Les qimmiit : les chiens de traîneau inuits

À la gauche de l’image, Tatânga Mânî (le chef Walking Buffalo, aussi appelé George McLean) est à cheval dans une tenue cérémonielle traditionnelle. Au centre, Iggi et une fillette font un kunik, une salutation traditionnelle dans la culture inuite. À droite, le guide métis Maxime Marion se tient debout, un fusil à la main. À l’arrière-plan, on aperçoit une carte du Haut et du Bas-Canada et du texte provenant de la collection de la colonie de la Rivière-rouge.Par Laura Johnston

Les quimmiit – les chiens de traîneau – ont longtemps été au cœur du mode de vie des Inuits. Particulièrement utiles pour le transport, la chasse et la sécurité, ils symbolisaient également la relation de ce peuple avec la terre. Mais les choses ont bien changé, notamment avec le déclin abrupt de la population canine et la sédentarisation des Inuits. De nos jours, les quimmiit sont un trait d’union avec la culture du passé.

Photo noir et blanc d’un attelage de chiens tirant un traîneau sur une vaste étendue de neige.

Qimuksiqtut (attelage de chiens tirant plusieurs personnes), Kugluktuk, Nunavut (anciennement Coppermine, Territoires du Nord-Ouest), 1949 (a129937)

Photo noir et blanc d’un chien de traîneau sur une vaste étendue glacée, sautant au-dessus d’une large craque remplie d’eau. Un homme tient son attelage.

Phillip Napacherkadiak et son qimuksiqtuq (attelage de chiens avec un conducteur), Taloyoak, Nunavut (anciennement Spence Bay, Territoires du Nord-Ouest), 1949-1950 (a129590)

Le qimuksiqtuq (attelage de chiens) était le principal moyen de transport sur les terres et les étendues d’eau gelées avant que la motoneige ne soit introduite dans le Nord, au cours des années 1960. Certains ont toutefois continué à leur préférer les quimmiit, appréciant le silence et le calme de ce mode de déplacement.

Photo noir et blanc d’un chien de traîneau allongé sur la neige.

Un qimmiq (chien de traîneau) se repose pendant un voyage de Moose Factory Island, en Ontario, à Kuujjuarapik (anciennement Great Whale), au Québec, 1946 (e010692583)

Les déplacements en qimuksiqtuq offraient aussi des avantages côté sécurité et protection. Grâce à leurs sens affinés, les qimmiit savaient retrouver leur chemin dans la tempête et repérer des abris pour les voyageurs surpris par le blizzard. Les quimmiit permettaient aussi aux Inuits de se déplacer en toute sécurité sur les étendues d’eau gelées : ils devinaient instinctivement l’épaisseur de la glace et pouvaient répartir adéquatement leur poids, réduisant ainsi les risques qu’un traîneau plonge dans l’eau. (Il faut savoir que si un chien tombait à l’eau, il ne mettait pas nécessairement son maître ou tout l’attelage en danger.)

Photo noir et blanc d’un homme tenant un chien de traîneau chaussé de bottillons.

Possiblement Ulaajuk et son qimmiq Taloyoak, Nunavut (anciennement Spence Bay, Territoires du Nord-Ouest) (a114721)

Les qimmiit protégeaient également les Inuits d’une autre menace : les ours polaires. Ces animaux, parfois très agressifs envers les humains, représentaient un réel danger pour les communautés inuites, en particulier les voyageurs. Les qimmiit étaient le moyen de protection idéal puisqu’ils les avertissaient dès qu’un ours approchait du camp et repoussaient celui-ci sans y avoir été entraînés. Les voyageurs inuits pouvaient donc dormir sur leurs deux oreilles.

Photo noir et blanc de gens venant de capturer un phoque et le hissant hors de l’eau à travers un trou pratiqué dans la glace. On voit un attelage de chiens à l’arrière-plan.

De gauche à droite, Aqaatsiaq, Ipeelie Inuksuk, Felix Alaralak et Uqaliq avec leur qimuksiqtut (attelage de chiens), Iglulik, Nunavut (anciennement Igloolik, Territoires du Nord-Ouest) (a146059)

Les qimmiit jouaient également un rôle important dans la chasse aux phoques, une activité traditionnelle au cœur de la vie des Inuits. Même sans dressage, les chiens se servaient de leur odorat développé pour trouver les trous pratiqués par les phoques dans la glace, et pour trouver les phoques eux-mêmes, bien entendu.

