Terry Fox, l’espoir en héritage

Par Kelly Anne Griffin

Terrance Stanley Fox est né le 28 juillet 1958 à Winnipeg, au Manitoba. En 1968, sa famille s’installe à Port Coquitlam, en Colombie-Britannique. Durant son enfance et son adolescence, il apparaît à sa famille et à ses amis comme quelqu’un de déterminé et compétitif, un passionné de sport qui excelle autant dans la course de fond qu’au basketball. Ils ne se doutaient pas qu’il deviendrait ce héros canadien qui a laissé derrière lui un monde plus beau.

En 1977, à l’âge de 18 ans, Terry Fox reçoit un diagnostic d’ostéosarcome, une forme de cancer des os, repéré dans sa jambe droite. Tragiquement, il doit être amputé juste au-dessus du genou. Il subit 16 mois de chimiothérapie, durant lesquels il est profondément éprouvé par la souffrance et les difficultés qu’il vit et qu’il observe chez les autres patients de l’hôpital qui sont, comme lui, en traitement pour cette horrible maladie. À l’époque, la recherche sur le cancer en est encore au stade embryonnaire, et Terry sait qu’il reste beaucoup à faire pour les personnes atteintes. Il lui vient donc l’idée de traverser le Canada à la course dans le cadre de ce qu’il nomme le « Marathon de l’espoir ». Son objectif? Sensibiliser la population au combat mené par les personnes atteintes d’un cancer et récolter des fonds pour la recherche d’un remède.

Dessin d’un homme avec une jambe artificielle qui court. Les mots Marathon de l’espoir, Terry Fox et le chiffre 30 y sont inscrits.

Le timbre émis par Postes Canada en 1982 en commémoration du Marathon de l’espoir de Terry Fox. (s003769k) Droit d’auteur : Société canadienne des postes

Le 12 avril 1980, Terry Fox plonge sa jambe artificielle dans l’océan Atlantique, donnant ainsi officiellement le coup d’envoi du Marathon de l’espoir. L’idée lui est venue après une lecture sur Dick Traum, un athlète amputé ayant participé au marathon de New York. Fox, qui est un grand sportif, se met en tête de courir d’un bout à l’autre du Canada pour faire de la sensibilisation et amasser des fonds pour la recherche sur le cancer.

Ce qui se passe pendant les 143 jours qui suivent est une véritable source d’inspiration. Si les médias y prêtent peu d’attention au départ, le vent change une fois que Fox atteint l’Ontario. À ce stade, la division de l’Ontario de la Société canadienne du cancer se met à suivre son parcours, tout comme la médiasphère et quelques éminents journalistes. Des événements sont organisés dans toute la province, et Fox rencontre le premier ministre Pierre Trudeau ainsi qu’une foule de célébrités. Armé d’une détermination inébranlable, l’athlète parcourt en moyenne 42 kilomètres par jour; son épopée rassemble et captive les Canadiennes et Canadiens d’une manière aussi extraordinaire qu’inégalée. Le 1er septembre 1980, le cancer s’étant répandu dans ses poumons, Fox est malheureusement contraint de mettre fin à sa traversée du pays sur une note impressionnante : 5 373 kilomètres au compteur, de Saint John’s, à Terre-Neuve-et-Labrador, à Thunder Bay, en Ontario.

Le 1er février 1981, même s’il ne peut plus courir, Terry Fox atteint l’objectif de récolter 1 $ par personne au Canada. Le 28 juin 1981, après un long et courageux combat, Terry Fox s’éteint. Le souvenir qu’il laisse est immortalisé dans tous les cœurs et les esprits. Le Marathon de l’espoir a tant ému le pays que de nombreuses personnes écrivent au gouvernement fédéral pour exprimer leur solidarité à l’égard de Terry Fox et lui demander de trouver des moyens de préserver sa mémoire.

L’héritage national de l’athlète perdure encore aujourd’hui. Depuis 1980, la course annuelle à l’occasion de la Journée Terry Fox, organisée par la Fondation Terry Fox, a permis de récolter plus de 850 millions de dollars. C’est un apport inestimable à la recherche sur le cancer au Canada et un gage d’espoir pour les millions de personnes touchées par cette maladie. Au fil des ans, le legs de Terry Fox a traversé les frontières : la course attire maintenant des millions de participants dans plus de 60 pays. Il s’agit de la plus importante activité de collecte de fonds d’un jour pour la recherche sur le cancer au monde.

Un rectangle dans lequel figure la photo d’un homme remettant une médaille enrubannée à un autre homme, dont la tête est penchée vers l’avant. Dans le coin supérieur droit figure un timbre tamponné comprenant le dessin d’un homme en train de courir ainsi qu’un cachet de la poste mentionnant « Day of issue, Jour d’émission, Ottawa Canada, 82-04-13. »

La couverture d’une enveloppe, émise par Postes Canada en avril 1982, sur laquelle on voit Terry Fox recevoir la médaille de Compagnon de l’Ordre du Canada. (e001218739) Droit d’auteur : Société canadienne des postes

Une affiche promotionnelle avec un fond noir et une tirelire en rouge et blanc dans laquelle pousse une jonquille. Les énoncés suivants figurent sur l’affiche : « En avril, luttez contre le cancer », « Donnez généreusement » et « Société canadienne du cancer ».

Une affiche de la Société canadienne du cancer pour la promotion du mois de la lutte contre le cancer (avril). La contribution de Terry Fox à la recherche sur le cancer et la Journée annuelle Terry Fox ont profondément touché les Canadiennes et Canadiens atteints de cette maladie.  Droit d’auteur :Société canadienne du cancer  (e010779335-v8)

Hissé au rang de héros national pour ses actions, Fox a également été nommé Compagnon de l’Ordre du Canada en 1980 pour son dévouement à la cause et pour avoir rassemblé le pays. Il est d’ailleurs la plus jeune personne à avoir reçu cette distinction honorifique. On lui attribue également le trophée Lou-Marsh de l’athlète canadien de l’année 1980 et le titre de Personnalité médiatique de l’année de la Presse canadienne en 1980 et en 1981. Partout au Canada, statues, sculptures et monuments lui rendent hommage, et des routes, des parcs et des bâtiments sont nommés en son honneur.

Autres ressources


Kelly Anne Griffin est archiviste adjointe pour l’équipe Médias spécialisés et description à la Division des archives gouvernementales de Bibliothèque et Archives Canada.

La visite de mon arrière-grand-père au Mémorial de Vimy : mythe ou réalité?

Par Rebecca Murray

En tant qu’archiviste de référence, j’aime beaucoup recevoir des questions de chercheurs qui s’intéressent à l’histoire de leur famille. L’une de ces histoires – qui me touche personnellement – est arrivée dans ma boîte de réception le matin du 9 avril 2020, lorsque mon père a rappelé à notre famille élargie, comme il le fait chaque année, que son grand‑père était présent à l’inauguration du Mémorial de Vimy en 1936. Mon père et moi avons visité ce mémorial près d’Arras, en France, par un jour brumeux de novembre 2010.

Une structure en pierre blanche avec des sculptures d’êtres humains devant un ciel brumeux.

Le Mémorial de Vimy près d’Arras, France, 2010. Photo : Rebecca Murray

Pendant que les membres de la famille démontraient leur intérêt, je me posais des questions : pourquoi, parmi tous les militaires hauts gradés du Canada, mon arrière-grand-père avait‑il assisté à l’inauguration? Pourrais‑je trouver plus de renseignements sur sa visite au Mémorial de Vimy dans les archives conservées à Bibliothèque et Archives Canada?

Avant de parler de ma recherche, décrivons un peu le contexte. Mon arrière-grand-père, Thomas Caleb Phillips, était capitaine du génie dans la Marine royale du Canada durant l’entre-deux-guerres. Une anecdote familiale m’a appris qu’il était présent à l’inauguration du mémorial en compagnie de « l’ensemble du Skeena », l’un des navires qu’il avait aidé à concevoir.

Une capture d’écran de l’outil Recherche dans la collection sur le site Web de Bibliothèque et Archives Canada, en utilisant le terme de recherche vimy mémorial.

