Un nouveau départ : 150 ans d’infrastructures fédérales en Colombie-Britannique – Région de Peace River : L’aéroport de l’Aviation royale du Canada à Fort St. John

Par Caitlin Webster

La Colombie-Britannique s’est jointe au Canada en 1871, il y a 150 ans. Dans les années qui ont suivi, les infrastructures fédérales se sont répandues dans toute la province. Ce processus est bien documenté dans les collections de Bibliothèque et Archives Canada. La présente série de huit blogues met en lumière des bâtiments, des services et des programmes, ainsi que leur impact sur les diverses régions de la Colombie-Britannique.

Les premiers aéroports publics font leur apparition au Canada dans les années 1920. À cette époque, ils remplacent les terrains d’aviation et les pistes d’atterrissage rudimentaires aménagés pendant les balbutiements de l’aviation. Puis, la Seconde Guerre mondiale entraîne une forte augmentation de la construction d’aéroports civils et militaires.

À la fin des années 1930, le ministère des Transports construit un petit aérodrome à Fort St. John, en Colombie-Britannique. Situé sur les territoires traditionnels des Premières Nations signataires du Traité no 8, l’aérodrome fait partie d’un parcours passant par Grande Prairie, Fort St. John, Fort Nelson, Watson Lake et Whitehorse.

Lorsque les États-Unis entrent dans la Seconde Guerre mondiale, en 1941, cette route offre un emplacement stratégique pour les transports vers l’Alaska et la construction de la route de l’Alaska. Par conséquent, en 1943, l’armée de l’air américaine reconstruit entièrement l’aéroport de Fort St. John, rénovant les pistes et aménageant des entrepôts de carburant, des hangars, des casernes et d’autres bâtiments.

Photographie en noir et blanc du bâtiment administratif de l’ARC à Fort St. John, en Colombie-Britannique. Plusieurs personnes sont au garde-à-vous tandis que des hommes hissent un drapeau. Plusieurs bâtiments se trouvent à l’arrière-plan.

Bâtiment administratif de l’Aviation royale du Canada à Fort St. John, en Colombie-Britannique (e011309348)

L’aéroport de l’Aviation royale du Canada (ARC) à Fort St. John amorce ses activités en 1943. Le personnel entretient les pistes et les bâtiments, assiste les aviateurs entrants et sortants et surveille les conditions météorologiques. En 1949, le personnel du détachement effectue des vols pour aider la Première Nation de Halfway River lors d’une éclosion de diphtérie. Il parachute des fournitures d’antitoxine et transporte par avion des malades vers des centres médicaux.

Le personnel participe également à des activités de plein air populaires dans la région : pique-niques, natation, chasse et pêche. En outre, il forme des équipes de sport amateur pour des ligues locales, notamment de baseball et de hockey. Cependant, au cours de l’été 1948, une épidémie de polio dans la région contraint la station à annuler bon nombre de ces activités. Certaines parties de l’aéroport sont même mises en quarantaine de juillet à septembre, en raison d’éclosions parmi le personnel.

Une page d’un registre de l’Aviation royale canadienne, avec des colonnes indiquant le lieu, la date, l’heure et la référence aux annexes. Les entrées sur la page concernent l’aéroport de l’ARC à Fort St. John; elles datent du 9 au 20 juin 1948.

Une page des registres de l’ARC. Une note signale l’annulation de la Journée de l’aviation en raison d’une épidémie de polio. (RG24-E-7; image trouvée sur Héritage Canadiana)

En 1950, les activités diminuent. Le 1er octobre, l’aéroport est officiellement abandonné. L’ARC financera son entretien jusqu’au 31 mars 1951. En avril, elle en transfère la responsabilité au ministère des Transports. Aujourd’hui, l’aéroport régional de North Peace est une plaque tournante pour les affaires et le tourisme dans la région.

Pour en savoir plus sur l’aéroport de l’ARC à Fort St. John, consultez les registres de l’Aviation royale du Canada, qui contiennent des détails sur les tâches quotidiennes, les vols, les événements et les activités sociales de diverses unités. Des microfilms de ces documents sont en ligne, y compris les entrées concernant l’aéroport sur les bobines C-12185 et C-12399.

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Caitlin Webster est archiviste principale à la Division des services de référence au bureau de Vancouver de Bibliothèque et Archives Canada.

Découvrir le 2e Bataillon de construction

English version

Par Andrew Horrall

Note sur les termes utilisés dans les documents

De nombreux documents relatifs à la 2e Compagnie de construction contiennent des termes qui étaient couramment utilisés pendant la Première Guerre mondiale, mais qui ne sont plus acceptables aujourd’hui. L’utilisation de ces termes par les autorités militaires est une preuve du racisme subi par les hommes de l’unité.

Comme il est décrit dans le billet de blogue, « Servir malgré la ségrégation », le 2e Bataillon de construction a été la première et la seule unité ségrégée du Corps expéditionnaire canadien (CEC) pendant la Première Guerre mondiale. Bibliothèque et Archives Canada (BAC) a répertorié et numérisé les documents relatifs à l’unité afin de faciliter l’exploration et la compréhension de son histoire et des histoires individuelles des hommes qui en faisaient partie.

Formulaire imprimé rempli par les hommes s’engageant dans le Corps expéditionnaire canadien. Le formulaire comprend 12 questions sur la personne, y compris son nom, sa date de naissance et son plus proche parent. En bas, on trouve une déclaration et un serment prêtés et signés par l’homme, ainsi que la déclaration et la signature d’un magistrat confirmant son engagement.

Page d’attestation pour Arthur Bright, RG 150, versement 1992-93/166, boîte 1066 – 39

Expériences individuelles

Les documents d’archives contiennent des détails sur les personnes ayant servi dans le 2e Bataillon de construction. Chaque histoire est unique et évocatrice.

Vous pouvez trouver les dossiers individuels des hommes en recherchant leur nom, ou en entrant « No. 2 Construction Battalion » (note : il faut insérer les mots-clés en anglais) dans le champ « Unité » de notre base de données, dans le menu déroulant Afficher les options de recherche avancées. Chaque dossier a été entièrement numérisé et comprend des renseignements détaillés sur la vie de la personne, sa famille et son service militaire.

Des amis et des familles servant ensemble

Les dossiers du personnel peuvent également raconter des histoires collectives. Nous savons que les hommes se sont souvent engagés en petits groupes de famille, d’amis ou de collègues de travail dans l’espoir de servir ensemble.

Voici deux stratégies pour trouver et explorer ces petits groupes au sein de l’unité. Commencez par déterminer l’identité de tous les hommes, en entrant « No. 2 Construction Battalion » (note : il faut insérer les mots-clés en anglais) dans le champ « Unité » de notre Base de données, dans le menu déroulant Afficher les options de recherche avancées. Par la suite :

  • Trier la liste par ordre alphabétique. Vous verrez que de nombreux noms de famille apparaissent plus d’une fois. Ouvrez les dossiers individuels des hommes portant le même nom et examinez leur lieu de naissance, leur adresse et leur parent le plus proche (souvent un parent) pour déterminer leur lien de parenté, le cas échéant.

Par exemple, nous pouvons voir que ces deux hommes étaient frères :

Tableau répertoriant 2 soldats avec le nom de famille Bright.

  • Trier la liste par matricule. Ces numéros ont été attribués aux hommes dans l’ordre numérique. En triant la liste de cette façon, on peut recréer les lignes d’hommes au moment de leur enrôlement dans une station de recrutement. Ouvrez les dossiers individuels pour voir si un homme s’est engagé seul ou avec un groupe.

Par exemple, nous savons que les frères Bright se sont engagés ensemble parce qu’on leur a attribué des matricules séquentiels. Nous découvrons également que les hommes portant les matricules précédents et suivants — qui se seraient trouvés à côté d’eux dans le bureau de recrutement en 1916 — avaient tous à peu près le même âge, exerçaient des métiers similaires et vivaient à moins d’un kilomètre les uns des autres à St. Catharines. Comment se connaissaient-ils?

