La mort et l’oubli sont notre véritable destinée. »

Dave Heath

La mort est largement représentée dans l’œuvre de Heath, mais pas sous la forme traditionnelle de « la crainte de mourir ». Il avoue penser à la mort depuis l’âge de sept ans, voire de quatre ans, quand sa mère l’a abandonné. Son œuvre, fondée sur un sentiment de perte immense, explore le caractère inéluctable de la mort. Nous sommes tous voués à la mort, mais ce qui importe réellement pour Heath, c’est ce que nous faisons avant de mourir, ce que nous sommes capables d’accomplir durant notre vie : un legs pour déjouer l’oubli.

Les dernières années de Heath sont une véritable course contre la mort, alors qu’il travaille sans relâche pour achever ses dernières œuvres, son chant du cygne. Malgré quelques problèmes de santé, il réussit à terminer et à publier ses deux derniers livres : Dave Heath’s Art Show [L’exposition visuelle de Dave Heath] (2007), montrant une sélection de ses photographies numériques, et Eros and the Wounded Self (2010).

Heath est mort le 27 juin 2016, le jour de son 85e anniversaire, dans sa résidence de Toronto. Toute sa vie, il a voulu effacer la souillure du rejet grâce à la création artistique. « Cela a toujours été mon souhait, mon intention, mon désir, mon ambition, que mon œuvre soit la trace de mon passage sur terre, le véritable mémorial de ma venue ici-bas », a-t-il écrit dans l’un de ses journaux.

Si vous passez dans la région de la capitale nationale cet été et que vous souhaitez voir son œuvre, visitez l’exposition Multitude, Solitude. Les photographies de Dave Heath au Musée des beaux-arts du Canada, présentée jusqu’au 2 septembre 2019.


Lisandra Cortina de la Noval est archiviste en photographie à la Division des archives privées de la vie sociale et de la culture à Bibliothèque et Archives Canada.

Images de boulangeries maintenant sur Flickr

Qui n’aime pas les boulangeries? L’odeur du beurre et du sucre, la vue des miches de pain et des pâtisseries alignées derrière les comptoirs vitrés sont incroyablement alléchantes.

Quatre vitrines garnies de produits de boulangerie-pâtisserie forment un long comptoir. De grandes tablettes en bois avec un miroir au milieu sont recouvertes de boîtes. Le plancher présente un motif en damier.

Boulangerie Hunts, Toronto (Ontario) (a068155)

Il y a eu des boulangeries tout au fil de l’histoire. Les armées avaient des boulangeries de campagne, et des boulangeries étaient prévues dans les plans des forts. Un peu partout, les familles avaient accès à des fours à pain extérieurs ou communautaires. Beaucoup de nouveaux immigrants ont ouvert des boulangeries et apporté avec eux des recettes de leur pays d’origine.

Trois enfants regardent leur mère qui retire un pain d’un four extérieur en brique. À l’arrière-plan, on peut voir une maison et un champ.

Du pain cuisant dans un four en extérieur (e011175772)

Dans une rue résidentielle, un cheval tire un chariot sur lequel figurent les mots « Quality », « Wonder Bakeries Limited » et l’image d’une miche de pain Wonder Bread.

Chariot de livraison, Wonder Bakeries Limited (PA-060334)

La boulange a énormément changé au cours du siècle dernier, de grandes quantités de pain sont aujourd’hui produites en usine grâce à la mécanisation. Mais les petites boulangeries de quartier existent toujours et font partie du paysage urbain. Un boulanger favori ou une grande usine peut être emblématique. Ces photos racontent la petite histoire de l’immigration, des boulangeries familiales, des petites entreprises et des grandes usines.

Un bâtiment en bois porte la mention « Café Royal and Bakery ». Trois serveurs et quatre clients se tiennent debout sur le trottoir de bois, devant le bâtiment.