Recherche par mot‑clé faite par l’auteure avec Recherche dans la collection

J’ai commencé par effectuer des recherches par mots‑clés avec Recherche dans la collection. J’ai utilisé diverses combinaisons, comme Vimy inauguration, Vimy mémorial, Vimy monument, Vimy Skeena et Vimy Phillips. Je ne m’attendais pas à trouver des documents avec Phillips dans le titre, mais j’ai décidé d’inclure son nom pour que la recherche soit exhaustive. Pour me concentrer sur les documents d’archives, j’ai filtré mes résultats avec l’onglet Archives, puis par date (années 1930) et par type de documents (textuel). Comme les résultats demeuraient nombreux, j’ai encore filtré par année (1936), puisque c’était l’année de l’inauguration et la période qui me semblait la plus susceptible de contenir des documents pertinents.

J’ai ensuite dressé une liste des dossiers potentiellement intéressants. La plupart proviennent du fonds du ministère des Affaires extérieures (RG25); quelques‑uns se trouvent dans des dossiers gouvernementaux et des fonds privés. En voici trois exemples :

  • RG25, volume 400, dossier Ex7/65, partie 8, « Vimy Memorial Unveiling Ceremony», 1936
  • RG25, volume 1778, dossier 1936‑184, parties 1‑3, « Unveiling of Vimy Memorial », 1934‑1938
  • RG24, volume 11907, dossier AE 30‑2‑2, « [Superintendent, Esquimalt] – HMCS SKEENA – Movements », 1932‑1937

Les trois références ci‑dessus faisaient partie des 19 dossiers textuels que j’ai décidé de consulter. Ma stratégie de recherche consiste généralement à sélectionner de cinq à dix dossiers pour un examen préliminaire, mais comme je n’ai pas eu beaucoup de temps pour examiner des documents sur place l’hiver dernier, j’ai décidé d’en faire le plus possible avant de rentrer chez moi.

J’ai parcouru tous les dossiers pour chercher le nom de Thomas Caleb Phillips (ou T. C. Phillips) et toute référence à un « ensemble du Skeena ».

Et je n’ai rien trouvé!

Aucune référence à la présence de Phillips.

Et aucun indice ne laisse croire que le NCSM SKEENA ou son ensemble musical a participé à l’événement.

C’était évidemment très décevant. Et pourtant, des chercheurs qui épluchent vainement des documents textuels, des planches contact, des listes, des rapports et d’autres documents dans l’espoir de confirmer des anecdotes familiales comme celle de mon père, il y en a probablement tous les jours.

Je ne dis pas cela pour vous décourager ni pour conclure que ces anecdotes sont fausses. Mais que faire lorsque les informations, ou leur absence, contredisent un récit familial?

Je travaille à la Division des services de référence depuis huit ans. Pendant cette période, j’ai affiné mes compétences, et j’ai appris à sortir des sentiers battus et à lire entre les lignes lorsque je fais des recherches dans les archives. Je me suis néanmoins heurtée à cet obstacle.

La recherche dans les archives, surtout de documents gouvernementaux, exige de la patience et de la diligence. Les chercheurs doivent être disposés à tirer des enseignements de leurs résultats pour les réintégrer dans leurs recherches. Par exemple, j’ai choisi de me concentrer sur les documents textuels parce que je n’étais pas certaine de pouvoir reconnaître T. C. Phillips sur une photo, et encore moins sur un négatif. J’ai également choisi de me fonder sur un ensemble de faits que je n’avais pas vérifiés moi‑même, et je n’ai effectué aucune recherche dans des sources secondaires avant de m’attaquer aux sources primaires.

J’ai restreint mes recherches en fonction de mes suppositions sur la période et le type de documents à privilégier, ainsi que sur l’importance relative de mon arrière-grand-père. Devrais-je faire marche arrière? Élargir le champ de ma recherche? Examiner d’autres fonds? Serais-je mieux servie par une publication dans les collections? Ou encore par un document qui n’a rien à voir avec l’inauguration du mémorial, mais qui concerne la traversée de l’Atlantique par Phillips? Je pourrais suivre de nombreuses démarches. L’étape suivante consiste donc à choisir mon approche : en avant ou en arrière? Collections  publiées ou archivées? Ce n’est ni facile ni simple, mais la complexité de l’opération fait partie du plaisir!

Sur une étendue d’herbe verte, devant un ciel brumeux, un monument en pierre blanche se dresse au loin. À l’avant-plan se trouve un panneau en pierre grise sur lequel sont gravés des feuilles d’érable et le mot VIMY. Des drapeaux canadien et français sont à droite.

Le Mémorial de Vimy près d’Arras, France, 2010. Photo : Rebecca Murray

Je n’ai jamais eu pour but de prouver la présence de mon arrière-grand-père, car je ne doute pas de l’exactitude générale de l’anecdote familiale. J’espérais cependant trouver un document donnant quelques détails. Un document qui permettrait d’établir une petite, mais précieuse connexion à travers près de 100 ans d’histoire canadienne. Quelque chose de concret à partager lorsque mon père racontera à nouveau l’histoire l’année prochaine. Je vais continuer de chercher!

Pour de plus amples renseignements sur le Mémorial national du Canada à Vimy :


Rebecca Murray est archiviste de référence principale à la Division des services de référence de Bibliothèque et Archives Canada.

Nouvelle série de blogues : amélioration de votre expérience en ligne

Bonjour à tous les clients et sympathisants de Bibliothèque et Archives Canada (BAC).

En tant que directrice de la nouvelle Division de l’expérience en ligne à BAC, je suis ravie de donner le coup d’envoi d’une série de billets de blogue qui décriront les changements apportés à nos services en ligne. Nous travaillons très fort sur le rajeunissement de notre présence Web afin qu’il soit plus facile pour vous de trouver de l’information, d’utiliser nos services et d’accéder à la collection en ligne. Vous avez peut-être remarqué certaines nouveautés sur notre site au cours des derniers mois, comme Mon compte et l’amélioration du système de dépôt de publications numériques pour les éditeurs et les éditeurs autonomes canadiens. J’ai maintenant le plaisir de vous annoncer que nous lancerons notre nouveau site Web et des mises à jour des applications à la fin du mois d’août 2022. Cette série de blogues vous donnera un aperçu de ce qui s’en vient. N’hésitez pas à nous dire ce que vous en pensez!

Des équipes de tous les secteurs de BAC, dirigées par notre équipe Web, ont travaillé d’arrache-pied au cours des dernières années pour concevoir une nouvelle façon de naviguer dans nos ressources et d’interagir avec nous virtuellement. Elles ont passé en revue des milliers de pages Web pour vous offrir le contenu le plus intéressant et à jour possible.

Il y a quelques semaines, BAC a lancé son plan stratégique Vision 2030. Doté de priorités claires et d’objectifs ambitieux, Vision 2030 définit notre orientation, ce que nous entendons réaliser et les moyens d’y parvenir au cours de la prochaine décennie. La pierre angulaire de cette vision est un site Web centré sur l’utilisateur qui invite les usagers, actuels ou nouveaux, à découvrir BAC et tout ce que nous offrons.

Nous avons aussi modifié nos méthodes de travail afin d’être plus réactifs et d’ajouter régulièrement de nouvelles fonctionnalités à nos services numériques. Notre équipe pluridisciplinaire planifie son travail par tranches de deux semaines afin de s’adapter facilement lorsqu’il faut résoudre des problèmes ou se pencher sur une nouvelle priorité. Cette équipe comprend des développeurs informatiques, des professionnels de l’expérience des utilisateurs et des experts en archivistique et en bibliothéconomie. L’équipe veille à ce que tous nos systèmes fonctionnent ensemble de manière intuitive. Nous avons mieux intégré Co-Lab à l’outil Recherche dans la collection. Plus récemment, nous avons ajouté la fonction Ma recherche, qui permet de créer et d’enregistrer des listes de recherche. L’équipe travaille actuellement sur une nouvelle interface permettant d’effectuer une recherche dans tous les recensements historiques en même temps. Nous vous tiendrons au courant des développements!

Une capture d’écran avec les itérations numérotées à gauche et les éléments à droite.

Un coup d’œil en coulisses – Nous faisons le suivi des améliorations que nous souhaitons apporter à nos services numériques sous la forme de « récits d’utilisateurs ». Toutes les deux semaines, nous sélectionnons quelques récits auxquels nous nous consacrons pendant cette période.

