Les cahiers de dessins de William Redver Stark : taches et parties manquantes

Ce nouvel article sur les cahiers de dessins de William Stark s’intéresse plus particulièrement aux taches et aux parties manquantes. Dans le contexte, une tache est une décoloration des fibres du papier, alors qu’une partie manquante désigne un morceau de papier détaché ou manquant.

Imaginez William Stark glissant un cahier de dessins dans son sac militaire ou dans la poche de son manteau, par tous les temps et dans toutes sortes de situations. Comme il n’était pas un peintre de guerre officiel, Stark a probablement exécuté ses dessins durant ses temps libres ou lorsqu’il était en permission. Grâce à ses cahiers, nous pouvons l’accompagner dans une visite au jardin zoologique de Londres, lors d’une promenade à la campagne ou au bord de la mer. Ses dessins représentent généralement des personnes, des paysages ou des scènes de la vie quotidienne.

Ces cahiers montrent de nombreux signes de détérioration physique due aux manipulations et déplacements effectués par Stark durant son service de guerre, mais aussi à la longue période de 75 ans qui s’est écoulée entre la fin de la guerre et leur acquisition par BAC. Comme vous pouvez l’imaginer, en raison des terribles conditions de vie au front, les dommages causés par l’eau sont très importants. L’eau fait non seulement gondoler le papier, mais elle peut aussi y laisser une ligne brune. Le phénomène se produit lorsqu’un liquide dépose des matières dissoutes, telles que poussières, colorants ou autres produits en bordure de la partie humide, laissant apparaître une ligne plus foncée que le reste de la tache lorsque le papier sèche.

Les lignes brunes trouvées sur deux ou plusieurs pages consécutives sont l’un des nombreux indices visuels utilisés pour établir l’ordre original des pages d’un cahier.

Photographie couleur de la face interne du dos d’un livre montrant une tache d’humidité bordée d’une ligne plus foncée

Détail d’une tache d’humidité bordée d’une ligne brune plus foncée le long du dos.

On remarque également quelques taches graisseuses ou huileuses et des gouttes d’encre sur le bord des pages. Ces taches prennent souvent la forme de motifs qui se répètent d’une page à l’autre de manière croissante ou décroissante. Elles sont aussi de très bons indices pour nous aider à remettre en ordre les pages d’un cahier.

Photographie couleur d’un des côtés d’un livre ouvert montrant des pages ventilées et un outil pointant une tache graisseuse qui se répète sur le bord de chaque page.

Taches graisseuses trouvées sur le bord de plusieurs pages.

Photographie couleur d’un cahier de dessins, prise en plongée, montrant des taches d’encre sur le bord des pages

Tache d’encre dont le motif se répète sur le bord de chaque page.

Un morceau de papier manquant selon un motif qui se répète sur plusieurs pages est un autre indice visuel très utile dans ce travail de détective. Ce peut être, par exemple, plusieurs pages qui ont été déchirées ou indentées au même endroit.

Photographie couleur d’un cahier de dessins montrant un morceau de papier de forme triangulaire qui manque au même endroit sur plusieurs pages

Exemple d’un morceau de papier manquant dont le motif se répète sur le bord des pages d’un cahier de dessins.

Visitez notre album Flickr sur la conservation des cahiers de dessins pour consulter d’autres photos de ce travail de détective. Vous pouvez aussi voir les articles précédents dans la série les mercredis de la conservation sur le blogue, Facebook et Twitter.

Carnaval d’hiver d’Ottawa, édition 1922

English version

« Une semaine sans soucis! » … « La gaieté sera la reine de la semaine du Carnaval ». Voilà certains des slogans utilisés pour décrire le premier Carnaval d’hiver national canadien, le Carnaval d’hiver d’Ottawa, en 1922. Il ne s’agissait pas d’une occasion tranquille. Pendant une semaine à la fin du mois de janvier et au début février 1922, les Ottaviens ont fait la fête – et se sont amusés comme de vrais fous.

