Le soldat Thomas Ricketts, VC

Par Ashley Dunk

Dans sa série de blogues sur les récipiendaires de la Croix de Victoria, Bibliothèque et Archives Canada souligne les actes d’héroïsme de soldats canadiens posés il y a exactement cent ans sur le champ de bataille. Aujourd’hui, nous honorons le soldat Thomas Ricketts, de Terre-Neuve, pour la bravoure et l’altruisme dont il a fait preuve à Ledeghem, en Belgique.

Copie noir et blanc d’une coupure de journal, au haut de laquelle est inscrit le mot « Proclamation! » en grosses majuscules.

À la recherche de recrues pour le Régiment de Terre-Neuve, The Daily News, 22 août 1914. (Source : The Rooms [en anglais])

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, en 1914, Terre-Neuve est un dominion de l’Empire britannique. Afin d’appuyer l’armée britannique et de soutenir l’effort de guerre, elle recrute une armée de volontaires, rassemblant suffisamment d’hommes pour former un bataillon : le Régiment de Terre-Neuve. (Deux autres bataillons seront plus tard mis sur pied : le 2e Bataillon de réserve, principalement posté à Ayr, en Écosse, et le 3e Bataillon, responsable du recrutement et de l’entraînement à St. John’s.) En 1917, le roi George V décernera le préfixe « Royal » au Régiment de Terre-Neuve pour souligner les actes de courage et d’héroïsme posés par ses soldats lors des batailles d’Ypres et de Cambrai, en France.

Photo sépia d’un soldat en uniforme, la Croix de Victoria et la Croix de Guerre épinglées sur sa poitrine.

: Le soldat Thomas Ricketts, récipiendaire de la Croix de Victoria, sans date. (Source : L’Encyclopédie canadienne)

Thomas Ricketts, fils de John Ricketts et d’Amelia Cassels, voit le jour le 15 avril 1901 à Middle Arm, White Bay, à Terre-Neuve. Il s’enrôle dans le 1er Bataillon du Régiment de Terre-Neuve le 2 septembre 1916, alors qu’il n’a que 15 ans. Afin d’être accepté, il inscrit « 18 ans » sur son formulaire d’engagement. Son mensonge passe inaperçu, et il joint les rangs du Corps expéditionnaire britannique. Envoyé en Angleterre, il reçoit une balle à la jambe en novembre 1917. Le temps de se remettre de sa blessure, il retrouve son régiment au printemps de l’année suivante.

Au matin du 14 octobre 1918, le 1er Bataillon est en Belgique, où il participe à l’avancée menée depuis Ledeghem (à l’est d’Ypres). Noyés sous la brume et la fumée, les soldats livrent bataille, tentant de repousser les Allemands et de s’emparer de leurs casemates et leurs armes. Lorsque la brume matinale se dissipe, ils découvrent devant eux un ruisseau, le Wulfdambeek, qu’ils doivent traverser en s’exposant aux tirs ennemis. Le régiment subit alors de lourdes pertes, avant de se retrouver cloué sur place par les bombardements ennemis. Incapable de riposter avec sa propre artillerie, il n’a d’autre choix que de neutraliser l’ennemi et de s’emparer de ses armes et de sa batterie.

Ricketts, armé d’une mitrailleuse Lewis, se porte volontaire pour s’élancer vers les Allemands en compagnie de son commandant de section. Leur objectif : contourner la batterie pour la déjouer et s’en emparer. Ils progressent lentement sous les tirs nourris des mitrailleuses, et se retrouvent rapidement à court de munitions. Ils sont alors à 300 mètres de la batterie. Les Allemands s’aperçoivent de leur vulnérabilité et déplacent leurs canonniers pour les neutraliser. Mais Ricketts détecte la manœuvre : il bat en retraite et, sous des tirs intenses, parcourt 100 mètres pour aller chercher d’autres munitions. À son retour, il manie habilement sa mitrailleuse et repousse l’ennemi jusqu’à une ferme voisine. Cette menace écartée, son peloton peut avancer sans subir de pertes : il capture quatre canons de campagne et quatre mitrailleuses, en plus de faire huit prisonniers. Une cinquième mitrailleuse sera interceptée et saisie plus tard.

Photo noir et blanc d’un soldat en uniforme, de profil.

: Le soldat Thomas Ricketts, sans date (Source : Défense nationale)

Comme le relate la London Gazette :

« Par sa présence d’esprit au moment d’anticiper les intentions de l’ennemi, et parce qu’il a fait fi de sa propre sécurité, le soldat Ricketts a pu se procurer les munitions qui ont directement contribué à ces importantes prises et, sans aucun doute, sauvé de nombreuses vies. »

(London Gazette, n° 31108, p. 309, 6 janvier 1919, en anglais. Traduction : Défense nationale et Forces canadiennes)

Ricketts survit à la guerre et est démobilisé le 17 juin 1919. Le roi George V lui avait décerné la Croix de Victoria le 19 janvier de la même année, à Sandringham, en Angleterre. Ricketts n’avait alors que 17 ans, ce qui fait de lui le plus jeune combattant à obtenir cette distinction. Il rentre à Terre-Neuve en véritable héros. Chez lui, il reprend ses études et devient pharmacien. En plus de sa Croix de Victoria, Ricketts reçoit la Croix de Guerre française ornée d’une étoile d’or pour sa bravoure.

Il s’éteint à St. John’s, à Terre-Neuve, le 21 mars 1967.

La Croix de Victoria et la Croix de Guerre de Ricketts sont exposées au Musée canadien de la guerre à Ottawa, en Ontario.

Bibliothèque et Archives Canada conserve le dossier de service numérisé du soldat Thomas Ricketts.

Étiquetez des photos et faites partie de l’histoire!

Vous pouvez étiqueter les photos de ce billet de blogue! Plongez dans les documents numérisés du Corps expéditionnaire canadien : transcrivez, étiquetez, traduisez et décrivez leur contenu. Chaque ajout à un document fournit de nouvelles métadonnées accessibles à la recherche dans les 24 heures suivantes. Jour après jour, les documents de Bibliothèque et Archives Canada sont ainsi plus faciles à repérer. Consultez le billet de blogue à ce sujet qui explique comment faire partie de l’histoire!


Ashley Dunk était adjointe de projet à la Division du contenu en ligne de la Direction générale des services au public.

 

Le lieutenant Wallace Lloyd Algie, VC

Par Emily Monks-Leeson

En ce jour, en 1918, le lieutenant Wallace Lloyd Algie tombe au combat au nord-est de Cambrai, en France. Les gestes qu’il a posés ce jour-là lui vaudront une Croix de Victoria posthume.