Tableau répertoriant 5 soldats avec des numéros de régiment allant de 931537-931541Suivez les hommes dans la vie civile

Pour explorer plus largement l’histoire des Canadiens noirs, vous pouvez également découvrir la vie civile de bon nombre de ces hommes en entrant leurs noms dans d’autres bases de données de BAC dans la section « Recherche d’ancêtres » de notre site Web :

  • Les Recensements canadiens de 1911, 1916 et 1921. Par exemple, le recensement de 1921 indique qu’Arthur et Norman Bright vivent ensemble comme locataires au 3 Brown’s Lane, dans le centre-ville de Toronto. Ni l’un ni l’autre n’est alors marié, et tous deux travaillent comme ouvriers.
  • Les Listes de passagers montrent quand, où et avec qui les personnes ont immigré au Canada.
  • Les Dossiers du personnel de la Première Guerre mondiale peuvent ouvrir la voie à l’exploration de la communauté noire du Canada du début du 20esiècle et de ce que signifiait servir dans le 2e Bataillon de construction.
Deux pages d’un journal personnel. La date est imprimée en haut de chaque page, les 30 et 31 octobre. En dessous, le capitaine White a écrit des observations générales sur le temps, les lettres qu’il a écrites et reçues, et la vie au camp.

Deux pages du journal personnel du capitaine William « Andrew » White, l’aumônier de l’unité (e011183038)

La vie quotidienne au sein de l’unité

Deux documents numérisés vous permettent d’explorer les activités quotidiennes de l’unité :

  • Journal personnel de William « Andrew » White; l’aumônier du 2eBataillon de construction; nous pensons qu’il s’agit du seul récit personnel et témoignage direct écrit par un membre de l’unité.
  • Journal de guerre; les unités en service actif devaient tenir un compte rendu quotidien de leurs activités. Bien que les journaux de guerre ne se concentrent pas sur les personnes, ils décrivent les événements qui se sont déroulés chaque jour.

Comment l’armée canadienne a géré l’unité

BAC a numérisé environ la moitié des documents administratifs, organisationnels et historiques relatifs au 2e Bataillon de construction. Ces documents donnent une idée de la façon dont l’armée canadienne gérait l’unité et les hommes qui en faisaient partie.

Ressources numérisées documentant la 2e Compagnie de construction conservées à BAC

Renseignements de base sur l’unité

Autres photographies représentant des soldats noirs

Notez que BAC détient de nombreuses autres photos montrant des soldats noirs. Ces photos ne peuvent toutefois pas être trouvées lors d’une simple recherche, car cette information n’était pas incluse dans le titre original.

Affiche de recrutement

Documents textuels

Cour martiale

Les dossiers numérisés des cours martiales impliquant des membres de la Compagnie de construction no 2 et d’autres hommes noirs sont disponibles sur Canadiana.org (Veuillez noter que la liste ci-dessous peut ne pas être complète).


Andrew Horrall, archiviste à Bibliothèque et Archives Canada, a rédigé le billet de blogue. Il a aussi recensé les documents relatifs au bataillon, avec l’aide d’Alexander Comber et de Mary Margaret Johnston-Miller.

Servir malgré la ségrégation : 2e Bataillon de construction

English version

Par Andrew Horrall

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) détient la plus grande collection de documents sur le 2e Bataillon de construction, une unité ségrégée du Corps expéditionnaire canadien (CEC). Ils veulent alors se battre, mais les attitudes racistes des dirigeants politiques et militaires – ainsi que de la société en général – les empêchent de servir en première ligne. Au lieu de cela, le 2e Bataillon de construction est affecté au Corps forestier canadien. Les hommes passent la guerre dans les Alpes françaises, où ils abattent des arbres, transforment des troncs bruts en bois fini et transportent le bois jusqu’au chemin de fer. À l’époque, le travail est vital, puisque d’énormes quantités de bois sont nécessaires pour construire et renforcer les défenses de première ligne, mais il est loin du type de service que les hommes avaient espéré.

Dessin noir et blanc d’un insigne en forme de bouclier. Au sommet se trouvent une couronne royale et une bannière indiquant « Canada Overseas ». En dessous se trouvent les mots « No. 2 » au-dessus d’une autre bannière avec le mot « Construction ». Des feuilles d’érable ornent les côtés de l’insigne. Un pont en bois sous la couronne et un outil sous la deuxième bannière symbolisent que les membres de l’unité étaient des bâtisseurs.

Le badge de casquette du 2e Bataillon de construction (e011395922)

Dossiers de service du Corps expéditionnaire canadien – Les membres sont identifiés par la mention « No. 2 Construction Battalion » (2e Bataillon de construction) dans le champ Unité de la base de données. Les dossiers de service de plus de 800 militaires donnent la 2e Compagnie de construction comme unité. Cependant, bon nombre de ces hommes ont plutôt servi au sein d’autres unités du Corps expéditionnaire canadien. Les raisons expliquant les écarts entre les dossiers du personnel et ceux des unités ne sont pas claires. Il est possible que des besoins pressants aient forcé les autorités militaires canadiennes à envoyer des hommes dans d’autres unités, même si elles avaient l’intention de les affecter à la 2e Compagnie de construction au départ. Il est également possible que la guerre se soit terminée avant que certains hommes n’aient le temps de se joindre à la compagnie.

C’est en juillet 1916 que l’unité est mobilisée à Truro, en Nouvelle-Écosse. Elle recrute alors dans les communautés noires établies dans les Maritimes et le sud-ouest de l’Ontario, ainsi qu’ailleurs au Canada, dans les Caraïbes et aux États-Unis. Au moins deux membres viennent de beaucoup plus loin, soit Cowasjee Karachi (matricule 931759), originaire de l’actuel Yémen, et Valdo Schita (matricule 931643), né près de Johannesburg, en Afrique du Sud.

Photo noir et blanc montrant 21 soldats posant en toute décontraction, en plein air, assis ou debout sur une pile de longues planches de bois. Huit des hommes semblent porter des uniformes russes, et les autres – dont deux Noirs – sont des Canadiens.

Le lieutenant F. N.  Ritchie, le lieutenant Courtney et quelques-uns des hommes enrôlés du Corps forestier canadien en France. Il s’agit de la seule photo de l’unité conservée dans la collection à BAC (a022752).

Si l’unité est composée d’hommes noirs, les officiers sont Blancs, à l’exception de l’aumônier, le capitaine William « Andrew » White.

L’unité est désignée à la fois par les termes « bataillon » et « compagnie » dans les documents d’archives et les sources publiées. Créée à l’origine comme un bataillon dans le Corps expéditionnaire canadien, elle est composée d’environ 1 000 hommes. Lorsque seulement quelque 600 hommes arrivent en Angleterre en 1917, les autorités militaires la renomme « compagnie », ce qui reflète mieux sa taille.

L’unité rentre au Canada à la fin de la guerre et est officiellement dissoute en septembre 1920. Au fil du temps, l’histoire du 2e Bataillon de construction s’estompe jusqu’à ce que les familles, les membres de la communauté et les historiens commencent à la faire renaître au début des années 1980. Il ne reste alors plus qu’une poignée de membres survivants.

Note sur les termes utilisés dans les documents

De nombreux documents relatifs à la 2e Compagnie de construction contiennent des termes qui étaient couramment utilisés pendant la Première Guerre mondiale, mais qui ne sont plus acceptables aujourd’hui. BAC a remplacé ces termes dans les descriptions, mais on les trouve encore dans de nombreux documents originaux. L’utilisation de ces termes par les autorités militaires est une preuve du racisme subi par les hommes de l’unité.


Andrew Horrall, archiviste à Bibliothèque et Archives Canada, a rédigé le billet de blogue. Il a aussi recensé les documents relatifs au 2e Bataillon de construction, avec l’aide d’Alexander Comber et de Mary Margaret Johnston-Miller.

Un nouveau départ : 150 ans d’infrastructures fédérales en Colombie-Britannique – Région du nord-ouest : La ligne télégraphique du Yukon du Service télégraphique du gouvernement fédéral

Par Caitlin Webster

La Colombie-Britannique s’est jointe au Canada en 1871, il y a 150 ans. Dans les années qui ont suivi, les infrastructures fédérales se sont répandues dans toute la province. Ce processus est bien documenté dans les collections de Bibliothèque et Archives Canada. La présente série de huit blogues met en lumière des bâtiments, des services et des programmes, ainsi que leur impact sur les diverses régions de la Colombie-Britannique.