Les Canadiens étaient des habitués des fêtes d’hiver. Depuis la fin du 19e siècle, d’autres carnavals plus calmes avaient eu lieu mettant en vedette des fortitudes de glace, des fêtes de patinage amicales et des parties de hockey. Pendant ces carnavals, il y avait seulement de rares occasions où la fête dégénérait. Par exemple, la mascarade de patinage, en 1894, à Rideau Hall, où les employés de Lord Aberdeen se sont déguisés en écolières :

Photographie en noir et blanc illustrant huit individus qui se tiennent sur un escalier enneigé avec des éventails décoratifs à la main. Tous sont vêtus de costumes semblables composés d’une robe, d’un tablier et d’un bonnet. Si on regarde attentivement, on peut remarquer que certains de ces individus ont des moustaches et ont des traits quelque peu masculins.

Les employés de Lord Aberdeen déguisés en écolières pour participer à la mascarade de patinage « Dame Marjorie School » à Rideau Hall. (MIKAN 3822035)

Le parrain du Carnaval d’Ottawa de 1922 était le courtier en bourse et maire, Frank Plant. Il a tout organisé en quelques semaines. Lord Byng, le gouverneur général, a été mis en charge de l’ouverture des festivités, ce qu’il a fait à l’extérieur du Château Laurier le 28 janvier 1922. 10 000 personnes étaient présentes.

Photographie en noir et blanc illustrant un château de glace, d’une prise de vue très élevée. On peut y voir le fourmillement de la foule et la ville à perte de vue.

Palais des glaces au Carnaval d’hiver d’Ottawa. (MIKAN 3517932)

Dans le cadre du Carnaval se sont déroulées les activités suivantes :

  • Des parades à la raquette avec des flambeaux à travers les rues du centre-ville
  • Un grand bal au Château Laurier
  • Des parties de hockey entre les Sénateurs d’Ottawa et les Canadiens de Montréal
  • Du curling et de la boxe
  • Des soupers de fèves au lard quotidiens en Basse-Ville
  • D’énormes feux de joie au parc Major, à la place Connaught et à la place Cartier
  • Escalade du château de glace
  • Danses de minuit
  • Embarcations tirées par des chevaux qui tiraient des passagers à travers la ville
  • Saut en ski des falaises au parc Rockliffe

Bien que ce fût l’époque de la prohibition en Ontario, l’alcool était permis dans la province avoisinante du Québec. Avec l’atmosphère de fête qui régnait, les policiers choisissaient d’ignorer les hordes de personnes intoxiquées qui traversaient d’un côté à l’autre de la rivière de Hull, maintenant Gatineau, la bouteille à la main.

Il y avait trois principales attractions. La première était le palais de glace d’une hauteur de 22 mètres à la place Cartier sur la rue Elgin.

Photographie en noir et blanc illustrant des gens se tenant debout, possiblement à faire la file, autour du château de glace.

Le palais des glaces du Carnaval d’hiver d’Ottawa de jour. (MIKAN 3517934)

Photographie en noir et blanc illustrant un château de glace illuminé de l’intérieur.

Le palais des glaces du Carnaval d’hiver d’Ottawa le soir. (MIKAN 3517933)

La deuxième attraction était la colonne de glace géante trônant sur la place Connaught (maintenant la place de la Confédération, environ au même endroit où se trouve aujourd’hui le monument commémoratif de Guerre du Canada) entre l’Union Station, l’ancien bureau de poste et le château Laurier.

Photographie en noir et blanc illustrant une colonne de glace surmontée d’une couronne. Un homme se tient à son côté.

La colonne de glace devant l’ancien bureau de poste (endroit où se trouve aujourd’hui le monument commémoratif de Guerre du Canada), Carnaval d’hiver d’Ottawa, janvier et février 1922. (MIKAN 3384979)

Et finalement, la pièce de résistance — la glissade pour ski et toboggan.

« Un mile pour dix sous » était le slogan de cette descente époustouflante. Construite avec des blocs de glace avec des traces profondes, la glissade partait du Château Laurier et descendait jusqu’à la rivière des Outaouais le long des écluses Rideau. Au départ, la porte d’embarquement avait l’air assez innocente, construite de bois et entourée de conifères. Mais lorsqu’on entrait, voici ce qu’on voyait :

Photographie en noir et blanc illustrant le haut de la descente en toboggan en regardant vers le bas vers la rivière, à côté des écluses Rideau. Les traces sont très longues et creuses, et rejoignent presque le pont Alexandra au loin.