Café Royal & Bakery (PA-013518)

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Charles Gimpel et l’Arctique canadien – 1958-1968

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.Cet article renferme de la terminologie et des contenus à caractère historique que certains pourraient considérer comme offensants, notamment au chapitre du langage utilisé pour désigner des groupes raciaux, ethniques et culturels. Pour en savoir plus, consultez notre Mise en garde — terminologie historique.

par Miranda Virginillo

Photographe et collectionneur d’œuvres d’art anglais, Charles Gimpel s’est souvent rendu dans l’Arctique canadien, entre 1958 et 1968, pour immortaliser la vie inuite. En 1958, la Compagnie de la Baie d’Hudson a financé ses déplacements de Winnipeg à Churchill, au Manitoba, et vers différents ports dans le bassin Foxe et au nord de la baie d’Hudson. En contrepartie, l’artiste a pris pour la Compagnie des photographies de ses magasins et des produits utilisés à Kangiqtiniq (Rankin Inlet), à Igluligaarjuk (Chesterfield Inlet), à Pangnirtung et ailleurs. Le ministère des Affaires du Nord et des Ressources naturelles du Canada a ensuite subventionné, à divers degrés, d’autres séjours de l’artiste en Arctique.

Les commanditaires de Gimpel déterminaient largement la nature de ses activités dans les Territoires du Nord-Ouest (aujourd’hui le Nunavut). La correspondance, les articles, les journaux, les carnets et les nombreuses diapositives composant le fonds Charles Gimpel témoignent du début d’une ère de production artistique dans l’Arctique canadien. Les carnets du premier voyage de Gimpel, en 1958, décrivent en détail ses activités, mais aussi les personnes et les choses qui influenceront le reste de sa carrière. Les carnets et les photographies de Gimpel décrivent les endroits visités, les personnes rencontrées et ses conversations avec elles.

Photographie couleur de Kove, un Inuit, et de Charles Gimpel, tous deux vêtus d’une parka en fourrure brun et blanc. La photo est très floue à cause d’une tempête de neige.

: Charles Gimpel (à droite), dont le surnom inuit était « Ukjuk », accompagné de Kove, son ami et guide, pendant une tempête de neige près d’Inuksugalait (Inuksuk Point, Enukso Point), ou possiblement Kinngait (Cape Dorset), en mai 1968. (e011212607)

Dans le cadre d’un stage étudiant à l’Université Carleton, j’ai relevé les lieux où Gimpel s’est rendu et les personnes qu’il a rencontrées durant ses périples, déchiffré ses carnets rédigés selon sa sténographie personnelle et identifié l’endroit que représentait une carte dessinée à la main. La première tâche n’était pas une mince affaire. Le trajet en train de Gimpel entre Winnipeg et Churchill a duré cinq jours et le voyageur s’intéressait à tous ceux qu’il croisait. Lors de son premier voyage en solo, il a noté des renseignements de diverses natures sur environ 40 personnes dont il a cité le nom, et sur beaucoup d’autres restées anonymes.

En m’attardant aux notes de Gimpel, j’ai constaté qu’elles suivaient toujours le même modèle : date, lieu, détails sur le film, sujets et – ajouté plus tard – le code à quatre chiffres attribué au rouleau de pellicule dans sa collection. Par exemple, « 6241 » signifie « rouleau 41 de l’année 1962 ».

La carte indique un ensemble d’inukshuks à Inuksugalait (Inuksuk Point, Enukso Point). Les inukshuks sont des cairns marquant un endroit pour autrui ou pour soi-même. Ils ont plusieurs fonctions, servant notamment à se repérer dans les déplacements ou à indiquer un bon coin de pêche ou une cache de nourriture.

Gimpel a consigné en pieds la taille des inukshuks et la distance entre eux. Il a aussi nommé ces empilements de pierres d’après ses amis et compagnons. Ainsi, les plus petits ont reçu le nom d’enfants qu’il a rencontrés dans ses aventures : Nuvuolia (Nuvuoliak, Nuvoalia), Irhalook, son frère adoptif, et Iali, le fils de Kove. Quant aux plus grands, Gimpel leur a donné le nom de ses interprètes – Pingwartok et Johanessie – et d’un sculpteur, Tunu. Le photographe a même donné son propre surnom inuit, « Ukjuk » ou « phoque barbu », à un des inukshuks.

Carte dessinée à la main, sur papier blanc dans un carnet à spirale, composée de points rouges reliés par des traits noirs. Il y a les noms des inukshuks, des chiffres entre parenthèses, ainsi qu’une boussole indiquant les points cardinaux.

Carte indiquant les inukshuks à Inuksuk Point, à la page 10 d’un carnet daté de 1964. (e011307430)

À la fin de son journal de 1958, Gimpel note sa rencontre avec James (Jim) Houston, rencontre qui a raffermi son intérêt pour l’Arctique canadien jusqu’à la fin de sa vie. Au cours de la décennie qui a suivi, les deux hommes ont travaillé de concert avec Terry Ryan, de la West Baffin Island Eskimo Co-operative (WBIEC), ainsi qu’avec les dirigeants d’autres coopératives dans l’Arctique, pour développer le potentiel économique de la filière artistique chez les Inuits.