Lorsque la Colombie-Britannique négocie son adhésion à la Confédération, l’une des conditions est l’établissement du télégraphe. Le Service télégraphique du gouvernement fédéral du Canada, qui fait partie du ministère des Travaux publics, est chargé de fournir ce service. Il gère des lignes télégraphiques dans des zones éloignées non couvertes par les systèmes télégraphiques ferroviaires ou les entreprises privées. En Colombie-Britannique, le gouvernement fédéral exploite des lignes dans le sud et sur l’île de Vancouver. Lorsqu’il étend sa présence dans le nord de la Colombie-Britannique et au Yukon, dans les années 1890, il lance les travaux de la ligne télégraphique du Yukon.

En 1899, le Bureau du Conseil privé approuve la construction d’une ligne télégraphique entre Dawson City, dans ce qui est maintenant le Yukon, et Bennett, en Colombie-Britannique. Aujourd’hui une ville fantôme, Bennett était autrefois un centre prospère grâce à la ruée vers l’or du Klondike.

En 1899, le Bureau du Conseil privé approuve la construction d’une ligne télégraphique entre Dawson City, dans ce qui est maintenant le Yukon, et Bennett, en Colombie-Britannique. Aujourd’hui une ville fantôme, Bennett était autrefois un centre prospère grâce à la ruée vers l’or du Klondike.

Photographie en noir et blanc de la ville de Bennett, en Colombie-Britannique, au bord du lac Bennett. Il y a des bâtiments et des structures temporaires le long du rivage, avec un flanc de montagne en arrière-plan et un pont en bois au premier plan.

Une partie de Bennett, en Colombie-Britannique (a016295-v8)

Peu après l’achèvement de la ligne jusqu’à Bennett, les travaux commencent sur une ligne secondaire vers Atlin, puis sur une extension d’Atlin à la ligne transcontinentale, à Quesnel. Ces travaux se terminent en 1901, mais la construction de plusieurs lignes secondaires se poursuit au cours de la décennie suivante. Pendant que les travaux progressent, le ministère des Travaux publics construit des bureaux et des stations télégraphiques à intervalles réguliers le long de la ligne. Les stations situées dans les villes et les établissements abritent souvent d’autres services du gouvernement fédéral, tels que les bureaux de poste et les douanes. Les exploitants de ces stations travaillent aux heures normales de bureau pour que les clients puissent envoyer et recevoir des télégrammes.

Photographie en noir et blanc du bureau de poste à trois étages d’Atlin, en Colombie-Britannique. Un panneau sur le bâtiment porte la mention « Dominion Government Telegraph Office ».

Bureau de poste d’Atlin, en Colombie-Britannique (a046672-v8)

Afin que la tension soit suffisante pour transmettre les télégrammes entre les stations, les équipes construisent également des stations de répéteurs le long des tronçons les plus isolés. Au début, ces « stations de brousse » étaient de simples cabanes à une pièce, abritant à la fois le télégraphiste et le monteur de lignes. Comme ces sites reçoivent rarement des clients voulant envoyer des télégrammes, les télégraphistes et les monteurs de lignes s’emploient à maintenir les fils télégraphiques en bon état. Au cours de l’été 1905, les équipes construisent des cabanes secondaires dans ces stations isolées afin de rendre un peu plus agréable la vie dans un espace aussi restreint.

Photographie en noir et blanc d’un jeune homme assis avec son chien devant une cabane en bois rond d’une pièce.

Cabane télégraphique du gouvernement fédéral, au nord de Hazelton. Le télégraphiste Jack Wrathall est assis avec son chien devant la cabane. (a095734-v8)

Les refuges, où les monteurs de lignes passent la nuit en cas de mauvais temps, sont encore plus petits. Espacées d’environ 16 kilomètres, ces petites cabanes de 2,4 x 3 mètres contiennent un poêle, une couchette et des réserves de nourriture limitées.

Les lignes télégraphiques perturbent les Premières Nations locales : Lhtako Dene, Nazko, Lhoosk’uz Dene et ?Esdilagh, près de Quesnel, et la Nation Taku River Tlingit, à Atlin. Les premiers travaux sur les lignes télégraphiques, au 19e siècle, sont souvent réalisés sans leur accord. Des confrontations surgissent lorsque des équipes de travail entrent sans autorisation sur leurs terres.

De nombreuses Premières Nations se serviront des matériaux laissés sur les lignes télégraphiques abandonnées, utilisant le fil pour faire des ponts ou des pièges. Certains Autochtones travaillent sur les lignes télégraphiques, en tant que travailleurs de la construction, monteurs de lignes et chefs de trains.

Le plus célèbre d’entre eux, Simon Peter Gunanoot, participe à la construction de la ligne avant de devenir livreur dans les stations de brousse. Accusé de meurtre en 1906, il échappe aux recherches pendant 13 ans avant de se rendre. À l’issue de son procès, en 1919, le jury l’acquitte en seulement 15 minutes. Sa remarquable histoire a depuis inspiré des livres, des documentaires et des courts métrages.

Dans les années 1920 et 1930, le gouvernement fédéral commence à remplacer le télégraphe par la radio et le téléphone. Parallèlement, l’intérêt pour la ligne en tant que sentier de randonnée d’aventure s’accroît. Bien que le gouvernement fédéral ait vendu ou abandonné les dernières portions de la ligne télégraphique du Yukon en 1951, les guides en utilisent encore certaines parties de nos jours.

Pour en savoir plus sur la ligne télégraphique du Yukon, consultez les ressources suivantes :

  • « A socio-cultural case study of the Canadian Government’s telegraph service in western Canada, 1870–1904 », thèse de John Rowlandson, 1991 (OCLC 721242422)
  • Wires in the Wilderness: The Story of the Yukon Telegraph, Bill Miller, 2004 (OCLC 54500962)
  • Pinkerton’s and the Hunt for Simon Gunanoot: Double Murder, Secret Agents and an Elusive Outlaw, Geoff Mynett, 2021 (OCLC 1224118570)

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Caitlin Webster est archiviste principale à la Division des services de référence au bureau de Vancouver de Bibliothèque et Archives Canada.

Services de référence au-delà des frontières

Par Virtue Tran

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) a une clientèle diversifiée aux besoins variés. Aux Services de référence, nous recevons de nombreuses demandes d’un peu partout dans le monde. Même si les services offerts à la communauté internationale ressemblent beaucoup à ceux que reçoivent les demandeurs canadiens, nos réponses doivent tenir compte des problèmes associés à l’accès à notre collection au-delà des frontières. Le présent blogue offre un aperçu de nos clients internationaux, des questions intéressantes que nous avons reçues et des techniques utilisées par nos spécialistes pour aider cette communauté d’usagers à consulter notre collection.

Nos clients

Nous avons des clients dans le monde entier! Entre 2018 et 2020, des demandes nous sont parvenues de nombreux pays et régions :

  • Afrique : Côte d’Ivoire, Djibouti, Maroc, Tunisie
  • Amériques : Brésil, États-Unis, Martinique, Trinité-et-Tobago
  • Asie : Inde, Japon, Taïwan
  • Europe : Allemagne, Belgique, France, Irlande, Italie, Portugal, Royaume-Uni, Russie, Suisse
  • Moyen-Orient : Émirats arabes unis, Israël
  • Océanie : Australie

Cette liste n’est qu’un petit échantillon des demandes que nous recevons de l’étranger. Nombre de demandeurs sont des professeurs et des étudiants réalisant des recherches sur un sujet canadien précis, ou sur un sujet comprenant un volet canadien (p. ex. des groupes ethniques ayant immigré au Canada, des politiques gouvernementales ou la culture canadienne). Les étudiants en science de l’information qui s’intéressent à BAC en tant qu’institution, ou à l’état de la bibliothéconomie et des archives au Canada, occupent une place particulière dans cette clientèle.

Bien entendu, il y a aussi des archivistes, des bibliothécaires et des généalogistes. Ces clients sont des spécialistes de l’information; ils possèdent habituellement des outils leur permettant d’effectuer des recherches très approfondies. Leurs questions portent donc surtout sur des recherches pour leurs propres clients ou pour des travaux personnels.