Nous avons également mis en place une équipe spécialisée dans la recherche et la conception axées sur l’utilisateur afin de mieux anticiper vos besoins et de créer des outils intuitifs. Il s’agit notamment d’intégrer de nouvelles techniques de planification, comme la cartographie du chemin à parcourir pour obtenir ce que vous cherchez à BAC. Nous cernons les irritants afin d’établir les améliorations prioritaires.

De plus, nous avons mené des recherches et des tests de convivialité avec des clients. Par exemple, pour créer la structure du nouveau site Web, nous avons mené un exercice de tri de cartes avec le Conseil consultatif jeunesse pour vérifier la validité de nos hypothèses sur l’organisation du contenu. Nous avons également recueilli vos réactions au moyen d’un sondage sur notre site. Nous allons poursuivre dans cette voie, profitant d’ailleurs de cette série de blogues pour solliciter votre avis.

Une capture d’écran de la page des services d’un site Web

Un aperçu de la section des services sur le nouveau site Web de BAC

Nous sommes ravis d’améliorer votre expérience numérique sur le nouveau site et avec les collections de BAC. Nous sommes cependant conscients que tout ne sera pas parfait dès le départ. Certaines fonctionnalités importantes pour améliorer vos interactions en ligne avec BAC ne seront pas encore offertes. Le lancement d’août n’est qu’un début et nous continuerons d’affiner nos outils, de corriger nos erreurs et d’ajouter du contenu et des fonctionnalités après le lancement. Vos rétroactions et votre collaboration seront inestimables. Vous êtes invités à nous faire part de vos commentaires sur les blogues et à guetter d’autres occasions de nous aider à faire l’essai des nouveaux produits et fonctionnalités.

Ne manquez pas les billets qui seront publiés au cours des prochaines semaines, car mes collègues vous donneront un aperçu de ce que le nouveau site Web vous réserve.


Karen Linauskas est directrice de la Division de l’expérience en ligne à Bibliothèque et Archives Canada.

Les femmes à la guerre : le Service féminin de l’Armée canadienne dans les archives du ministère de la Défense nationale

Par Rebecca Murray

Mars 2022 marquait le 80e anniversaire de l’incorporation du Service féminin de l’Armée canadienne dans l’Armée de terre. Ce service fut constitué pendant l’été 1941 comme corps auxiliaire. Comme leurs compatriotes du Service féminin de la Marine royale du Canada, ses membres ont servi au Canada et à l’étranger pendant la Seconde Guerre mondiale. Vous pouvez lire le billet de ma collègue pour en savoir plus sur sa formation et son histoire.

J’avais déjà indexé des photos de la Marine à partir de listes de légendes (voir Les femmes à la guerre : Le Service féminin de la Marine royale du Canada). Tirant profit de cette expérience, je me suis donné pour mission de compiler une liste de photographies de femmes dans l’Armée de terre.

J’ai commencé par la collection de photographies de l’Armée classée par ordre numérique (1941-1946), qui renferme 110 albums de photos et des négatifs. Ces derniers sont classés selon la date à laquelle les photos ont été enregistrées par le personnel de l’Unité de film et de photographie de l’Armée canadienne. Cette sous-sous-série est sans doute la meilleure ressource de Bibliothèque et Archives Canada pour consulter des documents iconographiques de sources primaires concernant la Force active de l’Armée canadienne (l’élément outre-mer de l’Armée canadienne) pour cette période.

Les 110 albums et la plupart des listes de légendes correspondantes ont été numérisés et mis à la disposition du public dans l’outil Recherche dans la collection. Vous trouverez pour chaque album des liens vers les listes de légendes consultables. Consultez le champ « Instrument de recherche » sous l’onglet « Notice descriptive – Détails ».

Capture d’écran d’une notice dans l’outil Recherche dans la collection

Le champ « Instrument de recherche » dans une notice trouvée avec l’outil Recherche dans la collection. Les détails du champ sont affichés.

Ces albums et listes de légendes numérisés m’ont permis de poursuivre le projet d’indexation pendant le confinement. Indexer les illustrations en travaillant seulement à partir de ces listes s’est avéré difficile, car les personnes photographiées ne sont pas toujours décrites ou identifiées dans la légende. Toutefois, il est habituellement facile de repérer les femmes militaires sur les photos. Des recherches plus poussées, notamment la consultation de listes de légendes ou d’autres ressources, facilitent l’identification des sujets photographiés ou permettent de préciser le contexte.

Voici un exemple du projet d’indexage en cours. Il est tiré de l’album numérisé R112, volume 42827 : Photos numérotées de l’Armée 22542 à 23813 – Sicile – Album 62 de 110 (du 6 au 20 août 1943).

Page d’un album contenant 11 photographies noir et blanc avec des notes manuscrites.

Page 14 de l’album 62, où l’on voit des infirmières militaires canadiennes et d’autres membres du personnel médical en Sicile, en août 1943 (e011213504)

Dans l’album, j’ai relevé 13 illustrations montrant des femmes militaires. Je les ai consignées dans un tableau classé par numéro de négatif. La légende figurant sur la page, la date de la photo et le nom du photographe sont également inscrits.

Ensuite, j’ai consulté la liste des légendes dans l’instrument de recherche 24-513P-ARMY pour trouver de l’information sur les femmes photographiées. Les noms sont indiqués pour neuf des treize illustrations.

Numéros de négatif dactylographiés à gauche, avec les légendes correspondantes à droite, qui comprennent les noms des infirmières militaires.

Légendes pour les photographies 22807 à 22813, à la page 8 de l’instrument de recherche 24-513P-ARMY

Au total, 2 723 photographies de femmes militaires ont été relevées dans cette sous-sous-série.

Comme le travail se poursuit, je vous invite pour l’instant à consulter les albums numériques par vous-mêmes. Vous pouvez filtrer la liste des 110 albums par date, ou entrer un mot-clé en anglais (ex. : United Kingdom ou Northwest Europe) pour faire une recherche par lieu géographique et ainsi voir des milliers d’illustrations numérisées dans le confort de votre foyer. Si vous voulez nous aider à identifier les femmes militaires figurant sur les photos des collections de Bibliothèque et Archives Canada, renseignez-vous sur notre défi Co-Lab.


Rebecca Murray est archiviste de référence principale à la Division des services de référence de Bibliothèque et Archives Canada.

Vos ancêtres étaient-ils des Loyalistes de l’Empire-Uni?

Plusieurs personnes avec des tentes et des animaux, près d’un plan d’eau.

Campement de Loyalistes sur les rives du fleuve Saint-Laurent. (c002001k)

À mes débuts aux Services de généalogie de Bibliothèque et Archives Canada (BAC), j’ai vite compris qu’il y avait beaucoup à apprendre. Pour bien faire son travail, il faut en savoir long sur l’histoire canadienne et mondiale. En un seul après-midi, des chercheurs peuvent nous demander de l’aide sur des sujets aussi variés que le Régiment de Terre-Neuve à Beaumont-Hamel, la taxe d’entrée imposée aux immigrants chinois, l’exploitation forestière dans la vallée de l’Outaouais ou les recensements de la Nouvelle-France.

L’une des premières questions qu’on m’a posées venait d’un chercheur anglophone : « Mes ancêtres étaient-ils des UEL? » Sur le coup, je n’ai pas reconnu ce que voulaient dire ces trois lettres. Je m’en souviens comme si c’était hier : l’angoisse totale! J’ai fixé le chercheur comme un chevreuil aveuglé par les phares d’une voiture. Puis ma formation et mon expérience ont débouché sur un déclic : je me suis souvenu des Loyalistes de l’Empire-Uni. (En anglais, on les appelle aussi « UEL », pour United Empire Loyalists.)

Je n’ai pas revécu ce genre d’hésitation depuis; et c’est tant mieux, parce que les Loyalistes de l’Empire-Uni sont un sujet de recherche très populaire à BAC! Nous conservons d’ailleurs divers documents à leur sujet.

Le terme « Loyalistes de l’Empire-Uni » fait référence aux colons américains qui sont restés fidèles à la Couronne britannique pendant la Révolution américaine de 1775-1783, y compris à ceux qui ont combattu aux côtés de la Grande-Bretagne durant le conflit. Après la création des États-Unis, les Loyalistes sont venus s’installer dans les territoires qui forment aujourd’hui la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick, l’Île-du-Prince-Édouard, le Québec et l’Ontario. Les archives de ces provinces contiennent des documents sur les Loyalistes, dont certains sont accessibles en ligne.