Gimpel a fourni à différents lieux d’exposition, comme le musée d’art Gimpel Fils (Londres), la Smithsonian Institution (Washington) et le musée national Bezalel (Jérusalem), des œuvres d’art provenant de Kinngait (Cape Dorset), d’Iqaluit (anciennement Frobisher Bay) et de campements environnants. Les photographies de Gimpel, prises lors de ses séjours de 1964 et 1968, montrent des sculpteurs sur pierre au travail, à Iqaluit et à la WBIEC.

Photographie couleur d’un homme inuit portant une veste et une casquette foncées, en train de sculpter des statues blanches.

Henry Evaluardjuk en train de sculpter, Iqaluit, avril 1964. (e011212063)

Photographie couleur montrant un homme inuit assis derrière une sculpture de pierre et des outils.

Sculpteur anonyme à Iqaluit, en avril 1964. (e011212065)

Gimpel a fait ses voyages dans l’Arctique au moment où de nombreuses personnes dans le sud du Canada et ailleurs dans le monde découvrent l’art et la culture uniques des Inuits. Ses journaux et ses photographies de cette époque sont désormais accessibles en ligne. Le fonds Rosemary Gilliat Eaton, le fonds James Houston et la série Conseil canadien des arts esquimaux, qui font partie du fonds du ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien, rendent compte de ce moment important de l’histoire.

Ce blogue fait partie d’une série portant sur les Initiatives du patrimoine documentaire autochtone. Apprenez-en plus sur la façon dont Bibliothèque et Archives Canada (BAC) améliore l’accès aux collections en lien avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Voyez aussi comment BAC appuie les communautés en matière de préservation d’enregistrements de langue autochtone.


Étudiante à l’École des arts et de la culture de l’Université Carleton, Miranda Virginillo est stagiaire de premier cycle à la Direction générale des services au public de Bibliothèque et Archives Canada.

Images de fleurs d’Agnes Chamberlin maintenant sur Flickr

Agnes Chamberlin (née Dunbar Moodie, auparavant Fitzgibbon) vient d’une famille d’écrivains. Sa mère Susanna Moodie et sa tante Catharine Parr Traill sont connues pour leurs textes sur la vie des pionniers en Ontario, ayant respectivement écrit les classiques Roughing it in the Bush et The Backwoods of Canada.

Deux nénuphars blancs (l’un ouvert, l’autre fermé) et deux jaunes (l’un ouvert, l’autre fermé) sur un lit de feuilles vertes.

Canadian Wild Flowers, lithographie VIII (e011308817)

 

Aidée de sa mère, Agnes Chamberlin apprend à peindre, avant de mettre son talent au service de la littérature : en 1863, elle commence à illustrer un livre sur les fleurs du Canada rédigé par sa tante.

Quatre roses blanches sauvages sur un lit de petites feuilles vertes, entourées de petites fleurs blanches.

Canadian Wild Flowers, lithographie VII (e008300821)

Après la mort de son premier mari, elle doit subvenir aux besoins de sa famille; en collaboration avec sa tante, elle publie alors Canadian Wildflowers, un ouvrage de botanique illustré combinant les textes de Catharine Parr Traill à ses propres lithographies colorées à la main.

Deux cypripède royaux dressés, entourés de larges feuilles vertes, d’un lis orange ouvert et d’un autre en bouton, et de petites campanules bleues à feuilles rondes.

Canadian Wild Flowers, lithographie V (e011183290)

Le livre, encensé pour la précision de ses illustrations, connaît un succès retentissant. Entre 1868 et 1895, le duo en publie quatre éditions, toutes illustrées par Agnes Chamberlin. Il s’agit d’un des premiers grands ouvrages illustrés entièrement imprimés et publiés au Canada.

Un trille rouge dressé, entouré de larges feuilles vertes, de petites fleurs violettes, de fleurs roses en forme de grains de maïs et de petites fleurs blanches étoilées.

Canadian Wild Flowers, lithographie IV (e011308814)

Par la suite, Chamberlin réalisera un autre livre avec sa tante, Studies of Plant Life, et exposera son travail à Philadelphie (États-Unis) ainsi qu’en Angleterre et au Canada.