Photo noir et blanc d’un homme avec un chien.

Inuit non identifié avec son qimmiq, Kugluktuk, Nunavut (anciennement Coppermine, Territoires du Nord-Ouest) (a146586)

Bref, qu’il s’agisse de transport, de sécurité ou de chasse, de tout temps, les quimmiit ont amélioré la vie des habitants de l’Arctique. Toutefois, la relocalisation forcée des Inuits dans des communautés permanentes ainsi que le massacre des chiens de traîneau survenu dans les années 1950 et 1960 ont entraîné leur déclin marqué. Pour en savoir plus à ce sujet, consultez le site (en anglais) de la Commission de vérité du Qikiqtani. Par ailleurs, en août 2011, le gouvernement du Québec a présenté ses excuses officielles pour les torts infligés aux communautés inuites en raison de l’abattage massif de chiens de traîneau survenu au Nunavik, dans le Nord du Québec. Ce brusque déclin de la population canine dans l’Arctique a profondément changé la relation entre les Inuits et les qimmiit. Aujourd’hui, ces animaux sont surtout utilisés pour la course, un sport exigeant et difficile devenu une nouvelle tradition populaire dans de nombreuses communautés inuites.

Photo couleur de deux hommes avec un attelage de chiens tirant un traîneau vers le sommet d’une colline.

Qimuksiqtut au lieu historique national Inuksuk, situé soit à la péninsule Foxe, à l’île de Baffin soit à la pointe Inukshuk (aussi écrit pointe Enukso), Nunavut, 1958-1966. Photo : Charles Gimpel (e011211980)

Ce blogue fait partie d’une série portant sur les Initiatives du patrimoine documentaire autochtone. Apprenez-en plus sur la façon dont Bibliothèque et Archives Canada (BAC) améliore l’accès aux collections en lien avec les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Voyez aussi comment BAC appuie les communautés en matière de préservation d’enregistrements de langue autochtone.


Laura Johnston, de l’École des arts et de la culture de l’Université Carleton, est une stagiaire de premier cycle à la Direction générale des services au public de Bibliothèque et Archives Canada.

Les femmes inuites et les phoques : une relation unique

Par Julie Dobbin

Les phoques occupent une place centrale dans la vie des Inuits et constituent une source d’alimentation locale essentielle. De nombreuses traditions, coutumes, croyances et histoires transmises oralement concernent les phoques. Les Inuits ont toujours eu une relation importante et directe avec cet animal. Les chasseurs respectent énormément l’esprit du phoque, un animal dont ils dépendent grandement. Chaque partie du phoque est utilisée, car l’exploitation doit être durable, respectueuse et réalisée sans cruauté. Plus important encore, le climat froid et rigoureux de l’Arctique oblige les habitants de la région à avoir un bon abri et de bons vêtements pour rester au chaud et au sec. La peau, la fourrure et l’huile des phoques répondent à ce besoin.

Photo noir et blanc d’une femme inuite dans un igloo qui porte une parka à motif floral et manipule une lampe à l’huile de phoque. Un jeune inuit portant une parka en fourrure se trouve près d’elle.

Femme manipulant une lampe à l’huile de phoque dans un igloo, dans l’ouest de l’Arctique, probablement au Nunavut, en 1949 (MIKAN 3202745)

Les femmes inuites ont développé des techniques très perfectionnées pour traiter et utiliser les parties du phoque de diverses manières au fil des saisons. Après avoir enlevé la graisse avec un ulu (le couteau traditionnel des femmes à lame en forme de croissant), elles étirent et sèchent les peaux, comme le fait Taktu sur cette photo.

Photo en couleurs d’une femme inuite portant un manteau rouge. Elle est accroupie sur un littoral rocheux et retire la graisse de la peau d’un phoque avec un ulu (le couteau des femmes).

Taktu retirant la graisse de la peau d’un phoque, Kinngait (Cape Dorset), Nunavut, été 1960 (MIKAN 4324655)

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