Récemment, par exemple, nous avons reçu des messages de la Bibliothèque du patrimoine naturel écossais et du Direção-Geral do Livro, dos Arquivos e das Bibliotecas (le ministère portugais des livres, des archives et des bibliothèques). Enfin, les demandes provenant du public peuvent être extrêmement variées. Elles sont souvent posées par curiosité, ou dans le cadre d’un passe-temps ou d’une recherche généalogique.

Voici trois exemples de sujets qui ont suscité l’intérêt de nos clients étrangers.

De la Martinique : Employés de maison de la Guadeloupe en 1910-1911

Un client a demandé de l’information sur le service d’immigration du Canada en 1910-1911, ainsi que les biographies de divers fonctionnaires de l’immigration ayant travaillé sur le dossier des employés de maison de la Guadeloupe. Ces renseignements se trouvent surtout dans des livres portant sur l’histoire des lois en matière d’immigration et sur les politiques canadiennes. À l’époque, c’est le ministère de l’Intérieur qui était responsable de l’immigration. Puisque l’immigration des Noirs n’était pas recommandée (tout comme celle d’autres groupes ethniques d’ailleurs), les agents d’immigration trouvaient des motifs pour les déporter en vertu de l’Acte d’immigration de 1910.

Sources supplémentaires :

Base de données de BAC : Immigrants pour le Canada, porteurs et domestiques, 1899-1949

Calliste, A. (1991). « Canada’s immigration policy and domestics from the Caribbean: The second domestic scheme ». Dans S. Brickey et E. Comack (directeurs de publication), The social basis of law: Critical readings in the sociology of law (2e édition, p. 95-121). Halifax : Garamond Press.   OCLC 24743137   Ce chapitre cite plusieurs sources d’archives disponibles à BAC.

Kelley, N. et J. T. Michael, 2010. The Making of the Mosaic: A History of Canadian Immigration Policy. 2e édition. Toronto : Presses de l’Université de Toronto. OCLC 531018353

Le chapitre 4 de ce livre porte sur l’industrialisation, l’immigration et les fondements de la politique d’immigration de 1896 à 1914. Les auteurs abordent la discrimination contre les immigrants asiatiques qui est pratiquée en vertu de l’admission sélective. Le traitement discriminatoire des immigrants noirs y est aussi discuté, mais dans une moindre mesure.

Macklin, A. (1992). Foreign domestic worker: Surrogate housewife or mail order servant. Revue de droit de McGill, 37(3), p. 681-760.  ISSN : 0024-9041 – OCLC 768130032

Yarhi, E. (2016). Décret C.P. 1911-1324, la proposition d’interdiction de l’immigration noire au Canada. L’Encyclopédie canadienne. Historica Canada.

Une page tapuscrite (formulaire B de l’Acte d’immigration de 1910, utilisé pour les expulsions).

Formulaire B — Ordonnance d’expulsion (bobine C-10411 sur Héritage).

De la France : La chanson Les belles-mères de La Bolduc

Nous avons reçu une demande d’information sur la chanson Les belles-mères de la célèbre chanteuse populaire surnommée La Bolduc. Cette chanson empruntait la mélodie de Red River Valley [Vallée de la rivière Rouge], comme le précise notre biographie de la chanteuse. Elle est disponible sur le Gramophone virtuel, avec d’autres chansons numérisées de La Bolduc, tandis que des livres, des articles et des partitions sont accessibles dans notre catalogue Aurora.

Photo couleur de l’étiquette de la chanson Les belles-mères, avec un lettrage doré sur un disque bleu marin.

Étiquette de la chanson Les belles-mères, publiée par la Compo Company Limited (OCLC 1007640213)

Du Royaume-Uni : Enregistrements de Stephen Leacock

Quelqu’un voulait obtenir une liste d’enregistrements sonores portant sur les œuvres écrites de Stephen Leacock. Plus précisément, le demandeur voulait connaître le nom des personnes qui parlaient dans les enregistrements. BAC possède de nombreux enregistrements sonores, accessibles dans son catalogue Aurora. L’information sur les lecteurs se trouve dans les notices bibliographiques, que ce soit dans la section des interprètes, dans les notes ou même dans le titre.

Photo noir et blanc de Christopher Plummer en complet, debout à gauche, avec les bras croisés. Une grande peinture encadrée, montrant une femme vêtue d’une robe et tenant un éventail, est accrochée sur la droite.

Le célèbre acteur Christopher Plummer a lu et adapté des écrits de Stephen Leacock. (a182414) pour un exemple, voir OCLC 3589995).

Accès à la collection : options de recherche

Nous orientons souvent les clients qui ne vivent pas près d’Ottawa, en Ontario, vers des institutions qui se trouvent à proximité de chez eux afin qu’ils puissent avoir accès aux documents pertinents. Si cela est impossible, nous avons recours à trois autres techniques :

1.Internet

Les ressources en ligne sont très nombreuses. Nous en présentons ici quelques-unes parmi les plus utilisées par les bibliothécaires de référence.

BAC tient à jour diverses ressources qui peuvent servir de point de départ pour des recherches. Elles sont accompagnées d’une page d’explication où figurent un résumé du sujet et, parfois, une liste de suggestions de lecture. Le portail des publications du gouvernement du Canada et les collections des bibliothèques canadiennes sur Internet Archive, qui hébergent une quantité impressionnante de publications officielles et les collections de bibliothèques ministérielles, sont également utiles. Enfin, le site Canadiana est idéal pour trouver du contenu canadien antérieur à 1921.

2. Prêts entre bibliothèques

BAC n’offre pas de service de prêts entre bibliothèques. Par conséquent, les bibliothécaires de référence comptent sur les bibliothèques locales pour offrir ce service qui permet aux clients d’obtenir les publications désirées. Aux États-Unis, de nombreuses universités détiennent des fonds canadiens, et certaines bibliothèques publiques offrent des prêts à leurs homologues canadiennes.

Les chances de trouver une publication dans une institution outremer sont nettement moins élevées, mais cela n’est pas impossible. On peut trouver des collections spécialisées dans les universités qui offrent des programmes d’études canadiennes et dans les bibliothèques et musées nationaux, entre autres.

Notons également que de nombreux organismes internationaux sont situés en Europe. Ceux-ci ont souvent des bibliothèques qui acquièrent du contenu canadien lié à leurs activités. Si elles ne font généralement pas de prêts, elles sont souvent ouvertes au public et aux chercheurs.

3. Services de copie

Les services de copie sont toujours une option. BAC peut fournir des copies de documents, d’images, etc., dans divers formats, y compris numériques (PDF ou JPEG). La plupart des institutions offrent ce service moyennant certains frais, mais le véritable défi consiste à découvrir où se trouvent les copies papier. C’est ici que les ouvrages de référence, les bibliographies et les catalogues collectifs entrent en jeu. Même ancienne, une ressource peut aider à déterminer l’exactitude de certaines références et à identifier les institutions qui détenaient des copies. Ces parcelles d’information sont utiles pour retracer des publications, surtout les vieux documents qui sont souvent jetés lorsqu’ils ne répondent plus aux besoins des utilisateurs.

Grâce à leurs compétences et à leur persévérance, et avec une petite dose de chance, les employés des Services de référence de BAC vous aideront à découvrir notre patrimoine canadien. N’hésitez donc pas à nous envoyer vos demandes au moyen du formulaire Posez-nous une question. C’est avec plaisir que nous vous aiderons dans vos recherches!


Virtue Tran est bibliothécaire de référence à la Division des services de référence de Bibliothèque et Archives Canada.

Arthur Lismer et les cours d’art pour enfants : un défi Co-Lab

Par Brianna Fitzgerald

Depuis que les restrictions liées à la COVID-19 ont mis sur pause les programmes dédiés aux enfants, l’énergie, le bruit et la créativité qui animaient plusieurs musées des beaux-arts du pays, pendant les matinées de fin de semaine, semblent chose du passé. Comme les cours et les ateliers d’arts ont dû passer en mode virtuel pour s’adapter au contexte actuel, nous vivons une période de grand changement dans le domaine de l’éducation artistique des enfants. Susciter la créativité des jeunes en mode virtuel constitue en effet un beau défi.

Ce n’est pas la première fois que les méthodes d’éducation artistique des enfants sont bousculées. Dans les années 30, le peintre Arthur Lismer (1885-1969), membre du Groupe des Sept, a entrepris de réformer radicalement l’éducation artistique au Canada. Il voulait transformer les musées d’art en faisant de ces lieux formels des espaces communautaires animés.