Fils de James et Rachel Algie de Toronto, Wallace Lloyd Algie naît le 10 juin 1891 à Alton, en Ontario. Il obtient son diplôme du Collège militaire royal du Canada et s’enrôle dans la milice active auprès des Queen’s Own Rifles of Canada puis du 40e Régiment, où il sert comme lieutenant.

Photo noir et blanc d’un officier portant une casquette

Le lieutenant Wallace Lloyd Algie, sans date. Source : Direction de l’histoire et du patrimoine (Défense nationale et Forces canadiennes)

Algie est commis de banque à Toronto lorsqu’il s’enrôle comme officier du Corps expéditionnaire canadien le 19 avril 1916. Il s’embarque à bord du navire à vapeur Laconia le 25 septembre 1916 pour aller rejoindre le 95e Bataillon dès son arrivée à Seaford, en Angleterre. Le 26 mai 1917, il est envoyé sur le théâtre européen avec le 20e Bataillon d’infanterie du Canada. Il suit plusieurs formations pour officiers, dont une sur le fusil-mitrailleur Lewis.

Le 11 octobre 1918, le lieutenant de 27 ans dirige ses troupes du 20e Bataillon du Corps expéditionnaire canadien près du village de Cambrai, en France, lorsqu’elles se retrouvent sous d’intenses tirs de mitrailleuse provenant d’un village voisin. Sa citation dans la London Gazette du 28 janvier 1919 (traduite ci-dessous) évoque les faits ayant mené à son décès et à l’attribution de la Croix de Victoria :

« Pour un acte de bravoure et d’abnégation de soi très remarquable, le 11 octobre 1918, au nord-est de Cambrai, alors que les troupes offensives essuyaient d’intenses tirs de mitrailleuse en enfilade en provenance d’un village voisin. Après s’être élancé avec neuf volontaires, il met hors de combat le détachement d’une mitrailleuse ennemie puis, retournant celle-ci contre l’ennemi, il permet à sa troupe d’atteindre le village. Il se rue ensuite sur une autre mitrailleuse, capture un officier et 10 soldats ennemis, dégageant ainsi l’extrémité du village. Une fois son groupe bien établi, le Lt Algie part à la recherche de renforts, mais il se fait tuer au retour. Le courage et l’esprit d’initiative dont il a fait preuve devant des tirs nourris ont permis de sauver de nombreuses vies et de tenir la position. »

Le lieutenant Wallace Lloyd Algie est enterré au cimetière de Niagara à Iwuy, en France (en anglais seulement).

Page dactylographiée décrivant ce qui s’est passé du 10 au 11 octobre 1918.

Le journal de guerre du 20e Bataillon d’infanterie du Canada décrivant les actes de bravoure du lieutenant Algie (e000960948)

Bibliothèque et Archives Canada possède le dossier de service du Corps expéditionnaire canadien du lieutenant Wallace Lloyd Algie.


Emily Monks-Leeson est archiviste pour la Direction générale des opérations numériques et de la préservation à Bibliothèque et Archives Canada.

Images de poules maintenant sur Flickr

Photo noir et blanc d’un jeune garçon. À sa gauche se trouve un coq blanc sur un piédestal.

Portrait d’Henri Groulx, Lachine (Québec) [MIKAN 3630060]

Les poules sont des oiseaux domestiques élevés pour leurs œufs et leur chair. On trouve de nombreux producteurs de poulet et couvoirs de poules pondeuses dans chaque province. Selon Agriculture et Agroalimentaire Canada, l’Ontario et le Québec possèdent la plus forte concentration de producteurs, suivis par la Colombie-Britannique et l’Alberta, respectivement.

Photo couleur d’un homme plaçant de l’eau dans des plats à l’intérieur d’un enclos pour poussins.

Un homme donnant de l’eau à des poussins dans l’un des couvoirs du Marshall Chicken Ranch, Toronto (Ontario) [MIKAN 4313936]

Photo noir et blanc de deux femmes inspectant des œufs qui défilent sur un transporteur à courroie et les plaçant dans des boîtes.

Mme Hines et Mme Dominey préparant des œufs pour les consommateurs, Port Williams (Nouvelle-Écosse) [MIKAN 4950331]

Les poules ne sont pas des oiseaux migrateurs. Elles occupent un petit territoire et peuvent difficilement nager ou voler. Les gens pouvaient facilement capturer ces oiseaux et les emmener avec eux quand ils déménageaient. La domestication des poules s’est faite rapidement. Que ce soit pour une production familiale ou pour nourrir de grandes populations urbaines, les poules se sont avérées extrêmement polyvalentes sur le plan des soins et de la reproduction.

Photo noir et blanc d’un homme nourrissant des poules à côté d’un poulailler.

Élevage de volaille, Oromocto (Nouveau-Brunswick) [MIKAN 3643515]

Visitez l’album Flickr maintenant!

Les ingénieurs en aéronautique d’A. V. Roe Ltd.

 

Bannière avec les mots suivants : Première: Nouveautés à Bibliothèque et Archives Canadas. Et on aperçoit à droite une outre attrapant un poissonPar Andrew Elliott

En 1948, les tout premiers étudiants de l’école de génie aéronautique de l’Université de Toronto obtiennent leur diplôme; parmi eux, on retrouve Gerald Vincent Bull, Fred Matthews, Daisy Pon, William McCarter, William Kuzyk et Ralph Waechter. La plupart des diplômés de cette cohorte – et notamment la toute première femme ingénieure en aéronautique – occupent des postes au siège de la compagnie A. V. Roe Ltd., situé à Malton, en Ontario. Au cours des années 1950, ils y travaillent au développement d’aéronefs révolutionnaires, dont le célèbre (et infortuné) avion supersonique Avro Arrow.

Bibliothèque et Archives Canada a récemment acquis les fonds de deux de ces ingénieurs : William Kuzyk et Ralph Waechter.

Pour reprendre les termes du musée canadien de l’aéronautique (le Canadian Air and Space Museum, à Toronto), l’histoire d’A. V. Roe Ltd. en est une de triomphe et de tragédie pour l’aviation canadienne. En 1945, la compagnie lance deux grands projets : le Jetliner C-102, un avion de ligne, et le Canuck CF-100, un chasseur d’interception militaire à deux moteurs pouvant voler par tous les temps. Puis, en 1950, elle s’attaque à la conception de l’Avro Arrow : des équipes d’ingénieurs de l’Angleterre et du Canada unissent leurs efforts afin d’en concevoir la cellule et les turboréacteurs.