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Sélection d’archives portant sur le jour J et la campagne de Normandie (6 juin – 30 août 1944)

Par Alex Comber

Dans la première partie de cet article, nous avons souligné le 75e anniversaire du jour J et revisité la participation du Canada à l’invasion du Nord-Ouest de l’Europe et au reste de la campagne de Normandie, du 6 juin au 30 août 1944. Dans la deuxième, nous allons explorer des collections exceptionnelles de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) qui concernent ce pan d’histoire, et présenter des archives que les internautes peuvent consulter facilement, notamment grâce à des activités de sensibilisation, à des projets de numérisation ciblés de grande envergure et aux nouveaux Numéri-Lab et Co-Lab de BAC.

Image en noir et blanc, tirée d’un film, où l’on voit des soldats sortir d’une péniche de débarquement.

Image des actualités filmées de l’Armée canadienne no 33, qui comprennent une séquence sur le débarquement des Canadiens le 6 juin 1944, dit le jour J.

Nous recevons souvent des demandes de référence concernant nos collections de photos, comme celles de l’Unité de film et de photographie de l’Armée canadienne, qui ont immortalisé le débarquement des troupes lors du jour J, il y a 75 ans. Au fil de la campagne de Normandie, l’Unité a continué de produire des documents visuels qui donnent une meilleure idée des opérations au front que ne le faisaient les photographies officielles des conflits précédents. Les séquences de tournage étaient intégrées aux actualités filmées que l’Armée canadienne diffusait sur son territoire, et certaines d’entre elles, comme celle du jour J ci-dessus, ont aussi été présentées dans d’autres pays.

Les photographes de l’Armée et de la Marine utilisaient des appareils noir et blanc et des appareils couleur. Leurs splendides images en couleur sont réunies dans les séries ZK (Armée de terre) et CT (Marine).

Photographie couleur d’un véhicule blindé armé d’un gros canon.

Un Centaur (char britannique de soutien rapproché armé d’un obusier) appuyant les Canadiens pendant la campagne de Normandie. (e010750628)

Certaines des images les plus célèbres de militaires canadiens en Normandie ont été intégrées à la série de l’Armée classée par ordre numérique, qui comptait plus de 60 000 photos au terme des hostilités. Les albums photo créés pendant la Seconde Guerre mondiale pour répondre aux demandes de reproduction peuvent aider à s’orienter dans cette montagne de documents. En feuilletant ces « albums rouges », comme les surnomment les chercheurs à nos locaux d’Ottawa, les visiteurs découvriront un compte rendu journalier, sous forme visuelle, des activités de l’Armée canadienne durant le conflit. Nous avons récemment numérisé les albums imprimés 74, 75, 76 et 77, qui montrent les événements qui se sont déroulés en France du 6 juin à la mi-août 1944.

Une page de photographies noir et blanc montrant une péniche de débarquement, des défenses ennemies détruites, des habitations et des sites de débarquement sur la plage.

Une page du 74e des 110 albums imprimés de l’Armée, où l’on voit des photographies prises tout juste après le débarquement (e011217614).

BAC possède également quantité de documents textuels sur la période allant de juin à août 1944. L’une des collections les plus importantes est composée des journaux de guerre d’unités canadiennes ayant participé à la campagne. Les unités outremer, alors tenues de consigner leurs activités quotidiennes aux fins de documentation, y résumaient habituellement leurs entraînements, leurs préparatifs, leurs opérations et les événements d’importance. Les journaux de la Seconde Guerre mondiale contiennent souvent le nom des soldats tués ou grièvement blessés. Les officiers ajoutaient en annexe de l’information supplémentaire : rapports, cartes de campagne, bulletins de leur unité et autres documents importants.

Nous avons d’ailleurs commencé à numériser et à mettre en ligne certains de ces journaux. Celui du 1er Bataillon canadien de parachutistes (MIKAN 928089, divisé en deux fichiers PDF) est particulièrement fascinant; les soldats de ce bataillon, qui ont pris part à l’opération Tonga avec la 6e Division aéroportée britannique, ont été les premiers Canadiens à entrer en action lors du jour J.

Image numérisée en couleur d’un compte rendu tapuscrit des opérations du jour J.

: Rapport du 6 juin 1944 dans le journal de guerre du 1er Bataillon canadien de parachutistes, où il est question des objectifs de l’unité pendant l’opération Overlord du jour J (e011268052).