Lorsque j’ai posé les yeux sur des images de cours d’art donnés par Lismer, dans le fonds Ronny Jaques conservé à Bibliothèque et Archives Canada, j’ai senti émerger en moi un flot de souvenirs de ma propre enfance passée dans les cours d’arts, et de l’enthousiasme frénétique des petites mains et des jeunes esprits au travail. Avant de trouver ces images, j’ignorais l’importance de l’enseignement dans la vie de Lismer, ainsi que ses efforts inlassables pour populariser l’éducation artistique et en faire reconnaître l’importance. J’ignorais également à quel point son modèle éducatif des années 30 ressemblait à celui que j’avais connu des décennies plus tard. Dans les années 30, les cours d’art dédiés aux enfants ont gagné en popularité partout au pays, en grande partie grâce au travail acharné et à l’innovation de Lismer.

Photographie noir et blanc d’une jeune fille aux tresses noires vêtue d’un tablier pâle et agenouillée sur le plancher avec un pinceau dans la main droite. On peut voir le bas d’un tableau encadré derrière elle.

Une jeune fille avec un pinceau pendant un cours d’art pour enfants donné par Arthur Lismer, Toronto (e010958789)

En 1929, Lismer est nommé directeur de l’éducation au Musée des beaux-arts de Toronto (maintenant le Musée des beaux-arts de l’Ontario). Il commence à mettre en place plusieurs programmes pour concrétiser son désir de rendre l’art accessible à tous, et ainsi faire du musée un espace communautaire.

Sa première réussite consiste à organiser des visites pour les écoles, visites qui feront partie intégrante de certains programmes au conseil scolaire de Toronto. Lismer lance ensuite les cours d’art pour enfants du samedi matin. Le personnel enseignant et la direction des écoles de la région sélectionnent leurs meilleurs artistes pour que ces enfants soient invités aux cours du Musée. Ces cours ne coûtent que quelques dollars pour l’achat du matériel, et les élèves ont la chance de remporter une bourse permettant de suivre un cours élémentaire à l’Ontario College of Art (maintenant l’Université de l’École d’art et de design de l’Ontario).

Accueillant environ 300 élèves chaque semaine, le Musée connaît des samedis matin animés. Les enfants sont autorisés à travailler librement et encouragés à explorer leurs idées et leurs pulsions créatrices. En plus de peindre et dessiner, ils pratiquent la sculpture à l’argile, créent des costumes et participent à des spectacles. Les cours ont lieu dans les musées. Les enfants, éparpillés sur le plancher, travaillent sur de multiples moyens d’expression, entourés d’œuvres d’art célèbres accrochées aux murs. Pendant les années 30 et 40, des expositions d’œuvres créées par les enfants pendant les cours du samedi matin figurent couramment dans le programme du Musée.

Photographie noir et blanc d’enfants agenouillés dans un musée d’art, au milieu du plancher, entourés de papier et de fournitures artistiques. Une enseignante debout au milieu de la pièce aide une élève. Les murs sont parsemés de peintures encadrées, et on peut voir une galerie adjacente derrière quatre colonnes foncées. De la scène émane l’énergie des enfants qui construisent des maisons en papier.

: Participants au cours d’art pour enfants organisé par Arthur Lismer (e010980053)

Les cours du samedi donneront finalement naissance au Centre d’art du Musée des beaux-arts de Toronto, qui appuiera les activités pédagogiques du Musée. Ce centre permettra la tenue de classes plus petites pour intensifier les interactions avec chacun des enfants, en plus d’ouvrir de nouvelles possibilités pour concrétiser les projets de Lismer.

Après plusieurs années de succès à la tête du programme du Centre d’art, Lismer est invité à faire une tournée de conférences dans l’ensemble du pays pour parler de l’art canadien et des cours d’art pour enfants. Lismer avait déjà présenté ses méthodes à des enseignants de Toronto pour que ceux-ci les intègrent dans leurs propres cours. Grâce à cette tournée de conférences, Lismer a maintenant la chance de changer la manière dont on enseigne l’art partout au pays.

Le Musée des beaux-arts de Toronto n’est ni la première ni la dernière aventure de Lismer dans le monde de l’éducation artistique pour enfants. En 1917, à Halifax, il organise des cours du samedi matin à la Victoria School of Art and Design (aujourd’hui le Nova Scotia College of Art and Design), dont il est le directeur. Après son poste à Toronto et sa tournée de conférences, Lismer est nommé, en 1940, directeur de l’éducation au Musée des beaux-arts de Montréal. Comme à Toronto, il met sur pied un centre d’art et un programme éducatif. Même après sa retraite en 1967, et jusqu’à sa mort en 1969, à l’âge de 83 ans, il poursuit son engagement auprès du Centre d’art de Montréal.

Photographie noir et blanc sur laquelle six garçons sont assis dans un musée d’art. Devant chacun d’eux, une chaise sert de chevalet. Deux toiles encadrées ornent le mur en arrière-plan et du papier journal recouvre le sol.

Garçons en train de dessiner dans un cours d’art pour enfants organisé par Arthur Lismer (e010980075)

Plus de cent images de ces enfants suivant des cours d’art peuvent être consultées en ligne. Elles témoignent de la grande variété d’activités créées par Lismer pour ses programmes éducatifs, et offrent un point de vue intéressant sur des cours tenus il y a plus de 80 ans. Elles montrent des scènes bien connues d’enfants éparpillés sur les planchers d’un musée, ramassant du matériel d’art, peignant devant des chevalets de fortune ou sculptant l’argile sur une table minutieusement recouverte de papier journal.

Bien que les cours d’art pour enfants donnés pendant la pandémie n’aient pas le même aspect, nous pouvons tous espérer que les musées d’art seront bientôt repris d’assaut par le bruit, le désordre et l’enthousiasme des cours du samedi matin.

BAC a créé un défi Co-Lab sur les cours d’art pour enfants de Lismer. Si vous reconnaissez une personne, un endroit dans le Musée ou une œuvre d’art sur les photographies, n’hésitez pas à ajouter une étiquette!


Brianna Fitzgerald est technicienne d’imagerie numérique à la Direction générale des opérations numériques et de la préservation de Bibliothèque et Archives Canada.

Accès refusé

Par Forrest Pass

Les Canadiens ont la réputation d’être tranquilles et humbles. Alors que nous soulignons la Semaine de la liberté d’expression, il est intéressant d’observer qu’on reconnaissait ces mêmes traits de caractère national chez les censeurs, qui, dans l’ombre, déterminaient quels ouvrages le public pouvait ou non lire.

Par exemple, prenons la façon dont différents pays censurent, à la fin des années 1920, l’œuvre de D. H. Lawrence L’Amant de lady Chatterley, un classique de la littérature érotique. Aux États-Unis, la mise à l’index de cette œuvre suscite un débat au Congrès. Au Royaume-Uni, la publication d’une édition non expurgée donne alors lieu à un procès très médiatisé autour de la question de l’obscénité.

Au Canada, à l’inverse, l’interdiction de cette œuvre est annoncée dans les dernières pages du magazine The National Revenue Review, une publication interne destinée aux douaniers.

une page dactylographiée avec Prohibited Importation écrite en gras.

Annonce de l’interdiction d’importer Lady Chatterley’s Lover (L’Amant de lady Chatterley) de D. H. Lawrence, The National Revenue Review, vol. 3, no 5 (février 1930), p. 13. (OCLC 42299612)

À compter de la Confédération, le ministre du Revenu national – alors chargé de faire appliquer les lois par les douaniers – et son personnel détiennent, pour ainsi dire, le pouvoir absolu d’interdire l’importation de publications qu’ils jugent obscènes ou séditieuses. Dans les années 1950, les censeurs des douanes avaient déjà interdit bien au-delà d’un millier de titres.

S’il arrive que les auteurs et les éditeurs protestent, ils n’ont pas les moyens de contester ces décisions avant 1958. Même à ce moment, l’importateur doit alors prouver que la publication visée n’est ni obscène ni séditieuse. Ce n’est qu’en 2000 que la Cour suprême du Canada juge comme inconstitutionnelle la présomption de culpabilité d’un livre ou d’un magazine douteux.