Mais revenons au Jetliner C-102, un avion révolutionnaire dans le milieu du transport commercial aérien. Il prend son envol pour la première fois en août 1949 et fracasse des records de vitesse lors de chaque vol subséquent. Malheureusement, sa production ne dépasse jamais le stade des modèles d’essai.

Photo noir et blanc d’un avion sur une piste, entouré de groupes d’hommes.

Le Jetliner C-102 (a092486)

Le Canuck CF-100, lui, est l’un des modèles d’A. V. Roe Ltd. ayant connu le plus de succès. Vous pouvez voir ci-dessous à quoi ressemblait ce chasseur d’interception qui pouvait braver toutes les conditions météo.

Illustration couleur d’un avion survolant des nuages; deux autres avions semblables volent en formation à l’arrière-plan.

Le Canuck CF-100 (a068257)

Quant à l’Avro Arrow CF-105, il présentait des caractéristiques techniques avancées : une aile delta d’une hauteur remarquable, une structure sans queue et d’autres éléments aérodynamiques de pointe. Ces détails sont bien visibles dans les plans d’origine :

Dessin noir et blanc de la coupe transversale d’un avion montrant le fuselage, l’aile et l’empennage vertical.

Dessin n° 7-0400-01, version n° 1 de l’Avro Arrow CF-105 (e011161348)

Esquisse du contour d’un avion à l’allure futuriste.

Esquisse de l’Avro Arrow (e011161340)

Le tournant des années 1950 est une période stimulante pour les ingénieurs en aéronautique, et de nombreux diplômés obtiennent immédiatement un emploi chez A. V. Roe Ltd.

C’est le cas de Ralph William Waechter (1926-2012), embauché comme ingénieur en aéronautique, ingénieur d’essai en vol et aérodynamicien après avoir obtenu son diplôme de l’Université de Toronto en 1948, au terme de quatre ans d’études. Son collègue William Kuzyk (1922-1990) a lui aussi fréquenté l’Université de Toronto de 1943 à 1949; pendant ses études, il travaillait déjà chez A. V. Roe Ltd. en tant que contrôleur de modèles dans la division des turbines à gaz.

Au fil des ans, Waechter et Kuzyk occupent des postes dans divers départements de la compagnie. Ils sont entre autres ingénieurs au sein du département de la recherche sur les essais en vol, où ils sont principalement chargés de recueillir des données. Nombre de leurs rapports décrivent des problèmes techniques relatifs au vol à haute vitesse ainsi que les phénomènes connexes pouvant se produire. Il existe d’ailleurs un nombre considérable de données et de graphiques sur le sujet, en particulier sur la vitesse anémométrique et la performance à haute vitesse. Waechter et Kuzyk testent aussi la performance des diverses versions expérimentales de l’Avro Arrow, y compris celles ayant recours à la technologie de lancement de longueur zéro.

Texte optionnel : Dessin noir et blanc du profil, de l’avant et du dessus d’un avion

Lancement de longueur zéro à géométrie fusée, Avro Arrow CF-105 (e011161341)

Dessin technique détaillé d’un avion en position de lancement.

Position de lancement de l’Avro Arrow pour le lancement de longueur zéro (e011161347)

Dessin montrant deux avions au-dessus des nuages.

Photo d’un croquis de l’Avro Arrow CF-105 (a111546)

Jusqu’en 1958, la conception et le vol des prototypes sont couronnés de succès. Mais le climat politique national et international a raison de cet élan : le 20 février 1959, le gouvernement fédéral met fin à tous les travaux sur l’Avro Arrow, et la compagnie A. V. Roe licencie 14 000 employés. Comme plusieurs confrères dans la même situation, Waechter et Kuzyk déménagent alors aux États-Unis, où ils travaillent pour des entreprises de génie aéronautique. Alors que certains de leurs compatriotes ne reviendront jamais, ils rentrent au pays au début des années 1970 et y poursuivent de brillantes carrières.

L’annulation du projet de l’Avro Arrow s’accompagne d’une recommandation visant la destruction de tous les documents connexes. Nous sommes donc très chanceux que William Kuzyk et Ralph Waechter aient ignoré ces ordres! Grâce à eux, nous avons aujourd’hui un aperçu unique des travaux de recherche et de développement réalisés dans le secteur canadien de l’aéronautique au milieu du 20e siècle.

Pour en savoir plus

BAC possède divers fonds contenant des documents en lien avec l’Avro Arrow :

On trouve également des documents pertinents dans les fonds de certains députés et premiers ministres :

Enfin, quelques documents épars sur l’A. V. Roe et ses divers projets aéronautiques se trouvent dans des fonds gouvernementaux :


Andrew Elliott est archiviste responsable des archives privées à la Section des sciences, de l’économie et de l’environnement de la Direction générale des archives de Bibliothèque et Archives Canada.

Le capitaine Coulson Norman Mitchell, VC

Par Ashley Dunk

Dans sa série de blogues sur les récipiendaires de la Croix de Victoria, Bibliothèque et Archives Canada souligne les actes de bravoure posés il y a cent ans sur le champ de bataille par des récipiendaires de cette distinction. Aujourd’hui, nous rendons hommage au capitaine Coulson Norman Mitchell pour le courage dont il a fait preuve au canal de l’Escaut, en France, dans la nuit du 8 au 9 octobre 1918.

Photo noir et blanc d’un officier en uniforme.

Le capitaine Coulson Norman Mitchell, récipiendaire de la Croix de Victoria, vers 1918. (c001595)

le 11 décembre 1889 à Winnipeg, au Manitoba, Mitchell fait d’abord carrière comme ingénieur civil, avant de s’enrôler en tant que soldat dans le Canadian Railway Construction Corps (les troupes ferroviaires canadiennes) le 21 janvier 1915. L’année suivante, il devient lieutenant et se joint à la 1re Compagnie de sapeurs-mineurs du Corps de génie canadien. En 1917, sa bravoure devant l’ennemi lui vaut la Croix militaire (en anglais) ainsi qu’une promotion au grade de capitaine. Puis, en 1918, Mitchell est affecté au 4e Bataillon du Corps de génie canadien. C’est durant cette affectation qu’il accomplit un acte héroïque au canal de l’Escaut, au nord-est de Cambrai, en France, aidant ainsi les Alliés à y triompher.

Photo noir et blanc d’un canal à sec. On voit un pont tordu à l’arrière-plan. Au second plan, un cheval tire une charrette chargée de fournitures sur un autre pont. Un peu partout, des soldats se déplacent, certains transportant du matériel.