Deux personnes avancent côte à côte sur un chemin de terre, devant un chariot où une autre personne est assise.

Loyalistes noirs dans le bassin de Bedford, près de Halifax. (c115424k)

Le sujet des Loyalistes est devenu encore plus populaire après la publication d’Aminata, un roman de Lawrence Hill paru en 2007. Cet ouvrage remarquable a remporté de nombreux prix, dont le Prix des écrivains du Commonwealth en 2008, le prix Canada Reads de CBC en 2009 et le prix du Combat des livres de Radio-Canada en 2013. Il a également inspiré une minisérie diffusée en 2015.

Le titre original du roman, The Book of Negroes, tire son nom d’un registre conservé aux Archives nationales d’Angleterre. On y trouve les noms de quelque 5 000 passagers ayant quitté New York à bord de 219 navires entre avril et novembre 1783. Parmi eux : 2 831 hommes, femmes et enfants noirs, personnes libres, esclaves ou domestiques de Loyalistes blancs de l’Empire-Uni. Ce registre fait partie d’une vaste collection : les British Headquarter Papers, également connus sous le nom de Carleton Papers. BAC en conserve des copies sur microfilms, dont il a fait une base de données.

Pour trouver plus d’informations sur les Loyalistes noirs, y compris leurs noms, consultez également les collections suivantes (accessibles à partir des pages Recherche dans la collection et Recherche d’ancêtres) :

BAC conserve un éventail de sources sur les Loyalistes de l’Empire-Uni qui se sont établis au Canada après la Révolution américaine. Pour les découvrir, visitez la section de notre site Web consacrée aux Loyalistes.

Autres ressources


Sara Chatfield est chef de projet à la Division des expositions et du contenu en ligne à Bibliothèque et Archives Canada.

Qu’a-t-on réellement signé sur la Colline parlementaire il y a 40 ans, le 17 avril 1982?

English version

Par Natasha Dubois

Il existe plusieurs termes pour souligner ce moment précis de l’histoire du Canada : rapatriement de la Constitution, signature de la Constitution, signature de la Charte, etc. Toutes ces expressions sont à la fois correctes et incomplètes.

Oui, la Constitution canadienne a bel et bien été rapatriée il y a 40 ans (au sens où dorénavant, seul le Canada a le pouvoir de la modifier, et non plus le Royaume-Uni). Elle n’a cependant pas été signée, car il s’agit d’une loi édictée par le Parlement britannique. Les lois britanniques et canadiennes sont promulguées et non signées par le chef de l’État. Pour ce qui est de la Charte canadienne des droits et libertés, soulignons qu’il ne s’agit même pas d’un document; on ne peut donc le signer de manière officielle.

Donc, quel document a-t-on réellement signé le 17 avril 1982?

À cette date, la reine Elizabeth II a signé la proclamation de la Loi constitutionnelle de 1982 (l’annexe B de la Loi de 1982 sur le Canada promulguée par le Royaume-Uni quelques semaines auparavant), qui donne au Canada le pouvoir de modifier sa propre constitution et inclut, entre autres, le libellé de la Charte canadienne des droits et libertés.

Une page calligraphiée en couleur. On y voit les armoiries du Canada et des signatures, au centre en haut, ainsi que d’autres signatures, au centre en bas.

Proclamation de la Loi constitutionnelle de 1982. Légèrement endommagée par la pluie pendant la cérémonie liée à la Proclamation, cette version est connue, d’une manière informelle, comme la copie « goutte de pluie ». (e008125379)

Mais, alors, qu’est-ce que la Charte?

 On voit souvent des affiches de la Charte canadienne des droits et libertés, comportant les armoiries du Canada et la signature du premier ministre. Mais s’il ne s’agit pas d’un document officiel, alors qu’en est-il au juste?

Une page dactylographiée en couleur. On y voit les armoiries du Canada, au centre en haut, et un dessin de l’édifice du Parlement, au centre en bas. Une signature figure dans le coin inférieur droit.

Affiche publiée par le gouvernement du Canada pour promouvoir la Charte canadienne des droits et libertés. (e010758222_s1-v8)

Contrairement à la croyance populaire, la Charte canadienne des droits et libertés n’est pas un document en soi. Il s’agit en fait de la partie I de la Loi constitutionnelle de 1982, mise en page sous la forme d’une affiche en 1985. Cette affiche n’a jamais été officiellement signée ni promulguée, n’étant pas une proclamation ou un texte de loi complet. Il lui manque également le grand sceau du Canada, qui doit être apposé sur toutes les proclamations et certains documents officiels du Canada.

En 1985, après l’entrée en vigueur de toutes les dispositions de la partie I de la Loi constitutionnelle de 1982, le gouvernement souhaite en promouvoir le contenu (c.-à-d. la Charte canadienne des droits et libertés). Pour ce faire, il crée des affiches prenant l’allure d’un document officiel [en y apposant une signature estampillée du premier ministre de l’époque] et en distribue plus de 250 000 dans les écoles, bibliothèques et lieux publics du Canada. L’affiche de la Charte peut aujourd’hui être téléchargée (format PDF) ou commandée en version imprimée (certificat ou affiche) sur le site Web de Patrimoine canadien. Malheureusement, il n’existe pas de version originale officielle de cette affiche dans les collections préservées à Bibliothèque et Archives Canada (BAC).

La Charte canadienne des droits et libertés est disponible en 29 langues et semble avoir servi de modèle pour la formulation de nombreuses autres constitutions et chartes des droits partout dans le monde. Elle a aussi inspiré des centaines d’ouvrages dans la littérature canadienne, dont bon nombre ont été acquis par BAC au moyen du dépôt légal : traités de droit, thèses et mémoires, articles de revues professionnelles, ouvrages de vulgarisation et même littérature jeunesse.

Finalement, qu’a-t-on signé le 17 avril 1982?

Le 29 mars 1982, le Royaume-Uni promulgue la Loi de 1982 sur le Canada, dont l’annexe B est la Loi constitutionnelle de 1982 qui s’applique uniquement au Canada. Le 17 avril 1982, la reine Elizabeth II signe la proclamation qui officialise l’entrée en vigueur de la Loi constitutionnelle de 1982 pour le Canada.

Selon les règles britanniques et canadiennes, avant d’entrer en vigueur, un texte de loi doit franchir un certain nombre d’étapes. Il doit d’abord être présenté aux deux Chambres du Parlement, où il fait l’objet de discussions et de débats avant son adoption par ces dernières. La loi doit ensuite être promulguée par le chef de l’État, c’est-à-dire obtenir la sanction royale (la signature de la reine ou du gouverneur général). Après l’adoption de la Loi de 1982 sur le Canada, le gouvernement du Canada rédige lui-même le texte de la proclamation de la Loi constitutionnelle de 1982 que la reine accepte de signer à Ottawa, le 17 avril 1982. Comme pour toutes les proclamations canadiennes précédentes, les autres signataires sont le registraire général du Canada et le procureur général du Canada. Le premier ministre du Canada appose lui aussi sa signature sur la proclamation de 1982, même si elle n’est pas essentielle pour que le document soit considéré comme officiel.

En fait, la cérémonie de signature du 17 avril 1982 n’est que la façade publique de l’événement politique réel à l’époque : l’obtention, par le Canada, du dernier pouvoir politique qu’il lui manque pour devenir un pays réellement souverain. En effet, jusqu’à cette date, seul le Parlement britannique a le pouvoir de modifier la Constitution du Canada, en vertu de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique de 1867.

Le Royaume-Uni édicte donc la Loi de 1982 sur le Canada, qui prévoit qu’aucune autre loi subséquente du Parlement du Royaume-Uni n’aura d’effet au Canada. De plus, cette loi est la seule loi britannique rédigée en anglais et en français depuis le Moyen-âge.

La Loi constitutionnelle de 1982 (annexe B de la Loi de 1982 sur le Canada) affirme la primauté de la Constitution du Canada sur toute autre règle de droit et définit ce que compose la Constitution du Canada (partie VII). Cette loi détaille également les procédures de modification de la Constitution canadienne (partie IV), et contient des articles sur les droits des peuples autochtones (partie II) et la Charte canadienne des droits et libertés (partie I).