Les censeurs des douanes travaillent en toute discrétion. Le ministère du Revenu national refuse alors pendant des décennies de publier une liste cumulative des publications mises à l’index. Les collections de Bibliothèque et Archives Canada permettent cependant de recenser les livres et les magazines censurés par le ministère.

À l’époque, lorsque le ministre considère une publication comme obscène ou séditieuse, il publie une note demandant aux douaniers d’intercepter aux ports d’entrée les livres ou les magazines concernés. On trouve encore des copies de ces notes dans une série d’albums de coupures, comprenant aussi des avis d’exemption de droits de douane et des énoncés de procédures concernant les vacances du personnel. À partir des années 1920, on publie aussi ces avis dans le magazine accessible au public The National Revenue Review. Les journaux relayent également régulièrement l’information.

Avant la Première Guerre mondiale, les premières cibles des censeurs sont surtout des journaux et des magazines états-uniens. Avec des titres comme Chicago Despatch et American House and Home, ces publications semblent d’abord plutôt inoffensives, mais une note signale qu’elles risquent de contenir des publicités inappropriées pour les Canadiens.

Au 20e siècle, beaucoup de livres et de magazines retiennent l’attention des censeurs des douanes. Bien sûr, le contenu à caractère sexuel – alors évalué selon des critères bien différents de ceux d’aujourd’hui – pose un problème récurrent, tout comme certains documentaires criminels, qu’on accuse de glorifier le gangstérisme. Ces censeurs interdisent aussi les écrits de propagande anticatholique extrémiste, dont certains pourraient aujourd’hui être considérés comme de la littérature haineuse. Au cours des années 1920 et 1930, des journaux communistes et socialistes en langues étrangères figurent aussi régulièrement sur les annonces d’interdiction.

Fait plus surprenant, le ministère tente aussi d’interdire les publications faisant la promotion de l’athéisme. En 1931, le journal torontois Globe félicite l’interdit frappant les écrits d’Emanuel Haldeman-Julius, un libre-penseur états-unien : « Ce serait de ridiculiser la religion que d’accepter ce type d’ouvrages au Canada, prévient le Globe. Si le ministère fait une erreur, c’est de ne pas interdire ces écrits subversifs avec suffisamment de vigueur. » [Traduction]

Une page dactylographee.

Note typique annonçant l’interdiction d’importer certaines publications, ici The Bible Unmasked, un tract promouvant l’athéisme; Art Lovers Magazine, comprenant des photographies suggestives et des articles sur des sujets artistiques et culturels; et Film Fun, contenant des illustrations de pin-ups (RG16-A-3, volume no 888).

Il est plutôt rare à l’époque que les censeurs des douanes canadiennes ciblent des œuvres littéraires connues, parce que ces décisions sont les plus susceptibles d’être critiquées. L’Amant de lady Chatterley fait exception, comme d’ailleurs Ulysse de James Joyce, frappé d’interdit en 1923. Il arrive que certaines publications critiquent les censeurs, dont le magazine Maclean’s et le quotidien Ottawa Citizen, ainsi que la revue Quill & Quire s’intéressant au milieu de l’édition du Canada.

Une page dactylographee

Note de 1926 annonçant la mise à l’index de Two Worlds Monthly, une revue littéraire new-yorkaise ayant publié en feuilleton Ulysse de James Joyce, en raison de l’interdiction de cette œuvre par les censeurs canadiens (RG16-A-3, volume no 888).

Les maisons d’édition canadiennes trouvent cependant des moyens d’échapper à ces interdits. En fait, les censeurs des douanes peuvent prohiber l’importation de certaines œuvres, mais pas leur production ou leur distribution. Les archives témoignant de saisies laissent croire que certains éditeurs tentent alors d’exploiter cette faille. En 1932, les douaniers saisissent deux exemplaires d’Un Juif amoureux, le roman osé du scénariste hollywoodien Ben Hecht mis à l’index par le ministère quelques mois auparavant. L’importateur, la maison d’édition torontoise G. J. Macleod and Company, se spécialise dans la réimpression de titres étrangers et aurait pu vouloir publier légalement une édition canadienne de ce roman. Un censeur voulant interdire un ouvrage produit au Canada doit d’abord convaincre un juge qu’il est de nature criminellement obscène ou séditieuse. À l’époque, comme les normes appliquées sont plutôt strictes, on réserve ce jugement aux publications les plus inconvenantes.

une page de grand livre avec une écriture à l'encre bleue

Archives témoignant de la saisie de « 2 romans Un Juif amoureux – importation interdite » [traduction] importés par G. J. McLeod and Company; et du verdict du ministère du Revenu national : « Que ces livres soient et demeurent confisqués, et qu’on les détruise » [traduction] (RG16-A-3, volume no 864).

Le seuil à partir duquel on peut alors interdire une œuvre importée est par contre beaucoup plus bas, et les censeurs ne justifient presque jamais leurs décisions. Leurs objections à L’Amant de lady Chatterley font probablement écho à celles de leurs homologues de Grande-Bretagne et des États-Unis. Le titre Gentlemen in Hades: The Story of a Damned Debutante (Les Gentilshommes de Hadès : damnation d’une débutante), un roman de Frederic Arnold Kummer, suggère en lui-même les raisons pour lesquelles l’œuvre est interdite au Canada en 1932. Les bibliothèques d’ici et d’ailleurs conservent cependant encore plusieurs exemplaires de ce roman sulfureux campé dans les années folles, qui tomba presque dans l’oubli. Mais aucune bibliothèque du monde ne compte d’exemplaire de Krums of Komford (censuré en 1895) ni de numéros du magazine American Beauties (frappé d’interdit en 1926).

Pas même les copies que détenaient les censeurs de ces œuvres perdues n’ont survécu, donc on ne peut qu’imaginer les raisons de leur interdiction. En 1938, le censeur en chef du ministère, J. Sydney Roe, révélait au Ottawa Citizen que, deux fois l’an, lui et un messager du ministère descendaient une brouette pleine de publications interdites au sous-sol de son immeuble de bureaux pour les brûler dans la fournaise à charbon.

En privé et sans tambour ni trompette, cette façon de brûler des livres était à l’image du peuple canadien.


Forrest Pass travaille comme conservateur dans l’équipe des expositions à Bibliothèque et Archives Canada.

Résister : La longue histoire de l’activisme noir au Canada

English version

Par Amina Musa et Krista Cooke

En 1628, un garçon de six ans est enlevé par des marchands d’esclaves de Madagascar, devenant le premier esclave documenté en Nouvelle-France. La lutte contre l’esclavage et contre le racisme qui en découle, menée pour obtenir le respect et l’égalité juridique des Canadiens noirs, dure donc depuis plusieurs siècles. L’amélioration de la qualité de vie d’un groupe racial marginalisé est un combat constant composé de moments de courage individuel et d’actions collectives.

Photographie noir et blanc de trois jeunes assis à une table dans une salle de réunion, tenant des notes d’allocution ou des ordres du jour. À la gauche se trouve une femme blanche avec des cheveux courts et une veste en suède. Au centre, une femme noire porte des lunettes fumées et un large bandeau. À droite, un homme noir porte un chandail à motifs et une veste unie. Sur le mur derrière eux, au-dessus de leur tête, est accroché un grand portrait photographique d’un homme blanc âgé vêtu d’un veston et d’une cravate.
Conférenciers lors d’une réunion de la Greater Windsor Foundation, 1963. (MG28-I119)

La photo ci-dessus, prise en 1963 par Irv King, à l’apogée du mouvement américain pour les droits de la personne, montre des jeunes qui travaillent avec la Greater Windsor Foundation, en Ontario, afin de changer les choses dans leur communauté.

La collection de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) comprend des œuvres d’art, des photographies, des documents, des cartes et des archives audiovisuelles qui montrent ce qui a changé et ce qui est demeuré stable dans la vie des Canadiens noirs. Fort incomplète, elle comprend néanmoins des ressources intéressantes, comme celles sur les loyalistes de l’Empire-Uni, la colonie d’Elgin, les porteurs ferroviaires ainsi que des auteurs, politiciens et militants pour les droits de la personne de la fin du 20e siècle (dont ceux mentionnés plus bas).