Des Canadiens construisent un pont pour transporter des effectifs et du matériel sur le canal du Nord, France, septembre 1918. (a003285)

Après la bataille du Canal-du-Nord, le 1er octobre 1918, les soldats alliés sont résolus à libérer Cambrai. Les attaques précédentes avaient dégagé des routes jusqu’à la ville; il faut maintenant que la 3e Division d’infanterie canadienne s’y rende. Les Allemands, postés au nord-est, résistent farouchement; les Canadiens espèrent néanmoins prendre Cambrai pour faire avancer le front. Durant les jours qui suivent, ils livrent bataille et réussissent à libérer certains villages français de la présence allemande.

Dans la nuit du 8 au 9 octobre 1918, Mitchell est en mission de reconnaissance près de Cambrai, dirigeant un détachement de sapeurs (des soldats chargés de la construction et de la réparation de routes et de ponts ainsi que du déminage). Leur objectif : aller inspecter, au-delà des lignes de front, les ponts que la 5e Brigade d’infanterie canadienne prévoit emprunter durant son attaque, et s’assurer qu’ils sont intacts. Or, Mitchell et ses hommes constatent qu’un premier pont a déjà été saccagé. Ils se rendent ensuite au suivant, qui traverse le canal de l’Escaut.

Photo noir et blanc d’un village où des bâtiments ont été endommagés. Au centre, on voit un imposant amas de pierres et de débris. Un soldat est agenouillé au sol, tout près. À gauche, un autre soldat se tient debout et l’observe.

Le corps de génie canadien à la recherche de mines à Cambrai, France, octobre 1918. (a003271)

Sous des tirs nourris, Mitchell s’élance sur le pont. L’obscurité l’empêche de savoir où se trouvent les soldats ennemis et combien ils sont. Mitchell découvre alors que les Allemands ont tout mis en place pour faire exploser le pont. Aidé d’un sous-officier, il coupe les fils du détonateur et retire la charge.

Mais les Allemands, réalisant la manœuvre, s’avancent pour actionner les détonateurs. Mitchell, tout en courant au secours de sa sentinelle blessée, tue néanmoins trois soldats allemands et en capture douze. Le pont est finalement sauvé, un exploit qui contribuera grandement au succès ultérieur de l’offensive de la 5e Brigade d’infanterie.

Les exploits de Mitchell sont relatés dans cet extrait de la London Gazette :

« Malgré les tirs fusant de toutes parts, il continua à couper les fils et à retirer les explosifs, sachant que l’ennemi pouvait les faire détoner à tout moment. Si ce pont crucial sur le canal n’a pas été détruit, c’est entièrement grâce à sa bravoure et à ses actions décisives. » [Traduction]

London Gazette, no 31155, 31 janvier 1919, pp. 1503-1504 (en anglais)

Photo noir et blanc d’un officier en uniforme.

Le capitaine Coulson Norman Mitchell, récipiendaire de la Croix de Victoria, vers 1918. (c001594)

Mitchell sert dans le Corps du génie canadien jusqu’au 28 avril 1919, jour de la démobilisation générale. Il rentre alors au Canada, où il reprend sa carrière d’ingénieur civil. Lorsque survient la Deuxième Guerre mondiale, il commande des unités de génie en Grande-Bretagne. Il revient au Canada en 1943 en tant que lieutenant-colonel responsable d’un centre de formation d’ingénieurs. À la fin des hostilités, il travaille à nouveau au civil.

Plusieurs endroits commémorent le service de Mitchell durant les deux guerres mondiales. Au Manitoba, un lac a été nommé en son honneur. À Montréal, une rue et une succursale de la Légion royale canadienne portent son nom, tout comme l’édifice principal de l’École du génie militaire des Forces canadiennes sur la base de l’Armée canadienne à Gagetown, au Nouveau-Brunswick.

Mitchell est décédé chez lui, à Montréal, le 17 novembre 1978.

Bibliothèque et Archives Canada conserve le dossier de service numérisé du capitaine Coulson Norman Mitchell.

Donnez un coup de pouce à l’histoire en transcrivant les journaux de guerre ou en ajoutant des étiquettes aux photos!

Vous avez accès aux journaux de guerre du Corps de génie canadien pour transcrire, traduire ou décrire leur contenu, ou encore y ajouter des étiquettes. Chacun de vos ajouts deviendra une nouvelle métadonnée, qui sera intégrée au moteur de recherche dans les 24 heures et facilitera le repérage des dossiers de Bibliothèque et Archives Canada. Lisez notre billet de blogue pour savoir comment vous pouvez participer à l’avancement de l’histoire!


Ashley Dunk est assistante de projet à la Division du contenu en ligne de la Direction générale des services au public de Bibliothèque et Archives Canada.

La Jamaican Canadian Association et les femmes

Par Christine Barrass

La Jamaican Canadian Association (JCA) [association jamaïcaine du Canada] a été fondée il y a 56 ans par des Jamaïcains qui habitaient à Toronto. En 1962, alors que la Jamaïque se prépare à obtenir son indépendance du Royaume-Uni, le groupe décide de se réunir pour manger, danser et célébrer. Cette activité organisée le 6 août, jour d’indépendance, connaît un succès retentissant. Les discussions tenues par la suite favorisent la création d’un organisme qui pourrait aider les immigrants des pays des Caraïbes à s’adapter à la vie à Toronto et défendre les citoyens canadiens d’origine caribéenne ou africaine de la ville. À cette fin, on met en place un comité constitutionnel composé de trois hommes et de trois femmes. Le 23 septembre 1962, les nombreux participants d’une réunion organisationnelle approuvent la composition de la JCA et élisent le premier comité de direction.

Vincent Conville, un membre de longue date de l’Association et président de 1977 à 1978, rédige sa thèse de doctorat sur la JCA. En 2008, il fait don à Bibliothèque et Archives Canada des documents qui composent maintenant le fonds de la Jamaican Canadian Association. On y trouve des transcriptions d’entrevues orales réalisées avec des membres fondateurs et influents du groupe ainsi que des copies du bulletin de nouvelles de la JCA, In Focus. Ces entrevues et articles du bulletin contiennent, entre autres, les commentaires sincères et pertinents de plusieurs femmes, dont Amy Nelson, Kamala-Jean Gopie et Erma Collins.