Descente en toboggan du Carnaval d’hiver d’Ottawa. (MIKAN 3517935)

Si vous étiez assez courageux pour braver cette descente, la promenade était d’un angle de 45 degrés et se redressait quelque peu avant d’être parsemée de côtes, un peu comme des montagnes russes. Si vous voulez voir d’autres photos, vous pouvez visiter l’album Flickr. Inaugurée par Lord Byng, la première descente a été faite par le maire, Frank Plant, l’homme d’affaires bien connu A.J. Major et deux autres individus. Au courant de la semaine, des experts du saut en ski très courageux faisaient tous les jours des démonstrations sur la descente. Le reste du temps, des téméraires prenaient la course en descendant à bord de toboggans jusqu’à la rivière des Outaouais à plus de 100 km/h!

À la fin de la semaine, on a déclaré que le premier Carnaval d’hiver d’Ottawa avait été un énorme succès. Des dizaines de milliers de personnes y avaient participé – la population d’Ottawa venait tout juste d’atteindre 100 000 habitants. Aujourd’hui, l’équivalent du Carnaval d’hiver d’Ottawa, Bal de neige, reçoit jusqu’à un demi-million de visiteurs chaque année.

Des ensembles de données ouvertes liées sur la Première Guerre mondiale

Nous sommes ravis de signaler que Bibliothèque et Archives Canada (BAC), dans le cadre d’une initiative de collaboration avec le projet Muninn concernant la Première Guerre mondiale, a récemment publié un nouvel ensemble de données sur le portail des données ouvertes du gouvernement canadien. L’objectif était de transcrire une partie des dossiers de service des soldats qui ont fait partie du Corps expéditionnaire canadien pendant la Première Guerre mondiale. BAC a fourni les dossiers de service numérisés de 1 000 soldats, et le projet Munnin a géré l’externalisation ouverte des tâches visant à transcrire ces documents historiques et à lier les données. Dans le cadre de ce projet expérimental, seules les fiches médicales (medical case sheet) ont été traitées. De telles fiches se trouvent dans la plupart des dossiers; elles comprennent de l’information sur les antécédents médicaux des soldats inscrite par le personnel hospitalier.

Reproduction en couleur d’un formulaire détaillant les antécédents médicaux d’un soldat. Dans le cas présent, le soldat a subi une blessure par balle à l’œil.

Exemple de fiche médicale provenant de la collection de BAC : celle du soldat Addison Baker.

L’information transcrite décrit la gamme des problèmes de santé auxquels on peut s’attendre dans un groupe aussi nombreux. Certains problèmes sont des conséquences directes des combats, comme les blessures causées par des balles ou des éclats d’obus, ou les traumatismes dus au bombardement. D’autres découlent des conditions de vie dans les tranchées, qui augmentent les probabilités de troubles respiratoires et l’éclosion de maladies comme la grippe. Bon nombre des troubles mentionnés ne diffèrent en rien des ennuis de santé courants à l’époque : maux de dents, rougeole, etc.

Pour en savoir plus sur l’information recueillie dans les dossiers de service, consultez le site du projet de données ouvertes liées sur la Première Guerre mondiale (en anglais seulement). Les données brutes se trouvent également sur le Portail des données ouvertes du Canada, sous forme de données ouvertes liées et en texte brut.

De l’eau dans les collections!

Mais ce n’est pas ce que vous croyez…

Nous avons récemment dû déménager deux exemplaires de l’œuvre intitulée Venise undersee, qui se trouvent dans la Réserve (livres rares).

Nous avons retiré les objets de leur sac de soie d’origine et découvert des traces de rouille sur le métal. Alerte!

Les œuvres font partie de la collection de livres d’artistes de Bibliothèque et Archives Canada (BAC). La surface de ces globes de bronze de la taille approximative d’une boule de bowling à cinq quilles est parsemée d’extraits de poème en braille. Daniel Hogue a produit dix exemplaires de son œuvre en 1998. Il était inquiétant de voir les premières traces de rouille sur un des globes et une tache assez grande sur une autre de ces magnifiques pièces.