Au cours des siècles, de nombreuses personnes se battent contre le racisme systémique au Canada. Certains se concentrent sur la célébration, la documentation et la conservation des cultures riches et diversifiées au sein de leurs communautés. D’autres défient le statu quo par des procédures judiciaires et de nouvelles politiques. D’autres encore établissent des réseaux de soutien pour aider leurs concitoyens à s’épanouir financièrement et psychologiquement. Beaucoup s’impliquent dans les trois catégories pour offrir un avenir meilleur aux générations futures de Canadiens noirs.

Une foule défile au milieu d’une rue dans une petite ville. Des magasins en bois bordent la rue de chaque côté. La foule est menée par un homme noir distingué, moustachu, vêtu d’un haut-de-forme et d’une queue-de-pie, qui se déplace à cheval. Une fanfare, des groupes de petits garçons et plusieurs adultes marchent derrière lui. La plupart des gens dont le visage est visible dans la foule semblent Noirs. En arrière-plan, un deuxième cheval tire un char sur lequel se tiennent des femmes vêtues de robes blanches et de chapeaux à large bord.
Défilé du jour de l’émancipation à Amherstburg (Ontario), 1894 (a163923)

De nos jours, la célébration de la culture noire et de son importance au Canada revêt de nombreuses formes : richesse littéraire, musicale et artistique; centres culturels, musées et sites historiques; Mois de l’histoire des Noirs; programmes universitaires en études de la communauté noire; festivals divers; etc. Au nombre de ces événements, il y a le jour de l’émancipation, célébré chaque année (depuis 1834!) pour commémorer l’adoption de la loi sur l’abolition de l’esclavage. La photo ci-dessus montre le défilé de 1894 à Amherstburg, en Ontario.

Tous ces festivals, livres et musées ont une chose en commun : ils sont l’œuvre de gens déterminés qui tiennent à célébrer la culture et l’histoire des Noirs. BAC possède des collections sur un grand nombre de ces personnes et organisations, notamment :

Leur activisme, combiné à celui de nombreuses autres personnes, a façonné la manière dont les Canadiens de tous les horizons comprennent l’histoire des Noirs.

Un portrait en buste d’un homme noir âgé vêtu d’une toge de juge et d’une chemise blanche impeccable. Sa toge noire est décorée d’une écharpe bourgogne. L’homme, qui regarde directement l’observateur, a de courts cheveux gris et une moustache blanche.
Portrait du juge de la citoyenneté Stanley Grizzle, peint par William Stapleton (c151473k)

La lutte contre la discrimination de la communauté noire est jalonnée d’obstacles juridiques. Au début du 20e siècle, beaucoup de personnes noires se voient refuser l’accès à des ressources et n’ont pas droit aux mêmes possibilités que les autres. Pour combattre cette inégalité, il faut souvent contester ces restrictions au tribunal.

Stanley Grizzle commence à prendre part à cette lutte dans les années 1930, dans son rôle de membre fondateur du Railway Porter’s Trade Union Council, à Toronto. Il a consigné par écrit les efforts d’autres militants, laissant ainsi une vaste collection de dossiers de recherche à BAC.

Stanley Grizzle a notamment documenté les activités de Charles Roach, un militant et avocat spécialisé des droits de la personne qui utilise ses connaissances juridiques pour représenter de nombreuses personnes victimes d’oppression et vivant des difficultés, dont des réfugiés souhaitant immigrer au Canada. Roach est le cofondateur du Black Action Defence Committee, une organisation créée en 1970 à Toronto en réponse au décès de plusieurs hommes noirs aux mains de policiers. Ce comité a joué un rôle crucial dans la formation de l’Unité des enquêtes spéciales de l’Ontario.

Pearleen Oliver, qui a récemment fait l’objet d’une nouvelle biographie, mène en 1940 une campagne couronnée de succès pour renverser l’exclusion des femmes noires dans les écoles de soins infirmiers. Avec son mari, le docteur William Pearly Oliver, elle fonde la Nova Scotia Association for the Advancement of Coloured People afin de lutter contre la discrimination relative à l’embauche, à l’éducation et au logement.

Charles Roach, Stanley Grizzle et le couple Oliver ne sont que quelques-uns des acteurs de changement dans la communauté des militants. Beaucoup d’autres ont laissé des marques profondes dans la société canadienne.

Esquisse d’un portrait d’une femme assise. L’artiste a représenté la jupe de la femme à l’aide de traits très simples, mais a peint le visage en aquarelle. La tête et le haut du portrait sont plus détaillés que le reste du corps. La femme, noire, porte un foulard de tête noir et blanc avec des motifs, un châle, une blouse à larges manches resserrées aux poignets, des gants et une jupe. Elle est assise, les mains jointes sur ses genoux, et semble regarder au loin, au-dessus de l’épaule gauche de l’observateur.
La « généreuse femme de couleur » (Good Woman of Colour), de lady Caroline B. Estcourt (c093963k)

Au fil des siècles, les préjugés raciaux prennent des formes très diverses au Canada. De l’esclavage à l’inégalité sanctionnée par la loi – qui empêche beaucoup de Canadiens noirs de choisir leur lieu de travail ou de culte, leur logement ou leur établissement d’enseignement –, en passant par la dure réalité du racisme systémique, de nombreux facteurs marginalisent des générations de Canadiens noirs. Il devient ainsi particulièrement important pour les membres de ces communautés de se soutenir mutuellement.

Par exemple, cette femme de la région de Niagara, dont le nom reste inconnu, a impressionné l’artiste qui a esquissé son portrait, car elle a pris soin d’un homme noir démuni et malade qui n’était plus capable de payer son loyer. Le Cygne noir (Elizabeth Greenfield), chanteuse de concert américaine et ancienne esclave, a fait don des bénéfices d’un concert, en 1855, pour financer le déplacement d’esclaves en fuite au Canada.

Plus récemment, des organisations comme la Home Service Association, à Toronto, et le Negro Community Centre, à Montréal, ont offert de l’aide aux personnes dans le besoin, fait la promotion d’événements culturels noirs et invité des conférenciers à parler de sujets importants tels que l’apartheid et le mouvement pour les droits de la personne.

Photographie noir et blanc de trois petites filles noires tenant des jouets. Les deux fillettes à gauche tiennent des poupées de porcelaine, et celle à droite, un gros ourson en peluche. Les trois enfants sourient timidement au photographe et aux passants. Elles sont bien habillées, ont les cheveux coiffés en tresses décorées de rubans, et se tiennent debout devant un mur couvert d’affiches.

Trois jeunes filles, Eleitha Haynes, Elizabeth Phillips et Camille Haynes, célèbrent la Semaine de la fraternité au Negro Community Centre, à Montréal, en 1959. Photo : Dave Legget (e011051725)

Actes individuels de courage et de soutien, mouvements communautaires, procédures judiciaires officielles : la communauté noire du Canada a travaillé des siècles durant pour surmonter le racisme. Le mouvement Black Lives Matter, qui a mis l’activisme antiracisme sous les feux de l’actualité en 2020, est fondé sur la bravoure et le franc-parler des générations passées de Canadiens noirs, et attire de nouveau l’attention sur la réalité du racisme au Canada.

Krista Cooke travaille comme conservatrice au sein de la Direction générale des services au public. Amina Musa est adjointe en archivistique à la Direction générale des archives.

Une journée dans la vie d’une bibliothécaire de référence

Par Kristen Frame

Bibliothèque et Archives Canada (BAC) possède une vaste collection de publications : romans, ouvrages documentaires, journaux, rapports gouvernementaux, débats parlementaires, cartes, atlas, partitions, enregistrements sonores et films. Mais comment la richesse de notre collection peut-elle aider les bibliothécaires de référence à répondre à vos questions?

Je reçois des demandes sur divers sujets qui exigent la consultation de nombreux types de documents. Récemment, on m’a demandé de trouver une copie d’un ordre général de la Milice datant de la Première Guerre mondiale. Cet ordre publié en août 1915 annulait un règlement obligeant les hommes mariés à obtenir le consentement de leur épouse avant de s’enrôler. J’ai dû consulter plusieurs types de publications de notre collection pour répondre à cette question.

Ordres généraux

Photo de la page titre d’un ouvrage.
Ministère de la Défense nationale, General orders [Ordre généraux], 1915.