Les journaux de guerre des unités de commandement et de quartiers généraux sont eux aussi d’importantes sources d’information, car ils expliquent la réussite ou l’échec d’une opération militaire. Ils contiennent en outre des documents d’unités subalternes. Parmi les journaux dont la numérisation est en cours figure celui du quartier général de la 3e division d’infanterie canadienne pour la période de juin et juillet 1944.

Image numérisée en couleur d’un compte rendu tapuscrit des opérations du jour J.

Première partie d’un long passage sur les opérations du jour J dans les rapports quotidiens d’un journal de guerre pour le début du mois de juin 1944 (e999919600).

BAC entrepose également tous les dossiers du personnel de l’Armée active du Canada (Armée canadienne outremer), de la Marine royale du Canada et de l’Aviation royale du Canada pour la période de la Seconde Guerre mondiale. Les dossiers de service de quelque 44 000 hommes et femmes morts en service de 1939 à 1947, dont plus de 5 000 pendant la campagne de Normandie, sont accessibles au public. Dans le cadre d’un partenariat avec Ancestry.ca, une partie de chacun des dossiers a été numérisée, puis mise en ligne sur ce site, où tous les Canadiens peuvent les consulter. Pour savoir comment vous inscrire gratuitement et accéder aux documents, suivez les instructions sur notre site Web.

Ces archives revêtent une grande valeur sur les plans généalogique et historique. Comme le montrent les documents suivants, elles gardent toute leur pertinence et constituent des témoignages touchants sur les hommes et les femmes qui ont servi pendant le conflit et leur famille.

Document médical présentant un schéma des dents supérieures et inférieures, avec des notes indiquant les dents manquantes et les interventions effectuées.

Le soldat Ralph T. Ferns, de Toronto, a disparu le 14 août 1944, victime d’un tir ami. Son unité d’infanterie, le Régiment Royal du Canada, a été ciblée accidentellement par l’aviation alliée alors qu’elle se déplaçait pour participer à l’opération Tractable, au sud de Caen. Soixante ans plus tard, les ossements du soldat Ferns ont été découverts près du Haut Mesnil, en France. Le ministère de la Défense nationale, grâce à son Programme d’identification des pertes militaires, a pu confirmer l’identité du défunt. Les documents médicaux dans son dossier de service, notamment son dossier dentaire, ont été très utiles à cette fin. Ralph T. Ferns a été inhumé avec tous les honneurs militaires au cimetière de guerre canadien de Bretteville-sur-Laize, en 2008, en présence de sa famille.

Réponse officielle, écrite en français en juillet 1948, à la demande soumise par la famille d’Alexis Albert, du North Shore (New Brunswick) Regiment, dans le but de communiquer avec ceux qui entretenaient la tombe du défunt soldat.

Le soldat Alexis Albert, du North Shore (New Brunswick) Regiment, est tombé au combat en France le 11 juin 1944. Quatre ans plus tard, son père Bruno, qui vivait à Caraquet (Nouveau-Brunswick), a demandé l’adresse de la famille qui entretenait soigneusement sa tombe au cimetière militaire canadien de Bény-sur-Mer, en Normandie, pour l’en remercier. Le directeur des Archives des services de guerre (ministère des Anciens Combattants) a fourni cette réponse, qui a permis aux proches du défunt de communiquer avec la famille française.

Ce ne sont là que quelques exemples des archives de BAC portant sur l’action des militaires canadiens en France entre le 6 juin et la fin août 1944. Notre outil Recherche dans la collection vous aidera à trouver bien d’autres sources précieuses pour explorer la planification et la logistique derrière les opérations militaires des Canadiens en France, approfondir vos recherches sur les événements eux-mêmes et découvrir des histoires personnelles d’adversité, de triomphe, de souffrance et de perte.

Photographie en noir et blanc montrant la grande Croix du Sacrifice et plusieurs rangées de pierres tombales de la Commission de l’Empire pour les tombes de guerre (Imperial War Graves Commission).

Cimetière de guerre canadien de Bény-sur-Mer, qui abrite les tombes de 2 000 soldats canadiens ayant péri au début de la campagne de Normandie (e011176110).


Alex Comber est un archiviste militaire au sein de la Division des archives gouvernementales.

Nouveau balado! Écoutez notre plus récente émission, « Les premiers ministres et l’art »

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) présente sa toute dernière émission de baladodiffusion, « Les premiers ministres et l’art ».

Image en couleur d’un buste en tissu qui ressemble au premier ministre John Diefenbaker.