Photographie couleur d’un globe en métal sur un brocart. Une patine de rouille est très visible à la surface du globe.

De la rouille… Que se passe t il?

Notre première idée était de fabriquer de nouveaux contenants et de déménager les pièces au Centre de préservation de BAC, dans une chambre forte avec un faible taux d’humidité, et de vérifier si la corrosion se poursuivait.

Toutefois, la fiche AMICUS a révélé que le taux d’humidité n’y était pour rien puisque les globes de bronze contiennent de l’eau prélevée des canaux de Venise! En effet, en secouant les globes, on entend l’eau s’agiter.

Nous avons là un parfait exemple de « vice propre », c’est‑à‑dire une caractéristique inhérente du document original ayant un effet nuisible à long terme. Il est parfois possible d’en ralentir les effets. À titre d’exemple, la fraîcheur ralentit la détérioration du papier causée par l’acide. Dans le cas présent toutefois, le seul moyen d’arrêter la détérioration serait de modifier la structure de l’objet en y perçant un trou afin de retirer l’eau.

Pour compliquer encore un peu les choses, il est important de tenir compte de l’intention de l’artiste avant de prendre ce type de décisions. La corrosion est‑elle un effet recherché par l’auteur? L’artiste sera‑t‑il mécontent du sort réservé à ses œuvres? Nous avons communiqué avec lui pour en avoir le cœur net. Son verdict est qu’il vaut mieux laisser aller les choses : l’eau érode les structures à Venise et fait la même chose avec cette œuvre.

Photographie couleur d’un globe de bronze et du brocart dans lequel il est emballé (à sa droite) dans un contenant matelassé. Une couche de polyester placée sous la pièce métallique recueillera les éventuelles fuites d’eau.

La pièce est prête à reprendre sa place. Le temps fera son œuvre.

Pour répondre à votre question, nous ne craignons pas qu’une fuite endommage les autres pièces de la collection, car la petite quantité d’eau serait vraisemblablement absorbée par les contenants de carton dans lesquels les globes sont entreposés.

Nous continuerons d’évaluer la vitesse du processus de corrosion pour décider comment gérer ce qu’il restera de l’œuvre.

Un trésor de la Collection Lowy : la Bible polyglotte de Walton (1657)

Vous pensez pouvoir trouver Brian Walton sur Google ou Linkedln? Vous changerez vite d’idée en voyant son portrait dans la Bible polyglotte de 1657 : pur produit de son époque, Walton y apparaît, une plume à la main, très digne dans ses vêtements épiscopaux. C’est lui qui nous a laissé en héritage cette magnifique bible multilingue comportant des textes en langues d’origine et d’anciennes traductions.

Deux versions de la Bible polyglotte ont été imprimées. La plus ancienne, connue sous le nom de version républicaine, comporte une dédicace remerciant Cromwell d’avoir supprimé la taxe à l’importation du papier. La plus récente – la version loyale – a été imprimée après la restauration de la monarchie. Bibliothèque et Archives Canada a le privilège de les conserver toutes les deux dans la Salle Jacob M. Lowy, au 395, rue Wellington, à Ottawa. Grâce à sa prévoyance ainsi qu’à celle de monsieur Lowy, les chercheurs et le grand public peuvent s’y rendre pour y consulter de nombreux trésors.

Photographie couleur d’un livre richement décoré à la feuille d’or, portant sur son dos l’inscription Bibla Polyglotta Walton.

La Bible polyglotte de 1657 (AMICUS 940077)

Si ce n’était de cette œuvre qui porte son nom, le visage et l’histoire de Walton ne seraient jamais parvenus jusqu’à nous, sa tombe ayant été détruite lors du grand incendie de Londres. Walton était un ecclésiastique des années 1600. Personnage énergique et controversé, il s’opposa à certains de ses paroissiens puritains ainsi qu’à un comité de la Chambre des communes sur la question de la dîme. Contraint de prendre une retraite prématurée à Oxford, il en profita pour perfectionner sa maîtrise des langues anciennes, concevoir un plan pour publier une bible polyglotte, vendre l’idée à d’éminents universitaires et solliciter les services de collègues orientalistes.