J’ai commencé par chercher dans des livres qui regroupent des ordres généraux publiés entre 1897 et 1945. Ces documents peuvent être commandés sur Aurora, notre catalogue en ligne.

J’ai d’abord consulté le volume de 1915, mais l’ordre général en question ne s’y trouvait pas.

Gazette du Canada

Page tapuscrite sur deux colonnes de la Gazette du Canada.
Page de la Gazette du Canada (août 1915) sur laquelle figurent des ordres généraux; image tirée du site Chronique d’un pays : la Gazette du Canada.

J’ai ensuite vérifié si le numéro de 1915 de la Gazette du Canada avait publié cet ordre général, comme c’était souvent le cas en temps de guerre. Les numéros de 1941 à 1997 sont disponibles en ligne dans notre base de données Chronique d’un pays : la Gazette du Canada. Encore une fois, mes recherches furent infructueuses.

Sources secondaires

La prochaine étape était de consulter des sources secondaires (livres et articles) pour voir si d’autres chercheurs avaient travaillé sur cet ordre général. J’ai trouvé des références dans les publications suivantes :

Ces références ne disent cependant pas où cet ordre général a été publié, ni même s’il l’a été. Le mystère s’épaississait!

Journaux

Deux articles de journal, côte à côte.
The Toronto Daily Star, 20 août 1915, page 7; The globe, 21 août 1915, page 6.

J’ai alors décidé de consulter des journaux pour voir si j’avais la bonne date de parution de l’ordre général. Les numéros du Toronto Star et du Globe and Mail d’août 1915 contiennent des articles sur la modification des règlements liés à l’enrôlement dans l’armée : les hommes pouvaient maintenant s’enrôler dans le Corps expéditionnaire canadien sans le consentement de leur épouse (pour les hommes mariés) ou de leurs parents (pour les enfants de moins de 17 ans).

Décrets

Page tapuscrite dont le titre anglais signifie : « Ordres généraux – 1915 ».

Conseil privé, 1915-1948, corps expéditionnaires outre-mer, règlements sur l’enrôlement 1915/08/19, ministre de la Milice et de la Défense par intérim, 14 août 1915 (e010920460).

Maintenant certaine que l’ordre général avait bel et bien été adopté en août 1915, je me suis dit que le gouvernement ne l’avait probablement pas publié. Cependant, comme ultime tentative, j’ai fait une recherche dans la base de données des décrets au moyen de Recherche dans la collection. À cette époque, en effet, les ordres généraux étaient parfois approuvés par décret. Surprise! C’est là qu’il se cachait. J’avais enfin mis la main sur le document recherché!

Comme vous pouvez le voir, ce n’était pas une tâche facile. Cet exemple illustre à la perfection les nombreuses recherches qu’il faut parfois faire pour répondre à des questions de référence.

Avez-vous besoin de l’aide d’un bibliothécaire ou d’un archiviste? Envoyez-nous votre question par écrit dès aujourd’hui.


Kristen Frame est bibliothécaire de référence à la Division des services de référence de Bibliothèque et Archives Canada.

Compagnie de la Baie d’Hudson : 350 ans d’archives

Par Anik Laflèche

En 2020, nous avons souligné le 350e anniversaire de la Compagnie de la Baie d’Hudson (la Compagnie). Fondée le 2 mai 1670, la Compagnie est l’une des plus anciennes entreprises au monde toujours en activités.

Si sa durée de vie est impressionnante en soi, la Compagnie se démarque aussi par ses très nombreux documents qui sont parvenus jusqu’à nous après avoir été conservés à Londres, en Angleterre, pendant une bonne partie de leur existence. Il est incroyable que ces documents puissent toujours être consultés après avoir échappé à l’usure des siècles, à la nature sauvage canadienne, à la traversée de l’Atlantique, aux mauvaises conditions de préservation, aux incendies, aux inondations et à deux guerres mondiales.

Photo noir et blanc d’un bâtiment derrière un portail sur lequel on peut lire « Compagnie de la Baie d’Hudson, constituée en 1670 ». Un deuxième bâtiment est partiellement caché par une clôture du côté droit.

Fort Chipewyan, poste de traite de la Compagnie de la Baie d’Hudson, Alberta, 1900 (a019629)

Les documents de la Compagnie sont fascinants, même sans tenir compte de l’histoire de l’entreprise. Au début, ils ne sont pas conservés pour des raisons historiques, mais pour des motifs opérationnels et juridiques.

Alors que tous les documents sont classés par ordre alphabétique en 1796, de grands efforts de description et de classement sont effectués en 1931, lorsque la Compagnie embauche son premier archiviste : Richard Leveson Gower. Cette décision découle de la pression grandissante exercée par des chercheurs et des historiens qui souhaitent consulter la collection.

Dans les années 1960, le centenaire de la Confédération (1967) et de la création du Manitoba (1970) approche à grands pas. L’idée de transférer les archives au Canada est alors sérieusement envisagée. Le projet se réalise en 1974, lorsque les archives organisationnelles de la Compagnie sont données aux Archives du Manitoba. La collection de pièces de musée se retrouve quant à elle au Musée du Manitoba (en anglais).

Bien que BAC n’ait pas la garde de ces documents, il conserve des copies de bon nombre d’entre eux sur microfilm, dans le fonds MG20. D’autres fonds, notamment celui du ministère de l’Intérieur (RG15), permettent d’étudier le rôle de la Compagnie dans le développement du Nord-Ouest et dans la concession des terres, après la cession de la Terre de Rupert et du Territoire du Nord-Ouest.

Le fonds MG20 comprend des documents très variés datant de 1667 à 1956 : registres de procès-verbaux du conseil d’administration; registres de correspondance; journaux; grands livres; dossiers du personnel; journaux de bord; photos; journaux des postes de traite; journaux intimes; cartes; et photos et dessins architecturaux. Le classement de ces documents est identique à celui de l’entreprise à ses débuts et à celui des Archives du Manitoba.

Image noir et blanc d’un registre de procès-verbaux. La date du 24 octobre 1671 est inscrite dans le coin supérieur droit. La liste des hommes ayant participé à la réunion se trouve à gauche. Le reste du texte comprend deux paragraphes décrivant la teneur des discussions.

Registre de procès-verbaux dont la première entrée date du 24 octobre 1671. C’est le plus ancien document dans les archives de la Compagnie de la Baie d’Hudson. Il comprend des documents rédigés au cours des 18 premiers mois d’existence de l’entreprise. Le roi Charles II accorde une charte à la Compagnie le 2 mai 1670. (MG20-A1, document A.1/1, bobine de microfilms HBC-1)

La Compagnie a joué un rôle controversé au fil des siècles, participant de manière essentielle à l’exploitation des ressources pendant la colonisation. Ses documents constituent néanmoins une source d’information exceptionnelle sur l’histoire du Canada, des Premières Nations, de la Nation métisse et des Inuits. Ils offrent un aperçu du passé colonial de notre pays, de son expansion vers l’ouest et le nord, de son développement économique et culturel ainsi que du quotidien des commerçants de fourrure, des Autochtones et des communautés frontalières.

Par exemple, les archives témoignent de la naissance et du développement de la Nation métisse, un peuple indépendant d’ascendance autochtone et européenne qui est devenu une nation distincte dans le Nord-Ouest à la fin du 18e siècle. Au cours du siècle suivant, la Nation métisse organise une résistance contre l’invasion de ses terres ancestrales à la suite du transfert de la Terre de Rupert au Dominion du Canada par la Compagnie de la Baie d’Hudson.

Les archives de la Compagnie peuvent contribuer aux efforts du Canada entourant la réconciliation avec les Premières Nations, la Nation métisse et les Inuits. Pour en savoir plus sur leur histoire, je vous recommande le livre Keepers of the Record: The History of the Hudson’s Bay Company Archives, de Deidre Simmons. Vous pouvez aussi consulter la page Au sujet des archives de la Compagnie de la Baie d’Hudson des Archives du Manitoba.

Si vous effectuez des recherches au moyen des archives de la Compagnie de la Baie d’Hudson ou sur un sujet connexe, vous pouvez demander l’aide de nos spécialistes de la référence. Remplissez simplement ce formulaire pour communiquer avec nous. Nous vous répondrons avec grand plaisir!


Anik Laflèche est archiviste à la Division des services de référence.