C’est pour cela qu’on dit que la Charte est enchâssée dans la Constitution. On ne peut modifier la Charte sans modifier la Constitution, car la Loi constitutionnelle de 1982 est partie intégrante de la Constitution du Canada (partie VII de la Loi). Pour cela, il faudrait utiliser les procédures de modification de la Constitution (partie V de la Loi). Cela explique également pourquoi la Charte a primauté sur tous les textes législatifs du pays, car elle est une des composantes de la Constitution.

En conclusion, il n’existe pas un document qui peut être désigné comme étant la « Charte ». De multiples reproductions du texte qui compose la Charte canadienne des droits et libertés sont disponibles gratuitement. Même si BAC ne détient pas l’affiche originale de la Charte, il préserve cependant dans ses collections des facsimilés sur parchemin des six documents constitutionnels du Canada : la Proclamation royale (1763), l’Acte de Québec (1774), l’Acte constitutionnel (1791), l’Acte d’Union (1840), l’Acte de l’Amérique du Nord britannique (1867) et la Loi de 1982 sur le Canada. Ce coffret et les copies sur parchemin des documents ont été offerts au Canada par le Royaume-Uni, après la signature de la proclamation de la Loi constitutionnelle de 1982. Document d’une quarantaine de pages, la Loi de 1982 sur le Canada est ce qui se rapproche le plus d’une version originale de la Charte canadienne des droits et libertés. En quelque sorte, on peut considérer ce texte constitutionnel comme notre exemplaire national de la Charte.

Ressources connexes :


Natasha Dubois est archiviste au sein de la Division des archives gouvernementales à Bibliothèque et Archives Canada.

Norman Kwong : Toujours en quête de victoires

Par Dalton Campbell

En 1948, Norman Kwong foule un terrain de la Ligue canadienne de football (LCF) pour la première fois, en tant que membre des Stampeders de Calgary. La recrue de 18 ans, qui sera intronisée au Temple de la renommée, est le premier joueur sino-canadien de la ligue.

Photo en couleurs, prise dans un studio photographique, d’un joueur de football en uniforme tenant son casque avec son bras gauche.

Norman Kwong (1929-2016), le 31 août 1957 (e002505702)

Kwong (né Lim Kwong Yew) est né à Calgary en 1929. Il est le cinquième de six enfants. Ses parents, Charles Lim et Lily Lee, sont propriétaires d’une épicerie. Ils immigrent au Canada depuis Guangdong, en Chine, plusieurs années avant la naissance de Kwong.

Selon un article nécrologique paru dans l’Edmonton Journal, il y a moins de 5 000 Canadiens d’origine chinoise en Alberta en 1920. La grande majorité d’entre eux sont des hommes, principalement parce que la « taxe d’entrée » raciste et discriminatoire empêche la plupart des hommes de faire venir leur femme et leurs enfants au Canada. Ainsi, à cette époque, il n’y a que cinq femmes chinoises mariées à Calgary, dont la mère de Kwong. En 1923, le gouvernement adopte la Loi de l’immigration chinoise (communément appelée « Loi d’exclusion des Chinois ») pour mettre fin à l’immigration en provenance de Chine. En 1947, soit un an avant le début de la carrière de Kwong au football professionnel, la Loi est levée et les Canadiens d’origine chinoise obtiennent le droit de vote.

Photo noir et blanc du centre-ville de Calgary. Prise de vue en surplomb d’une intersection où l’on aperçoit des tramways, des voitures et des gens dans les rues et sur les trottoirs.

8e Avenue, Calgary (Alberta), 1937 (e010862070)

En 1950, Kwong est échangé à Edmonton, où il passera le reste de sa carrière. Il domine la LCF pour les gains au sol à trois reprises (1951, 1955 et 1956), amasse plus de 1 000 verges par la course durant quatre saisons consécutives et établit de nombreux records d’équipe et de la ligue. Il est nommé au sein de l’équipe d’étoiles de la division Ouest à quatre reprises (1951, 1953, 1955 et 1956), mérite deux fois le prix du meilleur joueur canadien (1955 et 1956) et reçoit le trophée Lionel-Conacher à titre de meilleur athlète masculin au Canada (1955). En 13 saisons, il participe à sept matchs de la Coupe Grey, remportant quatre championnats (1948, 1954, 1955 et 1956). Il est intronisé au Temple de la renommée de la LCF en 1969 et au Panthéon des sports canadiens en 1975. En 2006, le réseau TSN le place sur sa liste des 50 meilleurs joueurs de l’histoire de la LCF.

L’article nécrologique de l’Edmonton Journal donne une citation de Kwong : « Le sport, c’est comme une vie qui se déroule sur une courte période. Il n’y a pas de zones grises. Tout est vu au grand jour; c’est impossible de se cacher. Il y a toujours un gagnant et un perdant. J’imagine que ça a séduit ma nature compétitive. Évidemment, je veux toujours être le vainqueur. » [Traduction]

Norman Kwong prend sa retraite à 30 ans. Il épouse Mary Lee et commence une nouvelle vie, travaillant principalement dans l’immobilier commercial. Dans les années 1980, il retourne dans le monde du sport, occupant un poste de direction avec les Stampeders de Calgary. Il fait aussi partie du premier groupe de propriétaires des Flames de Calgary (dans la Ligue nationale de hockey). Lorsque les Flames remportent la Coupe Stanley en 1989, Kwong devient l’une des cinq personnes à avoir gagné à la fois la Coupe Grey et la Coupe Stanley en tant que joueur, entraîneur ou membre de la direction.

Image en couleur montrant des armoiries. L’écu au centre comporte trois ballons de football en diagonale, du coin supérieur gauche au coin inférieur droit. Deux dragons sont situés de part et d’autre de l’écu. La devise « Strive to Excel », ou S’efforcer d’exceller, est inscrite dans le bas.

Armoiries de Norman Lim Kwong, gracieuseté de l’Autorité héraldique du Canada (Bureau du secrétaire du gouverneur général). Le vert et l’or sont les couleurs de l’équipe de football d’Edmonton. Les bandes horizontales représentent les lignes de 10 verges d’un terrain de football. Le cheval évoque la première équipe de Kwong, les Stampeders. La rose représente sa femme, Mary, une passionnée de jardinage. Les dragons évoquent ses origines chinoises, et leurs arrière-trains, le dinosaure albertosaurus.

Norman Kwong est le président national du Conseil consultatif canadien sur le multiculturalisme (1979-1980), puis le président d’honneur de la campagne des Timbres de Pâques à Calgary (1982-1984). Il est investi de l’Ordre du Canada en 1988. De 2005 à 2010, il occupe le poste de lieutenant-gouverneur de l’Alberta. Les Flames de Calgary ont créé une bourse d’études pour les étudiants en médecine en son honneur. Kwong est décédé à Calgary en 2016.

Ressources de BAC sur Norman Kwong


Dalton Campbell est archiviste à la section Sciences, environnement et économie dans la Division des archives privées.

Patrimoine acadien : le Paysage de Grand-Pré

English version

Par Valerie Casbourn

En 2022, la Journée du patrimoine de la Nouvelle-Écosse met à l’honneur le Paysage de Grand-Pré, un site du patrimoine mondial de l’UNESCO. Les colons acadiens y ont construit tout un réseau de digues afin de transformer les marais en terres agricoles, jetant ainsi les fondements d’une colonie qui a prospéré de 1682 à 1755. Fort de sa riche tradition agricole, le Paysage de Grand-Pré constitue un lieu historique important pour les Acadiens. Les collections de Bibliothèque et Archives Canada contiennent une grande variété d’archives et de documents publiés à son sujet.

Racines acadiennes en Nouvelle-Écosse

Les Français fondent une colonie à Mi’kma’ki, le territoire du peuple mi’kmaw, en 1604. Ils donnent à cette région le nom d’Acadie. Les Mi’kmaq accueillent les premiers colons et les aident à s’installer. Les deux peuples font du commerce et établissent une alliance renouvelée chaque année.

Un marais et une digue en bois à Grand-Pré, en Nouvelle-Écosse.