La JCA comptait davantage de femmes que d’hommes parmi ses membres, ce qui était inhabituel à l’époque. Ces femmes, soit un groupe diversifié d’universitaires, d’infirmières et de domestiques, s’étaient engagées dans l’Association puisqu’elles voulaient toutes aider d’autres membres de la communauté caribéenne de Toronto et du reste du Canada. Les femmes de la JCA ont joué divers rôles au fil des ans. Malgré leur grand nombre, elles n’ont occupé aucun poste de direction pendant les premières décennies de la JCA. Plutôt, elles ont agi à l’arrière-plan en organisant des collectes de fonds, en créant des comités et en appuyant l’objectif de l’association, soit offrir des services sociaux essentiels. Dans une entrevue réalisée par M. Conville, Amy Nelson, l’une des membres fondatrices de la JCA, reconnaît l’inégalité qui était présente dans l’organisation. Elle perçoit ce problème comme étant un produit de l’époque : les hommes se retrouvaient tout simplement plus souvent dans des rôles de direction, que ce soit dans la JCA ou dans la société en général.

La page principale d’un bulletin de nouvelles imprimé en noir et vert. Le titre principal est « …founder, Amy Nelson looking back on 40 years… » [...la fondatrice Amy Nelson revient sur les 40 dernières années…].

Bulletin de nouvelles In Focus, novembre 2002 (e011218459)

Kamala-Jean Gopie (auparavant Jean Gammage) est l’une des femmes ayant occupé un poste de direction à la JCA. Elle se joint à l’Association en 1974 et devient rapidement une membre très active. En 1974, elle occupe le poste de secrétaire administrative, puis, de 1978 à 1980, elle est la première femme à assurer la présidence de la JCA. Toutefois, malgré son rôle de leadership, elle affirme dans une entrevue du bulletin In Focus qu’elle a déjà assisté à une cérémonie de prix comme invitée plutôt qu’organisatrice. Plutôt inhabituel!

La page principale d’un bulletin de nouvelles imprimé. Le titre est : « Kamala-Jean Gopie: A woman with a mission » [Kamala-Jean Gopie : une femme investie d’une mission].

Bulletin de nouvelles In Focus, vol. 4, no 3, mai 1995 (e011218458)

Les contributions uniques des femmes de la JCA ont mené à la création de ce qui était le Groupe auxiliaire féminin, reformé plus tard sous le nom du Comité féminin. Mis sur pied au début des années 1970, le Groupe auxiliaire mettait l’accent sur les antécédents des femmes qui travaillaient dans les soins de santé pour appuyer certaines activités de la JCA. Cela change lors de sa renaissance sous le nom de Comité féminin. Erma Collins, première vice-présidente de l’association, et Pam Powell, ancienne membre du Conseil, se rappellent que ce comité comblait les lacunes liées aux programmes destinés aux femmes. Il s’occupait d’enjeux urgents, dont la santé des femmes; par exemple, il a organisé une foire de la santé pour les femmes noires de l’Ontario, en 1993. Le Comité a par la suite élargi son mandat pour aborder d’autres enjeux liés à l’égalité des sexes.

La page principale d’un bulletin de nouvelles imprimé. Le titre principal est : « JCA elects first female 1st Vice-President » [La JCA élit pour la première fois une femme comme première vice-présidente].

Bulletin de nouvelles In Focus, vol. 3, no 9, avril 1993 (e011218457)

C’est avec fierté que le Comité féminin poursuit ses activités encore de nos jours!


Christine Barrass est archiviste principale à la Division des archives privées sur la vie sociale et la culture, Direction générale des archives, à Bibliothèque et Archives Canada.

Les timbres d’assurance-chômage et la collection Danny Leong

Par James Bone

Le gouvernement canadien met en place au début des années 1940, durant la Seconde Guerre mondiale, les premières composantes du filet de sécurité sociale que nous connaissons aujourd’hui. Le gouvernement cherche à éviter, ou du moins à atténuer, l’accroissement du chômage vécu au Canada lorsque les soldats sont rentrés au pays après la Première Guerre mondiale, en particulier dans le secteur manufacturier, touché par la fin de la production de guerre et la baisse de la demande qui en est résultée. Une des pièces maîtresses de ce programme est l’assurance-chômage : un programme obligatoire auquel les employés et les employeurs doivent contribuer en fonction du salaire de l’employé; ainsi, une personne qui perd son emploi pourra bénéficier d’un revenu continu durant une période déterminée. La loi établissant le programme reçoit la sanction royale en août 1940 et entre en vigueur le 1er juillet 1941. L’assurance-chômage a été modifiée et réformée depuis, mais l’actuel programme d’assurance-emploi est resté le même pour l’essentiel.

Une photographie couleur d’un timbre brun-rouge portant le texte suivant : Canada. Unemployment Insurance. Assurance-chômage. 1/6 27¢. Insured 0 Assuré.

Timbre d’assurance-chômage de 27 cents non oblitéré datant de 1941 (MIKAN 4933817)

Une photographie couleur d’un timbre d’assurance-chômage vert.

Timbre d’assurance-chômage de 51 cents datant de 1941 (MIKAN 4933828)

À l’époque, bien entendu, il n’y avait pas de gestion de documents informatisée; il fallait concevoir un moyen permettant de montrer non seulement que les cotisations avaient bien été versées, mais aussi qu’un employé donné était admissible au programme. La méthode la plus courante, à la fin du 19e et au début du 20e siècle, pour prouver que les taxes ou impôts ont été payés pour les services gouvernementaux consiste à utiliser des timbres fiscaux. Comme les timbres postaux, les timbres fiscaux précisent le montant payé pour acheter le timbre et la taxe ou l’impôt qu’il sert à payer. Après usage, les timbres fiscaux sont oblitérés par un agent responsable pour indiquer que leur valeur a été utilisée aux fins prévues. Les timbres d’assurance-chômage sont vendus dans les bureaux de poste; pour acheter ces timbres, les employeurs doivent retenir un certain pourcentage du salaire de leurs employés, tout en versant leur propre contribution. Les timbres sont ensuite collés dans des carnets, généralement conservés au service des ressources humaines ou de gestion de l’entreprise, puis soumis annuellement au bureau local de la Commission de l’assurance-chômage du Canada. Les employés ont un carnet par année, conservé par leur employeur. Afin de garantir que les sommes retenues sur le salaire servent bien à l’achat de timbres d’assurance-chômage, la loi autorise les employés à vérifier leur carnet deux fois par mois.

Une photographie couleur d’une page d’un carnet d’assurance-chômage usagé sur laquelle sont collés sept timbres, datée de mai, juin et juillet 1949.

Carnet de la Commission de l’assurance-chômage usagé daté de mai à juillet 1949 (MIKAN 4937508)

Une photographie couleur d’une page d’un carnet d’assurance-chômage usagé sur laquelle sont collés plusieurs timbres, datée d’octobre et novembre 1949. Les timbres sont très colorés et il y a une note manuscrite indiquant une date et des initiales.