Photographie couleur d’une page avec l’image d’un homme vêtu d’habits épiscopaux, tenant une plume à la main et regardant le lecteur.

Gravure représentant Brian Walton, tirée de l’introduction de la Bible polyglotte de 1657.

Au moins trois bibles polyglottes avaient déjà été publiées en Europe dans les années 1600, mais Walton voulait en produire une moins coûteuse et plus facile à vendre. Et il y parvint : sa bible – le premier ouvrage vendu par abonnement en Angleterre – connut un véritable succès commercial. Au prix de 50 £, ce titre était tout de même le plus dispendieux que possédaient plusieurs chercheurs et gentilshommes. Au moment de mettre sous presse, Walton avait déjà recueilli plus de 9 000 £.

Photographie couleur montrant des textes en plusieurs langues disposés côte à côte.

Photo de pages intérieures de la Bible polyglotte de 1657, montrant toutes les langues et les formes d’écriture sur une même page.

La bible de Walton fut aussi la première à présenter sur une même page toutes les versions du texte dans différentes langues, un exploit technologique pour l’époque. Ce n’est là qu’une des incroyables caractéristiques de cet ouvrage en six volumes, qui donne un nouveau sens au mot « tome ». Lorsqu’on voit ces anciens textes bibliques imprimés côte à côte en neuf langues (dont l’hébreu, le grec, le syriaque, l’arabe, l’éthiopien et le persan), avec la traduction latine pour chacune, on regrette de ne pas avoir appris plus de langues étrangères à l’école!

La Bible polyglotte de Walton est unique, tant par son contenu que par son histoire : elle a survécu à un périple de quatre siècles qui l’a menée de Londres jusqu’à la résidence de Jacob M. Lowy, à Montréal. En 1977, monsieur Lowy l’a léguée à Bibliothèque et Archives Canada en même temps que tous ses livres hébraïques rares et anciens, qui forment une collection de calibre international.

Pour en savoir plus sur la Collection Lowy, rendez-vous au www.collectionscanada.gc.ca/collection-lowy/index-f.html.

Les écluses sont ouvertes : dix millions de pages, et ce n’est pas fini!

En 2010, Bibliothèque et Archives Canada (BAC) a établi un nouveau processus d’examen en bloc axé sur les risques dans le but de donner accès à plus de documents fédéraux sous le régime de la Loi sur l’accès à l’information et de la Loi sur la protection des renseignements personnels du Canada. BAC est fier de la grande réussite de cette initiative puisque le public a maintenant accès à plus de dix millions de pages produites par le gouvernement canadien.

Qu’est‑ce qu’un examen en bloc?

Il s’agit de l’examen systématique d’un ensemble de documents fédéraux conservés dans la collection permanente de BAC. Une approche de gestion du risque est fondée sur l’ancienneté du document et sur le sujet traité. Des stratégies d’échantillonnage permettent de déterminer si le public peut consulter ces documents en vertu de la Loi sur l’accès à l’information et de la Loi sur la protection des renseignements personnels. Des parties représentatives des archives sont examinées pour savoir si l’accès doit être ouvert ou non.

Quels sont les documents visés par le processus d’examen en bloc?

BAC possède d’innombrables documents du gouvernement fédéral concernant tous les aspects de la vie publique canadienne. Des documents sur des sujets très variés sont accessibles grâce à l’examen en bloc, notamment :

  • L’histoire militaire du Canada
  • Les relations entre le gouvernement fédéral et les Autochtones du Canada
  • Nos relations diplomatiques et commerciales importantes avec des gouvernements étrangers et des organisations internationales
  • Les nombreuses fonctions et activités gérées par le gouvernement fédéral dans toutes les régions du Canada
  • La célébration de notre centenaire en 1967, ce qui est d’actualité puisque les Canadiens préparent actuellement le cent cinquantième anniversaire du pays.
Photo noir et blanc de six hommes debout au bord de la mer; un navire est visible à l’arrière plan.

Exemple d’une collection rendue accessible grâce au processus d’examen en bloc. La photographie montre la délégation canadienne de la Commission internationale de contrôle et de surveillance pour le Vietnam, en 1955 (MIKAN 3192391).