Bibliothèque et Archives Canada est le principal service d’archives pour tous les documents en lien avec les premiers ministres du Canada. En plus de leurs archives politiques, BAC possède plusieurs objets intrigants et insolites, de nature moins officielle.

L’exposition intitulée Les premiers ministres et l’art : créateurs, collectionneurs et muses, mise sur pied par Meaghan Scanlon, invitée pour la cinquième fois à notre balado, et Madeleine Trudeau, elle aussi employée de BAC, rassemble des œuvres d’art, des artefacts, des documents, des objets, des portraits et des photographies qui révèlent une facette peu connue, mais fascinante, de nos anciens premiers ministres.

L’exposition est en cours au 395, rue Wellington, à Ottawa, jusqu’au 3 décembre 2019.

Abonnez-vous à nos émissions de baladodiffusion sur notre fil RSS, iTunes ou Google Play, ou écoutez-les sur notre site Web à Balados – Découvrez Bibliothèque et Archives Canada : votre histoire, votre patrimoine documentaire.

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Pour en savoir plus, écrivez-nous à bac.balados-podcasts.lac@canada.ca.

Les procès de la grève générale de Winnipeg : un nouveau défi Co-Lab

Par David Cuthbert

Cette année, nous soulignons le 100e anniversaire de la grève générale de Winnipeg, qui marqua un tournant dans l’histoire des droits des travailleurs au Canada et ailleurs dans le monde. Dans un billet de blogue récent, ma collègue Kelly Anne Griffin a décrit la lutte de ces quelque 30 000 hommes et femmes de divers horizons qui, pendant six semaines, ont uni leurs voix afin de réclamer le droit à la négociation collective, des salaires décents et davantage de pouvoir pour la classe ouvrière.

L’histoire retient aussi de cette grève le rôle qu’a joué le gouvernement fédéral pour la réprimer, ainsi que les expulsions et poursuites pénales qu’il a ordonnées contre certains chefs de grève à la suite d’accusations fallacieuses. Parmi les nombreux documents liés à la grève générale de Winnipeg que possède Bibliothèque et Archives Canada (BAC), un volumineux dossier en deux volumes du ministère de la Justice apporte des preuves tangibles de l’implication du gouvernement dans cette grève et des réactions populaires face aux arrestations et aux procès des chefs syndicaux. Ce dossier est appelé RG 13 (ministère de la Justice), 1987-88/103, boîte 36, 9-A-1688, « William Ivens and Robert Russell the King Vs. the A/M Regarding the Winnipeg Strike [William Ivens et Robert Russell, le Roi c. A. M. concernant la grève de Winnipeg] ».

Une série de documents numérisés du premier volume sont maintenant disponibles aux fins du plus récent défi Co-Lab de BAC. Co-Lab est un outil de production participative qui invite le public à améliorer la description et la découvrabilité d’archives particulières. En participant à un défi Co-Lab pour ajouter des transcriptions, des traductions, des étiquettes et des descriptions, le public contribue à l’amélioration des outils de recherche de BAC et enrichit l’expérience de tous ceux qui consultent des documents historiques.

Télégramme daté du 29 août 1919 de la Women’s Labor League d’Elmwood, à Winnipeg, au ministre de la Justice condamnant les gestes du gouvernement à l’égard des chefs de grève et demandant leur libération.

Télégramme de la Women’s Labor League [ligue ouvrière féminine] d’Elmwood, à Winnipeg, au ministre de la Justice, 29 août 1919 (e011201449)

Arthur Meighen et Alfred J. Andrews

Le dossier 9-A-1688 du ministère de la Justice a acquis une certaine notoriété parmi les historiens étudiant la grève générale de Winnipeg à la suite de la publication, en 2010, de l’ouvrage de Reinhold Kramer et Tom Mitchell, When the State Trembled: How A.J. Andrews and the Citizens’ Committee Broke the Winnipeg General Strike [Lorsque l’État a tremblé : comment A. J. Andrews et le Citizens’ Committee ont mis fin à la grève générale de Winnipeg]. MM. Kramer et Mitchell ont épluché la correspondance du deuxième volume du dossier et démontré à quel point les interventions du gouvernement fédéral en réponse à la grève avaient été largement orientées par des représentants du Citizens’ Committee of One Thousand [le Comité des 1 000 citoyens], un groupe privé mis sur pied par l’élite commerçante et dirigeante de Winnipeg dans le but de casser la grève.