Une digue à Grand-Pré, en Nouvelle-Écosse, avec le cap Blomidon au loin. Canada, ministère des Mines et des Relevés Techniques, 1926. (a020116)

En 1682, les Acadiens installés à Port-Royal, près de la baie de Fundy, se rendent vers les côtes du bassin Minas, aussi connu sous le nom de bassin des Mines. Ils y établissent Grand-Pré, une colonie bientôt prospère. Ils construisent des digues en bois appelées aboiteaux pour transformer les marais inondés par la marée en terres agricoles fertiles. Ils sèment du grain, plantent des vergers et élèvent du bétail. Le sieur de Dièreville se rend en Acadie en 1699 et publie ses observations :

« Il faut pour avoir des Bleds [du blé] dessecher les Marais que la Mer en pleine marée inonde de ses eaux, & qu’ils apellent les Terres Basses […] On n’arrête pas le cours de la Mer aisément; cependant les Acadiens en viennent à bout par de puissantes Digues qu’ils apellent des Aboteaux, & voicy comment ils font; ils plantent cinq ou six rangs de gros arbres tous entiers aux endroits par où la Mer entre dans les Marais, & entre chaque rang ils couchent d’autres arbres de long les uns sur les autres, & garnissent tous les vuides si bien avec de la terre glaise bien battuë, que l’eau n’y sçauroit plus passer. Ils ajustent au milieu de ces Ouvrages un Esseau de maniere qu’il permet à la marée basse, à l’eau des Marais de s’écouler par son impulsion, & défend à celle de la Mer d’y entrer. » (Sieur de Dièreville, Relation du voyage du Port Royal de l’Acadie ou de la Nouvelle France, numéro OCLC 422252036, 1708, p. 76-77, accessible en ligne sur le site de Canadiana)

Structure en bois d’une vieille digue au bord d’un champ.

Ancienne digue à Grand-Pré, en Nouvelle-Écosse. Canada, ministère des Mines et des Relevés Techniques, 1926. (a020117)

En signant le traité d’Utrecht en 1713, la France cède l’Acadie aux Britanniques. Ceux-ci donnent à la région le nom de colonie de la Nouvelle-Écosse. À cette époque, aucun traité n’unit les Britanniques aux Mi’kmaq. En 1755, l’administration coloniale de la Nouvelle-Écosse exige des Acadiens un serment d’allégeance inconditionnelle à la Couronne britannique. Désirant rester neutres, les Acadiens refusent. Les autorités britanniques décident alors de les déporter : c’est le début du Grand Dérangement.

Les Britanniques déportent plus de 2 000 Acadiens vivant dans la région de Grand-Pré pour les envoyer dans d’autres colonies anglaises. Beaucoup d’Acadiens succombent aux mauvaises conditions de vie à bord des navires. Certains évitent la déportation grâce à l’aide des Mi’kmaq. Un groupe surnommé les Planters de la Nouvelle-Angleterre s’installe ensuite dans les terres fertiles à Grand-Pré. Les Planters et d’autres immigrants venus plus tard apprennent à entretenir les digues et à cultiver les terres agricoles. Certains Acadiens reviendront vivre dans les provinces actuelles des Maritimes ou du Québec.

Archives acadiennes

Bibliothèque et Archives Canada conserve des documents sur l’Acadie dans le fonds des colonies (MG1), où l’on trouve des copies et des transcriptions de documents produits pendant la période coloniale française. La série C11D – Correspondance générale; Acadie (MG1-C11D) contient de la correspondance, des instructions et d’autres documents concernant l’Acadie.

Notre page Web Acadiens – Généalogie et histoire familiale décrit divers documents pouvant aider à trouver des ancêtres acadiens. À cet égard, les registres paroissiaux sont particulièrement utiles. Au 18e siècle, l’église paroissiale à Grand-Pré s’appelle Saint-Charles-des-Mines. Le fonds de la paroisse catholique Saint-Charles-des-Mines (MG9-B8-12) regroupe des transcriptions de registres de baptêmes, de mariages et de sépultures tenus entre 1707 et 1749. Vous pouvez consulter les versions numérisées sur le site Héritage de Canadiana (bobine de microfilm C-1869).

L’instrument de recherche 300 : recensements et documents connexes (de 1640 à 1945) est un guide exhaustif regroupant d’anciens recensements et des documents connexes. La partie sur l’Acadie (de 1671 à 1763) comprend une liste de recensements effectués dans diverses régions, ainsi que des liens vers des versions numérisées de nombreux documents.

Transcription manuscrite donnant des renseignements sur des familles et sur leurs biens : le nom et l’âge de chacun des membres, le nombre d’animaux de ferme et de fusils, et la superficie de la terre.

Recensement de l’Acadie de 1693 – début de la section sur les habitants des Mines. (bobine C-2572, image 82; MG1-G1, volume 466, page 79)

Lieux de mémoire et commémorations

Grand-Pré demeure un lieu de mémoire important pour les Acadiens. Au début des années 1900, plusieurs livres et poèmes sur l’histoire et la culture acadiennes publiés par John Frederic Herbin mettent l’accent sur Grand-Pré. En 1907, l’auteur achète le terrain où se trouvait l’église de Saint-Charles-des-Mines afin d’y établir un parc à la mémoire du peuple acadien. Dix ans plus tard, la compagnie de chemin de fer Dominion Atlantic Railway achète le terrain et assure l’entretien du parc. La Société mutuelle de l’Assomption acquière officiellement le terrain en 1921 et elle y construit une église-souvenir l’année suivante.

Une église en construction autour de laquelle des dizaines de personnes sont rassemblées pour la cérémonie de la dédicace.

Cérémonie de dédicace de l’église construite à la mémoire du peuple acadien dans le parc de la Dominion Atlantic Railway à Grand-Pré, 16 août 1922. Canada, Bureau des brevets et du droit d’auteur. (a031296)

Grand-Pré reçoit le titre de lieu historique national en 1955. En 1957, le gouvernement du Canada fait l’acquisition du parc commémoratif. Il s’engage alors à conserver à perpétuité la possession du parc et de la chapelle, et d’en préserver le caractère historique. (Conclusions du Cabinet, « National Historic Parks; acquisition of Grand Pre Memorial Park », 14 janvier 1957, RG2, volume 1892)

: Trois touristes debout près du puits d’Évangéline, devant l’église commémorative du peuple acadien.

Le puits d’Évangéline à Grand-Pré, en Nouvelle-Écosse. Office national du film du Canada, juillet 1953. (e010949154)

Le fonds du Service canadien des parcs (RG84) contient des documents sur Grand-Pré. Pour obtenir les descriptions des dossiers, utilisez l’outil Recherche dans la collection de BAC et cherchez des mots-clés comme « RG84 Grand-Pré » dans Collections et fonds (recherche de fonds d’archives). Pour consulter les versions numérisées, notez le numéro de la bobine de microfilm dans la description du dossier (par exemple T-11310), puis cherchez ce numéro sur le site Héritage de Canadiana.

En 1995, la Commission des lieux et monuments historiques du Canada rappelle le rôle historique de Grand-Pré en lui accordant un deuxième titre, soit celui d’arrondissement historique rural. L’importance culturelle du lieu est elle aussi soulignée en 2012, lorsque le Paysage de Grand-Pré devient un site du patrimoine mondial de l’UNESCO. Encore aujourd’hui, Grand-Pré est au cœur de la mémoire culturelle acadienne.


Valerie Casbourn est archiviste à la Division des services de référence, au bureau d’Halifax de Bibliothèque et Archives Canada.

Passez-vous à côté du plaisir d’écouter des balados?

Saisie d’écran du site web de BAC

Il y a des balados pour tout les goûts sur le site Web de BAC.

Les balados existent depuis de nombreuses années mais, au cas où vous ne le sauriez pas, voici quelques informations.  Les balados sont parfois décrits comme des émissions de radio sur l’internet que vous pouvez écouter quand vous voulez. Il s’agit en fait d’une série d’émissions diffusées en ligne sous forme de fichiers individuels de médias numériques. Une fois téléchargées, les émissions de baladodiffusion peuvent être écoutées en tout lieu et en tout temps. Les balados sont populaires en raison notamment de la variété qu’ils offrent aux auditeurs sur les plans du style, de la forme et du contenu. Ils peuvent devenir des groupes de réflexion informels, constituer un lieu de narration, nous tenir au courant de l’actualité, approfondir des sujets particuliers, ainsi que nous exposer à une myriade de nouvelles idées.

Photo noir et blanc d’une foule de personnes autour d’un aéronef blanc.