BAC continuera de contribuer à la Stratégie du Canada pour un gouvernement ouvert et à rendre des documents accessibles. Nous vous tiendrons au courant de l’évolution de l’initiative. Restez à l’affût pour consulter les pièces marquantes de la collection auxquelles les Canadiens auront accès!

Les cahiers de William Redver Stark : ordonner les pages

Dans notre dernier billet sur William Redver Stark, nous avons appris que les 14 cahiers de dessins, en plus d’être incomplets, montraient des signes d’usure structurelle et physique. Il manque aussi de nombreuses pages dans cinq d’entre eux. On ne sait pas si elles ont été enlevées par Stark lui-même ou par quelqu’un d’autre plus tard, mais quoi qu’il en soit, cela a plusieurs effets négatifs :

  • L’autre moitié de l’in‑folio est détachée du bloc de feuillets
  • L’orientation et l’ordre des pages sont modifiés
  • Les bords des pages détachées sont endommagés, car ils dépassent les couvertures des cahiers
  • Le dos et la reliure deviennent instables et se détériorent
Photographie en couleurs de deux pages. On voit, sur le bord droit de la page de gauche, une étroite ligne d’aquarelle qui est la suite du dessin.

Une petite ligne d’aquarelle sur le bord de la page de gauche correspond au dessin de la page de droite et révèle que ces pages se suivent.

Pour résoudre ces problèmes, l’équipe de restauration a revu chaque page des cahiers afin de déterminer leur orientation et leur ordre d’origine. Tous les détails ont été observés et consignés soigneusement : le support, l’aquarelle, l’encre ou le graphite, la reliure et les pages endommagées. L’équipe a examiné le papier sous plusieurs sources de lumière et différents angles, scruté les plus menus détails au microscope et mesuré chaque page avec précision.

Photo en couleur d’un cahier de dessins ouvert montrant une aquarelle à gauche et la matière transférée à droite.

Transfert de matière : la page a été tournée avant que l’aquarelle soit sèche. Des pigments verts et bruns de la page précédente ont donc été transférés sur la page suivante. La page détachée est replacée au bon endroit.

Voici les indices les plus concluants révélant l’ordre d’origine des pages :

  • Les transferts et le chevauchement de la matière
  • Les dommages subis par le papier, comme des taches, des déchirures et des bouts manquants qui se répètent sur plusieurs pages
  • Les traces laissées par les instruments de l’artiste et la reliure
  • Les dimensions et l’ondulation du papier ainsi que l’endroit où sont percés les trous pour la reliure
  • Les notes de l’artiste, dont la date et le lieu
Photographie en couleurs d’un cahier de dessins ouvert. La page de gauche comprend le dessin d’un lion qui a laissé des traces sur la page de droite.

Le lion dessiné au crayon à mine, à gauche, a laissé une image symétrique sur la page de droite, confirmant ainsi que les deux pages détachées se suivent.

Après avoir documenté les preuves établissant l’ordre des pages, on a pu commencer le long processus consistant à réordonner celles-ci. Chaque détail a été catalogué dans un tableau de correspondance, pour bien comprendre l’ordre des pages dans chaque cahier.

Image noir et blanc d’un tableau employé pour cataloguer les dispositions actuelle et originale des pages.

Le plan décrit l’ordre actuel des pages et la disposition d’origine probable des cahiers. Les documents précisent le nombre de pages par signature (des groupes de feuilles pliées et cousues ensemble); le numéro et l’emplacement des pages manquantes, déplacées ou blanches; la pagination; et le type de papier. Les notes de l’artiste sont également inscrites.

La première page du tableau de correspondance donne des exemples de transfert et de chevauchement de la matière. Le chevauchement s’est produit lorsque Stark, en dessinant ou en peignant, a dépassé la page ou la zone prévue pour son œuvre. Le transfert de matière a eu lieu quand l’artiste a terminé son travail : une fois le cahier refermé, les pages sont entrées en contact avec des pigments humides ou friables. Dans les deux cas, la matière est visible sur les pages précédentes ou suivantes, ce qui révèle l’ordre d’origine.

Dans le prochain blogue de cette série, nous examinerons comment les pages endommagées nous aident à déterminer l’ordre des pages.