Carnet de la Commission de l’assurance-chômage usagé daté d’octobre et novembre 1949 (MIKAN 4937509)

Au lancement du programme d’assurance-chômage, plusieurs types d’emploi en sont exclus : l’agriculture, la pêche, la foresterie et l’exploitation forestière, la chasse et la trappe, les services de transport aérien et maritime, la médecine, les soins infirmiers, l’enseignement, l’armée, la police et la fonction publique. Avec le temps, le programme couvre un nombre grandissant d’emplois. Un pas important est franchi en 1957, alors que l’industrie de la pêche devient admissible, apportant ainsi une garantie de revenu indispensable dans la nouvelle province de Terre-Neuve et dans l’ensemble des Maritimes. Au début, l’image d’un poisson est imprimée sur le timbre afin d’indiquer son utilisation prévue dans l’industrie de la pêche. Dans les années suivantes, les timbres d’assurance-chômage pour le secteur des pêcheries sont émis sans cette image.

Une photographie couleur d’un bloc de 50 spécimens de timbres d’assurance-chômage rouges.

Timbres d’assurance-chômage de 1959 (MIKAN 4933286)

Parmi les divers types de timbres fiscaux utilisés par les gouvernements fédéral et provinciaux, les timbres d’assurance-chômage sont relativement rares. C’est qu’en vertu de la loi et des règlements de ce programme, il est illégal de vendre des timbres non oblitérés; seuls un employeur ou le service des ressources humaines d’un employeur peuvent légalement posséder des timbres non oblitérés. En outre, la plupart des carnets et timbres oblitérés ayant été soumis à la Commission de l’assurance-chômage, ainsi que la majeure partie des timbres non oblitérés sont détruits volontairement après leurs cinq années de conservation prévues. Enfin, les timbres non vendus sont retournés par les bureaux de poste à la Commission de l’assurance-chômage pour être détruits quand ils ne peuvent plus être vendus, ce qui se produit lorsque des modifications aux cotisations à l’assurance-chômage exigent l’émission de nouveaux timbres.

La collection Danny Leong

Fort heureusement, Bibliothèque et Archives Canada a pu acquérir la collection de timbres d’assurance-chômage Danny Leong (R15771), laquelle comprend plus de 11 000 timbres, ainsi que des carnets d’assurance-chômage de toutes les années où ils ont été utilisés, en plus de divers documents connexes. Danny Leong et sa veuve, Violet Anne Leong, étaient des employés de la Commission de l’assurance-chômage en Colombie-Britannique. Grâce à cet emploi, monsieur Leong a pu collectionner des spécimens de timbres et des carnets qui n’étaient plus nécessaires pour le travail, la formation ou la référence dans le bureau.

La plupart des timbres de cette collection sont des spécimens préoblitérés, imprimés par la Compagnie canadienne des billets de banque à Ottawa et expédiés à la Commission de l’assurance-chômage à titre d’exemples de timbres à émettre et à vendre dans les bureaux de poste. La collection comprend également des spécimens de carnets d’assurance et des carnets utilisés que l’on conservait peut-être aux fins de formation. La pièce la plus originale est une épreuve gravée d’un timbre unique datant de mars 1959. Cette remarquable épreuve a été réalisée pour un timbre d’assurance-chômage dédié à l’agriculture, mais qui n’a jamais été émis; comme mentionné plus haut, le secteur de l’agriculture n’était pas couvert par l’assurance-chômage à cette époque. De toute évidence, on réfléchissait à la possibilité d’inclure le travail agricole dans le programme, et cette réflexion était suffisamment sérieuse pour concevoir et graver un timbre à cette fin. Consulté à propos de cette pièce, Yves Baril attribue très probablement le travail à Donald Mitchell, graveur de lettres pour la Compagnie canadienne des billets de banque, alors que le concept semble être celui de Harvey Prosser, sous la supervision de John Francis Mash.

Une photographie couleur d’une épreuve d’un timbre orange pour l’agriculture.

Épreuve d’un timbre d’assurance-chômage pour l’agriculture, jamais émis, daté du 12 mars 1959 (MIKAN 4933808)

L’utilisation des timbres fiscaux et des carnets d’assurance-chômage pour enregistrer le versement des cotisations se poursuit jusqu’au début des années 1970. Par la suite, le programme est remanié avec l’introduction des dossiers informatiques et l’apparition des formulaires de Relevé d’emploi, encore utilisés aujourd’hui. Mais surtout, la modification de la Loi sur l’assurance-chômage en 1971 élargit son application à presque tous les secteurs d’activité. La dernière émission de timbres d’assurance-chômage, imprimés en 1968, a très peu servi; seuls quelques rares timbres oblitérés ont été retrouvés par des collectionneurs. La collection de timbres d’assurance-chômage Danny Leong intéressera autant ceux qui étudient la philatélie que l’histoire du travail au Canada; elle peut être consultée à Bibliothèque et Archives Canada. Pour plus d’informations sur les timbres fiscaux canadiens, dont les timbres d’assurance-chômage, nous vous invitons à consulter la remarquable monographie Canada Revenues d’Edward Zaluski.

Une photographie couleur d’une feuille de timbres d’assurance-chômage couleur or sur lesquels est imprimé le mot SPECIMEN.

Feuille de timbres d’assurance-chômage non oblitérés datant de 1948 (MIKAN 4933742)


James Bone est archiviste à la Division des archives privées de la vie sociale et de la culture, Direction générale des archives, Bibliothèque et Archives Canada

Des images d’enregistrements pour enfants : disques 78 tours, 1918-1962 maintenant sur Flickr

Ces disques colorés et ludiques représentent quelques-uns des plus anciens enregistrements pour enfants au Canada. Certains sont tout simplement des enregistrements de comptines ou de chansons connues en anglais et en français.

Une image en couleur d’une étiquette de disque de la Canadian Music Corp., Ltd. La face 2 montre le contour du Canada avec en superposition le mot Dominion. Le titre de la chanson est « Ma mère m'envoit-au marché » suivi du nom des artistes Hélène Baillargeon, chant, et Gilbert Lacombe, guitare.

La mère Michel, Face 2 [Ma_Mere.jpg]

Certains de ces disques font partie d’un ensemble d’objets. Ainsi, la compagnie Dee & Cee qui a produit les disques « Pretty Baby » n’était pas une maison de disques, mais plutôt un fabricant de poupées. Dee & Cee a vraisemblablement ajouté des disques à certaines de ses poupées, sans doute dans le but d’augmenter les ventes.