La sortie du premier Avro Canada CF-105 Arrow à Malton, en Ontario, le 4 octobre 1957. La foule donne une indication de la taille de l’aéronef. (e999912501)

Dans le cas de notre balado Découvrez Bibliothèque et Archives Canada, le média sert de passerelle vers la vaste et riche collection de Bibliothèque et Archives Canada (BAC). Qu’il s’agisse de discuter d’un pannotype ancien avec un conservateur de photos, de se plonger dans l’histoire controversée de l’Avro Arrow ou de souligner la vie remarquable de Tom Longboat, notre balado informe, surprend et divertit.

Notre équipe dévouée de baladodiffuseurs déploie des efforts considérables pour la préparation de chaque émission de baladodiffusion. Elle puise son inspiration dans les collections archivistiques et bibliographiques, si nombreuses que cela rend difficile le choix des sujets pour les émissions à venir. Toutefois, grâce aux séances de remue-méninges, aux travaux de recherche et aux rencontres avec des experts, l’équipe est en mesure de choisir des sujets qui fascineront les auditeurs.

Image couleur d’un coffret en papier tapissé de velours rouge. Sur le côté droit, une photo en noir et blanc encadrée par un passe-partout de cuivre représente un jeune homme vêtu d’un veston de couleur foncée.

Un pannotype d’un jeune homme inconnu, dans un coffret en papier (e011200812_s15-v8)

Ensuite, les discussions avec les experts sont enregistrées, et après quoi commence la magie du travail dans l’ombre. Nos spécialistes de la production multimédia consacrent des heures à étudier les enregistrements afin d’en choisir les meilleurs extraits, qu’ils rassemblent pour en faire un tout cohérent et simplifié. Ce résultat, multipliez-le par deux, car chaque balado est produit en français et en anglais afin que tous les Canadiens puissent y avoir accès.

À ce jour, nous avons diffusé 67 émissions complètes de baladodiffusion, et 5 émissions plus courtes dans notre série Trésors dévoilés et nos auditeurs semblent enchantés. La popularité des émissions place systématiquement le balado de BAC parmi les meilleurs dans sa catégorie sur iTunes. Par l’étendue des sujets traités et la profondeur du savoir communiqué par les experts que nous interrogeons, Découvrez Bibliothèque et Archives Canada contribue grandement au paysage international du balado.

Si vous ne l’avez pas encore écouté, le moment est venu de le faire. Écoutez les émissions dans la voiture, en lavant la vaisselle, seul ou avec des amis. Découvrez Bibliothèque et Archives Canada est le remède parfait contre l’ennui et vous plongera dans le monde fascinant du patrimoine culturel du Canada que contient notre fabuleuse collection.

Photo noir et blanc de deux militaires portant un uniforme de la Première Guerre mondiale. Assis, sourire aux lèvres, ils achètent un journal d’un jeune garçon. Le militaire à droite prend le journal d’une main et donne l’argent au garçon de l’autre.

Le soldat Tom Longboat, coureur de fond onondaga, achète un journal d’un garçon français, juin 1917. (a001479)

Ressources connexes

Insolite et fier de l’être : l’histoire méconnue du Musée des archives

English version

Par Geneviève Morin

Par une journée ordinaire de juin 2011, un mystère improbable atterrit sur les bureaux des archivistes en art documentaire de Bibliothèque et Archives Canada (BAC). Il s’agit d’une petite statuette en bronze représentant le général James Wolfe. Cette œuvre du sculpteur Vernon March vient tout juste d’être trouvée à l’hôtel Lord Elgin, à Ottawa, soigneusement emballée et discrètement laissée sans surveillance. Le seul indice est une note dans laquelle l’auteur anonyme exprime son regret d’avoir volé la statuette « dans un acte de folie » lors d’une visite aux Archives dans les années 1950. Arrivant au crépuscule de sa vie, le voleur souhaite faire amende honorable…

Les archivistes qui connaissent l’histoire des collections non textuelles de BAC se mettent immédiatement au travail, entreprennent des recherches et dénichent des documents. La provenance est confirmée : la représentation en bronze du général Wolfe avait en effet été ajoutée aux collections des Archives en 1914! La statuette, récupérée avec gratitude, est finalement envoyée au lieu qui l’abrite actuellement, le Musée canadien de l’histoire.

Une question demeure toutefois : à l’époque, pourquoi les Archives décident-elles d’inclure ce type de sculpture dans la collection? Ne se limitent-elles pas généralement aux documents bidimensionnels, notamment les ressources textuelles, les photographies, les cartes et les dessins? Bien entendu, même si de nombreux Canadiens savent que BAC et les institutions qui l’ont précédé (les Archives nationales du Canada, la Bibliothèque nationale du Canada et les Archives publiques du Canada) acquièrent des ressources non textuelles depuis plus de 130 ans, peu connaissent la raison pour laquelle nos collections étaient – et, dans certains cas, sont encore – si éclectiques.

L’audacieuse ambition d’Arthur Doughty

Disons les choses simplement : à BAC, la diversité des fonds d’archives d’hier et d’aujourd’hui est attribuable en grande partie au deuxième archiviste fédéral du Canada, Arthur Doughty. Comme il l’explique dans le Catalogue of Pictures des Archives de 1925, son ambition n’est alors rien de moins que de faire de l’institution un ministère national d’histoire où sont préservées les sources de toute nature ayant une valeur pour l’étude de l’histoire du Canada. Il s’agit d’un mandat important, c’est le moins que l’on puisse dire…

Photo noir et blanc d’un homme moustachu portant un costume sombre et des bottes. Il est assis sur une chaise de bois et lit un livre, près d’un bureau de bois recouvert de papiers. À l’arrière-plan, on voit de grandes plantes, un mur présentant de nombreuses images encadrées et un manteau de cheminée. Le fauteuil de campagne en cuir du général Wolfe est appuyé contre le mur, à la droite de l’homme.

Arthur G. Doughty, archiviste fédéral, vers 1920, studio Pittaway. (c051653)

Après sa nomination en 1904, Arthur Doughty exprime sa vision en diversifiant beaucoup les types d’acquisitions que font les Archives. L’un des exemples les plus frappants de ce changement dans les pratiques d’acquisition est sans nul doute la gargantuesque maquette de la ville de Québec préparée par Duberger (voir ci-dessous) et transférée du ministère de la Guerre britannique en 1908.

Photo noir et blanc d’une grande salle présentant des tables d’exposition de part et d’autre et des luminaires suspendus au plafond. À l’arrière-plan, on aperçoit une grande maquette de ville.

Salle Grey, édifice des Archives publiques du Canada, rue Sussex, Ottawa (Ontario), après 1926. (a066642) (La maquette a été construite à Québec par le dessinateur Jean-Baptiste Duberger et le lieutenant-colonel John By, membre des Royal Engineers, entre 1806 et 1808. Aujourd’hui, la maquette est sous la garde de Parcs Canada.)

Au fil des ans, les Archives deviennent les gardiennes de milliers d’articles divers, dont les artéfacts suivants :

  • la tunique rouge que portait Isaac Brock au moment de son décès lors de la bataille des hauteurs de Queenston
  • le fauteuil de campagne de cuir de James Wolfe (photographié ci-dessus dans le bureau de Arthur Doughty, à gauche)
  • une massue casse-tête qui aurait été utilisée pendant la guerre de 1812, ainsi que plusieurs autres armes
  • des lunettes, des armes et des vêtements autochtones
  • des miroirs, des chandeliers et diverses pièces de mobilier
  • les plus vastes collections de pièces de monnaie, de jetons, de papier-monnaie, de médailles et de décorations du pays
  • des curiosités, comme un pilon à pommes de terre en bois qui aurait été utilisé dans la cuisine de sir John Johnson, et un ensemble élaboré de cloches de traîneau en laiton ayant appartenu à la princesse Louise et au marquis de Lorne

Bref, rien ne semble alors être exclu pour les Archives, tant que cela peut permettre aux Canadiens d’apprendre quelque chose sur leur histoire.

Photo noir et blanc d’une armoire en bois avec un miroir. Sur le dessus de l’armoire se trouve une horloge de cheminée ornementée. De chaque côté de l’armoire, on voit deux candélabres représentant des grues se tenant sur le dos de tortues.