Annuaires canadiens en ligne

Bibliothèque et Archives Canada est heureux d’annoncer le lancement d’une nouvelle version de la base de données en ligne Annuaires canadiens. Vous y trouverez notamment une version complète des annuaires en format PDF, ainsi que des annuaires nouvellement numérisés qui ne se trouvent pas dans la base de données.

Reproduction noir et blanc d’une page de l’annuaire avec trois cartes professionnelles annonçant des quincailleries.

Publicité sous la forme de cartes professionnelles, tirée de l’annuaire de Montréal pour 1842–1843, page 213 (en anglais seulement).

Ces 152 nouveaux annuaires sont pour les villes ontariennes d’Hamilton, de Kingston et de London, et pour les comtés du sud-ouest de l’Ontario.

Bonne recherche!

 

 

Les papiers ne naissent pas tous égaux

Vous savez peut-être que, depuis 25 ans, des efforts considérables sont investis dans le but de délaisser les papiers acides qui se détériorent rapidement au profit de produits plus stables. Ce courant découle en grande partie des préoccupations du milieu des bibliothèques à l’égard de la détérioration rapide du papier dans leurs collections. Résultat : l’Occident ne produit plus de papier acide, à l’exception du papier journal. C’est une excellente nouvelle pour les bibliothèques, les archives et les consommateurs.

Il est cependant impossible de garantir la survie à long terme (plus de 300 ans) de tous les types de papier. Étant donné que les fabricants modifient régulièrement la composition chimique du papier, il est bon que les consommateurs et les employés des bibliothèques et des archives connaissent les produits sur le marché et la meilleure façon de les utiliser.

Alors, jetons un coup d’œil autour de nous. Notre papier bon marché utilisé pour les photocopies n’est pas acide, comme le montrent les tests réalisés avec un crayon à pH. Ce papier peut porter la mention « sans acide ».

Photographie en couleurs d’un morceau de papier sur lequel il est écrit : « Mauve : bonne nouvelle! ». Il s’agit donc d’un papier sans acide.

Test de pH sur du papier pour photocopieur courant.

Par contre, il ne répond pas aux normes de longévité nécessaires pour faire partie d’une collection sur une base permanente. Il est parfait pour les signets et autres objets éphémères.

Le papier de qualité pour la conservation à long terme porte la mention « permanent » ou « archives » avec le symbole de l’infini placé dans un cercle.

Image du symbole du papier sans acide : le chiffre huit placé horizontalement dans un cercle.

Symbole de l’infini représentant du papier permanent ou du papier d’archives.

Le papier permanent est parfois fait de pâte de bois, qui contient de la lignine acide nuisible. Toutefois, celle‑ci est généralement extraite de la pâte, et aucun acide n’est ajouté durant la fabrication. Le papier permanent est censé survivre plusieurs siècles lorsqu’il est entreposé normalement dans une bibliothèque ou des archives. Le papier « permanent » portant le symbole de l’infini est conforme à la norme ISO 9706 ou à la norme ANSI/NISO Z39.48‑1992.

Le papier d’archives respecte une norme encore plus élevée et peut durer jusqu’à 1 000 ans. Ce papier à base de fibres de cellulose provient de plantes sans bois et ne contient pas de lignine (il s’agit généralement de coton ou de lin). De plus, la norme sur le papier pour documents d’archives (ISO 11108) comprend des exigences sur la solidité que l’on ne trouve pas dans les normes sur le papier permanent.

Il est recommandé d’utiliser du papier permanent ou du papier d’archives pour l’entreposage à long terme dans les collections. Si la solidité est un facteur, par exemple pour les emballages ou les pochettes, il vaut mieux choisir du papier d’archives.

Photo en couleurs d’une pochette employée pour ranger des documents textuels.

Pochette en papier d’archives.

En terminant, n’oubliez pas que les conditions ambiantes influent grandement sur la longévité du papier. On estime que la durée de vie du papier double chaque fois que la température baisse de cinq degrés. Attachez vos tuques!

On a tout ! Exemples fascinants dans la collection de portraits de Bibliothèque et Archives Canada

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) possède des artefacts historiques uniques qui ont un lien direct avec certains portraits de sa collection.