Une image en couleur d’une étiquette de disque de la compagnie de jouets Dee & Cee. La face 1 montre une petite fille assise tenant un livre ouvert. Le nom de la compagnie et le titre de l’enregistrement « Pretty Baby » apparaissent sur la couverture du livre.

« Pretty Baby », face 1 [Pretty_Baby_1.jpg]

Ces magnifiques disques ont attiré l’attention et amusé de nombreux enfants au début du 20e siècle lorsqu’ils ont été lancés.

Visitez l’album Flickr maintenant!

Les archives au service des droits de la personne

Par R. L. Gabrielle Nishiguchi

Au moment de nommer l’une des institutions démocratiques fondamentales du Canada, combien penseraient d’emblée à Bibliothèque et Archives Canada (BAC)? Pourtant, c’est dans les archives d’une nation que les preuves de sa gouvernance sont à jamais préservées.

L’histoire du redressement à l’égard des Canadiens japonais nous apprend que les documents conservés par BAC – et l’usage déterminant qu’en ont fait des citoyens engagés – ont contribué à tenir le gouvernement fédéral responsable d’actions qui sont désormais universellement condamnées.

Du silence au mouvement citoyen

Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, les survivants affligés n’ont d’autre choix que d’étouffer leur traumatisme pour se concentrer à refaire leur vie. Le mutisme enveloppe ainsi la communauté japonaise du Canada.

Ce n’est que vers la fin des années 1970 et le début des années 1980, lors de petites réunions privées où les survivants se sentent à l’aise de raconter leurs malheurs de guerre, qu’un mouvement de redressement local voit le jour.

Aujourd’hui, l’Entente de redressement énonce qu’entre 1941 et 1949, « les Canadiens d’origine japonaise, dont la majorité étaient citoyens du pays, ont souffert d’actions sans précédent menées par le gouvernement du Canada à l’encontre de leur communauté » [traduction]. Ces actions étaient la privation du droit de vote, la détention dans des camps d’internement, la confiscation et la vente des biens personnels et communautaires, la déportation et l’entrave à la liberté de mouvement. Exercées par l’administration fédérale jusqu’en 1949, ces actions témoignent de l’attitude discriminatoire adoptée à l’endroit d’une communauté entière sur la seule base de l’origine ethnique de ses membres.

Photographie en noir et blanc montrant un Canadien japonais, en position accroupie, avec quatre enfants devant un commerce.

Sutekichi Miyagawa et ses quatre enfants, Kazuko, Mitsuko, Michio et Yoshiko, devant son épicerie, le Davie Confectionary, à Vancouver, en Colombie-Britannique, en mars 1933. (a103544)

Photographie en noir et blanc montrant douze Canadiens japonais déchargeant un camion.

Arrivée d’internés canadiens japonais à Slocan, en Colombie-Britannique, en 1942. Source : Tak Toyota (c047396)

L’action citoyenne et la déclassification de documents gouvernementaux

En 1981, Ann Gomer Sunahara épluche les dossiers récemment déclassifiés du gouvernement du Canada, rendus publics par ce qui s’appelait alors les Archives publiques du Canada. Dans son livre The Politics of Racism, Sunahara documente les décisions destructives et pratiquement incontestées qui ont été prises à l’égard de la communauté canadienne japonaise par le premier ministre Mackenzie King, son cabinet et certains fonctionnaires influents.

Photographie en noir et blanc montrant deux hommes debout près d’une haute clôture en fer. Un agent de police londonien est visible derrière eux.

Le très honorable W. L. Mackenzie King (à droite) et Norman Robertson (à gauche) à la Conférence des premiers ministres du Commonwealth, à Londres, en Angleterre, le 1er mai 1944. C’est à cette époque que Norman Robertson, alors sous-secrétaire d’État aux Affaires extérieures, et son adjoint spécial, Gordon Robertson (aucun lien de parenté), élaborent le plan qui mènera à la déportation au Japon de 3 964 Canadiens japonais en 1946. (c015134)

La National Association of Japanese Canadians (NAJC), qui en vient à représenter l’opinion de la communauté sur le redressement, reconnaît avec perspicacité l’importance cruciale de l’accès aux documents gouvernementaux des années 1940, qui peuvent servir de preuve tangible des fautes du gouvernement.

Le 4 décembre 1984, le journal canado-japonais The New Canadian rapporte que la NAJC a passé des mois à fouiller les archives gouvernementales pour produire un rapport intitulé Democracy Betrayed. Selon le résumé de ce rapport : « Le gouvernement a affirmé que le non-respect des droits de la personne [des Canadiens japonais] était nécessaire pour des motifs de sécurité. Les documents gouvernementaux montrent que cette affirmation est complètement fausse » [traduction].

L’action citoyenne et les registres du Bureau du séquestre des biens ennemis

En 1942, tous les Canadiens japonais de plus de 15 ans sont forcés par le gouvernement fédéral de déclarer leurs avoirs financiers à un représentant du Bureau du séquestre des biens ennemis. Les formulaires « JP », qui dressent la liste détaillée des possessions des internés, forment le noyau des 17 135 dossiers des Canadiens japonais.

Pour poursuivre les négociations avec le gouvernement fédéral en vue d’arriver à une entente, la NAJC a besoin d’une estimation crédible et vérifiable des pertes financières subies par la communauté japonaise canadienne. Le 16 mai 1985, elle annonce que le cabinet comptable Price Waterhouse accepte d’effectuer cette étude, par la suite publiée sous le titre Economic losses of Japanese Canadians after 1941: a study.

L’échantillonnage des dossiers du séquestre en 1985

Une équipe de chercheurs d’Ottawa, principalement issus de la communauté japonaise du Canada, est engagée par Bob Elton de Price Waterhouse pour faire l’échantillonnage statistique de 15 630 dossiers du séquestre ayant été conservés par les Archives publiques du Canada. Ces documents gouvernementaux contiennent des informations protégées en vertu de la Loi sur la protection des renseignements personnels (L.R.C. 1985, ch. P-21), mais l’alinéa 8(2)j) autorise l’équipe à y accéder pour des « travaux de recherche ou de statistique ».

Le 20 septembre 1985, le journal Ottawa Citizen cite Art Miki, alors président de la NAJC, qui soutient que « les dossiers du séquestre sont la matière première la plus précieuse pour l’étude des pertes financières, car chaque transaction y est méticuleusement inscrite, qu’il s’agisse de la vente d’une ferme, d’un bateau de pêche, d’une maison ou d’une voiture » [traduction].

Photographie en noir et blanc, portrait en buste d’Art Miki.