La figure d’A. J. Andrews, éminent avocat local et ancien maire de Winnipeg, émerge comme principal stratège du Comité des 1 000. Après avoir convaincu le ministre de la Justice par intérim Arthur Meighen de le nommer représentant non officiel du ministère fédéral de la Justice, M. Andrews envoie de fréquents rapports au ministre Meighen sur ce qui se passe à Winnipeg. Il soutient que des révolutionnaires étrangers sont à l’origine de la grève et il presse le gouvernement fédéral de prendre des mesures fermes. Il perçoit la grève comme une occasion politique de vaincre le mouvement ouvrier et il tente de contrecarrer toute négociation avec le Comité central de grève.

Meighen se montre tout d’abord réticent à l’idée d’empiéter sur les champs de compétence des autorités municipales et provinciales en intervenant dans le conflit. Encouragé en ce sens par M. Andrews, le ministre Meighen apporte néanmoins des modifications à la Loi sur l’immigration pour autoriser l’expulsion d’immigrants natifs du Royaume-Uni soupçonnés d’activités subversives. Ces modifications permettent au gouvernement de cibler quelques chefs éminents de la grève, nombre d’entre eux étant des syndicalistes britanniques, qui jouissaient auparavant des mêmes droits que les citoyens canadiens.

Arrestations en pleine nuit

Au petit matin du 17 juin, M. Andrews ordonne à la Royale gendarmerie à cheval du Nord-Ouest et à une brigade de « constables spéciaux » recrutés par le Comité des 1 000 citoyens de faire une descente dans le quartier général du Comité central de grève et les résidences de plusieurs chefs. Les policiers saisissent des documents et des ouvrages comme éléments de preuve et procèdent à l’arrestation des leaders de grève Robert Boyd (R. B.) Russell, William Ivens, George Armstrong, Roger E. Bray, Abraham Albert Heaps, John Queen, Max Charitonoff, Oscar Schoppelrei et Moses Almazoff. D’autres arrestations de personnes perçues comme étant des chefs de grève suivront dans les prochains jours, dont William Pritchard, James Shaver (J. S.) Woodsworth, Samuel Blumenberg et Fred Dixon. Richard J. Johns sera quant à lui arrêté dès son retour en ville.

La première page d’un document tapuscrit énumérant et résumant les documents saisis dans la salle 30 de l’Ukrainian Labour Temple. Les descriptions comprennent des résumés de procès-verbaux de réunions du Comité central de grève.

Une liste de documents confisqués à l’Ukrainian Labour Temple, qui abrite le quartier général du Comité central de grève, après la descente menée par la Royale gendarmerie à cheval du Nord-Ouest au petit matin du 17 juin 1919 (e011201486)

L’arrestation des chefs par l’État suscite immédiatement l’indignation des sympathisants à la cause des travailleurs. Un groupe d’anciens combattants organise une manifestation silencieuse afin de protester contre les arrestations. Cette marche mènera à l’énorme rassemblement sur la rue Main du 21 juin, qui sera le théâtre des événements violents du « samedi sanglant ». Un autre groupe d’anciens combattants soumet une pétition au ministre de la Justice pour réclamer leur propre expulsion du Canada, jugeant que « ce pays n’est plus gouverné selon les valeurs démocratiques pour lesquelles nous nous sommes battus ».

Une pétition datée du 24 juin 1919, s’ouvrant sur une déclaration tapuscrite suivie de colonnes pour la signature, l’adresse et le nombre de personnes dans la famille. Les signatures, adresses et noms des membres de la famille listés sous la déclaration sont manuscrits.

Une pétition signée par d’anciens combattants réclame leur propre expulsion du pays au motif que le Canada n’est plus « gouverné selon les valeurs démocratiques pour lesquelles nous nous sommes battus ». (e011201484)

Une « conspiration séditieuse »

Peu après la détention des chefs de grève, M. Meighen est surpris d’apprendre que M. Andrews souhaite porter des accusations en vertu du Code criminel, et non de la Loi sur l’immigration, contre certains de ces hommes. Aussi longtemps que possible, M. Meighen refuse d’emprunter cette voie. Cependant, la situation change au début juillet avec le retour d’Europe de Charles Doherty, le ministre de la Justice que remplaçait Meighen, en qui M. Andrews trouve une oreille plus réceptive. En fin de compte, seuls les quatre chefs de grève détenus ayant des racines en Europe de l’Est — Blumenberg, Charitonoff, Schoppelrei et Almazoff — seront convoqués à une audience en matière d’immigration, et tous, à l’exception d’Almazoff, seront expulsés.