Pendule de cheminée des Frères Raingo exposée dans l’édifice des Archives publiques, date inconnue. (a066643)

Un incontournable, tant pour les gens du coin que pour les visiteurs

Considérées comme une maison aux trésors pour l’historien canadien par le magazine Saturday Night en 1910, les Archives élaborent au fil du temps un programme muséal très réussi, offrant aux Canadiens l’occasion de s’immerger dans des expositions diversifiées combinant des publications, des ressources textuelles et des produits spécialisés de diverses formes, comme des cartes, des photographies, des peintures, des gravures et des artéfacts tridimensionnels. Ce n’est peut-être qu’une coïncidence, mais on peut apercevoir la tristement célèbre statuette de Wolfe dans la photo ci-dessous, prise vers 1926, sous le tableau de Benjamin West La mort du général Wolfe, dans la salle Northcliffe des Archives.

Photo noir et blanc d’une salle où se trouvent des bibliothèques et des vitrines d’exposition. À l’arrière-plan, on voit des fenêtres et des plantes.

Salle Northcliffe, édifice des Archives publiques du Canada, rue Sussex, Ottawa (Ontario), vers 1926-1930. (a137713). On peut voir la statuette de Wolfe, sculptée par Vernon March, sur le dessus de la vitrine d’exposition se trouvant sous le grand tableau, le long du mur à droite.

Installées dans diverses aires, dont trois salles conçues sur mesure au rez-de-chaussée de l’édifice des Archives, au 330, rue Sussex, les expositions permanentes sont régulièrement complétées par des expositions spéciales soulignant des événements commémoratifs, l’arrivée d’acquisitions importantes ou la visite d’invités de marque. L’espace est restreint, mais sous la direction d’Arthur Doughty et des conservateurs MM. Weber et A.E.H. Petrie, presque chaque espace utilisable est considéré comme un endroit où mettre en valeur la collection, même les corridors et le bureau de Arthur Doughty.

Photo noir et blanc d’une grande salle où se trouvent des vitrines d’exposition, une statue, des drapeaux, des plantes, des images encadrées, des chaises et un trône.

Salle Minto, édifice des Archives publiques du Canada, aménagée pour une réception à l’intention des délégués participant à la Conférence impériale, Ottawa, août 1932 (c000029). À l’époque, le trône du monarque (au centre, à droite) est conservé au Musée des archives lorsqu’il n’est pas utilisé au Sénat du Canada.

Photo noir et blanc d’une salle longue et étroite. Il y a deux luminaires suspendus au milieu de la salle, et les murs sont couverts d’affiches.

Salle des affiches de guerre, édifice des Archives publiques du Canada, rue Sussex, Ottawa (Ontario), vers 1944 (a066638). Nous trouvons encore des trous de punaises dans certaines affiches de guerre des collections préservées à BAC. Les pratiques de conservation et d’exposition ont beaucoup évolué depuis l’époque de la Salle des affiches de guerre!

C’est ainsi qu’au fil du temps, le Musée des archives accueille d’innombrables groupes d’écoliers, d’universitaires, de passionnés d’histoire et de dignitaires en visite. On compte même la visite de la princesse Elizabeth et du duc d’Édimbourg, en 1951. Le couple royal semble grandement apprécier l’expérience. En effet, comme le rapportent fièrement les responsables des Archives, au moment où le groupe signe le registre des visiteurs et part pour Rideau Hall, une période beaucoup plus longue que celle prévue dans le programme officiel s’est écoulée.

Photo noir et blanc de quatre hommes et d’une femme regardant des articles dans une vitrine d’exposition. Un homme pointe du doigt un document dans la vitrine.

Leurs Altesses Royales la princesse Elizabeth et le duc d’Édimbourg, accompagnés de l’honorable F. Gordon Bradley, secrétaire d’État (à gauche), aux Archives publiques. Rapport sur les Archives publiques pour l’année 1951.

Au milieu des années 1960, la popularité du musée connaît une hausse fulgurante. Malheureusement, comme l’observe M. Petrie en 1960, ce grand succès a des effets négatifs : un seul gardien ne semble pas suffire pour les trois salles, car on note que des larcins et des actes de vandalisme mineurs sont commis sur des objets de la collection. La sécurité a du mal à assurer une surveillance suffisante étant donné que les visiteurs sont de plus en plus nombreux. Peut-être est-ce dans ces conditions que la statuette de Wolfe disparaît, malheureusement…

L’inévitable non-durabilité

Au bout du compte, l’approche bien intentionnée d’Arthur Doughty ne peut visiblement plus fonctionner. En près de 60 années d’existence, le Musée des archives accumule une telle collection tridimensionnelle que l’édifice des Archives est plein à craquer. L’espace devient si restreint qu’en 1965, les salles d’exposition de l’édifice de la promenade Sussex [la rue est devenue promenade en 1953] doivent être déménagées dans des locaux temporaires à l’édifice Daly, près du Château Laurier. Il en est de même pour les artéfacts excédentaires, jusque-là entreposés dans l’édifice Loeb sur la rue Besserer.

Photo noir et blanc de deux édifices. À gauche, on aperçoit des personnes et des voitures floues. Au premier plan, on peut voir des lignes électriques.

Hôtel G.T.R. [Château Laurier] et édifice Ria [Daly]. Photo : William James Topley, après 1911 (a009116). En 1921, le gouvernement fédéral achète et commence à occuper l’édifice Daly, un immeuble commercial.

La question épineuse du Musée des archives est évaluée par la Commission Massey en 1951 et la Commission Glassco en 1963; elle vient ajouter le poids nécessaire à l’argument en faveur de la réduction des collections. Bien qu’à l’époque, les Archives ne se limitent pas à leur rôle traditionnel à un moment où « aucune autre solution n’est disponible », il devient évident qu’il est impossible et qu’il n’est plus nécessaire de tenir à la fois le rôle d’archives nationales et de musée. Vient alors le moment de partager le fardeau de la responsabilité avec d’autres institutions existantes.

Un nouvel édifice, mais des collections réduites

En 1967, la Bibliothèque nationale et les Archives nationales du Canada déménagent dans de nouveaux locaux au 395, rue Wellington, à Ottawa. Cet immeuble moderne, conçu sur mesure, comprend des aires d’exposition. Toutefois, il n’est pas prévu que les expositions d’antan y soient reproduites; l’accent sera plutôt mis sur la richesse des ressources qui garnissent les fonds et les collections d’archives et de bibliothèque.

Les années qui suivent le déménagement sont donc consacrées à la répartition de la collection du Musée des archives. La plupart des artéfacts tridimensionnels sont transférés au futur Musée de l’homme (aujourd’hui le Musée canadien de l’histoire), tandis que les trophées de guerre et les artéfacts militaires demeurent à l’édifice de la promenade Sussex pour continuer à faire partie de la collection du Musée canadien de la guerre. Environ 16 000 pièces de monnaie et autres objets liés à la numismatique sont envoyés à la Banque du Canada. Les fonds philatéliques des Archives sont pour leur part transférés au ministère des Postes. Les Archives conservent leurs collections de quelque 6 000 médailles et jetons militaires, commémoratifs et ecclésiastiques. Ces dernières, ainsi que l’importante collection de peintures, continueront à faire partie des collections d’art documentaire et d’objets des Archives publiques. M. Petrie reste en poste à titre de conservateur du musée et de la numismatique, guidant les groupes dans les expositions de tableaux et autres, ainsi que dans la découverte des impressionnants éléments décoratifs et architecturaux du nouvel immeuble.

Un héritage permanent

À mesure que BAC progresse dans le 21e siècle, l’esprit ambitieux d’Arthur Doughty et l’héritage du Musée des archives se perpétuent à travers une approche purement canadienne des archives. Des documents gouvernementaux, des archives privées et des ressources non textuelles de toutes sortes ont été recueillis et conservés pendant plus de 100 ans. Cette approche est à l’origine de l’ensemble éclectique de compétences que possèdent encore aujourd’hui les professionnels de BAC. Plus important encore, elle fait en sorte qu’un patrimoine documentaire diversifié continue d’intriguer, d’informer et d’impressionner les Canadiens et les visiteurs, même si les règles de sécurité et d’accès sont devenues un peu plus strictes après l’affaire de la statuette de Wolfe.


Geneviève Morin est archiviste principale pour l’art documentaire, les objets et la photographie à la Division des archives gouvernementales, à Bibliothèque et Archives Canada.