Art Miki, éducateur, militant pour les droits de la personne et président de la National Association of Japanese Canadians (NAJC) de 1984 à 1992. Il était stratège et négociateur en chef pendant la campagne de redressement, dont le point culminant a été l’Entente de redressement à l’égard des Canadiens japonais, signée le 22 septembre 1988 par la NAJC et le gouvernement du Canada. En 1991, il a été décoré de l’Ordre du Canada. Photographe : Andrew Danson (e010944697)

Molly et Akira Watanabe, des citoyens engagés

Pour le dernier échantillonnage, 1 482 dossiers doivent être examinés : un éreintant travail de moine que certains chercheurs sont incapables de mener à bien, souffrant de nausée et de fatigue oculaire en raison des nombreuses heures passées à scruter des microformes, parfois de piètre qualité.

Un brillant exemple d’action citoyenne est celui d’Akira Watanabe, président du comité de redressement d’Ottawa, et de son épouse Molly. Voyant que des centaines de dossiers doivent encore être traités, que les effectifs fondent et qu’il ne reste que quatre semaines pour finir le travail, ces deux chercheurs dévoués d’Ottawa se rendent aux Archives publiques du Canada, après le travail, pour un total de 20 soirées. Molly Watanabe décédera en 2007.

Le 8 mai 1986, l’étude est rendue publique. Price Waterhouse estime les pertes financières de la communauté canadienne japonaise à 443 millions de dollars (de 1986).

À elles seules, les archives ne protègent pas les droits de la personne

Ce ne sont pas les papiers empilés dans des boîtes de carton sur les tablettes qui protègent les droits de la personne, ni les microfilms rangés dans des contenants dans les tiroirs, mais bien les individus. L’histoire du redressement à l’égard des Canadiens japonais l’illustre bien : il faut des citoyens engagés et motivés à poser des gestes concrets pour repérer ces archives et les exploiter.

C’est ainsi que les archives gouvernementales et privées des années 1940 conservées par BAC, puis utilisées par des citoyens, ont pu jouer un rôle déterminant en faveur des Canadiens japonais demandant un redressement. En préservant les documents qui prouvent la responsabilité de notre gouvernement devant l’injustice, BAC demeure l’une des grandes institutions démocratiques de notre pays.


R.L. Gabrielle Nishiguchi est archiviste à la section Société, emploi, affaires autochtones et gouvernementales de la Division des archives gouvernementales, à Bibliothèque et Archives Canada.

Le sergent William Merrifield, VC

Dans sa série de blogues sur les récipiendaires de la Croix de Victoria canadienne, Bibliothèque et Archives Canada souligne les actes d’héroïsme de soldats posés il y a exactement 100 ans sur un champ de bataille. Aujourd’hui, nous honorons le sergent William Merrifield pour la bravoure dont il a fait preuve près d’Abancourt, en France, le 1er octobre 1918.

Photo noir et blanc d’un soldat en uniforme.

Le sergent William Merrifield, VC, sans date. Source : Défense nationale et les Forces canadiennes.

Né à Brentwood, Essex, en Angleterre, le 9 octobre 1890, Merrifield est pompier avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Il s’enrôle le 23 septembre 1914 à Valcartier, au Québec, dans le 2e Bataillon canadien de fusiliers à cheval du Corps expéditionnaire canadien. En 1917, il est muté au 4e Bataillon d’infanterie du Canada. Merrifield reçoit la Médaille militaire pour ses actes d’héroïsme posés en novembre 1917 durant la bataille de Passchendaele.

À la fin de septembre 1918, la bataille du canal du Nord, en France, est presque terminée. Les Canadiens basés autour du champ de bataille participent à des patrouilles régulières et à des missions de reconnaissance. L’artillerie des Alliés, notamment les canons de 6 pouces et de 60 livres, tire continuellement. Les obus parviennent toutefois rarement à atteindre leurs cibles parmi les tranchées allemandes. À un moment, les Alliés détruisent même accidentellement l’une de leurs propres mitrailleuses Lewis, tuant quelques-uns de leurs soldats. Les Allemands défendent leurs tranchées avec obstination, ce qui complique considérablement l’objectif des Canadiens visant à franchir les lignes ennemies.

Le 1er octobre 1918, près d’Abancourt, Merrifield et ses hommes essuient les tirs de deux positions ennemies de mitrailleuses. Incapable d’avancer davantage, Merrifield décide d’attaquer seul les deux positions allemandes pour les éliminer. Se précipitant d’un trou d’obus à un autre, il tue les soldats ennemis de la première position et se blesse. En dépit de cela, il continue vers la deuxième position, tuant ses occupants à l’aide d’une grenade à main. Il reste sur le champ de bataille et dirige son peloton jusqu’à ce qu’il soit gravement blessé.

Une copie noir et blanc d’un document textuel dactylographié; des signatures manuscrites se trouvent à droite de la page.

Les journaux de guerre du 4e Bataillon d’infanterie du Canada décrivant certains des événements survenus le 1er octobre 1918, page 4 (e001078521)

Merrifield survit à la guerre et est visé par la démobilisation générale du 24 avril 1919. Il déménage à Sault Ste. Marie, en Ontario, et s’éteint à Toronto le 8 août 1943.

Une école primaire de Sault Ste. Marie a été nommée en l’honneur de Merrifield : les portes de l’école publique William Merrifield V.C., du conseil scolaire de district Algoma, sont ouvertes de 1946 à juin 2015. De plus, la patinoire extérieure Merrifield est située à l’intersection de l’avenue Henriette et de la rue Patrick à Sault Ste. Marie.

Le 56e Régiment d’artillerie de campagne de Brantford, en Ontario, lui a également dédié son manège militaire (manège militaire Sgt William Merrifield VC).

Sa Croix de Victoria a fait l’objet d’un don au Musée canadien de la guerre, à Ottawa.

Bibliothèque et Archives Canada conserve le dossier de service numérisé du sergent William Merrifield.

Souhaitez-vous en savoir plus sur la vie pendant la guerre?

Les journaux de guerre du 4e Bataillon d’infanterie du Canada ont besoin d’être transcrits, étiquetés, traduits et décrits. Chaque ajout à un document fournit de nouvelles métadonnées qu’il est possible de chercher dans les 24 heures suivantes. Cela permet, jour après jour, de trouver plus facilement les documents de Bibliothèque et Archives Canada. Consultez le billet de blogue qui explique comment faire partie de l’histoire!

Ashley Dunk était adjointe de projet à la Division du contenu en ligne de la Direction générale des services au public de Bibliothèque et Archives Canada.