L’intention d’Andrews de criminaliser la grève devient apparente aux auditions préliminaires de Russell, d’Ivens, d’Armstrong, de Bray, de Heaps, de Queen, de Pritchard et de Johns (les procès de Woodsworth et de Dixon auront lieu plus tard). Chaque homme fait face à six chefs d’accusation pour participation à une conspiration séditieuse et à un chef d’accusation pour nuisance publique. Plus important encore, les accusations ne visent pas uniquement les actes posés par les hommes pendant la grève, mais aussi les idées qu’ils embrassent et les déclarations publiques qu’ils ont faites durant la dernière année. La Couronne, qui nomme M. Andrews comme procureur principal, affirme que les hommes ont contribué à la grève en attisant des conflits entre les classes sociales et en prônant le renversement du gouvernement canadien. Comme Andrews le dira pendant l’audition préliminaire, « ils ont allumé un feu qui brûle toujours ».

Qui plus est, les juges présidant l’audition préliminaire se rangent aux arguments de M. Andrews selon lesquels les huit hommes ne pourront s’empêcher de faire des déclarations publiques et de militer pour leur cause. Dans une décision révoltante, ils refusent de libérer sous caution les chefs syndicaux en attendant leur procès. Même si un appel viendra annuler cette décision un mois plus tard, l’injustice subie par les chefs emprisonnés inspirera un autre mouvement de protestation, lequel est richement documenté dans les fichiers rendus disponibles pour le défi Co-Lab.

Lettre manuscrite sur papier jauni datée du 26 août 1919.

Lettre adressée au ministre de la Justice Charles Doherty par William G. Irwin de Winnipeg (e011201451)

Peu avant le début du procès, prévu pour novembre 1919, la partie plaignante décide de traiter le cas de R. B. Russell séparément des sept autres chefs accusés, en partie pour faciliter la nomination d’un jury plus enclin à le condamner. Il est effectivement déclaré coupable de tous les chefs d’accusation retenus contre lui et condamné à deux ans d’emprisonnement au pénitencier de Stony Mountain. Le procès des sept autres chefs se déroule en janvier 1920, et tous, sauf Heaps, seront condamnés.

La Cour d’appel du Manitoba confirme le verdict de culpabilité de M. Russell. Puisqu’il n’y a aucune opinion divergente à la Cour d’appel provinciale, l’affaire ne peut être portée à la Cour suprême du Canada. Malgré tout, les sympathisants de Robert Russell décident de soumettre son cas au Comité judiciaire du Conseil privé en Grande-Bretagne. Ce dernier hésite à s’immiscer dans une affaire pénale étrangère et de fait, rejettera la pétition pour un nouvel appel même si les documents soumis à l’appui décrivent en détail les accusations et les preuves fournies contre M. Russell et les autres chefs. Ils comprenaient également de longs extraits de la transcription du procès ainsi qu’un résumé de quelques indiscrétions juridiques qui, selon les pétitionnaires, avaient contribué à la condamnation injustifiée de Russell.

Une page tapuscrite avec une note manuscrite dans la marge gauche, au haut de la page.

Première page de la demande pour une autorisation spéciale d’appel (e011201487)

Selon la secrétaire de longue date de Robert Russell, Mary V. Jordan, le juge ayant présidé le premier procès de celui-ci, peut-être rongé par quelque remords quant à l’issue du procès, a demandé à lui parler sur son lit de mort. Russell a refusé de se présenter.

Un appel à la collaboration

Le plus récent défi Co-Lab de BAC offre l’occasion aux participants d’examiner en détail certaines des réactions publiques et juridiques en lien avec la grève générale de Winnipeg. Comme il est mentionné plus haut, l’essai de Kramer et Mitchell When the State Trembled analyse longuement les tractations menées en coulisses par A. J. Andrews pour briser la grève, qui sont documentées dans le deuxième volume du dossier 9-A-1688 du ministère de la Justice. En s’attardant au contenu du premier volume de ce dossier, ce défi Co-Lab met en lumière quelques-unes des manifestations du soutien public à l’égard des chefs de grève et invite les participants à reconsidérer les verdicts prononcés lors des procès de la grève générale de Winnipeg.


David Cuthbert est archiviste à la Division des services de référence de la Direction générale des services au public du bureau de Winnipeg de Bibliothèque et Archives Canada.