Dans certains cas, BAC a pu réunir des pièces qui avaient été séparées au fil du temps. Parfois, il a eu la chance de prendre possession d’un ensemble soigneusement préservé. Dans tous les cas, ces ressources documentaires parfois surprenantes fournissent un contexte inestimable pour mieux comprendre les portraits auxquels ils sont associés.

Plaque de cuivre illustrant le capitaine George Cartwright en train d’inspecter ses pièges à renard pendant l’hiver, au Labrador. Il est chaussé de raquettes, transporte un fusil sur une épaule et tient un chien en laisse, attaché à sa ceinture.

Le capitaine Cartwright inspectant ses pièges à renard (MIKAN 3986048)

Cette plaque de cuivre, par exemple, a été créée pour publier ce saisissant portrait à l’huile du capitaine George Cartwright (1739-1819), un officier de l’armée devenu, à sa retraite, trappeur et commerçant de fourrure au Labrador.

Peinture à l’huile illustrant le capitaine George Cartwright en train d’inspecter ses pièges à renard pendant l’hiver, au Labrador. Il est chaussé de raquettes, transporte un fusil sur une épaule et tient un chien en laisse, attaché à sa ceinture.

Le capitaine Cartwright inspectant ses pièges à renard (MIKAN 3964571)

Les plaques de cuivre étaient utilisées avant l’avènement de la photographie pour « convertir » les peintures en format imprimable afin qu’elles puissent être publiées. Le portrait a été peint pour servir de frontispice à une œuvre d’importance : les mémoires de Cartwright, publiées en 1792 et intitulées A journal of transactions and events, during a residence of nearly sixteen years on the coast of Labrador… (Journal des transactions et événements consignés pendant près de 16 années passées sur la côte du Labrador… [traduction]).

Même portrait que celui apparaissant plus haut, mais présenté cette fois sous sa forme imprimée, publiée en 1792 dans la première édition du livre.

Frontispice des mémoires du capitaine George Cartwright (AMICUS 4728079)

Des notes spéciales sur le frontispice, rédigées par Cartwright lui-même, soulignent l’importance qu’il accordait à chacun des détails de la peinture. Tout comme les mémoires, celle-ci s’adresse aux aventuriers amateurs. Elle inclut des trucs de survie novateurs inspirés du mode de vie autochtone, comme le port de raquettes pour inspecter les lignes de piégeage en hiver.

Le cuivre est un métal mou qui permettait aux graveurs de reproduire fidèlement les détails et certaines particularités de la peinture originale à l’huile. Ici, par exemple, les contours flous du paysage hivernal ont été réalisés en recouvrant de cire certaines zones de la plaque, permettant ainsi à l’acide de délaver les zones exposées.e

Il est rare qu’une même institution possède une peinture, la plaque en cuivre qui lui est associée et un exemplaire de la première édition du livre qui en a résulté; mais la collection de BAC inclut toutes ces pièces.

Un autre exemple : la collection de BAC renferme ce pendentif et ces boucles d’oreilles.

Photographie en couleurs d’un pendentif en or avec un motif stylisé en spirale, et des boucles d’oreilles assorties.

Pendentif et boucles d’oreilles ayant appartenu à Marie-Louise Aurélie Girard (MIKAN 3994256)

Ce sont les bijoux que portait Marie-Louise Aurélie Girard (vers 1868-?) quand elle a posé pour ce portrait peint par Alfred Boisseau (1823-1901), un artiste montréalais de renom :

Peinture à l’huile d’une femme vêtue d’une robe noire, qui regarde droit devant elle. Elle porte le pendentif et les boucles d’oreilles que l’on voit sur la photo précédente.

Marie-Louise Aurélie Girard (MIKAN 3993116)

Ces objets précieux nous rappellent l’intention qui se cache derrière le portrait. Les modèles connus et riches accordaient souvent une grande importance au choix des objets qu’ils portaient ou incluaient dans leur portrait, pas seulement pour des raisons sentimentales, mais aussi pour indiquer leur statut social. Dans ce cas-ci, le modèle était l’épouse d’un ancien premier ministre du Manitoba.